Culture and Education — 2 February 2022 (42nd Legislature, 2nd Session)
CCE 2022-02-02
Quebec — Committees
(Onze heures trente-trois minutes)
La Présidente (Mme Thériault) : Votre
attention, s'il vous plaît!
Donc, ayant
constaté le quorum, je déclare la séance de la Commission de la culture et de
l'éducation ouverte.
La Présidente (Mme Thériault) :
Donc, votre attention, s'il vous plaît! Je vais vous demander le silence, les
travaux ont repris, MM. les collègues. Merci beaucoup.
Donc, la commission est réunie afin de pouvoir
poursuivre l'étude détaillée du projet de loi n° 96,
Loi sur la langue
officielle et commune du Québec, le français.
Mme la secrétaire, y a-t-il des remplacements?
La Secrétaire : Oui, Mme la
Présidente. M. Émond (Richelieu) sera remplacé par M. Lévesque
(Chapleau); Mme Guillemette (Roberval), par M. Thouin (Rousseau); Mme Rizqy
(Saint-Laurent), par M. Barrette (La Pinière); Mme St-Pierre (Acadie), par M. Birnbaum
(D'Arcy-McGee); Mme Dorion (Taschereau), par Mme Ghazal
(Mercier); et Mme Hivon (Joliette), par M. Bérubé (Matane-Matapédia).
La Présidente (Mme Thériault) :
Parfait, merci.
Donc, aujourd'hui, nous poursuivons avec
l'article 21.7, qui est proposé à l'article 14 du projet de loi. M.
le ministre, je vous invite à faire la lecture de cet
article ainsi que votre
proposition d'amendement.
Et, pour ceux qui suivent nos travaux, nous
allons compléter l'article 14, avec 21.7 jusqu'à 21.12. Par la suite, nous
allons suspendre, revenir à l'article 12, qui était suspendu, et nous
reviendrons par la suite à l'article 15.
Donc, M. le ministre, la parole est à vous. 21.7
et votre amendement.
M. Jolin-Barrette : «21.7. Un
organisme de l'Administration est tenu de rendre disponible une version
française du contrat ou de l'écrit rédigé seulement dans une autre langue en
vertu de l'article 21.5 ou 21.6 aux membres de son personnel qui, dans
l'exercice de leurs fonctions, doivent prendre connaissance de ces documents.»
Et l'amendement se lit ainsi : À
l'article 14 du projet de loi, remplacer l'article 21.7 de la Charte
de la langue française qu'il propose par le suivant — donc,
on remplace intégralement 21.7 par ceci :
«21.7. Un organisme de l'Administration est tenu
de rendre disponible une version française de toute
partie d'un contrat ou d'un écrit rédigé seulement dans
une autre langue en vertu de l'article 21.5 ou 21.6 aux membres de
son personnel dont les fonctions requièrent qu'ils prennent connaissance de
cette
partie d'un tel contrat ou d'un tel écrit.
«Le premier alinéa ne s'applique pas au membre
du personnel de l'organisme qui participe à la négociation ou à la rédaction de
ce contrat ou de ce document.»
Commentaires : Cet amendement propose de
préciser l'article 21.7 de la Charte de la langue française afin de circonscrire l'obligation qu'il fait à un
organisme de l'Administration de traduire certains contrats ou autres
documents aux parties de ceux-ci dont les fonctions des membres de son
personnel requièrent qu'ils en prennent connaissance.
De plus, cette obligation ne s'applique pas à
l'égard des membres du personnel qui participent à la négociation des contrats
et des documents visés par cette obligation.
Donc,
l'objectif est de faire en sorte de permettre aux fonctionnaires de l'État
québécois de travailler intégralement en français. Et là on a vu dans
les exceptions, tout à l'heure —
bien, tout à l'heure... hier —
que ça peut arriver que l'État puisse contracter dans une autre langue que le
français. Mais, si on a un fonctionnaire de l'État québécois qui doit travailler sur... Bien, en fait, le contrat
est signé, supposons, puis le fonctionnaire québécois doit, dans le cadre
de ses fonctions, travailler avec ledit
contrat, mais le contrat doit être traduit, O.K., pour qu'il puisse en prendre
connaissance, puis tout ça, donc... mais pas
l'intégralité, nécessairement, du contrat, seulement les parties qu'il a besoin
de... avec lesquelles il travaille.
Puis, parallèlement à ça, ça ne s'applique pas
aux employés de l'État qui vont négocier le contrat, tu sais, exemple l'avocat
du gouvernement qui va négocier le contrat, puis c'est un contrat qui est en
anglais, bien, c'est sûr qu'il négocie en anglais, donc il n'a pas... on ne lui
donne pas la... Dans le fond, on ne se donne pas, comme État, l'obligation de
rendre la version française, alors que c'est lui-même qui le négocie en
anglais. Donc, pour la négociation du contrat, ça peut être fait dans une autre
langue que le français, puis le fonctionnaire va travailler avec la version
anglaise, supposons. Mais par contre, un coup que le contrat est signé, tout
ça, l'État, lui, s'impose la responsabilité que, pour ses fonctionnaires qui
vont avoir à travailler avec le contrat, la
partie du contrat soit traduite,
avec laquelle ils travaillent.
La Présidente
(Mme Thériault) : Oui, Mme la députée de Marguerite-Bourgeoys.
Mme David : On recommence à
enlever les masques, remettre les masques.
Alors là, je comprends mieux, parce que je
m'aperçois d'une chose, c'est : on lit une fois, on lit deux fois, puis
tout à coup, la troisième fois, on lit des mots qu'on n'avait pas lus les deux
premières fois. Donc là, j'ai bien compris, et c'est bien écrit, d'ailleurs,
«qui participe à la négociation ou à la rédaction du contrat».
Donc, cet amendement-là parle du processus et
non de la finalité, c'est-à-dire un contrat rédigé, lui, est soumis au premier
paragraphe, il devra être traduit, mais pas toutes les étapes d'échange de
documents, puis là on change tel mot, puis
etc., comme un peu une étude détaillée qui n'aurait pas nécessairement besoin
d'être toute traduite, mais l'article
final, lui, il faudrait qu'il soit traduit. Peut-être une très mauvaise
comparaison, mais ce que je comprends, c'est que, les allers-retours
avec des Américains, ou le contrat Asie-Pacifique, ou je ne sais trop, on peut
travailler dans la langue du contrat, puis c'est à la fin qu'on a une obligation
de répondre au premier paragraphe.
M. Jolin-Barrette : C'est ça.
Mme David : O.K. Bien, ça va.
La Présidente (Mme Thériault) : Ça
va? Parfait.
M. Jolin-Barrette : «21.8. Les
communications écrites nécessaires à la conclusion d'un contrat ou d'une
entente qui peut être rédigé dans une autre langue que le français peuvent être
dans cette autre langue.
«Les articles 16 et 16.1 ne s'appliquent
pas à la communication visée au présent article.»
Commentaires :
L'article 21.8 de la
Charte de la langue française que propose l'article 14 du projet de loi a pour objet de permettre l'utilisation d'une autre
langue que le français dans les communications préalables à la
conclusion d'un contrat ou d'une entente, lorsque le contrat ou l'entente peut
être rédigé dans une autre langue que le français.
Rappelons que de telles communications ne sont
pas visées à l'article 21.3 de la charte lorsqu'elles émanent de
l'Administration.
Enfin, le deuxième alinéa de l'article 21.8
précise que la communication visée à cet
article est soustraite à l'application
des articles 16 et 16.1 afin d'éviter le conflit d'application entre ces
dispositions.
Les dispositions de l'article 21.8
entreront en vigueur un an après la sanction du projet de loi, ainsi que le
prévoit le paragraphe 3° de l'article 201.
Présidente (Mme Thériault) :
Juste avant de passer, M. le
ministre... je m'excuse, j'ai oublié de vous faire adopter l'amendement
précédent à 21.7. Est-ce que l'amendement à 21.7 est adopté?
La Présidente (Mme Thériault) :
Adopté. Parfait. Je m'excuse.
Vous pouvez continuer. Allez-y.
M. Jolin-Barrette : Donc,
l'objectif de ça, c'est, puisque l'État peut contracter en anglais dans
certaines circonstances, on vient permettre la communication dans une autre
langue que le français en vue de la conclusion du contrat. Donc, exemple, les
juristes de l'État québécois vont négocier... supposons, le ministère des
Finances, vont négocier, dans la Chambre de compensation.
M. Jolin-Barrette : C'est ça.
Là, à ce moment-là, puisque le contrat sera dans une autre langue que le
français, bien, en vue de la conclusion du contrat avec leurs homologues, c'est
permis d'utiliser une autre langue que le français. Donc, c'est comme si on
attachait les wagons pour être sûrs... Le contrat va être dans une autre
langue, mais pour arriver à la conclusion du contrat, comme État, on se
dit : Bien, on peut, en prévision de la conclusion du contrat, utiliser
une autre langue que le français.
La Présidente (Mme Thériault) : Oui,
Mme la députée.
Mme David : Bien, je comprends
bien, c'est le même esprit. J'ai une question qui va être bonne pour à peu près
tous les articles, c'est que vous mettez dans les... ce que j'appelle le cahier
mammouth, là, les 3 000 pages de notes et de toutes sortes
d'affaires, dans ce cahier-là, là, boudiné, vous mettez les commentaires et
puis vous dites : Ça va s'appliquer un an après, des fois c'est deux.
Comment vous décidez du délai d'application?
M. Jolin-Barrette : Bien, dans
le fond, le un an est basé sur l'entrée en vigueur de la Politique
linguistique. Donc, à partir du moment de la sanction de la loi... Parce que la
Politique linguistique, il faut la développer. Là, on est dans le cadre légal,
on dit : L'État va se donner une politique linguistique de l'État, mais un
coup que le projet de loi est sanctionné, pour que la
politique rentre en vigueur, il faut, un, se donner le temps qu'elle... de la
construire, mais aussi de valider avec chacun des organismes leurs exceptions
spécifiques. Donc, c'est pour ça qu'on se donne un an pour l'entrée en vigueur.
Mme David : Je comprends, puis
on le fait souvent, dans les projets de loi, pour permettre aux partenaires
visés de s'organiser et de se préparer. Mais pourquoi un an, plutôt pas deux,
plutôt pas trois? Est-ce que... Parce que d'autres fois, on va le voir dans un
autre article, c'est à partir du dépôt du projet de loi, là, on va le voir à
22.2, bien là, à partir du dépôt et non pas à partir de la sanction ou pas un
an après. Alors, il y a certainement un rationnel pour décider toutes ces
dates-là.
M. Jolin-Barrette : Bien, dans
le fond... Parce que, là, ce qu'on va voir, à 22.2, relativement à la clause de
droits acquis, pourquoi c'est au moment du dépôt du projet de loi, c'est pour
ne pas faire en sorte de créer des droits acquis entre le moment du dépôt du
projet de loi puis le moment de la sanction de la loi. Donc, dans le fond,
c'est un
article qui est conservatoire pour faire en sorte que c'est la photo
qui est prise au moment du dépôt du projet de loi.
Mme David : Chacun a son
rationnel.
M. Jolin-Barrette : Chacun a
son rationnel.
Mme David : Donc, que ça soit
après pour donner le temps, avant pour éviter des choses...
M. Jolin-Barrette : Pour
prendre la photo, oui.
Mme David : Et ça peut être un
an, mais ça pourrait être deux ans, puis ça pourrait être autre chose.
M. Jolin-Barrette : Bien,
exemple, pour l'affichage relativement aux marques de commerce.
Mme David : Bien oui, je
l'avais fait, c'était trois ans.
M. Jolin-Barrette : Bien,
c'est ça, mais, nous aussi, c'est trois ans, dans le cadre de ça. Puis
l'application de la loi, également,
aux 25-49, c'est trois ans également. Donc, trois ans après la sanction, les
dispositions vont rentrer en vigueur.
Mme David : Autre question
corollaire, donc, est-ce que ça, ça fait
partie du projet de loi? Quand on
vote, est-ce qu'on vote le délai?
M. Jolin-Barrette : Oui, c'est
dans les dispositions à la fin du projet de loi, donc, les dispositions
d'entrée en vigueur, vous allez voir, on va les étudier, là.
Mme David : ...chaque
article...
M. Jolin-Barrette : Bien, dans
le fond, ça va être par blocs d'articles. Le principe général, là, dans une
loi, c'est : la loi entre en vigueur à la date de la sanction ou par
l'effet de la loi... puis on me corrigera, là, c'est peut-être la
loi sur... je
ne me souviens plus c'est laquelle, là, mais, dans le fond, le principe de
base, c'est 30 jours après la sanction, c'est ce qui est prévu dans
la loi, à moins qu'il soit... C'est la
loi sur le...
M. Jolin-Barrette : Merci,
Me Paquin. La Loi d'interprétation dit : Les lois entrent en vigueur
30 jours après leur sanction, mais, dans le... je dirais, plus que
90 % des projets de loi, ce qui est prévu, c'est : la loi entre en
vigueur à la date de la sanction, donc quand on est chez le
lieutenant-gouverneur et la sanction royale est octroyée. Ça, c'est le principe
général. Ça fait que, si rien n'est dit dans le projet de loi, c'est
30 jours après la sanction.
Ce qui va arriver dans beaucoup de projets de
loi, on va dire : Bon, bien, c'est ça, puis là on va avoir des
dispositions particulières, on va dire :
L'article 1, 5, 8, 22, 38
rentrent en vigueur un an après la date de la sanction, ou sinon vous allez avoir :
1, 4, 22, 32 vont rentrer en vigueur sur décret du gouvernement, donc là on
reporte l'entrée en vigueur, ou : 8, 37, 45 vont rentrer en vigueur avec
la prise de règlement, ou des fois ça va être : au plus tard cinq mois
après la date de la sanction.
Ça fait que, dans le fond, dans la mécanique,
pour que tout fonctionne, bien, en fonction... il y a certaines parties des
projets de loi qui rentrent en vigueur à des dates différentes pour être sûr
que tout soit bien huilé, tout soit prêt. C'est des dispositions transitoires,
dans le fond.
Mme David : ...question est
encore plus subtile que ça. C'est que, quand on lit le commentaire et qu'on
adopte cette partie-là, 29, disons, 21.8, on va dire c'est correct, mais on va
voter tout l'article, disons, 14. Est-ce qu'on vote les délais par ce qui est
écrit dans le commentaire ou on va revoter à la fin du projet de loi toutes les
mises en vigueur? On pourrait, à la limite, voter contre à la fin du projet de
loi.
M. Jolin-Barrette :
Oui, vous allez pouvoir le faire. Dans le fond, le commentaire que vous
voyez dans le cahier que vous avez ne fait pas
partie de la loi.
M. Jolin-Barrette : Dans le
fond, l'article d'entrée en vigueur, pour chacun des articles, on va les voter
à la fin dans les dispositions transitoires et finales.
Mme David : Parfait. Donc, ça
ne nous engage pas sur les délais. Ce n'est pas parce que j'ai un souci
particulier, mais je veux juste comprendre, ça ne nous engage pas tout de suite,
ce commentaire-là, mais ça nous annonce que, plus tard, il va y avoir... on va
retrouver ça.
M. Jolin-Barrette : Oui. Bien,
dans le fond, on donne davantage d'information aux parlementaires pour leur
dire : Cette disposition-là va rentrer un an après la sanction.
Mme David : Je comprends. O.K.
Merci, Mme la Présidente. C'est tout.
Présidente (Mme Thériault) :
Donc, s'il n'y a pas d'autre
commentaire, on est prêts à passer à 21.9. M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Oui. «21.9.
Les écrits transmis à un organisme de l'Administration par une personne morale ou par une entreprise pour obtenir un
permis, une autre autorisation de même nature, une subvention ou une
autre forme d'aide financière qui n'est pas un contrat visé à l'article 21
doivent être rédigés exclusivement en français.
«Il en est de même pour les écrits qu'une
personne morale ou qu'une entreprise bénéficiant d'une telle forme d'aide ou
titulaire d'une telle autorisation est tenue de transmettre à un tel organisme
en raison de cette aide ou de cette autorisation.
«Les
articles 21.4 et 21.6 s'appliquent, compte tenu des adaptations
nécessaires, aux écrits visés au présent article.
gouvernement peut prévoir, par règlement, les situations dans lesquelles un
écrit transmis à l'Administration peut être rédigé dans une autre langue
que le français.»
Commentaires :
L'article 21.9 de la
Charte de la langue française que propose l'article 14 du projet de loi vise les écrits transmis à l'Administration par
les personnes morales et par les entreprises pour obtenir une
autorisation, tel un permis, ou une forme
d'aide financière, comme une subvention, qui n'est pas un contrat. Il prévoit
que ces écrits doivent être rédigés exclusivement en français.
L'article 21.9 prévoit également que cette
règle vaut également pour les écrits transmis à l'Administration par ces
entreprises et ces personnes morales en raison de cette autorisation ou de
cette aide financière, tels des rapports faisant état des activités autorisées
ou bénéficiant de l'aide financière.
Enfin, l'article 21.9 prévoit les
situations où une entreprise ou une personne morale pourra rédiger ces écrits
dans une autre langue que le français. Ces situations sont celles visées aux
articles 21.4 et 21.6 de même que celles qui pourraient être
éventuellement prévues par règlement du gouvernement.
Les dispositions de l'article 21.9
entreront en vigueur un an après la sanction du projet de loi, ainsi que le
prévoit le paragraphe 3° de l'article 201.
La Présidente (Mme Thériault) : Commentaires?
Mme la députée de Marguerite-Bourgeoys.
Mme David : Oui. Je cherche
juste un petit quelque chose, là... 21.9, O.K. Alors, ça, c'est du droit
nouveau, ça n'existait pas, parce que j'ai mon... C'est quelque chose qui
n'était pas... qui n'est pas dans la Charte de la langue française actuelle.
Une grande inquiétude, et là c'est pour rassurer ou inquiéter encore plus, dans
un domaine que je connais bien, les chercheurs universitaires, ce ne sont pas
des personnes morales, à mon idée. Ce ne sont pas des entreprises, bien qu'on
pourrait en discuter longtemps, des grandes PME de recherche maintenant. Mais
admettons, là, un professeur d'une université ou un groupe de professeurs, un
centre de recherche qui fait une demande de subvention au FRQ — Science,
nature, technologies, est-ce que cette demande-là doit obligatoirement être
faite en français? Alors, je parle de centres de recherche et de chercheurs
individuels ou de groupes qui ne sont pas, selon moi, des personnes morales ou
des entreprises.
M. Jolin-Barrette : Donc, si
c'est un contrat, dans le fond, le contrat peut être dans une langue autre que
le français, mais, si c'est un acte unilatéral, à ce moment-là, ça doit être
présenté en français. Donc, exemple, dans le cadre d'une subvention, c'est un
contrat, donc la demande peut être formulée dans une autre langue que le
français. C'est ça, Me Champagne?
Mme David : Un acte... Comment
vous avez appelé ça, un acte...
M. Jolin-Barrette : Unilatéral.
Mme David :
Wow! C'est quoi, ça? C'est un rapatriement unilatéral? C'est quoi, c'est un
acte...
M. Jolin-Barrette : Non, moi,
je n'aime pas trop ça, les rapatriements unilatéraux.
Mme David : Non, je le sais,
c'est pour ça que le mot... c'est comme... Parce que, là, là, les chercheurs
qui vous écoutent vont dire : C'est quoi, cette bibitte-là? Là, là, on va
être clairs, là.
M. Jolin-Barrette : Dans le
fond, unilatéral, ce n'est pas synallagmatique.
Mme David : C'est quoi? Quoi?
M. Jolin-Barrette : Ce n'est
pas synallagmatique.
Mme David : Bon, ça va de mieux
en mieux.
M. Jolin-Barrette : Ça veut
dire que ce n'est pas bilatéral.
Mme David : Ce n'est pas
synallagmatique, Mme la Présidente.
M. Jolin-Barrette :
Synallagmatique.
La Présidente (Mme Thériault) :
...M. le ministre.
M. Jolin-Barrette :
Obligation un.
Mme David : O.K. C'est le droit
civil encore, ça, que je devrais lire tous les soirs? O.K.
M. Jolin-Barrette : C'est ça,
exactement. Passionnant.
Mme David : Synallagmatique. Alors, on va essayer d'être
moins énigmatiques pour nos collègues chercheurs des universités, qui
sont bien inquiets par cette disposition. Eux, là, ils vivent de demandes de
subvention pour aller chercher la molécule de la COVID, si c'est... etc., O.K.,
de la recherche, c'est scientifique. Est-ce que... Parce qu'ils font des demandes partout à travers le monde, mais
ils en font aussi à nos fonds de recherche au provincial, ils en font
aussi au fédéral, mais au provincial, donc, ça, ça vous touche, je pense, dans
le 21.9, ou ça ne nous touche pas, ça dépend
de l'interprétation, que vous allez me dire. Alors, votre unilatéral ou un
contrat... parce que je n'ai jamais entendu, moi, que c'était un
contrat, une demande de subvention, mais, oui, il y a un contrat, peut-être, en
bout de ligne.
La Présidente (Mme Thériault) :
Votre interrogation est tout à fait légitime. Le ministre est en train de
consulter, donc ça ne sera pas très long.
M. Jolin-Barrette : Je vais
vous demander une minute, s'il vous plaît, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme Thériault) : Une
petite minute de suspension?
M. Jolin-Barrette : Oui.
La Présidente (Mme Thériault) :
Parfait. Nous allons suspendre les travaux quelques instants.
(Suspension de la séance à 11 h 51)
La Présidente (Mme Thériault) :
À l'ordre, s'il vous plaît! Donc, nous allons poursuivre nos travaux.
La députée de Marguerite-Bourgeoys a adressé une
question au ministre concernant l'article 14, 21.9. M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Donc, la
réponse claire, c'est lorsqu'il y a une demande de subvention, qui est un
contrat, donc, dans pratiquement toutes les demandes de subvention, ça
constitue des contrats. Donc, supposons, le chercheur fait une demande de
subvention, et l'argent est versé à l'université, donc il y a un contrat entre
le Fonds de recherche et l'université, puis l'argent, par la suite, est dévolu
aux chercheurs. Donc, oui, lorsqu'on est en présence de contrats, ça doit être
fait en français.
Si, par ailleurs, la
subvention est dans le cadre d'un règlement qui est automatique, dans le fond,
que c'est un pouvoir qui... c'est un acte qui est lié, exemple, je remplis les
conditions associées au règlement, donc ce n'est pas discrétionnaire,
donc j'ai droit automatiquement à la subvention, à ce moment-là, les
communications n'auront pas à être faites
exclusivement en français. Mais, dans la majorité des cas, pour avoir une
subvention du Fonds de recherche, on soumet, supposons, la candidature,
bien, le tout devra être mis en... le contrat devra être fait en français.
Si par contre vous
êtes dans une situation où la loi et le règlement prévoient... je remplis
critères 1, 2, 3, j'ai automatiquement mon 50 000 $, supposons, ce
n'est pas discrétionnaire, il n'y a pas de comité d'étude, il n'y a pas de
comité d'évaluation des dossiers, c'est vraiment juste des critères objectifs,
comme vous cochez des cases, il y a ça, il y a ça, il y a ça, là, à ce
moment-là, la communication n'est pas obligée d'être... elle n'est pas obligée
d'être uniquement en français, elle peut être dans une autre langue que le
français. Mais, dès lors où il y a présence de contrat, parce que l'État
contracte exclusivement en français, ça se fera en français.
Donc, je reviens à
mon exemple d'unilatéral, on est dans le deuxième cas, la personne qui fait...
qui dépose puis qu'elle a droit à la
subvention en cochant les coches, les demandes, ça, c'est unilatéral, l'État
est obligé de vous la donner. Si c'est dans le cadre d'un règlement, ça,
ça peut être avec une autre langue que le français, si ce n'est pas
discrétionnaire. Mais, si c'est évalué, puis qu'il y a présence de contrat,
donc il y a une convention qui est signée, là, à ce moment-là, c'est en
français.
La Présidente
(Mme Thériault) : Mme la députée.
Mme David :
Je suis désolée, mais on rentre dans un discours puis un échange très
complexe, là, alors, je suis désolée, ça va prendre un peu de temps.
On parle de contrat
quand la subvention est octroyée. Il faut bien que l'argent, à un moment donné,
transite entre le FRQ, le Scientifique en chef avec ses trois... ses trois organismes
subventionnaires et l'université d'accueil de l'argent. Des fois, c'est les universités, des fois il y a
30 chercheurs d'impliqués, des fois c'est 30 chercheurs
internationaux, puis 10 d'une université, puis cinq d'une autre. Enfin, si vous
connaissez le domaine de la recherche, c'est rendu extrêmement complexe.
Est-ce que vous
parlez du moment où le contrat est signé et donc la convention... la subvention
est octroyée? Ça, c'est très longtemps après le dépôt de la demande de
subvention, parce qu'une demande de subvention ça peut avoir 500 pages,
là, on se comprend. Quand on demande 10 millions pour un immense projet
multicentres sur la molécule de je ne sais pas quoi qui inclut la Suède, la
Norvège, la Finlande, vous allez avoir une énorme demande de subvention,
habituellement en anglais, parce qu'elle a fait le tour du monde, parce chaque
chercheur demande de l'argent. C'est là que
ça devient compliqué puis que les chercheurs sont... et les gros centres de
recherche sont inquiets.
Alors, ils nous
écoutent, puis il faut... si on ne le sait pas, j'aime mieux qu'on ne le sache
pas, ou si tout n'est pas attaché, j'aime mieux qu'on dise : On verra ou
je ne sais pas quoi, mais ce que j'entends, et peut-être que je me trompe,
c'est : une fois que la subvention est accordée, là, le contrat est en
français pour une institution du Québec, même si, dans le contrat, il y a de
l'argent qui va aussi... Prenez le Mila, là — le Mila, c'est Bengio —
pensez-vous sincèrement que tout se passe en français? Bien non, il y a
énormément d'argent international qui circule.
Alors, je ne suis pas
une spécialiste de l'ensemble et je ne suis pas une vice-rectrice Recherche,
là, mais je peux vous dire que c'est d'une complexité phénoménale. Alors, pour
éviter de tomber dans tous ces détails-là, je ne sais pas, mais je comprenais
que c'était une fois que la subvention est accordée.
La Présidente
(Mme Thériault) : M. le ministre.
M. Jolin-Barrette :
Est-ce que je peux vous demander de suspendre une minute?
Mme David :
Ah! tout le temps que vous voulez.
La Présidente
(Mme Thériault) : Alors, nous allons suspendre quelques instants,
encore une fois.
(Suspension de la séance à 12
h 02)
La Présidente (Mme Thériault) :
Donc, nous poursuivons nos travaux.
La députée de
Marguerite-Bourgeoys a émis certaines craintes concernant les recherches
scientifiques, donc le ministre cherchait à répondre et à rassurer la collègue
députée de Marguerite-Bourgeoys. M. le ministre.
M. Jolin-Barrette :
Alors, comme je le disais hors micro à la collègue de Marguerite-Bourgeoys,
effectivement, les demandes de subvention se font en français, mais les
documents... on a l'intention de déposer un amendement à l'article 22.5, à
titre d'exception, pour que les protocoles de recherche, les études, les
documents qui accompagnent la demande de subvention puissent être dans une
autre langue que le français. Mais la demande principale qui demande de
l'argent, elle même, le document est en français. C'est une communication,
parce qu'il va se traduire en contrat, mais pour tout le reste, pour les
chercheurs, pour les centres de recherche, les documents au soutien de la
demande pourront être dans une autre langue que le français. Et, dans le fond,
j'annonce déjà, Mme la Présidente, sous réserve d'un certain travail que nous
avons à effectuer encore, que nous avons l'intention de déposer un amendement à
22.5 pour exclure, notamment, certains éléments rattachés à la recherche.
Mme David : Mme
la Présidente, j'entends bien que nous y reviendrons à 22.5 et que nous verrons
à ce moment-là la portée exacte de l'amendement ainsi que sa formulation.
M. Jolin-Barrette : Exactement.
La Présidente (Mme Thériault) : Mais,
si jamais on se rend 22.5 avant que le ministre ait eu le temps de faire son
travail, à ce moment-là on continuera l'étude et on reviendra dans l'engagement
du ministre à déposer un amendement éventuellement, peu importe où on sera
rendus. Parce que, s'il a besoin de quelques jours... ça se peut qu'on se rende
à cet article-là cet après-midi, donc je prends juste les devants, au cas où.
M. Jolin-Barrette : Moi, ce que
je suggère, c'est : allons-y rondement, étudions aussi 22.5, puis si
jamais je n'ai pas l'amendement, bien, on rouvrira 22.5 pour venir l'intégrer.
Mme David : Alors, ce sera un
gros... un gros article, 22.5, parce que, là, il y a déjà un autre qui nous
attend, plus celui-là. Merci beaucoup.
J'aurais une question sur le dernier paragraphe,
là —
il y a quatre paragraphes : «Le gouvernement peut prévoir, par règlement,
les situations dans lesquelles un écrit transmis [...] peut être rédigé dans
une autre langue que le français.» Voilà une
façon, aussi, de dire que, par règlement, il peut se passer beaucoup de choses.
Ça, par exemple, on le sait tous. En
fait, certains d'entre nous l'ont vécu dans la situation où vous êtes, et bien
des choses peuvent être faites par
règlement. Donc, donnez-nous des exemples de situations peut-être autres que
celles dont on vient de parler, parce que ça, c'est une grosse
situation, pourquoi vous avez cru bon de mettre ce paragraphe-là qui ne se
retrouve pas nécessairement, et même pas très souvent dans les autres. On voit
qu'il se retrouve à... mais pas souvent. Donc, vous aviez en tête quelque chose
pour prévoir par règlement, certainement.
M. Jolin-Barrette : Bien, en
fait, il peut arriver certaines situations exceptionnelles auxquelles on n'a
pas réfléchi qui mériteraient d'avoir une exception, donc on vient habiliter le
gouvernement, dans certaines situations qui ne sont pas avérées nécessairement,
de faire en sorte qu'on puisse exclure certaines situations. Donc, c'est comme une certaine sécurité. Parce que le principe de
base, c'est que c'est les contrats qui sont en français. C'est un peu le
pendant, là, de l'article 104... de la loi n° 104, l'article 1,
pour que les communications avec les personnes morales qui... se déroulent en
français. Ça fait que, dans le fond, c'est un mécanisme pour faire en sorte
que, si jamais il y a des situations inconnues qui surviendraient, ça donne les
outils pour dire, bien : Dans ce cas-là, oui, il pourrait y avoir une
exception.
Mme David : Ça, Mme la
Présidente, c'est la version officielle des règlements, mais vous savez, vous
avez quand même un long passé politique de toutes sortes de ministères, et ça
peut être vraiment avec toutes sortes... toutes sortes de choses dans les
règlements. Et j'aime beaucoup l'exemple du ministre, parce que lui-même était
bien découragé de voir qu'en 2002 ce règlement a été passé sur l'article... le
projet de loi n° 104, l'article 1, et ça a pris 20 ans avant de
le mettre en pratique.
M. Jolin-Barrette : Bien, en
fait, l'enjeu, c'est qu'ils n'ont pas pris le décret.
Mme David : Mais voilà. Mais ça
peut arriver, ça aussi.
M. Jolin-Barrette : Mais c'est
parce qu'avec l'article 1 de la loi n° 104, c'était justement la
discussion qu'on avait tantôt, c'était «rentrera en vigueur sur décret du
gouvernement». Ça fait que, là, il n'y a jamais personne qui a pris le décret
pour dire qu'on rentre en vigueur, donc... Mais là c'est différent, là on
prévoit une habilitation réglementaire pour exclure une situation inconnue à ce
moment-ci.
Mme David : Mais on sait — puis
peut-être que c'est inévitable puis c'est comme ça dans toutes les législatures
du monde —
qu'il faut prévoir l'imprévisible au moment où on passe la loi, dans le fond,
alors on dit : On va prévoir par règlement, mais disons que des fois la
notion de règlement a le dos très, très, très large, et on se précipite sur le
pouvoir réglementaire pour ne pas passer dans une loi ou pour ne pas passer...
Mais le pouvoir réglementaire peut être contraignant aussi, là, mais on peut
mettre toutes sortes de choses, on le sait, c'est publié 45 jours dans la Gazette
officielle , et tout ça, il y a des gens qui sont attentifs à ça, mais,
quand même, c'est une sorte de porte de sortie pour des choses imprévisibles
qu'on essaie de... sinon on ne ferait jamais le projet de loi, on dirait :
Tout va être par règlement. Alors, on essaie de prévoir le plus possible dans
le projet de loi, pour ne pas tout mettre dans l'enveloppe «règlement».
M. Jolin-Barrette :
Mais la réponse... oui, un règlement, c'est une norme, donc ça a la force de
norme, mais le règlement ne peut pas aller au-delà de ce que la loi lui confère
comme pouvoir réglementaire. Donc, vous ne pourriez pas adopter un règlement
sur plein d'affaires qu'il ne touche pas, il faut que vous soyez habilité, il
faut que l'État... bien, en fait, il faut que le gouvernement soit habilité par
la loi, par le texte de la loi pour le faire, parce que, dans
le fond, le règlement, c'est un pouvoir législatif délégué, dans le fond, c'est
l'Assemblée qui délègue le pouvoir au gouvernement.
Mme David :
Mais on va voir plus tard dans le projet de loi — puis là-dessus j'ai déjà annoncé
mes couleurs, mais je les redis —
qu'il y a un
article de loi, donc, qui dit que, par règlement, vous pouvez
modifier toute la
section I. C'est gros, ça.
M. Jolin-Barrette :
On y reviendra sur le détail.
Mme David :
J'ai bien hâte parce que c'est assez gros. Donc, O.K., on va attendre... bien,
c'est-à-dire, on peut passer à un autre
article et on en parlera au 22.5, de la
recherche.
La Présidente
(Mme Thériault) : Donc, je comprends qu'il n'y a pas d'autres
commentaires sur 21.9?
M. Jolin-Barrette :
«Chaque organisme de l'Administration doit voir à ce que toute inscription,
visée au premier alinéa de l'article 51, relative à un produit qu'il obtient en
vertu d'un contrat d'approvisionnement conclu avec une personne morale ou une
entreprise soit, conformément, à cet article, rédigée en français. Cet
organisme doit, de plus, voir à ce que soit conforme à l'article 52.1 ou à
l'article 54 le produit qui y est visé, lorsqu'il est obtenu en vertu d'un tel
contrat.
«Pour l'application
du premier alinéa, "contrat d'approvisionnement" s'entend au sens qui
lui est donné par la
Loi sur les contrats des organismes publics (chapitre
C-65.1).»
Commentaires :
L'article 21.10 de la Charte de la langue française que propose l'article 14 du
projet de loi vise à ce que les organismes de l'Administration s'assurent de la
conformité avec les dispositions des articles 51, 52.1 et 54 des
différents produits qu'ils obtiennent en vertu d'un contrat d'approvisionnement
conclu avec une personne morale ou une entreprise.
Cette modification a,
en outre, pour effet d'étendre l'application des articles 51, 52.1 et 54 à des
produits qui n'y seraient pas assujettis, c'est-à-dire des produits qui ne sont
pas mis en marché au Québec mais qui y sont apportés pour répondre aux seuls besoins
de l'Administration.
Puisque l'article
21.10 vise les contrats d'approvisionnement au sens de la
Loi sur les contrats
des organismes publics, les produits visés
ici sont ceux obtenus en vertu d'un contrat d'achat, de location ou de crédit-bail.
Les dispositions de
l'article 21.10 entreront en vigueur un an après la sanction du projet de loi,
ainsi que le prévoit le paragraphe 3° de l'article 201.
La Présidente
(Mme Thériault) : Commentaires? Mme la députée de Marguerite, ça
va? C'est bon pour 21.10. 21.11.
M. Jolin-Barrette :
Oui. «21.11. Lorsqu'un organisme de l'Administration obtient des services d'une
personne morale ou d'une entreprise, il requiert qu'ils soient rendus en
français.
«Lorsque les services
ainsi obtenus sont destinés au public, l'organisme doit plutôt requérir du
prestataire de services qu'il se conforme
aux dispositions de la présente loi qui seraient applicables à cet organisme
s'il avait lui-même fourni ces services au public.»
Commentaires :
L'article 21.11 de la Charte de la langue française que propose l'article 14 du
projet de loi introduit une règle similaire
à celle prévue par l'article 21.10 visant cette fois les services obtenus par
l'Administration, aussi bien lorsque ces services sont obtenus pour
l'Administration ou destinés au public. En ce dernier cas, le prestataire de
services sera tenu aux mêmes obligations que l'organisme de l'Administration,
il devrait donc utiliser exclusivement le français, sauf dans la mesure où la
Charte de la langue française accorde la faculté à l'organisme de faire
autrement.
Les dispositions de
l'article 21.11 entreront en vigueur un an après la sanction du projet de loi,
ainsi que le prévoit le paragraphe 3° de l'article 201.
La Présidente
(Mme Thériault) : Oui, Mme la députée de Marguerite-Bourgeoys.
Mme David : Je voudrais savoir dans quelle langue vous avez négocié l'achat des
masques pendant la pandémie, en urgence, avec le monde entier, la
course.
M. Jolin-Barrette :
Bien, écoutez, ce n'est pas moi qui a négocié. Par contre, dans tous les
cas, ce qu'on vise, avec 21.11, c'est que,
lorsque les services sont destinés notamment au public, l'État... exemple, on a
un cocontractant, on engage quelqu'un pour offrir des services au
public, donc aux Québécois et aux Québécoises, mais on souhaite qu'il soit
assujetti aux mêmes normes que l'État québécois. Donc, un sous-contractant que
l'État québécois engage, lui-même a également les mêmes obligations que si c'était
l'État lui-même qui délivrait.
La Présidente
(Mme Thériault) : Mme la députée.
Mme David : Ça,
ça ressemble plus au deuxième paragraphe de 21.11. Le premier paragraphe, c'est
quand il obtient des services d'une personne morale ou d'une entreprise.
«Obtient des services», est-ce que c'est obtenir des services, c'est aller
chercher des doses de Pfizer ou de Moderna, ou ça, ce n'est pas des services?
M. Jolin-Barrette : Exemple, je
donne des contrats de services juridiques à un cabinet, supposons, montréalais.
Moi, État, comme Procureur général, je contracte avec un bureau parce que je
n'ai pas l'expertise à l'interne, supposons,
mais les services qui vont être offerts par le bureau au Procureur général
devront l'être en français.
Mme David : Donc, on est dans
les services.
M. Jolin-Barrette : On est dans
les services.
Mme David : On n'est pas dans
l'achat international de médicaments de masse, d'équipements de protection
individuelle, de ci, de ça. On est dans la fourniture de services entre
l'Administration et un contractant.
M. Jolin-Barrette : Exactement.
Exemple, je ne sais pas, on fait affaire avec une firme d'architectes, bien, la
firme d'architectes va devoir rendre les services à l'État québécois en
français. Même chose si on engage la firme d'architectes
pour, supposons... Excusez-moi. Non, mais j'allais dire : Une firme, pour
donner des services à la population, ça va devoir... ils auront les
mêmes obligations que si c'était l'État qui les donne. Ça, on est dans le
paragraphe deux. Donc, l'État lui-même, quand il y a un contrat de services,
l'Administration reçoit le tout en français. Quand l'État engage un
sous-contractant pour donner des services destinés au public également, ils ont
les mêmes obligations que l'État en français.
Mme David : Dans un récent
passé, je me souviens, et le Stade olympique me fait penser à ça — je peux
parler du CHUM aussi, j'avais l'immense privilège d'avoir ce dossier — et je
viens de regarder, là, le 21.11 n'existait pas, en tout cas pas sous la forme
dans la Charte de la langue française actuelle, et c'était tout un enjeu, parce
que les employés sur la construction du CHUM avaient des patrons britanniques,
australiens, etc., parce que le contrat de construction était donné à des...
alors ils se plaignaient que tous leurs... comment on appelle ça?
La Présidente (Mme Thériault) : Contremaîtres.
Mme David : Des contremaîtres.
Ça se passait en anglais, puis là ça ne marchait pas parce qu'en anglais,
souvent, ça pouvait mettre à risque des employés qui ne comprenaient pas les
consignes, etc. Alors, on se référait à la charte en disant : C'est
protégé, vous devez absolument... je ne veux pas nommer le nom de la firme, je
ne m'en souviens plus, de toute façon... sur le terrain, que ça se passe en
français.
Mais c'est le genre de situation que couvre
21.11, qu'une mégaconstruction, donc... la présidente a parlé de Stade
olympique, je parle de CHUM, c'est comme des gros trucs. Vous risquez de
l'avoir dans un... peut-être un tunnel x ou y qui coûte très cher, ça se peut
que les fournisseurs et les contractants soient de partout dans le monde.
M. Jolin-Barrette : Puis là il
y a aussi le droit de travailler en français, aussi, des travailleurs québécois
qui rentre en ligne de compte aussi.
Ça fait que, tu sais, 21.10, c'est pour
l'approvisionnement, l'article qu'on vient d'adopter avant lui. 21.11, c'est
pour les contrats de services. Mais 21.12, pour répondre à votre préoccupation,
l'article suivant, va venir permettre d'avoir certaines exceptions lorsque vous
avez une situation qui est particulière. Exemple, votre exemple de masque va être couvert par 21.12, ce n'est pas
possible d'avoir un contrat d'approvisionnement qui est en français,
vu... à une situation qui est particulière : «...il est impossible pour
l'organisme de se procurer en temps utile le produit recherché ou un autre
produit qui y est équivalent conforme, selon le cas, [ou qui] ne peuvent [pas] être
rendus en français.» Il y a une exception, donc, 21.12 est là pour parer les
situations exceptionnelles.
Donc, le
principe de base, c'est : l'État achète en français, l'État obtient ses
services en français, donc, c'est le principe
général, 21.10, 21.11. Mais après ça 21.12 nous permet de dire : Bien,
dans des cas particuliers, il peut arriver...
Mme David : O.K., il était dans
la page suivante, alors on y avait moins référé.
La Présidente (Mme Thériault) :
C'est tout pour vous?
La Présidente (Mme Thériault) :
D'autres interventions sur 21.11? Je n'en vois pas.
M. Jolin-Barrette : Oui. «Les
articles 21.10 et 21.11 n'ont pas d'effet lorsqu'il est impossible pour
l'organisme de se procurer en temps utile le produit recherché ou un autre
produit qui y est équivalent conforme, selon le cas, à l'article 51, 52.1
ou 54 ou lorsque des services, autres que ceux destinés au public, ne peuvent
être rendus en français.»
L'article 21.12 de la
Charte de la langue française que propose l'article 14 du projet de loi
prévoit les situations dans lesquelles il est possible de déroger aux
articles 21.10 et 21.11 de la charte.
Les dispositions de l'article 21.12
entreront en vigueur un an après la sanction du projet de loi, ainsi que le
prévoit le paragraphe 3° de l'article 201.
La Présidente (Mme Thériault) :
Questions, commentaires? C'est beau pour vous? Il n'y a pas de commentaires sur
le 21.12?
Donc, à ce moment-là, on a complété
l'article 14. Est-ce qu'il y a des commentaires d'ordre général sur 14?
Sinon, on est prêt à procéder au vote? Parfait.
Est-ce que l'article 14 est adopté?
La Présidente (Mme Thériault) :
Adopté.
Nous allons suspendre l'étude juste pour revenir
à l'article n° 12, qui était suspendu. On poursuivra après sur
l'article 15.
Donc, M. le ministre, on revient à l'article
n° 12, qu'on a suspendu hier après-midi... hier soir.
M. Jolin-Barrette : Donc, pour
l'article 12, je vais juste le relire.
Donc : 12. Cette charte est modifiée par
l'insertion, après l'article 20, du suivant :
«20.1. L'organisme de l'Administration tenu de
produire un rapport annuel y indique le nombre de postes au sein de son
organisation pour lesquels il exige, afin d'y accéder notamment par
recrutement, embauche, mutation ou promotion ou d'y rester, la connaissance ou
un niveau de connaissance spécifique d'une langue autre que la langue
officielle ainsi que ceux pour lesquels une telle connaissance ou un tel niveau
de connaissance est souhaitable.»
Donc, je crois que ma collègue avait une
question là-dessus pour savoir si les organismes visés à 29.1 étaient assujettis
à cela. C'était bien la question?
M. Jolin-Barrette : Alors, la
réponse à cette question-là, c'est oui. Dans le cadre de leur rapport annuel de
gestion, ils devront indiquer cette information-là, comme tous les autres organismes
de l'Administration, parce qu'ils font
partie de l'État.
La Présidente (Mme Thériault) :
Mme la députée.
Mme David : Bien, dans la vie,
des fois, il faut avoir un peu, je pense, de souplesse et, comment dire,
d'adaptabilité à certaines situations, et je pense que, là, on est tout à fait
dans le cas, avec 29.1, de dire : Est-ce que ce n'est pas une méga, méga,
mégapaperasse pour... qui contredit la vertu même de l'article 29.1,
c'est-à-dire avoir des établissements à statut bilingue qui, par définition...
et encore plus avec l'article 15 de la
Loi sur la santé et les services
sociaux, quand on parle d'organismes reconnus, ils sont bilingues. Alors là, on
leur demande : Prouvez-nous que vous êtes bilingues, dans le fond. Prouvez-nous
ou dites-nous que vous avez engagé, embauché, recruté, muté, promu telle
personne, telle personne, telle personne. Dites-nous qu'il parlait bien telle
langue ou telle langue. Est-ce que ce n'est pas un peu trop que de mettre les
organismes reconnus en vertu de 29.1 dans cette situation-là?
M. Jolin-Barrette : Mais, juste
par rapport au raisonnement, pourquoi ne seraient-ils pas assujettis dans la
section de leur rapport annuel de gestion pour
dire à quel moment c'est nécessaire d'exiger un niveau de connaissance
autre que la langue officielle? Tu sais, parce que c'est... dans le fond, dans
les organismes reconnus en vertu de 29.1, ce n'est pas systématiquement que
vous avez besoin de maîtriser une autre langue que le français pour travailler
dans ces organismes-là.
Mme David : Oui, mais, en tout
respect, tout l'esprit du 29.1, c'est de dire : Vous devez... vous avez
une clientèle qui est anglophone ou d'une langue autre que le français, on vous
permet donc de répondre aux besoins de cette
clientèle, que ça soit des commissions scolaires anglophones, ça soit des
hôpitaux. Alors là, on va aller demander à un hôpital comme l'Hôpital St. Mary's ou le CUSM : Pourquoi
avez-vous des infirmières bilingues? Bien, c'est parce que ça va avec
notre clientèle. J'essaie de vraiment de comprendre, là.
M. Jolin-Barrette : Mais ce
n'est pas : Pourquoi est-ce que vous embauchez des infirmières bilingues?
Ce n'est pas ça, la question, c'est permis
de faire ça. Ce qui est souhaité par l'article 20.1, c'est d'avoir les
données statistiques. Donc, est-ce que c'est nécessaire, supposons, pour
être concierge au CUSM de maîtriser la langue anglaise? Bien, ils peuvent le
faire, ils peuvent le faire. Mais ce qu'on veut, dans le fond, par
l'article 20.1, c'est d'avoir un portrait de l'État au sens large, et à la fois les commissions scolaires
anglophones, à la fois les municipalités qui sont... reconnues, à la
fois les organismes qui sont reconnus en vertu de 29.1 font
partie de l'État
aussi. Donc, on demande pour l'ensemble de l'Administration avec un grand A,
dans le rapport annuel, de dire... de divulguer, d'informer, en vertu de cette
information-là. Puis je pense que, pour la situation linguistique, ça va
permettre d'aider également le suivi rattaché à ça au Québec. Un des enjeux, c'est les données, au Québec, le manque de
données, notamment la situation linguistique. Vous l'avez vu, il y a des données qui n'ont pas
été divulguées pendant des années. Moi, je pense que c'est important
d'avoir un bon portrait de la situation.
Mme David : Mais là on est dans
l'esprit de l'article 46, là, sur les critères d'embauche, mais pour les
entreprises. Alors, c'est appliqué à l'Administration, ici, mais c'est le même
esprit, qui dit : Vous allez me dire pourquoi vous avez fait un affichage
«exige l'anglais», ou je ne sais pas quoi, pour tous les corps de métier,
disons, d'un hôpital ou d'une commission scolaire, ou tout ça, et de le
préciser, alors que moi, je croyais que c'était comme un peu plus implicite à
travers l'article 29.1 que, quand tu as un statut bilingue, c'est
probablement que tu as besoin d'employés bilingues parce que ta clientèle est
pas mal bilingue.
M. Jolin-Barrette : Bien, pas
nécessairement. Prenez Otterburn Park. Otterburn Park... il y a, je pense,
5 %, 6 % de la population d'Otterburn Park qui est de langue
maternelle anglaise. Est-ce que tous les postes... en tout cas, ça serait
intéressant...
Mme David : ...sur les
municipalités, on est ailleurs, là. Otterburn Park, ils vont à l'hôpital.
M. Jolin-Barrette : Pardon?
Mme David : Ils vont à
l'hôpital, mais ils vont, probablement à 95 %, pouvoir aller fréquenter un
hôpital francophone, que ça soit, je ne sais pas, Pierre-Boucher, Le Gardeur
ou...
M. Jolin-Barrette : Non, non,
mais l'enjeu, il n'est pas là. L'enjeu, c'est juste un enjeu d'avoir un
portrait complet de la situation dans l'Administration au Québec. Je donne
l'exemple d'Otterburn Park. Otterburn Park est visé à 29.1, c'est un organisme
reconnu bilingue, O.K.?
Mme David : ...on est dans la
municipalité d'Otterburn Park, là.
M. Jolin-Barrette : Oui, oui,
la municipalité.
Mme David : C'est pour ça que
je dis : Là, on est dans l'article sur les municipalités.
M. Jolin-Barrette : Non, non, non, c'est couvert également,
municipalités, hôpitaux, commissions scolaires, là.
Mme David : Oui, je le sais,
mais vous prenez un exemple d'une municipalité en bas de 50 % à qui vous
permettez de demander : Je veux... Le conseil municipal a probablement
voté son... Ça, c'est l'article, dans 29.1, sur les municipalités, alors c'est
un exemple peut-être un peu atypique de... Moi, je pensais plus l'Hôpital St.
Mary's, le CUSM, une commission scolaire anglophone, où là c'est évident qu'on
n'est pas dans la situation d'Otterburn Park, là. C'est deux enjeux.
M. Jolin-Barrette : O.K., mais
le régime s'applique quand même, là.
Mme David : Je le sais, mais...
M. Jolin-Barrette : Mais la question, là, dans le fond, c'est :
Est-ce qu'on veut avoir, oui ou non, l'information à l'effet de quand
est-ce qu'une langue autre que la langue officielle est demandée? Vous me
dites : Pour tous les organismes qui
sont reconnus bilingues en vertu de 29.1, on ne veut pas avoir l'information.
Il n'y a pas d'obligation de justification
à 20.1, c'est un portrait, on veut juste avant le portrait. On ne dit
pas : Justifiez-nous pourquoi vous exigez que les postes sont en
anglais, on veut juste avoir le portrait de savoir : Moi, j'ai fait
100 embauches cette année, O.K...
M. Jolin-Barrette : ...100
embauches, 100 embauches au CUSM, supposons, bien, on veut juste qu'ils
nous disent : Sur les 100 postes, j'ai exigé une autre langue que le
français dans les 100 cas, ou dans 75 cas, ou dans 25 cas; à
Santa Cabrini, à l'hôpital : J'ai exigé...
M. Jolin-Barrette : Pardon?
M. Jolin-Barrette : ...
— exactement —j'ai exigé une langue autre que le français, en
l'occurrence l'italien...
La Présidente (Mme Thériault) :
L'Hôpital chinois.
M. Jolin-Barrette :
L'Hôpital chinois, c'est ça. On veut avoir un portrait global de la situation,
parce que ces hôpitaux-là puis ces organismes-là sont aussi tenus d'offrir les
services en français.
Mme David : Ça, je suis
d'accord, qu'a contrario il faut qu'ils offrent aussi les services en français.
Donc, il faut qu'il y ait du personnel bilingue.
M. Jolin-Barrette : C'est ça.
Mme David : Mais ce que je
comprends de ça, comme... comme suggère habilement la présidente, c'est que
c'est pour ramasser de l'information. Ce n'est pas pour se faire taper sur les
doigts : Pourquoi vous avez engagé 15 infirmières demandant le statut
bilingue et seulement cinq qui n'avaient pas besoin d'être bilingues? Ce n'est
pas pour s'en servir après pour dire :
On va vous retirer le statut bilingue. Parce qu'il doit y avoir des gens qui se
disent : Bien, c'est quoi, ça?
Est-ce que... Si c'est juste pour avoir des données, peut-être que c'est
moins... avec moins d'implication.
M. Jolin-Barrette : Mais, dans
le fond, ce n'est pas pour... il n'y a pas un contrôle qui est effectué pour
dire : Pourquoi vous avez exigé tant de postes avec l'exigence de langue
anglaise? 20.1, c'est un portrait statistique dans leur rapport annuel. Puis on
dit : Ceux qui sont tenus de déposer un rapport annuel. On ne vous dit
pas : Faites un rapport annuel
là-dessus, on dit : Vous faites déjà un rapport annuel, on veut que
l'information soit disponible pour savoir... dans le fond, pour muter,
pour être embauché, quel est le nombre de postes sur lesquels vous exigez une
langue autre que le français.
Mme David : Et donc — et ça, c'est une précision importante — vous n'êtes pas dans les trois conditions de
46.1, où on dit... ou 46.2 : Vous
devez... vous êtes réputé — c'est
même le mot «réputé» — avoir
rempli ces trois conditions-là pour pouvoir faire un affichage bilingue.
Là, on est dans les entreprises, toujours, là, pour éviter l'histoire, que le
député de Matane rapporte souvent, du plongeur dans un restaurant où c'était
affiché un poste bilingue. Mais là on est dans l'entreprise, à ce moment-là, on
n'est pas dans...
M. Jolin-Barrette : Bien...
La Présidente (Mme Thériault) :
La Présidente (Mme Thériault) :
...l'Administration.
Mme David : On est dans
l'Administration.
La Présidente (Mme Thériault) : Oui.
Mme David : Mais la nuance est
importante. Ce ne sont pas des conditions telles que prévues à l'article 46
qui s'appliquent. Ils ne sont pas obligés de se justifier et de vous justifier,
au futur ministère de la Langue française, pourquoi ils ont fait ça.
Autrement dit, un président de conseil
d'administration d'une institution protégée ou reconnue comme 29.1 n'est pas en
train de mettre sa tête en jeu pour dire : J'ai engagé ou j'ai affiché
trop de postes, comme on dit, en anglais ou
avec une demande de parler telle langue ou telle langue. Ils ont leur
reconnaissance, et ça ne met pas en péril leur reconnaissance, c'est
pour ramasser ou recueillir des données. Est-ce que je... Puis ça s'applique
probablement aux commissions scolaires, que mon collègue connaît bien, ou à
certains hôpitaux, ou certaines municipalités.
M. Jolin-Barrette : Effectivement,
vous avez raison, c'est pour avoir un portrait de la situation. Donc, on va avoir un portrait de la situation au sein de
l'Administration. Ce n'est pas... On ne vise pas les organismes reconnus à
29.1, on vise l'Administration au sens large, qui ont l'obligation
d'exemplarité au sens large. Alors, leur statut est protégé, ils peuvent faire des... engager ou faire des
mutations avec des exigences d'une langue autre que le français. Ça, ce
n'est pas remis en question. 20.1, c'est
uniquement la question des données, de l'information qui va être dans leur
rapport annuel.
Mme David : Et j'ajoute, parce
que vous aimez cet exemple que vous connaissez bien d'Otterburn Park, les
municipalités sont potentiellement toutes à 50 %, on le sait, mais elles
ont le droit, quand le projet de loi sera voté, de déposer...
M. Jolin-Barrette : Une
résolution, une résolution.
Mme David : ...voilà, une
résolution demandant de maintenir leur statut bilingue. Mais, quand ils vont...
elles vont, ces municipalités, fournir leurs
données d'embauche, vous allez certainement pouvoir, disons ça comme ça,
sans... sans pouvoir législatif, mais pouvoir
porter un jugement sur pourquoi, dans cette... C'est une municipalité
indépendante, Otterburn Park, là, qui est juste...
M. Jolin-Barrette :
Reconnue.
Mme David : ...reconnue. Donc,
vous allez pouvoir dire : Mais pourquoi ils ont autant d'affichage
bilingue s'ils ont seulement 8 % de clientèle qui parle anglais?
M. Jolin-Barrette : Non, leur
droit est reconnu. Dans le fond, la façon que la charte, elle est faite, dans
le fond, il n'y a pas de lien, là, avec 20.1, là. Otterburn Park, là, ils ont
un statut reconnu.
M. Jolin-Barrette : Ça fait en
sorte que, puisqu'ils ont un statut reconnu, ils peuvent communiquer dans les
deux langues, mais ils peuvent communiquer en français et dans une autre langue
avec leurs concitoyens. En l'occurrence, c'est l'anglais. Donc, leurs
communications, leurs bulletins municipaux, ça peut se faire bilingue. Les
citoyens peuvent avoir leurs services en anglais.
Mme David : Tout ce qui
concerne le 29.1 est maintenu. Votre seule façon, avec les données que vous
auriez, de changer quelque chose, c'est de changer votre
article concernant les
municipalités, en fait, éventuellement.
M. Jolin-Barrette : Oui, mais
on ne touche pas à ça, là.
Mme David : Non, non, c'est ça.
Je le sais.
M. Jolin-Barrette : Dans le
projet de loi, on ne touche pas à ça.
Mme David : Mais ça serait le
seul moyen. Ça ne serait pas à travers l'article 20.1 que vous pourriez
changer quelque chose au 29.1.
M. Jolin-Barrette : Non. 20.1,
c'est juste les données statistiques pour l'ensemble de l'Administration. Mais
les municipalités bilingues, commissions scolaires anglophones, tout ça, font
partie de l'État, donc on dit : L'État en général, on veut avoir, dans
votre rapport annuel, le nombre de postes pour lesquels vous exigez une langue
autre que le français.
Mme David : C'est parce que
c'est important, notre échange, même si je sais que c'est fastidieux, mais
c'est pour que, peut-être, les institutions se reconnaissent comme étant
demandées pour donner des données, mais ce n'est pas nécessairement un jugement
de valeur ou une conséquence à ce rapport annuel de dire, je ne sais pas,
moi : Je vais vous enlever votre statut...
M. Jolin-Barrette : Non, mais
la seule façon où il y a une perte de statut, exemple, pour les municipalités,
c'est par l'effet de la loi. Aux cinq ans, s'il n'y a plus 50 % de
personnes ayant la langue maternelle anglaise, dans le fond, l'office envoie,
dit : Bien, écoutez, vous ne correspondez plus... vous ne répondez plus
aux critères de 29.1...
Mme David : ...la mécanique.
M. Jolin-Barrette : ...mais,
dans les trois mois, vous pouvez sauvegarder votre statut en adoptant une
résolution.
Mme David : S'il y a une
modification, éventuellement, carrément, à la loi 101, qu'on aura adoptée
un jour. C'est la loi n° 96 qui modifie la
loi 101.
M. Jolin-Barrette : Mais là,
moi, ce n'est pas dans mes cartons, là.
Mme David : C'est
ça, mais... puis ce n'est pas à 20.1 qu'on va faire ça. O.K., Mme la Présidente,
j'ai compris.
M. Jolin-Barrette : Non. 20.1,
c'est le portrait statistique.
La Présidente (Mme Thériault) : J'ai
quand même deux autres demandes d'intervention, là. On en a une du député de
D'Arcy-McGee et une du député de Matane-Matapédia. Il reste cinq minutes à
peine au bloc avant la pause du dîner. Donc, M. le député de D'Arcy-McGee.
M. Birnbaum : Merci,
Mme la Présidente. Il reste que l'article fait abstraction d'une réalité. Les
commissions scolaires, d'autres établissements reconnus en vertu de 29.1 ont un
autre aperçu sur la vie, tout en reconnaissant, et c'est leur obligation, leur
rôle de respecter les exigences de la Charte de la langue française. C'est
quand même une autre réalité. Et cet article-là, juste sur le plan très
pratique, impose un fardeau qui serait assez modeste, quand on parle de centre
de services scolaire Pointe-de-l'Île, si ça a gardé son nom, je m'excuse,
j'ignore, et pas...
M. Birnbaum : ...un autre fardeau sur la commission scolaire
Lester-B.-Pearson, où, de soi, et en vertu de 29.1 et son mandat, tout
en francisant ses élèves en même temps, son mandat est d'offrir des services de
langue anglaise.
En plus, en ce qui a trait... pour donner un
exemple, où un poste qu'ils offriraient en conciergerie, ils auraient déjà, selon... aux yeux de la charte, à justifier
une exigence d'une connaissance de l'anglais, et les syndicats
auraient... ont déjà tous les pouvoirs nécessaires pour déposer les griefs, si
le droit de travailler en français n'est pas protégé de la façon nécessaire et
en vertu de 29.1. Alors, pour moi, on fait abstraction de cette réalité. Et,
sur le plan très pratique, dans un premier temps, on donne... on ajoute une
exigence, un fardeau sérieux sur le plan documentation, et tout ça.
Deuxième
chose, on ne ramasse pas des chiffres pour rien. Si on veut un portrait précis,
est-ce qu'on ne risque pas, avec
cette exigence, de dire : Ah mon Dieu! Notre système d'éducation... pas notre système d'éducation, notre fonction publique est en train de s'angliciser? Parce que — et
je peux vous donner le chiffre exact — il
y a quelque 10 000 employés dans le secteur d'éducation
publique en langue anglaise dont, la plupart, il y aurait des concierges qui ne
parlent pas une autre langue que le
français, mais la plupart de ces 10 000 employés risquent de se
trouver dans ce rapport annuel.
Alors, est-ce que c'est utile? Est-ce que ça
aide au portrait, quand on parle d'un organisme, comme je dis, avec toutes ces exigences, toutes ces obligations
en vertu de la charte tout à fait légitimes, à, quand même, un statut,
aux yeux de la loi, différent? Alors, n'y a-t-il pas lieu à nuancer, en quelque
part, cette exigence pour ces établissements?
La Présidente (Mme Thériault) : M.
le ministre.
M. Jolin-Barrette : Bien, je ne
vois pas pourquoi, ils font
partie de l'Administration. Donc, le fait de
récolter des données statistiques sur la situation linguistique, je pense que
c'est pertinent et c'est opportun. Et ils font
partie de l'État, donc ce n'est
pas différent de la commission scolaire francophone, ce n'est pas différent de
l'hôpital francophone. Ils font
partie de l'État, ils déposent déjà un rapport
annuel. D'avoir une
section qui dit : Bien, écoutez, voici... Puis, dans
le fond, elles sont colligées déjà, là, les informations. Ils font déjà des
affichages de postes, là. Ils le savent déjà, là. Ça ne sera pas plus long, là.
Moi, je ne trouve pas ça...
La Présidente (Mme Thériault) : Et,
sur votre réponse, M. le ministre, je dois suspendre les travaux.
Donc, au retour, ça sera le député de
Matane-Matapédia, sur le même article.
Donc, je vous souhaite bon appétit à tous. Nous
suspendons nos travaux. Et je vous rappelle qu'il y a un caucus qui se déroule
dans cette salle-ci dans pas long. Merci.
(Suspension de la séance à 12 h 45)
La Présidente (Mme Thériault) : Votre
attention, s'il vous plaît! Donc, la Commission de la culture et de l'éducation
reprend ses travaux. Nous poursuivons l'étude détaillée du projet de loi
n° 96,
Loi sur la langue officielle et commune du Québec, le français.
Lors de la suspension de nos travaux, nous en
étions à l'étude de l'article 12, qui avait été suspendu, et le député de
D'Arcy-McGee venait de terminer une intervention. Le ministre lui avait
répondu. Et j'avais mentionné au député de Matane-Matapédia qu'au retour ce
serait lui.
Donc, s'il y
a d'autres interventions après, je vous reconnaîtrai, il n'y a aucun problème.
Donc, je vois qu'il y a déjà le député de D'Arcy-McGee... non, le député
de La Pinière qui va vouloir prendre la parole après le député de Matane. Donc,
M. le député de Matane-Matapédia, la parole est à vous.
M. Bérubé : Merci, Mme la
Présidente. Dans une des interventions précédentes du ministre, il tentait
d'indiquer quelles seraient les conséquences pour la municipalité d'Otterburn
Park, mais la députée de Marguerite-Bourgeoys, à chaque fois que le ministre
voulait l'expliquer, lui disait : Ce n'est pas le moment. J'aimerais avoir
son éclairage là-dessus. Donc, j'aimerais qu'il puisse poursuivre là où il
avait commencé en nous indiquant, quant à l'article concerné, qu'est-ce que ça
changerait pour une organisation comme la municipalité d'Otterburn Park. Donc,
j'aimerais lui donner l'occasion de terminer la réponse qu'il n'a pas pu donner
tout à l'heure.
La Présidente (Mme Thériault) :
M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Alors, Mme
la Présidente, ce dont je faisais référence à la municipalité d'Otterburn Park,
c'est une municipalité qui a environ entre 5 % et 8 % de citoyens de
langue maternelle anglaise, mais qui détient toujours le statut de municipalité
bilingue. Or, l'article 20.1 ne change pas le droit à la municipalité d'être
une municipalité considérée comme bilingue. Ce que ça fait, par contre, c'est
que ça prend... c'est un état de situation, annuellement, dans son rapport
annuel de gestion, pour indiquer combien est-ce qu'il y a de postes qui sont
comblés, ou des mutations, ou des promotions, où on a exigé une maîtrise d'une
langue autre que le français.
Dans le fond, la municipalité fait
partie de
l'Administration avec un grand A, donc on va avoir l'information pour tout le monde. Le point du Parti libéral,
c'était de dire : Bien, écoutez, pour ceux qui sont visés à 29.1, on
voudrait les exclure, qu'ils n'aient pas à mettre ça dans
leur rapport annuel. Moi, je dis : Non, même si c'est des municipalités
bilingues, même si c'est des organismes qui sont visés à 29.1, s'ils font
partie de l'Administration, ils ont déjà un rapport annuel, donc, dans le
rapport annuel, on veut avoir l'information.
La Présidente (Mme Thériault) :
M. le député de Matane-Matapédia.
M. Bérubé : Ça me permet de réitérer qu'au lieu de discuter
de ce genre d'aménagement là ou de constatation, il y en a une toute
simple, qui est démographique : lorsqu'on est une municipalité avec moins
de 10 % de citoyens de langue anglaise, il y a là une évidence que
j'invite le ministre à réfléchir pour un
article qui viendra plus tard sur le
statut des municipalités bilingues. Il n'est pas sans savoir que cette
municipalité qui est dans sa circonscription a 8 % d'anglophones, ne
devrait pas maintenir un statut comme celui-là. Il y a des municipalités qui
n'ont pas le statut de municipalité bilingue qui ont davantage d'anglophones au
Québec.
Alors, on y reviendra, mais, à l'évidence même,
ce que le ministre propose plus loin, sur le fait de dire : Écoutez, vous
n'êtes pas qualifié pour le statut des municipalités anglophones, mais vous
avez un petit peu de temps, faites juste une résolution, puis ça va être
correct, ça ne m'apparaît pas très cohérent. On va revenir souvent sur la
cohérence et le sérieux du projet de loi, Mme la Présidente. Je termine
là-dessus.
La Présidente (Mme Thériault) :
Merci. Donc, s'il n'y a pas... Je vois qu'on peut aller directement du côté du
député de La Pinière. La parole est à vous.
M. Barrette : C'est moi?
La Présidente (Mme Thériault) :
Oui.
M. Barrette : Bon, écoutez, Mme
la Présidente, là, je...
M. Barrette : Oui, je sais, je
sais, je sais, ça va. Alors, je demande un petit peu d'indulgence du ministre
et de vous, Mme la Présidente. Comme vous l'avez constaté, j'ai dû aller faire
une intervention sur un autre projet de loi. Ça fait que j'ai raté le coeur de
la discussion puis je m'en voudrais de ne pas intervenir ici, compte tenu des
conclusions qui ont été tirées.
Bon, 20.1, là, m'apparaît un travail d'une
ampleur démesurée pour le... Je comprends les interventions, là. On peut
prendre l'exemple qu'on veut, évidemment, quand on débat. Le collègue de
Matane-Matapédia vient de parler d'une situation qui m'apparaît simple, qui est
celle d'une municipalité qui n'est pas olympienne en grandeur, quoique l'Olympe
n'était pas nécessairement une grande municipalité à l'époque. Mais là, pour un
réseau de... bien, pour un réseau de la santé, là, je vais prendre un CIUSSS
qui est touché par 29.1, ça, c'est une situation, là, où on a 40 000,
45 000, 50 000, 55 000 employés, dans certains cas. Là, on
doit mettre dans un rapport annuel ce qui est écrit à 12. N'y a-t-il pas là...
je ne veux pas porter d'intentions, là, mais n'y a-t-il pas là une certaine
démesure dans l'exigence d'un rapport annuel?
D'abord, écoutez, là, ça demande de faire une
recension exhaustive, là. On demande de faire ça, là. On demande de faire ça
pour tous les postes, essentiellement. Alors, déjà qu'en partant, là, je me
demande si c'est faisable... probablement
que c'est faisable, mais ça demande un travail qui est immense. J'en vois peu
l'utilité, autrement que politique. Si on veut, politiquement, se servir
de ce qui sera dans ce rapport-là à d'autres articles ultérieurs, et on y
reviendra, parce que ce n'est pas ça maintenant... Mais là, ici, là, le
ministre nous a dit, Mme la Présidente, il y a une seconde — j'exagère,
une minute — que
ma collègue... qu'il pensait, puis je ne sais pas si ça a été discuté, qu'on
demanderait d'exclure ça par 29.1, O.K., puis ça n'avait pas l'air à l'exciter
bien, bien, là. Mais là moi, je regarde ça, là, et ce que ça a comme
conséquence sur le terrain, il me semble que le réseau en santé, là, ça devrait
être exclu.
La Présidente (Mme Thériault) :
M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Non. On a
eu la discussion tout à l'heure, que vous avez manquée, mais dans...
M. Barrette : ...indulgence,
M. Jolin-Barrette : Bien,
honnêtement, moi, je ne suis pas au Vatican, ça fait que je ne vends pas de ça.
M. Jolin-Barrette : Je ne suis
pas au Vatican puis je n'en vends pas.
M. Barrette : Moi non plus. Je
n'en achète même pas non plus.
M. Jolin-Barrette : Non?
M. Barrette :
Non. Ça ne sert à rien, parce que ça n'arrive jamais.
M. Jolin-Barrette : Est-ce que
vous en avez à vous faire pardonner? C'est ça, la question. Vous savez, moi, je
suis laïc.
M. Barrette : Oui, j'espère,
parce que, sinon, ce serait le mauvais parti.
La Présidente (Mme Thériault) :
Je vais vous demander, M. le député, de laisser... Je sais que c'est cordial,
les petits échanges comme ça, il n'y a pas de problème, sauf qu'on va quand
même laisser le ministre répondre.
M. Jolin-Barrette : C'est
relatif, Mme la Présidente, parce que le député de La Pinière a déjà fait
campagne avec moi dans le même parti, tout comme sa cheffe. Alors, c'est toujours
curieux un peu de dire «pas dans le bon parti», tout ça. Moi, j'ai été fidèle
et loyal, Mme la Présidente.
M. Barrette : À l'époque, ce
n'était pas un sujet qui était d'actualité dans...
La Présidente (Mme Thériault) :
...je vais demander à ce qu'on n'ouvre pas vos micros...
M. Jolin-Barrette : Quand même,
au Québec, bien oui.
La Présidente (Mme Thériault) :
Je vais demander à ce qu'on n'ouvre pas vos micros si je ne vous autorise pas à
prendre la parole. À ce stade-ci, il n'y a que le ministre qui est autorisé à
avoir son droit de parole et de répondre à votre questionnement, M. le député
de La Pinière. M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Merci, Mme
la Présidente. C'est tout de même un sujet connexe qui est intéressant. Ça me
rappelle des souvenirs communs avec le député de La Pinière.
Alors, pour revenir à 20.1, ça couvre l'ensemble
de l'Administration. Dans le fond, c'est les données pour couvrir... et à la
fois les hôpitaux bilingues, à la fois les municipalités bilingues, à la fois
les commissions scolaires bilingues font... anglophones font
partie de
l'Administration, et ce qui est demandé, c'est d'avoir un portrait de la
situation pour voir, statistiquement, dans quels postes est-ce qu'on exige la
connaissance d'une autre langue que le français,
et, je l'ai dit à la députée de Marguerite-Bourgeoys tout à l'heure, c'est uniquement dans des fins statistiques. Puis surtout, les données que nous avons au
Québec, il y a des lacunes relativement à ça. On l'a vu au cours des
années, il y a certaines données ou rapports qui n'étaient pas divulgués. Moi,
je pense que ça prend un juste portrait de l'état de la situation sur le marché
du travail au Québec, et ça en fait part, de ça. Surtout au niveau de
l'exemplarité de l'État, je pense que c'est important d'indiquer... qu'on soit
visé par 29.1 ou non, d'avoir ces informations-là.
La Présidente (Mme Thériault) :
M. le député de La Pinière.
M. Barrette : Merci, Mme la
Présidente. Merci de me donner la parole.
Alors, Mme la Présidente, je comprends
l'argument. À la limite, là, je souscris à l'argument du ministre pour tout ce qui est à l'extérieur du réseau de la
santé. Dans le réseau de la santé, je reprends l'exemple que j'ai donné,
vous prenez un établissement de 50 000
employés, là, on va demander à cette administration-là... puis on sait,
évidemment, que cette administration-là ne croule pas sous les excès
budgétaires, on va dire, elle peut crouler sous les excès de demandes, mais certainement pas sous le poids de
trop d'argent, on lui demande de faire un exercice qui est fastidieux,
exhaustif. Parce que ça, c'est exhaustif, là, on ne demande pas de faire de
l'à-peu-près. Et le ministre, de ce que je comprends de l'échange qu'il y a eu
ce matin, lui, là, affirme que ce qui va sortir de là n'est pas utilisable
ailleurs. Mais là je ne veux pas aller là nécessairement, là, je veux rester
simplement sur le fait que c'est un travail exhaustif dans certaines
organisations... fastidieux, pardon, puisqu'il est demandé d'une manière
exhaustive, et je n'en vois pas vraiment l'utilité, puisque, en partant, ce
sont des organisations qui sont, dans leur essence, d'une nature où il y a une
activité unilingue et certainement bilingue.
Alors, est-ce qu'il n'y aurait pas lieu, là,
d'avoir un peu de souplesse et de dire : O.K., 29.1, ce n'est pas ça qui est la demande, mais, pour le... dans le cas
spécifique des établissements de santé, nous ne faisons pas cette
demande-là? Ne pourrait-on pas extraire de cette demande-là les établissements
de santé touchés par 29.1, juste eux autres?
Je comprends le ministre, là, pour toutes les
municipalités, et ainsi de suite, là, parce que, là, essentiellement, ça, c'est
tout ce qui existe dans l'Administration avec un grand A. Là, on sait que,
l'Administration avec un grand A, on l'a, la liste, là, ce n'est pas
exactement... c'est beaucoup, là, c'est une grande étendue en quantité, en
qualité et en champs d'activité. Là, je trouve qu'on en demande pas mal, là, à
certaines administrations, de par leur constitution non pas constitutionnelle
ou légale, là, mais de leur façon de fonctionner et ce qu'elles sont dans la
réalité.
La Présidente (Mme Thériault) : M.
le ministre.
M. Jolin-Barrette : Bien, juste
pour... aux fins de la discussion, là, je voudrais savoir : Est-ce que le
député de La Pinière est d'accord pour que l'article 20.1 s'applique aux
organismes de l'Administration qui ne sont pas visés par 29.1?
M. Barrette :
Bien, c'est-à-dire que je n'ai pas d'opinion là-dessus parce que je ne
connais pas toutes les organisations qui sont dans la liste que le ministre
nous a envoyée. Disons que, sur le principe, là, à première vue, oui, à
première vue, bon, et je me garde la réserve de ne pas avoir la connaissance du
détail, O.K., et qu'on me laisse cette réserve-là. Par contre, je l'ai pour le
bout dont je parle, par exemple.
M. Jolin-Barrette : Alors, si
c'est bon pour le réseau, pour les organismes et ministères qui sont visés dans
l'Administration, je ne vois pas pourquoi ça ne serait pas le cas également
pour ceux qui sont visés à 29.1 puis pourquoi il faudrait les exclure. Je pense
que le portrait de l'État en général doit être complet. Chacun des organismes
qui sont visés par un rapport annuel de gestion font déjà un rapport, ont déjà
les données. Lorsqu'il y a des affichages de
postes, c'est déjà recensé. Quand, un hôpital, une municipalité, il y a un
département des ressources humaines,
c'est déjà colligé, là, les offres d'emploi qu'on a affichées cette année. Tout
ça, ça ne demande pas énormément de travail. Puis je pense que
l'information sur les données linguistiques au Québec, elle doit être
disponible.
M. Barrette : Mme la
Présidente, ce que je dis, simplement, ce que je réponds à ça, simplement, là,
c'est qu'à cette question-là, là, si je suis P.D.G. du CIUSSS de
l'Est-de-Montréal, où il y a, de mémoire, 52 000 employés, il n'y en a pas bien, bien, là, des postes. Puis
je le sais, là, si j'ai à poser la même question au CIUSSS du Centre-Ouest,
c'est pas mal plus compliqué, pas mal plus compliqué. C'est juste ça que je
dis.
Alors, si le ministre me dit : Êtes-vous
d'accord que, dans d'autres secteurs... Oui, oui. Mais est-ce que je vois un
enjeu dans ce qui est touché par 15? Oui, et moi, je souhaiterais une souplesse
de la part du ministre pour qu'à 20.1 on enlève, on exclut les hôpitaux qui
sont touchés par 29.1, essentiellement.
La Présidente (Mme Thériault) : On
est à l'article 12, M. le député de La Pinière, parce que vous avez mentionné
15, donc, 12.
M. Barrette : Oui. Non, j'ai
fait un lapsus, Mme la Présidente, j'ai fait un lapsus, parce que 15, c'était
la LSSSS, là, mais pardonnez-moi.
La Présidente (Mme Thériault) : Parfait.
Une petite erreur, parfait, il n'y a pas de problème, on est au 12.
Juste rappeler
aussi que la députée de Marguerite-Bourgeoys va vouloir faire une intervention
après vous. M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Bien,
alors, Mme la Présidente, on a un désaccord sur ce point-là. Moi, je veux
assujettir toute l'Administration. Je
comprends que le député de La Pinière aurait préféré d'exclure les organismes
visés à 29.1, mais je suis très à l'aise avec la position que j'ai.
M. Barrette : Bien, Mme la
Présidente, le contraire m'aurait surpris. J'ai rarement vu un ministre être
mal à l'aise avec le projet de loi qu'il dépose, là, mais je maintiens, moi,
qu'il erre, et je suis déçu de ne pas avoir cette ouverture-là, parce qu'ici,
là, ici, là, au bout de la ligne, là... Je comprends la volonté d'avoir un
portrait statistique qui soit le plus précis possible, je le comprends. Le
ministre nous dit que ce qui est... ou a dit ce matin, d'après ce que je
comprends des conversations que vous avez eues, que ça, là, ça, là, ça ne sert
nulle part ailleurs. Bon, O.K., bien, si ça ne sert nulle part ailleurs,
pourquoi tant d'efforts? O.K., pour avoir un portrait statistique. Oui, bien,
c'est parce qu'on sait bien, là, que, dans le réseau hospitalier anglophone,
celui dont on parle, on sait bien, là, qu'il y en a plein, de postes, là, qui
vont avoir une exigence de bilinguisme. On le sait, ça, c'est bien évident, là.
Alors là, au départ, pour moi, on défonce des portes ouvertes. On demande un
effort qui est démesuré, tout simplement.
M. Jolin-Barrette : Donc, je
comprends que, si on défonce des portes ouvertes, ça ne sera pas un problème de
donner ces informations-là dans le rapport annuel de gestion.
M. Barrette : Exactement ce que
je n'ai pas dit, Mme la Présidente. J'ai dit précisément que ça va être un
effort démesuré qui a peu d'utilité. La porte ouverte, c'est la porte qui mène
à l'utilité.
M. Jolin-Barrette : Bien, moi,
je trouve ça très utile, alors je ne partage pas l'opinion du collègue.
La Présidente (Mme Thériault) :
Merci. Mme la députée de Marguerite-Bourgeoys, maintenant.
Mme David : Oui, juste en
précision, je demanderai si c'est le CIUSSS qui va faire ça ou si c'est hôpital
par hôpital. Mais là je pense que vous allez me répondre que c'est eux qui
décident qui fait les rapports d'affichage d'emplois, mais ça sera... Mais mon
autre question...
M. Jolin-Barrette : En fait, là-dessus,
le rapport annuel, ce n'est pas par hôpital, il me semble, c'est par CIUSSS et
par organisation, c'est ça, c'est ça. Puis, en raison de la grosseur de
l'organisation et de l'étendue, ce n'est pas vraiment ma responsabilité. Les
CIUSSS ont été créés par vous.
M. Jolin-Barrette :
Mais ce n'est pas un problème, c'est plutôt une solution.
La Présidente (Mme Thériault) : Non,
on ne s'interpelle pas, s'il vous plaît. C'était la députée de
Marguerite-Bourgeoys qui est en échange avec le ministre. Si vous voulez vous
inscrire, il n'y a pas de problème, je vais vous redonner la parole après. M.
le ministre.
Mme David :
...parce que le ministre a ouvert la porte sur «ce sont les organismes de
l'Administration», puis on a reçu la liste
des organismes de l'Administration nouvellement assujettis à l'annexe I
par le projet de loi n° 96. Donc, je comprends que ce sont ces
organismes-là en plus de ceux qu'on a à l'annexe.
M. Jolin-Barrette :
Ceux que vous avez dans la liste plus tous ceux qui étaient déjà là.
Mme David :
Oui, c'est ça. Alors là, là, j'ai besoin d'explications. Alors, vous allez me
dire qu'est-ce que fait dans cette liste...
qu'est-ce que font dans cette liste 9031-6179 Québec inc. — puis
là il y en a un, deux, trois... il y en a cinq avec des chiffres — Casino
Capital 2006 inc., Casino Mundial inc., Fonds de croissance HQI inc.,
Gestion HQI inc., Groupe financier HQ et HQ Electromobility LLC, Société
de jeu virtuel, Nemaska Lithium, Novus E Solutions inc., Office de la sécurité
du revenu des chasseurs et piégeurs cris — mais, les Cris, je pensais
qu'ils n'étaient pas assujettis — Services
Hilo inc., Stockage d'énergie Evlo inc., Technologies Nter inc. C'est quoi,
tout ça? Je ne savais pas qu'on avait une Administration aussi
diversifiée.
M. Jolin-Barrette : Oui, ce sont des entités en lien avec des
sociétés d'État, qui sont contrôlées par des sociétés d'État, pour
certaines.
Mme David : Bien, ça, là, c'est nouveau, nouveau, cette liste-là, là, ce n'était
pas là, avant, dans l'Administration. C'est une nouvelle définition de
l'Administration.
M. Jolin-Barrette :
Non. Dans le fond, c'est que... Bien, oui, ils sont rajoutés parce qu'ils
n'existaient pas dans certaines circonstances. Donc, l'Administration au sens
large... Dans le fond, là, ils sont nouvellement assujettis en fonction des
critères... On est venus modifier un peu les critères de l'Administration pour
l'actualiser parce que l'État, entre 1977 puis aujourd'hui, il s'est
transformé. Donc, dans ce qui avait été pensé à l'époque, sur quel est... que
fait
partie de l'Administration, ce n'était pas aussi large que... En fait, il
y avait des trucs qui n'existaient pas à l'époque, ou des formes corporatives
qui n'existaient pas.
Donc, le critère, là,
c'est «les organismes dont le fonds social fait
partie du domaine de l'État, de
même que les personnes morales et les autres groupements dont les résultats
sont [compris] dans les états financiers de ces organismes et entreprises ou
dont le capital-actions provient, pour la moitié ou plus, du fonds consolidé du
revenu». Ça veut dire que les organismes qui sont là, ils sont inscrits au
bilan de... bien, pas nécessairement du gouvernement, mais de l'État au sens
large, où il y a un contrôle effectif de l'État également. Exemple, le
capital-actions est contrôlé à 50 % par l'État au sens large.
Mme David :
Donc, ça veut dire que Nemaska Lithium ne va pas entrer dans l'article 46.1,
«entreprises», va rentrer dans «Administration de l'État», comme le MIFI ou le ministère...
M. Jolin-Barrette : 46.1 s'applique à tout employeur. Il faut
distinguer les choses, là. Dans le fond, l'Administration, au niveau de l'exemplarité de l'État, comme État...
Donc, la liste que vous avez, ils font
partie de l'Administration, donc eux,
ils ont des devoirs au niveau de l'exemplarité de l'État. Ils sont considérés
comme l'État, O.K.? 46, 46.1, ça, c'est au niveau de l'embauche des employés.
Ça, ça s'applique à tout employeur au Québec, incluant l'État. Donc, 46.1 n'est
pas uniquement pour les employeurs... bien, est pour les employeurs, mais État
québécois peut être un employeur.
Mme David :
Donc, chaque gestionnaire va devoir justifier, selon les trois critères,
pourquoi il a besoin d'un employé bilingue, y compris chez Nemaska Lithium, y
compris chez Groupe financier HQ, y compris dans le Fonds de croissance HQI?
M. Jolin-Barrette : Actuellement, en vertu de la Charte de la langue française, là, l'article 46 actuel, pas du
projet loi n° 96,
là, 46 de la charte actuelle, c'est déjà le cas. Tous ces gens-là, la binerie
au coin de la rue, La Piazzetta, St-Hubert, l'Assemblée nationale,
ils sont tous assujettis à 46, actuellement, qu'ils soient dans l'État ou hors
l'État.
Mme David :
Avec 50 employés et plus?
M. Jolin-Barrette :
Non, ça s'applique à tout le monde, 46.
Mme David : Avec les balises actuelles, ça s'applique à tout le monde, même le
dépanneur au coin de la rue?
M. Jolin-Barrette :
Oui.
Mme David : O.K. Ça, il m'a...
je suis un peu mêlée là-dedans, là.
M. Jolin-Barrette : Dans le fond, là, juste, Mme la Présidente, pour
le bénéfice, là... Vous avez l'Administration. L'exemplarité de l'État,
qu'on vient introduire dans le projet loi n° 96,
s'applique à l'Administration.
La définition d'«Administration»... on a
actualisé la liste de l'Administration avec le projet de loi n° 96, et,
dans les organismes qui deviennent assujettis, parce qu'il est un peu flottant
par rapport à la définition de 1977, c'est cette liste-là d'organismes qu'on a rajoutée. Vous m'avez demandé
au début de l'étude détaillée : Qu'est-ce qui change? Dans le fond,
c'est tous ceux qui étaient là avant, plus ceux-là. C'est la nouvelle
définition.
Exemple,
là-dedans, là, vous avez le Comité de rémunération des juges, O.K.? Bien, le
Comité de rémunération des juges, il
a été créé uniquement en 1997. C'est sûr qu'en 1977 il n'était pas là. Ça fait
que, maintenant, c'est un nouvel organisme, fait
partie de l'État, on
paie à 100 % le fonctionnement du Comité de rémunération des juges, alors
ils font
partie de l'exemplarité de l'État. Ça fait qu'on rajoute cet
organisme-là, mais c'est un organisme qui n'existait pas, mais il est financé à
100 % par l'État. Ça fait que ça, c'est le volet Administration.
Votre autre question, c'est sur les employeurs.
L'article 46, actuellement, de la charte, donc, le fait de ne pas devoir
exiger une autre langue que le français à moins que ça soit nécessaire, ça,
c'est l'état actuel de droit avant le projet loi n° 96.
Bien, l'État, l'Administration avec un grand A, est assujetti déjà, à 46, mais
ceux qui ne sont pas dans l'État... Exemple, vous partez d'une compagnie
Marguerite-Bourgeoys inc., puis vous engagez des employés, vous êtes assujettie
aussi à 46. Mais là ce qu'on vient introduire, avec le projet de loi n° 96, c'est 46.1, qui est un nouvel
article qui va
s'appliquer à tous également.
Mme David : Oui, ça, je suis bien au courant pour 46.1,
mais... l'application, c'est plus clair. Mais expliquez-moi les
critères, encore une fois, pour que je comprenne bien, pour que Nemaska Lithium
soit assujettie à tout ce qu'on vient de voter, là, depuis le début, là.
M. Jolin-Barrette : Parce qu'on
contrôle 50 % du capital-actions.
Mme David : Donc, c'est
quasiment une entreprise de l'État?
M. Jolin-Barrette : Actuellement,
oui.
Mme David : À 50 % plus
un, j'imagine.
M. Jolin-Barrette :
Actuellement, oui.
Mme David : Puis tout ça, là...
Pourquoi le conseil d'agglomération de Mont-Tremblant, là?
M. Jolin-Barrette : Parce que
les conseils d'agglomération, ça n'existait pas. Vous vous souvenez, c'est le
Parti libéral qui a créé ça, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme Thériault) :
M. Jolin-Barrette : Oui, en
fait, les défusions.
Mme David : Oui. Donc...
M. Jolin-Barrette : Parce qu'il
y a eu la fusion sous le Parti Québécois...
La Présidente (Mme Thériault) :
C'était suite à la fusion forcée.
M. Jolin-Barrette : Puis là,
vous vous souvenez, ça avait fait une petite chicane, tout ça, puis là...
La Présidente (Mme Thériault) :
...les défusions.
M. Jolin-Barrette : C'est ça.
C'était l'ancien député de Saint-Laurent qui a fait ça...
Mme David : Ça, je me souviens
de tout ça. Mais donc...
M. Jolin-Barrette : ...et ce
qui a amené 103 élus sur l'île de Montréal, au municipal, 103.
Mme David : M. le ministre est
en forme cet après-midi.
La Présidente (Mme Thériault) :
Il y avait des régions où il y en avait plus.
Mme David : On veut revenir à
nos questions, s'il vous plaît, parce qu'on n'en finira plus. Puis je sais
qu'il est très pressé, alors on va lui rappeler qu'il aime ça faire des
digressions lui-même. Donc, exemple, la Société du jeu virtuel, c'est en lien
avec le casino, j'imagine?
M. Jolin-Barrette :
Oui, probablement.
Mme David : Donc, c'est
toujours, votre réponse, 50 plus un, donc on est partenaire majoritaire, donc
c'est à nous, c'est-tu ça?
M. Jolin-Barrette : Bien, ça
dépend, il y a plusieurs cas d'espèce. Exemple, quand c'est une filiale d'une
société d'État qui n'existait pas, bien, il faut qu'elle soit assujettie. Ça
fait que, exemple, le truc des jeux vidéo, ça doit relever de Loto-Québec, donc
les...
Mme David : Tous les HQ doivent
relever d'Hydro-Québec?
M. Jolin-Barrette : Exactement.
Mme David : Puis c'est tous des
noms anglais, c'est quand même... ou des noms... En tout cas, c'est assez... HQ
Electromobility avec un y, ce n'est pas très francophone.
M. Jolin-Barrette : Je suis
d'accord avec vous.
Mme David : Qu'est-ce que ça
fait là?
M. Jolin-Barrette : Bien, ça
nous appartient.
Mme David : Oui, mais pourquoi
il faut tolérer que ce soit un nom anglais?
M. Jolin-Barrette : Bien là,
écoutez...
Mme David : Parce qu'un autre
gouvernement l'a laissé aller, puis là vous ne pouvez pas changer ça. O.K., je
réponds à votre place.
M. Jolin-Barrette : Là, vous ne
voudriez quand même pas que je vous dise ça, là, parce que Mme la présidente
veut qu'on ait une bonne ambiance, tout ça, alors, moi, je suis dans la
bienveillance cet après-midi.
Mme David : Non, non, mais je
suis un peu... O.K. Mais qu'est-ce que les piégeurs cris puis les chasseurs
cris font là-dedans? Parce c'est... je pensais que, là, ils avaient leur...
La Présidente (Mme Thériault) :
...pas avant.
Mme David : Oui, mais c'est
des... on a toutes des mesures particulières pour les communautés autochtones.
La Présidente (Mme Thériault) : ...gouvernement.
C'est parce que c'est financé par le gouvernement. C'est le gouvernement qui
donne les budgets.
Mme David : Ah! Mme la
Présidente, elle connaît pas mal ça, hein?
La Présidente (Mme Thériault) :
Je suis.
Mme David : O.K. Donc, il ne
faut pas être étonnés d'avoir tous ces trucs-là avec des numéros puis des
choses comme 9107-3294 Québec inc.
M. Jolin-Barrette : ...que probablement que c'est des investissements
d'Investissement-Québec, de UQI... IQI... IQ...
M. Jolin-Barrette : ...IQ, qui
relèvent du ministère de l'Économie, ça fait qu'il y a un contrôle public
effectif, c'est de l'argent public qu'il y a là-dedans. Je vous donne un exemple,
là, la SPAQ, O.K., où les... ceux qui gèrent les stationnements de l'État
québécois, bien, force est de constater qu'ils n'étaient pas... que ça
n'existait pas en 1977, la SPAQ, puis que de la façon que les catégories
étaient faites dans la Charte de la langue française, ils n'étaient pas
couverts, alors qu'ils devraient être couverts, c'est comme une société d'État.
Mme David : O.K. Donc, ce que
ça va changer dans leur vie, à part que d'être sur une liste publique, que...
Moi, je ne regardais pas ça à tous les jours, mais là je vois quand même...
J'étais moins étonnée de la liste de 1977, là,
parce c'est des choses qu'on connaît plus, mais ça... Ça veut dire que tout ce
qu'on a voté... Et on va devoir avoir en tête que ce sont tous les
sous-produits de l'État — je
ne veux pas... ce n'est pas péjoratif quand je dis ça, là — toutes
les créatures où l'État a plus que
50 %, ça va les concerner, ça va les engager aux mesures que nous votons,
finalement?
M. Jolin-Barrette :
Oui. Bien, ils font
partie de l'Administration, c'est ça, le message. Le
critère, en gros, là, c'est que le fonds social est contrôlé par l'État, ou il
y a des participations économiques, ou c'est des nouvelles sociétés d'État ou
des filiales.
Mme David :
O.K. Puis, juste pour finir sur... finir ou... en tout cas, je ne suis pas sûre
qu'on va finir cette discussion-là, avec mon collègue de La Pinière, mais
la question de... Qu'est-ce que ça va vous donner de plus d'avoir les organismes
assujettis à 29.1, sinon que de dire : Bien là, dans les données
agglomérées, on a plein de postes bilingues qui ont été affichés? Bien oui, ça
risque d'être ceux à 29.1, mais ça ne va peut-être pas être ventilé comme ça
dans... Parce qu'on peut faire de la politique avec des données, vous le savez,
on fait plein de choses avec les données. Alors, c'est comme un Statistique
Québec qui va regarder les critères d'embauche, là, puis les quantités
d'embauche et puis qui va avoir un sous-groupe. Mais, si on l'agglomère avec
l'ensemble des données, ça va faire augmenter puis on va pouvoir dire :
Regardez tous les postes bilingues qui ont lieu, non?
M. Jolin-Barrette :
Bien non, mais tout le monde est conscient qu'à 29.1 il y a beaucoup de postes
bilingues qui sont affichés.
Mme David :
...moi, là, puis ceux qui nous écoutent, mais, quand ça va tout être aggloméré
dans deux ans, dans trois ans, dans quatre ans, ça va peut-être
être... L'état du français se dégrade terriblement, parce que 54 % des
postes affichés sont bilingues, alors que, dans les faits, si on extrayait le
29.1, on en aurait pas mal moins que ça.
M. Jolin-Barrette :
Bien non, mais c'est parce que... Dans le fond, ce n'est pas un rapport
consolidé, là, c'est dans le rapport annuel de gestion de chacun des organismes
que ça va être publié. Dans le fond, 20.1, là, c'est déjà ceux qui font un
rapport, «l'organisme de l'Administration tenu de produire un rapport annuel».
Donc, il y a des organismes qui ne sont pas tenus de produire un rapport
annuel. Donc, c'est uniquement ceux qui sont tenus de produire un rapport
annuel qui devront mettre ces informations-là.
Mme David :
Est-ce qu'eux vont faire des rapports annuels, avec leur nombre d'embauches, et
tout ça, les 9059 inc., là?
M. Jolin-Barrette :
Pas nécessairement, parce que je ne pense pas qu'ils sont tenus de faire un
rapport. Ça doit être Investissement Québec qui fait un rapport, probablement.
Mme David :
Donc, ce qu'il faut lire, c'est le «tenu de produire un rapport». Vous êtes en
train de me dire que ce ne sont pas tous les organismes de l'Administration qui
sont tenus de produire un rapport annuel. Donc, ma sous-question : Qui
n'est pas tenu de tenir un rapport?
M. Jolin-Barrette :
Bien, je vous donne un exemple, le Conseil de la magistrature du Québec n'est
pas tenu de produire un rapport de gestion.
Mme David :
Pourquoi, par rapport à d'autres? C'est-à-dire, quels sont les critères gouvernementaux
pour dire que certains vont en produire puis d'autres pas?
M. Jolin-Barrette : Bien, souvent, c'est dans la loi. Souvent, c'est
dans la loi qu'il y a un rapport annuel de gestion.
Mme David :
Puis ce n'est pas l'État qui a une loi parapluie sur ces organismes de l'État?
M. Jolin-Barrette :
Je ne crois pas. À moins que... vous me corrigerez, Me Champagne. C'est dans la
loi, dans chacune des lois?
M. Jolin-Barrette : Oui, c'est dans la loi
qui détermine à chaque fois, dans la loi constitutive de l'organisme.
Mme David :
Plus on parle, plus on apprend de choses. Alors, est-ce que vous avez une
liste des organismes tenus puis des
organismes pas tenus? Parce que ça veut dire que ça ne s'applique pas aux
organismes pas tenus, tout ça.
M. Jolin-Barrette :
On ne l'a pas, actuellement.
Mme David :
Donc, vous ne savez pas ce qu'on vote, c'est... quels organismes seraient
d'emblée exclus?
M. Jolin-Barrette :
De l'Administration? Non...
Mme David :
«L'organisme de l'Administration tenu de produire un rapport annuel», donc ça
ne s'applique pas, de facto, aux organismes de l'Administration non tenus de
produire un rapport annuel, puisque ça peut donc être à la fois un organisme de
l'Administration, mais vous ne savez rien sur ce qui se passe là?
M. Jolin-Barrette :
Exactement.
Mme David : Puis vous ne savez
pas lesquels?
M. Jolin-Barrette : Ce n'est
pas tous les organismes de l'État qui sont tenus de produire un rapport annuel.
Donc, pour ceux qui ne sont pas tenus de produire un rapport annuel, on ne leur
exigera pas d'en produire un juste pour ça.
Ce qu'on dit, c'est : Ceux qui produisent déjà un rapport annuel, on veut
que les données soient incluses. Donc, dans
un souci, comme le disait le député de La Pinière, de ne pas augmenter la
bureaucratie, on ne veut pas leur faire faire un rapport uniquement pour ça. Donc, ceux qui ont déjà un rapport
annuel, on va joindre également ces informations-là.
Mme David : Mais sur quels
critères les chanceux qui n'ont pas de rapport annuel... Donc, vous n'êtes pas
capables de les suivre, ils n'ont pas de rapport financier, ils n'ont pas de
rapport...
M. Jolin-Barrette : Mais fort
probablement, et on me corrigera si je me trompe, mais il y en a...
Mme David : ...un, là, pour me
donner un exemple, là.
M. Jolin-Barrette : Il y a
sûrement... Bien, dans les filiales, ce n'est pas toutes les filiales qui
produisent des rapports, exemple, dans une société d'État, là. Loto-Québec va
produire son rapport annuel de gestion, mais la filiale, je ne pense pas
qu'elle va le produire nécessairement.
Mme David : Mais pourtant il y
en a, des filiales, là-dedans, là, c'est rempli de filiales là-dedans.
M. Jolin-Barrette : Oui, mais il ne faut pas mélanger les choses. Ça,
c'est qui fait
partie de l'Administration. Donc, l'exemplarité s'applique à l'Administration avec un grand A. Là,
20.1, on dit : On va viser l'Administration, les organismes de
l'Administration qui ont à produire un rapport.
Mme David : Donc, vous êtes en train de me dire que ma liste,
ici, votre liste, que je lis, ils ne sont pas nécessairement obligés de
produire de rapport, puisque vous ne savez pas s'ils sont tenus de produire un
rapport annuel, tout ce monde-là.
M. Jolin-Barrette : Bien, il y
en a là-dedans que, non, ils n'ont pas besoin de produire de rapport. Quand vous êtes, là, la filiale, là... Nemaska, là, elle
ne produit pas un rapport annuel de gestion qui est remis au
gouvernement, là, mais Investissement Québec, lui, va produire un rapport
annuel de gestion.
Mme David : Mais on ne le sait
pas, combien là-dedans sont touchés. Vous venez de me dire que... je le vois,
le Comité de rémunération des juges. Mais Casino Mundial, là, peut-être qu'on
aimerait ça savoir combien de postes bilingues ils ont affiché.
M. Jolin-Barrette : Je
comprends.
Mme David : Parce que les CIUSSS, là, vous dites : Il va
falloir que tous les hôpitaux y passent puis tous les CLSC...
M. Jolin-Barrette : Bien, le
CIUSSS est tenu.
M. Jolin-Barrette : Dans le
fond, les organismes tenus de produire un rapport annuel de gestion sont les suivants : les ministères; les organismes
budgétaires, soit les organismes dont tout ou
partie des dépenses sont
prévues aux crédits qui apparaissent dans le budget de dépenses déposé à
l'Assemblée nationale sous un
titre autre qu'un crédit de transfert; les organismes dont les membres sont nommés par
l'Assemblée nationale et dont... et les organismes de l'ordre administratif qui exercent des
fonctions juridictionnelles inclus dans le rapport annuel d'activités, le
rapport annuel de gestion.
Les personnes désignées par l'Assemblée nationale
pour exercer une fonction, qui relèvent de celle-ci, produisent un rapport
annuel de gestion dans la mesure prévue à leur loi constitutive. Il en va de
même pour les tribunaux, les organismes dont
l'ensemble des membres sont des juges de la Cour du Québec, du Conseil de la
magistrature et du Comité de la rémunération des juges de la Cour du Québec et
des cours municipales.
La
Loi sur l'administration publique prévoit
aussi que toute unité visée par une convention de performance et d'imputabilité
doit produire, à la fin de chaque année, un rapport de gestion sur l'atteinte
des résultats et que ce rapport peut être distinct ou être inclus dans une
section distincte du rapport du ministère ou de l'organisme.
Ça fait que c'est ceux qui y sont assujettis.
Mme David :
Donc, la liste, quand vous l'appelez Organismes de l'Administration
nouvellement assujettis à l'annexe I , ça ne veut pas dire que c'est
«nouvellement assujettis à l'annexe I par le projet de loi n° 96», ça
ne veut pas dire qu'ils sont assujettis à tous les
articles de loi, parce que, spécifiquement, à 20.1, c'est seulement ceux tenus
de déposer un rapport annuel.
M. Jolin-Barrette :
C'est ça. 20.1 est plus restrictif que l'Administration en général.
Mme David :
Mais ça a le mérite, enfin, d'avoir un peu plus de clarté sur cette liste-là.
Alors, il me reste combien de minutes, madame...
La Présidente
(Mme Thériault) : Un peu moins de cinq minutes.
Mme David :
Un peu moins de cinq minutes. Vous savez qu'on a un amendement tout prêt,
là, sur...
La Présidente (Mme Thériault) : Je
sais. J'ai le député de La Pinière, aussi, qui voulait faire une
intervention. Donc, je ne sais pas si...
Mme David :
Ah! O.K. Bien, allez-y, monsieur... Bien, allez-y, vous pouvez lui donner
la parole.
La Présidente
(Mme Thériault) : M. le député de La Pinière.
M. Barrette : Juste pour terminer sur
le dernier échange, Investissement Québec, qui a sous son autorité
Nemaska Lithium, parce que ça fait
partie de
son portefeuille, va devoir, normalement, rapporter sur l'état des postes de
Nemaska Lithium aussi. Si Nemaska, comme tel, n'a pas l'obligation, l'autre va
l'avoir, parce qu'il est sous son autorité.
M. Jolin-Barrette :
...de son organisation.
M. Barrette : Bon, O.K. Alors,
j'aimerais ça, Mme la Présidente, que le ministre me dise sa définition de
«postes».
La Présidente
(Mme Thériault) : M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Bien, est-ce que le député de La Pinière peut
préciser sa question? Parce qu'un poste c'est un poste.
M. Barrette :
Bien, ma question est très précise, Mme la Présidente. Il y a... à 20.1, ce
qu'on demande, c'est d'indiquer le nombre de postes. Alors, ça veut dire quoi?
C'est quoi, sa définition de «postes»?
M. Jolin-Barrette :
Bien, selon le sens courant.
M. Jolin-Barrette :
Le sens commun. Un poste, c'est un poste déterminé par le Conseil du trésor,
là, selon le rapport annuel.
M. Barrette :
Non, non, non...
M. Jolin-Barrette :
Dans le fond, là, annuellement, là, au Trésor, là, ils vous disent : Bien,
il y a tant de postes disponibles, là, que ça soit... Vous avez des données
dans les rapports annuels de gestion qui indiquent : Cette année, on a
affiché tant de postes, là.
M. Barrette :
Bon, alors je comprends, Mme la Présidente, que c'est, dans la vraie vie, là,
un individu, un poste. Un employé occupe un poste.
M. Jolin-Barrette :
Ou un emploi, là.
M. Barrette :
Qui est un poste. Là, je vois, Mme la Présidente, que le ministre, il se
demande où je m'en vais. Alors là, on a des réponses qui sont un petit peu
aléatoires.
M. Jolin-Barrette :
Ce n'est pas aléatoire...
M. Barrette :
Bien, on parle bien d'un poste, Mme la Présidente. Un employé occupe un poste.
M. Jolin-Barrette :
Bien, Mme la Présidente, il serait beaucoup plus simple de me dire où le député
de La Pinière veut aller avec sa question, et par la suite je lui répondrai sur
une réponse complète.
M. Barrette :
Mme la Présidente, comme je souhaite avoir une réponse qui n'est pas un
faux-fuyant, la meilleure façon d'avoir... Bien, je veux dire, je ne dis pas
que le ministre fait des faux-fuyants, mais des fois ça lui arrive de répondre
par une autre catégorie thématique qui n'est pas celle de la question, mettons.
Admettons, Mme la
Présidente, qu'on s'entend, même si le ministre ne le dira pas, qu'un employé
occupe un poste, O.K., parce que ça s'adonne que, mettons, dans le réseau
hospitalier, ce sont des postes qui sont affichés, qui vont être pris par une
personne, un poste, donc ce ne sont pas des catégories, ce sont des postes,
hein, ce n'est pas des classes, ce sont des postes. Alors, je veux, ici, faire
la démonstration, là, du niveau de détail de travail qu'une administration va
devoir faire, dans une organisation de 50 000 employés, pour énumérer
et puis, après ça, mettre un chiffre, déterminer, et énumérer, et faire un
total du nombre de postes. Ce n'est pas rien, là, ça, n'est-ce pas? Alors, le
nombre de postes, c'est ça qu'on demande, et on doit le mettre dans un rapport
annuel, bon.
Le nombre de postes, il faut les identifier.
Alors là, on va avoir des postes identifiés, il n'y a pas le choix. Je ne pense
pas que ça va être un poste... À la fin, j'imagine que ça ne sera pas... Il y a
55 000 employés, il y en a 1 287 où on exige la chose. Est-ce
que c'est simplement ça que le ministre vise? Il y a une certaine chose... il y
a une chose qui est certaine, par exemple, il y a un exercice qui devra être
fait.
Ce n'est pas tout, Mme la Présidente. Les postes
en... les postes en question, on doit les stratifier en postes qui exigent, on va dire, le bilinguisme et les
postes où c'est souhaitable. Comment vous gagez, Mme la Présidente,
qu'il est souhaitable que pas mal de postes,
là, sinon la quasi-totalité, dans un CIUSSS qui est sous 29.1, soient
souhaitables? C'est quoi que le ministre recherche?
Je dis encore au ministre, là, comment on a un
exercice exhaustif pour lequel il va y avoir un rapport. Écoutez, le niveau de
détail qui risque d'être demandé, là, il y a des chefs d'État dans d'autres
pays qui seraient très heureux de voir un ça, là. Je ne nomme personne et je ne
prête aucune intention.
Alors là, je veux comprendre, là, qu'est-ce
qu'il va vouloir avoir, là, un nombre global, un nombre de postes par catégories, sous-catégories? Là, on en a deux,
catégories : il y a, officiellement, le bilinguisme et il y a le
souhaitable. Qu'est-ce qui est souhaitable? De que c'est? Moi, là, j'ai à faire
le rapport annuel, là, puis je mets quoi là-dedans? Sauf qu'avant de mettre
le... c'est quoi, là-dedans? Il faut que je fasse une job de moine pour établir
ça. Puis là, après ça, on me dit : Bien non, ça ne servira à rien, ça, ça
ne servira à rien, ça va juste servir à avoir des statistiques. Bien, si c'est
des statistiques globales, macroscopiques du genre : j'ai
55 000 employés, il y en a 3 000, bof! «big deal», là.
La Présidente (Mme Thériault) :
M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : ...c'est
d'avoir la photo, c'est d'avoir la photo.
La Présidente (Mme Thériault) :
L'idée, c'est d'avoir la photo.
M. Barrette : Non, non, j'ai
compris. C'était une exclamation.
La Présidente (Mme Thériault) :
M. Jolin-Barrette : Ça va.
Présidente (Mme Thériault) : Vous avez répondu : L'idée, c'est d'avoir la photo. Parfait. Oui, M. le député.
M. Barrette : Est-ce qu'on peut
me dire exactement de quoi doit avoir l'air la photo? Mme la Présidente, moi, je peux bien prendre une photo de l'institution,
puis la mettre dans le rapport, puis dire : Dans cette institution-là,
il doit y avoir des postes qui... avoir une connaissance souhaitable ou
obligatoire de l'autre langue. J'imagine que ce n'est pas la photo que le
ministre souhaite avoir. Quelle est la donnée qu'il recherche? Quel est le
niveau de détail? Il s'attend à un rapport annuel.
Moi, je suis administrateur, là, puis je vois
ça, là, et puis là je regarde ça, là, et puis là mon premier réflexe,
c'est : Boy, de boy, de boy! Dans une institution qui est sous l'égide de
29, on me demande de faire un travail de moine,
j'imagine que ce n'est pas pour arriver avec un seul chiffre sur une seule
ligne. Il recherche... Si c'est ça, bien, tant mieux, puis je vais
mettre quelque chose d'à peu près, parce que je ne veux pas me casser la tête à
ce point-là, là.
La Présidente (Mme Thériault) :
M. le Ministre.
M. Jolin-Barrette : L'objectif, tel que le dit l'article, c'est,
annuellement, de savoir combien de postes exigent une langue autre que
le français, par mutation de ça. Donc, c'est des rapports annuels de gestion,
donc, sur les postes qui sont affichés, ils
vont les colliger pour dire, bien, écoutez, combien de postes nécessitent une
autre langue que le français.
M. Barrette : Est-ce que... Mme
la Présidente, là, est-ce que le ministre veut savoir le nombre de postes
sujets à cette demande-là ou le nombre de postes libres, le nombre de postes
occupés, les catégories de postes? Est-ce qu'on traite sur le même pied une
secrétaire administrative, une réceptionniste, un directeur adjoint, un
chercheur, un médecin? Comment ça fonctionne, son affaire?
La Présidente (Mme Thériault) :
M. le ministre.
M. Jolin-Barrette :
C'est le nombre de postes où il y a une exigence autre que la langue française.
M. Barrette :
Bon, alors, si je comprends bien, Mme la Présidente, là, le président-directeur
général d'un établissement de santé au
Québec pourrait, dans son rapport annuel, mettre un chiffre pour la
connaissance obligatoire et un chiffre pour une connaissance
souhaitable, et ce serait parfait pour le ministre?
M. Jolin-Barrette :
L'article nous dit : «L'organisme de l'Administration tenu de produire un
rapport annuel y indique le nombre de postes
au sein de son organisation pour lesquels il exige, afin d'y accéder notamment
par recrutement, embauche, mutation ou promotion ou d'y rester, la
connaissance ou un niveau de connaissance spécifique d'une autre langue que la
langue officielle ainsi que ceux pour lesquels une telle connaissance ou un tel
niveau de connaissance est souhaitable.»
Alors, oui, il va y aller par catégories, il va dire : Bien, par
recrutement, embauche, mutation,
promotion ou d'y rester, ça nécessite la langue anglaise, la maîtrise d'une
autre langue que le français, et, même chose, il va dire combien sont
ceux qui sont souhaitables. Donc, ça va être avec un pourcentage, nombre de
postes.
M. Barrette :
Mme la Présidente, je suis capable de lire le texte. Je l'ai lu, le texte, et
la question que j'ai posée, elle est très
simple, Mme la Présidente. Est-ce que ça veut dire que le président-directeur général de cet organisme-là pourra, dans son
rapport annuel, simplement mettre un chiffre : Voici — puis je
vais faire comme le ministre, je vais lire — dans la catégorie recrutement,
embauche, mutation, promotion ou y rester, il y en a 1 267; dans l'autre
catégorie, où c'est souhaitable, il y en a 2 472? Ça, donc ça va être
acceptable par le ministre?
Minutes, Mme la Présidente,
ou secondes?
La Présidente
(Mme Thériault) : ...à peu près quatre minutes.
M. Barrette :
Parfait. C'est oui ou c'est non, la réponse, là? On veut comprendre, là.
M. Jolin-Barrette : Alors, l'objectif recherché est de faire en sorte
d'avoir un portrait de la situation relativement au nombre de postes qui
exigent, dans les catégories où vous avez mentionné. Ça ne peut pas être plus
clair que ça.
M. Barrette :
Oui, Mme la Présidente, ça peut être plus clair que ça, en répondant
simplement à ma question par oui ou par non, parce qu'il n'y a pas d'autre
possibilité pour être clair.
M. Jolin-Barrette :
Il y a toujours d'autres possibilités, surtout avec le type de questions que
vous posez.
M. Barrette :
Ma question, elle est précise, Mme la Présidente. Et je veux mettre en exergue,
souligner à gros traits, des néons, du fluorescent, on demande un exercice
exhaustif à une administration de dizaines de milliers de personnes pour en arriver, à la fin, à deux lignes. Et le ministre
nous dit que ça, c'est bien important pour avoir une photo, qu'on va
vous suivre dans le temps. C'est ça qu'il nous dit, le ministre, Mme la
Présidente. Et je lui dis : M. le ministre, vous en demandez pas mal
pour avoir deux lignes, et je ne trouve pas, là, que ça, ça fait avancer la
société.
comprends, Mme la Présidente, ce qu'il veut faire, à, mettons, Otterburn Park,
pour reprendre la question du député
de Matane-Matapédia. Et je ne la pose pas avec la même intention, parce que mon
collègue de Matane-Matapédia a une
autre intention dans sa pensée politique. Moi, je suis — et je vais prendre un thème cher à la CAQ —
pragmatique : de façon pragmatique, c'est beaucoup d'efforts pour sortir
deux lignes.
Surtout que,
là-dedans, là, je vais prendre un exemple simple, bien simple, il va y avoir la
secrétaire administrative, qui est à l'étage et qui peut recevoir des patients,
et une secrétaire qui n'en verra jamais, et, à une, on va demander
«souhaitable» pour avoir le poste, et, à l'autre, on va dire : Bien non,
ce n'est pas nécessaire, O.K.? C'est ça qui
va être la vraie vie. Et là on va demander à une administration, là : Aïe!
Les «boys and girls», là, puis je fais exprès de prendre des mots
anglais, là, vous allez faire le recensement des 55 000 places, là,
puis vous allez me dire laquelle que c'est, puis, à la fin, ça va être un
chiffre qui va être d'une totale imprécision, totale.
Je comprends la
finalité, mais, à un moment donné, trop c'est comme pas assez, là. Alors, moi,
je le redis, dans ce cas-là, là, je comprends l'intention, là, mais là, là, à
un moment donné... Puis c'est ironique, Mme la Présidente — merci — c'est
ironique, à Investissement Québec, là, hein, à Investissement Québec, où c'est
très facile de faire ça, on me répond que la filiale dont on est
majoritaire, on n'aura pas à faire le calcul. Dans une institution où ça va
être bien compliqué... hein, dans une, c'est facile, dans l'autre, c'est bien
compliqué, ça ne sert pas à grand-chose, il faut le faire. Bien là, là, à un
moment donné, il y a des limites à tout, là.
Alors, je dis au
ministre et je réitère : Bien là, il me semble qu'on devrait, par gros bon
sens, les exclure, eux autres, pas la
province, pas Pointe-Claire, par Beaconsfield, pas du tout, juste eux autres,
pour des raisons pragmatiques.
La Présidente
(Mme Thériault) : M. le ministre.
M. Jolin-Barrette :
Je comprends l'argumentaire du député de La Pinière. Je l'ai bien entendu.
La Présidente
(Mme Thériault) : Vous avez bien entendu. Parfait. Madame...
M. Barrette : Mme la
Présidente, je vais me réserver mes commentaires de clôture, hein, parce que,
là, je n'ai pas de réponse et je sens que peut-être on va avoir d'autres
interventions.
La Présidente
(Mme Thériault) : Oui, je crois que la collègue de
Marguerite-Bourgeoys voulait faire une intervention. Mme la députée.
Mme David : Je vais demander
une suspension quelques minutes.
La Présidente (Mme Thériault) :
...quelques instants.
M. Jolin-Barrette : Pourquoi?
La Présidente (Mme Thériault) :
De manière générale, quand on me demande une suspension, peu importe que ce
soit la
partie ministérielle ou le député, moi, je veux que vous fassiez bien
votre travail, donc on va suspendre quelques instants, pas très longtemps, mais
on va suspendre quelques instants. Merci.
(Suspension de la séance à 16 h 04)
La Présidente (Mme Thériault) :
À l'ordre, s'il vous plaît!
Donc, nous allons poursuivre nos travaux. Mme la
députée de Marguerite-Bourgeoys, la parole est à vous.
Mme David : Merci beaucoup, Mme
la Présidente.
Alors, je vais déposer un amendement, parce que
je veux aller dans le sens du désir très fort du ministre d'avoir le plus de
statistiques possible, et c'est la raison pour laquelle il ne veut pas exclure
les établissements et organismes soumis à... ou qui font
partie de la
dérogation à 29.1. Donc, il ne veut pas les enlever, en disant : Il nous
faut beaucoup, beaucoup de statistiques, puis on est contents puis on ne veut
pas les enlever. Alors, je vais soumettre un amendement. Et je peux le lire?
La Présidente (Mme Thériault) :
Oui.
Mme David : Il est tout simple.
Article 12 :
L'article 12 du projet de loi introduisant
l'article 20.1 de la Charte de la langue française est modifié par le
retrait, après le mot «Administration», des mots «tenu de produire un rapport
annuel y».
Commentaires :
L'article 20.1 de la Charte
de la langue française, introduit par l'article 12 du projet de loi tel
qu'amendé, se lirait ainsi :
«20.1.
L'organisme de l'Administration indique le nombre de postes au sein de son
organisation pour lesquels il exige, afin d'y accéder notamment par
recrutement, embauche, mutation ou promotion ou d'y rester, la connaissance ou
un niveau de connaissance spécifique d'une langue autre que la langue
officielle ainsi que ceux pour lesquels une telle connaissance ou un tel niveau
de connaissance est souhaitable.»
Alors, Mme la Présidente...
La Présidente (Mme Thériault) :
...l'amendement?
Mme David : C'est l'amendement.
C'est simple, enlevons le critère «tenu de produire un rapport annuel», et donc
ceux qui sont inclus dans un organisme parapluie le diront, tout simplement, ou
seront dans cet organisme parapluie, mais ils seront quelque part dans les
statistiques de l'organisme parapluie.
Puis les autres, bien, puisque le ministre veut
tant avoir des statistiques qui sont exhaustives... et c'est ça qu'il
disait : Je veux enlever, je ne veux pas exclure les établissements
assujettis à 29.1 parce que je veux avoir le plus de données possible, bien,
alors, mettons tout le monde, mettons tous ceux... y compris ceux qui ne sont
pas tenus de produire un rapport annuel, puisqu'ils font
partie des organismes
de l'Administration.
La Présidente (Mme Thériault) :
M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Ça ne sera
pas bien long, Mme la Présidente. Je vais télécharger l'amendement de la
collègue de Marguerite-Bourgeoys pour le voir.
La Présidente (Mme Thériault) :
Absolument. Je vous comprends.
M. Jolin-Barrette : Parce que
je l'ai entendu...
La Présidente (Mme Thériault) :
Vous êtes visuel plus qu'auditif.
M. Jolin-Barrette : Bien, ça
aide à se concentrer, effectivement, quand on voit l'amendement en question,
malgré que j'aie une bonne ouïe, Mme la Présidente.
Présidente (Mme Thériault) : Avoir une bonne oreille, c'est très
important, et avoir l'oreille fine est encore mieux.
M. Jolin-Barrette :
Mais je n'ai pas l'oreille, comme on dit...
M. Jolin-Barrette :
Absolue.
La Présidente
(Mme Thériault) : Absolue. Non, moi non plus, définitivement.
M. Jolin-Barrette :
Loin de là, Mme la Présidente, mes prestations à la trompette le démontraient.
La Présidente
(Mme Thériault) : ...les miennes à la flûte, lorsque j'étais plus
jeune.
M. Jolin-Barrette :
Pardon?
La Présidente
(Mme Thériault) : Vous n'avez pas vu les miennes à la flûte,
lorsque j'étais plus jeune. Je rivaliserais certainement avec vous pour la
personne qui a le moins l'oreille absolue.
M. Jolin-Barrette :
C'est peut-être pour ça qu'on ne m'a pas donné la Culture, Mme la Présidente.
M. Jolin-Barrette :
L'amendement, oui, parce que disons qu'il est en téléchargement. Merci.
Alors, la proposition
de la collègue : «L'organisme de l'Administration indique le nombre de
postes au sein de son [administration] pour lesquels il exige, afin d'y accéder
notamment», donc on enlève la question de «tenu de produire un rapport annuel». Moi, je préfère laisser le rapport annuel
parce que ça évite que certaines organisations qui, dans leur structure,
n'avaient pas à produire un rapport annuel de gestion... de faire en sorte que
désormais ils soient obligés de recenser les postes.
Donc,
l'idée de le rattacher au rapport annuel de gestion, dans le cadre de... dans le cadre de leurs activités, ils le font
déjà. Donc, ce qu'ils vont faire, c'est qu'ils vont regarder les offres
d'emploi au cours de l'année puis ils vont dire, dans le fond :
Vous avez exigé l'anglais ou une autre langue que le français pour accéder.
Donc, on va suivre ces informations-là sur le nombre de postes, annuellement,
qui sont comblés.
Mme David :
Donc, le critère pour respecter la Charte de la langue française, c'est d'avoir
un rapport annuel ou pas. Je suis un peu
déçue de l'argumentaire du ministre, parce qu'il va avoir tout un ministère de
la Langue française, il va avoir un OQLF très présent, il va avoir un
commissaire, puis là la seule raison pour laquelle ils n'auraient pas à rendre compte du nombre de postes, c'est parce
qu'ils ne tiennent pas de rapport annuel. Ça me semble assez faible
comme argument, pour ne pas dire très faible. Si le ministre veut vraiment
avoir un portrait, une photo, comme il dit, de son Administration, bien, on exclut beaucoup, beaucoup, beaucoup de monde,
s'ils ne sont pas tenus à avoir un rappo