CRC — 24 October 2023 (43rd Legislature, 1st Session)
CRC 2023-10-24
Quebec — Committees
(Neuf heures cinquante minutes)
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : ...plaît! La Commission des relations avec les citoyens commence... Voyons, je m'excuse. Ayant constaté
le quorum... Pardon, j'étais déjà sur la fin de l'autre. Ayant constaté le
quorum, je déclare la séance de la Commission des relations avec les citoyens
ouverte. Bienvenue à tous et à toutes.
La commission est réunie aujourd'hui afin de
procéder aux consultations particulières et aux auditions publiques sur le
projet de loi n° 36,
Loi sur le recouvrement du coût des soins de santé et
des dommages-intérêts liés aux opioïdes.
Mme la secrétaire, est-ce qu'il y a des
remplacements?
Secrétaire : Oui, Mme la Présidente. M. Bérubé (Matane-Matapédia) est remplacé par M. Paradis (Jean-Talon).
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. Alors, nous allons débuter ce matin avec
les remarques préliminaires, puis nous... nous continuerons avec les groupes
suivants : Me Louis Letellier de St-Just, conjointement avec Mme Sahida...
Vadlamudy... J'espère que j'ai bien prononcé votre nom. Ensuite, nous allons
poursuivre avec l'Institut national de santé publique du Québec et Dre
Marie-Ève Goyer.
Alors, j'invite maintenant le ministre responsable
des Services sociaux à faire ses remarques préliminaires. M. le ministre, vous
allez bénéficier d'une période de six minutes. Et le micro est à vous.
M. Carmant : Merci beaucoup,
Mme la Présidente. Bon matin, tout le monde. Merci à nos deux invités d'être là
ce matin. Je tiens à remercier mes collègues d'être présents, les députées de
Soulanges, de Vimont, d'Abitibi-Ouest, de Laviolette—Saint-Maurice et de
Châteauguay. Merci d'être là. Les députés de l'opposition également, merci
beaucoup de vous joindre à nous ce matin pour cette importante commission.
Mme la Présidente, d'abord, j'aimerais souligner
qu'il s'agit du premier projet de loi que je dépose dans cette 43e législature
et que je suis très content d'être ici avec vous dans le cadre de son étude.
J'aimerais aussi prendre le temps de saluer les... nos invités ce matin, qui
vont avoir une contribution importante, là, à l'avancement de ce projet de loi.
Plusieurs de mes collègues ont eu, d'entrée de jeu, de bons mots sur le projet
de loi et ses objectifs, et je tiens à les remercier. Puis j'espère qu'on va
savoir faire avancer ensemble le... ce projet de loi le plus rapidement et le
plus efficacement possible, Mme la
Présidente. Le sujet, visiblement, nous touche tous, et il est important que
l'on s'y penche.
D'abord,
j'aimerais remettre en contexte rapidement le dépôt de ce projet de loi. Il
faut rappeler que cette situation qu'on reconnaît comme la crise des surdoses
n'est pas unique au Québec. En août 2018, la Colombie-Britannique,
durement frappée par cette crise, a pris l'initiative de déposer une demande
d'autorisation à exercer une action collective contre une quarantaine de
fabricants et de distributeurs d'opioïdes ainsi que leurs consultants. Leurs...
Les comportements de ces fabricants et
distributeurs auraient conduit, entre autres, à la mort et à l'hospitalisation
de milliers de Canadiens suite à des surdoses.
Aussi, il faut faire face à de fausses représentations
quant aux risques de dépendance, aux effets secondaires et aux symptômes de
sevrage. Ces médicaments, normalement utilisés pour les douleurs... les
douleurs aiguës et sévères, sont devenus le traitement physique de douleurs
chroniques de nombreux patients. De ces manquements a résulté un marché inondé
de ces puissantes drogues, alors que la demande ne l'a jamais justifié.
Cette crise au fil des ans, il ne fait aucun
doute qu'elle est maintenant rendue au Québec. Aujourd'hui, on voit de plus en plus de gens qui ont besoin d'aide
à Montréal, mais partout au Québec, et c'est très préoccupant. En 2020, on comptait 319 décès attribuables à une
intoxication aux opioïdes comparativement à 263 décès en 2016, une
augmentation significative et qui dépasse, par exemple, les accidentés
de la route, Mme la Présidente. Le problème s'est amplifié. Avec ces centaines de décès viennent aussi des
hospitalisations, des visites aux urgences, des visites en centre de traitement
de dépendance, bref, une charge réelle pour notre réseau de la santé et des
services sociaux. La présence de la crise au Québec est donc maintenant une
évidence, Mme la Présidente.
Aujourd'hui, il est temps pour nous de déposer
ce projet de loi et de mettre en place les mécanismes non... pour non seulement soutenir cette action
collective de la Colombie-Britannique, mais aussi à rendre imputables envers
les Québécois ces entreprises qui ont causé tant de dommages.
projet de loi vise notamment à prévoir un recours direct contre les fabricants
et distributeurs d'opioïdes ainsi que les entreprises de consultation les ayant
conseillés afin de recouvrer les coûts des soins de santé engagés et de faire assumer à l'industrie la responsabilité
de ses agissements, aménager des règles particulières au régime général de la responsabilité
civile, qui trouve habituellement application au Québec pour cette situation
particulière, et permettre au Québec d'agir comme membre d'une action
collective initiée par la Colombie-Britannique. Par ce projet de loi, le Québec rejoint donc les autres provinces, les
territoires et le gouvernement fédéral, qui considèrent tout autant que nous
complètement inacceptables les fautes commises par ces grosses compagnies
pharmaceutiques.
Au-delà des aspects
plus techniques, c'est une démarche qui s'inscrit en totale continuité avec
l'engagement de notre gouvernement à lutter
contre la surdose des opioïdes. Au printemps dernier, on annonçait
36,9 millions de dollars sur cinq ans pour soutenir des
mesures de prévention et de réponse aux surdoses. Ces sommes s'ajoutaient aux
15 millions de la Stratégie nationale de prévention des surdoses de
substances psychoactives 2022-2025. Plusieurs mesures de ce plan visent à
prévenir les surdoses, notamment auprès des personnes vulnérables qui peuvent
souffrir de problèmes de santé mentale ou
être en situation d'itinérance. On a investi pour renverser la tendance de la
crise des surdoses dans les dernières années et pour offrir plus de
services aux gens qui en ont besoin, et nous allons continuer à le faire, Mme
la Présidente. Ce projet de loi est un pas, je crois, dans la bonne direction.
Tout au long du
processus, je pense qu'il sera important de toujours garder une chose en
tête : le projet de loi, on le fait au nom de tous les citoyens qui ont
été victimes de la crise des surdoses et qui en ont souffert, on le fait pour
les Québécois et leurs proches. C'est important de se le rappeler.
Je remercie, donc,
les équipes qui nous ont accompagnés dans le cadre de cette démarche, d'abord
pour le travail accompli jusqu'à maintenant,
et ensuite pour tout ce qu'il reste à faire. Je tiens à nommer les gens du
ministère de la Santé, les gens de la Santé publique également, qui ont
joué un rôle important. Je suis heureux de pouvoir compter sur mes collègues de
l'Assemblée nationale et sur l'ensemble des personnes concernées par cet enjeu
pour ce qui est à venir dans le processus de bonification du projet de loi que
nous débutons aujourd'hui. Notre plus grand désir est de poser des gestes forts
et de joindre la parole aux actes pour améliorer, de manière notable et
durable, la santé des Québécoises et des Québécois.
Aujourd'hui, nous
aurons la chance d'écouter divers groupes et organismes qui ont développé une
expertise particulière sur le sujet. Je les remercie... je les remercie pour
leur présence. Merci de contribuer aux réflexions et discussions qui entourent
ce projet de loi et son adoption.
Finalement, je tiens
à souligner le travail remarquable des organismes communautaires sur le terrain
qui travaillent en réduction des méfaits, en prévision... et en prévention des
surdoses. Nous aurons évidemment la chance d'en entendre certains aujourd'hui,
en commençant par ce matin. Aux organismes qui sont essentiels, merci pour le
travail que vous faites. Merci, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Merci beaucoup, M. le ministre. Alors,
j'invite maintenant la porte-parole de l'opposition officielle et députée de D'Arcy-McGee
à faire, à son tour, ses remarques préliminaires. Vous avez
4 min 30 s pour ce faire. Le micro est à vous.
Mme Prass : Parfait,
Mme la Présidente. Je voudrais souhaiter la bienvenue à tout le monde et
remercier tous ceux qui ont contribué à la rédaction de ce projet de loi et les
groupes que nous allons entendre aujourd'hui et qui vont alimenter notre
réflexion.
La crise des opioïdes
est une tragédie qui a provoqué une souffrance généralisée au sein des familles
québécoises et qui n'est pas terminée. Les statistiques sont alarmantes. En
2022, l'Institut national de santé publique du Québec a enregistré plus de
500 décès liés à une intoxication suspecte aux opioïdes ou autres drogues.
Au cours des six premiers mois de 2023, ce chiffre a déjà dépassé les 200. Ces
décès ne constituent que la
partie invisible de l'iceberg d'une crise qui a
également entraîné une augmentation des hospitalisations et des visites aux
urgences, exerçant une pression de plus en plus insoutenable sur notre système
de santé.
Les fabricants, les
distributeurs et leurs conseillers ont minimisé intentionnellement, pendant des
années, les effets des opioïdes sur la santé des Québécois. Des médicaments
conçus à l'origine pour traiter des douleurs aiguës et sévères ont été
prescrits pour des maux de dos courants, par exemple, sans une compréhension
adéquate des risques liés à une utilisation prolongée. Cette minimisation des
risques a eu des conséquences dévastatrices, piégeant de nombreuses personnes
dans la dépendance et la toxicomanie, avec des répercussions tragiques pour
elles, leur entourage et notre société.
Et donc la raison
pour ce projet de loi : pour que le Québec rejoigne les autres provinces
canadiennes dans leur recours collectif contre plusieurs grandes compagnies
pharmaceutiques, qui ont menti intentionnellement pour voir leurs profits augmenter, afin de les... afin de les poursuivre pour
leur... pour leur présumé rôle dans la crise des opioïdes qui a touché notre province, notre pays et le
monde entier. Depuis l'action initiale de la part de la Colombie-Britannique, toutes les provinces du Canada se sont jointes à
cette poursuite, avec... le Québec étant la dernière province à se joindre.
Cette crise... cette
crise brise des vies, et il est de notre devoir d'agir pour protéger nos concitoyens.
Cette action collective vise à faire en sorte que l'industrie pharmaceutique
assume ses responsabilités, la responsabilité de ses actes, et compense les
dommages causés à notre société. Les gains potentiels de cette action
collective en termes de dommages-intérêts
sont actuellement indéterminés, mais il est évident que cela pourrait se
chiffrer en milliards de dollars. Ces fonds pourraient être utilisés
pour soutenir ces... les personnes touchées par la crise des opioïdes, pour
financer des programmes de prévention et de
traitement et pour alléger le fardeau financier qui pèse sur nos hôpitaux
québécois.
La crise des opioïdes a coûté la vie à
d'innombrables personnes, déchiré des familles et fait... et fait peser sur les
communautés le coût social et économique de la toxicomanie. Elle a mis à rude
épreuve les systèmes de santé, submergé les forces de
l'ordre et laissé les traces de dévastation dans son sillage. Les personnes qui
ont été affectées par des enjeux de
dépendance envers des médicaments d'opioïdes dont ils avaient été prescrits
sont des gens innocents, qui ont suivi les conseils de leurs médecins et ont
pris des opioïdes pour répondre à des douleurs physiques, mais qui se
sont retrouvés dépendants. Les gens ont... ont été mal informés et n'ont pas
été correctement mis en garde contre le niveau de dépendance et les ravages que
les effets des opioïdes ont eus sur ces communautés... sur ces communautés.
Au-delà du bilan humain, la crise des opioïdes a
également fait peser une charge énorme sur le système de santé. L'un des
principaux coûts pour le système de santé public résultant de la crise des opioïdes
est l'augmentation substantielle des dépenses de santé. La dépendance aux
opioïdes et les complications qui y sont associées nécessitent une intervention
médicale importante, notamment des visites aux urgences, des hospitalisations
et des soins de longue durée. Les coûts
associés aux traitements des affections liées aux opioïdes, telles que les
surdoses, les infections et autres complications, ont explosé ces dernières
années. Il serait intéressant de savoir quelle formule le gouvernement
va proposer pour calculer les coûts encourus à notre système de santé, quels
éléments seront compris dans ce calcul qui est nécessaire pour que le Québec
tire sa part du recouvrement financier... sera le jugement.
De plus, la crise des opioïdes a nécessité la
mise en place et le développement de programmes de traitement et de
réadaptation pour répondre à la demande croissante de services d'aide aux
toxicomanes. Ces programmes, qui comprennent
des traitements médicamenteux, des conseils et des services de soutien, sont
essentiels pour les personnes qui cherchent à rétablir une dépendance
aux opioïdes.
Pour conclure, pour lutter efficacement contre
la crise des opioïdes, il faut adopter une approche à multiples facettes. Il s'agit notamment de tenir les
pharmaceutiques responsables de leurs actes par le biais des procès, de mettre
en oeuvre des réglementations plus strictes pour l'industrie pharmaceutique,
d'améliorer l'accès aux traitements de la dépendance.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup.
Mme Prass : Et, pour toutes ces
raisons, nous avons hâte de débattre du projet de loi. Merci.
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Merci beaucoup. Alors, le
temps étant écoulé, je me tourne maintenant, pour terminer, du côté de la porte-parole du deuxième groupe
d'opposition et députée de Sainte-Marie—Saint-Jacques à faire, à son tour, ses
remarques pour une période de 1 min 30 s.
Mme Massé : Merci, Mme la
Présidente. Bonjour, tout le monde. Contente d'être là avec vous pour ce projet
de loi important.
Écoutez, j'ai envie de prendre la minute qui
m'est impartie pour nous rappeler qu'on pose un geste important aujourd'hui, c'est-à-dire qu'on permet au
gouvernement du Québec d'entamer son travail pour se joindre à... au concert
des provinces canadiennes pour mettre au pas, je dirais, l'industrie
pharmaceutique, qui a semblé ne pas trop se préoccuper de la santé des gens
dans les dernières années ou, en tout cas, a omis de dire certaines choses. Et,
dans ce sens-là, je suis très heureuse de pouvoir participer à ce projet de loi
C'est sûr que ma préoccupation est aussi aux
gens qui, malheureusement, ont été victimes de ce silence des pharmaceutiques.
Je vais être portée par, bien sûr, donner les pouvoirs au gouvernement du
Québec de pouvoir s'allier avec les autres provinces, mais je vais constamment
porter la préoccupation des gens qui ont été victimes de ces «Big Pharma», et je dirais même plus
largement, puisqu'on sait... Puis, encore ce matin, c'est bien ressorti, là,
dans une enquête du Devoir , on sait que plusieurs de ces
médicaments-là servent à scraper les drogues qui sont en vente sur le marché
noir. Et donc, par conséquent, il faut qu'on agisse absolument là-dessus, et je
vais collaborer à 100 %.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup, Mme la députée.
Alors, nous allons entamer les auditions. Donc,
je souhaite à nouveau la bienvenue à Me Louis Letellier de St-Just et à Mme
Sandhia Vadlamudy. Alors, vous allez bénéficier d'une période de 10 minutes que
vous allez vous partager. Et je vous cède d'ores et déjà le micro.
Letellier de St-Just (Louis) : Merci. Alors, Mme la Présidente, M. le ministre,
membres de la commission, bonjour et merci de nous accorder ce temps court,
mais ce temps précieux pour partager avec vous notre vision, notre compréhension de cet important projet de loi. Et
nous allons le faire aussi avec... en insistant sur nos recommandations.
Vous comprendrez que le mandat et la mission de
l'AIDQ, l'Association des intervenants en dépendance du Québec, c'est une
mission qui est nationale. Et, en ce sens-là, bien évidemment, ça touche à
l'ensemble des régions du Québec, incluant les communautés des premières
nations du Québec. Et, à ce titre-là, je tiens à remarquer... à vous faire remarquer que nous avons, au conseil
d'administration, une représentante des premières nations du Québec, et
c'est une membre de la nation micmaque. Alors, nous avons un intérêt, donc,
national.
On ne s'attardera pas aux
éléments plus techniques, aux éléments de procédure auxquels le projet de loi
réfère. Ils sont importants, ils sont bien faits, et nous les appuyons. Nous
allons plutôt traiter du cadre dans lequel le projet de loi nous invite à discuter,
c'est-à-dire celui de la crise des opioïdes. Alors, beaucoup reste à faire.
Nous avons une stratégie nationale, et c'est de ça, surtout, que nous allons
parler.
D'abord, un bravo particulier au gouvernement,
au ministre de la Santé d'avoir ce courage de déposer aujourd'hui son tout
premier projet de loi, et qui fait en sorte qu'on va rejoindre la cohorte des
provinces déjà inscrites dans le recours entamé en 2018 par la
Colombie-Britannique. Et c'est un recours qui s'inscrit, un peu comme on l'a fait
dans le cadre de nos aventures avec l'industrie du tabac... Mais, cette
fois-ci, c'est différent. Cette fois-ci, on
s'attaque à un comportement honteux de la part des compagnies pharmaceutiques
et de leurs complices, que ce soient les grossistes, que ce soient leurs
consultants, un comportement qui a mis de l'avant le profit au détriment de la
sécurité et de la protection des usagers, un comportement qu'on pourrait
décrire de bien des manières, et le mot «honteux» est celui qui me vient à
l'esprit ce matin. Les gestes fautifs des pharmaceutiques ont assurément
favorisé la normalisation de l'usage d'opioïdes non prescrits dans les
communautés.
M. le ministre, je le répète, avec votre premier
projet de loi déposé à l'Assemblée nationale, vous marquez un grand coup et
vous le faites avec éclat, parce qu'il faut rappeler que ce projet de loi
rappelle et reconnaît que nous vivons dans
une crise des opioïdes. Ce n'est pas une politique, ce n'est pas une stratégie
qui reconnaissent la crise des opioïdes, c'est une loi aujourd'hui, et
ça, c'est une étape majeure dans laquelle nous nous inscrivons avec beaucoup
d'enthousiasme.
La crise, elle est réelle. Elle a été occultée
très longtemps. C'est une crise qu'on avait de la difficulté... qu'on
prononçait du bout des lèvres. Mais, cette crise-là, même aujourd'hui, la crise
des opioïdes, avec ce que l'on met de l'avant,
ce que les organismes communautaires font sur le terrain, on a encore de la
résistance. Je n'ai pas besoin de le mentionner, vous les connaissez. Et
c'est à ça que nous travaillons, et le projet de loi va aider.
Donc, comme première recommandation, dans le
fond, il faut envisager le recours du gouvernement, son projet de loi, ce qu'il prévoit, comme un outil pour imposer à
l'industrie des orientations qui vont favoriser la réduction des méfaits dans le contexte de la consommation
d'opioïdes et, nécessairement, à court terme, à moyen terme, à long terme,
diminuer le fardeau financier de l'État. Le projet de loi doit provoquer un
changement concret dans le comportement de l'industrie, et c'est pour ça qu'on vous recommande d'inclure dans le
libellé qu'en plus des objectifs de recouvrement... que la loi, elle se
veut un instrument pour empêcher la répétition de ces comportements
dommageables de l'industrie. Le message doit être écrit si l'on veut qu'il soit
compris.
Dans ce contexte-là, on fait référence, bien
sûr, de se doter de tout ce qu'il faut pour avoir un portrait précis, en temps
réel, de la vente d'opioïdes, de leur prescription. C'est aussi aux balises
éthiques qui concernent l'industrie dans leur promotion, dans leur mise en
marché qu'il faut s'attaquer. Il faut être rigoureux. Il faut peut-être même
les changer, les resserrer, avoir des contrôles et, je dirais même aussi,
d'avoir, avec les corporations professionnelles, dont le Collège des médecins, particulièrement... d'avoir aussi un
regard concernant les règles éthiques chez les prescripteurs.
M. le ministre, dans votre propos préliminaire,
vous avez mentionné l'ensemble des montants importants que vous avez investis
au cours des dernières années soit à travers la stratégie nationale ou
concernant le soutien aux mesures de prévention. Vous avez oublié les montants
que vous avez accordés aux organismes communautaires de la région de Montréal
cet été aussi. Vous avez été cohérent, cohérent aussi en lien avec la motion
que l'Assemblée nationale a adoptée reconnaissant le travail des organismes
communautaires dans le contexte de la crise, une motion qui a été pilotée par vous et votre collègue de Québec solidaire, Mme
Massé, et on vous en remercie. Et, pour ça, on vous demande : Ces sommes que vous allez
recouvrer... Quand? On ne le sait pas. Est-ce que ce sera à travers des
règlements hors cour? Est-ce que ce
sera à travers un long processus qui mènera à un jugement? On ne le sait pas.
Est-ce qu'il y aura des ententes ici et là? C'est à voir. Mais, ces
sommes-là qu'on va récupérer, nous vous demandons d'aller... à l'instar de l'article 58 de la
loi sur l'encadrement
du cannabis, de prévoir un ajout dans la loi d'une disposition similaire qui
vient ancrer le principe du réinvestissement d'un pourcentage minimal
des sommes recouvrées qui pourront être attribuées à la réduction des risques,
traitement d'usage, approvisionnement sécuritaire, etc.
On vous demande aussi, comme autre
recommandation, la troisième, d'aller frapper à d'autres portes, dans la mesure où on sait qu'il y a peut-être des montants
qui sont encore là. C'est peut-être le cas à Santé Canada pour la question de
la formation des pairs, des intervenants de... pour l'administration de la
naloxone et l'approvisionnement sécuritaire.
Donc, la crise, elle se vit en temps réel. Si on
veut l'occulter, si on veut s'y attaquer... Ce matin, on a vu un autre article,
dans Le Devoir , qui fait état d'une autre crise. Ça prouve que nous
avons beaucoup de travail à faire. Donc, ce
n'est pas une seule action qui pourra permettre de juguler la crise, mais c'est
une pluralité de celles-ci qui seront réfléchies et qui vont avoir un
impact concret.
Mme Vadlamudy (Sandhia) : Merci,
Louis. Alors, bonjour, Mme la Présidente, M. le ministre. Bonjour à tous les
membres de la commission parlementaire. Merci de nous accueillir ce matin.
Alors, comme Louis vient de le dire, des
ressources, il en faudra. Et il faudra nécessairement aussi avoir un portrait plus détaillé des coûts sociétaux, avec
plus de données, incluant, bien sûr, les données issues des communautés des
Premières Nations. Ces données nous serviront à avoir une meilleure compréhension
des enjeux, pensons à toute la question des prescriptions, des
hospitalisations, des traitements, de l'administration de la naloxone, et j'en
passe, mais ces informations-là pourront être utilisées par la suite pour
développer des services qui seront mieux adaptés.
La démarche va être,
certes, complexe, mais elle vaut le coup. Elle vaut le coup dans le contexte de
l'actuelle poursuite, car ces montants
récupérés ici pour le Québec seront proportionnels aussi à la démonstration des
torts causés.
Or, et on est beaucoup à le savoir et aussi à en être fiers, c'est au Québec,
grâce à l'amalgame de plusieurs facteurs, que nous pouvons vivre une
crise plus modérée ici qu'ailleurs en Amérique du Nord. Donc, c'est le
leadership québécois, qui s'est exprimé, par le passé, à plusieurs niveaux, qui
a sans doute sauvé des centaines de vies et évité également beaucoup de
souffrances à plusieurs familles québécoises. Au Québec, on peut être heureux
d'avoir quand même le taux
d'hospitalisations liées aux opioïdes le plus bas au Canada, et la même chose
au niveau des prescriptions d'opioïdes. On est à environ à 50 % des
prescriptions ailleurs au pays.
Donc, ce sont deux
exemples qui ne sont pas du tout le fruit du hasard. Ces deux exemples
découlent de mesures qui ont été mises en place dans le cadre du traitement de
la douleur et qui nous distingueraient des autres provinces, selon les experts praticiens, donc, la formation plus
élaborée, l'absence de cliniques privées dans le portrait québécois et
la surveillance marquée du marketing, qui a entraîné une vigie plus grande
qu'ailleurs.
Donc, en ce sens, et
avec aussi d'autres éléments, comme des lignes directrices en traitement de la
douleur et traitement opioïdes, le gouvernement s'efforce réellement de prendre
ses responsabilités face à la population, ce qui n'a pas été le cas du tout pour les compagnies pharmaceutiques.
Néanmoins, il y a vraiment place à l'amélioration, et le contexte actuel
des surdoses devrait interpeler le gouvernement à faire plus et à faire mieux.
La Stratégie
nationale de prévention des surdoses, à ce niveau-là... Est-ce que je peux
prendre un...
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Oui,
allez-y. Le ministre vous cède un peu de son temps de parole. Allez-y,
vous pouvez conclure. Allez-y.
Mme Vadlamudy
(Sandhia) : D'accord. Je vous remercie beaucoup de faire cette petite
entorse. Alors, à travers la Stratégie
nationale de prévention des surdoses, il y a des orientations qui sont très
louables, mais on a beaucoup à faire pour que la stratégie atteigne ses
objectifs réellement. On doit poursuivre la campagne de prévention. On doit
consolider les formations des pairs et des intervenants en prévention des
surdoses et administration de la naloxone, consolider
les services de consommation supervisée et d'analyse de drogues, implanter des
mesures d'approvisionnement et,
finalement, et de façon aussi prioritaire, faire la demande d'exemption à Santé
Canada pour décriminaliser la possession simple de drogue, une mesure essentielle pour diminuer la stigmatisation
et faciliter l'accès aux soins de santé et services sociaux, deux
leviers extrêmement importants pour prévenir les surdoses.
Alors, on souligne le
leadership d'une multitude d'intervenants depuis de nombreuses années. On fait
appel à ce même leadership en continuité, à
travers les années, de l'action civile, pour arriver à une probable entente. On
croit que le gouvernement du Québec peut entamer rapidement cette action
tout en demeurant agile, avec les mesures qui sont
à sa portée aujourd'hui, pour paver la voie, par des actions de prévention et
des facteurs de protection, à une vraie sortie de crise. Merci beaucoup.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Merci beaucoup. Ça passe vite, 10 minutes,
mais, ce n'est pas grave, on entame une
période de discussion avec les parlementaires. Et on va commencer, pour une
période d'un petit peu moins de 14 min 32 s, avec la
banquette gouvernementale. M. le ministre, le micro est à vous.
M. Carmant : Merci beaucoup, Mme la Présidente. Merci à nos
deux invités pour cette discussion très intéressante. Deux... Je vais me
permettre deux questions avant de passer la parole à mes collègues.
Un libellé pour
prévenir que ça se reproduise, M. Letellier, c'est très inspirant, mais comment
faire? On a eu les cigarettes. On a fait...
On eu un règlement. Ils se sont retournés, le vapotage est arrivé. On se
retourne, il y a... Donc, tu sais, comment on peut s'assurer, par un
simple libellé, que la situation ne se reproduira pas? Vous savez, c'est les
forces, hein, qui se confrontent.
M. Letellier de
St-Just (Louis) : Oui. En fait, c'est le principe. Puis je suis
content que vous me posiez cette question-là. C'est véritablement le principe.
Il ne s'agit pas d'avoir un
article particulier dans le projet de loi, mais je pense qu'un ajout dans le préambule serait un
atout précieux, vraiment un atout précieux, aussi simple que ce que j'ai mentionné
tout à l'heure : Le projet de loi, en plus des objectifs de recouvrement,
se veut un instrument pour empêcher la
répétition de ces comportements dommageables de l'industrie, par exemple.
Alors, on pourra le retravailler, mais je pense que, dans le préambule,
c'est un message. Parce qu'on a vu ce que ça a pu produire aux États-Unis. On
connaît bien l'affaire Purdue. Il y a eu des retombées ici, hein? Purdue a des
tentacules qui viennent jusque de l'autre côté
de nos frontières et... D'abord, il y a eu un règlement hors cour avec Purdue
en Colombie-Britannique, là, quelques centaines
de millions. On ne parle pas des 6 milliards qu'ils ont... qu'ils sont obligés
de débourser. Ils sont techniquement en faillite. Mais moi, je pense
qu'un ajout dans le préambule serait un atout pour le gouvernement.
Et après ça, bien,
écoutez, c'est au gouvernement à voir quels sont les outils. Je vous ai
mentionné certains de ces éléments-là, avoir un regard très, très, très
rigoureux sur les balises éthiques qui entourent le milieu de la pharmacie, des milieux pharmaceutiques, et la même
chose aussi chez les prescripteurs, donc, le respect des règles éthiques,
qui ont été bafouées largement au cours des
dernières années. Et c'est la raison pour laquelle le projet de loi voit le
jour. Donc, un libellé additionnel dans le préambule.
M. Carmant : D'accord.
Merci beaucoup. Mme Vadlamudy, décriminaliser, on en entend beaucoup parler.
Nous, jusqu'à présent, on a préféré observer ce qui se passait dans l'Ouest,
là, à Vancouver, puis on a vu, même, que, récemment, ils semblent avoir reculé
au niveau de la consommation dans les lieux publics. Décriminaliser versus
déjudiciariser, qui... Pourquoi ne pas... l'un versus l'autre, là? Quelle est
votre position là-dessus? Pouvez-vous m'éclaircir un peu là-dessus?
Vadlamudy (Sandhia) : Oui, absolument. Pour nous, bien,
décriminaliser, c'est enlever le poids de la stigmatisation, c'est enlever les
situations probables où les personnes seront traitées en tant que personnes
judiciaires plutôt que comme personnes ayant
droit à la santé et au bien-être, tout comme tout autre citoyen. La question de
l'usage de drogues n'est certainement pas une question de criminalisation,
et c'est de ça dont on veut se distancer.
ailleurs, on apprécie beaucoup le fait que le gouvernement du Québec ait fait
les pas, récemment, supplémentaires pour s'ajuster à la
déjudiciarisation en cours, depuis près d'un an maintenant, au niveau fédéral. Donc, c'est un pas, mais le pas supplémentaire à
faire, et pour retirer le fardeau qui pèse sur les épaules des personnes qui
font usage de drogues, de leurs proches et de la société tout entière, là où on
pense qu'on pourrait faire mieux, c'est en se préparant et en réfléchissant à
comment cette décriminalisation pourrait s'actualiser ici, au Québec, parce qu'en Colombie-Britannique il y a une réalité qui
est propre à cette région. Ici, ce n'est pas la même réalité. On a eu un bel
exemple ce matin, dans Le Devoir , à quel point les choses, aussi,
évoluent. On doit s'ajuster. Et, pour faire une décriminalisation réussie, on a
déjà identifié plusieurs facteurs de réussite qui ont été répertoriés par des
données probantes à plusieurs endroits sur la planète et qui nous servent aussi
de balises pour mettre de l'avant des pratiques qui sont à la fois probantes et
respectueuses des droits et de la santé des personnes.
M. Carmant : Mais
ne pensez-vous pas que le recul qu'on vient de voir à Vancouver nous indique
qu'on n'est peut-être pas prêts pour ça?
Mme Vadlamudy
(Sandhia) : De notre côté, ce recul-là nous indique qu'il y a des
choses qui sont allées peut-être un petit peu rapidement en
Colombie-Britannique. C'était nécessaire, on devait le faire, mais il y avait
plusieurs groupes, entités, institutions qui n'ont pas eu suffisamment de temps
pour s'y préparer et pouvoir faire en sorte que les choses se déroulent de
manière plus, bien, respectueuse, en fait, pour l'ensemble des parties, je
dirais. Notamment, pensons à la formation, la formation des policiers, des
agents, qui sont en première ligne sur le terrain. Dans le cadre du projet
pilote de décriminalisation en Colombie-Britannique, les policiers ont eu pour
l'équivalent d'environ 45 minutes, si je ne me trompe pas, de formation
pour être en mesure de composer avec leurs interactions quotidiennes sur le terrain. C'est, évidemment, trop peu. Et on peut
penser à plusieurs éléments comme ça qui auraient pu être mieux préparés, en incluant également les
ressources sur le terrain, du milieu communautaire, et comment on va
faire cette distinction entre la référence vers des ressources et éviter de
judiciariser les personnes.
M. Carmant : Merci
beaucoup... Oui, allez-y, complétez si vous voulez.
M. Letellier de
St-Just (Louis) : Si vous le permettez, très, très brièvement, parce
que Sandhia a répondu avec beaucoup de
justesse à votre question, M. le ministre, bien, on comprend, on comprend les
réticences, on comprend les enjeux liés à la décriminalisation. Et, vous savez,
quand on parle de décriminalisation, ce n'est pas un caprice et ce n'est
pas une vue de l'esprit non plus. Il y a des modèles. On parle... Il y a
différents modèles. Certains sont plus adéquats que d'autres. La Russie, par
exemple, est une nation ou un pays où on a de la décriminalisation, mais on n'a
pas la même définition de ce que doit être la décriminalisation. On a,
évidemment, le phare, qui est le Portugal, mais on ne peut pas importer une
aventure relativement bien réussie qui est celle du Portugal, par exemple, ici,
au Québec, ou ailleurs. Il faut ajuster. Il faut éviter de faire les erreurs
qui ont été produites ailleurs et faire en fonction de notre propre contexte.
Sandhia l'a
mentionné, on vient à peine, il y a quelques mois, à la fin du mois d'avril,
reconnaître qu'il fallait s'ajuster à la déjudiciarisation qui est en place au
Canada depuis le mois de février... novembre 2022. C'est quand même un certain
temps depuis l'adoption de la
loi canadienne, en fait, la modification de la
Loi réglementant certaines drogues et autres substances. Ce n'est quand même
pas banal, parce que, comme Sandhia le mentionnait, les premiers acteurs, les premiers acteurs sur le terrain dans la
déjudiciarisation, ce sont les policiers. Il faut les former. On entend
beaucoup, au cours des derniers jours, bon, l'importance de la formation,
donner aux policiers les outils pour leur permettre d'affronter leur travail de
la meilleure façon possible, pour respecter les communautés et les problématiques des communautés. Alors, quelles
sont les choses... quels sont les éléments qui vont être mis en place?
Malheureusement, on ne le sait pas, ici, au Québec.
Alors,
oui, il y a encore beaucoup à faire dans un contexte de déjudiciarisation,
mais, comme je le mentionnais à la toute fin de mon intervention ce matin, il
ne faut pas se priver de l'ensemble des mesures qui sont à notre
disposition. Et nous, nous sommes prêts à travailler, à réfléchir, parce qu'on
ne fait pas ça du jour au lendemain. On réfléchit et on s'entend sur une façon
de faire. Et on pense que c'est une autre manière qui va venir, qui va nous permettre d'atténuer, sinon diminuer la
stigmatisation, qui est encore très, très forte. On l'a vu dans les journaux récemment, la stigmatisation des usagers de
drogues, elle est très forte. Alors, il faut se donner tous les outils
nécessaires, et on pense que la décriminalisation serait une de ces
voies-là.
M. Carmant : Mme
la Présidente, je passerais la parole à une de mes collègues.
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Merci.
Alors, il reste 5 min 11 s. Je pense que la députée de Vimont
veut prendre la parole.
Schmaltz : Parfait. Merci, Mme la Présidente. Merci de votre
présence ce matin. Très apprécié de vous avoir avec nous.
La question que je me
pose : Est-ce qu'on... est-ce qu'on a des bonnes pratiques dans la
prescription des opioïdes? Est-ce qu'il y a... Est-ce qu'il existe des bonnes
pratiques? Et est-ce que les médecins... ou le Collège des médecins est formé, ou forme ses médecins, ou...
Vous comprenez un petit peu? Est-ce qu'il y a... Parce que, c'est sûr,
ce qui amène les gens à consommer à la base, c'est parce qu'il y a eu prescription.
Letellier de St-Just (Louis) : Bien, écoutez, je l'ai mentionné, je pense que
probablement que la Dre Marie-Ève Goyer
va être en mesure de répondre encore mieux que moi à cette... mieux que nous à
cette question-là. Par contre, ce qu'on peut vous dire, je l'ai
mentionné rapidement dans mon intervention, le Collège des médecins, l'Ordre
des pharmaciens, l'ordre des infirmiers et des infirmières du Québec se sont
unis pour mettre de l'avant un guide des bonnes pratiques. Ce guide est très
complet. Il s'adresse aux prescripteurs. Il s'adresse aux professionnels qui
sont concernés par la consommation d'opioïdes. Et, ma foi, c'est un document
qui est bien fait. Je pense que ces ordres professionnels sont tout à fait conscients
de l'ampleur de la crise et de l'importance du guide qu'ils ont mis de l'avant,
puisque, cet été, ils en ont fait un rappel. Alors, nous avons...
Maintenant, la formation, quelle en est-elle?
Ça, je vous avoue que je ne pourrais pas vous dire avec précision. Je n'oserais
pas me tromper. Il doit sûrement y en avoir. Mais je pense qu'on doit, et c'est
ce que je mentionnais tout à l'heure dans...
au Dr Carmant... Il faut... il faut vraiment regarder les règles éthiques
auxquelles sont assujettis ces professionnels, et, pour que les règles éthiques
soient bien comprises et bien appliquées, nécessairement, il y a de la
formation.
Mme Schmaltz : Parfait. Merci.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci. Alors, je passe la parole à la députée de
Châteauguay.
Mme Gendron : Oui. Merci beaucoup.
Bonjour. Heureuse de vous rencontrer ce matin. On parle un peu, depuis tantôt,
de ce qui se passe en Colombie-Britannique. Pour l'avoir observé de mes propres
yeux, d'avoir vu des centaines de personnes dans les rues, des ambulances qui
sont là tout simplement parce qu'ils sont prêts à aller voir les gens qui font
des overdoses, ça a été très confrontant pour moi de voir ce qui se faisait
ailleurs. Puis, en effet, je pense que les
mesures sont nécessaires pour ne pas que le Québec, en fait, soit à la
hauteur de ce qui se passe ailleurs. Vous
l'avez mentionné à plus d'une reprise que c'est le leadership québécois qui a
fait la différence sur certains points en particulier, donc, pas de clinique
privée, bon, certains enjeux que vous avez nommés un peu plus tôt.
Par contre,
ce que j'aimerais savoir... Dans le point n° 5, vous parlez aussi
que ce serait favorable de consolider les
services de consommation supervisée et d'analyse de drogues. Donc, j'imagine
que ça, c'est une mesure supplémentaire qui pourrait, justement, renverser un peu la vapeur. J'aimerais un peu
que vous me parliez de ce point-là. De quelle façon, concrètement, ça
s'appliquerait?
Mme Vadlamudy (Sandhia) : La
consolidation des services de consommation supervisée et des services d'analyse
de drogues s'applique, en fait, à travers, notamment, la stratégie de
prévention nationale de surdoses aux substances psychoactives, qui est en
vigueur actuellement. Il y a déjà des activités qui se passent dans différentes
régions du Québec. Donc, ce n'est plus seulement concentré à Montréal. On a des
services dans plusieurs régions et dans
plusieurs villes. Par contre, c'est... la nécessité est de les multiplier et de
diminuer les obstacles à l'ouverture de ce type de services, parce que
la province est grande, elle est multiple, et il n'y a pas une communauté qui
est à l'abri, en fait, de cette crise des surdoses. Elle se passe partout au
Québec. Donc, on doit pouvoir fournir les outils partout au Québec pour offrir
des lieux qui soient accueillants et propices à la consommation à moindre
risque.
L'analyse de
drogues permet d'avoir une information sur la substance que la personne se
prépare à consommer. Elle peut, à ce moment-là, choisir de quelle façon
elle va la consommer. Peut-être va-t-elle la mettre de côté et ne pas l'utiliser du tout, pour sa santé et sa sécurité.
Peut-être va-t-elle choisir d'en consommer des toutes petites doses pour éviter
également des conséquences plus graves sur sa santé.
Un élément qui est également important à
retenir, c'est qu'en ce moment ce qu'on a cruellement besoin, c'est de centres d'inhalation supervisée. Il y en a
très, très peu. Et, ce matin encore, aussi dans Le Devoir , on voit à quel point l'inhalation commence à prendre une place
prépondérante.
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Merci beaucoup. Je me
dois de vous arrêter. La période impartie au gouvernement vient de se terminer.
On va poursuivre avec l'opposition officielle pour une période de
12 min 23 s.
Prass : Merci. Merci pour votre témoignage ce matin. Le
travail que vous faites est essentiel, et, pour nous, c'est très
important d'avoir ce point de vue là. Donc, merci pour tout ça.
Pour faire suite à quelques questions que le
ministre avait pour vous, côté... pour essayer de s'assurer que, justement, ça
ne se répète pas dans le futur, qu'est-ce qu'on pourrait faire pour éviter
cela? J'imagine que l'idée de proposer des
amendes pour les compagnies pharmaceutiques qui font des énoncés trompeurs, par
exemple, pourrait être un moyen de les dissuader de répéter cette
pratique dans le futur.
Letellier de St-Just (Louis) : Oui. J'imagine qu'on pourrait réfléchir à ce genre
de sanction, parce qu'il faut que ce
soit... Vous savez... En fait, je ne vous apprends rien, l'industrie
pharmaceutique, c'est une industrie très puissante, très
riche financièrement, qui ont les poches profondes. Par contre, évidemment,
quand une entreprise... Je faisais référence à Purdue tout à l'heure, avec
6 milliards de dollars d'argent à rembourser en dommages et intérêts.
Ça fragilise énormément ces entreprises. Je ne pense pas que l'idée du
gouvernement derrière... ou des gouvernements derrière
ces lois qui nous permettent d'aller en recours collectif... Je ne pense pas
que l'objectif soit de mettre l'industrie pharmaceutique à terre. Ce
n'est pas du tout l'objectif.
Par contre, il faut
garder les guides très serrés. Et c'est pour ça que je faisais référence à des
règles d'éthique, aux balises éthiques auxquelles elles sont déjà assujetties,
hein? Ces balises-là, elles se sont resserrées avec le temps, Dieu merci, mais
il faut être encore très vigilants. Et, s'il faut aller jusqu'à imposer des
amendes, bien, je pense qu'il faut le faire.
Mme Prass : Donc,
une possibilité. Et, justement, dans le cadre de votre travail, j'imagine que
vous serez d'accord pour dire que les ressources ne sont pas à la hauteur des
enjeux dont il faut s'adresser dans la crise. Vous avez dit : Il y a un
manque criant de sites d'inhalation, que ce soit en prévention, en
réadaptation, etc. Est-ce que vous auriez une idée à quelle hauteur il
manque... on devrait investir davantage pour, justement, vraiment adresser cet
enjeu, toutes les personnes qui sont affectées?
Mme Vadlamudy
(Sandhia) : C'est une grande question à laquelle, non,
malheureusement, je n'ai pas un chiffre à proposer comme tel. Par contre, comme
vous l'avez bien dit, les besoins sont présents. Les investissements sont
toujours nécessaires, et il faut le faire en continu. Les actions qui sont à
court terme, les projets d'un an, même de trois ans, sont souvent à proscrire
parce qu'ils nous font reculer dans le temps. On pense qu'on avance, mais, au final, on finit par reculer. Donc, maintenir une
action continue sans avoir de période... en fait, d'attente entre les années
financières.
Après ça, bon, les
investissements dans le réseau public, en traitement, en accès pour les
personnes qui font usage de substances, il y a certainement beaucoup
d'investissements à faire. Le milieu communautaire, qui est en première ligne,
a toujours également besoin de ce type d'investissement, et pas seulement dans
les grandes régions, partout... pardon, pas
dans les grandes villes, partout, dans toutes les régions, incluant les
communautés des Premières Nations.
Mme Prass : Comme
on le voit, il y a des sites qui sont financés mais qui ne sont pas financés à
la hauteur de pouvoir ouvrir 24 heures sur sept, qui cause, justement,
d'autres enjeux. Donc, j'imagine que ce serait quelque chose que, vous
penserez, serait nécessaire également, qu'il y ait accès 24 heures/7 à ces
sites.
Mme Vadlamudy
(Sandhia) : Le 24/7 n'est pas une balise à suivre pour l'ensemble des
services nécessairement. Je pense que ce qu'il faut se poser comme question,
c'est : Qu'est-ce qu'on a comme portrait dans notre quartier, notre région, notre ville, notre communauté?, et voir
quelle serait la meilleure réponse. Et, bien sûr, pour répondre, on implique les personnes directement
concernées, les usagers et les intervenants du milieu communautaire qui
sont présents sur le terrain. Parfois, le 24/7 peut être une offre pertinente,
mais parfois ce ne l'est peut-être pas.
Il vaut mieux aussi
avoir des services peut-être de plus petite ampleur mais disséminés un peu
partout, parce que les personnes ne feront pas 10 kilomètres pour aller chercher un service. Elles ont besoin d'un service qui
soit accessible en proximité.
Mme Prass : Donc,
comme vous dites, il faudrait, d'abord, des meilleures données pour vraiment
faire le portrait de chacun des territoires, pour voir quels sont leurs besoins
et comment on peut, justement, adresser avec les bonnes ressources.
Mme Vadlamudy
(Sandhia) : Oui, bien sûr, et utiliser ces données-là également pour
pouvoir chiffrer au moment où il y aura, possiblement, règlement. Ce sera des
données qui seront fort pertinentes pour le gouvernement, pour répartir
équitablement les sommes.
Mme Prass : Là,
entre autres, vous demandez que le ministère de Santé et Services sociaux rende
publique la façon dans... l'annonce du 36,9 millions de dollars sur
cinq ans dans le budget, l'année dernière, pour rehausser les ressources de la Stratégie nationale de prévention
des surdoses de substances psychoactives. Donc, j'imagine, sur le terrain, vous
ne voyez pas ou vous n'êtes pas sûrs de la façon dont l'argent a été dépensé.
Donc, vous ne voyez pas nécessairement les effets sur le terrain, si je
comprends bien.
M. Letellier de
St-Just (Louis) : En fait, ce n'est pas pas si évident que ça. Alors,
on souhaiterait avoir un meilleur portrait de la ventilation des montants ou
des sommes qui sont alloués aux organisations et qui sont issus de ces montants
du 15 millions de la stratégie nationale, du 36 millions dont le
ministre a parlé tout à l'heure. Donc, on souhaiterait avoir un peu plus
d'informations à ce niveau-là.
Je voudrais juste
revenir sur la question du financement. Vous savez, les besoins sont toujours
immenses. Les organisations communautaires demandent... en fait, déposent leurs
demandes financières à chaque année, et ce sont
nos instances de santé publique régionales qui regardent les possibilités qu'elles
ont de nous financer à la hauteur de
ce que l'on demande. Bien sûr, on n'a jamais tout ce que l'on demande. Parfois,
on se satisfait de ce qu'on a. Parfois, on peut être déçus. Parfois, il
y a des compressions qu'on ne comprend pas. Ce que l'on souhaite, dans le fond,
c'est que ces services puissent être financés en fonction de la réalité dans
laquelle chacun s'adresse.
vous parliez du 24/7. Bien répondu, dans le sens où ce n'est pas un modèle
unique. Il peut être... Bon, je prends l'exemple de CACTUS, par exemple. Ça
peut être... ça peut être une source de satisfaction qu'on ait, dans l'entourage, un service 24/7, ce qui était
presque le cas à l'ouverture. On ouvrait jusqu'à 6 heures du matin. Donc,
aujourd'hui, ce n'est plus le cas. Pourquoi? Compressions budgétaires.
Donc, c'est un peu un non-sens.
Mais
je vous dis que, par contre, avec les argents que le ministre a accordés cet
été en réponse à ces besoins-là, bien là, écoutez, on a la réalité en
temps réel, parce que ces sommes-là nous sont accordées à 100 %, et c'est
à nous de décider où nous allons les investir. Et ça, c'est une avancée énorme,
et on en remercie le ministre.
Mme Prass : Et, dans le même sens, vous parlez, par exemple,
vous faites la référence avec le fonds qui a été établi dans le projet de
loi sur le cannabis pour
s'assurer que l'argent soit remis en prévention, en réadaptation, etc.
J'imagine que vous voudrez voir l'entièreté des sommes qui seront
récupérées réinvestie à cet effet-là.
Mme Vadlamudy
(Sandhia) : Pas nécessairement l'entièreté, parce qu'il ne faut
surtout pas oublier les personnes qui ont subi les dommages, là, liés à ces
pratiques pharmaceutiques déplorables. Donc, il faut penser à ces personnes, à
leurs proches. Mais, oui, réserver un montant proportionnel, un pourcentage,
qui pourrait être discuté, déterminé, pour pouvoir réinvestir dans les services
et faire en sorte qu'on... comme je l'ai dit en conclusion, de paver le chemin
pour un futur qui soit plus en santé pour tous.
Mme Prass : Tout
à fait.
M. Letellier de
St-Just (Louis) : D'ailleurs, c'est une recommandation que vous allez
retrouver dans d'autres mémoires, dont celui de la Commission santé et services
sociaux des Premières Nations. Nous, on le fait, et il y a sûrement d'autres
qui vont le faire, parce que c'est un élément, en fait, qui nous apparaît
naturel. Donc, si on calque sur nos aventures avec l'industrie du tabac, ce
qu'on a fait avec la
loi sur le cannabis, dans un tout autre contexte, bien, il
faut prendre exactement le même exemple.
Mme Prass : Tout
à fait. Et, comme vous avez dit, la crise n'est pas terminée. Donc, il faut
s'assurer que les ressources sont toujours à la hauteur.
Également... Oui.
Donc là, vous avez parlé, justement, de la décriminalisation, et qu'il y avait
certains facteurs de réussite dans d'autres territoires. Pouvez-vous élaborer
un petit peu là-dessus pour qu'on ait une idée des meilleures pratiques,
disons?
Mme Vadlamudy
(Sandhia) : Oui. J'ai nommé d'emblée la formation. Donc, on a la
formation des agents policiers qui sont sur le terrain mais la formation des
autres acteurs, aussi, impliqués soit dans le réseau de la santé, dans le milieu communautaire également. Il peut y
avoir également, là, les... tous les milieux commerciaux également, qui
pourraient avoir de la formation.
On pense également,
en fait, à réfléchir la quantité, hein? On parle de possession simple, donc une
quantité qui fait référence à un usage personnel, mais comment peut-on chiffrer
cette quantité? À partir de quel moment, cette quantité-là, on peut penser à du
trafic? Comment peut-on penser aux personnes qui ont des besoins particuliers,
par exemple, en consommation, c'est-à-dire
une personne, par exemple, qui habite sur une réserve, qui va s'approvisionner
dans une ville et qui doit ramener une certaine quantité pour son usage
personnel, mais qui va certainement dépasser la quantité quotidienne acceptée?
Donc, ce sont des éléments qui sont importants à réfléchir en amont pour qu'ils
soient cohérents avec la pratique sur le terrain et qu'ils ne deviennent pas un
type de criminalisation 2.0 dans une décriminalisation, ce qui est parfois
le cas en Colombie-Britannique.
Mme Prass : Quand
vous parlez de la stratégie nationale pour prévenir les surdoses d'opioïdes
dans votre mémoire, vous dites que vous constatez que beaucoup reste à faire
pour atteindre les objectifs, que vous attendez la deuxième mouture. Qu'est-ce
que vous voudriez voir, justement, dans la prochaine... la prochaine mouture,
qui ferait en sorte... qui adresserait certaines de vos préoccupations à cet
égard?
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : En 30 secondes.
Mme Vadlamudy
(Sandhia) : D'accord. La prochaine mouture devra d'abord s'inscrire
dans les mêmes objectifs qui sont présents. En ce moment, ce qu'on n'a pas,
c'est de plan d'action. Donc, les acteurs qui sont concernés, qui travaillent à travers la stratégie, on n'a pas travaillé
autour d'un plan d'action commun. Donc, on souhaite le mettre en place
pour pouvoir, après, développer une stratégie qui soit dans les suites et qui
soit adaptée avec la réalité dans laquelle on sera en 2025, au moment de la fin
de la présente stratégie.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Merci beaucoup. Alors, on termine cette ronde
de discussions avec la députée de Sainte-Marie—Saint-Jacques pour une période de
4 min 8 s.
Mme Massé : Merci.
Merci pour votre présentation, votre mémoire. Quand vous parlez de
potentiellement mettre un pourcentage, à l'intérieur du projet de loi, qui
réserverait une certaine... un certain fonds qui serait dédié, avez-vous une
idée du pourcentage auquel vous pensez? Première question. Et la sous-question,
c'est : Oui, mais, si le règlement a lieu dans 25 ans, là... C'est
aujourd'hui, la crise. Avez-vous pensé à ça aussi?
Mme Massé : J'ai quatre minutes, ça
fait qu'obstinez-vous pas trop.
Mme Vadlamudy (Sandhia) : Oui, c'est
ça, on va les utiliser. Le pourcentage, en fait, je pense qu'il faut prendre le
temps de réfléchir, hein? On a eu une invitation très rapide à écrire ce
mémoire. Donc, oui, on pense qu'il faut inscrire une
partie des sommes en...
pour redonner, réinvestir. Après ça, je pense que ça se discute, ça se réfléchit. Ça ne se décide pas comme ça, sur un
coin de table. Les données recueillies vont nous permettre aussi de déterminer ce
pourcentage pour qu'il soit cohérent avec les informations qu'on aura en main.
Après... J'ai oublié la deuxième question. Je
m'excuse.
Mme Massé : C'est... En fait, ça, ça
peut arriver dans 25 ans. Maintenant.
Mme Vadlamudy (Sandhia) : Ah oui!
M. Letellier de St-Just (Louis) : Là
dessus, je pense qu'on n'a pas de chance à prendre. Il faut tout de suite l'insérer dans le projet de loi, dans ce qui sera
la loi. Alors, c'est une protection. On ne peut pas y penser après. On peut toujours
amender une loi, mais on a la chance maintenant de le faire, comme on l'a fait
avec la
loi sur l'encadrement du cannabis. Faisons exactement la même chose.
Mme Vadlamudy (Sandhia) : Puis je
dirais qu'il ne faut pas, aussi, oublier les éléments qu'on... les outils qui sont à notre portée maintenant, comme
l'ensemble des éléments qui ont été nommés, qui font
partie de la stratégie
nationale maintenant et des objectifs de décriminalisation, qui vont nous
permettre, en fait, d'installer aussi un climat propice à la déstigmatisation
et à la prévention des surdoses.
Mme Massé : D'ailleurs, parlons-en,
de la décriminalisation. Nous, à Québec solidaire, on est assez en faveur de ça. Vous avez soulevé des bonnes questions concernant les quantités, le
transport, bon, tout ça. On en parlera quand ce sera le temps. Mais moi,
je me disais : C'est quoi, les outils qui sont à notre portée,
collectivement, pour obtenir... Parce que ça
prend une exemption pour aller là. C'est quoi, les outils qu'on a ici, au
Québec, pour y arriver?
Vadlamudy (Sandhia) : OK. Alors, bien, on a des outils très concrets.
D'ailleurs, on a déjà l'expérience de
ce... de ces demandes d'exemption à Santé Canada. Les demandes qu'on a faites à
travers les services de consommation supervisée, l'analyse de
substances, ce sont des demandes qui, somme toute, sont similaires à celles
nécessaires pour l'exemption de la décriminalisation.
Après ça, on a des outils, en fait, qui existent
aussi déjà au Québec, c'est-à-dire nos outils de concertation, nos différents
comités qui sont déjà en place, et notamment... Par exemple, à travers
l'Association des intervenants en dépendance du Québec, on a un forum qu'on
a... dont la première édition a eu lieu l'année dernière, sur la
déjudiciarisation. On vient de recevoir l'aval, à travers notre financement de
la stratégie, pour produire un deuxième et on espère fortement que l'ensemble
des acteurs vont pouvoir y être. Et l'ensemble des acteurs, bien, ce sont les trois ministères impliqués, les organisations de
société civile, les usagers et, bien sûr, les Premières Nations, les policiers
qui étaient là. En fait, les deux associations de chefs de police étaient
présentes au dernier forum. Les gens sont mobilisés et souhaitent avancer vers
la décriminalisation. C'était un consensus unanime.
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Merci beaucoup. C'est tout
le temps que nous avions, Mme Vadlamudy, Me Letellier St-Just. Il me
reste à vous remercier d'avoir pris part à nos travaux.
Et je vais suspendre quelques instants, le temps
que le prochain groupe s'installe. Bonne fin de journée.
(Suspension de la séance à 10 h 48)
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : À l'ordre, s'il vous plaît! La Commission des relations
avec les citoyens reprend ses travaux.
Nous recevons, donc, l'Institut national de
santé publique du Québec avec ses représentants, que j'ai devant moi. Alors, messieurs, vous allez bénéficier d'une
période de temps de 10 minutes. Après ça, on va échanger avec les
parlementaires. Mais je vais vous demander, dans un premier temps aussi, de
vous présenter pour le bénéfice des gens qui sont ici. La parole est à
vous.
M. Forest
(Pierre-Gerlier) : Merci beaucoup. M. le ministre, Mme la Présidente,
chers membres de la commission. Je m'appelle Pierre-Gerlier Forest. Je
suis le président-directeur général de l'Institut national de santé publique du
Québec.
Et alors, à l'évidence, on
est très honorés de... par votre invitation. Vous faites un travail très
important. On est vraiment très heureux de pouvoir y contribuer.
Je suis accompagné ici de deux excellents
collègues qui vont pouvoir répondre aussi à vos... à vos questions dans
quelques minutes. Je vous les présente : Jean-Bernard Gamache, qui est
pharmacien et qui est aussi le chef d'une des unités de toxicologie de
l'institut, et puis M. François Gagnon, qui est un conseiller scientifique
à l'institut, qui est un spécialiste des politiques publiques, qui travaille
spécifiquement dans l'unité d'expertise, à l'institut, qui s'intéresse aux
substances psychoactives.
Peut-être, pour commencer, quelques mots sur la
mission de l'institut. C'est... L'institut, vous le savez toutes et tous, c'est le principal centre d'expertise et
de référence en santé publique au Québec. Nous sommes une organisation
publique. Nous avons pour mission de soutenir le ministre de la Santé et ses
éminents collègues, les autorités régionales de santé publique, les
établissements du réseau dans l'exercice de leurs responsabilités. Un de nos
rôles essentiels, c'est d'informer la population sur son état de santé et de
bien-être, sur les problèmes en émergence, ce qui explique la longue implication de l'INSPQ dans le dossier qui nous
occupe aujourd'hui, ainsi que sur les déterminants de la santé humaine.
L'institut se doit aussi, encore une fois, en accord avec sa mission,
d'éclairer le gouvernement sur l'impact des
politiques publiques et leur impact sur l'état de santé de la population en
s'appuyant sur les meilleures données disponibles.
D'entrée de jeu, soulignons que l'INSPQ salue
les objectifs qui sont poursuivis par le gouvernement en proposant le projet de
loi n° 36. C'est une démarche qui s'inscrit directement dans une pratique
de santé publique qui a été encouragée par l'Organisation mondiale de la santé
et qui vise les déterminants commerciaux de la santé, une démarche qui invite les autorités gouvernementales
à interpeler les acteurs industriels et commerciaux pour les inviter à partager
plus équitablement le fardeau sanitaire qui est associé à l'usage de leurs
produits et à prendre des mesures d'encadrement de leurs activités
commerciales.
En santé publique, nous avons évidemment à coeur
de réduire les impacts sociosanitaires qui sont liés à l'usage des différentes
substances psychoactives. Or, les opioïdes, encore une fois, c'est une chose
que vous savez bien, engendrent de véritables drames pour les individus qui en
sont consommateurs mais également pour leurs familles et pour leurs
communautés. Nous souhaitons d'ailleurs, là, au début de cette présentation, à
exprimer notre soutien envers les victimes directes et indirectes de cette
réalité et à saluer le travail important et souvent héroïque, quand on pense
aux gens qui travaillent en première ligne sur le front communautaire, des gens
qui travaillent pour résoudre ce problème.
Les faits
saillants de notre mémoire aujourd'hui, trois objectifs, en gros. Tout d'abord,
exprimer nos préoccupations quant aux tendances qui sont observées dans
notre réalité québécoise. C'est vrai que le Québec se distingue du Canada et d'autres juridictions. Bien, dans le
fond, il faut peut-être s'en féliciter et mesurer l'effet de ce que nous avons
accompli au cours des années. Ça reste une situation préoccupante.
Rappelons-le, chaque semaine au Québec, les surdoses
liées aux opioïdes provoquent, en moyenne, cinq décès — en
moyenne, cinq décès — et
près d'une quinzaine d'hospitalisations. Il faut penser à l'accumulation
de ces chiffres au cours des années. Ces données questionnent, d'autant
qu'elles ne reflètent probablement qu'une petite
partie d'une réalité beaucoup
plus complexe. J'imagine que vous avez lu l'enquête publiée par Le Devoir
ce matin. Il est documenté que les utilisateurs de drogues, pour de multiples
raisons, ne se présentent pas tous ni toujours dans un établissement de santé.
Et puis, la façon dont on comptabilise les décès et les hospitalisations, bien,
les surdoses qui impliquent un mélange de substances, dont les opioïdes,
peuvent être source de décès et ne sont pas comptées dans les données que je
viens de mentionner.
Par ailleurs, tous les consommateurs de
substances psychoactives ne sont pas égaux devant cette réalité. Les résultats
de... C'est un projet de l'INSPQ qui est réalisé en collaboration avec les...
directions régionales, pardon, de santé publique et qui s'appelle Projet
suprarégional d'analyse de drogues dans l'urine de personnes qui consomment au
Québec. C'est un
titre assez explicite. C'est souvent le cas avec les titres de
l'INSPQ. C'est un projet qui révèle déjà que, parmi les personnes qui ont fait
une surdose involontaire d'opioïdes dans les six derniers mois, il y a une surreprésentation
des personnes sans domicile fixe. La même étude montre aussi que les individus
qui sont en situation d'itinérance sont
significativement sous-représentés parmi les personnes qui possèdent une
trousse de naloxone, ce qui les rend
nécessairement beaucoup plus vulnérables à un décès par surdose d'opioïdes.
C'est les éléments importants à considérer pour l'élaboration des
interventions de santé publique.
Notre deuxième objectif, c'est de rappeler que
plusieurs enjeux relatifs aux opioïdes produits et distribués légalement sont
liés directement au contrôle de leur commercialisation. Et le Québec, ici, ne
fait pas exception. Depuis le début des années 2000, comme ailleurs au
Canada et en Amérique du Nord, des acteurs industriels ont fait la promotion
active de l'usage d'opioïdes à l'extérieur des pratiques médicales, qui,
auparavant, encadraient assez strictement les prescriptions. Il y a une étude
québécoise qui a été menée ici, au Québec, auprès de prescripteurs et qui a montré que les pratiques de promotion qui
étaient rapportées, d'abord, visaient un très grand nombre de produits, donc
pas seulement un produit mais un très grand nombre de produits, qui étaient
présentés aux médecins, en clinique, sans mise en garde adéquate sur les
effets des médicaments en question et souvent associés à des compensations
financières directes ou à des invitations à joindre des activités de prestige,
comme la participation à des études, des comités aviseurs ou des bureaux de
conférenciers. Or... Là, on est obligés de le supposer à ce stade, mais ces
faits sont avérés dans d'autres juridictions, et c'est fort probable que ces
pratiques commerciales ont participé à la hausse significative de l'usage des
opioïdes depuis le début des années 2000.
Enfin, comme troisième objectif, nous souhaitons
témoigner des ressources déjà mobilisées, des efforts, ensuite, qui sont à prévoir pour contrer le phénomène. Le premier point,
c'est peut-être que la réponse de la santé publique québécoise et de ses
partenaires a mobilisé déjà beaucoup de ressources. Pensons notamment au
déploiement des centres
de consommation supervisée, à la distribution des trousses de naloxone, aux
travaux de vigie et de surveillance ainsi qu'aux différentes démarches
de sensibilisation et de formation qui visent à encadrer la pratique de
prescription ou contenir les usages et
réduire les méfaits. On a documenté un certain nombre de ces exemples dans
notre mémoire.
D'autres facteurs de protection, par ailleurs,
pourraient aussi contribuer la différence québécoise. Il faut continuellement
réfléchir sur cette différence. Et, en particulier, nous avons attiré
l'attention sur le filet de protection sociale ou même sur le régime
d'assurance médicaments, qui joue un rôle aussi pour expliquer la différence au
Québec. C'est toujours possible d'améliorer
ce qu'on fait, mais il faut reconnaître que les politiques sociales figurent
parmi... du Québec figurent parmi les plus effectives en contexte
nord-américain.
En conclusion, les analyses présentées dans
notre mémoire témoignent de la situation préoccupante de l'usage des opioïdes
au Québec. Deux constats qui s'imposent. Il faut répéter que les interventions
de santé publique doivent être maintenues,
voire amplifiées. Les travaux en cours, surtout, évidemment, à l'institut, pour
raffiner, étendre, consolider les indicateurs de vigie s'inscrivent en
complémentarité avec d'autres initiatives des différents acteurs du milieu. Il faut maintenir ces efforts dans
l'avenir. Ensuite, dans ce contexte, il semble cohérent de faire appel aux
notions de responsabilité corporative et de justice sociale, qui répondent,
pour nous, aux considérations éthiques fondamentales de la santé
publique. Et c'est dans ce sens-là qu'on a souligné la pertinence du projet de
loi n° 36.
L'institut
espère que ces réflexions, appuyées sur son expertise de plus de 15 ans
dans le dossier des opioïdes, soient utiles et éclairent vos discussions. Il va
me faire plaisir, moi et mes collègues, de répondre à vos questions.
Merci encore une fois, M. le ministre, Mme la Présidente, de l'invitation à
participer aux travaux de cette commission.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup pour cette présentation. Alors, justement,
nous en sommes rendus à la période d'échange avec les parlementaires. On va
donc commencer avec M. le ministre. Et votre banquette bénéficie d'une période
de 16 min 30 s.
M. Carmant : D'accord. Merci beaucoup,
Mme la Présidente. Merci pour cette éloquente présentation.
Quelques
questions pour vous. Moi, je suis un peu toujours surpris de voir combien peu
de gens connaissent la naloxone, son effet, surtout quand on compare avec
nos... étant médecin, là, nos collègues de la Colombie-Britannique ou
même dans la population en général. Penseriez-vous qu'une campagne de
sensibilisation pourrait venir nous aider?
Est-ce que... Il me semble que je n'ai jamais vu ça ici. Est-ce que ce serait
quelque chose qui serait utile? Quel est votre point de vue là-dessus?
M. Forest (Pierre-Gerlier) : Le
point de vue de l'institut, d'abord, la première chose, c'est... On dispose
maintenant d'un instrument de vigie qui s'intéresse à la distribution de la
naloxone. Vous avez probablement vu nos données
dans notre... dans notre mémoire. Jean-Bernard pourrait peut-être vous parler
plus en détail de ce projet et de notre programme dans ce domaine, mais
c'est une question tout à fait pertinente.
M. Gamache (Jean-Bernard) : Oui,
effectivement. On se rend compte... On a différents indicateurs, là, qui
permettent de mesurer la distribution de naloxone. Donc, on peut... on peut voir
qu'au Québec, autant à l'échelle des pharmacies communautaires que des CISSS et
des CIUSSS qui distribuent ensuite, on voit une augmentation quand même importante du nombre de trousses de naloxone
qui peuvent être distribuées. Par contre, on aimerait quand même être capables
de développer certains indicateurs pour nous permettre de raffiner le portrait,
surtout au niveau de non seulement qu'est-ce qui est distribué, mais
qu'est-ce qui est administré par différents services préhospitaliers, par
exemple. Donc, ça, c'est une chose.
Il y a aussi des données, justement, de l'étude
dont M. Forest vous parlait qui évoquent qu'il y a certaines communautés qui
sont plus difficiles à rejoindre par ces mécaniques-là de distribution. Donc,
peut-être de s'attarder à cette clientèle
vulnérable là, notamment, puis de raffiner le portrait aussi, par la suite,
pour identifier d'autres communautés qu'on a du mal à rejoindre.
M. Carmant : D'accord. Merci
beaucoup. D'ailleurs, bien, parlant de ces données-là, est-ce qu'elles sont
présentes sur le site Web? Là, tout à l'heure, j'étais un peu surpris
d'entendre les présentateurs précédents dire qu'il y avait peu de données disponibles. Moi, je suis les données, bien,
surtout des décès, là, sur votre site Web. Peut-être que, ça aussi, il
faudra en faire la promotion un peu plus. Puis quelles données peut-on rajouter
pour que les gens soient plus informés sur la situation? Par exemple, tous les
sites de distribution de naloxone sont sur le site Web aussi, surdose des opioïdes,
là, sur le site de l'INSPQ.
Donc, c'est important, je pense, d'en faire un
peu plus la promotion et, ça aussi, d'avoir plus d'informations possible.
Avez-vous des... Avez-vous envisagé des mécanismes pour faire connaître mieux
le site et puis pour mieux... avoir plus d'informations...
M. Forest (Pierre-Gerlier) : Oui.
Encore une fois...
M. Carmant : ...sur celui-ci?
M. Forest (Pierre-Gerlier) : Pardon.
Encore une fois, vous avez raison. Je pense qu'une chose qui pourrait être
utile, c'est de vous expliquer un petit peu quelles sont les données qui sont
déjà disponibles, parce qu'on a des données de longue
haleine, là. Encore une fois, l'institut est impliqué dans la... dans la...
d'abord, dans la capture d'information, mais
aussi dans son traitement et dans sa diffusion depuis assez longtemps. Et une
partie de ces données, c'est vrai, sont décidées... sont destinées, pardon, de
façon privilégiée, pour les décideurs, mais un certain nombre de ces
données sont publiques et disponibles sur notre site. Jean-Bernard, est-ce que
tu te rappelles la liste?
M. Gamache (Jean-Bernard) : Bien,
en fait... Bien, on connaît les données qui sont disponibles publiquement
sur le site Web, là. Bon, je peux vous le dire, là. Les indicateurs qu'on
développe et qu'on diffuse aux autorités de santé publique, essentiellement, ça
touche les décès, les hospitalisations, les visites aux urgences, la
distribution de naloxone aussi, les appels au Centre antipoison, puis, bon, ça
se décline en différents types d'indicateurs qui... qui permettent
d'outiller... d'outiller les décideurs rapidement avec des indicateurs qui sont
peut-être plus imprécis mais qui permettent
de déceler les tendances qui sont... qui permettent des interventions ciblées
et rapides lorsqu'un phénomène se déclenche. Puis on a aussi une série
d'indicateurs qui permettent... qui sont plus précis, puis qui permettent un
portrait plus longitudinal des tendances, puis plus précis. Après ça, il
faudrait voir qu'est-ce qui est... qu'est-ce qui est utile puis qu'est-ce qu'il
est pertinent de décliner dans des... dans des communications qui sont
publiques, là.
M. Carmant : Mais,
tu sais, moi, je vous dis ça dans le sens que les gens sur le terrain
aimeraient avoir plus d'informations. Vous en avez. Je pense que ça pourrait
être quelque chose qui devrait être travaillé en partenariat si ça peut les aider, eux, sur le terrain, à
améliorer leurs interventions. Parce que moi, sur le site Web, moi, je vois
juste... public, je ne vois que les décès.
M. Forest
(Pierre-Gerlier) : Donc, ce serait tout à fait faisable pour nous de
partager ces informations. Bien, vous savez, on est un endroit où il y a un
énorme dépôt d'informations, à l'institut, et donc la question se pose à chaque
fois. Il faut nous poser la question, et après on est tout à fait heureux de
travailler et de créer ces couloirs de transmission d'information qui sont indispensables
pour les acteurs. Puis évidemment on est très, très ouverts, je pense que je
l'ai exprimé dans mon allocution, à travailler de... au plus près avec les gens
qui sont en première ligne. Après tout, c'est la raison pour laquelle nous
existons au premier chef.
M. Carmant : Ça va me faire plaisir de travailler avec vous
là-dessus. Mme la Présidente, je passerais peut-être la parole à
quelqu'un de... d'autre. Merci.
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Merci
beaucoup, M. le ministre. Alors, je reconnais la députée de Vimont. Il
reste encore 11 min 16 s.
Mme Schmaltz :
Ah! OK. Parfait. Merci, Mme la
Présidente. Merci, messieurs, d'être là. Toujours très apprécié.
Tantôt, là, vous avez
prononcé... vous avez dit «surdose involontaire». Moi, ça m'a frappée, parce
que, dans ma tête, une surdose, c'est
volontaire, d'une certaine façon. Mais je comprends le contexte. Quel
pourcentage ça représente dans les décès, les surdoses involontaires?
M. Forest
(Pierre-Gerlier) : Jean-Bernard.
M. Gamache
(Jean-Bernard) : Je n'ai pas la donnée qui permet de discriminer
qu'est-ce qui est une surdose volontaire versus involontaire, mais, lorsqu'on
parle d'une... la consommation puis l'intoxication, si on peut l'appeler de
cette façon-là, donc, la consommation, elle est volontaire. C'est de faire une
surdose qui est involontaire, donc, de
dépasser le seuil auquel on... Bon, je ne veux pas m'emmêler dans des débats de
sémantique, là, mais c'est... la consommation demeure volontaire. C'est la
surdose qui ne l'est pas.
Mme Schmaltz :
OK. Donc, finalement, c'est tout
le temps des accidents. Les gens décèdent par accident. C'est ça, d'une
certaine façon.
M. Forest
(Pierre-Gerlier) : D'une certaine façon.
Schmaltz : OK. Quel pouvoir les pharmaciens ont, dans des... vis-à-vis
des prescriptions, en lien avec leurs... les clients qui viennent renouveler
des prescriptions? Quel est le lien? Est-ce que... pas le lien, le pouvoir.
Est-ce que vous pouvez, à un moment donné, décider de ne pas renouveler ou...
M. Forest
(Pierre-Gerlier) : La première chose, c'est que les pharmaciens ont
signalé leur inquiétude professionnelle à
l'égard des... de la prescription d'opioïdes à la fois en questionnant les
raisons pour lesquelles on prescrit, les doses qui sont prescrites, et
on dispose d'assez d'informations sur ce sujet-là.
Quant à d'autres
interventions...
M. Gamache
(Jean-Bernard) : Bien, en fait, bon, je suis ici, bien évidemment,
pour représenter l'institut et non l'Ordre des pharmaciens du Québec, là, mais,
à
titre de pharmacien, je peux vous dire que oui. Je veux dire, la responsabilité... Le pharmacien dispose d'une
certaine forme de responsabilité, là, à l'égard de ce qui est... de ce qui
est... de ce qui est acheminé au patient.
Puis effectivement on a... on a différents... Il y a différents moyens
d'intervention, là, pour s'assurer que le patient reçoive quelque chose
qui... un produit qui est sécuritaire, là.
Mme Schmaltz : C'était
justement ma question. La naloxone — c'est
ça, naloxone? — c'est
ce qui remplaçait... c'est ce qui remplace la morphine. Est-ce que
c'est... Non, ce n'est pas ça? Non?
M. Forest
(Pierre-Gerlier) : Non, non. C'est un... répondre techniquement...
M. Gamache (Jean-Bernard) : Oui.
En fait, c'est un... c'est un médicament qui vise à renverser l'effet d'une
surdose. Donc, une personne qui vit un épisode de surdose d'opioïdes, de façon
très précise, donc, la personne qui est en situation de surdose peut se
voir administrer ce médicament-là pour renverser les effets du... de la drogue
ou du médicament pour... bien, pour éviter
les issues négatives. Mais après ça c'est très important que ces personnes...
L'effet de renversement est temporaire. Donc, c'est important que cette
personne... la personne qui en est victime puisse avoir recours à des soins de
santé pour la gestion de l'intoxication.
Schmaltz : Dernière petite question avant de passer la parole à mes
collègues : Est-ce qu'on a un profil type de consommateur?
M. Forest
(Pierre-Gerlier) : François, veux-tu...
M. Gagnon (François) : On va avoir une réponse à
deux volets. Je vais laisser Jean-Bernard compléter, mais, d'emblée, on
n'a pas fait de portrait type des consommateurs. Il y a plusieurs cas de
figure. Donc, ça se fait, des portraits types, donc, on peut le faire, mais il
va falloir nous mandater. Il va falloir avoir des ressources pour le faire.
Jean-Bernard va en parler.
Mais donc les cas de
figure sont très, très différents. On peut avoir des gens qui vont avoir des
opioïdes qui sont donnés après une
chirurgie, par exemple, ou il y a des gens qui vont déjà avoir consommé
d'autres substances qui vont
consommer... commencer à commencer des opioïdes parce qu'ils sont offerts par
un revendeur dans la rue, des gens qui sont hautement dépendants, là.
Donc, il y a plusieurs cas de figure. Pour faire des typologies, il faudrait
faire des travaux supplémentaires.
M. Forest
(Pierre-Gerlier) : Les travaux américains montrent aussi que c'est une
épidémie qui a connu plusieurs phases. Donc,
le consommateur type a changé au cours de l'épidémie de façon assez nette
depuis les tout débuts.
Schmaltz : Parfait. Moi, je n'ai plus de question.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : M. le ministre, vous avez une question?
Allez-y.
M. Carmant : Oui,
bien sûr, bien sûr. Alors, tout le monde, je pense, a été un peu surpris de
l'article de ce matin dans Le Devoir , en fait, les deux articles, où on semble, même, nous... je ne dirais
pas reprocher, mais nous faire remarquer qu'on met un peu trop d'emphase
sur les opioïdes, sur la crise des surdoses. Moi, ça m'a franchement surpris de
lire ça, parce que ça... Je ne sais pas s'il y a plus de décès par rapport aux stimulants.
Puis on sait que les stimulants, ce n'est
pas réversible comme la... par rapport à... aux opiacés. Donc, quel est votre
point de vue, par rapport à la situation, entre les stimulants versus
les opioïdes?
M. Forest
(Pierre-Gerlier) : C'est une question complexe. La première
partie de
la réponse... Ma réaction, moi aussi, en
voyant l'article... les articles ce matin, c'est de me dire que, si on
découvrait qu'un... une situation hypothétique, un fabricant
d'automobiles était responsable, à travers un modèle particulier, d'un grand
nombre d'accidents et de décès, on
s'occuperait quand même de ce problème-là, même s'il y a des accidents et des
problèmes avec d'autres fabricants. Et
donc la première
partie du raisonnement... Comme on l'a signalé, c'est une
situation préoccupante, c'est un
véritable problème de santé publique, et donc il appelle une réponse à la fois
de la Santé publique et de l'État. C'est la... je pense, la réponse la
première qu'il faut donner.
deuxième, comme je l'ai mentionné dans mon allocution, c'est qu'il est encore
difficile de faire la différence entre les décès causés par les
opioïdes, les décès qui sont causés dans des situations où les gens ont
consommé plusieurs substances. Ça crée aussi un flou autour des données.
Et puis le troisième
point, qui est probablement le plus important à long terme pour l'institut,
c'est une invitation à continuer une vigie large de la question de la
consommation de substances psychoactives. Les opioïdes, c'est peut-être la
première étape dans une transformation du marché des drogues illicites, dans
lequel on va voir de plus en plus de médicaments. La France, vous le savez
peut-être, en ce moment, est aux prises avec un problème d'utilisation d'un
médicament qui était prescrit autrefois pour l'épilepsie. On voit réapparaître
en Europe en ce moment de façon vraiment
massive dans les drogues de rue, la consommation de la cocaïne. Donc, garder un
mandat de vigie large.
Le fait qu'on
s'occupe des opioïdes ne nous empêche pas de penser aux autres substances
psychoactives et de continuer à faire ce travail qui consiste à regarder en
avant et à se demander comment on va... on va faire en sorte de garder un
certain contrôle sur cette situation.
M. Carmant : Je
sais que souvent on parle de décès liés aux opiacés, puis il y a une colonne
qui est «décès aux substances autres». Est-ce que ce serait... Avez-vous
réfléchi à partager ces données-là également, comme on parlait tantôt, pour
donner plus de données?
M. Gamache (Jean-Bernard) : Oui,
effectivement, c'est le genre de chose qu'on peut faire. D'ailleurs, le mandat de vigie, là, en vertu de l'enquête
épidémiologique, a été étendu, à l'été 2022, pour caractériser non seulement
les opioïdes, mais aussi les autres substances, dont les psychostimulants.
Donc, il y a des façons de ventiler ces données-là puis de les rendre à la
disposition. Mais on ne veut quand même pas... Puis ce n'est pas parce qu'il y
a des décès qui sont attribuables à d'autres
causes, notamment les... les stimulants, pardon, qu'on veut minimiser la
situation avec les opioïdes. Puis, on vous le rappelle, là, on documente, là,
cinq décès par semaine, là. C'est significatif.
M. Carmant : OK. Les présentateurs
précédents, les organismes communautaires, nous ont sensibilisés à essayer que
la situation ne se reproduise pas. Vous, vous travaillez là-dessus tous les
jours. Comment peut-on réfléchir ou comment peut-on envisager des mécanismes
pour éviter que ce type de situation se reproduise? Par exemple, tu sais, moi,
je leur... ce que je leur ai dit... C'est arrivé avec les cigarettiers.
Ensuite, il y a eu le vapotage, il y a eu les opiacés. Qu'est-ce qu'on pourrait
faire, comme gouvernement ou comme société, pour éviter que ça se reproduise?
Je suis sûr que vous avez déjà réfléchi à ça.
M. Forest (Pierre-Gerlier) : François,
c'est une bonne occasion, parce que... là aussi, de faire état, là, d'un long
programme de recherche à l'institut.
M. Gagnon (François) : Écoutez, vous
parlez, en particulier, de la promotion, j'imagine, puis du contrôle des
activités de promotion des pharmaceutiques. C'est à ça que vous faites...
M. Carmant : Bien, ça peut être un
des points, justement. Allez-y.
M. Gagnon (François) : C'est ça. Écoutez,
là-dessus...
Carmant : Mais, tu sais, on
voit toutes ces drôles d'annonces qui ne sont pas des annonces, là, de ce
temps-ci.
M. Gagnon (François) : On n'a pas
fait de... tu sais, on n'a pas fait de recherche sur qu'est-ce qui s'était fait
ailleurs. Donc, les cadres légaux et réglementaires ne sont pas partout
pareils, là. Il y aurait peut-être nécessité d'élargir un peu, là. Je crois
comprendre que, dans certains pays, c'est un peu plus encadré au niveau de la
promotion, mais on n'a pas fait de travaux à cet effet-là encore, là. On n'a
pas eu de mandat. On n'en a pas cherché non plus. Donc, on peut faire des
travaux là-dessus.
Sur la situation des surdoses en général,
bien... Puis je vais vous rappeler qu'à l'institut on a travaillé sur les
surdoses depuis 2007, environ, là. On a publié... Notre premier rapport sur
l'avis des services d'injection supervisée, c'était
en 2009. Donc, on a amorcé les travaux... Donc, ça prend un peu de temps à
faire les travaux, là. Donc, 2007... Déjà, on était au courant dans les
cohortes d'usagers très marginalisés, là. On travaillait dans une perspective
d'ITSS à l'époque. Donc, on était au courant que la consommation d'opioïdes
augmentait, que les surdoses augmentaient. Donc,
ce n'étaient pas des rapports formels qu'on avait à l'époque, là. Je me
rappelle même d'avoir appelé le coroner moi-même pour savoir qu'est-ce
qu'il en était, puis on n'avait pas... Il n'y avait pas d'enquête, à ce
moment-là, du coroner, là, qui était faite pour conclure à l'attribution, donc,
ou non des surdoses à une substance ou pas, là. Donc, il n'y avait pas
d'enquête qui était faite systématiquement. Donc, à partir de là, on a
développé ces services-là.
Puis après on a continué, en voyant les opioïdes
être de plus en plus impliqués dans... les opioïdes prescrits, notamment, de plus en plus impliqués dans les...
dans les pratiques de consommation. On a développé d'autres travaux
autour, notamment, du matériel... de la révision du matériel d'injection qui
était distribué, là. On fait la distribution de
matériel de consommation depuis la naissance de CACTUS, là. Je ne me rappelle
plus exactement dans quelles années, mais c'est autour des
années 90, là, que... Louis pourrait vous le dire un petit peu mieux que
moi. Mais donc on fait de la distribution
depuis longtemps. Puis donc, à ce moment-là, puisqu'il y avait des opioïdes
prescrits, bien... qui étaient de plus en plus là, il se posait des
enjeux toxicologiques précis.
Donc... donc, par la suite de ça, en 2016, on a
eu... en fait, en 2015, on a eu un mandat pour faire des travaux d'analyse sur
les services d'analyse de substances, là, on en a parlé, là, «drug checking».
On a fait des programmes de... On a analysé aussi les programmes de
distribution de naloxone en communauté. Donc, tous ces... tous ces travaux-là qu'on a faits, à l'institut, ont
soutenu notre réseau, là, c'est notre mandat, soutenu le réseau dans la prise de
décision puis dans le choix, l'analyse,
l'implantation des mesures qu'on connaît aujourd'hui. Donc, on peut
continuer si on... à travailler sur plein d'enjeux comme ça, là, si on nous
mandate puis si on nous donne les ressources pour le faire.
M. Carmant : Bien, je suis très...
M. Forest (Pierre-Gerlier) : Mais je
dois dire, M. le ministre...
M. Carmant : Non, non, allez-y.
Forest (Pierre-Gerlier) : ...si vous permettez, qu'une
partie de la réponse
à votre question, c'est de continuer à développer une approche large de
ces problèmes. Ça ne doit pas se limiter aux problèmes de santé, ne pas se
limiter au problème des coûts de santé, mais...
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : ...terminé pour cette
première portion d'échange. Merci beaucoup, M. le ministre. Merci,
mesdames les députées. Je me tourne maintenant du côté de l'opposition avec la
députée de D'Arcy-McGee pour une période de 9 min 54 s.
Mme Prass : Parfait. Si vous voulez
terminer votre réponse, je vous invite à le faire.
M. Forest (Pierre-Gerlier) : Merci.
Très gentil. Ce que je voulais dire, c'est, donc, tenir compte aussi des coûts
sociaux, des aspects qui touchent le système de justice, parce que tous ces
problèmes sont intriqués dans le... les problèmes dont on discute aujourd'hui.
Et c'est, encore une fois, très évident lorsqu'on regarde ce qui se passe à
l'étranger en ce moment. Là, je vous parlais des tendances qui sont émergentes,
et on voit que ces problèmes sont toujours liés ensemble. On en a parlé dans
notre mémoire. C'est... Le crime organisé, sa transformation joue aussi un rôle
dans la crise dont on parle aujourd'hui. Et donc il faut tenir compte de ça,
avoir une vision panoramique, si vous voulez, du problème auquel on s'attaque. Sinon,
nos efforts de prévention vont échouer.
Mme Prass : Moi, je vous
demanderais, justement... On sait que les gouvernements qui vont faire
partie
de ce recours, justement, vont devoir présenter... vont devoir chiffrer les
coûts assumés par... les coûts de santé, intérêts, justement. C'est un petit
peu le but du recours. Vous, quand vous montez vos statistiques, comment est-ce
que vous faites pour déterminer, à
part les visites à l'urgence pour une
surdose, etc., quels sont des cas qui sont liés, justement, à la crise des
opioïdes, en conséquence avec notre système de santé?
M. Forest (Pierre-Gerlier) : Je vais
vous décevoir, mais ce n'est pas vraiment le travail possible de l'institut,
compte tenu des ressources dont on dispose, c'est-à-dire que l'institut ne fait
pas d'étude économique sur ce genre de dossier. Est-ce que... Si la question
est : Est-ce que c'est faisable?, oui, tout à fait. On va être capables de
chiffrer...
Encore une fois, dans la perspective où on se
trouve au Québec, où on a... Le ministre l'a souligné, d'ailleurs, dans sa conférence de presse, on n'est pas
seulement intéressés aux coûts de santé ici. On est aussi intéressés aux coûts
sociaux vraiment très importants. Je pense qu'on devrait aussi penser à l'effet
sur le système juridique, sur la sécurité publique,
et ainsi de suite. Et c'est un travail qui est tout à fait faisable, hein, avec
des comptables et des économistes. Je suis très optimiste, en fait, moi,
sur la capacité d'arriver à des... à des chiffres assez précis.
Mme Prass : Et, quand vous dites...
bien, dans votre mémoire, vous parlez des troubles liés aux substances, est-ce
que c'est ça que vous faites référence, et, justement, tout l'effet de la
société, ou c'est vraiment dans le cadre de
la santé? Parce que les données qu'on voit sur la santé sont souvent les décès
des surdoses, mais on sait qu'il y a plein d'autres problèmes liés, des
symptômes, que ce soit l'hépatite C, VIH, etc. Donc, j'essaie de juste voir
comment vous pourrez déterminer des
enjeux... des visites hospitalières liées à la crise des opioïdes, qui n'est
pas directement une surdose ou quelque chose d'aussi évident, si vous
voulez, parce que c'est beaucoup plus large que ça. Donc, pour vraiment
chiffrer les coûts que la Santé publique a assumés, il faut vraiment faire le
portrait de toutes les... de tous les cas qui auraient pu être liés à la crise.
M. Forest (Pierre-Gerlier) : Je vais
laisser répondre François sur le détail, mais c'est une question tout à fait pertinente. Mais encore... On a accumulé
quand même pas mal de connaissances, d'expérience, parce que ça fait... On ne
travaille pas seulement sur ce dossier-là. On travaille sur toutes sortes
d'autres dossiers qui sont liés à l'utilisation de substances
psychoactives dans la société. Et donc il y a une tradition de recherche, au
Québec, d'abord, au Canada, dans le monde, qui permet de chiffrer de façon
assez précise les effets de la consommation de ces substances dans... à l'extérieur, là, des coûts qu'on mesure et dont
on parle aujourd'hui, qui sont liés aux coûts de santé, à cause du cadre
du projet de loi. Mais on pourrait tout à fait avoir une discussion plus large
sur ces effets-là. François.
M. Gagnon
(François) : Bien évidemment, dans le recours collectif, je
pense qu'il va y avoir des évaluations de coûts qui vont être faites par les...
qui vont être faites par les firmes d'avocats qui vont être impliquées, là,
mais, en santé publique, on a quand
même des pratiques puis des méthodologies pour évaluer les coûts. Il y a un
grand projet pancanadien qui publie des données régulièrement, qui a évalué
les coûts des substances, là. Depuis les 10 ou 15 dernières années, on a des publications qui se déroulent, puis le projet
continue. Donc, dans le cadre de ces projets-là, il y a des méthodologies
qui sont testées, qui sont validées, qui
sont reconnues, là. Donc, on peut... on peut en faire usage. On peut s'en
inspirer pour faire des travaux.
Mme Prass : OK. Là, le groupe qui a
témoigné avant vous, justement, a demandé... bien, a dit que ça aiderait le
déploiement des ressources, etc., d'avoir des portraits plus spécifiques sur
certains territoires. Les besoins ne sont pas pareils dépendamment, justement,
du portrait des usagers, etc. Est-ce que vous serez en mesure, si vous recevez
le mandat, justement, de produire de façon régulière ces données-là, justement,
pour que les... ceux qui sont sur le terrain
puissent vraiment avoir... bien, comprendre quelles sont les ressources qui
sont... dont ce territoire-là a besoin?
Gamache (Jean-Bernard) : Oui, effectivement, ce n'est pas des données qui
sont actuellement disponibles sur le site Web, là, mais... ni dans les
états de situation qu'on envoie aux décideurs de santé publique. Par contre,
les autorités régionales de santé publique ont accès à des données ventilées
pour leurs territoires, pour les indicateurs que je vous ai nommés précédemment.
Donc, effectivement, les autorités régionales ont ça sous les yeux. Puis il y a
probablement façon de... avec... en partenariat avec eux autres, là, de
diffuser ces résultats-là aux organismes communautaires, par exemple, ou aux
autres parties prenantes dans cette situation.
Mme Prass : Parfait. Parce que c'est
ça que j'ai compris du commentaire du groupe, que, pour l'instant, les groupes sur le terrain n'ont pas accès à ces
chiffres. Donc, ça fait en sorte que c'est plus difficile pour eux de, justement,
comprendre comment adresser l'enjeu. Donc, si les instances régionales ont
accès, ce serait peut-être intéressant qu'ils
puissent être partagés pour qu'il y ait une cohérence entre le travail qui se
fait en santé publique et sur le terrain.
Vous avez dit aussi... Vous avez parlé de
l'enjeu de l'itinérance et la naloxone. Là, je comprends qu'au Québec c'est
gratuit dans les pharmacies, sauf qu'il faut avoir une carte de la RAMQ pour
pouvoir y accéder, et on sait que la
population itinérante n'ont pas d'adresse fixe, donc plusieurs n'ont pas leur
carte de RAMQ. Est-ce que vous ne pensez pas que, justement, ça
sauverait des vies, pour qu'il y ait un accès un petit peu plus... bien, pas
transparent, mais qu'on facilite l'accès,
justement, à cette population-là qui est disproportionnée, à faire face à la
crise aux opioïdes?
M. Gamache (Jean-Bernard) : Il
semble que la barrière à l'accès ne soit pas la carte de la RAMQ, parce qu'il y a des modalités qui permettent de
distribuer l'antidote malgré le fait qu'on n'avait pas de... bon, la carte,
etc. La barrière d'accès semble être de franchir la porte de la
pharmacie et de savoir, peut-être, qu'il y a un programme de ça. Il faudrait voir si les campagnes de
sensibilisation ont eu lieu ou si l'information est disponible sur l'accès.
Mais je crois que la barrière,
principalement, c'est de rentrer dans les soins, que ce soit dans les
pharmacies communautaires... Mais cette réalité-là existe aussi pour
consulter pour, justement... bien, pour différents problèmes de santé lorsqu'on
vit avec un problème de consommation, là, oui. Merci.
Mme Prass : Aussi, vous avez publié
un rapport, en février dernier, justement, à propos de la... concernant la
décriminalisation. Et j'imagine... Est-ce que vous avez fait un petit peu le
tour pour voir quelles sont les meilleures pratiques, ailleurs, qui pourraient
s'appliquer aussi, qui pourraient avoir... faire du sens avec la réalité sur le
terrain au Québec?
M. Forest (Pierre-Gerlier) : Le
rapport, je pense, dont vous parlez, c'est un rapport qui a été publié il y a
peu de temps. C'est un rapport qui montre un peu aussi notre démarche, qui
consiste à essayer de définir les termes, de fournir un langage commun pour les
gens qui ont à parler de ce problème, de façon à ce que tout le monde utilise
les mêmes définitions, le même langage, qui permet des échanges constructifs.
C'était l'objectif essentiel de ce rapport-là, de fournir un lexique de
discussion sur le problème. Et, François peut vous parler, ça fait pas mal de
temps maintenant qu'on travaille sur cette question et qu'on regarde à la fois
les meilleures pratiques, l'état de la littérature sur le sujet, ce que les
gens pensent de ces problèmes.
Encore une fois, vous voyez, l'institut, on
n'est pas là pour faire des propositions de politique. On est là,
essentiellement, pour éclairer les décisions qui sont prises par le ministère,
et donc de lui fournir l'information qui est nécessaire pour prendre ses
décisions.
M. Gagnon (François) : OK. Il y a un
rapport précédent qu'on a publié, à l'institut, qui portait sur les alternatives à la criminalisation. C'est comme ça
qu'on l'a intitulé, là. Puis, essentiellement, ça portait sur l'expérience
portugaise puis sur ce qu'on appelle le Law Enforcement Assisted Diversion aux États-Unis,
là. C'est un programme qui est presque devenu une marque de commerce, là. Mais
donc, essentiellement, c'est les policiers qui sont incités à diriger les
personnes en possession de substances vers des services de santé, des services
sociaux de différentes natures, selon les problèmes qui sont constatés ou les
enjeux qui sont constatés, les besoins qui sont constatés.
Donc, on a identifié là-dedans plusieurs
conditions de succès à ces pratiques-là. C'est une des formes de décriminalisation.
C'est une des formes que la décriminalisation peut prendre, autrement dit. Puis
donc une des premières conditions de succès, je ne veux pas nommer les autres,
là, Sandhia, auparavant, en a nommé une, donc, c'est la formation des policiers
pour qu'ils puissent bien comprendre leur rôle dans le nouveau système. Mais
aussi je pense que la première condition de succès qui était identifiée, c'est
que les ressources soient suffisantes, parce que...
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) :
Je dois vous arrêter...
M. Gagnon (François) : ...si les
policiers doivent diriger les personnes vers les services sociaux puis de
santé, puis qu'elles n'y ont pas accès, comme principe de base, ça ne
fonctionne pas.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. Je dois vous arrêter. Je suis désolée. Je
suis le maître... la maîtresse du temps. Mais on va continuer avec la députée
de Sainte-Marie—Saint-Jacques
pour une période de 3 min 18 s.
Mme Massé : Merci. Le groupe avant
vous disait avoir du data pour être capable d'agir adéquatement en prévention
mais aussi pour être capable d'aller chercher notre part du gâteau qui est
adéquate dans ce recours collectif là. Vous avez mentionné que vous pouviez faire plein de
recherches si vous receviez le mandat. Moi, je veux savoir : Est-ce
que vous sentez que vous avez le data nécessaire pour répondre aux deux
questions que j'ai soumises préalablement? Et sinon de quel mandat vous avez
besoin, et qui vous donne ce mandat-là?
M. Forest
(Pierre-Gerlier) : Jean-Bernard, veux-tu répondre?
M. Gamache
(Jean-Bernard) : Bien, je crois que les données existent. Les
données... les données sont à l'infocentre de santé publique. Donc, ça, ça va.
Après, il faut déterminer les rôles et responsabilités dans la diffusion des
données. Est-ce que la... Est-ce que cette responsabilité-là, la responsabilité
de les diffuser, appartient à l'institut, ou l'idée, c'est plutôt de laisser...
l'Institut national de santé publique du Québec, ou la responsabilité de
diffusion des données puis l'information aux populations puis aux groupes
communautaires appartient à la direction régionale de santé publique sur le
territoire? C'est à définir. Mais on peut facilement déterminer une
trajectoire, là, pour arriver à la transmission de cette information-là.
Mme Massé : Donc,
vous n'avez pas besoin de plus de mandats, pas là-dessus.
M. Forest
(Pierre-Gerlier) : Dans le fond, pour l'évaluation du fardeau, comme
je l'ai expliqué plusieurs fois, là, je pense que c'est nécessaire...
Mme Massé :
De le faire.
M. Forest
(Pierre-Gerlier) : ...d'avoir un mandat clair et les ressources pour
le faire, encore une fois, si on veut prendre cette approche large et ne pas
seulement se concentrer sur les hospitalisations et les frais de santé, mais
tenir compte de l'ensemble des coûts.
Mme Massé : Bien
sûr. J'ai cru comprendre que, dans votre rôle de vigie, il y a une volonté de
continuer de monitorer, là, c'est mon terme à moi, les diverses substances.
Est-ce que la décriminalisation de la possession simple serait une façon de
pouvoir monitorer mieux?
M. Forest
(Pierre-Gerlier) : François, qu'en penses-tu?
M. Gagnon
(François) : Ce n'est pas... Généralement, ce n'est pas un objectif,
la décriminalisation, en tout cas, pas dans... De mémoire, ce n'est pas dans
les pratiques ou ce n'est pas dans les objectifs qu'on a recensés, là. Si on
pense aux commissions de dissuasion, au Portugal, ou les pratiques LEADS, là,
de type LEADS... Il y avait d'autres types de programmes aussi, là, mais, de
mémoire, ce n'est pas... Ça ne m'apparaît pas nécessaire pour faire la vigie puis la surveillance, là. Donc, on a
peut-être d'autres outils qui sont déjà déployés partiellement au Québec, là.
Donc, on a un
programme d'analyse de substances auquel on participe, là. Jean-Bernard pourra
vous en parler un peu plus. Mais, pour savoir un peu plus qu'est-ce qui se
produit aussi, qu'est-ce qui se passe au Québec, on a aussi des... dans les
services communautaires, il y a des programmes d'analyse de substances, donc,
qui ne sont pas dans l'urine, mais donc les participants amènent leurs
substances, puis donc, par différentes techniques, on peut essayer de détecter
qu'est-ce qu'il y a.
Donc, il y a des limites,
mais il y a des développements technologiques quand même assez intéressants, je
pense, qui pourraient faciliter la collecte, la distribution, l'harmonisation
des substances. Mais donc le lien avec la décriminalisation
m'apparaît un peu... un peu distant, mais je pense qu'il y a d'autres façons de
faire, puis qu'on pourrait mettre à échelle supérieure, là, pour y
arriver. Voilà.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Merci. Alors, c'est ce qui met fin à cette
portion. On termine avec le député de Jean-Talon pour une période de 3 min 18
M. Paradis : Merci beaucoup, Mme la Présidente. Très heureux de
prendre la parole, là, dans... sur cet enjeu-là qui est un enjeu
transpartisan, en réalité, de santé publique.
Ici, donc, on a un projet
de loi qui vise à favoriser les poursuites pour récupérer les sommes investies
pour gérer la crise des opioïdes. Vous dites que vous avez des données
probantes et que vous continuez le travail. Dans quelle mesure collaborez-vous
déjà avec le ministère ou avec les autorités de poursuite du Québec pour
contribuer à la constitution de la preuve dans la poursuite? C'est-à-dire, la
preuve, maintenant, peut être composée, notamment, de données statistiques. Je ne veux pas d'information confidentielle,
mais je voulais simplement que vous nous assuriez que vous êtes déjà en
collaboration pour que vos données servent au terme des poursuites.
M. Forest
(Pierre-Gerlier) : D'abord, on n'est pas encore à ce stade, mais, de
toute façon, c'est clair que le lien entre l'institut et le ministère, c'est un
lien quotidien d'information. Tous les jours, entre le ministère et l'institut,
il y a des échanges qui portent, justement,
sur ce type de question. C'est clair. Donc, on verrait tout à fait comme normal
que, quand le gouvernement du Québec va s'engager dans le travail d'évaluation
du fardeau, l'institut soit mis à contribution, et le fera avec le sérieux qui
est habituellement le sien.
Paradis : Très bien. Vous dites aussi que vous avez, bon, les... Vous
avez établi, notamment, des données sur les conséquences socioéconomiques ou
sociales de la crise des opioïdes. Est-ce que vous avez des recommandations ou
vous voyez déjà des lignes qui se dessinent sur ce qu'on pourrait faire avec
les sommes qu'on pourrait récupérer au terme de ces poursuites-là? Je sais
qu'on a parlé, un peu plus tôt, du fait qu'on n'a pas besoin d'attendre, mais, celles qu'on va récupérer,
est-ce que vous voyez... est-ce que vous avez des recommandations là-dessus?
M. Forest (Pierre-Gerlier) : Non.
L'institut ne s'est pas engagé dans cette voie-là. Ce serait, je pense, à
l'extérieur de notre mandat.
M. Paradis : Très
bien. Vous parlez aussi, dans votre mémoire, de pratiques commerciales et
médicales discutables. Dans la poursuite qui a été déposée en
Colombie-Britannique, en fait, on parle de pratiques trompeuses et fautives de la part des compagnies
pharmaceutiques. Là, je parle du mandat relatif à la prévention aussi. Est-ce
que vous pensez que l'étude de ce
projet de loi, c'est un moment aussi de revoir l'encadrement des relations du
gouvernement avec les compagnies pharmaceutiques, compte tenu de ces
pratiques que vous décrivez, là, comme discutables?
M. Forest (Pierre-Gerlier) :
C'est un moment, en tout cas, de réflexion qui va être nécessaire sur un
certain nombre de pratiques. Mais vous
devriez poser aussi ces questions-là au Collège des médecins, au Barreau, parce
qu'ils sont beaucoup mieux placés que nous pour y répondre. Vous vous
imaginez bien que l'institut n'a pas de vocation particulière en matière
juridique.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Il vous restait 20 secondes.
M. Paradis : Bien,
il me restait 20 secondes. Je pense que je vais m'arrêter là.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Parfait. Alors, c'était pour les remercier.
Alors, je vais ajouter ma voix à celle du député pour vous remercier d'être
venus à notre commission, d'avoir... de nous avoir éclairés.
je vais suspendre quelques instants, le temps de recevoir notre prochain
invité. Merci beaucoup, messieurs. Bonne fin de journée.
(Suspension de la séance à
11 h 36)
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Alors, à l'ordre, s'il vous plaît! La Commission
des relations avec les citoyens reprend ses travaux.
Nous recevons, donc,
Dre Marie-Ève Goyer, professeure agréée de clinique, Département de médecine de
famille et médecine d'urgence de la Faculté
de médecine de l'Université de Montréal. Dre Goyer, bonjour. Bienvenue à
la commission. Nous allons, donc, vous
laisser une période de 10 minutes pour votre exposé, et par la suite on va
procéder à l'échange avec les parlementaires. Alors, le micro est à
vous.
Mme Goyer
(Marie-Ève) : Très bien. Alors, bonjour, tout le monde. Merci pour
cette belle invitation.
Comme vous l'avez
compris, moi, je suis avant tout un médecin qui traite la dépendance aux
opioïdes. Et excusez-moi à l'avance si j'ai des... (panne de son) ...de
l'image. Je suis actuellement au Burundi et j'ai le privilège, justement, de
travailler à l'instauration d'un premier projet de traitement de la dépendance
aux opioïdes ici, au pays. Alors, je
m'excuse à l'avance si jamais il y a des petits bogues. Alors, je ne vous
verrai plus. Est-ce que vous pourriez juste me confirmer que vous voyez
bien mon écran et que vous le voyez défiler?
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : ...sans problème.
Mme Goyer (Marie-Ève) :
Super. Alors, comme je vous disais, je suis la cheffe des programmes
spécifiques en dépendance et en itinérance au centre-ville de l'île de Montréal
et j'ai... On bénéficie, là, d'un soutien, justement, de fonds publics pour
avoir une équipe de soutien clinique et organisationnel pour tous les services
qui touchent les personnes aux prises... en dépendance et en itinérance dans le
réseau de la santé et des services sociaux. Mais,
comme je vous disais, je suis d'abord et avant tout un médecin qui traite la
dépendance aux opioïdes depuis presque 20 ans maintenant.
Je souhaitais quand
même, et je m'excuse si c'est de la redondance pour vous, porter à votre
attention que dans ce projet de loi et derrière le chapeau des opioïdes se
cachent beaucoup de détails qui peuvent quand même être importants dans le
cadre de l'actuel projet de loi. Les opioïdes, vous le savez comme moi, sont
des substances qui peuvent être prescrites mais qui peuvent aussi être générées
complètement du marché illicite.
Vous verrez qu'il y a
plusieurs classes différentes, mais ce que je souhaitais porter à votre
attention, c'est les éléments qui sont mis en bleu, c'est-à-dire que dans la
classe des opioïdes, incluant dans le projet de loi, se cachent deux catégories
complètement différentes, des opioïdes qu'on pourrait consommer de façon
illicite ou utiliser pour la douleur et le traitement de la dépendance aux
opioïdes, que vous voyez en bleu. Le kadian, la buprénorphine et la méthadone
sont des traitements pour la dépendance mais sont les mêmes molécules à la
base, dans la même famille. Ce sera quand même très important, il me semble,
là, dans les nuances à mettre dans le projet de loi.
J'entendais mes collègues de l'INSPQ passer
juste avant. Nous avons eu, médicalement... Et, vous voyez, c'est le consortium
des trois ordres qui nous a fait un rappel en juin dernier. L'Ordre des
pharmaciens, le Collège des médecins et l'Ordre des infirmières nous a rappelé
les bonnes pratiques de prescription des opioïdes.
Je souhaite aussi porter à votre attention que
toute prescription d'opioïdes n'est pas pareille, par ailleurs. Nous ne souhaiterions surtout pas voir une
sous-utilisation en douleur aiguë ou en fin de vie, pour dire quelque chose,
surtout pas une sous-utilisation des opioïdes pour traiter la dépendance aux
opioïdes. Et, dans des nouvelles procédures qui ont débuté depuis quelques
années, où, dans les cliniques, on fait le traitement de la dépendance aux
opioïdes, on fait aussi de l'approvisionnement plus sécuritaire.
Là où le bât blesse, c'est la surprescription en
douleur chronique des gens, où il y a des prescriptions qui s'étalent sur des
années et des années, alors qu'on a très peu d'études qui nous montrent ou qui
ont étudié la prescription à très long
terme. Donc, c'est vraiment au niveau de la douleur chronique qu'il y a eu
beaucoup d'enjeux, beaucoup de surprescription en Amérique du Nord, et
avec tous les dommages associés, là, pour lesquels le projet de loi a été fait.
Je souhaite aussi porter à votre attention que
la double crise des surdoses d'opioïdes dont on parle sans cesse porte, à ses
racines, quand même deux origines assez différentes, mais qui finissent par se
rejoindre au milieu. La première, c'est le changement progressif du marché
illicite depuis les 10 à 15 dernières années. Nous avions un marché où il
y avait soit de l'héroïne assez stable en termes de qualité ou même des
produits pharmaceutiques qui ont dérivé vers
le marché illicite. C'était encore la belle époque, entre guillemets, c'est-à-dire
que les gens consommaient des substances assez stables, peu contaminées,
et on voyait beaucoup moins, donc, de surdoses.
Le problème est arrivé quand le marché illicite
s'est mis à produire lui-même ses substances, avec le fentanyl, le carfentanil, l'isotonitazène, la xylazine, alouette. Et on
a vu, donc, vraiment reculer l'héroïne. À Montréal, on n'a presque plus
d'héroïne. Et on a vu de plus en plus des productions, en laboratoire
clandestin, contaminées avec de multiples
substances, et pas seulement le marché des opioïdes, mais l'ensemble du marché
illicite a le potentiel, vous l'avez
vu, d'être contaminé avec des opioïdes très, très puissants. Et donc, on va le
voir dans quelques secondes, c'est vraiment ce problème-là,
actuellement, qui nourrit la crise des surdoses d'opioïdes.
La surprescription, ou la mauvaise prescription,
ou le mésusage des opioïdes prescrits a pu contribuer. Il y a quelques années,
effectivement, on a vu arriver dans nos bureaux de traitement une nouvelle
clientèle qui arrivait via la prescription, et donc qui avait plus de douleurs,
plus de comorbidités, plus de maladies concomitantes, et qui n'avait jamais
utilisé le marché illicite.
Le danger qu'on voit actuellement... Il y a eu
vraiment beaucoup de messages de prévention au niveau des médecins, mais
effectivement, ces clientèles-là, une fois qu'elles sont dépendantes aux
opioïdes prescrits, si on arrête trop brusquement la prescription, il y a un
danger qu'elles aient recours au marché illicite, et on a vu quand même ça à
plusieurs endroits, et qu'elles se retrouvent, donc, encore plus en danger que
si elles demeurent dans le bureau médical avec un encadrement adéquat.
Donc, je pense que vous devez connaître ces
données-là. Vous voyez, le nombre de décès au Canada en 2022 est à plus de 7 000. On est à plus de
38 000 décès depuis 2016. C'est quand même important de mentionner
que 77 % des décès en 2023, l'année n'est pas terminée, jusqu'à date, ont
impliqué des opioïdes de type non pharmaceutique, dans lesquels on
retrouve en très grande fréquence le fentanyl. Et vous voyez que ce pourcentage
augmente.
Donc, on n'est pas dans une crise des décès tant
que ça, maintenant, liée à la surprescription des opioïdes, bien qu'elle ait pu
y contribuer initialement. Mes collègues de l'INSPQ ont dû vous présenter ces
données-là pour vous donner une idée. Au Québec, on est à 40 à 50 décès
par mois, quand même, par surdose suspectée aux opioïdes et autres drogues.
C'est donc, bon an, mal an, 500 quelques décès.
Donc, on est vraiment dans quelque chose de
très, très préoccupant. Moi, j'ai commencé à pratiquer, on était à la fin de la
crise du VIH, où on voyait nos patients décéder jeunes très régulièrement, et
on a vu la fin de ça, et je retombe dans ça.
Je vois des patients décéder actuellement à tous les mois, des patients jeunes,
en bonne santé, par ailleurs, avec beaucoup d'années de vie devant eux,
qui meurent.
Alors, je souhaite terminer en vous... (panne de
son) ...des enjeux actuels, et ça pourrait aller dans les recommandations de ce
qu'on peut faire avec l'argent qui sera récupéré avec ce projet de loi là.
C'est sûr que, pour moi, et je prêche pour ma paroisse, évidemment, il y a une
priorité à traiter la dépendance aux opioïdes pour les gens qui le souhaitent.
Le traitement de la dépendance est fait, au Québec, majoritairement par des
médecins de famille. À l'heure actuelle, on en manque partout. Il y a des
listes d'attente partout. Il y a des régions où il y a très peu, sinon aucun
accès au traitement de la dépendance aux opioïdes. C'est une urgence qu'on
puisse prioriser les équipes, l'accès à des médecins, qui ne seront, donc, pas
dans des groupes de médecine familiale, qui seront dans des centres de réadaptation
en dépendance pour traiter ces patients-là, mais aussi on doit sensibiliser
l'ensemble de la population médicale, et à tous les niveaux, les urgences, les
GMF, les centres de réadap, qu'on puisse avoir accès en temps rapide. Quand
quelqu'un a besoin, c'est dans... maintenant qu'il faut qu'on puisse le prendre
en charge.
Mais effectivement la sensibilisation sur la
surprescription, qu'on a eue au début de la crise, a quand même fonctionné, et ce qui fait que c'est dur, pour la
communauté médicale, de dire : Bien, comment est-ce que je me dépatouille
entre ne plus prescrire en douleur chronique mais ne pas
arrêter quand quelqu'un est rendu dépendant? Il faut vraiment faire attention
au message qu'on nomme actuellement, parce qu'on ne voudrait surtout pas balancer
des gens vers le marché illicite, et c'est un peu ce qu'on a vu, comme risque,
dans les dernières années.
Il y a aussi une confusion au niveau des
compagnies pharmaceutiques. Vous le voyez dans le projet de loi, vous l'avez vu
dans ma diapo, tous les opioïdes sont listés sur la même liste, alors qu'ils
n'ont pas les mêmes... ils ne sont pas utilisés pour les mêmes raisons. Et donc
on voit déjà des compagnies pharmaceutiques devenir un peu frileuses à l'idée
de commercialiser des nouveaux opioïdes qui auraient pourtant comme bénéfice le
traitement de la dépendance. Donc, cette
confusion-là, elle n'est pas juste au niveau des médecins, mais elle est aussi
dans les compagnies pharmaceutiques.
Et, bien, comme je vous l'ai montré, je pense,
amplement, on est passés la crise de la surprescription. On est dans une crise
de contamination jamais vue du marché illicite, spécifiquement des opioïdes.
Donc, je pense qu'il faut vraiment... En 2023, à l'heure où on se trouve, je
souhaiterais livrer comme message qu'on doit porter notre attention, en plus du projet de loi actuel
sur les politiques publiques, sur la criminalisation des drogues, parce que le
statu quo, actuellement, est vraiment dangereux. Et vous avez vu les chiffres,
là, que je vous ai présentés.
Donc, je m'arrête là-dessus. Si vous avez envie
de voir un peu ce qu'on fait avec mon équipe, vous avez l'adresse de notre site Internet, où on rend disponible, pour les
équipes cliniques, là, l'ensemble des outils, des meilleures pratiques.
Et vous avez mon numéro de... mon courriel, si jamais vous souhaitez avoir plus
d'informations.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup, Dre Goyer. Très belle présentation. Si
vous voulez juste retirer... Parfait.
J'allais dire : Si vous voulez retirer votre présentation, on va pouvoir
vous voir maintenant. Alors, on commence la période d'échange. Je me
tourne du côté du ministre pour une période de 16 min 30 s. Alors, le
micro est à vous, M. le ministre.
M. Carmant : Bien, merci beaucoup.
Merci beaucoup, Dre Goyer. Toujours un plaisir de vous parler.
On a entendu parler beaucoup de réduction des
méfaits, mais je sais que vous avez quand même une pratique plus globale.
Qu'est-ce qu'on peut faire, par ailleurs, pour le traitement de la toxicomanie?
Tu sais, au niveau de la première ligne, au niveau de la prévention, qu'est-ce
que... quels sont les mécanismes à mettre en place, là? Je pense qu'il faut...
pour nos... surtout pour nos prochaines générations, là.
Mme Goyer (Marie-Ève) : Oui. C'est
une très grande question. Puis vous me donnez combien de temps pour y répondre?
M. Carmant : Mme la Présidente.
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : C'était 15 minutes, mais
il y a d'autres questions, j'en suis certaine.
Mme Goyer
(Marie-Ève) : Bon, même au Québec, je pense, du fait que la
dépendance a été vue, historiquement, voire même organisée, au niveau
ministériel, comme un problème social, et évidemment que c'est le cas, loin de
moi l'idée de le dire autrement, bien, on est à récupérer un peu les
conséquences du fait qu'il n'y a pas eu d'imputabilité du réseau de la santé,
dans ses diverses structures, pour prendre soin, dans les meilleures pratiques,
de ces patients-là.
Donc, pour vous donner un comparable, le jour où
je suis un médecin à l'urgence et que je reçois quelqu'un avec un diabète,
décompensé, qui n'a pas pris ses médicaments ou qui n'a jamais eu accès à ses
médicaments, si je lui donnais simplement 10 unités d'insuline et que je
le retournais chez lui sans suivi, sans counseling, sans médecin pour faire le
suivi adéquat, je perdrais mon permis en deux secondes, et ce seraient les
tollés médiatiques. Bien, c'est un peu là où
on est au Québec, donc, et pas parce qu'il y a un manque de volonté, mais parce
qu'il y a vraiment eu des scissions historiques et des stigmas
historiques qui font en sorte que, bien, à l'heure actuelle, quelqu'un qui fait
une surdose peut se retrouver dans une urgence, avoir son antidote et partir
sans traitement, sans suivi et sans rien.
Ce stigma-là s'est rendu jusqu'aux bancs
d'école, c'est-à-dire que moi, je suis sortie des bancs d'école, je ne vous
dirai pas en quelle année parce que je vais trahir mon âge, et je n'avais
aucune formation en dépendance. Et, à l'heure