Institutions — 5 April 2023 (43rd Legislature, 1st Session)
CI 2023-04-05
Quebec — Committees
(Onze
heures vingt-trois minutes)
Président (M. Bachand) : À l'ordre, s'il
vous plaît! Bon matin à tout le monde. Ayant constaté le quorum, je déclare la
séance la Commission des institutions ouverte. Je vous souhaite encore une fois
la bienvenue.
La commission est
réunie afin de poursuivre les consultations particulières et les auditions
publiques sur le projet de loi n° 14, Loi modifiant diverses dispositions
relatives à la sécurité publique et édictant la Loi visant à aider et à
retrouver des personnes disparues.
Avant de débuter, Mme
la secrétaire, y a-t-il des remplacements?
Secrétaire : Oui, M. le Président, M. Lemieux (Saint-Jean) est
remplacé par M. Lamothe (Ungava); M. Zanetti (Jean-Lesage), par M. Fontecilla
(Laurier-Dorion).
Président (M. Bachand) : Merci. Ce matin,
nous débuterons les auditions avec les représentantes de l'Association des familles de personnes
assassinées ou disparues. Mesdames, merci beaucoup d'être avec nous ce matin.
Alors, je vous invite d'abord à vous présenter puis faire votre exposé. Après
ça, on aura une période d'échange avec les membres de la commission. Merci
beaucoup d'être ici.
Mme Carretta
(Christine) : Merci. Alors, bonjour. Mon nom est Christine Carretta.
Je suis la soeur d'une victime d'homicide, Cathy Carretta, qui a été victime
d'un féminicide en 1998. Et je suis aussi PDG de l'AFPAD.
Mme Béchard
(Andrée) : Bonjour. Mon nom, c'est Andrée Béchard. Je suis la mère de Marilyn
Bergeron, qui est portée disparue depuis 15 ans. Je ne fais pas
partie de
l'administration de l'AFPAD, mais je suis membre à l'AFPAD.
Mme Carretta
(Christine) : Alors, je vais pouvoir vous présenter l'association des
familles de victimes... pardon,
l'Association des familles de personnes assassinées ou disparues, l'AFPAD.
Donc, l'Association des familles de personnes assassinées ou disparues, AFPAD,
est un organisme à but non lucratif qui intervient à travers le Québec
et dont la mission principale est de soutenir et accompagner les familles ayant
vécu l'assassinat ou la disparition d'un proche.
Depuis 2005, l'AFPAD
reconnaît que les proches de victimes d'homicide ou de disparition vivent des
souffrances sans nom qui doivent être impérativement reconnues au même
titre
que leurs droits. Nous sommes témoins au quotidien des ravages dévastateurs et
des traumatismes profonds que vivent les proches de victimes d'actes criminels.
De toute évidence, au nom de notre mission, notre mandat vise à déployer les
efforts nécessaires dans le but de soutenir professionnellement cette
partie de
la population affligée qui reste trop souvent sans réponse et qui se sent
parfois oubliée.
L'AFPAD offre à plus
de 1 300 familles, au Québec, membres une ouverture de dossier, des
rencontres, de l'écoute active, diverses
ressources et publications adaptées à leurs besoins, du soutien lors d'un
procès ou de libérations conditionnelles, de l'aide à la rédaction de la
déclaration de la victime, de la documentation adaptée et constructive, des
ateliers, des conférences et de l'accompagnement auprès des corps policiers.
Nos interventions sont nécessaires du fait que plusieurs de nos familles sont à
risque de se retrouver en situation d'isolement social et de solitude. Pour
éviter des répercussions sur leur santé, une de nos priorités est donc de
briser l'isolement pour qu'ils ne se sentent plus seuls dans cette épreuve de
vie difficile.
Dans
un premier temps, l'AFPAD souhaite remercier la famille Bergeron et Béchard,
parents de Marilyn Bergeron, disparue en 2008, de nous avoir
recommandés à la Sécurité publique en tant qu'organisme intervenant en matière
de disparition d'adulte au Québec. Il est
aussi important pour nous de souligner la participation et la collaboration de
cette famille ainsi que tant d'autres ayant vécu une disparition pour
leurs recommandations au processus d'élaboration de cette loi.
Dans le même ordre
d'idées, l'AFPAD remercie la Sécurité publique de nous faire participer aux
présentes réflexions collectives et au
développement des meilleures pratiques en matière de disparition. Votre geste
est considérablement apprécié. De par la reconnaissance et le soutien
crucial que nous offrent la Sécurité publique et le ministère de la Justice, il est de notre devoir de respecter les valeurs
qui nous guident au quotidien, à savoir l'intégrité, l'équité,
l'honnêteté, la transparence, le respect et l'entraide.
Un de nos objectifs principaux est la
prévention. En raison de ce fait, il est important pour nous de développer un vaste réseau de soutien auprès d'organismes et
corps policiers avec lesquels nous avons tissé des liens. Par conséquent, il est de notre rôle, en
matière de disparition, de contribuer à la sensibilisation, à la prévention et
l'éducation auprès des divers partenaires et grand public.
Pour faire suite aux
documents présentés concernant le projet de loi n° 14 dans l'axe de la
sécurité publique, nous saluons la diligence du ministre d'avoir effectué des
changements de procédure. Nous reconnaissons la volonté du gouvernement
d'améliorer les moyens pour retrouver les personnes disparues. De ce fait,
l'AFPAD a pris connaissance du projet de loi n° 14 et des amendements que
le ministre a déposés à l'Assemblée nationale. C'est à la lumière des
recommandations de la déposition de l'article 17 faisant référence aux
personnes disparues que nous observons une démocratisation de la loi,
c'est-à-dire un avancement prometteur qui se traduit par un véritable espoir
pour l'avenir. À cette fin, les éléments techniques apportés à
l'article 117 serviront à de meilleures pratiques qui seront, de toute
évidence, plus efficaces en matière de communication, de renseignements,
permissions, recherche, collaboration, attentes et visibilité.
L'importance de
l'ajout de l'article 117 est majeure, et il représente, pour l'AFPAD et
ses familles, une avancée. Nous pensons, après plusieurs lectures, que les
recommandations apportées font preuve d'une réflexion rigoureuse dans le but de
faciliter le travail de recherche des enquêtes et les cas... dans les cas de
disparition. Chacun des points de l'article 117 fait preuve d'une percée
inédite que nous appuyons. L'AFPAD est donc en accord avec les changements
proposés. Par conséquent, nous soutenons les interventions élargies des corps
policiers. Puisqu'ils sont au coeur de l'action, l'article 117 leur
permettra dès lors de progresser de manière efficace et stratégique sur le
terrain. De plus, ils seront en mesure de développer des collaborations et des
relations transversales. Le partage d'informations, de connaissances et
d'expertises est crucial au sein des différents corps policiers. Dans un cas de
disparition, l'échange et le travail
conjoint dès le début du signalement entre les... entre les corps municipaux et
provinciaux sont essentiels. Il devient, par conséquent, impératif de
réduire les délais de communication et d'intervention en matière de recherche.
L'équipe de recherche
terrain doit être composée de personnes ayant reçu une formation
professionnelle reconnue pour protéger, le cas échéant, les indices et les
scènes de crime. Les corps policiers doivent être connectés avec différents
intervenants tels que travailleurs sociaux, travailleurs de rue, maisons
d'hébergement ou refuges pour femmes battues, centres pour les itinérants,
intervenants en santé mentale, DPJ, hôpitaux, Enfants Retour, et autres, de là
l'importance de soutenir les différents organismes en matière de disparition et
aussi de manière récurrente.
Aussi, le fait de
recevoir des suivis de la part des corps policiers diminue les craintes que
peuvent éprouver les familles. Celles-ci ressentent le besoin de rester
informées dans la progression de l'enquête. Le tout reste dans l'objectif de
minimiser un éventail d'émotions négatives et parfois même dévastatrices.
Selon l'AFPAD,
l'article 117 contribue à l'émergence d'un souhait de société en matière
de disparition. De toute évidence, l'accroissement des procédures déployées
concrétise le fait d'offrir le meilleur service auprès de la population. Ce
virage nous montre l'engagement du gouvernement ainsi que sa capacité
d'adaptation et d'action. Les données et les
structures spécifiques présentées définissent très bien les attentes de l'AFPAD
et de ses membres familles.
Je ne sais pas s'il
me reste encore un peu de temps. Deux minutes? Alors, j'aimerais juste
peut-être souligner rapidement les recommandations.
L'AFPAD
invite les personnes concernées à l'étude et à la rédaction de
l'article 117 à prendre en considération nos recommandations,
telles que... Donc, le
chapitre I, Dispositions interprétatives, nous
approuvons chacun des points mentionnés.
Cependant, le point 2°, «efforts raisonnables», peut-être que la
clarification du terme «raisonnables» serait nécessaire. Ce terme laisse
libre choix à la police de le définir eux-mêmes, alors que les premières heures
sont critiques.
L'article 2,
nous l'approuvons dans sa totalité. Nous l'appuyons.
Chapitre II,
Ordonnance de communication visant les tiers et autorisation de pénétrer dans
un lieu, à l'article 3, nous
apprécions que l'ordonnance en vertu de cet
article offre une énumération
exhaustive et précise. Elle semble couvrir l'ensemble des informations pertinentes aux recherches. Aussi, au
quatrième paragraphe, nous appuyons «[et accordons] un nouveau délai».
L'article 4, au
point 1°, nous pensons que le mot «statut» pourrait être rajouté. Au
point 4°, nous pensons que «et des écrits» pourrait être rajouté aussi. Au
point 8°, nous pensons que le mot «stage» pourrait être rajouté. Au
point 10°, nous pensons que les mots «renseignements testamentaires»
pourraient être aussi rajoutés. Au point 11°, nous pensons rajouter un s à
«autre» et un s à «renseignement», parce qu'il y en aura, donc, plusieurs.
Articles 5 et 6,
nous les appuyons.
Chapitre III,
Communication au public, articles 8 et 9, nous les appuyons également.
Chapitre IV,
pour Dispositions modificatives et finale, l'article 10, 11, 12, nous
sommes favorables aux mesures de concordance. Nous appuyons le tout.
De plus, à la
page 9, l'article 4, nous l'appuyons dans sa totalité.
Pour
l'AFPAD, une de nos préoccupations, au-delà de tout ce qui précède, serait
l'affichage unique. Nous aurions aimé qu'il soit réalisable et qu'il y ait une
base de données d'affichage des personnes disparues. Merci beaucoup.
Président (M. Bachand) : Merci infiniment.
Peut-être rappeler aux membres de la commission que le mémoire de l'association
vient d'être déposé sur Greffier. M. le ministre, s'il vous plaît.
M. Bonnardel : Merci,
M. le Président. Mme Béchard, Mme Carretta, c'est un honneur de vous recevoir
ce matin. Merci d'être là, encore une fois. Vous savez, je reste convaincu
qu'avec l'adoption de cette loi, l'édiction de cette loi pour les personnes
disparues dans la loi n° 15, si, un jour, on réussit à retrouver une
personne ou à sauver une vie, ce sera une réussite, cette loi. Est-ce qu'elle
est parfaite? Peut-être pas. Vous amenez certains petits points, là, qui méritent
une attention particulière.
Ma première question, je voulais juste que vous
clarifiiez un peu plus, là, à l'article 4, là, où vous dites... Au
point 1°, au point 4°, vous dites : Nous pensons que le mot
«statut» pourrait être rajouté, et «des écrits» pourrait être ajouté.
Pouvez-vous élaborer sur ces deux mots que vous souhaitez... Je vous laisse...
Carretta (Christine) : Attendez, je le cherche,
article 4, dans le
chapitre II.
L'article 4, c'est ça, point 1°... C'est le point 4°, c'est
ça, monsieur?
Bonnardel : Bien, vous avez indiqué, dans l'article 4, point
1° et point 4°. Vous nous dites : Il faudrait ajouter «statut»
et «des écrits».
Mme Carretta (Christine) : Alors, au
point 1°, oui, «des renseignements relatifs à l'identité», son statut... Moi,
je parlais au niveau du statut, le statut de la personne. Est-ce qu'elle est,
par exemple, un immigrant? Est-ce que c'est quelqu'un qui... Son statut, pas
dans le sens : Est-il marié ou divorcé, célibataire?, mais le statut au
niveau de... C'est ça, est-ce que la personne est déjà... Peut-être que je n'ai
pas utilisé le bon terme, mais est-ce que la personne, c'est ça, vient d'un autre pays? Est-ce que c'est un immigrant? Est-ce
que c'est quelqu'un qui est recherché? On voudrait juste savoir au
niveau du statut, que ce soit peut-être un peu petit plus clair de ce côté-là.
Pour ce qui est du point 4°, des écrits...
Alors, «des photos et des vidéos, y compris des images de télévision en circuit
fermé», des écrits, oui, parce que peut-être qu'il pourrait y avoir des écrits
qui ont été laissés aussi. Donc, on pensait que ça pouvait être important.
M. Bonnardel : OK. J'ai bien reçu
votre...
Carretta (Christine) : Des écrits, lorsque je parle d'écrits, ça peut
être un journal que quelqu'un aurait écrit, ça peut être des papiers, un
mémoire, peu importe.
M. Bonnardel : ...bien reçu. Quel
est votre avis aussi sur l'ajout... On a souvent l'impression... Une personne
disparue, on veut géolocaliser, on veut avoir ces renseignements, mais, la
personne qui accompagne une personne disparue, votre avis sur ce concept
additionnel qu'on a ajouté dans la loi, là, donc, sur l'ajout du concept de
personne qui accompagne une personne disparue... Croyez-vous que c'est un...
c'est un élément important pour être capable d'aller chercher de l'information?
Exemple, quelqu'un qui enlève un enfant, cet ajout comme tel, là, pour vous,
j'imagine que c'est un point positif.
Mme Carretta (Christine) : Je suis
désolée, ce n'est pas clair, pour moi, ce que vous êtes en train de...
Mme Béchard (Andrée) : Je peux y
répondre.
Bonnardel :
Allez-y.
Mme Béchard (Andrée) : Là, vous
voulez dire que, s'il y a quelqu'un qui accompagne la personne disparue... Dans
n'importe quelles circonstances, c'est un ajout essentiel, parce qu'on ne sait
pas à qui on a affaire exactement. Et je pense que ça peut donner vraiment des
pistes aussi aux enquêteurs. Alors, c'est essentiel de l'avoir, ça, parce qu'il y a souvent, surtout au niveau des
enfants, une personne qui accompagne. Ça, c'est certain. Dans le cas d'adultes,
ça peut être quelqu'un du milieu criminalisé aussi. Alors, il y a beaucoup de
choses qui peuvent ressortir sur ce point de vue là.
Je trouve que vous avez fait une bonne chose de
l'ajouter. Parce que nous, on s'est posé la question aussi, à savoir si notre
fille était accompagnée de quelqu'un. Alors... Et ça, ça joue énormément. Ça
peut être aussi quelqu'un qui va prendre sa place dans un guichet automatique,
qui va sortir de l'argent à sa place. Alors, il y a toutes sortes d'exemples
qui peuvent arriver. Alors, je trouve que c'est essentiel de l'inscrire.
M. Bonnardel : Comment vous trouvez
la mesure, l'ajout de la communication du renseignement... du renseignement au public? Comment tout ça... Bien,
j'imagine que vous allez me dire que c'est bénéfique de donner tous les
renseignements possibles au public pour être capable de retrouver, mais, cet
aspect-là, est-ce qu'on devrait l'améliorer encore plus ou vous trouvez
que ça touche précisément, là, les informations que le public devrait recevoir
quand on...
Béchard (Andrée) : Bon, le public, c'est un atout essentiel. D'abord,
le public, là, qu'est-ce qui arrive... Quand
les policiers donnent des renseignements, il faut qu'ils soient précis. Il faut
que la photo paraisse. Il faut que ce soit clair pour le public, pour
identifier, d'abord, la personne.
Les renseignements qui sont à donner, c'est si
on peut craindre pour sa sécurité. Ça, c'est important de le dire, parce qu'une disparition, c'est souvent une
question de vie ou de mort et de délai. Alors, les délais sont extrêmement
importants aussi, au moment où c'est diffusé, au niveau
de l'information, parce que c'est prouvé que, même, un enfant, après trois
heures, il peut être décédé. Et, un adulte, bon, on ne le sait pas, dans sa
vulnérabilité, etc.
Alors, je pense que
les policiers, au public, doivent donner des renseignements qui ne peuvent pas
nuire à l'enquête, ne pas trop en dire, mais dire vraiment ce qu'il faut pour
faire en sorte que le public soit ouvert et... ouvert à ce drame-là d'une
disparition et qu'il faut la retrouver, la personne.
Alors, les mots
choisis par les policiers... Il y a un langage pour les disparitions. Alors,
les mots choisis par les policiers sont
essentiels, mais de garder certaines choses pour l'enquête. Mais il y a comme
une nuance à faire entre les deux. Alors, moi, c'est...
Bonnardel : ...dernière question avant de laisser les questions à mes
collègues, votre opinion sur le fait de
lever le secret professionnel pour obtenir certaines informations précises,
précises sur la capacité d'établir... d'établir une piste x sur une recherche x
qui serait importante. Parce que, bon, c'est quand même... Le secret
professionnel, vous le savez, là, c'est quand même protégé, important,
Mme Béchard
(Andrée) : Bon, là, écoutez, moi, ce que je pense, c'est que les personnes
disparues, c'est des cas d'exception. Vous n'avez pas de scène de crime, vous
n'avez pas la personne. Ce n'est pas palpable. La personne disparue peut se
retrouver n'importe où. La famille qui arrive puis qui signale une disparition,
c'est une famille qui est angoissée, parce que, la personne, ce n'est pas son
comportement normal. Ce n'est pas quelque chose qui est... qui est dans sa
routine de vie.
Donc, le secret
professionnel... Il y a un équilibre à avoir. Je pense que cet équilibre-là, il
n'est pas nécessairement... il n'est pas là. Vous avez les droits de la
personne que c'est comme ça, il y a une définition, et vous avez, par la suite,
le drame de la disparition, jusqu'où on va. C'est qu'il y a un... Il y a quand
même un équilibre, parce qu'on parle d'une question de vie ou de mort. Alors,
je pense qu'en ce qui concerne le secret professionnel, si cette loi-là peut
permettre de sauver une vie, il y a des choses qui doivent être dites. À ce
moment-là, ce que... Je dirais que, si la
personne est retrouvée vivante, ces informations-là doivent être détruites par
la suite. Mais, si la personne est décédée, ou quoi que ce soit... Mais
le but, c'est de retrouver la personne.
Alors, je pense qu'il
y a un équilibre à avoir pour les cas de disparition. Ce sont des cas
d'exception, parce qu'on ne sait rien. Ce n'est... Comme je vous ai dit, ce
n'est pas palpable. On cherche, et le temps compte aussi. Alors, je pense que
le secret professionnel, s'il peut sauver une vie, alors, pourquoi pas? Je
pense qu'il y a des limites aussi. On est rendus en 2023, là. Alors, je pense
que ce qu'on avait comme recherche... Je pense qu'on a besoin d'actualiser le
traitement des disparitions, parce qu'il faut oublier les années 70, là.
On est rendus plus loin que ça. Alors, je pense que c'est une question
d'équilibre, d'aller chercher de l'information.
Président (M. Bachand) : Merci
beaucoup. M. le député d'Ungava, s'il vous plaît.
M. Lamothe :
Bien, d'abord, félicitations pour être ici. Alors, vous avez vécu... dans
le sens que vous avez vécu des expériences
que je n'aimerais pas vivre. Puis, de vous engager comme vous le faites dans
l'organisme, je tiens à vous en féliciter. Vous avez parlé... Vous êtes
pas mal affairées au niveau policier. Vous avez parlé de faciliter les
recherches d'enquête. La collaboration et le partage d'information avec les
corps policiers est crucial.
Dans le projet de
loi... Il y a différents intervenants qui sont venus ici puis qui ont... On a
une place, à un certain moment donné dans le projet de loi, pour les
interpellations policières, les contrôles de routine. Il y en a qui sont contre ça. Moi, ce que je dis, c'est qu'à un
certain point c'est nécessaire. Lorsqu'on pense qu'il y a quelque chose
de pas normal qui se passe, il faut faire des vérifications. Vous pensez quoi
de ça, vous?
Mme Carretta
(Christine) : Bien, moi, je suis tout à fait d'accord avec vous. J'ai
eu à plusieurs reprises l'occasion, donc, d'être en communication avec les
corps policiers, et c'est sûr que les corps policiers ont besoin d'avoir cette
amplitude-là de pouvoir aller chercher des renseignements, de pouvoir... Pour
eux, ça les guide. Ça leur permet de... Ça leur donne une ouverture dans leur
travail. Et j'ai l'impression que ça rend aussi le travail beaucoup plus
satisfaisant pour eux, mais aussi lorsqu'ils rencontrent, après ça, les
familles, pour pouvoir les guider un petit peu, pour pouvoir leur donner
certaines informations.
Ces familles-là ont
besoin d'avoir de l'information. Elles se sentent complètement oubliées,
tellement oubliées que leur vie prend une autre dimension. Ce n'est pas du tout
comme un homicide. Ces gens-là sont continuellement dans l'attente. Et, pour
pouvoir fonctionner, ils font semblant, presque, des fois, ça n'existe pas.
Donc, on continue de... Vous comprenez ce que je veux dire? Et ce qu'on
reproche beaucoup aux corps policiers, nos membres, ce qu'ils leur reprochent,
c'est ce manque d'ouverture là, ce manque de communication d'information. Donc,
pour nous, c'est très important.
Et les corps
policiers, lorsqu'ils font appel à l'AFPAD, ils nous donnent de l'information
qui est précieuse. Et nous, on peut aussi faire un peu l'intermédiaire entre
les corps policiers et le membre, ce qui rassure les gens beaucoup. Alors, nous
aussi, des fois, on a de l'information qu'on peut... qu'on peut donner aussi
aux corps policiers qui leur viennent en aide aussi. Je me souviens, entre
autres, d'un cas en particulier, là, où est-ce qu'on les a mis sur une piste en
particulier, pour un cas de disparition, qui était vraiment pertinente. Donc,
oui, c'est important qu'il y ait une collaboration, oui, c'est important que
les policiers puissent avoir cette ouverture-là sur le terrain, de pouvoir
aller chercher de l'information qu'ils ont besoin en tout temps.
M. Lamothe :
Juste vite fait, un dernier point...
Mme Carretta
(Christine) : Mme Béchard voulait répondre aussi quelque chose.
Mme Béchard (Andrée) : ...rajouter
quelque chose, monsieur. La formation d'agents communautaires, je trouve que
c'est essentiel, parce que ce sont des gens qui sont capables de bien
communiquer. Comme je vous dis, il y a un
langage pour les familles de personnes disparues. Ce sont des agents qui
peuvent aussi faire le lien entre la famille et le corps policier. Ces gens... Ces personnes-là sont vraiment... sont
vraiment capables et formées pour une bonne approche dans ce cas-là.
Alors, c'est ce que je suggère, moi.
M. Lamothe : ...que
l'idéal, c'est que tous les policiers pourraient faire cette job-là, tu sais,
au niveau communautaire, mais souvent...
Mme Béchard (Andrée) : C'est
sûr, mais...
M. Lamothe : Je suis d'accord
avec ce que vous dites. C'est juste une réflexion. J'ai fait ce métier-là.
Bien, souvent, on tague trop des gens :
Ah! toi, tu vas t'occuper de ça, ah! toi, tu vas t'occuper de ça, tandis qu'un
policier devrait faire plusieurs tâches connexes, entre autres prendre
le temps de communiquer. Mais je comprends ce que vous dites.
Peut-être
juste un dernier point vite fait. Juste à
titre informatif, collaboration...
Vous parlez de la collaboration des
corps policiers puis sur le partage d'information. Vous avez sûrement vécu des
expériences négatives. J'aimerais vous entendre là-dessus.
Mme Béchard (Andrée) : Ce qui
arrive, c'est que c'est nous-mêmes qui a été chercher un lien, une personne
lien entre le corps de police qui s'occupait de l'enquête et le... Bon, je ne
sais pas si je dois nommer les corps de
police, là, mais ce qui arrive, c'est que notre fille demeurait dans un autre
endroit que celui où elle... que Québec. Puis ce qui est arrivé, c'est
que nous, on voulait vraiment transférer... faire transférer le dossier parce
que sa vie était ailleurs. Et elle a été
24 heures à la maison seulement. Alors, on trouvait qu'il y avait quand
même une enquête qui aurait pu se faire directement dans son milieu. Et
c'est... Notre difficulté, elle a été là. Alors, on a amené le corps de police de la ville en question à faire un lien et de
s'unir, les deux corps policiers ensemble. Et ça a pris quelques années. Ça nous
a pris... Ça a été très, très ardu. Et, bon, souvent, on nous répondait :
Bien, c'est à nous autres, cette enquête-là, là.
Alors, nous, ce qu'on disait, c'est qu'une
personne disparue peut se retrouver n'importe où. Alors, on a été partout. On a été en Ontario, on a... On a donné
des... On a rencontré beaucoup de corps de police. Alors, c'est pour ça que je vous dis que c'est... La communication
entre corps de police, là, il faut vraiment qu'elle soit présente, parce qu'il
faut qu'ils fassent confiance aussi en leur
profession, en leurs collègues qui sont d'ailleurs. Alors, moi, je trouve que
c'est faire confiance en la profession.
M. Lamothe : Bon point, madame.
Le Président (M. Bachand) : Merci beaucoup. Mme la députée de Vimont, s'il vous plaît. Il reste un
peu moins de trois minutes.
Mme Schmaltz : Parfait. Merci. M. le
Président. Bonjour, mesdames. Bonjour, Mme Carretta. Je voulais... En fait, on
a répondu déjà un petit peu à ma question... Pardon. C'est que j'aurais aimé
connaître, justement, le rôle important, je... de ce que j'ai cru comprendre,
là, par le fait que vous pouvez souvent apporter aussi de l'information aux
corps policiers, rassurer aussi à la fois vos membres. Et puis j'aurais aimé un
petit peu que vous détailliez ce rôle-là. Mais on a un petit peu répondu quand
même là-dessus. Je ne sais pas s'il y avait quelque chose d'autre que vous
auriez aimé ajouter.
Mme Carretta (Christine) : Bien,
écoutez, c'est sûr que la relation entre les corps policiers et les membres,
c'est quand même une relation qui est excessivement importante. C'est ce qui
fait que les membres qui se sentent complètement démunis et dévastés peuvent
aussi se raccrocher, en fin de compte, hein, aux corps policiers.
Je pourrais vous citer un exemple comme ça qui
me vient à brûle-pourpoint, là, à l'esprit. J'avais eu un cas, justement, de
disparition où on a eu une personne qui nous a... le conjoint de la personne
qui nous avait demandé, donc, d'enlever de sur notre site le nom de cette
personne-là en tant que personne disparue. Il avait tellement d'insistance que
j'ai trouvé ça quand même particulier. Et donc j'ai communiqué tout de suite
avec un des corps de police au niveau des crimes majeurs, avant ça aussi, les
corps de police, et on m'a dit : Bien, écoutez, Mme Carretta, vous venez de lever, justement, un flag, là, parce
qu'on avait un doute, et là on va pouvoir faire des vérifications. Et, en
fin de compte, ça a débouché sur autre chose que les corps de police
soupçonnaient, mais que nous, on a pu valider avec eux.
Mme Schmaltz : ...police vous
appellent souvent. Ils vous reconnaissent. Ils savent qui vous êtes.
Mme Carretta (Christine) : Ah oui,
oui! C'est sûr, c'est sûr, c'est sûr. On travaille en partenariat, d'accord?
Des fois, par exemple, si un corps de police... Je vais vous donner un autre
exemple. Si, par exemple, j'ai des membres qui n'en peuvent plus, là, d'être
dans l'attente, dans l'attente, dans l'attente, qui vont aller aux corps de
police, puis, à un moment donné, les corps de police vont nous appeler :
Pouvez-vous, Mme Carretta, s'il vous plaît, à l'AFPAD,
vous occuper de cette personne-là? Parce qu'on est envahis. Puis je leur
dis : Oui, mais c'est compréhensible si vous ne leur donnez pas
d'information. Ces gens-là sont à la recherche de la personne chère et ils
veulent avoir des réponses.
Alors, automatiquement, nous, on les prend. Et,
si on juge qu'effectivement on a besoin de rentrer en communication, c'est plus
facile, des fois, de communiquer avec... à travers l'AFPAD que directement avec
le membre, qui, lui, est excessivement émotionnel et qui a aussi des exigences
auxquelles, des fois, le corps de police ne peut pas toujours répondre. Donc,
on a un peu comme l'effet tampon, en fin de compte.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. Mme la députée
de Westmount—Saint-Louis,
s'il vous plaît.
Mme Maccarone : Oui. Merci beaucoup.
Bonjour, Mme Carretta, Mme Béchard. Merci beaucoup pour les deux mémoires,
dans le fond, que nous avons reçus. C'est grandement apprécié. Et je veux
d'emblée vous partager mes sincères condoléances et beaucoup de compassion pour
ce que vous avez vécu.
Maccarone : Bien, condoléances, peut-être pour Mme Carretta.
Oui, tout à fait. Puis, pour vous, Mme Béchard, sache que... je pense
qu'on a tous des pensées pour vous et votre famille, en espérant que c'est un
cas qui sera résolu. Puis je veux vous remercier aussi pour ce que vous faites,
parce que votre témoignage ici, les informations que vous partagez avec nous,
c'est sûr, ça va faire avancer les cas pour plusieurs autres familles qu'on...
On espère qu'on n'en aura plus, des cas de disparition, mais merci beaucoup
pour ce que vous faites.
Dans le mémoire que vous avez partagé avec nous,
Mme Béchard, vous avez parlé de la proposition d'un fichier unique. Pourriez-vous élaborer là-dessus?
Parce que ça n'a pas fait
partie de la présentation que nous avons eue,
puis je pense que la proposition est assez intéressante, puis ça peut amener
des amendements à ce projet de loi.
Mme Béchard (Andrée) : Bon, j'ai
présenté un travail à la Sécurité publique pour démontrer de quelle façon les
disparitions étaient... les personnes disparues étaient affichées. Vous avez
31 corps de police. Vous en avez à peu près huit qui affichent
correctement les personnes disparues, vous en avez à peu près cinq qui sont
vraiment par des liens et vous avez
18 corps de police qui ne les affichent pas. Peut-être qu'ils n'en ont pas
non plus. Bon, moi, j'ai répertorié 408 personnes portées disparues
au Québec, mais, en réalité, il y a 1 200 personnes de portées
disparues au Québec.
Alors, nous, ce qu'on a besoin, c'est des yeux.
Les yeux, c'est le public, et le public, il ne sait pas où aller. Moi, à chaque
fois que je rencontre des gens, ils me disent : Bien, comment ça se fait
que Marilyn n'est pas affichée à la Sûreté du Québec? Parce que c'est un corps
municipal qui s'occupe de la disparition. Ce n'est pas la Sûreté du Québec qui
s'occupe de toutes les disparitions au Québec. Ça va avec les... chacun des
corps policiers. Alors, c'est là que vous voyez que c'est à la discrétion des
corps policiers de faire des affichages.
Et, toutes nos personnes disparues au Québec,
qui sont 1 200, je pense qu'au Québec maintenant, en 2023, il est temps
qu'on les affiche et que les Québécois puissent avoir accès à un seul
affichage, quitte à mettre le lien qui va avec le corps de police qui s'occupe
de l'enquête. Alors, les gens, s'ils ont des informations à donner, pourront, à
ce moment-là, communiquer avec le corps de police en question. Il me semble que
ça ne doit pas être si compliqué que ça à faire. Parce que ça, c'est du respect
pour les familles de personnes disparues que d'afficher leur personne qui est
disparue, parce que c'est des drames au quotidien, c'est des vies bouleversées.
Et ce n'est plus... Notre vie n'est plus la
même. Alors, le public, comme je vous dis, c'est un atout essentiel pour les
retrouver, parce qu'une personne disparue, je le répète, peut être
n'importe où. Puis, entre nous, est-ce que c'est normal de disparaître? Alors,
c'est ce que j'ai à vous dire là-dessus. Ça en prend un. Disparus-Canada, ça en
est un, mais Disparus-Canada... Je sais que la Sûreté du Québec travaille
actuellement pour pouvoir afficher toutes les personnes disparues du Québec
là-dessus, mais sauf que ça nous en prend un
quand même au Québec, pour notre province, parce que vous avez des provinces
qui sont sur Disparus-Canada et vous avez des provinces qui ont leur
affichage unique aussi, au Québec.
Maccarone : Puis, selon vous, Disparus-Canada, c'en est un,
outil dont nous pouvons s'en inspirer ici. On peut tirer des leçons de
ceci.
Mme Béchard (Andrée) : Oui,
absolument. Oh oui, oui!
Mme Maccarone : Oui. Hier, j'ai
posé, il y a... Merci. C'est... Dans le fond, je ne comprends pas pourquoi que
ce n'est pas déjà le cas, c'est la question qu'on se pose, parce que je trouve
que c'est logique. C'est logique puis c'est une recommandation que, je présume,
on va pouvoir poursuivre avec.
Hier, j'avais posé une question à la Sûreté du
Québec pour voir s'ils pensaient que nous devons ajouter quelque chose dans la loi pour aider les policiers
en ce qui concerne la recherche des personnes disparues, puis eux, ils
trouvaient que c'était complet. J'ai posé la même question à SPVM, puis eux,
ils ont dit que nous devons permettre l'accès aux applications comme Facebook,
Messenger, Instagram. Votre avis là-dessus.
Mme Béchard (Andrée) : Oui. C'est
une collaboration, c'est certain. C'est... Ce sont des réseaux sociaux. Pour
les personnes disparues, plus on les voit, mieux c'est. Alors, c'est un
réseau... Ce sont des réseaux qui s'étendent un peu
partout dans le monde. Parce que, vous savez, une jeune fille, par exemple, qui
a fugué et qui... je ne le sais pas moi, qui est prise par le crime... les
gangs de rue ou n'importe quoi, au bout de 24 heures, elle peut être
complètement rendue dans l'Ouest canadien, et je pense que les réseaux sociaux
peuvent vraiment aider, là...
Mme Carretta (Christine) : ...
Mme Béchard (Andrée) : Oh oui, oui!
Ça facilite, ça facilite. Il faut s'en servir, mais s'en servir à bon escient.
C'est ça qui compte. C'est dans le respect puis à bon escient. Je pense qu'il y
a comme toute une définition à refaire des personnes disparues. De quelle façon
on doit les chercher? Qu'est-ce qui peut être efficace? C'est un travail de
partenariat. On a besoin organismes. On a besoin du public. On a besoin des
policiers. Les policiers sont les piliers. Au départ, les familles vont
vraiment se concentrer sur les policiers, parce qu'eux ont nécessairement
l'expertise pour retrouver les personnes disparues. Alors, ce sont les piliers
au départ. Et ça, il faut que les familles aient confiance tout de suite. Vous
savez, quand vous entrez dans un hôtel puis que vous êtes mal reçu, on ne veut
plus y retourner, hein?
Mme Béchard (Andrée) : Bien, c'est
la même chose. La façon qu'on est reçu par le corps policier, la façon qu'ils
prennent l'enquête, tout ça, c'est des piliers. Alors, par la suite, ça
s'étend, comme je vous dis, avec du partenariat un peu partout.
Mme Maccarone : Puis, en basant sur
le partenariat, je vous ai entendues dans vos derniers échanges, est-ce que,
selon vous, nous devons aussi apporter des modifications à cette loi pour avoir
des suivis obligatoires d'une base régulière avec la famille? Parce que, si...
À moins que je n'aie pas bien saisi vos points, mais il y a un manque
d'information reçue par les membres de la famille. C'est très important. Alors,
si on mettait ça dans la loi pour s'assurer que ça devient un fait, est-ce que
ça, ce serait bienvenu?
Mme Béchard (Andrée) : Moi, je pense
que oui. C'est sûr que, nous, les suivis, je peux dire que peut-être qu'on est
gâtés, parce qu'on a vraiment... On a vraiment appuyé là-dessus. On est une
famille qui s'est beaucoup débattue pour
avoir des suivis, et on les a, et le corps de police nous respecte beaucoup
là-dedans, bon, mais ce n'est pas le cas de toutes les familles, qui ont
de la difficulté au niveau des communications. Je pense que vous pouvez
apporter quelque chose.
Mme Carretta (Christine) : ...je
vous dirais qu'on a des familles qui sont vraiment exceptionnelles, dans le sens où on a des gens qui sont instruits, on a des
gens qui sont bien soutenus par des amis, par le restant de leurs familles
aussi, et qui arrivent à développer, en fin
de compte, des moyens de pouvoir aller chercher l'information comme ils
peuvent. Mais ce n'est pas la grande majorité.
Ce qu'il faut... ce qu'il faut comprendre aussi,
c'est que la majorité, nous, de nos membres, nos familles, sont des gens qui
sont démunis, qui ont perdu leurs emplois du fait du choc post-traumatique qui
s'est engendré par la suite, cause... Donc,
il y a un manque financier, il y a un manque technologique, il y a... On a
beaucoup de gens qui n'ont même pas encore Internet. On est obligés de
leur donner toute la documentation...
Mme Maccarone : C'est un très bon
point.
Mme Carretta (Christine) : ...d'accord,
par la poste. Ça nous coûte une fortune de frais de poste. On n'a pas le choix. Il faut répondre à ces gens-là.
Donc, est-ce que toutes les familles sont habilitées à? Je ne crois pas. Et ce n'est
pas de la mauvaise volonté. C'est juste qu'ils sont tellement anéantis et
éprouvés. Et on... Pour eux, ils n'ont tellement
pas... ils n'ont pas de statut, ils n'ont pas eu de reconnaissance, ils n'ont
pas de soutien. C'est difficile, de là l'importance des organismes comme
l'AFPAD ou comme Enfants Retour.
Et ça, je voudrais juste le mentionner, c'est la
deuxième année, là, qu'on est vraiment subventionnés en
partie par la Sécurité
publique. Et c'est vraiment grandement apprécié, parce qu'on a été capables
d'aller chercher, nous, tous nos membres et
de leur offrir toute la documentation nécessaire, des guides, des dépliants
qu'on a faits exprès pour les cas de disparition. Ils sont soutenus. Ils
ont des groupes de soutien. Alors, nous, avec ces groupes-là, on est capables aussi de les inciter à aller faire des
démarches auprès des policiers. On est capables, nous, de... s'ils n'ont pas de
courriel, s'ils n'ont pas... de faire ça pour eux et d'écrire aussi à leurs
employeurs et à leurs médecins. Vous comprenez?
Mme Carretta (Christine) : Donc,
c'est important.
Le Président (M.
Bachand) : ...
Maccarone : Ah! bien, peut-être, votre définition de
«raisonnable», vous l'avez soulevé, on a besoin d'avoir une
clarification sur le mot «raisonnable» dans le
chapitre I, point 2°.
Quelle est votre définition de «raisonnable»?
Président (M. Bachand) : Très, très, très
rapidement, s'il vous plaît.
Carretta (Christine) :
Attendez, il faut juste que je le trouve. Alors, vous me dites, c'est quel
chapitre?
Mme Maccarone : C'est... Bien, moi,
je l'ai ici, là, les dispositions interprétatives, «raisonnable de craindre
pour sa sécurité».
Mme Carretta (Christine) : Je ne le
vois pas. Je ne le vois pas. Je ne le vois pas.
Maccarone : Puis vous nous demandez de clarifier. Alors, je
voulais savoir c'était quoi, votre définition.
Carretta (Christine) : Raisonnable... Je m'excuse. Est-ce que vous pouvez
juste me dire c'est dans quel chapitre?
Président (M. Bachand) :
Pas de souci. Bien, écoutez, je
vais passer la parole au député de Laurier-Dorion. Oui. Alors, la parole
est à vous. Donc, allez-y.
M. Fontecilla : Merci, M. le
Président, on va continuer sur cette question-là, mais, avant, je voulais vous
saluer, vous remercier de collaborer à cette commission et vous remercier de
tout le travail que vous faites, là, depuis des années. Je suis étonné
d'apprendre que ça fait juste... seulement deux ans que vous êtes financés, et
vous avez fonctionné pendant plusieurs années. Je vous connais parce que des
membres de ma famille, ma mère, en particulier, étaient très intéressés à votre travail. Donc, voilà, je vous ai suivis
un peu depuis de longues années. Donc, je vous félicite et je vous remercie pour tout le travail que vous
avez fait, là. Vous avez acquis, en plus, un très haut niveau d'expertise
dans cette matière-là. Donc, c'est très intéressant, là.
Justement,
pour continuer sur la même veine, la question du raisonnable, donc, c'est au
chapitre I,
paragraphe 2°, qui est : «...une personne disparue s'entend
d'une personne, à la fois :
«2° qui est introuvable, malgré les efforts
raisonnables ayant été faits par un corps de police...»
Et tantôt
vous avez dit aussi, là, que les familles ont, des fois, des attentes
démesurées, là, par rapport au travail des
corps policiers, des... des choses que les corps policiers ne sont pas en
mesure de faire. Donc, il y a comme une... Le raisonnable est au coeur de cette... de ces dossiers-là, c'est-à-dire
qu'est-ce qu'on peut faire pour retrouver les personnes disparues, et vous dites : Il faudrait le
clarifier davantage, donc, le terme «raisonnable». Est-ce que vous pourriez
nous donner des éléments supplémentaires, là, pour clarifier qu'est-ce
qui pourrait être raisonnable?
Mme Carretta (Christine) : Bien,
parce que, selon nous, le terme «raisonnable», c'est une question aussi de
perception pour chacun. Qu'est-ce qui est raisonnable pour vous n'est peut-être
pas raisonnable pour moi. Ce qui est raisonnable pour un policier n'est
peut-être pas raisonnable pour une proche de victime. Donc, c'est le point.
C'est comment on pourrait clarifier ce
mot-là pour qu'il soit compris de tous au même niveau et non interprété. Je ne
sais pas si je réponds à votre question. Mais je trouve que c'est un mot
qui est tellement vague. Et, comme je vous dis, c'est une question de
perception, le raisonnable.
M. Fontecilla : Vous avez fait aussi
mention, là, de la question de... bien, tout l'enjeu de la coordination, la
collaboration entre corps policiers, là. Vous avez mentionné qu'une personne
disparue, rapidement, peut se retrouver à
des centaines, voire des milliers de kilomètres. Est-ce que vous pensez que le
projet de loi n° 14 répond à cet enjeu-là de meilleure coordination
des corps policiers?
Mme Carretta (Christine) : Bien,
enfin, moi... Oui. Je pense que oui, hein?
Mme Béchard (Andrée) : Bien, je vais
vous le dire oui, oui, parce que, si on veut vérifier, par exemple, chez un
transporteur, peu importe, si on veut vérifier des choses qui peuvent amener la
personne à aller à l'extérieur, qui pourrait se rendre à l'extérieur, oui,
parce que ça donne... ça donne le pouvoir aux policiers de pouvoir vérifier
avec des hauts niveaux de... je ne sais pas, moi, d'un aéroport, ou de vérifier
au niveau d'une gare, ou de niveau de... Ça amène les policiers à vérifier si
la personne est sortie à l'extérieur du territoire. Alors, je pense que c'est
essentiel.
Ce qui est dans cette loi-là, ça touche, en
fait, tout ce qui peut arriver à une personne disparue, toutes les
circonstances. Elle peut se retrouver à l'hôpital. Elle peut se retrouver
ailleurs. Elle peut se retrouver prise avec un groupe organisé. Elle peut... Je veux dire, c'est une loi qui donne
vraiment une flexibilité, si je pourrais dire, aux policiers de vérifier
des zones où ça a été impossible. Écoutez, moi, ça fait 15 ans, je ne sais
même pas si ma fille est passée dans un hôpital du Québec.
Président (M. Bachand) :
Merci beaucoup. Je dois céder la
parole à la députée de Vaudreuil, s'il vous plaît.
Mme Nichols : Merci. Bien, merci
d'être parmi nous pour partager votre expérience. Ce n'est pas... ce n'est pas
évident, là, ce que vous avez vécu et ce que vous vivez encore.
J'ai
deux petites questions. Ma première. Tantôt, on parlait des réseaux
sociaux, les ordinateurs, ces choses-là. Moi, je ne voulais pas
savoir... En fait, ma question, c'est à savoir si... pas à permettre à la
police, là, de diffuser sur les réseaux sociaux, parce
que plus qu'on voit l'image, plus ça aide, pas cette partie-là, mais est-ce
que... Les parents ou... des personnes recherchées ou les proches, est-ce
qu'elles seraient d'accord pour que... donner accès à l'appareil, peut-être,
de la personne disparue pour aller voir sur Internet, aller voir l'historique
de navigation sur Internet, aller voir les
messages textes, les messages entrants, sortants? Plus cette partie-là. Est-ce
qu'il y aurait... Est-ce que vous voyez ça comme une entrave, un peu
trop loin, ou vous vous dites : Non, c'est correct?
Mme Carretta
(Christine) : Bien, moi, je... Écoutez, je vais parler par expérience,
là. Ce que je peux vous dire, c'est que moi, je pense qu'une personne qui a
perdu un être cher est prête à tout mettre sur table ce qui pourrait aider, en
fin de compte, les policiers à pouvoir retrouver cette personne-là. Parce qu'on
n'est pas dans le jugement. On est vraiment en mode solution. On est en mode
proactif. Et il faut que les choses bougent vite. Donc, téléphones cellulaires, écrits, comme j'ai dit, manuscrits,
peu importe, agendas, tout ce que c'est qu'on pourrait avoir à déployer,
réseaux sociaux, à mon avis, c'est nécessaire et ce serait même fortement
apprécié.
Mme Nichols :
Parfait. Donc, donner accès, pour vous, c'est... c'est possible.
Mme Carretta
(Christine) : Donner accès complètement, totalement.
Mme Béchard
(Andrée) : Je pourrais ajouter, même, donner un délai, un délai dans
la loi aussi, un délai, c'est-à-dire 72 heures pour avoir une...
officiellement, un document d'une institution, ou quoi que ce soit, parce qu'une disparition, ça presse, hein, parce que ce
n'est pas dans la... Il n'y a pas de délai d'inscrit dans la loi, mais moi,
je pense qu'un délai devrait être inscrit dans la loi aussi.
Mais vous avez
raison, particulièrement, là... Je pense qu'une famille est prête, même...
C'est tellement dangereux que ça... On peut se mettre en situation de
dangerosité aussi lorsqu'on cherche une personne disparue, parce que les polices n'ont pas accès à certains
endroits. Et nous, on l'a fait, et puis... C'est parce qu'on veut vraiment
trouver la personne. Alors, on est sur l'adrénaline à ce moment-là.
Mme Carretta
(Christine) : Juste pour ajouter aussi, le fait que... le fait qu'on
puisse, justement, déployer tout ça, tous
ces outils-là, je pense que ça fait preuve aussi d'une grande collaboration de
part et d'autre, donc, de là aussi l'importance qu'il y ait une
collaboration en pouvant divulguer toute l'information.
Mme Nichols :
Merci. Merci beaucoup.
Le Président (M. Bachand) : Merci beaucoup. Sur ce, Mme Carretta, Mme Béchard, merci infiniment
d'avoir été avec nous aujourd'hui. C'est très apprécié.
Sur ce, je suspends
les travaux quelques instants. Merci.
(Suspension de la séance à
12 h 07)
Président (M. Bachand) : À l'ordre, s'il
vous plaît! La commission reprend ses travaux. Alors, il nous fait plaisir
d'accueillir la Commissaire à la déontologie policière. Merci beaucoup d'être
avec nous. Comme vous savez, vous avez
10 minutes de présentation. Après ça, on aura un échange avec les membres.
Alors, la parole est à vous, s'il vous plaît. Merci.
Mme Hillinger
(Mélanie) : Merci beaucoup. Bonjour, M. le ministre. Bonjour, M. le
Président. Bonjour, membres de la
commission. Il me fait plaisir aujourd'hui d'être présente à cette consultation
particulière, et je vous en remercie, de cette invitation. Mon
allocution portera sur les modifications législatives proposées au régime de déontologie policière, particulièrement au regard
de celles qui relèvent de notre compétence. Mais permettez-moi, dans un
premier temps, de vous présenter brièvement mon organisation.
Le Commissaire à la
déontologie policière est une organisation gouvernementale indépendante
composée de civils, dont la mission est
d'assurer la surveillance des agents de la paix sur le plan déontologique. Nous
avons le mandat de recevoir,
d'examiner et de traiter les plaintes déposées à l'endroit des policiers, des
agents de protection de la faune, des constables spéciaux, des
contrôleurs routiers, des dirigeants et enquêteurs de l'unité anticorruption
permanente, l'UPAC, de même que les
dirigeants et enquêteurs du Bureau
des enquêtes indépendantes qui
n'auraient pas respecté le Code de
déontologie des policiers du Québec. Par notre action, nous nous assurons que
des agents de la paix adoptent une conduite professionnelle dans le
respect des droits des citoyens en vue de maintenir, voire renforcer le lien de
confiance entre eux et la population qu'ils desservent.
L'analyse du projet
de loi n° 14 s'est réalisée à travers le spectre de trois postulats :
offrir à la population et aux agents de la
paix un mécanisme de surveillance civile indépendant qui soit juste, impartial,
accessible, efficient et transparent; veiller à une utilisation
judicieuse des ressources dans un contexte où ces ressources ne sont pas
illimitées; et concourir par notre action à une saine administration de la
justice.
la base de ces fondements, nous accueillons favorablement les intentions du
projet de loi n° 14. Tout d'abord, l'ajout de nouvelles responsabilités en
matière de prévention et d'éducation en matière de déontologie policière
suscite particulièrement notre intérêt. En plus de s'inscrire en parfaite
adéquation avec les orientations de notre
plan stratégique 2021-2025, nous croyons à l'importance de prévenir les
manquements déontologiques avant que ceux-ci ne surviennent et à la
nécessité de mieux informer les citoyens de leurs droits et de leurs recours
lorsqu'ils interagissent avec les agents de la paix.
Plus concrètement, il
nous apparaît fondamental de sensibiliser les agents de la paix sur les
comportements à risque des manquements déontologiques et de les soutenir par le
renforcement de bonnes pratiques. En corollaire, les citoyens doivent être au
fait des pouvoirs et des devoirs dévolus aux agents de la paix afin de pouvoir
adopter un comportement sécuritaire et réagir promptement aux comportements
s'écartant des pratiques établies.
Dans la mesure où le
projet de loi était adopté sur cet aspect, la commissaire entend offrir une
offre de services adaptés pour mieux répondre aux besoins diversifiés de sa
clientèle, mettre en place un programme de prévention
comportant des outils de sensibilisation et d'information destinés au public et
aux agents de la paix et accompagner son personnel dans le développement
de ses compétences sur des enjeux d'importance tels que le profilage racial et
social.
De plus, la
commissaire souscrit à la volonté d'accroître l'accessibilité aux recours
déontologiques mais juge essentiel que des balises soient définies et
permettent d'assurer le traitement des plaintes avec plus d'efficience, et donc
plus rapidement. En ce sens, nous saluons l'introduction d'un deuxième mode de
dénonciation d'un événement, en l'occurrence
le signalement, qui nous apparaît le véhicule le plus adapté au degré
d'implication de la personne par rapport à l'événement dénoncé et le plus
respectueux de la préservation des renseignements personnels des personnes impliquées.
Cette proposition
nous apparaît également la plus optimale au regard d'une utilisation judicieuse
des ressources et d'une saine administration de la justice, particulièrement
dans le contexte où nous sommes conscients que
les délais de traitement des plaintes sont présentement une source d'irritants.
Sur cet enjeu de taille, je tiens à mentionner que nous sommes en action
et que les différentes mesures qui sont proposées par le projet de loi
pourraient soutenir l'atteinte de cet objectif.
Enfin, cette mesure
est complémentaire à la possibilité qui serait désormais accordée à la
commissaire d'analyser des événements qui
n'auraient peut-être pas été soumis à son examen autrement, lui permettant
ainsi d'assurer une meilleure protection du public.
Nous désirons
également porter à l'attention des membres de la commission quelques aspects
sur lesquels une vigilance est de mise. Alors que la conciliation s'avère le
premier mode de règlement des plaintes en déontologie policière, le projet de
loi suggère d'introduire la conciliation sur une base facultative au plaignant
alléguant la conduite discriminatoire d'un agent de la paix. Consciente que la
conciliation peut s'avérer une démarche exigeante pour certains plaignants, nous sommes néanmoins convaincus qu'il s'agit
d'une étape essentielle au rétablissement du lien de confiance et une
occasion unique de s'exprimer sur les événements, de rapprocher les parties et
d'en tirer des apprentissages pour le futur. La conciliation doit être vue
comme une mesure de prévention en ce qu'elle vise à faire évoluer les comportements et les pratiques en
vigueur. Bien au-delà de la situation pour laquelle les parties sont réunies,
elle a comme objectif d'amener le citoyen et l'agent de la paix à prendre du
recul sur les événements et à identifier la façon
d'intervenir dans le futur pour éviter qu'une situation ne s'envenime. Il
s'agit d'une démarche dont les bénéfices surpassent plus souvent
qu'autrement les appréhensions exprimées au départ, et nous en sommes
conscients.
De plus,
l'introduction d'un parcours différencié pour une
partie de notre clientèle
n'est pas sans risque et pourrait avoir pour effet de discréditer, pour l'autre
partie, ce véhicule d'échange qui a pourtant fait ses preuves au cours des
années. Partant du fait que l'enquête déontologique ne puisse systématiquement
conduire à la citation d'un policier devant le comité en raison des règles de
droit applicables, il apparaît opportun de laisser le soin à la commissaire de
déterminer, parmi la conciliation ou l'enquête, lequel des deux modes
s'avère le plus approprié dans les
circonstances. Le maintien de l'exercice de cette discrétion permettrait de
préserver l'équilibre entre les attentes du citoyen et les réelles chances d'obtenir une sanction au terme d'une
audience devant le comité. Ce précepte est également en adéquation avec
la tendance observée dans d'autres systèmes de justice qui prônent les modes
alternatifs de règlement des différends à la judiciarisation des litiges. De
surcroît, il est important de retenir que la commissaire n'exerce pas une
discrétion arbitraire en favorisant la conciliation dans certaines situations.
Sa décision repose plutôt sur sa conviction de pouvoir ou non faire la preuve
prépondérante d'un manquement déontologique devant le comité.
Persuadés des retombées
positives de la conciliation, nous recommandons son maintien comme premier mode de règlement des plaintes dans les
situations, bien évidemment, qui le requièrent. De plus, advenant une
indécision du plaignant, nous suggérons de maintenir la conciliation
comme première étape du processus déontologique.
Le projet de loi
n° 14 ouvre la porte à la tenue de conciliation adaptée aux nouvelles
technologies. En sus des conciliations
virtuelles, nous estimons essentiel de pouvoir tenir des conciliations par voie
de conférences téléphoniques dans les cas où les plaignants n'auraient pas
accès à des outils technologiques. Bien que les conciliations en
présentiel, et je tiens à le mentionner, doivent demeurer le mode privilégié,
ces nouvelles modalités permettraient la souplesse nécessaire pour répondre à des besoins particuliers en plus d'assurer
une conciliation contemporaire aux événements et de répondre aux besoins
de certains plaignants souhaitant une conclusion rapide de leurs dossiers.
Enfin, s'il advenait
que le législateur confère au comité le pouvoir d'établir une mesure de
réparation au
chapitre des sanctions possibles, nous suggérons que la mesure de
réparation préconisée fasse l'objet d'une recommandation conjointe entre la
commissaire et la
partie policière à la suite de représentations faites au
préalable par les parties.
terminant, je tiens à souligner l'engagement exceptionnel et le dévouement de
chacun des membres de mon équipe. Durant la pandémie, un travail colossal a été
réalisé pour mettre en place de nouveaux processus et maintenir notre offre de
services. De plus, je tiens à remercier mes partenaires que sont les
organisations représentant les citoyens, les
organisations policières de même que les organisations représentant les agents
de la paix, mes partenaires du
ministère, le ministre, qui travaillent chaque jour avec nous pour faciliter la
conduite du processus déontologique dans le respect, bien évidemment, de
nos rôles et de nos juridictions respectives.
Toutes ces actions
combinées aux intentions du projet de loi n° 14 constituent, à notre avis,
la voie à suivre pour améliorer, voire moderniser la déontologie policière.
Néanmoins, il m'importe d'insister sur le fait que des ressources
additionnelles seront nécessaires au commissaire pour assurer l'implantation
des nouveautés qui découleront des travaux législatifs et afin de préserver la
confiance de nos parties prenantes, qui sont en droit de s'attendre à un
traitement des plaintes qui soit efficient, diligent et bienveillant. La
mobilisation de tous les acteurs intéressés s'avère un incontournable dans la
réussite de ce projet de modernisation. Et je tiens à souligner que mon
organisation sera au rendez-vous pour répondre aux orientations législatives
que les parlementaires détermineront.
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup,
Mme la commissaire. M. le ministre, s'il vous plaît.
M. Bonnardel :
Merci, M. le Président.
Mme Hillinger, merci d'être là aujourd'hui. Vous avez un mémoire... un
exercice qui est important pour... qui est
partie prenante de notre... bon, de
notre projet de loi qui a été déposé.
Puis mon premier
point, puis j'en ai plusieurs, mais je sais que mes collègues vont vouloir en
poser aussi, là, mais on va essayer de faire ça de façon succincte, là :
Êtes-vous capable de nous exposer, pour la gouverne de tous, la distinction ou
les distinctions entre le signalement et les plaintes? Certains nous ont dit
hier que ça pourrait être une perte en
termes de droits pour les citoyens. Est-ce que, pour vous, c'est un gain en
efficience d'aller... d'aller... d'aller là? Donc, rapidement, sur ce
premier point, qu'est-ce que vous... qu'est-ce que vous pouvez nous exposer et
nous expliquer entre un signalement, une plainte et les changements qu'on a...
qu'on a apportés dans la loi, là?
Mme Hillinger (Mélanie) : Peut-être mentionner,
tout d'abord, qu'il s'agit, effectivement, de deux véhicules
distincts, mais qui ont le même objectif, à savoir porter à la connaissance du
commissaire une situation qui pourrait s'avérer un manquement déontologique.
Donc, premièrement, l'objectif est le même.
Deuxièmement,
l'analyse qui sera faite du signalement et de la plainte seront au même effet.
Ils auront la même considération, le même égard. Nous allons, effectivement,
nous baser sur les mêmes critères et les mêmes règles de droit pour juger ou
non de l'admissibilité. À
titre d'exemple, est-ce qu'il s'agit d'une situation
qui relève de la compétence du commissaire? Est-ce qu'il s'agit, effectivement,
d'une situation où un policier était dans l'exercice de ses fonctions? Est-ce qu'il s'agit d'une situation où le policier
était dans le cadre d'une intervention avec le public? Est-ce que la
force utilisée dans les circonstances était raisonnable ou non? Est-ce qu'il y
a un droit d'un citoyen qui a pu être compromis? Donc, toute l'analyse de
l'admissibilité de départ sera au même effet.
Où la distinction se
trouve, c'est lorsqu'il s'agit, pour le commissaire, d'en effectuer son suivi.
La plainte est un véhicule qui vise une
personne qui est plus directement visée par l'événement, donc, qui a subi
l'intervention ou qui en a été témoin, tandis que le signalement serait
davantage réservé à une personne tierce à l'événement, qui n'était pas présente
sur les lieux et qui ne peut pas en attester, qui ne peut pas, malheureusement,
contribuer à l'analyse du commissaire en apportant des faits qui pourraient,
effectivement, venir amener un éclairage qui est nécessaire au traitement et à
la conduite.
M. Bonnardel :
Donc, rapidement, un signalement peut amener une... ou des signalements sur
un cas x peut amener, de votre côté, une plainte.
Mme Hillinger
(Mélanie) : Le signalement pourrait déboucher, effectivement, sur une
enquête.
Bonnardel : Une enquête, c'est ça.
Mme Hillinger
(Mélanie) : Une enquête, effectivement, puisque... La conciliation ne
serait pas le véhicule opportun étant donné que la personne n'était pas
partie
ou témoin de cet événement-là.
Puis je pense que ce
qu'il est important aussi de mentionner, c'est que... Hier, j'ai entendu le
fait que le signalement pourrait amener une perte de droits de la personne qui
le formule. Dans les faits, ce qu'il faut comprendre, c'est... Encore une fois,
le droit de révision, à la suite de la décision qui pourrait être portée sur le
signalement, de l'accepter ou de le rejeter s'établit sur la base de faits ou
d'éléments nouveaux. Donc, lorsque le commissaire exerce sa discrétion en
révision d'une décision initiale, c'est pour des éléments nouveaux. Le
signalant qui n'a pas été
partie à l'événement ne serait probablement pas en
mesure d'amener ces faits et éléments nouveaux puisqu'il n'a pas été
partie à
l'événement, puisqu'il n'a pas été témoin de cet événement-là. Donc, à toutes
fins pratiques, ce recours-là de révision serait, bon an, mal an, plus
théorique qu'autre chose.
Bonnardel : J'aimerais aussi vous entendre davantage sur le fait de
remplacer l'appel de plein droit par un appel de permission. Certains nous ont
dit que c'était un recul.
Hillinger (Mélanie) : Je pense que c'est une question d'opportunité qui
relève de vous, les législateurs, mais, pour vous apporter un éclairage,
je vous soulèverais certains éléments. Il faut comprendre que l'appel de plein droit est ouvert tant au commissaire qu'à la
partie
policière. Donc, s'il y avait des changements à ce niveau-là, autant le
commissaire que la
partie policière en seraient, effectivement, là, les gens
qui, je vous dirais, devraient s'adapter à la nouvelle situation.
Il ne s'agit pas de retirer, encore une fois, le
droit d'appel. Il s'agit de l'encadrer et de l'assujettir à, effectivement, une
permission. Ce qu'on disait tout à l'heure, c'est dans un contexte de
ressources limitées, dans un contexte où on souhaite la saine administration de
la justice. Il faut comprendre que l'appel de plein droit peut amener, encore
une fois, une forme de systématisme où, chaque fois qu'on n'est pas
nécessairement, je vous dirais, en accord avec la décision, on pourrait décider
d'aller, effectivement, au niveau de la Cour d'appel et lui demander une
nouvelle appréciation des faits. Ce que l'appel sur permission viendrait
apporter, c'est d'amener une forme de filtre permettant, encore une fois, à la
Cour d'appel d'apprécier à sa face même si le dossier comporte une erreur
manifeste et déterminante qui justifie son action. Donc, si, effectivement, à
sa face même, il y a cette erreur-là, ces motifs sérieux là sont mis en
évidence, à ce moment-là, la Cour d'appel se saisirait de la situation.
Ce qu'il faut aussi comprendre, c'est
qu'actuellement on peut assister à un certain débalancement dans l'exercice du
droit d'appel. Bon an, mal an, je vous dirais que la
partie policière peut
exercer son droit d'appel de plein droit à peu près dans 65 % des dossiers
pour lesquels le policier a un manquement déontologique reconnu, alors que, le
commissaire, c'est plutôt dans 10 % des situations où le policier voit le
comportement non dérogatoire reconnu par le comité.
Actuellement, au niveau des tribunaux
spécialisés en matière administrative, je vous dirais que le droit sur
permission est davantage la norme. Il y a un seul... en tout cas, selon
l'évaluation qu'on en a faite, un seul tribunal administratif, qui est le
tribunal des marchés financiers, qui aurait, effectivement... ou dont ses
décisions seraient assujetties à l'appel de plein droit, alors que tous les
autres tribunaux administratifs sont assujettis à un appel sous permission ou
encore ne sont assujettis à aucun droit d'appel, donc, seulement un pourvoi en
contrôle judiciaire du côté de la Cour supérieure.
Donc, encore une fois, l'idée n'est pas
d'empêcher le recours à la Cour d'appel, mais plutôt de circonscrire sur des
motifs sérieux pour éviter qu'il y ait une forme d'automatisme qui pourrait
avoir pour effet d'engendrer des coûts, d'engendrer la mobilisation des
ressources, d'engendrer des délais, aussi, supplémentaires. Combien de fois les
parties nous disent que les processus déontologiques sont longs et amènent une
charge émotive importante sur les parties? Bien, il faut comprendre que,
lorsqu'on exerce un droit d'appel, bien, c'est sûr que la situation s'allonge
et a pour effet de perdurer dans le temps. Alors, le fait de peut-être mettre
un filtre et de s'assurer que les motifs, à sa face même, sont sérieux pourrait
amener, encore une fois, un usage, là, qui pourrait, encore une fois, s'avérer
davantage, là, équilibré dans une société de droit.
Certains experts pourraient peut-être même vous
dire que ce débalancement entre l'exercice du droit d'appel du côté de la
partie policière et du côté du commissaire pourrait avoir une incidence sur
l'évolution du droit, sur l'évolution de la jurisprudence. Je m'explique. On
arrive dans un contexte où, pour tel manquement déontologique, on a une
fourchette de sanctions qui est de l'ordre de cinq jours à 10 jours,
à
titre d'exemple. Le commissaire souhaite,
effectivement, faire évoluer la fourchette de sanctions à la hausse. Du côté de
la
partie policière, bien, ce serait peut-être l'inverse, de vouloir,
encore une fois, à la baisse, diminuer cette fourchette-là, jugeant les
manquements trop sévères. Bien, c'est sûr que, si une des parties va tout le
temps en appel et demande, effectivement, à ce que la fourchette aille vers le
bas... bien, c'est sûr qu'à un moment donné on peut se retrouver dans une
situation où, à long terme, l'équilibre s'en trouve rompu. Alors, c'est la
raison pour laquelle l'exercice doit demeurer. Mais l'exercice pourrait avoir
un avantage, et être mieux encadré, et mieux circonscrit.
M. Bonnardel : On souhaite... Vous
souhaitez, on souhaite accompagner les plaignants. On s'est fait dire plus
d'une fois que les plaignants se sentaient bien seuls face... face à... aux
policiers et à ceux qui... à ceux qui l'accompagnent. Vous souhaitez former et
accompagner, donc, ces plaignants. On s'est fait dire aussi qu'on... Comment on va s'assurer de la neutralité ou de
l'indépendance de ceux qui accompagnent le plaignant, c'est un peu une
inquiétude que certains avaient hier. Pouvez-vous nous exposer rapidement ce
que vous... ce que vous pensez faire?
Mme Hillinger (Mélanie) : Oui.
La personne qui pourrait accompagner, effectivement, les personnes issues de la
minorité visible serait, évidemment, une personne qui assumerait un rôle
neutre. Elle n'aurait pas le rôle de prendre fait et cause sur le plaignant.
Son rôle serait davantage d'assurer une sécurisation sur le plan culturel,
d'être quelqu'un qui vient l'appuyer dans la conduite du processus et qui est
bien au fait de ce qu'elle vit, de ses impacts, des conséquences qui peuvent,
effectivement, découler de la situation qu'elle a vécue.
On a déjà une expérience similaire au
Commissaire à la déontologie policière lorsqu'il est question de notre
clientèle autochtone. Nous avons, depuis deux ans, un agent de liaison
autochtone qui a, effectivement, la possibilité d'accompagner la clientèle
autochtone dans le processus, mais, encore une fois, non pas dans la
perspective de prendre fait et cause, mais plutôt dans la perspective de
démystifier le processus, de l'accompagner, encore une fois, dans le parcours
et de la sécuriser à chacune des étapes, effectivement, du processus.
Donc, oui, ce serait une personne du
commissaire, mais une personne qui, dans un contexte de conciliation, est
neutre et tente de rapprocher les parties en vue de la conclusion d'une
entente.
M. Bonnardel : Rapidement,
comment vous allez vous assurer... Vous en avez parlé dans votre préambule, la
conciliation à distance, c'est un exercice
que vous souhaitez faire pour maximiser le temps, et tout, mais on nous signalait aussi hier : Comment on va s'assurer de la
confidentialité, que personne ne pourra enregistrer cette conciliation à
distance? Avez-vous déjà pensé à ça?
Mme Hillinger
(Mélanie) : Oui. Actuellement, nous avons une entente de
confidentialité qui est signée systématiquement par tous les plaignants et les
policiers qui participent à la conciliation. C'est, effectivement, une entente,
je vous dirais, là, qui est relativement étoffée et qui fait état, encore une
fois, de toutes les conditions qui gouvernent
la conciliation et l'étanchéité parfaite qu'il doit y avoir entre les propos
qui y sont tenus et la suite des choses. Donc, pas de possibilité de
visionnement, pas de possibilité de mettre ça sur les médias sociaux, pas de
possibilité d'amener ça devant les cours de
justice. Il y a vraiment, encore une fois, une très grande préoccupation qui
est mise de l'avant-plan pour s'assurer du respect de cette
confidentialité-là. Et les plaignants ont la responsabilité aussi d'en informer
leur personne accompagnatrice, qui, elle-même, devient assujettie à cet
engagement-là.
Et ce que je pourrais
vous dire, c'est que, même dans le contexte de conciliation en présentiel, en
vertu, maintenant, des nouvelles
technologies, des téléphones intelligents, il pourrait y avoir malgré nous un
enregistrement, effectivement, de conversation. Mais, après
vérification, depuis la création du commissaire, aucune telle situation
n'aurait été portée à notre connaissance. Et, s'il y avait, effectivement, bris
de confidentialité, il pourrait y avoir des recours, là, qui soient pris pour,
encore une fois, là, demander réparation.
M. Bonnardel :
Une dernière question avant de... que le député d'Ungava vous en pose une.
Vous signalez, dans votre... dans vos
sommaires des conclusions, à la page 5, le dernier picot, «que la mesure
de réparation fasse l'objet d'une recommandation conjointe des parties
au comité». C'est un ajout, ça, que vous souhaiteriez voir apparaître.
Mme Hillinger
(Mélanie) : Oui, oui. On a entendu, hier, des intervenants. Je
souscris, effectivement, aux préoccupations qui ont pu être témoignées. Les
mesures de réparation, ce sont des mesures qui sont relativement très
personnelles et qui appellent au caractère propre de la personne dans une
situation donnée. Je suis d'avis que ces mesures-là devraient normalement
relever, au premier chef, de l'employeur, qui a, effectivement, un lien plus
étroit et privilégié avec les personnes en
cause, qui connaissent leur situation, leur état d'esprit, leurs besoins. Donc,
pour moi, ce devrait être, au premier chef, un rôle qui est dévolu à
l'employeur.
Par contre, s'il y
avait éventuellement de telles mesures, ma recommandation... la recommandation
de mon organisation serait qu'il y ait d'abord et avant tout une recommandation
entre les parties, donc entre la
partie policière et le commissaire, en vue
d'en faire la présentation au comité, le cas échéant.
Le Président (M. Bachand) : M. le député d'Ungava, deux minutes, question et réponse. Deux minutes
maximum.
M. Lamothe :
Il y a des représentants syndicaux qui se sont présentés hier, trois, puis
ils sont tous unanimes à dire que les
nouvelles règles déontologiques vont augmenter le désintéressement du policier
face au travail qu'il a à faire. Vous en pensez quoi?
Mme Hillinger
(Mélanie) : C'est une préoccupation, effectivement, qu'on doit tous
avoir. Ce que je vous dirais par rapport à ça, c'est que le volet prévention
qui serait ajouté, effectivement, à la mission du commissaire va, à mon avis,
changer la donne. Ce qu'on veut travailler en prévention, c'est éviter,
justement, qu'il y ait des manquements déontologiques et qu'il y ait des
plaintes qui soient déposées. Comment le faire? À partir de l'expérience, de
l'expertise qu'on a développée au cours des années par le traitement de
milliers de plaintes au fil du temps, donc,
identifier les comportements à risque de manquement déontologique et renforcer
les bonnes pratiques par des exemples,
effectivement, qui sont heureux et dont les dénouements sont, effectivement,
salutaires. Donc, prévenir en amont
et venir sensibiliser le policier en l'accompagnant et en le soutenant serait,
encore une fois, à notre avis, une porte positive, là, pour qu'ils se
sentent, encore une fois, là, soutenus dans la réalisation de leur travail.
Et le Commissaire à
la déontologie a un rôle, effectivement, d'assurer la protection du public. Et
c'est sûr qu'on est conscients de
l'insatisfaction qu'on peut générer. Lorsqu'on refuse une plainte pour une
preuve insuffisante, à
titre d'exemple, c'est sûr qu'on crée,
effectivement, des insatisfactions. Il faut les expliquer. Il faut communiquer.
Il faut que les gens comprennent le rôle. Du côté des policiers, c'est la même
chose.
Quand on parle d'une
plainte au niveau de la société, chaque plainte est une plainte de trop. C'est
à nous, comme société, de mettre en place
toutes les conditions gagnantes pour faire en sorte que les manquements soient
le plus limités possible et qu'au global toute la sécurité du public
soit assurée.
Le Président (M. Bachand) : Merci beaucoup. Désolé. Je dois passer la parole à la députée de Westmount—Saint-Louis.
Mme Maccarone :
Merci beaucoup. Merci beaucoup pour votre témoignage ainsi que votre
mémoire. Je pense que ça va nous aider à élaborer la prochaine étape dans cette
loi.
Nous avons entendu en
commission hier la Ligue des droits et libertés, et eux, ils proposent quand même
des craintes. Ils disent qu'il y a beaucoup, beaucoup de discrétion laissée au
commissaire. Que répondez-vous à eux? Comment pouvons-nous rejoindre leurs
préoccupations ainsi que... Comme le collègue vient de dire, on a aussi les
corps de policiers qui disent que les mesures déontologiques qui sont comprises
dans cette loi sont des pénalités qui sont très sévères, les plus sévères que
nous n'avons jamais vues. Comment voyez-vous votre rôle de gérer les deux, les
deux considérations? Les deux côtés disent qu'ils sont préoccupés.
Mme Hillinger
(Mélanie) : Vous avez, effectivement, soulevé un bon point. Et, ce que
nos partenaires nous disent, nous le considérons au premier chef. Nous avons un
rôle d'éducation. Nous avons un rôle de formation. Nous avons un rôle
d'accompagnement. Dans notre planification stratégique, c'est un élément qu'on
a mis en exergue. Il faut mieux communiquer et avoir une force de frappe plus
importante. Donc, c'est important, encore une fois, que les gens comprennent
l'exercice de notre rôle et sur quels paramètres ce rôle-là est établi. Nous ne
jugeons pas en équité selon ce qu'on a envie de faire dans la journée. Nous
sommes assujettis à un cadre strict, à des règles, à des principes qui sont
dégagés par la jurisprudence. Et c'est sur la base de cet encadrement-là que
nous nous gouvernons, à partir d'aide... d'outils d'aide à la tâche, de
critères, de grilles qui nous permettent d'assurer un traitement uniforme, un
traitement juste, un traitement équitable.
Mais maintenant c'est de rendre la décision et
d'expliquer correctement, dans un langage clair, dans un langage accessible et
digestible, les raisons qui ont motivé nos choix. Et ça, on a du travail à
faire, on est conscients, et c'est la raison pour laquelle nous essayons de
mettre sur notre site Internet notre intégration sur les médias sociaux, la
participation dans des salons, dans des événements qui permettent aux citoyens
de communiquer avec nous et des événements qui nous permettent de former aussi
des policiers recrues, des agents de la paix.
Donc, plus les gens vont comprendre notre rôle,
plus les gens vont comprendre notre action, mieux on sera capables de rendre ce
que l'on fait. Nous croyons que ça va aider à la transparence, à légitimer
l'exercice de notre juridiction et à apaiser, possiblement, certaines personnes
qui peuvent se questionner, à juste titre, sur nos façons de faire et les
décisions que nous prenons.
Mme Maccarone : Merci. Alors,
vous avez beaucoup parlé de la conciliation. Vous êtes d'avis que la
conciliation devrait être obligatoire. On a aussi entendu la Ligue des droits
et libertés qui nous disent que ça devrait être facultatif, parce que, dans
certains cas, ça se peut qu'on ait des plaignants qui ne voudront pas
poursuivre avec de la conciliation. Et on a aussi entendu la même préoccupation
des policiers qui ont passé en commission hier. Que répondez-vous à eux? Puis
pourquoi ça doit être obligatoire et non facultatif? Il y a quand même des cas,
peut-être, qui devront être pris comme exceptionnels.
Mme Hillinger (Mélanie) : Merci
de la question. La conciliation est un véhicule, effectivement, qui est
engageant, qui est exigeant. Moi, je parle souvent de la conciliation comme
premier mode ou comme première étape du
processus déontologique, parce qu'il n'est pas systématiquement obligatoire, tu
sais, dans tous les cas. Il peut y avoir une enquête qui soit décrétée
au terme de l'analyse préliminaire d'une plainte. Donc, il faut comprendre
qu'il y a certaines situations d'intérêt public, de blessures graves. Il peut y
avoir, effectivement, des cas de récidive, des considérations de droits fondamentaux qui auraient été, effectivement,
compromis qui vont justifier le décret d'une enquête.
Par contre, ce qu'il faut comprendre, c'est
qu'encore une fois tous les dossiers ne peuvent pas se rendre en enquête, parce
qu'encore une fois c'est une question de preuve. Nous ne pourrions pas faire la
preuve devant le comité de déontologie des
éléments constitutifs d'un manquement déontologique. Donc, le véhicule qui
demeure, à ce moment-là, pour permettre à un citoyen de se faire
entendre, il a vécu quelque chose de difficile, il veut l'exprimer, il veut
faire valoir sa voix, bien, la conciliation est la bonne étape pour lui permettre
de le faire. Et, si j'avais des conciliatrices et des conciliateurs,
aujourd'hui, de mon équipe qui étaient devant vous, ils vous diraient que,
malgré les appréhensions de départ, au terme des conciliations, les gens sont
tellement contents.
Je regardais les derniers chiffres, 79 % de
taux de succès. Les gens ne rentrent pas en conciliation nécessairement bien,
apaisés, paisibles et heureux, mais il y a de belles histoires qui se
terminent. Et, encore une fois, comme je le mentionnais, au-delà de la conciliation
pour l'événement pour lequel les parties sont réunies, le citoyen va devoir
continuer de cohabiter avec les forces de l'ordre. Il va devoir composer au
fait que, dans la société, il y a des agents de la paix qui assurent la
sécurité publique. Donc, il est important de leur donner un véhicule d'échange
dans un cadre respectueux, balisé, avec le concours d'un conciliateur neutre,
équitable et impartial pour les faire grandir dans la situation, pour les
informer, les sensibiliser.
Et même les représentants syndicaux nous disent,
au commissaire, que c'est bon, effectivement, pour les policiers. C'est un
rafraîchissement. Hier, on parlait du consensus sur la formation, la formation
continue. Bien, la conciliation, c'en est une, forme de formation continue.
Quand le policier est dans la pratique, dans le feu de l'action, bien, il y a
bien des choses qui se passent, mais, parfois, de venir en conciliation et de
se faire rappeler certaines choses, ça peut l'aider dans sa pratique, ça peut
l'aider sur ses prochaines interventions. Donc, on voit les bénéfices réels de
ce véhicule-là.
Mme Maccarone : Merci. J'ai vu
dans votre mémoire que vous êtes contente avec la modification législative
proposée qui va permettre à votre organisation d'accompagner, encore plus
personnalisé, les plaignants. Vous avez eu un échange préliminaire avec le
ministre. Mais, quand je lis votre mémoire, je vois aussi que le nombre de
plaintes reçues par vous sont en croissance. Si on parle de 2017‑2018,
1 818. Puis là, en 2021‑2022, ça augmente à 2 493. Comment allez-vous
rejoindre ce nouveau critère?
Malgré que je le salue puis je trouve que c'est
une bonne idée, comment allez-vous
rejoindre, maintenant, ce nouvel indice, qui me semble très nécessaire puis
très utile? Mais, si vous êtes en manque d'effectifs, comment allez-vous
réaliser?
Mme Hillinger (Mélanie) : Au
cours des cinq dernières années, nous avons vu le nombre de plaintes augmenter de 37 %. À l'instar des autres
organisations, c'est vrai qu'il y a des enjeux de ressources. On a,
effectivement, une
rareté d'expertise. Quand on a un joueur qui quitte l'organisation, ça fait
mal. Dans une organisation comme la mienne, on est environ
39 personnes. C'est un concentré d'une expertise très spécialisée.
Alors, c'est
sûr que, durant la pandémie, on a eu, encore une fois, des plaintes, on vous
dirait, qui se sont ajoutées par rapport à ce qu'on a connu dans les
années précédentes, et ça a créé une pression. Donc, je vous laisse... Je ne
vous cache pas, et je l'ai dit dans mon mot d'ouverture et je l'ai écrit dans
le mémoire, on a fait de l'optimisation à l'interne.
On a révisé nos processus. On a regardé chacun des endroits où on pouvait
gagner en efficience. Mais j'ai été très claire, et je pense avoir reçu
une belle écoute de M. le ministre quand je lui ai dit que, là, je ne pouvais
plus aller plus loin dans la situation actuelle, que mon équipe avait
impérativement besoin de ressources pour que je puisse préserver la confiance
de mes partenaires et que je puisse décharger les plaignants et les policiers
de cette charge-là qui fait que mon processus, quand il est long, amène sur
leurs épaules une charge émotive qui, à un moment donné, n'est plus saine dans les circonstances. Donc, un
processus déontologique, il faut, pour que la force de frappe arrive, que le dénouement soit le plus contemporain
possible à l'événement qui a donné lieu, effectivement, à cette rencontre-là. Donc,
oui, ça m'en prend, des ressources.
Ce n'est pas que des ressources. Il y a une
multitude, effectivement, de mesures qui doivent être mises en place. Mais
chaque petit élément de souplesse... On parlait tantôt des conciliations
virtuelles. Bien, encore une fois, je l'ai
dit, c'est un mode privilégié, le présentiel, mais, si, à un moment donné, on
se retrouve à avoir des conciliations en région que l'on doit regrouper
pour, effectivement, tenter d'utiliser judicieusement les ressources, bien, ça
peut faire en sorte que je vais allonger mon délai, alors que, dans d'autres
circonstances, par une conciliation virtuelle ou téléphonique, je peux
rapprocher le moment d'échange entre les parties.
Donc, il faut
humaniser le processus de déontologie et mettre nos parties prenantes au coeur
de ce processus-là, et que nous soyons des facilitateurs pour qu'il y
ait un début, une fin, mais que ça se fasse selon les plus hauts standards et
selon les règles de l'art, parce qu'il n'y aura pas de justice à rabais au
Commissaire à la déontologie policière, c'est sûr.
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup. Avant
d'aller plus loin, j'aurais besoin d'un petit cinq minutes puis d'un
consentement pour rajouter un petit cinq minutes à la séance. Consentement?
Des voix : Consentement.
Le Président (M. Bachand) :
Merci. M. le député de Laurier-Dorion.
M. Fontecilla : Merci,
M. le Président. Bonjour, Mme Hillinger. Et merci beaucoup d'être ici avec
nous, là. Très intéressant, ce que vous nous apportez.
Écoutez, j'aimerais soulever quelques préoccupations,
là, qui ont été... qu'on a entendues, là, ici concernant le processus de
signalement. On nous rapporte qu'il y a eu une étude en 2022, toute récente,
là, comme quoi les signalements des... pas les signalements, les plaintes
d'un... les plaintes provenant d'une personne tierce qui n'a pas assisté aux
événements, c'est tout de même très minoritaire dans l'ensemble des plaintes,
3,2 %, là. On est loin de... comment dire, de... d'une vague de plaintes
qui pourraient être frivoles. Mais pourtant, là, ces plaintes-là provenant d'un
plaignant tiers aboutiraient à 22,6 % des dossiers amenés devant le Comité
de déontologie policière et constituent 27 %, presque 28 % des
plaintes qui donnent lieu à une sanction par ce comité. Donc, une petite
minorité de plaintes qui amène quand même à
un grand... à une prise en considération très importante. Est-ce que vous ne
croyez pas que ça pourrait... l'élimination de cette possibilité-là
pourrait vous priver de rendre justice?
Mme Hillinger (Mélanie) : C'est
un très bon point. Les plaignants tiers ont un rôle fondamental à jouer au niveau du commissaire, et nous sommes très
reconnaissants de toutes les situations qu'ils ont portées à notre connaissance,
parce que nous n'avons pas actuellement, dans le cadre de la loi actuelle, la
possibilité de nous saisir de nous-mêmes d'une intervention. Donc, toutes les
plaintes qui ont été formulées par des plaignants tiers, effectivement, ont
reçu de la considération et, vous l'avez dit, ont conduit, dans bon nombre de
dossiers, à des sanctions.
Le signalement va conférer la même possibilité
pour le plaignant tiers de porter ces situations-là à notre connaissance. Le seul élément qui va,
effectivement, changer, c'est la façon dont nous allons effectuer le suivi auprès
de ce plaignant-là en termes de confidentialité des informations qui entourent
un événement pour lequel ils ne sont pas partie.
Donc, le
principe va demeurer entièrement le même. Ils vont continuer d'avoir une
tribune pour sensibiliser le commissaire. Le dossier va être analysé de la même
façon qu'actuellement, selon les mêmes critères, avec les mêmes paramètres,
les mêmes règles de droit. Mais, au moment où on aura pris la décision, ce que
l'on demande, c'est d'avoir une souplesse
additionnelle pour être peut-être un peu moins éloquents dans les motifs qui
pourraient générer telle ou telle décision afin de préserver la
confidentialité d'informations sensibles qui concernent des personnes à
l'événement et pour lequel cette personne-là n'était pas partie. Donc, c'est
vraiment dans une perspective d'assurer la protection de la vie privée des gens
qui étaient
partie à l'événement
Mais ce n'est d'aucune façon une façon détournée
de les empêcher d'exercer la légitimité, encore une fois, de l'apport qu'ils faisaient
au commissaire, mais c'est vraiment, peut-être, de prévoir une façon d'y
répondre qui est différente. On parlait de
ressources, on parlait de délais, on parlait de saine administration de la
justice, bien, c'est une façon de livrer, encore une fois, le suivi.
Le Président
(M. Bachand) : Merci beaucoup. Mme la
députée de Vaudreuil, s'il vous plaît.
Mme Nichols :
Oui. Merci, M. le Président. Bonjour. Avec les différentes modifications
législatives, ça ferait beaucoup de chapeaux. On parle, entre autres, de
l'accompagnement, de la prévention, du tribunal. Vous avez sûrement entendu les
différents groupes, là, qui sont passés. On disait : Est-ce qu'il n'y a
pas un conflit d'intérêts, ou est-ce qu'on ne devrait pas plutôt confier la
prévention à une autre entité, ou... Moi, j'aimerais vous entendre, là, sur
l'ensemble des chapeaux. Puis, on en a parlé, là, il y a des collègues qui en
ont parlé, les effectifs, c'est sûr que ça va prendre plus d'effectifs, mais il
y a des... il y a l'argent aussi, là, en arrière de tout ça, le financement.
Mme Hillinger (Mélanie) : Vous
avez une très bonne question. Pour nous, et ça, on l'a mentionné, notre équipe
de prévention serait vraiment étanche de l'équipe qui traite les plaintes. Il y
aurait vraiment deux secteurs distincts, du côté du commissaire, qui auraient,
effectivement, des fonctions et des rôles propres qui leur seraient dévolus, parce qu'on n'est pas à l'intérieur du
même environnement. Donc, la prévention, on est plus en amont des plaintes
ou des signalements, alors que, lorsqu'on arrive au niveau de la plainte, on est
en aval. Donc, à ce moment-là, il faut vraiment qu'il y ait une étanchéité.
Mais, par contre, il y aura nécessaire communication entre ces deux entités-là,
parce que le traitement des plaintes, c'est la mine d'informations qu'on va
aller rechercher.
Mme Nichols : Comment
vous allez faire? Comment vous allez faire ce mur-là? Comment vous allez... Ça
va être des équipes séparées? Comment vous allez y arriver?
Mme Hillinger (Mélanie) : Ça va
être des équipes séparées, mais qui vont avoir, effectivement, quand même le
rôle de communiquer de manière à aller chercher la matière première pour
identifier les manquements déontologiques potentiels. Le traitement des
plaintes nous amène à voir certains comportements à risque. Ça va être
important, en fonction du traitement des plaintes, d'aller communiquer avec
l'équipe de prévention pour dire : On voit
beaucoup de plaintes, actuellement, de tel ordre, qui amènent tels risques dans
le comportement, donc il serait bien de travailler des outils, une
information... une formation qui porte sur ces éléments-là. Donc, c'est sûr que
ce sont des équipes distinctes, comme on
voit souvent dans les organisations, mais qui doivent se parler pour assurer la
cohérence, encore une fois, du livrable qui va en résulter.
Le Président
(M. Bachand) : Dernier commentaire,
Mme la députée de Vaudreuil.
Mme Nichols : En deux secondes,
là, j'imagine.
Le Président
(M. Bachand) : Ah! une minute.
Mme Nichols : Ah! quand même,
quand même, quand même. OK. Oui, je vais y aller. Les recommandations qui
pourraient s'appliquer... En fait, là, suite à des dossiers, le tribunal
pourrait faire des recommandations qui seraient appliquées par une organisation
différente. Et ça, ce serait, quoi? Via la formation?
Le Président
(M. Bachand) : En 30 secondes.
Mme Hillinger (Mélanie) : Je ne
suis pas sûre de saisir. Quand vous dites par une organisation différente, vous
voulez dire quoi? Je ne suis pas sûre de saisir votre question.
Mme Nichols : Bien, en fait, c'est
vous qui allez... qui allez offrir aussi ce service-là?
Mme Hillinger
(Mélanie) : Oui, c'est l'équipe de prévention. Donc, il
pourrait y avoir de la formation, effectivement, qui est donnée par
l'équipe, effectivement, qui est dédiée à ce secteur d'activité.
Le Président
(M. Bachand) : Merci beaucoup. Mme la
commissaire, merci beaucoup d'avoir été avec nous, sincèrement.
Mme Hillinger (Mélanie) : Merci
à vous.
Le Président
(M. Bachand) : Alors, la commission
suspend ses travaux jusqu'à 15 heures. Merci.
(Suspension de la séance à 12 h 54)
Le Président (M.
Bachand) : À l'ordre, s'il vous plaît!
Bonjour à tout le monde, en ce magnifique après-midi du 5 avril, dans... à
Québec. Alors, la Commission des institutions reprend ses travaux.
Nous poursuivons les consultations particulières
et auditions publiques sur le projet de loi n° 14, Loi modifiant diverses
dispositions relatives à la sécurité publique et édictant la Loi visant à aider
et retrouver des personnes disparues.
Alors,
on débute cet après-midi avec l'Association des directeurs de police du Québec.
Merci beaucoup d'être avec nous. Grand plaisir. Alors, je vous invite d'abord à
vous présenter et à débuter votre exposé. Merci beaucoup encore.
M. Brochet
(Pierre) : Très bien. Donc, Pierre Brochet, président de l'Association
des directeurs de police du Québec et directeur de la police de Laval.
M. Deramond (Didier) : Didier Deramond, directeur général de l'Association des directeurs de
police du Québec.
M. Brochet
(Pierre) : On y va?
Président (M. Bachand) : Oui, allez-y.
M. Brochet
(Pierre) : Alors, M. le Président, M. le ministre, Mmes et MM. les
commissaires, l'ADPQ remercie la Commission
des institutions de lui donner l'occasion de se prononcer sur le projet de loi
n° 14. Pour notre présentation, bien évidemment, je suis accompagné
de M. Didier Deramond.
M. le Président,
l'ADPQ salue les efforts du gouvernement afin de faire évoluer la Loi de police
et reconnaît certains ajouts à la loi actuelle qui sont des plus pertinents.
Toutefois, l'ADPQ
tient à émettre certaines réserves et doit avouer qu'elle est préoccupée en ce
qui concerne le rôle de gestion élargi que le gouvernement veut donner au
tribunal administratif, qui, selon elle, remet en question le rôle du... de
gestionnaire des directeurs de police du Québec.
De plus, notre
association tient à préciser qu'elle est préoccupée en lien avec la gestion par
ligne directrice et par règlement.
Bien, avant d'aller
plus loin et de vous faire part de nos observations, réserves et inquiétudes,
voici la mission de l'association : la
mission première de l'ADPQ est de représenter les dirigeants policiers et leurs
partenaires afin de contribuer à l'amélioration de la sécurité publique
du Québec.
Comme je vous l'ai
mentionné précédemment, notre compréhension du projet de loi n° 14 est
qu'il offre des pistes de solution
innovantes et efficaces en sécurité publique. Toutefois, notre association
remarque que ce projet de loi propose également des modifications qui,
selon notre humble avis, nécessitent non seulement des précisions, mais
également des ajustements afin que les changements proposés ne nuisent pas au
rôle de gestion des directeurs de police et que la sécurité publique et
l'indépendance des corps de police ne soient en aucun temps compromises par
quoi que ce soit ou par qui que ce soit.
Comme vous l'avez
sûrement constaté, nous avons structuré notre mémoire en deux catégories, soit
les réserves, qui regroupent les changements proposés dont l'ADPQ éprouve un
malaise et une inquiétude au niveau du projet
de loi, et les observations, qui font état des préoccupations, d'ajustements
souhaités ou encore d'appuis au projet de loi. Pour les besoins de cette
présentation et compte tenu du temps qui nous est alloué, nous allons nous
concentrer sur, évidemment, les réserves. À ce sujet, nous avons soulevé
quatre... quatre éléments : l'absence de reconnaissance des fonctions du
rôle du... des directeurs de police, la gestion par règlement et ligne
directrice, qui ouvre la voie à des règlements
plus politisés ou de l'ingérence potentielle, la gouvernance, sujet qui n'a pas
été abordé dans le projet de loi, et la reddition de comptes demandée,
qui peut devenir une surcharge de travail et représenter des coûts
additionnels. Je présenterai donc les deux premiers enjeux et laisserai M.
Deramond vous expliquer les deux derniers points avant de faire la conclusion.
Débutons avec
l'absence de reconnaissance des fonctions du rôle du directeur de police. Il
s'agit d'un enjeu majeur. L'ADPQ a un malaise en ce qui concerne le rôle de
gestion élargi que le gouvernement veut attribuer au tribunal administratif au
point 65,
article 234, en lui confiant, par exemple, la possibilité d'évaluer...
d'imposer une évaluation médicale ou une thérapie à des policiers. En faisant
de la sorte, le gouvernement remet en question le rôle de gestionnaire du
directeur de police et le travail quotidien qui est fait par ce dernier pour
former, encadrer et assurer la pertinence de leurs actions. L'ADPQ tient donc à
rappeler au gouvernement que les policiers sont déjà encadrés non seulement par
des lois et des normes professionnelles, mais qu'ils sont également d'avis...
ils sont également suivis et évalués par leur propre organisation, dont le
directeur en est le haut responsable.
Je dois vous avouer
que l'association se questionne quant aux objectifs de ces insertions. Pourquoi
le gouvernement désire-t-il que le tribunal administratif fasse la... fasse de
la gestion des ressources humaines au détriment du rôle des directeurs de
police? Ne serait-il pas mieux d'assurer une saine gestion de la sécurité
publique, que le rôle du tribunal
administratif n'entre pas en conflit avec le rôle de gestion des directeurs de
police? L'association enjoint donc le gouvernement de réviser le mandat
qu'il veut attribuer à son nouveau tribunal administratif et lui demande de faire confiance aux directeurs de
police en laissant les compétences en gestion des ressources humaines, dont
la formation et l'encadrement, à ceux-ci.
Toujours en lien avec
la reconnaissance des fonctions du rôle de directeur de police, l'association
est surprise et perplexe sur le rôle élargi que le gouvernement veut attribuer
au commissaire. En effet, au point 47, à l'article 187, le projet de loi semble à nouveau faire fi des
responsabilités qui incombent aux directeurs de police quant à la gestion
du personnel. Comment pourrait-on expliquer autrement le fait que le
commissaire, lorsqu'une plainte est rejetée, pourrait communiquer directement,
par sa propre initiative, à la demande du ministre, avec un policier ses
observations sur la nature des conduites à améliorer?
D'ailleurs, l'ADPQ se
demande comment un ministre pourrait être au courant d'une plainte rejetée par
le commissaire et lui demander de partager ses observations avec un policier.
Est-ce que l'association doit comprendre que le commissaire devra... se devra
de partager l'information qu'il possède au niveau du ministre?
L'ADPQ est en désaccord avec l'idée de permettre
au ministre de communiquer avec le commissaire concernant le dossier des
policiers, alors qu'il se doit de garder une distance afin d'éviter toute
ingérence politique potentielle. L'ADPQ propose donc un nouveau texte de loi à
l'article 187 qui oblige le commissaire à communiquer directement et
uniquement aux directeurs de police ses observations. Enfin, l'association est
d'avis d'éviter toute ingérence potentielle, qu'il est nécessaire de retirer du
texte de loi «ou à la demande», le... entre guillemets, «ou à la demande du
ministre».
Passons maintenant à la gestion par règlement
ou par ligne directrice, qui ouvre la voie, selon nous, à de la réglementation
plus politisée ou à de... ou à de l'ingérence potentielle. Nul besoin de vous
dire que nous sommes inconfortables avec cette approche. Par exemple, la
gestion par règlement proposée au point 14, à l'article 116,
préoccupe l'association, car il est impossible d'entrevoir les changements qui
seront éventuellement souhaités lors de la
formation continue des policiers. Il est primordial, selon nous, de s'assurer
que ce genre de formation ne devienne pas plus politisée ou dépendante d'événements médiatisés, et ce, au
détriment des coûts et de la capacité organisationnelle du service et
des citoyens. L'ADPQ souhaite donc qu'il soit précisé, dans l'article de loi,
que ledit règlement devra, en tout temps, être rédigé en concertation avec les
parties prenantes, soit l'ADPQ et l'École nationale de police.
Enfin, bien que... bien que l'ADPQ accueille
favorablement les ajouts proposés au point 86, à l'article 263.4,
l'association tient à rappeler que, plus souvent qu'autrement, il est... il est
facile de tomber dans les opérations lorsqu'on détermine des priorités d'action
ou des directives. Donc, il est risqué de tomber rapidement dans la gestion des
opérations, ce qui doit être, à notre avis, évité à tout prix. De même, il
arrive trop souvent que les réalités terrain, qui sont différentes d'une région
à l'autre, ne soient pas prises en compte lors de l'élaboration de lignes
directrices. À nouveau, ceci doit être évité
à tout prix. L'association recommande d'ajouter, à
l'article 263.4, que le gouvernement doit assurer que, dans
l'élaboration de ses priorités d'action et de ses directives, ces dernières
n'aient pas d'influence directe sur les opérations, qu'elles tiennent compte
des réalités terrain de chaque région et qu'elles soient faites en concertation
avec l'ADPQ.
L'ADPQ ne peut également que réitérer son
malaise envers la proposition de lignes directrices que le gouvernement propose
au point 96,
article 307, qui ouvre la voie, selon nous, à une
ingérence potentielle et à l'élaboration de
lignes directrices potentiellement politisées. L'ADPQ recommande donc de ne pas
changer l'article 307. Toutefois, si le gouvernement décidait de ne pas
suivre cette recommandation... cette recommandation, il est essentiel que ces...
ces lignes directrices soient élaborées avec la collaboration de l'Association
des directeurs de police du Québec. Didier.
M. Deramond
(Didier) : Alors, M. le Président, M. le
ministre, Mmes et MM. les commissaires, bonjour. Alors, l'ADPQ est préoccupée par la... par la présence de certains vides
juridiques dans le projet de loi, et ce, bien qu'elle ait émis des pistes de solution dans son mémoire,
qu'on a déposé au Comité consultatif sur la réalité policière en 2020. Cela fait maintenant plus de cinq ans que
l'association réclame que la gouvernance soit traitée dans la
Loi sur la
police.
Cela
étant dit, bien que l'association soit en accord avec l'insertion au
point 100, à l'article 354.1, elle recommande d'inclure des éléments
de gouvernance afin que ces règles communes à l'ensemble des services de police
soient mises en place pour la nomination, la suspension ou la destitution des
directeurs de police. Il va de soi que ces règles devraient être élaborées en
concertation avec notre association.
En ce qui concerne la reddition de comptes,
l'association se doit de mentionner son inconfort avec certains ajouts. Alors,
l'association croit que la modification apportée au point 89, à
l'article 267, au premier paragraphe, est louable. Toutefois, l'ADPQ est
inconfortable avec l'ajout du deuxième et troisième élément, qui se lisent
ainsi, là :
«3° des états, des données statistiques et
d'autres renseignements nécessaires afin d'évaluer l'état de la criminalité et
l'efficacité de l'action policière; et
«4° des renseignements et des documents
nécessaires à l'exercice de ses fonctions [ou de sa charge].»
Alors, l'ADPQ se demande pourquoi le
gouvernement désire évaluer l'efficacité des actions policières, alors que ces
dernières relèvent, dans la majorité des cas, des municipalités.
De plus, permettez-moi de mentionner que cette
nouvelle demande de reddition de comptes créera une pression supplémentaire sur
les services policiers. Les organisations policières ont des ressources
limitées. Le gouvernement se doit d'être conscient que, pour être en mesure
d'effectuer ce genre de reddition de comptes, de nouvelles ressources seront nécessaires. Et à quel prix? L'ADPQ craint
fortement que, si les paragraphes 3° et 4° ne sont pas retirés, cette reddition
de comptes alourdira les responsabilités des directeurs et des organisations
policières. L'ADPQ recommande donc de retirer les ajouts des paragraphes
3° et 4° de l'article 267.
En terminant, M. le Président, M. le ministre et
Mmes et MM. les commissaires, le respect des citoyens et la confiance mutuelle
qui doit exister entre les policiers et la population sont le fondement de la
légitimité du travail policier. C'est
pourquoi l'ADPQ soutient les efforts du ministre visant à contrer la
discrimination dans les activités policières et la reddition de comptes
qui y est associée. Toutefois, comme les directeurs de police doivent maintenir
le juste équilibre entre l'encadrement du travail policier et la marge de
manoeuvre nécessaire pour assurer la sécurité des citoyens, nous croyons qu'il
est important de rappeler au gouvernement que c'est dans un contexte
d'augmentation de la violence et d'enjeux en santé mentale de plus en plus
présents que les directeurs de police doivent en tout temps s'assurer de la
mobilisation des policiers au Québec. À ce sujet, l'ADPQ tient à être claire,
les directeurs de police de la province ont le leadership nécessaire pour
relever ces défis, et le gouvernement doit leur faire confiance.
Le Président (M. Bachand) : Merci
beaucoup. On est rendus à la période d'échange. Désolé. 10 minutes en
bonne compagnie, ça passe tellement rapidement. M. le ministre, s'il vous
plaît.
M. Bonnardel :
Merci, M. le Président. Merci, M. Deramond, M. Brochet, d'être là cet
après-midi. Votre rapport et votre mémoire
est important pour la suite des choses. Puis je tiens compte... Puis je vais
aller sur différents... deux, trois petits points, là, qui me reviennent
en tête sur ce que vous avez... sur ce que vous avez dit.
Bon, les lignes
directrices, vous n'êtes pas sans savoir... Un des points les plus importants
que j'ai mentionnés lors du dépôt de ce projet de loi, c'est de répondre aux
situations de profilage que l'actualité a amenées de l'avant, que les situations ont amenées de l'avant, que vous êtes
bien au fait aussi. Vous travaillez avec... Vous êtes en contact avec
vos collègues aussi puis les différents corps de police pour être capables
de... Quand il y a une interpellation ou une interception, il y a trois quarts
des corps de police, présentement, là, qui remplissent une fiche comme telle, là, qui... que je souhaite toujours
assez succincte pour ne pas non plus... On a souvent parlé de désengagement.
Puis, pour moi, ce n'est pas d'alourdir le travail des policiers, mais c'est de
leur rendre ça le plus simple possible, puis
que ça prenne une ou deux minutes à cocher les informations pour que, par la
suite, pour la première fois... où un ministère soit capable, dans une
reddition de comptes... vous n'aimez peut-être pas le mot, mais reddition de
comptes annuelle, pour qu'on soit capables d'avoir et de colliger des infos
pour la première fois, au ministère, qui vont nous donner... nous donner...
qu'on puisse connaître un peu nos façons de faire, nos façons de travailler et
d'avoir des informations qui, je crois, vont être importantes.
Donc,
est-ce que vous y voyez un enjeu comme tel, d'être capables de nous fournir ça,
même si le travail se fait déjà? Où vous vous situez là-dessus? Parce que, veux
veux pas, c'est un point... c'est un point pour... pas juste pour moi, je
pense, pour l'ensemble de la société civile, puis surtout ceux qui,
malheureusement, ont subi certains... certains cas, là. Puis je ne veux pas nommer personne ni aucun corps de police,
mais ça a été d'actualité. Puis, pour nous, il fallait trouver un
équilibre, qui n'est pas simple non plus, là, dans tout ça. Puis je pense que
ça, c'est un outil, un outil qui va être important pour autant votre travail à
vous, que pour vos policiers, policières, que pour nous.
M. Brochet
(Pierre) : Non, bien, en réponse à ça, M. le ministre, les directeurs
de police sont sensibilisés comme jamais, au cours des dernières années, à la
notion de racisme, discrimination, de profilage racial. Et on a beaucoup
évolué, au cours des dernières années, à mettre en place, par exemple, des
pratiques policières et des nouvelles politiques d'intervention. Par exemple,
présentement, pour faire une intervention sur un piéton, une interpellation, ça
prend des motifs et des soupçons. Donc, on ne peut pas y aller de façon
aléatoire. Donc, nous...
Et d'ailleurs nous,
on est très, très à l'aise avec la reddition de comptes, M. le ministre. Ça
fait
partie de nos fonctions. Comme directeurs de police, comme service public,
un des éléments importants dans la gouvernance, c'est d'être capables de rendre
compte de nos actions de façon transparente. Et ça, on n'a pas aucun problème
avec ça.
Notre préoccupation,
c'est dans l'ampleur que pourrait prendre la notion de ligne directrice, et là
des... certaines lignes directrices... En fonction, par exemple, de pressions
médiatiques ou de crises médiatiques, certains gouvernements pourraient être
tentés de mettre en place rapidement des actions en fonction des lignes
directrices. Il faut bien comprendre que... Puis, tu sais, ça fait 38 ans
que je suis policier. C'est quand même un changement qu'il ne faut pas
négliger. Donc, pour la première fois, on étend les pouvoirs du ministère de la
Sécurité publique à donner des lignes directrices. Alors, la préoccupation que
j'ai, c'est qu'on rentrerait soit dans les enquêtes ou les opérations policières en dictant aux directeurs et aux
services policiers québécois... en dictant la façon de faire les choses.
Donc...
Mais, avec la
reddition de comptes, parfaitement à l'aise avec ça.
Bonnardel : À l'article 86 du projet de loi, on modifie
l'article 263.5 de la
Loi sur la police puis on dit que... prévoir que le
directeur ou un membre d'un corps de police doit refuser de communiquer ou de
confirmer l'existence d'un renseignement dont la divulgation pourrait avoir des
incidences sur l'administration de la justice et la sécurité publique,
«notamment lorsqu'elle serait susceptible de nuire à une enquête ou à une
intervention policière, de révéler une méthode d'enquête ou de mettre en danger
la vie ou la sécurité d'une personne». D'accord avec ça?
M. Brochet
(Pierre) : Ah! tout à fait d'accord. Bien, je pense que c'est un
élément positif du projet de loi. C'est de régir, si on veut, les relations, au
niveau municipal, entre les directeurs de police, et les élus, et
l'administration municipale. Donc, ça a été une recommandation dans le livre
vert, et on est très, très à l'aise avec ça. À ce niveau-là, pas de problème.
Bonnardel : Du côté des... Il y avait certaines inquiétudes hier, là,
des... de certains policiers, je pense que
c'était la fraternité des policiers provinciaux, l'embauche de policiers, là,
enquêteurs qui viennent du milieu civil, donc, une entrée parallèle pour les
enquêteurs, là, qui ont... qui ont une expertise très... très nichée, là, très
nichée. Puis le but de cet article,
encore une fois, ce n'était pas d'empêcher les policiers, là, qui ont... qui
ont de l'ambition, là, d'aller un jour... Puis vous en avez eu, puis bravo,
bravo, bravo pour votre travail puis l'expérience que vous avez aujourd'hui,
mais est-ce que vous êtes d'accord avec cette entrée parallèle, je vais
l'appeler ainsi, là, qu'on souhaite mettre en place
pour aller chercher... Puis on va... on va le... Je le disais... je le disais
hier au... je pense que c'était à M. Painchaud, on va travailler avec vous là-dedans, là, pour qu'on dicte de façon...
de façon correcte les postes ou les... l'expertise, je veux dire,
l'expertise précise qu'on souhaite avoir dans ce... dans ce contexte, là.
M. Brochet (Pierre) : En fait, oui,
on est... on est à l'aise avec ça. Ça va être dans les paramètres qu'on va
identifier. Et je... Et, vous l'avez bien dit, hein, autant les policiers à
travers le Québec, c'est un cheminement de carrière qui
est reconnu. Tu passes cinq, 10, 15 années sur la patrouille, là, tu
deviens enquêteur et là tu profites de toute ton expérience terrain pour être
un meilleur enquêteur. C'est pour ça que nous, malgré cela, on est... on est ouverts pour certaines fonctions spécialisées. On
n'a qu'à penser à la cybercriminalité et aux fraudes, où c'est de plus
en plus complexe. Et c'est...
Et ce n'est pas tous
les policiers qui veulent faire ce type d'enquête là, pour être bien honnête.
Donc, si on pouvait aller chercher une
expertise dans ces domaines-là, par exemple, on aurait des enquêteurs, même
avec des entrées parallèles, qui seraient probablement beaucoup plus
motivés et mieux équipés, mieux formés pour faire ce type d'enquête là. Je ne
sais pas si tu veux compléter.
Deramond (Didier) : Au niveau... au niveau
des articles de loi, par contre, là, il y a peut-être des éléments à regarder, à rephraser quand on parle de
postes spécifiques ou postes particuliers, là, parce que c'est vraiment
ouvert très largement dans la loi présentement. C'est autant au niveau des
enquêtes que des enquêtes spécifiques, là. Alors,
il y aurait peut-être des choses à travailler là-dedans, là, justement, pour
s'assurer d'avoir vraiment l'intention qu'on souhaite, là. Mais on était... on était pour les entrées parallèles,
justement, là, pour les corps de police spécialisés et les postes
spécialisés, là.
Bonnardel : Parfait. Ça peut être un besoin, je pense. Vous en
convenez, là.
Deramond (Didier) : Tout à fait, tout à fait.
M. Bonnardel :
Ça fait que c'est pour un... pour
une spécialisation très nichée, là, cybercriminalité ou x, y, là. Je
pense qu'on peut répondre à ça.
Deramond (Didier) : Tout à fait.
Bonnardel :
À l'article 14, qui modifie l'article 116 de la
Loi sur la police, on
dit prévoir que le gouvernement peut, par règlement, déterminer «les
qualités minimales requises, dont la formation, pour exercer, dans un corps de police autre qu'un corps de
police spécialisé, les fonctions d'enquête [...] de gestion ou toute autre
fonction qu'il détermine». Vous... vous vous situez où dans cette...
Deramond (Didier) : Bien, c'est de la
gestion par règlement. Encore une fois, là, comme on le dit, là, il faut vraiment
qu'on soit
partie prenante là-dedans, justement, pour regarder les normes
minimales, qu'elles ne soient pas abaissées,
ces normes minimales là, parce qu'on est quand même la province avec la
meilleure formation canadienne et, je pense, nord-américaine, là, au
grand complet, là, au niveau de l'Amérique, donc, il faut... il faut garder ça,
c'est très important, puis M. St-Antoine est ici, il pourra vous le dire, là,
tout à fait, les normes que l'on a mises en place. Donc, il faut vraiment qu'on
soit
partie prenante, encore une fois, dans le cadre des règlements. Quand on
parle des inconforts qu'on a par la gestion par un règlement, il faut juste
s'assurer qu'on soit assis, que les parties prenantes soient assises alentour
de la table, qu'on puisse élaborer ça ensemble.
Bonnardel : Deux dernières questions rapides avant que mon collègue
d'Ungava puisse en poser une. La formation
continue, ça a été un sujet depuis... depuis hier. Êtes-vous à la même place
que nous, qu'on doit... qu'on doit mieux accompagner nos policiers, puis
là au-delà de la requalification, là, de la vraie formation continue, là, dans leur rôle, dans leur travail? J'ai souvent
dit : Le policier d'aujourd'hui, versus celui de voilà 25 ans, versus
celui dans 25 ans, le rôle évolue, change. Le policier doit
toujours... doit toujours s'améliorer, je crois, comme dans n'importe quelle
profession. Êtes-vous à la même place que nous pour...
M. Brochet
(Pierre) : Bien, soyez assurés que nous sommes tout à fait conscients
qu'une fois que tu es rentré comme policier, au cours des années, tu devrais
avoir une formation minimum, un maintien des compétences. L'enjeu qu'on vit à travers ça, bien,
premièrement, ça va être de définir ensemble que ce... ce que sera ce maintien
des compétences là.
Mais, vous savez,
les... avec à peu près toutes les recommandations du coroner, les commissions
d'enquête, on nous... on recommande de
former les policiers, et je vous dirais que ça met une pression énorme sur le
système. Les jours de formation s'accumulent, s'accumulent. Donc, il va falloir
réfléchir à l'impact économique, l'impact financier, parce que, quand tu
formes des policiers, bien, tu les sors des opérations. La plupart du temps, il
faut que tu les remplaces. Ça fait qu'il y a
des impacts. Dès que tu décides de donner tant de jours de formation par année
pour un maintien des compétences, il
y a des coûts puis il y a des impacts. Mais, en même temps, ce n'est pas pour
rien qu'il y a... dans chaque rapport d'étude, qu'on revient à la formation.
C'est essentiel de bien former.
Bonnardel : Bien, si je vous en... si je vous en pose une un petit peu
plus précise, là... Excuse, Denis, je... Vous
représentez les corps de police comme tels. Hormis la requalification, dans la
majorité de vos corps, vous diriez que...
quoi, y a-tu un trois heures, quatre heures, cinq heures, annuellement, là, qui
est une moyenne pour vos policiers, là, qui sont... qui reçoivent une
formation ou c'est aléatoire, ça varie selon...
M. Brochet (Pierre) : Bien, ça
varie, oui. Ça varie beaucoup d'un corps de police à l'autre. Je vous dirais...
Par exemple, le Service de police de Laval, c'est cinq jours par année.
M. Bonnardel : OK.
Cinq jours.
M. Brochet (Pierre) : Cinq jours,
oui. C'est cinq jours et c'est dans la convention collective. Donc... Et c'est
exigeant, là, c'est-à-dire que ça nous prend toute une équipe. Puis c'est... Ce
qui est exigeant, les requalifications... Parce qu'on a implanté une arme
longue, entre autres, une arme qui... On l'appelle le 223. Donc, ça, c'est très
exigeant. C'est cinq jours par année, à
part les formations. Par exemple, quand
on a reformé tout le monde sur le profilage racial, la discrimination, on a
reformé tout le monde. Donc, ça a été en dessus des cinq jours. Mais ça varie
beaucoup d'un service de police à l'autre.
M. Deramond (Didier) : Mais on est... on est en mouvement, M. le ministre. D'une
façon ou d'une autre... On est avec le DPCP aussi. On est en train de revoir
notre partenariat avec le DPCP, ne serait-ce qu'on puisse participer aussi à des journées de formation sur
toutes les jurisprudences à partir de l'École des poursuivants, etc., avec... avec
les procureurs de la couronne. Donc, on est vraiment en mouvement là-dedans,
puis c'est...
Le «one-size-fits-all» est difficile pour toutes
les organisations policières, parce que les besoins sont différents. La
réalité... la réalité policière et la carte policière au Québec, bien, on ne
l'a pas adressée encore, là, mais on... ça viendra un jour, là, mais ça nous
amène certaines disparités à gauche et à droite.
M. Bonnardel : Oui. Personnes
disparues, avec votre expérience, là, on oublie-tu quelque chose ou c'est...
M. Brochet
(Pierre) : ...on est très... Tu compléteras, Didier, mais on
est très, très heureux de ça, évidemment. Les personnes disparues, c'est des drames pour les familles, pour les
personnes disparues, pour les... pour les proches. Donc, de nous donner
des moyens supplémentaires, parce que ce n'est pas un événement criminel, ça
nous manquait. Donc, on apprécie énormément cette initiative-là.
M. Deramond (Didier) : Tout à fait. Et puis le fait d'avoir des outils aussi
lorsqu'il n'y a pas nécessairement des enquêtes criminelles, bien sûr, avec
tous les outils que les enquêtes criminelles nous donnent, là, donc, d'avoir
ces outils-là aussi en matière de disparition, c'est vraiment apprécié.
Bon, l'élément, je pense qu'on en a fait mention
dans le mémoire, l'élément urgence serait peut-être à regarder, mais je ne suis pas sûr qu'on doit le regarder dans le cadre
de ce projet de loi ou de l'adresser beaucoup plus, peut-être, au niveau
des modifications de la loi d'accès à l'information, là, et permettant,
justement, le transfert d'information lorsqu'il y a urgence.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup, M. le ministre.
M. le député d'Ungava.
Le Président (M.
Bachand) : 4 min 30 s.
M. Lamothe : Ma collègue a une
question. Je vais aller vite. Bon, j'ai fait votre métier pendant 30 ans.
Au niveau des lignes directrices, je
comprends très bien que le politique ne se mêle pas aux enquêtes, que le
politique ne fait pas en sorte... les
opérations, mais je trouve fortement, par exemple, que le politique peut
arriver, à un certain moment donné, dire : Voici la ligne
directrice concernant les communications des corps policiers, voici une ligne
directrice concernant les informations que les corps policiers doivent
transmettre sur différents cas. On a eu un exemple à matin, là, d'une madame qui est venue, puis deux corps de policiers qui
ne se parlaient pas suite à une disparition. Ça fait que ce que je dis... À certains moments donnés,
administrativement parlant, je pense que le gouvernement peut arriver
pour uniformiser la formation. Bon, y a-tu moyen que les formations... au
détriment des coupures budgétaires, au détriment, tu sais, des formateurs.
Mais, au niveau administratif, moi, je crois fortement à ce que le gouvernement
du Québec puisse arriver avec des lignes
directr