CRC — 25 November 2015 (41st Legislature, 1st Session)

CRC 2015-11-25

Quebec — Committees

CRC — 25 November 2015 (41st Legislature, 1st Session)

CRC 2015-11-25

Quebec — Committees

(Onze heures trente-six minutes)

Le Président (M. Picard) : À

l'ordre, s'il vous plaît! Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la Commission des relations avec les citoyens ouverte. Je demande à toutes les personnes dans

la salle de bien vouloir éteindre la sonnerie de leurs téléphones

cellulaires.

La commission

est réunie afin de poursuivre les consultations particulières et auditions publiques dans le

cadre du mandat d'initiative concernant les conditions de vie des femmes

autochtones en lien avec les agressions sexuelles et la violence conjugale.

Mme la secrétaire, pouvez-vous m'indiquer s'il y

a des remplacements?

La Secrétaire : Oui. M. Bernier

(Montmorency) est remplacé par Mme Tremblay (Chauveau); Mme Rotiroti

(Jeanne-Mance—Viger),

par Mme Nichols (Vaudreuil); M. Rochon (Richelieu), par

M. Leclair (Beauharnois); et Mme Lavallée (Repentigny), par

Mme Roy (Montarville).

Le Président (M. Picard) :

Merci. Ce midi, nous allons entendre la présidente de Femmes autochtones, donc Mme Viviane Michel. Bienvenue à

l'Assemblée nationale. Vous disposez d'une période de 20 minutes, par la

suite va s'ensuivre des échanges avec les parlementaires. Allez-y.

Mme Michel (Viviane) : (S'exprime

dans une langue autochtone). Bonjour, tout le monde. Merci, M. le Président. Merci à tous les élus autour de la

table et à l'extérieur de la table aussi. C'est un grand honneur, merci

d'avoir invité Femmes autochtones du Québec...

au Québec, excusez-moi, je ne suis pas encore habituée, Femmes

autochtones au Québec, justement, de participer.

Écoutez, pour

être franche, vous m'avez mêlée du départ, justement, de cette consultation, où

au début ça aurait été une

consultation itinérante, et, dans ma demande, j'avais demandé que ce soit une

consultation itinérante juste pour les Premières

Nations, donc, parce que j'avais lancé un appel général aux autres communautés,

justement, de participer. Disons que

c'est une première approche, et après on verra. Je vais peut-être revenir avec

une recommandation d'aller dans les communautés aussi pour voir le topo

général, justement, d'une communauté.

On m'a demandé de faire une présentation,

justement, de la réalité des femmes autochtones en lien avec la violence conjugale — vous dites «conjugale», nous, on dit

«familiale» — et aussi

en lien avec les agressions sexuelles. Entre-temps, lorsque j'ai été

mêlée aussi, on m'avait dit que j'allais faire un cours d'histoire sur la

réalité des peuples autochtones. Donc, je m'ajuste quand même assez bien.

On veut

entendre la problématique de la violence, la problématique générale. Il faut

tout d'abord rappeler que les femmes autochtones sont encore aujourd'hui

victimes de multiples formes de discrimination selon leur sexe, leur origine ethnique, leurs revenus, etc. Cette

intersectionnalité des discriminations auxquelles les femmes autochtones

sont confrontées est aussi reconnue en

partie par le Secrétariat de la condition féminine du Québec : «[Les

femmes autochtones] se trouvent en

fait doublement marginalisées en tant que femmes au sein de leur communauté et

en tant qu'autochtones au sein de la

société.» Ce contexte les rend particulièrement vulnérables à plusieurs

problématiques, dont la violence conjugale, ce qui les distingue du reste de la population. Il est donc primordial

de tenir compte de cette réalité distincte vécue par les femmes autochtones au Québec, liée à un passé

historique de colonisation et d'oppression sous les législations et

politiques d'assimilation gouvernementales

qui continuent encore aujourd'hui de s'appliquer. Au sein d'un nouveau plan

d'action en matière de violence conjugale, il est donc important de continuer

de différencier la situation des femmes autochtones des autres groupes dits vulnérables identifiés par le gouvernement tels

que les minorités ethniques, les aînés, les handicapés, avec lesquels

les femmes autochtones au Québec sont habituellement regroupées. On est beaucoup

catégorisées dans cette catégorie-là.

Ainsi, notre principale recommandation est de

tenir compte du volet spécifique qui s'adresse aux femmes autochtones vivant à

l'intérieur et à l'extérieur des réserves — ce que vous appelez

«réserves», nous, on appelle «communautés» — que

ce soit sous convention ou non conventionné, ceci afin de réellement

intégrer la réalité distincte des

femmes autochtones au Québec de

façon transversale et concertée en la

différenciant des groupes vulnérables qui ne partagent pas le passé

historique de colonisation des femmes autochtones au Québec.

Toutefois,

plusieurs données statistiques démontrent que la violence

familiale dans les collectivités autochtones est toujours un enjeu important. On peut reculer en 2009, les

autochtones étaient plus susceptibles que les non-autochtones de déclarer avoir été victimes d'un crime.

Globalement, 37 % des

autochtones ont déclaré avoir été victimes d'un crime, par rapport à 25 % des

non-autochtones. Les femmes autochtones étaient particulièrement plus à risque

que les femmes non autochtones d'être victimes de violence conjugale.

Environ 15 % des femmes autochtones qui avaient un conjoint ou un conjoint de fait au cours des cinq années

précédentes ont déclaré avoir subi de la violence conjugale, une

proportion plus de deux fois plus élevée que celle des femmes non autochtones.

Non seulement

les autochtones étaient plus susceptibles que les non-autochtones d'être

agressées sexuellement et physiquement

par un conjoint ou un conjoint de fait, actuel ou ancien, elles étaient aussi

plus susceptibles d'être victimes de multiples incidents. Plus de la

moitié de 59 % des autochtones victimes de violence conjugale ont déclaré

avoir été victimisées plus d'une fois au

cours des cinq années précédentes, et 50 % ont déclaré l'avoir été plus de

trois fois. Par comparaison,

43 % des victimes non autochtones ont déclaré avoir été victimisées plus

d'une fois, et 29 %, plus de trois fois.

Malgré ces

besoins criants, il y a peu de ressources disponibles qui répondent aux

victimes autochtones de violence familiale.

Au Québec, en incluant les Inuits, nous comptons seulement 11 maisons

d'hébergement. Si l'on compare avec les milieux non autochtones, il existe plus de 90 maisons d'hébergement

qui répondent aux femmes victimes de violence.

Parmi ces ressources, très peu savent répondre

aux besoins des familles autochtones, et ce, dû à l'approche d'intervention qui est différente et aux barrières

culturelles, comme par exemple la langue — la langue est très importante, peu importe les nations qu'on a au Québec. Donc,

les ressources autochtones comme les maisons d'hébergement font face à de grands défis qui sont d'aider les familles à se

sortir de la violence et de sensibiliser leur communauté à la non-violence,

avec si peu de moyens.

Femmes

autochtones au Québec doit affronter un défi unique, soit celui de coordonner,

d'unifier et de mobiliser des femmes

autochtones appartenant à des communautés et nations différentes, habitant

l'ensemble du Québec et souvent séparées

par des milliers de kilomètres, et aussi incluant hors réserve, ce qu'on veut

dire le milieu urbain. Les femmes autochtones

vivent, quant à elles, des problématiques sociales extrêmement difficiles,

souvent déstructurantes, et qui pèsent lourd sur leur capacité à se

réapproprier du pouvoir.

À la lumière de la situation des femmes

autochtones et de la violence, Femmes autochtones au Québec vous soumet des recommandations qui permettront des

façons concrètes d'aider à améliorer la situation des femmes autochtones

et leurs familles aux prises avec la violence. Les recommandations :

permettre un financement de base au Réseau des maisons d'hébergement autochtones

favorisant la formation, l'échange entre les maisons d'hébergement autochtones au même

titre que les regroupements et fédérations

des maisons d'hébergement québécoises; deux, élargir les champs de

services offerts en maison d'hébergement afin qu'ils correspondent davantage

aux besoins et aux réalités des femmes autochtones

vivant une situation de violence familiale et conjugale ainsi qu'à la culture

et aux traditions autochtones; mettre en

oeuvre des services destinés aux hommes ayant des comportements violents ou

subissant de la violence — ces derniers doivent prendre part au processus de guérison

des nations autochtones; avoir plus de ressources humaines dans les communautés en matière de violence familiale et

conjugale; établir des protocoles d'entente interorganisations entre les

maisons d'hébergement autochtones et

allochtones avec les policiers, les

services sociaux, la direction de la protection de la jeunesse et toute autre ressource

susceptible de travailler en matière de violence conjugale et familiale;

sensibiliser et informer les femmes

autochtones au processus juridique entourant une situation

de violence familiale et conjugale — accompagnement

juridique, les plaintes, etc.; assurer un filet de sécurité pour les femmes

autochtones vivant une situation de violence familiale

et conjugale en leur offrant un choix de services adaptés à leurs besoins et

leur réalité; assurer un meilleur soutien financier aux services de police autochtones, favorisant la formation et

le recrutement des femmes policières; mettre en place des ressources spécifiques pour venir en aide aux familles des

femmes autochtones disparues ou assassinées; mettre en place une campagne de sensibilisation dans le but

de venir en aide aux aînés, qui subissent de la violence de toute sorte.

Évidemment, le gouvernement vise des actions

concrètes. Je pense qu'une des actions concrètes qui doit être vraiment

fait et priorisé, c'est vraiment la conscientisation, la sensibilisation et la

prévention en matière de violence, que ce

soit sous toutes les formes — je

pense qu'on a à réveiller une conscience avant, justement, d'étaler, d'aller

voir qui est victime ou non — et comment le travailler aussi.

Donc, pour le

secteur des agressions sexuelles, je vais aller quand même assez vite. On a

déjà déposé un mémoire dernièrement. On a envoyé des ajouts, justement,

d'axes où est-ce qu'on a retravaillé des oublis qu'on aurait pu faire. Est-ce qu'il est pertinent que je le lise pour

certains qui ne l'ont pas reçu? Est-ce que j'ai le droit de poser des

questions?

Le Président (M. Picard) :

Oui, oui, il n'y a pas de problème.

Mme Michel (Viviane) : Je vais aller

par les axes, ils sont quand même assez courts.

Le Président (M. Picard) :

Mme Michel, il vous reste 10 minutes.

Mme Michel

(Viviane) : Il me reste

10 minutes? Bon, bien, je vais prendre le temps de bien lire. Merci, M. le Président.

Dans le cadre

des consultations concernant la mise en oeuvre du Plan d'action gouvernemental 2008‑2013

en matière d'agression sexuelle,

Femmes autochtones au Québec inc. a déposé un mémoire le 16 mars 2015. Ce

mémoire présentait un éventail de mesures visant non seulement le maintien du volet

autochtone et des mesures actuelles dans le

prochain plan d'action gouvernemental, mais une bonification des engagements,

mesures et ressources financières visant à répondre aux besoins de la population

autochtone en matière de prévention, dépistage et intervention en matière d'agression sexuelle et du soutien des différentes

ressources chargées de leur venir en aide. Aux recommandations déjà énoncées par Femmes autochtones au Québec sur

chacun des axes définis par le plan d'action gouvernemental en matière

d'agression sexuelle, nous souhaitons ajouter les recommandations suivantes.

Axe 1 : la

promotion des valeurs fondamentales.

Dans le A : Maintenir et élargir la

représentation des Femmes autochtones au Québec et de représentants des

organisations responsables des Premières Nations dans tous les comités,

rencontres d'échange et forums où sont discutées

et décidées les orientations et la mise en oeuvre des recommandations du plan

d'action en matière d'agression sexuelle pour le volet autochtone.

B. Favoriser la reconnaissance et la promotion

des approches et outils culturels et traditionnels des Premières Nations — enseignants,

activités préventives et curatives sur le territoire, cérémonies, traditions — dans

le cadre des initiatives définies sous chacun des axes du plan d'action.

Axe 2 : la prévention des agressions

sexuelles.

A. Développer

et implanter un programme d'éducation sexuelle et de prévention des agressions

sexuelles pour les enfants et

adolescents de tous les niveaux scolaires, incluant des ateliers pour les

parents. Le programme devrait inclure une mise en perspective historique, politique et sociale de l'origine de la violence sexuelle

dans les communautés autochtones : impacts de la colonisation, de

la

Loi sur les Indiens, des pensionnats indiens, etc.

B. Développer et implanter une campagne de

prévention sur les agressions sexuelles ciblant les personnes susceptibles de

commettre les agressions sexuelles.

C. Promouvoir

auprès des garçons, des jeunes hommes autochtones, de la non-violence et de la

sexualité saine à l'aide de

programmes qui favorisent leur engagement et valorisent leur rôle en tant qu'hommes dans

leur communauté.

Sensibilisation des garçons et des jeunes hommes autochtones en matière

d'agression sexuelle et de harcèlement sexuel

en engageant concrètement ceux-ci dans le processus afin qu'ils puissent

s'approprier la résolution de la problématique et de trouver des

solutions concrètes qui puissent réellement les interpeler.

Axe 3 : dépistage en matière

d'agression sexuelle.

A. Collaboration avec l'École nationale de la

police du Québec pour une formation des patrouilleurs et des enquêteurs pour assurer une mise à jour de leurs

connaissances en matière des réalités autochtones, afin de lutter contre

les préjugés.

J'aimerais ouvrir une parenthèse. En Ontario,

dans l'Ouest, ils sont beaucoup plus avancés que le Québec, le système policier, judiciaire ont une formation de

quatre jours sur les réalités des peuples autochtones. Ici, on en donne,

à l'école nationale de Nicolet, une heure. Donc, on devrait ajuster peut-être

quelque chose là-dessus.

B. Pallier

les sous-formations des membres des corps de police autochtones en matière de

disparition des personnes.

Dans l'axe 4 : l'intervention

psychosociale, médicale, judiciaire et correctionnelle.

A. Soutenir

le travail de concertation entre tous les partenaires impliqués dans l'entente multisectorielle

et dans les efforts de prévention, de dépistage et de traitement en

matière d'agression sexuelle en mettant sur pied des tables de concertation locales et/ou régionales permettant

l'arrimage des services et l'amélioration de la continuité des soins

offerts aux victimes et à leurs familles et aux agresseurs et à leurs familles.

À ces tables de concertation devraient siéger des représentants des services sociaux locaux, des centres jeunesse, des

centres de santé, de la sécurité publique et de l'éducation.

B. Soutenir

les efforts de développement de protocoles d'intervention locaux et régionaux

permettant l'arrimage et la

coordination de tous les services de sensibilisation, d'éducation, de

prévention, de dépistage et de traitement offerts aux victimes et à

leurs familles et aux agresseurs et à leurs familles.

C. Organiser des conférences itinérantes

annuelles sur les agressions sexuelles dans les principales régions, permettant

aux personnes intervenant en matière d'agression sexuelle auprès des Premières

Nations de se regrouper, d'échanger et de créer un momentum pour la mise sur

pied des tables de concertation.

D. Développer

l'offre de services aux agresseurs sexuels souhaitant se prendre en main et

pour lesquels il n'y a pas eu de

dénonciation policière et s'assurer l'accès aux services pour ces derniers — on

a travaillé fort, à Femmes autochtones au Québec.

E. Élargir le mandat et bonifier le financement

des organismes spécialisés offrant des services d'évaluation et de traitement aux victimes et aux agresseurs aux

populations dans l'ensemble des régions administratives du Québec afin qu'ils

puissent répondre aux besoins des usagers résidant dans des régions éloignées

des grands centres et qui ne disposent pas d'un accès direct aux

services dans leur région.

F. Diminuer

les délais dans le processus judiciaire ou criminel. Ces délais ont un fort

impact sur les personnes et leurs

familles vivant dans des régions éloignées, en particulier dans des petites

communautés où victimes et agresseurs vivent à proximité. Ils ont

également un impact sur la qualité de la preuve qui pourrait être fournie par

les victimes et sont reliés au faible taux de dénonciation observé par les

communautés autochtones.

G. Maintenir la formation sur l'intervention en

matière d'agression sexuelle présentement offerte par les partenaires du réseau québécois tout en s'assurant

le financement des formations offertes par les organisations

autochtones, davantage en mesure d'offrir

les connaissances et l'expertise sur l'intervention qui tient compte des

réalités culturelles, des particularités

relatives au contexte et aux conditions de vie des Premières Nations. Ces

formations incluent la mise en perspective

des causes historiques, politiques et sociales de la violence sexuelle :

impacts de la colonisation, de la

Loi sur les Indiens, des pensionnats,

etc.

H. Que des ressources d'intervention et

d'hébergement pour hommes en détresse et/ou aux prises avec des problématiques de violence ou d'agression sexuelle

soient développées et rendues disponibles à l'ensemble d'hommes des

Premières Nations au Québec.

J'ai essayé de condenser, toucher la

partie de

violence — pour

nous, c'est familiale — la

violence et les agressions sexuelles.

Évidemment, on est peut-être rendus à une première approche. Prochaine

approche, j'aimerais quand

même qu'on aille consulter les communautés,

qu'on aille consulter les nations. Il

y a des réalités où est-ce que

les gens peuvent répondre directement aux problématiques qu'ils vivent

dans les communautés. Les victimes, les travailleurs sociaux, les... tout ce qu'il y a

d'intervention en matière d'agression

sexuelle ou de violence, je pense qu'il y a

un autre exercice aussi à faire et je

recommande, je recommande, justement, que cet exercice-là soit fait, d'aller dans les

communautés, soit aller faire des genres

de consultations. Et Femmes autochtones au Québec

est quand même disponible à collaborer, si vous avez

besoin, parce qu'on est une organisation qui fait beaucoup de travail terrain.

M. le Président, est-ce

que j'ai écoulé mon temps?

Le Président (M.

Picard) : Il vous reste une minute.

Michel (Viviane) : Une

minute pour boire de l'eau. Je vous

remercie, je vous remercie de votre

écoute, et je vais essayer d'être capable de répondre à tout ce que vous pouvez

me poser comme questions.

Le Président (M.

Picard) : Merci, Mme Michel. Nous allons entreprendre nos

échanges en cédant la parole à M. le député de D'Arcy-McGee.

Birnbaum : Merci, M. le Président. Bonjour, Mme Michel, et bienvenue à l'Assemblée nationale. On vous remercie

pour votre exposé, je suis sûr que ça

va nous aider, et notre échange va

nous aider à bonifier un plan

d'action sur les agressions sexuelles et la violence conjugale et d'assurer

qu'on peut faire le maximum ensemble pour bonifier de telles mesures en ce qui

a trait aux communautés autochtones.

veux vous féliciter aussi... Bon, le FAQ est présent depuis 1974, si je ne

m'abuse, puis votre expertise... votre travail

est bien connu. Je sais qu'il y a eu des projets comme Ma sexualité, c'est une

question de respect : brisons le silence! et un programme qui s'appelle Sortir de l'ombre,

marcher vers la lumière : guide d'intervention en matière d'agression sexuelle.

Alors, vous l'avez dit vous-même, vous êtes très actives sur le terrain, et il

me semble qu'il y a de quoi à faire ensemble dans ce gros dossier à la fois

malheureux, difficile mais très important à adresser.

portrait des problèmes commence à être de plus en plus connu. Quand il s'agit

d'attaquer à ces problèmes, c'est moins facile, évidemment.

J'aimerais vous

inviter d'élaborer sur deux des recommandations que vous avez faites.

Évidemment, on parle beaucoup, avec raison, des victimes de ces actes, et c'est

très triste d'apprendre le pourcentage d'actes répétés. La fréquence de ces actes-là est très... beaucoup,

beaucoup plus prononcée au sein des communautés

autochtones, qui suggère que les interventions ne sont pas au

rendez-vous, parce que ça continue. Comme je dis, j'aimerais vous inviter de

parler de deux recommandations, une qui ne touche pas aux victimes mais aux hommes qui font ces

actes-là. Et voilà une moitié du problème.

Et vous avez dit qu'il faut bonifier les services de disponibles aux hommes

avec ces gros problèmes là, qui font des

actions suite à ces problèmes-là, et qu'ils soient... qu'il y ait des services taillés aux réalités, aux

traditions autochtones. Pouvez-vous

nous en parler plus? Qu'est-ce qui est en place, admettons que c'est trop

modeste mais qui est prometteur? Comment on peut ajouter aux guérisons

des hommes qui font ces actes terribles?

Le Président (M.

Picard) : Mme Michel.

Michel (Viviane) : C'est une question pertinente, évidemment. Écoutez,

dans notre façon d'être, dans nos valeurs,

dans notre fonctionnement, on est beaucoup pour la guérison et non le côté

punitif, où est-ce qu'on va punir les gens.

Et, si je prends comme exemple concret... Dans ma communauté, justement, moi,

je suis originaire de Maliotenam, et dans

ma communauté il y a un cercle d'hommes qui se sont regroupés, on peut parler

des anciens batteurs de femmes, des anciens criminels, des anciens de

tout ce que tu voudras, qui se sont pris en main et ont travaillé leur

comportement, comme on pourrait dire.

Et on peut ajouter aussi qu'il y a même des

victimes de violence conjugale hommes, hein, il ne faut pas nier aussi

cette réalité-là.

Donc,

ces gens-là se sont pris en main, se sont regroupés et se sont dirigés vers la

spiritualité, faire des sessions, justement, sur ces problématiques-là.

Et je peux vous dire que la spiritualité, par chez nous, est de plus en plus

forte et elle t'amène à travailler sur les

quatre dimensions de ta personne, qui te met en équilibre et avoir des

changements sur ta personne qui vont rétablir... tes relations avec ta

conjointe, avec tes enfants, avec la famille en général se rétablissent.

Donc, ça, c'est un des moyens. Lorsqu'on parle

d'aspect traditionnel, on a des modes de résolution qui correspondent à nous, donc on ne va pas envoyer un homme en

thérapie parce qu'il a battu sa femme, on l'envoie en prison, vous

voyez. Puis, quand il est en prison, il va

juste faire son temps, la problématique n'est pas travaillée. Donc, si on se

dirige sur ces moyens-là, puis ça

peut être d'autres moyens, des séjours en forêt, etc., il y a

des résultats concrets, il y a des changements sur la personne, peu

importe qu'on soit victime ou agresseur. Est-ce que ça répond à votre question?

Birnbaum : Oui, M. le Président, mais j'aimerais poursuivre sur ce genre de modèle, qui a l'air très

intéressant. Actuellement, est-ce qu'il y a plusieurs exemples dans plusieurs

communautés? Et, si oui, comment ces exemples, ces genres de traitement peuvent

être multipliés? Et qu'est-ce qu'on peut faire pour bonifier ce processus-là?

Michel (Viviane) : En

février dernier, on a participé justement à un forum sur la violence qui s'est

donné à Montréal, et plusieurs gens... Ça a été un forum quand même

intéressant parce qu'on n'apportait pas juste la problématique de la victimisation, mais les gens ont apporté les

solutions qui fonctionnaient. Donc, c'était toujours relié aux séjours

en forêt. Écoutez, on ne se le cachera pas,

on a été des peuples nomades, on a vécu dans le territoire. Et on avait des

grandes valeurs, on vivait en harmonie avec tout ce qui nous entoure, avec nos

relations, premièrement. Donc, le retour aux sources, la déconnexion peut-être

avec le social du quotidien te ramène aussi à retravailler les valeurs.

Donc,

les séjours en forêt, donc, c'est beaucoup de travail. Tu te réveilles à 4 heures du

matin, tu vas aller bûcher du bois,

tu es en raquette s'il neige, c'est vraiment de l'action. On est rendus à vivre un mode de vie

qui n'est même pas le nôtre, aujourd'hui, qui nous rend inactifs, oui, qui nous rend très passifs aussi, qui nous

rend aussi à développer... Avec l'histoire

de la colonisation, l'impact des pensionnats, où est-ce qu'il y a eu vraiment

l'héritage de tout ce qu'on est en train de vivre en problématiques, écoutez, je pense qu'on a droit, justement,

à ces formes de guérison, ces formes de solution qui sont vraiment adaptées à nous. C'est sûr que, monsieur, si je

vous amènerais en forêt, ce ne serait pas adapté à vous parce que ça

ne fait pas

partie de votre culture, ce n'est pas inné en vous, tandis que,

nous, c'est vraiment inné en nous. Voilà.

M. Birnbaum : Merci. Si je peux, M.

le Président...

Le Président (M. Picard) :

Allez-y.

Birnbaum : Deuxième recommandation que je trouve très intéressante, et ce n'est pas la première fois

qu'on l'entend, mais l'idée de former les

femmes autochtones pour devenir policières, pas facile. Comment faire? Et

est-ce que vous pouvez nous parler de degré

d'intérêt? Est-ce que c'est un rêve ou vous avez entendu des femmes qui

s'intéresseraient à une telle formation si c'était disponible?

Mme Michel (Viviane) : Écoutez, est-ce

que c'est un rêve? Est-ce que c'est le rêve de Femmes autochtones au Québec? On a quand

même déjà réussi sur le palier politique. Sur 56 communautés, il y a 250 places pour les élus, ce qui veut dire chefs et conseillers; 103 sont occupées

par des femmes. Je dis bravo, on a quand

même réveillé une conscience

en quelque part.

Si on peut le

faire sur, justement, le système judiciaire? Je pense que oui, je pense que

oui. Mais aussi une des réalités : Conciliation mère-famille, est-ce

que je vais aller étudier pendant x temps puis laisser mes enfants dans la communauté? Il y a tout ce processus-là. Est-ce qu'il y a moyen de faire une école itinérante? Je n'ai aucune idée,

mais je pense que de plus en plus les femmes pourraient assumer facilement ces

tâches-là.

Président (M. Picard) :

Merci. J'ai maintenant M. le

député d'Ungava. J'aurais besoin d'un

consentement pour que M. le député puisse intervenir. Ça va pour tout le monde?

Allez-y, M. le député.

M. Boucher : Merci, M. le Président.

Bonjour, Mme Michel. «Kuei.» Bienvenue à l'Assemblée nationale.

Écoutez, vous

avez parlé, bon, plus tôt que ce qui se passe présentement est un petit peu les

séquelles du passé. Tout ça, ça

découle de ça, hein? Si on regarde... À une époque pas si lointaine, une femme

autochtone qui mariait, bon, un Blanc, un non-autochtone perdait son

statut d'Indien, c'était terminé. Puis ce n'est pas juste dire : J'ai une

carte de moins dans mon portefeuille, là, ce

n'est pas ça qui est l'idée, c'est que tu perds ton identité, tu es lavée de

ton identité puis tu deviens une

Blanche, avec ton mari blanc, puis tu adoptes un nouveau mode de vie. Puis tu

n'as pas le choix, c'est comme ça. Tu ne peux pas retourner habiter sur

ton village natal, sur tes... l'endroit où tes proches sont, où tes racines

sont. Tu es déracinée.

Bon, ça a été

partiellement corrigé par le bill C-31. Souvent, je disais, bon, que le

problème a été pelleté en avant d'une

génération, où, ces femmes-là qui avaient regagné leur statut qui, elles,

mariaient un non-autochtone, ses enfants n'avaient pas de statut. Donc,

tout ça est en train de se recorriger aussi.

Mais tout ça,

c'est des affronts, si on veut, à la façon d'être, hein? Qui on est, je veux

dire, c'est la chose la plus importante. Je prenais l'exemple de ma

conjointe, bon, que vous connaissez, là, qui elle-même est une autochtone. Chez les Blancs, c'est une Indienne, mais chez les

autochtones c'est une Blanche. Donc, tu sais, des fois elle me dit :

Je suis qui, moi, dans le fond, là? Tu sais,

ça peut avoir l'air bien anodin puis innocent, là, tu es qui, tu es ma femme

puis tu fais comme moi, puis ça finit

là, mais c'est pas mal plus profond que ça, puis je pense que tout ça, là, peut

amener des malaises.

Vous parliez,

bon, un petit peu, tout à l'heure, où vous aviez des groupes d'hommes connectés

sur la spiritualité. Est-ce que ces

groupes-là, bon, sont considérés comme un mode de justice alternative par les

juges? Parce que, bon, un individu

qui va être accusé de voies de fait sur sa conjointe, bien là il va rencontrer

un juge, qui 99,9 % du temps va être un Blanc qui vient d'un district judiciaire pas trop loin puis qui est au

courant de votre réalité mais, encore une fois, avec des bémols, puis lui, il va dire : Bien,

regardez, la gravité de l'acte... Y avait-u des lésions? Y a-tu eu des

récidives? Bon, bien là je te

condamne à six mois de prison, un an de prison, puis ça finit là. Mais,

souvent, mettre les agresseurs en prison, puis particulièrement dans un petit milieu comme le vôtre, ça ne répare rien

du tout. Ou la personne va aller faire son temps, comme vous disiez tout

à l'heure, puis va ressortir sans aucune amélioration, ou va développer son

agressivité puis sa rage, dire : Bien

là, regarde, tu sais, ma conjointe m'a envoyé ici, puis c'est de sa faute, ça

fait qu'attends que je sorte, là, je veux dire, je vais régler ça à ma

manière.

Est-ce que

les juges tiennent compte de ça, plutôt que... Est-ce qu'il y a comme une

espèce d'amalgame, là, entre votre mode de justice et le mode de justice

traditionnel, si on veut?

Mme Michel

(Viviane) : Pour la première question, évidemment, ça a été une grande

bataille, quand on parle de la loi

C-31, où est-ce que les femmes ont retrouvé leur statut. Je pense qu'il y a

encore beaucoup d'éducation à faire à ce sujet dans le sens... Il faudrait qu'il y ait des programmes contre la

discrimination et le racisme. On ne se le cachera pas, on se le fait nous-mêmes, O.K., on dit... Exemple, ta femme

doit se faire pointer du doigt parce qu'elle a marié un non-autochtone :

Bon, bien maintenant tu es une Blanche. Elle

n'est pas Blanche, elle est de nation inuite. Mais c'est le système qui a

fait, justement, où est-ce qu'on va se pointer du doigt nous-mêmes.

Donc, il y a cet

exercice-là qui doit se faire encore, justement, un exercice d'éducation qui

doit se faire, faire comprendre aux nôtres d'où on vient, qui on était avant,

qu'est-ce qu'on est devenus. Et pourquoi est-ce qu'on se pointe du doigt aujourd'hui par rapport à,

justement, l'identité lorsqu'on marie des non-autochtones? Écoutez,

l'amour n'a pas de frontières, vous le

savez, vous l'avez vécu. Sauf qu'il y a des répercussions après, il y a des

impacts par rapport à, justement, les lois qui existent par rapport à la

reconnaissance.

Pour ce qui

est, justement, du groupe des hommes, c'est sur des bases volontaires, O.K.?

Ces hommes-là ont voulu partir une maison, une maison pour les hommes,

justement, dans la communauté. Et une des problématiques ou des manques que

l'on a dans les communautés, c'est l'expertise d'écrire ou de pondre un projet

et d'essayer de répondre, justement, aux critères des projets ponctuels des

gouvernements. Donc, ça, ça a été un gros manque.

Et ce qui est

pour... Est-ce que les juges ont

accepté? Écoutez, c'est sur des bases volontaires. Ces gens-là se

sont regroupés, ont voulu améliorer dans leurs comportements qui étaient

néfastes pour la famille, et qui aujourd'hui sont assez solides, on les voit, et donnent des conférences un peu partout quand même.

C'est sûr qu'on ne veut pas honorer ces hommes-là parce qu'ils ont été des batteurs de femmes ou des criminels,

mais ils peuvent quand même donner l'espoir à ceux qui ont cette problématique-là puis dire : Bien, peut-être

que moi aussi, je pourrais changer mon comportement, donner cette lueur

d'espoir là.

Donc, qu'est-ce qu'il en est? Je n'en ai aucune idée,

s'ils vont continuer à faire leurs démarches pour avoir leur propre maison,

mais je pense que ce serait une belle initiative, justement. Si on veut

vraiment enrayer le problème de violence, le problème d'agression, il faut

inclure le bobo. Le bobo, ça veut dire qu'on inclut aussi celui qui fait la

problématique. Donc, c'est vraiment un processus important pour les Premières

Nations.

Boucher : On parle de violence conjugale, souvent on pense entre

conjoints, hommes-femmes, où il y a des confrontations, mais je pense que votre terme est plus adéquat, quand on

parle de violence familiale, parce que le petit gars ou la petite fille

qui a été élevé en voyant sa mère se faire bousculer pendant 10 ans, 15 ans va

accepter ce modèle-là comme la normalité,

entre guillemets. La personne âgée qui reçoit son chèque de pension puis qui se

fait accoter au mur par un plus

jeune, là, pour des raisons plus ou moins glorieuses, ça aussi, ça fait

partie

de la violence, souvent. Puis on parle de

manque de logement, de manque d'espace, des familles sont souvent réunies à

l'intérieur d'une même maison. Comment vous voyez tout ça, vous?

Mme Michel

(Viviane) : Écoutez, je ne veux pas faire celle qui fait pitié dans le

monde, mais le tiers-monde, ça existe

ici, au Québec, O.K.? On a le portrait des communautés, où est-ce qu'on est

confronté à un sous-financement, où est-ce

qu'on est confronté à la pauvreté, manque de logement, manque de ressources,

manque de ci, manque de ça, de tout, en fin de compte.

Et une des

grandes problématiques, majeures, c'est vraiment la fameuse balle de ping-pong

qui est le fédéral et le provincial. Les taux ne sont pas égalitaires,

les taux ne sont pas égaux. Si je prends, exemple... Pour avoir ouvert la maison d'hébergement de ma communauté, qui est une

maison régionale pour la nation innue, neuf communautés, au départ on avait un budget de 143 000 $. La

maison de la ville, qui était juste pour la ville, recevait un budget de

450 000 $. Vous voyez, l'écart est vraiment très, très grand.

Et, lorsqu'on

essaie, justement, de revendiquer ces inégalités-là, on est toujours

confrontés : Vous faites

partie du fédéral, arrangez-vous avez le

fédéral, parce qu'eux autres c'est du provincial. On est confrontés avec ces

réalités-là, justement. Et, si on veut vraiment travailler les problématiques,

vous le savez, que ce soit le peuple québécois ou les Premières Nations, le

problème, c'est vraiment le financement, le financement. Si on veut vraiment

travailler la problématique, il faut que le financement va avec les solutions.

M. Boucher : Combien me reste-t-il

de temps, monsieur...

Le Président (M. Picard) : Il

vous reste trois minutes.

M. Boucher : Trois minutes. J'ai le

temps pour une petite vite.

Dans les audiences précédentes, il y a quelqu'un

qui était venu... bon, je ne me souviens plus quel groupe cette personne-là représentait, disait

que les femmes autochtones avaient peut-être une meilleure capacité d'adaptation appelons ça à la vie moderne ou à la vie... à la

modernité que les hommes, parce que, bon, c'est quoi, la qualité d'un

bon homme autochtone, c'est un bon chasseur, un bon pêcheur, montrer à ses

enfants à chasser, à trapper, ce qui n'est peut-être

plus une qualité essentielle en 2015, versus la femme, qui a toujours été

habituée à besogner, à nourrir les enfants, à préparer les vêtements, qui est quand même d'actualité en 2015 aussi.

Est-ce que c'est une affirmation avec laquelle vous êtes d'accord, ça?

Mme Michel (Viviane) : Bien,

écoutez, je ne veux pas faire la féministe, féministe au maximum. J'inclus nos hommes dans le processus d'une éducation à

l'enfant, nos hommes sont vraiment importants aussi dans le processus d'éducation. Et, si on regarde, oui, autrefois on

avait des rôles différents, mais on se complétait dans nos rôles. On a à

retravailler encore à retrouver nos valeurs d'autrefois, nos valeurs de

partage, évidemment, de partage d'éducation, parce que maintenant de plus en

plus, dans les communautés, les femmes deviennent pourvoyeurs.

Je suis allée il y a deux semaines dans ma

communauté. Je suis rentrée dans mon conseil de bande; je n'ai vu que des femmes, que des femmes. Les hommes

étaient comme omniprésents, à

part les élus, mais on peut voir qu'il y a

eu une évolution quand même.

Les rôles de pourvoyeur ont changé

mais sans être écrasants. Ce que je veux dire, c'est que, oui, peut-être que je vais travailler, oui, peut-être que mon mari va être à la maison, mais c'est

correct, ça ne veut pas dire qu'on va dénigrer ce travail-là, le rôle de

parent est trop important. Donc, voilà un des faits.

M. Boucher :

Merci infiniment.

Président (M. Picard) :

Merci. Je cède maintenant la parole à Mme la députée d'Hochelaga-Maisonneuve pour une période de

12 minutes.

Poirier : Merci, M. le Président. Alors, bonjour, Mme Michel. Je vais aller

droit aux choses : Croyez-vous que le cas de Val-d'Or va se

reproduire? Existe-t-il ailleurs?

Michel (Viviane) : Tout ce

qui s'est passé dernièrement avec le cas de Val-d'Or est vraiment

la pointe du iceberg. Et je l'ai

mentionné quand même plusieurs fois lorsqu'on a sorti le communiqué de presse après, ça fait

longtemps que ces problématiques-là existent, O.K.? On parle de violence, on

peut parler de la brutalité policière.

toutes ces problématiques-là que ces femmes ont vécues sont toutes reliées

à la discrimination et au racisme. Lorsqu'une femme subit que ce soit de

la brutalité policière, ou de la violence, ou peu importe, lorsqu'elle veut dénoncer, bien elle fait face encore... On est en

2015, on fait face encore à des préjugés raciaux, on fait face encore à

la discrimination. Et, parce qu'on est femme et parce qu'on est femme

autochtone, on est doublement discriminée. Lorsqu'on

veut faire appel à l'aide... On peut prendre le cas des femmes autochtones

disparues, assassinées. Ça fait quand même,

quoi... ça fait longtemps qu'on demande une enquête nationale, et ça ne semble

pas porter attention. Maintenant, on a une lueur d'espoir avec le

changement de gouvernement.

Écoutez,

on est confrontés, justement, à ce problème de racisme et de discrimination.

Lorsqu'on a rencontré le ministre Couillard par rapport à la

problématique de Val-d'Or, j'ai bel et bien mentionné qu'on devrait

réinstaurer, justement, le... travailler la discrimination

et le racisme, parce qu'on a fait l'exercice de participer au forum, où est-ce

qu'on a remis des recommandations et toutes interreliées. Les problématiques

que les femmes vivent sont vraiment d'une intersectionnalité et toujours

reliées à une autre, c'est comme des fils d'araignée.

Donc,

j'honore quand même ce que les femmes ont dénoncé, le courage, je vois le

courage qu'elles ont eu, parce que ce n'est pas facile, lorsqu'on est

victime, de se mettre debout et de dénoncer, surtout une entité qui appartient

au gouvernement. On parle des policiers. Ça demande doublement courage,

justement, de faire ces actions-là.

ce qui est quand même désolant aujourd'hui, c'est qu'on est en train de faire

une campagne de discréditation par rapport

à ces femmes-là, on est en train de salir leur réputation. Quand on est

victime, on est victime. Et les gens qui sont victimes — je le

sais parce que j'ai été victime — on n'invente pas des histoires, les

histoires sont tout à fait vraies. Donc, voilà.

Poirier : Vous avez dit que vous étiez prête à faire des

propositions à la commission pour la suite des choses. Une des volontés

de la commission, c'est d'aller sur le terrain. Quelles communautés

devrions-nous rencontrer?

Michel (Viviane) : Évidemment, il y a toutes sortes de communautés. On

peut regarder les communautés lointaines,

où est-ce qu'il n'y a aucun accès à des services, soit des maisons

d'hébergement... ou manque de travailleurs sociaux ou peu importe, les régions éloignées. Les régions près des

milieux urbains aussi, parce que, là, on va beaucoup toucher sur le

racisme et la discrimination.

on a 10 nations au Québec et on a une population urbaine aussi, je pense

que c'est quand même important, et de ne pas minimiser les autres

nations aussi; si vous focussez sur les 10 nations, que vous touchiez

quand même aux 10 nations au Québec avec la présence urbaine.

Poirier : Vous nous avez parlé tout à l'heure, entre autres, du

financement dans les maisons d'hébergement qui était différent entre une

maison en communauté versus une maison en urbain, on va le dire comme ça. C'est

une donnée que je n'ai pas. Est-ce que le fédéral finance dans les communautés,

puisque la

Loi sur les Indiens permet du financement? Est-ce qu'il y a un volet

fédéral qui finance les maisons d'hébergement en communauté?

Mme Michel

(Viviane) : Évidemment, c'est sous la responsabilité du gouvernement

fédéral.

Mme Poirier :

Le financement, est-ce qu'il est fédéral ou provincial, en communauté?

Michel (Viviane) : En communauté,

lorsqu'elles sont dans des communautés, c'est vraiment

le fédéral.

Mme Poirier :

D'accord. Le Québec ne donne pas de financement lorsque c'est en communauté.

Michel (Viviane) : Peut-être

que les maisons d'hébergement seraient mieux placées pour répondre,

mais, lorsqu'on a parti la maison d'hébergement de ma communauté,

c'était vraiment avec le fédéral. Et il y a eu quand même réajustement après les

revendications qui se sont faites.

Poirier : Donc, ce

que j'en comprends, c'est que le fédéral finance à moins de 50 % à ce que le Québec fait pour une

même maison d'hébergement, de capacité similaire.

Michel (Viviane) : C'est une réalité, et ce, dans tous les domaines,

comme on pourrait dire.

Poirier : Vous avez nommé comme souhait de mesure entre autres

un meilleur arrimage DPJ, policiers, ressources au niveau de la violence

familiale. J'aimerais vous entendre parler de la DPJ particulièrement.

Mme Michel

(Viviane) : Dans quel sens?

Mme Poirier :

Bien, est-ce que ça fonctionne ou ça ne fonctionne pas?

Mme Michel

(Viviane) : Bon, écoutez, ça dépend des communautés. Certains ont la

prise en charge de leurs services sociaux, d'autres n'ont pas la prise en

charge des services sociaux.

vais prendre ma communauté encore parce

que je la connais un peu plus, je

suis de la nation innue. Donc, eux ont

la prise en charge, ça fait qu'ils vont négocier, il y a

comme un genre de négociation avec le parent, justement, avant de...

L'enfant va être placé temporairement, mais il y a un processus

où est-ce que le parent doit être participatif à

améliorer sa condition de vie pour ravoir ses enfants. Donc, il y a ce processus-là

qui se fait.

pour d'autres qui n'ont pas, justement, de prise en charge, écoutez,

on a été quand même appelés, en 2012, en état d'urgence au

Lac-Simon, où est-ce que des femmes ont fait un blocus de la route parce

qu'elles n'étaient pas contentes, justement, du système de la protection de la

jeunesse. Écoutez, quand même j'ai été étonnée de savoir, pour une petite communauté, Lac-Simon, qu'il y

avait une quarantaine de travailleurs sociaux. Wow! 40 travailleurs sociaux pour une petite communauté! On n'atteint même pas ça

dans une communauté où est-ce qu'on a une prise en charge. Tu vois, le fédéral

et le provincial, les distances ou les différences que ça peut avoir aussi.

Donc, il y a quand

même encore beaucoup à faire par rapport à, justement... quand on parle de

protection à la jeunesse. Et on le dit haut et

fort, peu importe que ce soit moi ou d'autres organisations : La loi n° 125,

elle ressemble beaucoup encore à l'histoire des pensionnats. On prend

encore les enfants, on les place deux ans, la loi n° 125,

l'enfant va être placé deux ans; si tu ne te

rétablis pas, si tu n'améliores pas ta condition de vie ou ton problème avec

consommation ou peu importe, après deux ans

tu perds ton enfant. C'est encore la même histoire qui se répète, l'histoire

des pensionnats. Écoutez, si on prend ma responsabilité en tant que

parent et que mon enfant est placé hors de la communauté, si je n'ai

pas la prise en charge de ma communauté, mon enfant va être adopté en ville.

C'est le même processus des pensionnats qui s'est passé.

Poirier : Je vais

vous avouer que je vous ai perdue, là. 40 travailleurs sociaux au

Lac-Simon, parce qu'on est en territoire

de communauté, parce que c'est le fédéral qui paie il y en a 40, versus lorsque

c'est le Québec qui paie il y en a moins. Là, je dis peut-être des folleries, là, mais

la réponse que vous m'avez donnée me donne cette perception-là. Je veux

juste qu'on l'éclaircisse.

Mme Michel

(Viviane) : Les travailleurs sociaux sont des non-autochtones, O.K.,

mais, écoute, c'étaient des non-autochtones...

des jeunes étudiants qui venaient de finir leur bac en travail social. Écoutez,

il y a vraiment de l'éducation à faire partout. Ces jeunes-là arrivent dans une communauté,

ils n'ont jamais été en contact avec les Premières Nations.

Un enfant va marcher tout seul dans la rue.

Pour nous, c'est normal, les enfants sont en sécurité, sauf que, pour une

étudiante qui vient de finir son bac, elle a toute sa maîtrise, elle a toute la

technique, voit un enfant, c'est le temps de faire un signalement, vous voyez?

Il y a encore de l'éducation qui doit se faire, autant au niveau des gens qui

travaillent avec les Premières Nations, faire comprendre la façon dont on est,

faire comprendre l'impact de tout ce qu'on a étalé tout à l'heure.

Donc, ces 40 travailleurs sociaux là, ils

sont régis du provincial. Je ne sais pas comment ça marche après pour

l'entente qu'il y a eu avec la communauté.

Mme Poirier :

Ce que vous dites est très préoccupant pour moi dans le sens où... et puis on

l'a entendu de d'autres groupes, à l'effet que la méconnaissance de la culture...

Et là même ce sont des pratiques de vie, et notre commission, elle est sur les

conditions de vie, alors on est vraiment dans le même secteur. Et ce qu'on a

voulu aussi, c'est apprendre ces conditions

de vie là mais aussi apprendre peut-être le modèle de culture et de vie

traditionnel qui fait en sorte que la

lecture que l'on peut avoir de certaines situations n'est pas la même que les

membres de la communauté.

Quelle serait votre

recommandation? Quand vous nous dites : Plus de services, etc... Là, vous

nous dites que les jeunes qui sortent de

l'école, qui viennent de finir leur bac, leur maîtrise en travail social, ont

la formation académique nécessaire mais peut-être pas la formation

culturelle nécessaire pour agir. Comment on pourrait faire pour avoir cet apprentissage-là de la culture avant d'aller faire

son stage? Parce que je comprends que la personne qui va aller faire son

stage peut aussi appliquer des... peut faire

démarrer, en tout cas, des processus qui ne sont pas nécessairement

souhaitables.

Mme Michel

(Viviane) : Évidemment, peut-être que ce serait moins traumatisant

pour une jeune étudiante qui est en pleine démarche de travail dans une

communauté. Et je pense que c'est important, justement, de faire de la formation culturelle, oui, de la formation sur

l'histoire, justement, c'est important. C'est important de faire

comprendre aux gens qui travaillent auprès

des Premières Nations... de faire comprendre c'est quoi, la colonisation, c'est

quels impacts qu'il y a eu. L'impact de la

Loi sur les Indiens, il est

aussi important, aussi, de l'inclure dans la formation culturelle, mais aussi

les préparer à une autre réalité.

Écoutez, les communautés font face à la

pauvreté, manque de logement, surpeuplement d'une maison. Il faut que les gens qui travaillent en intervention le

sachent au départ, à quoi ils vont s'attendre, et de ne pas dramatiser,

comme on pourrait

dire. Peut-être qu'une famille n'ont rien que deux chambres, deux chambres dans

une maison, mais dorment peut-être

quatre dans une chambre, ce qui n'est pas normal pour, justement, la protection

de la jeunesse, il faut que tout le monde ait sa chambre.

Donc, on se retrouve encore avec manque de

financement, manque de ressources, manque d'espace, etc. Ça, c'est des réalités des communautés qui existent.

Et évidemment, peu importe que ce soit en travail social, je pense que

les gens qui nous côtoient, qui veulent

travailler avec nous, dans n'importe quel domaine, doivent avoir cette

formation-là, justement.

Et nous,

quand même, à Femmes autochtones au Québec, on a eu une belle opportunité cette

année, on a fait un cours à

l'université sur les enjeux des femmes où est-ce qu'on a pu facilement parler

de la colonisation, où est-ce qu'on a pu facilement parler des impacts de la

Loi sur les Indiens, la violence,

tout ce que tu veux, on a été vraiment choyées, et ces jeunes

universitaires là nous ont dit : Mais pourquoi on ne l'a pas appris au

secondaire? Nous, lorsqu'on a participé à la

Commission de vérité et réconciliation, à Montréal en 2012, on a passé une

pétition pour qu'on puisse donner ces cours obligatoires dans le secteur

secondaire. Pourquoi secondaire? Parce que c'est peut-être la future génération

qui vont améliorer peut-être une plus vaste

vision, une ouverture d'esprit, et peut-être que ça va être des futurs leaders

aussi, où est-ce qu'ils vont pouvoir apporter des changements plus tard.

Et nous, on voulait que ce soit obligatoire...

Président (M. Picard) : Merci. Merci, Mme Michel. Je dois

céder la parole à Mme la députée de Montarville pour les huit prochaines

minutes.

Mme Roy

(Montarville) : Merci beaucoup, M. le Président. Bonjour,

Mme Michel. C'est toujours intéressant de vous entendre. Plus je vous entends, plus je me dis : Mon Dieu que

nos deux peuples ont intérêt à apprendre l'un de l'autre, à se parler, à

communiquer! J'apprends énormément quand vous êtes ici.

Vous nous avez dit des choses extrêmement intéressantes. J'ai pris des notes, en vieille journaliste

que je suis. Vous nous dites : La violence conjugale est, en

proportion, deux fois plus élevée chez les autochtones que chez les

non-autochtones. C'est extrêmement troublant. On comprend toute la problématique,

puis vous en aviez parlé d'ailleurs à d'autres

occasions, tout l'héritage, l'héritage des pensionnats, l'héritage de bien des

choses qui se sont passées et dont les répercussions se font sentir maintenant,

c'est ce qu'on comprend aussi.

Ce que je comprends aussi, à la lumière de ce

que vous venez nous dire, c'est qu'il y a encore beaucoup d'éducation à faire pour qu'on puisse comprendre, comprendre votre culture, et puis

qu'on puisse adapter nos façons de travailler

ensemble pour que nous ayons des façons qui correspondent

à votre culture, pour que ça puisse être efficace. Ce sont des codes,

des codes de communication.

Tout à l'heure, les collègues du gouvernement l'ont abordé, vous nous avez dit — j'ai

pris la note ici : Les hommes aussi doivent prendre part au

processus de guérison. Je trouve ça tellement beau, le terme «processus de

guérison». On a parlé de certaines

initiatives, mais ma question est la suivante, on se parle en 2015, à l'heure actuelle : Est-ce que les hommes embarquent dans les processus, qui ne sont peut-être

pas les processus de guérison que vous souhaiteriez, mais est-ce qu'ils participent à tenter

d'endiguer la problématique de cette violence conjugale ou pas du tout, ou

c'est très difficile, ou c'est une infime minorité? Ça ressemble à quoi en

proportion?

Mme Michel

(Viviane) : Écoutez, oui, de plus en plus on pourrait dire que les

hommes participent, justement, du groupe

des hommes où est-ce qu'ils ont pris l'initiative, mais il y a aussi que... Si

on regarde dans ma communauté, il y a le centre de réhabilitation Gilles

Jourdain. J'ai rencontré l'intervenante qui y travaille, elle m'a dit : Il

y a quand même des succès, même si la

participation est minime, dans le sens... Les gens ne peuvent pas avoir accès.

Pourquoi? Bon, bien, il y a toujours

ce fameux gain politique et économique. Je suis certaine que, si on aurait

l'opportunité de vider les prisons, on les

viderait puis on remplirait nos deux centres, il y en a un à Gaspé puis il y en

a un dans ma communauté. C'est un centre de réhabilitation pour les détenus. Donc, eux font le travail. Le

travail qui doit être fait sur la problématique, ils le font, ils le font. Et ce qu'elle me dit, elle me dit :

Il y a eu des beaux résultats quand même, sauf qu'ils sont pris, justement,

peut-être la maison à moitié vide. Mais on

sait que, si on aurait l'opportunité de vider les prisons, il y a toujours ce

fameux gain, là, qui qui va avoir le

plus. Si on commence à vider les prisons, là, les prisons vont être toutes

vides, puis ils vont être tout remplis chez ces deux centres.

Vous voyez,

on travaille la problématique, il y a des moyens concrets qui amènent un

changement sur la personne. Et de

plus en plus les hommes veulent entrer en processus de guérison, comme on peut

dire. Nous, les femmes, ça fait quand

même une trentaine d'années qu'on a des rencontres dans le territoire, une

semaine, c'est sur des bases volontaires. On n'amène pas les enfants, on

est en processus de guérison. On va parler de violence, d'agression, de toutes

les problématiques que l'on a et essayer de

trouver des solutions pour les ramener dans les communautés. 10 ans après,

les hommes ont voulu faire la même chose,

ils disent : Pourquoi vous ne nous invitez pas? Parce que les femmes ne

sont pas encore prêtes, parce qu'il y a toujours des nouvelles qui se

rajoutent. Et on leur a dit : Faites votre propre semaine de guérison aussi. Ils ont essayé trois ans, ils

n'ont pas la persévérance comme une femme. Je suis désolée, peut-être

mon propos est sexiste, mais les femmes ont

l'avantage de... quand elles débutent quelque chose, elles vont aller jusqu'à

la fin. Et, la fin, il me semble que la fin

n'aura pas de fin, pour ces sessions de guérison de femmes. Donc, on a

l'avantage de ça, on va continuer jusqu'à ce que ça continue. Et c'est

toujours sur des bases volontaires.

Mme Roy

(Montarville) :

Donc, vous nous ramenez encore à cette recette qui pourrait être la bonne, soit

de faire différemment puis vraiment de

trouver des solutions de guérison qui sont vraiment près de la culture pour

travailler sur l'individu qui aurait une problématique.

J'ai pris d'autres notes. Mon collègue

du gouvernement posait des questions tout à l'heure sur la formation,

entre autres, des femmes policières, mais on

n'a pas su... Est-ce qu'il y en a actuellement, des femmes policières sur les

territoires, ou c'est extrêmement rare, ou il n'y en a pas du tout?

Michel (Viviane) : Oui, il y en a, mais elles sont encore

minoritaires. Je connais une, Sarah, à Kawawachikamach,

qui maintenant occupe un autre niveau, je pense, enquêteuse, plus enquêteuse.

Donc, il y a quand même, oui, des femmes mais pas trop de femmes encore,

il y a encore du chemin à faire.

pour ce qui est, justement, de travailler, lorsqu'on parle des hommes,

travailler, vous savez, pourquoi est-ce qu'on a ces formes de solution,

pourquoi est-ce qu'on a ces formes, justement, de travail qui se fait sur la

personne, c'est vraiment la reconnexion avec

ton identité. On doit retrouver notre identité, on doit retrouver notre fierté

de ce qu'on était.

La société en général projette une image négative sur

nous. Je pense qu'on doit passer à autre chose, on doit passer justement,

nous-mêmes, à retravailler, justement, notre histoire, à être fiers.

Et, si je parle de

ces hommes-là qui se sont pris en main, si vous les verriez, ils dégagent, ils

dégagent, c'est palpable, ils dégagent une

fierté, ils dégagent une assurance. Et ils sont quand même bien, bien reçus

dans les communautés où est-ce qu'ils

vont, parce qu'ils vont dans des communautés pour faire des sessions comme ça.

C'est toujours... Ce n'est pas écrit

dans un papier, ce n'est pas un programme comme vous avez tant de programmes,

où est-ce que tout est inscrit. C'est fait comme ça, naturellement.

Le Président (M.

Picard) : ...

Mme Roy

(Montarville) : Deux minutes? O.K. Je vais

poursuivre sur une autre question qui est plus technique mais...

Vous

nous avez dit dans les recommandations entre autres : «Diminuer les délais

dans le processus judiciaire...» On sait

qu'il y a des tribunaux itinérants, des juges, des avocats, puis tout ça, qui

se déplacent dans les territoires. Vous dites : Ces délais-là dans

le processus judiciaire ont un lourd impact sur la communauté.

D'abord, on parle de

délais de quel ordre? Puis pourriez-vous élaborer sur les impacts?

Mme Michel (Viviane) : Si on regarde le cas de Val-d'Or, les femmes

avaient déjà dénoncé il y a cinq mois, cinq mois, et il fallait qu'elles dénoncent elles-mêmes

publiquement pour que tout l'ensemble du Québec bouge par rapport à ça.

Vous

savez, lorsqu'on est victime, on a besoin que la justice soit appliquée, on a

besoin de sécurité, on a besoin de tout

le soutien qui va avec, en étant victime. Ce matin, je suis allée rendre visite

à une de mes amies, elle me dit : Je vais passer en cour bientôt, là. Elle, ça fait trois ans, vous voyez le

délai. Elle a dénoncé des agressions sexuelles, elle va passer... elle

dit : Je ne sais pas quand, mais je suis à la veille, c'est cette année.

Cette année, là, on finit décembre bientôt. Sur trois ans. Vous voyez les

délais?

lorsqu'on est victime, parce que je le sais, j'ai été victime et j'ai dénoncé,

des fois tu es vraiment bien avec toi-même,

et là il faut passer en cour, et là ta bulle, elle pète, et là tu dégonfles. Ça

fait que, là, tu revis tout ce que tu as vécu.

Vous

voyez, ça demande... Le délai, c'est tellement martyrisant et très traumatisant

pour une victime. Je sais, je peux comprendre qu'il y a un système qui

doit être appliqué, puis peut-être qu'il a été un peu trop lent pour certaines

victimes. On parle de ces délais-là.

(Montarville) : Je vous remercie beaucoup, c'est

très clair à cet égard-là. Puis en plus il y a la distance. Le fait que ça prenne du temps, je pense que c'est

quelque chose qui... dans la plupart des tribunaux, il y a un

engorgement, mais peut-être qu'à l'égard des tribunaux, lorsqu'on est rendu

avec les autochtones, au niveau des Premières Nations, il y aurait peut-être des aménagements particuliers à faire. Chose

certaine, il y a la ministre de la Justice qui a l'oreille tendue puis

qui a entendu ce que vous avez dit, et c'est une bonne chose qu'il en soit

ainsi.

Le Président (M.

Picard) : Merci, Mme la députée.

Mme Roy

(Montarville) :

Merci beaucoup. C'est court.

Président (M. Picard) : Merci, Mme Michel, je vous

remercie pour votre témoignage. Et je remercie tous les députés.

Donc, je suspends la

commission jusqu'à 15 heures pour la poursuite de notre mandat.

(Suspension de la séance à

12 h 38)

Président (M. Matte) : À

l'ordre, s'il vous plaît! La Commission des relations avec les citoyens

reprend ses travaux. Je demande à

toutes les personnes dans la salle de bien vouloir éteindre la sonnerie de

leurs téléphones cellulaires.

Nous poursuivons les consultations particulières

et auditions publiques dans le cadre du mandat d'initiative concernant les conditions de vie des femmes autochtones en lien avec l'agression sexuelle et la violence conjugale. Nous

entendrons cet après-midi les représentants de l'Assemblée des premières

nations du Québec et du Labrador et de la commission de la santé et des

services sociaux du Québec et du Labrador.

Comme la séance commence avec quelques

minutes de retard, y a-t-il consentement pour poursuivre les travaux

au-delà de l'heure prévue? Consentement? C'est bien.

Donc, je souhaite la

bienvenue à Mme Marjolaine Etienne. Bienvenue à cette commission. Je vous

invite à présenter la personne qui vous accompagne, à ce moment-là, et la parole

vous est acquise.

Mme Etienne

(Marjolaine) : Bon, bien, merci, M. le Président. Chers ministres ici

présents et membres de la commission.

En fait,

effectivement, je m'appelle Marjolaine Etienne, je suis vice-chef aux relations

extérieures pour la communauté de

Mashteuiatsh. Je suis aussi, également, membre du groupe de travail des femmes

élues de l'Assemblée des premières

nations du Québec et du Labrador et j'ai aussi siégé comme représentante au

sein du Conseil du statut de la femme,

au siège de représentante sur l'association féminine. Je suis accompagnée de

Mme Salomé McKenzie, qui est chef de la communauté de Lac-Simon.

Le Président (M. Matte) : Alors donc, je vous informe que vous avez

20 minutes que vous disposez pour nous faire votre explication, et

par la suite le temps sera remis pour qu'on puisse vous interpeler. Ça va?

Etienne (Marjolaine) : Merci. Donc, je débute. En fait, je voulais

vous souligner, effectivement, que je suis

très contente de pouvoir m'adresser à vous, chers membres de la commission, et

ministres, et M. le Président. En fait, pour nous, c'est une première,

pour les femmes élues des Premières Nations, de se faire entendre sur un enjeu

qui concerne les femmes des Premières Nations, je vous en remercie beaucoup.

Sans toutefois

répéter ce que les intervenants ont pu exprimer au cours des dernières semaines

au sujet de la situation, je comprends que

vous avez en

partie les informations nécessaires, qui peut aussi vous permettre

de connaître un peu mieux les

conditions de vie des femmes autochtones. Vous avez probablement entendu des

statistiques, les problématiques et

la réalité des femmes autochtones dans leurs communautés, et je crois

effectivement qu'il est important de

considérer les témoignages des représentants qui se sont présentés devant vous.

Leurs connaissances et leur expertise, de ces représentants, sont très

bénéfiques pour votre démarche.

Pour

ma part, je vais plutôt m'en tenir sur le plan politique. Donc, ma présentation

concerne notamment sur la structure de gouvernance régionale des

Premières Nations du Québec.

Donc, de ce fait, je

pourrais peut-être parler un petit peu sur la population. On sait qu'en

général, au Québec, on décompte tout près de

8 millions de personnes, au Québec, dont 82 000 représentent les

Premières Nations, et de ce pourcentage

on a 1 % de 15 % de la population qui sont Inuits. Donc, c'est des

sources d'information qui proviennent des Affaires autochtones et du Nord Canada. Donc, en fait, au Québec, les

Premières Nations et Inuits, au Québec, on retrouve deux communautés dans la nation abénaquise, deux

communautés qui sont algonquines, deux communautés attikameks, neuf communautés qui sont de la nation crie et

deux communautés qui sont innues, une communauté qui est malécite, une communauté de Micmacs et une communauté de

Naskapis. Donc, la famille iroquoienne représente trois communautés qui

est de la nation mohawk et une communauté qui est de la nation wendat. Donc, les

Inuits, effectivement, sont les villages au Nunavik.

fait, comme vous le savez, il y a des ententes contemporaines qui ont été

signées au Québec, dont notamment celle de la Convention de la Baie

James et du Nord québécois, donc, qui est composée de la nation crie, qui est représentée par neuf communautés, et celle de la

communauté inuite, qui est composée de 14 villages. De ce fait

aussi, il y a une convention du Nord-Est québécois qui est représentée par la

nation naskapie, donc une communauté.

Même

si les communautés dites conventionnées ou non conventionnées font face aux

mêmes enjeux, il existe des différences

au niveau de la structure de gouvernance, l'offre et l'accès aux services. Et

là je fais référence sur les services de santé, sociaux, les organismes

communautaires, les protections de la jeunesse, maisons d'hébergement et la

justice réparatrice, et d'autant plus aussi l'aspect juridictionnel.

vais laisser aussi la prise de parole à Mme Salomé McKenzie, de pouvoir

suivre les prochaines présentations.

Le Président (M.

Matte) : Mme McKenzie.

Mme McKenzie (Salomé) : Bonjour. Merci, M. le Président. «Kwe.» Moi, je

vais définir un peu l'Assemblée des premières nations du Québec et du

Labrador, la mission et les objectifs. Aussi, il y a quelques enjeux qui nous

interpellent aussi.

mission et les objectifs de l'Assemblée des premières nations, c'est

l'affirmation et le respect de nos droits, la reconnaissance des gouvernements des Premières Nations, la plus grande

autonomie financière pour les gouvernements des Premières Nations, le développement, les formations pour notre

administration publique, coordonner les mécanismes de prise de position des Premières Nations,

représenter les positions et les intérêts devant les diverses tribunes, définir

les stratégies d'action pour faire avancer

des positions communes, reconnaissance de nos cultures et de nos langues

aussi.

Il y a quelques

enjeux qui nous interpellent aussi en tant que chefs, les chefs de l'Assemblée

des premières nations du Québec : la pénurie de logement — on a

besoin à peu près... au moins de 9 000 unités de logement ici, au Québec — l'état de santé de nos membres, la

problématique sociale, psychosociale, le décrochage scolaire, le chômage

et l'aide sociale,

l'érosion de la culture, la perte de l'usage des langues autochtones — autrement dit aussi la perte

d'identité, aussi, qui vient, qui est en jeu — le développement économique

restreint.

Les Cris et

les Inuits ont leurs propres structures de gouvernance. Les Cris et les Naskapis

se joignent, lorsque requis, aux chefs de l'Assemblée des premières

nations du Québec.

On a aussi

des exemples de structure administrative de certains conseils de bande aussi.

Aucune ville ou village au Québec ou au Canada n'assume une responsabilité

aussi grande qu'une communauté des Premières Nations. Une communauté des

Premières Nations est pendant à un gouvernement par sa gouvernance et sa

structure. Le conseil de bande est

responsable de l'offre de services pour ses membres, l'administration,

l'éducation, les services de santé et sociaux, la culture, le développement économique, les travaux publics, la

sécurité publique, la garderie, le logement, etc. Au Québec, cette

responsabilité est partagée entre la mairie et l'État québécois. Merci.

Le Président (M. Matte) : Oui.

Est-ce que vous avez terminé votre exposé? Non?

Mme Etienne (Marjolaine) : J'ai une

autre... une seconde partie. Donc, je pense qu'on a fait un peu, là, la présentation, ce qui était au niveau de la

structure, au niveau de la gouvernance de l'APNQL. D'emblée, je voulais

juste vous aborder, effectivement, sur qui

sont les femmes élues de l'Assemblée des premières nations du Québec et du

Labrador.

En fait, les

femmes de l'APNQL se sont organisées en réseau, auquel s'est tenu un premier

rassemblement des élues, des femmes élues, autour des années 2005. Et le

groupe de travail des femmes élues est composé de la nation algonquine, attikamek, innue, mohawk, micmaque,

malécite. Toutes accordent une grande importance au soutien qu'elles

peuvent et doivent apporter au développement de l'ensemble des populations

autochtones du Québec, au-delà de leurs communautés propres.

Les femmes élues de l'APNQL souhaitent occuper

une place prépondérante dans la dynamique politique des Premières Nations

auprès des divers intervenants qui composent l'environnement. Sur

253 postes, soit de grand chef, chef, vice-chef, conseillère, il y a plus

de 105 femmes élues, femmes autochtones élues, au Québec. De ces femmes

occupent ces fonctions, soit grand chef soit chef, vice-chef ou conseillère.

Les femmes élues ont réfléchi à la situation et

aux moyens de remédier à la problématique, et nous sommes à l'étape de passer à l'action. Nous savons que

toutes seules nous ne pouvons pas y arriver. Nous souhaitons de

travailler à un véritable partenariat de

nation à nation, c'est pourquoi, en février 2015, un protocole de solidarité

avec le Cercle des femmes parlementaires

du Québec par lequel elles conviennent de part et d'autre de se rapprocher pour

agir ensemble, de créer des liens

durables basés sur l'échange et des valeurs communes, notamment sur le partage,

la non-discrimination, d'égalité, d'équité, de paix et de justice

sociale.

Avant de précipiter les travaux de consultation

auprès des communautés autochtones, nous souhaitons vous recommander... En fait, nous ne voulons pas non

plus être alarmistes de ce fait, mais plutôt le fait d'une petite mise

en garde. Nous croyons effectivement qu'à l'heure actuelle, de visiter les communautés autochtones,

considérant le contexte et l'émotivité que cela engendre... Et, avec les

recommandations que nous voulons vous déposer, vous comprendrez davantage

pourquoi que les femmes élues de l'APNQL vous mentionnent

de ne pas visiter les communautés

autochtones à ce moment-ci.

Tout d'abord, nous croyons que la problématique sur les conditions de vie des femmes est

documentée depuis plusieurs années. Les pistes de solution sont connues,

notamment le logement, la pauvreté des femmes, le manque de logement, la situation économique

des femmes aussi, également. Ce que nous vous recommandons, c'est la mise sur

pied d'un groupe de travail élargi qui

pourrait analyser les rapports pour en faire une synthèse et actualiser les

recommandations. Cette synthèse pourrait être soumise aux communautés pour être

validée par chacune et, s'il y a lieu, être adoptée aussi, également.

Autre recommandation. Les femmes des Premières Nations vivent souvent dans des contextes

très difficiles, je crois que les gens qui ont pu exprimer au cours des

dernières semaines ont pu vous permettre de voir un peu la réalité des femmes

autochtones. Au Canada, c'est d'ailleurs le groupe le plus marginalisé au point

de vue social, politique et économique. Cette marginalisation a de lourdes conséquences

sur la qualité de vie de ces femmes et de leurs familles, les

indicateurs socioéconomiques concernant les femmes des Premières Nations sont

désolants. Et, comme ce sont les femmes qui en général

ont la charge des enfants, cette situation a comme conséquence directe que le taux

d'insécurité alimentaire des enfants des Premières Nations est trois fois plus élevé que celui des enfants allochtones. Le

contexte des femmes des Premières Nations est notamment fait de

pauvreté, de vulnérabilité, d'isolement et de violence.

Dans la même

période, l'Association des femmes autochtones du Canada a

mis de l'avant un plan d'action

visant les femmes. Ce plan est centré autour de trois objectifs

principaux : mettre fin à la violence, améliorer la sécurité économique

et promotion de l'éducation. Nous pourrions aussi travailler ensemble sur

l'autonomisation économique

des femmes du Québec. Un projet dans ce sens est en cours avec la collaboration

de la Commission de développement économique des premières nations du Québec et

du Labrador, que je pourrais vous déposer comme document à

titre de référence et de sensibilisation et d'information. On sait que les femmes économiquement autonomes sont plus en mesure de rompre le cycle de la pauvreté et de participer

de façon plus reconnue aux activités politiques,

économiques et culturelles.

Autre recommandation. La commission

parlementaire sur les conditions de vie des femmes autochtones en lien avec les agressions sexuelles et la violence

faite aux femmes pourrait être aussi composée de représentantes élues de

l'Assemblée des premières nations du Québec et du Labrador en termes de soutien

et d'accompagnement avec vous. Effectivement, on vient de vous envoyer un premier signal qui est

effectivement ce que je disais

tantôt, de pouvoir travailler en

étroite collaboration de nation à nation, d'être partenaires aussi, également.

Et je pense que l'engagement qui a été signé avec les femmes du cercle parlementaire viendrait effectivement assurer

à travailler ensemble un enjeu qui nous concerne, et tous ont un rôle à jouer

dans cet enjeu-là qui est la violence faite aux femmes et les agressions

sexuelles. Je pense qu'il est important

aussi, également, de pouvoir faire en sorte de mettre une première table à ce

niveau pour qu'on puisse regarder ensemble cette situation-là et de

remédier à la situation aussi, également.

J'irais peut-être un petit peu plus loin.

Suivant les prochaines étapes, à un moment où est-ce qu'on aura tout compilé, il serait important, effectivement,

d'assurer, par le biais d'un comité de suivi politique avec le ministère qui

sera le porteur du dossier, d'avoir une mise en place d'un comité de suivi

aussi, également.

Ça serait la

présentation que nous avons voulu

vous présenter, en espérant qu'effectivement ça a pu vous permettre de voir effectivement dans quel contexte que nous vivons sur le plan,

aussi, politique. C'est sûr qu'on aurait pu vous en parler davantage, mais nous avons cru bon de pouvoir vous

présenter les éléments essentiels qui concernent la structure de la

gouvernance et qui incluent les femmes élues de l'APNQL. Merci beaucoup.

Le Président (M. Matte) : Merci.

Bien, je vous remercie pour votre exposé. Nous allons débuter la période

d'échange, et, à ce moment-là, je commencerais par la

partie gouvernementale,

par le député de D'Arcy-McGee.

Birnbaum : Merci, M. le Président. Bonjour, Mme Etienne,

Mme McKenzie. Merci beaucoup pour votre exposé.

Évidemment,

l'Assemblée des premières nations du Québec et du Labrador est un intervenant

essentiel pour ces réflexions à la

fois urgentes et difficiles. Vous avez dressé un portrait qu'on a entendu

d'autres groupes aussi, évidemment, et

vous êtes bien placées pour le faire, mais un portrait pas facile à entendre et

qui comporte toutes sortes de défis pour nous ainsi que pour vous. Nous sommes à la recherche des outils pour bonifier

un prochain plan d'action contre les agressions sexuelles, la violence

conjugale, et un plan qui va s'adresser de façon pertinente et prometteuse au

peuple autochtone aussi, et, dans cette optique, évidemment, les défis, comme

vous avez dit, sont énormes.

Je me permets de vous inviter de nous faire

comprendre où il y a des outils de très intéressants. Vous en avez mentionné, et

je vais poser des questions sur trois outils et vous inviter à nous aider à

faire le pont entre un processus qui risque

d'être prometteur et des actions concrètes qui vont adresser aux problèmes, qui

sont tellement réels aujourd'hui. Ce n'est pas assez, d'essayer d'avoir

un avenir plus prometteur, il faut qu'aujourd'hui soit plus prometteur aussi.

Bon, trois

outils. Vous avez parlé de ces 103 femmes élues de l'APNQL. J'aimerais

savoir le lien et l'efficacité de ce

lien entre ces femmes élues et l'assemblée dans son entier. Je sais, on a

entendu souvent que le lien, le nouveau lien établi entre ces femmes

élues et les femmes élues de notre Assemblée nationale, était d'une pertinence

incroyable et une richesse à exploiter

davantage. Au sein de l'Assemblée des premières nations, est-ce que ça marche

bien? Est-ce que ce conseil des femmes élues a un lien structuré, et

structurant, et aidant avec les pouvoirs décisionnels de l'assemblée dans son

entier?

Le Président (M. Matte) : La parole

est à vous, Mme Etienne.

Etienne (Marjolaine) : Oui. En fait, il y a comme un petit peu

beaucoup de questions à travers de ce que vous amenez, mais en fait je vais faire en sorte de pouvoir bien

répondre. Et, si effectivement il me manque des réponses, je vous

invite, là, à me reposer les questions.

En fait,

comme je l'ai mentionné tantôt, effectivement, le groupe de travail des femmes

élues a pris naissance autour des

années... de 2003. C'était sous mon initiative, effectivement, de pouvoir rassembler

les femmes élues de l'APNQL, qui, à

cette époque, on recensait près de 83 femmes élues, dans le cadre de notre

premier rassemblement. Le groupe de travail

des femmes élues se rassemble effectivement pour échanger sur nos bons coups,

nos faiblesses aussi, également. Et, plus précisément, l'aspect que...

considérant qu'on est un peu dispersées au niveau du Québec, bien, de notre

côté, quand on est élue puis qu'on est toute seule comme femme, d'abord,

effectivement, puis comme femme élue, c'est important

pour nous, effectivement, de pouvoir se rencontrer de façon annuelle. On essaie

effectivement de se rencontrer plus

souvent, mais malheureusement le manque de soutien et de financement ne nous

permet pas de pouvoir faire en sorte de

se rassembler plus souvent comme on le souhaiterait, donc on vise sur des

projets, dépôts de projet de façon annuelle et de créer des

rassemblements où est-ce qu'on donne de la formation aux femmes élues. Et puis

c'est le moment aussi, également, de se

permettre de pouvoir échanger entre nous sur nos problématiques. Nous avons des

enjeux communs, nous avons des enjeux immenses qui sont dans les

communautés autochtones, et l'environnement est aussi un facteur important qui

est considéré aussi, également, dans ces enjeux-là aussi.

Le Président (M. Matte) : Ça va?

Oui, le député de D'Arcy-McGee, une deuxième question?

M. Birnbaum : Une deuxième et

peut-être après une troisième aussi, je vous inviterai d'ajouter quelques

commentaires.

Vous avez dit

que peut-être une prochaine étape serait un groupe de travail pour faire la

synthèse des discussions et des recommandations. Une autre fois, on

parle d'un autre processus. Pouvez-vous nous parler de comment cet autre

processus risque de nous emmener à l'action et des actions ciblées, et

circonscrites, et réalistes?

Etienne (Marjolaine) : En fait, ce que je vous voulais apporter comme

recommandation, c'est l'aspect sur la question

du... incluant le processus. Je pense qu'il est important qu'un enjeu comme

celui qu'on discute aujourd'hui... C'est un enjeu qui est vécu dans les

communautés autochtones, et c'est important pour nous, effectivement, que les

Premières Nations, les femmes élues de l'APNQL, en l'occurrence, fait

partie

prenante en amont du processus. Nous sommes

celles qui vivent et qui côtoient les femmes dans les communautés autochtones,

nous connaissons effectivement les besoins, les préoccupations de ces femmes-là. Et puis je pense que, comme je

le disais, de travailler ensemble, c'est effectivement aussi de vous

partager la réalité des femmes dans les communautés.

Et puis

l'aspect de pouvoir faire en sorte d'éviter, encore une fois, de refaire des

études par-dessus études, puis quand on sait... Dieu sait qu'il y en a

passablement beaucoup. Il suffirait, à mon avis et à notre avis, de reprendre

ces études-là, d'en faire une synthèse avec

une table élargie — et

là j'explique pourquoi la table élargie — qui

pourrait être composée de

représentantes du groupe de travail des femmes élues de l'APNQL, de Femmes

autochtones du Québec, du Regroupement des centres d'amitié autochtones

du Québec, la commission santé et services sociaux de l'APNQL et également

de la commission parlementaire aussi, également, de pouvoir analyser ces rapports-là et dégager

ou actualiser certaines pistes de recommandation pour pouvoir déposer ça dans les communautés. Parce que,

je pense, c'est important d'arriver

avec quelque chose dans les communautés autochtones, il faut

présenter quelque chose. Si vous rentrez avec absence de documents, je me mets dans la peau des

femmes de la communauté, bien effectivement on va dire : Bon, ils sont encore en

train de faire une étude. On est comme un peu, là, saturés au niveau des

études. Je pense, il y a des choses existantes,

prenons-les. Puis, je pense, il y a des choses qui méritent effectivement de pouvoir s'asseoir, de former une table élargie d'abord pour justement travailler sur ces choses-là puis

de trouver des recommandations. Et peut-être même, à la limite, quand l'outil sera déposé... ou, la synthèse des recommandations qui seront déposées dans les communautés, on pourrait faire en sorte d'aller chercher, probablement, de nouvelles préoccupations, de nouvelles recommandations qui

seront probablement une mise à jour. Moi, je pense, c'est important d'avoir ces

outils-là pour justement arriver à un processus de consultation auprès des

communautés autochtones.

Le Président (M. Matte) : Merci, Mme

Etienne. J'inviterais la députée de Chauveau à prendre la parole.

Tremblay : Merci beaucoup pour votre présentation. Moi, ce que j'aimerais savoir, c'est, le fait

qu'il y ait de plus en plus de femmes

autochtones élues dans des postes de direction — ça fait quand

même un peu plus d'une dizaine

d'années, ce que vous mentionniez — avez-vous

senti une différence jusqu'à maintenant?

Avez-vous senti un impact dans les communautés pour les femmes déjà?

Etienne (Marjolaine) : Comme je le mentionnais tantôt, c'est

qu'effectivement l'éloignement nous isole, mais, quand on se rassemble,

c'est la joie, c'est le bonheur, parce qu'on se sent moins seules.

Oui,

effectivement, on est un peu dans les étapes de pouvoir travailler sur des choses

concrètes. Je pense qu'à ce moment-ci c'est un enjeu qui fait en sorte

aussi, pour nous, de travailler sur cet enjeu-là, parce qu'on se sent aussi impliquées et

partie prenante, ça nous concerne.

Et puis les femmes élues sont aussi préoccupées, tant sur le plan

politique, que les organismes communautaires, que les propres membres des

différentes communautés.

Mais

effectivement, pour nous, c'est important de faire en sorte d'assurer un

leadership par rapport à cet enjeu-là avec la collaboration, mais...

Quand on se rencontre, effectivement, on discute et on échange sur les

problématiques. Cependant, comme je le

disais, avec le peu ou pas pantoute de financement, on n'est pas en mesure,

effectivement, de pouvoir travailler

de façon concrète sur ces enjeux-là pour pouvoir voir un résultat. On travaille

chacune de notre côté avec les

programmes et les services qu'on reçoit au niveau du fédéral, avec le peu de

financement qu'on a, on essaie du mieux qu'on peut de pouvoir répondre à un certain besoin, qui est le minimum,

à l'heure actuelle, mais en fait je sens et je crois que l'énergie et la dynamique des femmes élues veulent

faire en sorte de pouvoir passer à l'action. Il faut que ça cesse, il

faut que ça arrête. Du moment où est-ce

qu'on prend conscience effectivement qu'il y a un enjeu qui touche les

communautés autochtones, bien c'est important, effectivement, qu'on s'assoie,

qu'on l'analyse et qu'on passe à l'action mais pas n'importe comment, de façon structurée et organisée. Puis, je pense, ça

peut se faire entre nous. Et, de cette façon-là, pour nous, c'est important d'être impliquées en amont

du processus, parce que nous sommes les femmes élues qui sont dans les

communautés et nous sommes en mesure de pouvoir expliquer qu'est-ce qui peut

arriver, qu'est-ce qui s'en vient comme consultations.

Le Président (M. Matte) : Merci, Mme

Etienne. Mme la députée de Chauveau.

Tremblay : Oui. Les

histoires malheureuses qui ont été médiatisées à Val-d'Or, quels ont été les

impacts directement dans vos communautés?

Mme McKenzie (Salomé) : Bien, je

crois que l'impact, présentement, il y a beaucoup de peur, de crainte de

représailles, de honte, je pense, dans tout ça, mais aussi je pense que les

femmes se mobilisent en même temps de pouvoir

aller se ressourcer. Une des femmes que j'écoutais l'autre jour, elle

dit : Moi, ça me fait du bien de pouvoir me ressourcer dans le

bois, dans la forêt, avec d'autres personnes, puis de me retrouver.

Mais il va

falloir travailler, je crois, en partenariat avec plusieurs... je veux dire, de

l'extérieur de notre communauté du

Lac-Simon, même auprès de la ville de Val-d'Or, avec les gens... autant avec la

SQ, et tout ça. Parce qu'on parle de la discrimination, on parle du

racisme. Les gens qui vivent ça, quand ils vont à la ville de Val-d'Or, il y a

une crainte présentement.

Mais je crois

que ça va prendre du temps. Il va falloir qu'autant chez moi, autant chez le

peuple québécois... de vouloir travailler ensemble. Je pense, c'est une

opportunité, où est-ce que nous sommes présentement, aujourd'hui, de pouvoir

travailler en partenariat, puis tout ça. Et moi, je démontre toujours mon

ouverture de trouver des pistes de solution, de se mobiliser, de se parler,

avec eux. Et nous aussi, en tant que Premières Nations, à l'intérieur de nos

communautés, on voit les défis, on voit le travail que nous devons faire aussi,

là, tu sais, de notre côté.

fait que ce n'est pas facile. Je vais vous dire honnêtement, depuis un mois,

cette pression, je pense que je le subis

physiquement. Mais peut-être, au niveau de qu'est-ce que les gens ont eu à

vivre, à traverser... Parce qu'il y a toutes sortes de choses qui se

disent aussi dans Facebook, au niveau des médias, ça fait que... mais, c'est

ça, à un moment donné il va falloir que les

gens... C'est tout au niveau aussi de la méconnaissance, hein, l'ignorance, là,

tu sais. Ça fait qu'il faut aller

voir... Je dis toujours aux gens : Il faut connaître les Premières

Nations. Nous, on va toujours magasiner vers la ville, mais les gens ne viennent pas nécessairement dans nos

communautés. Puis comment peut-on se connaître si on ne va pas visiter

les gens, tout ça, là, tu sais?

Ça fait que,

oui, on a une différente culture, puis tout ça, mais il faut aussi démontrer,

je pense, de l'ouverture aussi, là. Ça fait que c'est des choses qu'on

va devoir travailler tous ensemble.

Le Président (M. Matte) : Merci, Mme

McKenzie. J'inviterais la députée de Crémazie.

Montpetit : Merci, M. le Président. Mme Etienne, Mme McKenzie, c'est un plaisir de vous retrouver

ici aujourd'hui. Effectivement,

je suis membre du comité de direction du Cercle des femmes parlementaires, donc

on s'était vues à la signature du

protocole de solidarité entre les élues de l'Assemblée nationale et celles de

l'assemblée nationale des premières nations du Québec et du Labrador, et

c'est un grand plaisir de vous retrouver ici aujourd'hui.

Je voulais en

profiter pour revenir sur... Mme Etienne, vous avez mentionné quelque chose.

Vous savez que, dans le plan de

travail de la commission, il est prévu d'aller faire des visites dans les

différentes communautés autochtones, et vous l'avez mentionné dans votre

présentation, et vous soulignez que ce n'était probablement pas une bonne idée

à cette étape-ci, dans le contexte actuel.

Et au bénéfice, là, de tous les membres de la commission, pour qu'on puisse

effectivement se faire une tête là-dessus...

Vous savez, on a à coeur, tous, de bien faire notre travail, et, s'il faut

réviser à ce stade-ci le plan de

travail qu'on a, on le fera, mais je pense que... Pour bien comprendre ce

contre quoi vous nous mettez en garde, si vous pouviez élaborer davantage sur ce pourquoi, dans le fond, vous nous

mettez en garde d'aller faire ces visites-là présentement.

Mme Etienne (Marjolaine) : En fait...

Président (M. Matte) : Mme

Etienne. Allez-y. Pour fins d'enregistrement, je dois mentionner votre nom

aussi, c'est pour ça, là.

Mme Etienne (Marjolaine) : Je vais

dire mon nom, c'est ça?

Le Président (M. Matte) : Oui, mais

c'est fait, je l'ai mentionné.

Etienne (Marjolaine) : Ah! O.K., parfait, excusez. En fait, juste en

complément d'information que la chef, Mme

Salomé, a amené sur ses propos de tantôt, effectivement ça a amené... La nation

à Val-d'Or, c'est une chose. Comme je

disais tantôt, on est un peu éloignés, isolés et éloignés, au niveau des autres

Premières Nations. Dans ma communauté aussi

et celles d'autres communautés aussi, également, ça a eu des impacts, des

effets, en fait, tant sur le plan... au niveau des femmes aînées, des préoccupations au niveau des

jeunes filles, des femmes aussi, également, et aussi des hommes, parce qu'on a bien entendu tout l'aspect au niveau de ce

qui s'est passé et puis le reste. C'est certain que ça a amené aussi des

ouvertures, des déchirures aussi auprès des femmes et de ce qu'elles ont vécu,

que ce soit sous la forme de violence conjugale ou autres.

Mais ce pourquoi je disais tantôt que ce n'était

peut-être pas le bon timing d'y aller, c'est pour le contexte d'émotivité que ça a engendré aussi, également,

mais ce que je vous proposais, c'est effectivement que, dans

l'éventualité... La recommandation que je

vous ai mentionnée tantôt, qu'on pourrait, de nation à nation, là, je dis

élus et élus... de pouvoir former un groupe qui pourrait faire en sorte

d'aller dans les communautés, je pense que... à mon avis, ce serait plus facilitant. On pourrait faire en sorte... nous,

d'entrée de jeu, jouer un rôle et une responsabilité qui est aussi de pouvoir

bien informer les gens, la clientèle, qui seront consultés. Nous, ce qu'on

souhaite, c'est apporter un appui à vous tous qui vont venir dans les communautés autochtones rencontrer nos membres et de

pouvoir être en amont du processus justement pour qu'on puisse se parler davantage de c'est qui, la nation attikamek,

c'est qui, les Mohawks, c'est qui. Il y a ça aussi à comprendre dans

toute cette démarche-là aussi que je trouve important pour justement...

Puis c'est de

valider aussi, également, le véritable partenariat dans un enjeu qui nous

concerne, parce que, vous savez,

comme je disais, on les connaît, les enjeux, on connaît les besoins. Mettre en

place un programme... Vous allez mettre

un programme en fonction de, mais, quand on arrive pour mettre en place ce

programme-là dans les communautés, ça

ne marche pas, ça ne répond pas. Ça fait que les mieux placés, ce sont nous,

les élus, les administrateurs aussi, également, qui sont dans les

communautés, qui connaissent réellement les besoins. On sait... Parce qu'on a

des programmes qui proviennent au niveau du fédéral déjà tout faits, puis il

reste à appliquer, mais ça ne marche pas. Il faut trouver une autre façon, il

faut trouver une façon de faire pour bien faire en sorte qu'à un moment donné

ça puisse remédier à la situation. Des problèmes, il y en a plein, mais il faut

choisir effectivement ceux qu'on veut remédier au niveau de la problématique. Moi, je pense que... À mon avis, on

a eu un exemple probant, là, qui est au niveau de Val-d'Or. Maintenant,

il faut voir effectivement comment ensemble on peut s'attaquer à ça. Puis

comment, c'est dans le comment qu'il va être différent.

Nous, ce qu'on souhaite, c'est... Peut-être

qu'on peut développer ensemble une approche pour consulter les communautés autochtones. Ce qu'on veut, c'est être aidants, on veut

travailler avec vous et non contre vous, parce qu'au bout de la ligne

c'est les populations qui vont en bénéficier, ce n'est pas moi. Moi, je ne fais

que mon job politique de vouloir travailler de nation à nation puis de travailler sur des enjeux

que la responsabilité est aussi de niveau provincial, qui aussi, comme conseil de bande et d'APNQL, a une

responsabilité, tout comme le fédéral, qui a une responsabilité aussi.

Ça fait qu'en

fait le message, pour moi et pour le groupe de travail des femmes élues, c'est

qu'on travaille sur les vraies

choses, qu'on travaille effectivement sur... si c'est pour aboutir à un

résultat, de mettre en place un programme, mais qu'on travaille sur les vrais besoins. Nous, on les connaît, mais

la majeure

partie des membres des communautés, eux, la connaissent

aussi, également. Ça fait que, nous, ce qu'on souhaite, pour vous tous, vous

toutes, dans cette démarche de consultation

là ou de rencontrer les communautés autochtones : qu'on puisse faire en

sorte de faire partie, comme femmes élues, au début de votre démarche de

consultation. C'est dans cet esprit-là que je peux me permettre effectivement, si j'ai bien répondu à votre

question, de faire

partie de ce plan de travail là avec vous tous et vous

toutes, dans l'esprit que je vous ai mentionné.

Le Président (M. Matte) : Merci, Mme

Etienne. J'inviterais le député de D'Arcy-McGee.

Birnbaum : Merci, M. le Président. Vous avez parlé, madame, qu'il faut

passer au comment; j'ose dire qu'il faut

passer au quoi aussi. Nous avons le devoir, je trouve, ensemble, de

circonscrire nos efforts pour nous assurer qu'ils bonifient les efforts, des fois qui n'ont pas

porté de fruit, mais les efforts énormes en tout ce qui a trait à un

macrodiagnostic des problèmes, et de passer

là, et de voir comment nous, ensemble, on peut circonscrire nos efforts pour

assurer qu'on bonifie les réponses.

Alors, je

veux poursuivre, dans cette optique, au troisième outil que vous aurez suggéré.

Et, si je ne m'abuse, vous parliez

d'un modèle pour instaurer une autonomie économique accrue des femmes, et je me

demande si vous pouvez nous parler de

cet exemple-là et qu'est-ce qu'on peut faire ensemble peut-être pour semer les

conditions pour faire en sorte qu'il y ait d'autres... de tels exemples,

parce qu'il me semble que vous l'avez identifié comme facteur pour contrer le

cycle de violence et le manque d'autonomie. Y a-t-il de quoi à faire dans ce

domaine-là?

Le Président (M. Matte) : Mme

Etienne.

Mme Etienne (Marjolaine) : En fait,

ce que je vous ai mentionné en ce qui concerne tout ce qui est au niveau des débouchés économiques des femmes, puis

effectivement ce que j'ai mentionné aussi, également, c'est tout l'aspect où est-ce que les femmes font face à la

pauvreté, la vulnérabilité, la violence. On croit fortement,

effectivement, que, quand on est occupé, on

est moins préoccupé. Et puis les femmes ont des idées, ont des projets, il y a

des femmes qui sont aussi, également, en affaires, des femmes des

Premières Nations. On connaît aussi la problématique actuelle, donc tout l'aspect de ne pas être saisissable, qui

est un frein aussi au moteur économique dans les communautés. Des idées,

il y en a, mais le soutien financier pour réaliser les affaires, il y en a peu

ou pas pantoute pour les femmes.

À l'heure

actuelle, comme je disais, il y a un projet intitulé Femmes d'affaires qui est

piloté par la Commission de développement économique des premières

nations du Québec et du Labrador. Sous cette entité, il y a une table provinciale composée de femmes d'affaires,

composée de femmes élues de l'APNQL, composée de femmes autochtones du Québec et puis d'autres membres, là, que

j'oublie leur nom, malheureusement, mais cette table-là, justement, elle

est là pour mieux savoir quels sont les obstacles, quels sont les besoins en

matière de projets d'ordre économique que les femmes ont comme idée ou qui sont

déjà en démarrage. Et puis de cette table-là découlent présentement, alors,

trois communautés qui sont en processus de consultation pour rencontrer les

femmes dans différentes communautés, pour aller recueillir davantage les

préoccupations, les besoins, les idées, les projets qu'elles ont sur la table.

Et je pense que... À mon avis, quand on est

dans un élan économique, bien je pense que les gens sont bien, sont en santé,

ça coûte moins cher à une société.

Les gens, les femmes, autant les hommes aussi, également, peuvent faire en

sorte d'amener de meilleures conditions dans les situations familiales,

et ce pour quoi ce projet, à l'heure actuelle, est en cours et puis fait son

petit bout de chemin. Et nous souhaitons effectivement d'avoir un résultat

concret en 2017.

Je vais faire

en sorte de pouvoir vous déposer ce projet-là, vous allez être en mesure de

voir effectivement... de prendre

connaissance des objectifs de ce projet-là et quels sont les recommandations et

les résultats concrets qu'on souhaite aboutir

pour justement offrir aux femmes qui ont des idées ou qui sont déjà en affaires

un soutien et de l'accompagnement dans

leurs projets d'affaires. Mais moi, je pense que la porte de sortie aussi,

également, passe aussi par le moteur économique.

Président (M. Matte) :

Merci, Mme Etienne. S'il n'y a pas d'autre intervenant de la

partie gouvernementale,

j'inviterais, à ce moment-là, la députée d'Hochelaga-Maisonneuve.

Mme Poirier : Merci, M. le

Président. Bonjour, Mme Etienne. Bonjour, Mme McKenzie... chef Salomé, chef

Salomé.

Ce que vous

nous proposez, c'est un changement de paradigme total. Vous nous proposez un

groupe de travail mixte entre élus

autochtones et élus de l'Assemblée nationale afin que l'on puisse avoir une

table de travail pour regarder les solutions, en tant que tel.

La commission

a établi ses travaux en trois étapes, une première étape qui était des

consultations pour que nous, non-autochtones,

puissions se documenter, puissions comprendre, du moins mieux comprendre. À

date, avec le début des auditions, qu'on a eues la semaine passée et

cette semaine, effectivement on a mieux compris certaines choses. Je ne suis pas sûre qu'on a tout compris, mais on a

mieux compris, en tout cas on a appris des choses. Est-ce que notre

formation est complète? On s'en parlera

demain. On a une petite réunion de travail demain à laquelle on devra regarder

ensemble le bilan de ce qu'ont été les deux

jours. Un des joueurs que nous n'avons pas rencontré encore, c'est le fédéral,

qui est, à mon

avis, un joueur assez majeur. Et ça, on décidera ce qu'on fait. Et je vois que,

dans votre groupe de travail, vous ne le nommez pas non plus, puis, à

mon avis, il est un joueur incontournable.

Moi,

j'aimerais... Il y a une phrase que vous dites, vous dites : On connaît

les enjeux, on connaît les problèmes. Est-ce que vous connaissez les

solutions? La table de travail, est-ce que, pour vous, elle travaille sur les solutions? À partir du moment où on pense que tout

le monde est au même niveau, et que notre première étape aura servi, à nous, à nous documenter, puis à comprendre les

enjeux, et à comprendre les problèmes, est-ce qu'on devra décider si

nous, on a assez appris et assez documenté notre connaissance commune?

vous, vous dites : Pour la

partie solutions, on voudrait travailler avec

vous. Moi, je veux juste voir... Et ça me rappelle ce que Mme Michel nous a dit, ce matin, de Femmes

autochtones : En général, vous arrivez avec votre méconnaissance

culturelle. Elle nous a dit ça des travailleurs sociaux qui intervenaient. Ce

que vous nous dites, c'est un peu la même chose, cet après-midi : Arrivez-nous pas avec vos solutions,

incluez-nous dans vos solutions... ou dans les solutions afin qu'on

trouve les solutions ensemble. Moi, je veux juste comprendre mieux votre proposition,

je la trouve très intéressante. Et je pense qu'effectivement c'est ensemble qu'on

peut trouver des solutions parce que, depuis le début, ce qu'on nous dit, c'est

que les solutions apportées à ce jour ne répondent pas nécessairement bien aux problématiques.

Le Président (M.

Matte) : Mme Etienne.

Mme Etienne (Marjolaine) :

Oui. En fait, je vous ai mentionné tantôt qu'on avait tous un rôle à jouer, qui

incluait nous aussi comme conseil de bande

et Assemblée des premières nations du Québec et du Labrador, tant sur le

plan aussi du provincial et du fédéral. Le

fédéral, c'est une chose, effectivement. Ce sont vraiment eux qui sont nos

bailleurs de fonds de par les programmes et services.

J'ai

entendu aussi que... Bon, est-ce que la formation est complète? J'aimerais vous

répondre qu'effectivement votre

formation, de mieux connaître les Premières Nations, va être complète quand

nous pourrons s'asseoir ensemble et de trouver des solutions. Les

solutions, c'est une chose. Se connaître, c'est une autre affaire aussi,

également. Puis je pense que, cette semaine,

vous avez pu recevoir de par les intervenants tout ce qui concerne l'histoire

ou une

partie des problématiques que l'on vit.

solutions, il y en a, effectivement nous en avons, des solutions, parce que,

s'il y a eu, dans le passé, la mise en place de différents programmes,

que ce soit sur l'égalité ou plan d'action sur la violence faite aux femmes, il

y a eu aussi des belles recommandations. Est-ce que ça a eu des résultats

escomptés?

solutions que je pourrais amener — d'une part, je ne les amènerai pas toutes,

parce qu'il faut que je m'en garde aussi pour pouvoir en discuter avec

vous — c'est

que les programmes ou les services pourraient faire en sorte d'être plus représentatifs ou répondre aux besoins réels

des femmes. Et ça, je pense, c'est la pierre, aussi, angulaire de tout...

d'un résultat concret.

Je peux me permettre

aussi de vous dire qu'il y a de la place pour tout le monde là-dedans, dans ce

plan-là. Je crois qu'effectivement le fait

de maintenir les centres pour les femmes qui vivent de la violence conjugale ou

autres doit demeurer, c'est

important. C'est important aussi de soutenir celles qui vivent, probablement,

des problématiques à l'heure actuelle

et qui ne sont pas rendues au stade de dénoncer. Il y a aussi l'importance de

soutenir nos jeunes filles dans nos communautés

qui font face — probablement

que oui, oui, il y en a — à des situations ou des problématiques, comme tel, là, je parle de prévention et de promotion, et c'est

là, à mon avis, qu'il faut miser aussi, également, dans les communautés.

Je pense que, comme

je l'exprime, il y a de la place pour tout le monde, il suffit juste de voir

comment on peut répondre à tout ça en même

temps. Si on mise tout particulièrement sur le plan de financement uniquement

dans les centres de femmes qui ont

besoin de soutien ou d'accompagnement dans la violence conjugale, comment on

fait pour traiter nos jeunes filles

dans le cadre de la prévention et promotion? Ça veut dire qu'uniquement, dans

la vraie vie, elles vont reproduire

le cycle ou elles vont être dedans, et un coup on voit arriver aux centres des

femmes. On ne peut pas, là, on ne

peut pas arriver à faire ça. Il faut prendre en amont de cette problématique-là

qui concerne nos jeunes filles dans les communautés et de soutenir les intervenants ou mettre en place des

programmes et services pour axer sur la prévention et la promotion.

Et par la suite, je

pense, ceux qui sont dans le problème présentement puis qui ne réussissent pas

encore, malheureusement, à dénoncer... Parce que, comme vous le savez ou peut-être

vous avez entendu, quand une femme dénonce, effectivement, qu'elle est violentée ou autres, bien c'est la famille au complet, là,

qui... il y a des répercussions sur tout le monde, là, même chez les amis, puis ainsi de suite. Donc, c'est difficile, pour une femme autochtone, de pouvoir

dénoncer. Elles réfléchissent longtemps, avant de poser l'acte, à la

dénonciation.

Moi,

je pense... Comme je disais, effectivement, puis je le redis et je réitère la recommandation, c'est de

pouvoir faire

partie en amont avec vous tous

et toutes de trouver des solutions qui va permettre de meilleures conditions

pour les femmes qui vivent des

réalités difficiles. Puis, quand je fais référence... «Femmes», je fais

référence à nos femmes aînées, parce

qu'elles ne sont pas à l'abri non plus, et je fais référence aussi, également,

aux jeunes filles. Et il y a une chose aussi qu'il ne faut pas oublier : On parle uniquement de femmes, mais les

hommes aussi ont besoin de soutien et d'accompagnement, également. Ça fait qu'il faut avoir une pensée

aussi, également, pour eux, pour justement éviter que ça se reproduise,

à tout le moins. On ne pourra pas régler la

problématique en soi, c'est ce que je souhaiterais, mais, soyons réalistes, il

faut faire en sorte au moins, à tous le

moins, de remédier ou de minimiser ce qui se passe à l'heure actuelle. Et ça,

ça commence, je pense, dans un processus ou une recommandation qu'on

vous dépose pour pouvoir faire

partie avec vous tous à la commission

parlementaire.

Le Président (M.

Matte) : Merci, Mme Etienne. La députée d'Hochelaga-Maisonneuve.

Mme Poirier : Merci, M. le

Président. Une des données qui nous a été transmise, c'est à l'effet que

60 % des femmes soient... 60 % de la population habite en urbain

versus en communauté. Alors, quel est l'interlocuteur, à ce moment-là, à

privilégier, en tant que tel? Puis vous pouvez partager...

Le Président (M. Matte) : Mme

McKenzie.

McKenzie (Salomé) : Merci.

Peut-être juste continuer un peu qu'est-ce que Marjolaine... Oui, le

fédéral, il n'est pas dans la discussion.

C'est malheureux que, dans les dernières années, il n'y ait pas eu autant

d'implication du fédéral. Qu'est-ce qu'on a connu dans les dernières

années, c'est beaucoup de coupures de nos programmes dans nos communautés. Et, juste comme peut-être donner un

exemple, sur le budget sur la violence faite aux femmes, il y a juste...

seulement un budget de 22 000 $. Comment pouvez-vous axer, ou miser,

ou aider la population quand tu as juste cette somme-là? Tu ne peux même pas

engager un intervenant à temps plein.

Ça fait que

moi, je crois sincèrement que c'est vraiment... c'est axer sur la prévention,

la promotion, parce que les gens, ils n'ont pas nécessairement...

peut-être qu'ils ne comprennent pas nécessairement c'est quoi, tout l'enjeu de

la violence, la violence faite aux femmes, et tout ça, mais il y a tellement

d'impacts dans nos communautés juste sur la violence

faite aux femmes parce que, dû au manque de logement dans nos communautés,

parfois, dans nos communautés, il y a au moins 17, 19 personnes qui

habitent dans la même maison. Imaginez quand il y a de la violence qui se fait dans la maison. Il y a tout un impact. Il y a

toute, aussi, une génération que les gens... Les enfants subissent aussi. Ça

fait que c'est souvent la famille élargie

qui subit de cela, là, tu sais. Mais on dit toujours : On apprend des

choses de nos parents, on répète ces gestes-là. Ça fait qu'il y a

tellement tout un impact qui se vit dans les communautés.

Et il faut

comprendre aussi l'histoire. Moi, en tant que chef, quand les gens viennent me

voir au bureau, il faut que je comprenne d'où est-ce que la personne

vient. Il faut comprendre aussi tous les effets qu'a eu le pensionnat, les gens qui sont allés au pensionnat, ça a été plusieurs

générations, et tout l'impact qu'on vit, l'intergénérationnel, de cela. Il y a une autre chose qu'il faut comprendre

aussi, c'est l'exclusion des communautés autochtones aussi. Je veux

dire, ça n'a pas été de notre décision, de

vivre dans des communautés autochtones, c'est l'exclusion. Et juste de

comprendre l'exclusion, tout cet

impact-là... Parce qu'il y a la violence, il y a la violence qu'on subit. Et

même pour moi-même je dois faire des réflexions

par rapport à cela, de dire : Mais de quelle façon doit-on travailler? Et,

quand les gens, ils viennent me voir, il faut que je comprenne d'où est-ce que la personne vient. Et, si c'est une

grand-mère, une «kukum» ou bien un «mushum», bien il faut que je

comprenne d'où est-ce qu'il vient. Et, si c'est une personne du pensionnat qui

vient me voir, il faut que je comprenne d'où est-ce qu'elle sort, cette

personne-là, ou les enfants des parents qui sont allés au pensionnat. Et je pense

que, si on comprend un peu l'histoire de tout cela, le pensionnat, le choc

culturel, la colonisation, l'exclusion, oui, on en a, des solutions, à

l'intérieur de nos communautés,

mais souvent on n'a pas ces outils-là, on n'a pas nécessairement les

gens qu'on puisse aussi former, parce qu'on le vit à chaque jour, ces situations-là.

Et moi-même,

j'ai déjà été intervenante, travaillant avec des femmes qui subissaient la

violence, et tout ça, puis ce n'est pas évident, de travailler dans les

communautés, de ne pas pouvoir aider les familles, les faire sortir... Parce que, déjà là, de les faire sortir des communautés,

c'est une déchirure, parce que, imaginez, vous avez toujours vécu dans

une communauté puis... vous avez toujours

vécu là, vous n'êtes jamais sorti de la communauté pour vivre à l'extérieur,

là. C'est tout encore un autre choc, de pouvoir sortir les familles, et tout

cela, ça fait que...

Mais il y a

beaucoup de choses à travailler dans cela. Puis souvent nos gens, nos membres,

quand on les mobilise, ils ont les solutions. Je pense, je crois

sincèrement, quand vous allez commencer à faire les tournées... Puis c'est des personnes très, très ouvertes aussi, nos membres,

ils ont aussi une transparence. Quand ils vont vous parler, c'est avec

leur coeur qu'ils vont vous parler, les gens

de... Ils vont trouver les solutions, ils vont partager avec vous. Puis

qu'est-ce que j'aime de ma nation, c'est ça que j'aime, c'est la

transparence. Ça fait qu'ils vont parler avec tout leur coeur. Merci.

Président (M. Matte) :

Merci, Mme McKenzie. Il reste quatre minutes. La députée

d'Hochelaga-Maisonneuve... ou, Mme Etienne, voulez-vous rajouter?

Mme Poirier : Je permettrais

à Mme Etienne de répondre à ma question.

Le Président (M. Matte) :

Mme Etienne.

Etienne (Marjolaine) : En fait, pour le 60 % du milieu urbain,

c'est important aussi de pouvoir vous assurer effectivement qu'on ait des élus de chaque communauté, moi, je proviens

de la communauté de Mashteuiatsh, mais le fait de prendre la parole aujourd'hui n'exclut pas le milieu urbain, parce

qu'elles font

partie de nos nations. Ça fait que ça serait une précision importante à ce moment-ci, de

pouvoir vous en faire part, parce qu'on parle des communautés, mais

nous, quand on parle, on n'exclut pas les

gens des Premières Nations qui vivent dans les milieux urbains. Effectivement,

quand on parle de solutions, il faut penser

à ceux et celles des Premières Nations qui vivent dans les milieux urbains

aussi, également.

Le Président (M. Matte) : Merci. Il

vous reste trois minutes, Mme la députée d'Hochelaga-Maisonneuve.

Poirier : Excellent. Vous avez parlé d'un projet en lien avec

l'autonomisation économique des femmes; moi, c'est un sujet qui m'intéresse particulièrement. Vous avez parlé de

réseau Femmes d'affaires. Comment vous voyez, dans le fond, le développement économique des femmes en

communauté, si c'est de la prise en charge, là, en tant que telle, des femmes sur leur devenir à elles mais sur le

devenir de leurs familles, en tant que tel? L'autonomie financière des

femmes, ça rejaillit sur toute une communauté, en tant que tel. Comment vous le

voyez, l'implantation, puis le renforcement, et l'aide qui peut être apportée

aux femmes pour qu'elles deviennent des chefs d'entreprise, là?

Le Président (M.

Matte) : Mme Etienne.

Etienne (Marjolaine) : Tout d'abord, comme je le disais, à l'heure

actuelle il y a sur la table un projet, un projet de femmes d'affaires, et, bon, il y a la mise en place de la

table provinciale, dont les entités que j'ai nommées tantôt. Moi, je

pense que la force du milieu représente aussi, les femmes des Premières

Nations, de pouvoir participer et de s'impliquer

activement dans le milieu économique. Oui, effectivement, il y a des freins qui ne nous permettent pas...

pas juste uniquement au niveau des femmes, mais aussi auprès des hommes qui

sont en affaires, qui est tout l'aspect au niveau du financement. On croit d'abord, effectivement, pour arriver à un résultat concret, parce qu'il y a effectivement

des résultats concrets à cette démarche, pour véritablement à ce que les femmes

puissent réaliser leurs projets d'affaires ou

leurs idées d'affaires, et c'est sur ça qu'on travaille présentement, c'est qu'effectivement c'est toute la question au

niveau de soutien et d'accompagnement de ces

femmes-là, à l'heure actuelle, et la question du financement. Le projet qui est sur la table, à

l'heure actuelle, il est à l'étape de

consultation auprès des trois communautés, trois communautés

hôtes qui ont été identifiées, et,

sur ce, on peut voir effectivement qu'il peut jaillir, à un moment donné, un bon développement

économique. Et je souhaite ardemment, effectivement, que cette démarche-là du projet d'affaires puisse avoir un résultat

concret avec les pistes de solution

qui sont identifiées dans ce projet de Femmes d'affaires là, parce que

je crois fortement que, comme je disais tantôt, quand on est occupé, on

est moins préoccupé.

Donc,

ça amène à de meilleures conditions

de vie familiale dans les communautés. Ça amène aussi, également, le dynamisme des femmes, à

s'impliquer activement dans le milieu économique. Ça amène aussi à avoir une

famille en santé économique,

culturelle, et tout le reste. Je pense que c'est, pour nous, un projet

prometteur pour l'avenir des femmes des Premières Nations et je crois

fortement que les énergies et les efforts, à l'heure actuelle, qui sont sous

l'aile de la Commission de développement économique des premières nations du Québec

et du Labrador, avec la collaboration du groupe de travail des femmes élues de

l'APNQL, entend livrer les pistes de solution qui sont sous ce projet-là.

Le Président (M. Matte) : Je vous remercie, Mme Etienne. J'aurais besoin

d'un consentement pour permettre au député de Masson

d'intervenir. Y a-t-il consentement? Consentement. Alors, j'invite le député de

Masson à poser sa question.

M. Lemay :

Merci, M. le Président. Merci, Mme Etienne et Mme McKenzie, d'être

avec nous aujourd'hui.

Vous

savez, plusieurs choses ont été mentionnées dans votre allocution

de départ, et puis en fait, dans le

fond, ce que moi, je retiens principalement, c'est que, pour réduire la violence faite aux femmes, oui, on a besoin

d'une meilleure sécurité financière,

si on veut. Tu sais, vous l'avez mentionné vous-même, là, 22 000 $ comme budget pour la

violence faite aux femmes, ça semble très

peu pour enrayer cette situation-là, qui semble être dans plusieurs

communautés. Et puis, en troisième lieu, vous avez parlé qu'il faut

valoriser notre éducation, donc... Puis vous l'avez mentionné vous-mêmes, avec le fait que dans plusieurs logements on soit

surpeuplé... Vous avez mentionné des chiffres comme 17 à

19 personnes par habitation, ce qui est quand même plus que la moyenne

dans l'ensemble du Québec. Puis aussi ce que vous avez mentionné, c'est la culture, tu sais, qu'est-ce qui va sur le reste de

la famille, comment la nouvelle génération, elle a comme modèle ses parents. Donc, tout ça, à la base, si

on peut travailler sur l'éducation, on va travailler sur la prochaine

génération, ça, c'est une façon, un point,

mais, si on veut aujourd'hui faire une différence dans les communautés... Puis

vous avez mentionné vous-mêmes que

c'est important qu'on travaille de nation à nation, puis ça, bien, on est très

bien conscients, là, ça fait 30 ans qu'on a cette volonté-là de

travailler de nation à nation, au Québec, et puis je crois que c'est la base de

la solution. Vous les connaissez déjà,

comment les appliquer. Il suffit maintenant de pouvoir arriver avec des moyens

puis des mesures pour l'appliquer dans l'ensemble.

Mais ça, c'est, si on

veut, ma compréhension avec tout ce que vous avez déjà mentionné, à date, là,

dans la commission. Maintenant, est-ce qu'on

a... Tu sais, ça ne va pas juste mal dans les communautés autochtones. Est-ce

qu'on a des communautés aussi qu'on pourrait

citer en exemple comme quoi que le leadership fait en sorte que, dans

certaines communautés, on a peut-être moins ce problème-là, moins ce

phénomène-là? Est-ce qu'on aurait des exemples pour dire : Bien, prenons exemple de qu'est-ce qui se passe dans telle

communauté puis c'est quoi, les bonnes choses qu'ils appliquent déjà,

qu'on pourrait essayer de voir si c'est reproductible ailleurs?

Le Président (M.

Matte) : Mme Etienne.

Etienne (Marjolaine) : En fait, je ne connais pas, à l'heure actuelle,

pour avoir rencontré et échangé avec les femmes élues de l'APNQL, une communauté qui a peu ou pas pantoute de

problèmes. Les femmes élues, elles les ont exprimés en février dernier, lors de notre troisième rassemblement, où

encore on est encore à l'étape des problématiques. La chef McKenzie l'a

souligné, le peu de financement, le programme qui, non plus, ne correspond pas

aux réalités des besoins des Premières Nations

Puis

je retiens effectivement l'aspect... Quand vous dites : La volonté,

elle est là, bien notre volonté, elle est là aussi, également. Ça fait

que, si, de part et d'autre, nous avons la volonté de vouloir travailler

ensemble sur des solutions et en amont d'un processus qui va vous permettre de prendre contact avec

les communautés, et que nous, les femmes élues, puissions siéger à la commission

parlementaire, là on parlera de volonté de part et d'autre, parce que ça, ça va

définir effectivement de travailler sur des vraies affaires, travailler

sur la connaissance entre deux peuples qui est le vôtre et le

nôtre, des différences de culture, parce qu'il y en a effectivement, des

différences de culture.

Puis,

dans les communautés, si je peux donner un exemple probant, c'est qu'effectivement, dans les communautés, on ne

retrouve pas des IGA, on se doit effectivement de sortir de nos communautés pour aller faire

notre épicerie, aller chercher les

services. Dans notre communauté, la mienne, Mashteuiatsh, la ville près de

nous peut avoir une recette de plus de 50 millions. Donc, le 1 $ qui est dans la poche d'un membre de ma

communauté, il y a près de 0,70 $ qui s'en va à Roberval ou autres,

il ne reste que 0,10 $ pour la communauté.

fait que, des solutions, il faut en avoir, il faut en avoir si on veut

améliorer les conditions de vie des femmes dans les communautés, les

conditions de vie aussi au niveau... dans les communautés. Là, on parle d'un

enjeu qui est la violence. Il y en a plein

d'autres. Il faut travailler sur les vraies affaires, il faut travailler

ensemble, il faut travailler sur des solutions,

sur les vraies solutions que nous, on connaît puis qui vont vous permettre

aussi, également, de mieux connaître et de mieux comprendre les réalités

des Premières Nations dans leurs propres communautés.

fédéral, c'est une chose. Le fédéral, effectivement, au cours du dernier

mandat, bien, vous les connaissez comme nous, les coupures, je pense que la chef Salomé en a mentionné. C'est

difficile. Le fait de couper dans un programme — je reviens

sur le questionnement — si on coupe là-dedans, ça va coûter combien aux citoyens

québécois, sur la question de la santé?

Il y a ça aussi à tenir compte par rapport à ça parce que, si on veut faire en

sorte de vouloir améliorer les conditions de vie chez les Premières

Nations, bien il faut commencer en quelque part.

Oui,

c'est important de faire connaissance entre nous, oui, c'est important de vous

faire connaître et comprendre la réalité des Premières Nations dans

chaque communauté, puis oui, effectivement, on est prêtes, les femmes élues de l'APNQL sont prêtes à vouloir travailler avec vous

tous et toutes. L'engagement de solidarité l'exprime bien, il est clair,

et on l'a signé en février 2015. Donc, nous avons déjà une base qui va nous

permettre d'échanger, travailler sur un enjeu et avoir des résultats

concrets.

ça implique aussi, également, différents intervenants. Je n'exclus pas

personne aujourd'hui, là, tout

le monde a un rôle à jouer. Que ce

soit Femmes autochtones du Québec, que ce soit le Regroupement des centres d'amitié

autochtones, que ce soit les conseils de

bande, que ce soit le fédéral, il y

en a, des partenaires, là, il y en a.

Mais ça, il faut le voir sur un plan et déterminer effectivement quels

seront les rôles et les responsabilités de tous et chacun, parce qu'on a tous

un rôle à jouer, moi la première, moi y compris.

Puis là-dessus, effectivement,

il faut travailler cet enjeu-là. Il faut que ça arrête, il faut que ça cesse,

dans les communautés, parce que c'est invivable, c'est des tensions. Puis là on

parle de l'enjeu de violence conjugale puis on en aurait d'autres, là. Les

suicides, il y en a, là, chez les jeunes, là. Je ne veux pas faire un retour

sur l'histoire, vous la connaissez

Document details

CollectionQuebec — Committees
CitationCRC 2015-11-25
Typecommittee
Volume / chapterfr travaux-parlementaires commissions crc-41-1 journal-debats CRC-151125
Languageen
Formathtml
SourcePROVINCIAL
Identifier188afb156d8236fb9f91b7e0f15c388e6abcefbe

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