Public Finance — 26 April 2016 (41st Legislature, 1st Session)
CFP 2016-04-26
Quebec — Committees
J'aimerais
parler un peu de nos convictions dans les difficiles marchés que nous
traversons, nos convictions d'investissement.
Alors, comme, évidemment, vous le savez tous autour de cette table, les marchés
sont de plus en plus complexes,
volatiles, sans direction claire et très fortement conditionnés par les rumeurs
ou encore le moindre sourcillement des
banques centrales. Donc, au cours de l'année dernière, les indices boursiers,
les devises et les cours du pétrole ont connu des fluctuations importantes et, souvent, les mouvements très
irrationnels et disproportionnés. Et c'est ici que la caisse, depuis plusieurs années, a fait une différence par
une conviction profonde qui est celle de s'éloigner des indices pour se concentrer sur les valeurs intrinsèques des
entreprises et leur ancrage dans l'économie réelle, et ça s'est avéré au fil
des ans et ça continue de s'avérer une
décision extrêmement judicieuse. Alors, ça consiste, en fait, à identifier des
entreprises solides, dont la valeur repose
sur des assises de grande qualité et qui présentent surtout des perspectives de
croissance à long terme parce que, quand on investit, on connaît la compagnie,
on voit où elle s'en va et on a l'intention d'y rester longtemps. En d'autres
termes — et
je reprends une expression de Michael — l'objectif pour nous... en
fait, notre stratégie, c'est de penser en
propriétaires d'entreprise, c'est-à-dire de bien comprendre les
caractéristiques fondamentales des entreprises où on a investi et
d'échapper aux distractions du marché pour se concentrer sur les valeurs
durables.
Évidemment,
on veut, dans ça, avoir des rendements les meilleurs, mais aussi protéger nos
déposants. Et vous savez qu'évidemment
les taux d'intérêt sont bas, et il faut trouver une alternative au très
important portefeuille de revenus fixes. Alors, c'est ce qui nous a amenés à s'intéresser de plus en plus aux
actifs physiques. Alors, on a été très actifs en 2015 dans le marché immobilier international et dans
celui des infrastructures et on compte accroître — et c'est
là, d'ailleurs, le désir de nos déposants — la taille de nos
portefeuilles dans ces catégories d'actifs. Évidemment, pour ce faire, et en particulier à l'international, il faut identifier
des bons partenaires et, donc, de cultiver des relations d'affaires
stratégiques dans des marchés porteurs, et
ce, dans tous les continents. En immobilier, bref, notre filiale Ivanhoé
Cambridge a réalisé un nombre record
de transactions, et on est devenus, soit dit en passant, un des plus importants
investisseurs étrangers aux États-Unis.
Le portefeuille d'infrastructures de la caisse, quant à lui, compte des actifs,
de nouveaux actifs en 2015 de très grande
qualité, des actifs forts, je dirais. Alors, on a pris une participation
importante dans Eurostar et aussi dans le plus important réseau de
distribution d'électricité en Australie. Alors donc, à une époque où les taux
d'intérêt sont bas, comme je le disais, ces
deux portefeuilles constituent des alternatives qui permettent de protéger et
de faire fructifier l'avoir de nos déposants, et tout en étant,
évidemment, prudents.
J'aimerais,
finalement, souligner la contribution remarquable et continue de la caisse au
développement économique du Québec. En 2015,
on a réalisé plusieurs nouveaux investissements et engagements, dont WSP,
Agropur, Lightspeed, D-Box et le fonds XPND
Croissance. Plus récemment encore, la caisse a annoncé des transactions qui
touchent au coeur de la nouvelle économie,
et c'est là une de nos stratégies de développement privilégiées avec des
investissements dans AddÉnergie, Moment Factory et l'entreprise pharmaceutique DalCor.
J'aimerais souligner
la vision et le dynamisme qui animent notre secteur des investissements au Québec,
qui soutient l'expansion des entreprises vers l'international et qui investit
en amont dans les champions de demain.
m'apparaît toutefois important, avant de conclure, de souligner que l'engagement de la caisse au Québec
va bien au-delà des simples chiffres d'investissement. Juste pour rappel, nous avons mis en place une stratégie en quatre axes qui mise sur la croissance, la croissance de nos entreprises
établies pour les rendre plus innovantes et plus internationales, l'innovation par l'investissement et l'accompagnement d'une nouvelle génération d'entreprises
dans des secteurs d'avenir, et l'entrepreneuriat pour assurer une relève
dynamique au Québec, et des projets qui ont un effet structurant sur l'économie
du Québec, tel le projet de Réseau électrique métropolitain, dont vous avez
amplement entendu parler depuis quelques jours.
conclusion, je dirais que la caisse a su naviguer dans les eaux troubles de
2015 avec une compétence, une rigueur et un esprit d'innovation
remarquables. Bien sûr, l'incertitude économique demeure présente plus que jamais,
et on devra, évidemment, maintenir notre
vigilance et ajuster nos processus au fil du temps. Mais ma conviction, la
capacité d'exécution de la caisse continue
de s'améliorer, et les équipes sont très fortement motivées. Nous le constatons
au conseil à chaque réunion et dans les travaux du comité par la qualité
des analyses et des propositions qui nous sont faites et, je dirais, le climat. Vous sentez le dynamisme de ces
équipes-là, et c'est quelque chose de très intéressant à voir. Alors donc, en me fondant, M. le Président, sur mon
appréciation des équipes en place, des stratégies déployées et des performances des dernières années, je suis persuadé,
personnellement et au nom du conseil
d'administration, que la caisse a
tous les outils en main pour continuer de remplir son mandat avec toute
l'expertise et le jugement qui sont attendus de l'institution. Merci de votre
écoute.
Président (M. Bernier) : Merci, M. Tessier, de votre présentation. Nous allons donc passer du côté gouvernemental avec M. le député de
Laval-des-Rapides. La parole est à vous.
M. Polo :
Merci. Merci beaucoup, M. le Président. J'aimerais, avec votre consentement...
Puis, bon, je prends également le
temps de saluer les collègues des différentes oppositions puis, bien sûr, nos invités,
une présentation très attendue de par
également la présence de nombreux médias. M. le Président, j'aimerais inviter
M. Sabia et ses collègues à élaborer sur l'annonce importante de
vendredi dernier de la caisse de dépôt infrastructures, la nouvelle filiale qui
a été annoncée.
Je rappelle quelques
grandes lignes parce que c'est une annonce d'un partenariat public-public — c'est
ce qu'on en comprend — d'un réseau d'au-delà de 67 kilomètres
qui placera la grande région de Montréal et le Québec au troisième rang
en termes de réseau automatisé électrifié qui va relier le centre-ville de
Montréal avec l'aéroport de Montréal,
l'ouest de la ville, la Rive-Sud, Laval, la Rive-Nord, tout ça à travers d'un
réseau intégré. C'est un partenariat... ou c'est un projet de plus de
5,5 milliards de dollars, dont 3 milliards directement de la Caisse
de dépôt.
Et donc j'inviterais, avec votre
consentement, M. le Président, M. Sabia à élaborer, à nous parler, à nous
expliquer l'importance de ce projet-là, comment ils sont... Premièrement,
aussi, peut-être aller même sur le plan un peu plus technique parce qu'ils ont réussi à dénouer un débat montréalais du
réseau de la grande région de Montréal qui existe depuis des décennies, sur quel chemin, quel tracé de...
connecté entre l'ouest de la ville, l'aéroport de Montréal, est-ce que
c'est un service de train léger sur rail,
etc. Bref, je pense qu'il y a beaucoup de matière à partager sur ce sujet-là,
M. Sabia. Merci.
Président (M. Bernier) : Alors, simplement en vous
identifiant avec votre
titre pour fins d'enregistrement, tout le monde
vous connaît. M. Sabia.
M. Sabia
(Michael) : Oui. Merci, M. le Président. Mon nom, c'est Michael Sabia,
je suis le P.D.G. de la Caisse de dépôt.
Donc, pour répondre à votre question, oui, selon nous, le projet que nous avons
proposé vendredi dernier... Et je
souligne le mot «proposé» parce que, pour l'instant, ça reste une proposition. Ce n'est pas encore, disons, un projet, c'est une proposition. Mais, pour arriver à cette proposition, nous avons beaucoup,
beaucoup étudié toute l'histoire
de ces deux projets vers la Rive-Sud, également
vers l'aéroport et l'Ouest-de-l'Île.
Et, en fin du compte, après plusieurs mois du travail, des analyses en
profondeur, nous avons décidé de changer notre orientation. Parce que, oui,
nous aurions pu proposer juste deux projets,
un vers la Rive-Sud et un autre vers l'Ouest-de-l'Île et l'aéroport, mais,
selon nous, ce n'est pas la meilleure
façon de proposer un projet structurant pour l'avenir de Montréal, la métropole
du Québec, et donc nous avons changé notre orientation, et nous avons
décidé de proposer un système unifié et intégré.
pourquoi? Pour réaliser deux objectifs, afin d'augmenter la fluidité — et le mot est tellement important — de
nos citoyens à Montréal, également
d'augmenter de façon très importante la fréquence de ce service. Donc, fluidité
et fréquence, selon nous, ça, c'est la
meilleure façon d'augmenter de façon importante l'achalandage des gens,
l'achalandage d'utilisation de ce service, et donc d'augmenter de façon
importante la présence d'un transport en commun, et donc d'enlever les
voitures, substituer les voitures, ce qui, évidemment, paie des dividendes très
importants sur le plan environnemental.
Également, grâce à cette fluidité, grâce à la capacité de ce système unifié,
autrement dit, d'unifier les régions
de Montréal, ça représente une occasion de développement économique très
importante, une augmentation de notre
PIB, à peu près, de 3 milliards de dollars, la création d'emplois, de
7 500 emplois par année pendant la période de construction.
Selon nous, ce projet va déclencher une augmentation des investissements privés
le long du tracé, une augmentation très importante, à peu près 5 milliards
de dollars. Donc, je pense, avec ce train, on a une locomotive de développement
économique pour Montréal et, donc, pour le Québec.
Ceci étant dit, nous
avons beaucoup de travail à faire. La raison pour laquelle nous avons fait
cette annonce vendredi, très simple, notre
objectif maintenant est d'ouvrir et de lancer un processus de consultation pour
chercher les perspectives de toutes les parties prenantes, et donc nous
avons pas mal du travail à faire pour gérer ce processus de consultation. Nous
allons continuer nos analyses et nos travaux...
Le Président
(M. Bernier) : M. Sabia, on va avoir l'occasion d'y revenir.
M. Sabia
(Michael) : O.K. Aucun problème.
Président (M. Bernier) : Nous allons passer maintenant du côté de
l'opposition officielle, et je dois vous dire que je vais balancer les temps de question et les temps de réponse de
façon à assurer le maximum de discussion possible.
M. Sabia
(Michael) : Je suis bien capable de parler sans cesse.
Des voix :
Ha, ha, ha!
Le Président
(M. Bernier) : Donc, M. le chef de l'opposition, député de
Saint-Jérôme, j'imagine, la parole est à vous.
M. Péladeau : Oui. Merci, M. le Président. Effectivement, vous l'avez mentionné, je
pense que c'est un équilibre, et c'est la raison pour laquelle, étant donné que nous n'avons pas énormément de temps, mes questions vont être
assez rapides. Et j'ose espérer qu'effectivement, dans la perspective de
l'équilibre...
Le Président
(M. Bernier) : C'est ce que j'ai l'habitude de faire.
M. Péladeau :
Je vous remercie énormément. Et c'est à mon tour de saluer M. le président de
la caisse, M. le président du conseil, notre
ex-collègue député de Lévis, M. Dubé, maintenant faisant
partie de la
haute direction, mes collègues du gouvernement et mon collègue de la
seconde opposition.
Vous
savez, M. le Président, il y a, depuis quand même un certain temps... ça a
toujours été une préoccupation, mais
indéniablement, depuis les dernières semaines et les derniers mois, nous avons
assisté à ce qu'on pourrait qualifier d'un exode, un exode des sièges
sociaux. Je comprends que le gouvernement va dire que nos entreprises font des acquisitions à l'extérieur, mais on est obligés quand même de constater que,
depuis 10 ans, c'est 200 sièges sociaux qui ont quitté Montréal.
Plus récemment, donc, nous avons eu le Cirque du Soleil, nous avons eu St-Hubert,
nous avons eu RONA. Et, dans des PME aussi, nous avons eu Sid Lee, nous
avons eu La Senza. Donc, c'est un phénomène qui est important. D'ailleurs,
si important que le président de... Serge Godin, a bien exprimé sa position
samedi dernier dans La Presse et a bien décrit l'effet
important, au niveau économique, de la présence de nos sièges sociaux.
Alors, je pense que le ministre des
Finances du précédent gouvernement libéral, Raymond Bachand, avait bien compris cette situation, et c'est la raison pour
laquelle, lorsque des rumeurs circulaient autour de RONA, bien, on a
donné des instructions pour
qu'Investissement Québec prenne une position significative. Et c'est
effectivement ce qui s'est produit, Investissement
Québec a pris autour de 10 %, et la Caisse de dépôt a suivi, et on peut
éventuellement penser qu'il y a eu une action concertée, ce qui faisait
en sorte que le Québec détenait une minorité de blocage, un droit de veto sur
la possibilité qu'il y ait une entreprise qui fasse une offre, qu'elle soit
hostile ou non, sur RONA.
il se trouve que nous avons appris, sans que les parlementaires ne le sachent,
qu'Investissement Québec avait vendu sa position, ce qui a donné, en fin
de compte, le message que dorénavant RONA était disponible, RONA était devenue une cible. Alors, ma question est quand
même assez simple, là. Puisqu'Investissement Québec semble avoir agi de
concert avec la caisse, est-ce que la caisse a été informée de la disposition
du bloc d'Investissement Québec dans RONA,
et ce qui a fait en sorte que la transaction puisse se produire et que le
résultat des courses, c'est que nous allons encore perdre un siège
social au Québec?
Le Président
(M. Bernier) : Merci. M. le ministre.
M. Leitão :
Oui. Peut-être, avant de passer la parole à M. Sabia, j'aimerais juste
mentionner que, bien sûr, le gouvernement du Québec aussi prend bien en compte
l'importance des sièges sociaux pour l'économie de Montréal. Également, nous nous insérons dans une économie de
marché où les entreprises sont libres de prendre leurs décisions.
L'étude qui a été faite auparavant pour mieux définir les paramètres
d'intervention d'un gouvernement concernait essentiellement
les offres d'achat hostiles, où, en effet, les autorités publiques pourraient
jouer un certain rôle. Dans le cas de
RONA, comme le Cirque du Soleil, comme de St-Hubert, ce n'étaient pas des
actions hostiles. Et, en plus, Cirque du Soleil et St-Hubert, c'est des entreprises privées. Alors, nous
comprenons l'enjeu des sièges sociaux, c'est important, mais nous
comprenons aussi l'enjeu d'opérer à l'intérieur d'un système économique et
financier qui est ouvert au monde.
Alors, M. Sabia,
peut-être, vous pourriez adresser la question plus spécifique de RONA?
Le Président
(M. Bernier) : M. Sabia, vous avez environ une
minute.
M. Sabia (Michael) : Pour répondre à la question du chef de
l'opposition, la question spécifique sur Investissement Québec, ma réponse est : Non, la caisse n'a
pas été informée de cette activité de la part d'Investissement Québec. Et
je pense, M. le Président, que le chef de
l'opposition, évidemment, est quelqu'un qui comprend très bien le monde des
affaires pour des raisons qui sont assez évidentes. Donc, évidemment, selon
nous, perdre un siège social, ce n'est jamais une bonne nouvelle. Alors, ça,
c'est clair.
Mais je voudrais vous
dire que, selon nous, en affaires et dans un monde, dans une économie mondiale
très dynamique, selon nous, la meilleure
défense, c'est l'attaque. La meilleure défense, c'est l'attaque, et je pense
que le chef de l'opposition est bien d'accord avec moi, étant donné sa
bonne gestion de Québecor.
Le Président
(M. Bernier) : Merci, M. Sabia. M. le député de
Saint-Jérôme.
M. Péladeau :
Bien, merci, M. le Président. Juste une précision rapidement. Donc, vous avez
dit que vous n'étiez pas au courant, M. le président, pour l'acquisition
ou pour la disposition? Donc, l'acquisition du bloc de RONA...
M. Sabia
(Michael) : La disposition.
M. Péladeau :
O.K. Donc, vous n'étiez pas au courant, mais vous avez agi de concert au moment
où, effectivement, via Investissement Québec, en 2012... a fait l'acquisition
du bloc de RONA à hauteur de 10 % pour, justement, nous donner une
minorité de blocage.
Le Président
(M. Bernier) : M. Sabia.
M. Sabia (Michael) : Oui, M. le Président. Parce que je ne suis pas
d'accord avec la façon dans laquelle le chef de l'opposition a présenté le scénario de 2012. Donc, en 2012, on a toutes
sortes de rumeurs sur une acquisition possible, lancées par Lowe's, de
RONA.
Nous
avons, la caisse, réagi nous-mêmes. Ce n'est pas une question que le
gouvernement mène Investissement Québec,
nous avons réagi nous-mêmes. Pourquoi? Parce qu'en 2012 la caisse était
convaincue qu'une offre, étant donné toutes
les difficultés de RONA à l'époque, si je me souviens bien, à 14 $, ce
n'était pas une offre qui reflète la valeur de la société, pour dire le moins, et donc nous sommes
intervenus, la caisse. Nous sommes intervenus, nous avons fait pas mal de choses parce que la performance de la société a
détérioré, et depuis des années, et donc le conseil d'administration a
décidé de changer de direction, le conseil d'administration a décidé de nommer
un nouveau président du conseil pour lancer un processus de redressement.
Donc...
Le Président
(M. Bernier) : M. Sabia, on va revenir au député de
Saint-Jérôme avec ses questions, puis on vous revient par la suite.
M. Péladeau : Merci, M. le
Président. Donc, ce que nous dit le président de la caisse essentiellement,
donc, c'est qu'il a pris une position parce que, dans le fond, il considérait
que RONA était un actif sous-valorisé et faire en sorte, donc, de s'engager pour améliorer parce
qu'il y avait une occasion qui était présentée, donc un rendement, et
c'est tout à fait approprié.
J'en
profite... Excusez-moi, en préambule, j'aurais aussi souhaité, comme l'a fait
le président du conseil... Parce qu'il
a parlé de la fierté que les Québécois ont à l'endroit de la caisse, je fais
mien également son propos. Là, la question que nous posons, dans le fond, c'est que, là, la caisse a agi pour
prendre une participation à l'intérieur d'un actif sous-évalué. Est-ce qu'on peut comprendre également
qu'elle a agi pour faire en sorte de recomposer le conseil d'administration?
Et est-ce que, dans le fond, la mission de
ce nouveau conseil d'administration n'était pas celle de faire en sorte de
trouver le meilleur acquéreur et faire en sorte qu'on ait la meilleure offre ou
celle qui va être au plus offrant?
Le Président (M. Bernier) :
M. Sabia.
M. Sabia (Michael) : Oui, M. le
Président. Non, pas du tout, pas du tout. Nous avons travaillé en pleine transparence, en coopération avec le conseil
d'administration, et donc le conseil d'administration a lancé un
redressement important de la société. Pourquoi? Laissez-moi juste vous montrer
des choses. Donc, ça, c'est juste un graphique qui présente une détérioration importante du rendement sur le capital
investi par RONA depuis 2006. Donc, vous voyez une détérioration très importante. Donc, c'est la
raison pour laquelle, selon nous, en 2012, l'activité, l'opération lancée
par Lowe's n'était pas appropriée du tout.
Et donc, après, on a un redressement, une amélioration de la performance de
la société. Donc, ce n'était pas une
question de juste chercher une acquisition, pas du tout. La performance s'est
améliorée de façon importante.
Mais, ceci
étant dit... et je pense qu'encore une fois le chef de l'opposition est très au
courant des tendances lourdes dans le
monde des affaires, et donc nous avons tout fait pour redresser la société,
mais RONA faisait face à des défis de taille, des défis énormes, disons.
Le Président (M. Bernier) :
M. Sabia, on va avoir l'occasion de poursuivre sur le sujet. M. le député
de Saint-Jérôme.
M. Péladeau :
Merci, M. le Président. Je suis tout à fait d'accord avec le président de la
caisse. Effectivement, la meilleure
défensive, c'est l'offensive, c'est l'attaque. Et, puisque la Caisse de dépôt,
quand même, détenait une signification très
importante à l'intérieur de RONA, n'avait-elle pas aussi l'obligation de faire
en sorte de mettre en valeur, justement, un plan d'attaque? Plutôt que
d'être une cible, pourquoi RONA n'est pas devenue, justement, un acquéreur à
l'intérieur de son activité?
M. Sabia (Michael) : Oui, tout
à fait. Bonne question.
Le Président (M. Bernier) :
M. Sabia.
M. Sabia
(Michael) : Oui, M. le
Président. Bonne question. Et, comme tout le monde, évidemment, nous
aurions aimé que RONA soit un joueur important en Amérique du Nord. Ça, c'était
l'objectif. Mais, comme je disais, RONA, à l'époque, en 2015, faisait face à des défis très
importants, dont l'émergence de deux géants, Home Dépôt et Lowe's, et deux géants qui ont été déterminés à conquérir le
marché principal de RONA, une chose. Deuxième chose, la consolidation de l'industrie. Et, troisième chose, toute la question
de commerce électronique, où, franchement, RONA a eu une position très faible. Donc, Lowe's est arrivée avec une
offre, quoi, 24 $. Nous avons
fait nos analyses depuis des années et des mois, et donc, à ce niveau,
franchement, face à une décision...
Le Président (M. Bernier) :
On va avoir l'occasion d'y revenir, M. Sabia. M. le député Saint-Jérôme.
M. Péladeau :
Merci, M. le Président. Je comprends également aussi, donc, que le président,
bon, en quelque part, a dit, évidemment, participer au développement
économique du Québec et aussi, donc, de la façon dont il a décrit la prise de participation à l'intérieur de RONA,
aussi, a une volonté de maintenir nos entreprises ou nos centres de
décision ici, au Québec, et on ne peut, évidemment, qu'endosser cette
stratégie.
J'aimerais
éventuellement, bien, poser la question au président de la caisse. En ce qui
concerne les investissements, donc,
de la caisse au Québec, bien, ils sont passés de 3,6 milliards en 2013 à
2,5 milliards en 2014 et à 2,2 milliards en 2015. Est-ce que
vous considérez, M. le Président, que la seconde mission de la Caisse de dépôt,
c'est-à-dire celle de participer au
développement économique, donc, a une tendance à la baisse, une forte tendance
à la baisse des participations en capital de la caisse dans l'économie
et dans les entreprises du Québec?
Le Président (M. Bernier) :
M. Sabia.
M. Sabia (Michael) : M. le
Président, notre point de départ est simple, le rendement et le développement économique
du Québec vont de pair, et ce principe nous a guidés depuis
2009. Depuis 2009, nous avons augmenté notre participation ici, au Québec, de
façon énorme, qui est à peu près
maintenant 60 milliards, 60 milliards
de dollars. Et, depuis 2009, nous avons lancé des nouveaux investissements ici, au Québec, de 16 milliards
de dollars, des nouveaux investissements.
Donc,
franchement, M. le Président, donnez-moi un autre exemple d'une telle augmentation, un tel engagement envers le développement économique du Québec.
Donnez-moi un autre exemple soit du gouvernement du Québec ou de n'importe autre investisseur. Donc, nous sommes fiers de
notre participation ici, nous sommes fiers de la performance de nos investissements ici, au Québec, et nous sommes fiers du montant que nous avons
investi maintenant, toujours
guidés par le principe que le développement économique et le rendement vont de
pair parce que ça, c'est la meilleure façon de protéger l'épargne des Québécois,
mais également de profiter de ces épargnes pour augmenter le développement
économique du Québec.
Le Président (M. Bernier) :
Merci, M. Sabia. M. le député de Saint-Jérôme.
M. Péladeau : Oui. Merci,
M. le Président. Effectivement, la caisse s'était résolument engagée dans l'investissement au Québec. Vous avez parlé de 2009, M. le président, mais, malheureusement, je parlais des dernières années, les
années où le gouvernement libéral de Philippe Couillard... Oh! pardon,
excusez-moi, du député de Roberval...
Le Président (M. Bernier) :
...M. le chef de l'opposition.
M. Péladeau : ...le chef de... Pardon, on n'a pas le droit de
nommer les noms. Des fois, ça m'arrive, hein, je suis un nouveau parlementaire.
Mais cette tendance-là est renversée. Alors, je
pense que c'est un fait, là. C'est comptable, là, ce n'est pas discutable, on
est capable de faire la démonstration hors de tout doute.
J'aimerais
parler un petit peu de Bombardier. Donc, justement
dans la perspective de la participation de la caisse à l'intérieur des entreprises québécoises, on a constaté en 2014 que, la participation de
la caisse, donc, elle détenait 47 millions d'actions, là — je
ne veux pas rentrer dans le détail des a puis des b — et
elle a augmenté à 53 millions. Donc, la caisse a un intérêt à
l'intérieur de l'ensemble de l'entreprise, de l'ensemble des actifs. Alors, bien, je voudrais savoir pourquoi
la caisse a investi dans la dernière
transaction dans Bombardier Transport et qu'elle n'aurait pas alors, à ce moment-là, investi dans la compagnie
mère, faisant en sorte de pouvoir également, aussi, capitaliser la filiale transport, mais
aussi, donc, de financer ce que le gouvernement libéral considère à juste
titre comme un joyau, mais dont nous
considérons que cette transaction a été mal ficelée?
Dans le fond, ma question au président de la caisse : Est-ce qu'il considère que les risques étaient
trop élevés si la caisse avait investi, comme le gouvernement a fait,
dans la série C?
Le Président (M. Bernier) :
M. Sabia...
M. Leitão : Peut-être, avant...
Le Président (M. Bernier) : M.
le ministre, oui.
M. Leitão :
...M. le Président et M. le président, juste ajouter que nous aussi, au
gouvernement, nous sommes très fiers
du rôle que la caisse joue au Québec et que, depuis quelques années, les
dernières années, ce rôle, comme M. Tessier l'a bien mentionné dans son ouverture, ce rôle est très actif et très
utile, et nous sommes très fiers que la caisse le fasse de façon
indépendante. Et c'est ça que je veux réaffirmer ici, c'est l'indépendance de
la Caisse de dépôt et placement du Québec dans ses choix d'investissement. Et
nous sommes très à l'aise avec cette indépendance, et nous nous sommes
d'ailleurs... bien discuté ici, en commission parlementaire, lors du projet de
loi n° 38, de la nécessité de maintenir l'indépendance de la caisse, et,
donc, en toute indépendance, la caisse, à notre avis, fait un excellent
travail.
Le Président (M. Bernier) :
Merci. M. Sabia.
M. Sabia (Michael) : Donc, M.
le Président, je suis bien content que le chef de l'opposition a fait référence
à Bombardier dans le contexte de sa question
précédente parce que nous avons décidé de ne pas traiter
l'investissement dans Bombardier Transport comme un investissement au Québec.
Mais, juste pour répondre à votre question
précédente, si on ajoute le montant que nous avons investi dans Bombardier Transport, le niveau d'investissement
au Québec en 2015 s'élève à 4,3 milliards de dollars, qui est un
record. Jamais, jamais vu dans l'histoire de
la Caisse de dépôt. Donc, ce n'est pas une question, selon nous, d'une
détérioration ou d'une diminution de notre
engagement. Et, franchement, le montant investi — même, le montant reste très
impressionnant selon nous — ce n'est pas la seule façon de mesurer notre
impact ici, au Québec. Mais ça, c'est une autre question, et j'espère
que nous aurons l'occasion de revenir à cette question plus tard.
En ce qui concerne notre investissement en
Bombardier, je pense que nous avons fait un bon investissement. Pourquoi? Parce
que nous avons investi dans une société, leur filiale de transport, qui est
bien positionnée...
Le Président (M. Bernier) :
Oui, une dizaine de secondes. Allez-y, M. Sabia.
M. Sabia (Michael) : Combien?
Le Président (M. Bernier) : Il
vous reste à peu près une dizaine de secondes.
M. Sabia
(Michael) : O.K. Passez à une autre question.
Le Président
(M. Bernier) : Parfait. M. le député de Saint-Jérôme, allez-y
avec votre question.
M. Péladeau :
Pas facile, hein, les études de crédits. On demande, d'ailleurs, au gouvernement
de nous donner leur temps pour qu'on pose des questions, mais ils ont
refusé. Alors, j'ai une dernière question très rapide.
Le Président
(M. Bernier) : Le partage du temps.
M. Péladeau :
Donc, dans la transaction de St-Hubert, il semble qu'on ait payé 12 fois
l'EBITDA... Est-ce que vous ne croyez
pas que c'est un petit peu aussi la responsabilité de la caisse de trouver des
partenaires, faire un tour de table
et structurer une transaction? Parce que 12 fois l'EBITDA, ce n'est pas la
mer à boire, là, tu sais. C'est la raison pour laquelle Cara a acheté.
Donc, voilà quelque chose qui va encore nous quitter, et, malheureusement, on
aura laissé de l'argent sur la table. Parce que ça aurait été une très bonne
transaction, par ailleurs.
Le Président
(M. Bernier) : Alors, M. Sabia, allez-y.
M. Sabia (Michael) : Oui. Donc, l'histoire de St-Hubert, il est
important, au début, de comprendre que nous avons bien répondu à la demande du P.D.G. de St-Hubert.
Le P.D.G., M. Léger, il nous a demandé de faire une offre pour une
position minoritaire à 40 %, nous l'avons fait à sa demande. Également,
nous avons travaillé avec d'autres sociétés québécoises,
et, un d'eux, un, MTY, a fait une offre également pour 100 % de la
société. Donc, nous avons répondu à sa demande d'une position
minoritaire. Également, nous avons travaillé avec d'autres sociétés, et ce
consortium a fait également une offre pour 100 %, mais M. Léger a
décidé de vendre sa société à Cara.
Donc,
c'est une société privée. Nous avons répondu à sa demande, nous avons travaillé
avec d'autres organisations, mais,
quand même, pour les raisons que, personnellement, je ne comprends pas
totalement, il a décidé de vendre la société à quelqu'un d'autre. Donc, je pense que nous avons bien répondu à toutes
ses demandes, mais il a refusé notre offre. Donc, dans une telle circonstance, je pense que nous
avons bien répondu à notre mandat. Nous avons proposé toutes sortes de choses pour encourager la transaction que nous
avons proposée, mais, en fin du compte, le propriétaire a décidé de
vendre sa société à quelqu'un d'autre. Donc, ma question, c'est :
Avez-vous une autre idée?
Président (M. Bernier) : Merci. Nous allons revenir du côté
gouvernemental. M. le député de Sainte-Rose.
M. Habel :
Oui. Merci, M. le Président. Permettez-moi de vous saluer et de saluer les gens
de l'opposition officielle, de la deuxième opposition, M. le ministre et les
gens de la Caisse de dépôt et puis les gens aussi qui m'accompagnent sur la
banquette ministérielle, évidemment.
J'aimerais
revenir sur le projet que vous avez présenté à la Caisse de dépôt, division
infrastructures, sur le SLR. Une
offre de service très intéressante : 20 heures par jour, sept jours
sur sept, sur 67 kilomètres de voies doubles, avec plus de 35 millions de passages par année.
J'ai regardé les chiffres aussi de la Banque Nationale qui démontraient
que le Grand Montréal va passer de 2010 à 3,8 millions de personnes à
4,3 millions de personnes en 2031. L'attrait aussi de l'achalandage au niveau des transports de la
région métropolitaine qui a augmenté, de 1996 à 2013, selon le rapport
de l'AMT, de 400 millions à
516 millions. L'achalandage de la STM, qui a aussi augmenté, depuis les
Jeux olympiques, de 300 millions
à 416 500 000. Donc, on voit qu'il y a un grand intérêt pour les
transports collectifs. Et, dans l'offre de service que vous avez sur le tronçon, il y a aussi le
tronçon sur Deux-Montagnes, un magnifique tronçon déjà établi avec une
offre de service très adéquate.
voulais savoir, est-ce que vous seriez ouverts à analyser la possibilité de
bonifier une station supplémentaire sur la région lavalloise? Étant donné que vous changez un peu de paradigme
avec cette offre exceptionnelle, 20 heures par jour, sept jours sur
sept, c'est sûr et certain qu'il y a des dizaines de milliers de Lavallois qui
seraient peut-être intéressés à évaluer cette possibilité.
Le Président
(M. Bernier) : M. Sabia.
M. Sabia
(Michael) : Donc, M. le Président, est-ce que je pourrais inviter
Macky Tall, qui est le P.D.G. de CDPQ Infra, de se joindre à moi à la
table? Est-ce que ça vous va?
Président (M. Bernier) : Consentement? Oui, consentement.
Simplement en vous identifiant et en donnant votre titre.
M. Tall
(Macky) : Oui, Bonjour. Macky Tall, P.D.G. de CDPQ Infra. M.
le Président, en réponse à la question, en fait mon premier commentaire,
c'est que M. le député a bien souligné le défi de la croissance de la demande
dans les réseaux de transport, et il est
important de souligner que, le Réseau électrique métropolitain que nous
proposons, une de ses
caractéristiques, c'est justement de pouvoir accommoder la croissance à
l'intérieur de ce réseau au cours des prochaines années. Il y a une capacité non seulement d'augmenter en 2021 de
65 000 passagers par jour, mais, par la suite, on a la
capacité d'augmenter la fréquence et d'accommoder la croissance.
Sur votre
question, comme M. Sabia le mentionnait un peu plus tôt, nous débutons le
processus de consultation. Donc,
c'est le début de la discussion avec les municipalités, avec les parties
prenantes, et nous serons heureux de regarder, donc, les options et les demandes d'ajout pour
voir ce qu'il est possible de faire concrètement. Ce que nous proposons
est vraiment le système optimisé d'un point de vue technique, économique pour
être faisable dans des délais serrés.
Le Président (M. Bernier) :
Merci, M. Tall. Oui, M. le ministre.
M. Leitão :
...si vous me permettez de prendre un peu de votre temps. Mais j'aimerais
ajouter que quelque chose qui est
important, à mon avis, c'est quel est le rôle du gouvernement du Québec dans
tout ça. Alors, nous, avec une telle proposition
de la part de la Caisse de dépôt et placement du Québec, ça va libérer de la
place à l'intérieur de nos propres programmes
d'investissement public pour faire d'autres choses que nous n'aurions pas pu
faire si c'était le gouvernement qui finançait un tel projet de façon
conventionnelle. Donc, c'est là l'utilité qu'il y a au-delà de ce projet, qui
est très emballant. Mais l'utilité qu'il y a
en plus pour le reste du Québec, incluant la
partie est de Montréal, «by the
way», c'est que ce modèle, ce type de
modèle nous donne les moyens financiers de faire des choses que nous ne
pourrions peut-être pas faire si ce projet prioritaire n'était pas
construit de cette façon-là.
Le Président (M. Bernier) :
Merci. M. le député de Pontiac.
M. Fortin
(Pontiac) : Merci, M. le Président. Puisque je commence, je vais, à
mon tour, saluer les intervenants qui sont avec nous aujourd'hui, les
gens de la Caisse de dépôt, saluer mes collègues des partis d'opposition et
ceux du gouvernement qui ont pris le relais,
M. le Président, au cours de mon absence — j'imagine que j'ai le droit de parler
de ma propre absence — au
cours de la dernière semaine. Alors, je remercie...
Le Président (M. Bernier) :
Félicitations pour votre nouveau-né, monsieur!
M. Fortin
(Pontiac) : Oui, merci. Je les remercie de leur travail. Le député de
Sainte-Rose, je crois, à juste titre, se fait le porte-parole, là, de
plusieurs citoyens de la grande région de Montréal qui ont appris la semaine
dernière la proposition, comme vous le
dites, M. Sabia, la proposition de la Caisse de dépôt et qui ont un grand
intérêt à avoir une bonification du
système de transport en commun partout à travers la grande métropole. Les
citoyens du reste du Québec, comme
ceux dans ma propre circonscription, seront heureux d'apprendre les
commentaires du ministre, qui nous parle de la possibilité de financer
d'autres projets avec les dollars provinciaux qui sont libérés par un tel
investissement.
J'aimerais,
cependant, peut-être revenir sur le bénéfice que peut tirer l'ensemble des
citoyens du Québec — pas ceux
seulement de la grande région de Montréal — du projet que vous nous avez présenté la
semaine dernière. Quand vous étiez ici l'an dernier — je
crois que c'était par rapport au projet de loi n° 38, M. Sabia — vous
nous aviez parlé, évidemment, là, du rôle
premier de la Caisse de dépôt de faire fructifier les avoirs des déposants.
Cependant, vous nous aviez parlé de
la gestion du risque, la gestion du risque qui était importante aux yeux du
député de Rousseau à l'époque, qui parlait
du risque du projet, mais vous, vous nous aviez parlé du risque de ne pas faire
le projet. Donc, maintenant que vous avez
quelque chose de plus tangible à nous présenter, à nous proposer, à proposer
aux Québécois et aux différents paliers de gouvernement, est-ce que vous
pouvez nous parler de l'impact que ça aura pour la diminution du risque pour la
Caisse de dépôt?
Le Président (M. Bernier) :
M. Sabia.
M. Sabia
(Michael) : Donc,
évidemment, nous avons beaucoup, beaucoup étudié toute la question de ce
projet dans le contexte de notre gestion du
risque, qui fait
partie toujours de notre prise de décision d'investissement.
Donc, nous avons fait plusieurs
études. Pas juste des études d'achalandage, mais toutes sortes d'études,
d'ingénierie, toutes sortes de choses, et donc on est arrivé à la
conclusion que le projet est, sur le plan du rendement, potentiellement
intéressant, potentiellement commercial. Également, sur le plan de gestion du
risque, nous sommes à l'aise avec la nature et les caractéristiques
financières, également opérationnelles de ce projet.
Ceci étant
dit, nous avons beaucoup de travail devant nous, mais nous avons fait des
projets qui sont très similaires à ce
projet. Nous l'avons fait, le projet, avec deux partenaires à Vancouver, qui
est une réussite très importante. Nous avons fait deux projets à
Heathrow, à Londres, terminal 5 et terminal 2 : 5, à
5 milliards de livres sterling; et terminal 2, à 2 milliards de
livres sterling. Les deux sont des réussites très importantes.
Également,
nous avons investi avec un autre partenaire dans le développement des hôpitaux
très importants en Australie. Encore une fois, des réussites
importantes.
Donc, grâce à toutes nos expériences, même dans
les investissements dans les systèmes d'eau en Angleterre, où nous avons
reconstruit une infrastructure très importante, nous avons beaucoup
d'expérience maintenant.
Et donc c'est
la raison pour laquelle nous sommes à l'aise et nous sommes convaincus de notre
capacité sur le leadership de Macky
de livrer ce projet. Mais est-ce que ça représente un défi? Oui, bien sûr. Et
est-ce que nous avons beaucoup de travail à faire? Bien sûr.
Le Président (M. Bernier) :
Merci. M. le député de Pontiac.
M. Fortin (Pontiac) : Merci, M.
le Président. Je crois qu'un des défis que vous aviez mentionnés par rapport à l'ensemble du portefeuille de la Caisse de dépôt
et là où le projet que vous nous avez présenté la semaine dernière
pouvait aider, selon ce que vous nous aviez
dit, là, dans le cadre de l'étude du projet de loi n° 38, c'est qu'il y
avait une grande partie...
il y avait beaucoup des investissements de la Caisse de dépôt ou des avoirs de
la Caisse de dépôt qui étaient liés en obligations,
et donc vous vouliez un peu changer le portefeuille. Mais là est-ce que je
comprends qu'avec les différents investissements
que vous venez de me nommer, que ce soit la ligne de transport en commun à
Vancouver, vos investissements dans
l'aéroport Heathrow, les différents hôpitaux... est-ce que vous considérez que
la caisse est mieux placée en ce moment ou qu'elle sera mieux placée à
terme que par le passé?
M. Sabia (Michael) : Votre
question s'adresse à la question de la composition globale du portefeuille?
M. Fortin (Pontiac) : Oui.
M. Sabia
(Michael) : Donc, oui. Je
pense, ça, c'est une priorité très importante. Et Robert a déjà fait
référence ce matin, par exemple, à un
changement qui est tellement important, et ça, c'est l'avenir de notre
portefeuille à revenu fixe. Étant
donné les politiques monétaires qui existent dans le monde, étant donné un
faible niveau de croissance qui existe mondialement,
nous sommes convaincus qu'il faut faire des choses pour renforcer le niveau de...
chercher des nouvelles occasions de rendement soit dans le portefeuille
à revenu fixe, soit dans d'autres portefeuilles.
Une option — et Robert a déjà fait
référence à cette option — est
de continuer à augmenter le portefeuille infrastructures.
Pourquoi? Parce que les infrastructures, par leur nature, elles paient un
rendement stable à long terme et donc
elles ont des caractéristiques financières qui sont presque parfaitement
alignées aux besoins de nos clients, autrement dit, les Québécois.
Et donc c'est
la raison pour laquelle, encore une fois, sous le leadership de Macky, nous
avons augmenté de façon très
importante la taille de ce portefeuille, et donc nous allons continuer à faire
la même chose. Maintenant, nous avons un portefeuille Macky à peu près
13, 14 milliards de dollars, et, d'ici trois, quatre ans, notre objectif
est d'augmenter ce portefeuille jusqu'à peu
près 42, 43, 45... excusez, 30... je m'excuse, je m'excuse, 32, 34... Mon Dieu!
20, 22, 23, 24...
Des voix : Ha, ha, ha!
M. Sabia (Michael) : O.K.
Maintenant, double, double. Ouf! Je pense qu'à 40 c'est beaucoup de travail
pour vous, Macky, oui. Non, mais je suis
toujours prudent. Donc, c'est juste double, la taille du portefeuille parce
qu'il faut trouver d'autres sources
du rendement, étant donné la nature et la situation sur les marchés mondiaux.
Donc, encore une fois, nous avons du travail à faire pour réaliser cet
objectif, mais ce projet et d'autres projets de la même nature, évidemment, ils
font
partie de notre façon d'y arriver.
Le Président (M. Bernier) :
M. le député de Pontiac.
M. Fortin (Pontiac) : Dans nos
discussions sur le projet de loi n° 38, M. Sabia, vous nous aviez
parlé... et je crois, de mémoire, je crois
que c'était à l'initiative du député de Granby, on avait parlé de
l'investissement potentiel du gouvernement
fédéral, et le gouvernement fédéral, à l'époque, qui avait une stratégie
différente de celui actuel, qui était peut-être
plus axée sur les PPP traditionnels. Dans les discussions que vous avez eues ou
dans les observations que vous avez eues, même, avec les différentes
initiatives en investissement du gouvernement fédéral et leur stratégie — du
gouvernement actuel fédéral — qu'est-ce que vous entrevoyez comme
relation avec le gouvernement? Et comment est-ce que vous pensez que ça peut se
dessiner comme partenariat potentiel?
Le Président (M. Bernier) :
M. Sabia.
M. Sabia
(Michael) : Donc, nous avons
débuté des conversations avec le gouvernement du Québec, également avec
le gouvernement du Canada pour présenter le projet, pour discuter de notre
participation, la nature du projet. Et également nous avons débuté dans ce contexte des
conversations sur qu'est-ce que c'est, la meilleure structure, qu'est-ce
c'est, la meilleure façon pour le gouvernement
du Québec ou le gouvernement... les deux, le gouvernement du
Canada, de participer et de partager ce projet avec nous. Notre objectif et
notre idée est de leur donner une occasion d'investir dans ce projet. Et je
mets l'accent sur le mot «d'investir» sur ce projet.
Jusqu'à date,
je pense qu'on a, encore une fois... et, je me répète, nous avons du travail à
faire, mais je pense que la réception
auprès du gouvernement du Québec, également auprès du gouvernement du Canada,
une très bonne réception. Mais, ce
matin, je pense que M. Garneau... ou hier, il était en Alberta, il a fait...
le ministre des Transports du gouvernement du Canada, M. Garneau, il a fait des commentaires assez positifs
par rapport à notre projet. Ce n'est pas une décision, mais il a fait des références et des commentaires
assez positifs. Je ne veux pas parler pour le gouvernement du Québec
parce que ce n'est pas mon métier, pour dire
le moindre, mais je pense que, jusqu'à date, les conversations sont
encourageantes.
Le Président (M. Bernier) :
M. le député de Pontiac.
M. Fortin (Pontiac) : Oui.
Merci, M. le Président. Peut-être une dernière question par rapport au projet
de réseau de transport en commun. On vous a
entendu parler précédemment de l'importance... ou plusieurs d'entre nous
vous avons parlé de l'importance d'avoir un
coût raisonnable pour l'usager, un coût non pas seulement raisonnable
initialement, mais qui demeure raisonnable
au cours des années et au cours des investissements futurs qui peuvent
continuer à avoir lieu quand on entretient un tel réseau. Vous aviez
fait l'engagement d'arriver à l'intérieur de votre plan global... je crois que c'était dans les 12 à
18 mois prochains, d'une structure de coûts pour l'usager. Est-ce que vous
pouvez nous expliquer comment vous
allez vous assurer... En ce moment, avec les données que vous avez par rapport
au projet que vous voulez présenter, comment vous pouvez vous assurer
qu'un coût sera raisonnable pour l'utilisateur?
Le Président (M. Bernier) :
M. Tall.
M. Tall
(Macky) : Oui. Alors, question importante, la façon dont nous allons
nous assurer, c'est avec le travail qui a déjà été fait et qui reste à
faire pour optimiser le système, minimiser les coûts, autant les coûts de
construction que d'opération, donc l'importance du processus compétitif à
venir. Mais l'objectif que nous avons et que nous sommes confiants de
maintenir, c'est d'abord une tarification simple parce que nous voulons
encourager l'utilisation. Donc, premièrement, un réseau qui augmente
significativement l'offre de service, la fréquence, la mobilité. Le deuxième
élément, c'est qu'il soit facile à utiliser.
Donc, l'objectif d'intégration au niveau
tarifaire avec les systèmes, on veut éviter que les utilisateurs aient un, deux ou trois types de transport dans leur
poche, mais qu'ils puissent utiliser le même, et donc nous allons faire
du travail avec la future agence régionale
de transport qui va être constituée selon les plans du gouvernement pour
pouvoir faire cette intégration.
Le deuxième
objectif important, c'est que le coût pour l'utilisateur reste à un niveau
comparable à celui qu'il est pour des
trajets similaires. Et c'est un objectif tout aussi important, encore une fois
dans l'objectif de maximiser l'achalandage et l'utilisation du réseau.
Le Président (M. Bernier) :
Merci, M. Tall. M. le député, il reste environ une minute.
M. Fortin (Pontiac) : Il reste
une minute.
M. Sabia
(Michael) : Je pourrais
ajouter des choses si vous voulez. Si
vous n'avez pas une autre question,
je suis...
Le Président
(M. Bernier) : Oui, allez-y. Allez-y, M. Sabia, ça me
surprenait que... Vous étiez silencieux, ce n'est pas son habitude.
M. Sabia (Michael) : Ce n'est
pas facile.
Le Président (M. Bernier) :
Allez-y, allez-y.
M. Sabia
(Michael) : Non, je voudrais
juste ajouter un élément qui est très important, et ça, c'est tout le
processus d'appel d'offres. Ce processus est
absolument primordial parce que ça, c'est notre façon, notre outil pour gérer
nos coûts, et pour diminuer les coûts, et de maximiser la qualité des
services qui viennent de nos fournisseurs. Et donc c'est la raison pour laquelle nous mettons beaucoup
d'accent sur un processus discipliné,
transparent et hautement
concurrentiel. Nous allons privilégier la
concurrence pour encourager les meilleures offres, et je ne peux pas mettre
trop d'accent sur l'importance de ce
point parce que, dans l'absence d'un processus d'appel d'offres qui est
concurrentiel et intense, je pense que
notre capacité de livrer ce projet à un coût raisonnable, vraiment ça serait
difficile dans l'absence d'un processus d'appel d'offres discipliné,
également aligné aux meilleures pratiques mondiales.
Président (M. Bernier) : Merci, M. Sabia. Nous allons donc
aller du côté de la deuxième opposition avec le porte-parole, M. le
député de Granby. Je vais également balancer les temps, questions et réponses.
M. le député.
Bonnardel :
Merci, M. le Président. Oui, on va essayer de faire ça rapide. M. Sabia,
M. le ministre, tous ceux qui vous
accompagnent, messieurs dames. M. Sabia, j'ai passé au travers du contrat,
donc de l'entente de principe entre le gouvernement
et la Caisse de dépôt, document qui avait été déposé l'année passée. Et, dans
ce document, à la page 12, bon, il
y a l'annexe 2, Partage détaillé des rôles et responsabilités. Il y a sept
étapes dans ce document. On est rendu à quelle étape pour vous, là?
Est-ce qu'on est rendu à l'étape de validation? Avez-vous le document?
M. Sabia (Michael) : Pas devant moi,
mais allez-y, allez-y.
Bonnardel : Bon, ma
question rapide : Est-ce qu'on est rendu à l'étape de validation, donc,
par le comité de gouvernance?
Le Président (M. Bernier) :
M. Tall.
M. Tall (Macky) : Je suis désolé.
Est-ce que vous pourriez répéter la question? J'étais en déplacement, désolé.
Bonnardel : Il y a
sept étapes définies dans le contrat entre le gouvernement et la caisse, sept
étapes précises. Je crois qu'on a passé au travers
de la première étape suite à l'annonce. Est-ce qu'on est rendu à
l'étape 2, qui est celle de la validation par le comité de
gouvernance du cahier des charges préalable du projet?
Le Président (M.
Bernier) : M. Tall.
M. Tall (Macky) : Tout à fait.
Bonnardel : Nous
sommes rendus là?
Bonnardel : O.K.
Premièrement, sur le comité de gouvernance, il y a quatre personnes.
M. Tall (Macky) : Cinq personnes.
Bonnardel : Cinq
personnes? O.K. Parce que, dans le document, à la page 9, on parle du ministère
du Conseil exécutif, qui représente le
premier ministre, le ministère des Finances, Société québécoise des
infrastructures et ministère responsable de l'infrastructure visée.
Pouvez-vous me dire qui siège sur ce comité?
Le Président (M. Bernier) : M. Tall.
M. Tall
(Macky) : En fait, il y a l'organe de gouvernance entre CDPQ Infra, et
le gouvernement, et le comité exécutif,
et non le comité de gouvernance. Sur le comité exécutif, il y a cinq
représentants : trois de la caisse et deux du gouvernement, et
c'est là que le cahier de charges est déposé, non au comité de gouvernance.
Le comité de gouvernance n'est pas un comité du
côté gouvernemental, et c'est le gouvernement, en fait, qui nomme les
représentants pertinents des différents ministères pour faire le suivi des
projets, pour faire l'analyse des documents déposés. Donc, c'est plutôt le
comité exécutif, sur lequel il y a cinq représentants.
Bonnardel : Donc,
M. le Président, M. le ministre, qui siège sur ce comité de gouvernance du côté
du gouvernement?
Le Président (M. Bernier) : M. le
ministre.
Leitão : ...c'est un comité interministériel avec des représentants du
ministère des Finances, du ministère des Transports, ministère du
Conseil exécutif...
Bonnardel : Fort
simple, qui représente le premier ministre? Qui siège? Est-ce que vous avez les
noms?
M. Leitão : Je n'ai pas les noms
avec moi, je ne le connais pas par coeur, mais ça peut se trouver facilement.
Bonnardel :
Bon, ça serait important parce que, selon le document, l'étape 2, c'est le
gouvernement, selon ce que je lis, qui va donner l'aval avant de passer
à la consultation.
M. Leitão : Une fois que la caisse
soit plus avancée dans ce processus de consultation, qu'elle va entamer
maintenant, après ça le projet va revenir chez nous, au gouvernement, pour
qu'on prenne une décision. Mais on n'est pas rendus là encore.
Bonnardel :
Qu'on me comprenne bien, là, le projet comme tel, là, j'applaudis, là. Je veux
juste comprendre où on en est rendu parce que, M. le Président, c'est
bien indiqué, à l'étape 2, comité de gouvernance, et, là-dessus, il y a un
représentant du premier ministre, du ministère du Conseil exécutif. Alors, si
le gouvernement ne sait pas qui siège là-dessus, là, je suis un peu...
Le Président (M. Bernier) : M. Tall,
est-ce qu'il y a possibilité d'éclaircir la question?
M. Tall
(Macky) : Oui. M. le Président, pour bien clarifier et bien répondre à
la question, l'organe décisionnel est le
comité exécutif, et la décision du gouvernement d'aller de l'avant ou non avec
le projet est une décision qui est attendue beaucoup plus tard dans le
temps, qui est une décision qui est attendue, si vous le regardez dans le
calendrier, à l'hiver 2017. Donc, on n'est pas à ce point-là.
Aujourd'hui,
il y a du travail de fait pour valider des hypothèses. Le cahier de charges
préliminaire a cet objectif de s'assurer que le projet présenté, proposé
par la Caisse de dépôt répond bien aux critères qui avaient été identifiés
initialement sur le projet présenté.
Le Président (M. Bernier) : M. le
ministre.
M. Leitão : Peut-être, si vous
voulez, M. le député, je pourrais vous mentionner quelques noms pour ce qui est du comité d'analyse, donc le lien qui se fait entre la Caisse
de dépôt et placement et le côté
gouvernemental. Comme je l'ai dit tantôt, il y a plusieurs sous-ministres
qui siègent à ce comité-là : M. Luc Monty, bien sûr, le sous-ministre aux Finances, M. Luc Meunier, de la Société québécoise des
infrastructures, Mme Dominique Savoie, ministère des Transports, et M. Pierre
Hamelin, du ministère du Conseil exécutif.
Bonnardel :
Bon, excellent. Merci, M. le Président. On revient, M. le président, au projet
comme tel. Pour le 5,5 milliards
que vous avez annoncé la semaine passée, vous parlez de 3 milliards pour
la Caisse de dépôt, de 1,5 milliard pour le gouvernement du Québec,
un possible 1 milliard du côté fédéral. Je regarde encore les étapes de la
démarche, est-ce qu'il y a une date butoir
pour obtenir ce financement du gouvernement provincial, du gouvernement fédéral
avant d'aller plus loin? Est-ce que vous
avez pensé qu'il pourrait arriver qu'au détriment du prolongement de la ligne
bleue... Exemple, on parle de la ligne bleue
à Montréal depuis quelques années déjà. Est-ce que vous avez déjà prévu... Deux
questions : frais de contingence pour ce 5,5 milliards. Et, si
un des deux paliers de gouvernement n'embarquait pas dans le projet, est-ce que
la caisse continue?
Le Président (M. Bernier) : M.
Sabia.
M. Sabia
(Michael) : Non. Si le
financement du gouvernement du Canada ou le financement du gouvernement
du Québec... Pour toutes sortes de raisons,
si soit Québec, soit le Canada décide de ne pas embarquer avec nous, ce n'est
pas notre intention de continuer et essayer
de livrer ce projet. Nous avons besoin... Et nous avons dit la même chose au
début, il y a quoi, 16 mois maintenant, nous avons dit la même chose, mais
ce projet a besoin de la participation du Québec et la participation du Canada.
Le Président (M. Bernier) : Merci.
M. Tall (Macky) : Si vous
permettez...
Le Président (M. Bernier) : Oui, M.
Tall.
M. Tall (Macky) : Le 5,5 inclut la
contingence, et c'est un estimé prudent, oui.
Bonnardel : O.K.
Donc, vous avez, j'imagine, calculé qu'avec le 3 milliards que vous allez
investir, le gouvernement embarque, il y a
un taux de rendement. On vous a posé la question — je pense, c'est Gérald Fillion — puis
je n'ai pas vu le chiffre comme tel. Je me souviens d'autres études des crédits
dans les dernières années, pour assurer la pérennité
des régimes de retraite de nos déposants, on m'a toujours dit 7 %. Alors,
j'imagine que le taux de rendement que vous souhaitiez aller chercher
pour ce projet comme tel doit être au minimum 7 %. Avez-vous un chiffre en
tête? L'avez-vous déjà calculé dans le cahier ou dans le plan d'affaires?
Le Président (M. Bernier) : M.
Sabia.
M. Sabia
(Michael) : Je ne suis pas
en mesure de... Je comprends votre question et je pense que je comprends
pourquoi vous avez posé votre question. Ceci étant dit...
Bonnardel : Il faut
toujours savoir pourquoi.
M. Sabia (Michael) : Donc, ce matin,
nous ne sommes pas en mesure de répondre à votre question, et je vais expliquer pourquoi, et de façon très transparente.
Évidemment, nous avons du travail à faire, mais, franchement, il faut négocier avec le gouvernement du Québec et
également avec le gouvernement du Canada. Donc, ce n'est pas le moment, juste en termes commerciaux, pour nous, ce n'est
pas le moment pour nous de parler publiquement de nos attentes, de nos objectifs du rendement parce que ça fait
partie
d'une stratégie de négociation entre la caisse, le gouvernement du
Québec et le gouvernement du Canada.
Donc, ceci
étant dit, nous avons également dit dès le début que, vers la fin de ce
processus, nous allons présenter le niveau
du rendement. Et, dans les années à venir, nous allons demander à un
vérificateur de vérifier le rendement et de vérifier que le niveau du
rendement est très bien aligné avec le rendement disponible sur le marché pour
assurer les Québécois que notre rendement, c'est juste un rendement égal au
rendement disponible sur le marché. Donc, nous allons présenter le niveau du
rendement, nous allons agir de façon très transparente, mais ce n'est pas le
bon moment pour nous de parler de nos objectifs parce que j'ai une occasion et
également un problème juste à côté de moi.
M. Leitão : Une occasion.
Bonnardel :
...bien comprendre, M. le Président, M. Sabia, la caisse ne mettra pas un sou
de plus au-dessus de 3 milliards. Si vous n'avez pas le montant que
vous souhaitez avoir du fédéral, 1 milliard et 1,5, la caisse ne mettra
pas un sou de plus. C'est ça?
M. Sabia
(Michael) : Votre façon dans
laquelle vous avez posé votre question... Donc, un seul sou, je ne sais
pas. Peut-être, nous avons... Peut-être, I mean... Je pense que, de ma poche
personnelle, je suis en mesure de faire quelque chose, mais...
Bonnardel : On peut passer le panier si vous voulez, là,
mais... Non, mais...
Le Président (M.
Matte) : Je m'excuse, un peu de sérieux, s'il vous plaît. On
peut poursuivre.
Bonnardel :
...question, là, si l'argent n'est pas au rendez-vous...
M. Sabia (Michael) : Oui, mais fondamental, il est
dans le fonds. Et je vais revenir à un point, nous avons fait une
annonce du tracé, du projet, une orientation. Pourquoi? Pour nous donner une
occasion d'ouvrir un processus de consultation.
Donc, nous ne sommes pas en mesure de répondre à 100 % de vos questions,
les questions bien raisonnables. Mais ma réponse est simple et commerciale,
nous avons du travail à faire, et, évidemment, le niveau de notre contribution,
nous allons déterminer, en fin du compte, le niveau de notre contribution. Ça
va dépendre de la nature financière de ce projet. Et, pour mieux répondre à
votre question, nous aurons besoin de plusieurs détails qui ne sont pas
disponibles pour l'instant.
Bonnardel : Alors,
si je vous pose la question où la caisse pourrait aller, vous n'allez pas plus
me répondre.
M. Sabia
(Michael) : Non, parce que je ne peux pas répondre à votre question,
parce qu'encore une fois ça dépend... Si, par exemple, je ne sais pas si, en fin du
compte, le niveau d'achalandage, à la fin de toutes nos études, a
changé, évidemment il y aura un impact soit négatif, soit positif à notre
capacité de financer le projet. Donc, il faut finaliser tous les détails avant
de préciser le montant précis de notre investissement.
Bonnardel : O.K. Merci, M. Sabia. Pour le plan de
financement, est-ce que vous allez augmenter votre dette, ce qui
pourrait peut-être affecter la cote, ou vous allez financer avec vos actifs ce
financement? Une petite explication rapide, comment va se faire ce
3 milliards?
M. Sabia
(Michael) : Non. Non, le financement de ce projet...
Bonnardel :
Par la captation foncière, juste ça ou... Non plus?
M. Sabia (Michael) : Non. Le financement de ce
projet ne va pas demander une augmentation de l'utilisation de leviers de la part de
la caisse, non.
Bonnardel :
Pas du tout?
M. Sabia (Michael) : Non. Évidemment, nous allons, parce
que ça, c'est normal dans un projet
d'infrastructure, nous allons financer ce projet avec une combinaison d'équité
et de la dette. Mais c'est une dette financée en tant qu'investissement, ce
n'est pas un emprunt de notre part.
Bonnardel :
O.K. Vous avez parlé d'appel d'offres international. Vous avez des intérêts
importants dans Bombardier, vous avez des intérêts importants dans SNC-Lavalin.
Est-ce que, dans ces appels d'offres, il y aura minimalement une demande de
contenu québécois, canadien dans ces appels d'offres?
M. Sabia (Michael) : Je vais passer la parole à Macky parce que Macky a participé à plusieurs
processus d'appel d'offres à travers
le monde. Mais notre point de départ, le principe qui nous guide, il faut
développer un processus d'appel d'offres
et une concurrence intense entre les fournisseurs parce que c'est la seule
façon de livrer la marchandise à un coût raisonnable. Et ça, c'est notre point de départ. Ça, c'est la chose que
nous allons maximiser. Donc, oui, ça, c'est notre point de départ. Mais,
Macky, les expériences d'autres...
Tall (Macky) : Oui. Comme Michael le mentionnait, nos expériences,
c'est que les appels d'offres doivent être faits pour maximiser la
compétition, pour minimiser le coût. On parlait du besoin de rentabiliser. Ce
que j'aimerais rappeler également en termes de retombées économiques, elles
sont significatives. C'est un projet de 5,5 milliards, 5 500 emplois, 3 milliards d'impact sur
le PIB. Donc, les retombées au Québec vont être significatives sans, en fait,
cet engagement ou sans spécification sur le contenu à cause de l'importance du
projet de construction.
Bonnardel : M. le Président, je comprends ça, messieurs. On l'a fait pour le contenu éolien, le
gouvernement l'a demandé, là, dans ses futurs
contrats. Donc, vous ne confirmez pas aujourd'hui que, d'aller en appel d'offres international,
vous allez demander minimalement un contenu canadien, québécois.
Ça, c'est un appel d'offres ouvert, puis, peu importe si les trains
partent de l'Espagne en bateau, viennent ici, puis ce n'est pas Bombardier qui
gagne, pour vous, ce n'est pas grave, c'est le meilleur prix, qualité produit
qui va compter, pas de contenu canadien, québécois.
M. Tall
(Macky) : Comme je le disais, en fait, il va y avoir deux appels
d'offres : un pour l'ingénierie, la construction,
la réalisation des travaux; le deuxième, sur les matériels, le
matériel roulant. Dans les deux cas, pour pouvoir maximiser la compétition, minimiser les prix, pour
toute la question de coûts, dont on parlait un peu plus tôt, de
rentabilité, il nous faut le maximiser, mais
on prévoit des retombées économiques significatives au Québec
avec cet appel d'offres et la réalisation des projets.
Bonnardel : Merci,
M. le Président. M. le ministre, le 1,5 milliard que le gouvernement pourrait mettre dans l'aventure va nécessairement être pris sur
la dette. Est-ce que ça pourrait se faire au détriment d'un futur
prolongement de la ligne bleue? Est-ce que vous pourriez, en même temps,
donner le feu vert pour que la ligne bleue du métro de Montréal se fasse?
Leitão : Merci, M. le député. En effet, c'est une bonne question
parce que ça nous permet de clarifier certaines choses. Pour nous, cette
participation-là du gouvernement dans le projet de la caisse, ce n'est pas une
dette, c'est un investissement. Donc, ce
serait de l'équité. On deviendrait partenaire dans ce projet-là à la hauteur de
x pour cent. On est encore un peu loin
de l'étape pour qu'on puisse, comme M. Sabia a dit, préciser exactement combien
à chacun. Donc, nous, ce montant-là serait un investissement et, donc,
serait traité comme un actif pour le gouvernement.
Maintenant,
je pense que c'est aussi une question importante, donc, de mentionner que ce
n'est pas une subvention, qu'il
s'agit d'équité pour... Est-ce que ça va nous empêcher de faire d'autre chose?
C'est là où vous voulez arriver. Non, ça ne va pas nous empêcher de
faire d'autre chose. Au contraire, en finançant cela de cette façon-là, ça nous
permet de maintenir notre PQI au niveau que nous le maintenons, et donc ligne
bleue ou autre projet...
Bonnardel : Merci, M. le ministre. M. Sabia, est-ce que la
caisse a déjà eu des discussions avec soit le maire de Lévis, le maire
de Québec pour le dossier du SRB ou le dossier du troisième lien qu'on souhaite
entre Lévis et Montréal? Vous comprendrez que Québec voit Montréal, et on est
tous fiers de voir ce projet se mettre en place, et tout ça. Maintenant, est-ce qu'il y a eu des discussions dans les
dernières semaines avec le maire de Québec ou de Lévis pour le troisième
lien ou le futur SRB?
M. Sabia
(Michael) : Non, pas encore. Non.
Bonnardel :
Aucune négociation.
M. Sabia
(Michael) : Pas encore.
Le Président (M.
Bernier) : M. le ministre.
Leitão : Mais j'ajouterais aussi, parce que c'est important, dans ce
processus-là, en fin de compte, le rôle de la caisse et le rôle du gouvernement, c'est le gouvernement qui identifie
les projets que nous jugeons intéressants. Après ça, la caisse les analyse, ils peuvent nous dire :
Non, non, ça n'a aucun sens ou, oui, ça pourrait avoir un certain intérêt
pour nous. Mais l'identification initiale,
c'est de notre part, c'est le gouvernement qui identifie que tel projet
pourrait être intéressant pour la caisse, qu'est-ce que vous pensez, M.
Sabia? Et puis il va nous dire oui ou non.
Le Président (M.
Bernier) : Merci. M. le député.
Bonnardel : Merci, M. le Président. La future société ou le
gestionnaire comme tel qui va opérer tout ça... Je sais qu'on avait eu une rencontre avec vous
l'année passée, vous avez piloté... vous étiez à Vancouver, si je ne me
trompe pas, pour la mise en place du SkyTrain Canada Line, et tout ça. Vous
prévoyez une société qui pourrait opérer avec combien d'employés? Est-ce que
vous avez déjà un plan qui est prévu là-dessus pour... Au-delà de la mise en construction, où vous avez parlé de 7 500
employés, là, cette société qui pourrait gérer, est-ce qu'il y aurait un
arrimage avec la STM ou la STM sera complètement séparée du gestionnaire pour
le train électrique?
Tall (Macky) : En fait, il faut souligner qu'il y aura quelques
centaines d'employés pour l'exploitation du Réseau électrique métropolitain,
et ce sera de nouveaux emplois. Donc, l'estimation qu'on fait, c'est qu'en plus
des emplois existants on vient rajouter...
en emplois directs et indirects, l'estimé c'est 1 000 emplois récurrents
avec l'opération du système.
travail que nous allons faire avec l'ensemble des agences de transport,
sociétés de transport, c'est d'optimiser les opérations des systèmes, l'interconnexion, justement pour que les
passagers puissent passer d'un système à l'autre. C'est le travail qu'on
va devoir faire au cours des prochains mois.
Bonnardel : Mais donc ce que vous dites rapidement, c'est
que vous ne pouvez pas confirmer aujourd'hui que l'utilisateur qui
achète un billet de la STM, qui prend le métro pourra l'utiliser pour le
futur...
M. Tall
(Macky) : Au contraire. Non, il y a...
Bonnardel :
Bien, d'un côté ou de l'autre, est-ce que vous pouvez assurer que minimalement
celui qui va acheter le ticket sera capable d'utiliser tout le réseau
montréalais?
M. Tall
(Macky) : La réponse courte, c'est oui.
Bonnardel :
Oui?
Bonnardel :
Bravo!
Le Président (M. Bernier) :
Merci.
Bonnardel : Il m'en
reste encore?
Le Président (M. Bernier) :
Il vous reste encore une minute.
Bonnardel :
De toute beauté. Êtes-vous capable minimalement... Je reviens vite, vite, là,
SNC-Lavalin, vous êtes actionnaire d'importance dans SNC. Vous disiez
tantôt, dans les appels d'offres d'ingénierie, il n'y aura pas spécifiquement dans cet appel d'offres une note quand... Je parle encore, là, de
contenu, d'emplois québécois. Est-ce que SNC pourrait être écartée de cet appel d'offres ou pourrait ne pas
être avantagée parce que vous avez des intérêts importants dans SNC-Lavalin?
Le Président (M. Bernier) :
M. Sabia.
M. Sabia (Michael) : Si vous
voulez...
M. Tall (Macky) : Non, la réponse,
comme nous le mentionnions un peu plus tôt, c'est que ça va être des appels d'offres internationaux pour maximiser la concurrence et, surtout, aller
chercher les meilleures expertises. Et ce sera vraiment la soumission la plus compétitive qui répond bien
aux critères qui va être sélectionnée et, évidemment, étant donné l'emplacement du projet, sa réalisation,
qui va impliquer des ingénieurs québécois.
Le Président (M. Bernier) :
Merci. Nous allons aller maintenant du côté du gouvernement. M. le député de Pontiac.
M. Fortin
(Pontiac) : Merci, M. le Président. Merci. Merci, messieurs, de ces réponses. Je
pense que c'est une discussion quand même importante qu'on vient
d'avoir, tant avec le député de Granby que la discussion qu'on avait commencé à avoir par rapport au projet ou aux
clarifications sur le projet que vous nous avez présenté la semaine
dernière.
Il y a un autre
aspect important. Et, puisqu'on est quand même limité dans le
temps, je pense que c'était important d'y
revenir. On y a touché tantôt avec le chef de l'opposition, mais j'aimerais
parler de la stratégie d'investissement
de la Caisse de dépôt. On a parlé tantôt de simples chiffres, là, avec
le chef de l'opposition, mais j'aimerais savoir si c'est vrai quand on parle que la Caisse de dépôt a investi ou a fait affaire beaucoup avec l'international au cours de l'année
2015. Vous avez investi dans des bureaux au
Mexique, en Inde, et ça a mené à des transactions importantes. Vous avez
parlé tantôt, M. Tessier, d'Eurostar,
Ivanhoé Cambridge. Eux également ont investi de façon assez importante
quand on pense à Bryant Park et à d'autres projets comme ça.
Au-delà des chiffres, cependant, j'aimerais que vous nous expliquiez un peu mieux
la stratégie d'investissement que vous avez simplement. Là, on comprend ce
que vous voulez faire à l'international, M. Sabia. Vous nous avez parlé tantôt que le rendement de la caisse et le développement économique du Québec vont de pair, et je comprends exactement ce que vous nous dites, c'est de l'argent qui
rentre de l'extérieur du Québec dans le bas de laine des Québécois. Mais, pour ce qui est de la stratégie investissement au Québec, j'aimerais que vous nous détailliez exactement
ce que vous recherchez, quel genre de
projets dans lesquels vous êtes prêt à investir,
et peut-être que vous pourriez nous donner un aperçu un petit peu plus
global sur la chose.
Le Président (M. Bernier) :
M. Sabia.
M. Sabia (Michael) : Et donc je
voudrais juste m'assurer que j'ai bien compris votre question. Donc, votre
question s'adresse... la question de notre stratégie d'investissement ici, au
Québec, ou mondialement?
M. Fortin (Pontiac) : Au Québec,
puis on pourra faire le lien après avec le reste.
M. Sabia
(Michael) : O.K. Donc, comme
je disais au début, notre objectif au Québec... Et nous avons plusieurs
objectifs ici, au Québec, mais, selon nous... et je me répète, mais le principe
est tellement important. Et ça, c'est... la meilleure
défense, c'est l'attaque, et donc c'est la raison pour laquelle nous mettons
beaucoup, beaucoup d'accent sur le mot «performance».
Qu'est-ce que
ça veut dire? Donc, notre objectif est de faire des investissements dans les
sociétés performantes pour renforcer
leur compétitivité à l'échelle internationale, d'encourager leur niveau
d'innovation et également d'encourager un processus de mondialisation parce que, selon nous, ça, c'est la
meilleure façon, ça, c'est l'avenir de l'économie québécoise. L'économie québécoise se trouve dans le monde dans
l'avenir, et donc il faut, pour y arriver, pour réaliser cet objectif,
il faut encourager nos entreprises de
s'installer à l'international. Et selon moi, selon nous, ça, c'est un objectif
absolument fondamental.
Également, nous
mettons beaucoup d'accent sur le développement des nouvelles entreprises. On ne
peut pas juste penser aux fleurons des
années 80, il faut développer des nouveaux fleurons, des nouvelles entreprises,
les champions du Québec pour l'année 2030 et 2040. Et donc, sous le leadership
de Christian, c'est la raison pour laquelle, maintenant, nous faisons des investissements par, exemple, dans Moment Factory, dans Ad Energy, dans D-Box,
dans Lightspeed, plusieurs sociétés québécoises pleines de potentiel, capables de s'installer à l'extérieur du Québec, capables de s'installer à l'échelle internationale.
donc c'est toutes ces questions. Donc, nous mettons... Et je vais passer la
parole à Christian maintenant,
mais cette question de mondialisation,
d'innovation, développement des nouvelles entreprises, ça, c'est notre
façon de contribuer au développement économique du Québec, mais, en même
temps, de générer le rendement nécessaire pour répondre aux besoins de nos
clients. Donc, les deux vont de pair, comme je disais au début.
Président (M. Bernier) : Donc, consentement pour que M. Dubé puisse prendre la parole. M.
Christian Dubé, en donnant votre titre, s'il vous plaît.
Dubé (Christian) : Alors,
Christian Dubé, premier vice-président Québec pour la Caisse
de dépôt. Très heureux d'être
ici ce matin.
Peut-être rappeler
quelques éléments de la stratégie Québec, qui est en place quand même depuis un
certain temps, M. le Président. On a parlé de supporter et d'appuyer la croissance des entreprises
et l'innovation. Ce qu'on a bien compris au cours des
dernières années à la caisse, c'est qu'on avait une très belle réputation de
supporter les grandes entreprises. On a parlé tout à l'heure des WSP et des
SNC, mais ce qui est important pour la caisse dans son mandat, c'est d'appuyer
aussi les plus petites entreprises parce que c'est peut-être eux autres qui ont
plus de difficultés à aller à l'international.
Alors,
ce qu'on a fait au cours des dernières années, c'est rencontrer ces investisseurs-là et demander c'était quoi, leur plus grand défi. Et leur plus grand défi à
ces entreprises-là, c'est un défi de croissance à l'extérieur du Québec.
Parce qu'on le sait, un des enjeux, c'est
que l'économie au Québec, elle est quand même assez sous pression. Puis, si ces
gens-là veulent être capables d'augmenter
leur chiffre d'affaires, faire grandir leur entreprise, ils doivent aller à
l'extérieur du Québec. Donc, souvent,
le financement ou l'appui financier à ces entreprises-là est difficile parce
que vous prenez un risque extérieur à l'entreprise.
Alors,
nous, ce qu'on a identifié, c'est lesquelles entreprises qui avaient besoin de
cet appui-là. Alors, l'exemple que M.
Sabia donnait tout à l'heure, Moment Factory, pour moi, c'est un bel exemple.
C'est une entreprise qu'on a identifiée comme étant un fleuron futur,
qui a une très belle taille, qui a montré de son expertise à l'intérieur d'un
secteur de la créativité, des jeux vidéo,
etc., mais qui avait de la misère à avoir des projets porteurs récurrents à
l'extérieur du Québec, mais de façon
permanente. Alors, nous, on les a appuyés à financer des projets. Pour ceux qui
ont eu la chance d'aller dans des
aéroports, je prends l'exemple de l'aéroport de Los Angeles, bien, ces gens-là
ont investi énormément d'argent dans un projet qui peut rester trois ans, quatre ans, cinq ans à l'intérieur de
l'aéroport. On parle de plusieurs millions de dollars, mais, pour une petite entreprise, supporter un projet
comme ça à long terme, c'est difficile. Alors, c'est un exemple d'appui
qu'on a fait.
L'exemple
d'Ad Energy, je le donne parce que c'est un exemple assez récent. C'est dans le
secteur des bornes électriques, les
bornes électriques pour les voitures électriques. Ad, c'est une petite
entreprise de Québec, toute petite, mais avec un potentiel énorme. Ils viennent de faire un «bid» en Ontario pour
faire exactement la même électrification qui s'est faite au Québec.
Alors,
on a identifié des secteurs très précis où les entreprises sont innovantes, et
on peut les sortir du Québec pour qu'elles deviennent des moteurs de
développement ici.
Le Président (M.
Bernier) : M. le député.
M. Fortin
(Pontiac) : Donc, juste peut-être une clarification avant de passer la
parole à mon collègue de Laval-des-Rapides,
qui a des questions également, là. Parce que la discussion que vous avez eue
tantôt avec le chef de l'opposition a
pu porter à croire que c'était : ou on investit au Québec ou on investit à
l'étranger. Ce n'est pas exactement ça que vous êtes en train de me
dire, là, mais pas du tout. C'est ça?
Dubé (Christian) : Pas du
tout. Puis je pense que ce qui est important aussi, c'est de bien
expliquer comment ce que nous, on
appelle le réseau de la caisse peut être instrumental pour ces entreprises-là. Il faut
se rappeler que, dans les dernières
années, sous la direction de Michael et toute l'équipe de direction, la caisse
a développé ses bureaux à l'étranger. Et elle l'a fait pour une raison
très fondamentale, c'est bien connaître les marchés dans lesquels elle investit
pour fins d'investissement avec l'équipe de Roland. Mais on a un double
bénéfice de, maintenant, cette connaissance-là des marchés. Lorsqu'on arrive avec ces
plus petites entreprises là, on peut leur offrir de les appuyer dans leur développement.
a un exemple que vous pouvez voir dans notre rapport annuel. Cet exemple,
c'est l'exemple de D-Box, dont on parlait. D-Box, c'est les fameux
fauteuils de cinéma. Bien, D-Box, grâce au groupe immobilier, où Sylvain est
ici aujourd'hui, ces gens-là... le groupe immobilier Ivanhoé
Cambridge, qui est à Shanghai et dans plusieurs pays, en Chine, a aidé D-Box à se positionner dans des salles de cinéma en Chine. Il
s'ouvre 6 000 salles de cinéma
en Chine par année. Alors, pour un
joueur comme D-Box, qui était pris dans un marché plus petit, Québec,
l'Ontario, d'avoir un partenaire comme
la caisse qui le supporte et qui l'amène dans des pays comme la Chine pour se
développer, il y a un double effet : un effet qui est intéressant
pour nous parce que l'investissement va être amélioré, et ça donne un réseau
international fantastique pour une
entreprise québécoise qui veut exporter. Alors, c'est l'exemple de combinaisons
et de maillages qu'on fait avec ce genre d'entreprise là.
Le Président (M. Bernier) :
Merci, M. Dubé. M. le député de Laval-des-Rapides.
Polo : Merci. Merci beaucoup, M. le Président. J'aimerais revenir, M.
le Président, puis en ayant la présence de M. Dubé également, mais avec M. Sabia, sur la situation des
sièges sociaux au Québec parce qu'il a été interpelé en rafale un peu plus tôt, là, dans nos échanges, surtout de
la part du chef de l'opposition, et je pense qu'il mériterait d'avoir un
peu plus de temps pour élaborer ses réponses à...
Cependant, M.
le Président, j'aimerais quand même faire un préambule pour expliquer lorsque
notre collègue la ministre de
l'Économie... Le P.D.G. de la Caisse de dépôt fait mention que le Québec est
plus un prédateur, au niveau économique, au niveau des entreprises et au
niveau des acquisitions, qu'une proie. J'aimerais vous souligner ou vous soulever quelques statistiques à ce niveau-là.
Depuis 2010, les sociétés québécoises ont fait 258 transactions pour
acquérir des compagnies ou des entreprises à l'extérieur du Québec, alors que,
le contraire — on
parle, donc, des entreprises étrangères ou de
l'extérieur, non québécoises, qui ont acquis des sociétés québécoises — on parle de 85 rachats
d'entreprises québécoises.
En termes de
valeur de ces transactions-là, on parle... Parce que, dans certains cas, il y a
certaines transactions dont la valeur
n'est pas rendue publique. Donc, sur les 258 transactions, on parle de
177 transactions dont la valeur a été rendue publique,
520 millions, en moyenne, de dollars, pour la transaction moyenne, pour
une valeur totale de 92 milliards — là, on parle depuis les cinq
dernières années — pour
acquérir des sociétés à l'étranger. Maintenant, à l'inverse, l'acquisition de sociétés québécoises par des sociétés non
québécoises, on parle de 53 transactions dont la valeur est connue, 400 millions de dollars en
moyenne, pour une valeur totale de 21 milliards. Donc, ça donne un ratio,
à peu près, là, de un pour quatre ou,
si on peut dire, quatre fois plus en termes de valeur de transactions
d'entreprises québécoises à l'étranger.
Je vous
invite peut-être à élaborer, justement, sur vos actions, votre philosophie,
votre vision face à ça. Bien sûr, le contexte,
c'est toujours déplorable de voir une entreprise comme RONA, disons, négocier
une entente avec Lowe's. Ceci dit, on
l'a répété — malgré
les critiques de l'opposition, on l'a répété — c'est clair qu'il faut avoir une attitude de
vigilance comme élus, comme membres du
gouvernement, il faut toujours s'inquiéter des emplois, des répercussions au
niveau des emplois basés au Québec,
mais, dans le cas... Et je pense qu'on a évoqué un peu la situation dans le cas
des appels d'offres. Dans le cas où c'est une négociation, c'est une
annonce négociée, travaillée, préparée et, par la suite, annoncée conjointement
entre deux sociétés, c'est difficile, à ce moment-là, d'avoir une intervention.
Et je fais un
dernier point en faisant le parallèle aussi avec la présentation de l'Autorité
des marchés financiers, qui, la
semaine dernière, sont venus également à l'étude de crédits et nous ont
expliqué certaines mesures qu'ils ont mises en place, justement, pour aider nos sociétés québécoises, surtout dans le
cas d'offres publiques d'achat hostiles, surtout les aider en étirant un peu les délais pour leur donner un
peu plus le temps de se prévaloir, ce qui était le cas de RONA en
2012... À l'époque, lorsque Lowe's avait
fait une offre publique d'achat hostile, ces mécanismes-là n'existaient pas à
l'époque, et c'est pour ça qu'il y avait eu tout un mouvement, toute une
mobilisation de différents acteurs gouvernementaux, publics, du monde
économique également.
Donc, M. Sabia, peut-être élaborer un peu
plus sur ce point-là également.
Le Président (M. Bernier) : M. Sabia.
M. Sabia (Michael) : Je vais faire
juste un bref commentaire et, ensuite, je vais passer la parole à mon ami Christian. Et je vais répondre à votre question à
50 000 pieds, qu'est-ce que...
Et moi, je vais parler juste de ma perspective. Le mot est «ambition». Nous avons besoin d'une ambition pour l'avenir de
l'économie québécoise, et c'est la raison pour laquelle j'ai dit au début : C'est l'attaque qui compte, ambition, confiance, capacité de
gagner contre les meilleurs au monde. Parce que le monde est exigeant,
le monde est excessivement exigeant, donc il faut bâtir des entreprises
performantes fondées sur une confiance
absolue dans leur capacité de compétitionner avec les meilleurs au monde. Et,
dans le fond, dans le fond, ça, c'est
l'objectif qui nous inspire, de renforcer le niveau
d'ambition des sociétés québécoises et de travailler avec ces entreprises
qui ont beaucoup d'ambition, beaucoup de confiance, beaucoup de capacité de
gagner sur les marchés mondiaux.
Et, franchement, notre projet d'infrastructure, le
projet que nous avons proposé vendredi dernier, ça reflète — c'est la même chose — cette ambition d'essayer de faire quelque chose qui est, oui,
difficile, mais nécessaire, qui va payer des dividendes importants. Parce que, dans le fond, un autre objectif de ce
réseau d'infrastructures, ce n'est pas juste un réseau
d'infrastructures, ce n'est pas juste les trains, mais ça contribue à la
vitalité d'une ville, une ville qui est hautement importante pour l'avenir du
Québec. Pourquoi je dis ça? Parce que, si Montréal est une société vraiment
vivante, dynamique, fluide, ça rend plus
facile le développement des nouveaux sièges sociaux, ça rend plus facile le
développement des nouvelles entreprises parce que ça rend la ville plus
attrayante à l'échelle internationale.
Donc, il y a
tout un ensemble de facteurs, selon moi, qui va revitaliser l'économie
québécoise. Mais Christian...
Le Président (M. Bernier) : M. Dubé.
M. Dubé
(Christian) : J'aimerais donner peut-être deux exemples si vous
permettez, M. le Président, parce que, tout à l'heure, j'ai expliqué,
pour nous, dans notre stratégie, que c'était important d'être à tous les
niveaux de l'écosystème. On était beaucoup
dans la grande entreprise, j'ai parlé de la petite entreprise. Lorsqu'on parle
de la grande entreprise, je pense que
les gens réfèrent à des dossiers comme WSP ou SNC, qu'on a appuyées à faire de
l'exportation. Laissez-moi vous donner un exemple de moyenne entreprise où on
peut créer des sièges sociaux importants.
vous donne l'exemple de Lightspeed, on en parle dans notre rapport annuel cette
année. Lightspeed, il y a cinq à six
ans, une nouvelle entreprise, un jeune brillant qui est venu de Vancouver
s'installer à Montréal avait à peu près une trentaine d'employés à la gare Viger. Cette
entreprise-là, aujourd'hui, après plusieurs investissements de
l'écosystème du financement à Montréal,
compte près de 400 employés à Montréal, à l'ancienne gare Viger. On a
investi l'automne dernier dans cette
entreprise-là pour lui permettre de faire des acquisitions à l'étranger dans le
secteur du numérique. C'est-à-dire que
c'est une entreprise qui a développé par elle-même et avec d'autres groupes un
système informatique pour les petites entreprises. Ce qu'elle permet de
faire maintenant, à l'ère du numérique, qui est très important, du «big data»,
tout ce qui est important pour Montréal et toute l'expertise qu'on peut avoir à
Montréal pour développer ces entreprises-là à l'externe.
Maintenant, les 400 employés contrôlent des chiffres d'affaires, dans les
20 000 clients de l'entreprise, au-dessus de 10 milliards
de chiffre d'affaires. Et ça, c'est une entreprise de Montréal qui est en train
de faire des acquisitions à l'étranger, la dernière étant, il y a quelques
mois, en Europe.
Alors,
je pense que, dans notre rôle, la stratégie Québec, oui, effectivement, on peut
avoir, comme Michael vient de le
dire, une stratégie excessivement ambitieuse de supporter les champions. Notre
défi, c'est de trouver ces champions-là et, surtout, de bien identifier
dans quel secteur nous pouvons les appuyer pour faire un développement ici, à
Montréal, qui crée des emplois au siège social, mais qui donne aussi cette
expertise-là et cette vision sur le monde, et je pense que Lightspeed est un
bel exemple de ce qu'on peut faire pour les appuyer à Montréal.
Le Président (M.
Bernier) : Merci. M. le député de Sainte-Rose, vous aviez une
autre question?
M. Polo :
Laval-des-Rapides.
Le Président (M.
Bernier) : Laval-des-Rapides, excusez. Ah! il est parti.
Polo : O.K. Merci. Merci, M. le Président. Juste un petit commentaire.
Effectivement, je salue les commentaires très positifs et, surtout, la photographie positive et, surtout,
ambitieuse de M. Sabia et de M. Dubé à ce niveau-là. Ça fait changement des propos très négatifs du chef de
l'opposition, qui dépeint une vue ou, si on peut dire, un chemin très négatif, à
savoir qu'on laisse aller et on ne s'inquiète pas de la situation
des sièges sociaux québécois. Et, à ce
niveau-là, effectivement, il ne faut pas juste penser à notre Québec inc. d'aujourd'hui, mais il faut, justement, préparer le Québec inc. de demain. Et c'est là que je trouve très
rassurant, lorsque vous parlez de Dax Dasilva, le P.D.G., justement,
de Lightspeed, ou comme L.-P. Maurice également, chez Busbud, une autre
start-up qui, justement, est dans la continuité de tout cet écosystème qui n'existait pas, il y a 15 ans,
au Québec et qui, aujourd'hui, grâce à votre soutien et à
différentes initiatives également de soutenir l'entrepreneuriat... Et on l'a vu également
au niveau de l'indice entrepreneurial québécois.
Je pense que le chef de l'opposition
est bien conscient de ça, il a été président de la Fondation de
l'entrepreneurship du Québec. Donc, je salue ce discours-là.
Président (M. Bernier) : Sur ces salutations, nous allons
passer du côté de l'opposition
officielle. M. le député de Saint-Jérôme.
Péladeau : Merci, M. le Président. J'ai bien apprécié, M. le Président, donc, le recours à l'ambition. Je me disais : Il va peut-être
même éventuellement avoir recours à Danton et de dire : De l'audace,
encore de l'audace et toujours de l'audace.
Mais
ma question est simple, M. le
Président : Est-ce que vous
croyez que la caisse a rempli sa mission de protéger le maintien des
sièges sociaux ici, au Québec?
Le Président (M.
Bernier) : M. Sabia.
M. Sabia (Michael)
: Ma réponse, M. le Président, notre mission est de faire deux choses en
même temps, de contribuer au développement économique du Québec et également de générer... Je pense que, dans notre mission
dans la loi, c'est de générer le rendement optimal. Et donc, selon moi, ma
réponse, sans équivoque, c'est : Oui, nous avons contribué de façon importante au développement
économique du Québec.
Et nous avons déjà, ce matin, parlé de plusieurs exemples, de WSP, d'Agropur, de CGI, de soit SNC,
de Couche-Tard, de Lightspeed, toutes sortes d'exemples. Ce matin, vous avez vu dans la presse, ce matin, le P.D.G.
d'une société qui s'appelle Spectra Premium qui a choisi la caisse, qui
a choisi la caisse par rapport aux offres supérieures en termes, apparemment,
purement...
Le Président (M.
Bernier) : Merci, M. Sabia. Nous allons passer à une autre
question.
M. Sabia (Michael)
: ...juste au début.
Le Président (M.
Bernier) : Oui, mais c'est parce que, le temps étant limité,
j'essaie de balancer les temps question-réponse, M. Sabia. Je sais que ce n'est pas
juste, mais, si vous aviez à témoigner au salon bleu de l'Assemblée
nationale, c'est encore pire, c'est encore pire.
M. Péladeau :
Imaginez, M. le Président, on a une minute, nous, pour poser une question.
Le Président (M.
Bernier) : M. le député de Rousseau.
Marceau : Oui, merci. Merci, M. le Président. Alors, bonjour,
messieurs, M. Sabia, M. le ministre. Bonjour, tout le monde.
Je vais vous parler de paradis fiscaux. Vous
savez, M. Sabia, que l'Assemblée nationale a voté à l'unanimité une motion... Il y a une dizaine de jours, alors,
tout le monde ici, là, tous les parlementaires, on a voté en faveur
d'une motion demandant au gouvernement du
Canada de revoir la
loi sur l'impôt et les règlements pour que soit fermé
l'accès à un paradis fiscal qu'est la
Barbade, et j'imagine que la caisse reconnaît que plusieurs entreprises
canadiennes, québécoises se créent des filiales à la Barbade dans le
seul but d'éviter de payer des impôts au Canada, au Québec, j'imagine.
Bon, évidemment, la caisse, elle, ne paie pas
d'impôt. Elle ne pratique pas l'évitement fiscal, la caisse, c'est évident, ni... en tout cas, certainement pas de
façon directe. Cependant, la caisse investit et elle fait des placements
dans des entreprises, et certaines d'entre
elles... on n'en a pas la preuve complète, mais certaines d'entre elles ont des
filiales à la Barbade, entre autres,
que nous autres, tous ici, là, on a décrété qu'il y avait un problème. Et la
caisse investit beaucoup dans des
entreprises qui ont des filiales à la Barbade, pas rien qu'un peu, là, je vais
vous donner quelques chiffres. Puis je veux être clair, je ne suis pas en train de dire que ces entreprises-là sont
toutes coupables d'évitement fiscal, tout simplement dire : Il y a
quelque chose quand même là-dedans.
Je vais vous dire les chiffres. Les placements
de la caisse au 31 décembre dans des entreprises ayant des filiales à la Barbade... Puis ça, c'est une liste
que j'ai faite moi-même rapidement en fouillant dans les renseignements.
Je n'ai pas fait la liste exhaustive,
évidemment, de toutes les entreprises dans lesquelles la caisse investit, et
donc c'est un peu injuste pour celles
que je nomme et celles que je ne nomme pas. Mais, Banque Royale, vous avez
2,5 milliards; Banque TD, vous avez 2,5 milliards; la
Laurentienne, vous avez 336 millions; Scotia, vous avez 1,8 milliard;
BMO, vous avez 234 millions; CIBC, vous
avez 185 millions. Donc, seulement dans les banques ayant des filiales à
la Barbade, que nous autres, tous ici, on a décrété que c'était un
problème, il y en a pour 7,6 milliards.
Mais,
évidemment, il y a d'autre chose que des banques, j'en ai trouvé
d'autres : Brookfield Asset Management, 266 millions; Suncor
Petro-Canada a une filiale à la Barbade, vous avez un placement de
800 millions; et Loblaws — je vais finir par lui — Loblaws, vous avez 880 millions. Ils
ont une filiale à la Barbade, puis je pense qu'il n'y a pas grand monde
ici qui doute du fait qu'ils ne vendent pas beaucoup de brocoli à la Barbade,
chez Loblaws. 880 millions. Et Loblaws,
dans ce dernier cas là, on le sait, ils sont en chicane avec le fisc canadien.
L'Agence du revenu du Canada reproche à Loblaws d'avoir contourné les
lois fiscales, et donc il y a un conflit présentement.
Alors, deux, trois questions avec cette longue
introduction. La première, c'est : Est-ce que la caisse fait des vérifications pour s'assurer qu'elle ne place pas
de l'argent dans des entreprises utilisant les paradis fiscaux pour
éviter de payer des impôts? Parce qu'encore
une fois le rendement de ces entreprises-là, le fait qu'elles puissent être
attractives pour vous puis qu'elles aient de
bons rendements, ça peut venir du fait qu'elles ne paient pas beaucoup d'impôt,
et donc vous, vous faites de
l'argent. Mais, de l'autre côté, la personne qui est à votre gauche en fait pas
mal moins. Alors, la question, donc : Est-ce que vous faites des
vérifications? Est-ce que vous vous assurez que les entreprises ne sont pas en
train de contourner les lois fiscales du Québec ou du Canada?
Le Président (M. Bernier) :
M. Sabia.
M. Sabia
(Michael) : Donc, je vais faire
quelques commentaires et, ensuite, je vais passer la parole à notre chef
de la direction financière, Maarika Paul, qui est à côté de moi.
Donc, il faut clarifier des choses parce que
j'ai lu dans les journaux plusieurs commentaires qui viennent de l'opposition la semaine dernière et la semaine
précédente sur cette question, et nous prenons au sérieux, très au
sérieux cette question parce que c'est quelque chose qui soulève des questions
assez importantes de l'intégrité de notre institution. Donc, évidemment, selon nous, l'évasion et les pratiques fiscales
agressives sont, oui, un problème important dans le monde. Vous voyez tout cet exemple de Panama Papers.
Donc, évidemment, la question est une question importante, et c'est la
raison pour laquelle, et depuis longtemps, nous appuyons et nous travaillons
avec le G20, également l'OCDE pour développer
plusieurs initiatives pour répondre à ce problème, notamment leur initiative
qui vise les sociétés multinationales qui font de l'arbitrage entre les
lois fiscales de divers pays. Donc, ça représente une priorité importante du
G20 et de l'OCDE, et, avec notre appui, et
nous sommes... nous travaillons avec ces deux grandes institutions pour
répondre à cet enjeu. Mais
laissez-moi dire clairement, parce que je ne suis pas à l'aise avec les choses
que j'ai lues dans les journaux : La Caisse de dépôt et placement
du Québec ne fait pas de l'évasion fiscale, point à la ligne.
M. Marceau : ...je vais vous
arrêter là...
Le Président (M. Bernier) :
Oui, M. le député de Rousseau.
M. Marceau : Excusez-moi, là,
il n'y a personne qui vous a accusés d'avoir fait de l'évasion fiscale, là, j'espère que c'est clair, malgré les propos
peut-être... En tout cas, disons, l'échange qu'on a eu à l'Assemblée
nationale, la personne à votre gauche et
moi, n'a peut-être pas été parfaitement clair, il n'y a personne qui vous
accuse de ça, pas plus moi que
personne ici, autour de la table. Moi, ce que je me demande, c'est :
Est-ce que vous n'allez pas chercher un rendement supplémentaire en
investissant dans des entreprises qui, elles, pratiquent de l'évasion fiscale
ou de l'évitement fiscal? Puis je ne suis
pas en train de vous blâmer de le faire, mais vous avez un portefeuille très,
très large. Vous le savez, les Panama Papers, c'est des centaines, des
milliers d'entreprises. Est-ce que vous êtes capables d'éviter d'investir dans des entreprises qui se servent des paradis fiscaux
pour réduire leurs impôts? C'est une question très simple et très claire.
Puis je ne vous blâme pas de le faire, tout
le monde le fait. Je veux juste savoir si vous, vous êtes conscients de ça,
reconnaissez ce problème-là, question très simple, là. Je
ne suis pas en train de vous dire que vous, vous faites de l'évasion fiscale,
je suis certain que vous n'en faites pas, là. Vous n'en payez pas, d'impôt, de
toute façon.
Le Président (M. Bernier) :
M. Sabia.
M. Sabia (Michael) : Oui. O.K. Donc, ça
représente des progrès. Bon. Donc, Maarika, voulez-vous parler de notre processus
et la rigueur de nos processus d'investissement sur cette question?
Le Président (M. Bernier) : En vous
identifiant, s'il vous plaît. En donnant votre titre, madame.
Mme Paul (Maarika) : Oui, bonjour.
Maarika Paul, je suis chef de la Direction financière à la Caisse de dépôt.
Le Président (M. Bernier) : Allez-y,
Mme Paul.
Mme Paul (Maarika) : Alors, justement,
pour revenir à ça, la caisse a une politique de gestion de la fiscalité, justement,
qui implique beaucoup d'aspects. On couvre, justement, qu'on veut s'assurer
qu'on respecte toutes les lois et règlements en place dans tous les pays où on
investit. Non seulement l'objet des lois, mais également tout l'esprit des lois
fiscales qui sont en place. On s'assure également que tous nos gestionnaires
soient bien au courant de la politique, les directives de la caisse à propos de
ça. On assure également... On a une équipe légale et une équipe juridique qui
travaillent, justement, à nos équipes d'investissement pour s'assurer, avant
que les investissements soient faits, qu'on a revu les structures fiscales en
place, etc., et, avant de faire des investissements, justement, nos équipes
fiscale et juridique attestent, justement, la conformité des structures
fiscales qu'on met en place. On fait également une mise à jour à toutes les
années à notre comité d'audit de la caisse, qui prend très au sérieux le fait
qu'on suit les règles, etc., en place.
On assure également... Je pense, il faut
regarder au-delà aussi de, justement, la place de constitution de beaucoup de
ces entités-là parce que nous, quand on investit dans des juridictions, ce
n'est pas pour, justement, faire du «treaty shopping» ou d'autre chose, là, on
est justement là... On ne paie pas d'impôt ici, on veut éviter une double
imposition.
M. Marceau : O.K. Je vais vouloir
clore ce sujet-là parce que je veux aborder un autre sujet qui est aussi
important pour moi. Moi, j'entends votre réponse que vous avez, donc, des gens
qui vérifient la conformité fiscale, puis je suis certain que votre volonté,
c'est... Puis elle est très claire, puis je ne doute pas de cette volonté, là,
que votre volonté, donc, c'est évidemment d'investir dans des entreprises les
plus «legit» possible, qui ont les meilleurs processus, qui paient leurs
impôts, je suis certain de ça.
Cela étant, je pense que les révélations qu'on a
tous apprises ces dernières semaines, ces derniers mois et ces dernières années
laissent penser que le phénomène est beaucoup plus généralisé qu'on le pensait.
Puis, en fait, c'est un appel que je vous fais pour l'instant, puis peut-être
qu'on aura l'occasion d'y revenir, là, mais là l'appel que je vous fais, c'est
de renforcer encore plus ces mécanismes de conformité puis de réfléchir à une
révision de la politique de placement, carrément, à une révision à la politique
de placement. Évidemment, je ne parle pas de choses qui se feraient
drastiquement, mais de choses qui se feraient graduellement, de façon à se
sortir graduellement de toutes ces entreprises, c'est ça, qui pratiquent de
l'évasion fiscale ou de l'évitement fiscal. Et vous ne seriez pas des
précurseurs en le faisant parce que d'autres, des fonds souverains le font, ce
que je vous dis. Mais c'est un souhait. Puis je répète, je ne suis pas dans le
monde du blâme, je suis dans le monde de comprendre puis de savoir ce qui se
passe, puis surtout je voudrais qu'on révise puis qu'on arrive à mieux.
Mme Paul (Maarika) : Je pense, si je
peux commenter...
Le Président (M. Bernier) : Allez-y,
Mme Paul, oui.
Mme Paul (Maarika) : Justement, M.
le Président, si je peux commenter, justement on travaille en étroite
collaboration, justement, avec l'OCDE et tout le travail qui se fait autour de
BEPS avec nos collègues dans d'autres caisses de retraite non seulement au
Canada, mais ailleurs dans le monde, justement pour s'assurer que des bonnes
pratiques sont mises en place à travers cette base de travail qui se fait.
Le Président (M. Bernier) : Merci.
M. le député de Rousseau.
M. Marceau : Je ne doute pas de
votre bonne volonté, je veux simplement m'assurer que tout le monde est
conscient aussi en même temps.
O.K. Je veux vous parler du train électrique.
Moi, j'aime les trains électriques, j'en avais un quand j'étais petit. Vous,
vous allez m'en offrir un très gros. Je vais commencer par une question très
simple...
M. Sabia (Michael) : ...un autre nom pour
ce projet parce que j'adore Bruce Springsteen, et donc je pense maintenant...
Je m'excuse parce que c'est en anglais, mais j'adore la possibilité de «E
Train». En tout cas.
M. Marceau :
C'est bon. Je pourrais être d'accord avec ça.
Je vais
commencer par le rendement. Bon, les infras, si je prends votre rapport annuel,
page 49, sur les infrastructures, en
tout cas certainement à l'international, rendement sur quatre ans, proche de 10, 9,8;
l'année passée, 6,6. L'indice, lui, sur quatre ans est à quasiment 13,
12,9. C'est quoi, le rendement que vous attendez sur le REM?
Le Président (M. Bernier) :
M. Sabia.
M. Sabia
(Michael) : J'ai déjà
répondu à cette question parce
que M. Bonnardel a posé la même question.
Donc, comme je disais, je vais passer la parole à Macky pour parler un peu de
la performance de son portefeuille, dont nous sommes
très fiers, mais, M. Marceau, le problème — et vous êtes ancien ministre des Finances du
Québec, donc vous comprenez l'enjeu
parfaitement — nous
allons négocier avec le gouvernement
du Québec et le gouvernement du Canada sur la question de leur participation, et donc un élément de
cette négociation, c'est notre rendement, et donc ce n'est pas le moment
quand nous allons mettre cette carte sur la table.
Le Président (M. Bernier) : Merci. M.
le député de Rousseau.
M. Marceau : Peut-être juste
pour préciser ma question, dans ce cas-là. O.K. Donc, je comprends que vous n'allez pas mettre un chiffre sur la table, et
puis je peux vous pardonner de ne pas vouloir le faire. Mais, sachant que
toutes les sociétés de transport au Québec sont déficitaires et ont donc besoin
d'être subventionnées, en tout cas, tout laisse croire que le rendement que vous allez obtenir sur votre
placement ici ou votre investissement ici va être inférieur au 9,8 que vous avez sur quatre ans. Cela étant, j'aimerais
bien comprendre de quelle manière la participation du gouvernement... ou
des gouvernements, Québec, Canada, va
pouvoir augmenter votre rendement. O.K.? La loi qu'on a adoptée prévoit
qu'il n'y a pas de subvention. D'ailleurs, je lisais dans le Globe and Mail
que vous ne vouliez pas qu'on utilise le mot «subvention», vous ne voulez pas
qu'on utilise...
M. Sabia (Michael) : ...notre rendement.
Ce n'est pas ma préoccupation, je doute qu'ils augmentent notre rendement.
C'est l'inverse qui... Ça, c'est mon problème.
M. Marceau :
Non, mais comment le fait que le gouvernement participe en capital... À moins
que le gouvernement ne renonce à son rendement, comment ça va augmenter
votre rendement? Quel...
M. Sabia (Michael) : Laissez-moi vous
donner un exemple.
Le Président (M. Bernier) :
M. Sabia.
M. Sabia (Michael) : Il y a une
demi-heure, 45 minutes, j'ai fait référence au mot «investissement», investissement de la part, par exemple, du
gouvernement du Québec. Donc, une de nos idées — mais c'est juste une idée pour
l'instant — est
d'offrir aux deux paliers de gouvernement de faire un investissement avec,
disons, un seuil de rendement accepté entre
nous et les gouvernements et, au-delà de ce seuil, de leur donner une occasion
de partager aux plus-values. Donc,
qu'est-ce que c'est, le seuil? Qu'est-ce que c'est, le pourcentage selon lequel
nous allons partager la plus-value? Donc, il y a toutes sortes de
questions qui ont le potentiel d'influencer, d'impacter notre rendement, et ça,
c'est juste un exemple.
Le Président (M. Bernier) : Merci.
M. le député de Rousseau.
M. Marceau :
Oui. Écoutez, je vois le temps qui passe, j'ai une question que je veux vous
poser, une dernière. Merci pour votre
réponse. En tout cas, écoutez, on aura l'occasion de voir, là. Je vais vous
avouer que je suis encore un peu... J'ai hâte de voir qu'est-ce que vous
allez trouver comme mécanisme qui ne s'apparente pas à une subvention, mais on
verra.
Pourquoi, dans les... Parce que le projet, à bien
des égards, est emballant, bon, je vous disais, j'aime les trains électriques,
mais pourquoi est-ce qu'il n'y a aucune station à l'est de la rue University?
Est-ce que vous avez fait des études de
marché qui vous montrent que ce n'est pas payant quand vous vous déplacez à
l'est de la rue University? J'ai eu beau chercher et comprendre... Il y
a quand même beaucoup de monde à l'est, là, de la rue University, à Montréal, beaucoup, beaucoup de monde, et l'intégration des
réseaux de transport, c'est vrai pour l'ouest, c'est vrai pour l'est. Et
ce n'est pas que d'être bête et jaloux ou
quoi que ce soit du genre, là, c'est vraiment une question... Objectivement,
j'ai regardé la carte puis j'ai dit : Qu'est-ce qui s'est passé du
côté est qui ne s'est pas passé du côté ouest... ou vice versa.
Le Président (M. Bernier) :
M. Sabia.
M. Sabia
(Michael) : Donc, très
rapidement, M. Marceau, il est important, hein, de comprendre que la
caisse n'est pas la nouvelle autorité
de planification des transports de Montréal. Et donc, dans le contexte de nos
conversations, de nos discussions avec le gouvernement du Québec, il y a
des mois pendant lesquels nous avons proposé une structure, l'idée
de ce partenariat public-public. Ensemble, nous avons identifié deux projets,
pont Champlain, l'aéroport et Ouest-de-l'Île,
parce que les deux projets, à l'époque, ne font pas
partie du programme du
gouvernement. Pourquoi? Pour toutes sortes
de raisons, leurs contraintes
fiscales... Donc, nous avons analysé les deux projets et, en fin du compte, on
est arrivés avec l'idée d'unifier les projets et de proposer un projet
novateur pour l'avenir de Montréal.
Donc, honnêtement, nous n'avons pas analysé l'ensemble des besoins du système de
transport de Montréal parce que ce
n'est pas notre objectif. Donc, si vous voulez voir ou faire des études
d'achalandage ou faire une analyse beaucoup plus importante, beaucoup
plus large de tous ces besoins, selon moi, M. Marceau, il faut parler au gouvernement.
Président (M. Bernier) : M.
Sabia, merci de votre participation. M. Tessier, merci. M. Tall, M. le ministre.
Président (M. Bernier) : Vous aurez l'occasion de parler au gouvernement, mais, compte
tenu de l'heure... Et je remercie de votre participation la Caisse de
dépôt. Nous allons reprendre cet après-midi avec l'Agence du revenu.
Donc, compte tenu de l'heure, la commission
suspend ses travaux jusqu'après les affaires courantes.
(Suspension de la séance à 12 h 1)
Président (M. Bernier) :
À l'ordre, s'il
vous plaît! Nous allons reprendre nos
travaux. Je vous rappelle que la commission est réunie afin de poursuivre l'étude du portefeuille Finances pour l'exercice
financier 2016-2017. Lors de la suspension
de nos travaux ce midi, nous en étions avec la
partie gouvernementale. Donc,
nous allons débuter par vous pour un premier bloc en cet après-midi.
Donc, bon après-midi à tous. Allez-y, M. le député de Pontiac.
M. Fortin
(Pontiac) : Merci. Merci, M. le Président. Je suis content de prendre
la parole pour continuer l'étude des crédits cet après-midi et de voir
les gens de Revenu Québec qui sont avec nous. Je vais commencer par vous féliciter
pour votre nouveau poste et vous souhaiter la meilleure des chances dans votre
nouvelle organisation.
J'aimerais
qu'on se penche sur un des aspects sur lesquels je sais que Revenu Québec
travaille depuis un certain temps. Et ça, c'est l'évasion fiscale, mais
l'évasion fiscale liée au travail au noir. On en fait état souvent, de
l'évasion et l'évitement fiscal. Le
ministre, je sais, a passé une bonne
partie de son budget de l'an dernier — un
chapitre complet, si je ne m'abuse — sur la question de l'évasion fiscale. Mais,
pour ce qui est du travail au noir dans certains secteurs, j'aimerais qu'on se penche sur la question un peu
sérieusement aujourd'hui et j'aimerais vous parler d'une problématique qui
est bien particulière à ma région de
l'Outaouais également, c'est-à-dire les gens qui habitent le Québec, mais qui
déclarent leurs revenus en Ontario. On les voit, ça fait des années qu'on les
voit en Outaouais aussi, ces gens-là qui ont des plaques d'immatriculation de l'Ontario, des permis de
conduire de l'Ontario, déclarent leurs revenus en Ontario, mais ils
habitent au Québec, donc ils profitent des services communs dont on se donne
chez nous.
Ça fait
partie de l'évasion fiscale, ça fait
partie de ceux qui ne paient pas leur
juste part auprès de Revenu Québec, et il y a eu plusieurs reportages...
Radio-Canada, entre autres, a fait un reportage sur cette question-là, il n'y a
très longtemps, un reportage assez poussé, et
je pense que c'est une problématique qui, du moins dans ma région... vous
pourrez me dire peut-être si c'est quelque
chose qu'on retrouve ailleurs dans d'autres régions du Québec, mais qui a une
importance qui n'est pas négligeable.
La question
du travail au noir, c'est aussi une question qui s'étend dans plusieurs
secteurs. On la connaît dans le secteur
de la construction, ça fait des années qu'on sait que cette réalité-là existe,
et je vous ai déjà entendu la chiffrer à environ 1,5 milliard de dollars. Mais, à chaque fois que quelqu'un
travaille au noir, à chaque fois que quelqu'un fait de l'évitement, de l'évasion fiscale, c'est
l'ensemble de ses concitoyens qui paient pour. Alors, je sais que, comme je
disais, là, Revenu Québec, se penche sur cette problématique-là, mais
j'aimerais en savoir un petit peu plus sur ce que Revenu Québec fait en ce moment, compte faire pour
s'assurer que tous paient leur juste part, là, souvent et plus
particulièrement dans cette problématique de travail au noir.
Le Président (M. Bernier) :
Merci. M. le ministre.
M. Leitão :
Oui. Avant de passer la parole à M. Ducharme, je veux, justement,
présenter les personnes qui sont ici avec
nous. Il y a M. Éric Ducharme, qui est le nouveau P.D.G. de Revenu
Québec. Et, par le fait même, je veux souligner le travail très important que son prédécesseur,
M. Paquin, a accompli. M. Gilles Paquin, qui a pris sa retraite
récemment, et c'est pour ça que maintenant
M. Ducharme est ici. Donc, je voudrais souligner ici à la commission et à
tous ceux qui sont avec nous... de
souligner le travail important que M. Paquin a fait au cours de sa
carrière. Dernièrement à Revenu Québec, mais auparavant au service de
l'État québécois. Donc, je pense que c'est important de le souligner et de
souhaiter une bonne et heureuse retraite. Il y a aussi M. Gagné,
Florent Gagné, qui est le président du conseil d'administration, et
M. Prud'homme, qui est aussi de Revenu Québec.
Alors, pour
ce qui est des questions d'évasion fiscale et récupération fiscale, c'est clair
que c'est un sujet qui nous interpelle au plus haut niveau. Bien sûr que
toute l'action de l'État dépend de sa capacité de recueillir les sommes qui lui
sont dues. Donc, c'est pour ça que tous les États doivent avoir une autorité
fiscale qui soit respectée et efficace. Et, à cet
égard-là, moi, je pense que Revenu Québec joue ce rôle très bien d'une agence
qui est respectée et efficace. Peut-être, M. Ducharme, si vous avez des
éléments additionnels.
Président (M. Bernier) : Consentement pour que M. Ducharme puisse prendre la
parole? Consentement, bien, pour que le personnel de Revenu Québec puisse prendre la parole, ça va être plus simple comme ça. Donc,
simplement en vous identifiant, M. Ducharme, avec votre
titre pour fins d'enregistrement.
M. Ducharme (Éric) : Merci, M.
le ministre, M. le Président. Éric Ducharme, président-directeur général de Revenu Québec. Pour ce qui est de la fraude fiscale dans les régions frontalières,
là, Revenu Québec, là, depuis plusieurs années, là, ne ménage pas ses efforts, là, pour
assurer que tout le monde paie leurs factures. Le phénomène
de stratagème de fausse adresse, notamment
en Ontario, là, on analyse rigoureusement l'ensemble
des dossiers. Des travaux sont réalisés, là, pour assurer l'efficacité
des activités de détection et d'intervention dans ce type de dossiers là.
Depuis 2006, il y a 3 500 dossiers
de vérification qui ont été complétés. Pour 2015-2016,
au 29 février, il y avait plus de 341 dossiers de fausse adresse qui ont été identifiées par Revenu Québec, et des cotisations sont émises pour ces dossiers-là. On a les
moyens pour le faire, on a des banques de
données des différents ministères qui nous permettent de vérifier les gens qui bénéficient des
programmes du gouvernement du Québec, et de faire un croisement par rapport aux
adresses des personnes, et voir s'il y a paiement des taxes et impôts au Québec
par ces individus-là.
Par ailleurs,
il y a d'autres mesures qui ont été mises en place aussi dans d'autres domaines
par rapport au travail au noir. On
peut penser, là, à l'attestation de Revenu Québec qui était demandée pour des
contrats avec le gouvernement, qui, en
mars dernier, a été étendue à l'ensemble des contrats au niveau du secteur de
la construction et aussi tout au secteur des agences de placement. Donc, dorénavant, les entreprises privées qui
passent un contrat avec une autre entreprise doivent avoir une
attestation de conformité pour déterminer que l'entreprise qui va livrer le
service ou le produit a produit toutes ses
déclarations aux lois fiscales québécoises, elle n'a pas de compte en
souffrance. Puis, si elle a un compte en souffrance, elle doit prendre
les dispositions pour assurer le paiement des dettes pour avoir le formulaire
et pouvoir ensuite signer un contrat avec une entreprise.
Le Président (M. Bernier) :
Merci. M. le député.
M. Fortin
(Pontiac) : Oui, merci. Là, honnêtement, j'ai commencé avec deux
questions en une, là, je vais les reséparer,
là. La question des régions frontalières et des fausses adresses, là, parce que
vous me dites que vous avez, c'est quoi, 341 dossiers en
vérification depuis le début de l'année, je suis content d'entendre ça, je suis
content de vous entendre dire que vous avez
les moyens de le faire et que les autres parties du gouvernement collaborent
avec Revenu Québec pour s'assurer que tout le monde paie sa juste part.
Je dois vous
le dire, là, dans une région comme la mienne, il y a beaucoup de citoyens qui
viennent me voir pour dire : Écoutez, c'est un problème, il y a
quatre maisons sur ma rue, là, je le sais que c'est exactement qu'est-ce qu'ils
font. Donc, comment est-ce que les gens, les
bons payeurs de taxes, les citoyens qui, chaque année, là, remplissent
leur déclaration de Revenu Québec, peuvent s'assurer que les autres citoyens
paient leur part? Qu'est-ce qu'on dit à ces citoyens-là, là, qui veulent que
l'ensemble des citoyens du Québec paient leur juste part?
Le Président (M. Bernier) :
Oui. Qui répond? M. Ducharme.
M. Ducharme (Éric) : Oui,
merci. Il est possible d'appeler Revenu Québec et de faire une dénonciation ou
de demander à ce que soit vérifiée la situation d'une personne x ou y. Il
y a beaucoup de dénonciations, là, qui sont analysées par Revenu Québec, là.
M. Fortin (Pontiac) : Est-ce
que les dossiers en vérification...
Le Président (M. Bernier) :
M. le député.
M. Fortin
(Pontiac) : Merci, M. le Président, je suis désolé. Est-ce que les
dossiers en vérification par rapport à ces fausses adresses là, ça vient surtout de dénonciations qui sont faites
par des citoyens ou est-ce que ça vient, la plupart, du système?
Savez-vous? Est-ce qu'on a une idée de combien de plaintes sont portées, de
dénonciations sont faites?
Le Président (M. Bernier) :
Par des lanceurs d'alerte.
M. Fortin (Pontiac) : Est-ce
que vous le savez?
M. Ducharme
(Éric) : Je n'ai pas l'information, mais, si elle existe, là, c'est
possible de vous la faire parvenir soit d'ici la fin de la journée ou
dans les prochains jours, là.
M. Fortin (Pontiac) : Très
bien. Peut-être...
Président (M. Bernier) : Faites-le parvenir au niveau de
la commission, qu'on puisse le distribuer à tous les membres de cette
commission.
M. Fortin
(Pontiac) : Oui, en effet, je suis certain que l'ensemble des membres
aimeraient avoir ces données-là, M. le Président, vous avez raison.
Le Président (M. Bernier) :
...intéressés, oui, effectivement.
M. Fortin
(Pontiac) : Très bien. Peut-être qu'on peut revenir, là, parce que
vous avez touché, M. Ducharme, sur l'attestation de Revenu Québec
aux contrats de privé, donc, là, je veux bien comprendre ce que vous nous avez
dit. Vous nous avez dit que le gouvernement a annoncé l'élargissement de
l'application de l'attestation. Ça veut dire que, quand deux entreprises dans ce milieu-là font affaire entre elles, elles
doivent maintenant avoir l'attestation de Revenu Québec. Ça veut dire
qu'elles doivent être à jour dans leurs comptes en souffrance, comme vous avez
dit, là, auprès de Revenu Québec.
Depuis
l'application de cette attestation, est-ce qu'il y a beaucoup d'entreprises qui
sont venues vous voir puis dire : Regarde,
je vais me mettre à jour, je vais payer ce que j'ai à payer parce que je ne le
faisais pas avant, mais maintenant je ne peux pas faire affaire dans mon
milieu?
M. Ducharme (Éric) : Les
chiffres qu'on a depuis le 1er mars, c'est 12 000 entreprises
qui ont demandé une attestation et 2 600 entreprises de placement. On
a une moyenne d'une centaine, par jour, de demandes.
M. Fortin (Pontiac) : Depuis?
M. Ducharme
(Éric) : Le 1er mars, l'implantation de la mesure, mesure qui
s'appliquait pour les firmes qui avaient des contrats avec le gouvernement avant le 1er mars. On a étendu
aux contrats entre deux firmes privées à partir du 1er mars pour le
secteur de la construction et les agences de placement de personnel.
M. Fortin (Pontiac) : C'est des
firmes qui ne faisaient pas nécessairement affaire avec le gouvernement. Peut-être qu'elles étaient en ordre, qu'elles
n'avaient pas de problème avec ce qu'elles devaient à Revenu Québec,
mais elles ont dit : Maintenant que