Labour and the Economy — 10 October 2024 (43rd Legislature, 1st Session)
CET 2024-10-10
Quebec — Committees
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32e législature, 1re session (19 mai 1981 - 18 juin 1981)
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31e législature, 5e session (24 octobre 1980 - 24 octobre 1980)
31e législature, 4e session (6 mars 1979 - 18 juin 1980)
31e législature, 3e session (21 février 1978 - 20 février 1979)
31e législature, 2e session (8 mars 1977 - 22 décembre 1977)
31e législature, 1re session (14 décembre 1976 - 23 décembre 1976)
30e législature, 4e session (16 mars 1976 - 18 octobre 1976)
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30e législature, 2e session (14 mars 1974 - 28 décembre 1974)
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Journal des débats de la Commission de l'économie et du travail
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43 e législature, 1 re session
(29 novembre 2022 au 10 septembre 2025)
Cette version du Journal des débats est une version préliminaire : elle peut donc contenir des erreurs. La version définitive du Journal, en texte continu avec table des matières, est publiée dans un délai moyen de 2 ans suivant la date de la séance.
Pour en savoir plus sur le Journal des débats et ses différentes versions
jeudi 10 octobre 2024
Vol. 47 N° 71
Consultations particulières et auditions publiques sur le projet de loi n° 71, Loi visant à améliorer l’accompagnement des personnes et à simplifier le régime d’assistance sociale
Aller directement au contenu du Journal des débats
Heures
11 h
11 h 30
12 h
12 h 30
13 h 30
14 h
14 h 30
15 h
15 h 30
16 h
Journal des débats
11 h (version non révisée)
(Onze heures trente et une minutes)
La Présidente (Mme D'Amours) : Bonjour,
tout le monde. Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la Commission
de l'économie et du travail ouverte. Je vous souhaite la bienvenue et je vous
demande, à toutes les personnes dans la salle, de bien vouloir éteindre la
sonnerie de votre appareil... de vos appareils électroniques.
La commission est réunie afin de
poursuivre les consultations particulières et auditions publiques sur le projet
de loi n° 71, Loi visant à améliorer l'accompagnement des
personnes et à simplifier le régime d'assistance sociale.
Mme la secrétaire, y a-t-il des
remplacements?
La Secrétaire : Oui, Mme la
Présidente. Mme Mallette (Huntingdon) est remplacée par Mme Blais
(Abitibi-Ouest); Mme Tremblay (Hull) est remplacée par Mme Poulet
(Laporte); Mme Dufour (Mille-Îles) est remplacée par Mme Prass
(D'Arcy-McGee); Mme Lakhoyan Olivier (Chomedey) est remplacée par Mme McGraw
(Notre-Dame-de-Grâce); et M. Leduc (Hochelaga-Maisonneuve) est remplacé
par Mme Labrie (Sherbrooke).
La Présidente (Mme D'Amours) : Parfait.
Nous entendrons ce matin les témoins suivants, soit la Fédération des maisons d'hébergement
pour femmes, conjointement avec le Regroupement des maisons pour femmes
victimes de violence conjugale, et ainsi que le Syndicat de la fonction
publique et parapublique du Québec.
Je vous souhaite maintenant la bienvenue,
chers invités... qui est la Fédération des maisons d'hébergement pour femmes
ainsi que le Regroupement des maisons pour femmes. Je vous rappelle que vous
disposez, chers invités, de 10 minutes, pour nous faire part de votre exposé.
Ensuite, nous irons avec la période d'échange, avec les membres de la
commission. Donc, je vous demande de vous présenter et de commencer votre
exposé, s'il vous plaît.
Mme St-Pierre-Gaudreault
(Julie) : Oui, bonjour. Julie St-Pierre-Gaudreault, je suis
conseillère aux enjeux politiques à la Fédération des maisons d'hébergement
pour femmes. Mathilde.
Mme Trou (Mathilde) : Oui,
bonjour. Mathilde Trou, je suis coresponsable des dossiers politiques au
Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale.
Mme St-Pierre-Gaudreault
(Julie) : Bien, d'abord, Mme la Présidente de la commission, Mme la
ministre, et mesdames...
Haut de la page
11 h 30 (version non révisé
e) Mme St-Pierre-Gaudreault (Julie) :
...Messieurs les députés, merci beaucoup pour votre invitation, on apprécie
grandement que vous nous donniez l'opportunité de représenter la fédération, le
regroupement, et il y a également l'alliance des maisons de 2e étape qui a
appuyé les revendications par rapport au projet de loi n° 71.
Aujourd'hui, on se veut les porte-parole
des femmes qui sont hébergées dans nos ressources puis qui sont admissibles à
la contrainte temporaire à l'emploi. En fait, nos principales inquiétudes, là,
par rapport au projet de loi n° 71, bien, ça concerne l'article 25
qui propose des modifications à l'article 53 de la
Loi sur l'aide aux
personnes et aux familles. C'est vraiment les impacts genrés que risquent d'avoir
ces modifications-là, surtout nous, en ce moment, on porte la voix des femmes
violentées qui sont présentes dans nos ressources, mais il y a également d'autres
groupes, là, qui vivent dans des situations précaires qui vont être touchées
par cette modification-là.
Côté contextualisation. Mais, en fait, il
faut savoir qu'actuellement les femmes hébergées dans nos ressources pourraient
toucher automatiquement la contrainte temporaire pour une durée de trois mois
ou plus. Donc... Donc, voilà, nous, ce qu'on trouvait inquiétant, c'est le fait
que ça devienne... qu'on doive présenter une déclaration médicale pour
maintenant avoir droit à cette prestation-là. En fait, je ne sais pas si,
justement, vous savez... peut-être que oui, peut-être que non, mais je vais le
rappeler. En fait, c'est que, dans des situations de violences familiales,
sexuelles ou conjugales, il y a plusieurs stratégies de domination ou de
contrôle qui vont être utilisées par l'agresseur, dont notamment des stratégies
de contrôle coercitif. Ça peut être des stratégies d'exploitation, de
manipulation qui sont répétées et étendues dans le temps, puis ça peut
comprendre, justement, de la microrégulation des finances de la victime, l'appropriation
du revenu de la victime, dont les prestations d'aide sociale, si elles sont
bénéficiaires, ou différentes stratégies pour empêcher la victime d'occuper un
emploi, ce qui pourrait pousser vers le besoin d'aide financière, ce qui fait
en sorte qu'il y a vraiment plusieurs femmes qui vont se retrouver avec peu de
ressources lorsqu'elles arrivent en maison ou qui sont souvent en situation de
précarité financière importante, même lorsqu'elles fréquentent les services
externes.
Juste pour vous donner une idée, en
2023-2024, selon nos chiffres, parmi les femmes qui sont hébergées et
accompagnées par nos maisons d'hébergement, en plus du motif d'hébergement qui
est variable, comme on sait, il y a plusieurs formes de violence qui peuvent s'entrecroiser,
bien, il y a 35 % des femmes qui sont hébergées — là, c'est
vraiment les chiffres de la FMHF — qui vont vivre des difficultés
financières en arrivant, puis ça peut être 29 % des femmes qui sont
suivies en externe, il y a 50 % d'entre elles qui affirment avoir vécu de
la violence économique. Par rapport aux chiffres du regroupement, ça se
ressemble beaucoup. Et c'est 42 % des 4 100 femmes qui sont hébergées
par les maisons du regroupement qui ont déclaré avoir un revenu familial de
moins de 20 000 $... bien, 20 000 $ et moins. Puis, dans les cas
spécifiques, justement, où les femmes sont bénéficiaires d'aide sociale, ça
fait en sorte que la prestation pour contrainte à l'emploi devient rapidement
la seule aide qui est disponible pour ces femmes-là, pour arriver à justement
se reconstruire, reprendre du pouvoir dans leur situation et répondre à leurs
besoins de base, même si on s'entend que c'est une prestation de 160 $, ce
qui est la plus faible. Mathilde, je vais te laisser poursuivre.
Mme Trou (Mathilde) : Oui,
merci, Julie. Bien, c'est... Julie vient de vous indiquer pourquoi il est primordial
en fait que les femmes victimes de violence conjugale continuent de bénéficier
de cette aide supplémentaire à leurs prestations de base. Mais, pour que ce
soit véritablement efficace, il faut aussi que l'obtention de cette aide soit
simple. Parce qu'il ne faut pas oublier que, quand une femme victime de
violence conjugale arrive dans nos maisons, c'est souvent après un épisode de
violence qui a pu être particulièrement important, que ce soit envers elle ou
envers leurs enfants. Et leur rajouter une étape supplémentaire qui est d'aller
chercher un rapport médical pour toucher cette aide-là, c'est ni aidant ni
soutenant, en fait, pour l'heure dans leur reprise de pouvoir puis ça vient
juste augmenter leur charge émotionnelle et mentale, une charge qui est déjà
vraiment importante pour les... sur les épaules des victimes.
Un autre élément qui a été abordé aussi
par d'autres groupes, c'est que quand... C'est vraiment un fardeau
supplémentaire pour les personnes vulnérables de devoir aller répéter encore
une fois leurs histoires à un professionnel qu'elles n'ont peut-être jamais vu
avant. Là, on parle vraiment d'histoires de violences physiques, de violences
psychologiques, mais souvent aussi de violences sexuelles. Donc, on peut
comprendre que ça peut créer des... recréer des traumatismes à chaque fois qu'une
personne doit aller de nouveau raconter son histoire. Et, selon nous, c'est
vraiment une mesure qui vient en contradiction, en fait, avec le rapport
Rebâtir la confiance, donc c'est 190 recommandations, là, qui sont incluses
dans ce...
Mme Trou (Mathilde) : ...rapport
pour améliorer le parcours judiciaire des femmes victimes de violence conjugale
et de violence sexuelle, des personnes victimes de violence conjugale et de
violence sexuelle. Alors là, c'est sûr qu'on n'est pas dans le processus
judiciaire, mais l'idée, c'est de... de ces 190 recommandations, c'est de
simplifier le parcours et de soutenir ces personnes. Et là on pense que c'est
vraiment une mesure qui va à l'encontre, justement, de l'esprit de ce rapport
et d'autres mesures aussi qui ont été mises en place par la CAQ dans les
dernières années pour venir soutenir et simplifier le parcours des victimes de
violence conjugale.
Et enfin un autre... un autre élément,
c'est que pour ces femmes qui vont devoir aller chercher un rapport médical,
elles peuvent peut-être mettre un mois ou deux à aller le chercher. Parce que,
comme on le disait, c'est une charge supplémentaire, c'est un fardeau
supplémentaire, puis elles ne vont pas être prêtes dès le lendemain de leur
arrivée en maison à faire cette démarche-là. Donc, ça peut aussi venir du coup
augmenter leur séjour en maison d'aide et d'hébergement le temps qu'elles aient
accès à cette aide supplémentaire, parce qu'on le rappelle, hein, 160 $
pour elles, c'est vraiment une aide importante. Donc, ça peut venir aussi
contribuer à allonger leur délai de séjour dans les maisons d'aide et
d'hébergement, dans une période où les maisons débordent et les maisons sont
déjà pleines.
Un argument qui a aussi été évoqué par
d'autres groupes, mais qu'on porte également, c'est qu'il y a des problèmes
d'accessibilité aux professionnels de la santé ou des services sociaux. Je
sais, Mme la ministre, vous avez indiqué que ça peut être des professionnels
qui pourraient être hors du réseau, mais ça nous crée aussi des inquiétudes,
parce que, dans nos maisons d'aide et d'hébergement, dans d'autres organismes
communautaires, on... nos intervenantes des maisons ne sont pas forcément
membres d'un ordre professionnel, puisque ce n'est pas une exigence d'embauche.
Nous, on fait vraiment du par et du pour les femmes, et ça fait qu'il n'y a pas
d'attente d'avoir des intervenantes qui sont membres d'un ordre. Donc, ça, ce
n'est pas toutes nos maisons qui pourront, par exemple, fournir un rapport
médical puisqu'elles ne sont pas toutes membres... toutes membres d'un ordre.
Et enfin ce qui nous inquiète, c'est que
si ces femmes doivent aller voir d'autres professionnels, d'autres
intervenants, on sait qu'il y a encore des lacunes au niveau de la formation et
au niveau des connaissances en violence conjugale et au niveau du contrôle
coercitif, notamment des manifestations qui sont plus subtiles de violence
conjugale, mais qui ont un impact tout aussi important que de la violence
physique sur la santé physique et la santé mentale des femmes, et on craint
vraiment qu'une femme puisse aller voir un professionnel, et que ça ne soit pas
nécessairement reconnu ce qu'elles ont vécu comme une contrainte à l'emploi.
Donc, pour nous, il y a aussi un risque par rapport à ça.
• (11 h 40) •
Et enfin, je conclurai là-dessus, au
niveau des enjeux de sécurité, si Mme, par exemple, veut aller voir son médecin
de famille, peut-être que monsieur a le même médecin de famille, puis on le voit
que ça peut être des stratégies des conjoints violents de vouloir aller
influencer le diagnostic, d'aller voir le médecin et d'indiquer que non, madame
n'a jamais vécu de violence, que madame en ce moment ne va pas bien, qu'elle
est dépressive, qu'elle est folle. Ça, c'est des choses qu'on voit déjà sur le
terrain. Donc, ça aussi ça peut nous inquiéter à... par rapport à cette... à
cette question-là. Julie, je te redonne la parole.
La Présidente (Mme D'Amours) : Est-ce
que vous avez terminé votre exposé?
Mme Trou (Mathilde) : Non,
non.
La Présidente (Mme D'Amours) : Ah!
pardon.
Mme St-Pierre-Gaudreault
(Julie) : Il restait un mini point...
La Présidente (Mme D'Amours) : Il
vous reste 1 min 30 s.
Mme St-Pierre-Gaudreault (Julie) :
Parfait. Je vais faire ça vite. En fait, c'était vraiment pour y aller
directement avec notre recommandation. Nous, on souhaite reconnaître
l'expertise des intervenantes en maison, comme Mathilde l'a mentionné. C'est
elles qui connaissent les dossiers des femmes . C'est elles qui connaissent
leur trajectoire de vie et ont l'expertise pour reconnaître certains enjeux ou
impacts psychologiques de la violence sous toutes ses formes. Puis c'est pour
ça qu'on recommanderait une modification, un amendement à l'article 53, où
ces travailleuses-là pourraient fournir l'attestation qui prouverait l'état
physique ou mental, qui empêche la femme de retourner ou de rechercher un
emploi. Puis c'est quelque chose qui existe déjà dans le cas de la résiliation
de bail, qui est déjà inscrit dans le Code civil. Donc, on s'est appuyé sur
cette... sur ce droit-là pour proposer notre recommandation. Donc... Puis, en
tout cas, s'il me reste un mini 10 secondes, j'irais aussi avec le fait
qu'on appuie aussi les revendications des autres groupes communautaires par
rapport à l'impact de cette modification-là sur différents groupes vulnérables,
dont les femmes monoparentales à la tête des familles, des femmes qui ont des
enfants de moins de cinq ans et les femmes de 58 ans et plus.
La Présidente (Mme D'Amours) : Vous
êtes dans votre temps, chères invitées, toutes les deux. Merci beaucoup pour
votre exposé. Maintenant, nous commençons la période d'échange avec la
ministre. La parole est à vous.
Mme Rouleau : Merci beaucoup,
Mme la Présidente. Et merci beaucoup, Mme St-Pierre-Gaudreault et
Mme Trou, de participer à ces travaux très importants de modernisation du
régime d'aide sociale. Merci d'avoir accepté d'être avec nous ce matin. Et
d'emblée je veux vous rassurer sur une chose, c'est qu'il n'est pas question
dans cette... dans la mise en place...
Mme Rouleau : ...de ce... de
cette... de cette modernisation de... En fait, je vais vous expliquer plus
simplement. Les femmes, aujourd'hui, elles ont une contrainte d'emploi de trois
mois, et ce n'est pas trois mois et plus, c'est trois mois, contrainte
d'emploi, et, en hébergement, elles ont un 100 $ de plus. Alors, ce qui
est... ce que nous faisons, ce que nous proposons, c'est d'avoir... Bon, il y a
évidemment la contrainte emploi qui va être... qui va être... qui va devenir
une contrainte santé, mais il y a des prestations spéciales. Et, pour les
femmes qui sont victimes de violence conjugale qui vont en hébergement, il y a
cette prestation spéciale qui sera de... en fait, combinée, le 161 $ plus
le 100 $, une prestation, une seule demande qui sera confirmée par
l'intervenante qui est dans cette maison d'hébergement. Donc, on réduit, on
simplifie le processus comme vous le souhaitez. Il n'y a pas... Il n'y a pas de
billet du médecin qui est demandé pour confirmer l'état de la personne. Il n'y
a... Ça n'a jamais été... Il n'a jamais été question de ça et il n'est pas
question de cela du tout. Ceci dit, j'espère que je réponds à une
interrogation, là, que vous avez parce que le message doit passer, là. Ce
serait une fausseté de dire qu'il faut un billet du médecin. Ce n'est pas vrai.
Ceci dit, j'aimerais... en fait,
j'aimerais savoir, là, avec l'expérience que vous avez, quelle est l'évolution,
dans les dernières années, du profil des femmes prestataires d'aide sociale qui
doivent... qui sont victimes de violence conjugale et qui vont en hébergement?
Mme St-Pierre-Gaudreault
(Julie) : Pour notre part, en fait, on n'a pas nécessairement les
chiffres. Vu, justement, on trouvait intrusif de demander si les femmes étaient
prestataires d'aide sociale, on a seulement les chiffres que je vous avais
donnés par rapport aux 35 % qui ont des difficultés financières.
Je ne sais pas, Mathilde, toi, si, par
rapport au regroupement, vous aviez... vous aviez ces profils.
Mme Trou (Mathilde) : Non,
c'est ça, nous, on récolte aussi uniquement les chiffres du revenu familial à
l'arrivée des femmes, mais on n'a pas nécessairement d'autres données plus
détaillées. Et notamment aussi, à cause de ce que tu ramenais, Juli, en début
de... ton début d'audition, tu... tu sais, il y a aussi beaucoup la question
de la violence économique. Donc, c'est des femmes qui, avant de se mettre avec
M., peuvent être à l'emploi, avoir un revenu décent, mais à cause de la
violence économique, de l'isolement qu'elles vont vivre, elles vont finir par
se retrouver à la maison. M. va s'accaparer tous leurs revenus. Et, quand elles
arrivent à la maison d'aide et d'hébergement, là elles vont faire une demande
d'aide sociale parce qu'elles se retrouvent avec plus aucun revenu. Mais ça ne
veut pas dire qu'elles vont rester très longtemps sur l'aide sociale. Pour
certaines femmes, oui, parce qu'on le sait, qu'il peut y avoir des parcours de
vie différents, mais c'est des profils qui sont tellement variés que c'est
assez difficile d'avoir un portrait plus précis.
Puis je suis bien contente, Mme la
ministre, que vous reveniez sur les précisions, là, que vous nous avez amenées.
On aurait quand même une autre inquiétude, parce qu'on a entendu que,
justement, les modalités de ces prestations pourraient tomber dans le règlement
de la loi. Et nous, c'est sûr que ça, ça nous inquiète aussi, parce que là,
quand c'est dans la loi, c'est comme un acquis actuellement pour les femmes,
alors qu'on sait que, si ça tombe dans un règlement, ça peut être plus facile à
modifier. Donc, pour nous, ça viendrait comme un recul, finalement. Et c'est
sûr que ça peut... on peut aussi... on craint aussi que, comme on n'a pas les modalités
aussi de ça, que ça peut créer quand même deux... des étapes supplémentaires,
d'une manière ou d'une autre, pour les femmes, pour les maisons. Mais ce qui
nous inquiète le plus, c'est que ça passe dans un règlement qui peut facilement
être modifiable.
Mme St-Pierre-Gaudreault
(Julie) : Oui. Puis, si je peux ajouter un petit point, c'est aussi le
fait que pour nous, bien, justement, le délai qu'il pourrait y avoir entre
l'adoption du projet de loi et des règlements, bien là, ça pourrait créer un trou
de services pour les femmes, justement, en ce moment, qui voudraient demander
la prestation. Puis, en plus de ça, ce serait aussi important pour nous, bien
sûr, qu'il y ait les formes plus larges de violence qui soient incluses, qui
soient reconnues aussi par rapport à l'obtention de cette prestation-là dans le
but de ne pas laisser dans l'ombre certaines femmes. Donc, oui, puis
effectivement, comme Mathilde a mentionné.
Mme Rouleau : O.K. Bien, pour
vous rassurer encore une fois, il n'y a pas de trou de services entre ce qui
existe aujourd'hui et l'adoption du projet de loi et le dépôt des règlements...
Mme Rouleau : ...il n'y a
aucun trou de service. Mais j'aimerais savoir, bon, en ce moment, la
proposition du projet de loi n° 71, c'est, par exemple, d'abolir la
contribution parentale pour les jeunes adultes qui n'habitent pas chez leurs
parents. C'est de favoriser la diplomation. C'est le prolongement des
prestations pour les femmes... de maternité de cinq à 18 semaines après l'accouchement.
C'est un chèque par personne dans le couple et dans le but, ça, de favoriser la
femme, de faire en sorte qu'elle ait sa propre autonomie. Comment voyez-vous
ces changements apportés au régime? Et est-ce que vous considérez que ce sont
des avancées ou que... bien, enfin, considérez-vous que ce sont des avancées?
Mme St-Pierre-Gaudreault
(Julie) : Si tu me permets, Mathilde, je peux commencer pour,
justement, citer quelques points de l'avis qu'on a déposé. Mais c'est sûr que,
par rapport à la mesure pour faciliter les jeunes femmes... ou, en tout cas,
les jeunes personnes à avoir l'aide sociale sans qu'ils aient la prestation de
leurs parents, ça, je trouve que c'est vraiment une avancée dans le sens que,
bien que ça touche très peu de personnes au Québec, il faut le rappeler, mais
ça permet quand même de briser, si on veut, le lien entre l'enfant et le
parent, surtout, si, par exemple, la jeune femme aurait pu vivre des violences
au sein de sa famille. Donc, ça, c'est sûr que, nous, on le voit comme une
avancée. On voit également quand même... l'individualisation, pardon, des
prestations comme une avancée.
Par contre, c'est sûr qu'on soutient quand
même les revendications du Collectif pour un Québec sans pauvreté qui mentionne
que, bien qu'il y ait une individualisation, il n'y a pas d'augmentation par
rapport à ces prestations-là. Donc, c'est sûr qu'il faut que l'un aille avec
l'autre pour pouvoir... donner aux personnes qui sont dans une situation
précaire la chance de se sortir du cycle de la pauvreté. Puis... peut-être,
Mathilde, je te laisserais poursuivre.
• (11 h 50) •
Mme Trou (Mathilde) : Oui,
bien, tout à fait, tout ce qui vient soutenir les populations vulnérables, on
est bien évidemment contentes de voir de nouvelles mesures ou des mesures
supplémentaires intégrées dans le projet de loi. Mais ça, plus globalement,
c'est sûr que, nous, ce qu'on souhaite, comme d'autres groupes, c'est d'avoir
des prestations sociales qui permettent aux personnes qui en bénéficient
d'avoir un niveau de vie qui soit décent, de pouvoir répondre à leurs besoins
de base. Puis c'est notamment le cas aussi pour les femmes victimes de violence
conjugale quand elles arrivent en maison ou quand elles font appel aux maisons
d'aide et d'hébergement et qu'elles sont dans une situation de précarité
financière, pouvoir avoir un revenu qui leur permet de vivre de manière
autonome, de payer leur loyer, de pouvoir payer de la nourriture pour elles et
pour leurs enfants, dès qu'elles quittent en fait une relation de violence,
pour nous, c'est vraiment une clé pour que ça brise le cycle de la violence et
pour qu'elles puissent se reconstruire sans avoir de considérations économiques
qui font en sorte que c'est un frein justement à quitter leur relation
violente.
Parce que c'est vraiment ce qu'on voit
beaucoup pour un certain nombre de femmes, le fait de ne pas avoir peur de ne
pas trouver un logement, le fait de ne pas avoir peur de subvenir aux besoins
de leurs enfants. Mais, pour certaines, c'est quelque chose qui va... qui va
les empêcher de quitter leur foyer violent.
Mme St-Pierre-Gaudreault
(Julie) : Puis si je peux seulement... j'ai pensé à quelque chose en
même temps. Mais, nous, on a trouvé aussi que l'augmentation par rapport aux
femmes enceintes, qui était jusqu'à la 18e semaine suivant l'accouchement
plutôt que la cinquième, c'est une très belle avancée. La seule chose qu'on a
trouvée un peu dommage dans cette modification-là, c'est qu'avant les
sages-femmes pouvaient justement être désignées dans le règlement, puis là ça a
été retiré dans la nouvelle... la nouvelle formulation. Donc, ça aurait été
aussi de remettre l'expertise des sages-femmes dans l'article de loi.
Mme Rouleau : Les
sages-femmes sont toujours... Il n'y a pas de changement à ce niveau-là.
D'ailleurs, j'aimerais vous entendre sur la reconnaissance des professionnels
de la santé dans les diagnostics, étant donné qu'on passe de contraintes à
l'emploi qui qui visent à déterminer la capacité d'une personne à travailler,
on change une contrainte santé qui est axée sur la personne, sur son état et on
fait intervenir la dimension de santé mentale et d'enjeux psychosociaux. Et on
on reconnaît les... en fait, on reconnaît les... des professionnels de la
santé, pas seulement que le médecin, qui pourront faire les diagnostics.
Qu'est-ce que vous pensez de cette proposition du projet...
Mme Rouleau : ...de loi?
Mme St-Pierre-Gaudreault
(Julie) : Pour nous, c'est sûr qu'il y a un enjeu ici dans le sens que
c'est pour ça aussi, qu'on recommandait à ce que les travailleuses à la maison
puissent le faire, c'est qu'il n'y a pas nécessairement de formation qui va
être offerte à tous les médecins ou tous les professionnels de la santé et des
services sociaux par rapport à... le diagnostic d'une situation de violence ou
d'impact de la violence psychologique chez la femme. Il n'y a pas non plus
nécessairement des formations obligatoires par rapport à la sensibilisation au
contrôle coercitif. Puis on sait que ça peut avoir des impacts, justement, sur
la femme et sa possibilité à retourner rapidement sur le marché de l'emploi
après avoir quitté un foyer violent. Donc, c'est sûr que nous, pour ça, il y
aurait eu une problématique avec ça.
Mme Rouleau : Mais,
considérant que la femme victime de violence conjugale qui va dans un refuge,
là, va dans un hébergement pour femmes victimes de violence conjugale,
lorsqu'elle... lorsqu'elle est à l'aide de dernier recours, va avoir cette
prestation spéciale, prestation spéciale qui va être reconnue par
l'intervenante qui est en maison d'hébergement et prestation spéciale qui va
durer aussi longtemps que la femme va demeurer dans cette maison d'hébergement,
ce qui n'est pas le cas à l'heure actuelle, parce que c'est trois mois, la...
la contrainte d'emploi à l'heure actuelle, et, si elle est là, quatre mois,
cinq mois, six mois, ça va se prolonger, mais... Alors, ce que vous demandez,
c'est que les intervenantes émettent des diagnostics, mais déjà, elles vont
confirmer la situation. Est-ce que ça ne répond pas à vos interrogations? Elles
ne vont pas... elles ne vont pas être...
Une voix : En fait, il
faudrait...
Mme Rouleau : ...déterminer
le diagnostic pour la suite des choses, là, parce que, là, c'est un autre
professionnel de la santé, mais, en maison d'hébergement, c'est l'intervenante
qui pourra déterminer et qui pourra confirmer la situation.
Mme Trou (Mathilde) : Mais,
si c'est l'intervenant, si c'est juste... bien, si c'est une intervenante qui
n'est pas reliée à un ordre professionnel, mais juste le fait qu'elle travaille
en maison puisse faire cette attestation, c'est sûr que, nous, ça nous
conviendrait puisque... Comme on le disait, dans les maisons d'aide et
d'hébergement, il y a peu de travailleuses qui sont membres d'un ordre professionnel.
Donc, il ne faudrait pas que cette attestation soit reliée à la signature d'une
intervenante membre d'un ordre professionnel. Ça, c'est sûr que ça serait une
exigence, pour nous, pour simplifier la procédure. Après, sur ce qui est... ce
qui nous inquiète, c'est que, si la femme, une fois sortie de la maison d'aide
et d'hébergement, doit aller chercher un diagnostic auprès d'un professionnel
de la santé, bien là, ça revient un peu à toutes nos craintes qu'on indiquait
dans notre présentation.
Mme Rouleau : Alors, en
maison d'hébergement, ça ne change pas, c'est la personne qui est là, ce que...
le fonctionnement actuel qui va se poursuivre, il n'y a pas de changement.
Mme St-Pierre-Gaudreault
(Julie) : Oui. Bien, en fait, si c'est ça, ça fonctionnerait, mais je
pense que l'argument central sur lequel il faut retourner, c'est plus le fait
que toutes, toutes ces caractéristiques-là vont être incluses dans le
règlement. On n'a pas nécessairement l'information par rapport à ce qui va réellement
être inclus dans le règlement, puis c'est pour ça qu'on...
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci
beaucoup. Je suis désolée, je dois vous interrompre. C'est tout le temps que
nous avions avec la
partie gouvernementale. Maintenant, je cède la parole à la
députée de D'Arcy-McGee.
Mme Prass : Merci, Mme la
Présidente. Merci de votre exposé ce matin. Je pense que ce qu'on entend de
votre part, puis en lisant le projet de loi, c'est qu'il y a des avantages pour
plusieurs groupes de femmes avec ce qui est proposé aujourd'hui, des négatifs
qui vous feront faire en sorte que les femmes vont être indûment pénalisées, si
on veut, car on referme davantage les obstacles rendant l'accès. Et, justement,
comme vous avez mentionné, vous le mentionnez dans votre mémoire, il y a
plusieurs catégories de femmes qui vont être touchées, et les femmes victimes
de violences conjugales qui sont dans les hébergements, mais il y a les mamans
monoparentales, il y a également les mères qui sont enfants d'un enfant handicapé,
tous ces différents groupes là qui représentent des populations vulnérables,
évidemment en raison de leur précarité financière. Donc, je voudrais vous
entendre, de façon plus générale, comment vous voyez les effets négatifs
spécifiquement sur les femmes dans les différentes mesures qui sont proposées
dans ce projet de loi.
Mme Trou (Mathilde) : Mais,
comme vous l'avez très bien indiqué, c'est différents groupes qui sont parmi
les plus vulnérables dans notre...
Mme Trou (Mathilde) : ...et l'avenir.
Couper une prestation ou l'inclure, si elle est incluse dans le règlement, on
revient vraiment à ce qu'on a dit. C'est que là, on passe de quelque chose qui
est acquis à un règlement qui est un peut-être et qui peut se modifier surtout
beaucoup plus facilement. Puis, pour certaines catégories des populations les
plus vulnérables, c'est en grande majorité des femmes. Donc là, on vient encore
mettre un fardeau supplémentaire ou peut-être appauvrir un certain nombre de
femmes, parce que, pour une raison ou pour une autre, elles ne rentreraient
plus dans ces catégories ou ces catégories seraient... seraient abolies.
Mme St-Pierre-Gaudreault
(Julie) : Ça fait que... puis si... juste pour vous donner un chiffre
que j'imagine peut-être le collectif a déjà mentionné, mais, tu sais, pour les
femmes ne parentales qui sont bénéficiaires de la science sociale, c'est à peu
près 89.1 % des familles monoparentales qui ont une femme comme cheffe,
donc on sait que ça va... ça va impacter vraiment disproportionnellement les
femmes de manière disproportionnée. Puis pareil aussi pour les enfants... les
femmes qui ont des... en leur charge un enfant de moins de cinq ans, qui
représente un petit peu plus que 30 %. Donc, c'est vraiment... c'est
vraiment... ça va avoir des impacts genrés.
• (12 heures) •
Mme Prass : Oui. Puis je
rappellerais, dans les propos de la ministre, qu'elle a parlé d'un règlement
pour l'allocation pour les femmes victimes de violence conjugale, mais pas pour
les mères monoparentales et pas pour les parents d'enfants handicapés. Donc, il
y a encore énormément de femmes qui vont se retrouver sans cette aide
essentielle parfois pour leur survie et la survie de leur famille.
Et, dans le même sens que vous avez
mentionné, la question du règlement. Ma collègue de Notre-Dame-de-Grâce, hier,
a déposé une demande pour demander à la ministre de, plutôt que de passer
certains éléments dans un règlement... Comme vous avez dit, on ne sera pas
consultés. Nous, on nous demande de voter sur un projet de loi et, quand on
nous demande de voter sur un règlement et on ne sait pas ce qu'il va... ce
qu'il va comprendre, bien, ce qui va être élaboré du côté du gouvernement,
bien, ça nous inquiète énormément. Donc, comme vous l'avez mentionné, peut-être
juste réitérer l'importance pour les femmes victimes de violence conjugale qui
se retrouvent dans les hébergements pour que ceux qui les aident, les
organismes comme les vôtres, mais les femmes elles-mêmes, qu'il n'y ait pas de
questionnement, que cet argent va leur revenir, donc qu'il soit clairement
établi dans le projet de loi et non dans un règlement.
Mme Trou (Mathilde) : Oui,
tout à fait. Puis c'est sûr que, tu sais, si on... même si dans le règlement il
est indiqué que quand les femmes arrivent à la maison, elles vont pouvoir
recevoir leurs prestations spéciales supplémentaires grâce à une attestation
d'une maison d'aide et d'hébergement... enfin, même si les durées de séjour
augmentent, malheureusement, dans les maisons d'aide et d'hébergement, les femmes
vont rester peut-être entre un jour et trois mois et plus pour certains cas qui
sont un peu plus complexes, mais si une femme au bout de deux, trois mois part
de la maison d'aide et d'hébergement, elle va... il y en a beaucoup qui ne
seront toujours pas capables de retourner à travailler à cause de toutes les
conséquences de violence qu'elles ont vécues. Puis là, on revient à l'obstacle
supplémentaire, qui va être pour elles d'aller chercher un rapport médical
auprès d'un professionnel de la santé. Donc, oui, on nous garantit ça pour le
durée... la durée d'hébergement, mais ensuite, ça reste toujours un obstacle
qui vient vraiment... qui peut vraiment être décourageant pour les femmes.
Mme Prass : Eh bien, comme
vous le dites, tout le changement de «contrainte à l'emploi» vers «contrainte à
la santé», bien, on va vraiment limiter le nombre de personnes qui vont avoir
accès à ces prestations-là. Parce que, présentement, avec «contrainte à
l'emploi», bien, il y a plusieurs circonstances, considérations qui sont
prises, tandis que, comme vous le mentionnez, avec une contrainte à la santé,
on vient vraiment cibler que ce soit... il faut que ce soit un enjeu de santé
mentale ou un enjeu physique qui peut être diagnostiqué. Il y a tellement de
situations justement où c'est des circonstances plutôt que des états de santé.
Donc, encore une fois, les femmes davantage qui vont se retrouver limitées par
rapport à les groupes qui pourront avoir accès à cette prestation.
Mme St-Pierre-Gaudreault
(Julie) : Bien, en fait, c'est ça. Puis moi aussi, ce que... ce que je
peux rappeler, c'est qu'en plus de représenter une charge supplémentaire sur le
dos des femmes ou des personnes les plus vulnérables de notre société, bien,
c'est aussi que ça vient engorger encore plus le système de santé. Puis, pour
nous, c'est une contradiction avec le projet de loi n° 68, qui est
actuellement déposé, qui vise à désengorger le système de santé. Donc, ce
serait... ce serait logique, dans notre... en tout cas dans... pour nous, qu'il
y ait des mesures qui soient mises en place pour désengorger le système de
santé, donc qu'il y ait des mesures où les femmes n'auraient pas
nécessairement... ou n'importe quel autre groupe visé par le projet de loi
n° 71 n'aurait pas à avoir une déclaration médicale...
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12 h (version non révisé
e) Mme Prass : ...Et en espérant
que... sera ouverte à revenir vers les contraintes à l'emploi plutôt qu'à la
santé quand on parle d'accompagnement, parce que c'est un élément du projet de
loi. Est-ce que vous pensez que ceux qui font de l'accompagnement devraient
recevoir... bien, disons, ceux qui vont faire de l'accompagnement avec des
femmes qui ont été victimes de violence conjugale devraient recevoir une
formation pour bien comprendre les réalités de ces femmes-là, pour bien les
orienter, les intégrer quand va venir le temps de l'emploi? Parce qu'il y a
certaines contraintes qu'il faut prendre en considération. Et pensez-vous donc
qu'une formation particulière à cette réalité-là devrait être offerte à ceux
qui vont faire de l'accompagnement?
Mme Trou (Mathilde) : Oui,
tout à fait. C'est vraiment une de nos inquiétudes aussi. Nous, de l'accompagnement,
nos différentes maisons en font déjà quand elles reçoivent des demandes de
formation. Elles vont former un certain nombre d'acteurs dans leur région,
justement, aux impacts de la violence conjugale, du contrôle coercitif, mais
elles ne peuvent pas répondre actuellement à toutes les demandes qu'elles
reçoivent. Donc, c'est sûr qu'il faudrait que ça vienne aussi avec plus de
financement des groupes communautaires, parce qu'on le sait que c'est compliqué
en ce moment. Puis je vous dirai que c'est très important, cette question de l'accompagnement,
parce que là on le voit, dans les dernières années, par exemple, il y a toute
une expertise qui a été développée par rapport aux traumatismes crâniens que
les femmes peuvent vivre quand elles vivent des épisodes de violences. Et ça,
une femme qui a... par rapport à l'étranglement, qui peut créer des
traumatismes crâniens, ce n'est pas des symptômes, ce n'est pas des
manifestations qui sont visibles toujours très clairement puis comprises par
les professionnels de santé. La femme... paraître... elle peut hésiter sur les
mots. Elle peut paraître un petit peu perdue, un peu confuse, mais il y a
sûrement des professionnels de santé qui vont dire : Bien, tu sais, oui, Mme
peut présenter certains signes, mais elle n'est pour autant pas inapte à l'emploi.
Alors que, finalement, quand une femme va se rendre à l'hôpital, qu'il y a des
tests qui vont être faits, bien là, on va se rendre compte de tout l'impact de
la violence qu'elle a vécue, et, puis là, il y a un diagnostic qui va faire en
sorte qu'elle est inapte à aller travailler...
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci
beaucoup. Merci. Je suis désolée. C'est tout le temps que nous avions. Je cède
maintenant la parole à la députée de Sherbrooke.
Mme Labrie : Merci, Mme la
Présidente. Je comprends votre préoccupation par rapport au fait que ce soit
inscrit dans la loi par rapport à l'article 53, même si vous voyez les
règlements d'avance puis qu'ils vous rassuraient. En fait, c'est la précarité d'un
règlement versus la loi qui vous inquiète. Vous nous proposez une formulation d'amendement
à l'article 53. Dans cette rédaction-là, vous n'utilisez pas le mot
«hébergement». J'imagine qu'il y a une raison pour ça. Est-ce que c'est parce
que toutes les femmes qui sont dans une situation où elles auraient besoin de
ce soutien-là ne sont pas nécessairement hébergées dans vos services?
Mme St-Pierre-Gaudreault (Julie) :
Exactement. Bien, en fait, c'était vraiment pour pouvoir ouvrir la porte
aussi au fait que, bien, les contraintes à l'emploi vont perdurer dans le
temps, et ça va peut-être... ça ne va pas arrêter nécessairement après x temps.
Donc, c'est sûr que si ces attestations-là pouvaient être utilisées pour un
posthébergement, bien, ça permettrait d'offrir le soutien nécessaire pour les
femmes. Puis c'est aussi pour ça, dans le fond, qu'on... c'est pour laisser le
moins de... le moins possible les femmes dans l'ombre, en fait, qu'on avait
rédigé de cette manière-là. Puis c'est aussi pour ça qu'on avait inclus
plusieurs formes de violence aussi, dont sexuelle, familiale et y compris
conjugale.
Mme Labrie : Est-ce que...
Mme Trou (Mathilde) : Si je
peux...
Mme Labrie : Ah! allez-y.
Mme Trou (Mathilde) : Oui.
Juste rapidement. Aussi, Julie parlait de posthébergement. Bien là, avec les...
c'est ça, les maisons qui ont des taux d'occupation très, très importants, il y
a des femmes qui vont... et puis il y a des femmes aussi qui vont préférer
passer en service externe, c'est-à-dire obtenir de l'accompagnement de nos
intervenantes de maison, mais sans hébergement. Mais ce n'est pas parce qu'une
femme va pouvoir aller se loger chez des amis ou chez sa famille et non en
maison d'aide et d'hébergement qu'elle n'aura pas besoin de ces prestations
supplémentaires pour vivre de manière décente.
Mme Labrie : Donc, la
distinction est importante, là, qu'on ne fasse pas juste référence à l'hébergement,
mais bien à la situation de violence que la personne a vécue. Par curiosité
avec les modalités actuelles, donc une femme qui est rendue en maison de
deuxième étape est-ce qu'elle est... est-ce qu'elle est couverte ou non?
Mme Trou (Mathilde) : Ça, je
vous dirai qu'on pourrait aller vérifier avec nos collègues de l'Alliance des
maisons de deuxième étape.
Mme Labrie : O.K.. Parce que
la ministre semblait laisser entendre que ça serait similaire à ce qui existe
actuellement, là, comme soutien offert, puis je cherche à savoir si ça couvre
assez loin, en fait, dans le parcours.
Mme St-Pierre-Gaudreault (Julie) :
Bien, c'est sûr qu'actuellement, si je me rappelle bien, c'est ça, c'est...
la prestation pour contrainte temporaire en emploi était disponible pour trois
mois. Donc, c'est pour ça que ça s'appliquait beaucoup plus aux situations qu'on
appelle d'urgence, ou, en tout cas, qui sont par rapport aux services de
première étape. Donc, c'est sûr qu'en élargissant aux services externes, situation
de post...
Mme St-Pierre-Gaudreault (Julie) :
...post-hébergement ou hébergement de deuxième étape, bien là, mais c'est
vrai qu'on vient couvrir un bon continuum de services.
La Présidente (Mme D'Amours) : Nous
avions... Je cède maintenant la parole au député de Jean-Talon.
M. Paradis : Merci beaucoup
d'être avec nous. C'était très important pour nous de vous entendre, d'entendre
vos voix aujourd'hui parce que vous nous rappelez, notamment, que les femmes
victimes de violence sont souvent victimes de diverses formes de violence, dont
la violence économique qu'elles vivent dans la précarité économique, vous nous
rappelez que 42 % des femmes hébergées en 2023-2024 ont déclaré un revenu
familial de 20 000 $ ou moins. Vous dites donc : S'il y a des mesures
régressives dans le projet de loi n° 71, ça va affecter particulièrement
les femmes. Vous nous dites que la modification régressive la plus dévastatrice — c'est
votre adjectif — c'est celle proposée à l'article 53 et,
notamment, l'abolition des contraintes temporaires à l'emploi, qui viserait les
femmes en hébergement après qu'elles aient été victimes de violence. La
ministre vous dit aujourd'hui qu'il va y avoir des ajustements à la prestation
avec une nouvelle prestation d'un niveau financier équivalent, puis ça, ça va
être par l'entremise d'un règlement qu'on ne connaît pas, qu'on n'a pas vu.
Est-ce que vous êtes rassurées?
Mme Trou (Mathilde) : Non.
Non, bien...
Mme St-Pierre-Gaudreault
(Julie) : Non, non, pas vraiment.
Mme Trou (Mathilde) : Tu
sais, la réponse courte est non.
Mme St-Pierre-Gaudreault
(Julie) : Bien, c'est un flou, en fait, là. Puis, je veux dire,
bien... D'accord, si c'est inclus, ça peut être inclus et puis ce serait... ce
serait l'idéal, mais dans le sens que ce n'est pas... ça ne va pas avoir les
mêmes répercussions que l'automatisme de la loi, ce sera... Puis, en ce moment,
ce qui est inquiétant, c'est que c'était inclus, donc c'est... Nous, on voit ça
comme une régression, là.
M. Paradis : Vous dites aussi
que le projet de loi risque d'augmenter ou d'ajouter des barrières à la
reconnaissance par les femmes des contraintes qu'elles vivent de manière
factuelle. La ministre vous dit : Non, non, non, il n'y aura pas tant de
changements que ça puis, là-dessus, il n'y a pas de nouvelles barrières.
Êtes-vous rassurées?
Mme Trou (Mathilde) : Mais
c'est... on... C'est ça, c'est que, si l'attestation peut être fournie par une
intervenante d'une maison d'aide et d'hébergement le temps que la femme est
hébergée ou accompagnée, en effet, ça ne créera pas d'obstacle supplémentaire.
Mais, encore une fois, une femme peut être accompagnée...
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci
beaucoup. Je suis désolée, c'est tout le temps que nous avions. Je vous
remercie, Mesdames, pour votre contribution à nos travaux à la commission.
Je suspends les travaux quelques instants
afin de permettre aux prochains invités de prendre place.
(Suspension de la séance à 12 h 10)
(Reprise à 12 h 12)
La Présidente (Mme D'Amours) : Nous
reprenons nos travaux, s'il vous plaît. Je souhaite maintenant la bienvenue au
Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec. Je vous rappelle,
chers invités, que vous disposez de 10 minutes pour votre exposé, puis
nous procéderons à la période d'échange avec les membres de la commission. Je
vous invite donc à vous présenter et à nous donner votre exposé, s'il vous
plaît.
M. Daigle
(Christian) : Merci beaucoup, Mme la
Présidente. Alors, je me présente, Christian Daigle, le président général du
Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec. À ma gauche...
M. Daigle
(Christian) : ...M. Michel Girard,
deuxième vice-président de l'exécutif national; et, à ma droite, M. Isaïe
Dubois-Sénéchal, conseiller à la recherche au service au SFPQ.
Alors, Mme la Présidente, monsieur... Mme
la ministre, Mmes et MM. les députés, nous vous remercions de cette invitation.
Le Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec est un syndicat
qui regroupe environ 44 000 membres répartis dans 40 accréditations syndicales,
dont plus de 5000 travailleuses et travailleurs du ministère de l'Emploi et de
la Solidarité. Parmi ces personnes, on compte, entre autres, près de 2 600 agentes
et agents... économiques qui interviennent, notamment, en matière d'aide
financière et d'aide à l'emploi. L'annonce du dépôt d'un projet de loi
réformant le régime d'assistance sociale, dès avril 2023, avait généré de
nombreuses attentes. Il était effectivement grand temps de dépoussiérer la Loi
sur l'aide aux personnes et aux familles pour que celle-ci permette de
véritablement lutter contre la pauvreté. Force est de constater qu'avec le
projet de loi n° 71, la grande majorité de ces attentes n'ont pas été
rencontrées. Il est manifeste que ce projet de loi ne s'attaque pas aux trois
enjeux que nous jugeons les plus urgents, soit la lutte à la pauvreté,
l'accompagnement vers l'emploi et la dématérialisation des services au
ministère.
En matière de lutte à la pauvreté, le
projet de loi en fait bien peu. La prestation de base et trop faible pour
permettre une réelle sortie de la pauvreté, et ça, nos membres sont à même de
le constater quotidiennement. Nous nous expliquons mal que les prestations
accordées, en vertu de la
Loi sur l'aide sociale de 1959, étaient de 217 $
par mois, soit 1 776 $, en dollars d'aujourd'hui, alors que la prestation
de base actuelle est de 807 $ par mois, bien en deçà du nécessaire pour
combler les besoins essentiels et de base. À cela s'ajoute la question des
pièges de pauvreté. La loi ne modifie pas un assez grand nombre de mécanismes
qui participent au maintien des prestataires dans la pauvreté, et je parle ici
des revenus du travail permis qui sont trop faibles, du trop sévère plafond des
avoirs personnels forçant leur dilapidation ou de l'obligation de retirer sa
Régie des rentes du Québec dès l'âge de 60 ans. De plus, nous nous
expliquons mal le remplacement des contraintes à l'emploi par les contraintes
de santé. S'il est vrai que le régime actuel ne reconnaît pas suffisamment les
contraintes à l'emploi issues d'enjeux de santé, il est périlleux de prétendre
que c'est par l'emploi qu'on sort de la pauvreté, tout en refusant de
reconnaître qu'une femme victime de violence conjugale en maison d'hébergement
ou qu'une personne ayant une personne handicapée à sa charge n'ait pas aussi
d'importantes contraintes en matière d'employabilité. Les agentes et agents
d'aide à l'emploi le constatent chaque jour : les barrières à l'emploi dépassent
les simples enjeux de santé. La réforme va donc dans le sens inverse de la
lutte à la pauvreté et perpétue la précarisation des milliers de personnes
vulnérables. Nous recommandons donc que le projet de loi prévoie des mesures
afin d'assumer que le montant de prestations d'aide de dernier recours permette
de vivre dignement. Nous recommandons également l'élimination de toutes
situations menant à un piège de pauvreté. Il est également de notre opinion que
le ministre doit abolir les catégories à l'aide sociale.
Pour l'aide à l'emploi, comme je le
mentionnais tout à l'heure, les agentes et agents du MESS jouent, généralement,
à l'égard de l'aide sociale, l'un des deux rôles suivants, soit l'aide à
l'emploi ou l'aide financière. Le projet de loi échoue à prendre en compte les
réalités complexes de l'intervention nécessaire pour favoriser l'insertion et
la réinsertion en emploi. Prenons d'abord le programme Objectif emploi, qui
impose des pénalités aux prestataires ne respectant pas certaines obligations.
Ce programme est dysfonctionnel. Non seulement il stigmatise les bénéficiaires
en difficulté, mais il n'a jamais vraiment prouvé son efficacité. Étendre
Objectif emploi à des prestataires ayant déjà participé, sans succès, cmme le
propose l'article 35, est une mesure coercitive qui s'éloigne des principes
d'accompagnement en fonction des besoins des prestataires. Le SFPQ reconnaît
donc l'abrogation de l'article 35 et la suppression des pénalités financières
liées à ce programme.
La sous-traitance des services
d'employabilité nous préoccupe également. Depuis plusieurs années, le
gouvernement externalise ses services, transférant ainsi des responsabilités
vers des organismes communautaires. Cette tendance avait pour origine le
principe de complémentarité des services. Force est de constater que la ligne
de démarcation entre les responsabilités du ministère et celles des organismes
communautaires a été brouillée par la gestion néolibérale des dernières
décennies. À cet effet, le projet de loi donne encore davantage de marge de
manœuvre à la ministre pour avoir recours à la sous-traitance. À l'article 14,
on abroge, entre autres, la disposition actuelle selon laquelle une entente,
avec un organisme, ne peut prévoir l'administration de la prestation par un organisme
ou par un tiers. La sous-traitance entraîne une concurrence malsaine entre le
service public et le secteur communautaire, tout en affaiblissant la cohérence
et la qualité des services offerts des deux côtés. Nous dénonçons cette
déresponsabilisation de l'État et en appelons à un retour des services
d'employabilité au MESS.
Parallèlement, la mise sur pied des
réseaux régionaux représente également, sous sa forme...
M. Daigle
(Christian) : ...un danger en matière
d'intégrité des services publics. Nous demandons des clarifications sur le rôle
que joueront les agents d'aide à l'emploi dans ces réseaux et la fonction de
gestionnaire de parcours qui devrait leur être dévolue. Afin d'assurer des
services d'employabilité cohérents, il n'importe pas seulement de favoriser
l'interaction entre les acteurs de l'accompagnement, il faut s'assurer que les
prestataires ayant recours à des plans individualisés puissent avoir accès à
une personne-ressource qui leur est dédiée, qui les aide dans leur prise de
décision, en toute neutralité, qui dispose de la formation nécessaire et qui
offre elle-même des services d'aide à l'emploi. Somme toute, il faut que les
agents d'aide à l'emploi jouent un rôle de gestionnaire de parcours et que les
prestataires bénéficient d'un accompagnement humain et axé sur leurs besoins
spécifiques.
Si nous vous soumettons dans notre mémoire
un certain nombre de recommandations en matière d'aide à l'emploi, je souhaite
en souligner quatre dès à présent.
Soit, en tout premier lieu, que le projet
de loi affirme de manière claire le fait que les agents d'aide à l'emploi sont
les premiers responsables des mesures d'employabilité s'apparentant à
l'évaluation des besoins, à l'élaboration du plan d'intervention individualisé,
aux suivis, aux liaisons que les ressources externes ou tout autre organisme...
et enfin à l'évaluation finale du cheminement. Bref, que le rôle en tant que
gestionnaire de parcours soit inclus.
En deuxième, que l'abrogation de
l'article 35 de la
Loi sur l'aide aux personnes et aux familles soit revue
afin de conserver le principe selon lequel une entente avec un tiers ne peut
prévoir l'administration de la prestation par celui-ci. Ce principe devrait
également être étendu à l'ensemble des rôles assumés par les agents d'aide à
l'emploi pour éviter la confusion des rôles entre le milieu communautaire et le
service public.
En troisième, que le projet de loi
clarifie la composition exacte des réseaux régionaux d'accompagnement et qu'il
établisse que ce sont les agents d'aide à l'emploi qui doivent assurer le rôle
principal en matière de prestation des services d'employabilité, de
coordination des réseaux et de gestion des parcours individuels.
Finalement, que la mise en place des
réseaux ne permette pas de favoriser l'externalisation de l'action
ministérielle en accompagnement des personnes prestataires.
• (12 h 20) •
La dernière grande inquiétude que nous
voulons soulever concerne la dématérialisation des services, notamment à
travers le projet de décloisonnement des dossiers à l'aide sociale. Ce
projet... Ce projet entraînera une taylorisation des tâches des agents d'aide
financière qui ne seront plus responsables de dossiers individuels, mais
effectueront des tâches réparties de manière automatisée. Cette approche présente
plusieurs dangers en matière d'accès aux services publics, de risques
d'erreurs, d'imputabilité de l'action publique et du suivi auprès des
prestataires. La déshumanisation des services d'aide financière s'en retrouve
accrue.
Cette transformation de l'aide sociale en
chaîne de montage forcera les agentes et agents à traiter du volume plus
rapidement, limitant leur capacité à prendre connaissance des dossiers souvent
très complexes. Les prestataires devront péniblement raconter plusieurs fois
leur histoire, parfois traumatisante, à des agents différents. Toute notion de
suivi personnalisé et de lien de confiance avec l'administration publique est
ainsi mise à mal par ce projet de loi.
Le décloisonnement ouvre aussi la porte à
des dérives inquiétantes en matière de gestion des dossiers. On craint
d'ailleurs qu'il ne s'agisse d'un premier pas vers la gestion algorithmique de
dossiers à l'aide sociale, ce qui entraînerait des conséquences dévastatrices
sur des personnes déjà très marginalisées.
L'article 67 du projet de loi vient
pérenniser cette gestion déshumanisée en proposant que les décisions rendues ne
soient plus identifiées au nom des agents, mais plutôt au nom de leur unité
administrative. Le SFPQ recommande donc l'abrogation de cet article, mais
également que le projet de loi intègre les principes selon lesquels les
prestataires doivent avoir un gestionnaire de dossier attitré du côté de l'aide
financière et qu'ils puissent être en mesure de communiquer avec ce
gestionnaire.
Enfin, tout ce qui a trait au travail des
agents d'aide financière, nous recommandons que le projet de loi précise la
notion d'intention et les modalités de son application à ce qui a trait aux
fausses... aux fausses déclarations, excusez-moi, afin d'être assurés que les
agents puissent appliquer de manière uniforme la loi.
En conclusion, nous considérons que le
projet de loi n° 71 représente une occasion manquée de réformer en
profondeur le régime d'assistance sociale au Québec. Les changements, quoique
cosmétiques, qu'il propose ne suffiront pas à répondre aux besoins criants des
personnes les plus précaires de notre société ni aux enjeux de déshumanisation
des services publics. Il nous apparaît également nécessaire qu'une réforme
ambitieuse inclue des moyens afin d'assurer une amélioration concrète des
conditions de vie des personnes prestataires ainsi que l'accès à des services
d'accompagnement universels et de qualité. Nous invitons donc la commission à
revoir ce projet en tenant compte de nos recommandations, considérant les
failles majeures de ce projet de loi présents. Nous invitons également la
ministre à organiser des assises sociales de la pauvreté rapidement. Je vous
remercie de votre attention.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci
beaucoup pour votre exposé. Nous allons maintenant commencer la période
d'échange. Mme la ministre, la parole est à vous.
Mme Rouleau : Bien, je vous
remercie beaucoup, Mme la Présidente, et merci beaucoup, messieurs Daigle,
Girard et Dubois-Sénéchal, pour votre présence aujourd'hui et votre
participation...
Mme Rouleau : ...aux travaux
de cette commission qui vise à moderniser le régime d'aide sociale, ce qui n'a
pas été fait depuis 20 ans dans toute sa globalité. Dans votre mémoire,
vous évoquez que les programmes d'assistance sociale comptent plusieurs pièges
à pauvreté et des barrières qui... des barrières à la sortie de la pauvreté.
Est-ce que... Est-ce que vous croyez qu'avec des... la notion d'accompagnement
que nous proposons dans ce projet de loi n° 71, l'accompagnement et inclusion
des enjeux psychosociaux et de santé mentale en allant vers les contraintes
emplois, ne pensez-vous pas qu'on pourrait contribuer à diminuer ces barrières
de sortie de la pauvreté?
M. Daigle
(Christian) : Dans un premier temps, si on
ne faisait qu'ajouter les contraintes ou les barrières que vous mentionnez, ce
serait bien, mais, en enlevant les autres possibilités que les personnes ont
déjà de ressources supplémentaires, on vient enlever des aides, on vient
enlever, à ce moment-là, des possibilités de revenus supplémentaires pour ces
personnes-là qui ont des contraintes à l'emploi, qui sont différentes que des
contraintes de santé seulement. Ça, pour nous, c'est une barrière qui était
avant ça dans... qui était dans la loi avant, qui permettait d'avoir une
ressource financière supplémentaire, mais qui ne seront plus dans le
prochain... dans la prochaine loi, selon le projet de loi actuel qui est
déposé. Je vais laisser mon confrère Isaïe poursuivre sur cet aspect.
M. Dubois-Sénéchal
(Isaïe-Nicolas) : Mais, si je peux me permettre également, il y a des
éléments dans le projet de loi qui sont... qui sont absents, là. Je prends
l'exemple de... Même, en matière de contrainte de santé, on a des gens qui sont
sur l'aide sociale, en ce moment, qui peuvent avoir des enjeux de santé mentale
qui font en sorte que, bien, d'un jour à l'autre, ça ne va pas de la même
manière, hein? Il peut y avoir des épisodes psychotiques quand on vit de la
schizophrénie, il peut y avoir plein d'éléments qui font en sorte que notre
retour en emploi ne se fait pas de manière linéaire. À partir du moment où
est-ce que, par exemple, on garde des gains d'emploi permis qui sont très bas,
on peut, un mois, être capable de retourner sur le marché de l'emploi, mais...
puis, dépassé cette limite de 200 $ là, il y a un permis, et après ça,
boum, on se retrouve à retourner sur l'aide sociale parce qu'on retombe dans un
épisode psychotique, par exemple, ce qui fait en sorte qu'il y a beaucoup de
personnes qui vivent l'aide sociale en ce moment comme des portes tournantes.
Et donc, oui, il y a une notion d'accompagnement qui peut être intégrée dans le
projet de loi que nous saluons. Néanmoins, le fait que l'accompagnement ne soit
pas assez intégré et le fait que ces trappes à pauvreté, par exemple, qui font
en sorte que, si on dépasse la limite de gain permis, on débarque, et après ça
on rembarque, et on débarque, et on rembarque, ça devient un enjeu. Et donc le
principe de l'accompagnement, selon nous, doit être élargi après, doit faire
un... la loi doit permettre un petit peu plus de flexibilité pour que les
personnes prestataires qui se retrouvent dans des situations, justement, où...
de porte tournante potentielle, mais ne s'y retrouvent pas.
M. Daigle (Christian) : Et c'est pour ça aussi que nous souhaitons que
l'accompagnement soit individualisé au niveau des prestataires d'aide sociale
et que ça ne soit pas une chaîne de montage, comme le projet de loi le prévoit
présentement, en séparant les différentes fonctions qu'il va y avoir dans les
dossiers.
Mme Rouleau : Est-ce que vous
voyez une évolution dans le profil des prestataires d'aide sociale, des gens
qui viennent demander l'aide, cette aide de dernier recours? Et comment
voyez-vous un accompagnement adéquat pour qu'ils puissent se sortir de...
L'idée n'est pas de rester à l'aide sociale, on s'entend là-dessus, c'est de
pouvoir en sortir. Comment voyez-vous cet accompagnement ou comment voyez-vous
cette sortie?
M. Daigle
(Christian) : Bien, le premier aspect,
c'est d'avoir quelqu'un qui est dédié au dossier, comme je viens de le
mentionner, comme nous avons même fait mention également dans notre mémoire,
donc de ne pas, à ce moment-là... le travail, mais d'avoir vraiment une
personne qui, du début jusqu'à la fin, comme ça se fait présentement, qui va
pouvoir accompagner la personne, qui va pouvoir connaître ses besoins, qui va
connaître son histoire également aussi, qui va connaître les différents
épisodes de sa vie pour offrir la meilleure porte de sortie à cette
personne-là, offrir la meilleure option pour pouvoir justement sortir.
Un autre aspect vient aussi du fait qu'il
faudrait changer les barèmes au niveau des gains à l'emploi, qui sont beaucoup
trop bas, de changer également les barèmes sur les avoirs des personnes, qui,
pour moi-même d'avoir travaillé à l'aide sociale, parce que j'étais un agent...
à la base même, permettaient à des gens de ne pas pouvoir utiliser des biens,
ils devaient devoir liquider une automobile, liquider les avoirs qu'ils avaient
avant de pouvoir bénéficier de l'aide sociale, ce qui est un non-sens si on
veut que la personne se réinsère en emploi, puisse se déplacer, puisse aller
occuper un emploi à ce niveau-là. Même principe également avec la Régie des
rentes, qui doit être utilisée à partir de 60 ans, comme une obligation et
non pas de pouvoir reporter ça plus tard pour éviter une précarité tardivement
au niveau de quand elle sera plus âgée.
Mme Rouleau : O.K. Dans le
plan de lutte à la pauvreté et...
Mme Rouleau : ...l'exclusion
sociale que j'ai pu déposer en juin dernier, vous retrouverez, là, que le... on
procède... on veut procéder à l'abolition du premier test d'avoir liquide
justement. Alors, on répond à une de vos demandes. Les demandeurs d'asile sont
de plus en plus nombreux dans le régime d'assistance sociale. Est-ce que...
est-ce que cela affecte... ou quel est... ou est-ce que cela affecte le travail
de nos agents?
M. Daigle
(Christian) : Oui, effectivement, il y a
un impact direct sur le travail de nos agents et de ce qui est amené à travers
l'ensemble du ministère, parce que souvent ces gens-là sont concentrés à
certains endroits précis. Mais, comme c'est une question que mon confrère a
beaucoup élaborée, je vais laisser Isaïe poursuivre au niveau des explications.
M. Dubois-Sénéchal
(Isaïe-Nicolas) : Oui, c'est ça. Donc, on constate une hausse des
demandeurs d'asile, en ce moment, qui font des demandes à l'aide social et on
constate que ça provient également d'un retard qui nous provient, notamment, en
matière de permis de travail. C'est pour ça que, dans le mémoire, il est, entre
autres, proposé au gouvernement, et non pas en matière de projet de loi, mais
il est proposé au gouvernement que celui-ci, dans une percée nationaliste
d'autonomisation des pouvoirs du Québec, bien, décide de donner des permis de
travail à ces personnes-là qui, pour beaucoup, sont en mesure de travailler et
qui, pour plusieurs, parlent déjà le français, ont des compétences, ne peuvent
pas les utiliser, elles sont pognées à aller à l'aide sociale alors qu'elles
pourraient travailler. Donc, c'est pour ça que le mémoire recommande également
au gouvernement, bien, de passer par-dessus ces délais-là qui nous proviennent
d'IRCC de ne pas utiliser les demandeurs d'asile comme pions dans cet
échange-là entre Ottawa et Québec, et vraiment de faire en sorte que si ces
personnes-là sont en mesure de travailler, bien, justement, qu'on s'assure que
ces personnes-là puissent travailler coûte que coûte.
• (12 h 30) •
Mme Rouleau : O.K. Merci. Le
gain de travail. Quelles seraient vos suggestions pour améliorer le gain du
travail des prestataires d'aide sociale?
M. Daigle
(Christian) : Bien, on pense que la limite
de 200 $ est beaucoup trop basse de ce qui peut être disponible
aujourd'hui. Tantôt, mon confrère en a parlé également. C'est des choses qui
peuvent varier. On pense que, peut-être, une base annuelle pourrait être
intéressante, de hausser minimalement le gain mensuel aussi ou le gain par
semaine par rapport à ça. Là, ce serait des choses à regarder.
Nous aurions aimé pouvoir vous en parler
autrement qu'ici en commission parlementaire, parce que nous avons fait des
demandes pour vous rencontrer à quatre reprises depuis 2022. Malheureusement,
ça n'a pas été possible de pouvoir vous rencontrer, mais on aurait pu en
discuter, on aurait peut-être pu vous apporter des solutions, justement, sur
ces situations-là, parce qu'on représente plus de 2 600 personnes qui
travaillent au quotidien avec ces gens-là, ça nous aurait fait plaisir d'aller
plus loin dans la démarche. Parce que, oui, il y a des situations à travailler,
dont le gain à l'emploi. On pense qu'avec le marché du travail d'aujourd'hui il
y a une certaine volatilité au niveau du travail, mais il faut également
regarder les possibilités de gains qu'on a pour chacune des personnes.
Mme Rouleau : Vous n'êtes pas
en faveur d'ouvrir le Programme objectif emploi et je comprends mal pourquoi.
Pourriez-vous m'expliquer un peu plus?
M. Daigle (Christian) : Sur les détails, je vais laisser Isaïe vous entretenir de
la situation. Puis après ça je pourrais revenir de manière générale également.
M. Dubois-Sénéchal
(Isaïe-Nicolas) : Oui, en fait, il faut comprendre qu'objectif emploi,
là, quand ça avait été apporté, déjà, à l'époque, le SFPQ s'était opposé pour
plusieurs raisons. C'est-à-dire que, premièrement, les personnes qui
travaillent en ce moment, là, en aide à l'emploi et en aide financière, ce sont
des personnes qui ont un... des services publics, un... de l'accompagnement. On
considère qu'objectif d'emploi... et il y a des choses positives comme, par
exemple, le supplément qui peut arriver, mais le fait qu'il y ait des coupures
sur le chèque d'aide sociale, sur le chèque de base, là, qui est de 807 $,
et qui est coupé dans la mesure où est-ce qu'on ne participe pas, c'est quelque
chose, bien, qui s'apparente à un système punitif et c'est quelque chose que
nos agents, nos agentes, n'aiment pas faire non plus parce qu'elles constatent
que mettre les gens dans le pétrin. Il faut comprendre également que de ne pas
participer à objectif emploi, la plupart du temps, ce n'est pas de la paresse,
c'est d'autres éléments. On prend, par exemple, des personnes qui ne se font
pas forcément reconnaître des contraintes, même temporaires, à l'heure
actuelle, parce que c'est difficile de se les faire reconnaître, il faut avoir
accès à un professionnel de la santé, il faut avoir accès à la paperasse. C'est
un processus excessivement complexe. Et donc, dans la mesure où est-ce qu'on a
des coupures sur les prestations, parce que, par exemple, on vit des
traumatismes, on n'est pas prêt à revenir en emploi et on ne se fait pas encore
reconnaître la contrainte, parce qu'on est dans un trou, on est dans un désert
de services, on a du mal à être capable de se prévaloir, en fait, des documents
nécessaires pour se faire reconnaître les contraintes et donc ne pas embarquer
sur objectif emploi, ça crée une précarisation, ça crée une pauvreté
supplémentaire. Et le SFPQ en se...
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12 h 30 (version non révisé
e) M. Dubois-Sénéchal (Isaïe-Nicolas) :
...en ce sens-là, milite pour que l'aide sociale en soit un... en soit une
d'accompagnement et non de punition en faisant la distinction entre les bons
pauvres, les mauvais pauvres, ceux qui travaillent, ceux qui ne travaillent
pas, ce qui, à notre opinion, à partir du moment où est-ce qu'on est rendu à l'aide
sociale, où est-ce qu'on est rendu dans un tel niveau de précarité ne fait pas
sens.
Mme Rouleau : Vous vouliez
poursuivre?
M. Daigle (Christian) : Merci, c'est beau. Je pense qu'il a couvert tous les
domaines.
Mme Rouleau : Je veux vous
préciser que, dans la tournée que j'ai faite à travers le Québec, nos 17 belles
grandes régions du Québec, je suis allée en milieu urbain, en milieu rural et,
à chaque fois, je me faisais un point d'honneur, une obligation d'aller... et
un plaisir aussi d'aller rencontrer les... nos employés de nos bureaux de
Service Québec, à passer au moins une heure avec eux, pour discuter du plan de
lutte et du prochain projet de loi et écouter leurs recommandations puis
leurs... certaines appréhensions qu'ils pouvaient avoir. Et je peux vous dire
qu'il y a plusieurs de ces... l'issue, le fruit de ces discussions-là qui se
retrouvent dans le projet de loi. Alors, j'ai voulu être à l'écoute autant de
nos employés du côté gouvernemental que des centaines de personnes que j'ai
rencontrées et organismes qui ont pu me parler évidemment de la situation.
Croyez-vous qu'une personne qui est
éloignée du marché du travail, qui fait appel à l'aide de dernier recours est
capable de s'en sortir? Est-ce que... Avec le projet de loi, mettons en place
les mesures adéquates d'accompagnement pour que ces gens-là puissent s'insérer,
s'intégrer et aborder le marché du travail de manière digne.
M. Daigle (Christian) : À ce niveau...
La Présidente (Mme D'Amours) : ...
M. Daigle (Christian) : 30 secondes, je vais y aller. Donc, à ce moment-là, c'est
sûr que quelqu'un qui est là depuis... qui n'est pas sur le marché du travail
depuis fort longtemps, va avoir de la difficulté à bien se réintégrer. Il faut
qu'on l'accompagne. Cet accompagnement-là peut prendre différentes formes. On
parle des réseaux régionaux, mais il faut qu'il y ait quelqu'un du ministère
qui soit avec cette personne-là à chaque étape, parce que c'est une étape... c'est
un suivi qui va se faire par étapes, qui va se faire peut-être parfois
cahin-caha à certains niveaux. Il va falloir qu'on bien identifie les besoins
que la personne, elle a, qu'on identifie les pistes de solution pour qu'elle s'en
sorte. Ça peut arriver, ça peut se faire. C'est pour ça que nos gens, non 2 100 personnes
travaillent à ce niveau-là aussi.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci
beaucoup. Je suis maintenant prête à céder la parole à la députée de
Notre-Dame-de-Grâce.
Mme McGraw : Merci, Mme la
Présidente. Avec votre approbation, j'ai une couple de questions, mais, par la
suite, j'aimerais céder la parole à ma collègue. Alors, je vous demanderais de
garder les réponses courtes pour que ma collègue... elle a des questions très
intéressantes.
Alors, en premier lieu, les gains de
travail. Justement, on a déposé, vous le savez peut-être, un projet de loi n° 693,
justement, pour s'inspirer de certains éléments du programme de revenu de base,
qui est très bien reconnu, je pense, et respecté pour les gains de travail en
matière de solidarité sociale, le calcul cumulatif annuel plus élevé pour ne
pas pénaliser les gens en pleine pénurie de main-d'oeuvre, mais aussi crise de
coût de la vie. Donc, j'aimerais vous entendre là-dessus, premièrement. Est-ce
que ça aurait une place au sein de cette réforme, selon vous?
M. Daigle
(Christian) : On pense que oui. On peut
trouver une place au sein de la réforme pour avoir, justement, des mesures qui
vont être plus larges pour, justement, favoriser ces gains-là à l'emploi, qui
vont permettre également aussi aux personnes d'aller chercher des revenus d'emploi
sans être pénalisées sur les revenus de prestations d'aide sociale, parce que
le but, c'est de s'en sortir. Puis présentement, à 11 000 $ par
année, on ne peut pas s'en sortir avec le coût de la vie, les besoins qui sont
demandants aussi. Puis je vais laisser un 15 secondes à mon collègue pour
poursuivre aussi sur certains aspects.
M. Dubois-Sénéchal
(Isaïe-Nicolas) : Je laisserais peut-être, en fait, même dérouler les
questions, là. Je pense que c'est bien couvert.
Mme McGraw : Parfait. Super.
Merci. Donc, la ministre, elle a rencontré les gens sur le terrain, les
fonctionnaires sur le terrain. Bien, vous aussi, vous rencontrez vos
fonctionnaires, entre autres. Est-ce que vous pouvez élaborer sur l'impact
aussi, parce qu'on parle de... des plans individuels? Bien, si je comprends
bien, ça ne veut pas dire des plans personnalisés, ou une approche
personnalisée, ou une approche humaine. Ça va peut-être dans le sens contraire,
malgré la volonté et les principes. Alors, parlez-nous un peu plus de l'impact
sur les agents qui cherchent à accompagner les bénéficiaires.
M. Daigle
(Christian) : Les agents ont des
formations de travail social. Les gens ont des formations pour venir en aide à
des gens. Donc, c'est pour ça que ça nous demande... c'est les compétences de
base que nous avons de besoin pour devenir agent d'aide socio-économique.
Ceci dit, avec la... avec le découpage qui
se fait des tâches, on n'aura plus cet accompagnement-là qui va se faire. On va
perdre ce lien personnalisé qu'on a avec les prestataires, qu'on accompagne
autant pour les prestataires d'aide sociale que pour les gens qui veulent
retourner à l'emploi, pour les agents d'aide à l'emploi aussi. On va arriver
avec seulement des portions de dossiers qu'on va travailler...
M. Daigle
(Christian) : ...on va leur faire du
travail à la chaîne, ce qui est impensable, pour nous, comme agents d'aide
socioéconomique. Nous, on veut être là pour aider la personne. Puis c'est une
fierté pour les agents d'aide socioéconomique de pouvoir dire à
quelqu'un : On l'a sorti de la pauvreté. Elle n'est plus à l'aide sociale
parce que j'ai travaillé le dossier, et c'est ma victoire un petit peu à
travers ça aussi. Ça, on va le perdre là-dedans, parce que les personnes vont
travailler une
partie du dossier seulement et, pour les prestataires de l'autre
côté, également, aussi, il va avoir des difficultés, parce qu'on va devoir
répéter l'histoire à chaque fois, alors que chaque cas est individuel. Ce n'est
pas un deux-par-quatre ou une fenêtre qu'on monte ou qu'on produit sur une
chaîne de montage, c'est un individu qui est personnalisé dans son cheminement
dans sa vie, et avec les traumatismes qu'elle a subis à travers le temps.
Mme McGraw : Et c'est des
situations sont souvent très complexes et pénibles à répéter, donc...
M. Daigle
(Christian) : Tout à fait.
Mme McGraw : Merci, Mme la
Présidente.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
Je cède maintenant à la parole de la députée de Bourassa-Sauvé.
Mme Cadet : Merci, Mme la
Présidente. Bonjour à vous. Heureuse de faire votre connaissance. Je vais
revenir, donc, sur certains aspects de votre mémoire, notamment... Bon, pour
nous, je pense que c'est assez clair, donc, contraintes à l'emploi, donc,
n'également pas contraintes à la santé. Il y a d'autres groupes, avant vous,
qui sont venus nous exposer, donc, cette vision, puis ça nous semble assez
clair. Donc, vous me dites, donc, que le pl 71 vous retire la possibilité de
disposer un montant supplémentaire pour plusieurs prestataires, qui auraient,
donc, d'autres types de contraintes. À combien de personnes vous évaluez....
Donc, en fait, quel serait, pour vous, donc, le nombre de personnes qui serait
exclu de l'allocation supplémentaire, donc, qui serait prévue à l'article 25 du
pl 71?
M. Daigle
(Christian) : Pour une information si
précise, je vais laisser mon collègue y répondre.
M. Dubois-Sénéchal
(Isaïe-Nicolas) : Donc, il y a l'estimation du Collectif pour un
Québec sans pauvreté qui prend les personnes de 58 ans et plus et qui prend sur
la base actuelle. Puis on sait qu'il y a une forme de clause grand-père, donc,
le calcul ne peut être exact. Mais les personnes de 58 ans et plus, ainsi que
les personnes avec un enfant de moins de cinq ans, une personne handicapée à
charge, ça fait environ 38 000 personnes. Si on inclut l'ensemble des autres
catégories en ce moment-là, ça tournerait autour de 40 000 peut-être. L'enjeu
est...
Mme Cadet : ...en
hébergement, comment on a entendu...
M. Dubois-Sénéchal
(Isaïe-Nicolas) : Exactement, exactement. L'enjeu également, c'est que
faire reconnaître une contrainte à la santé, ce n'est pas évident pour tout le
monde. Avoir accès à un médecin de famille, avoir accès à un psychologue, avoir
accès à une travailleuse sociale et ces ordres professionnels là qui sont...
comme on le mentionnait dans la dernière... avec Mme Trou qui passait juste
avant, ce n'est pas toujours évident. Donc, est-ce que... Bien, est-ce qu'il y
a des gens là-dedans qui ont déjà des contraintes de santé qui pourraient les
faire reconnaître? Peut-être, mais est-ce qu'il y a des gens qui ont des
contraintes de santé qui ne pourront pas les faire reconnaître dans des délais
raisonnables et qui donc ne pourront pas se prévaloir justement de cette
contrainte de santé? Peut-être également.
• (12 h 40) •
Donc, pour nous, quand on considère le manque
d'accès à des services de santé en ce moment, à partir du moment où est-ce
qu'on fait un projet de loi qui reconnaît des contraintes de santé, il faut
être en mesure de comprendre que c'est un système public qui, en ce moment, ne
fournit pas.
Mme Cadet : Merci. Donc, ce
que j'entends, c'est que non seulement, donc, l'estimation est relativement
conservatrice, mais, en plus de ça, non seulement, donc, on comptabilise, donc,
celles qui n'auraient pas, donc, de contraintes à la santé et qui, pour
d'autres d'autres motifs tout à fait raisonnables, donc, devraient pouvoir,
donc, se faire reconnaître dans cette contrainte-là. Mais, en plus de ça, il y
a tout ceux qui n'ont pas accès à un médecin de famille, donc, qui ne sont pas
en mesure, donc, de se faire reconnaître, donc, ladite contrainte à la santé.
Maintenant, au niveau de l'aide à
l'emploi, vous nous dites : Les prestataires et les demandeurs d'aide de
dernier recours interagissent souvent avec une institution bicéphale. Qu'est-ce
que vous voulez dire par là?
M. Daigle
(Christian) : Au niveau, présentement, des
groupes communautaires qui viennent en aide aux gens dans les prestations,
avant, c'était une complémentarité qu'on espérait avoir avec le milieu
communautaire. Maintenant, c'est qu'il y a un accompagnement qui se fait de par
les groupes communautaires, qui va plus loin que ça. C'est un petit peu comme
de la sous-traitance qu'on y va avec ces groupes-là, alors que c'est le
principe premier du ministère de l'Emploi et de la Solidarité sociale, c'est
d'accompagner ces gens-là pour le retour au niveau de l'emploi, pour le
retour... pour l'accompagnement qui se fait. Donc, d'avoir deux réseaux
parallèles, c'est là qu'on dit qu'il y a une incompatibilité. Donc, les groupes
communautaires, qui sont souvent des OSBL, sont là pour des besoins
complémentaires au ministère, et on ne doit pas transférer cette demande-là
vers ces groupes-là. Donc, on se doit de garder l'intégrité au niveau du
ministère pour l'accompagnement à travers le suivi puis le retour à l'emploi
là-dessus.
Mme Cadet : Vous dites
aussi : De manière générale, la population prestataire est plus éloignée
du marché du travail qu'autrefois, que les gens, donc, demeurent plus longtemps
sur l'aide sociale, que le profil, il a changé. J'aimerais, donc, voir élaborer
là-dessus. Puis vous dites, donc : Il importe de questionner les moyens,
les stratégies de suivi mis en place pour favoriser l'employabilité,
l'intégration en emploi des prestataires d'aide sociale.
M. Daigle
(Christian) : Dans un premier temps, quand
on dit que les gens sont plus loin du marché du travail, souvent, les gens
qui... Quand une usine fermait, mettons, en région, tombaient sur l'aide
sociale, parce qu'ils n'avaient pas de chômage, ou, ainsi de suite, ces gens-là
pouvaient se retrouver un emploi dans une période assez moyenne. Donc, ils
avaient de l'aide sociale pendant un certain temps, retournaient sur le marché
du travail aussi. Aujourd'hui, avec le marché du travail que l'on connaît, tous
les gens qui ont la possibilité d'aller travailler rapidement l'ont fait déjà.
Il n'y a personne qui peut survivre avec un chèque d'aide sociale annuellement,
selon les montants qui sont versés présentement. Donc, tous les gens qui
pouvaient...
M. Daigle (Christian) : ...faire ce retour-là. Les gens qui sont encore à l'aide
sociale sont des gens qui ont des difficultés plus grandes en matière
personnelle, en matière professionnelle, en matière d'intégration sociale pour
retourner sur le marché du travail. Donc, c'est pour ça qu'il y a un clivage
qui s'est fait entre les gens qui, à l'époque, il y a plusieurs décennies,
attendaient le retour... ou attendaient une opportunité d'emploi. Et
aujourd'hui, où est-ce que l'opportunité est là, bien, c'est les difficultés
d'intégration à l'emploi qui amène ce... là.
Mme Cadet : Bien, justement,
vous dites : Difficultés d'intégration à l'emploi. On sait que le projet
de loi parle parle beaucoup d'intégration, mais peu de maintien à l'emploi.
Est-ce que pour vous ça signifie aussi qu'il faudrait avoir plus de mesures
d'accompagnement pour le maintien à l'emploi, étant donné que les clientèles
sont beaucoup plus éloignées du marché du travail?
La Présidente (Mme D'Amours) : ...pour
cet échange. Je cède maintenant la parole à la députée de Sherbrooke.
Mme Labrie : Merci. Je
n'aurai pas beaucoup de temps. Je trouve ça vraiment intéressant de vous
entendre parce que vous représentez les personnes qui appliquent les modalités
actuelles du régime d'aide sociale. Vous avez dit très clairement : Les
prestations ne permettent pas de vivre dignement en ce moment. Il faudrait
abolir les catégories. Vous avez nommé que les... vos travailleurs, dans le
fond, veulent pouvoir être gestionnaires... être assignés à un dossier, et
c'est l'accompagnement qu'il faudrait faire. J'ai le goût de vous demander. On
a entendu la ministre manifester de l'ouverture pour que les personnes membres
des ordres professionnels qu'elle aura ciblés, par exemple les travailleurs
sociaux, puissent faire les évaluations, là, pour les contraintes, même s'ils
sont d'un organisme communautaire, par exemple. Vous avez dit que bon nombre
d'agences ont même, par exemple... travailleurs sociaux. S'ils sont membres de
leur ordre professionnel, est-ce qu'ils devraient aussi pouvoir remplir ces
formulaires pour reconnaître les contraintes?
M. Daigle
(Christian) : C'est particulier aussi
parce que si la personne accompagne déjà la personne, on ne veut pas... il
faudrait que ça soit une personne différente. Donc, on n'exclut pas la
possibilité de. Si elle a le titre, elle a la capacité. Souvent, les gens qu'on
représente, c'est des techniciens, donc ils ont une technique en travail
social. Pour être travailleur social, il faut avoir un bac universitaire. Certains
l'ont, d'autres ne l'ont pas, donc il faudrait établir à ce moment-là un profil
et une déclaration qui pourrait se faire, mais qui pourraient très bien être
accompagnés. Parce que, oui, il y a des difficultés à faire reconnaître
certaines contraintes. Si on pouvait faciliter le tout, ça serait quelque chose
d'intéressant à ce niveau-là.
Mme Labrie : Exact. Parce que
vous, vous le voyez, qu'il y a des personnes qui ont de la difficulté d'aller
chercher ce professionnel-là ailleurs, là, pour avoir la reconnaissance.
M. Daigle
(Christian) : Tout à fait. Puis les agents
qu'on représente le disent aussi. Puis ils ont beau dire à la personne quoi
faire, où aller ou essayer de trouver des raccourcis, parfois qu'ils
connaissent, pour essayer de l'aider. On voit que les délais sont des fois
très, très longs. Et ce délai-là, qui est très long, amène une perte financière
durant ce temps-là, qui ne fait qu'amener un cercle négatif à la personne qui
le vit aussi.
Mme Labrie : Puis très
rapidement : Est-ce que... Vos recommandations principales, là, les plus
essentielles pour qu'on puisse vraiment réussir à sortir les personnes de la
précarité en ce moment, ça serait quoi vous, comme agent?
M. Daigle
(Christian) : C'est de retirer les
différentes coupures qu'on amène à travers le projet de loi, de permettre,
justement, d'avoir plus de prestations, d'avoir plus d'argent de disponible
pour ces gens-là, de hausser le montant de base qui est... qui stagne à ce
niveau-là également aussi, d'avoir un accompagnement pour les réseaux régionaux
à ce moment-là aussi, d'avoir des gens d'aide à l'emploi qui soient là-dedans,
que ça ne soit pas juste une sous-traitance qu'on effectue via ces réseaux-là,
mais qu'on ait des agents du ministère qui y travaillent, qui continuent
d'accompagner les gens également aussi à travers ça.
Mme Labrie : Merci.
M. Daigle
(Christian) : Merci.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci
beaucoup. Je cède maintenant la parole au député de Jean-Talon.
M. Paradis : Sous-investissements,
sous-traitance, désarticulation du rôle de gestionnaire du parcours des
prestataires, dématérialisation, plus de distance entre les agents puis les
personnes concernées. Quand je vous écoute puis quand je lis votre mémoire, je
n'ai pas l'impression qu'avec ce projet-là, la ministre va réussir à atteindre
ses objectifs d'améliorer l'accompagnement, de simplifier et d'optimiser le
régime d'assistance sociale et de le rendre plus humain. Est-ce que j'ai bien
compris vos propos?
M. Daigle
(Christian) : Bien, effectivement, il y a
des aspects très négatifs ou des aspects qui auraient pu être corrigés, qui
auraient pu être amenés, qui ne le sont pas à travers le projet de loi. Puis on
enlève des éléments de la loi actuelle aussi qui vont amener des difficultés
supplémentaires au niveau des personnes qui ont recours à l'aide sociale.
M. Dubois-Sénéchal
(Isaïe-Nicolas) : Si je peux me permettre, l'article 66,
spécifiquement, du projet de loi, je le trouve assez intéressant parce qu'il
modifie la notion selon laquelle les décisions qui sont faites par le ministère
doivent être nominalement inscrites, c'est-à-dire, l'agent doit inscrire son
nom dessus. Le fait qu'on enlève ça et qu'on parle simplement du secteur qui a
pris la décision, c'est une espèce de... ça représente... c'est emblématique,
en fait, de cette déshumanisation de l'aide sociale où on fait, justement, de
l'accomplissement de tâches plutôt que du suivi de dossiers individualisé en
faisant en sorte... en actant, en fait, le fait que l'aide sociale devient
déshumanisée parce que ce n'est plus un responsable individuel qui suit le
dossier, mais ça devient un secteur et on travaille tâche par tâche dans le
dossier de la personne prestataire plutôt que de lui faire un suivi.
M. Paradis : Très bien. Même
chose — il nous reste quelques secondes — vous dites :
La mise en mouvement vers l'emploi, ça risque de ne pas arriver parce que
d'imposer à tous les prestataires, même ceux qui ne font pas une première
demande d'aide financière, là, d'être dans le programme Objectif emploi, on n'a
pas démontré que ça fonctionne. Il n'y a pas de donnée probante à cet effet-là.
Et vous, vous dites...
M. Paradis : ...Nous, on a
l'impression que ça, c'est pour se confirmer aux aspirations patronales
québécoises afin d'obtenir de la main-d'œuvre subventionnée. Il faut revenir à
un accompagnement plus structurant plutôt que de forcer ça. C'est bien ce que
je comprends?
M. Daigle
(Christian) : Effectivement, si on veut
avoir des gens qui vont faire un retour à l'emploi puis qui va être... qui va
être couronné de succès, il faut absolument accompagner ces gens-là au fur et à
mesure, dans chacune des étapes qui va leur permettre un plein retour à
l'emploi éventuellement, parce qu'il y a des contraintes qui vont amener
certains points où est-ce que la personne va avoir une rechute... va pouvoir
continuer, va avoir un besoin d'accompagnement, voire un changement de
direction peut-être à faire aussi.
La Présidente (Mme D'Amours) : Oui.
Merci. C'est tout le temps que nous avions. Je vous remercie pour votre
contribution à nos travaux.
La commission suspend ses travaux jusqu'à
14 heures. Merci, tout le monde.
(Suspension de la séance à 12 h 48)
Haut de la page
13 h 30 (version non révisée)
(Reprise à 14 h 01)
La Présidente (Mme D'Amours) : À
l'ordre, s'il vous plaît! La Commission de l'économie et du travail reprend ses
travaux. Je demande à toutes les personnes dans la salle de bien vouloir
éteindre la sonnerie de leurs appareils électroniques, s'il vous plaît.
Nous poursuivons les consultations
particulières et auditions publiques sur le projet de loi n° 71, Loi
visant à améliorer l'accompagnement des personnes et de simplifier le régime d'assistance
sociale. Cet après-midi, nous entendrons les témoins suivants : la
Fédération québécoise de l'autisme, Centraide du Grand Montréal et M. François
Blais.
Je souhaite donc la bienvenue à nos
invités qui représentent la Fédération québécoise de l'autisme. Je vous
rappelle, chers invités, que vous disposez de 10 minutes pour votre
exposé, puis nous procéderons à la période d'échange avec les membres de la
commission. Donc, je vous invite à vous présenter et à commencer votre exposé,
s'il vous plaît.
Mme Quessy (Martine) : Mme la
Présidente, M., mesdames les députés, nous tenons tout d'abord à vous remercier
de l'invitation pour nous permettre de vous présenter notre position. Tout d'abord,
je me présente, mon nom, c'est Martine Quessy. Essentiellement, je suis la
présidente de la Fédération québécoise de l'autisme et directrice générale d'Autisme
Mauricie, mais je suis avant tout une mère de deux jeunes hommes, dont un avec
un diagnostic d'Asperger et un trouble d'anxiété généralisé. Actuellement, il
est sans emploi car aucun travail ne correspond à ses aptitudes et à ses
capacités et les ressources d'aide offertes sont instables pour lui. Présente
depuis près de 50 ans, la... excusez, moi, je voudrais aussi vous
présenter, d'ailleurs, aussi Lili, de... Lili Plourde, la directrice générale
de la Fédération québécoise de l'autisme.
Présente depuis près de 50 ans, la
Fédération québécoise de l'autisme regroupe 16 associations régionales
présentes dans chacune des régions du Québec. La mission de la fédération est
de mobiliser tous les acteurs concernés afin de promouvoir le bien-être des
personnes autistes et leurs familles, de sensibiliser et d'informer la
population sur l'autisme et contribuer au développement des connaissances et à
leur diffusion. C'est-à-dire de... C'est à
titre de représentante de...
Haut de la page
14 h (version non révisé
e) Mme Quessy (Martine) : ...de
l'ensemble des personnes autistes et de leurs familles que nous déposons nos...
nos commentaires dans le cadre de la consultation particulière sur le projet de
loi n° 71. Bien que nous ayons présenté un court
avis, nous tenons à préciser que nous soutenons l'ensemble des recommandations
du mémoire de la Société québécoise de la déficience intellectuelle. La
fédération se réjouit d'ailleurs de l'intérêt du gouvernement du Québec d'améliorer
la situation des personnes en situation de précarité financière tout en étant
inquiète des défis qui attendent des personnes autistes dans leurs démarches
pour obtenir l'aide de dernier recours. Notre présentation d'aujourd'hui s'attardera
davantage à nommer ce défi et sur des amendements qui devraient être faits.
Mme Plourde (Lili) : Depuis
plusieurs mois déjà, la fédération et le... militent pour le retour de l'autiste,
la schizophrénie, la bipolarité dans la liste des diagnostics évidents donnant
accès direct... un accès direct au programme de solidarité sociale. Nous sommes
donc inquiets de la notion de «contraintes de santé» qui ne prendrait pas en
considération le côté psychosocial... psychosocial et environnemental de la
personne. Nous avons raison de craindre que les personnes autistes, surtout
celles ayant des besoins de soutien légers, auront beaucoup de difficultés à
faire reconnaître une contrainte sévère de santé. Il faut prendre en
considération qu'il puisse y avoir des obstacles environnementaux, que ce soit
au niveau des normes sociales, de performance au travail ou les limites des
programmes existants. La contrainte sévère à l'emploi ne vient pas
nécessairement de la personne. Une personne handicapée qui présente une
incapacité moindre peut vivre la même situation de handicap qu'une personne
ayant une incapacité plus sévère. Donc, une personne autiste ayant besoin de
soutien léger peut avoir plus de difficulté à se maintenir en emploi qu'une
personne autiste ayant des grands besoins mais travaillant dans un milieu
protégé et adapté. On ne peut pas mesurer le destin d'un individu à sa
contrainte de santé, et ce n'est pas parce qu'une personne avec un même
diagnostic a réussi à intégrer un milieu d'emploi de son choix que
nécessairement une autre personne avec le même diagnostic va pouvoir y arriver.
C'est pourquoi, dans cette incertitude, il faut relever le plancher pour tout
le monde.
Nous sommes inquiets des préjugés dont
sont victimes des personnes autistes au sein même de plusieurs... de plusieurs
ministères, dont celui de la Solidarité sociale. Même si nous rêvons d'un monde
accueillant qui ferait une place aux personnes autistes en les acceptant comme
elles sont avec leurs grandes forces et leurs défis, nous ne pouvons que
constater que leur inclusion dans notre société et dans le monde professionnel
est loin d'être atteinte. De plus, en investissant... en n'investissement pas
de montant dans le programme de contrat d'intégration au travail, en le coupant
même, on enlève aussi parfois aux personnes autistes opportunité d'un premier
emploi. L'autisme est une condition à vie et le maintien en emploi est un défi
constant.
Le projet de loi prévoit aussi la
réalisation d'un plan d'intervention qui est une bonne idée sur papier, mais on
ne peut pas appliquer une formule pensant qu'elle répondra à tous et à toutes
sans adaptation. Il est irréaliste de penser qu'on arrivera à des résultats
positifs si le personnel n'apporte... n'a pas la formation, la flexibilité, la
flexibilité, l'ouverture et les connaissances nécessaires pour adopter...
adapter le plan d'intervention à la réalité des personnes et non pas imposer
des actions qui ne répondent pas aux besoins et ensuite pénaliser les
personnes. Nous avons déjà des familles et des adultes qui témoignent du manque
de compréhension des agents lors de l'adhésion au programme Objectif emploi,
qui ne prennent pas en considération tout l'historique de la personne, ses
traumas et ses défis. Un plan d'intervention, ce n'est pas une baguette
magique. Les personnes autistes doivent être
partie prenante dans leur propre,
propre plan d'intervention, et les mesures qu'on y trouve doivent faire du sens
et mettre la personne au centre de l'action en misant sur ses forces, ses
capacités et ses intérêts. Tout comme pour le programme Objectif emploi, l'adhésion
doit être volontaire et ne doit pas être punie en cas de refus.
Le projet de loi insiste sur un
accompagnement vers l'emploi. Mais qu'en est-il ensuite du maintien dans l'emploi,
le grand défi des personnes autistes? Si on veut soutenir les personnes, il
faut inclure un concept d'agent d'intégration en emploi à large échelle. Le
projet de loi ne prévoit pas... ne prévoit pas de suivi à partir du moment où
la personne trouve un emploi, ce qui est problématique à notre avis. Nous avons
déjà fait part de nos recommandations à ce sujet dans un avis commun avec les
regroupements provinciaux sur la stratégie nationale pour l'intégration et le
maintien en emploi des personnes handicapées. De plus, nous continuons de
revendiquer l'augmentation des gains d'emploi pour les personnes sur le
programme de solidarité sociale. Plusieurs personnes autistes bénéficieraient
de travailler à temps partiel, améliorer leur situation financière et
pourraient développer des compétences en emploi.
Lors de leur présentation, la Société
québécoise de déficience intellectuelle a soulevé que les personnes participant
à un plateau de travail ou à un stage non payé seraient considérés comme étant
en préparation au travail et perdraient donc la reconnaissance de la contrainte
sévère de santé. La personne serait donc pénalisée financièrement et n'aurait
pas la capacité de subvenir à ses besoins. Il est donc impératif, à notre avis,
d'amender l'article 25 pour retirer les éléments...
Mme Plourde (Lili) : ...à la préparation
et à l'intégration au travail. Nous sommes aussi en faveur de la simplification
des programmes. En abolissant le programme de... la solidarité sociale en
faveur du passage de toutes les personnes ayant des contraintes sévères à
l'emploi ou de santé vers le programme de revenu de base, qui est plus
avantageux et permet réellement aux personnes d'être incluses dans la société,
entre autres en leur permettant de travailler.
Mme Quessy (Martine) : En
conclusion, dans son mémoire, Mme la ministre indique que le projet de loi
propose des mesures visant à favoriser la mise en mouvement vers l'emploi pour
une meilleure insertion sociale et professionnelle des prestataires de
l'assistance sociale. Le projet de loi prévoit des modifications favorisant l'accompagnement
des personnes, encourageant leur pleine participation sociale.
Avant de mettre tout le poids sur le
succès professionnel sur les épaules des personnes, il faudrait changer la
mentalité de la population québécoise, surtout celle des employeurs, afin de
permettre une réelle inclusion des personnes. Les employeurs sont encore très
hésitants à... à embaucher des personnes autistes. Une réelle inclusion, cela
implique toute la société. Ce qui est positif, parmi les dispositions générales
de la loi, se trouve l'obligation de communiquer... de communiquer dans des
termes clairs et concis. Le langage utilisé actuellement est souvent difficile
à comprendre pour les prestataires. Nous appuyons la recommandation des
mouvements des personnes d'abord du Québec qui demandent la mise sur pied d'un
comité d'usagers. Ces comités, en plus d'être une mesure d'accompagnement et de
protection pour des personnes, permettent aussi aux personnes concernées de
valider le contenu des documents.
• (14 h 10) •
En terminant, j'ajouterai un mot pour le
soutien aux parents proches aidants.
L'article 25 retire la reconnaissance
des contraintes temporaires de santé aux parents d'enfants handicapés. Nous
comprenons qu'il y a un projet de règlement ultérieur, mais ça risque de poser
un problème à court terme. D'indiquer des mesures de soutien prévues dans le
projet de loi protégera mieux les familles quand les... quand les projets de
règlement... que dedans le projet de règlement. Dans le meilleur des mondes,
les parents d'enfants handicapés auraient accès directement aux programmes de
revenu de base plutôt qu'une reconnaissance temporaire. Les raisons sont
nombreuses expliquant qu'un parent doive quitter son emploi, amplifiant la
précarité financière des familles, une expulsion scolaire, un enfant ayant de
très grands besoins, des activités socioprofessionnelles à temps partiel pour
leur enfant devenu adulte, des délais pour un hébergement substitut pouvant
aller jusqu'à 15 ans, la course pour les services. Nombreuses sont les
études qui démontrent que le surplus du coût de l'appauvrissement des familles
dont un des membres a des besoins particuliers... Améliorer l'accompagnement
des personnes, c'est aussi assurer du bien-être des parents proches aidants.
Voilà.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci
beaucoup. Nous sommes maintenant rendus à la période d'échange. Mme la
ministre, la parole est à vous.
Mme Rouleau : Merci beaucoup,
Mme la Présidente, et merci à vous deux, Mme Quessy et Mme Plourde, pour votre
présence aujourd'hui et votre contribution aux travaux permettant la
modernisation du régime d'aide sociale. Vos commentaires sont très importants.
Je voudrais faire une petite mise au point. Vous craignez que les personnes qui
ont actuellement des contraintes temporaires ou contraintes sévères perdent ces
contraintes sévères lorsqu'on change les contraintes en emploi vers contraintes
santé. Et ce n'est pas le cas. C'est indiqué dans le mémoire d'ailleurs que,
dans le changement qui s'opère, il y aura les ajustements où les prestations
spéciales correspondant à ce que les gens ont à l'heure actuelle... ça fait
qu'il n'y a personne qui perd dans cet... dans ce changement.
Vous faites une recommandation. Vous
parlez de la création de comités d'usagers. Pourriez-vous expliquer un peu plus
comment vous voyez ces comités d'usagers? À quoi servent-ils? Ils sont composés
de qui? Ils s'adressent à qui? Comment ça fonctionne?
Mme Quessy (Martine) : C'est
une recommandation que des mouvements personnes d'abord, que nous avons
empruntée et qu'on trouve que c'est une bonne idée. Les comités des usagers,
c'est vraiment des personnes, les personnes elles-mêmes, les personnes qui sont
sur les aides de dernier recours, qui participent à des comités, entre autres
pour le contenu des communications, tu sais, pour valider le contenu des
communications. Il y a d'autres groupes avant nous qui l'ont dit, les
communications du ministère, c'est souvent... Ça ressemble à des mises en
demeure. C'est extrêmement complexe à comprendre. C'est difficile pour les
personnes. Donc, d'avoir des comités avec des personnes elles-mêmes...
Mme Plourde (Lili) : ...peu
importe le handicap, qui pourraient donner leur opinion sur le contenu des
documents pour qu'il soit plus facile à comprendre.
Mme Rouleau : O.K. Et vous
proposez aussi de fixer le délai de réévaluation selon la condition de la
personne. Pouvez-vous élaborer un petit peu sur ces délais, cette réévaluation
des délais?
Mme Plourde (Lili) : Bien,
vous parlez, dans votre projet de loi, là, de faire des réévaluations annuelles
des contraintes. L'autisme est une condition à vie. Ça, on l'a toujours dit.
Austistes un jour... puis les personnes vont être autistes jusqu'à leur fin...
jusqu'à la fin de leur vie. Imposer des réévaluations annuelles, c'est, encore
une fois, une source d'anxiété pour les personnes, et on... c'est... c'est une
source d'anxiété.
Mme Rouleau : O.K. On avait
une petite... un petit éclaircissement là-dessus. Je comprends que vous
craignez que, pour des... pardon, des personnes dont la situation est... ne
changera pas... qu'on ne soit pas obligé de réévaluer continuellement, mais
c'était... en fait, c'est une disposition pour répondre à des questionnements
de la part de spécialistes de la santé qui ont... mais on aura l'occasion d'en
discuter encore. Il n'y a rien de...
Vous... J'aimerais savoir. On a rencontré
un organisme en particulier, hier, qui nous a parlé de l'enjeu de contrainte
santé. Parce que l'objectif que nous avons de passer de contrainte à l'emploi,
qui est... qui est... qui sert à déterminer la capacité de la personne à
travailler... de passer à la contrainte santé est beaucoup plus axé sur la
personne, sur les... et on fait intégrer la dimension de santé mentale et les
enjeux psychosociaux, et c'est beaucoup plus axé, là, sur l'état de la personne
et le besoin d'accompagnement qu'elle a pour être mieux insérée dans la société
puis accéder au travail et être maintenue au travail, si cela est possible,
parce qu'on sait que, pour des personnes, ce ne sera pas possible non plus.
Mais cette notion de contrainte santé, qu'est-ce que vous en pensez?
Mme Plourde (Lili) : En fait,
notre inquiétude, c'est : quand on parle de contrainte de santé, on parle
de comment va la personne. Ça, c'est un élément parmi tant d'autres quand on
parle d'une personne autiste en milieu de travail.
On va prendre une personne autiste dans un
milieu de travail... la même personne, dans un milieu de travail superadapté,
avec des consignes claires, avec un supérieur hiérarchique qui comprend très
bien sa situation, avec des consignes claires, avec de la sensibilisation qui a
été faite auprès des collègues de travail. On prend la même personne, on la
change de milieu, dans un milieu où le supérieur hiérarchique ne comprend rien,
où les consignes changent continuellement, ne sont pas écrites, où les
collègues de travail font preuve d'une intolérance sans fin. On a la même
personne et on n'aura pas le même résultat, pas deux secondes. Ça fait que la
deuxième... la personne dans la deuxième situation risque de se désorganiser,
de faire un burn-out autistique, de quitter son emploi, d'être pénalisée, alors
que c'est la même personne. C'est vraiment l'environnement du milieu de travail
qui a fait en sorte qu'elle n'est pas capable de se maintenir en emploi. Et,
pour nous, le maintien en emploi, on l'a dit, est hyperimportant. C'est...
C'est ce qui fait toute la différence, là, dans la carrière professionnelle
d'une personne.
Ça fait que les contraintes de santé qui
prendraient en considération la personne mais pas tant l'adaptation du milieu
de travail... Tu sais, quand on... il y a beaucoup de groupes qui ont parlé
d'inclusion plutôt que d'intégration, mais, quand on parle d'inclusion, une
véritable inclusion des personnes en milieu de travail, il faut vraiment
prendre en considération tout le côté psychosocial, tout l'environnement de la
personne.
Mme Rouleau : Est-ce que vous
avez des suggestions à faire pour... en termes de nomenclature? Est-ce que...
Est-ce qu'il est important pour vous de... Est-ce que c'est cohérent pour vous,
là, de modifier les contraintes à l'emploi, qui font que des personnes sont
finalement pénalisées, là? Il y a certaines personnes qui, parce qu'elles ont
une contrainte à l'emploi, ne peuvent pas aller vers des programmes d'emploi.
Et c'est une des raisons pour lesquelles on parle de contrainte santé. Ça
permet une plus grande ouverture vers des programmes d'insertion ou même des
programmes d'emploi. Mais est-ce que...
Mme Rouleau : ...vous avez des
termes ou une terminologie, là, qui serait... qui répondrait mieux à vos
objectifs à vous?
Mme Plourde (Lili) : Au
niveau de la nomenclature, pour le moment, je n'ai pas d'idée. Je pourrais
revenir. Mais c'est dans la nature de la contrainte. C'est vraiment ça pour
nous qui est important. C'est... M. Fougeyrollas l'a le dit hier, le
processus... le processus de production du handicap, en tout cas... Qu'est-ce
qui fait que la personne a de la difficulté à se maintenir un emploi? C'est...
Pour nous, tout doit porter autour de ça. Parce qu'il y a des personnes qui
peuvent participer à des programmes d'employabilité, qui peuvent participer à
un programme Objectif emploi, mais ça ne veut pas dire que ça va être un
succès, tout dépendant du milieu de travail où la personne va se retrouver
fait. C'est cette inclusion-là qui doit faire
partie du projet de loi. C'est
comment on fait en sorte d'adapter le milieu de travail. Parce que la
nomenclature, pour répondre à votre question, je n'y ai pas réfléchi dans ce
sens-là, à moins que Martine ait une idée, mais c'est vraiment toute la notion
d'inclusion, là, qui est importante pour nous.
Mme Rouleau : Oui. Que
pensez-vous de... Bien, d'une part, on veut faire en... On veut permettre, là,
aux personnes d'avoir un plan d'accompagnement personnalisé, individualisé et
qui s'inscrit dans un plan régional d'accompagnement aussi. Est-ce que ce n'est
pas là, la réponse qu'on pourrait avoir à ces questionnements-là? Parce que
dans les... Dans la contrainte santé, on fait intervenir les enjeux
psychosociaux, donc l'environnement, là, immédiat de la personne, sa condition.
Est-ce qu'elle... Quels types d'enjeux, de problèmes elle peut rencontrer, puis
peut-être ponctuellement ou peut-être pour très longtemps. Et la santé mentale
aussi, qui n'est pas considérée aujourd'hui. Et donc un plan d'accompagnement,
d'insertion, d'intégration, d'emploi qui s'inscrit dans un plan, dans un réseau
régional. Et quand on dit réseau, bien, c'est parce qu'il y a des gens, là, qui
sont là et qui veillent à ce que ça fonctionne, que ça soit bien coordonné dans
le milieu. Qu'est-ce que ça... Est-ce que ça vous dit quelque chose de bon?
Vous êtes en accord avec ça ou totalement en désaccord?
• (14 h 20) •
Mme Plourde (Lili) : Tout à
fait en accord avec un plan d'accompagnement pour aider les personnes à faire
toutes ces démarches-là en collaboration avec ce qui est établi déjà, pour ne
pas refaire la roue parce que, parfois, les gens ont encore un dossier au
réseau de la santé et ont parfois un plan, un plan d'intervention déjà, mais
avoir... Il faut vraiment insister sur la formation des gens parce que vous
savez qu'en 2024 il y a encore beaucoup, beaucoup, beaucoup de préjugés face à
l'autisme, même dans le réseau de la santé. Parce qu'il y a des adultes qui
nous disent se présenter à l'urgence et se faire dire : Tu me regardes
dans les yeux. Tu n'es pas autiste. C'est quoi ton problème? Ça, on l'entend en
2024. Bien, vous comprenez que ça, pour nous, c'est... C'est inquiétant qu'en
2024 on entende encore des choses comme ça
Et je le dis tout le temps, il y a une
tranche de personnes autistes qui est entre celles qui sont pris en charge par
le réseau de la santé et celles qui sont super autonomes et qui travaillent,
qui n'ont... qui... qui ont de la difficulté à comprendre les consignes, mais
on dit tout le temps que l'autisme, c'est une condition invisible. Donc, c'est
le genre de personne à qui on va demander : As-tu compris, qui va dire
oui, mais qui n'a pas compris toutes les consignes, qui ne comprend pas comment
manquer un rendez-vous, ça va avoir une incidence. Ça fait que tout ce «fine
tuning» là, excusez mon anglicisme, c'est... ça vient avec la formulation puis
un changement de philosophie d'intervention. Ça fait que, pour nous, oui, c'est
une bonne idée, l'accompagnement, mais ça prend un petit plus pour aider les...
le personnel, les agents qui vont soutenir les personnes.
Mme Quessy (Martine) : J'aurais
envie de donner une complémentarité à Mme Plourde. En fait, c'est que je trouve
aussi que la stabilité du réseau, surtout dans les... dans certaines régions où
l'employabilité est pl