Culture and Education — 30 October 2015 (41st Legislature, 1st Session)

CCE 2015-10-30

Quebec — Committees

Culture and Education — 30 October 2015 (41st Legislature, 1st Session)

CCE 2015-10-30

Quebec — Committees

Alors, ce

n'est pas rien de voir ces parents se mobiliser. Encore mardi prochain, le 2

novembre, des milliers de parents

partout, dans chacune des régions du Québec, sans doute aussi dans le comté du ministre de l'Éducation, vont entourer

les écoles pour aller exprimer leur désarroi par rapport aux coupures

actuelles. Encore hier, j'ai remis au ministre

de l'Éducation 350 lettres de parents. 350 parents de la même commission

scolaire, de la commission scolaire des Laurentides,

qui ont pris la peine soit de signer une lettre ou carrément de prendre le

crayon puis d'écrire des petits mots au

ministre pour leur expliquer le cas de leur enfant. Encore là, Mme la

Présidente, quand on est ministre de l'Éducation, on ne peut pas rester

insensible devant une telle mobilisation.

Alors,

ce n'est pas juste les parents qui se mobilisent, les directeurs d'écoles. Le

ministre nous dit... a souvent tendance à

dire : Vous savez, il y a des négociations, c'est normal qu'il y ait des

moyens de pression, sauf que ce qu'il oublie

de dire, c'est que les parents ne sont pas en négociation, ni les directions

d'écoles. Et, quand ce sont les directeurs d'écoles, les trois associations de directeurs d'écoles, là, qui,

j'imagine, n'ont pas tous voté pour l'opposition officielle, ni pour la deuxième opposition, je me dis que le

résultat, leur recherche dénote sûrement quelque chose d'important. Et ce

qu'ils nous ont présenté la semaine

dernière, c'est qu'un élève sur cinq, un élève sur cinq, n'a pas accès aux

services dont il a besoin, et, selon

eux, 86 % d'entre eux, 86 % d'entre eux sont d'avis qu'on est en

train d'hypothéquer l'avenir de cette génération ou, du moins, qu'il y

aura d'importants impacts quant à la formation par rapport aux coupures.

ministre ne pourra sûrement pas accuser M. Égide Royer, qui est un grand

spécialiste de l'Université Laval, de

partisanerie lorsqu'il donne une entrevue à un chroniqueur de La Presse ,

dans laquelle il dit haut et fort que les coupures du gouvernement vont avoir un impact important sur

la génération d'élèves qui sont avec nous, qui sont devant les classes

présentement.

En plus de ça, Mme la

Présidente, il y a les coupures, il y a ce qu'il se passe dans le réseau,

pertes de postes d'orthophonistes,

orthopédagogues, psychoéducateurs, on coupe également dans les techniciens en

éducation spécialisée. Tous ces

gens-là avaient la responsabilité d'accompagner les élèves qui étaient plus

susceptibles de décrocher. Mais, en plus

de ça, ce n'est pas comme si la profession d'enseignant, en ce moment, était la

profession la plus facile au Québec. Il

y a un professeur sur quatre qui ne fera pas les cinq premières années de sa

vie professionnelle utile, parce qu'il n'arrivera juste pas soit à obtenir un poste à temps plein ou

soit carrément à être apte à affronter ces nombreux défis qu'occasionne

le métier d'enseignant.

Alors,

ce qu'on essaie de dire, finalement, c'est qu'on a déjà une profession qui est

mise à mal. On a déjà, de toute évidence,

par les statistiques, une profession qui est extrêmement exigeante, puis là on

en rajoute une couche, hein? On sait

que ça va mal pour le taux de formation, où on sait qu'on devrait faire mieux;

on sait que les parents se mobilisent; on

sait qu'il y a des jeunes qui sont clairement pénalisés. Puis d'ailleurs,

là-dessus, j'invite le ministre, puis j'imagine qu'il en reçoit aussi, là... Mais moi, comme député de l'opposition, je

n'ai jamais vécu ce que je vis présentement. Moi, je n'ai jamais reçu autant de messages, de courriels

de professeurs, puis ce n'est pas vrai, là, que c'est tout du monde, là,

qui sont en... parce qu'ils sont en négos,

là, qu'ils décident de m'écrire. Ce sont de réels témoignages, puis je n'en ai

jamais reçu autant. Puis, quand je

dis que j'en reçois, là, ce n'est pas trois, quatre, là, c'est des dizaines,

des dizaines, voire des centaines depuis le début que je suis

porte-parole à l'opposition. Donc, on ne peut pas rester insensibles à ça.

Mais

là, dans le contexte des négociations actuelles, c'est extrêmement malheureux

qu'on vienne en rajouter une couche.

Puis l'offre patronale qui a été faite à l'origine n'était rien d'autre, à mon

avis, que de la provocation. Et je suis loin d'être convaincu que la

provocation est la bonne approche lorsqu'on veut négocier de bonne foi, mais

surtout reconnaître à sa juste valeur

l'éducation au Québec. Quand on propose de geler les salaires, là, je ne sais

pas, mais il me semble que, quand tu

sais que, pendant les cinq prochaines années, tu vas t'appauvrir... Parce que

c'est ça qui est l'offre, là,

0 %, 0 %, 1 %, 1 %, 1 %, là. L'inflation, ça a été

1,6 %, là, dans les dernières années. Alors, on leur propose, pendant

cinq ans, de s'appauvrir; ça se pourrait que ça réagisse.

Lorsqu'on

propose aux enseignants, qui sont déjà à bout de souffle, d'augmenter le nombre

d'élèves par classe, de revoir la

pondération des élèves en difficulté puis, en plus, de couper des postes de

professionnels, bien, il faut s'attendre à ce que le milieu réagisse. Alors, l'approche qui a été utilisée, c'est

celle de dire : Bien, on va les provoquer. Puis, quand ils vont

être bien, bien, bien, choqués, là, on va essayer de retirer des petits

éléments.

Le problème de ça,

c'est que, d'abord, on n'avance pas. Puis, ensuite, on ne reconnaît pas la

profession puis l'éducation dans son

ensemble à sa juste valeur. Là, le ministre va me dire : Oui, mais, vous

savez, on est dans une période d'austérité, ce n'est pas facile, il faut

équilibrer le budget. C'est vrai qu'il y a des défis sur le plan financier au

Québec, mais il n'en demeure pas moins que, lorsqu'on est au gouvernement,

lorsqu'on est au conseil du ministre puis lorsqu'on est au Conseil du

trésor, on fait des choix. Puis c'est un choix qui a été fait par le

gouvernement libéral, de couper en éducation.

C'est un choix qui est malheureux parce que, lorsqu'on coupe en éducation, par

définition, bien, on coupe dans l'économie du Québec, on coupe dans la

capacité à se maintenir parmi les sociétés les plus riches au monde.

Puis

il faut comprendre que la compétition, pour nos jeunes, va être extrêmement

féroce dans les années à venir. Si on

pense qu'il y a juste le contexte américain avec lequel nos jeunes Québécois

vont compétitionner, on est dans l'erreur. Nos jeunes vont

compétitionner avec les jeunes formés en Inde, en Chine, dans les pays

émergents qui, par le passé, n'avaient

peut-être pas les universités aussi performantes que nous les avions, mais tout

ça est résolu et étant du passé, il

faut comprendre que nos jeunes vont devoir s'épanouir dans un contexte de

nettement plus international, particulièrement nos jeunes enfants

d'aujourd'hui.

Alors,

ce que je demande au ministre, là, de l'Éducation, c'est d'être le ministre de

l'Éducation, reconnaître qu'il a multiplié

les déclarations maladroites depuis qu'il est arrivé. Il est encore le temps

pour lui, là, de rétablir la situation, de reconnaître qu'il n'est pas maladroit d'investir en éducation

maintenant, qu'il n'est pas maladroit d'investir en éducation maintenant, qu'il est le ministre responsable de

l'Éducation, qu'il n'est pas le porte-parole du gouvernement, qu'il a la

responsabilité de mettre son pied à terre, d'aller voir son collègue au Conseil

du trésor et de lui faire comprendre qu'il y a sûrement d'autres façons

d'arriver à leurs fins et qu'il y a des alternatives.

s'il souhaite avoir des solutions, bien, ça me fera plaisir d'en discuter avec

lui, mais moi, je vois des choses au

gouvernement où je me dis qu'on pourrait sûrement faire mieux ailleurs, mais

que l'éducation devrait être traitée comme la prunelle de vos yeux. Et, comme professeur d'université qui avez

décidé d'en faire un métier, j'imagine que vous êtes à même de reconnaître l'importance de la diplomation

de nos jeunes. Puis là je pense qu'il faut mettre les six derniers mois

derrière nous, là, puis marquer une transition puis poser des gestes. Merci,

Mme la Présidente.

La Présidente (Mme Rotiroti) :

Merci, M. le député de Lac-Saint-Jean. Alors, je cède la parole, pour une

période de 10 minutes, à M. le ministre. La parole est à vous.

M. Blais : Bien, merci beaucoup, Mme

la Présidente. Merci aux collègues qui sont ici aujourd'hui, aux gens, bien

sûr, de l'Assemblée nationale, hein, qui nous appuient, là, dans nos échanges,

aux gens aussi de mon cabinet qui m'accompagnent,

mon attachée de presse, pour qui c'est l'anniversaire aujourd'hui, hein — donc je tiens à le souligner, ses parents m'ont demandé de le souligner à la

télévision, donc je le fais — et, bien sûr, là, ceux qui nous écoutent,

bien entendu.

Donc, je

remercie mon collègue de l'opposition parce qu'il sait que j'aime beaucoup la

formule de l'interpellation. Je

trouve que c'est, de loin, la formule qui nous permet d'aller le plus

rapidement mais le plus loin dans les échanges, souvent parce qu'on attaque des questions complexes. Et on peut revenir,

ensuite, continuer l'échange, clarifier des points et, on l'espère, progresser, hein, parce que c'est

ce qu'on veut d'un débat, c'est qu'il y ait une certaine progression. Donc,

je le remercie pour sa proposition et la formule que l'on utilise aujourd'hui.

Je vais

commencer peut-être la présentation pour essayer de nous donner une vase

factuelle, c'est-à-dire essayer de

voir exactement où est-ce que nous en sommes, aujourd'hui, dans le système

d'éducation. Qu'est-ce qui fonctionne, qu'est-ce

qui fonctionne moins bien? Parce que, si on peut s'entendre sur cette base

factuelle, ensuite, on saura, hein, où est-ce qu'il faut aller dans les

prochaines années pour continuer à l'améliorer encore un peu plus.

Donc, quand on regarde la réussite de nos élèves du

primaire et, en particulier, du secondaire dans les grands tests internationaux, ce qu'on réalise, selon la manière

dont on agrège, bien entendu, les résultats, c'est que, sur 71, 72 entités juridiques qui participent, là, aux grands tests

internationaux comme le PISA, le Québec se situe entre le huitième et le 10e rang. Donc, on est parmi... hein, on est dans

le quintile supérieur du point de vue de notre système d'éducation, du point

de vue de la performance de nos

élèves. Donc, ça, il faut le dire, il faut le répéter. On le sait, nos élèves

sont excellents en mathématiques,

parmi les plus forts, là, de l'OCDE; ils sont assez bons aussi en sciences. On

a encore un peu de travail à faire en

littératie, on le sait bien, mais on se situe à peu près entre le huitième

et le 10e rang sur 71, 72 entités juridiques. Donc, on est vraiment dans

le quintile supérieur.

Alors, où est-ce qu'on peut faire des progrès? On sait — et il y a eu de longues discussions et un

travail acharné là-dessus au Québec

sur les dernières années — on sait qu'il y avait deux fronts qui étaient importants : la

question de la diplomation et du

décrochage scolaire annuel. Ce n'est pas exactement la même chose. Et ce qu'il

est intéressant de voir, c'est qu'année après année, depuis, quoi,

maintenant, là, cinq ou six ans, année après année, on constate — et

encore récemment, les derniers

chiffres — une

amélioration au niveau de la diplomation et on constate une amélioration

notable au niveau du décrochage

scolaire annuel. Ça, c'était le grand défi du Québec. On a encore du travail à

faire — mon

collègue a raison de faire des

comparaisons, là, avec l'Ontario — du point de vue de la diplomation, du point

de vue du décrochage scolaire, on a encore du travail à faire.

Pourquoi

on s'est améliorés là-dessus? Donc, il

y a eu plusieurs fronts qui ont été

ouverts, mais c'est sûr que le Québec a investi dans les 10 dernières années des sommes

considérables, là, en éducation. Le collègue a rappelé les travaux qui ont été présentés, là, ces derniers temps par

le journaliste et économiste Francis Vailles sur les investissements qui ont été faits qui ont été importants dans les 10 dernières

années en éducation. Seulement au niveau primaire, on a ajouté 2 000 enseignants

de plus, alors qu'il y a une diminution, là, d'effectifs, là, quand même, au

niveau primaire. On a ajouté aussi

beaucoup de ressources en soutien à la réussite scolaire, notamment pour les

enfants handicapés, ou qui ont des difficultés d'adaptation, ou des

difficultés d'apprentissage.

Donc, c'est à

peu près là où est le Québec. On est... quintile supérieur. Il y a encore des

grands défis du point de vue du

décrochage, de la réussite, des défis au niveau aussi de la formation

professionnelle, on aura peut-être l'occasion d'en parler aujourd'hui.

Alors, à

partir de là, qu'est-ce que l'on peut faire pour faire mieux, pour continuer à

progresser, se maintenir, mais surtout,

si possible, progresser? On a développé une vision à l'intérieur de mon

ministère, depuis que je suis arrivé, pour modifier de façon, disons, non négligeable les rôles et les responsabilités, là, des composantes du réseau. Alors, je l'ai déjà dit puis je le répète : Il ne s'agit pas

d'une réforme de structures, c'est-à-dire, il ne s'agit pas d'abolir, de créer, etc., il s'agit de maintenir les structures existantes, parfois

de les redéployer différemment, parfois, si nécessaire, de les amincir et, à d'autres endroits, bien sûr,

de leur donner plus de ressources. Mais le coeur de cette réforme, c'est la

redéfinition des rôles et des responsabilités qu'il y a à

l'intérieur de notre grand

réseau : la redéfinition du rôle du ministère de l'Éducation,

50 ans après sa création; le rôle des commissions scolaires ou encore de cette entité, hein, régionale,

comment elle peut être davantage au service de la réussite scolaire,

davantage au service de l'école; et le rôle prépondérant — j'insiste

là-dessus — le

rôle prépondérant que l'école est en mesure et doit jouer dans une conception,

disons, moderne, là, de l'éducation, une conception du XXIe siècle.

Donc, les objectifs

du projet de loi que nous allons déposer dans les prochaines

semaines, ces objectifs-là, c'est de remettre en place la valeur, l'importance du succès des élèves en leur donnant un environnement stimulant. Et l'environnement stimulant ne viendra pas du ministère de l'Éducation, l'environnement stimulant ne viendra pas non plus d'une commission scolaire, il va venir de l'école où va cet enfant jour après jour, de la place,

du rôle que les enseignants peuvent y

jouer, de la place et du rôle aussi que les parents peuvent et doivent y jouer,

donc un environnement stimulant, adapté à

un projet d'école et adapté aux projets que l'enfant voit lui-même dans son

école, des services adaptés et un encadrement de qualité. Et je reviendrai un peu plus tard,

probablement aujourd'hui, sur cet enjeu-là de l'encadrement de qualité.

Il faut

s'assurer, et c'est ce que le projet

de loi voudra faire, s'assurer que

les investissements que nous faisons, qui sont importants — là-dessus, je pense que personne ne peut le nier, hein, même si,

cette année, on l'a reconnu, c'est une

année plus exigeante, hein — que

les investissements importants que nous faisons en éducation

soient dirigés le plus près possible

de l'élève, de l'école. Et donc il y

aura aussi, dans le projet de loi, des éléments, là, pour favoriser, là, ce renforcement, hein, du

rôle de l'école, et de sa place, et des ressources qui sont à sa disposition.

C'est la

raison pour laquelle, quand j'ai rencontré les associations de directions d'établissement il y a maintenant,

quoi, à peu près 10 jours, je crois,

ils ont accueilli extrêmement positivement cette démarche de renforcer la place

de l'école et de s'assurer que les ressources

aillent vers les écoles, et même que les commissions scolaires,

disons-le, rendent des comptes aux

écoles sur la façon dont les ressources iront ou n'iront pas vers les écoles. Donc, de

ce point de vue là, ce n'est

pas un changement structurel, mais c'est une révolution dans nos façons de faire, et c'était attendu depuis longtemps.

Je n'aime pas beaucoup parler de moi, mais, lorsqu'on

m'a présenté, lors de cette allocution, là, devant les associations de directions d'école, on a parlé d'une vision courageuse

et d'un ministre courageux de vouloir changer les choses, hein, un état

de fait qui existe quand même depuis des décennies au Québec.

Donc, nous

aurons deux axes principaux d'intervention dans cette vision nouvelle que nous

avons de l'école et du réseau

scolaire, des parents qui seront plus impliqués à tous les niveaux de la

gouvernance... hein, il y a déjà des comités de parents, il y a des conseils établissement. Et vous savez, Mme la

Présidente, qu'aujourd'hui les parents sont exclus de la gouvernance scolaire au niveau des

commissions scolaires; au mieux, ils peuvent assister à des rencontres, mais

ils ne peuvent pas avoir un pouvoir

décisionnel. Moi, je crois sincèrement, quand je regarde les décisions qui sont

prises parfois par des commissions

scolaires, et je pense que ce ne sera pas mon collègue de la CAQ qui va me

contredire là-dessus, quand je vois

certaines décisions qui sont prises, je pense que les décisions seraient mieux

prises s'il y avait un peu plus de

parents au sein des commissions scolaires et qu'ils aient vraiment un pouvoir décisionnel

d'orienter des décisions, de prendre

des décisions au niveau notamment de l'allocation des ressources. Il me semble

que tout parent va vouloir avant tout...

tout parent qui a des enfants dans une école, concrètement, là, pas un parent

qui a déjà eu des enfants dans l'école aujourd'hui, va vouloir que le

maximum de ressources aille à l'école.

La Présidente (Mme Rotiroti) :

Merci, M. le ministre.

Présidente (Mme Rotiroti) : Alors, nous allons débuter la

période d'échange. M. le député de Lac-Saint-Jean, vous avez la parole

pour un maximum de cinq minutes.

Cloutier : Je vous remercie, Mme la Présidente. Alors, j'aimerais

qu'on aborde la question de l'offre qui est faite présentement au milieu de l'éducation puis que le ministre, là,

nous expose un peu son point de vue sur les offres qui ont été faites

dans tout le secteur et les négociations qui ont cours.

D'abord,

comment qu'il explique, là, que... Ils le savent, là, ça fait 18 mois qu'ils

sont au gouvernement, ils savent que la convention collective, là,

expirait au printemps dernier puis que là, sept mois plus tard, on est devant

de telles impasses.

Comment

explique-t-il qu'on attende, là, que le milieu soit obligé de se mobiliser

partout à travers le Québec, qu'on vive

les manifestations ou les grèves jour après jour, comme on les voit

présentement au Québec? Comment le ministre explique-t-il la stratégie de son gouvernement, qui n'est rien d'autre

que d'épuiser les enseignants, j'ajouterais les parents, qui

indirectement se retrouvent aussi

partie prenante, dans le fond, des

négociations actuelles? Comment le ministre explique-t-il

qu'il a choisi l'approche de la provocation en voulant augmenter le nombre d'élèves

par classe, en mettant fin aux

spécialistes qui accompagnent les élèves en difficulté, en revoyant la

pondération? Comment explique-t-il qu'il a choisi l'approche de la confrontation en proposant un gel des salaires,

donc de s'appauvrir, là, pendant les cinq prochaines années, alors qu'on se serait attendu de sa part à

ce qu'on valorise leur rôle, à ce

qu'on fasse de l'éducation une priorité? Comment, dans ses propositions actuelles, là... J'aimerais ça qu'il m'explique,

là, en quoi ça va donner le goût à nos jeunes de choisir le

métier de professeur ou de joindre les rangs de l'éducation d'une manière plus

générale avec les offres qu'on fait,

actuelles. En quoi on revalorise la profession, alors que, comme on le sait, en

Finlande, hein, ceux et celles qui choisissent

le métier sont triés sur le volet, on encourage, c'est valorisé? Quelles sont

les mesures précises qui vont régler le

problème qu'un professeur sur quatre ou un enseignant sur quatre n'arrive pas à

passer à travers ses cinq premières années dans le réseau d'enseignants... de l'éducation au Québec? On est

extrêmement inquiets, M. le Président, des propositions actuelles, qui ne sont rien d'autre que du

nivellement vers le bas, qui ne sont rien d'autre qu'une volonté de vouloir

réduire l'attraction, dans le fond, de la profession, alors qu'on sait

que tout le réseau est à bout de souffle.

Mais l'autre

chose, M. le Président, qui ressort clairement des études de spécialistes,

c'est que des maîtres, des enseignants

motivés ont un impact direct sur la réussite de nos jeunes. Dans les indices de

réussite, on note qu'avoir un enseignant

de qualité, qui est motivé, qui aime son travail, ça a une répercussion

importante sur la réussite de nos jeunes. Puis je me questionne sérieusement en quoi les offres du gouvernement,

actuelles, là, viennent changer, viennent encourager, donner une tape

dans le dos au milieu de l'éducation, alors qu'ils en ont grandement besoin.

Alors, partout à travers

le Québec, là, moi, j'ai commencé la semaine au Saguenay—Lac-Saint-Jean, puis le Saguenay—Lac-Saint-Jean était en grève. Après ça, c'était

Québec, après ça, c'était la Mauricie, puis l'Estrie, l'Outaouais, puis la grande région de Montréal. La commission

scolaire de Montréal aussi était en grève, même si je sais que le ministre

boycotte la commission scolaire de Montréal, ils étaient quand même en grève.

J'imagine qu'il les a vus à la télé.

Mais ce que

je veux qu'il nous dise aujourd'hui, c'est : En quoi, là, il pense que les

propositions actuelles vont faire en

sorte qu'on donne le goût à nos enseignants de poursuivre, en quoi pour eux,

là, c'est gratifiant, puis en quoi ça vient régler les problèmes, tous les

problèmes qu'on connaît? Alors, je suis curieux d'entendre le ministre

là-dessus, Mme la Présidente.

La Présidente (Mme Rotiroti) :

Merci, M. le député de Lac-Saint-Jean. M. le ministre, vous disposez de cinq

minutes pour répondre.

M. Blais : Oui. Merci beaucoup, Mme

la Présidente. Bon, bien sûr, je ne veux pas aller dans les détails d'une négociation qui est en cours en ce moment, ça

serait manquer de respect, là, pour à la fois les deux côtés de la table de

cette négociation-là, à la fois des

discussions formelles que l'on peut avoir, mais parfois des discussions

informelles qui peuvent être assez

importantes, mais pour lesquelles je suis tenu au secret, là, pour la bonne

marche de la négociation.

Rappeler deux

principes fondamentaux dans ce qui est en train de se produire : il y a

deux légitimités autour de cette

table, hein, de négociation. Il y a bien sûr des représentants syndicaux qui

ont l'obligation légale, hein, de faire le mieux pour les personnes qu'ils représentent et d'aller chercher les

meilleures conditions possible, et bien sûr il faut respecter cette position-là, et il y a des représentants

d'un gouvernement qui représentent l'ensemble de la population et qui doivent

veiller, bien sûr, à ce qu'on puisse avoir

aussi de bonnes conditions pour nos employés, mais respecter aussi la capacité

de payer des contribuables de cette population-là.

Donc, dans cet affrontement, il faut voir aussi deux légitimités, il ne

faut pas voir nécessairement... il ne faut pas que nécessairement l'un gagne

sur l'autre, il y a une rencontre qui doit se réaliser à partir d'objectifs

différents, et on espère, je l'ai mentionné souvent, on espère en arriver à une

entente.

Le signal qui

me semble positif aujourd'hui, c'est que, malgré le bruit, les regrettables

grèves, je l'ai mentionné souvent,

les grèves regrettables pour les parents et les enfants, les discussions

continuent, hein? On est autour de la table et on sait, compte tenu de la complexité, parfois, de ces négociations-là,

que ça ne peut se résoudre, finalement, là, qu'à la table de

négociation.

Un autre

élément qui est important pour comprendre le processus : les demandes patronales, appelons-les comme ça, elles ne sont pas issues de la volonté d'une

seule personne, d'éclat, là, du point

de vue ponctuel, là, d'une obsession

ou quoi que ce soit. Les demandes

patronales, elles ont été recueillies de gestionnaires partout dans le réseau québécois : de directeurs d'établissement

parfois, de directeurs généraux qui ont à travailler jour après jour avec les

enseignants, notamment, mais l'ensemble du personnel du réseau scolaire,

qui ont à travailler jour après pour et qui voient parfois des possibilités

d'améliorer des choses sans du tout attaquer, disons, directement les

conditions de travail, mais faire en sorte que les choses se déroulent mieux et

qu'on puisse faire des économies pour le réseau et pour les enfants. On l'a mentionné souvent, tous les efforts que l'on peut

faire pour améliorer le fonctionnement de nos conventions collectives, ces efforts-là, on veut les redonner, là, au

réseau, on veut qu'ils restent, en termes de réinvestissement, là, en

éducation.

Je veux aussi

préciser que je pense qu'on a fait un bout de chemin du point de vue public.

Vous vous rappelez, Mme la

Présidente, peut-être, si vous avez suivi ce débat-là, qu'on disait : On

veut faire travailler maintenant les enseignants 40 heures semaine, ils sont rémunérés 32 heures semaine. Tout le

monde a reconnu maintenant qu'ils sont rémunérés sur une base de 40 heures semaine, que nous ne voulons

pas augmenter la durée de travail des enseignants. On veut sécuriser, et

c'est vraiment le mot clé, on veut sécuriser la période à l'intérieur, bien

sûr, de leur travail qui se fait à l'école.

Parce que,

bien sûr, les enseignants bénéficient de temps, à l'extérieur de l'école,

rémunéré, on veut s'assurer que la

partie, aujourd'hui, hein, qui est assignée à l'école demeure constante, parce

qu'on a besoin d'eux. Les professionnels qui travaillent avec eux, en appui à leurs études scolaires, ont aussi

besoin d'eux, et les parents qui veulent les rencontrer aussi ont besoin

de pouvoir les rencontrer. Ça, c'est un élément des plus importants.

On a

mentionné aussi qu'on ne veut pas diminuer ou mettre fin aux classes

spécialisées. C'est un non-sens. Il ne faut

pas savoir ce qui se passe dans les écoles pour penser qu'on puisse se passer

des classes spécialisées. Mais il y a un enjeu de savoir quel est le rôle hein, de, hein, le rapport intégration

classe spécialisée et classe régulière. Et, bien entendu, il n'est pas

question pour nous de cesser de comptabiliser les élèves en difficulté, quand

on regarde, hein, les progrès importants qui

ont été faits. Ça a circulé pendant un certain temps. Heureusement... moi, en

tout cas, quand je parle aux enseignants

aujourd'hui, hein, j'ai encore l'occasion de corriger le tir, mais, je pense,

pour l'essentiel, là, on n'est plus autour... on n'est pas en périphérie

des discussions, on est vraiment au coeur des discussions, comment il est

possible aujourd'hui de réallouer les

ressources dans un contexte budgétaire que l'on connaît, plus difficile, au

bénéfice même, hein, de l'éducation et du réseau.

Présidente (Mme Rotiroti) : Merci, M. le ministre. Alors, M. le

député de Papineau, je vous cède la parole pour une période de cinq

minutes.

Iracà : Alors, Merci, Mme la

Présidente. C'est à mon tour de saluer mes collègues d'en face, mes collègues

du gouvernement et de souhaiter encore bonne fête à l'attachée politique du

ministre, qui m'a dit qu'elle a franchi la trentaine. Alors, c'est un grand

jour aujourd'hui.

Écoutez,

juste un petit mot, Mme la Présidente, pour vous dire que le député du

Lac-Saint-Jean qui, sur sa propre motion, sa propre convocation sur

l'interpellation, arrive 10 minutes en retard. Je ne veux pas lui en tenir

rigueur, Mme la

Présidente, mais ça démontre... ça peut démontrer aussi la réelle motivation,

ça peut démontrer aussi qu'il répond à

une commande de son parti pour meubler du temps. Et ça, je peux comprendre ça.

C'est un bon soldat, Mme la Présidente, le député...

La Présidente (Mme Rotiroti) :

...de Papineau, je vous demande de ne pas imputer des motifs, là.

M. Iracà : Ça va. Mais je tenais

quand même à le souligner.

La Présidente (Mme Rotiroti) :

Merci.

Iracà : Ça va, je comprends,

Mme la Présidente. Alors, malgré ça, je suis quand même extrêmement heureux

que le député du Lac-Saint-Jean dépose une motion. Et ça nous permet de parler

d'éducation.

Vous savez,

Mme la Présidente, quand on parle d'éducation, moi, je suis toujours au

rendez-vous. Quelque chose d'important,

c'est une priorité pour notre gouvernement, l'éducation. Puis, comme député, je

sais que ma responsabilité puis celle

de mes collègues également, c'est de donner tous les outils aux jeunes

Québécois pour qu'ils s'instruisent et puissent

relever les défis du marché du travail dans les prochaines décennies. En tant

que père de famille, c'est aussi une de mes préoccupations constantes

que mes enfants aient accès aux meilleurs services possible d'éducation.

Quand nous

avons été élus et que les Québécois ont décidé de nous faire confiance, on

savait que ça n'allait pas être

facile. On avait des objectifs quand même

assez élevés à atteindre et on a pris des engagements sérieux pour l'avenir

du Québec. Le gouvernement précédent, on le sait tous, n'avait pas géré les finances publiques de manière convenable. Dès

nos premiers mois au pouvoir, on a compris que les péquistes nous avaient mis

dans une situation difficile : les déficits, l'économie

à plat, le manque de confiance des consommateurs et des investisseurs. On s'en souvient, les péquistes

aimaient mieux parler du code

vestimentaire, hein, si on se reporte à l'époque, des fonctionnaires, de la

religion. On se souvient tous du

ruban à mesurer. On mesurait la croix du fonctionnaire dans le cou. On se

souvient aussi de leur vision en éducation avec des chaires de recherche et plusieurs millions d'investissements

sur des chaires de recherche sur l'identité du Québec pour mousser

l'option séparatiste. On se souvient tous de ça. Et le maintien des structures,

des infrastructures lourdes que le

gouvernement de l'époque avait pris comme décision. Donc, dépenser des fonds

publics à ce moment-là pour essayer de tenter de convaincre le monde de

devenir séparatiste, c'était bien correct pour eux. Essayer d'avoir une

approche stratégique qui allait aider les

jeunes à apprendre à se trouver de bons emplois, ça, malheureusement, Mme la

Présidente, ça passait après. Et malheureusement il n'a suffi que de 18 mois du

mandat du Parti québécois pour que la situation du Québec dépérisse,

entre autres dans le système d'éducation.

Alors, Mme la

Présidente, je ne suis pas certain de tout, mais je suis certain qu'après 18

mois les Québécois, et ils l'ont

démontré, n'avaient plus confiance au gouvernement qui était à l'époque en

poste, avec les gestes et les investissements qui avaient été octroyés sur l'identité entre autres québécoise, mais

très, très peu en éducation. Parce qu'on se souvient qu'il y avait eu des coupes lors de leur passage

au gouvernement dans les années précédentes, et ça a été une période assez

malheureuse. Et là ce qu'on essaie de faire

aujourd'hui, les deux seuls ministères qui n'ont pas été touchés, où on tient

à ce

que ça fonctionne bien et où il y a eu de l'investissement, c'est en santé et

en éducation. Donc, nous, on veut continuer dans ce sens-là tout en atteignant l'équilibre budgétaire. On pense

qu'on est capables de faire les deux en même temps et on le fera. Et je pense que la confiance des

Québécois a été mise là-dessus, sur le fait qu'on équilibre le budget et qu'on

investisse également en éducation. Merci, Mme la Présidente.

Présidente (Mme Rotiroti) : Merci, M. le député de Papineau.

Alors, on retourne à l'opposition officielle. Je cède la parole au

député de Lac-Saint-Jean pour cinq minutes.

Cloutier : Je vous remercie, Mme la Présidente. J'avais l'impression

que c'était plutôt mon collègue de la Coalition avenir Québec qui devait

prendre la parole.

Je vais donc

poursuivre sur les impacts des coupures pour les parents et tous ces parents

qui nous ont sollicités dans les dernières semaines et qui nous ont

exprimé pour nous démontrer tous les effets des coupures.

Mme la

Présidente, il y a eu un geste qui n'est quand même pas banal qui a été fait

récemment dans une lettre ouverte,

là, qui a été publiée à la fois par des parents, des directeurs d'écoles, il y

a les associations, des représentants du personnel de soutien, il y a des professionnels. Dans un geste assez

inhabituel où il y a une belle unité pour l'ensemble du milieu, à la fois le côté patronal, je dirais,

et le côté syndical, mais avec les parents et les directions d'établissements,

une lettre qui a été publiée, là, le 28 septembre dernier et qui s'appelle Unis

pour l'éducation publique , qui demande carrément,

là, au ministre de l'Éducation de faire son travail, et de dénoncer, et de

mettre fin aux compressions sur les élèves,

et qui dénonce dans le fond les politiques et la vision à courte vue du

gouvernement. Je me suis dit que le ministre de l'Éducation n'était

sûrement pas resté aussi... ne pouvait pas rester insensible.

Je me

questionne aussi sur ce que ça doit être d'être le ministre de l'Éducation

lorsqu'on s'est mis à dos à peu près

tout le réseau, hein? Ça ne doit pas être simple après de pouvoir opérer ou de

donner des nouvelles orientations. Alors, je suis curieux de savoir qu'est-ce qu'il va répondre, là, à ce

regroupement qui demande au ministre de cesser ses coupures.

Je veux aussi lui lire quelques témoignages, M.

le Président. Parce qu'au-delà du discours politique, comme opposition, notre responsabilité, c'est d'être un

peu le porte-parole du milieu et d'être le représentant de tous ces gens qui

nous écrivent puis qui nous donnent des cas bien spécifiques, là. Je veux juste

lui lire quelques cas.

Par exemple,

Chantale Blackburn, qui est professeure au préscolaire : «J'ai une classe

de 20 en maternelle, un enfant dysphasique,

quatre avec des troubles du déficit de l'attention, et on me demande

d'enseigner, et ça, sans soutien. Deux éducatrices spécialisées ne sont plus au

rendez-vous cette année. Je suis, M. le ministre, à bout du rouleau.» Ça,

c'est Chantale Blackburn, professeure préscolaire.

Nicole Amyot, éducatrice spécialisée : «Je

suis de plus en plus démotivée par mon travail. J'ai six classes à m'occuper avec beaucoup d'élèves en difficulté

dans chaque classe, et ma direction m'a demandé de rajouter un autre groupe, et j'ai refusé, car il y a des limites.

Déjà, j'ai de la difficulté à offrir l'aide de façon adéquate aux élèves dans

les six groupes. Ça suffit, les coupures.»

Marie-Claire

Hermine, qui est une maman : «Étant moi-même maman de deux enfants, dont

l'un est atteint du syndrome du x

fragile qui cause l'autisme, je peux vous dire qu'on commence à ressentir des

coupures. Les services de première

ligne sont quasi inexistants, le nombre d'enfants avec des difficultés sévères

sont exclus du système scolaire.»

Amélie, éducatrice spécialisée : «Je suis

éducatrice spécialisée pour la commission scolaire Marguerite-Bourgeoys et la

DPJ. Présentement, je suis sur des listes de rappel. Je suis sans travail à

cause des coupures alors que j'occupais un emploi.»

Sarah

Bolduc, qui est une mère : «J'ai un petit garçon de quatre ans qui souffre

de dysphasie et, cette semaine, on

m'a annoncé que les services auxquels on avait droit jusqu'en fin de première

année avaient été coupés.» Parce qu'il faut

comprendre que, dans plusieurs commissions scolaires, il n'y a qu'un seul

orthophoniste. D'ailleurs, à la commission scolaire de Lac-Saint-Jean où

il y a 6 000 élèves, est-ce que le ministre a une idée du nombre

d'orthophonistes qu'il peut y avoir, Mme la

Présidente, pour 6 000 élèves? Il n'y a qu'une seule orthophoniste

pour 6 000 élèves. Et le pire, c'est que je l'ai croisée par hasard à l'école Saint-Sacrement en début de

semaine, puis elle était, elle aussi, sur les lignes de piquetage, parce que j'ai-tu besoin de vous

expliquer, Mme la Présidente, que, pour 6 000 élèves, j'ai-tu besoin

de dire qu'elle n'y arrive pas? Un

plan d'intervention pour un élève qui a un trouble du langage, là, c'est au

moins une fois par semaine. Ça fait

que, combien d'élèves qui ont des troubles du langage, vous pensez, à la

commission scolaire de Lac-Saint-Jean?

C'est juste

un exemple parmi tant d'autres qui est extrêmement malheureux, mais c'est juste

pour vous illustrer à quel point la situation est problématique.

Ça fait que,

M. le Président, je ne sais pas par quel bout le prendre parce que... Mme la

Présidente, pardon, parce qu'à la fois les têtes de réseau écrivent au

ministre, mais il y a aussi les gens, les parents, ceux et celles qui vivent la

problématique, qui ont écrit au ministre,

puis là ce qu'on voit apparaître aussi, c'est des élèves, hein, qui ont pris...

On a vu ça, dans les journaux,

apparaître, là, des élèves qui écrivent par eux-mêmes au ministre de

l'Éducation pour leur expliquer leurs cas à eux.

Alors, bref,

qu'est-ce que le ministre de l'Éducation leur répond, à tous ces parents, ces

témoignages qu'on reçoit jour après

jour de parents qui sont juste à bout de souffle puis qui ne savent plus trop

comment interpeller le ministre de l'Éducation?

Présidente (Mme Rotiroti) : Merci, M. le député de

Lac-Saint-Jean. M. le ministre, vous avez cinq minutes.

Blais : Merci bien. Mme la Présidente, je vais y aller peut-être avec

deux groupes de remarques, des remarques un peu plus quantitatives, parce qu'il a été question d'argent, là, et

des remarques aussi plus qualitatives, parce qu'il faut aussi parler de l'organisation des services,

comment ils sont déployés de façon extrêmement différenciée, là, à l'intérieur

du réseau.

D'abord, les compressions, cette année, il faut

faire attention. D'abord, il y a une augmentation du budget en éducation qui est modeste, hein, on le sait bien,

c'est... qui est assez modeste, mais il n'y a pas de diminution nette, il y a

une augmentation, là, du budget. Les seuls

moments, là, où il y a eu diminution nette des budgets en éducation, c'est sur

trois années, là. Mme White, qui

m'accompagne aujourd'hui, avait, autour de 11 ans, 12 ans, si mes

calculs sont bons, là, c'est en 1996‑1997,

il y avait eu une diminution, sous le Parti québécois, de 3,9 %, en 1997‑1998,

5,8 % et 1998‑1999, 0,4 %.

Moi, j'étais

dans le réseau, mais dans le réseau universitaire, à ce moment-là, j'étais

professeur en début de carrière, je me souviens très bien de ces

années-là parce qu'il y avait eu peu d'embauches, il y avait eu un

ralentissement, notamment, des embauches du

personnel et des professeurs. Je me souviens d'avoir vu mon département, là, le

nombre de professeurs diminué.

Heureusement, il y a eu réinvestissement, mais bien sûr le nombre de

professeurs a augmenté considérablement par la suite.

L'effort

budgétaire qu'on a demandé aux commissions scolaires, c'est l'équivalent d'à

peu près 1 % cette année. Il

faut se rappeler que les commissions scolaires, quand même, et parce qu'il y a

eu pas mal d'argent, disons, en éducation, je pense que M. Vailles l'a

bien démontré, là, il y avait eu pas mal d'argent, les commissions scolaires

avaient réussi à thésauriser, là, donc à

mettre de côté, plus de 800 millions de dollars en soldes positifs. Je ne

dis pas que ces soldes sont facilement

utilisables, parce qu'ils font partie, là, du périmètre budgétaire. Mais c'est

dire que l'effort budgétaire qu'on leur

demande, qui est bien réel, il y a moyen de le faire, il me semble, compte tenu

qu'il y a eu d'excellentes années où ils ont été particulièrement bien

financés.

préoccupation, maintenant, si je regarde du point de vue davantage qualitatif,

c'est... il faut se rendre compte que

les ressources dans les commissions scolaires, notamment les ressources...

quand on dit «les services», il n'y a pas une définition, disons, absolue et provinciale des niveaux de services

ou de types de services que les commissions scolaires doivent rendre aux élèves aujourd'hui. Ce serait

défendre une conception assez centralisée... assez centralisatrice, hein,

d'aller dans cette direction. On aura

peut-être des débats dans les prochaines semaines sur cette conception

centralisatrice, là, de l'offre de services.

Les commissions scolaires déploient les

services, notamment en soutien aux élèves, c'est-à-dire le type de profession que l'on va retenir, hein? De façon

extrêmement différenciée. Comment se fait-il que, dans une commission scolaire, on choisit

d'avoir plus de psychoéducateurs et moins d'orthophonistes? Comment se fait-il

que, dans d'autres, on y va plutôt

vers du personnel de soutien direct aux enseignants? C'est des choix qui ont

été faits par les commissions scolaires,

et on espère que ces choix-là répondent aux besoins réels, pas aux besoins tels

que vus, là, par les gens de Québec ou du ministère de l'Éducation

uniquement, mais vus par les écoles et pour répondre aux besoins.

Donc,

on a la... le... pardon, le ministère, sous l'ancien gouvernement, avait

demandé une étude, hein, d'un économiste

sur ce déploiement différentié des ressources professionnelles en soutien aux

écoles. Et l'étude essayait de montrer

jusqu'à quel point ce déploiement parfois peut être efficace, l'efficacité ici,

il ne faut pas entendre uniquement au

sens administratif du terme, mais vers... amener la réussite scolaire, hein,

c'est-à-dire, quand on prend une commission scolaire, on regarde le type de ressources qu'elle a à sa disposition,

la façon dont elle déploie ces ressources-là, on se rend compte que les commissions scolaires réussissent...

certaines réussissent beaucoup mieux que d'autres à atteindre un seuil

de réussite scolaire intéressant pour leurs élèves.

Cette recherche-là,

je pense que c'est une des recherches les plus intéressantes qu'on a eues sous

les yeux ces dernières années. Elle indique,

elle nous rappelle cette différenciation-là, mais elles indiquent que des choix

peuvent être faits, non pas pour

économiser, mais les choix peuvent être faits pour accélérer et augmenter la

réussite scolaire avec le même niveau

de ressources, là, que l'on a aujourd'hui. Et on peut faire des comparaisons

entre les commissions scolaires sur

celles qui réussissent le mieux avec des ressources dont elles disposent et

celles qui ont plus de difficultés, là, jusqu'ici.

La Présidente (Mme

Rotiroti) : Merci beaucoup, M. le ministre. Alors, on continue

sur ce côté ministériel. Alors, M. le député d'Ungava, la parole est à vous

pour cinq minutes.

M. Boucher :

Bon matin, Mme la Présidente.

La Présidente (Mme

Rotiroti) : Bonjour.

Boucher : Bon matin à tous! Encore, joyeux anniversaire à Mme White!

Donc, vous ne pensiez pas être fêtée comme

ça ce matin, mais vous le méritez bien, et puis il ne faut pas douter de la

parole des confrères, mais, quand on m'a dit qu'elle tournait le cap de la trentaine, je vous regarde, puis j'ai

de la difficulté à croire ça, mais on ne mettra pas en doute la parole

des collègues. Donc, je vais m'en tenir à ça.

Depuis

ce matin, on entend, bon, du côté du collègue de l'opposition officielle, un

scénario catastrophe. On sait que,

bon, c'est la fin de semaine de l'Halloween, les histoires d'horreur vont être

en vogue pour les prochaines 24 à 48 heures. Écoutez, dire qu'il n'y a pas présentement aucune compression, qu'il n'y

a pas de moment plus difficile à passer dans le réseau scolaire, ça serait mentir, mais, en même temps, décrire ça

comme un scénario apocalyptique où une génération sera sacrifiée, et puis sans avenir, et incapable

de compétitionner les jeunes étant éduqués dans des pays étrangers, je pense

que c'est peut-être pousser un petit peu, si vous me permettez.

vais vous parler, bon, du programme des infrastructures scolaires, un exemple.

On parle, bon, ce qu'on appelle le

PQI dans le jargon, pour ceux qui nous écoutent, le programme québécois

d'investissement. Donc, le gouvernement du Québec prévoit, sur un certain nombre d'années, où il va investir de

l'argent, comment, puis les... disons qu'on n'arrive pas six mois d'avance, puis dire : Bien,

écoutez, on met 20 millions ici, puis 50 millions là, tout ça est

planifié. Le PQI, pour la période 2015‑2025, prévoit des investissements

pour les prochains 10 ans de 88,4 milliards de dollars. Je vais répéter : 88,4 milliards. C'est

beaucoup, beaucoup, beaucoup de sous pour des projets qui sont soit à l'étude,

en planification ou même en cours de réalisation.

on prend l'enseignement supérieur, la recherche, par exemple, côté

universitaire, il y a des investissements qui sont prévus, pour 2015 à 2025, de 6,5 milliards de dollars, encore

une fois. Si on prend, bon, du côté primaire et secondaire, c'est plus de 8,8 milliards de dollars qui

vont être investis dans le parc immobilier scolaire d'ici 2025, puis tout ça

sans dévier de l'objectif d'atteindre

le déficit zéro au cours de l'année en cours. Donc, tout ça, je pense, ça fait

preuve d'une excellente gestion, d'une gestion pragmatique et réaliste.

on prend uniquement pour l'année 2015‑2016, là, présentement, on est supposés

être dans un épisode de massacre à la

scie, si on entend notre ami député du Lac-Saint-Jean, on parle de

1,4 milliard de dollars qui va être investi dans le réseau

primaire, et secondaire, et préscolaire de nos écoles au Québec. Donc, je vous

le dis encore une fois, Mme la Présidente, que, si on veut parler de chiffres

ce matin, c'est beau. Bon, M. le député du Lac-Saint-Jean aimerait bien transporter la table de négociation ici ce matin

puis qu'on fasse les offres puis qu'on règle tout ça d'ici midi. Je ne pense

pas que ça va être possible puis je ne pense pas que ce soit la place on plus.

Je vais vous parler

d'un exemple concret, Mme la Présidente, où l'école Tarsakallak — je

m'excuse de la prononciation en cas où je me

serais trompé — qui est

située à Aupaluk. C'est une école qui a été complètement détruite par le feu le 15 mars 2014. Aupaluk,

pour ceux qui ne savent pas, c'est un petit village situé au Nunavik, c'est le

plus petit village de l'Ungava, où on compte environ 150 à 175 habitants.

Il y a une école, on peut avoir l'instruction là à partir du préscolaire jusqu'au secondaire V. Et puis

l'école a été complètement détruite par le feu. C'est sûr que c'est un drame

comme ça serait un drame si une école

brûlait ici, à Québec, ou à Montréal, mais c'est un double drame parce qu'à

Aupaluk on ne peut pas dire :

Bien, écoutez, on va aller dans tel autre bâtiment désaffecté ou on va aller

dans telle usine qu'on va transformer

en école temporairement, il n'y en a pas d'autre, bâtiment, il n'y a rien. Par

chance, la municipalité venait de construire

un nouvel hôtel de ville et puis ils ont pu s'installer là temporairement dans

des conditions misérables. Puis le gouvernement

a investi 12 millions de dollars pour reconstruire une nouvelle école qui

devrait faire son ouverture pour l'an 2016

Donc,

je veux féliciter les professeurs qui ont subi des conditions difficiles et les

enfants qui ont survécu à ces conditions-là.

Et puis tout ça, bien, va se corriger. Puis ça démontre le souci de notre

gouvernement pour avoir une éducation de qualité. Merci, Mme la Présidente.

Présidente (Mme Rotiroti) : Merci, M. le député d'Ungava. On va

passer au deuxième groupe de l'opposition. Alors, M. le député de

Chambly, vous avez cinq minutes.

Roberge : Merci, Mme la présidence. Le sujet de l'interpellation

aujourd'hui, la perte de confiance des acteurs du milieu de l'éducation envers le ministre, est très pertinent. Il se

manifeste de plusieurs façons. Je circule dans tout le milieu scolaire et je suis à même de constater que

des parents, mais aussi des directions d'école, des professionnels de l'éducation, des professeurs le voient. Je vais

commencer avec une citation d'un cas très concret. Je le sais, des fois, ça

met le ministre mal à l'aise, il aime mieux

parler, là, de grandes tendances sociodémographiques sur des décennies, mais

concrètement, ici, 2015‑2016, il se passe des choses. Attardons-nous-y.

Donc,

je cite une dame qui dit : «Ce qui fait le plus mal à notre école, ce sont

les coupures en éducation spécialisée puisque

c'est de l'aide directe sur le terrain.» Ce n'est pas n'importe qui qui a dit

ça, c'est une direction d'école qui oeuvre ici, au Québec, sur le

territoire du ministère, donc, normalement, hein, sous la gouverne du ministre

de l'Éducation. C'est Mme Robin,

directrice de l'école Saint-Jean-Baptiste à Roxton Falls. Pourquoi? Parce que

c'est une école où il y a 237 élèves;

Il y en avait 237 l'année passée, il y en a encore 237 cette année. L'année

passée, l'indice de défavorisation de

cette école était au maximum, 10 sur 10 — puis on ne gagne pas, à 10 sur 10, là, on

perd — bien,

cette année, encore 10 sur 10. Donc,

même indice de défavorisation, même nombre d'élèves. Mais que s'est-il passé de

l'an passé à cette année? Des coupures de services directs aux élèves

les plus vulnérables.

En orthopédagogie,

les élèves de cette école ont perdu un jour. Donc, une journée de moins dans

cette école à chaque semaine de service d'orthopédagogie, des gens, hein, des

professionnels qui viennent aider les élèves les plus vulnérables. En psychoéducation, on a coupé un jour et demi de service

direct aux élèves de psychoéducation dans cette école indice de défavorisation

10. Et on a coupé de 50 % le

temps de travail de la technicienne en éducation spécialisée. L'an passé, il y avait 26 heures de service;

cette année, 13 heures. Même nombre d'élèves, même indice de défavorisation

au maximum. Ce qui fait dire à cette

direction d'école : Ce qui fait le plus mal, c'est les coupures dans

l'éducation spécialisée. C'est de

l'aide directe sur le terrain. Alors là, on n'est pas dans le théorique, on

n'est pas dans les tests internationaux, on est dans ce qui se passe concrètement dans des écoles. Ça, c'est de la

souffrance, ça, c'est des échecs que vont vivre des élèves. Et c'est des

drames familiaux qui se passent ici, chez nous.

Alors,

j'invite le ministre à faire une petite exception puis aller visiter une école.

Et tiens! Je vais vous en suggérer une,

celle qui est au 6, rue de l'Église, Roxton Falls, l'école Saint-Jean-Baptiste.

Peut-être pourrait-il voir concrètement les conséquences de ses

décisions.

Autre

sujet que je veux aborder, ce sont les parents. Parce que les parents ne sont

pas en négociation en ce moment, ils

sont en constat. Ils voient les conséquences directes des coupures du

gouvernement libéral dans leurs écoles puis ils voient leur enfant pâtir de ces coupures-là, ce qui fait qu'ils se sont

organisés et qu'ils ont créé le mouvement Je protège mon école publique. Bien, c'est un symptôme extrêmement

parlant que de voir des parents s'organiser comme ça pour défendre leur école puis physiquement de se mettre

devant l'école pour les défendre contre le gouvernement libéral qui essaie de couper à chaque jour. Il faut le faire!

Donc, je veux saluer la détermination de ces parents-là. Je veux remercier

les organisateurs pour ce qu'ils font. Lundi

prochain, 2 novembre, il y aura encore un rassemblement comme ça. J'y

serai pour appuyer ces parents-là puis surtout, surtout pour appuyer ces

écoles.

finalement je lance une question au ministre, parce que je l'ai interpelé il

n'y a pas très longtemps et je n'ai pas

eu de réponse, je la repose : Est-ce que le gouvernement va changer son

approche par rapport aux modifications au régime de retraite? Parce que

les modifications vont appauvrir les profs. C'est une chose, je le déplore.

Mais, comme défenseur des élèves, au moins

le ministre devrait se lever et s'assurer que ces modifications-là n'arrivent

pas en plein milieu de l'année scolaire. En ce moment, le gouvernement

vise à modifier le régime de retraite pour le rendre moins intéressant et il veut rendre ça effectif le 1er

janvier 2017, ce qui risque de pousser à la retraite des milliers de profs en

plein milieu de l'année scolaire. C'est

totalement irresponsable. Je demande au ministre s'il a changé de position dans

ce dossier bien précis.

Présidente (Mme Rotiroti) : Merci, M. le député de Chambly. M.

le ministre, vous disposez de cinq minutes.

Blais : Merci beaucoup pour les questions. Je ne pourrai pas revenir,

malheureusement, sur une des questions, la dernière, là, sur les négociations en cours, notamment, là, sur le

régime de retraite. C'est assez complexe. C'est un enjeu extrêmement

important pour tout le monde, parce que, dans le fond, ce que l'on veut, là,

c'est de s'assurer qu'il y ait de l'argent,

hein, dans 20 ans, qu'il y ait de l'argent pour les jeunes enseignants,

comme il y en a aujourd'hui... par les plus

vieux. Alors, je vais laisser ça à la table. Mais je suis certain que les gens

qui sont autour de la table ont la préoccupation de s'assurer de la continuité de services. Mais je n'irai pas plus loin

sur cet élément-là, parce que c'est un enjeu important, sensible aussi.

Peut-être

l'informer que — il

n'aurait pas de raison de le savoir — que ça s'adonne que mes deux plus jeunes

filles sont allées dans une des écoles

publiques les plus défavorisées de la région de Québec. Alors, je connais assez

bien ce type d'école là, je connais

assez bien le type de ressources que l'on déploie, là, pour venir en aide et en

appui, là, à la réussite aux enfants qui vont dans ces écoles.

Deux choses

sur la question des budgets ou des coupures. Je veux rappeler que le budget,

là, pour la clientèle, là, enfant handicapé, difficulté d'apprentissage

ou d'adaptation, c'est un budget qui a été maintenu entièrement cette année, malgré l'année, là, qu'il fallait passer. Et c'est un

budget qui a augmenté de façon importante, là. Et ça a été souligné notamment

dans les articles de Francis Vailles.

Cependant, j'entends, donc je ne suis pas insensible aux

parents, aux préoccupations des parents, à l'appel pour encore plus de services, et je me dis, depuis un

certain temps : Comment se fait-il que, lorsque les commissions scolaires prennent des décisions, elles prennent des

décisions parfois où je ne peux pas suivre nécessairement, là, que des

parents seraient allés, qui ont des

enfants dans cette école, seraient allés dans la même direction? Il me semble que c'est important, hein,

pour que les parents soient entendus... Les ressources seront toujours

limitées — le

jeune Karl Marx disait «L'homme est

un être de besoins» — donc, les ressources seront toujours

limitées, c'est pour ça qu'il y a l'importance de l'efficacité, c'est pour ça qu'il y a l'importance de la justice

sociale, mais assurons-nous donc, hein, que les ressources aillent au bon

endroit et que notamment les parents soient

davantage entendus dans l'allocation et dans les décisions des ressources.

J'irais plus

loin, je vais faire un pas de plus : Comment se fait-il aujourd'hui que

ceux qui sont les plus touchés dans

leur travail au jour le jour, qui sont impliqués dans la réussite scolaire ne

soient pas plus présents dans la gouvernance scolaire et dans les

meilleures décisions à prendre pour le succès des enfants?

Alors, c'est

ma façon et c'est la façon de notre gouvernement, c'est notre vision des choses

que, dans un monde où les ressources

seront toujours limitées, où ça exigera bien sûr toujours de l'efficacité et de

la solidarité, assurons-nous que

l'argent aille au bon endroit et que les personnes, hein, qui sont les plus

préoccupées par la réussite scolaire, hein, au jour le jour, des enseignants, des directeurs d'établissement et des

parents puissent être au coeur de la décision et prendre les meilleurs

choix.

Donc, ce que

je reproche aux commissions scolaires aujourd'hui, dans les choix qu'elles

font, hein... Je comprends qu'elles

ont des choix à faire et je comprends qu'il y a beaucoup moins d'argent. Quand

tu avais 4 %, 5 %, 6 % d'augmentation des budgets, les

choix se faisaient puis tout le monde finalement disait : Écoutez, là, on

répond de plus en plus à une demande. Dans

une période comme aujourd'hui, hein, où il y a un ralentissement, hein, où on

n'est pas dans une période d'augmentation,

disons, négative, mais il y a un ralentissement, il me semble que c'est là que

le test de solidarité est le plus

important. Et, pour réussir ce test de solidarité, il me semble qu'on a tout

intérêt à ce que les personnes qui vont être touchées, hein, en premier lieu, hein, par les décisions, par les

allocations de nos ressources, hein, ces personnes-là soient, disons, au coeur de la décision, bien sûr, les

parents. Et à ce moment-là les parents verront les choix que l'on peut faire,

pourront prendre les meilleures décisions,

dans un contexte, je le rappelle, de rareté relative, parce que le monde dans

lequel nous vivons, c'est un monde

nécessairement où on doit faire des choix, où on continuera à faire des choix

dans les prochaines années.

Je rappelle,

hein, que les budgets pour ce groupe-là ont augmenté de façon très importante

ces dernières années. On peut montrer

que les ressources ont augmenté de façon très importante. Cette année, il y a

un ralentissement, mais on a quand même maintenu les budgets pour cette

clientèle.

Présidente (Mme Rotiroti) : Merci, M. le ministre. Alors, on

reste du côté ministériel, et je cède la parole au député de Papineau

pour cinq minutes.

M. Iracà : Oui. Merci, Mme la

Présidente. Écoutez, j'aimerais revenir sur ce qu'a mentionné le député de Lac-Saint-Jean qui, pour moi, est très important,

puis je suis content qu'il l'ait mentionné, concernant l'orthophoniste dans

son comté. Ma conjointe, moi, est psychologue

dans une commission scolaire, et, il a raison, les professionnels, il a bien

fait de le souligner, les professionnels

travaillent très, très fort dans nos écoles, nos commissions scolaires, puis il

n'y en a jamais assez, puis ça ne date pas d'hier, là. S'il lui avait

demandé : Est-ce que vous étiez huit l'année passée ou neuf il y a deux ans? Elle lui aurait répondu :

Non, on était approximativement le même nombre de personnes, de professionnels

dans nos écoles, dans les commissions

scolaires. Ce n'est pas un dossier qui date d'hier, c'est un dossier où je suis

très au fait.

Et je profite de l'occasion pour saluer tous les

professionnels qui travaillent dans nos écoles, qui travaillent excessivement

fort, que ce soient les psychologues, les orthophonistes, les travailleurs

sociaux, les orthopédagogues. Il n'y en a jamais assez. Est-ce qu'il pourrait y

en avoir beaucoup plus? La réponse est oui. Alors, là-dessus, je suis

parfaitement en accord avec le député de Lac-Saint-Jean.

Mais là, à un

moment donné, il y a des ressources, il y a les moyens financiers, l'équilibre

budgétaire, et on s'entend tous,

hein, qu'on est tous pour la vertu, puis on voudrait qu'il y ait un psychologue

dans chaque école, mais, depuis plusieurs années, on sait que ce n'est

pas le cas. Et je sais que les gens travaillent excessivement fort.

Le député de

Chambly, lui, sa priorité, sa

première préoccupation, je suis un peu surpris d'entendre ça, c'est son

régime de retraite. Alors, on sait que c'est un ex-enseignant. Moi, Mme la Présidente, ma priorité, ce n'est pas ça, hein, je laisse ça à mon collègue du Conseil

du trésor, c'est les enfants et l'éducation. Ce n'est pas le régime de retraite du député de Chambly. Et on est présentement en fin de négociation collective. Et c'est normal, à chaque fin de convention collective, il y a

des manifestations de

part et d'autre. Et je suis un

éternel positif, Mme la Présidente, et je suis convaincu que, si les gens de

part et d'autre mettent de l'eau dans

leur vin... vont éventuellement en venir à une entente. Et je pense que la meilleure place pour qu'on puisse s'entendre,

c'est à la table de négociation. Alors, on l'a toujours dit, on l'a répété,

je pense que plus on va se parler en table de négociation, plus on va arriver

proche de l'objectif de s'entendre.

Nous sommes

classés parmi les meilleurs au monde en éducation, et ce, depuis plusieurs

années, Mme la Présidente. Et, moi, ce que je peux vous garantir, c'est qu'on

va le rester. Puis je suis certain que le ministre pourra le garantir également. Notre objectif, c'est de faire

en sorte qu'on demeure en éducation parmi les meilleurs au monde dans les

classements internationaux et par aussi des

observateurs objectifs internationaux qui vont démontrer que nous sommes en

éducation parmi les meilleurs au

monde. Et on veut le rester. Et il y a eu plusieurs investissements en

infrastructure que l'on a faits. Et j'ai fait une annonce, là, dans la dernière

année, dans mon comté. Je vous donne un exemple, mais il y en aurait beaucoup

d'autres. Au niveau de la formation

professionnelle, on a injecté 3 millions pour l'agrandissement d'un centre

de formation professionnelle en

hôtellerie et cuisine. Pourquoi? Parce que les cohortes sont pleines, parce

qu'on refuse du monde, parce qu'aussi,

au Québec, il faut se le dire, la population est vieillissante, et on va avoir

besoin de plus en plus de main-d'oeuvre, de gens qualifiés, diplômés en formation professionnelle pour venir

aider cette population vieillissante là. Et il y a un lien à faire entre l'éducation et l'économie en lien

avec des emplois qui sont disponibles maintenant. Il faut prendre les moyens

et investir au bon endroit pour faire en sorte que les gens puissent sortir

avec un diplôme et puissent travailler.

Dans mon

comté, il y a... Et j'ai eu la chance d'aller remettre un chèque, une

contribution financière, une enseignante et d'autres enseignants avec des élèves aux Trois-Chemins,

Louis-Joseph-Papineau, qui vont partir en Haïti au mois de janvier pour aider les Haïtiens à bâtir des écoles. Alors,

tout ça pour dire, Mme la Présidente, qu'il y a, malgré les manifestations,

malgré la fin des négociations collectives... des conventions collectives,

plusieurs enseignants — j'ai

plusieurs amis enseignants — qui sont extrêmement motivés, qui veulent

faire en sorte que les élèves réussissent, qui sont impliqués dans des projets, je vous en ai nommé un pour

Haïti, dans bien d'autres projets. Moi, je pense qu'ils sont capables de faire

les deux en même temps et je souhaite de tout mon coeur qu'on arrive à une

entente.

Présidente (Mme Rotiroti) : Merci, M. le député de Papineau. On

va passer du côté de l'opposition officielle. Alors, M. le député de

Lac-Saint-Jean, vous avez cinq minutes.

M. Cloutier : Je vous remercie, Mme la Présidente. On n'a pas

eu l'occasion d'entendre le ministre de l'Éducation sur la menace qui plane sur tout le réseau des

universités du Québec. Mme la Présidente, c'est extrêmement inquiétant, là,

ce qui est sorti à l'effet, là, qu'on voudrait abolir le siège social puis

qu'on voudrait fragiliser l'ensemble du réseau universitaire. Je sais que le

gouvernement libéral, là, coupe dans les régions comme ça ne s'est pas fait,

là, depuis de nombreuses années. J'ai de la

difficulté à comprendre pourquoi on veut fragiliser un réseau alors que c'est

un réseau qui aura déjà des défis extrêmement importants pour les

universités, parce qu'entre autres le défi du vieillissement de la population, particulièrement dans la région du

Saguenay—Lac-Saint-Jean,

on voit, vers le moyen à long terme, une baisse de clientèle. Donc, ils ont déjà des défis importants à eux. On comprend

mal pourquoi cette volonté de vouloir abolir le siège social, alors

qu'on replacerait les responsabilités.

Puis vous n'êtes

pas sans savoir que c'est une question qu'on a déjà étudiée au gouvernement,

qu'on s'est déjà posée par le passé

et qu'on a aussi rejetée du revers de la main, parce qu'en bout de course, sur

une apparence d'économie, ce qu'on réalisait, c'est qu'au contraire ça

finirait par coûter plus cher, mais surtout qu'on refilerait une facture aux

différentes universités un peu partout à travers le Québec.

Puis là il

faut aussi, à un moment donné, être à l'écoute, là, du milieu. Quand le recteur

de l'Université du Québec à

Chicoutimi fait une, puis deux, puis trois entrevues, là, pour dire que ça n'a

juste pas de bon sens, après ça, ça a été le recteur de l'Université du Québec à Trois-Rivières qui est sorti, puis,

après ça, c'est le recteur de l'Université du Québec à Rimouski qui sort

essentiellement pour dire la même chose, en disant que ça n'avait juste pas de

bon sens de refiler la facture sur les

différentes universités, alors j'imagine que le ministre a eu le temps

d'analyser tout ça, il a lu, et il a vu, et il a entendu comme moi sans doute les commentaires qui ont été exprimés.

On sait que ça a déjà été analysé par le passé par les différents

gouvernements; ça a été rejeté aussi parce qu'il n'y avait pas d'économie à

faire.

Est-ce que le

ministre aujourd'hui peut nous confirmer qu'effectivement, là, l'idée est

rejetée et qu'il n'est pas question de venir fragiliser les réseaux des

universités du Québec à travers le Québec?

La Présidente (Mme Rotiroti) :

M. le ministre.

Blais : Alors, merci, Mme la Présidente. Donc, effectivement, il n'est

pas question de fragiliser, là, le réseau des universités du Québec. On comprend un petit peu l'intention, le

départ du réseau et où est-ce qu'on en est aujourd'hui, là. Dans le rapport Parent, il était clair qu'il

fallait développer tout d'abord une grande université francophone

supplémentaire à Montréal — ça devait être l'Université Sainte-Marie,

qui est devenue plutôt l'UQAM — et qu'il y avait des besoins en région. Il y avait déjà des satellites en régions,

c'est-à-dire des formations qui étaient offertes par les universités existantes

dans différentes raisons, dont Chicoutimi, à

l'époque, Hull, pour reprendre les expressions de l'époque, Rimouski, donc

ces satellites-là existaient déjà, et le

rapport Parent suggérait de leur donner une autonomie, hein, et de le faire à

l'intérieur d'un réseau qui va devenir le réseau des universités du

Québec.

Le siège

social, à l'époque, bien sûr, a eu un rôle fondamental parce que... On ne crée

pas des universités du jour au

lendemain, comme ça. Il y a une façon de faire, il y a une gouvernance qu'il

faut instaurer. Et on l'a fait. Et on le fait encore. On est allés encore beaucoup plus loin que ce que proposait le

rapport Parent parce que le rapport Parent, je dois avouer que ça fait un certain temps, était timide,

il disait : Formation de premier cycle seulement; ensuite, on ira plutôt

dans les centres urbains pour

continuer la formation. Et ce qui s'est produit, bien, c'est assez formidable,

c'est-à-dire que c'est une

augmentation de la scolarité et des diplômes universitaires dans toutes les

régions du Québec et aussi une... alors qu'on était simplement avec des satellites en région, on a développé des

universités de plus en plus autonomes, qui ont chacune, hein, leur couleur, qui ont chacune leur programme

différencié, notamment en recherche où là, alors, selon les secteurs... bien sûr, au Saguenay, la recherche sur

l'aluminium est extrêmement importante, il y a des chaires de recherche

là-dessus; à Rimouski, bien sûr, vous allez trouver davantage le maritime, par

exemple. Donc, le réseau, c'est une des grandes réussites, je pense,

hein? Puis il faut être content d'avoir... qu'il faut avoir des... il faut être

content d'avoir réussi ça.

Pour ce qui

est du siège social maintenant, l'enjeu, ce n'est pas un enjeu d'examiner s'il

y a des économies à faire ou pas, de l'économie à faire en abolissant le

siège social. Ce qui est en jeu, c'est de répondre à un certain nombre de critiques qui ont été

faites, ces dernières années, sur la gouvernance, hein, et notamment sur des

dédoublements administratifs — ces critiques-là, elles n'ont pas été faites

par n'importe qui, elles ont été faites à quelques reprises par le Vérificateur général du Québec, tout

d'abord — donc regarder

ces dédoublements-là : Est-ce qu'ils existent? Est-ce qu'ils

alourdissent ou pas les processus? Quel est leur... Hein? Et si on peut bien

sûr les annuler, tant mieux.

y a aussi une demande... une proposition qui a été plus forte par un rapport qui

a été commandé par nos amis de

l'opposition officielle alors qu'ils étaient au gouvernement, le rapport

Bissonnette-Porter, hein, qui proposait de mettre... abolir au sens strict, d'abolir le siège social.

Il considérait que le réseau maintenant... les constituantes étaient en mesure

d'assurer leur développement. On n'est pas

du tout dans cette voie-là pour le moment, mais on examine exactement quelles

sont, hein, les procédures, hein, qui sont

peut-être dédoublées à l'intérieur du réseau et comment on peut renforcer,

renforcer les universités en région.

N'oublions

pas que les meilleures décisions qui peuvent être prises, là, pour la région du

Saguenay—Lac-Saint-Jean,

elles doivent être prises pour le

développement de cette université-là au Lac-Saint-Jean, au Saguenay—Lac-Saint-Jean, pas à Québec. Même chose pour les autres composantes; il faut renforcer le réseau et s'assurer que les bonnes

décisions soient prises par les constituantes plutôt que par un siège

social. Donc, on est à l'intérieur de cette réflexion-là. J'ai demandé d'avoir plus d'information, mais je ne confirme pas du

tout, là, qu'il y ait

une abolition en vue, là, du siège social à Québec.

Présidente (Mme Rotiroti) : Merci, M. le ministre. On reste du côté ministériel. Alors, je cède la

parole au député d'Ungava pour cinq minutes.

Boucher : Merci beaucoup, Mme la Présidente. Donc, je vais vous parler

un petit peu d'intimidation puis de violence

à l'école — vous

savez que, bon, c'est un sujet qui fait la une, fait la manchette — puis

voir, bon, comment le gouvernement

libéral et le Parti libéral se sont comportés dans tout ça puis comment on prend ces choses-là au

sérieux.

Vous

savez, c'est en 2008 que le gouvernement

libéral avait mis en place un plan

d'action pour prévenir et traiter la

violence à l'école. Souvenez-vous, Mme

la Présidente, que c'était une

première pour le Québec à ce

moment-là, ça ne s'était jamais fait auparavant.

C'est un plan d'action qui visait à soutenir les milieux scolaires dans

leurs actions pour diminuer la

violence dans leurs établissements respectifs. Et puis, en février 2012, le Québec

s'était doté d'une nouvelle stratégie

gouvernementale en

matière de mobilisation de la société québécoise afin de lutter contre l'intimidation et la violence à l'école.

Cette dernière se déclinait, bon, en quatre actions principales, Mme la

Présidente, soit : mobiliser, communiquer, légiférer et agir, s'articulait

autour du thème L'intimidation, c'est fini. Moi, j'agis . Cette

stratégie-là, Mme la Présidente, n'est pas seulement dirigée vers la

mobilisation des élèves, mais également celle des parents, du personnel scolaire et de tous les Québécois

et les Québécoises. Car, on le répète, Mme la Présidente : L'intimidation, c'est l'affaire de tout le monde. Donc, dans

cette perspective-là, on doit tous ensemble prendre les moyens pour faire

cesser ça, les actes d'intimidation

puis de violence dont ils sont les victimes, et puis aussi ceux qui en sont

témoins doivent la dénoncer.

Ensuite,

Mme la Présidente, la loi n° 56 a été adoptée, toujours par le gouvernement

libéral, en juin 2012. C'est

une loi qui visait entre autres à offrir à nos élèves un milieu d'apprentissage

sain et sécuritaire, précisait les devoirs et responsabilités de tous les acteurs face à l'intimidation à

l'école. Vous savez, aujourd'hui, l'intimidation... Bon. Vous allez dire, bon : Ça a

existé depuis toujours. On a été jeunes, on a été témoins de choses dans

notre jeunesse. Mais, aujourd'hui, ça prend souvent des proportions qui sont hors

normes, où tous les jeunes sont branchés sur les réseaux sociaux, beaucoup

d'entre eux ont des téléphones portables avec lesquels ils peuvent prendre des

photos, prendre de courtes vidéos, et puis, souvent, quand un jeune est

victime d'un certain groupe, bien, ce n'est pas long que ça prend des

proportions démesurées sur Facebook ,

etc., que ça devient de la cyberintimidation. Quand on était jeunes, à l'école,

soit au primaire ou au secondaire puis qu'il

y avait des mauvais collègues ou des

mauvais amis qui décidaient, là, de faire de nous leurs têtes de Turc, bien, ça se limitait à quatre, cinq

personnes, puis, quand on était sortis de l'école, ça arrêtait là. Mais, pour

les jeunes d'aujourd'hui, ce n'est pas. Ça les

suit à la maison, ça les suit à l'aréna, ça les suit partout. Donc, il faut vraiment prendre ça au sérieux.

vous dirais, Mme la Présidente, que... Je vais vous faire une citation — on

va jouer à un petit jeu de devinette ce

matin : «Un geste d'intimidation, de violence et de maltraitance est un

geste de trop. Chaque personne doit pouvoir s'épanouir dans un environnement sain et sécuritaire. Chaque personne, quels que

soient son âge, son sexe, son orientation

sexuelle, son origine ethnique, a droit à la

dignité. Un gouvernement libéral fera de la lutte contre l'intimidation une

priorité.» C'est Philippe Couillard

qui avait dit ça, Mme la Présidente, lors de la dernière campagne électorale, puis je suis fier de faire

partie du gouvernement qui adhère à

cette politique de lutte là.

Vous

savez, on parle tantôt de psychologues, d'orthophonistes, d'orthopédagogues.

Tout ça, c'est des choses qui, oui, qui sont nécessaires pour venir en

aide aux élèves en difficulté, mais, souvent, même un élève, là, qui n'a aucune

difficulté particulière et qui est bon à l'école peut être victime de ces formes

d'intimidation et de violence là, puis créer un milieu sain, sécuritaire dans lequel on se sent confortables à

l'école, on a hâte d'aller à l'école, on aime apprendre à l'école, c'est important pour ne pas gaspiller

aucun talent, Mme la Présidente. Vous savez, chez les jeunes, on n'aime pas les extrêmes, hein? Tu es trop mauvais, tu

n'as pas des bons résultats, tu te fais taquiner ou, j'allais dire, écoeurer,

puis je pense que c'est le bon mot, je vais le prendre, tu te fais écoeurer. Tu

es trop bon, tu es trop brillant, tu te fais écoeurer.

Tu es trop beau, tu es trop laid, tu es trop grand, tu es trop petit... Donc, il faut

ramener ces gens-là puis avoir des politiques,

là, qui favorisent le partage puis l'intégration de tout le monde à l'école. Et puis je pense que je suis content de participer à un gouvernement

qui agit dans ça, Mme la Présidente, merci beaucoup.

Présidente (Mme Rotiroti) : Merci beaucoup, M. le

député d'Ungava. On va passer du côté

de l'opposition officielle.

Alors, M. le député de Lac-Saint-Jean, vous avez encore cinq minutes.

M. Cloutier : Oui, je vous remercie, Mme la Présidente. On va faire un bloc sur toutes les coupures au réseau universitaire puis aussi pour les cégeps. Ce qu'on

constate, Mme la Présidente, c'est que non seulement le gouvernement a fait le choix de couper dans l'éducation primaire-secondaire, mais les

cégeps et les universités sont également mis à mal.

gouvernement libéral a imposé des compressions de 200 millions dans les universités du Québec, 40 millions

dans les cégeps pour l'année 2014‑2015,

et, comme si ce n'était pas assez, on en a rajouté avec des coupes

additionnelles de 70 millions dans les universités et 45 millions

supplémentaires pour l'année 2015‑2016.

Bon,

maintenant, vous aurez compris, Mme la Présidente, que tout ça a des impacts importants. Ça, ce sont les coupures générales, mais qui se répercutent dans

le réseau. Particulièrement, les cégeps en région sont incroyablement

vulnérables. Je me souviens de la déclaration malheureuse du ministre qui avait

quasiment laissé entendre ou dit aux professeurs de déménager s'ils voulaient

continuer à enseigner à temps plein.

Mais,

en gros, ce qu'on note des documents qui nous ont été remis par la Fédération des

cégeps, c'est 40 % des cégeps qui ont terminé la dernière année

financière en déficit. M. le ministre, 40 % des cégeps en déficit. Alors,

on coupe dans l'animation socioculturelle,

on coupe dans le soutien psychosocial, on coupe dans le soutien aux élèves en

situation de handicap, on coupe dans

l'aide aux études, on coupe dans la mobilité étudiante, on coupe dans

l'intégration des étudiants étrangers,

dans les activités sportives, dans le soutien à l'entrepreneuriat, dans les

bibliothèques. Est-ce que c'est ça, pour vous, l'avenir du Québec, de

couper dans les services de nos jeunes?

cégeps en région sont particulièrement touchés en raison des coupures, mais

aussi en raison du problème du vieillissement

des populations. Il y a des projets, pourtant, qui sont sur la table, de

mobilité des étudiants, mais on fait exactement l'inverse de ce qu'on

devrait faire, on coupe dans la mobilité étudiante alors qu'on devrait l'accélérer.

Le ministre devrait se questionner sur les programmes qu'il devrait mettre en

oeuvre justement pour aider nos jeunes à étudier

sur l'ensemble du territoire québécois plutôt que de construire des nouveaux

établissements, mais de s'assurer que nos cégeps en région, là, soient

remplis.

Avec

de telles coupures dans les cégeps, dans les universités, bien, on ne se

surprendra pas de voir le recteur de l'Université

de Montréal, M. Breton, faire la déclaration suivante, là : «Avec de moins

en moins de ressources, je ne peux tout simplement pas maintenir la

quantité et la qualité des diplômes.

«[...]On

a des diplômes "made in Québec", mais bientôt "good for Québec

only"...» Bons au Québec seulement, M. le Président.

recteurs d'université n'ont pas l'habitude de ce type de déclarations.

Lorsqu'ils se sentent obligés de sortir sur la place publique de la sorte, c'est parce qu'il y a un réel problème.

Ce que je reçois aussi maintenant, qui est carrément nouveau, ce sont des déclarations de professeurs

d'université qui m'écrivent pour me réexpliquer un peu la situation qu'ils

vivent. Je vais lire un peu quelques

témoignages, là, qui sont peut-être un peu longs, M. le Président, mais qui

illustrent bien la mise en oeuvre des coupures qui sont décidées par le

gouvernement actuel.

vais vous lire la déclaration de Sylvie, qui est une professeure

d'université : Je me suis retrouvée dans mon cours d'introduction à

l'économie avec un groupe de 200 étudiants au lieu de 100 avant, parce

qu'on voulait éviter d'embaucher un chargé

de cours. J'ai d'autres collègues qui sont encore plus mal lotis que moi,

groupes de 300. Le fait d'avoir 200 étudiants entraîne un

changement de mon mode d'évaluation. Pour la première fois en 19 ans, j'ai

utilisé, l'hiver dernier, des examens avec

uniquement des questions à choix multiples et une correction par lecteur

optique, ce qui diminue donc ma

nécessité de procéder à une évaluation plus importante... Je m'excuse, je

reprends la lecture : ...ce qui diminue la capacité des

étudiants de développer leurs propres réponses et de pouvoir être évalués au

niveau de l'expression écrite.

Professeur

en traduction : «Il est devenu normal d'enseigner, dans des cours

pratiques de traduction, à des groupes de 70 et plus, alors qu'il y a

quelques années on jugeait comme excessifs des groupes de 40.»

témoignages démontrent donc l'augmentation du nombre d'élèves par classe, l'abolition de certains

cours qui étaient auparavant

offerts et qui sont maintenant fusionnés. Ce qu'on note, par exemple, à l'Université Laval : des suppressions

de cours dans plusieurs programmes, des départements des sciences historiques qui

ont annoncé l'annulation de quatre

cours, abolition de sections de cours, certains chargés de cours ont vu aussi

le nombre de leurs étudiants plus que doubler.

l'Université du Québec à Chicoutimi, au trimestre d'hiver 2015, ce sont 10 cours qui

avaient été attribués qui ont dû être annulés par manque de ressources...

La Présidente (Mme

Rotiroti) : Merci, M. le député de Lac-Saint-Jean. Alors, on

passe au côté du ministre. M. le ministre, vous avez cinq minutes.

M. Blais :

Oui. Très bien, alors je suis bien content de pouvoir parler des universités,

on n'a peut-être pas eu l'occasion encore d'échanger sur le sujet, là, avec mon

collègue. Donc, bien sûr, il y a des modulations ou il y a des offres de cours qui disparaissent. Bon, moi, j'ai dirigé

un département, une faculté, et, oui, il arrive, et ça n'a pas rapport vraiment avec

les compressions, qu'il y a des cours qui ne sont plus enseignés, qui sont

moins enseignés. Par exemple, à l'Université

Laval, on avait comme politique

dans mon département que tous les cours de première année devaient être enseignés par des professeurs, disons,

d'expérience, et nécessairement dans des grandes classes. Donc, moi, j'ai

enseigné à des classes de 200 étudiants, mais, par ailleurs, des cours à

option dans des plus petites classes, donc avec des enseignants aussi. Dans une autre université, prenons l'UQAM, où

j'ai enseigné il y a bien longtemps, là, on segmentait les cours et on utilisait beaucoup les chargés de cours. Alors donc, la modulation,

là, dans l'offre de cours, elle n'est pas nouvelle, elle va bien sûr

continuer à se poursuivre parce que les universités s'adaptent.

Pour tester

un peu la santé de nos universités, pour regarder ça un petit peu d'un peu plus

loin, voir où est-ce qu'on en est encore à ce sujet, bien, il faut

reconnaître que nos universités ne cessent de progresser à tous les niveaux.

Cette année, nous

avons eu un record de finissants au Québec, de diplômés, donc, et, bien sûr,

c'est un des premiers critères. Est-ce

que nos étudiants diplôment? Alors, ils diplôment, ils sont plus

nombreux que jamais à diplômer dans les universités.

Comme les universités

ont aussi une vocation de recherche, c'est intéressant de voir si elles

sont performantes en recherche. Il y a

deux façons d'évaluer la performance en recherche : ou bien vous examinez

les intrants, c'est-à-dire le financement en recherche, ou les

extrants, les publications ou encore les brevets, quand c'est possible, dans

certaines disciplines. Cette année, les universités

du Québec ont remporté la palme des subventions

de recherche de la Fondation canadienne de l'innovation. Et ça, c'est à peu près...

si je me souviens bien, de mémoire, entre 36 % ou 37 % de toutes les subventions qui ont

été accordées par la Fondation canadienne de l'innovation ont été accordées au Québec.

Écoutez,

les dernières années, on était habitués plutôt à 22 %, 23 %, 24 %, donc à peu près la

taille, là, du Québec. Et cette

année, j'en parlais encore récemment, là, avec le président de la Fondation canadienne pour l'innovation, était vraiment...

Ils sont très impressionnés, je peux vous dire que nos collègues, mes anciens

collègues du monde universitaire canadien se demandent ce que les chercheurs québécois

dans les universités ont mangé, là, pour être aussi performants

pour aller chercher des sommes aussi importantes.

Donc, malgré

les efforts budgétaires qu'on demande aux universités, là, je ne pense

pas qu'elles sont en ce moment

exsangues. Regardez encore les classements internationaux qui sont parus, là, cet automne,

même le classement de Maclean's : les universités québécoises, là, se situent assez bien, en tout cas, il

n'y a pas du tout une détérioration de leur classement globalement, là,

par rapport aux universités canadiennes.

Pour ce qui

est des cégeps, là, on a parlé des efforts budgétaires. En juin dernier, en

juin 2014, sur les 45 cégeps, on avait accumulé des surplus de 86 millions

de dollars et dans des cégeps aussi en région, je tiens à le dire. Donc, là aussi, il y a eu des bonnes années financières, et

les cégeps ont l'avantage, du point de vue administratif, qui n'est pas négligeable, de pouvoir ponctionner ces

surplus-là, quand ils ont de ces surplus, hein, pour pouvoir les affecter, là,

à leur gestion. Donc, au

niveau des cégeps, nous avons une préoccupation, comme mon collègue, pour les enjeux démographiques en région. Cependant, encore cette année,

les cégeps en région ont battu les pronostics du ministère, c'est-à-dire qu'on voit, malgré ce qu'on craignait, on voit un maintien, là,

des effectifs. C'est une bonne nouvelle.

Nous avons un

certain nombre de projets pour les appuyer directement. Depuis mon

arrivée, j'ai accéléré la mise en

place des recommandations du rapport Demers. D'ailleurs,

j'étais, la semaine dernière, avec les directeurs des cégeps du Québec

pour leur présenter un peu ce que nous étions en train de faire là-dessus. Et

nous avons un programme de mobilité

étudiante vers les régions du Québec qui nous a été demandé, notamment,

par les associations étudiantes et dont faisait mention le

rapport Demers, que nous voulons mettre en place le plus rapidement possible.

Présidente (Mme Rotiroti) : Merci beaucoup, M. le

ministre. Alors, on reste du côté

ministériel, et je cède la parole pour quatre minutes au député de Papineau.

M. Iracà : Merci, Mme la Présidente.

Je voulais aborder aujourd'hui... et en quatre minutes, ça va être assez

superficiel comme approche, mais il est quand même important de mentionner le

développement entrepreneurial et l'approche orientante.

Il faut

mentionner qu'au Québec, d'année en année, on est la province au Canada où il

se crée le moins de petites et moyennes entreprises. Donc, il faut

mettre de l'effort et de l'énergie pour renverser un peu cette tendance-là... à

part quelques villages gaulois dans la Beauce, là, où, eux,

ils doivent avoir une nourriture différente des autres, mais je pense que

ces gens-là naissent avec l'esprit entrepreneurial. Et je pense

qu'il faut... ce serait important de le développer partout au Québec.

Et le gouvernement, d'année en année... puis on essaie de le faire de plus en plus, en

investissant de l'argent, des sommes

d'argent. D'ailleurs, près de 1,5 million dans la mesure de

sensibilisation à l'entrepreneuriat au primaire et au secondaire chez

les adultes et en formation professionnelle sont investis; environ 200 000 $

dans le déploiement du programme d'études

Sensibilisation à l'entrepreneuriat; 135 000 $ dans le déploiement

d'une culture entrepreneuriale dans les écoles primaires et secondaires,

alors dès le jeune âge, alors, avec l'approche orientante. Il faut savoir que

ça a été développé pour faire en sorte que les jeunes, dès le primaire,

alors... Dans mon temps puis dans le temps de mes collègues, c'était au secondaire qu'on voyait l'orienteur, mais là il

faut sensibiliser les jeunes dès le primaire à des métiers pour qu'ils

puissent avoir un éventail d'options et puissent tranquillement penser à ce

qu'ils veulent faire plus tard.

Le ministère

soutient également le Concours québécois en entrepreneuriat depuis plusieurs

années, une subvention qui est donnée. Ce concours récompense notamment

des projets entrepreneuriaux d'écoles primaires et secondaires. Il y a des résultats — puis des résultats quand même

impressionnants — tant en

nombre d'élèves rejoints qu'en termes de

projets entrepreneuriaux reliés et réalisés. Chaque année, environ

2 500 projets entrepreneuriaux sont réalisés par les jeunes du

primaire et du secondaire dans le cadre de la mesure Sensibilisation à

l'entrepreneuriat. Plus de 3 000 jeunes du secondaire bénéficient du programme d'études

Sensibilisation à l'entrepreneuriat et près de 8 000 inscriptions

sont enregistrées au programme d'études Lancement d'une entreprise.

Donc, le

gouvernement est très actif dans ses efforts pour développer une culture

entrepreneuriale chez les jeunes. Une

partie importante de ceux-ci passent par des mesures de sensibilisation, de

formation qui sont déjà bien implantées dans le réseau scolaire

québécois. Alors, il faut tabler là-dessus, bonifier, faire en sorte que nos

jeunes aient cet esprit entrepreneurial là pour créer de l'emploi à leur sortie

d'école lorsqu'ils obtiendront leurs diplômes.

Les mesures

mises de l'avant rejoignent autant les élèves qui ont déjà une certaine fibre

entrepreneuriale en eux que ceux qui

ne demandent qu'à être outillés pour bien développer... Alors, je l'avais déjà

mentionné, plusieurs jeunes ont de bonnes idées, mais se découragent, se

découragent par la bureaucratie, la lourdeur administrative, là, ce qu'on essaie de simplifier pour

justement que ces belles idées-là, de nos jeunes, puissent se développer et

éventuellement créer au Québec des petites et moyennes entreprises qui

vont créer de la richesse, qui vont faire en sorte que les Québécois et les Québécoises puissent

travailler. Merci, Mme la Présidente.

Présidente (Mme Rotiroti) : Merci beaucoup, M. le

député de Papineau.

Alors, on est déjà rendus aux dernières interventions. Alors,

M. le ministre, vous disposez d'un bloc de 10 minutes pour vos remarques

finales.

Blais : Oui. Alors, merci beaucoup, Mme la Présidente. Peut-être commencer par la présentation d'un petit tableau. Je sais que ça choque parfois mes collègues

d'en face quand je le fais, donc je le fais le moins souvent possible, hein, je... Mais c'est quand même

intéressant, parce

que ça nous permet d'illustrer ici le

progrès du Québec au niveau du

décrochage scolaire annuel, hein?

Alors, ce que

l'on voit ici, là, c'est où on était il

y a quelques années, hein, nos

garçons, où étaient-ils, et la situation, qui est un progrès constant. Puis vous savez comment le Québec a

travaillé fort, comment on a mis de ressources humaines, financières pour faire de cet enjeu un des grands enjeux, là, de notre développement social et économique. Et ce

qu'on voit, bien sûr, c'est que la

situation de nos garçons s'est fortement améliorée. Aujourd'hui, le décrochage

annuel est quand même élevé chez les garçons, il reste encore du

travail à faire, mais la tendance est extrêmement positive. Bien sûr, vous avez, en

bas, les filles, vous avez une moyenne ici. Donc, ça, ça devrait nous permettre

de faire une première conclusion, hein?

Nous sommes sur la bonne voie, parce que nous avons mis le temps, les efforts,

nous avons mis le cogito, hein, nous avons réfléchi aux problèmes, et il

faut continuer sur ce chemin.

J'ai

mentionné, au début de l'interpellation, là, j'ai essayé de vous montrer un peu

où est-ce qu'on était comme société,

notre performance, la performance de nos élèves, de nos enfants et où est-ce

que l'on devrait aller. Je vais revenir là-dessus et en parlant un peu de cette vision que l'on a que nous

sommes en 2015 et nous pouvons continuer à poursuivre le chemin que nous avons fait en termes de

décentralisation et renforcement du pouvoir de l'école dans ces orientations.

Alors, quand

on a commencé à travailler sur ce sujet de décentralisation, j'ai demandé aux

gens du ministère : Est-ce qu'on

a des modèles au Québec? Est-ce que la décentralisation, ça existe déjà? Et on

a identifié deux commissions scolaires,

dont une, là, que le député de Lac-Saint-Jean connaît très bien, c'est la

commission scolaire des bleuets, et une autre commission scolaire, la commission scolaire des Patriotes. Ces deux

commissions scolaires là, qui sont assez différentes dans leur fonctionnement, ont un point de comparaison, c'est

qu'elles ont pratiqué la décentralisation et elles ont favorisé l'autonomie de leurs écoles. Et,

quand on regarde la performance de ces deux commissions scolaires, on voit

que la performance est au rendez-vous. Bien

sûr, les difficultés initiales sont différentes, les taux de défavorisation ne

sont pas les mêmes, mais, même quand on met

de côté ces variables-là, on voit que c'est deux commissions scolaires qui

sont performantes où les écoles reçoivent le plus de ressources possible.

Alors, on a

étudié donc les mécanismes de gouvernance qu'il y avait à la commission

scolaire des bleuets et à la commission

scolaire des Patriotes. On en a conclu que c'était possible pour les 70 autres

commissions scolaires du Québec, hein,

de faire aussi bien, hein, de faire aussi bien en termes d'autonomie et de

décentralisation. Pourquoi nous valorisons cette autonomie? Pourquoi nous avons cette vision, là, de l'école pour

le XXIe siècle? C'est simplement parce qu'on sait que les enfants doivent adhérer à un projet d'école.

Et les enfants ont des intérêts extrêmement différents. Pour certains, c'est le sport, et pas n'importe lequel sport;

pour d'autres, c'est les projets plus artistiques; pour certains, ce sera la

science, bon, etc. Et il faut que les

enfants puissent adhérer, hein, entièrement, donc pas uniquement à un projet,

disons, académique ou pédagogique que

leur propose leur école, mais aussi un projet d'école dans lequel ils vont se

retrouver, ils vont avoir le plaisir à aller dans leur école et s'y

identifier.

C'est

exactement la même chose pour les parents. Les parents veulent se retrouver

dans un projet d'école, ils veulent pouvoir

voir dans leur école quelque chose qui leur ressemble et qui ressemble aux

enfants. Et nous avons besoin, et ça, toutes les études nous le

montrent, nous avons besoin de l'adhésion des parents aux projets scolaires.

Les parents ne doivent pas se voir

uniquement comme des clients d'un service. Les parents doivent être

partie

prenante de leur école. Il faut bien

comprendre que le milieu scolaire, là, c'est un milieu qui est, sur certains

points, très différent, par exemple, du

milieu de la santé, hein? Les parents veulent participer à leur école, veulent

le mieux pour leur enfant, parce que leurs enfants, c'est ce qu'il y a de plus

précieux.

Ensuite, les enseignants. Là aussi, les

enseignants veulent participer à l'école, veulent participer aux projets, veulent, si possible, adhérer à une vision de leur

école, à un projet scolaire, et donc ce que l'on va mettre en branle dans

le projet

de loi, c'est de maximiser les

possibilités et, bien sûr, les ressources pour que ces projets scolaires,

qui existent déjà au Québec en ce moment, puissent continuer à se

développer dans les meilleures conditions possibles.

J'aimerais dire un petit mot sur les

négociations qui sont en cours. On sait bien que ce n'est jamais facile, une négociation de ce type-là. Rappelons l'essentiel de ce qui est train de se passer. Il y a

deux légitimités. Il y a une légitimité de représentants syndicaux, qui ont une obligation légale, bien plus

que morale, qui ont une obligation légale d'aller chercher et de défendre les intérêts de leurs membres. Il

arrive parfois que ces intérêts ont un impact positif aussi sur l'école, sur

l'enseignement, sur l'éducation, c'est très bien. Il arrive parfois que ces

intérêts-là soient d'une autre nature et qu'ils, finalement, qu'ils améliorent

la situation de leurs syndiqués, et c'est aussi très bien.

Donc, on ne remet pas du tout en question, en ce moment, la légitimité, hein, des porte-parole syndicaux et nous

continuons la discussion avec eux à chaque jour pour trouver un terrain d'entente dans des conditions

qui sont, hein, financières qu'on connaît bien, qui sont les nôtres, qui sont

particulières. Ce

n'est pas celles d'une croissance économique de 4 %

ou 5 %, c'est celles d'une croissance

économique mondiale, pas simplement

de Québec, mais d'une croissance économique un peu plus ralentie.

De l'autre

côté de la table, et en tout respect, hein,

pour les enseignants, le personnel syndiqué du monde scolaire, en tout respect pour eux, il y a un gouvernement

qui doit représenter les intérêts, bien sûr, du milieu de l'éducation, mais

qui doit aussi représenter les intérêts de

la population, qui nous a confié le pouvoir, qui nous a dit : Écoutez,

améliorez ce réseau. Faites en sorte

que nous enfants soient encore plus heureux, que ceux qui ont des difficultés

d'apprentissage puissent avoir le

type de services qui leur convient. Alors, continuez à développer ce réseau-là,

mais, en même temps, bien sûr, faites-le avec notre capacité de payer.

Et n'oublions pas que tout le personnel qui forme le réseau scolaire, notamment les enseignants, sont aussi des

personnes qui paient les impôts, qui paient les taxes et qui veulent aussi,

comme citoyens, s'assurer que ces sommes-là soient le mieux dépensées

possible.

Alors, mon

souhait le plus important, là, aujourd'hui, hein, et je sais que c'est le

souhait de plusieurs enseignants, c'est

que nous en arrivions à une entente, hein, signée dans les meilleurs délais.

Moi, je continue à croire que cette entente-là, elle est possible. Je constate que nos partenaires syndicaux sont encore

aux tables de négociation aujourd'hui.

Malgré les grèves qu'il y a eu cette semaine, ils sont encore aux tables de

négociation. Ils ne nous ont pas annoncé qu'ils allaient quitter. Donc, il n'y a pas une crise du point de

vue des négociations et je pense vraiment qu'on a fait un bout de chemin

ensemble. Je pense qu'il y a des éléments

qui étaient des irritants, et je peux comprendre qu'ils étaient des irritants,

et qui faisaient partie, bien sûr,

hein, d'une posture de négociation. On sait bien que, dans la négociation, il y

a une posture et que l'on recherche,

tranquillement, progressivement, là, à trouver un terrain d'entente. Moi, je

pense qu'on est en mesure de

s'approcher de ce terrain d'entente. Et je le dis en tout respect pour tous

ceux qui travaillent en ce moment dans le réseau, hein : Si les offres que nous faisons, c'est

des offres qui peuvent être améliorées, elles seront améliorées autour des

tables de négociation, autour de la possibilité de réaffecter des

ressources autrement, de réallouer autrement.

Alors, je remercie encore une fois la table, là,

pour le travail que vous avez fait, vous, en particulier, Mme la Présidente. Je remercie aussi mon collègue de nous

avoir invités aujourd'hui à cette interpellation. Je nous souhaite le meilleur, là, pour les prochains. Moi, j'ai

l'impression, vraiment, qu'il y a une volonté de toutes parts, hein, autant des

membres du réseau — des enseignants, j'en rencontre plusieurs

régulièrement — que l'on

signe une convention, qu'on partage

ensuite, ensuite une nouvelle vision ensemble de ce que devrait être ce réseau

scolaire que nous voulons moderniser, là, qui prend acte que nous sommes

au XXIe siècle et qu'il y a des gens aujourd'hui qui sont un peu mis à l'écart

de la gouvernance scolaire qui auront bientôt leur place. Alors, je vous

remercie, Mme la Présidente.

La Présidente (Mme Rotiroti) :

Merci beaucoup, M. le ministre. Alors, je vais céder la parole du côté de l'opposition

officielle pour une période de 10 minutes. Alors, M. le député de Lac-Saint-Jean,

la parole est à vous.

M. Cloutier : Bien, je vous remercie

beaucoup, Mme la Présidente. Alors, j'aurais aimé entendre ces propos d'ouverture il y a 10 mois de la part du ministre.

Comment se fait-il qu'il faut attendre qu'il

y ait des grèves partout à travers

le Québec pour soudainement dire que, bon, c'était juste

une proposition d'ouverture, c'était juste une proposition pour initier des discussions, alors que ça fait plus de six mois

maintenant que la convention collective est terminée, alors qu'il y a des

professeurs qui doivent s'absenter de l'école pour se faire entendre auprès du ministre?

Le ministre dit : Si nos offres doivent

être bonifiées, nous le ferons. Bien, je vous dis : Faites-le et faites-le

maintenant. Pourquoi laissez-vous le Québec dans une situation

comme on risque de la vivre malheureusement encore dans

les prochains jours parce qu'on a un gouvernement qui s'entête à faire des offres qui n'avaient, à

mon point de vue, rien

d'autre que pour objectif que de provoquer. Je rappelle, là, 0 %, 0 % d'augmentation. Après ça, moins

que l'inflation pour les autres années qui allaient suivre. En plus de

ça, on augmentait le nombre d'élèves par classe, on revoyait la pondération des élèves en difficulté puis on

coupait les professeurs-ressources qui avaient pour objectif d'aider les élèves

en difficulté.

Alors, ce que

j'ai envie de vous dire : J'espère que vous n'avez pas tout fait ça pour

mieux expliquer aux Québécois une

éventuelle loi spéciale puis que ce que vous n'avez pas en tête, dans le fond,

c'est de provoquer pour, en bout de course, en arriver à imposer votre propre vue dans le milieu de l'éducation, ce

qui serait la dernière chose à faire, Mme la Présidente.

Le ministre

m'a surpris tout à l'heure en citant la commission scolaire des Patriotes, là.

Il a peut-être oublié que son

prédécesseur avait envoyé un vérificateur à la commission scolaire des

Patriotes, là. C'est ce qui est complètement incroyable dans le manque de continuité d'un propre gouvernement où les

ministres se succèdent. Mais ce qu'il faut se souvenir, c'est que, quand la commission des Patriotes avait coupé

l'aide aux devoirs, le ministre Bolduc était sorti en disant : On va revoir. On va revoir la

gestion à la commission scolaire. Il avait envoyé un vérificateur. Puis

finalement, là, le ministre a été

obligé d'admettre que c'est un des modèles de bonne gestion au Québec. Alors,

mettons que, pour un même gouvernement, à l'intérieur de deux années

successives, mettons qu'on a changé notre fusil d'épaule.

Ceci étant

dit, Mme la Présidente, je suis toujours aussi surpris de voir à quel point

c'est un dialogue de sourds. C'est

extrêmement triste, parce que tous les commentaires de parents... Tout à

l'heure, on avait le député de l'opposition, là, qui semblait banaliser

en disant : De toute façon, il y aura toujours des besoins. Puis les

besoins seront toujours plus importants que notre capacité à offrir des

services. Mais chaque jeune qui est perdu dans notre système d'éducation, Mme la Présidente, c'est un jeune de trop. Quand

le ministre dit : On a fait des pas importants par le passé, c'est vrai.

Mais ce qu'il oublie de dire, c'est

que les coupures actuelles, elles, vont avoir un impact important sur la

capacité de réussir des jeunes

actuels. Puis là ce n'est pas moi qui le dis, là, c'est les directions

d'écoles. Puis ils ne sont pas en grève, eux autres. Ils ne sont pas en

négociation. Ils ne sont pas en renouvellement de convention collective.

Égide Royer — grand

spécialiste à l'Université Laval — essentiellement, en arrive aux mêmes

conclusions. Mais tout le monde comprend,

Mme la Présidente, que, quand on avait des services de psychoéducateurs, de

techniciens en éducation spécialisée

dans les classes, davantage d'orthophonistes, parce qu'aussi incroyable que ça

puisse paraître non seulement les

besoins sont supérieurs, M. le député, ce que vous avez oublié de dire, c'est

qu'il y en a, des orthophonistes, qui ont carrément perdu leur job, qui

travaillaient dans les commissions scolaires et qui ne travaillent plus dans

les commissions scolaires. Pourquoi? Parce

qu'effectivement on a décidé... on a choisi de couper dans les postes de

professionnels. L'autre fois, le

ministre nous dit : Ah! mais ce n'est pas vraiment vrai, pas de poste de

professionnel. Je ne sais pas s'il l'a reçu,

là, le tableau du bilan des coupures du réseau des professionnels de

l'éducation, mais je l'invite à en prendre connaissance. On l'a par commission scolaire et, par commission

scolaire, on a l'ensemble des gens qui ont été coupés, conseillers pédagogiques, agents de service

social, conseillers en éducation scolaire, psychoéducateurs et les

professionnels du... les APECQ qu'on appelle, dont eux ont

particulièrement été coupés de manière importante.

Alors, ce que

j'ai essayé de faire aujourd'hui, Mme la Présidente, c'est un peu de réveiller

le gouvernement puis leur faire comprendre que, quand tu coupes en

éducation, c'est un choix. C'est vrai qu'ils ont droit de le faire, c'est vrai qu'ils se sont fait élire de manière majoritaire.

Mais, nous, ce qu'on leur dit, c'est que c'est un mauvais choix, c'est une mauvaise orientation et ce sont de mauvaises

décisions. Quand on coupe dans les

cégeps, quand on coupe dans les universités,

et particulièrement pour les élèves en difficulté au

primaire-secondaire, bien, par définition, on est en train de se tirer

dans le pied sur le moyen, long terme du côté québécois.

Ce qui est

encore plus choquant, c'est dans le discours inaugural du premier ministre, le premier ministre avait dit,

ses premières paroles qui ont été prononcées, c'est qu'il n'y en aurait pas 25, priorités du

gouvernement, et que l'éducation serait

une priorité. Ça, malheureusement, force est de constater que ce n'est pas du

tout ce qui s'est produit. On a clairement sacrifié l'éducation au même titre, là... comme si l'éducation pouvait

être traitée, là, comme n'importe quelle opération comptable, alors que

ce sont des individus, des gens qui, en bout de course, sont en attente.

On oublie à

quel point, dans la vie d'un parent, c'est... ça peut modifier une vie, ça peut

même forcer des parents à quitter leur emploi lorsqu'ils ont un enfant

qui a besoin de services particuliers. Puis j'ai des cas, là, justement, d'une maman qui est prise devant ce choix difficile où

elle doit quitter son emploi. Puis elle me disait qu'elle avait un emploi

d'une très, très grande qualité, puis

qu'elle est prise entre sa volonté d'avoir sa propre carrière à elle, mais son

sentiment de culpabilité de vouloir

accompagner son enfant... Parce que ce qu'il faut comprendre, c'est que, dans

le régime public, comme les services

ne sont plus au rendez-vous, bien, ce que les parents font, ils se tournent

vers le privé. Mais, quand tu te

tournes vers le privé, ça nécessite souvent un agenda régulier puis des visites

régulières auprès des spécialistes. Puis, évidemment, bien là, tu dois

négocier un agenda qui n'est pas toujours simple à concilier, voire même

inconciliable. C'est déjà difficile quand on a des enfants qui vont bien, il

faut le dire, là, c'est déjà extrêmement difficile de les accompagner pour l'aide aux devoirs puis de

s'assurer qu'ils ont tout ce qu'ils ont besoin. Imaginez quand c'est des élèves

et des enfants qui ont des besoins particuliers.

J'avais d'ailleurs la déclaration de ce

parent-là qui m'a écrit, pas plus tard qu'hier ou avant-hier, qui était vraiment un cri du coeur, puis que j'ai envie de

retrouver, je ne sais pas si je vais avoir le temps de le lire, j'aimerais ça

avoir le temps de le lire. J'espère surtout

pouvoir le retrouver, mais qui était vraiment le témoignage que je viens de

vous dire. Prise devant ce scénario

catastrophe, à mon point de vue, ou, comme il n'y a plus de service dans son

école, malheureusement, elle devra quitter son emploi.

Alors, ce

qu'on a vu au fil du temps ou durant la dernière semaine, ce sont des

professeurs et l'ensemble du milieu de

l'éducation qui se sont mobilisés pour faire entendre leurs voix, une

profession qui est déjà mise à mal à plusieurs égards, où les professeurs ont de la difficulté à faire les

cinq premières années tout en poursuivant... après, c'est un professeur

sur quatre qui va quitter.

Ce qu'on voit

devant nous, c'est un ministre de l'Éducation qui est insensible, qui est un

ministre de l'Éducation qui a réussi à se mettre, je dirais, l'ensemble

du réseau à dos. Mais je vous avoue que sa déclaration sur ses propres

fonctionnaires, c'était sûrement une déclaration extrêmement maladroite. Pour

moi-même avoir été ministre, je sais pertinemment

que, lorsqu'on veut faire une réforme ou on veut avancer... puis Dieu sait que

parfois, comme ministre, habituellement on est impatient puis on veut que les

choses se passent rapidement, on a absolument besoin de la grande collaboration de ceux et celles avec qui nous

travaillons au quotidien. De dire que le ministère ne travaillait pas avec des

données probantes alors qu'il a fait toute

son interpellation, la semaine dernière, sur les chiffres de Francis Vailles,

pour finalement admettre que ce

n'était peut-être pas les bons chiffres, et M. Vailles a senti la nécessité

lui-même de revenir sur deux autres

chroniques pour dire que finalement ce n'était pas tout à fait les chiffres qui

avaient été cités, mais que c'était plutôt de l'ordre de 35 %

d'augmentation et non pas de 60 %, on pourrait en discuter.

J'espère, M.

le ministre... Je vous vois hocher de la tête. Ce que j'essaie de dire, c'est

qu'il est temps quand même, là, pour

lui de rétablir son ministère, de rétablir aussi, je dirais, son influence sur

ses collègues, et d'aller voir son collègue au Conseil du trésor, puis de négocier avec lui. Parce qu'en bout de

course c'est de même que ça fonctionne, Mme la Présidente. Et il y a une

nécessité réelle de dialogue entre eux pour nous assurer qu'il y ait des

réinvestissements importants.

J'espère aussi qu'il ne fera pas diversion sur

sa volonté de revoir toute la gouvernance. On a bien, bien hâte, M. le ministre, de lire votre projet de loi. Mais

j'espère que vous allez expliquer aux Québécois que... avant d'aller foutre

le bordel dans le réseau, j'espère que vous

vous serez assuré d'expliquer quels problèmes vous essayez de régler et que le

modèle que vous suggérez est meilleur que le

modèle actuel et vient surtout bonifier l'éducation, la formation, la qualité

de l'enseignement, etc. Alors, on est bien

curieux, on a hâte de vous lire, mais mettons qu'on va d'abord lire ce que vous

avez à nous proposer avant d'émettre quelque

commentaire, évidemment. Mais mettons que ce n'est pas évident, ce que vous essayez de régler présentement, et on est

surtout inquiets qu'en plus des coupures actuelles vous veniez chambouler

tout le milieu de

l'éducation. Il faudra que ça en vaille la peine. Alors, vous avez sans doute encore quelques

jours pour vous décider de ce que vous allez mettre dedans. On va vous

lire, et nous vous ferons part des commentaires le moment venu. Merci, Mme la

Présidente.

Présidente (Mme Rotiroti) : Merci beaucoup, M. le

député de Lac-Saint-Jean. Alors, merci, M. le ministre, chers collègues, M. le député de Lac-Saint-Jean

et M. le député de Chambly, pour votre collaboration.

Compte tenu de l'heure, je lève la séance de...

La commission ayant accompli son mandat, j'ajourne les travaux sine die.

(Fin de la séance à 12 h 1)

Document details

CollectionQuebec — Committees
CitationCCE 2015-10-30
Typecommittee
Volume / chapterfr travaux-parlementaires commissions cce-41-1 journal-debats CCE-151030
Languageen
Formathtml
SourcePROVINCIAL
Identifier1cf69e6182d9428be7150fbe8057e0421349d4b9

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