Agriculture, Fisheries, Energy and Natural Resources — 18 August 2015 (41st Legislature, 1st Session)
CAPERN 2015-08-18
Quebec — Committees
exigences s'appliqueront à toute entreprise d'exploration et d'exploitation
minière, pétrolière et gazière cotée à
une bourse canadienne dont le siège social est au Québec ainsi qu'aux autres
entreprises minières de grande taille — il y a des critères référés à ça — qui ont des opérations sur le territoire
québécois. Et, le plus important, c'est que ces informations seront
rendues publiques. C'est là que le mot transparence prend tout son sens. Les
citoyens seront dorénavant mieux informés
sur les contributions versées par les sociétés minières, pétrolières et
gazières qui oeuvrent sur le territoire du Québec. De façon générale, les entreprises minières québécoises y
trouveront également leur compte puisque les rapports à l'économie québécoise seront clairement établis.
Cela contribuera sans aucun doute à améliorer leur image. D'ailleurs, ce projet de loi a été très bien accueilli par
l'industrie minière du Québec, ce dont je me réjouis. Une plus grande
transparence dans les paiements et
contributions de toutes sortes devrait rendre les règles plus claires, plus
stables et plus prévisibles pour les entreprises minières, et ce,
plusieurs intervenants l'ont souligné.
conclusion, en fait, il y a des modalités d'application de conclusion, là, des
éléments, trois éléments que je tiens à mentionner.
Nous proposerons que
la loi soit placée sous la responsabilité du ministère de l'Énergie et des
Ressources. Toutefois, c'est l'autorité des
marchés financiers qui l'appliquera au jour le jour, donc qui deviendra le
mandataire de ce projet de loi là, le
temps voulu, si jamais on passe toutes les étapes de consultation. Ainsi que
les mesures de cette loi québécoise
se synchronisent aussi avec celles du gouvernement fédéral qui sont entrées en
vigueur le 1er juin dernier, nous
espérons adopter le projet de loi d'ici décembre 2015. Je ne doute pas un seul
instant que ce sera un travail gratifiant, parce qu'en bout de ligne ce sera l'industrie minière québécoise, les
communautés locales et l'ensemble des Québécois et des Québécoises qui
en retireront les bénéfices. Merci beaucoup, et je suis à votre écoute.
Président (M. Morin) : Merci, M. le ministre. Maintenant,
j'invite le porte-parole de l'opposition officielle en matière de ressources naturelles, le député de
Marie-Victorin, à procéder à ses remarques. Vous avez, mon cher monsieur,
3 min 30 s.
M. Drainville :
Merci, M. le Président. Alors, salutations au ministre, sous-ministre, son
équipe, les collègues, bien entendu, de toutes les formations politiques
ici présentes.
Alors,
M. le Président, j'allais dire à quel point nous étions bien prédisposés face à
ce projet de loi, parce que la transparence,
on y croit, parce qu'on l'a déjà inscrite dans la nouvelle
Loi sur les mines
qu'on a fait adopter lorsque nous étions au pouvoir,
Loi sur les mines qui
prévoit dorénavant l'obligation de divulguer, par exemple, la quantité et la
valeur du minerai extrait pour chacune des
mines et faire en sorte que ce soit rendu public. Ça, c'est des gains d'intérêt
commun, je dirais, d'intérêt collectif,
qu'on a fait inscrire dans la
Loi sur les mines qu'on a fait adopter lorsque
nous étions au gouvernement, loi qui a d'ailleurs été appuyée par et le
Parti libéral et par la Coalition avenir Québec.
Alors,
on regardait le projet de loi qui est devant nous, on voyait le principe de
transparence, on se disait : Bien, c'est intéressant, même s'il y a beaucoup de travail à faire pour
l'améliorer, ce projet de loi. Par exemple, nous, on ne comprend pas, M.
le Président, pourquoi les paiements qui devront être rendus publics doivent être
des paiements supérieurs à
100 000 $ ou plus. On ne comprend pas pourquoi il faut mettre la
barre à 100 000 $. Nous, on va militer pour que tous les
paiements qui sont faits à des corps publics, à des municipalités, à des
communautés autochtones, à des organismes publics soient rendus publics. On ne
voit pas pourquoi la ligne devrait être tracée à 100 000 $.
par ailleurs, on va militer aussi pour que toutes les entreprises qui font de
l'exploration et de l'exploitation au
Québec et qui procèdent à de tels paiements en nature ou en argent soient
obligées de rendre publics ces paiements. Donc, ça, c'est deux améliorations au projet de loi qui est devant nous,
pour lesquelles ont va militer pendant ces consultations. Cela étant dit, on se disait : Bien, le
projet de loi, c'est quand même une bonne partance. Puis on était contents de
lire dans les remarques préliminaires,
là, les remarques... dans les notes explicatives que le projet de loi visait
notamment à décourager, à détecter la
corruption. Hein, vous savez la bataille qu'on a menée, M. le Président,
lorsque nous étions dans l'opposition. J'ai la collègue de Victoriaville
qui est juste à ma gauche...
Une voix :
D'Arthabaska.
Drainville : ...c'est
Arthabaska, qui a mené une bataille également formidable contre la corruption.
Eh bien, moi, c'est ce qui m'animait
notamment, hein, la lutte contre la corruption, lorsque j'ai présenté et fait
adopter à l'unanimité le projet de
loi n° 2 sur le nouveau système de financement des partis politiques.
Alors, la lutte contre la corruption, c'est bien, c'est bon. Si le
projet de loi peut nous aider à en faire plus dans ce domaine-là, on est
contents. Mais là on vient d'entendre le
ministre dire qu'il allait déposer un amendement pour dire que dorénavant, ce
n'est pas 100 000 $... dès que la totalité des paiements atteint
100 000 $, qu'il va falloir rendre publics les paiements. Non, il va
sectorialiser, hein, il va, si j'ai bien compris, rendre obligatoire la
divulgation des paiements s'ils atteignent 100 000 $, mais il va
faire ça par secteur. Alors, si je comprends
bien, s'il a un certain nombre de secteurs, on pourra avoir un paiement de
30 000 $ dans un secteur a, un paiement de 30 000 $
dans un secteur b, un paiement de 40 000 $ dans un secteur c, alors
ça totalise 100 000 $. En vertu du
projet de loi actuel, ça devrait être rendu public, mais, si je comprends bien
l'amendement qu'il va nous proposer,
puisque c'est par secteur et que ça ne dépasse pas 100 000 $ dans
aucun des secteurs, il n'y aura pas d'obligation
légale de rendre publics les paiements. C'est ça que je comprends. Très déçus
de ça, on ne comprend pas. Et, si
c'est ça l'intention du gouvernement, malheureusement, il vient de changer
notre état d'esprit, M. le Président, qui était plutôt bien prédisposé
face à ce projet de loi.
Président (M. Morin) : Merci, M. le député. J'invite maintenant
la députée d'Arthabaska à faire ses remarques préliminaires et je vous
dis que vous avez 2 min 30 s, chère madame.
Mme Roy
(Arthabaska) : Merci, M. le Président. Avant que nous
commencions cette commission, je veux aussi prendre quelques secondes pour vous saluer, M. le Président, les
employés de cette commission, saluer également tous les collègues du gouvernement, leur personnel,
saluer les députés de l'opposition officielle, leur personnel, et j'espère
que votre été s'est bien déroulé et que tout
le monde est prêt à reprendre le travail, même si on aurait pu attendre encore.
Le projet de loi que nous allons étudier est
important puisqu'il s'inscrit dans un contexte mondial. En effet, le Québec souhaite emboîter le pas aux États membres
du G7 qui ont exigé des nouveaux standards de transparence en 2008. Et, lorsqu'on discute de standards de transparence,
plus on complique, plus on fait de catégories, moins c'est simple puis plus c'est facile à détourner. Donc, l'amendement
que vous allez peut-être nous expliquer plus en profondeur me semble
tortiller un peu le standard de transparence qu'on veut établir. Si on
dit : C'est tel montant, puis qu'on est capables de saucissonner ce montant-là en plusieurs
catégories, bien, ça va être facile de contourner. Dans ce cas-là, on fait un
projet de loi qui vaut le papier sur
lequel il est écrit. Si on fait un projet de loi, il faut que ce soit clair, il
faut qu'il n'y ait pas de façon de le
contourner, puis il faut que les normes soient assez... C'est cette norme-là ou
c'est cette telle autre norme là. À chaque
fois qu'on rajoute des sous-catégories, M. le Président, soyez avisé que ça
donne des façons de détourner l'intention, ce qu'on appelle «the pith and substance» du projet de loi. Donc, cette
déclaration-là, qui sera obligatoire pour les sociétés extractives, s'appliquera aux paiements effectués à tous
les paliers gouvernementaux étrangers et nationaux, y compris les groupes
autochtones.
La Coalition
avenir Québec salue cette initiative, mais le gouvernement du Québec s'est
grandement inspiré de cette loi, la
loi fédérale, et, en effet, le Canada est le seul pays qui a inclus dans son
cadre de loi les paiements aux groupes autochtones.
Les lois des pays européens et aux États-Unis ne prévoient pas l'inclusion de
ces paiements, et nous y tenons, nous
y tenons. Dorénavant, les entités déclarantes seront forcées d'évaluer
soigneusement les services qu'elles fournissent aux communautés autochtones, les services et les sommes versées puisque
les mêmes paiements en nature sont inclus dans la loi.
Toutefois,
nous pouvons lire dans certains mémoires que les nouvelles dispositions ne font
pas l'affaire de tous. Certains groupes craignent l'ajout de documents à
remplir et de lourdeur administrative.
Le Président (M. Morin) : Je
vous invite à conclure, Mme la députée d'Arthabaska.
Mme Roy
(Arthabaska) : Oui. Nous allons être un peu le chien de garde
de ces entreprises-là parce que la lourdeur administrative a toujours
été un cheval de combat pour la Coalition avenir Québec. Merci.
Président (M. Morin) : Merci, Mme la députée d'Arthabaska.
Merci pour votre présentation préliminaire.
Maintenant, nous recevons l'Association minière
du Québec. J'invite donc les personnes autorisées à vous présenter, à présenter
les personnes qui vous accompagnent, donc à vous la parole.
M. St-Amant (Mathieu) : Merci, M. le
Président, M. le ministre, Mmes, MM. les députés, bonjour. Je suis Mathieu St-Amant. Je suis directeur des
communications stratégiques de l'Association minière du Québec. Je suis accompagné de Johanne Senécal, qui est
vice-présidente, Affaires gouvernementales et autochtones et communications
à l'Association minière du Canada, et de
Jocelin Paradis, qui est vice-président, Fiscalité, pour Rio Tinto Canada. Je
suis heureux aujourd'hui de prendre la parole devant vous au nom de
l'Association minière du Québec.
Avant
d'aller plus loin, je vais vous présenter notre association, qui a été fondée
en 1936. On agit à
titre de porte-parole de l'ensemble des entreprises minières productrices de métaux et de minéraux
et de leurs installations, des entreprises métallurgiques, des entrepreneurs miniers et des
entreprises minières en développement et en
exploration sur le territoire
québécois. Peuvent également devenir membres de l'association les fournisseurs,
les organismes à but non
lucratif et les partenaires du secteur minier.
a pour mission de promouvoir, soutenir et développer de façon proactive une industrie
minérale québécoise responsable, engagée et innovante. Comme
une des valeurs que défend l'association est la transparence, on ne peut
qu'accueillir favorablement le projet de loi n° 55 et souscrire aux objectifs
qui sont visés, d'autant plus qu'il reprend l'essentiel
de la loi fédérale sur les mesures de transparence dans le secteur extractif, qui
a été adoptée à la Chambre des communes, et que le projet
de loi suit également la tendance mondiale.
éléments de préoccupation demeurent tout de même, comme vous avez
pu le constater à la lecture de notre mémoire. Au cours des deux dernières années, l'Association minière du Québec a collaboré avec l'Association minière du Canada en vue d'appuyer la mise en oeuvre d'une législation obligeant les sociétés qui s'engagent dans des
opérations d'extraction des
ressources à déclarer les montants qu'elles versent au gouvernement ici et ailleurs. Or, l'un des grands principes convenus était d'en venir à s'entendre
sur une norme unique et universelle dont l'équivalence serait reconnue dans toutes les juridictions ayant adopté
des exigences similaires en matière
de divulgation. Cette équivalence est
nécessaire pour faire en sorte que les sociétés n'aient à
produire qu'un seul rapport pour satisfaire aux exigences de divulgation dans
toutes les juridictions qui exigent une
telle divulgation. Donc, même si presque tout le texte du projet de loi correspond bien à la norme internationale en voie d'élaboration autant au Canada qu'ailleurs en Europe, le projet de loi s'en distingue sur quelques points, dont l'un menace de compromettre
l'équivalence requise pour que ce type de législation soit efficace,
et on est heureux en ce sens-là d'entendre que le ministre veut déposer des amendements, notamment
pour ce qui est du seuil à partir
duquel les déclarations deviennent obligatoires. Il est donc très important
que ces amendements-là soient déposés
mais aussi adoptés, puisque, de la façon dont les notes explicatives et
l'article 6 du projet de loi sont rédigés, le Québec ferait bande à
part par rapport au consensus mondial.
En effet, ce texte
diffère notamment de ce qui est énoncé à l'article 9 de la loi fédérale
sur les mesures de transparence dans le
secteur extractif, qui oblige les sociétés à commencer à déclarer leurs paiements au
bénéficiaire si ceux-ci, au
titre
d'une catégorie en particulier, sont supérieurs à 100 000 $. Le p.l. n° 55 oblige quant à lui les
sociétés à déclarer tous les
paiements faits à un bénéficiaire lorsque le total de ces paiements est
supérieur à 100 000 $. Donc, par exemple, si, en vertu de la loi fédérale, une société verse
1 million en taxes, 2 millions en redevances puis 10 000 $
en frais, elle ne déclare que les
montants de taxes et de redevances, tandis qu'au Québec elle devra aussi
ajouter le montant qu'elle verse en frais, puisque le total des dépenses
dépasse le seuil de 100 000 $.
autre exemple : aux termes de la loi fédérale, si une société verse
50 000 $ en taxes, 50 000 $ en redevances et 50 000 $ en frais, selon la loi
fédérale, elle n'a rien à déclarer. Par contre, avec le projet de loi
n° 55, elle serait tenue de déclarer
les trois types de paiements faits aux bénéficiaires parce que le total de
150 000 $ dépasse le 100 000 $ fixé par... le seuil
de 100 000 $ fixé.
Donc,
la différence dans les seuils... Puis c'est là qu'il faut comprendre pourquoi
nous, on est en accord avec les amendements
que le ministre a annoncés, c'est que les seuils obligeraient les sociétés qui
produisent des déclarations dans plusieurs
juridictions — puis
c'est le cas de Rio Tinto — à préparer des rapports distincts afin de satisfaire aux exigences
du projet de loi n° 55 et à inclure des
paiements totaux qui peuvent être différents de ceux déclarés au Canada ou en
Europe, de sorte que les données seraient moins utiles et seraient moins
crédibles.
y a aussi le paragraphe 3 de cet article-là, de l'article 6, qui
soulève une préoccupation, puisque la loi prévoit que le Québec déterminera par règlement la forme
de la déclaration exigée. Il est important de mentionner que, dans les
autres juridictions, on permet aux sociétés de présenter l'information de la
manière dont les compagnies le désirent.
Donc,
tout ça pour s'assurer que ce qui est acceptable dans un pays le soit aussi
ailleurs, dans les autres juridictions. Si on dit que le Québec va accepter les déclarations présentées aux
autres gouvernements qui ont des législations équivalentes, on ne peut
pas imposer un format distinct pour le Québec.
Autre
point de préoccupation que soulève le projet de loi est le fait qu'il permette
au gouvernement de déterminer, par
règlement, le taux de change applicable pour déterminer la valeur des paiements
en dollars canadiens. Or, les sociétés minières
utilisent déjà un taux de change dans leurs livres comptables qui pourrait
différer de ce que fixerait le gouvernement du Québec. Donc, afin de simplifier les choses, il serait opportun que
le gouvernement reconnaisse les taux de change des livres comptables
vérifiés pour éviter qu'une société doive refaire sa comptabilité avec les taux
de change que le gouvernement du Québec fixerait ou imposerait, et qui pourrait
créer de la confusion chez le lecteur.
L'AMQ tient aussi à
attirer l'attention des parlementaires sur l'importance des sommes qui
pourraient être réclamées à
titre de sanction en cas de défaut à respecter la
future
loi sur la transparence dans les industries minière, pétrolière, gazière. L'AMQ croit que, dans toute
loi, les amendes devraient être proportionnelles à la gravité de la faute
commise; or, ce n'est pas le cas avec le
projet de loi n° 55. Des amendes
de 1 000 $ par jour sont déraisonnables
à nos yeux, et les montants des
sanctions administratives pécuniaires devraient être revus à la baisse,
notamment en raison des faibles conséquences sur le gouvernement et le
public d'un défaut de déclaration dans les délais impartis.
libellé de l'article 35 inquiète également l'AMQ, alors qu'il mentionne
que, et je cite, «les administrateurs et les dirigeants d'un assujetti qui est en défaut de payer un montant dû [...]
sont solidairement tenus, avec celui-ci, au paiement de ce montant, à moins
qu'ils n'établissent avoir fait la preuve de prudence et de diligence pour
prévenir le manquement qui a donné lieu à la réclamation».
L'association
souhaite d'abord souligner que la formulation utilisée dans le projet de loi
renverse le fardeau de la preuve au
détriment des administrateurs et des dirigeants des sociétés assujetties à
cette loi. Le droit canadien présume normalement les suspects innocents jusqu'à preuve
du contraire, et les cas où le suspect doit faire la preuve de son innocence,
c'est dans les cas de terrorisme, de vol
d'argent au gouvernement et d'infraction à l'environnement dans certains cas.
On n'est pas du tout là-dedans ici, là.
Donc, le
droit canadien présume cette innocence-là, et, considérant que la présente loi
ne vise que la publication d'information sur les sommes payées à des
gouvernements, rendre les administrateurs et les dirigeants solidairement responsables des amendes est démesuré, notamment
si on prend en considération les montants qui sont exigés, comme je
mentionnais tantôt.
En agissant ainsi, le gouvernement envoie un
message aux dirigeants qu'il est risqué de faire des affaires au Québec et qu'ils prennent un risque supplémentaire
en venant ici. Cette situation hors de l'ordinaire ne se retrouve pas
dans la loi fédérale, sauf les cas où les administrateurs et les dirigeants
sont personnellement responsables de la faute commise.
Sur le plan
des dispositions pénales, prenant en considération la nature de la faute
reprochée et qu'il ne s'agit pas d'infraction
contre le bien-être public, le fait d'être passible d'une amende de
250 000 $ est démesuré aussi aux yeux de l'association. Par ailleurs, compte tenu du fait
que les infractions menant à une sanction pénale sont pratiquement les mêmes
que celles menant à une sanction
administrative pécuniaire, l'AMQ se questionne sur le choix que l'Autorité des
marchés financiers aura à faire quant à l'application de l'une ou
l'autre des sanctions.
L'AMQ est
évidemment d'avis que tout contrevenant à une loi est tenu de respecter ladite
loi, et que cette loi doit être
pourvue de dispositions pour encourager et inciter les gens à la respecter. Par
contre, compte tenu qu'il y a déjà des sanctions
administratives pécuniaires, on pense que le
chapitre VII et le
chapitre VIII devraient être réécrits, voire même le
chapitre VIII retiré du projet de loi.
Le projet de
loi contient aussi des dispositions venant modifier certains articles de la Loi
sur les mines. Je n'ai malheureusement
pas le temps de les aborder aujourd'hui. Maintenant, ça va nous faire plaisir
d'en discuter avec vous au besoin, puis, de toute façon, les
explications sont dans notre mémoire.
Donc, en
conclusion, le secteur minier québécois est un des plus enviés, à travers le
monde, pour son expertise. Il
reconnaît l'importance de légiférer pour s'assurer que toute l'information
pertinente soit disponible et pour permettre au public de comprendre que
l'industrie minière est une industrie honorable, qui apporte une grande
contribution au gouvernement des endroits où elle opère.
Pour que la
loi québécoise soit efficace, par contre, il y a des amendements qui doivent
être apportés au projet de loi pour éviter que les règles édictées au
Québec diffèrent de celles édictées dans le reste du monde. L'AMQ est convaincue que le but du Québec n'est pas
d'introduire des règles différentes pour des entreprises faisant affaire au
Québec. Et il est vrai que, si la
population est mieux informée des retombées de l'industrie minière québécoise
et de son apport pour le maintien de plusieurs services sociaux et donc
de sa qualité de vie, il sera plus facile d'obtenir l'acceptabilité sociale et
donc de voir se développer de nouveaux projets, toujours dans le respect des
gens et de l'environnement.
Les sociétés
minières actives au Québec sont source d'enrichissement pour tous les
Québécois, et c'est pourquoi il
importe de mettre en place des mesures facilitant leur développement ici. En ne
mettant pas de barrière additionnelle à ce que font les autres
juridictions mondiales, c'est un pas dans cette direction. Merci de votre
attention.
Président (M. Morin) : Merci de votre présentation, M.
St-Amant. Nous en sommes maintenant à débuter la période d'échanges. La
partie ministérielle, M. le ministre, vous avez
25 minutes à votre disposition pour échanger avec le groupe.
Blanchette : Merci, M. le Président. Je tiens à remercier l'Association minière du Québec
et celle du Canada. On a dû se voir à Montréal au dernier rendez-vous.
Je suis bien content.
Écoutez,
d'entrée de jeu, on est la période estivale, tout le monde le sait, on
apprécie d'autant plus les efforts faits à cette période-ci pour être
présent et d'avoir à rédiger un tel mémoire. On apprécie énormément.
J'aimerais ça
revenir, en page huit de votre mémoire, en bas, sur, dans le fond, la
distinction entre le Québec et le Canada là-dessus. On a ajouté, comme objectif
visé par ce projet de loi là, l'acceptabilité sociale. Vous venez tout
juste, dans les secondes qui ont précédé, reconnaître qu'une plus grande
transparence favorisait une meilleure acceptabilité sociale. En fait, ça permet, j'imagine, au bilan social des entreprises
d'être encore plus, je dirais, étoffé et donc d'avoir peut-être
une meilleure acceptation aussi dans le milieu. Mais, pour nous, ce souci de transparence là, de donner quels sont les
montants, soit en nature ou en espèces, c'est-à-dire tous les
paiements et les contributions faites aux différentes communautés,
pour nous, c'est un avantage, ça a le mérite à long terme de rendre les
choses claires, plus claires, plus stables, plus prévisibles. Pour nous,
c'est de l'acceptabilité sociale.
Dans votre mémoire,
vous dites : Bien, dans le projet
de loi, autant canadien
qu'américain, européen, ils ne font pas
mention de cet objectif-là sur la corruption. En tout cas, je ne dis pas que... En tout
cas, à ma connaissance, il n'y en a pas, mais essentiellement, nous, ce qu'on vise vraiment,
c'est une meilleure transparence, à
long terme, ça va peut-être avoir le
mérite de régulariser, j'oserais dire, l'ensemble des contributions et
paiements faits. Pour nous, c'est une conviction qu'on a. On aimerait ça voir en quoi l'objectif ajouté d'acceptabilité
sociale pourrait s'éloigner du projet de loi fédéral, autant américain
qu'européen, etc.
St-Amant (Mathieu) : Merci. Donc, en fait, je veux juste faire un
suivi sur ce que vous avez mentionné. Ce n'est pas de publier qui rend le bilan
des entreprises plus étoffé, mais c'est de le rendre... Les compagnies le font
déjà, qu'ils publient ou qu'ils ne publient pas, donc. Mais ce que ça va
permettre, en termes d'acceptabilité sociale, c'est évidemment que les gens
soient conscients. Ce n'est pas toujours connu, ce que les compagnies versent.
Nous, on ne mentionne
pas que l'objectif d'acceptabilité sociale est un mauvais objectif. Ce qu'on
dit, c'est que, dans les autres lois, ce n'est pas mentionné. Et on
mentionne, à l'article 9, que, pour pouvoir accepter une déclaration faite à un
autre gouvernement, il faut que ça poursuive
les mêmes objectifs. Or, si l'objectif d'acceptabilité sociale n'est pas dans
les autres lois, est-ce que le
gouvernement du Québec va quand même accepter ce qui est fait auprès des autres
gouvernements vu que ce n'est pas le
même objectif? On ne dit pas au gouvernement du Québec : Enlevez
acceptabilité sociale des objectifs. On
mentionne seulement... J'espère que, vu que les autres gouvernements ne l'ont
pas mentionné, que ça ne pénalisera pas les entreprises québécoises.
Blanchette : Écoutez, on va dans le même sens, ça va. Mais, en
théorie, c'est l'information qu'on veut la plus uniforme possible pour avoir justement un souci d'interprétation, le
même. C'est-à-dire que, si je prends l'exemple de Glencore, qui est dans le Nord-du-Québec, mais
aussi un peu à Montréal et un peu partout, quoique ça, c'est de la transformation, mais, admettons toutes les
entreprises d'exploitation de Glencore, on reçoit les rapports de la Suisse,
qui nous disent clairement les choses. On veut que les comparables
soient les mêmes.
Maintenant,
entre l'objectif visé, les moyens retenus et les indicateurs retenus, on ne
veut pas en ajouter d'autres, là. Vraiment pas, on ne veut pas aller
dans ce sens-là.
M. St-Amant (Mathieu) : Si vous
permettez, je pourrais peut-être demander à M. Paradis, qui, lui, le vit, ce
problème-là, justement, de substitution, qui... l'importance de la
substitution.
Le Président (M. Morin) :
Oui, M. Paradis.
M. Paradis
(Jocelin) : Le projet de loi
fédéral ne prévoit pas directement, mais le projet de loi provincial non
plus, que les sociétés étrangères qui
produisent de l'information similaire vont pouvoir déposer leurs rapports
étrangers en substitut. C'est écrit
que les compagnies assujetties, donc, les compagnies canadiennes qui, elles,
produiraient un rapport à l'étranger
pourraient présenter de ce rapport-là, mais ce n'est pas clairement établi
autrement. Donc, ce serait bien que le projet de loi ou la loi nous
disent que les sociétés étrangères puissent produire...
M. Paradis
(Jocelin) : En plus? Il y a
un autre point qu'on aimerait discuter, ou que j'aimerais discuter, c'est le
fait que les sociétés qui sont des
filiales qui ne sont pas des filiales à 100 %, ce n'est pas prévu qu'elles
peuvent présenter leurs rapports en
même temps. Ces sociétés-là vont être présentées dans le rapport des sociétés
mères sous forme de projets. Donc,
toute l'information va être disponible au gouvernement. Et nous, ce qu'on veut
faire, c'est faire un gros rapport qui
va donner toute l'information pour toute la société, et qu'on n'ait pas besoin
de produire multiples rapports qui vont s'additionner ou qui pourraient
mettre les choses confuses pour les gens qui...
Le Président (M. Morin) : M.
le ministre.
M. Blanchette :
Je l'entends et je le reçois très bien. C'est bon. Le but, de n'est pas
d'alourdir, parce que c'est une préoccupation qu'on a, de faire les
choses les plus simples possible. Et, si on reçoit un rapport de l'extérieur, c'est-à-dire que vous avez produit, par
exemple — peut-être
pas vous, mais ça pourrait être vous aussi — pour un autre pays, une autre juridicton minière, qu'on puisse prendre cette même
information-là, la recevoir sans ajout de complément, O.K.? On en est
vraiment au même diapason.
Je reviens
avec une question sur le taux de change. Là, je veux bien comprendre, même si
c'est un peu mécanique, c'est que les
taux de change pourraient être... regarde, avoir différentes méthodes de calcul
pour parvenir au montant total lorsqu'on
applique le taux de change. On sait que le taux de change, je fais juste un
rappel au monde, c'est toujours un pays
par rapport à un autre pays. Admettons qu'on simplifie ça : on met tout ça
en dollars américains. C'est souvent la procédure. De quelle méthode, de quelle façon voulez-vous, sans alourdir
trop le projet de loi ou même les règlements qui le suivront, qu'on harmonise
bien les choses? Là, ce que j'entends par l'Association minière du Québec,
c'est de prendre les chiffres que l'entreprise va nous fournir avec ses taux de change à elle. Si c'est des taux de change annuels, ou des taux de change
mensuels, ou etc., on voit la
complexité. Comment voyez-vous que les choses puissent se faire de façon toujours comparable? Parce que j'imagine que toutes
les entreprises minières n'utiliseront pas nécessairement la
même mécanique. Nous, on va recevoir
des informations. Est-ce
que ces informations-là vont être plus comparables? Puis j'ai bien compris qu'il ne fallait pas alourdir la
chose en développant une propre mécanique plus... c'est-à-dire québécoise, une autre canadienne, une autre européenne,
Grande-Bretagne, etc., là. J'aimerais ça savoir le type de mécanique auquel
vous faites référence.
Le Président (M. Morin) : M.
Paradis, c'est vous qui devez répondre à cette question.
M. Paradis
(Jocelin) : Oui. Les sociétés
font déjà leurs états financiers en utilisant les taux de change qui sont
déterminés à chaque mois ou à chaque jour,
et, lorsqu'ils font leur rapport sur la transparence, ces rapports-là vont être vérifiés
par leurs vérificateurs à l'externe. Donc, les vérificateurs sont habitués de
s'assurer que les taux de change qui sont
utilisés fonctionnent, sont les mêmes que ceux dans les états financiers. Et souvent, dans les rapports de
transparence, les sociétés font une
réconciliation entre le montant qui est présenté à leur état financier et le
montant qui est présenté dans le rapport de transparence. Le fait d'utiliser le même taux permet
aux sociétés de dire : Le montant qu'on a mis à la dépense dans notre état financier vérifié est le
même que le montant qu'on présente dans notre rapport de transparence. De cette façon-là, les gens ne sont pas confus. Si
on devait utiliser des taux de change différents, on devrait avoir une ligne
ajustement pour taux de change différents, ce qui ne fonctionnerait pas.
Le Président (M. Morin) : M.
le ministre.
Blanchette : O.K. Ça répond à mes préoccupations. D'autres, par les
collègues, des questionnements que vous auriez en tête? Ça va?
Président (M. Morin) : Donc, ça irait? Merci, M. le ministre.
M. le porte-parole de l'opposition officielle, c'est à vous pour 15
minutes.
Drainville : Merci,
M. le Président. Merci aux représentants de l'Association minière du Québec.
Moi, je tiens à dire et à redire que
je suis tout à fait d'accord avec le premier paragraphe de la conclusion de
l'association, qui dit : «Le secteur
minier québécois, un des plus enviés à travers le monde pour son expertise,
reconnaît l'importance de légiférer pour
s'assurer que toute l'information pertinente soit disponible et pour permettre
au public de comprendre que l'industrie minière est une industrie honorable qui apporte une grande contribution
aux gouvernements des lieux où elle opère.» Je vous dirais une grande
contribution aux communautés également où elle opère. Donc, je tiens à réitérer
notre appui à l'industrie minière. On pense
que c'est une industrie qui crée de la richesse, qui crée des emplois et on
souhaite qu'elle continue à se développer en terre québécoise.
Cela étant
dit, vous aurez compris dans mes remarques préliminaires que nous avons un
préjugé très, très favorable au principe de transparence. On trouve que
le projet de loi ne va pas assez loin sur ce plan-là.
Moi, je
dois vous dire que l'argument que vous apportez dans votre mémoire lorsque vous
dites : La norme québécoise proposée
dans le projet de loi s'éloigne trop de la norme internationale... Moi, je vais
vous dire franchement : Ce n'est pas
un argument qui me convainc. Je comprends que, pour vous, c'est plus simple,
c'est plus pratique d'avoir une seule norme internationale, mais que le
Québec soit avant-gardiste dans les règles de transparence qui régissent
l'industrie minière, qu'on fixe la barre plus haut qu'ailleurs, moi, je n'ai
pas de problème avec ça. Qu'on soit un leader dans ce domaine-là, je n'ai aucun
problème avec ça.
C'est pour ça
que... tu sais, quand je lis par exemple à la page 6 de votre mémoire,
quatrième paragraphe, je cite : «Une
société minière assujettie aura donc deux choix, soit 1, produire une
déclaration pour le Québec et une autre pour le reste de la planète ou 2, produire une déclaration comprenant le
niveau de détails requis par le Québec pour le reste du monde également. [...]si cette deuxième option
était retenue par les sociétés, le Québec dicterait la façon de faire mondiale,
bien qu'à contre-courant de ce qui se fait
et qui est requis partout ailleurs.» À un moment donné, les gens, ils... Vous
savez dans quel état d'esprit
l'opinion publique internationale se trouve présentement. Les gens, les
citoyens demandent plus de
transparence. Alors, que le Québec et que l'industrie québécoise de
l'exploration et de l'exploitation minière disent : Bien on est prêts à tracer le chemin, puis on est
prêts à être en avant de la parade, moi, je ne vois pas de difficulté avec ça.
Puis je ne ferai pas ça au nom du principe
que plus il y a de bureaucratie, meilleur c'est, là. Pas là-dedans pantoute,
moi, là, là. Je suis conscient qu'il
faut être efficace puis je suis conscient qu'il faut la diminuer la
paperasserie, pas l'augmenter. Mais
en même temps il faut trouver le juste équilibre. Puis, moi, je vous le dis, dans l'état actuel des
choses, ne plaidez pas pour que le Québec
s'ajuste à la norme la plus basse, plaidez pour que le Québec justement
soit en avant, fasse preuve de
leadership, soit un meneur, soit un leader, et qu'il ouvre la voie, et justement
qu'il fixe la barre à un niveau plus élevé qu'ailleurs. Ça, je n'ai absolument
aucune difficulté avec ça.
Maintenant,
j'ai bien vu que le ministre s'est rendu à vos arguments sur le 100 000 $, le sectoriel, là. Je suis très
déçu de ça. Je vous le dis parce que la
raison pour laquelle vous avez proposé ce changement-là, c'est précisément
parce que vous souhaitez que le
Québec s'ajuste à la norme mondiale. Bien, je viens de vous dire pourquoi je
pensais que c'était une mauvaise
idée. Ce n'est pas une bonne idée parce que vous envoyez le message contraire à
ce que vous voulez incarner aujourd'hui.
Vous nous dites aujourd'hui : Nous, on est pour la transparence, puis vous
arrivez avec une modification qui, aux yeux de la vaste majorité des
citoyens qui vont vous entendre et vous regarder, va être perçue comme une
modification qui va contre la transparence, qui enlève de la transparence au
projet de loi. Alors, je ne comprends pas pourquoi
vous arrivez avec ça. Ça va, encore une fois, prêter à toutes sortes
d'interprétations puis de commentaires négatifs sur l'industrie, puis on
n'a pas besoin de ça.
Moi, j'ai le
goût de dire des belles choses puis j'ai le goût d'entendre du positif sur
l'industrie minière au Québec parce
que c'est une belle industrie qui doit être bien encadrée, évidemment, mais, a
priori, c'est une belle industrie qu'il faut encourager. Mais pourquoi vous arrivez avec une modification comme
celle-là, qui va, à mon avis, vous causer des problèmes et nous en
causer, nous en cause? Ça nous en cause, des problèmes, je vous le dis tout de
suite.
Bon.
Maintenant, à la page 5, vous donnez l'exemple justement sur la question du
100 000 $. Vous dites, dernier, dernier paragraphe, je cite : «Autre exemple. Aux termes de la
LMTSE — c'est-à-dire
la
Loi sur les mesures de transparence dans
le secteur extractif, c'est la
loi canadienne, si je comprends bien, hein, la
loi fédérale — si une
société paie 50 000 $ de
taxe, 50 000 $ de redevances et 50 000 $ de frais, elle n'a
pas à déclarer ses paiements au bénéficiaire, car le montant n'est supérieur à 100 000 $ dans aucune
catégorie.» C'est ce que vous suggérez, c'est ce que le ministre semble avoir
accepté. On est très déçus de ça.
«Dans le cas
du p.l. n° 55 — je
continue à citer — la
société serait tenue de déclarer les trois types de paiement au bénéficiaire en cause, car le total de
150 000 $ est supérieur au seuil fixé.» Exactement. Quand vous parlez
de : si une société
paie 50 000 $ de taxes, 50 000 $ de redevances,
50 000 $ de frais — là, on est dans la mécanique, là, je veux
juste comprendre comment ça se vit sur le terrain — une
société qui paie 50 000 $ de taxes, par exemple 50 000 $ de
taxes municipales, à une municipalité? C'est-u à ça que vous faites référence?
Le Président (M.
Morin) : M. Paradis.
M. Drainville :
Là, on est dans la mécanique, là.
M. St-Amant
(Mathieu) : Bien, en fait, ici, on est dans...
Le Président (M.
Morin) : M. St-Amant.
St-Amant (Mathieu) : Pardon. Ici, c'est un exemple pour illustrer...
on voulait illustrer par des chiffres un montant qui arriverait à 150...
à plus que 100 000 $ puis moins de 100 000 $ séparés, là.
M. Drainville :
J'ai compris, j'ai compris.
M. St-Amant
(Mathieu) : Donc, là, c'est des montants qui sont fictifs, là. Mais,
par rapport aux taxes, là...
M. Drainville :
Oui, oui. Mais j'essaie de comprendre. Quand vous parlez de taxes, quand vous
parlez de redevances, quand vous parlez de frais, je veux juste comprendre
le phénomène tel qu'il se vit sur le terrain, là.
Le Président (M.
Morin) : M. Paradis.
M. Paradis (Jocelin) : Oui. Il pourrait y avoir plusieurs sortes de
taxes imposées par un même gouvernement. Il pourrait y avoir de l'impôt corporatif, des royautés minières ou des
redevances, comme on dit, et de la taxe à l'emploi, la portion de l'employeur de la taxe à l'emploi.
Donc, une province pourrait avoir 50 000 $ d'impôt corporatif,
40 000 $ de redevances
minières et 30 000 $ de taxe à l'emploi, la part de l'employeur, ce
qui ferait plus de 100 000 $ au total. Mais cette information-là n'est pas présentée dans les
mêmes comptes de la société, et ce n'est pas évident de rattraper toutes
ces informations-là quand c'est des petits montants.
Je comprends que,
lorsqu'on parle aux communautés locales, 100 000 $ peut paraître un
gros montant. Notre société présente depuis
quatre ans un rapport de transparence qui est un peu ressemblant à ce qu'on
fait là, et le montant qu'on a...
M. Drainville :
Tous ces groupes-là, hein?
M. Paradis
(Jocelin) : Rio Tinto.
M. Drainville :
Ah! Rio Tinto, pardonnez-moi. Oui.
M. Paradis
(Jocelin) : C'est ça. Puis le montant qu'on a pris comme montant à
déclarer pour l'instant, c'est 1 million
de dollars par type de taxe. Ça vous paraît élevé, mais ça veut dire qu'on
présente 85 gouvernements dans le monde, et, juste au Québec, on en
présente... au Canada, on en présente 25, ce qui inclut des...
M. Drainville :
25 quoi?
M. Paradis (Jocelin) : 25 municipalités, gouvernements provinciaux,
territoriaux, des commissions scolaires, tout ce genre d'organismes là. Notre rapport est sur l'Internet, le site
Rio Tinto. Vous pourrez aller le voir, si vous voulez, après la
commission. Les montants qu'on présente, c'est arrondi à 1 million près,
mais le total des sommes qui sont contribuées
par notre société dans le monde, c'est 7 099 000 000 $, donc
c'est un très gros montant. Si on voulait présenter les montants de 10 000 $ ou de
20 000 $, et donc tous les montants, ça deviendrait incommensurable à
présenter. Ce qu'on fait actuellement...
M. Drainville :
Mais c'est incommensurable pour votre société...
M. Paradis
(Jocelin) : Pour une société comme nous.
M. Drainville :
...mais pour les pays, ou les juridictions qui sont concernés, ou les
municipalités, les corps publics qui
sont concernés, ce n'est pas incommensurable. C'est important pour le citoyen
de savoir, vous comprenez? Vous, vous me
donnez votre perspective, que je respecte tout à fait... tout à fait légitime.
Vous êtes ici pour plaider pour l'intérêt de Rio Tinto, c'est très bien. Vous comprendrez qu'on n'a pas tout à fait
la même perspective. Moi, je suis élu par des citoyens. Ils sont propriétaires de la ressource. Si Rio
Tinto verse un 20 000 $ pour un aréna quelque part, ils ont le droit
de le savoir puis ils ont le goût de
le savoir. Puis ce n'est pas nécessairement une mauvaise affaire que Rio Tinto
le dévoile, ça, hein?
Drainville : Je vous ai interrompu. Je n'aurais pas dû
peut-être.
Le Président (M.
Morin) : M. Paradis.
M. Paradis (Jocelin) : Oui. Rio Tinto a payé, pour le Planétarium à
Montréal, plusieurs millions de dollars, et il est écrit
Planétarium Rio Tinto Alcan sur le bâtiment.
M. Drainville :
Bien oui.
M. Paradis (Jocelin) : Mais c'est déjà divulgué. Parce que, lorsqu'on a
une commandite, on la divulgue, ce qui est
difficile aux gens locaux, aux gens que ça intéresse, les gens pour lesquels
c'est important. Mais le problème, c'est que c'est, avec des... Rio Tinto a 850 sociétés dans son groupe.
Essayer de représenter tous les 50 000 $ ou tous les
5 000 $ qui sont donnés à
tous les gouvernements, on va avoir 80 pages de documentation juste pour
les chiffres à donner aux lecteurs.
Ça fait tellement de pages qu'il n'y a plus personne qui va s'y retrouver.
Déjà, avec un «threshold» de 1 million qu'on a actuellement, et on ne présente par projet, on a déjà quatre
pages. On prévoit que ça va faire au moins de 12 à 15 pages, l'information qui est demandée avec
la loi actuelle. Si on multiplie trop, l'information devient incompréhensible.
Le Président (M.
Morin) : M. St-Amant, vous voulez ajouter quelque chose?
St-Amant (Mathieu) : Oui. Bien, en fait, c'était pour répondre à la
première
partie de votre intervention. Quand vous mentionnez que vous souhaitiez qu'il y ait plus de développement
minier en terre québécoise, nous aussi, évidemment, on le souhaite. Mais, pour que ça arrive, il faut
que le Québec soit attractif. Puis, plus on met du fardeau administratif aux
entreprises, moins le Québec devient attractif, et ils vont aller faire des
opérations ailleurs. Quand ça devient moins facile, il y a le reste de
la planète qui devient plus attractif.
vous mentionniez que la population est dans un état d'esprit de transparence,
mais le 100 000 $ fait consensus pas seulement au sein de l'industrie, mais fait consensus auprès des
groupes sociaux aussi. La coalition Publiez ce que vous payez Canada, France, Angleterre contient...
à l'intérieur de ces coalitions-là, il y a des groupes. Il y a Oxfam-Québec,
qui était sur... Québec ou Canada?
St-Amant (Mathieu) : Oxfam était pour la coalition Publiez ce que vous
payez Canada. Donc, ces groupes-là ont
accepté le 100 000 $ et ces groupes-là veulent qu'il y ait un
consensus mondial pour que les chiffres veuillent dire quelque chose. Si on sort des chiffres au Québec
qui ne sont pas les mêmes chiffres qu'ailleurs, les chiffres ne veulent
pas dire la même chose.
vous voulez que le Québec soit un leader mondial, on le veut aussi, mais on
l'est déjà. On n'a pas besoin de publier
les 10 000 $ pour être un leader mondial. On est un leader mondial en
innovation, en expertise, en formation. À partir du moment où ça parle français partout dans le monde, je vous
dirais même que ça parle québécois partout dans le monde, c'est signe de quelque chose. Ce n'est pas parce qu'on va
divulguer les montants de 10 000 $ que l'industrie minière
québécoise sera plus un leader mondial.
M. Drainville :
Oui. Mais j'aurais le goût de vous répondre, M. St-Amant, si vous permettez, M.
le Président, j'aurais le goût de
vous répondre : Ce n'est pas parce que vous êtes obligés de les publier
que vous allez être moins leader non plus. Comprenez-vous?
St-Amant (Mathieu) : On le fait déjà effectivement. On les verse, ces
contributions-là. Ce qu'on dit, c'est : Enlevons un fardeau
administratif. C'est simplement là. Ça ne changera pas ce que les gens vont
recevoir, ça va juste changer la tâche des dirigeants des entreprises.
M. Drainville :
Mais je veux juste comprendre. Parce que, bon, ils sont sans doute des milliers
à nous écouter cet après-midi, là, ça
fait qu'on veut être bien sûrs que tout ce que l'on se raconte est bien
vulgarisé. Mais, si je vous demandais, là,
de nous donner des exemples concrets de problèmes que règle ce projet de loi,
là, pour le M. et Mme Tout-le-monde qui
nous écoutent, là... Parce que moi, je vais vous dire, quand j'ai lu le projet
de loi, là, je me suis dit : Bon, ça, ce projet de loi là, là, ça vise à nous assurer qu'une
entreprise d'exploration ou d'exploitation minière qui approche une
municipalité, par exemple, ou une communauté autochtone, un corps public
puis qui lui dit : Regarde, bon, moi, je suis intéressée à investir chez vous puis, si tu veux, pour
faciliter nos rapports, on s'engage. Si le projet va de l'avant, là, on va te
construire une nouvelle bibliothèque,
on va te construire un nouvel aréna. Bon. Moi, c'est comme ça que je l'ai lu,
ce projet de loi là. Puis je me suis
dit : Bon, bien, dorénavant, avec ce projet de loi là, si le montant
excède 100 000 $, bien il va falloir que la compagnie le dise, ça, qu'elle s'est engagée à
construire une bibliothèque ou un aréna. Bon. Mais là, quand je lis les frais,
les redevances, les taxes, les impôts et tout ça, là je me dis : Ce n'est
pas juste dans les cas de figure auxquels moi, je pense que le projet de
loi va répondre à certaines problématiques, on va dire. C'est beaucoup plus
vaste.
Mme Senécal
(Johanne) : Si vous me permettez.
Le Président (M. Morin) :
Oui, Mme Senécal.
Senécal (Johanne) : Oui, si vous me permettez, je peux peut-être
donner un peu plus de contexte. Quand
on dit : C'est une norme mondiale, le
mouvement de transparence, ça fait des dizaines d'années, là, que ça se
discute au niveau international.
L'Union européenne et les États-Unis ont pris le pas avant le Canada, et, en
2012, l'Association minière du Canada, l'Association canadienne des
prospecteurs et développeurs, Publiez ce que vous payez Canada, Revenue Watch
Canada ont formé une coalition pour travailler ensemble et on suivait de très
proche qu'est-ce qui se passait à
l'Union européenne. Le G8 2013, c'était l'Angleterre qui était le pays hôte, et
la question de la transparence du secteur
extractif dans le monde entier... Quand on parle du monde entier, les paiements
de transparence visaient surtout
les paiements faits aux gouvernements dans des pays en voie de développement,
des pays où la question de gouvernance, question de structures, divulgation,
information publique, alors c'était... Et la société civile militait fortement
pour qu'elle puisse avoir les outils pour
travailler avec les locaux pour
s'assurer que les argents qui étaient versés sous toutes sortes de formes et services également étaient comptabilisés pour vraiment
pour comprendre quelle était la contrepartie que le pays riche en ressources
naturelles recevait en...
Drainville : À ce
moment-là, dans le débat, là, est-ce que ça incluait les paiements qui étaient
versés directement aux dirigeants de certains pays?
Senécal (Johanne) : Bien, c'est ce qu'on vise, ils doivent divulguer,
mais c'est des paiements... ce que vous parlez, c'est la philosophie ou, disons, le but était d'enrayer la
corruption. Alors, si c'est ce genre de paiements là que vous parlez,
oui, effectivement, c'est exactement ça qui est le champ de tir, là. C'est ce
qu'on cherche à enrayer.
Drainville : Ce que
vous nous dites, c'est que la loi, au départ, la loi ou la tendance mondiale
visaient d'abord et avant tout à
encadrer les paiements des minières dans certains pays en voie de développement
au nom de la transparence. Donc,
c'est s'assurer qu'ils soient rendus publics pour qu'ils cessent
éventuellement. Parce qu'on s'entend que ce n'est pas nécessairement les citoyens de ces pays-là qui
profitent de ces paiements-là à ce moment-là. Et là ce que vous nous
dites, c'est que le projet de loi qui est devant nous s'imbrique un peu dans
cette tendance mondiale?
Senécal (Johanne) : C'est pour que les pays... C'est pour que les
gens, pour que les gens de ces pays-là, les individus, les particuliers aient l'information et puis qu'ils en
tiennent rigueur à leurs élus ou à leurs gouvernements. C'est le but de
la transparence.
Président (M. Morin) : Merci, Mme Senécal. Merci, M. le
député de Marie-Victorin. Le temps est échu. J'ai même laissé porter
parce que c'était intéressant. Donc, Mme la députée d'Arthabaska, j'aimerais
vous entendre pour 10 minutes.
Mme Roy
(Arthabaska) : Bonjour. Moi, si je comprends bien, vous nous
dites que faire les déclarations pour 7 milliards
de redevances que vous avez données à travers le monde, c'est trop une grosse lourdeur
administrative. Ça pourrait faire 80
pages. Mais, d'une manière ou de l'autre, il a fallu que vous les
comptabilisiez pour les additionner. Je ne vois pas pourquoi vous ne
pourriez pas les publier.
Le Président (M. Morin) :
M. Paradis.
M. Paradis (Jocelin) : Oui. On est
d'accord à les publier. Le problème, c'est que les plus petits montants ne sont pas... Il n'y a pas une compagnie dans notre
groupe, il y en a 800, et les petits montants comme les autres paiements ou les royautés gouvernementales peuvent se
retrouver dans plusieurs comptes des livres comptables et donc ils ne sont
pas additionnés nécessairement tous ensemble. Ce qui est facile à déclarer,
c'est les impôts corporatifs parce que les impôts
corporatifs, dans la comptabilité standard, il y a une ligne pour les écrire,
et donc ceux-là on peut savoir combien qu'on a payé à un dollar près
pour ça.
Mme Roy (Arthabaska) : Mais,
avant d'arriver aux impôts corporatifs, il a fallu que vous les additionniez.
M. Paradis
(Jocelin) : Non, mais, pour
les impôts corporatifs, ça va bien. Mais, quand on parle de ce qui est les
montants qu'on donne pour, genre, le régime
des rentes du Québec ou le montant
que l'employeur donne pour l'assurance chômage, ou ce genre de choses là, ce n'est pas nécessairement dans des impôts ou des taxes similaires dans tous les pays, et
donc ils ne sont pas nécessairement placés dans les mêmes comptes de grand livre,
et ce n'est pas facile d'aller... Il
faut aller chercher dans les livres de chacune des sociétés que l'on
possède pour trouver comme... oui, comptabiliser ces montants-là. Et les livres comptables, ça ne s'additionne pas égal à
égal. Tous les coûts qui sont relatifs aux employés sont tous ensemble dans un montant. Puis, l'autre
chose qu'il faut considérer c'est : ce qu'on déclare, c'est les montants
payés aux gouvernements, pas les montants
comptabilisés. Donc, il faut faire une analyse subséquente, aller voir... pas
la dépense, la dépense, c'est ce
qu'on va payer dans le futur et ce qu'on a payé, alors que le montant payé,
c'est ce qui a été versé au gouvernement dans l'année, et c'est pour ça
qu'il faut regarder...
Mme Roy
(Arthabaska) : Bon. Là, vous me parlez de montants qui sont provisionnés, de toute façon, dans l'autre
état
financier. Et il va revenir. Si c'est à payer — admettons, je vous parle de la CSST — vous
l'avez provisionné, bien, dans
l'autre état financier, vous l'aurez payé. Ça fait que finalement
ça va se confondre, tout ça, là. Je ne vois pas pourquoi...
Puis,
moi, ce qui m'intéresse, c'est de savoir ce que les communautés ont puis ce qui
a été investi dans les communautés. Parce que
moi, je pense que c'est une question d'équité. Si vous
arrivez puis que vous avez des dividendes qui sont presque supérieurs à ce que vous investissez dans les
communautés, c'est une question d'équité avec les contribuables du Québec qui paient, eux autres... qui reçoivent moins que
les communautés engagées dans les mines, ou bien auprès des mines, ou
auprès des entreprises.
M. Paradis (Jocelin) : Oui. Mais je
peux...
Le Président (M. Morin) : Oui,
M. Paradis, ensuite M. St-Amant.
M. Paradis
(Jocelin) : O.K. Je peux
parler sur ça. Si on prend le rapport de Rio Tinto, que vous pouvez trouver
sur Internet, Rio Tinto paie 4 % des
fonds qu'il reçoit, donc de ses ventes en dividendes. Puis il y a 14 % qui
va au gouvernement sous forme de
taxes payées au gouvernement. Donc, ce qui est donné au gouvernement, c'est beaucoup
plus élevé que les dividendes. Ce qui est
payé au gouvernement, d'ailleurs, c'est plus élevé que les salaires qu'on paie
aux employés. 13 % de ce qu'on reçoit
est payé en salaires. Le plus gros poste de dépenses dans ces trois-là, c'est
l'argent donné au gouvernement.
Mme Roy
(Arthabaska) : Quand vous parlez de taxes, là, parlez-vous de
TPS, TVQ, CSST, puis tout ça, ou impôt, et impôt sur le revenu, et impôt
sur la masse salariale? Vous parlez de quoi quand vous parlez de taxes?
M. Paradis
(Jocelin) : Ce que les sociétés
doivent divulguer, c'est effectivement tout l'impôt qui est payé par... évidemment la TPS,
TVQ, on reçoit un remboursement, une partie, une très grande partie. Donc, ce
que l'on écrirait pour la TPS, TVQ, c'est le
net, donc ce que l'on paie sur les frais de repas ou sur l'électricité pour
chauffer les bureaux administratifs.
Donc, la
partie qui est assumée par l'entreprise seulement. Mais c'est tous les
paiements qui sont payés au gouvernement.
Mme Roy (Arthabaska) : Vous
venez de me dire que l'électricité, vous considérez ça comme une taxe?
M. Paradis
(Jocelin) : Non. La TVQ, au
Québec... on paie une TVQ au même
titre que tout le monde à environ 10 %. Mais si l'électricité qui est utilisée,
elle est utilisée pour chauffer ou pour climatiser les bureaux administratifs,
on n'a pas le droit d'avoir un
remboursement du gouvernement. Si on utilise l'électricité pour la production,
donc on va payer notre électricité
puis, après ça, on va payer la taxe de vente du Québec, mais dans la... On va
faire un rapport de TPS, TVQ le mois
d'après et on va avoir un remboursement du gouvernement pour la TVQ payée.
Donc, c'est juste la
partie de la TVQ sur ce qu'on ne peut pas réclamer.
Mme Roy
(Arthabaska) : Mais ce que vous êtes en train de me dire, là,
c'est que vous ne voulez pas me dire combien vous investissez dans les
communautés pour assurer votre...
M. Paradis
(Jocelin) : Non. On est
prêts à le dire. On le divulgue, d'ailleurs. Notre société est une des
premières qui a fait un gros rapport.
Mme Roy (Arthabaska) : C'est
parce que... Ça ne marche pas, là. Attendez. Le micro ne marche pas.
M. Paradis
(Jocelin) : O.K. Notre
société produit un rapport annuel sur tous les montants qu'on donne de plus
de 1 million à tous les gouvernements
du monde. Je comprends que 1 million, c'était un gros montant, mais on l'a
fait de façon volontaire, alors
qu'aucun pays ne nous demandait de le faire. 100 000 $... Avec cette
limite-là de 1 million, on a déjà
autour de... On a 85 gouvernements à qui on en paie, plus que 1 million de
dollars par année. Si on baisse le montant à 100 000 $, on va se retrouver à quelques centaines de
gouvernements. Si on baisse le montant à 1 $, comme il est proposé par l'opposition officielle, là on va se retrouver
avec peut-être des centaines et des centaines de gouvernements à qui on donne des petits montants, et là ça devient
beaucoup trop d'informations pour que les gens puissent comprendre comment on
peut payer à tous ces gens-là. Puis trouver l'information, c'est excessivement
difficile.
Le Président (M. Morin) : M.
St-Amant, vous vouliez rajouter quelque chose?
St-Amant (Mathieu) : En fait, on ne s'oppose pas à ce que les chiffres
soient publiés. On l'a dit en introduction, on est pour le projet de loi n° 55. Ce qu'on s'oppose, c'est le
montant qui a été fixé, la façon que les montants vont être divulgués. Nous, on considère que le Québec doit
suivre la tendance mondiale. Parce que c'est déjà lourd de faire des affaires au Québec. On ne se le cachera pas, il y
a beaucoup d'étapes avant d'arriver à un projet; on a 100 lois et règlements
en matière environnementale, autant au
niveau provincial que fédéral. On s'y conforme, évidemment, et on n'a pas de
problème avec ça. Mais on ne veut pas que le
Québec devienne un endroit moins attractif. On l'a vu dernièrement avec
l'Institut Fraser : on est passés de la 11e place à la 21e. Heureusement,
on est revenus à la sixième.
Mais des
petites choses comme ça qui rendent le Québec moins attractif puis qui envoient
les investisseurs ailleurs, ça coupe
des projets au Québec. Puis ça a l'air
de rien pour vous, peut-être, de dire : Pouvez-vous nous dire le 3 000 $, le 2 000 $, le 5 000 $, mais on ne parle pas de...
c'est plusieurs fois ces montants-là, c'est des tâches immenses. Puis ce n'est
pas juste de
dire : Rio Tinto, pourquoi vous ne le faites pas? C'est que Rio Tinto,
s'il le fait ici d'une certaine façon puis qu'il doit le faire d'une certaine façon ailleurs, puis ailleurs, puis
ailleurs, puis ailleurs, ça devient un fardeau administratif, puis à ce
moment-là on n'est pas en train de contribuer au développement du Québec, on
est en train de remplir de la paperasse
pour, de toute façon, des sommes qu'on donne déjà. Le but, ce n'est pas
d'arrêter des sommes aux communautés, c'est
de dire, pour les plus petits montants... Et là il a été fixé à la grandeur de
la planète à 100 000 $. Ce n'est pas l'industrie minière québécoise qui dit : Allez fixer ça à
100 000 $, là, c'est partout sur la planète qu'on dit
100 000 $. Alors, pourquoi, au
Québec, on devrait faire différent qu'ailleurs? Je comprends ce qui a été
énoncé tantôt, mais la réalité est qu'on est en compétition avec le reste de la
planète, le Québec, puis les compagnies, si elles ne voient plus d'avantages à
venir ici, elles vont aller ailleurs.
Mme Roy (Arthabaska) : Mais,
je pense que mon collègue à ma droite va être d'accord, au Québec, on est différents. Et puis je peux vous le dire, pour
avoir vécu, dans mon comté, le moratoire sur le porc, les gaz de schiste et
l'éolien, il y a toujours une méfiance à
l'égard des compagnies. Puis moi, je pense que faire preuve de plus de...
d'être plus fort que partout au
monde, de faire plus de transparence que partout au monde, ça vous servirait.
Ça vous servirait puis ça permettrait
que les personnes... et cette méfiance-là diminue. Je vous le dis, là, je suis
certaine, là. Vous devez le savoir, il y a une mine qui se fait en
Ontario puis la même mine qui se fait au Québec, la réaction est différente. On
a l'épiderme un petit peu plus sensible, admettons. Ça fait que je pense que,
si on était meilleurs, ça vous servirait plus que ça vous desservirait.
Le Président (M. Morin) : M.
St-Amant.
M. St-Amant (Mathieu) : En fait,
c'est : il faut comprendre dans quel «ball park» on joue, là, puis on est
en compétition avec le reste de la planète.
Si le Québec se met à fixer les règles mondiales, les compagnies, elles vont
bouder le Québec. Les investisseurs ont commencé à le faire. On l'a vu
avec l'Institut Fraser, on est passés du premier au 10e rang, au 11e, au 21e, au 18e et on est revenus au sixième. Les
compagnies, c'est réel, là. Les investisseurs — on parle d'investisseurs — c'est
réel. Si c'est compliqué de faire affaire ici, ils vont regarder ailleurs.
Je pense que M. Paradis avait quelque chose à
ajouter aussi.
Le Président (M. Morin) : M.
Paradis.
M. Paradis
(Jocelin) : Il y a déjà
beaucoup de sociétés minières qui publient leurs informations. Les gens qui
veulent avoir accès à l'information l'ont
dans ces cas-là. Puis je ne sais même pas si les membres de la commission ici
ont regardé ce que les sociétés comme
les nôtres publient pour se donner une idée de ce qui peut être fait pour la
transparence avant la commission,
mais ce serait intéressant qu'ils regardent ce genre de choses là pour voir ce
qui est déjà fait, ce qui est possible puis ce qui peut être réalisé à
un coût raisonnable aussi.
Le Président (M. Morin) :
Merci, M. Paradis. Mme Senécal veut intervenir, mais il reste très peu de
temps.
Senécal (Johanne) : 30 secondes. La coalition a Publiez ce que
vous payez, la coalition mondiale de ces groupes-là cherche à avoir des rapports qu'elle pourra, elle, utiliser
pour comparer qu'est-ce qui se passe dans un pays vis-à-vis un autre,
comment est-ce qu'une corporation mondiale se comporte, combien qu'elle paie,
combien qu'elle verse. Ils veulent avoir des
outils qui vont leur permettre de faire ce travail de comparaison, et c'est...
Parce qu'on fait
partie de cette
coalition avec eux, ici, au Canada, on est très sensibles à ça et on les
appuie. Alors, ce n'est pas juste le secteur minier ou le secteur
extractif, c'est également le secteur société civile, Publish What You Pay.
Le Président (M. Morin) :
Oui, un instant. C'est terminé?
Mme Roy (Arthabaska) : Ce ne
sera pas long.
Président (M. Morin) : Oui, allez-y, mais j'aurais... le
ministre aurait peut-être une demande de consentement. Allez-y.
Mme Roy
(Arthabaska) : Je ne cherche pas à vous confronter, là. Le
territoire, là, vous savez, c'est viscéral, hein? Le territoire, il y a des guerres pour des
limites. Partout dans le monde, il y en a toujours eu. Puis, pour les
Québécois, bien, tu sais, c'est leur
terre. C'est pour ça que moi, je plaide cette partie-là puis je veux qu'on soit
le plus clairs possible, là. Mais je
comprends que vous avez un environnement d'affaires, mais les Québécois, pour
eux autres, je veux dire, ça fait
partie de leur ADN, le terrain.
Le Président (M. Morin) :
Merci. J'aurais besoin de votre consentement. Le ministre aurait peut-être une
intervention, vu qu'il n'a pas écoulé tout son temps, mais ça reste à votre
discrétion. Ça vous va?
Mme Roy (Arthabaska) : Oui.
Le Président (M. Morin) :
O.K. M. le ministre.
Blanchette : Écoutez, juste pour rassurer... en tout cas, là, je ne
sais pas si je vais réussir à rassurer le député de Marie-Victorin, mais essentiellement l'histoire d'y aller par
catégorie, c'est justement dans un souci d'alléger la lourdeur administrative. Et honnêtement, puis sans faire trop de politique,
là, ce que j'entends depuis un an et demi dans les congrès que je vais à Toronto ou à Montréal,
en anglais, en français, en anglais, c'est «refresh», d'avoir un gouvernement qui a le souci d'alléger la
paperasserie, la tracasserie administrative, etc. Et, d'un autre côté, en français,
c'est toujours rafraîchissant, parce que plus qu'on alourdit
les choses, plus que ça fait fuir les investissements. Que ça soit en termes de délais, parce que ça prend du délai, de faire toutes ces
compilations-là, et, quand on fait des catégories, ça a le mérite de simplifier
les choses, ce qui n'empêche pas l'entreprise
minière de publier elle-même ses choses, mais pourquoi tout contraindre à
tout y aller? Le seuil de
100 000 $, c'était vraiment
dans un souci d'harmonisation avec le reste de la planète. Je veux bien être distinctif, mais, à un moment donné, il ne
faut pas aller nécessairement abuser en exigeant des petits montants d'argent,
des 1 $ qui coûteraient... Je ne veux
pas tuer une mouche avec un canon. On veut aller chercher l'information de la
façon la plus rigoureuse et comparable par rapport au reste de la
planète, c'est une dimension importante.
J'aurais une
dernière question pour ma part. En page 12, vous proposez, au sujet des
sanctions administratives pécuniaires, que les montants de sanction
soient réduits notamment — vous
l'avez mentionné tantôt en remarques préliminaires — en raison des faibles conséquences sur le
gouvernement et le public d'un défaut de déclaration dans les délais
impartis.
Nous, on l'a
mis pour convaincre les gens de nous fournir les informations. On veut bien
simplifier les choses, mais on veut
et on tient à obtenir cette information-là, c'est la raison pour laquelle on a
mis les plafonds relativement hauts. J'aimerais
ça vous entendre sur les autres façons, si jamais il y en avait d'autres,
d'atteindre les mêmes objectifs. Mais la
raison pour laquelle on l'a mis aussi haut, c'est qu'on tenait absolument à ce
que ces informations-là soient fournies et de façon crédible. J'aimerais
ça vous entendre.
Le Président (M. Morin) :
Oui, M. St-Amant.
M. St-Amant (Mathieu) : Oui, bien en
fait...
Le Président (M. Morin) :
Essayez d'être bref. Et monsieur...
M. St-Amant
(Mathieu) : Ça sera très bref. En fait, c'est de mentionner que nous,
on ne dit pas que le mécanisme n'est pas bon, on dit que les amendes
sont trop élevées. Puis je peux laisser M. Paradis poursuivre sur la réponse.
M. Paradis
(Jocelin) : On pense que les
grandes sociétés minières vont produire de toute façon ces rapports-là. Le problème, c'est beaucoup pour les plus petites
sociétés minières ou les sociétés qui sont en exploration. Pour elles, des... une société qui est en exploration, si on
lui impose une pénalité de 250 000 $, ça veut probablement dire sa
mort. Ils ne pourront plus continuer
à faire de l'exploration. Et c'est pour ça qu'on dit : Une petite société
ou les grandes... de toute façon, les
grandes vont respecter la loi, puis les petites, bien, il faudrait mettre une
pénalité qui est à leur niveau. Donc,
on pense que, pour une très petite société minière, 100 $ avec un maximum
de 10 000 $, c'est suffisant pour ces sociétés-là pour si...
Le Président (M. Morin) :
Merci beaucoup. Merci, ça a été des échanges... Oui?
M. Drainville : M. le
Président...
Le Président (M. Morin) :
Oui, allez. Oui, j'ai encore un peu de temps.
Drainville : De consentement, comme on devait finir à
15 heures, de consentement, bien
entendu, j'aimerais demander à M. le ministre et à Mme la députée d'Arthabaska s'ils seraient d'accord pour qu'on prenne
encore quelques minutes. On pourrait
se partager le temps moitié-moitié avec la députée d'Arthabaska, je n'ai pas d'objection. Mais moi, j'aurais une question encore technique à poser, très technique, qui va
nous aider par la suite notamment pour l'étude du projet de loi. Alors, si
les gens sont d'accord.
Le Président (M. Morin) : Est-ce
que tout le monde est d'accord?
Le Président (M. Morin) : Ça
va? Question courte si on veut avoir des réponses courtes.
Drainville : Est-ce
qu'il y aurait moyen, M. St-Amant, de
nous envoyer les différentes catégories de versements de paiements qui existent, et ce qu'elles
incluent, ce que chacune inclut. Je fais un lien avec la question
que posait tout à l'heure
la députée d'Arthabaska. Qu'est-ce
que vous incluez dans la catégorie
taxes? Qu'est-ce que vous incluez dans la catégorie frais? C'est quoi, les frais? Je pense,
ça nous aiderait beaucoup. Quand c'est un aréna, par exemple, ou un centre culturel ou une librairie, une bibliothèque,
dis-je, ça rentre...
Une voix :
Centre communautaire.
Drainville : ...un centre communautaire, y a-t-il
une catégorie infrastructures socioculturelles? C'est quoi, les différentes catégories que vous utilisez, dans
votre monde, là, qui font
partie de cette norme internationale pour laquelle
vous plaidez et auquel... si je comprends
bien l'objectif du projet
de loi, on veut, d'une certaine
façon, s'intégrer, dans laquelle on
veut s'imbriquer. Je pense, ça nous aiderait de l'avoir plus tôt que tard.
Et, si vous me dites... M. le représentant de Rio Tinto avait l'air à dire qu'Alcan est une pionnière dans ce
domaine-là, donc j'imagine que votre système de catégorisation a été
utilisé ou a inspiré la norme internationale. Ça pourrait peut-être nous aider.
Mme Roy (Arthabaska) : ...doivent
avoir un tableau...
M. Drainville : Vous devez
avoir un beau tableau, comme dit la députée d'Arthabaska.
Le Président (M. Morin) : Mme
Senécal ou M. St-Amant?
M. St-Amant (Mathieu) : Bien, en
fait, juste mentionner que...
Le Président (M. Morin) :
Réponse courte, M. St-Amant.
St-Amant (Mathieu) : Oui, tout à fait.
L'article 3, évidemment, les catégories qu'on devra déclarer sont là.
Maintenant, ce que chacune inclut, Johanne... Mme Senécal pourra...
Mme Senécal (Johanne) : Oui, si je
peux parler...
Le Président (M. Morin) :
Oui, Mme Senécal.
Senécal (Johanne) :
L'expérience au fédéral, la loi est entrée en vigueur en décembre...
c'est-à-dire en juin, elle a été
adoptée en décembre, mais entre en
vigueur en juin. Le gouvernement est en train de rédiger
une réglementation et son guide
d'information, son guide pour l'industrie. Ça a été publié, c'est en
consultation. Je peux vous envoyer ça. Ça fait exactement
partie des
informations qu'on leur demandait. Qu'est-ce que vous incluez? Qu'est-ce que
vous considérez? Beaucoup des choses... bien
des choses mentionnées, quand vous parliez de ce qui était donné aux
communautés, c'est dans les frais, les frais d'accès. Alors, comment,
pour avoir avoir accès, si on parle... avec les communautés autochtones, accès au territoire, accès... alors
que ce sont des frais. Je pourrais vous envoyer, au niveau fédéral, parce que
c'est les mêmes catégories, comment est-ce qu'ils ont déterminé, parce qu'on
l'a déjà, ça, puis, au niveau du Québec, bien, c'est le gouvernement du Québec, une fois que votre loi va être
adoptée, le ministre va avoir le pouvoir, et c'est...
Mme Senécal (Johanne) : Oui.
Drainville : Mais
est-ce que... Tu sais, moi, j'essaie de comprendre, là. On a compris la
dynamique, là, tout à l'heure que
vous avez bien expliquée avec les pays en voie de développement, mais il faut
trouver, je dirais, une application un
peu plus locale, là, québécoise, là, à ce projet de loi là. Moi, je veux être
capable d'expliquer aux gens, là, qu'est-ce que ça va changer.
M. St-Amant, peut-être, est-ce qu'il y a des cas
de sociétés québécoises qui, déjà, déclarent, ont déclaré, par exemple, dans certaines communautés, que ce soit
autochtone, ou dans certaines municipalités, ont déclaré des paiements pour des infrastructures, par exemple, ou d'autres
objets, d'autres fins qui pourraient nous servir d'exemple pour montrer,
bien : Vous voyez, là, cette
compagnie-là, elle l'a fait volontairement, mais, en vertu de la loi, elle va
devoir maintenant... toutes les sociétés vont devoir le faire. Il y a-tu
des exemples concrets, là, auxquels ont peut se rattacher?
Le Président (M. Morin) :
Non. Ça me prend un... rapidement, parce que je suis obligé d'arrêter tout ça,
St-Amant (Mathieu) : En fait, il y a la compagnie Glencore, pour la
mine Raglan, qui mentionne les montants qui sont versés aux communautés, il y a
la compagnie... la mine canadienne Malartic, qui a le Fonds Essor... effort
Malartic... Essor Malartic, qui
mentionne les montants qui ont été versés à la communauté, et les compagnies
diffusent normalement les
contributions qu'ils ont dans les communautés. Peut-être que M. Paradis, si on
a du temps pourrait, compléter, mais...
M. Drainville : Mais est-ce
que vous, l'association minière qui représentez ces joueurs-là, est-ce que vous
pourriez nous en envoyer, des cas comme ça avec les...
St-Amant (Mathieu) : On peut vous en envoyer des exemples, là. On ne
pourra pas vous envoyer le détail parce qu'on ne possède pas toute cette
information-là.
M. Drainville : Non, mais des
exemples, des exemples.
St-Amant (Mathieu) : On pourrait vous en fournir. Puis on va
travailler avec l'Association minière du Canada pour vous donner des exemples
d'ailleurs aussi.
Président (M. Morin) : Merci, M. le député de Marie-Victorin.
Merci, Mme Senécal, M. St-Amant, M. Paradis.
Mme Roy
(Arthabaska) : Bien, M. le Président, j'ai consenti, mais on
m'a dit : C'était moitié-moitié, le temps.
Le Président (M. Morin) :
Vous voyez ce que ça fait, là. Là, je vais manquer de temps.
Mme Roy (Arthabaska) : Non,
regarde, il reste deux minutes. Ce ne sera pas long.
Le Président (M. Morin) :
O.K.
Mme Roy
(Arthabaska) : J'ai eu l'impression, en lisant votre mémoire,
que vous remettiez un petit peu l'AMF en...
votre confiance en l'AMF. Croyez-vous que c'est l'entité la mieux équipée, la
plus utile pour faire le suivi de cette loi-là?
Le Président (M. Morin) : M.
St-Amant.
St-Amant (Mathieu) : Ce sera très court. L'Association minière du
Canada avait fait une démarche pour que ce soient les provinces qui prennent en charge l'application. Nous, ce
qu'on voulait, c'est que ce soit exclu du ministère de l'Énergie et des Ressources naturelles parce que
c'est sujet aux changements de ministre, aux changements... Donc, on ne voulait pas qu'un ministre arrive, arrive avec
ses règles, un autre ministre arrive, arrive avec ses règles. Donc, en mettant
ça à l'AMF, on enlève ça du politique et c'est moins facile de changer les
règles.
Mme Roy (Arthabaska) : C'est
plus stable.
M. St-Amant (Mathieu) : Plus stable.
Mme Roy (Arthabaska) : O.K.
Merci.
Le Président (M. Morin) :
Merci beaucoup. Je suspends les travaux pour permettre à la Coalition pour que
le Québec ait meilleure mine! de prendre place. Merci.
(Suspension de la séance à 14 h 58)
Président (M. Morin) :
Nous reprenons nos travaux. Nous recevons Coalition Pour que le Québec
ait meilleure mine! Donc, mesdames,
bonjour. Bienvenue chez vous. Donc, si vous voulez prendre la parole et nous
présenter la personne qui... vous-même et la personne qui vous
accompagne.
Bernier (Dominique) :
D'accord. Je m'appelle Dominique Bernier, je suis coordonnatrice de la
Coalition Pour que le Québec ait meilleure mine! et je suis accompagnée
de Me Nicole Kirouac, qui est personne-ressource au comité de vigilance de Malartic. Donc, mesdames et messieurs, M. le Président, Mmes et MM. les députés, membres de la commission, M. le ministre, la Coalition Pour que le Québec ait meilleure mine! accueille favorablement
l'intention du gouvernement de
légiférer pour qu'il y ait davantage de transparence dans le secteur minier
notamment. Les mesures qui sont
proposées dans le projet de loi
n° 55 s'ajoutent à celles qui
ont été adoptées lors de la dernière révision de la
Loi sur les mines en
décembre 2013, qui prévoyait la divulgation annuelle mine par mine de la
valeur du minerai extrait, des redevances
versées. Il y a l'ensemble des contributions versées par les entreprises
minières ainsi que des garanties financières destinées à la restauration environnementale des sites miniers. La
coalition anticipe avec intérêt ces données qui, selon la loi, devraient
être rendues publiques pour la première fois cette année.
Ce projet de loi s'inscrit également dans la lignée de la loi fédérale sur les mesures
de transparence dans le secteur extractif,
adoptée par le gouvernement du Canada en décembre 2014. Et on tenait à souligner
qu'on constate — avec
joie, en fait — que
le projet de loi va tout
de même plus loin que le projet de loi fédéral, ce qui est un bon point. Nous avons tout de même cinq préoccupations et des recommandations associées à soumettre aux membres de la commission
afin de bonifier le projet de loi, parce qu'on pense qu'il peut l'être. Ce sont des préoccupations qui
nous paraissent majeures, et on espère
que le gouvernement va agir dans ce sens-là pour accroître la transparence et
l'imputabilité du secteur minier au Québec.
Notamment, on souhaite porter votre attention
sur la portée du projet de loi n° 55, qui nous apparaît trop restreinte. Aussi, on attire l'attention des
membres de la commission sur le problème persistant de l'évasion fiscale,
qui prive l'État de précieux revenus
et qui augmente l'opacité, qui nuit à la transparence, donc, des flux
monétaires en lien avec les sociétés extractives. On s'intéresse aussi aux garanties
financières et à la restauration environnementale des sites miniers afin que ces données soient rendues
publiques et aux commandites que l'industrie verse et qui peuvent créer des
distorsions et des divisions sociales dans certains cas.
Enfin, on
attire votre attention sur l'importance du respect des droits des communautés
et des nations autochtones qui sont directement touchées par les
activités minières.
Concernant la
portée du projet de loi, qui est notre première préoccupation, la recommandation, en fait, c'est de faire en sorte que l'ensemble
des versements et l'ensemble des entreprises qui mènent des activités d'exploration
ou d'exploitation minière au Québec soient assujetties à la
Loi sur les mesures de transparence dans les industries minière, pétrolière et gazière. Parce qu'actuellement ce qu'on constate dans le
projet de loi, c'est que les entreprises étrangères ne seront pas nécessairement assujetties. Et selon
des calculs qu'on a faits, qui sont relativement
sommaires, parce qu'on
n'a pas toutes les données, on se rend compte qu'une bonne proportion des
entreprises étrangères pourrait ne pas être assujettie
à la loi, alors que l'ensemble des entreprises québécoises le seront. Pour
nous, ça, ce n'est pas acceptable, donc on vous invite à considérer l'ensemble des entreprises. On aimerait
aussi que la totalité des montants versés aux bénéficiaires et non
seulement les montants totalisant 100 000 $ et plus, incluant le nom
des bénéficiaires, soient déclarés et soient facilement accessibles au public.
Concernant la transparence liée à l'évasion et à
l'évitement fiscaux, en fait, on a deux recommandations principales qui consistent, grosso modo, en faire en sorte que le gouvernement n'investisse pas d'argent public auprès des compagnies qui optent pour des procédés liés à
l'évitement et à l'évasion fiscale. Donc, pour ce qui est des règles de
prise de participation, de subvention et de crédits d'impôt, on pense que les
stratagèmes fiscaux qui impliquent des législations de complaisance notoires devraient être un
critère disqualifiant parce que ça fait perdre des dizaines de milliards de dollars — c'est
quand même énorme — au
trésor public, et on pense que le gouvernement a quand
même certains leviers pour s'attaquer à ce problème.
On souligne quand même le mandat qui a été donné récemment, ce
printemps, pour étudier cette question-là.
On félicite le gouvernement d'avoir décidé de procéder à l'étude du problème des paradis fiscaux, mais
on pense que cette mesure-là pourrait être un premier pas dans la lutte contre
l'évasion fiscale.
Et enfin on
aimerait, à l'instar d'autres législations dans le monde, que les entreprises qui
oeuvrent au Québec dévoilent la provenance pays par pays de toutes leurs
sources de financement, ce qui nous permettrait d'identifier plus
facilement, aux organisations comme nous, mais aussi au gouvernement, ceux qui
oeuvrent dans des législations de complaisance. Ça permettrait d'évaluer le
phénomène et de proposer des politiques correctives.
recommandation n° 3, c'est de rendre public l'état des garanties
financières mine par mine. On sait que les garanties financières vont devoir être divulguées en vertu de la
Loi sur
les mines. Par contre, on voudrait s'assurer que les garanties financières qui vont être divulguées soient les garanties
versées et non seulement les garanties à payer. Parce qu'on sait, à l'heure actuelle, qu'il y a près de
la moitié des entreprises minières qui n'ont toujours pas versé leurs garanties,
dont deux cas particuliers qui se sont
placés sous la loi de la protection contre les faillites, là — excusez-moi, je n'ai pas le... vous
comprenez de quelle loi je parle, ce n'est pas le nom exact — en fait, deux cas qu'on connaît bien, qui
ont été très médiatisés, et ça vient ajouter quand même potentiellement
des centaines de millions de dollars à notre fardeau environnemental collectif.
Concernant la
recommandation 4, elle dépasse le cadre probablement de ce projet de loi, mais
on tenait quand même à attirer
l'attention de la commission sur cette question-là, il s'agit de limiter le
recours aux commandites privées. Le
projet de loi couvre les montants versés aux instances publiques, mais on pense
que la question des commandites privées pose un réel problème, en fait, parce que ça cause des distorsions et ça
vient miner la cohésion sociale dans certaines régions quand un projet qui vient s'implanter avant même
d'avoir reçu les autorisations verse toutes sortes de commandites à droite,
à gauche. Ça vient miner le débat public et
on pense que ça devrait, en fait, être... on aimerait que le gouvernement
évalue la problématique, à tout le moins, ses effets négatifs, et qu'il
interdise ou limite aux entreprises la possibilité de verser des sommes
d'argent à
titre de commandite aux acteurs locaux et régionaux, en particulier
avant l'obtention de certificats
d'autorisation. Puis, le cas échéant, une fois les certificats d'autorisation
obtenus, si vous choisissez de permettre le versement de commandites, à ce moment-là, on pense que la liste des
bénéficiaires et des montants devrait être accessible au public. On
pense que c'est d'intérêt public.
Et notre
dernière recommandation, en fait, c'est la nécessité d'assurer le respect des
droits des communautés et des nations
autochtones qui sont affectées par les activités minières et aussi par le
projet de loi n° 55. Nous savons actuellement que certaines nations autochtones s'opposent au
projet de loi tel que proposé, alors nous demandons au gouvernement
de s'engager dans une relation de type
nation à nation avec les communautés concernées pour respecter leurs droits et
leurs intérêts, notamment les droits au consentement et à l'autodétermination,
tel que stipulé dans la Déclaration des Nations unies sur les droits des
peuples autochtones, que le Canada a ratifiée.
Donc, je
rappelle que ça... on est favorables au projet de loi, en conclusion, on l'accueille
favorablement, par contre on
considère que le gouvernement peut aller plus loin dans ce projet de loi là
s'il veut assurer une réelle transparence auprès des industries extractives qui oeuvrent sur le territoire québécois.
Alors, on invite le gouvernement à porter attention à nos cinq
recommandations. Je vous remercie.
Le Président (M. Morin) : Je
vous remercie, Mme Bernier. Vous êtes dans votre temps, alors, bravo. M.
le ministre, à vous la parole pour 25 minutes.
M. Blanchette : Oui, je tiens à remercier la Coalition Pour que
le Québec ait meilleure mine!. D'ailleurs, ils font
partie
de notre comité consultatif sur lequel, par la présence de... sont encore...
Là, y a-tu un changement de poste? C'est toujours...
Ugo Lapointe s'en occupe aussi ou...
Bernier (Dominique) : Ugo Lapointe est toujours porte-parole de la
coalition.
Blanchette : Mais est-ce vous qui allez venir aux prochaines séances
du comité consultatif?
Mme Bernier
(Dominique) : C'est possible, là. On n'est pas certains.
Blanchette : O.K., parfait. Bienvenue, si jamais c'était le cas.
Mme Bernier
(Dominique) : C'est bon.
Blanchette : J'irais tout de suite, peut-être, pour vous rassurer, là,
le troisième, «rendre public l'état des garanties
financières "mine par mine"», ça se fera dans le temps. Je n'ai pas à
répondre nécessairement, mais je tenais juste à vous rassurer, d'une certaine façon, on ne le fera pas parce que
c'est le projet de loi n° 55, mais on va assurément le faire. Les informations que vous souhaitez...
Puis, d'ailleurs, la semaine dernière ou voilà deux semaines, on a sorti ces
informations-là, donc c'est disponible. Mais
là on aura la valeur de l'extraction, le volume extrait, la garantie financière,
mine par mine. Ça, je vous rassure, ça sera
fait. Quoi qu'en dise mon collègue député de Marie-Victorin, ça sera fait. Il
est sceptique, mais on essaie de le
rassurer, ce qui n'est pas quelque chose de toujours facile, je vous en
conviens avec vous. Mais, cette boutade-là faite, j'espère que mon
collègue ne m'en tiendra pas rigueur.
J'aimerais
ça revenir sur la portée trop restreinte, le fameux 100 000 $.
J'aimerais des précisions, parce qu'entre la vertu puis la réalité il y a tout un monde. C'est beaucoup d'entreprises
d'exploration, notamment. Et là, qu'eux divulguent toutes leurs données, leurs informations
financières, leurs contributions, paiements de toutes sortes, elles sont libres
de le faire, mais on a tenu à mettre
un plafond, c'est-à-dire un plancher, plutôt, c'est-à-dire à
100 000 $ et plus, tout ça pourrait être divulgué, dans un souci de ne pas amener trop de lourdeur
administrative. Parce que les lourdeurs administratives peuvent faire
fuir les investissements, et, s'il n'y a pas de travaux d'exploration qui se
font, on n'a pas de mine en exploitation qui
suivent ça. Donc, le 100 000 $, c'est un seuil qu'on jugeait
important auprès de toute catégorie de paiement, et on verra, dans l'application... parce que les gens de l'AMC, notamment,
et de l'AMQ vont nous fournir des exemples très concrets de ça,
éventuellement, ce qui va nous inspirer pour réglementer les choses.
L'autre
chose, puis ça, c'est important, c'est la réciprocité avec le fédéral, mais
aussi avec les États-Unis, avec l'Europe,
le fameux... cette portée-là du 100 000 $ a été choisie parce que, si
jamais il y a des entreprises étrangères qui ont des opérations sur le territoire québécois, elles devront nous
divulguer leurs informations à partir des mêmes formulaires qu'ils auront eu à compléter, que ce soit en
Suisse, en France ou ailleurs. Donc, on va obtenir ces informations-là, et
c'est pour ça qu'on tient à garder,
j'oserais dire, les mêmes critères, les mêmes façons de faire, de façon à
alléger les choses.
Parce
que c'est important de pouvoir comparer les choses. Si on se met à cumuler les
petits montants, oui, ça peut paraître
intéressant, mais, en même temps, on n'aura plus de comparaison. Est-ce qu'on
va dire que le Québec reçoit tant d'argent
sur le plan minier de la part des entreprises minières alors que d'autres en
reçoivent autant? Puis là je parle aussi de toutes les participations, des
paiements et contributions qui se font dans les petites communautés. Si on veut
avoir des comparables, il faut
vraiment garder le même genre de formulaire, puis ce n'est pas par entêtement,
mais c'est vraiment par souci d'analyse comparée qu'on tient à avoir ça.
On a peur. Et là j'aimerais ça vous entendre là-dessus.
comprends que c'est important d'avoir une information, mais vous ne pensez pas
que ça serait un peu lourd d'engager l'ensemble des entreprises du
Québec, et là je pense aux 250 — ça peut augmenter dans le temps quand qu'il y a des booms miniers — entreprises d'exploration minière qui
pourraient avoir à couvrir ça. Parce que, on s'entend, sur les 24 entreprises en exploitation
minière présentement, elles sont toutes couvertes par les critères, elles vont
toutes nous donner leur information, qu'elles aient leur siège
social au Québec ou ailleurs dans le monde, mais qui ont des opérations ici, on va tout obtenir les
informations. Ça, il n'y a pas de souci à avoir.
problème se pose sur les entreprises d'exploration. Quelques-unes auront à
soumettre des rapports, mais la forte majorité ne se classeront pas dans
le fameux 100 000 $ en question. J'aimerais ça vous entendre
là-dessus pour précision.
Le Président (M.
Morin) : Mme Bernier.
Bernier (Dominique) : Oui, certainement. Merci, M. le Président. En
fait, c'était notre souci, justement, les
entreprises d'exploration, parce que, selon nous... Bon, d'abord, je veux
rappeler qu'une des différences entre la loi fédérale et le projet de loi n° 55, c'est que le projet de loi
n° 55 — et c'est
une chose qu'on salue — a pour objectif, en plus
de la transparence, de s'attaquer à la corruption. Donc, dans cette optique-là,
nous, on pense qu'il est fondamental qu'on
puisse avoir les montants qui sont versés aux différentes entités publiques
dans le cadre de la procédure d'exploration, parce que c'est souvent à ce stade-là qu'une entreprise va vouloir...
une entreprise malhonnête, là, on sait que c'est une minorité d'entreprises, mais qu'une entreprise
plus malhonnête va vouloir chercher à s'assurer d'avoir les bonnes faveurs, là,
de certaines instances publiques.
Donc,
100 000 $, on trouve ça élevé si on pense à des petites communautés,
qui sont souvent très peu financées, qui
manquent de financement pour juste financer le fonctionnement normal de leurs
activités. On pense que c'est un très gros
montant et que ça nécessiterait d'être réévalué dans une optique de lutte à la
corruption. Peut-être que la limite n'a pas à être zéro. Nous, on pense que ces chiffres-là sont compilés, de
toute façon, dans une comptabilité interne de l'organisation. Ce ne serait pas une si grosse charge de plus, selon
nous, que de les fournir au gouvernement. Ça n'empêche pas d'avoir un formulaire identique pour pouvoir
comparer les données, mais de demander quelque chose en plus, je pense
que, comme le Québec a le pouvoir de le faire, il devrait s'en prévaloir, selon
nous.
Le Président (M. Morin) :
Oui, chère madame, Mme Kirouac.
Kirouac (Nicole) : ...répéter
et insister peut-être sur ce que Dominique vient de dire. Oui, on pense que
les compagnies ont déjà ça dans leurs données
fiscales, quand on est obligés de le donner. Ils l'ont déjà, on ne pense pas
que ça alourdit du tout. Et on ne peut pas
nier qu'en général ces projets d'exploration sont dans des petits milieux. Ça
ne touche pas des villes de
200 000, 300 000 de population. Donc, l'influence est très marquée.
Et Dieu sait que je suis bien placée
pour le savoir; en Abitibi, quand on voit tous les petits villages, les
villes... Et 100 000 $, c'est énorme, donc ça a un impact.
Et je
pense que la population a intérêt à savoir qui reçoit quoi et combien... Personne
ne va donner 1 $, là, on s'entend bien
là-dessus. Alors, je pense qu'à partir de x montant, milliers de dollars, je ne
pense pas que ça rajoute une lourdeur, et je pense que c'est important
pour une transparence totale. On ne pourra pas, après ça, accuser qui que ce soit d'avoir tenté d'influencer par la bande. Ce
sera clair et net, peu importe. Et les gens qui se laisseront influencer, bien,
ils se laisseront influencer, mais au moins, on ne pourra pas accuser qui que
ce soit d'avoir joué en coulisse de façon malhonnête : ce sera clair.
Le Président (M. Morin) :
Vous voulez rajouter, Mme Bernier?
Bernier (Dominique) : Un tout petit mot pour dire que c'est à
l'avantage de ceux qui fonctionnent selon les règles et qui ne cherchent
pas à influencer indûment les pouvoirs publics, là, de tout divulguer, en fait.
Le Président (M. Morin) : M.
le ministre.
M. Blanchette : Je vous remercie de
vos réponses, puis ça fait le lien, effectivement, avec votre deuxième recommandation : la lutte contre l'évasion et
l'évitement fiscal. Vos propos... Et je les endosse également. La notion de
corruption, on en a peu parlé, mais elle est
importante. Pas qu'elle est importante en termes réels, mais au moins, en
termes de perception du public, j'oserais dire, ça peut avoir
effectivement son importance.
Et là je suis en train de... Je m'en vais sur
les entreprises d'exploration parce que c'est ce dont on parle puis, comme je
viens du milieu, moi aussi, de l'Abitibi-Témiscamingue depuis au moins 32 ans...
Ces petites entreprises qui
pourraient être soumises, si elles ne fournissent pas les informations, sont
passibles de sanctions pécuniaires et de poursuites, etc. Et les entreprises... le
financement, entre autres, de ces entreprises d'exploration là est plus
difficile. Et là je ne parle pas des
Noranda de ce monde et Agnico-Eagle ou peu importe, là : je parle des
petites entreprises d'exploration de
trois, quatre employés avec des financements, lorsque les années sont bonnes,
de l'ordre d'un peu moins que 1 million. Eux et elles, ces
entreprises-là, n'ont pas les moyens de verser nécessairement des grosses
sommes d'argent.
Et là on
arrive avec un projet de loi où on imposerait un calcul, un cumul d'information
auprès des très petites... puis, si
jamais elles ne nous les fournissent pas, on les poursuivrait pour... et ça
pourrait se rendre jusqu'à... en tout cas, tel que le projet de loi est présenté, jusqu'à 250 000 $.
On met en faillite automatiquement ces petites entreprises là. Moi, je
suis un ministre des Mines qui aime les mines, on s'entend. Je
souhaite en avoir, parce que je veux créer de la richesse, je veux créer de l'emploi puis je veux même qu'il y ait
plus de redevances qui soient données aux communautés d'accueil, aux communautés autochtones, je suis en faveur de
ça. Là-dessus, vous n'avez pas à craindre de mes positions, je
souhaite ça. Mais, toutefois,
si je fais fuir les investissements dans les entreprises d'exploration... Parce qu'ailleurs au Canada ça ne sera pas le cas. Admettons que l'idée d'aller en bas du seuil de 100 000 $ était retenue, on ferait fuir, et
là il y a une lourdeur administrative
que les gens ont à régler, parce que ça prend du temps, compiler tout ça. Au
lieu de les faire travailler sur de
la géologie, ils travailleraient à compléter nos formulaires auprès du
gouvernement. S'il y a de la malversation, il y a toujours d'autres recours. Mais est-ce que, par ce
projet de loi là, n° 55, on favoriserait le développement minier?
J'aimerais vous entendre là-dessus.
Bernier (Dominique) : Là-dessus, je voudrais juste être... J'ai
l'impression que vous parliez encore un peu de la recommandation 1. C'est encore sur le même... Oui. Bien, en fait,
je ne sais pas quoi vous répondre d'autre, M. le ministre, qu'en fait, selon nous, ça demeure quelque chose
d'important. On pense que, si le projet est solide, si la ressource est là puis si le prix de la ressource
est au rendez-vous, les investisseurs vont être au rendez-vous aussi, là. Selon
nous, si un projet n'est pas assez solide pour être capable de fournir des
données comme celles-là puis de trouver du financement,
bien, peut-être qu'il doit attendre avant d'être mis sur pied. Est-ce que tous
les projets doivent nécessairement
être mis sur pied le plus rapidement possible, peu importe le financement dont
ils disposent, peu importent les
risques financiers que ça implique? Moi, je ne pense pas que ce soit le cas,
parce que, si on permet à des projets miniers qui ne sont pas assez solides de partir, bien, on se retrouve avec des
problèmes comme Québec Lithium, comme d'autres projets comme ça qui ne tiennent
pas la route dès qu'il y a une moindre baisse du prix de la ressource, là. Donc,
selon nous, c'est mieux d'encourager les
projets sérieux, les projets solides, quitte à en avoir moins, mais en avoir de
meilleurs.
Mme Kirouac (Nicole) : Et je compléterais
en...
Le Président (M. Morin) : Mme
Kirouac.
Kirouac (Nicole) : Je
compléterais... Et là c'est l'avocate qui parle. On entend souvent, quand quelqu'un est
accusé, puis les journalistes vont le dire : Il est passible d'une peine
d'emprisonnement de 14 ans, et finalement on entend le verdict : c'est à peu près
six mois, six mois de prison. Alors, je me dis : Dans votre projet de loi aussi, il peut y avoir une
échelle. Il y a une échelle également au niveau des
pénalités. Donc, on ne verra pas tout
de suite le scénario catastrophique de 200 000 $, il pourrait peut-être y avoir
des pénalités pas mal moins... Et, si on regarde actuellement ce qu'il y a au niveau des infractions au niveau
d'autres législations qui touchent les minières, là, c'est assez rare, même
des grosses pénalités de cet ordre-là.
Le Président (M.
Morin) : M. le ministre.
Blanchette : Je céderais la parole à mon collègue Jean Boucher.
Le Président (M.
Morin) : Oui... c'est-à-dire, oui, mais le député d'Ungava.
Blanchette : J'ai dit : Jean Boucher. Excuse-moi, Jean. Le député
d'Ungava, représentant les Inuits, les Cris et Jamésiens, notamment.
M. Boucher :
J'utilise mon nom d'artiste.
Président (M. Morin) : Oui, M. le député d'Ungava. Je vais
m'attarder à le faire. Allez-y, M. le député d'Ungava.
Boucher : Alors, bonjour, mesdames, bienvenue. Moi, je voulais vous
parler un petit peu de votre recommandation
4. Je veux juste être sûr, là, de bien la comprendre. Si on lit dans la
boîte... bon, vos pages ne sont pas numérotées,
là, mais en bas de ce qui parle de... du point n° 4 : «Que le
gouvernement s'engage à évaluer la problématique des commandites privées et de leurs effets négatifs sur le débat
public», qu'est-ce que vous voulez dire par ça, une commandite privée?
Le Président (M.
Morin) : Mme Bernier.
Bernier (Dominique) : D'accord. C'est Mme Kirouac qui va être le mieux
habilitée pour parler de cette question-là,
mais je vais quand même spécifier ce qu'on voulait dire. En fait, c'est les
montants d'argent qui pourraient être
versés à, je ne sais pas, moi, un centre des loisirs, une entreprise x ou y qui
ne soient pas pour des achats en biens ou en services, mais pour autre chose à une organisation non
gouvernementale ou sans but lucratif ou bien à des instances parapubliques qui pourraient ne pas être incluses
dans le projet de loi n° 55, en fait le type de commandites qui pourraient
être versées à d'autres cas que ce qu'on peut
voir dans le projet de loi n° 55. On pense que c'est important que le gouvernement s'y penche, parce qu'on a constaté
que dans les communautés ça cause un certain nombre de problèmes, surtout avant que les projets reçoivent leur
certificat d'autorisation, surtout en période de consultations publiques, alors
que des gens viennent s'exprimer, mais en
même temps ils ont reçu du financement pour un projet x ou y de la part de la
minière et viennent appuyer la minière.
D'autres personnes peuvent le savoir ou ne pas le savoir, mais ça vient miner
la confiance, ça vient faire en sorte
que la... On est en recherche
d'acceptabilité sociale, il y a un
chantier là-dessus qui est en branle,
on pense que, dans ces circonstances-là, l'acceptabilité sociale devient plus
difficile, ça cause des divisons dans les communautés. Je vais laisser
la...
Le Président (M.
Morin) : Me Kirouac.
Mme Kirouac (Nicole) : Oui. Alors, j'ai écrit un texte un jour, il y a
peut-être sept ans, pour avoir été sur la ligne de front à Malartic depuis huit ans, j'ai dit : Les compagnies
minières sont passées du dindon à la commandite bâillon. Ça a un effet extrêmement pervers, la commandite,
parce que ça bâillonne littéralement les gens, et j'ai constaté qu'au cours des années c'est qu'on pouvait acheter
l'acceptabilité sociale par des commandites. Et pour moi, c'est deux choses
distinctes.
Comme
avocate, je disais souvent aux gens : Tu peux donner un accord à un
projet, mais il faut que tu aies toutes les informations sur les impacts de ce projet minier là, autant à court,
à moyen et à long terme. C'est ce qui te permet de cheminer et de donner
un véritable accord, de l'accepter, le projet.
sur le terrain, ce qu'on voit, c'est que beaucoup de commandites achètent cette
acceptabilité sociale là, et, pour moi,
c'est un effet extrêmement pervers. Et je pourrais l'argumenter de façon très
volumineuse, pour le voir sur le terrain. Des petits clubs sociaux, des clubs de personnes âgées, de toutes les
sortes, qu'on a vu, des clubs de basketball à l'école, partout, à partir du moment où ils recevaient une
subvention de 3 000 $, 4 000 $, 5 000 $, dans un
milieu qui est déjà peu riche, c'est
énorme pour une école, ou pour des étudiants, ou pour des groupes, peu importe
le groupe social, de recevoir une
subvention de 4 000 $, 5 000 $ ou 6 000 $. Alors,
les gens après ça te disent : Bien, là, on n'est pas pour dire... pour les
critiquer, ils nous ont donné ça, ils ne
nous en donneront plus. Et ça, tu entends ça, là, couramment, là, je veux dire,
je n'invente rien, puis vous l'avez sûrement entendu, M. le ministre, on
est de la même région.
je pense qu'avec le chantier que le gouvernement actuel a commencé sur le
débat... la discussion sur l'acceptabilité sociale, on pense que ce volet-là, qui touche le privé, parce qu'il
n'est pas dans l'actuel projet, on pense qu'il devrait avoir ce volet-là dans le chantier d'étude qui est
commencé puis qui va se poursuivre. On a participé aux tables régionales, aux
discussions régionales, et on pense que ce volet-là doit être absolument
abordé.
Et la position de la coalition, c'est de dire
que, si on avait des redevances vraiment très adéquates, il y a beaucoup de ces clubs sociaux, ou artistiques, ou
peu importe qui iraient chercher ou qui iraient peut-être demander des subventions à ces
organismes-là, gouvernementaux, paragouvernementaux. Et on pense que ce n'est
pas... Je dis tout le temps :
Recevoir une subvention pour un festival du cinéma, d'Hydro-Québec, de
50 000 $ ou de 100 000 $, ce n'est pas du tout la même chose que de recevoir ça de la
compagnie minière. Ça n'a pas du tout le même impact, puis on le voit sur le terrain, les gens n'ont pas la même liberté
d'agir et de bouger. Et ça, c'est ce qu'on voit régulièrement, et on pense
que ça devrait faire
partie du débat; vous
avez commencé, très heureusement. D'ailleurs, ça a déjà été abordé dans
beaucoup de ces groupes de rencontre là, et on pense que ça devrait se
poursuivre à ce moment-là.
M. Boucher : Sauf que, là, je
comprends que vous comprenez que ça ne ferait pas
partie du projet de loi.
Mme Kirouac (Nicole) : De celui-ci.
Absolument.
M. Boucher : C'est ça. C'est une
recommandation plus générale sur un autre volet.
Kirouac (Nicole) : Bien, sur
la réflexion que le gouvernement actuel a commencée sur l'acceptabilité
sociale, on pense que c'est d'abord
extrêmement important, et on pense que c'est là qu'il doit absolument se
rattacher. Et, d'ailleurs, ça a été
déjà soulevé. En tout cas, moi, à la rencontre que j'ai... auxquelles j'ai
assisté à Rouyn, ça a été une
partie du débat, d'ailleurs.
Le Président (M. Morin) :
Oui. Mme Bernier voulait rajouter.
Bernier (Dominique) : Oui, ajouter que c'est aussi une question de
transparence, c'est pour ça qu'on l'inclut dans notre mémoire, parce qu'il est
question de savoir où va l'argent des compagnies minières et, comme Mme Kirouac
le disait, nous, on pense que la
contribution financière des compagnies minières doit passer par la perception
de redevances... d'un montant suffisant et que ces redevances-là
soient réparties auprès des régions qui accueillent les projets pour que ces fonds-là
soient gérés de façon démocratique et transparente. Donc, on l'inclut là parce
que c'est vraiment lié à la transparence, selon nous.
Le Président (M. Morin) : Ça
va, M. le député d'Ungava? Ah! un instant, M. le ministre.
Une voix : Avais-tu terminé?
Une voix : Oui, c'est
correct.
Le Président (M. Morin) : M.
le député d'Abitibi.
Une voix : Non. Rouyn-Noranda—Témiscamingue.
M. Bourgeois : Bien, M. le
Président, mesdames, bonjour. Juste pour bien comprendre parce que, dans le commentaire que vous avez fait, vous mentionnez
que, dans le fond, il ne devrait pas y avoir de possibilité, par exemple, de
commandite, puis tout ça, au niveau des compagnies d'exploration minière, comme
si... Parce que, s'il y a des compagnies
d'exploration minière qui ne sont pas assez solides, ça ne devrait pas être
elles qui soient, dans le fond, privilégiées
ou qui soient à faire ces travaux-là, et que vous souhaitiez que ça se fasse une fois que tout le
processus est fait, et que les autorisations ont été émises.
Donc, à
partir de là, donc, on rentre dans un processus qui est plus transparent, plus complet et qui va
venir s'intégrer aussi avec une
notion d'acceptabilité sociale. Mais cependant la réalité du monde minier, elle est différente.
Pour avoir une mine un jour, il faut
espérer en trouver 1 000. Et je
ne sais pas si vous comprenez que dans le processus, là... puis là c'est là que j'essaie de voir comment on peut
allier votre préoccupation, mais avec la réalité de ce que c'est que de faire
de l'exploration pour en venir éventuellement à potentiellement développer une
mine dans un milieu. Vous comprenez? Il y a
un enjeu majeur. Je comprends votre préoccupation, mais j'essaie de voir
comment on peut l'arrimer avec la réalité des gens du domaine minier, qui veulent, eux, développer la richesse en
réalisant des travaux sur le territoire, puis qui pensent qu'ils sont aussi à regarder, à savoir
comment ils peuvent mieux travailler avec le milieu. J'aimerais ça avoir votre
commentaire par rapport à ça.
Le Président (M. Morin) : Mme
Bernier.
Bernier (Dominique) : Bien,
en fait, je pense que les... C'est une bonne chose que les minières fassent de l'exploration pour trouver des ressources. Mais, en fait, je ne comprends
pas nécessairement le lien avec les commandites,
parce que, selon nous, les sociétés d'exploration minière bénéficient déjà, par
la
Loi sur les mines, quand même, de
privilèges assez exceptionnels que n'ont pas les autres promoteurs de projets,
là. La
Loi sur les mines, elle a préséance
sur plusieurs lois, sur l'aménagement du territoire, sur un paquet de choses.
Bon, il y a eu, quand même, des améliorations
dans les dernières années, là, mais ça reste que c'est une loi qui a vraiment
une force assez exceptionnelle qu'on
ne voit pas partout dans le monde. Donc, on considère quand même que les
sociétés d'exploration bénéficient de privilèges
suffisants pour mener leurs activités, sans avoir besoin de verser des
commandites aux milieux pour pouvoir être accueillies.
Le Président (M. Morin) :
Me Kirouac.
Kirouac (Nicole) : Je ne
sais pas si j'ai bien compris votre question. Moi non plus, je ne vois pas le
rapport, parce qu'une jeune compagnie qui fait du forage, puis qui tente...
qui est en exploration, à mon avis, si elle fait de la commandite ou elle fait
des dons, c'est que c'est payant pour elle, O.K.? Si elle le fait, c'est
payant, peut-être pas financièrement, c'est
payant pour l'acceptabilité sociale, pour être bien vue du milieu, etc. Et, à
notre avis, déjà, le fait de
s'installer, elle crée quand même de l'emploi, ce qui est réel, et c'est ce
qu'on lui demande. Et ce qu'on lui demande peut-être, et, à mon avis, puis de se faire aimer dans le milieu, puis de
se faire accepter, c'est de faire une véritable consultation, de faire des séances d'information. Moi, je situe son rôle
là-dedans, et non pas par des cadeaux, en disant : On va vous recevoir pour un souper. Qu'elle reçoive
les gens puis qu'elle offre un cocktail en faisant une présentation, parfait. Mais je fais toute une différence entre
ça et des commandites qui viennent, effectivement, fausser une véritable
analyse du projet, qu'est-ce qu'il peut
avoir comme impacts, etc. C'est deux choses qu'il faut être capable de mesurer.
Et, oui, ils
doivent se faire accepter, mais le premier, c'est déjà... la perspective de
création d'emploi, c'est le plus beau cadeau, dans le fond, qu'ils font
peut-être à la région quand ils viennent pour s'installer.
Président (M. Morin) : Merci, Mme Bernier. Je crois que le
ministre veut poser une question. Un instant.
Blanchette : Oui, merci pour votre réponse. Le chantier sur
l'acceptabilité sociale, on va le dissocier du projet de loi, mais c'est
correct. On reçoit... puis je vous remercie, d'ailleurs, d'avoir participé à
ça, à Rouyn-Noranda.
Je reviens
sur la question autochtone, votre cinquième, j'aimerais des précisions
là-dessus, «respecter les droits des
communautés et des nations autochtones concernées». Je vous assure que j'ai un
collègue, en la personne de Geoff Kelly, il en a visité 52 sur les 55 au
Québec, là, et, tout comme les collègues d'Ungava et d'Abitibi-Est, et de moi-même pour mes communautés sur mon territoire...
bien, je ne sais pas, Jean, il en a
pas mal, lui... Mais essentiellement c'est
un souci de transparence qu'on souhaite, dans le fond, obtenir les
informations, mais ça ne peut se faire sans le respect. Que ça soit la loi fédérale, ils ont été
consultés, de nation à nation... Les communautés cries vont venir ici demain.
On avait invité les autres aussi, en
tout cas, les innus, qui ont décliné, mais ils vont nous fournir un mémoire.
Les communautés autochtones sont
essentielles, puis on s'entend, là, ce n'est pas les communautés les plus
riches de la société québécoise. On
en est tous conscients. Donc, on pourrait investir et investir énormément,
qu'on en serait d'autant plus contents. Dans le cas du projet de loi
n° 55, on tient à voir justement
les montants d'argent qui sont versés, puis ce n'est pas parce qu'on a des craintes, c'est qu'on veut juste rendre la
chose transparente, parce que c'est une vertu, sinon une qualité importante
pour nous autres. Mais j'aimerais ça vous
entendre, parce que vous laissez sous-entendre qu'on ne veut pas les respecter.
Au contraire, ils sont consultés puis on les respecte d'autant plus, parce que
c'est des partenaires.
Président (M. Morin) :
Oui. Merci, M. le ministre. Là, vous m'avez parlé tout à l'heure de Jacques-Cartier, le député, et le député d'Ungava. Oui,
allez-y. vous avez très peu de temps pour répondre.
Mme Bernier (Dominique) : Bien en
fait, c'est simplement pour dire que, selon nous, la préoccupation des communautés autochtones dans ce dossier-là, ce
n'est pas tant de maintenir une opacité que d'être considérées comme traitant de nation à nation avec le gouvernement
du Québec, et, si le gouvernement du Québec
leur demande des comptes, pour eux,
c'est perçu comme étant une intrusion dans leur caractère national, en fait,
qu'ils revendiquent, et avec justesse, selon
nous. Donc, à ce moment-là, pour nous, pour la coalition, on est quand même
assez proche de plusieurs communautés autochtones,
notre position, c'est que c'est à eux de décider, et on s'attend, on est
certains que les communautés autochtones vont divulguer les montants reçus aux membres de leurs communautés, très
certainement, qu'ils vont eux-mêmes exiger davantage de transparence de la part de leurs
propres élus. Donc, on pense que ça leur appartient, en fait, de décider de la
manière dont ils vont divulguer cette
information-là, parce que c'est comme si on traitait... on n'exigerait pas une
telle chose d'un autre pays, donc c'est la même chose avec eux.
Le Président (M. Morin) :
Merci, Mme Bernier. Alors, on se dirige maintenant vers l'opposition officielle.
M. le député de Marie-Victorin.
Drainville : Oui, merci, M. le Président. Merci,
madame, d'être là, très apprécié. Juste une couple de petites affaires avant d'y aller avec les questions et
réponses. D'abord, vous soulignez, à juste titre, dans la première page de
votre mémoire, l'obligation de
«divulgation annuelle, mine par mine, de la valeur du minerai extrait, des
redevances [et] des garanties
financières» qui sont des responsabilités qui ont été prévues dans la nouvelle
Loi sur les mines que le gouvernement du
Parti québécois a fait adopter en
décembre 2013. Et vous ajoutez ceci, et je vous cite : «La coalition
anticipe avec intérêt ces données qui, selon la loi, devraient être
divulguées pour la première fois cette année.»
Nous autres
aussi, on attend ça avec beaucoup, beaucoup d'attention, d'intérêt. D'ailleurs,
je dois vous dire qu'on a eu un
échange très instructif, M. le ministre et moi, lors de l'étude des crédits. Je
vais vous citer, M. le ministre, à ce moment-là.
Je le fais pour vous et je le fais évidemment pour lui aussi. Je suis sûr qu'il
va aimer s'entendre parler. Je le dis en
toute amitié. Alors, M. le ministre qui déclarait ceci lors de l'étude des
crédits, donc il n'y a pas tellement longtemps de ça, je le cite : «[En] quelque part en décembre 2015, sinon
octobre, dépendamment de la vitesse qu'on aura compilé[...], on pourra présenter mine par mine les informations
suivantes», etc. Donc, il y aura là... Je le cite toujours : «Il y aura la
quantité de minerai extrait en termes de
volume, [...]la valeur du minerai en fonction des prix sur le marché, [...]il y
aura les redevances versées, peu importe le palier, que ce soit au
palier municipal, provincial ou fédéral», etc. Alors là, il s'engage à rendre ça public et, un peu plus tard...
puis d'ailleurs s'il a une petite chance tout à l'heure de nous préciser
ça dans ses remarques peut-être d'introduction au prochain témoignage, là, il
pourra nous répondre, mais il a ajouté également
ceci : «C'est vrai qu'on ne les a pas présentement — les informations — mais, dès qu'on les aura, quelque
part en juin, on va faire les compilations, et ce sera rendu public.»
Alors, quand
j'ai relu ça tout à l'heure en préparation à cette commission, M. le Président,
je me suis demandé : le ministre,
il les a-tu reçues, les infos, puis il est-u en train de les compiler? Je comprends
qu'il s'est engagé à les rendre publiques
seulement au mois de septembre, mais le mois de septembre, ça vient vite, puis
il faisait référence déjà à l'étude des
crédits qu'il pourrait commencer l'information au mois de juin, on est rendus
au mois d'août. Alors, si le ministre peut
nous dire s'il les a reçues, les informations, puis s'il est en train de les
compiler, ça nous serait très utile. Puis je pense que ça ferait probablement l'affaire aussi de la
Coalition Pour que le Québec ait meilleure mine! d'obtenir cette
information-là.
Maintenant,
sur ce que vous recommandez, d'abord, moi, je dois vous dire, là, votre
recommandation n° 1 à l'effet que
l'ensemble des versements soient rendus publics et que l'ensemble des
entreprises d'exploration et d'exploitation soient couvertes par la loi, on est d'accord là-dessus. Puis moi, je
reprends l'argument de la députée d'Arthabaska, tout à l'heure, qui disait à juste
titre : Si les
compagnies compilent l'information pour les versements d'un million et plus
puis s'ils sont prêts à vivre avec
les versements de 100 000 $ et plus, bien ils ont dû compiler les
5 000 $ puis les 10 000 $ pour arriver à un million comme c'est le cas
présentement ou pour arriver éventuellement à 100 000 $, comme ce
sera le cas lorsque la loi sera
votée. Alors, je comprends que c'est plus de travail pour les sociétés, mais je
pense que la transparence l'exige,
puis je pense qu'elles vont sortir gagnantes, les sociétés, de cette reddition
de comptes là. Je pense que les citoyens vont voir dans ces efforts-là — parce que c'est un effort qu'on leur
demande, c'est vrai — une
preuve de bonne volonté et puis vont
apprécier cette transparence-là. Puis je pense que ça va faciliter le dialogue
démocratique puis l'acceptabilité sociale, justement, dans les projets
futurs.
Donc, je suis
conscient que c'est un fardeau supplémentaire qu'on leur demande, je suis
conscient que ça ne fait pas leur
affaire, mais je pense qu'on a le droit de l'avoir, les citoyens la veulent,
cette information-là, et je pense qu'ultimement
l'industrie va sortir gagnante de ça. Donc, tout ça pour vous dire que je suis
d'accord avec vous : toutes les sociétés, exploration,
exploitation, et tous les montants devraient être rendus publics.
Je note avec
intérêt votre propos sur l'évasion et l'évitement fiscaux. Je trouve ça très
intéressant. C'est un petit peu,
mettons, en dehors du cadre du projet de loi, mais vous nous invitez à
réfléchir puis vous faites référence à la commission parlementaire qui
s'en vient là-dessus, sur l'évasion fiscale, alors c'est un propos qui est très
pertinent.
Sur le mine par mine, le garanties financières
pour la restauration, je veux juste vous dire qu'on a posé des questions là-dessus, lors de l'étude des crédits,
et le ministre semble très ouvert à ça. Et j'accueille ça très positivement.
Il ne nous dit pas que ça va se faire
nécessairement dans le cadre du projet de loi n° 55, mais ça va finir par
se faire. Moi, je pense que le plus
tôt sera le mieux. Et, s'il pouvait d'ailleurs... Il n'est pas obligé
d'attendre un projet de loi, hein? Je ne sais pas si vous êtes d'accord avec moi, on n'est pas obligés d'avoir un
projet de loi pour que le ministre rende public l'état des garanties financières sur la restauration des
sites. Puis moi, je le dis, j'en prends l'engagement, si le ministre décide
de rendre publique cette information-là,
qu'il n'attend pas une loi, qu'il le fasse de sa propre initiative, là, bien je
vais le saluer, je vais dire :
Bravo, M. le ministre, c'est un pas dans la bonne direction. Alors, je suis au
procès-verbal de cette commission.
Bon, là, à
cette heure, je veux revenir un peu sur certaines des choses que vous dites.
Recommandation 1 : «Faire en
sorte que l'ensemble des versements et l'ensemble des entreprises menant des activités — bon — [...] soient assujettis à la loi...» Là vous dites : «Exiger que la
totalité des montants versés aux bénéficiaires, incluant le nom desdits
bénéficiaires, soient déclarés et facilement accessibles du public.»
Qu'est-ce que
vous voulez dire par les noms? Vous parlez des noms de quoi, de qui, là? Je
veux juste avoir des petits exemples, mettons.
Mme Bernier (Dominique) : Bien, les
noms des institutions bénéficiaires. En général, le projet de loi... cette recommandation-là s'adressait au projet de loi,
qui lui-même s'adresse aux versements faits à diverses instances liées à la
dimension publique, là, que ça va de paliers
de gouvernements national, régionaux, locaux, puis à toutes sortes d'autres...
Je n'ai pas le projet de loi sous les yeux,
là, mais à toutes sortes d'autres ordres publics ou parapublics et ainsi que
d'autres organisations, donc, que le
ministre pourrait décider. Donc, tous ceux qui sont assujettis par la loi
devraient, selon nous... on aimerait connaître les montants, mais aussi
qui a reçu ces montants.
Drainville : O.K.
Donc, vous ne parlez pas des noms de personne, là, vous parliez par exemple des
noms de municipalités, les noms d'une
communauté autochtone, les noms d'un corps public, d'un organisme public, d'une
CRE... quoiqu'elles n'existent pus maintenant, mais enfin... Vous
comprenez? Vous ne parlez pas de personne, là, hein?
Mme Bernier (Dominique) : Bien, je
ne pense pas que ça s'applique aux personnes, non, effectivement.
Drainville : Bien,
c'est un peu pour ça que je vous posais la question. Est-ce qu'à votre
connaissance il y a eu des abus qui
n'ont pas été rendus publics, qui n'ont pas été connus du grand public,
dévoilés dans la sphère publique et qui le seraient en vertu de ce projet de loi là? Tu sais, avez-vous comme un
exemple concret, là, d'une situation que vous avez vécue, puis avec cette loi-là, là, l'information
qui n'a pas été rendue publique, mais dont vous avez eu connaissance parce
que vous travaillez avec toute sorte de
monde dans l'industrie, sera dorénavant rendue publique grâce à ce projet de
loi? Avez-vous des cas concrets?
Le Président (M. Morin) :
Me Kirouac.
Kirouac (Nicole) : Je sais
ce que vous voulez dire, malheureusement je ne pourrai pas le nommer. Ce serait
extrêmement délicat. Et je ne voudrais pas me faire taper sur les doigts.
Mme Kirouac (Nicole) : Pardon?
Une voix : Est-ce que ça
existe?
M. Drainville : Est-ce que ça
existe?
Mme Kirouac (Nicole) : Oui, ça
existe. Oui, ça a existé, puis...
M. Drainville : On parle au
Québec, là, hein?
Kirouac (Nicole) : Oui,
bien, certain que je parle du Québec, là. Je parle évidemment de quelque chose
qu'on a pu... qu'on aurait aimé comme savoir
puis qu'on n'a pas pu savoir, etc. Donc, oui, je pense que ça va être un plus
si ça, ça existe. On pourra éviter
des sit