Culture and Education — 12 November 2019 (42nd Legislature, 1st Session)
CCE 2019-11-12
Quebec — Committees
Mme Rizqy : ...permettre, le
ministre est devant nous ce matin, c'est quand même lui, le porteur du dossier.
Est-ce que le ministre peut consentir? Puis
là je pense qu'il devrait lui dire, là, parce que c'est lui, quand
même, qui doit consulter le
ministre... le leader, là. C'est lui qui le consulte, il a quand même, lui, un
mot à dire ou, j'espère, une voix au chapitre.
La Présidente (Mme Thériault) :
M. le ministre.
M. Roberge : Écoutez, Mme
la Présidente, je pense que vous avez
bien exprimé que la question... que ça se règle entre cabinets des
leaders.
Présidente (Mme Thériault) : Donc, vous comprenez qu'il n'y a pas
de consentement...
Présidente (Mme Thériault) : Bien, indépendamment qu'il réponde ou pas à votre question, Mme la députée de Saint-Laurent, malheureusement, ce n'est pas à la présidence de
changer les horaires. Les leaders ont encore du temps pour se parler et, à ce moment-là, le leader du gouvernement annoncera ses couleurs. Je ne peux absolument rien faire d'autre
que ça.
Donc,
sans plus tarder, Mme la députée de Saint-Laurent, puisque nos invités sont arrivés et que ce sont
des rencontres d'une heure, les temps
dévolus aux parlementaires sont modifiés. Donc, la
partie ministérielle aura
23 min 30 s, l'opposition
officielle aura 15 min 40 s, le deuxième et
troisième groupe d'opposition auront 3 min 55 s chacun, et nos
invités auront quand même 10 minutes pour nous exposer leurs
mémoires.
Donc,
sans plus tarder, je souhaite la bienvenue à nos invités et je vais vous
inviter à présenter les gens qui vous accompagnent pour qu'on puisse
bien les reconnaître lors de l'audition. Bienvenue à l'Assemblée nationale.
M. Gilbert (Gaétan) : Mme la
Présidente, M. le ministre, Mmes, MM. les députés, d'abord, merci de nous recevoir et nous permettre de s'exprimer sur cet important
enjeu qu'est l'avenir de l'éducation. Je suis Gaétan Gilbert, président de
l'Association des commissions scolaires de l'Abitibi-Témiscamingue.
Laissez-moi vous
présenter les personnes qui m'accompagnent : à ma gauche,
Mme Lyne Laporte Joly, présidente
de la commission scolaire de la Baie-James, M. Claude Beaulieu,
président de la commission scolaire des Draveurs, et
M. Mario Crevier, président de la commission scolaire du
Portage-des-Outaouais. Nous avons également, avec nous, l'ensemble des présidents et présidentes des commissions scolaires de la
région de l'Abitibi-Témiscamingue ainsi que des commissions scolaires
francophones de la région de l'Outaouais.
Merci aussi à
M. Pierre Corbeil, préfet de la MRC de La Vallée-de-l'Or et maire de la
ville de Val-d'Or, M. Michel Labelle,
commissaire-parent de la commission scolaire de Rouyn-Noranda, Mme Carmen
Côté, représentante de la MRC de l'Abitibi-Témiscamingue. Par
leur présence ici, ils témoignent de leur appui et de leur confiance à nos commissions
scolaires et à leurs élus.
Malheureusement, à
cause de la température... d'autres personnes devaient se joindre à nous, des
préfets et des représentants des chambres de commerce.
En Abitibi-Témiscamingue,
la mobilisation est grande contre le projet de loi n° 40. À
titre
d'exemple, vous retrouverez, dans notre mémoire,
plus de 10 résolutions et sorties publiques des acteurs de chez nous. Tous
les préfets de l'Abitibi-Témiscamingue, plusieurs chambres de commerce
et comités de parents nous ont donné leur appui.
projet de loi n° 40 propose un changement majeur qui touche la démocratie
scolaire et le modèle de gouvernance. Nous sommes extrêmement préoccupés, ainsi que nos partenaires,
par les impacts que peut avoir ce projet de
loi sur nos petites commissions
scolaires, qui couvrent de très grands territoires, et sur le développement de
nos communautés. Maintenant, je passe la parole à Mme Joly.
Mme Laporte Joly (Lyne) : Bonjour. Merci de nous recevoir. Je vais surtout
porter à votre attention l'enjeu de la représentativité. L'étendue et la
grandeur du territoire amènent des particularités locales et régionales propres
à chaque milieu. L'Abitibi-Témiscamingue a des grands centres entourés de
petites localités dans un grand territoire de plus de 570 kilomètres carrés. La commission scolaire de la Baie-James a un
immense territoire, 350 000 kilomètres carrés, éloigné et
dispersé, ce qui en fait sûrement une commission scolaire d'exception.
titre d'exemple, la localité de Radisson, avec 25 élèves de la maternelle
au secondaire V, est située à 650 kilomètres de la localité la plus proche et est à
1 000 kilomètres du centre administratif. C'est d'autant plus
important pour ces localités d'avoir un représentant élu qui va faire le lien
entre la population et la commission scolaire, et qui pourra parler en
leur nom, et leur sera redevable.
plupart de nos établissements ont des difficultés à former leurs C.E., faute de
parents disponibles, surtout dans nos petites localités. Vous parliez du taux
de participation de 5 % aux élections scolaires, qui, pour vous, est une
raison de revoir la gouvernance. Si votre projet est adopté tel quel,
pour l'Abitibi-Témiscamingue et la Baie-James, c'est à peine quelques centaines
de parents qui éliront les membres du conseil d'administration. Est-ce qu'ils
seront plus légitimes?
danger qui nous guette, c'est que les administrateurs des CSS viennent surtout
des grands centres. Alors, qui parlera pour nos petites communautés? Il faut
respecter ces réalités qui amènent des enjeux, des besoins et des disparités
avec de petites et grandes écoles en milieux
urbain ou rural. L'éducation est un bien public qui concerne l'ensemble de
la population. Pourquoi ne pas laisser la population choisir par qui elle veut
être représentée?
M. Gilbert
(Gaétan) : Nous considérons aussi que le projet de loi n° 40 vise
à augmenter la centralisation des pouvoirs à
Québec. Les solutions mur à mur ne répondent pas aux besoins locaux et ne
favorisent pas une plus grande réussite de tous nos jeunes et adultes.
La réforme à Roberge, à l'image de la réforme Barrette, est un...
La Présidente
(Mme Thériault) : Vous ne pouvez pas nommer le ministre par son
nom. Vous pouvez dire «le ministre de l'Éducation» seulement.
M. Gilbert
(Gaétan) : ...à l'image de la réforme de M. Barrette, du ministre
Barrette... ou du député, pardon...
Présidente (Mme Thériault) : Non, non, vous ne pouvez pas nommer
du tout, du tout, que ce soit Barrette ou que ce soit Roberge, vous ne pouvez
pas les nommer. Vous pouvez dire «le ministre de l'Éducation» ou «l'ex-ministre
de la Santé».
M. Gilbert
(Gaétan) : Ah! O.K. Donc, à
l'image de la réforme du ministre de l'Éducation et de l'ex-ministre de la Santé, c'est un brassage de structures inutile
et très préoccupant. De plus, on voit que le ministre s'accorde beaucoup de
pouvoirs, beaucoup de pouvoirs. Tant de pouvoirs dans les mains d'un seul
homme, c'est inquiétant.
Considérant
que l'éducation est le moteur du développement économique, social et culturel
d'une communauté, considérant
également que l'éducation a un impact sur la santé et la criminalité de nos
citoyens, il est inconcevable que le ministre
n'ait pas fait une vaste consultation où tous les organismes et personnes
concernés soient autour de la même table, et ce, afin de définir
ensemble le devenir de l'éducation au Québec.
Nous
demandons donc au gouvernement de mettre leur projet de loi n° 40 sur pause et de tenir des états généraux sur l'éducation en y
incluant la gouvernance. Maintenant, je passe la parole à M. Beaulieu.
M. Beaulieu
(Claude) : Mme la Présidente, mesdames et messieurs, ministre et
députés, je représente les quatre commissions scolaires francophones de
la région de l'Outaouais. Notre concertation régionale se porte d'abord et
avant tout à la défense de la réussite de nos 44 000 élèves. Les élus
scolaires déterminent en collégialité ce que la population attend de la
commission scolaire et agissent comme une force équilibrante entre les citoyens
et l'appareil administratif. Ils expliquent
leurs choix à la population et s'assurent que cette dernière est bien informée
des décisions, des projets, des services offerts et des orientations
prises par leur commission scolaire.
Il ne
faudrait pas passer outre la capacité que détient l'élu scolaire d'entretenir
des partenariats fructifieux avec les différents
intervenants, qu'ils soient locaux ou régionaux. L'élu fera des choix
indépendants des réseaux d'influence des partis politiques. Il place
l'élève et sa réussite au premier plan de son implication en éducation.
Pourrons-nous obtenir autant de disponibilité et
d'implication de la part des membres d'éventuels conseils d'administration, sachant, en outre, que le taux
de participation des parents aux assemblées générales des conseils
d'établissement de notre région se situe en moyenne à moins de 2 %,
même à moins de 1 % pour le secondaire?
Nous qualifions de représentativité et de
légitimité défaillantes la règle qui permettrait que les huit parents du
conseil d'administration soient, justement, élus par les parents des conseils
d'établissement. Qu'adviendra-t-il des milieux qui n'auront pas la chance
d'être représentés au conseil d'administration du centre des services scolaires?
La composition du conseil d'administration
laisse présager le pire pour les milieux restreints en population et territoire, les milieux éloignés, les milieux à
indice de défavorisation élevé et les milieux cosmopolites. Lorsque ces parents
seront invités à siéger sur le conseil d'administration du centre de services
situé dans une autre municipalité, voire une autre MRC, il est difficile de
croire que ces parents seront assidus aux séances et même intéressés à y être
délégués. Quelle sera la légitimité des
parents non élus pour défendre publiquement des décisions prises par la
commission scolaire? Qui les parents
vont appeler quand se présentera un problème? Qui fera les consultations
publiques? Qui représentera la commission scolaire dans les milieux
communautaires, socioéconomiques et culturels? Ce changement entraînera la
perte d'un porte-parole citoyen au profit d'un porte-parole administratif, soit
le directeur général.
Il faut déplorer, dans le projet de loi, le fait
qu'il n'y a aucune obligation de représentation de la clientèle EHDAA au conseil
d'administration.
Le principe
d'une allocation de présence en lieu et place de rémunération raisonnable
risque fort de ne pas attirer des candidats de choix.
Nous
craignons, en outre, que l'élection des quatre membres du personnel comme,
d'ailleurs, des quatre représentants de
la communauté ne prête flanc à de la partisanerie et à des situations
conflictuelles. Qu'adviendra-t-il des parents anglophones? Devront-ils
choisir entre leurs droits constitutionnels ou la francisation de leurs
enfants?
Concernant
les nouveaux pouvoirs qui seraient donnés au conseil d'établissement, nous craignons un accroissement indirect de la charge
administrative des directions d'établissement.
La simplification des démarches d'inscription
des élèves dans un centre de services autre que le leur constitue une situation
des plus inquiétantes pour les plus petites commissions scolaires de notre
région. On peut prévoir que certains parents pourraient choisir de déposer
leurs enfants au sein d'une école du grand centre urbain qu'est Gatineau soit parce
que c'est plus pratique, en route
vers le travail, ou parce qu'il existe un programme particulier que ne possède
pas l'école de quartier. Les bassins
de population des écoles touchées vont alors diminuer, de même
que les services et les parties au prorata.
Un fait
demeure, la transformation des commissions
scolaires en centres de services ne
pourra se faire sans coût direct, qui atteindra plusieurs dizaines de
milliers de dollars, voire des centaines de milliers de dollars.
Il faut rappeler, en outre, que la région de l'Outaouais
se démarque au Québec par le succès de la régionalisation de ses services de formation professionnelle
depuis une quinzaine d'années. Ce modèle est un succès qui doit son origine...
une initiative des élus scolaires.
Nous
insistons pour rappeler une fois de plus que notre région a connu, même en
période de compressions budgétaires, des améliorations constantes des
résultats scolaires des élèves et du taux de diplomation de ces derniers.
Nous nous objectons à l'imposition d'une
gouvernance sans réelle représentativité des différents milieux qui composent une commission scolaire et qui
témoignent de sa diversité et de son engagement envers l'équité au profit de
la réussite de tous les élèves. Nous avons la sincère conviction...
La Présidente
(Mme Thériault) : Et je dois...
M. Beaulieu
(Claude) : ...et notre
travail avec tous les agents de l'éducation afin que se poursuive
l'amélioration marquée des résultats des élèves ces dernières années.
Merci.
Présidente (Mme Thériault) : Oui. Je dois vous interrompre. Merci. Donc, je vais passer la parole au
ministre pour son bloc. Par contre, j'ai besoin d'un
petit consentement, il nous manque quatre, cinq minutes de temps, pour qu'on
puisse dépasser de l'heure. Ça vous va? Consentement. Parfait. Merci. M. le
ministre, la parole est à vous.
M. Roberge : Merci bien, Mme la
Présidente. Merci de vous être déplacés pour porter votre voix ici puis faire
entendre vos préoccupations. Vous avez couvert assez large. Donc, on va avoir plusieurs
questions à poser, puis je vais demander l'aide de mes collègues dans cette
histoire-là.
J'aimerais
savoir : Quand vous venez présenter ici, est-ce que vous parlez au nom
des commissaires des différentes commissions
scolaires ou bien si vous parlez au
nom des commissions scolaires, donc des équipes, des directions d'école?
Vous portez la voix de toutes les organisations ou bien vous êtes les
représentants des commissaires?
La Présidente (Mme Thériault) :
M. Beaulieu? M. Crevier?
M. Beaulieu
(Claude) : Ce que je peux
vous dire, ici, présentement, nous représentons la concertation des commissions scolaires, mais, également, à
titre de présidents de commission scolaire, nous représentons tous les commissaires, et les commissaires
ont été consultés sur le projet de loi, et c'est leurs voix qu'on porte ici, à
la commission.
La Présidente (Mme Thériault) :
M. le ministre.
M. Roberge : C'est ce que je
croyais, mais je voulais voir de quelle façon vous aviez consulté les
commissaires ou si vous aviez consulté les parents, les directions d'école,
etc. Parce que, quand je regarde, sur votre territoire, il y a plusieurs
des directions d'école qui sont membres de l'association... de la FQDE, la
fédération québécoise des directions d'école,
et qui sont sur le même territoire que vous, qui sont dans vos écoles, qui
répondent aux parents, qui parlent aux gens des CLSC, qui s'occupent des
enseignants.
Et, par la
voix de leur fédération, les directions d'école, dans vos organisations, sont
venues nous dire quelque chose de totalement différent, sont venues nous dire : «Dans ce projet de loi, on voit qu'on vient consolider cette optique de subsidiarité, de pouvoir prendre des décisions qui
sont différentes d'un milieu à l'autre parce
que les besoins sont différents
d'un milieu à l'autre.» Vous semblez dire qu'avec le projet de loi on ne
pourrait plus faire ça. La FQDE est venue nous dire : «On ne ressent vraiment pas, dans le message que l'on reçoit, une
centralisation des pouvoirs dans le bureau du ministre.»
Donc, comment
on peut expliquer que les commissaires se concertent entre eux, regardent le projet de loi et disent : Ah! voici
une centralisation, mais les gens qui sont sur le terrain, dans vos organisations, dans vos écoles, voient le projet
de loi et disent : Non, voici un
projet de loi qui amène une gestion en équipe, une gestion qui
va davantage mobiliser les équipes,
et qui disent carrément : Ceci n'est pas une centralisation? Pourtant, ils
vivent ces mêmes réalités que vous décrivez : de grandes écoles, de
petites écoles, d'écoles de tous petits milieux, et eux ne voient pas ça comme
une menace. Pourtant, ils vivent cette réalité-là, là, d'être dans une
toute petite école, peut-être, dans une région éloignée. Comment peuvent-ils
voir ceci comme une opportunité, alors que vous voyez ça comme le contraire?
La Présidente (Mme Thériault) :
M. Beaulieu.
M. Beaulieu (Claude) : Je vais
répondre à ça que, bon, ce que vous parlez, c'est une position associative de
directions d'établissements qui, à partir du projet de loi, voient leur niveau
de responsabilité augmenter et qui pourront, à ce moment-là, revendiquer des augmentations
de salaire. Et je peux vous témoigner de ça parce que je suis un ancien
directeur d'école d'une polyvalente de 3 000 élèves.
Donc, lorsqu'on parle qu'on ne consulte pas les
enseignants, qu'on ne consulte pas les directions d'école... Oui, on les consulte, mais de façon informelle sur
le terrain. Et, ce qu'elles nous disent, les directions d'école sur le terrain
nous disent qu'elles sont débordées, qu'elles aimeraient travailler
beaucoup plus à la pédagogie que d'être obligées de faire des redditions de comptes. Parce que ce projet de loi va obliger
les directions d'école à faire beaucoup de redditions de comptes. Si on lit
profondément ce projet, on s'aperçoit... Moi, lorsque je mets ma lunette de
direction d'école, je m'aperçois que
mon niveau de responsabilité va augmenter, ma tâche va augmenter, mes
responsabilités. Mais est-ce que je vais avoir plus de pouvoir? Non, pas
nécessairement.
La Présidente (Mme Thériault) :
J'ai M. Gilbert. Vous voulez ajouter?
M. Gilbert (Gaétan) :
J'ajouterais aux propos de M. Beaulieu que, pour avoir discuté avec des
directeurs d'établissement... et que je leur ai demandé : Dans le projet
de loi, quels pouvoirs vous sont attribués, quels pouvoirs additionnels vous sont attribués par rapport à ce que vous vivez maintenant? Et ils n'ont pas été capables de m'en nommer
un. Et on pense que les directeurs d'établissement devraient agir beaucoup plus comme leaders pédagogiques que comme
des personnes qui ont à faire des redditions de comptes au ministère pour des
sommes qui leur ont été allouées, par exemple.
Présidente (Mme Thériault) : M. le ministre.
M. Roberge : Là-dessus, je suis assez d'accord, sur le travail de leader
pédagogique des directions d'écoles. Je
pense que c'est ce qu'elles veulent. Mais, avec respect, je trouve
ça un peu insultant, ce qu'a dit monsieur, précédemment,
en disant que, si les directions d'école
veulent une plus grande décentralisation, c'est peut-être parce qu'elles veulent une augmentation de salaire. Je trouve, ça prête des
intentions qui... Je ne sais pas, je trouve ça pas... je trouve que ce n'est
pas une façon de qualifier leur prise de position, comme si c'était une
position qui était intéressée. Plutôt que de vouloir améliorer la réussite des
élèves, ils ne prendraient cette position-là que dans une mesure intéressée,
sachant, selon vos mots, qu'ils compromettent leur capacité d'être des leaders
pédagogiques.
Enfin, j'ai des
doutes là-dessus, d'autant plus que les deux associations nationales de
direction d'école ont pris cette... sont
venues dire : Non, non, ce n'est pas une centralisation. La Fédération des
comités de parents, qui l'ont analysé sérieusement aussi... Le Conseil
supérieur de l'éducation, qui est venu nous dire : Il y a des choses qui
favorisent la réussite éducative dans ce projet de loi, quand on parle, par exemple, au
niveau de la décentralisation... Puis l'Institut du
Nouveau Monde, qui est venu nous dire : «Le dernier gouvernement a réformé
la gouvernance des établissements de santé en réduisant le nombre. On est passé de 269, en
2014, à 34 établissements en 2019...» On parle de la santé, là, cette
comparaison que vous avez faite tantôt. «Les membres des C.A., tout comme les
P.D.G., sont désignés par leurs pairs ou nommés par le ministre.» On parle de la santé, pas de l'éducation. «Les
citoyens n'y ont plus leur place. Les établissements de santé, selon plusieurs observateurs, ont perdu
aussi de leur proximité avec les communautés. Le p.l. n° 40
ne va pas là.»
Alors,
je pense qu'il y a des observateurs externes qui n'ont pas d'intérêt pécunier,
puisque c'est ce que vous croyez, qui
divergent d'opinion. Ceci dit, on peut très bien diverger d'opinion et
continuer de débattre, c'est très bien ainsi. Mais je pense que ce n'est certainement pas un état de
fait. C'est une question de perspective, prenons-le comme ça. Certains le
voient comme une centralisation, d'autres
comme une décentralisation, mais je ne pense pas qu'on peut dire : Voici
un état de fait.
Il y a une commission
scolaire qui est venue nous voir avec quelque chose de très intéressant.
D'abord, ce qu'il y avait d'intéressant,
aussi, c'est qu'eux, ils ont fait cette consultation. Les commissaires ne sont
pas venus parler au nom des
commissaires, ils sont venus parler au nom de l'institution complète. On avait : commissaires, direction générale,
comité de parents. Donc, ils ont fait un travail exhaustif, là, pour
porter la voix de la communauté, la commission scolaire des Laurentides. Ils
sont venus nous voir hier, parlant d'une même voix, nous disant qu'ils étaient
très ouverts au projet de loi n° 40, mais, quand
même, qui nous ont proposé des modifications. Ils ont dit : C'est très bon,
le projet de loi n° 40, on aime bien, mais voici ce qu'on
propose, voici comment le faire. Et ils ont, un peu comme vous, dit : Dans
le projet de loi n° 40,
il y a des choses à améliorer, notamment la question des différents territoires
qu'on peut retrouver sur une commission scolaire, une commission scolaire qui
est en région, qui est très, très grande, qui a des milieux urbains, des
milieux très éloignés. C'est leur cas
aussi. Et ils nous sont arrivé avec cette notion de districts, en disant :
Bien, on pourrait penser qu'une commission scolaire, pour l'élection de
parents au conseil d'administration, se divise en territoires, incluant écoles
secondaires, écoles primaires, comme des bassins, puis en disant : Bien,
on pourrait diviser une commission scolaire en
quatre, en cinq districts, ce qui permettrait d'avoir, de leur point de vue... — je me fais un peu le porte-parole de ce qu'ils
ont dit pour tester leurs idées avec
vous — de
dire : Bien, on pourrait avoir le bénéfice d'avoir un conseil
d'administration, d'avoir des gens du
milieu sur le C.A., ce qu'on n'a pas en ce moment, d'avoir des gens de la
communauté, mais d'avoir des parents
qui représentent aussi les différents territoires, en ayant en tête qu'il y en
a qui peut-être sont de régions très éloignées,
très petites écoles, peut-être plus défavorisées puis d'autres écoles peut-être
plus favorisées, avec des milieux différents.
Donc,
qu'est-ce que vous pensez de cette proposition-là de vos collègues commissaires
qui accueillent favorablement le projet de loi n° 40,
mais qui proposent de le bonifier?
La Présidente
(Mme Thériault) : Dans un premier temps, j'ai M. Beaulieu
qui voulait répondre à la première portion de votre intervention, M. le
ministre. Par la suite, il y aura M. Gilbert. M. Beaulieu.
M. Beaulieu
(Claude) : O.K. Je veux juste... un point d'information. Vous savez
que le salaire d'un directeur d'une école, au Québec, versus le salaire d'un
enseignant en Ontario... puis nous, on vit dans une région frontalière,
l'Outaouais, donc, c'est sensiblement le même. Donc, c'est très problématique.
C'est pour ça que j'ai affirmé, tantôt, concernant les représentations
associatives...
Maintenant,
concernant certaines commissions scolaires qui sont venues ici, qui se sont
dites favorables à certains points du projet
de loi n° 40, moi, je me dis : Oui, effectivement, il y
a peut-être des propositions qui peuvent être intéressantes. Mais on ne peut pas prendre juste une proposition puis
dire : Ça, c'est bon, telle proposition, ça, c'est bon, un peu comme si on ferait du shopping — je m'excuse de l'expression anglophone,
là — parce
que je pense qu'on est rendu ailleurs.
On est rendu à un point où il faut faire le point sur l'état de l'éducation au
Québec puis qu'est-ce qu'on peut faire pour améliorer la réussite
éducative. Ce n'est pas en changeant les structures avec les idées de certaines
personnes, c'est tout le monde ensemble.
Puis ce qu'on vous dit, M. le ministre, là, c'est que, tout le monde ensemble,
si on s'assoit, que ça soit un forum,
que ça soit des états généraux, que ça soit un livre blanc, on va trouver des
solutions qui vont améliorer la réussite des élèves.
Mais,
présentement, si je regarde le projet de loi puis, si je mets mes lunettes
d'enseignant, j'ai été 20 ans enseignant au secondaire, j'ai été 10 ans directeur de la plus grosse
polyvalente au Québec, puis là, maintenant, je suis président de commission
scolaire, puis je ne vois pas beaucoup d'éléments là-dedans qui vont améliorer
la réussite éducative des jeunes. On a un problème avec une pénurie de
personnel. On a un problème avec la différence de résultats entre les garçons et les filles. Dans ce projet-là, je ne vois rien
de solution puis je ne vois pas, en changeant la structure, que ça va
s'améliorer.
vois qu'on peut améliorer le système d'éducation, oui, mais en travaillant tous
ensemble à trouver un modèle. Oui, on est ouverts à un renouveau au niveau de
la gouvernance scolaire, je pense que la fédération l'a dit, et ainsi de
suite. Mais ce n'est pas de trouver des
solutions qui feraient l'affaire à certains groupes, c'est tous ensemble qu'il
faut travailler à trouver des solutions à améliorer la gouvernance et
aussi favoriser la réussite des élèves.
La Présidente (Mme Thériault) :
M. Gilbert.
M. Gilbert (Gaétan) : En fait,
M. Beaulieu a presque dit tout mon propos. Par contre, je tiens à vous
rappeler, M. le ministre, qu'il y a une commission scolaire qui s'est
prononcée en faveur de votre projet ou en faveur d'améliorations de
votre projet. Il y a par contre 73 autres commissions scolaires au Québec
qui disent le contraire. Donc, c'est normal qu'il
y ait une commission scolaire qui pense comme ça, et ils ont le droit, mais il
faut se rappeler qu'il y en a 60 quelques autres qui sont contre.
La Présidente (Mme Thériault) :
Mme Laporte Joly, vous avez une idée...
Mme Laporte
Joly (Lyne) : Je voudrais
juste vous donner un exemple comme quoi ce n'est pas applicable chez nous, à
la Baie-James. Tantôt, j'ai parlé de l'école de Radisson, qui
est loin, qui est toute seule, que j'ai de la misère aussi à former des
conseils d'établissements là. J'ai aussi Val-Paradis, qui est à trois heures de
toutes les autres localités, qui, là, mon
conseil d'établissement n'est pas encore formé. Et alors, à ce moment-là, qui
va élire les parents si c'est par district? Parce que, par district,
chez nous, il faut que ça soit ça, là, un district à Radisson, un district à
Val-Paradis, un district à Matagami, un
autre à Lebel-sur-Quévillon puis l'autre à Chapais-Chibougamau. Alors, quand tu
as de la misère à former ces conseils d'établissement là, qui va élire
ces gens-là sur les districts, comme la commission scolaire a parlé...
La Présidente (Mme Thériault) :
M. le ministre.
M. Roberge :
Oui, bien, juste répondre à ce qu'on a dit... Vous dites : Ah! je ne vois
pas de choses, là, qui peuvent améliorer la réussite dans ce projet de
loi. Moi, je me souviens d'avoir posé la question à M. Ouellet, de
l'AQPDE : Est-ce qu'en améliorant la
gouvernance et la prise de décision avec la subsidiarité, avec la gestion
collaborative... est-ce qu'on pourrait améliorer le climat dans nos
écoles, la réussite des élèves? Sa réponse : Absolument.
Donc, bien
sûr, qu'on peut lutter contre la pénurie de main-d'oeuvre, recruter des
directions, recruter des enseignants, recruter
des cadres scolaires, améliorer nos programmes, revoir l'Éthique et culture
religieuse, rénover nos écoles. On peut tout faire ça, puis on peut
aussi améliorer notre gouvernance scolaire, et ne pas opposer deux, ou trois,
ou quatre, ou cinq bonnes idées. Je pense qu'il y a un ensemble de bonnes
idées.
Sur ce que
madame vient de dire, sur le fait qu'il y a certaines écoles où on n'a pas
encore un conseil d'établissement qui
est formé, bien, avec respect, ce que vous me décrivez, c'est la situation
actuelle, c'est là en ce moment, c'est le problème qu'on retrouve aujourd'hui.
Maintenant, je trouve ça particulier de parler de la situation actuelle, de
nommer les problèmes et de
dire : Bien, ne changeons pas. S'il peut y avoir des problèmes en ce
moment, justement, c'est ça qui doit nous mobiliser pour revoir la
gouvernance, et ce n'est pas magique.
Le projet de
loi n° 40, comme d'autres projets de loi, ne viendra pas
régler tous les problèmes du monde et s'assurer que, sur une petite école éloignée, il y aura nécessairement, avec le
projet de loi n° 40, par magie, des conseils d'établissement
pleins. On peut le souhaiter. On peut faire
tout ce qu'on peut pour l'améliorer puis penser qu'on pose des gestes qui
amènent vers ça, une plus grande mobilisation, ou on peut ne rien faire puis
vivre avec les problèmes du système actuel, que vous nommez bien. Mais
je pense qu'il faut quand même essayer d'améliorer, là, le réseau, ne jamais
perdre une occasion d'améliorer le réseau,
la gouvernance, même si l'amélioration ne nous amènera pas à un réseau qui est
parfait, s'il est meilleur... On a la responsabilité d'avancer.
Et je vais... Évidemment, je pense, madame veut
réagir, mais, pour la suite, je veux tout de suite vous dire, Mme la
Présidente, que je céderai la parole à mon collègue de Richelieu.
La Présidente (Mme Thériault) :
D'accord, pas de problème. Donc, j'ai Mme Laporte Joly puis j'ai
M. Gilbert aussi...
Mme Laporte Joly (Lyne) : Je
veux juste dire que c'est un problème actuel, mais qui perdure depuis déjà plusieurs années. Et, oui, on est d'accord pour
améliorer l'éducation au Québec, mais on aimerait que ça passe par une vaste
consultation, ne pas juste aller consulter
les gens de l'éducation ou ceux que vous invitez à cette commission-ci, mais la
population au complet devrait faire
partie du débat, parce que l'éducation, ça
appartient à tout le monde.
La Présidente (Mme Thériault) :
M. Gilbert.
M. Gilbert (Gaétan) :
J'ajouterai à ces propos, M. le ministre, que le système d'éducation au Québec
est classé par l'OCDE parmi un des meilleurs
systèmes au monde, que nos jeunes se classent parmi les meilleurs au monde.
Les commissions scolaires, dans la grande majorité, respectent leurs budgets.
Les taux... Les coûts de gestion sont inférieurs
à 5 %. On n'a jamais vu ça ailleurs. On est des exemples de partenariat
avec nos municipalités. Pouvez-vous me dire
pourquoi on fait ça? Pourquoi on fait ce changement-là? Pourquoi on prend ce
risque face à une institution qui fonctionne très bien?
La Présidente
(Mme Thériault) : On est rendus à M. le député de Richelieu.
M. Émond :
Merci, Mme la Présidente. Mme Laporte Joly, M. Gilbert,
M. Beaulieu, M. Crevier, merci pour votre présence. Merci de vous
être déplacés dans votre Assemblée nationale pour faire valoir vos points.
C'est intéressant et c'est tout à votre honneur.
Je salue
également M. le maire, M. Corbeil, qui est à l'arrière avec vous, que j'ai
eu le plaisir de rencontrer dans le
cadre d'un projet de loi privé ici voilà quelques mois. Ce fut bref mais
agréable. Je vous voyais également sourire tantôt, lorsque notre présidente évoquait les règles
parlementaires, de se nommer par les titres et non pas par les noms. Ça m'a pris moi-même beaucoup de temps à m'habituer, Mme
la Présidente. M. Corbeil a bien connu ça dans une vie antérieure,
alors que vous étiez député.
Puis, dans le
cadre de cette intervention-là, tantôt, les oreilles m'ont frisé un petit peu,
parce qu'il y avait... Vous avez évoqué des similitudes entre la réforme
du député actuel de La Pinière et le projet de loi mis en place par
l'actuel ministre de l'Éducation. Et puis, à chaque fois, moi, que des groupes,
puis je le dis en tout respect, là, font ce genre de rapprochement ou de
similitude, j'ai moi-même un sourire, parce que je ne vois aucun point de
convergence entre ces deux projets de loi, ces deux lois, entre autres, au
niveau de la gouvernance, puisque le député de La Pinière s'était, à l'époque, autorisé... inscrit dans la loi le droit de nommer
lui-même les membres des conseils
d'administration, tandis que, dans le
projet de loi que nous étudions aujourd'hui, c'est tout
à fait le contraire, puisque les
membres des conseils d'administration
seront nommés par leurs pairs, ce qui... Pour moi, ça fait vraiment toute une
différence.
Mais
j'aimerais vous ramener... J'aimerais vous parler de l'implication des parents,
parce que, dans les groupes qu'on a
entendus précédemment, beaucoup de gens ont soulevé des interrogations quant à la
capacité des parents, la volonté des parents
à s'impliquer davantage au sein des conseils d'établissement ou des conseils d'administration, allant même jusqu'à
quasiment dire leur capacité de le faire en
tant que parents et non pas en tant que spécialistes de l'éducation ou des
jeunes.
Puis pourtant
on a rencontré d'autres groupes, des associations de parents avec qui on a eu
des échanges vraiment stimulants, qu'eux nous disaient, au contraire,
qu'il y a une soif, il y a un appétit des parents au Québec de s'impliquer davantage dans le système d'éducation, et qu'ils
le font très bien. On avait, hier, avec nous, deux dames, deux personnes
avec... mères de plusieurs enfants puis qui
s'impliquaient depuis de nombreuses années dans leurs mouvements citoyens.
Ça, je trouve ça très bien.
Puis il faut
se rappeler que, dans le projet de loi, il y a de la formation qui est prévue
pour toutes ces personnes qui vont vouloir s'impliquer. J'ai moi-même siégé sur
de nombreux conseils d'administration, Mme la Présidente, entre autres, une association d'aidants naturels dans ma
circonscription, puis je n'avais aucunement la prétention d'être un spécialiste
des aidants naturels en m'y présentant, mais
je pense qu'un peu comme ici, à l'Assemblée nationale... Moi, je trouve ça
très bien, que les 125 députés aient tous des parcours différents. Alors,
ça amène une pluralité des voix, une différence d'opinions et de points de vue. Puis je pense que tout le monde est en
mesure de contribuer à leur façon, et surtout les parents aussi, au
système d'éducation.
Un long
préambule, je m'en excuse, mais pour vous demander comment, selon vous, on
pourrait inciter davantage les parents,
dans vos régions respectives... Tantôt, vous avez évoqué que vos territoires
sont immenses. On en convient. De quelle
manière on pourrait favoriser encore davantage l'implication des parents puis
favoriser le recrutement de ceux-ci?
La Présidente (Mme Thériault) :
M. Gilbert.
M. Gilbert
(Gaétan) : Je vous
répondrais de la façon suivante, monsieur. Il est bien connu que, pour faire
réussir nos jeunes, il est important
que les parents aient le temps de les supporter et de les encourager dans la réalisation de leurs projets. Il est également
bien connu que, pour faire en sorte qu'on améliore la réussite et
la persévérance scolaires, ça prend la
mobilisation de toute la communauté. C'est le modèle qu'on a appliqué chez nous. J'ai
un énorme respect pour les parents. Et
ça nous a permis une amélioration de 14,6 %, dans ma commission scolaire, du taux de diplomation sur une période de quatre ans, en grande
partie à cause qu'on est parvenus à mobiliser toute la communauté.
Également,
je comprends qu'il y a des parents qui veulent s'impliquer, aucun
problème avec ça, et je les encourage à
le faire. Et, pour s'assurer qu'il y
ait une représentation équitable sur
tous les territoires pour toutes les écoles, qu'elles soient
dans les milieux favorisés, défavorisés, il y a une façon très simple, c'est de
s'assurer qu'il y ait des élections, et, à ce moment-là, tous les parents qui le désirent pourront se
présenter, se faire élire et même former 100 % du conseil des commissaires.
La Présidente (Mme Thériault) :
M. le député de Richelieu.
M. Émond : Combien de temps
reste-t-il?
La Présidente (Mme Thériault) :
2 min 20 s.
M. Émond : Je vais laisser, si
vous le permettez, la parole à mon collègue de Saint-Jérôme.
La Présidente (Mme Thériault) :
D'accord. M. le député de Saint-Jérôme, 2 min 15 s.
M. Chassin : Merci. Merci à vous de votre présentation. J'ai
peu de temps, mais j'ai quand même quelque
chose que j'aimerais bien comprendre
dans votre présentation. Puis là je ne me rappelle plus si c'est vous ou si
c'est Mme Joly, mais... qui avait parlé, dans le fond, que c'est possible, par
exemple, — je crois que c'est vous — que
des parents puissent, par exemple, choisir de laisser leurs enfants dans une école qui est plus pratique
pour eux ou encore qui offre un parcours qui leur semble, aux parents, mieux adapté aux besoins de leurs enfants,
et que vous sembliez, là, dans le fond, établir cette possibilité qui serait donnée aux parents comme un
problème en termes, par exemple, j'imagine, là, de désorganisation des services,
par exemple, pour une école d'une
plus petite communauté, puis là je voulais vérifier avec vous. Est-ce que
je vous ai bien compris?
M. Beaulieu (Claude) : Mme la
Présidente, est-ce que je peux répondre?
La Présidente (Mme Thériault) :
Oui, M. Beaulieu.
M. Beaulieu
(Claude) : Il y a
une particularité en Outaouais. En
Outaouais, on est une ville qui... Dans l'Outaouais, la ville de Gatineau, c'est une ville qui est
située... frontalière avec l'Ontario. Comme vous le savez, il y a environ 50 000 personnes, chaque jour, qui
traversent les ponts pour aller travailler en Ontario. Donc, selon ce qui est
indiqué dans le projet de loi, la
façon qu'on l'interprète, bien, les parents de l'est et de l'ouest iraient tous
dans la même direction vers leur travail, laisseraient les enfants dans
les écoles qui seraient situées sur leur chemin.
Je prends un
exemple, la ville... la municipalité de Val-des-Monts, qui est située dans un
milieu rural, la majorité des gens
travaille en Ontario. Donc, ces gens-là vont être portés de les laisser dans
des... au niveau urbain, leurs enfants, et ça va créer, au niveau des milieux
ruraux, des jeunes qui vont déserter ces écoles-là. C'est dans ce sens-là qu'il
a été fait... nos propos dans le mémoire.
M. Chassin : Est-ce que vous pensez que les conseils
d'établissement... Par exemple, un conseil d'établissement d'une école à Val-des-Monts pourrait dire :
Bien, sachant qu'il y a effectivement des enjeux pour les parents, on va
s'assurer que les services qu'offre
notre école, dans le fond, répondent d'autant mieux à cette clientèle-là, d'une
part. Et, d'autre part, s'ils ont le choix, est-ce que c'est vraiment un
problème?
La Présidente (Mme Thériault) :
Rapidement.
M. Beaulieu
(Claude) : Ça pourrait être un problème, parce que, comme vous savez,
là, les problématiques de transport
dans l'Outaouais, là... Pour les parents, au niveau de leur qualité de vie, si
on peut faciliter le transport pour eux lorsqu'ils vont mener les enfants à l'école, et ainsi de suite, là, ça
peut être très facilitant. Donc, c'est pour ça, nos craintes au niveau
du projet de loi.
Présidente (Mme Thériault) : Merci. Donc, ça met fin au bloc avec
les députés ministériels. Donc, maintenant, l'opposition officielle, Mme
la députée de Saint-Laurent, 15 min 40 s.
Mme Rizqy :
Merci beaucoup. Bienvenue parmi nous. Je souligne aussi la présence du maire de
Val-d'Or, qui est aussi dans la salle, une salle bien remplie. Donc, je
sens que cet enjeu, le projet de loi, la réforme suscite beaucoup, beaucoup de questionnements. Et ça me fait
toujours un peu sourire lorsque j'entends le ministre parler de la réforme en
santé pour son comparable. Il n'aime pas
trop se faire comparer à la réforme en santé, alors que plusieurs disent que
c'est probablement la pire réforme ici en matière d'éducation.
Hier, on a eu
la chance, effectivement, d'entendre deux groupes, Je protège mon école
publique, mais aussi le comité de
parents de la CSDM, qui est une grosse commission scolaire, qui nous ont fait
un tableau. Pour une fois que ce n'est pas moi qui le fais, alors je suis contente. Alors, ici, c'était un tableau
où est-ce qu'on voyait qu'il y avait différents comités de parents, et qu'après la réforme on voit que le
ministre, lui, grossit beaucoup, beaucoup, beaucoup, comme par exemple, il
centralise les pouvoirs, mais les comités de parents, eux, ne sont plus là.
Vous, là, en
région, est-ce que c'est hyperimportant d'avoir ces différents comités de
parents? Puis on parle de comités de parents primaire, secondaire, puis aussi
un quatrième poste, mais un qui est particulier, qui nous est cher, un comité
de parents pour élèves handicapés et élèves
en difficulté d'apprentissage et d'adaptation. Est-ce que ça, c'est redonner
des pouvoirs aux parents, quand ces comités disparaissent?
La Présidente (Mme Thériault) :
Oui, allez-y, M. Beaulieu.
M. Beaulieu (Claude) : Oui, on
est très inquiets, surtout qu'on l'a mentionné dans notre mémoire, à savoir
qu'il n'y aurait plus de parent commissaire qui va représenter les élèves
EHDAA. Ça, c'est très problématique.
Présentement,
nous, on peut dire, dans nos commissions scolaires, les comités de parents, ça
fonctionne très bien. Ça fonctionne
très bien aussi avec les parents commissaires. Chacun connaît ses
responsabilités. Et il y a beaucoup ce que j'appelle de pratiques
collaboratives entre les parents commissaires et les parents, et le comité de
parents.
Donc, moi, présentement... Le modèle qu'on a
présentement, il est performant. Il est performant, puis, si vous demandez aux
parents de chez nous si ce modèle-là est performant, ils vont vous répondre à
l'affirmative. Donc, moi, je ne vois pas l'amélioration au niveau de la
participation dans ce projet de loi là, O.K.? Est-ce qu'ils voulaient avoir des gains pour les parents? J'ai écouté
effectivement les parents de la commission scolaire de Montréal, O.K., et je
suis entièrement d'accord avec ce qu'ils ont
mentionné. Effectivement, il y a une perte au niveau de la participation des
parents.
Et ce qui m'inquiète encore plus dans
le projet de loi... Au niveau de principes de gouvernance, on veut déjà, cette
année, que ce soient les gens en place, qui
sont au conseil d'établissement, qui vont élire, qui vont voter, qui vont
choisir des gens pour être les
commissaires présentement. Et ces gens-là, lorsqu'ils se sont présentés aux
conseils d'établissement, on ne leur avait pas mentionné que c'était
pour arriver, ces responsabilités-là.
Là, maintenant, on
demande à des gens des responsabilités que... Ils n'ont pas pris cet
engagement-là. On dit à ces gens-là :
Maintenant, vous allez voter pour, et vous allez élire des commissaires au
conseil d'administration, et vous allez
même élire un président. Je pense que, quand ces gens-là ont accepté la charge
des deux conseils d'établissement, ils n'étaient pas nécessairement
favorables avec ça.
on vous parle dans notre mémoire qu'il y a une problématique présentement de
parents qui participent aux AGA pour voter des membres. On est une
polyvalente de 1 200 élèves. Neuf parents se sont présentés pour
élire les membres. Écoutez, si on passe à six membres, bien, il y a seulement
trois parents qui ne seront pas choisis, je crois, là.
La Présidente
(Mme Thériault) : Mme la députée.
Mme Rizqy : Oui. Tantôt, le ministre faisait quelques reproches, trouvait
insultant lorsque... lui, sa compréhension, lorsqu'il était question
des salaires... Pourtant, il n'y a pas juste en éducation que, des fois, il y a
des insultes qui se passent, en enseignement supérieur aussi. Vous avez sûrement suivi nos travaux la semaine passée, avec tout le
cafouillage qui est arrivé avec le programme Expérience québécoise, où est-ce que le premier
ministre disait que les universités...
bien oui, les étudiants
internationaux, c'est pour se remplir les coffres, les maires... pardon, les
présidents de chambres de commerce, c'est parce qu'ils veulent du cheap
labor.
Maintenant,
parlons de vous. On a déjà entendu aussi : Vous, vous êtes là pour,
évidemment, sauver vos jobs, vous faites des millions.
La Présidente
(Mme Thériault) : M. Beaulieu.
M. Beaulieu
(Claude) : Regardez, moi, là, j'ai un salaire de 35 000 $,
pour un travail qui me prend environ 25 heures
par semaine, et j'étais directeur d'une polyvalente de 3 000. Donc, on ne
parle pas du même niveau salarial pour des
responsabilités qui sont quand même très importantes, donc, et, même cette
année, à cause des lois de l'impôt fédéral, on a eu une diminution de salaire. Je ne connais pas beaucoup de groupes
qui ont eu des diminutions de salaire cette année. Nous, on a été
victimes de ça.
Donc,
moi, je pense que, présentement, pourquoi on est là, les commissaires, les
présidents de commission scolaire, c'est
parce qu'on a... Ce n'est pas une question d'argent tant que ça. On est des
gens de coeur, des gens qui croient à la réussite, des gens qui sont engagés. Si vous regardez dans notre
mémoire, là, regardez le nombre d'organismes sur lesquels on siège, c'est impressionnant. Le nombre de
partenariats qu'on a développés... On a des partenariats avec les maisons de
la culture. On a des partenariats avec plein, plein d'organismes, et ça
fonctionne bien.
Mme Rizqy :
Parlons-en, de ces partenariats. Dans la
Loi sur l'instruction publique, les
commissions scolaires ont un rôle de
développement économique régional, et ça, vous le faites déjà. J'aimerais ça,
entendre, là, justement, en région, comment vous faites ce rôle et que...
Ah! vous avez déjà levé la main, vous, allez-y, oui, certainement.
La Présidente
(Mme Thériault) : M. Gilbert, allez-y.
M. Gilbert
(Gaétan) : En fait, je suis très heureux que vous nous posiez cette
question-là, parce que, dans ma commission
scolaire, on s'est fait un devoir de
travailler en partenariat avec les municipalités, et pourquoi on se fait un devoir, c'est que ça permet d'offrir davantage
de services à nos élèves, que ce soient des piscines, des plateaux sportifs,
des terrains de baseball, des terrains de soccer, des pistes
d'athlétisme, qu'on ne pourrait pas se payer si on n'était pas en partenariat
avec la municipalité.
bien au-delà de ça, en plus d'aider nos jeunes, ça permet à tous
nos citoyens aussi d'utiliser ces infrastructures-là à moindre coût. Et, là aussi, si on n'avait pas ce
partenariat-là, les municipalités ne pourraient pas se payer toutes les infrastructures qu'on se paie grâce à ces partenariats. Donc, c'est gagnant pour tout le monde, et je pense que c'est une façon efficiente d'utiliser les fonds
publics pour offrir le maximum de services possible.
La Présidente
(Mme Thériault) : M. Beaulieu.
M. Beaulieu
(Claude) : C'est un exemple.
Puis on a construit une école récemment à la municipalité de Val-des-Monts. C'est une école en milieu rural et
ça a été très problématique, trouver un terrain. On a eu des discussions
politiques avec le maire de Val-des-Monts et les commissaires pour trouver une
entente pour qu'ils puissent nous fournir un terrain et aussi développer un projet de gymnase communautaire. Donc,
c'est le genre de partenariats qu'on fait avec les parents de
Val-des-Monts, les élus politiques, et ainsi de suite.
Advenant qu'il y a
plus de présidents de commissions scolaires qui sont élus démocratiquement, ça
enlève un pouvoir de négociation, un pouvoir
politique qui est essentiel en région et qui apporte de nombreux gains, parce
que vous l'avez vu avec la liste de projets qu'on a mentionnés dans le
mémoire, et ça, ça risque d'être complètement annulé.
Mme Rizqy :
Bien, tantôt, Mme Laporte Joly, vous avez dit que, pour vous, là, le
projet de loi, là, ça ne s'applique pas dans votre région. Pouvez-vous
expliquer un peu plus, pour les gens qui nous écoutent, pourquoi ça ne
s'applique pas?
Présidente (Mme Thériault) : Mme Joly.
Mme Laporte Joly (Lyne) : Premièrement, parce qu'on a vraiment une grande région.
Les conseils d'établissement, c'est difficile de les motiver pour
qu'ils puissent être créés, et on a vraiment besoin de la population. Si je
veux vraiment avoir des représentants de partout sur le territoire, il ne faut
pas que ce soit juste des parents qui s'impliquent au conseil d'établissement, qui sont là pour leurs enfants, mais il faut que ce soit vraiment
des gens de la population qui puissent être élus pour être sur le conseil
d'administration.
Par exemple, chez nous, sur 17 commissaires au total, c'est 17 parents ou grands-parents, et huit
de ces 17 parents là ont déjà des enfants à l'école. Et les autres
qui sont là, ça, ils ont des expertises en ressources humaines, en ressources financières, en comptabilité, au niveau municipal,
au niveau de la santé, et deux ont moins de 35 ans. Alors, on a déjà tout
ça autour de la table. Alors, pourquoi changer quelque chose qui fonctionne
déjà?
Mme Rizqy :
Dites-moi, aujourd'hui, on entend l'Abitibi-Témiscamingue, l'Outaouais et
Baie-James tous réunis ensemble. Le
projet de loi prévoit, justement, que, par décret, le ministre peut réunir les
différents centres de services. Est-ce que ça, ça pourrait être un
danger assez important pour la réalité régionale?
La Présidente
(Mme Thériault) : Mme Laporte Joly.
Mme Laporte
Joly (Lyne) : Alors, j'ai déjà un territoire de
350 000 kilomètres carrés. Est-ce que vous voulez vraiment que je
fasse une fusion soit avec l'Abitibi-Témiscamingue soit avec le Saguenay—Lac-Saint-Jean?
Alors, quand je vais en
Abitibi-Témiscamingue, c'est le même kilométrage que si je viens à Québec.
Aussi bien me fusionner avec Québec, ça serait la même chose en
kilométrage. Alors, c'est un non-sens pour notre commission scolaire.
Mme Rizqy :
Puis, pour le conseil d'administration, comment on va s'assurer que le projet
de loi actuel... que, justement, il y ait des parents de différentes régions ou
de toutes les régions qui vont y être?
La Présidente
(Mme Thériault) : M. Beaulieu?
M. Gilbert (Gaétan) : C'est moi? Merci. Je pense qu'il faut se rappeler
que l'éducation, et on l'a dit à plusieurs reprises ici, c'est un bien public.
Il me semble que ce serait normal que le conseil d'administration soit
redevable à toute la population. Il
me semble que ce serait normal que tous les citoyens aient le droit de
participer à ce conseil d'administration. Et, à plusieurs reprises, il a
été identifié que le projet de loi, tel que présenté, apportait des problèmes
de représentation équitable sur tout le
territoire, comme Mme Laporte Joly le fait. Comme je le disais tout à
l'heure, il y a une façon simple de
régler ça, c'est de garder la démocratie scolaire, qui permet une
représentation équitable partout sur le territoire et qui permet à toute la population d'être membre du
conseil d'administration, et, à ce moment-là, ils sont redevables à la
population.
La Présidente
(Mme Thériault) : Merci. Mme la députée des Mille-Îles, quatre
minutes.
Mme Charbonneau :
Merci, Mme la Présidente. Messieurs, merci d'être avec nous ce matin. Je pense
que vous avez un peu l'habitude.
Maintenant, on se fréquente un peu plus souvent depuis quelques années puisque
la question surgit souvent. Et je
crois bien sincèrement... Puis j'adhère à ce que vous dites. Vous n'êtes pas
les premiers à le dire. C'est clair qu'on ne cite pas les gens qui ne
disent pas comme... mais on va, au moins, vous dire que vous n'êtes pas les
premiers à dire que des états généraux feraient du bien au Québec et à
l'éducation pour pouvoir le regarder dans son ensemble.
Quand vous parlez des
possibles fusions qui pourraient être faites, naturellement, vous avez compris
que ce ne serait pas pris à partir des conseils d'administration, mais à partir
du bureau du ministre, si jamais fusion il y avait. Mais, malgré cette crainte, que pensez-vous du fait... Parce que vous
êtes une région qui est très unie, qui parle ensemble et qui parle conjointement, qui a de belles
affiliations. Dans une proposition que nous avons reçue, on a perçu une écoute
active si jamais il y avait des conseils d'administration et qu'on pouvait y
joindre un élu municipal, donc un politique municipal,
mais plus de politique scolaire. Vous voyez ça comment, vous, dans la
perspective de pouvoir parler pour les citoyens d'une région?
La Présidente
(Mme Thériault) : M. Beaulieu.
M. Beaulieu
(Claude) : Je peux répondre. Présentement, on siège déjà sur des
tables avec les élus municipaux, on a beaucoup
d'échanges. Je regarde... Présentement, je siège sur la table de la commission
des loisirs, où siègent le maire et trois conseillers. Donc, moi, je pense que,
si on... Et j'en ai parlé au niveau... tantôt, en disant... en mentionnant
qu'on risque d'avoir des conflits de
rôles à partir de ces gens-là.
Écoutez, on négocie des protocoles d'entente avec les municipalités et on va avoir quelqu'un assis à la table du
conseil d'administration, avec qui on négocie. Donc, ça va être conflictuel,
autant que ça va être conflictuel dans le conseil d'administration, la
composition au niveau du personnel de soutien ou autre. Qu'est-ce qu'on va faire lorsqu'on
va parler de congédiement? Qu'est-ce
qu'on va faire lorsqu'on va parler d'évaluation du directeur général?
C'est des éléments qui, je crois, sont incompatibles avec une saine gouvernance.
La Présidente (Mme Thériault) :
Mme la députée.
Mme Charbonneau : C'est intéressant que vous apportiez le principe
de conflit d'intérêts entre juge et
jury. Être assis à la même table que
son patron et avoir la disponibilité de critiquer les gestes qu'on pose, ça
doit être quand même assez difficile,
sachant que, le lendemain, je redeviens un employé et mon patron reste mon
patron. Donc, vous faites bien de nous le souligner.
Malgré que
vous êtes en région, on oublie quelquefois de poser cette question, puis moi,
j'aimerais bien vous entendre sur le
principe qui fait qu'on aura une commission scolaire anglophone avec des
élections et des gens choisis par le milieu et un conseil d'administration francophone où là ça sera des gens qui
vont venir d'une autre façon. Vous voyez ça comment, la disparité entre
les anglophones et les francophones?
M. Beaulieu (Claude) : Je peux
prendre la parole?
La Présidente (Mme Thériault) :
M. Beaulieu.
M. Beaulieu (Claude) : La
région de l'Outaouais a été échaudée à cause de la différence au niveau des
taxes. Vous vous souvenez, les taxes
scolaires, les anglophones payaient le tiers de ce que les francophones
payaient. Et, nous, c'est nous, les présidents de commissions scolaires,
qui ont mené ce débat-là en rencontrant le ministre une dizaine de fois, les députés, demandant à tous les présidents
de conseils d'établissement d'envoyer des lettres, envoyer des lettres à la
population aussi, disant de déplorer,
dénoncer cette situation-là. Et, finalement, on a eu un changement avec le
précédent gouvernement et un autre changement avec ce gouvernement-ci au
niveau de la taxation.
Donc, pour
nous, je pense que c'est important d'avoir cette portée politique, cette portée
de pouvoir affirmer... être un rempart contre certains dossiers, comme
personnages politiques. Et moi, je pense que, présentement, avec le projet de loi, on n'a plus ce rempart-là des porte-parole
politiques qui sont les présidents de commissions scolaires. Ça va être
très problématique.
Je donne un
exemple. On a souvent du financement de la part du ministère. Je donne un
exemple, le combo qu'on a eu au
niveau informatique. Pour les gens qui sont habitués avec ce langage-là, ce
financement-là arrivait par établissement et non par le nombre d'élèves. Bien, il y a des établissements qui
avaient 2 500 élèves, qui avaient un financement de
5 000 $, puis une petite école avec trois établissements,
bien, ils avaient trois fois 5 000 $.
Nous, comme
étant des porte-parole politiques, on peut dénoncer ces choses-là. Est-ce qu'un
directeur général qui est dans le nouveau modèle pourrait faire ces
choses-là? Donc, je pense, c'est important, cette
partie politique que sont
présentement les commissaires et que sont les présidents. Et nous, on est
neutre. On est neutre, on n'est pas en faveur... On n'est pas pour les
enseignants. On n'est pas pour les parents. On est pour la réussite des élèves.
C'est ça, notre rôle.
Présidente (Mme Thériault) : Et ceci met fin au bloc d'échange
avec l'opposition officielle. Donc, je me tourne maintenant vers la
députée de Sherbrooke pour son bloc de 3 min 45 s. Mme la
députée de Sherbrooke.
Mme Labrie :
Je vais continuer sur le même sujet, parce que vous l'avez dit, dans votre
présentation, qu'il y avait la perte
d'un porte-parole citoyen au profit d'un porte-parole administratif. Vous avez
mentionné dans votre mémoire que le
ministre augmente les responsabilités des écoles, mais rapatrie les pouvoirs
politiques des citoyens en son ministère. Cette perte de voix politique là, vous venez de dire que c'est une perte de
rempart. J'aimerais ça que vous me parliez de ce que ça représente.
Pourquoi c'est grave en particulier pour les régions, la perte d'une voix
politique?
La Présidente (Mme Thériault) :
M. Gilbert, Mme Laporte Joly? Je ne sais pas qui veut y aller.
M. Gilbert (Gaétan) : Oui,
O.K., merci. C'est un bon point que vous nous apportez là, et merci de me
donner l'occasion d'en parler. Avec le projet de loi n° 40,
la proposition qu'il y a sur la table, c'est que le directeur général devienne le porte-parole du centre de services, et
non le président du conseil d'administration. Et, en tant que haut
fonctionnaire, le directeur général a un devoir de réserve envers le
ministre. Donc, advenant le cas où... On va prendre l'exemple que le ministre aurait l'intention de fusionner des centres de
services. Qui va pouvoir dire ou qui va avoir la parole pour dire que ce
n'est peut-être pas une bonne chose?
La Présidente (Mme Thériault) :
Mme la députée ou, Mme Laporte Joly, voulez-vous compléter?
Mme Laporte
Joly (Lyne) : Oui. Dans mon
cas, je suis présidente de la commission
scolaire, mais je ne peux pas couvrir
tout le territoire. Puis je suis contente d'être la porte-parole, mais, pour
couvrir mon territoire, j'ai besoin de mes commissaires qui peuvent parler en mon nom, qui vont pouvoir aller me
représenter dans chacune de leurs localités. Alors, ça, c'est important.
La Présidente (Mme Thériault) :
Mme la députée de Sherbrooke.
Mme Labrie : Vous avez présenté
deux mémoires séparés qui soulèvent des préoccupations spécifiques à vos différentes régions, vous l'avez nommé, la
question de la représentativité de dife férents territoires. En Outaouais, il y
a la question de l'inscription dans
un autre centre de services scolaire qui vous inquiète particulièrement. C'est
propre à vos réalités régionales.
Avez-vous l'impression que ce projet de loi là a été préparé sans tenir compte
des différentes réalités régionales
qui existent au Québec et qu'il propose un modèle unilatéral qui ne répond pas
aux besoins des différentes régions?
M. Beaulieu
(Claude) : Effectivement, moi, je pense que ce projet de loi là ne
tient pas compte des réalités régionales. Il y a beaucoup d'éléments là-dedans
qui vont nuire aux réalités régionales. On dit souvent que le diable se cache
dans les détails, mais là, je pense, c'est... le diable ne se cache même pas.
Mme Labrie : Vous avez... Oui.
Mme Laporte
Joly (Lyne) : M. le ministre
dit souvent qu'il a consulté avant de préparer son projet de loi, mais,
chez nous, on n'a pas été consultés, en région.
La Présidente (Mme Thériault) :
Mme la députée, il vous reste 35 secondes.
Mme Labrie :
O.K. Vous avez des mots très clairs. J'aimerais ça, en appeler aussi à la
grande liste d'appuis que vous avez récoltés en faveur du maintien de la
démocratie scolaire puis également la liste dans l'autre mémoire sur les implications des élus scolaires. Pensez-vous qu'un
conseil d'administration va réussir à être aussi impliqué dans sa collectivité
puis à entretenir des liens aussi nombreux avec la communauté?
M. Gilbert
(Gaétan) : En fait, moi, je
peux répondre parce que je sais combien d'heures que j'ai passées au cours des
dernières années — je
devrais dire, la couleur de mes cheveux peut peut-être vous guider — au cours de mes 20 dernières années à tenter de mobiliser la
communauté autour de la réussite et de la persévérance scolaire. Et c'est un
énorme travail, des rencontres, des
conférences de presse, des... C'est un énorme travail. Je crois qu'on y est
parvenu, mais on ne peut pas faire ça en deux heures par semaine.
Présidente (Mme Thériault) : Et ceci met fin à l'échange,
malheureusement, avec la députée de Sherbrooke. Et nous allons
recommencer avec la députée de Joliette pour un autre 3 min 55 s.
Allez-y, Mme la députée.
Mme Hivon :
Merci beaucoup. Merci de vos présentations. Je suis très heureuse qu'on puisse
entendre les gens des régions, qui
vivent toutes sortes de réalités. Puis je pense que c'est fondamental, quand on
touche à quelque chose d'aussi substantiel,
de pouvoir voir tous les impacts. Je veux poursuivre un peu dans la même veine.
Moi aussi, je vois qu'il y a une nécessité d'avoir des leaders dans une
communauté pour que toute la communauté travaille dans le même sens pour la
réussite éducative.
Donc, deux
choses, qu'est-ce qui, selon vous, dans le projet de loi, aide la réussite
éducative? Et, deux, puisque vous avez parlé de votre exemple
spécifiquement chez vous, en Abitibi, d'une augmentation de 14 % pour ce
qui est de la persévérance scolaire, je
comprends que vous y êtes arrivés dans le cadre actuel, quelle flexibilité vous
avez eue, quelles mesures vous avez
pu mettre en place pour vous aider à atteindre ces hausses-là? Hier, on a
entendu la commission scolaire Marguerite-Bourgeoys,
qui nous a fait part de chiffres aussi dans le contexte actuel de grandes
hausses. Comment vous y êtes arrivés?
La Présidente (Mme Thériault) :
M. Gilbert.
M. Gilbert
(Gaétan) : Bien, comme je le
mentionnais tout à l'heure, un impact important ou un geste important
qu'on a fait, c'est de mobiliser toute la communauté autour de la réussite.
Puis je vais vous donner quelques exemples. Une
entreprise qui embauche des étudiants, maintenant, ils sont sensibilisés,
lorsqu'il y a la période d'examens, et ils ajustent les horaires de travail de nos jeunes en fonction
de leur période d'examens, de sorte qu'il a le temps de se préparer. Également,
on en a discuté avec les chambres de commerce,
avec les entreprises pour s'assurer que les horaires de travail qu'ils leur
donnent, que ça ne soit pas 30 heures
de travail qu'ils ont à faire en sus de leur travail à l'école. Et, à
titre
d'exemple, on a une entente avec la
chambre de commerce et, à chaque année, on remet un filon au gala de la chambre
de commerce pour l'entreprise qui a favorisé la persévérance et la
réussite éducative. Ça, c'est des gestes qu'on fait chez nous.
La Présidente (Mme Thériault) :
Mme la députée.
Mme Hivon : Je
suis très intéressée sur toute la question, évidemment, du développement des
communautés et de l'importance des écoles,
des écoles de village, des écoles de quartier. Vous avez fait référence,
d'entrée de jeu, à toute la question,
là, des territoires qui sont éclatés, dans le projet de loi, avec la
fréquentation des écoles qui n'a pas besoin d'être liée au territoire.
Quel impact encore plus particulier ça peut avoir, cette disposition-là, qui
fait éclater la notion de territoire dans des régions vastes comme les vôtres
et avec beaucoup, beaucoup aussi de villages et de petits territoires?
Mme Laporte Joly (Lyne) : Bien,
chez nous, on ne pourrait pas... les gens ne pourraient pas changer d'école parce qu'ils changeraient de village, à 300 kilomètres et plus, là, d'un
village à l'autre. Ça fait que ce bout-là, il n'existe comme pas
chez nous, là. Je veux dire, si tu restes à Radisson, il faut que tu ailles à
l'école de Radisson. Par contre... Oui?
Mme Hivon :
Oui, pour vous, en fait, les... Parce qu'il y avait les deux aspects dans les
milieux plus urbains comme par
exemple en Outaouais, ou tout ça, ça, ça m'intéressait. Chez vous, c'était plus
sur la question de la mobilisation pour garder les écoles, justement, dans des milieux qui
peuvent être un petit peu plus dévitalisés, ou tout ça. Est-ce que l'impact,
selon vous, des élus scolaires, du
leadership qui peut être exercé avec les milieux municipaux, c'est quelque
chose qui est important par rapport à ça, ce dynamisme-là des petits
milieux?
La Présidente (Mme Thériault) :
En 30 secondes.
Mme Laporte Joly (Lyne) : Chez
nous, on n'a pas le choix de garder nos écoles ouvertes, mais, pour aider à garder nos écoles ouvertes puis les rendre plus attrayantes, plus plaisantes, une vitalité pour
l'école, c'est vraiment avec des
ententes avec le milieu. Je veux dire, il faut faire des ententes de partenariat avec le milieu, et on en a dans toutes
nos localités. On a une trentaine, au
moins, d'ententes avec nos localités et tous les clubs sportifs, culturels, et
tout ça. C'est ça qui fait que nos écoles, elles sont vivantes.
La Présidente (Mme Thériault) :
Et ceci met fin à nos échanges... Ah! cinq secondes.
M. Crevier
(Mario) : Moi, je n'ai rien trouvé comme réussite, c'est pour ça que
je n'ai rien dit, je n'ai pas trouvé de réussite à nulle part dans le
projet de loi. Merci.
Présidente (Mme Thériault) : Ceci met fin à nos échanges.
M. Crevier, M. Beaulieu, M. Gilbert, Mme Laporte
Joly, merci d'être venus en commission parlementaire.
Nous
allons suspendre quelques instants pour permettre à Mme Bourdon de prendre
place avec la Concertation des
commissions scolaires des régions de Montréal et de Laval. Merci.
(Suspension de la séance à 11 h 07)
Présidente (Mme Thériault) : À l'ordre, s'il vous plaît! Je vais demander aux gens dans la salle
d'être un peu plus silencieux. Nous
allons poursuivre nos travaux en recevant Mme Catherine Harel Bourdon,
présidente de la commission scolaire
de Montréal, pour la Concertation des commissions scolaires des régions de
Montréal et de Laval. On m'informe, d'entrée de jeu, que c'est
Mme Louise Lortie, qui est la présidente de la commission scolaire de
Laval, qui va faire la présentation. Je vais
vous demander de nous présenter les personnes qui vous accompagnent. Je vais vous souhaiter
bienvenue à l'Assemblée nationale et je vais remercier Mme Catherine Harel
Bourdon pour l'histoire de la commission
scolaire des écoles catholiques de Montréal qu'elle
nous a remis, aux parlementaires, voilà à peine quelques instants. Donc,
Mme Lortie, allez-y, la parole est à vous pour une présentation d'à
peu près 10 minutes.
Mme Lortie
(Louise) : Merci, Mme la Présidente. M. le ministre, membres de la commission. Évidemment,
je suis Louise Lortie, présidente de
la commission scolaire de Laval. Je suis accompagnée de
Mme Catherine Harel Bourdon, présidente
de la commission scolaire de Montréal, et de M. Miville Boudreault,
président de la commission scolaire de la Pointe-de-l'Île. Nous scolarisons plus de 220 000 élèves,
embauchons plus de 34 000 employés dans près de 350 écoles
et centres.
D'entrée de jeu, sachez que nous partageons votre volonté d'améliorer le système d'éducation, c'est d'ailleurs ce qui nous anime au quotidien, et les taux de
réussite de nos élèves en témoignent. Vous comprendrez, donc, notre profonde
déception lorsque nous constatons que le projet de loi n° 40 ne vise pas à
épauler la gouvernance en matière de réussite scolaire.
Au contraire, non seulement le projet
de loi ne s'intéresse pas à la
réussite ni aux véritables enjeux en éducation, mais
il propose plutôt de retirer un palier démocratique
dont le but est d'être à l'écoute des milieux pour favoriser la réussite et optimiser notre système d'éducation.
Vous savez,
les réalités lavalloise et montréalaise peuvent présenter certaines
ressemblances. Mais, lorsque notre rôle
est de représenter un quartier, force est de constater que les besoins varient énormément
d'un milieu à l'autre. C'est là que la gouvernance actuelle prend tout
son sens et que le projet de loi n° 40 devient stérile et dénué de sens.
Comment les particularités locales pourront être
écoutées, entendues et représentées comme nous le faisons actuellement? Qui travaillera avec les parents et les citoyens qui souhaitent se
mobiliser pour que l'école qui sera construite dans leur quartier soit à leur image? Qui travaillera avec les parents
et les citoyens qui souhaitent l'ouverture d'une nouvelle école à volet alternatif ou international ou encore qui souhaitent donner leur
opinion quand il y aura modification des territoires des écoles? Sans représentativité
des quartiers, sans une compréhension approfondie de leur réalité particulière,
comment arriverons-nous à répondre à ces
demandes, à faire progresser le système d'éducation? Chacun de nos quartiers
est unique. Nos élèves le sont tout
autant. Nous vous demandons de modifier votre projet de loi afin de conserver
la représentativité locale par des élus.
Dans le même sens, ce projet de loi menace
clairement un combat qui est mené par notre société : la lutte aux
inégalités. Rien n'est prévu pour s'assurer que l'on veille à défendre les
droits des plus démunis plutôt que de siéger bénévolement à un conseil d'administration.
Rien n'est prévu pour s'assurer que l'on veille à représenter les familles
allophones nouvellement arrivées, qui déploient toute leur énergie pour
s'intégrer plutôt que d'être administrateur d'un centre de services scolaire. Rien n'est prévu pour
s'assurer que l'on veille à répondre aux besoins des élèves handicapés ou
vulnérables ainsi qu'aux élèves de
l'éducation des adultes, alors qu'aucun siège au C.A. ne leur est réservé...
n'est prévu pour les représenter, pardon.
tant qu'élus scolaires, nous avons le devoir de permettre à tous les élèves de
réussir. Avec votre projet de loi, ce sont
non seulement les élus scolaires que vous bâillonnez, mais aussi tous ceux que
nous représentons. Nous vous demandons de ne pas permettre un tel recul
pour notre société, mais plutôt de nous aider à la faire avancer.
M. Boudreault (Miville) : Parlons maintenant de structures puisque le débat
autour des structures est au coeur du projet
de loi n° 40. Tout d'abord, précisons qu'opter pour une centralisation ou,
a contrario, une décentralisation ne sont pas des options à proscrire en soi. Tout est question d'équilibre. Un
mauvais dosage dans les ingrédients et c'est toute la recette qui est
gâchée.
Par exemple, une
centralisation excessive peut paver la voie à une verticalité, une rigidité et
une uniformisation qui ne tiennent pas
compte de la multiplicité des réalités que l'on retrouve dans les écoles,
autant sur l'île de Montréal et à Laval qu'ailleurs au Québec. Et, même
au sein d'un même territoire d'une commission scolaire, il existe d'importantes
disparités socioéconomiques qui commandent une approche différenciée.
l'inverse, une décentralisation trop poussée peut entraîner un morcellement, une atomisation et un éparpillement
qui, peu à peu, créent une tendance au
chacun pour soi, ce qui ne peut avoir d'autre conséquence que de creuser
davantage les inégalités entre les écoles et nuire à la réussite des
élèves, surtout à celle de nos élèves les plus vulnérables.
des forces de l'école publique québécoise réside dans la cohérence d'action et la cohésion
qui doivent exister entre ces trois
acteurs que sont le ministère de
l'Éducation, la commission scolaire ou, en cas de changement de nom, le centre de services scolaire
et les écoles. Puisque ces trois paliers ont chacun une importance qui leur est
propre, rompre l'équilibre qui existe entre eux risque de perturber, pendant plusieurs
années, l'écosystème tout entier du réseau public d'éducation. L'exemple de la
réforme en santé est éloquent à cet
égard. Au moment où la diplomation
est en hausse et le décrochage scolaire est en baisse, est-ce un luxe
que nous pouvons nous permettre?
En ce sens,
force est de constater que l'accentuation marquée de la centralisation que
propose le projet de loi n° 40 introduit
un déséquilibre contre-productif, car réduire une commission scolaire à sa plus simple expression, celui d'un centre de services scolaire,
tout en affaiblissant sa capacité d'interaction auprès des écoles coupe le fil
conducteur qui doit exister entre le
palier supérieur, les 72 paliers intermédiaires et les 2 300 écoles. Qui s'assurera réellement
d'une cohérence entre le plan stratégique du ministère, le plan
d'engagement vers la réussite de chaque centre de services scolaire et le
projet éducatif de chaque école? Qui devra
réellement veiller sur le terrain à l'atteinte des cibles? Qui pourra
réellement assurer une vue d'ensemble de la réussite des écoles sur un
territoire donné? Qui sera réellement redevable de la réussite des
élèves? Autant de questions qui restent, pour le moment, sans réponse.
Mme Harel
Bourdon (Catherine) : Comme vous le savez, le projet de loi n° 40 prévoit des modes d'élection différents pour les membres du conseil d'administration des centres de
services scolaires selon que ces centres seront francophones ou anglophones.
Face à d'éventuels problèmes juridiques sur le plan constitutionnel, le
gouvernement en place a décidé d'expédier les choses. On se retrouverait
donc avec un système à deux vitesses, où les parents francophones n'auraient pas les mêmes droits que les parents
anglophones en matière d'éducation. La différence de traitement entre les
deux communautés, telle que proposée dans ce projet de loi, est totalement
inacceptable, voire discriminatoire.
Bien
sûr, on peut affirmer que la population francophone est majoritaire au Québec
et qu'en ce sens elle n'est pas menacée.
Pense-t-on vraiment que le fait français est à ce point consolidé qu'une
représentation politique des commissions scolaires francophones en Amérique du Nord n'est plus requise, surtout à
Montréal et à Laval? Sommes-nous convaincus que la survie du fait français est si assurée que nous pouvons nous
débarrasser d'une structure démocratique qui le représente dans le
domaine de l'éducation, un domaine essentiel à la préservation et au
développement de notre culture? Votre gouvernement
affirme être le champion de l'identité québécoise. Mais, comme bien d'autres,
vous semblez être prêts à en laisser partir des morceaux sans trop vous
en formaliser.
Avec son projet d'éliminer les élus scolaires, le
ministre fait miroiter des économies qui pourraient être redirigées vers les
services aux élèves. En réalité, les économies annoncées seront absentes. La vraie
question est la suivante : Ces prétendues
économies permettront-elles de maintenir la qualité des services offerts à la
population? Une commission scolaire, ce n'est pas un ensemble d'établissements
isolés les uns des autres, c'est, avant tout, un réseau. À la CSDM, à la
CSPI et à la CSDL, ce sont 320 écoles
et centres qui offrent des services pédagogiques à l'ensemble de la communauté.
Un énorme travail est effectué conjointement par les élus scolaires et les
services administratifs de chaque commission scolaire pour assurer la meilleure répartition possible des
ressources dans l'ensemble de ce réseau. Cette approche émane d'une vision
de l'école communautaire qui est un élément
central de l'éducation publique au Québec. Cette vision de l'école communautaire
fait
partie intégrante de notre loi pour
l'instruction publique. Le projet de loi n° 40 ignore cette notion
de réseau et prend un virage à sens unique, à contresens du progrès,
ignorant tous les efforts déployés à ce jour pour implanter cette vision.
conclusion, nous convenons tous que la gouvernance scolaire a besoin d'être
améliorée et renouvelée, mais nous pensons avant tout qu'une réflexion s'impose
quant à l'ensemble du système d'éducation au Québec. Il y a tant d'enjeux
importants à régler avant même de penser aux changements de structures
proposés : la pénurie de personnel enseignant, particulièrement en adaptation scolaire, et la valorisation de la
profession; les difficultés de recrutement dans tous les secteurs; l'augmentation de la population scolaire et la
capacité d'accueil; l'état toujours
inquiétant de nos bâtiments scolaires, malgré les efforts consentis
jusqu'à ce jour.
Permettons-nous, M. le ministre, de rêver à
cette grande réflexion collective. Rêvons ensemble à cette décision que vous prendrez d'inviter les gens de votre
ministère, les représentants de nos commissions scolaires et les chercheurs
à se joindre aux
partenaires et employés pour qu'ils travaillent ensemble à l'identification de
solutions novatrices nous permettant de
relever les défis qui se présentent à nous. Permettez-nous enfin de rêver que
les citoyens de Montréal et Laval pourront continuer de compter sur un groupe de personnes dévouées à l'amélioration
continue de leurs établissements scolaires, qui acceptent de représenter
leurs intérêts et qui y consacrent toutes leurs énergies.
Présidente (Mme Thériault) : Merci, ceci met fin à la présentation. Donc, sans plus tarder, M. le ministre, pour votre bloc de 23 min 30 s.
M. Roberge : Merci bien, Mme la
Présidente. Merci de vous être déplacés pour cette présentation. Pour ceux qui
écoutent la commission depuis la semaine dernière, bon, peut-être, c'est
redondant, parce qu'on entend souvent les mêmes
questions ou arguments. Puis, de notre côté, bien, souvent, on fait valoir les
mêmes points, donc on a encore entendu cette
comparaison que je ne saurais qualifier entre le projet de loi n° 40 et la
réforme du précédent ministre de la Santé, là. Je pense que ça a été démontré, notamment par l'Institut du Nouveau
Monde, que ce n'était pas pertinent, qu'il n'y avait pas vraiment de lien à
faire, d'aucune façon, entre la réforme du précédent ministre de la Santé et ce
qui s'en vient ici, mais bon, ça n'empêche pas qu'on peut bien le
répéter.
Vous avez
mentionné aussi, puis c'est écrit dans le projet de loi... autre, je dirais,
assertion, c'est de dire que c'est un
projet qui vient centraliser. Puis on cherche... on dirait qu'on dit ça puis,
après ça, on cherche des façons de le justifier. Hier, puis c'est dans les médias ce matin, ma collègue de Joliette a
dit : Ah! bien, voici, j'ai trouvé quelque chose, là, qui pouvait justifier cette... je ne sais pas comment
dire, là, cette allégation que le projet de loi vient centraliser les
décisions. Là, on a trouvé, ah! on a
dit : Ah! l'article 310 du projet de loi n° 40, ça serait
quelque chose qui viendrait justifier l'argumentaire,
disant que le projet de loi centralise les pouvoirs. Je vais vous le lire,
l'article 310 du projet de loi n° 40 actuel :
gouvernement peut, par règlement, prendre avant le (indiquer ici la date qui
suit de 18 mois celle de la sanction de la présente loi) toute mesure utile
à l'application de la présente loi ou à la réalisation efficace de son
[projet].
«Un tel
règlement peut, s'il en dispose ainsi, s'appliquer à compter de toute date non
antérieure — évidemment — au»,
puis là on prend la date de la sanction de la loi.
En réalité,
c'est un
article de transition, c'est un
article de mise en oeuvre pour réussir
une transformation qui se fasse de
manière harmonieuse. Et là, cherchant une façon de justifier que le projet de loi serait de la centralisation, on prend cet article-là puis on lui
donne des prétentions qu'il n'a pas.
Je veux rappeler aux gens qui se sont intéressés
à ça qu'alors que ma collègue était au conseil des ministres en 2012, on parle de 18 mois,
de 2012 à un bout de 2014, bien, le Parti québécois a utilisé
précisément, certaines fois, là, mot pour mot, là, c'est copié-collé, le
même article, donc l'article 136 du projet de loi n° 68,
l'article 173 du projet de loi n° 36, l'article 31 du projet de loi n° 20, l'article 49 du projet de loi n° 60 et l'article 145 du projet de loi n° 38, lors du gouvernement du
Parti québécois. Donc, au minimum cinq fois en 18 mois, le gouvernement du Parti québécois aurait, donc, tenté de centraliser toutes
les décisions par un
article de transition. On voit bien que ça ne fonctionne
pas.
Puis le Parti libéral a fait la même chose
aussi, là, l'article 260 du projet de loi n° 42, l'article 199
du projet de loi n° 86, l'article 89 du projet de loi n° 157. En réalité, c'est un
article qu'on retrouve
très, très, très souvent, comme un
article de transition pour mettre en
oeuvre un projet de loi à la fin, et l'article 310 fait un peu la même
chose.
De votre
côté, je n'ai pas entendu cet argument-là particulier, mais ça ne vous a pas
empêché d'y aller avec l'idée que le projet de loi allait centraliser. Pourtant, d'autres intervenants sont venus nous
voir pour dire exactement le contraire.
Pouvez-vous
m'expliquer comment, en remplaçant un palier de gouvernement, parce qu'en ce moment le conseil des commissaires, c'est comme un palier de
gouvernement qui arrive avec des politiques puis, en arguant cette légitimité
démocratique, arrive à imposer des
politiques, puis en remplaçant ça par un conseil d'administration nommé par les
gens de la base, donc en redonnant les écoles aux communautés, comment
pouvez-vous dire que ce serait une centralisation?
La Présidente (Mme Thériault) :
M. Boudreault.
M. Boudreault (Miville) :
Merci, Mme la Présidente, M. le ministre. Et, si vous permettez, je vais
reprendre le premier élément de votre
intervention, c'est-à-dire ce que vous percevez comme étant un parallèle
injuste entre votre réforme et celle
de la santé. C'est moi qui l'ai mentionné dans ma présentation, donc ça va me
donner l'occasion d'expliciter davantage
qu'est-ce que je veux dire par là.
Vous savez,
il existe présentement un équilibre au sein du réseau public d'éducation. Qu'on
soit pour ou contre cet équilibre-là,
il existe. Le projet de loi n° 40 veut proposer un nouvel équilibre. C'est le
droit du gouvernement d'arriver avec un tel projet de loi. La question,
c'est que, pour changer l'équilibre, il faut nécessairement créer un
déséquilibre pour arriver au nouveau. Je
m'explique. Lorsque le nouveau gouvernement est entré en fonction, il y a
un peu plus d'un an, la nouvelle ministre de la Santé a, tout de suite, tenu à rassurer les employés du réseau en
disant : On sait à quel point la réforme a été déstabilisante pour beaucoup d'entre vous. On sait à quel point vous avez
passé beaucoup de temps à essayer de savoir, bon, qui
fait quoi dans la nouvelle structure.
Bien, je peux
vous dire que, présentement, c'est la même chose qui arrive au niveau
de l'éducation publique. Dès l'annonce
du projet de loi, moi, je peux vous dire que les gens sont venus
me voir, les représentants syndicaux, les employés mêmes au sein du centre administratif, se
demandant : Est-ce qu'il y aura des suppressions d'emplois? Moi, évidemment, j'ai repris tout simplement vos paroles en disant : Le ministre
dit qu'il n'y en aura pas pour le moment, alors c'est tout ce que je
peux vous dire. Mais ça crée une instabilité à l'intérieur des organisations.
On disait tout à l'heure : La diplomation est en hausse, le décrochage est en baisse, on a des
défis gigantesques au niveau
des infrastructures et de la pénurie de main-d'oeuvre sur l'île de Montréal
et à Laval. C'est pour ça que je vous dis que le parallèle, il est là, puis vous devez le
comprendre, c'est-à-dire que vous déstabilisez pour introduire votre
nouvelle proposition, qui n'est pas nécessairement la même chose que la réforme de la santé, ça,
j'en conviens très bien. Mais introduire votre nouvelle
proposition, forcément, crée le déséquilibre, crée de l'instabilité, et ça, ça
peut durer pendant quelques années. Je pense
que le député de La Pinière l'a lui-même admis en disant : On le savait.
À chaque fois qu'on fait une réforme,
c'est deux, trois ans, là, que ça va brasser. On le sait d'avance. Alors donc,
je reprends les paroles du député.
Pour ce qui
est de la centralisation — c'est
un mot très vaste, la centralisation — peut-être pour expliciter un peu plus pourquoi nous, nous craignons que cette
centralisation-là peut aller à l'encontre de la réussite des élèves, je me
permets de vous donner un exemple concret. L'an dernier, comme vous le savez,
je vous ai écrit plusieurs fois à ce sujet — et
vous avez répondu, en passant, merci
beaucoup — l'an dernier, comme vous... Oui. Non, mais je le
reconnais très facilement, là, que...
Et c'est le rôle du ministre de
l'Éducation, effectivement, de s'occuper de ces grandes questions là. L'an passé, on avait un problème majeur au niveau
de l'espace. Une des façons, un des moyens d'action que nous avons utilisés, c'est dans un arrondissement de notre
territoire, Anjou, pour ne pas le nommer, et nous avons procédé au déménagement... Il y avait une ancienne école, il
y avait des services administratifs qui étaient en lien avec l'éducation mais à
l'intérieur de cette école-là. Nous avons pris la décision de déménager ces
services administratifs là, de louer un nouvel espace commercial et de
convertir cette école-là pour qu'elle puisse accueillir des élèves dès
septembre.
Sans conseil
des commissaires, dans la nouvelle structure que vous proposez, nous aurions dû
attendre l'autorisation du ministre. Je ne dis pas que vous ne l'auriez
pas donnée, mais vous connaissez tout à fait le processus administratif, l'approbation du Conseil du trésor, jamais les
élèves n'auraient pu entrer en septembre. Et c'est le conseil des
commissaires... L'administration a
monté un dossier très complet, très étoffé, nous avons pris la décision :
Nous allons aller de l'avant, même si on n'a pas encore l'autorisation
de financement du Conseil du trésor, parce que, nous, les élèves, il faut
absolument qu'ils aient une place pour la rentrée. Alors, c'est un exemple
concret.
Puis une centralisation, comme je vous dis, ce
n'est pas nécessairement une centralisation que le titulaire du ministère de l'Éducation va prendre toutes les
décisions. Ce n'est pas ça. Il y a encore beaucoup de décisions qui vont se
prendre sur le terrain, et ça, j'en conviens
parfaitement avec vous. Mais, ce qui est dans le projet de loi, ce que nous
avons fait l'hiver dernier aurait été impossible.
Présidente (Mme Thériault) : Et c'était la décision à prendre
dans le magnifique comté d'Anjou—Louis-Riel, vous en conviendrez, M. le
ministre. Mme Bourdon, rapidement, allez-y.
Mme Harel
Bourdon (Catherine) : Je
veux juste ajouter sur la... Écoutez, c'est un projet de loi qui est
extrêmement volumineux, il y a
319 articles, donc juste passer à travers ça, là — j'ai des petits post-it — c'est comme un défi en soi pour l'ensemble des commissions scolaires du
Québec. Mais, sur plusieurs aspects, il y a une centralisation. Il y a aussi
des choses qui sont assez inusitées.
Par exemple, il y a un
article qui prévoit rétroactivement que le ministre peut
changer des décisions qui ont été
prises par le conseil des commissaires une fois que la loi serait adoptée,
depuis le 1er octobre dernier. Alors,
ici, on fait face à des citoyens dûment élus par la population en 2014.
Aujourd'hui, c'était... il y a cinq ans, l'assermentation des membres de mon conseil, il y a exactement cinq ans
aujourd'hui, et là, rétroactivement, on pourrait défaire des décisions
qui ont été prises par les conseils des commissaires actuels.
Il y a deux articles dont on n'a presque pas
parlé dans l'actualité, l'article 308 et l'article 309, et, entre
autres, là-dedans, il y a des dispositions
pénales. Alors, on se dote des dispositions pénales vis-à-vis les gens qui vont
être dans les conseils
d'administration. Le gouvernement a présenté ce projet de loi là en
disant : Ça va réduire la bureaucratie, puis en disant que nous, les élus scolaires, sommes des
bureaucrates. Détrompez-vous. Nous sommes les personnes qui travaillons à faire en sorte qu'il y ait moins de bureaucratie
dans nos systèmes éducatifs. Et, d'ailleurs, il y a des exemples qui sont
donnés qui sont assez aberrants, des
exemples même par le ministre, qui étaient cités en fin de semaine sur les
dictionnaires. Bien, je veux juste
rappeler que la question des dictionnaires, à l'époque, c'était une mesure
dédiée par le ministère. Alors, il faut penser aussi qu'il y a de la
bureaucratie aussi au ministère de l'Éducation dans certaines mesures.
Et, juste en
terminant, je veux juste dire qu'hier soir mon comité de parents est venu puis
il a parlé de décentralisation et de
centralisation, et ils ont bien dit, devant tous les membres de la commission,
que c'est un mirage, qu'il n'y a pas de décentralisation,
qu'ils ont analysé ce qu'il va y avoir pour les conseils d'établissement et ils sont inquiets de perdre leur pouvoir d'influence.
La Présidente (Mme Thériault) :
Merci. M. le ministre.
M. Roberge : Merci bien. Je pense que je peux rassurer les
gens. Je ne pense pas que les parents vont perdre leur pouvoir d'influence, au contraire, en obtenant des
sièges sur un conseil
d'administration, qu'ils n'ont pas, à ce moment-ci, bien sûr.
Un des
éléments que vous avez fait lors de votre présentation au tout départ, avant
qu'on commence les échanges, vous
avez parlé d'une école communautaire, d'une gouvernance qui est communautaire,
supposément, là, actuellement, mais
on a un commissaire, un collègue à vous, M. Pierre Daoust, commissaire à la commission scolaire Coeur-des-Vallées, qui, lui,
en tant que commissaire, de l'interne, voyant ce qu'il se passe dans sa commission scolaire, voyant les rôles et responsabilités qui sont distribués, prend parti pour le projet de loi n° 40, un commissaire. Et je le cite. Il dit :
«Le projet de loi
prévoit, entre autres, le passage d'une démocratie élective au suffrage universel à une démocratie élective de
type communautaire», voyant que, pour
être sur le C.A., bien souvent, il faudrait être élu deux fois plutôt qu'une,
soit le conseil d'établissement puis
au C.A. Il poursuit : «Personnellement, je crois à ce nouveau moyen. Je
suis d'avis que ce type de gouvernance correspond davantage à ce que
nous sommes devenus comme organisation.»
Alors,
cette idée... puis c'était le thème du document que j'ai déposé en janvier
2018, là, Plan de gouvernance scolaire — Remettre les écoles entre les mains de la
communauté . Puis c'est un projet qui,
depuis, a fait l'objet de nombreuses rencontres
puis qui a été bonifié, hein? Le projet de loi n° 40, ce n'est pas un
copier-coller du plan de gouvernance déposé en janvier. Il y a beaucoup
d'éléments qui s'y retrouvent, mais ça a été bonifié au fil des consultations.
Beaucoup de gens disent qu'il n'y a
pas eu de consultation, là, mais ça fait bien, bien, bien du temps puis bien
des années que, ma formation politique
et moi-même, on rencontre pratiquement tous les acteurs qui viennent ici, en
commission, aujourd'hui. Je les ai rencontrés
personnellement pour parler de ce plan de gouvernance là, puis il y a plusieurs
éléments dans le projet de loi n° 40 qui sont des bonifications du
plan de gouvernance de janvier 2018 qui a évolué dans le temps.
Mais
donc l'idée d'avoir une école qui est davantage communautaire, et puis c'est ce
que M. Daoust, commissaire, dit,
est-ce que vous ne la retrouvez pas, justement, avec cette idée d'avoir des
gens de l'équipe-école au conseil d'administration et d'avoir des
parents qui s'impliquent d'abord dans leur école, sur leur conseil
d'établissement, avant d'être élus une deuxième
fois au conseil d'administration? Est-ce que ce n'est pas de remettre non
seulement l'école entre les mains de la communauté, mais carrément le
centre de services scolaires lui-même? En tout cas, c'est ce que pense
M. Daoust.
La Présidente
(Mme Thériault) : Mme Harel Bourdon.
Mme Harel Bourdon (Catherine) : Bien, je veux juste remettre une chose au clair,
d'entrée de jeu. Nous sommes tous
parents. Alors, moi, j'ai trois enfants, Louise en a trois, puis Miville en a
quatre, et, dans mon conseil des commissaires, la plupart, je pense, la
presque totalité, nous sommes parents, certains d'enfants qui fréquentent
actuellement les écoles, d'autres qui ont
des élèves au collégial, ou à l'université, ou qui sont grands-parents. Donc,
d'entrée de jeu, je pense, c'est important de le mentionner.
rapport à notre collègue de Coeur-des-Vallées, écoutez, nous sommes presque
800 commissaires scolaires au Québec,
et j'espère qu'il y a une pluralité des opinions. J'espère qu'au Québec on est
capable, dans notre démocratie, de ne pas faire taire les gens qui
veulent parler et qui s'expriment en tant que représentants de leurs citoyens.
Alors, c'est démocratique, ça fait
partie du
jeu que nous avons choisi d'adopter quand on s'est présentés comme élus
scolaires ou comme présidents ou présidentes.
Je veux juste
mentionner également que vous avez parlé d'école communautaire, et ça, ça me
touche tout particulièrement. Moi, je suis
une petite fille d'Hochelaga-Maisonneuve qui a grandi dans
Hochelaga-Maisonneuve, puis il y a
des exemples probants de ce qu'ont fait les commissaires pour la persévérance
scolaire dans les communautés. Puis, hier,
il y a eu une intervention où on disait : Ça prend tout un village pour
élever un enfant. Mais je veux juste rappeler, là, que, là, on est en
train de scraper le village. C'est ça qu'on est en train de faire dans le
projet de loi n° 40 parce que...
exemple, dans Hochelaga-Maisonneuve, il y a eu une table sur la persévérance
scolaire pour travailler avec le secteur économique, le secteur communautaire,
tout le développement institutionnel et social, le réseau de la santé. Nous,
à notre commission scolaire, on a voulu
mettre en place des commissaires cooptés. Il y en a une qui représente
l'éducation aux adultes, une autre
qui représente les élèves à besoins particuliers parce qu'elle a été
travailleuse sociale pendant longtemps. Donc, le réseau communautaire, on le bâtit à bout de bras dans nos
communautés. Puis ce n'est pas vrai qu'un D.G. va pouvoir faire l'entièreté du développement socioéconomique
d'un territoire quand on a 13 municipalités, ou huit arrondissements, ou
une énorme ville comme Laval puis qu'on doit développer, dans tous les secteurs
de la ville, cette vision de l'école communautaire.
La Présidente
(Mme Thériault) : Mme Lortie.
Mme Lortie
(Louise) : Oui. Moi aussi, ça me touche, l'école communautaire.
Vous savez, à Laval, Montréal aussi, on est en progression de clientèle
d'élèves. Il y a beaucoup d'élèves qui arrivent sur notre territoire, de
familles. Et, il y a deux ans, on a fait une
conversation publique. On a été accompagnés de l'INM, d'ailleurs, qui nous a
aidés à aller consulter, à aller
discuter avec notre personnel, avec nos élèves, avec nos parents, avec nos
partenaires, avec les citoyens. On a fait des rencontres le soir, la fin de
semaine. On offrait la garderie, justement, pour faire en sorte que l'école
devient un bien dans un quartier puis que ça soit un lieu de rencontre.
a, en avril dernier, lorsqu'on a préparé nos demandes d'ajout d'espace,
travaillé dans les secteurs où on avait besoin de nouvelles écoles avec les
maisons de familles, avec les maisons de jeunes, tout ça pour faire en sorte
que l'école soit un lieu public pour
l'éducation. Je vous dirais qu'avec 10 rencontres, je me demande, je me
demande très sincèrement qui va aller
à la rencontre de chacun des citoyens qui ont envie... Tous les citoyens, tous
les groupes communautaires, tous nos partenaires nous ont dit qu'ils avaient
envie de nous donner un coup de main pour faire réussir les élèves, faire
réussir leurs jeunes, faire réussir leurs enfants pour qu'ils obtiennent un
premier diplôme.
La Présidente
(Mme Thériault) : M. le ministre.
M. Roberge :
Mme Harel Bourdon, vous avez commencé en disant : J'espère qu'on peut
débattre, j'espère qu'on n'essaie pas
de faire taire les gens. Pourtant, quand M. Daoust a exprimé cette
opinion, d'autres commissaires lui ont dit de se taire ou de démissionner,
qu'il ne pouvait s'exprimer de cette façon-là. C'est ce qu'on lui a dit. Vous
voulez collaborer, vous voulez participer,
vous devez vous taire, vous devez démissionner. Vous ne pouvez plus être
commissaire si vous avez cette
perception-là. Et il y a des D.G., je vous le confirme, il y a des directions
d'école, il y a des cadres qui nous appellent en nous disant qu'ils sont victimes d'intimidation, puis qu'il y a une
omerta, puis qu'ils ne peuvent pas s'exprimer sur le projet de loi n° 40. Bon, je ne prétends pas
que vous le faites personnellement, mais je peux vous dire que des commissaires
le font en ce moment. Et je laisserai la parole à mon collègue de
Saint-Jérôme.
La Présidente
(Mme Thériault) : Et, avant ça, j'ai M. Boudreault qui
voulait réagir.
M. Boudreault
(Miville) : ...un point pour
M. le ministre, parce que vous avez fait mention, évidemment, du principe
d'école communautaire, et je pense qu'on pourrait rapidement s'entendre sur
l'importance de ce modèle-là pour l'école publique
québécoise, mais il y a une chose qui est manquante dans votre projet de loi,
c'est qu'on parle de l'école communautaire, mais on réserve le mode
électif pour les membres du conseil d'administration, qui va, disons,
superposer, là, l'ensemble de ces écoles
communautaire là... on réserve ça uniquement aux parents membres des conseils
d'établissement. On n'ouvre pas ça à
l'ensemble des parents. Et on oublie des membres très importants de la
communauté, les citoyens. Comment les citoyens vont pouvoir s'exprimer
dans cette école communautaire là? Une école communautaire, ce n'est pas une
école uniquement de parents et ce n'est pas
uniquement une école uniquement de parents membres du conseil d'établissement.
Vous savez,
ça a été mentionné à plusieurs reprises, nous avons une population immigrante.
Beaucoup arrivent tout juste au Québec. Beaucoup ne parlent même pas le
français ou ne connaissent pas nos institutions démocratiques. Alors,
c'est clair que ce serait, d'ailleurs, un moyen, si on bonifiait le projet de
loi, pour ouvrir beaucoup plus le mode électif. On pourrait même aider des gens à s'intégrer même dans notre vie
démocratique. C'est une suggestion que je vous fais comme ça, en
passant.
Mais, ceci
étant dit, l'école communautaire ne peut pas être limitée uniquement aux
parents membres des conseils d'établissement.
Elle doit être ouverte beaucoup plus large au niveau de la sélection des gens
qui vont prendre les décisions pour l'ensemble du collectif, qui
s'appellera centre de services scolaires.
La Présidente (Mme Thériault) :
Je dois passer la parole au député de Saint-Jérôme. Vous aurez certainement
l'occasion de réagir. M. le député de Saint-Jérôme, 4 min 10 s.
M. Chassin : Merci. Je voudrais simplement soulever un autre
point, là, qu'on n'a pas encore pu toucher, parce qu'on a entendu des mots très forts, là, qui m'ont
fait réagir, sur le fait français et la menace qu'il pose... qui est posée au
fait français. Et là je cherchais, là, dans les mots qui ont été exprimés, à
bien comprendre en quoi la présence de commissaires élus avait un lien
avec le fait français. J'imagine que vous allez pouvoir m'expliquer qu'au-delà
de la francisation, des services que les
établissements, les écoles offrent, tout l'effort qui est fait dans
l'intégration — et ça,
évidemment, on en conviendra tous — participent de façon
évidente, notamment dans vos régions, à la francisation et au maintien du fait français. Mais, par ailleurs, là, on parle de
quelque chose de plus, là. Et là je n'ai peut-être pas saisi la menace au fait
français de commissaires scolaires... de la disparition du commissaire
scolaire et d'élections scolaires.
La Présidente (Mme Thériault) :
Mme Harel Bourdon.
Mme Harel
Bourdon (Catherine) : Donc,
je veux juste revenir sur les propos. Moi, il n'y a personne qui m'a dit,
dans mon réseau, qu'il y avait... qu'il
s'était senti intimidé par les commissaires scolaires, ni les directions, ni
les parents. Et je pense que beaucoup
de commissaires se sont sentis intimidés par certains propos que le ministre a
tenus en disant qu'on voyageait dans
le sud — je veux
juste rappeler que moi, je ne suis jamais allée dans le sud pour ma commission scolaire — qu'on joue au golf. Malheureusement... Je
participe à des tournois de golf pour la persévérance scolaire, pour donner un
montant d'argent aux différentes fondations, mais je ne joue pas au golf. Ils
ont été intimidés par des propos où on
disait que les futurs C.A. allaient donner et non pas prendre. Bien, moi,
depuis, six ans, là, je ne pense pas que j'ai pris, je pense que j'ai
beaucoup donné à ma commission scolaire.
D'ailleurs, à
travers la dernière année, j'ai écrit 15 lettres au ministre de
l'Éducation et je n'ai reçu aucune réponse à ces lettres. Et c'était sur
des enjeux importants : l'implantation d'une école au centre-ville de
Montréal, l'éducation à la sexualité, le
programme national d'alimentation dans les écoles, les budgets en milieux
défavorisés. Alors, je me permets, Mme la Présidente, de vous demander
de déposer les lettres pour que M. le ministre puisse répondre à mes questions,
parce que je suis très inquiète qu'un
porte-parole D.G. ne va pas écrire ces mêmes lettres-là et qu'une présidente de
C.A. ne va pas écrire ces mêmes lettres-là. Et, s'il ne répond pas à une
présidente, porte-parole dûment élue, répondra-t-il à un conseil
d'administration?
Présidente (Mme Thériault) : Je vais accepter le dépôt des documents. Je vais les déposer, les
rendre publics. Et j'ai le ministre qui vient de lever la main. M. le
ministre, il reste 1 min 15 s.
M. Roberge : Merci bien. À ce sujet-là, je veux préciser que
les lettres ne sont pas restées lettre morte, puisque le ministère,
moi-même, le cabinet, l'équipe, on a communiqué avec la commission scolaire, avec vous-même. On a eu des rencontres de travail à ce sujet-là.
Il y a eu des appels qui ont été faits. Il y a des politiques qui ont été
prises, notamment sur l'aide alimentaire. Il y a
plus d'aide alimentaire que jamais. Personne ne s'est vu couper ses vivres, au sens
propre comme au sens figuré. Donc, il y a des suites qui ont été
données, il y a des communications qui ont été données.
Je ne pense pas que ça aurait été préférable de
retourner simplement une lettre plutôt que de faire un appel, de convenir d'un plan de travail, de faire une
rencontre avec l'équipe ministérielle pour solutionner les problèmes. Je pense que, quand on envoie une lettre,
bien sûr, c'est pour qu'il y ait
une trace, pour qu'on voie qu'un geste a été posé, que la commission
scolaire ou l'instance lève le drapeau en disant : Ceci nous dérange, nous
interpelle, on demande une réaction du gouvernement. Je peux vous assurer qu'il y a
eu réaction du gouvernement : il y a eu action, il y a eu concertation,
il y a eu décision, il y a eu déblocage de fonds, notamment
pour l'aide alimentaire et d'autres sujets. Pour des questions d'école, il y a
eu des rencontres, il y a eu des appels pour des infrastructures, pour des constructions, pour des agrandissements.
Alors, ce
n'est pas simplement parce
qu'il n'y a pas eu un retour d'une
lettre qu'il n'y a pas eu un suivi approprié, et même une
décision, et un impact direct dans la vie des élèves. Je pense que c'est
important de le préciser.
Présidente (Mme Thériault) : Et ça met fin à l'échange. On a
dépassé le temps un petit peu. Je ne voulais pas vous couper dans votre réponse. Non, on va aller du côté de l'opposition
officielle. À ce moment-là, l'échange appartient à la députée de
Saint-Laurent, qui a 15 min 40 s. Si elle veut poursuivre, elle
le peut.
Mme Rizqy : Bonjour. Ça me fait plaisir d'entendre vos
réponses au ministre. Vous avez levé la main? Allez-y.
M. Boudreault (Miville) :
...sur le fait français et l'élu scolaire francophone?
La Présidente (Mme Thériault) :
Oui, allez-y.
M. Boudreault
(Miville) : Bien, rapidement,
vous savez, c'est une particularité que nous avons sur l'île de Montréal.
Il y a un organisme qui s'appelle le Comité
de gestion de la taxe scolaire, hein? C'est un comité qui existe depuis très
longtemps et qui non seulement collecte la taxe scolaire pour l'ensemble
de l'île de Montréal, mais aussi offre différents services.
Une des particularités de ce comité-là, c'est
qu'on lui permet de garder le produit de la taxe qui est recueillie, c'est-à-dire
les intérêts qui sont générés avant qu'on remette le produit de la taxe aux commissions
scolaires, ainsi que toute la facturation
supplémentaire en cours d'année. Je sais que c'est un peu technique, et le gouvernement, d'ailleurs, le nouveau gouvernement, dans son projet de
loi sur la réforme de la taxe scolaire, a reconnu ça
et a permis au comité de gestion de
garder ces sommes supplémentaires là. Ce sont des sommes considérables. On
parle, pour cette année, de 12,3 millions
de dollars qui sont retournés directement dans les milieux les plus défavorisés
sur l'île de Montréal.
Le comité de
gestion est formé de cinq membres. Ce sont cinq élus scolaires qui représentent
les cinq commissions scolaires
de l'île de Montréal, les trois francophones et les deux anglophones. Le projet
de loi actuel, dans sa forme, le
29 février, bien, il va y avoir deux élus anglophones et trois personnes
qui n'auront pas la même légitimité. Et ces trois personnes-là, comme par hasard, seront les
francophones. Pour moi, c'est un exemple extrêmement concret que le fait de
faire disparaître des élus francophones peut avoir un impact.
Et on sait
que ces budgets-là, en très grande majorité, même si on aimerait peut-être que
ce ne soit pas le cas, bien, ils
viennent aux commissions scolaires francophones, parce qu'évidemment la défavorisation suit beaucoup
l'immigration, on sait que ces
immigrants-là, par la loi 101, doivent fréquenter l'école francophone.
Alors, c'est clair que nous avons un poids
supplémentaire, un poids que nous acceptons d'assumer, mais ces budgets-là sont
extrêmement importants. Et les règles d'allocation de ces budgets-là,
elles, sont décidées par les cinq membres. Donc, il faut que les deux membres anglophones et les trois membres francophones
aient la même légitimité. C'est pour ça que la question du fait français est si
importante. Merci de m'avoir permis de répondre.
La Présidente (Mme Thériault) :
Merci, M. Boudreault. Mme la députée de Saint-Laurent.
Mme Rizqy : Merci beaucoup. Premièrement, j'aimerais juste
dire qu'hier on a eu, évidemment, les parents de la CSDM, qui ont fait
une présentation très éloquente avec des tableaux pour vraiment bien illustrer
leur propos. Alors, simplement pour
leur dire bravo, et leur dévouement était très senti.
J'aimerais vous entendre, parce que,
Mme Harel Bourdon, vous venez de déposer des lettres qui sont laissées lettre morte et que le ministre dit qu'il y a
quand même eu des actions. Moi, je me rappelle quand même d'une phrase qui
était assez éloquente, qui est sortie de sa bouche à lui : N'appelez pas
le ministre, appelez l'ébéniste. Et je crois que la commissaire... la présidente de la commission scolaire Marie-Victorin
aussi, elle a envoyé des lettres qui ne sont, à ce jour, toujours pas répondues. Le Directeur général des
élections a envoyé deux lettres. Six mois d'attente pour, finalement, obtenir
une réponse du ministre.
Aujourd'hui, vous mettez le doigt sur quelque
chose d'assez essentiel. Si une élue qui représente la plus grande commission scolaire au Québec n'est pas capable
d'avoir de réponse, est-ce qu'un D.G. va oser renvoyer, à chaque fois, la
balle? Est-ce qu'un D.G. va sortir dans les médias pour dénoncer?
Mme Harel
Bourdon (Catherine) : Bien,
en fait, leur rôle essentiel de porte-parole, occupé par un D.G., et je pense qu'il y a un collègue qui en a parlé tout à
l'heure... le directeur général a un droit de réserve. Donc, il a une
obligation de faire en sorte de ne
pas commenter certains dossiers. Donc, ça risque d'être extrêmement délicat
pour un directeur général de pouvoir prendre position sur certains
enjeux qui lui sont demandés par le conseil d'administration.
Le futur
conseil d'administration proposé, aussi, en fait, c'est des gens qui sont tous
là avec des intérêts. Et ce n'est pas une vision de bien commun comme celle qui
est privilégiée par des élus qui représentent l'ensemble de la population et pas
juste certaines écoles ou pas juste certains milieux, mais l'ensemble des
citoyens d'un territoire donné.
J'aimerais
ça, vous donner une petite idée de ce que ça fait, une présidente de commission
scolaire ou de ce que ça fait, un commissaire, parce que je pense que, dans le
débat, depuis plusieurs semaines, on ne sait pas ce que ça fait. Alors, à ma commission scolaire, nous avons eu
16 séances du conseil des commissaires. Nous avons eu 23 séances du
comité exécutif.
Nous avons eu 11 tables d'échanges entre les commissaires et
l'administration. J'ai eu personnellement 46 rencontres où je participais à des rencontres avec la
direction générale ou avec différents services; 61 rencontres avec des
partenaires communautaires,
économiques et institutionnels; 14 rencontres avec les syndicats, hein,
parce qu'on a plusieurs syndicats dans nos
commissions scolaires; 13 rencontres de comités, parce que nous avons
tous des comités qui sont inscrits dans la Loi de l'instruction
publique; 12 rencontres avec d'autres commissions scolaires, hein, parce qu'on
travaille, on partage des réalités, par
exemple, sur les terrains à Montréal et à Laval, c'est quelque chose qui est très présent; 42 rencontres avec des ministres et des élus locaux, dont les deux rencontres
avec M. Roberge que j'ai eues dans la dernière année, une sur la
laïcité et une...
La Présidente (Mme Thériault) :
«M. le ministre».
Mme Harel
Bourdon (Catherine) : ...M. le ministre, pardon, M. le ministre, sur la laïcité et l'autre, en début de mandat, sur les enjeux de notre commission scolaire. J'ai eu également 88 événements dans les établissements, et
189 entrevues.
Alors, quand
j'ai dit ça à mon directeur général, il était très inquiet parce qu'il ne
pourra pas faire tout ça seul en plus de gérer 16 000 employés
puis 200 établissements.
Puis je veux
juste rappeler qu'on est un réseau d'écoles. Mon mari a siégé sur le C.A. du
CPE de mes enfants : ce n'est
pas la même chose. Certains commissaires siègent sur des C.A. de cégeps :
ce n'est pas la même chose. Nous, c'est un réseau d'écoles qui est
interdépendant.
La Présidente (Mme Thériault) :
Mme la députée de Saint-Laurent.
Mme Rizqy :
Effectivement, je suis très contente que vous illustriez le nombre d'heures que
vous devez consacrer. Et j'imagine
qu'un peu à l'instar de ceux qui vous ont précédée vous ne faites pas de
millions comme salaire non plus, ni à
titre de présidente ni à titre...
ni les commissaires non plus.
Alors,
j'aimerais aller sur les économies promises. En 1998, déjà, à l'époque, les
gens disaient que, si on faisait un changement de structure, on allait
faire des économies. Par la suite, le premier ministre actuel est devenu
ministre de l'Éducation. Avez-vous vu des économies, oui ou non?
Mme Harel Bourdon (Catherine) :
Mais en fait...
La Présidente (Mme Thériault) :
Mme Harel.
Mme Harel
Bourdon (Catherine) : Oui.
En 1998, il y avait une raison pour ce débat de structure là. C'est que, dans
le fond, on voulait passer de commission scolaire confessionnelle à commission
scolaire linguistique, ce qu'on n'a pas
nécessairement comme débat de fond dans ce projet de loi là. Mais, par contre,
ce qui a été vérifié, dans la vérification
des faits, entre autres, que Radio-Canada a fait il y a quelques années, c'est
qu'à l'époque on avait annoncé des économies de 100 millions. Le
gouvernement, en 1998, c'était Pauline Marois qui était à l'Éducation, avait
annoncé des économies de 100 millions.
Et, finalement, quelques années plus tard, c'est son collègue François Legault
qui a été nommé ministre de
l'Éducation, et c'est plutôt 40 millions que le ministère de l'Éducation a
dû payer suite au changement de structure des commissions scolaires.
La Présidente (Mme Thériault) :
Merci. Dans votre réponse... sauf que vous devez quand même appeler le premier
ministre par son
titre et non pas par son nom. M. Boudreault, vous voulez
ajouter?
M. Boudreault
(Miville) : En complément,
rapidement. Lorsqu'on rencontre des citoyens, des membres de notre famille même,
le message qu'ils ont compris, au moment de l'annonce du projet de loi — et
c'est un peu ce qui a été véhiculé
par les médias, je ne dis pas que c'est nécessairement le ministre
qui l'a présenté ainsi, mais, dans les médias, ça a souvent été retransmis ainsi — c'est
qu'on abolissait les commissions
scolaires, point la ligne. Alors, les
gens s'imaginaient, là, qu'il y avait
des centaines de millions de dollars qui allaient être économisés, et je devais
leur expliquer que, finalement, non.
On n'abolit pas les commissions
scolaires. La structure actuelle
demeure. On abolit la structure de gouvernance qui est
au-dessus, on abolit l'outil démocratique qui est l'élection scolaire, mais la commission scolaire, elle change de nom, tout simplement. Et les gens étaient
extrêmement étonnés. Ils disaient : Ah oui? Et là c'est là, évidemment,
que ça permettait d'expliquer un peu davantage.
Lorsqu'on
parle d'économie, évidemment, c'est sûr que c'est facile de s'en prendre à des
élus qui sont, évidemment... qui ont
une petite rémunération. C'est facile de s'en prendre à eux. On les jette un
petit peu en pâture à l'opinion publique. J'avoue que je déplore vraiment
ce qui a été fait.
Ceci étant
dit, c'est fait maintenant, alors on doit vivre avec. Mais je crois que les
économies, elles ne seront pas nécessairement au rendez-vous. Vous voyez, M. le ministre a parlé de 160 professionnels sur une période quatre ans, mais, présentement, on a, au moins, dans ma seule commission scolaire, une vingtaine de postes de professionnels qui sont associés aux mesures dédiées. Donc, c'est les
écoles qui ont ces argents-là directement dans leur budget qui demandent à la
commission scolaire : Est-ce qu'on peut engager tel et tel
professionnel? Et on ne peut pas. Pourquoi on ne peut pas? Parce qu'il
n'y en a pas à engager, tout simplement.
Alors, je
pense que le débat, il faut vraiment que ce soit un débat sur la place de l'éducation
publique au Québec. Quels sont les
vrais problèmes de l'éducation publique au Québec? Quels sont les vrais
dysfonctionnements? Est-ce que le dysfonctionnement, c'est qu'il y a une élection
scolaire où la participation est problématique? J'en conviens, là, il n'y a
personne qui trouve que la participation est
formidable, mais c'est un symptôme d'un problème qui pourrait être réglé par
d'autres moyens. Mais est-ce qu'on pense que les dysfonctionnements, au Québec,
ce n'est peut-être pas plutôt une école
privée subventionnée et l'effet que tout ça a sur l'école publique québécoise?
Je pense que, si on s'attardait plus à ce genre de questions là, on irait vraiment au coeur des problèmes de
l'école publique québécoise, beaucoup plus que simplement s'attarder à une
élection scolaire, à un système de gouvernance où des citoyens sont présents.
La Présidente (Mme Thériault) :
Mme la députée de Saint-Laurent, il reste 5 min 30 s.
Mme Rizqy :
Parfait, je vais y aller rapidement. Juste pour rectifier certaines affaires,
j'invite le ministre à relire le mémoire
de la commission scolaire des Vallées, car c'est très clair, et je cite :
«La commission scolaire Coeur-des-Vallées estime que le gouvernement du Québec devrait se concentrer sur les
vraies cibles, décrites précédemment, pour améliorer notre système d'éducation. Surtout, il devrait
prendre ses décisions avec la perspective de favoriser la réussite des élèves,
qui devrait être l'ultime priorité pour tout
système d'éducation. Jouer dans les structures n'est certainement pas en lien
avec cette priorité.» Ça, c'est dans le mémoire qui a été déposé.
En ce qui a
trait à l'article 310 du projet de loi, grande prudence dans les mots
choisis. Lorsqu'on parle de règlements pour
mettre en oeuvre, évidemment, on peut en retrouver dans différents projets de
loi, mais, ici, on parle aussi pour «réalisation
efficace de son objet». Il y a exactement aussi l'article 308 et
l'article 309, où est-ce que, vraiment, on parle de pouvoirs que le
ministre a lui-même, et il y a un
article qui est très préoccupant, et c'est là
que je me tourne vers vous, l'article 46, où est-ce que le
gouvernement, par décret, peut faire la réunification des territoires.
C'est quoi,
maintenant, qu'il peut arriver, pour votre réalité, à Laval ou à Montréal, où
est-ce qu'il y a des grandes disparités aussi dans le territoire
montréalais puis de Laval?
La Présidente (Mme Thériault) :
Mme Harel Bourdon.
Mme Harel Bourdon (Catherine) :
Bien, peut-être juste entamer en disant que nos enjeux, là, c'est qu'on n'a pas de place, hein? En ce moment, il y a une
immense augmentation des élèves au primaire, mais de plus en plus au secondaire
aussi, là. Notre réalité, elle s'est
déplacée au secondaire. Donc, on n'a pas d'espace. Puis c'est sûr qu'on a
beaucoup de gens qui travaillent à
Montréal ou à Laval puis qui aimeraient bien pouvoir choisir une école où ils
vont reconduire les enfants en s'en
allant au travail. Malheureusement, la réalité, c'est qu'on ne peut pas offrir
ça et qu'il y a une importance aussi d'avoir une école très ancrée dans son milieu, je parlais de l'école
communautaire, puis d'avoir un réseau d'écoles qui répond bien, dans un
quartier, aux besoins des parents.
Et il ne faut
pas qu'il y ait une cannibalisation entre les écoles, ça, c'est très important,
parce qu'un réseau d'écoles pour Montréal et Laval... c'est que, dans certaines
écoles, on va offrir, par exemple, un point de service pour des élèves troubles du spectre l'autisme, par exemple, un
point de service pour des élèves de l'accueil. On a vécu tous les trois, il y a
deux ans, là, vraiment une vague d'immigration de réfugiés incroyable, et
c'était difficile, pour nous, d'absorber le choc.
Donc, la
question des territoires, elle ne peut pas être vue de façon fermée, elle doit
être vue de façon très ouverte. On
n'est pas contre de faire évoluer les choses, mais notre réalité, en ce moment, elle est liée au développement de chaque quartier. Puis la réalité au niveau de notre
augmentation de clientèle, c'est que, s'il n'y a plus des élus scolaires pour
faire des négociations...
Je vous donne
un exemple, parce que Miville a donné un exemple concret tout à l'heure. Nous,
chez nous, on s'est rendu compte, en octobre, entre octobre et décembre, suite
à l'arrivée massive d'immigrants, que, pour l'année suivante, on n'aurait pas assez de classes. Les rénovations
puis les constructions d'écoles n'étaient pas terminées, puis on n'aurait pas assez de