CRC — 30 May 2023 (43rd Legislature, 1st Session)
CRC 2023-05-30
Quebec — Committees
(Dix heures trois minutes)
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Alors, à l'ordre, à l'ordre, s'il vous plaît! Bon matin. Oh
non! C'est un anglicisme. Bonjour à tous, j'espère que vous allez bien. Alors,
ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la Commission des relations
avec les citoyens ouverte.
La commission, je vous le rappelle, est donc
réunie afin de poursuivre l'étude détaillée du projet de loi n° 11, Loi
modifiant la Loi concernant les soins de fin de vie et d'autres dispositions
législatives.
Mme la secrétaire, y a-t-il des remplacements?
La Secrétaire : Oui, Mme la
Présidente. Mme Gendron (Châteauguay) est remplacée par Mme Guillemette
(Roberval); Mme Garceau
(Robert-Baldwin), par Mme Maccarone (Westmount—Saint-Louis); et Mme Massé
(Sainte-Marie—Saint-Jacques),
par Mme Labrie (Sherbrooke).
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci. Donc, à tous et à toutes, bienvenue.
Lors de
l'ajournement des travaux, jeudi dernier, nous étions à l'étude de l'amendement
introduisant le nouvel
article 4.1
proposé par la ministre. Alors, est-ce qu'il y a d'autres interventions sur cet
amendement? Mme la ministre.
Bélanger : Oui, bonjour. Mme la Présidente, je demanderais une
suspension immédiate afin de pouvoir discuter.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Vous voulez discuter? Parfait. Alors nous allons suspendre.
(Suspension de la séance à 10 h 05)
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : À l'ordre, s'il vous plaît! Donc, nous reprenons nos
travaux. Je vous rappelle que nous en étions sur l'amendement introduisant
l'article 4.1 après l'article 4 du projet de loi. Alors, est-ce que
j'ai des interventions? Mme la ministre.
Bélanger : Oui, Mme la Présidente. Donc, à la dernière
séance, nous avons réouvert l'article 4, que j'ai...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : On ne l'a pas réouvert.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : On ne l'a pas ouvert. On a pris les vérifications, là, on a
fait les vérifications. On n'a pas ouvert, on a permis d'ajouter 4.1, donc l'amendement 4.1.
Mme Bélanger : O.K. Donc, on a
permis d'ajouter un amendement à notre projet de loi, qui est
l'article 4.1. Alors, essentiellement, dans cet article, on parle des
lieux, notamment, où l'aide médicale à mourir peut être donnée, donc établissements, maisons de soins palliatifs
et à domicile. J'ai déposé un amendement pour faire en sorte que l'aide
médicale à mourir soit effectuée selon les désirs de la personne dans le lieu
où elle le souhaite, donc selon la volonté de la personne.
Depuis le
début des travaux, l'autodétermination de la personne a été au coeur de nos
décisions. À tout moment, nous avons parlé de l'autodétermination de la
personne. Lors de la Commission spéciale sur les soins de fin de vie,
l'autodétermination de la personne a été au coeur des discussions. Alors,
aujourd'hui, je souhaite qu'on puisse aller de l'avant en adoptant cet
amendement.
Et je me questionne, à savoir : Est-ce que,
comme société, nous voulons obliger les gens à mourir dans un lieu précis?
Est-ce que c'est ça qu'on veut comme société, plutôt que d'une société qui
respecte le libre choix et qui permet aux gens de choisir le dernier souvenir
qu'ils veulent conserver?
Avec l'aide médicale à mourir, les patients qui
y recourent veulent choisir une date, une heure et un endroit. Et, comme ministre,
je souhaite que la volonté de la personne prime par-dessus tout, toujours avec
la perspective de la prudence que nous devons avoir.
Et, pour cela, nous avons
adopté des articles précédemment nous permettant de mettre les balises
nécessaires pour nous assurer que l'aide
médicale à mourir soit dans le respect des personnes, dans le respect de la
dignité, mais tout en respectant les différentes balises en vigueur.
Alors, voilà.
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Merci, Mme la ministre.
Est-ce que j'ai d'autres interventions? Mme la députée de Westmount—Saint-Louis.
Mme Maccarone : Merci, Mme la
Présidente. Merci, Mme la ministre, pour le partage de... le point de vue du gouvernement et de nous ramener à notre débat
que nous avons conclu la semaine passée. Je constate que c'est un sujet très sensible, très délicat. Et, comme nous avons
déjà dit, on n'a jamais fait le débat en ce qui concerne le lieu. Que ce
soit comme membres de la commission spéciale, ça ne faisait pas
partie de nos
discussions, des demandes que nous avons faites lors des consultations, ni dans
cette commission non plus, ça... ça ne faisait pas
partie des questions que nous avons posées aux gens qui sont venus
témoigner. Ça ne se retrouve pas nécessairement dans nos mémoires, à
moins que moi, j'aie manqué quelque chose, mais ce n'était pas quelque chose
qui a été soulevé. Puis, je pense, c'est parce que les gens pensaient que
c'était quand même clair, la façon que c'est écrit dans la
loi sur les soins de
fin de vie.
Nous avons nos trois endroits où les gens
qui le souhaitent, parce qu'ils sont rendus là dans leur vie, ils peuvent
poursuivre dans le continuum de soins, d'avoir accès à l'aide médicale à mourir
dans les établissements, dans les maisons de
soins palliatifs ainsi qu'à domicile. Puis là ce que nous apprenons, c'est que
la notion de domicile est quand même interprétée largement, chose que...
évidemment nous a surpris puis nous a surpris parce qu'on a vu, tout le monde
ensemble, ce qu'on a vu dans la revue de presse avec le continuum de services
qui est offert dans les salons funéraires ou
dans le... un, quand même, qui a été médiatisé, qui a quand même soulevé un
débat, je pense, essentiel puis important que nous aurons ici. Je pense
que les gens qui nous suivent, la population, que ce soit médiatisé ou non... Mais ça va être important que les gens sachent que
nous avons quand même vidé la question et qu'on a quand même fait le débat. Puis il y a eu des échanges constructifs
en ce qui concerne une décision d'élargir, dans le fond, comme la
ministre a dit, parce que nous avons des cas, puis je constate que... Je pense
qu'il faut agir avec de la prudence. Est-ce que nous souhaitons empêcher du
monde de prendre une décision à la fin de leur vie, rendu là? Il faut avoir le
respect, il faut avoir de la dignité, il faut assurer la sécurité.
Mais je dois partager que j'ai quand même un
questionnement en ce qui concerne cette évolution. Ce n'est pas nécessairement de dire que je suis pour ou
contre ou que ma formation politique est pour ou contre, mais je pense qu'on a une responsabilité d'avoir des échanges
là-dessus pour s'assurer que, vraiment, on a une clarté de la direction
que nous allons poursuivre. Parce qu'ici ce
qu'on comprend avec l'article qui est inséré après l'article 4.1, c'est
qu'on rouvre la porte. On rouvre la porte. Pourquoi? Parce qu'on a
compris qu'apparemment ça se pratique quand même. C'est un argument, oui, mais
on pourra dire que... Chaque fois, il y a quelqu'un qui va à l'extérieur de la
loi, est-ce que nous devons changer les choses à l'intérieur de nos lois? Puis
ça, ce n'est pas toujours pour le bénéfice de la population. Alors, c'est un
argument, pour moi, qui... qui est difficile à dire que ça va me convaincre.
Moi, ce que je souhaiterais plutôt, c'est de
parler de la mise en pratique, le pratico-pratique, comment est-ce que ce serait mis en place si cet
article est
adopté de la façon que c'est écrit. Évidemment, ça soulève des
préoccupations, ça soulève des préoccupations parce que... on a évoqué quand
même quelques exemples la semaine passée. Exemple, s'il y a quelqu'un qui
souhaite le faire en paix à côté d'un lac, un lac dans un parc national, par
exemple, comment pouvons... comment allons-nous éviter qu'il n'y ait pas des
témoins qui passent aux alentours, ou si c'est un autre parc? Parce que c'est
ça qu'on veut éviter. Puis on a entendu... C'était Dr Ménard qui était...
Mme Maccarone : Morneau... Moreau
qui nous a accompagnés la semaine passée, et je le remercie pour ses
contributions. Il nous a aidés à mieux comprendre le processus puis
l'application, dans le fond, avec ses explications de comment ça fonctionne du
début jusqu'à la fin.
Mais ça reste que, selon moi, je trouve que le
médecin... Avec tout le respect que j'ai pour le Collège des médecins puis ce
que vous faites, Dr Evoy, aussi, ce n'est pas un reproche, c'est juste que
j'ai l'impression que le médecin devient
législateur. Puis nous, nous avons quand même une responsabilité ici, autour de
la table. Parce que ce qu'on a
compris, ce serait quand même le médecin qui... ou maintenant l'IPS qui suit la
personne concernée, qui fait la demande, qui va tout détailler. C'est le
souhait que moi, je souhaite, que ça fonctionne, que ça soit dans une chambre d'hôtel, ou au bord du lac, ou dans un zoo, ou
dans un musée, par exemple. Mais ça va être le médecin ou l'IPS qui vont
quand même faire les vérifications, qui vont
quand même dire : Oui, je trouve que vous respectez quand même des
règles, c'est sécuritaire, c'est faisable.
Et, nous, comme législateurs, bien, c'est comme si on se délègue de toute
responsabilité, ce qui soulève un malaise pour moi.
Moi, je trouve que
nous avons quand même une responsabilité de sous-amender, peut-être, cet
article... d'amender l'article, parce que ce
n'est pas un amendement d'un
article qu'on introduit, mais de peut-être amender
l'article pour penser un peu à des balises. Est-ce que c'est parce qu'on souhaite
que ça soit ouvert? Parce que... je ne veux pas utiliser la terminologie «bar
ouvert», parce que ce n'est pas ça que je pense qu'on souhaite non plus, on a
beaucoup entendu qu'on ne veut pas que le Québec devienne
le paradis de l'aide médicale à mourir. Parce qu'on est en train de
«romantatiser» cet acte... «to romanticize»... Non, ce n'est pas ça?
Maccarone : Romantiser, je vais l'écrire, de romantiser...
Maccarone : Romancer. Bon, vous autres, vous me conseillez mal. Ça ne
va pas bien, là.
Une voix : Oui,
mais ce n'est pas toujours évident, même pour nous, là.
Maccarone : Voilà. O.K., qu'on ne veut pas le romancer non plus, c'est
ça. On veut quand même que les gens comprennent que c'est une exception. Mais,
tout à fait comme Mme la ministre, elle a dit, on veut aussi respecter la
volonté de la personne en toute dignité.
Ça fait que je
soumets ça, c'est ça, mes préoccupations. Est-ce que ça va être partout, dans
n'importe quel lieu public? Devons-nous peut-être réserver ça pour des lieux
privés? Si c'est des lieux publics, c'est quoi, le recours pour s'assurer que les gens qui vont participer
sans, peut-être, leur volonté, vont être au courant de comment ça se
passe ou que cet acte va se passer sur le
terrain, chez eux? Si c'est un parc national, par exemple, c'est quoi, les
paramètres à suivre? Est-ce que nous avons quelque chose que nous devons
peut-être mettre ici pour avoir quand même une règle à suivre, une loi à
suivre, une référence à une loi?
Tu sais, je peux
penser aussi aux municipalités, par exemple. C'est... Est-ce que les
municipalités auront un mot à dire là-dedans? On parle beaucoup du principe de
subsidiarité, malgré qu'on parle beaucoup du principe de centralisation de pouvoirs. Mais, si on pouvait
penser au principe de subsidiarité, est-ce que les municipalités auront
un mot à dire, comme par exemple, je ne sais
pas, n'importe quelle municipalité de votre choix, à Sainte-Agathe-des-Monts,
puis eux, ils diront : Bien, chez nous,
là, on ne peut pas utiliser nos parcs pour l'administration de l'aide médicale
à mourir? Ça fait qu'est-ce que ça, c'est quelque chose qu'on pourra
prévoir? Parce que, là, tout le monde qui nous regarde vont dire : Mon
Dieu! C'est large, puis, chez nous, je ne sais pas si je souhaite donner ça.
l'autre exemple d'un propriétaire d'hôtel, on n'a pas la nécessité de leur
avertir que je réserve une chambre pour cette fin, ou quelqu'un qui est
propriétaire d'une deuxième rés