Institutions — 28 November 2013 (40th Legislature, 1st Session)
CI 2013-11-28
Quebec — Committees
La commission est réunie afin de procéder aux consultations particulières et auditions publiques sur le projet de loi
n° 61, Loi visant principalement le recouvrement de
sommes payées injustement par des organismes publics relativement à
certains contrats dans l'industrie de la construction.
Mme la secrétaire, y
a-t-il des remplacements?
La Secrétaire :
Oui, M. le Président. M. Tanguay (LaFontaine) est remplacé par M. Ouellette
(Chomedey).
Le Président (M. Ferland) : Alors, merci,
Mme la secrétaire. Ce matin, nous allons débuter par les remarques
préliminaires puis nous entendrons le Directeur général des élections. En
soirée, nous recevrons la Corporation des entrepreneurs… En soirée, c'est
impossible... On va arrêter…
Le Président (M.
Ferland) : Non, on finit après-midi.
La Secrétaire :
Non, en soirée, oui, oui.
Le Président (M. Ferland) : O.K. En
soirée, oui, nous recevrons la Corporation des entrepreneurs généraux…
M. St-Arnaud :
M. le Président, moi, je n'aurais même pas de problème à ce qu'on finisse ce
matin.
Le Président (M. Ferland) : Et voilà.
Non, j'allais vous ouvrir la porte et je l'ai fait, je pense, hein? Alors, sans
plus tarder, je vous invite, M. le ministre
de la Justice, à faire vos remarques préliminaires. Vous disposez d'un temps de
six minutes.
M. St-Arnaud : Oui. Merci, M. le
Président. Bien, heureux de vous revoir, M. le Président, à nouveau aujourd'hui
sur un autre dossier. Heureux de revoir les
membres de la commission. Je salue député de Chomedey, qui s'est joint aux
membres habituels de la Commission des institutions.
M. le Président, nous sommes donc aujourd'hui, comme vous le
mentionniez, réunis pour procéder aux consultations
particulières… en fait, pour entamer les consultations particulières et
auditions publiques relativement au projet
de loi n° 61, Loi visant principalement le recouvrement de sommes payées
injustement par des organismes publics relativement
à certains contrats dans l'industrie de la construction. Ce projet de loi, M.
le Président, que j'ai présenté à l'Assemblée
nationale le 13 novembre dernier est une suite logique du premier geste posé
par notre gouvernement au début de la
législature, soit la présentation d'une loi pour enrayer la corruption et la
collusion dans le processus d'octroi des contrats publics, la loi n° 1, dont le véritable nom est la
Loi sur
l'intégrité en matière de contrats publics. Nous poussons maintenant, M. le Président, plus loin notre
démarche en présentant le projet de loi n° 61, qui vise, lui, à récupérer
les sommes dues aux organismes publics
en raison d'opérations malhonnêtes telles la fraude ou des manoeuvres
dolosives.
Sommairement, M. le
Président, le projet de loi n° 61, si je peux l'expliquer en quelques
mots, comporte deux volets. Le premier volet
vise à inciter les entreprises à rembourser les organismes publics avant que
des recours soient entrepris. C'est
ce qu'on prévoit, M. le Président, aux articles 12 et suivants du projet de
loi. Et le second volet vise, lui, à faciliter
les recours civils devant nos tribunaux au nom des organismes publics. On
retrouvera ça aux articles 3 et suivants.
Aussi, rapidement, M. le Président, je reprends les deux
volets. Donc, le premier volet, inciter les entreprises à rembourser,
articles 12 et suivants, ce projet de loi prévoit, entre autres, M. le
Président, que le ministre de la Justice pourra
donc créer un programme de remboursement afin qu'une entreprise puisse remettre
les sommes qui ont été obtenues à la
suite de manoeuvres dolosives ou frauduleuses. Ce programme permettra notamment
aux entreprises ayant posé des gestes
répréhensibles de démontrer une volonté de changer leur culture
organisationnelle, en plus de démontrer qu'elles sont
de bonnes citoyennes corporatives. Toujours dans le but d'optimiser
l'utilisation des ressources mises à notre disposition
et de réduire ainsi le fardeau des Québécois, une telle mesure permettrait et
permettra aux entreprises concernées d'éviter une judiciarisation
inutile des litiges, avec les désagréments et les coûts qui s'y rattacheraient.
Il est entendu, M. le Président, que la quittance que pourrait obtenir une
entreprise suite au remboursement sera limitée aux seules divulgations faites par elle, et le résultat de
tout règlement sera rendu public, de sorte que les Québécois pourront constater
les résultats de toute négociation.
Pour s'assurer du bon fonctionnement du programme de
remboursement, une personne neutre et impartiale serait désignée afin de tenter d'amener les parties à
s'entendre — on parle
ici, par exemple, d'un juge à la retraite accompagné d'une équipe de juricomptables — ce qui offrira à ce processus de
remboursement une garantie d'intégrité. Et les sommes qui seront perçues, M. le Président, tant via ce
programme de remboursement que via
les recours civils seront redistribuées aux ministères et aux organismes
publics en fonction du préjudice subi
par chacun, déduction faite d'une somme correspondant à 20 % des sommes recouvrées pour payer les frais
liés à la mise en application de la loi n° 65. Alors, ça, c'est le premier volet, M. le Président,
donc l'encadrement législatif pour créer un programme de remboursement des
sommes payées injustement.
Et le
deuxième volet, M. le Président, c'est le volet plus juridique. Donc, on
prévoit un deuxième volet, qui vise, cette
fois, à faciliter les recours au nom des organismes publics. Ce sont donc,
comme je le disais, des dispositions qui sont aux articles 3 et suivants, qui permettront, donc, et qui auront
pour objet, quant à elles, d'établir des règles particulières et, je dirais même, costaudes, applicables à ces
recours judiciaires. Le projet de loi permet ainsi au ministre de la Justice
d'intenter, pour le compte d'un organisme
public, un recours contre une entreprise qui a commis une faute, par exemple
une manoeuvre dolosive, dans le cadre de
l'adjudication, de l'attribution ou de la gestion de contrats publics dans
l'industrie de la construction.
Le projet de
loi établit également une présomption à l'effet que le préjudice causé par une
faute correspond à un certain
pourcentage, déterminé par décret du gouvernement, du montant payé par
l'organisme public concerné pour un contrat
visé. Il appartiendra, le cas échéant, à une entreprise de démontrer au
tribunal que le préjudice causé était moindre que le pourcentage qui
sera fixé.
D'autres
règles sont également prévues afin que soient recouvrées ces sommes injustement
payées, M. le Président, lorsque
seront intentés des recours judiciaires, tel allonger le délai de prescription
à cinq ans, permettre la prise de recours pour des actes fautifs commis dans les 15 ans précédant l'adoption du
projet de loi et transiger au nom d'un organisme public. Ces mesures, M. le Président, permettront une utilisation
efficace des ressources des ministères et des organismes publics, telles les municipalités, si des
procédures judiciaires devaient être intentées pour récupérer les sommes payées
injustement.
Alors, en
conclusion, M. le Président, je suis convaincu que ce projet de loi n° 61
ainsi que les démarches entreprises par
notre gouvernement en matière de contrats publics permettront que soit rétablie
la confiance de la population, d'une part,
envers ses institutions publiques et, d'autre part, envers l'industrie de la
construction et les entreprises d'ici qui ont adopté au cours des
derniers mois plusieurs mesures pour assurer leur bonne gouvernance et qui
servent, on le sait, M. le Président, de moteur au développement économique du
Québec.
Alors, sur
ce, M. le Président, je pense que nous pouvons poursuivre les remarques
préliminaires avant d'entendre un
premier groupe. Mais il s'agit d'un projet de loi, je pense, important qui va
nous permettre, comme son
titre l'indique, de recouvrer des sommes qui
ont été payées injustement par des organismes publics, par des municipalités,
par le gouvernement du Québec, par des sociétés d'État relativement à certains
contrats dans l'industrie bien précise qu'est l'industrie
de la construction. Je pense que c'est un pas en avant, un pas de plus, M. le
Président, sur cette ligne que nous avons
adoptée depuis le début de notre mandat eu égard à la collusion et à la
corruption. Je vous remercie, M. le Président.
Président (M. Ferland) : Alors, merci, M. le ministre. Alors, j'invite maintenant le porte-parole de l'opposition officielle,
le député de Fabre, à faire ses remarques préliminaires. En vous indiquant que vous avez une durée de
six minutes, M. le député.
Ouimet
(Fabre) : Merci, M. le Président. Alors, bonjour à tous, tous
les membres de la commission, et les gens
qui nous regardent, et les gens qui vont venir devant nous pour éclairer nos
travaux. C'est toujours très apprécié, ces auditions-là, c'est très
utile.
Et vous me
permettrez, M. le Président, de revenir sur un thème que j'ai eu l'occasion
d'aborder à plusieurs reprises depuis le début de la 40e législature,
depuis que je suis membre de cette commission, c'est la question des délais de convocation,
du respect qu'on doit témoigner à l'égard des groupes qu'on veut entendre.
Et, dans ce cas-ci, je prends la peine de… parce
que je pense qu'on est confrontés à une situation un peu particulière, vu les délais serrés, où des groupes
se sont désistés et où, malheureusement, la commission pourrait ne pas avoir le privilège d'entendre certains groupes
parce que les délais de convocation sont très serrés. Certains groupes — et on
les remercie infiniment — ont respecté l'échéancier qui leur a été imposé, mais je réitère,
M. le Président, des commentaires que
j'ai faits à plusieurs reprises déjà, que j'ai de la difficulté à concevoir
qu'on espère ou qu'on s'attende, par exemple, du Barreau du Québec qu'il
puisse, à quelques jours d'avis, se présenter devant la commission pour nous
fournir un éclairage, particulièrement à
l'égard du projet de loi n° 61, que j'estime absolument essentiel. À mon
point de vue, ce serait irresponsable de la part de la commission de se
pencher sur l'examen… faire des consultations particulières sur le projet de loi sans que
nous ayons l'éclairage du Barreau du Québec parce que le ministre y a fait
référence tantôt, il a même utilisé les termes «mesures costaudes»,
effectivement, ce sont des mesures costaudes, ce sont des mesures qui
bouleversent, qui changent les règles du jeu habituelles.
Dans
notre société, M. le Président, nous sommes une société fondée sur la règle de
droit, la primauté du droit, c'est-à-dire que tout le monde est soumis
au contrôle de la loi. Et ce qu'il y a d'inhérent dans cette notion, une des caractéristiques essentielles du respect de la
règle de droit, de la primauté du droit, c'est la stabilité de la règle de
droit. On ne peut pas changer les
règles du jeu à la légère, et là c'est ce qu'on propose de faire, de changer…
Et je ne dis pas que c'est à la
légère. Ce qu'on fait ici, c'est qu'on propose des changements aux règles de
droit pour permettre des poursuites judiciaires
dans certains cas, et il me semble, M. le Président, qu'il est essentiel que nous
ayons le regard détaché du Barreau, le
regard indépendant du Barreau quant à ces mesures-là parce que le Barreau est
bien placé pour mettre en perspective ce
changement par rapport aux règles usuelles. Est-ce qu'il est opportun de le
faire? Est-ce qu'il est souhaitable de le faire? Est-ce que le moyen proposé est optimal? Est-ce que c'est la meilleure
façon de procéder? Ce sont les questions que les parlementaires devront
se poser pour éventuellement voter sur le projet de loi.
Alors,
tout le monde s'entend sur la nécessité de récupérer les sommes injustement
payées. Il n'y a pas de débat sur
cette question-là, tout le monde est d'accord. Là où il y a une question,
c'est : Est-ce qu'il est nécessaire d'adopter une loi? J