CRC — 5 November 2024 (43rd Legislature, 1st Session)
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28e législature, 3e session (20 février 1968 - 18 décembre 1968)
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27e législature, 4e session (21 janvier 1965 - 6 août 1965)
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Journal des débats de la Commission des relations avec les citoyens
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(29 novembre 2022 au 10 septembre 2025)
Cette version du Journal des débats est une version préliminaire : elle peut donc contenir des erreurs. La version définitive du Journal, en texte continu avec table des matières, est publiée dans un délai moyen de 2 ans suivant la date de la séance.
Pour en savoir plus sur le Journal des débats et ses différentes versions
mardi 5 novembre 2024
Vol. 47 N° 54
Consultations particulières et auditions publiques sur le projet de loi n° 74, Loi visant principalement à améliorer l’encadrement relatif aux étudiants étrangers
Aller directement au contenu du Journal des débats
Heures
9 h 30
10 h
10 h 30
11 h
11 h 30
12 h
15 h
15 h 30
16 h
16 h 30
17 h
17 h 30
18 h
18 h 30
19 h
Journal des débats
9 h 30 (version non révisée)
(Neuf heures quarante-cinq minutes)
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : À l'ordre, s'il vous plaît! Ayant constaté le quorum, je
déclare la séance de la Commission des relations avec les citoyens ouverte.
Alors, bienvenue à tous et à toutes en ce beau mardi matin.
La commission est réunie afin de procéder
aux consultations particulières et aux auditions publiques sur le projet de loi
numéro...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : ...74, Loi visant principalement à améliorer l'encadrement
relatif aux étudiants étrangers. Mme la secrétaire, y a-t-il des remplacements?
La Secrétaire : Oui, Mme la
Présidente. Mme Macaron (Notre-Dame-de-Grâce) est remplacée par Mme Setlakwe (Mont-Royal—Outremont); Mme Prass (D'Arcy-McGee) est remplacée
par M. Morin (Acadie); et M. Bérubé (Matane-Matapédia) est remplacé par M.
Paradis (Jean-Talon).
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Alors, Mmes et MM. les députés, bienvenue à la commission.
Nous débuterons, ce matin, par les remarques préliminaires, puis nous... nous
entendrons le Commissaire à la langue française, l'Université du Québec, et
nous allons terminer par l'Université de Montréal, l'Université McGill,
l'Université Laval et l'Université de Sherbrooke conjointement.
J'invite maintenant le ministre de
l'Immigration, de la Francisation et de l'Intégration à faire ses remarques
préliminaires. M. le ministre, vous allez disposer de 6 minutes, et la
parole est à vous.
M. Roberge : Merci beaucoup,
Mme la Présidente. D'abord, je veux saluer mes collègues qui sont présents avec
nous, autant des deux côtés, la
partie gouvernementale et les oppositions. Très
content de voir que les formations politiques sont représentées. Merci aussi
aux équipes qui nous aident, en arrière, à répondre à toutes les questions. On
a ce matin pour commencer, le Commissaire à la langue française, mais il y a
plusieurs personnes qui ont accepté aussi de venir participer aux travaux. Ça
va durer deux jours de manière très intense, Mme la Présidente, mais on est
prêt à ça.
Il y a aussi d'autres personnes qui ne
viendront pas directement ici, en salle de commission, mais qui nous ont fait
parvenir des réflexions. Sachez que ce n'est pas parce que vous n'êtes pas ici,
en commission que vous ne serez pas entendus, puis que vos propos ne seront pas
considérés.
C'est un projet de loi qui est
intéressant, qui est important, qui s'inscrit dans un contexte où on a, en ce
moment, pratiquement 6 000 résidents non permanents sur le territoire
québécois. Il y a évidemment des étudiants étrangers parmi... j'ai dit
6 600, mais je m'excuse, je m'excuse, il n'y en a pas 6 000, il y en
a presque 600 000. Justement, quand on... quand on voit le nombre de zéros, ça
donne le tournis. Presque 600 000 résidents non permanents sur le
territoire québécois de diverses catégories. Certaines des catégories sont
décidées exclusivement par le gouvernement fédéral, d'autres par le
gouvernement du Québec, d'autres, c'est des compétences partagées.
J'en profite pour faire un rectificatif.
La semaine dernière à l'Institut du Québec rendait publique une étude dans
laquelle il y avait malheureusement certaines erreurs. On disait que le
gouvernement du Québec contrôlait à peu près 50 % des immigrants
temporaires sur le territoire québécois. Ce n'est pas exact, on est plus près de
30 %. D'ailleurs, mon équipe avait communiqué avec la rédactrice de
l'étude qui avait dit qu'effectivement ce n'était pas exactement ce qui était
écrit, qu'elle était prête à apporter des nuances si les gens communiquent avec
elle. Donc, j'invite nos amis journalistes à communiquer avec les gens qui ont
rédigé cette étude-là, parce que ce n'est pas parce qu'on répète quelque chose
plusieurs fois que ça devient plus vrai.
Évidemment, les étudiants étrangers sont
dans une catégorie à part. Quand on regarde tous les... les immigrants
temporaires qui sont... ce sont souvent de futurs immigrants permanents, de
nouveaux Québécois. Et il ne s'agit pas de dire : Bien, arrivons avec un
objectif de coupures paramétriques, ne voyons pas les étudiants étrangers comme...
comme des problèmes d'aucune manière. Ils viennent ici à l'invitation des
institutions. Ensuite, bien, ils sont reconnus à la fois par le gouvernement du
Québec et le gouvernement canadien, sans quoi ils ne pourraient pas venir ici.
Donc évidemment, le... les gouvernements ont une part de responsabilité. Puis
ensuite, bien, une fois qu'ils sont ici, ils contribuent au Québec.
Maintenant, quand on regarde les leviers
qu'on a au gouvernement pour gérer toute l'immigration, on se rend compte que,
pour ce qui est des étudiants étrangers, on a peu d'agilité gouvernementale. On
peut simplement, au moment où on se parle avant la sanction de cette loi-là,
décider du nombre d'étudiants sur le territoire québécois, combien de CAQ
seront... seront là.
• (9 h 50) •
Par contre, en ce moment, le gouvernement
ne peut pas décider si, quand on accepte un nombre très élevé, plus de
120 000 personnes, s'il y en a une grande majorité dans la... sur l'île de
Montréal, dans le Grand Montréal, dans des régions périphériques, dans des
régions éloignées. Est-ce qu'ils sont surtout en formation professionnelle dans
les cégeps, dans des programmes courts, dans des universités, dans les
deuxièmes et troisièmes...
M. Roberge : ...cycle.
Qu'est-ce qui est prioritaire pour le Québec? Qu'est-ce qui est prioritaire
pour ces régions? On pourrait faire comme le Parti québécois, dire : Bon,
nous autres, on va passer de 120 000 à 50 000, voilà. C'est sûr que, si on
faisait ça, bien, on n'aurait pas besoin du projet de loi dont on parle
aujourd'hui puis c'est sûr qu'on ferait fermer plusieurs programmes en région,
puis c'est sûr qu'on s'attaquerait aussi à des programmes qui sont vitaux soit
pour nos services publics ou pour notre économie.
Plutôt que de dire, là... de se donner une
cible de réduction à l'aveugle, comme ça, en chiffre ou en pourcentage, il faut
d'abord se donner, comme gouvernement, comme État national, la capacité d'agir
de manière chirurgicale. Donc, je veux rassurer les gens, on n'arrive pas du tout
ici en disant : Bon, bien, on s'en vient couper 5, 10, 15 %, ou
20000, 30000, 50000, 80 000 étudiants, on s'en vient dire : Considérant le
nombre total...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Il reste une minute.
M. Roberge : ...merci,
d'immigrants temporaires sur le territoire québécois, considérant qu'il y a des
hausses fulgurantes dans certaines écoles privées professionnelles, considérant
la pénurie de logements, considérant les enjeux que ça peut poser pour nos
services publics, considérant qu'on a dans le PQI, le Programme québécois des
infrastructures, des sommes importantes et que, des fois, on veut agrandir des
institutions pour des étudiants qui n'étudient pas nécessairement dans des
secteurs prioritaires, donnons-nous... faisons-nous un cadeau, à nous,
Québécois, d'une agilité gouvernementale qui va nous permettre ensuite de
prendre les meilleures décisions.
Et j'espère qu'on va être capables de
bonifier ensemble ce projet de loi important suite, bien sûr, à l'éclairage que
vont apporter les gens qui vont contribuer dans les deux prochains jours.
Merci.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup, M. le ministre. Alors, j'invite maintenant
le porte-parole de l'opposition officielle et député de l'Acadie à faire ses
remarques préliminaires, et votre temps est de 3min36s. La parole est à vous.
M. Morin : Merci, Mme la
Présidente. Alors, M. le ministre, collègues de la barquette gouvernementale.
Je tiens à saluer ma collègue députée de Mont-Royal-Outremont, collègues des
oppositions qui sont là.
Je suis heureux de commencer à travailler
ce projet de loi et d'écouter des groupes. J'ai lu avec beaucoup d'attention
les mémoires qui nous ont été présentés, lu également plusieurs articles de
journaux. Et il est rare qu'un projet de loi, en général, soulève autant de
critiques, d'inquiétudes. Même, on peut parler d'un lever de boucliers. Alors,
c'est assez remarquable, la façon dont ce projet de loi a été reçu par les
établissements d'enseignement, d'enseignement supérieur, et j'ai très hâte
d'entendre les groupes, pour être capable, évidemment, de dialoguer avec eux et
de faire entendre au gouvernement l'impact de ce projet de loi.
L'immigration a fait couler beaucoup
d'encre au Québec, beaucoup d'encre également écrite par la CAQ. On a
l'impression que l'immigration est toujours un problème pour le gouvernement de
la CAQ. Alors, évidemment, ça va être d'autant plus important d'étudier avec
beaucoup d'attention ce projet, ce projet de loi.
Quelques critères... le ministre parlait
d'agilité, quelques critères, mais aussi beaucoup de pouvoirs réglementaires.
Donc, c'est comme si, évidemment, on voulait donner un chèque en blanc au
gouvernement pour contrôler l'immigration. Alors, ça va être très, très
intéressant d'y consacrer... d'y consacrer beaucoup de temps. D'autant que,
dans bien des cas, on s'attaque à nos établissements d'enseignement supérieur,
aux universités, à des gens qui font de la recherche, qui sont invités à venir
ici pour faire des études supérieures. Donc, on va essayer de voir comment tout
ça va s'articuler.
Le ministre y faisait référence, il veut
que son projet de loi lui donne de l'agilité, lui permette de s'attaquer à
certains établissements. Bien, j'ai hâte d'en entendre parler et j'ai hâte d'en
discuter avec lui parce que, jusqu'à maintenant, à la lecture du projet de loi,
ce n'est pas très clair, les cibles qui sont visées par le ministre.
Alors, très heureux d'être ici. Très
heureux de commencer l'étude en écoutant des groupes. Et, si vous permettez,
Mme la Présidente, dans le temps qui reste, je céderais la parole, ou je vous
demanderais de céder la parole à ma collègue la députée de
Mont-Royal-Outremont, pour les remarques préliminaires.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Bien sûr. Il vous reste une minute, Mme la députée.
Allez-y.
Mme Setlakwe : Merci. Merci.
Donc, bonjour à tous. En complément à ce qui a été mentionné par mon collègue
député de l'Acadie, j'entends bien le ministre, qu'il souhaite se donner toute
l'agilité possible. Moi, j'ai bien hâte d'entendre les groupes. À
titre de
porte-parole en enseignement supérieur...
Mme Setlakwe : ...jusqu'à
maintenant, je n'ai entendu que des inquiétudes. Le gouvernement s'octroie de
très larges pouvoirs dans ce dossier. Et ce qu'on entend, c'est qu'il va
falloir agir avec la plus grande précaution. Le ministre l'a dit, les étudiants
étrangers sont une catégorie à part. Il va falloir qu'on considère la grande
richesse qu'apportent ces étudiants étrangers, richesse au sens le plus large
du terme. Et on ne parle pas uniquement, là, donc, du volet financier pour les
établissements. Nos étudiants étrangers sont un atout essentiel. Leur apport
est est incommensurable, et donc il faut...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : En terminant.
Mme Setlakwe : Oui, maintenir
à tout prix l'attractivité du Québec dans cette course mondiale pour les
talents. Merci.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci. Merci beaucoup, Mme la députée. J'invite maintenant
le député de Saint-Henri–Sainte-Anne et porte-parole du deuxième groupe
d'opposition à faire ses remarques pour une minute 12 secondes. La parole
est à vous.
M. Cliche-Rivard : Merci, Mme
la Présidente. Pas beaucoup de temps, mais merci à ceux qui viendront en
commission, merci aux équipes, merci aux députés du côté de l'opposition et du
gouvernement. Content de voir M. le ministre également. Merci, Mme la
Présidente d'être avec nous.
Écoutez, je me lance dans ce projet de loi
avec la collaboration habituelle, M. le ministre. J'appuie le principe, il
restera évidemment des détails à voir évidemment aussi dans l'application.
C'est un p.l., un projet de loi qui est relativement court, mais qui a le
potentiel de toucher des milliers de personnes étudiantes étrangères, mais
surtout nos institutions académiques, ici au Québec et plus particulièrement en
région. En dehors du projet de loi, puis on en reparlera, parce que les groupes
en parlent beaucoup, c'est là que le bât blesse, là, à mon avis, alors que
moins d'une année après avoir placé les étudiants hors cible dans l'admission
permanente, on fait un virage à 180 degrés du côté gouvernemental puis on
suspend le programme de l'expérience québécoise, diplômés. Alors, pour moi,
c'est là que le bât blesse, surtout, puis j'ai déjà lu des mémoires. Je sais
que les gens vont en parler, alors je vais continuer mon travail. Il va falloir
qu'on émette, je pense, des balises plus claires dans le projet de loi pour
être sûr...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : En terminant.
M. Cliche-Rivard : ...de bien
encadrer le pouvoir gouvernemental dans le meilleur intérêt du public. Merci.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci, M. le député. Alors, on va terminer les remarques
préliminaires avec le député de Jean-Talon, également pour une période d'une
minute, 12 secondes. La parole est à vous.
M. Paradis : Salutations à
tous les collègues, à toutes les personnes qui seront entendues aujourd'hui et
demain. Merci de votre participation à nos travaux. C'est une question
importante dont on va discuter dans les prochains jours. C'est... bon, la place
des étudiants étrangers dans nos institutions d'enseignement supérieur. J'ai
écouté avec attention le ministre tout à l'heure nous dire, bien, que,
justement, il n'y a pas de chiffre, et c'est peut-être ça un des premiers
problèmes. Pourquoi est-on passé par voie législative pour parler de quelque
chose qui ne nécessitait pas un projet de loi? Ce qu'on attendait de ce
gouvernement, c'est une planification, ce sont des chiffres. Nous, en tout cas,
on a proposé notre planification dans un document qu'on a déposé la semaine
dernière, qui fixe des grandes orientations et qui est un appel au dialogue.
Donc, ce sera au moins une occasion d'avoir ce dialogue. On est très heureux
d'entendre toutes les personnes intéressées à ce sujet. Alors, bonnes
consultations particulières à tout le monde.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup, M. le député, Merci à vous tous et toutes.
On va donc débuter les auditions et je souhaite dans un premier temps la
bienvenue au Commissaire à la langue française. Mesdames et Messieurs, je vais
vous demander de vous présenter et vous êtes des habitués des commissions
parlementaires, vous avez une période de 10 minutes pour ce faire, donc
pour votre audition, et la parole est à vous.
M. Dubreuil (Benoît) : Bonjour,
merci beaucoup, merci à... merci de m'avoir invité. Bonjour à tous. Je suis accompagné
aujourd'hui de Stéphanie Cashman-Pelletier, qui est commissaire adjointe,
Maxime Simoneau, avocat, et Nebila Jean-Claude Bationo qui est agent de
recherche, qui est avec nous en ligne aujourd'hui.
Alors, en déposant le projet de loi
n° 74, le gouvernement du Québec propose d'agir pour améliorer
l'encadrement relatif aux étudiants étrangers. J'ai choisi de contribuer à
cette discussion en raison de l'importance de la présence des étudiants et des
diplômés étrangers sur la situation linguistique. Donc, je vais commencer en
rappelant qu'environ le tiers des résidents non permanents au Québec sont
d'abord arrivés, que ce soit directement ou indirectement, en raison des
études. Donc, on parle... on parle des titulaires d'un permis d'études,
titulaires d'un permis de travail postdiplôme, titulaires d'un permis de
conjoint d'étudiant. Leur augmentation doit être mise en relation avec les
diverses mesures qui ont été adoptées au fil des années par les gouvernements
du Québec et du Canada pour faciliter le financement des études et l'obtention
de la résidence permanente. Je pense à l'autorisation de travail hors campus,
au permis de travail postdiplôme, au programme de l'expérience québécoise et
aux changements à la grille de sélection du Québec.
• (10 heures) •
Donc, l'importance des étudiants étrangers
au Québec est évidemment visible, particulièrement au niveau universitaire,
avec une répartition qui demeure inégale entre les universités francophones et
anglophones. Donc, en 2023-2024, les universités anglophones accueillaient
environ 34 % des effectifs étrangers, une proportion qui est néanmoins en
baisse puisqu'elle était supérieure à 40 % il y a quelques années. Au
niveau collégial, les étudiants étrangers représentent moins de 8 % des
effectifs...
Haut de la page
10 h (version non révisé
e) M. Dubreuil (Benoît) : ...une
proportion qui est aussi en baisse après avoir connu une hausse fulgurante
entre 2019 et 2022, à la suite de l'inscription massive d'étudiants étrangers
dans certains collèges privés non subventionnés.
Pour ce qui est des cégeps, en 2023-2024,
la proportion d'étudiants étrangers n'y était que de 5 %, parmi lesquels
85 % est inscrit dans des établissements de langue française.
Alors, il y a deux sources de données qui
nous permettent d'en savoir plus sur la situation linguistique des étudiants
étrangers, d'abord, les données du recensement, ensuite, les données d'IRCC.
Les données d'IRCC indiquent qu'au 31 décembre 2023, 24 % des
titulaires d'un permis d'études de niveau universitaire et 43 % des
titulaires d'un permis de niveau collégial ne connaissaient que l'anglais. Ce
taux s'élevait à 46 % parmi les titulaires d'un permis de travail
postdiplôme et à 48 % parmi les titulaires d'un permis de conjoint. Alors,
ce sont des taux qui sont en légère amélioration par rapport à l'année
précédente, mais qui restent quand même les plus élevés de toutes les
catégories d'immigration temporaire ou permanente.
Pour ce qui est des données du
recensement, elles indiquent que 44 % des titulaires d'un permis d'études
utilisaient l'anglais de manière prédominante au travail en 2021 et que les
personnes qui allaient étudier au Québec, avant d'y obtenir la résidence
permanente, étaient moins susceptibles que les autres immigrants d'utiliser
principalement le français au travail, et j'inclus là-dedans les réfugiés et
les demandeurs d'asile.
Pour terminer sur ce sujet, je peux
mentionner aussi l'étude que nous avons rendue publique la semaine dernière,
qui confirme l'existence d'un lien fort entre la langue des études
postsecondaires et la langue de travail, même lorsque nous tenons compte des
caractéristiques linguistiques des diplômés, de leur langue de scolarisation au
primaire et au secondaire, de leur origine géolinguistique et de leur domaine d'emploi.
L'article 3 du projet de loi n° 74 donne au gouvernement la possibilité de prendre une
décision relative à la réception et au traitement des demandes présentées à
titre d'étudiants étrangers. Alors, nous accueillons favorablement cette
disposition. En effet, ces dernières années, la croissance rapide du nombre d'étudiants
étrangers a entraîné des répercussions parfois non désirées sur la société d'accueil
et sur les étudiants eux-mêmes. Pour cette raison, nous considérons essentiel
un meilleur encadrement de leur admission.
L'article 3 établit aussi des
facteurs que la décision gouvernementale doit prendre en compte. Nous
constatons que, parmi ces facteurs, la situation linguistique particulière du
Québec n'est pas mentionnée. Cette absence nous préoccupe à la lumière de la
situation défavorable du français parmi les étudiants et les diplômés
étrangers, de même qu'en raison du poids de ces groupes dans l'immigration
temporaire et permanente. Par conséquent, nous recommandons de mentionner de
manière explicite, parmi les facteurs considérés à l'article 3, le
français et son rôle comme langue commune de la nation québécoise.
Parmi les facteurs évoqués à l'article 3
du projet de loi, nous trouvons aussi le besoin de favoriser une diversité de
provenance des demandes de sélection. Nous reconnaissons qu'une telle diversité
peut enrichir l'expérience étudiante. Toutefois, elle demeure difficile à
mesurer. Donc, par exemple, les étudiants africains ou asiatiques sont loin de
former un tout homogène. Par ailleurs, la diversité de provenance des étudiants
étrangers ne semble pas un enjeu particulier dans le contexte québécois. Dans
les universités, par exemple, si on fait abstraction du cas des étudiants
français, qui représentent 29 % des étudiants, il n'y a aucun pays qui
représente plus que 8 % des effectifs. Alors, je compare cette situation
avec celle qu'on observe ailleurs au Canada, où 51 % des effectifs
viennent de deux pays, à savoir la Chine et l'Inde où il y a un problème de diversité.
Alors, plutôt que de chercher à accroître
la diversité de provenance des demandes de sélection, nous proposons plutôt de
viser une meilleure répartition des étudiants étrangers entre les
établissements, entre les ordres d'enseignement et entre les régions. Une
meilleure répartition permettrait à tous les étudiants du Québec de s'enrichir
au contact des étudiants étrangers. De plus, elle faciliterait la création de
réseaux de socialisation en français, notamment dans les régions et des
établissements où les étudiants étrangers sont aujourd'hui les moins nombreux.
Alors, la recommandation n° 2
est de recommander de remplacer, à l'article 3, le facteur relatif à la
diversité de provenance des demandes de sélection par un facteur relatif à une
répartition équilibrée entre les établissements, les ordres d'enseignement et
les régions.
Je passe au point suivant. Les articles 10,
11, 12 et 13 du projet de loi n° 74 donnent au
ministre de l'Éducation et au ministre de l'Enseignement supérieur le pouvoir
de recueillir auprès des établissements des renseignements qui permettront de
documenter l'admission et les inscriptions des étudiants étrangers. Alors, pour
nous, ce sont des dispositions qui sont essentielles. Actuellement, l'information
au sujet des étudiants étrangers est répartie entre les universités, le
ministère de l'Immigration et IRCC. Alors, pour cette raison, nous sommes
incapables de suivre le cheminement des étudiants à partir de leur demande d'admission
jusqu'à l'obtention de leur permis d'études et jusqu'à leur inscription dans l'établissement.
Selon...
M. Dubreuil (Benoît) : ...Statistique
Canada, en 2019, le quart des titulaires d'un permis d'études postsecondaires
au Canada n'étaient pas inscrits dans un établissement d'enseignement
postsecondaire reconnu. Dans la moitié des cas, nous ignorions même si les gens
étaient présents ou non sur le territoire, et, si oui, à quel titre.
Selon IRCC, au 31 décembre 2023,
il y avait 95 000, environ, permis d'études de niveau postsecondaire en
vigueur au Québec. Or, durant l'année scolaire, on comptait 71 000
étudiants étrangers dans les collèges et universités, soit un écart de
25 %. Je pense qu'un meilleur partage d'information permettrait peut-être
de réduire cet écart et de s'assurer que les personnes admises comme étudiantes
sont véritablement au Québec et sont véritablement aux études.
La croissance du nombre d'étudiants
étrangers au cours de la dernière décennie découle, en partie, je l'ai dit, des
décisions qui ont facilité l'accès au marché du travail et à la résidence
permanente pour les diplômés québécois et canadiens. Or, l'absence de
planification de cette croissance a entraîné des difficultés diverses. Par
exemple, les changements successifs au Programme de l'expérience québécoise ont
causé une incertitude parmi les candidats à l'immigration, puis une explosion
du nombre de titulaires d'un permis de travail postdiplôme. En outre,
l'admission à l'immigration permanente de plusieurs personnes qui ne
connaissaient pas le français ou qui avaient adopté l'anglais comme langue
habituelle de communication a accru la pression sur le français dans plusieurs
secteurs du marché du travail. Nous recommandons donc d'arrimer clairement et
explicitement les décisions gouvernementales concernant l'admission des
étudiants étrangers avec la planification pluriannuelle de l'immigration.
L'article 7, finalement, du projet de loi
permettrait au gouvernement de se soustraire à l'obligation de publier au
préalable, dans la Gazette officielle du Québec , les projets de
règlements concernant les articles 9 et 10 de la
Loi sur l'immigration. Alors,
nous pensons que cette disposition priverait les parties intéressées de la
possibilité de soumettre des commentaires sur les projets de règlement en
question. Or, les décisions prises par règlement concernant les programmes
d'immigration — et je pense, notamment, aux critères visant la
connaissance du français — constituent des cadres normatifs cruciaux
au regard de mon mandat. Par conséquent, nous recommandons de réévaluer
l'article 7 du projet de loi, modifiant l'article 104 de la
Loi sur
l'immigration, et qui propose de soustraire ces projets de règlement de
l'obligation de publication au préalable à la Gazette officielle du Québec ,
comme le prévoit la
Loi sur les règlements.
Alors, j'en arrive à ma conclusion, en
disant que nous accueillons favorablement le projet de loi qui nous est
présenté, qui donnera au gouvernement, s'il est adopté, des outils pour mieux
encadrer l'admission des étudiants étrangers, et nous espérons qu'en
définissant un cadre clair pour l'ensemble des acteurs nous éviterons de
reproduire les problèmes vécus ces dernières années. En effet, à la lumière des
données disponibles, des changements importants demeurent nécessaires pour que
l'accueil et l'intégration des étudiants étrangers contribuent pleinement à la
pérennité du français. Alors, nous croyons que les modifications que nous
proposons au projet de loi favoriseront la mise en œuvre de ces changements. Je
vous remercie.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup, M. le commissaire. Alors, merci de votre
exposé. Elles ouvrent... cet exposé ouvre la porte à des discussions, que nous
allons entamer à l'instant. Alors, Mmes et MM. les élus, je vous donne vos
temps de parole. M. le ministre et votre banquette, vous avez
16 min 30 s. L'opposition officielle, vous aurez
9 min 54 s. Deuxième opposition, 3 min 18 s. Et
M. le député, 3 min 18 s. Alors, on va commencer avec vous, M.
le ministre. La parole est à vous.
M. Roberge : Merci beaucoup,
Mme la Présidente. Merci, M. le commissaire, pour ce rappel et puis pour tous
les chiffres apportés, qui sont éclairants à notre réflexion. Tout à l'heure,
j'ai entendu quelqu'un des oppositions qui a dit : Il ne fallait... il ne
fallait pas un projet de loi, il fallait donner des cibles, il fallait donner
des chiffres. Je pense, au contraire, qu'il faut avoir une... un état de
situation actuel qui soit très chiffré, qu'on ait beaucoup de données
démographiques, linguistiques, donc démolinguistiques pour après ça, se doter
de nouveaux leviers législatifs, pour, après ça, se donner des cibles, et
changer le cours des choses, inverser le déclin de la langue française, qui,
malheureusement, en ce moment, nous frappe.
• (10 h 10) •
Vous vous intéressez beaucoup à l'article
3 du... du projet de loi. Je le comprends très bien, parce que je pense qu'on
est au cœur du projet de loi quand on est dans l'article 3 parce que ça dit sur
quoi le gouvernement pourrait agir, alors qu'en ce moment il... il ne peut pas
agir avec... avec doigté. Vous nous parlez d'une meilleure répartition entre
établissements et régions. En 2023, presque 59 % des étudiants étrangers
étaient dans la...
M. Roberge : ...région de
Montréal. Pour vous, ça représente un problème, qu'il y ait autant d'étudiants
étrangers qui soient dans la région Montréal? Vous souhaiteriez une répartition
plus grande, pas tellement entre les établissements, mais entre les régions.
Est-ce que c'est ce que je comprends?
M. Dubreuil (Benoît) : Est-ce
qu'il y a trop d'étudiants étrangers à Montréal? C'est une bonne question.
Objectivement, je n'en suis pas absolument convaincu. On comprend
qu'actuellement on a un problème d'une croissance très, très, très rapide de la
population qu'on veut freiner parce qu'on voit que l'accumulation de capital ne
suit pas l'augmentation de la croissance de la main-d'œuvre. Est-ce qu'en
dehors de ça, dans le point de vue absolu, il y a vraiment trop d'étudiants
étrangers à Montréal? C'est une bonne question. Je pense que la question, elle
doit se poser en lien avec les visées à long terme sur l'immigration,
particulièrement en lien avec le PEQ, particulièrement en lien avec la
planification pluriannuelle. C'est pour ça, pour moi, le lien doit se faire.
Parce que, si on a des établissements d'enseignement qui embauchent des agents
recruteurs qui vont partout dans les pays en développement et dans les pays
émergents et qui disent aux élèves : Venez chez nous et non seulement vous
allez pouvoir travailler pendant vos études, vous allez pouvoir travailler
après vos études et vous allez avoir un chemin vers la résidence permanente,
alors, si on laisse des agents recruteurs dire cela, bien, il faut qu'on
s'assure qu'après c'est vrai. Donc, c'est pour ça qu'il faut une planification
intégrée avec un volume général d'étudiants étrangers qui est compatible avec
le nombre de personnes qu'on veut admettre ensuite, soit au PEQ, soit dans les
autres programmes d'immigration, économique, et autres. Donc, il faut vraiment
avoir un point de vue global.
Une fois qu'on a dit ça, dans l'absolu des
choses, est-ce qu'il y a trop d'étudiants étrangers à Montréal? Je n'en suis
pas convaincu. Est-ce qu'il y a un moment où, dans un établissement
d'enseignement, le nombre d'étudiants étrangers devient trop élevé? Moi, ma
préférence, c'est d'éviter d'avoir des établissements dont la mission devient
de plus en plus concentrée sur le fait de desservir une population étrangère,
et de s'assurer qu'il y a une meilleure répartition. Parce que, je pense que la
richesse des étudiants étrangers, on peut la vivre lorsqu'il y a un contact
interculturel qui se vit entre les étudiants québécois et les étudiants
étrangers.
D'où l'intérêt de la répartition. Et
là-dessus, je sais que c'est un thème qui intéresse beaucoup de parties
prenantes, c'est clair qu'en région il n'y a pas trop d'étudiants étrangers.
Peut-être qu'il manque de logements, mais, si vous avez un cégep de
2 000 étudiants ou 3 000 étudiants, qu'il y a 50 ou il y a
100 étudiants étrangers, c'est sûr qu'il n'y en a pas trop. Là, il y a une
question, peut-être, de croissance de la population avec un marché de
l'immobilier qui ne s'ajuste pas. Donc, ça, c'est un autre problème qui n'est
pas un problème pour le français. Mais moi, si vous avez des cégeps, par
exemple, qui vont avoir une cohorte de 15 étudiants, qui vont aller
chercher, par exemple, dans un milieu francophone, trois ou quatre étudiants
d'Afrique francophone, qui vont venir compléter leur cohorte, avec une structure
de coûts avantageuse, puis il va y avoir un contact interculturel, il n'y a pas
d'enjeu, s'il y a du logement.
M. Roberge : Merci. Oui, on
se rejoint, parce qu'on parle d'un projet de loi qui vient nous permettre de
jouer sur le nombre total d'étudiants étrangers sur le territoire québécois.
Mais c'est beaucoup plus juste que ça. C'est... On vient parler d'un projet de
loi qui nous permet d'agir sur plusieurs leviers, sur plusieurs critères. Vous
parliez de régionalisation, vous avez parlé de langue française, vous avez
parlé, d'une certaine manière, de mixité. Puis oui, on s'occupe d'immigration,
mais on s'occupe aussi de langue française puis on s'occupe aussi
d'intégration, hein? Le ministère Immigration, Francisation, Intégration. Puis
l'intégration est beaucoup plus possible quand il y a des interactions de
multiculturalisme... nous dirait : Chacun chez soi puis célébrons nos
différences et surtout conservons-les, tandis qu'on est plus dans une démarche
de vivre-ensemble, de cohésion sociale. C'est plus facile lorsque les gens
s'éloignent un peu de Montréal. Ceci, ça ne veut pas dire qu'il n'y aura... il
ne faut plus d'étudiants étrangers sur l'île de Montréal, on a une
concentration de grandes universités, évidemment, puis on a l'attraction.
Si je reviens... Je vous ai parlé un peu
de répartition régionale. Je reviens aussi sur l'article trois. Vous nous dites
qu'il faudrait inscrire «nommément le critère de la langue» parce que c'est
écrit «notamment», ce qui ouvre la porte. Mais le terme «langue» ou «langue
française» ou «critère linguistique» n'est pas là. Vous souhaiteriez le voir
dans l'article trois. Est-ce que vous... Est-ce que c'est bien ça? Puis est-ce
que vous avez un libellé à suggérer, que... Pouvez-vous? J'aimerais ça vous
entendre là-dessus.
M. Dubreuil (Benoît) : Oui.
On n'était pas nécessairement sur le libellé précis mais notre recommandation
pointe peut-être vers une formulation. Et, pour moi, je suis conscient qu'il y
a le libellé «capacité d'accueil» qui peut recouper plein de choses, mais pour
moi, c'est important de mentionner «la langue française» pour la raison très
simple que jusqu'à présent, si je regarde l'expérience...
M. Dubreuil (Benoît) : ...des
15 dernières années, on n'y est pas arrivé. C'est-à-dire qu'on a accueilli
plein de gens qui ont eu des belles carrières, qui ont eu un apport à la
société, mais, globalement, pour le français, le français ne sort pas assez
fort. Si c'étaient de très petits nombres puis on était juste chez les
doctorants, ou quelque chose comme ça, ce serait moins... ce ne serait pas
dramatique, mais là on est quand même sur des nombres assez élevés, comme je le
disais, environ le tiers de l'immigration temporaire qui a un lien avec les
études.
Donc, la raison pour laquelle on propose
de le mentionner explicitement, c'est que, dans les données que l'on a, basées
sur l'expérience des 15 dernières années, on n'a pas les bons chiffres. On
n'atteint pas le niveau qui est nécessaire pour maintenir la prédominance du
français au Québec et à Montréal.
M. Roberge : Et quel est,
selon vous, ce niveau à atteindre, cette cible?
M. Dubreuil (Benoît) : Bien,
moi... Oui, bien, l'année dernière, moi, quand j'étais allé en commission
parlementaire sur la planification pluriannuelle, j'avais proposé une espèce de
répartition 95-15 d'utilisation du français par rapport à l'anglais. Je pense
que c'est un peu le genre d'équilibre qui, politiquement, pourrait être
acceptable pour l'ensemble des composantes de la société québécoise.
Il n'y a pas de manière objective de
déterminer ça. On est dans une société qui est plurielle, où les intérêts des
gens ne sont pas toujours alignés, où les gens n'ont pas les mêmes préférences
sur le plan linguistique. Donc, pour moi, l'idée, c'est vraiment de réussir à
créer une sorte de consensus, une sorte de juste milieu. En ce moment, je pense
qu'on ne l'a pas, on voit le français qui recule. Et comme... Vous avez vu les
études que j'ai publiées la semaine dernière, les endroits où le français
recule le plus, c'est chez les diplômés universitaires, dans la région de
Montréal, précisément. Donc, il faut recadrer pour ramener les aiguilles un peu
de l'autre côté. Il n'y a pas de réponse parfaite, je pense que ça reste un
compromis politique entre les grandes forces qui partagent la société
québécoise.
Et moi, j'avais proposé de se donner une
cible qui était quantitative parce que je pense qu'à partir du moment où on a
une cible puis qu'on s'entend tous dessus, ça vient dépolitiser aussi l'enjeu,
ça vient dédramatiser l'enjeu, puis on est capables de créer une plus grande
cohésion sociale dans une société qui est divisée sur cette question et qui le
restera probablement pour assez longtemps.
M. Roberge : Il me reste
combien de temps, Mme la Présidente?
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : 7min 45s.
M. Roberge : Parfait. Vous me
parlez de la langue française. Tantôt, on parlait de Montréal et les régions.
Là, on parle de la caractéristique de la langue. Il y a la question d'étudiants
francophones, étudiants étrangers francophones qui arrivent ici, qui étudient
dans des établissements francophones. Il y a des étudiants francophones qui
étudient dans des établissements anglophones. Si on se dotait de cibles, est-ce
qu'il faudrait y aller par la langue parlée des gens? On accueille un
pourcentage x, on va dire 80 % ou 90 % d'étudiants, par exemple, qui
maîtrisent la langue française, ou plutôt par institution, par programme?
Est-ce qu'on doit avoir 80, 90 % d'étudiants qui vont dans des programmes
de langue française? Est-ce qu'on fait une distinction? C'est-à-dire, si un
francophone va dans une institution anglophone, est-ce qu'on le compte ou on ne
le compte pas? Je veux dire... Là-dessus.
M. Dubreuil (Benoît) : C'est
une excellente question parce que tout est possible, tout est possible. Si vous
avez vu les études, encore une fois, que j'ai publiées la semaine dernière, on
voit des francophones qui étudient dans des établissements anglophones. Ils
sont moins susceptibles de travailler en français, mais ils sont encore
beaucoup plus susceptibles de travailler en anglais que des étudiants, par
exemple, qui vont venir de pays plutôt anglophones qui vont étudier en anglais.
Donc, c'est peut-être un moindre mal, à certains égards, mais ça doit faire
partie d'un compromis plus large.
Pour moi, ce qui est important, en bout de
ligne, ce sont les résultats, les résultats sur l'utilisation du français en
public, les résultats sur l'utilisation du français au travail et les résultats
aussi sur la culture, d'amener les gens à être exposés aussi à une culture
francophone, d'amener les gens à être exposés à une culture québécoise. Si on
voit qu'on atteint des résultats par rapport à ces indicateurs-là, je pense
qu'ensuite, dans les manières de le faire, il y a plusieurs façons.
• (10 h 20) •
Moi, je serais favorable à une répartition
des places ou des permis qui viendrait poser un certain nombre de grandes
balises entre les établissements francophones, entre les établissements
anglophones, entre Montréal et les régions, qui fonctionneraient avec une
planification à long terme de l'immigration et qui pourraient faire l'objet
d'ajustement si on voit que les résultats ne sont pas au rendez-vous. Et je
suis conscient aussi... je vais avoir un petit mot aussi pour tous les
représentants d'établissements d'enseignement supérieur qui vont passer après
moi, eux, ils ont des organisations à gérer, ils ont besoin de prévisibilité.
C'est sûr qu'idéalement, dans leur monde parfait, ces dirigeants peuvent toujours
être dans un contexte d'expansion, puis de grossir, et de grossir, et de
grossir. C'est le fun, quand on dirige une organisation, de créer des nouvelles
choses, et tout ça, mais je pense que ce dont les gens ont surtout besoin,
c'est de prévisibilité...
M. Dubreuil (Benoît) : ...donc,
même s'il y a un réaménagement qui doit se faire ou certains rééquilibrages, je
pense qu'on peut leur donner du temps, se donner une cible, se permettre de
bouger progressivement dans une direction pour que les gens puissent arranger
leurs affaires à l'intérieur de l'établissement.
J'éviterais aussi, je ne pense pas que ce
soit nécessaire, d'avoir une espèce de microgestion aussi trop avancée des
places. Les institutions d'enseignement sont autonomes, il faut fixer les
paramètres et les institutions d'établissement sont spécialistes, eux, pour
optimiser à l'intérieur des paramètres.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Alors, la parole à la députée de Vimont. Oui, il vous reste
4 min 23 s.
Mme Schmaltz : Merci
beaucoup, Mme la Présidente. Merci d'être là, c'est toujours apprécié de vous
avoir en présentiel. Vous avez mentionné... Tantôt, dans votre exposé, vous
recommandez que l'on définisse davantage le français et son rôle. Vous l'avez
mentionné au tout début, là, de l'exposé. J'aimerais savoir les leviers. Quels
leviers vous envisagez pour qu'on puisse favoriser davantage la connaissance
justement du français auprès des étudiants étrangers?
M. Dubreuil (Benoît) : Oui.
Mme Schmaltz : Si on
définit... si vous avez une définition, le rôle, là, que vous voyez, c'est
lequel?
M. Dubreuil (Benoît) : Bien,
en fait, pour l'instant, ce dont... ce dont on parle plus précisément, c'est il
y a une liste de critères que le gouvernement devra... dont le gouvernement
devra tenir compte au moment de prendre sa décision de répartition ou de
plafonnement. Et l'idée, c'est que tous les gouvernements qui vont suivre
seront engagés à tenir compte de l'impact de leurs décisions sur la situation du
français. Donc, moi, c'est vraiment une recommandation en lien avec ce projet
de loi, de manière précise.
Cela dit, de manière plus large, pour
favoriser l'apprentissage et l'utilisation du français, on connaît quand même
quels sont les critères sur lesquels on peut jouer. C'est sûr que le fait de
connaître le français à l'arrivée, c'est extrêmement déterminant. Le fait
d'étudier en français, plus on reste longtemps à étudier en français, plus ça
augmente la probabilité de l'utiliser par la suite. Et comme il y aura
toujours, au Québec, une
partie des... des gens qui vont venir étudier ou
vivre, qui vont être plutôt anglophones, mais avec ce groupe-là, qui va
toujours être le bienvenu, bien, il faut s'assurer justement d'avoir un
enseignement du français, pas dans l'espoir de les amener à utiliser le
français de manière... Ce n'est pas eux qui vont pousser pour utiliser le
français, O.K.? Mais il faut quand même leur donner des outils pour être
capables d'interagir dans la plupart des situations habituelles. Donc, pour
moi, il y a vraiment un équilibre qui est possible à partir du moment où on se
donne les bons paramètres puis qu'on fait évoluer la situation dans le bon
sens.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci. Alors, la députée d'Iberville a une question, puis
il reste encore 2 min de 18 s.
Mme Bogemans : Merci. Vous
parliez de mixité d'étudiants puis que déjà, au Québec, on était favorisés dans
une position enviable au niveau de cette mixité-là? Ce serait quoi concrètement
la place que vous feriez pour les étudiants étrangers francophones puis comment
bien les intégrer justement dans ce concept-là?
M. Dubreuil (Benoît) : Oui,
c'est sûr qu'idéalement on veut avoir une bonne répartition. J'y reviens parce
que si on a des collèges et on le sait, ça arrive, on sait que ça existe. Il y
a eu l'épisode avec les étudiants originaires de l'Inde qui ont... le nombre
explosé en 2019-2020. Puis aujourd'hui, on le sait, il y a des collèges privés
non subventionnés dont le... qui reçoivent un nombre de permis d'études qui est
très, très, très élevé, des collèges que vous ne connaissez probablement pas,
dont vous ne savez probablement pas entendu parler. Et là, il y a des
centaines, des centaines de permis d'études qui sont délivrés. Et là on a des
gens qui ne vont pas être en contact avec des Québécois qui habitent ici. Ça va
être... c'est des collèges qui se spécialisent justement pour accueillir des
gens... pour accueillir des gens qui veulent essentiellement obtenir la
résidence permanente rapidement.
Donc, pour moi, la meilleure manière, ça
reste de distribuer les étudiants étrangers de la meilleure manière possible,
idéalement dans des environnements francophones. Quand vous avez une personne
immigrante qui arrive au Québec, qui parle déjà français, qui vient ici dans le
but de vivre en français et qui se retrouve dans un environnement social où
c'est le français, la langue habituelle, ça fonctionne. Il n'y a pas d'enjeu.
Puis il va y avoir une rencontre interculturelle où chacun va être confronté
dans ses valeurs, puis chacun va apprendre, chacun va grandir, puis il va avoir
une nouvelle culture qui va émerger de ça. Donc, c'est ça qu'on veut favoriser.
Et moi, je pense qu'il y a beaucoup d'établissements, au Québec, qui offrent ce
type de contextes d'intégration.
Mme Bogemans : Mais
concrètement, comment vous feriez ça? Vous suggérez une bonne répartition.
Est-ce que ça serait en fait une suggestion ou on impose? Parce qu.en fait ça
peut imposer un choix d'étudiants ou une mixité imposée par les établissements
ou, au contraire, même imposer un choix à l'étudiant qui décide de venir ici.
Donc, comment on fait ça?
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : 15 secondes.
M. Dubreuil (Benoît) : Alors,
il y a plusieurs... il y a plusieurs...
Mme Bogemans : Oh!
M. Dubreuil (Benoît) : Pour
moi, le 10 secondes? Il y a plusieurs mécanismes qui sont possibles. Je
pense qu'il va y avoir une deuxième discussion à avoir après l'adoption de ce
projet de loi par rapport à la mise en œuvre, justement, de cette décision
qu'on...
M. Dubreuil (Benoît) : ...complexe
qu'on va confier au gouvernement.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. Alors, la période impartie au gouvernement
est terminée. Je me tourne du côté de l'opposition officielle, et vous avez
9 min 54 s, M. le député.
M. Morin : Merci, Mme la
Présidente. Alors, M. le commissaire, Mme la commissaire adjointe, Me Simoneau
et M. Batiatino, merci d'être avec nous aujourd'hui, merci de participer aux
travaux de la commission et merci pour le mémoire que vous avez déposé, c'est
très apprécié. J'ai quelques questions, et ma collègue la députée de
Mont-Royal-Outremont aura aussi quelques questions pour vous, M. le
commissaire.
Il est certain, c'est indéniable, le
français, c'est hyperimportant, c'est notre langue commune, c'est clair.
Cependant, si j'ai bien compris, et corrigez-moi si je fais erreur, dans votre
mémoire et dans les informations que vous avez partagées avec nous ce matin,
j'ai cru comprendre — en fait, c'est ma perception — qu'il
y a plusieurs étudiants étrangers, peut-être, qui auraient un impact sur la
vitalité de la langue française au Québec. Est-ce que je vous ai bien compris,
ou si ce n'est pas du tout le cas, puis au fond le nombre d'étudiants étrangers
n'a pas vraiment d'impact sur la vitalité de la langue française?
M. Dubreuil (Benoît) : Ce
n'est jamais les individus, hein. Un individu, par lui-même, ne peut jamais
avoir un impact sur une situation linguistique. C'est toujours la composition
globale, le nombre, comment ça transforme les milieux de travail, comment ça
transforme les contextes... l'interaction? C'est comme avec les voitures. Quand
on prend sa voiture, on n'a jamais d'impact sur l'environnement, c'est quand on
est 100 000 et 200 000 à la prendre en même temps que ça paraît.
Donc, moi, ce que je fais valoir,
c'est : quand on a 600 000 résidents non permanents au Québec — je
l'avais mentionné dans mon rapport de février — il y a des conséquences
sur le français, parce qu'il y a une très grande proportion de ces gens qui ont
plutôt adopté l'anglais... qui vont plutôt adopter l'anglais. Et, quand on
regarde les différents groupes, bien, ce n'est pas compliqué, c'est demandeurs
d'asile, c'est titulaires de permis de travail puis c'est tous les gens qui
sont associés de près ou de loin aux études. Ce dernier groupe est celui qui a
tendance à utiliser l'anglais le plus, et c'est là à mon avis qu'il y a un
correctif à apporter. Il y a un correctif aussi à apporter, je pense, avec les
demandeurs d'asile puis aussi avec les travailleurs étrangers temporaires.
Mais oui, tout ça, évidemment, ça a un
impact sur le français. Mais ce n'est jamais les individus, c'est toujours la
composition finale de comment ça affecte les structures démographiques.
M. Morin : Merci, merci pour
la précision, sauf qu'ici, dans le cadre du projet de loi, on parle
véritablement des étudiants étrangers. Donc, ce n'est pas l'ensemble de
l'immigration qui est visée, puis ça, je pense que c'est important de le
souligner.
Bon. Évidemment, on a tous des chiffres.
Ici, par exemple, j'ai des chiffres du Bureau de coopération interuniversitaire
qui nous disent que les étudiants internationaux... par établissement, là, on a
la liste, mais pour l'ensemble du réseau c'est 57 450. Et je voulais
discuter avec vous là-dessus, parce que j'ai lu les mémoires, et, dans les
mémoires... dans le mémoire publié par l'Université du Québec, on souligne
clairement que les personnes étudiantes à l'international contribuent à la
vitalité de la langue française et que 40 % de ces étudiants-là
proviennent de l'Afrique subsaharienne, 29 % de l'Europe.
Donc, au fond, il semblerait qu'il y a
quand même un apport important d'étudiants étrangers qui contribuent à la
vitalité de la langue française. Est-ce que vous pouvez nous en dire davantage
là-dessus?
M. Dubreuil (Benoît) : Bien,
il y a deux points, puis je pense que vous allez le voir dans les consultations
aujourd'hui. Le nombre de personnes qui sont inscrites dans des universités et
des collèges, ce n'est pas si élevé que ça, on parle de peut-être 72 000
l'année dernière, mais il y a plus de 100 000 permis d'études. Donc,
il y a des gens qui ne sont pas là ou qui sont... On ne sait pas ils sont où,
en fait.
Puis en plus, bien, il y a les permis
post-diplôme, parce que les permis post-diplôme aussi, ça, c'est une catégorie
importante. C'est sûr que, du point de vue de l'établissement, quand la
personne complète ses études, s'en va sur un permis post-diplôme,
l'établissement se dit : Bien oui, mais ce n'est plus un étudiant
étranger, ce n'est plus chez nous. Certes, mais quand vous l'avez recruté,
quand votre agent recruteur est allé convaincre la personne de venir au Canada,
avoir le permis post-diplôme, ça faisait
partie du produit que vous avez mis
sur la table. Donc, il faut voir ça vraiment comme un tout.
• (10 h 30) •
Mais je pense qu'il y a quand même une
avenue où on peut réduire le nombre de personnes qui sont liées aux études tout
en maintenant un gros bloc d'étudiants étrangers, il faut travailler sur le
post-diplôme. Le ministre Miller, à Ottawa, a déjà fait des annonces par
rapport aux conjoints qui vont faire diminuer de façon importante...
Haut de la page
10 h 30 (version non révisé
e) M. Dubreuil (Benoît) : ...importante
leur nombre, et ensuite, bien, il y a cet écart-là d'au moins 20 000, 25 000
personnes qui ont des permis d'études... ils se sont présentés sur le
territoire, et dont on ne sait pas ce qu'ils sont devenus.
Par rapport au français. Alors, moi, ce
que je note, c'est que, depuis l'année dernière... Vous savez, on a eu toute la
discussion par rapport aux permis d'études pour les étudiants africains avec le
gouvernement fédéral, qui avait les pieds sur les freins. Donc, ça, ce
problème-là semble avoir été résolu, ce qui a permis aux établissements
francophones, particulièrement en région, de connaître une croissance
importante de leur nombre d'étudiants étrangers. Donc, pour moi, ça, c'est un
développement qui est quand même favorable. Je pense qu'il faut que ces
établissements-là... Parce qu'il y a des établissements qui ne sont pas
habitués à accueillir des étudiants étrangers. Je sais que, des fois, c'est
difficile aussi de sélectionner les bonnes personnes qui vont avoir la capacité
de réussir, qui vont vraiment être prêtes pour faire leur programme, mais je
pense que ça peut nous aider à trouver un meilleur équilibre linguistique.
Parce que, traditionnellement, le problème, il était simple, c'est qu'évidemment,
à l'échelle internationale, l'anglais est juste beaucoup plus puissant que le
français. Donc, si on n'a pas pas de filtre et on dit : Bien, c'est la
compétition, puis tout le monde compétition avec tout le monde, c'est sûr que l'anglais
va sortir plus fort. Donc, il faut appliquer une politique, un filtre, s'assurer
qu'on a des résultats qui sont équitables.
M. Morin : Et, pour ce
faire... parce que vous avez utilisé le mot «prévisibilité», et j'en suis. D'ailleurs,
comme porte-parole de l'opposition officielle, j'ai suggéré au gouvernement de
créer le bureau intégré de la planification, pour qu'on soit justement capables
de planifier, et donc, pour moi, ça m'apparaissait essentiel. On a demandé au
gouvernement de tenir compte des travailleurs temporaires. Heureusement, ils
ont retenu notre suggestion très récemment, mais on le demandait depuis
longtemps. Donc... Et là on arrive avec un projet de loi qui donne un pouvoir
réglementaire important au gouvernement, avec la possibilité de ne pas avoir de
prépublication de ces règlements-là, vous l'avez souligné dans votre mémoire.
Moi, la façon dont je le reçois, c'est que ça ne va pas beaucoup aider pour la
prévisibilité. Avez-vous des recommandations au gouvernement là-dessus? Parce
que, quand on dépose des projets de loi comme ça ou si des règlements sont
adoptés, il faut quand même que des établissements d'enseignement soient
capables de réagir adéquatement. Donc, vos suggestions sont les bienvenues.
M. Dubreuil (Benoît) : C'est
absolument essentiel. Moi, je... D'un côté, je pense que ce n'est pas aux
établissements d'enseignement de gérer les politiques d'immigration, mais, de l'autre,
je pense que les établissements d'enseignement ont le droit d'avoir un
environnement qui est prévisible. Moi, la lecture du projet de loi, je ne
voyais pas tout à fait clairement quel était l'arrimage qui était proposé entre
l'immigration temporaire, l'immigration permanente. Donc, je sais, c'est un
sujet, là, qui revient quand même beaucoup, qui a été discuté aussi bien à
Ottawa qu'à Québec. Moi, c'est un point sur lequel, je pense, ça mériterait
quand même une certaine clarification. Je pense que, maintenant, il y a un
consensus assez large à l'effet que... Si on est pour avoir un système d'immigration
qui est en deux étapes, parce que c'est de ça dont on parle quand on parle de
PEQ ou quand on parle de permis de travail et tous, si on veut un système d'immigration
en deux étapes, il faut que ce soit très bien attaché. Parce qu'on induit dans
le marché du travail et dans les établissements d'enseignement supérieur toutes
sortes d'incitatifs qui vont amener les acteurs à faire toutes sortes de
choses. Donc, si on veut que ça donne des bons résultats, il faut que ce soit
attaché serré.
M. Morin : Je vais céder la
parole, si vous me permettez, à ma collègue la députée de Mont-Royal Outremont.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. Il vous reste encore 1 min 40 s.
Mme Setlakwe : Merci. Merci
pour votre contribution. Évidemment, on a plusieurs objectifs à réconcilier
pour nos universités, pour notre recherche et innovation. La présence d'étudiants
étrangers est essentielle pour maintenir certains programmes pour nos régions.
J'aurais deux questions pour vous, il reste peu de temps. Mais est-ce que vous
considérez, donc, les universités, en particulier, comme des vecteurs d'intégration?
Est-ce que vous vous êtes penchés sur leurs efforts en termes de francisation,
leurs programmes, les outils qu'ils mettent à la disposition des étudiants,
sachant qu'ils font un effort au niveau de la francisation? Et j'ai évidemment
en tête de maintenir l'autonomie de nos établissements ici, dans le cadre de l'exercice
qu'on mène. Et, deuxièmement, vous avez mentionné, donc, l'importance de répartir
les étudiants étrangers partout dans les régions et vous ne souhaiteriez pas
que les établissements dirigent dorénavant leur mission vers... leur mission d'enseignement
vers les étudiants étrangers. Mais là on sait, c'est documenté dans des
mémoires, qu'il y a... il y a une baisse d'inscription des étudiants québécois,
dans le réseau de l'UQ notamment. Donc, comment réconcilier tout ça?
M. Dubreuil (Benoît) : Il y a
plusieurs choses dans votre question. C'est sûr que... C'est sûr que c'est un
avantage, autant de prendre le point sur la question de favoriser l'apprentissage,
l'apprentissage du français. C'est sûr qu'en général, dans les établissements
francophones, à l'extérieur du doctorat, qui est un cas particulier, il n'y a
pas d'enjeu d'intégration en français. Hein, je pense que l'enjeu, c'est plus
les collèges qui vont se spécialiser à...
M. Dubreuil (Benoît) : ...avoir
juste des étudiants étrangers, et là les gens ne seront pas en contact avec
d'autres... avec des Québécois. Donc là, il y a un enjeu d'intégration
culturelle. Ensuite, ça pose évidemment la question des établissements en...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : ...le temps imparti à l'opposition officielle est terminé,
mais il y a d'autres questions qui vont venir. Alors, je cède la parole au
député de Saint-Henri—Sainte-Anne pour 3 min 18 s.
M. Cliche-Rivard : Merci, Mme
la Présidente. Merci beaucoup, M. le commissaire, pour votre présentation.
Écoutez, vous en avez parlé, puis je veux revenir là dessus, parce qu'il n'y a
effectivement aucune mention de manière explicite du français dans ce projet de
loi là, ni de près ni de loin. En fait, quand on fait un contrôle f, là, la
seule fois où «français, francisation» arrivent, c'est dans le
titre du
ministre, et à aucune place y a-t-il le poids linguistique, le poids
directement, explicitement cité. Puis le ministre nous dit : Il y a
notamment. Mais moi, M. le commissaire, je refuse que le français soit un
«notamment», je pense que le français doit avoir sa place explicite, directe.
Et je me comprends mal comment on a pu oublier le français dans le libellé
précis de ce qu'on vient modifier dans le projet de loi. Je fais un commentaire
là-dessus en commençant, je pose ma question ensuite.
Vous parlez d'arrimer clairement la
planification temporaire, la planification permanente. Les collègues en
parlaient. Tant mieux. Le gouvernement finit par dire oui. Parce que, là, on
est rendu à 123 000 étudiants étrangers et on voit dans les
sélections au PEQ, finalement, l'année dernière, 3 800 sélections
pour 123 000. Évidemment, les 123 000 ne sont pas tous finissants,
ils n'ont pas tous réussi leurs études encore, et là on voit qu'on va passer à
15 000 potentiels, ce qui force le ministre à suspendre le programme.
Alors que, toutes choses étant égales par ailleurs, si on monte à
123 000 étudiants étrangers, force est de constater qu'on va aussi
augmenter le nombre de gens qui se qualifient. Donc, est-ce que ce sont ce
genre de choses là que vous demandez à mieux planifier ou à mieux intégrer?
M. Dubreuil (Benoît) : Bien,
je vous dirais qu'on a un problème qui est le suivant, si on avait juste des
gens qui viennent, qui étudient puis qui repartent, on pourrait en admettre
probablement beaucoup plus. Mais on le sait, la capacité d'attraction du Québec
et du Canada, elle vient du fait que les gens, dans plusieurs cas, pensent ou
savent qu'ils vont avoir un accès à la résidence permanente. Donc, on est dans
une espèce de paradoxe où, en principe, on pourrait avoir encore beaucoup plus
d'étudiants étrangers, mais il faut qu'on s'assure qu'on est prêt à admettre
les gens qui, trois, quatre, cinq, six ans plus tard, vont arriver au bout du
pipeline. Puis si on ne fait pas ça, bien, on manque... il y a des gens
évidemment qui vont être déçus. Puis on a eu ces épisodes-là qui se sont
déroulés, auxquels vous faites référence. Donc, c'est ce qu'il faut, c'est
l'équilibre qu'il faut trouver.
M. Cliche-Rivard : Si vous me
permettez, on se met à jouer un petit peu au chat et à la souris en modifiant
le PEQ, bon an mal an, là, c'est presque la sixième modification en six ans, en
contrôlant les admissions, en limitant finalement... en imposant un critère de
travail, la première liste du ministre à l'époque qui avait été retirée, les
deux réformes, finalement une autre réforme. Bref, on est toujours à courir
après notre queue, finalement, si on ne planifie pas en amont un seuil qui va
fonctionner dans notre immigration temporaire.
M. Dubreuil (Benoît) : Je
pense que c'est un phénomène qu'on voit aussi bien à l'échelle québécoise que
canadienne. C'est-à-dire que, depuis la fin des années 2000, là, au tournant de
2010, on s'est dit : On va créer un système d'immigration en deux étapes.
Il y avait toutes sortes de bonnes raisons de faire ça, puis moi-même, j'étais
d'accord avec ça. O.K.? Le problème, c'est que, là, on déclenche des chaînes
causales où il y a un effet qui se crée, puis là ça prend... il y a une cause
qui apparaît puis ça prend cinq ans à voir l'effet.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : En terminant.
M. Dubreuil (Benoît) : Donc
là, je pense qu'on commence à avoir fait un peu le tour des relations de cause
à effet puis c'est un excellent moment, justement, pour bien attacher les
choses.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. Alors, on va terminer avec le député de
Jean-Talon pour une période de 3 min 18 s. Le temps est à vous.
M. Paradis : Vous écrivez, et
vous l'avez mentionné tout à l'heure, que l'absence de planification de la
croissance des étudiants étrangers a entraîné des difficultés diverses, dont
une incertitude parmi les candidats à l'immigration puis une explosion du
nombre de titulaires d'un permis de travail postdiplôme, ce dont on vient de
discuter. «En outre, l'admission à l'immigration permanente de plusieurs
personnes qui ne connaissent pas le français ou qui avaient adopté l'anglais
comme langue habituelle de communication a accru la pression sur le français
dans plusieurs milieux.» C'est ce que vous écrivez.
Est-ce que cette planification ou ce
défaut de planification que vous mentionnez ici lors des 10 dernières
années... est-ce qu'on a besoin d'un projet de loi pour régler ce problème de
planification? Est-ce qu'on pouvait planifier avec les outils qu'on avait avant
le projet de loi?
M. Dubreuil (Benoît) : Questions
posées par des avocats à quelqu'un qui ne l'est pas. Je ne suis pas certain
qu'on avait nécessairement besoin d'un projet de loi. Je pense que les
dispositions à la
loi sur l'immigration permettent de considérer ces variables
dans l'immigration permanente, il me semble.
• (10 h 40) •
M. Paradis : Est-ce que, dans
le projet de loi qu'on a devant nous...
M. Paradis : ...nous, tel
qu'il est écrit, on voit des indices de cette planification et de cet arrimage
que vous... que vous appelez de vos vœux, entre l'immigration temporaire, les
étudiants étrangers, et l'immigration permanente. Est-ce que vous voyez, dans
ce projet de loi là, des indices d'où le gouvernement veut nous amener sur
cette planification?
M. Dubreuil (Benoît) : Je
pense qu'à l'article 3 il y a quand même un certain nombre de facteurs
qui... qui présentent, qui laissent entendre qu'il y aura une décision
structurée. Donc, moi, je vois ça de façon positive. À l'article 3, on
mentionne aussi de tenir compte des orientations, je crois, de la planification
pluriannuelle. Donc, je pense qu'il y a quelque chose, là. Cela dit, je pense
qu'à la lumière des développements de la dernière décennie ou des derniers 15
ans, je pense que ça vaut la peine, peut-être de structurer ça de manière plus
explicite pour être sûr qu'on repart sur de bonnes... de bonnes bases.
M. Paradis : Mais on
aurait pu agir.
M. Dubreuil (Benoît) : Bien,
écoutez, ça fait quand même plusieurs années, là, que l'immigration, on part
d'un extrême à l'autre. Dans toutes les provinces canadiennes ou au niveau
fédéral, je pense... Je reviens sur ce que je disais tout à l'heure, c'est
qu'on déclenche des chaînes qui ont des conséquences qui sont inattendues, qui
apparaissent cinq ans plus tard. Il y a une succession de responsables, aux
commandes, qui sont confrontés à des situations qui, à chaque fois, sont
uniques. Donc là, je pense qu'on comprend un peu les conséquences de ce qu'on a
fait en créant un système d'immigration à deux étapes. Je pense qu'en ce moment
on a l'expertise qui nous permet justement de nous asseoir puis de développer
un système qui va être cohérent, qui va fonctionner pour le français, pour
l'économie puis pour les personnes immigrantes aussi, au premier chef.
M. Paradis : À la page 76
de votre analyse de la situation du français au Québec, il y a un tableau
extrêmement important qui démontre en gros que la langue des études, et
particulièrement la langue du dernier diplôme, a un impact déterminant sur
l'insertion professionnelle en français ou en anglais. Donc, vous dites, ça,
c'est important, notamment pour l'avenir de la langue française. Sans parler du
nombre, est-ce que vous considérez que la répartition actuellement des
étudiants étrangers est la bonne?
M. Dubreuil (Benoît) : Je
pense qu'on n'y est pas encore tout à fait, là. Je le mentionnais tout à
l'heure, il y a eu quand même une croissance des étudiants africains dans les
cégeps, dans les centres de formation professionnelle, dans les... qui aide un
peu, mais...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup, c'est... Le temps imparti au candidat, pas
au candidat, je m'excuse, au député est terminé. Merci beaucoup. C'est ce qui
met fin à cette première audition. Merci, M. le commissaire, Mme la commissaire
adjointe et messieurs. Merci de cette présentation. Je vais suspendre les
travaux quelques instants, le temps que le prochain groupe s'installe. Merci.
(Suspension de la séance à 10 h 43)
(Reprise à 10 h 47)
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) :
À l'ordre, s'il vous plaît! La séance reprend ses travaux. Nous recevons
donc, pour l'heure, l'Université du Québec avec ses représentants, M. Alexandre
Cloutier, président, Mme Céline Poncelet de Rancourt, vice-présidente à
l'enseignement et à la recherche, M. François Deschênes, recteur de
l'Université du Québec à Rimouski, ainsi que M. Vincent Rousseau, recteur de
l'Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue.
Bienvenue à la Commission des relations
avec les citoyens. Alors, vous allez bénéficier d'une période de 10 minutes
pour votre exposé et, ensuite, on va procéder à une période d'échange avec les
élus. La parole est à vous.
M. Cloutier (Alexandre) : Merci
beaucoup, Mme la Présidente. Alors, salutations à vous, les députés, de même qu'à
tout le personnel qui vous accompagne. Il y a un peu plus de 55 ans,
maintenant, ici, à l'Assemblée nationale, les parlementaires se dotaient d'une
université nationale, l'Université du Québec. L'Université du Québec répondait
à l'époque à un besoin immense qui était celui de l'écart de la diplomation des
francophones, particulièrement dans les régions du Québec. Encore aujourd'hui,
l'Université du Québec accueille... un étudiant sur deux est un étudiant de
première génération, c'est-à-dire que ses parents ne sont pas allés à
l'université, et continue donc de répondre à cette mission sociale importante.
Mais mine de rien, l'Université du Québec, aujourd'hui, est établie dans 40
municipalités, plus de 2 milliards de budget annuel, 7500 professeurs et chargés
de cours, près de 100 000 étudiants, ce qui en fait l'université francophone la
plus importante en Amérique du Nord, et a plus d'étudiants que l'Université de
Toronto, juste pour mettre les choses en perspective.
Lors du dépôt du projet de loi du gouvernement
du Québec, nous avons levé la lumière jaune orange parce que nous avons des
inquiétudes, et les inquiétudes que nous avons sont essentiellement liées au
fait qu'on connaît mal encore les intentions du gouvernement du Québec quant à
la mise en œuvre du projet de loi. Et donc une de nos recommandations, c'est
que l'Université du Québec et le monde universitaire participent à la
conversation nationale sur les mesures à mettre en place. Aujourd'hui, c'est un
projet de loi de nature large et générale, et donc, pour nous, ça nous apparaît
être préoccupant qu'on donne un tel outil au gouvernement sans connaître
réellement les intentions qui sont derrière le projet de loi.
Je veux revenir un petit peu en arrière,
en 2018, parce que c'est à partir de 2018 qu'il y a eu une augmentation
importante des étudiants internationaux. Et, en 2018, il y a un choix qui a été
fait, qui est celui de la déréglementation des étudiants internationaux, qui a
un impact majeur sur le financement des universités et, en quelque sorte, une
forme de... une forme de débalancement des ressources, où il y a eu une
concentration importante du financement auprès de certaines institutions. Puis
cette déréglementation a été revue récemment, dans la nouvelle formule de
financement, mais tout simplement, je veux illustrer que la formule de
financement des universités, elle est directement liée, présentement, à la
présence des étudiants internationaux.
Alors, sur ce, Mme la Présidente, je vais
céder la parole à mon collègue le recteur de l'Université du Québec à Rimouski,
M. François Deschênes.
• (10 h 50) •
M. Deschênes (François) : Merci.
Bonjour, Mme la Présidente. Bonjour à tous et à toutes. Évidemment, la question
du financement, comme on vient de l'entendre, est liée au financement des...
M. Deschênes (François) : ...mais,
trop souvent, on a tendance à réduire cet impact à l'impact financier des
universités. Les étudiants internationaux sont importants pour l'ensemble de la
communauté, et ça, il faut se le rappeler. Si on regarde juste les dimensions
économiques, parlons de la réalité au sein de l'Université du Québec, les
étudiants internationaux, si on applique une méthode développée par l'Institut
de la statistique du Québec, on réalise, dans le fond, qu'ils contribuent à hauteur
de 157 millions de dollars au PIB actuel. Ça correspond aussi, en
termes de dépenses, parce qu'ils viennent et se logent, ils se vêtissent et
consomment, donc bref, c'est l'équivalent de 1716 emplois supplémentaires.
Encore une fois, j'insiste, on... il ne
faut pas associer uniquement les étudiants internationaux à... au monétaire.
Donc, c'est très important de voir aussi la contribution qu'ils ont au niveau
culturel et social, que ce soit à l'intérieur de nos campus ou dans la société
en général. Donc, si on décline ça. Tout d'abord, en termes d'impact, ce sont
des étudiants qui sont à plus de 50 % au sein du réseau de l'Université du
Québec aux cycles supérieurs. Donc, ce sont un moteur en termes de
développement de la connaissance, de développement des innovations actuelles et
futures. Il importe de ne pas l'oublier.
Également, ce sont des moteurs
d'animation, si... pour ceux et celles qui ont visité des campus récemment, ces
étudiants vivent réellement les campus et sont très présents, ils contribuent à
la dynamique culturelle sur les campus et sociale. Ils développent des
activités, ils s'impliquent dans des activités, ils contribuent à partager leur
culture avec leurs collègues. Donc, c'est un élément qui est très important
également. Quand on parle de vitalité sociale, économique, on le voit à
l'intérieur de nos murs, mais évidemment dans la communauté également. Ce que
je viens de décrire à notre échelle s'applique dans le milieu où ils habitent.
Certes, on a observé une croissance au
cours des dernières années en termes de nombre d'admissions, en termes de
nombre d'inscriptions. Avec cette croissance vient un certain nombre de
problèmes, mais ce qu'il faut bien comprendre, c'est que les universités ont
été très proactives. Elles ont assumé leurs responsabilités. Donc, d'ores et
déjà, plusieurs mesures ont été mises en œuvre. Si on identifie qu'en... le
sommet atteint était de 99 258 demandes d'admission en 2023, donc c'est
une hausse, oui, de 269 % par rapport à 2018. Mais déjà, il y a des mesures
qui ont été mises en place pour mieux cibler les étudiants, étudiantes
prometteurs, identifier de manière plus précoce les demandes aussi qui étaient
multiples. Il y en a qui font des demandes dans toutes les universités
lorsqu'ils veulent venir à tout prix, mais pas nécessairement pour les bonnes
raisons. On a aussi mis en place des mesures pour filtrer en termes de
contraintes additionnelles au niveau financier pour être sûr qu'ils ont la
capacité de payer leurs études, des filtres supplémentaires aussi en termes
d'exigences de maîtrise de la langue française. Donc, déjà, si on regarde les
données récentes, je vais parler pour l'UQAR, mais les autres universités
pourront en dire tout autant, nous, on observe déjà une baisse de 23,6 %
des nouvelles inscriptions. Et, si on regarde les demandes d'admission, on a
28 % de baisse de demandes d'admission par rapport à 2023, donc au
31 octobre dernier.
Également, toutes ces mesures sont prises,
mais sont faites avec les partenaires. Pensons à l'Agence des services
frontaliers, au MIFI. Donc, c'est très important. On ne travaille pas en vase
clos, on travaille avec les partenaires concernés. Autre élément qu'il est...
importe de mentionner, c'est que, si on regarde à l'échelle du Québec, à
l'heure actuelle, la population étudiante globale a eu une croissance de... est
à peu près stable, donc à peu près 3 % d'augmentation sur cette
période-là. Donc, si on regarde l'explosion, parce qu'elle est qualifiée ainsi,
des étudiants internationaux dans nos murs, bien, ça veut aussi dire que, si on
est à quasi-stabilité, c'est qu'il y a eu une diminution des étudiants, des
étudiantes québécois qui fréquentent l'université. Donc, ce qui veut dire que.
si on a une telle diminution et qu'elle n'est pas compensée, bien, à terme, ce
sont des employés, des diplômés de moins pour les diverses organisations sur
l'ensemble du territoire québécois. Donc, encore une fois, c'est un levier pour
la vitalité économique de nos régions et du Québec dans son ensemble.
Souvent, on pense au logement aussi, on
dit : Ça crée une pression indue. Bien, vous venez de voir l'adéquation
avec l'effectif étudiant. Donc, moi, j'invite à la prudence. Ce ne sont pas
tous les étudiants internationaux qui doivent être taxés de cette pression sur
le logement. Et d'ailleurs les universités sont au front. Déjà, prenons
Rimouski, on vient de doubler les résidences étudiantes pour la prochaine
année. Donc, je crois que c'est un problème qui est déjà en
partie derrière
nous. Je cède maintenant la parole à mon collègue Rousson.
M. Rousson (Vincent) : Mme la
Présidente, nous sommes reconnus pour notre autonomie, notre liberté
universitaire, des conditions qui sont jugées essentielles dans
l'accomplissement de nos missions, dans nos universités, telles que définies dans
la
Loi sur la liberté universitaire. Les universités, notamment de l'Université
du Québec, à travers cette autonomie, comme l'a mentionné mon collègue de
Rimouski, sont à pied d'œuvre depuis plus d'une année pour contrecarrer les
répercussions de la hausse des demandes d'admission et des demandeurs
d'asile...
M. Rousson (Vincent) : ...le
projet de loi n° 74 peut créer des contraintes importantes quant aux
solutions mises en place et qui fonctionnent et celles qui sont présentement en
développement dans nos établissements.
Il y a un autre élément dans le projet de
loi, qui concerne la répartition par programmes, qui pourrait venir nuire au
développement de certaines disciplines tout aussi importantes que celles qui
seraient priorisées. Une des forces de l'enseignement supérieur, bien, c'est de
former des étudiants dans un large éventail de domaines.
Et je nous donne comme exemple
l'intelligence artificielle qu'il y a de cela quelques années n'était pas une
priorité, mais qui aujourd'hui est une condition essentielle pour le
développement de notre société. Mais ce type de formation là est établi
depuis... depuis les années 80 dans nos universités, donc se travaille sur
du long terme. Je pense également aux travaux en psychologie sociale qui ont
été menés par un chercheur de l'UQAM Camil Bouchard qui a amené au rapport Le
Québec fou de ses enfants et qui a mené à la création des CPE, qu'on connaît
aujourd'hui.
Une priorisation de certains programmes
dans une éventuelle répartition nous fait craindre pour plusieurs programmes,
notamment ceux en sciences humaines et en sciences sociales, pourtant jugées
essentielles pour comprendre le monde en transformation dans lequel nous vivons
actuellement.
Dans une logique similaire, une réduction
des étudiants internationaux aux cycles supérieurs pourrait nuire aux capacités
de recherche et d'innovation du Québec. C'est d'autant plus vrai que le
financement des organismes subventionnaires québécois et fédéraux nous impose
des travaux pour former la relève, et on a de la difficulté à trouver cette
relève-là auprès des étudiants et étudiantes québécois et québécoises.
Alors, l'Université du Québec a fait, dans
son mémoire, une série de recommandations : la première, de ne pas réduire
le nombre de personnes étudiantes internationales en enseignement supérieur, la
deuxième, que les établissements universitaires soient exclus de l'article
cinq, la troisième recommandation, dans l'éventualité où l'article cinq
n'exclurait pas les établissements universitaires, la nécessité de consulter
les universités doit être enchâssée dans ce projet de loi là, et que la portée
de tout scénario découlant de ces projets de loi exclut les cycles supérieurs,
autant les programmes de recherche que professionnelle.
Merci de votre écoute.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup pour cet exposé et ces recommandations. On
commence donc la période d'échange. On va commencer par M. le ministre pour une
période globale de 16 minutes 30 secondes. La parole est à vous.
M. Roberge : Merci beaucoup.
Merci pour votre présentation. J'ai entendu beaucoup de passion et de fierté
dans vos propos. Je ne suis pas surpris. Je dois dire que, comme diplômé de
l'UQ, je partage cette fierté-là avec un réseau important qui a carrément
transformé le visage du Québec puis qui est responsable d'une grande
partie de
ce que nous sommes aujourd'hui comme nation.
Je commence par un petit commentaire. Vous
avez mentionné tout à l'heure 2018, la déréglementation des frais de scolarité
qui ont causé beaucoup de dommages. Certains pourraient attribuer à tort à
notre gouvernement cette erreur parce qu'on est arrivés en 2018, mais je tiens
à mentionner que ça a été l'erreur du précédent gouvernement libéral, qui est
arrivé avec, je vous dirais, ce cadeau empoisonné suite à un lobby très
puissant. Parce que je le vivais dans l'opposition, puis je pense que mon
collègue aussi le vivait, parce qu'il était dans l'opposition en même temps que
moi, en 2014-2018, certains établissements anglophones qui voulaient absolument
cette déréglementation qui a finalement été donnée avant que nous arrivions. Et
on travaille encore à réparer les pots cassés avec ma collègue Pascale Déry.
Vous parlez d'une séquence, je pense
qu'elle est extrêmement importante, la séquence. Des fois, il y a beaucoup de
choses à faire, on est pressés de commencer le changement, mais il faut quand
même prendre le temps de bien faire les choses. La planification pluriannuelle,
qui inclut les permanents mais aussi les résidents temporaires, je pense qu'elle
est extrêmement importante. Il est temps qu'on aille dans cette direction-là.
Je l'ai annoncé la semaine dernière. La prochaine planification pluriannuelle
inclura tous les temporaires, dont les étudiants étrangers. Les gens
disent : Bien, dites-nous vos chiffres tout de suite. Bien, attention, on
annonce l'intention, après ça, on arrive avec un projet de loi qui nous permet
de faire cette planification-là, après ça, on consulte, puis après ça, on donne
les chiffres. Il ne s'agit pas... celui qui dit le premier chiffre ou le plus
gros chiffre gagne. Je ne pense pas que c'est ça que ce doit être.
• (11 heures) •
Maintenant, tout à l'heure on a entendu,
puis je pense que vous étiez dans la salle, le Commissaire de la langue
française qui nous a fait quelques propositions. Puis j'aime ça, en commission
parlementaire, des fois, tester des idées proposées des uns des autres, je vais
tester vos idées aussi avec ceux qui vont vous suivre. Il nous propose
d'inscrire nommément à l'article trois du projet de loi «le critère de la
langue française». Parce qu'il y a la... il y a «le critère des régions, le
critère des ordres d'enseignement, le critère des programmes». Il nous propose
d'inclure «le critère de langue». Que pensez-vous de cette proposition du commissaire?...
Haut de la page
11 h (version non révisé
e) M. Cloutier (Alexandre) : ...Bon,
d'abord, je vais... je vais reprendre du début. J'apprécie les commentaires
initiaux sur l'importance de l'Université du Québec. Je pense que les Québécois
devraient être aussi fiers de l'Université du Québec qu'ils le sont de la
Caisse de dépôt ou d'Hydro-Québec, parce que ça fait vraiment
partie de leur
histoire nationale. Fin de la parenthèse.
Sur la proposition qui est faite par le
commissaire, on a quand même des réserves par rapport aux critères mêmes qui
sont identifiés dans le projet de loi, parce que ça pose des enjeux importants
sur la mainmise du gouvernement dans les différents programmes de nos
établissements, puis dans les... dans l'énumération qui est faite dans le
projet de loi, bien, on retrouve, justement, les programmes, on retrouve les
régions. On est donc très, je dirais, inquiets par rapport à la capacité
éventuelle de choisir les différents programmes qui pourraient bénéficier ou
non d'une intention gouvernementale de recevoir des étudiants internationaux.
Je pense que ça a été très bien mentionné par mon collègue de Rimouski, à l'effet
que les programmes se planifient de longue haleine, et il y a des programmes
qui doivent être soutenus, comme ils l'ont toujours été par le passé, et pour
lesquels on a une sensibilité particulière, puis là on pense, par exemple, aux
sciences humaines, aux sciences sociales, à la philosophie, la sociologie, etc.
Et, lorsqu'on commence à identifier des disciplines et dire aux universités là
où il est bon ou pas d'avoir des étudiants, bien, ça pose d'énormes problèmes.
Alors, pour ce qui est de l'enjeu de la
langue, bien, évidemment, à l'Université du Québec, vous aurez compris que
93 % de nos étudiants sont de langue française, alors, établis,
essentiellement... bien, pas «essentiellement», à 100 %, en fait, sur le
territoire québécois, et offre des programmes de langue française, et nos
étudiants internationaux ont la langue française comme langue d'usage. Bien,
pour toutes ces raisons, on se sent peut-être moins interpelés par l'enjeu de
la langue, considérant que notre offre à nous est une offre en français.
M. Rousson (Vincent) : Si je
peux me permettre, M. le ministre, en fait, nos étudiants, comme l'illustre M.
Cloutier, en fait, sont déjà... parlent français, et ceux qui ne le parlent
pas, on travaille à ce qu'ils soient fonctionnels en français dans nos régions,
dans nos établissements. Donc, les étudiants de l'Université du Québec sont un
outil essentiel au développement de la langue française au Québec, autant dans
les régions qu'à Montréal. Donc, on est un acteur prépondérant dans la... la
survie de la langue, dans le développement de la langue française, là.
M. Roberge : Je comprends
très bien la posture que vous avez, puis que d'autres vont revenir après vous,
des dirigeants d'établissements, de dire : Bien, en ce moment, on a plus
la mainmise sur nos établissements. Avec le projet de loi, le gouvernement se
donne des leviers. On n'aime pas bien, bien ça, je pense que c'est normal,
sincèrement, c'est un réflexe tout à fait naturel, mais... considérant qu'en ce
moment, le gouvernement peut fixer un nombre, un plafond, mais qu'il ne peut
faire, pratiquement, que ça. C'est à dire, il ne peut pas... il ne peut pas...
S'il décidait de réduire, ça pourrait réduire exclusivement en région, ça
pourrait réduire exclusivement dans les programmes stratégiques.
Est-ce que vous voyez du bon dans le fait
d'avoir une agilité gouvernementale, c'est-à-dire d'être capable, comme...
comme gouvernement, de protéger des choses? Parce que vous dites : Bien
là, s'il a le pouvoir d'agir de manière plus précise, il pourrait cibler
quelque chose que nous voulons protéger. Je comprends, mais si on ne se donne
pas ce pouvoir, et que le nombre continue d'augmenter, jusqu'à ce que quelqu'un,
moi, ou un autre après moi, décide de le réduire, il faut savoir aussi que ça
pourrait amener des réductions dans des endroits qui sont stratégiques. Donc,
est-ce que vous ne voyez pas une plus-value ou, dans le fond, non, le
gouvernement ne devrait pas avoir cette agilité gouvernementale, c'est vraiment
le sacro-saint pouvoir de liberté académique qui doit prévaloir en tout temps,
peu importe les nombres?
M. Cloutier (Alexandre) : En
fait, dans votre énoncé, je pense que vous identifiez aussi le problème, parce
que vous faites référence à vos successeurs, et ça inclut aussi des successeurs
avec une autre idéologie que la vôtre. Et ça, lorsqu'on donne un pouvoir au
gouvernement d'intervenir, en avant ou en arrière, bien, ça veut dire quoi? Ça
veut dire un yo-yo, ou ça veut dire un caractère imprévisible.
Dans le monde universitaire, on ne
planifie pas des programmes à court terme. On planifie, nécessairement, sur du
moyen et long terme. On construit des programmes avec des campagnes de
sensibilisation, des campagnes de promotion, incluant des campagnes de
recrutement, qu'on ne peut pas modifier à très court terme parce que...
M. Cloutier (Alexandre) : ...ce
sont des orientations qui sont données sur le moyen, long terme. Alors, parmi
les inquiétudes qu'on a, c'est justement un nouveau pouvoir assez général,
donné à un gouvernement sans trop de balises quant à l'utilisation éventuelle
de ce pouvoir-là. Et, à ce moment-ci, bien, comme c'est un projet de loi un peu
page blanche, bien, ça nous inquiète, évidemment, quant à l'utilisation même de
ces pouvoirs-là, considérant qu'on comprend mal, là, comment il sera appliqué.
M. Rousson (Vincent) : Si je
peux me permettre aussi, en fait, nous avons pris nos responsabilités, nous
avons eu... vu la hausse des demandes d'admission dans les dernières années,
notamment suite à la pandémie, qui est causée par des facteurs multiples. Donc,
on a pris nos responsabilités, les universités, notamment celles à l'intérieur
du réseau de l'Université du Québec. Mon collègue François a notamment énuméré
quelques orientations qui ont été prises par notamment l'Université du Québec à
Chicoutimi, à Trois-Rivières, à l'UQO et qui sont en train d'être implantées
dans l'ensemble des autres universités. Donc, on voit déjà, de par cette prise
de responsabilités, une baisse qui oscille entre 20 % et 30 % des demandes
d'admission et d'inscription dans nos universités provenant des étudiants
internationaux.
Donc, puisque nous avons pris nos
responsabilités, bien, on juge que, ce projet de loi là, bien, on ne devrait
pas être assujettis à celui-ci parce qu'on a déjà pris des actions, et ces
actions fonctionnent. On a, entre autres, des actions... Je parlais de
l'intelligence artificielle. Donc, on est en train de développer un outil pour
venir aider l'ensemble des universités membres du réseau de l'Université du
Québec, à travers l'intelligence artificielle, à dénicher des demandes
d'admission un peu plus frauduleuses ou suspectes pour nous aider, parce que
c'est clair que cette hausse de demandes d'admission est venue mettre beaucoup
de pression dans nos établissements. Donc, on n'a pas resté les bras croisés.
Donc, lorsqu'on parle de planification sur du moyen, long terme, oui, mais on
est également extrêmement agiles pour réagir rapidement aux conditions que la
société nous arrive, puis notamment la hausse des demandes d'admission.
Et c'est important aussi de mentionner
qu'il y a une grande distinction entre une hausse des demandes d'admission et
une hausse des inscriptions dans nos établissements, parce qu'elles ne se
traduisent pas... Puis là on a l'exemple de l'Université du Québec en
Outaouais, qui, dans la dernière année, ont eu 4 000 demandes d'admission
provenant d'étudiants internationaux étrangers. Ça s'est traduit autour de 430
inscriptions. Donc, il y a une énorme distinction à faire entre admissions et
inscriptions. Donc, si on venait mettre un cap, si je peux me permettre
l'expression, sur les demandes d'admission, bien, ça va venir contraindre nos
établissements dans les programmes de formation, dans la planification
également, là, des plans de formation de nos étudiants et de nos étudiantes.
M. Roberge : Bien, peut-être
un petit malentendu ici, parce que le CAQ émis par le gouvernement arrive après
l'admission et pas à la demande d'inscription. Donc, on ne parle pas de ça. On
ne parle pas de limiter les demandes d'admission, on parle une fois les gens
admis.
Bon, il y a quand même eu des enjeux, là,
à l'UQTR, il y a pas mal d'étudiants qui ont fait leurs demandes d'asile, à
l'UQAT, il y a eu un déficit. Puis, selon l'article de Radio-Canada, à peu près
1 million du déficit venait des déficits de paiement des étudiants étrangers. À
l'UQAR, il y a des gens qui nous disaient qu'il y a un
article qui s'appelait
C'est la désillusion parce qu'ils étaient admis à l'UQAR, pardon, et finalement
ils devaient faire leur session dans les hôtels. Donc, il y a des enjeux. Je
comprends que chacun dans vos campus, chacun dans vos universités, vous vous
adaptez, vous réagissez à ces éléments-là, mais le libre marché nous amène à
des nombres qui sont très élevés. Est-ce que le nombre d'étudiants étrangers,
au Québec, devrait être infini, il ne devrait pas y avoir de plafond
considérant ce qui se passe, considérant l'enjeu de logement?
Quand vous dites : On ne voudrait pas
être assujetti, ça veut dire une forme de libre marché, autant par les régions,
tant par les campus, tant par la capacité d'admission. On voit qu'il y a un
paquet d'institutions qui nous demandent de l'argent pour agrandir leur
établissement. Il n'y a pas des dérapages, dans les dernières années, qui
devraient être prévus?
M. Cloutier (Alexandre) : Il
y a absolument des enjeux, puis on ne se met pas la tête dans le sable, puis
notre collègue pourra donner quelques éléments de détail. Je veux juste
rappeler, par contre, que l'Université du Québec avait un retard historique au
niveau de la présence des étudiants internationaux, un immense débalancement
entre les universités anglophones, les universités francophones. Et récemment
le Québec s'est dit : Ce n'est pas normal que les universités francophones
aient un tel retard. Au moment où on se parle, l'UQ est à 18 % de ses
étudiants qui sont des étudiants internationaux. Est-ce que c'est trop? Est-ce
que ce n'est pas assez? Bien, je vous soumets ça à votre réflexion. Mais on
n'est pas dans la démesure, on n'est pas dans le débordement, on n'est pas dans
l'exagération.
• (11 h 10) •
On peut en débattre, on peut en discuter,
mais ce qui est sûr, c'est que l'Université du Québec a travaillé très fort
pour...
M. Cloutier (Alexandre) : ...ce
retard-là. Puis vous savez quoi? On en est très fiers, d'avoir cette belle
diversité d'étudiants là au sein de nos établissements. Maintenant, ça pose des
enjeux, effectivement, de demandeurs d'asile, de paiement, mais on a mis en
place des mesures. Puis c'est important de vous les partager, ces mesures-là,
parce qu'il y a un caractère assez original, et on pense aussi qu'elles
fonctionnent. Je ne sais pas si mes collègues...
Mme Poncelin de Raucourt
(Céline) : Peut-être je peux compléter. Effectivement, vous donnez
l'exemple de l'UQO, on le mentionnait tout à l'heure, 4 000 demandes
d'admission et à peine 430 inscriptions. Tout le travail qui est fait par
rapport à ces étudiants-là, il y a un gros travail, effectivement, d'analyse
des demandes pour s'assurer de prendre les demandes les plus sérieuses. Et,
quand l'étudiant s'inscrit, on lui demande, à l'UQO, dorénavant, de payer la
totalité de la première année de ses droits d'inscription. Et ça, ça a eu un
effet marquant sur le sérieux des demandes et sur le taux de conversion, avec
des candidats qui sont sérieux, qui ont payé d'avance leur première année de
scolarité. Et donc ça, c'est des mesures qui ont été testées à l'UQO et qui
sont partagées entre les personnes qui accueillent et qui intègrent les
étudiants internationaux à l'intérieur du réseau pour voir l'effet des mesures
et pouvoir les mettre en place. On le disait tout à l'heure, pour les dépôts à
l'admission, il y a aussi des universités qui ont mis des dépôts qui peuvent
aller jusqu'à 5 000 $ au moment de faire la demande d'admission. Mais,
attention, ce sont des dépôts qui sont quasiment en totalité remboursables si
l'analyse de l'admission fait en sorte qu'on considère que c'est une
candidature qui n'est pas admissible. Donc, il faut aussi avoir cette
responsabilité sociale, je dirais, vis-à-vis des étudiants internationaux qu'on
accueille à l'intérieur de nos murs.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup.
M. Roberge : Ma collègue...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Oui, je vais reconnaître la collègue d'Iberville. Il vous
reste deux minutes quatre secondes.
Mme Bogemans : Merci. Moi, je
voulais vous entendre sur quelles balises on pourrait mettre en place pour dire
quels établissements seraient en mesure d'accueillir adéquatement les étudiants
étrangers. Parce que vous venez de le nommer, 18 % de votre clientèle
vient des étudiants étrangers. Vous avez déployé beaucoup d'efforts, vous
semblez aussi avoir mis en place des bonnes mesures. Mais comment s'assurer?
Parce que le projet de loi, c'est vraiment un signal clair qu'on va envoyer,
parce que, par exemple, les institutions privées qui se spécialisent uniquement
dans l'attraction d'étudiants étrangers dans des spécialités, ce n'est pas
nécessairement ce qu'on veut, puis c'est le message qu'on veut envoyer. Ça fait
que comment on pourrait bien le faire?
M. Deschênes (François) : Oui,
si vous me permettez, je pense que, à cette question-là, l'ensemble des
universités sont dignes de recevoir des étudiants internationaux. L'UQ, on a
bien fait la démonstration qu'on a pris nos responsabilités. Puis, quand on
pense, notamment, aux demandeurs d'asile, souvent, on regarde les exceptions,
mais c'est plus de 93 %, au moment où on se parle, d'étudiants qui
viennent, qui s'inscrivent et qui font bel et bien leur programme d'études.
Donc, c'est une très grande majorité. Certes, on est peut-être capables de
l'améliorer en travaillant ensemble, mais on a mis tout plein de mesures pour
resserrer cela. Quand on pense aux exemples des logements, les anecdotes qui
sont mentionnées, déjà on accompagnait nos étudiants, on leur envoyait des
messages : Ne venez pas si vous n'avez pas trouvé de logement avant. À un
moment donné, s'ils viennent quand même, il y a une limite à ce qu'on peut
faire, donc... mais c'est très anecdotique et en très petit nombre.
Et là, si on regarde toutes les mesures,
le logement, et tout ça, moi, ce que je vous dis, c'est que l'ensemble des
universités... Les universités du réseau de l'UQ peuvent être des
établissements désignés, amplement admissibles et adéquates pour recevoir des
étudiants internationaux sans que l'on ait de souci.
Mme Bogemans : Donc, c'est la
présence des mesures que vous mettez en place, particulièrement, qui sont
distinctives.
M. Cloutier (Alexandre) : Essentiellement,
s'il y en a qui mettrait en place des mesures pour contourner les règles dans
l'objectif de faire venir de l'immigration ici, au Québec, bien, que le
gouvernement s'y attarde spécifiquement.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. C'est ce qui met fin à cette première
période d'échange. On poursuit avec l'opposition officielle pour une période de
9 min 54 s. Le député de la l'Acadie, la parole est à vous.
M. Morin : Merci, Mme la
Présidente. Alors, M. Cloutier, Mme Poncelin de Raucourt, M. Deschênes, M.
Rousson, merci d'être là avec nous. Merci pour votre mémoire. Je vais continuer
avec la question que la collègue de la banquette gouvernementale vient de vous
poser. On a l'impression que le ministre, avec son projet de loi, essaie de
corriger quelque chose, mais ce n'est pas très clair, qu'est-ce qu'il veut
corriger. Et j'ai aussi l'impression qu'il utilise une espèce de couverture,
mégacouverture pour viser tout le monde, mais qu'il y a peut-être des problèmes
qui sont plus ciblés. Puis peut-être que ça, le gouvernement devrait s'en
occuper, plutôt que de pénaliser l'ensemble, ça, c'est mon interprétation à
moi. Ce que j'entends de vous, c'est que vous avez mis en place une série de
mesures pour vous assurer que les étudiants, étudiantes qui vont dans vos
établissements y sont pour les bonnes raisons, c'est pour faire de la
recherche. Alors, si on pouvait continuer sur cette lancée...
M. Morin : ...pouvez-vous nous
donner d'autres exemples de mesures que vous avez mises en place, qui fait en
sorte que vous êtes capable de gérer vos étudiants? Je trouve ça important
parce que, dans une de vos demandes, vous voulez être exclus de certaines
dispositions du projet de loi. Je peux comprendre que ça... ça, ça ne rassure
pas le ministre, mais, pour le rassurer puis rassurer la population, est-ce que
vous pouvez nous donner d'autres exemples de mesures que vous avez, qui fait en
sorte qu'au fond votre demande, elle est tout à fait légitime?
M. Cloutier (Alexandre) : Je
pense que mes deux collègues meurent d'envie de répondre. Je vais juste en
donner une... un élément, puis je vais laisser la parole à mes collègues. Un
des enjeux de l'Université du Québec, par rapport à d'autres universités, c'est
que notre bassin... notre bassin de recrutement est beaucoup en Afrique
francophone, évidemment, puisque nos étudiants sont francophones. Un des
enjeux, c'est toute la qualité des diplômes, la reconnaissance des acquis, la
reconnaissance de la formation. Puis là je vous laisse imaginer la complexité
de l'analyse des dossiers de tous les pays qui arrivent d'Afrique, avec toutes
les institutions différentes, des programmes d'enseignement différents. Donc,
ça prend une analyse très, très fine de chacune des candidatures. En ce moment,
l'UQ est en train de développer un guide. Mais là je vais arrêter de parler, parce
que ma collègue est nettement plus compétente pour vous l'expliquer. Je laisse
la parole à Céline.
Mme Poncelin de Raucourt
(Céline) : C'est ce qu'on appelle, entre nous, le superguide.
Effectivement, on a sélectionné les pays pour lesquels on a le nombre
d'admissions... de demandes d'admission le plus... le plus important, pour
lesquels on identifie aussi des cas de fraude les plus importants, et on montre
des exemples de spécimens de vrais diplômes, des spécimens de vrais bulletins.
Donc, on a pris toute notre base de données de toutes les demandes qu'on
reçoit. On a regardé aussi les étudiants qu'on a inscrits et qui ont cheminé
dans leur programme, et qui ont réussi. Et on a pris les documents associés à
leur demande d'admission pour pouvoir sortir des exemples de bulletins ou de
diplômes qui sont... qui sont sérieux et qui sont valables.
On va aussi télécharger directement auprès
des pays, auprès du ministère de l'Enseignement, la liste de leurs diplômés,
pour que nos registraires puissent vérifier qu'effectivement ce sont des vrais
diplômés. Parce qu'il y a un phénomène très important, en ce moment, dans le
monde, ce sont les agences, et on a un flot énorme de candidatures qui arrivent
dans les bureaux des registraires qui sont envoyées en bloc à toutes sortes
d'universités, et dans lesquelles il y a beaucoup de fraudes, parfois, au
détriment... même, souvent, au détriment des étudiants eux-mêmes, qui n'ont pas
conscience qu'ils sont envoyés en bloc, par des agences, dans nos
établissements. Donc, ça, c'est tout un travail.
Et on met l'intelligence artificielle dans
ce... dans ce superguide-là, parce que la quantité de documents à traiter est
énorme, et donc on utilise l'intelligence artificielle pour les conversions et
pour l'identification des fraudes. C'est un projet qu'on est en train de... de
mener en ce moment.
M. Morin : Je vous remercie.
Est-ce que quelqu'un d'autre...
M. Deschênes (François) : Peut-être,
au-delà de... de la dimension des fraudes, on a rehaussé les exigences à l'admission,
on a rehaussé les exigences en termes de maîtrise de la langue française.
Également, plusieurs universités, maintenant, exigent un seul programme, un
seul choix de programmes, ce qui fait en sorte que l'étudiant doit être
réellement intéressé à venir chez nous. Le report d'admission n'est plus
possible, il doit faire une nouvelle demande d'admission. Donc, c'est tout un
ensemble de mesures qui nous permet de cibler ceux et celles qui désirent
réellement venir étudier au Québec, et ça, bien, si on... il y en a tout plein
d'autres... si on les met bout à bout, bien, on voit déjà les effets appliqués
et concrets cette année.
M. Morin : Parfait, je vous
remercie. Quand j'ai lu l'article 3 du projet de loi, ma première impression,
puis j'aimerais vous entendre là-dessus, ça a été de me dire, woups, le
gouvernement, dans son plan annuel, veut contrôler, en fait, ce qui peut se
passer dans les universités ou dans les régions. Pour moi, la liberté
universitaire, c'est fondamental. Vous y avez fait référence, mais n'y a-t-il
pas là un enjeu, un danger à ce que le gouvernement veuille contrôler ce que
vous voulez enseigner ou les programmes que vous voulez développer dans vos
universités, étant entendu que l'université est là, avant tout, pour former des
gens avec un esprit critique, pour débattre puis, évidemment, faire de la
recherche.
• (11 h 20) •
M. Rousson (Vincent) : Si je
peux me permettre. Bien oui, en partie, on l'a mentionné tout à l'heure, les
métiers de demain ne sont pas nécessairement encore connus. On travaille à
former les programmes pour bâtir la société de demain. Donc, de dire
aujourd'hui que les programmes de formation que nous avons, c'est les métiers
d'avenir, bien, je mettrais un petit bémol, parce qu'il y a des recherches en
sciences humaines, en sciences sociales, en santé, en administration, en génie
qu'on a besoin de développer dans un large spectre pour arriver finalement à ne
pas avoir d'enjeux plus tard. Donc, de venir jouer dans... de venir limiter nos
étudiants, nos programmes, de déterminer certains éléments, oui, ça peut...
M. Rousson (Vincent) : ...ça
arrive... en fait, c'est qu'on va être pénalisé pour le plus tard. Ça... pour
moi, ça c'est clair. Il y a un enjeu réel aujourd'hui et demain, comme société.
Nos étudiants internationaux, en fait, puis je renchéris un peu sur ce que mon
collègue mentionnait... toute la réflexion derrière nos programmes, nos
demandes d'admission et l'intégration des étudiants internationaux, c'est un
processus qui est réfléchi autant à l'interne qu'à l'externe, donc autant sur
la capacité d'accueil de nos professeurs, sur la capacité de bourses que
l'université est capable d'offrir, sur la capacité de logements que nous avons,
sur la capacité de nos partenaires à accueillir nos étudiants stagiaires dans
nos programmes avec stages. Bref, il y a un arrimage entre l'interne à
l'université et nos partenaires externes, notamment en région, pour s'assurer
que notre capacité d'accueil, bien, on la respecte. Donc, on n'ouvre pas les
vannes à tout prix pour accueillir des étudiants internationaux. Donc, ça, il y
a vraiment une analyse approfondie dans nos établissements.
Donc, de venir limiter, ça va venir
contrecarrer, bien entendu, tout le travail en amont, et ça va venir affecter
les années à venir.
M. Morin : Parfait. Je vais
céder la parole à ma collègue députée de Mont-Royal—Outremont.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci. Mont-Royal—Outremont. La parole
est à vous. Donc, il vous reste deux minutes 38 s. Allez-y.
Mme Setlakwe : Merci. J'ai de
la difficulté à cerner une quelconque utilité pour vous, là, avec le projet de
loi. Vous semblez être complètement en contrôle de la situation, vous
bénéficiez d'une autonomie, vous devez bénéficier d'une autonomie, et vous
semblez avoir mis en place et continuer de mettre en place les mesures pour
éviter qu'il y ait des problématiques. Est-ce que je me trompe?
M. Cloutier (Alexandre) : C'est
évident qu'il y a des mesures qui sont mises en place. Maintenant, c'est
important aussi de dire qu'on le fait toujours en collaboration avec le
gouvernement du Québec. Même les orientations qui ont été prises pour le
développement des outils internationaux, on l'a fait avec la planification
stratégique du ministère de l'Enseignement supérieur. C'est celle qui a été
adoptée au printemps, c'est encore les orientations qui avaient été données. On
est en constant dialogue aussi avec le ministère des Relations internationales
du gouvernement du Québec. On a participé à la commission parlementaire sur le
PEQ, par exemple, au printemps dernier. Donc, il y a ce dialogue-là avec nous,
il est permanent. S'il y a des enjeux à régler, on est ouverts au dialogue, on
est ouverts à essayer de trouver des voies de passage. La raison pour laquelle
on est inquiets avec le projet de loi, c'est parce que, dans le fond, je le
répète, c'est... On nous donne une intention puis on se donne des outils pour
mettre en œuvre cette intention, mais on sait tous que le diable est dans les
détails. Et les enjeux vont être soulevés quand on va connaître réellement le
fond des choses. Alors là, pour le moment, nous, on émet plusieurs réserves,
là, sur plein de sujets différents parce qu'on n'a pas encore identifié
exactement ce qu'il allait être mis en oeuvre.
Mme Setlakwe : Merci.
J'aimerais qu'on parle de vitalité des régions. On a entendu vos collègues, là,
M. Deschênes, M. Rousson, parler de la situation à Rimouski puis en
Abitibi-Témiscamingue. Parlez-nous de l'importance des étudiants étrangers par
rapport à la vitalité des régions, sachant aussi, puis ça a été dit, ça a été
mentionné dans votre mémoire, que les inscriptions des étudiants québécois sont
à la baisse et qu'on dépend donc des étudiants étrangers pour combler les
programmes?
M. Deschênes (François) : Oui,
bien, je vais me permettre de répondre à cette question. Écoutez, la présence
des étudiants internationaux est essentielle. On a parlé de la réalité
démographique de nos régions. Si on regarde pour l'UQAR, nous desservons cinq régions,
Chaudière-Appalaches, Bas-Saint-Laurent, Gaspésie et Île-de-la-Madeleine,
Côte-Nord. Ces cinq régions là, en termes de bilan migratoire, c'est négatif
pour les 15 à 24 ans, ce qui veut dire que, si on se fiait uniquement sur
ces populations-là, nous aurions moins de diplômés, moins de travailleurs par
la suite, moins de gens pour offrir les services à la population. Donc, vous
voyez que ce sont... ils sont essentiels pour cette vitalité-là et ils
contribuent aussi à la vitalité sociale et économique. Donc, pour nous, c'est
essentiel, pour la suite des choses, de pouvoir continuer à avoir une certaine
croissance.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. Alors, cette période d'échange est
terminée. Je me tourne maintenant du côté du député de Saint-Henri Sainte-Anne.
Vous avez une période de 3 min 18 s.
M. Cliche-Rivard : Merci
beaucoup, Mme la Présidente. Merci à vous pour votre présentation. Je n'ai pas
beaucoup de temps, je vais essayer d'y aller en rafale. Oui ou non, est-ce
qu'il y a un risque d'atteinte à l'autonomie de gestion d'universités avec le
p.l. 74?
M. Cloutier (Alexandre) : Il
y en a assurément un, qui a été bien mentionné par nos collègues. Je vous
rappelle que la
Loi sur la liberté universitaire a été essentiellement vue sous
l'angle de la liberté universitaire, mais il y a un pan quand même important
qui a été moins discuté, c'est le volet de l'autonomie universitaire, qui est
tout aussi inclus dans la loi et qui fait
partie des conditions fondamentales
de la vie universitaire, puis on ne peut pas dissocier un et l'autre. Et le
principe de l'autonomie universitaire est un principe qui a des balises
relativement claires, et, à nos yeux, les transgresser, bien, ça amène d'autres
risques. Ça amène même des risques de nature constitutionnelle. On pourrait
avoir un débat de juristes sur le caractère constitutionnel des principes de
cette loi.
M. Cliche-Rivard : Très
intéressant...
M. Cliche-Rivard : ...oui ou
non, vous avez été consulté en amont du dépôt de ce projet de loi là?
M. Cloutier (Alexandre) : Oui,
on a été consulté en ce sens, car on est constamment informés par le... des
intentions du gouvernement. Mais vous aurez compris que c'est un projet de loi
qui a peu de choses, alors on est consulté sur une orientation. Mais ce qu'on
déplore en quelque sorte ou la raison pour laquelle on est inquiets, c'est
parce que c'est le... c'est le fond de l'histoire qu'on veut connaître, mais
c'est... Donc ce qu'on souhaite, c'est d'être
partie prenante à cette
conversation-là sur les mesures à mettre en place.
M. Cliche-Rivard : De la
suite.
M. Cloutier (Alexandre) : Mais
assurément que le d