Public Finance — 29 October 2019 (42nd Legislature, 1st Session)
CFP 2019-10-29
Quebec — Committees
Président (M. Simard) :
Alors, à l'ordre, s'il vous plaît! À
l'ordre, chers collègues. Je constate
que nous avons quorum.
Et il faut que je vous partage quelque chose d'entrée
de jeu. M'en venant par ici ce matin, dans le stationnement, j'ai croisé quelqu'un qui me dit :
Bonjour, M. Simard. Je ne l'avais jamais vue. Elle dit : Je suis
heureuse de vous croiser en personne.
Et j'ai réalisé que cette personne était l'une des personnes qui travaillaient
au bureau, ici, à la retranscription de
nos débats. Alors, souvent, dans nos élans oratoires, on oublie qu'il y a
une équipe formidable derrière tout ça, qui travaille pour le parlementarisme, qui, au final, travaille
pour la démocratie, puis je voulais juste les saluer, une équipe formidable
qu'on oublie souvent mais qui est toujours là. Alors, bien, voilà, c'était ma
pub de ce matin.
Alors, comme
vous le savez, la commission est réunie afin de procéder aux consultations particulières et auditions publiques sur le projet de
loi n° 37, Loi visant principalement à instituer le Centre d'acquisitions
gouvernementales et Infrastructures technologiques Québec.
Mme la secrétaire, y a-t-il des remplacements?
Secrétaire : Oui, M. le Président. Alors, M. Derraji (Nelligan) est remplacé par Mme Maccarone (Westmount—Saint-Louis) et M. Leitão
(Robert-Baldwin) est remplacé par Mme Nichols (Vaudreuil).
Président (M. Simard) :
Alors, nous entendrons d'abord la Fédération des chambres de commerce du Québec.
Par la suite, nous entendrons la Fédération des cégeps.
Alors, madame, monsieur, soyez les bienvenus.
Vous disposez d'une période de 10 minutes pour votre exposé. Auriez-vous d'abord
l'amabilité de vous présenter?
M. Forget (Stéphane) :
Stéphane Forget, P.D.G. de la FCCQ. Je suis accompagné de Kathy Megyery, qui
est vice-présidente, Stratégies et affaires économiques, à la fédération.
Merci. Alors,
brièvement, merci tout
d'abord de nous accueillir ce matin sur un dossier qui nous intéresse depuis
fort longtemps, évidemment l'ensemble de nos membres. Brièvement vous rappeler,
la fédération, c'est à la fois, évidemment, la fédération qui réunit et fédère
l'ensemble des chambres de commerce au Québec. Donc, il y a un regard sectoriel
sur les enjeux économiques... pardon, régional sur les enjeux économiques. Et
nous sommes aussi la chambre provinciale,
avec plus de 1 100 entreprises directement membres, qui, évidemment,
s'intéressent au sujet d'aujourd'hui.
La fédération reconnaît l'intérêt du
gouvernement à l'égard des achats regroupés. Il y a vraisemblablement là un potentiel d'économies. D'ailleurs, le gouvernement
avance des économies de près de 295 millions par année dès l'an prochain. De plus, il est tout à fait pertinent
d'offrir aux petites organisations gouvernementales et paragouvernementales
une assistance technique ou institutionnelle
afin de combler leur manque d'expertise en matière d'acquisitions et de
favoriser leur participation à d'éventuels achats regroupés.
Bien que nous
reconnaissions les objectifs légitimes recherchés par le gouvernement, nous
souhaitons exprimer ce matin un certain nombre de réserves et certaines mises
en garde à l'égard de la création de ce nouvel organisme, qui, nous
l'espérons, pourront être bien entendues par vous.
Tout d'abord,
le regroupement au sein d'une même entité d'un grand nombre d'organismes qui
ont des missions et des besoins très divers ne constitue pas en soi un gage
d'efficacité et de cohérence. Il y a aussi un risque de diluer l'expertise, en
particulier celle du secteur de la santé et des services sociaux, de
l'éducation et des technologies de l'information, en affectant en
partie
ces ressources spécialisées aux acquisitions d'autres biens.
Aussi, on ne
doit pas sous-estimer la tentation d'harmonisation réglementaire au sein d'une
même organisation, qui pourrait
générer des effets non désirés. Des règles d'acquisition des médicaments, du
matériel médical et des biens scolaires, par exemple, peuvent différer pour de multiples raisons objectives, mais
l'organisme qui va gérer ces regroupements va possiblement ou
nécessairement être tenté d'harmoniser la réglementation, les modes de pratique
et la gestion.
Aussi, même si l'on prévoit doter le futur
centre d'antennes régionales, on pourrait assister à une plus grande
centralisation des processus d'acquisition. Personne n'a intérêt à voir émerger
un monopole, soit un fournisseur unique qui
approvisionnerait l'ensemble du système de santé, par exemple, pour une gamme
donnée de produits. Il faut aussi penser aux plus petits fournisseurs
locaux et régionaux.
Autre
élément, il y a un risque d'effriter la responsabilité des donneurs d'ordres.
Cette tendance a été observée à la suite
de la mise en place du Centre des services partagés. Certains ministères ne
portaient plus le même intérêt à la préparation et au suivi des appels d'offres parce que le
centre s'était attribué une
partie de ces tâches. Or, si les besoins ne sont
pas bien définis par les experts du
domaine avant le lancement des appels d'offres et si le suivi des contrats
échappe en totalité ou en
partie à
ces experts, il y a des risques élevés d'imprécision,
d'interprétation divergente, multipliant les litiges de même que des dépassements de coûts et possiblement d'échéanciers. Il est
essentiel que les experts sectoriels continuent d'exercer leur mandat
même avec la mise en place du centre d'acquisitions.
Dernier élément, la difficulté
d'établir des dialogues avec les grands acteurs privés des secteurs. Les grands
donneurs d'ordres doivent entretenir des
communications régulières avec les fournisseurs potentiels. C'est ainsi qu'ils
sont correctement informés de l'évolution des technologies et des
marchés, des dernières innovations, de l'évaluation de certains matériaux techniques, par
exemple. Ils peuvent ainsi préparer
leurs appels d'offres avec une meilleure connaissance de la situation du marché.
est donc essentiel, à notre avis, d'organiser, dans les divers secteurs des marchés
publics, des échanges structurés, en toute transparence, qui permettent notamment
de traiter de l'évolution des technologies et des marchés ainsi que de l'évolution
des mécanismes d'appel d'offres et d'octroi des contrats.
Maintenant,
j'aimerais prendre quelques instants pour vous parler de l'une de nos
déceptions, l'absence de révision des
critères d'octroi dans les contrats du gouvernement du Québec. De notre point
de vue, le projet de loi n° 37 est une occasion manquée pour diminuer substantiellement l'importance accordée à la
notion du plus bas soumissionnaire conforme et de privilégier des critères de qualité, d'innovation,
d'expertise et de durabilité des solutions proposées, ainsi que les garanties
sur les résultats.
FCCQ croit même que ce qui est proposé pourrait renforcer le critère du plus
bas prix conforme à court terme, en dépit des enjeux de la qualité, de
l'innovation et des coûts réels plus élevés à moyen et long terme. Vous devez
savoir que le maintien de ce critère
principal dans les appels d'offres publics figure parmi les préoccupations les
plus importantes des entreprises qui
font affaire avec l'État. Cette méthode peut engendrer certaines dérives et
amener des impacts néfastes quant aux
résultats des projets, puisqu'elle ne permet pas toujours de choisir les
solutions optimales. Les entreprises se voient donc souvent dans l'obligation de choisir des composantes exigées
qui correspondent aux critères misant essentiellement sur le prix dans
l'octroi des contrats publics. D'autres fois, elles ont dû déclarer des
avenants qui ont souvent illustré que le
prix final correspondait au prix initial du soumissionnaire mais que celui-ci
devait faire une proposition beaucoup plus basse afin de répondre au
critère du plus bas soumissionnaire.
Pour la fédération,
il est plus que temps de s'y attaquer par une proposition législative ou
réglementaire dans les meilleurs délais. Et,
lorsque vous vous y attaquerez, nous croyons qu'il y a certaines règles que
vous devriez mettre de l'avant ou respecter.
D'abord,
les pouvoirs publics doivent tirer profit de l'expertise, de l'innovation et de
la flexibilité d'exécution du secteur
privé. Ils doivent faire appel aux entreprises et aux entrepreneurs qui sont
capables d'offrir les meilleurs services au meilleur prix, tout bien
considéré.
Ensuite, le processus
d'octroi des contrats publics doit tabler sur la concurrence entre les
entrepreneurs afin de sélectionner les
meilleures entreprises de la discipline, de bénéficier de leur expertise et de
réduire les coûts à court et long terme.
Aussi,
à chacune des étapes du processus de recours au secteur privé, les pouvoirs
publics doivent faire preuve de transparence et de probité. Les entrepreneurs,
quant à eux, doivent se conformer en tout temps aux règles, évidemment,
qui garantissent l'équité.
surtout que le principe du plus bas soumissionnaire conforme soit remplacé par
un principe de compétence en accordant
une pondération axée principalement sur la valeur, intégrant des critères de
qualité, d'innovation, d'expertise et de durabilité des solutions
proposées.
résumé, vous trouverez dans notre mémoire sept recommandations spécifiques.
Ainsi, la fédération recommande que
le gouvernement et la structure de direction du centre prévoient des équipes
sectorielles et spécialisées; que ce centre soit soumis aux mêmes
principes de transparence que les autres organismes du gouvernement, dont une
évaluation de performance qui n'est pas simplement reliée à son volume
d'affaires et la présentation d'un rapport annuel détaillé et public, analogue au futur bulletin des ministères;
que le centre soit intégré au cadre budgétaire du gouvernement et qu'il tire donc la totalité de ses revenus des crédits
budgétaires, interdisant ainsi la pratique des ristournes obligatoires pour les
fournisseurs; que le centre soit assujetti aux lois sur l'accès à
l'information, sur le lobby et sur le Vérificateur général.
À nouveau, la
fédération demande une révision de la
Loi sur les contrats des organismes
publics afin que le prix plus bas conforme
ne soit plus le critère principal d'évaluation dans l'octroi des contrats
publics. Elle plaide aussi pour que
le choix des soumissionnaires mise d'abord et avant tout sur la valeur globale,
incluant des critères de qualité, d'innovation, d'expertise et de
durabilité des solutions proposées ainsi que la garantie sur les
résultats.
Aussi, nous recommandons que le gouvernement s'assure de la
mise en place des mesures législatives et réglementaires pour assurer la mise en oeuvre des
facteurs nécessaires au succès des zones d'innovation, notamment la revue de la loi du plus bas soumissionnaire pour y intégrer un volet
valorisant l'innovation.
En terminant, il est essentiel que les marchés publics
soient gérés avec rigueur, que le gouvernement et ses réseaux obtiennent des services et des biens de qualité à prix compétitifs et que la
population ait confiance aux mécanismes de gestion et de contrôle des processus
d'octroi de contrats publics.
Aussi, de notre point de vue, les achats doivent devenir un
outil stratégique pour soutenir l'innovation et la croissance des entreprises de toutes les
régions du Québec. Il faut aller au-delà d'une vision comptable et faire des
approvisionnements publics un véritable
outil de développement et de croissance durable, et nous pensons que ce projet
de loi ci et les suites pourraient contribuer à arriver à cela. Je vous
remercie, M. le Président.
Le Président
(M. Simard) : Il vous restait une minute,
M. Forget. C'était le signe que je vous faisais.
M. Forget (Stéphane) : Voilà,
on peut la partager si vous voulez, M. le Président, comme vous voulez.
Le Président (M. Simard) : Malheureusement
pas, mais enfin, M. le ministre, à vous la parole pour une période de 17 minutes. On en a un peu