Institutions — 19 November 2015 (41st Legislature, 1st Session)
CI 2015-11-19
Quebec — Committees
(Onze heures trente-neuf minutes)
Le Président (M. Ouellette) : À
l'ordre, s'il vous plaît! Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la Commission des institutions ouverte. Veuillez, s'il vous plaît, vous assurer
que vos appareils électroniques sont en mode silencieux afin de ne pas
perturber nos travaux.
La commission
est réunie afin de procéder à l'étude
détaillée du projet de loi n° 59, Loi
édictant la Loi concernant la
prévention et la lutte contre les discours haineux et les discours incitant à
la violence et apportant diverses modifications législatives pour
renforcer la protection des personnes.
Mme la secrétaire, y a-t-il des remplacements?
La Secrétaire : Oui, M. le
Président. Mme Sauvé (Fabre) remplace M. Bernier (Montmorency); M. Bérubé (Matane-Matapédia)
remplace Mme Hivon (Joliette); M. Kotto (Bourget) remplace M. Leclair
(Beauharnois); et Mme Poirier (Hochelaga-Maisonneuve) remplace M. Marceau
(Rousseau).
Le Président (M. Ouellette) : Merci.
Je veux d'abord souhaiter la bienvenue à Mme la ministre, souhaiter la bienvenue à mes collègues, de La Prairie, Mme
la collègue de Fabre — c'est votre première commission, bienvenue — M. le député d'Ungava, M. le député de LaFontaine, M. le député de Jean-Talon,
Mme la députée de Gouin, Mme la députée de Montarville, M. le député de
Borduas, qui va se joindre à nous un petit peu plus tard...
Président (M. Ouellette) :
... — bon,
donc, on va rester avec Mme la députée de Montarville — M. le député de Bourget, Mme la
députée de Taschereau.
Nous débuterons avec les remarques préliminaires. Mme la ministre, vous disposez d'un maximum de 20 minutes pour vos remarques
préliminaires.
Mme Vallée : Donc, merci,
M. le Président. D'abord,
dans un premier temps, j'aimerais saluer les collègues qui vont nous accompagner au cours des prochains
jours. J'aimerais vous présenter les gens qui m'accompagnent, qui,
aussi, pourront nous aider et contribuer à nos travaux. Donc, à ma gauche, Me
Jad Barsoum, de mon cabinet, et Me Marie Trahan
et Me Lorraine Lapierre, qui sont toutes deux de nos équipes de légistes, et
qui pourront aussi contribuer, et qui ont travaillé très fort à la
rédaction du projet de loi, mais aussi à sa bonification.
Donc là, je
vais reprendre aujourd'hui les mots de la députée de Montarville, qui, dans un débat qui entourait un autre projet de loi,
disait : Enfin, enfin, M. le Président, enfin, nous amorçons l'étude
détaillée du projet de loi n° 59. Évidemment, je dois vous avouer, j'étais un petit peu étonnée tout à l'heure parce
que, du côté de la CAQ, on nous
disait : Adoptons rapidement
le projet de loi n° 59, bonifions le projet de loi n° 59, mais
on a voté contre le principe. Bon, je ne comprends pas, mais j'ose espérer qu'on pourra quand même,
malgré tout ça, travailler d'une façon qui nous permettra de bien faire
avancer le dossier, de bien bonifier notre projet de loi parce que c'est un projet
de loi qui est important.
Je sais que, du côté de
l'opposition officielle, on a demandé, au cours des derniers jours, de
reporter, de prolonger un petit peu les périodes d'étude. Je pense
que, là, maintenant, on en est rendus à l'étude
article par article, et c'est ici que le travail se fera, le travail de discussion, le
travail d'analyse qui va nous permettre de, je l'espère, adopter avant la fin
de la session un projet de loi important pour la société québécoise.
Je vous
rappellerai, puis je vais sans doute le rappeler à quelques occasions... vous vous
souvenez, l'été dernier, on a une
collègue ici, à cette Assemblée, qui nous avait dit : C'est le devoir du gouvernement de lancer un message pour indiquer
que les propos haineux qui font la promotion... dans ce cas-là, c'était de la
violence envers les femmes, que de tels
types de propos, c'était inacceptable, et je suis d'accord
avec ma collègue d'Hochelaga-Maisonneuve. On n'est pas toujours d'accord sur tout,
mais là-dessus je suis d'accord. Je suis d'accord que le projet de loi n° 59
est important, qu'il est important
de lancer un message que des propos haineux, qu'il s'agisse d'invitation à la
violence à l'égard des femmes, qu'il
s'agisse d'invitation à la violence à l'égard des membres de la communauté
LGBT, qu'il s'agisse de propos haineux
à l'égard d'un groupe identifié à l'article 10, ces propos-là sont
inacceptables dans une société libre et démocratique, et il est
important de s'y attaquer.
projet de loi n° 59, il s'inscrit dans le cadre du plan de lutte contre la
radicalisation, plan de lutte que nous avons déposé en juin dernier. Vous savez, la radicalisation, ça renvoie à un
ensemble de gestes qui sont qualifiés d'extrêmes, qui découlent d'une interprétation littérale des
principes d'un système, qu'il soit politique, religieux, culturel ou
économique. Et puis il y a énormément
d'événements malheureux qui sont survenus au cours de la dernière année. Même
ici, en territoire, en sol québécois,
on a vécu en octobre 2014 deux événements, un événement à Saint-Jean-sur-Richelieu,
un événement à Ottawa... J'ai dit en
sol québécois, mais à Ottawa, de l'autre côté du pont de Gatineau, des
événements qui nous rappellent que le Québec n'est pas immunisé contre
les personnes qui sont radicalisées.
radicalisation, elle peut, malheureusement, être renforcée par les préjugés,
par la discrimination, par le racisme, des
phénomènes qu'on doit combattre, puis avec fermeté, parce que les préjugés et
la discrimination, eh bien, ça brime les droits et libertés de la personne, et des droits et libertés auxquels la
société québécoise est attachée. La radicalisation, elle comporte des risques. Elle comporte des risques
pour la sécurité des citoyens, elle comporte des risques pour la santé,
la santé des citoyens, et c'est des risques qui peuvent porter atteinte à
l'ordre public et aux droits fondamentaux.
Est-ce que la
tenue de propos haineux ou des propos qui incitent à la violence peut
s'inscrire dans un processus de radicalisation? Oui, malheureusement.
Une action gouvernementale a d'ailleurs été réclamée pour contrer ce type de
discours dans le cadre de la consultation publique sur la lutte à
l'intimidation en 2014.
La crainte de
l'autre, le rejet des différences font reculer le Québec. C'est pourquoi on
doit rejeter les atteintes aux valeurs
de respect, aux valeurs d'ouverture et d'inclusion qui sont les nôtres. Le
Québec ne peut accepter des comportements
qui compromettent la sécurité et, surtout, la dignité des personnes. Le projet
de loi n° 59 s'inscrit donc dans une volonté de défendre, de
promouvoir les droits et libertés fondamentales tout en assurant, bien entendu,
la sécurité des Québécois. L'objectif est
donc de protéger les citoyens les plus vulnérables contre cette forme de
discours discriminatoire qui a, malheureusement, souvent pour effet d'isoler
les personnes qui en sont victimes.
Ceci
étant — et ça
encore, c'est très important de le mentionner — le projet de loi ne vise pas à sanctionner
les membres particuliers d'une communauté
religieuse, mais toute personne, toute personne, homme ou femme,
catholique, musulmane, juive, athée, qui
tient, qui diffuse un discours haineux, qui incite à la violence parce que,
malheureusement, ces propos-là, on les
retrouve dans la société, et ils se manifestent sous différentes formes, parce
que... et ça, dans un souci de respect des valeurs démocratiques, de
l'ordre public, du bien-être général des citoyens et des citoyennes du Québec.
On a abordé les consultations avec une grande
ouverture et nous avons été à l'écoute. Vous savez, M. le Président,
l'expression d'opinions publiques contribue à la démocratie et encourage
l'échange d'opinions opposées. Toutefois — et c'est ce qu'on retrouve
dans la décision de la Cour suprême du Canada — les propos haineux vont directement à l'encontre de cet objectif parce
qu'ils empêchent le dialogue, rendent difficile, rendent impossible,
pour les membres du groupe qui sont visés, de réagir. Ils entravent l'échange
d'idées, et c'est pour ça que la Cour suprême considère
que l'interdiction du discours haineux se justifie dans une société libre et
démocratique. C'est une interdiction qui n'est pas contraire à la charte
québécoise ou à la Charte canadienne des droits et libertés.
Mais, pour
dissiper toute ambiguïté quant à ce que constitue ou ne constitue pas un
discours haineux et malgré le fait
que le concept soit bien connu de la jurisprudence, je vais vous proposer, M.
le Président, que le concept soit défini. Ainsi, il pourrait être prévu qu'est un discours haineux un discours
qui, aux yeux d'une personne raisonnable, est d'une virulence ou d'un extrême tel qu'il est
susceptible d'exposer ce groupe à la marginalisation ou au rejet, à la
détestation, au dénigrement ou à l'aversion,
notamment pour que ce groupe soit perçu comme étant illégitime, dangereux ou
ignoble.
Je vais
proposer, M. le Président, également que soient modifiés le
titre du projet de
loi et le préambule du projet de loi
afin de clarifier les circonstances dans lesquelles le projet de loi s'inscrit.
Il pourrait donc être proposé que le
titre du projet de loi s'intitule
la Loi édictant la Loi concernant la prévention et la lutte aux discours
haineux et aux discours incitant à la violence et apportant diverses
modifications législatives pour renforcer la protection des personnes afin,
notamment, de lutter contre la radicalisation.
De plus, je vais vous proposer, M. le Président,
d'ajouter au préambule l'attendu suivant :
«Attendu
qu'il y a lieu de prévenir et de lutter contre la radicalisation,
l'intimidation et la marginalisation fondées sur un motif de
discrimination.»
Par ailleurs,
lors des consultations, plusieurs intervenants se sont dits outillés pour agir
dans l'éventualité où un discours haineux ou incitant à la violence
serait tenu. Certains nous ont dit qu'il pourrait être souhaitable que, dans certaines situations, la personne dénoncée soit
plutôt référée à une ressource qui serait plus appropriée pour aider.
J'entends donc proposer un amendement afin
de prévoir que la commission des droits de la personne et de la jeunesse puisse
référer la personne dénoncée à une ressource
plus appropriée à sa situation, même lorsque des éléments de preuve recueillis
lors de son enquête sont suffisants pour
déterminer que cette personne a tenu ou diffusé un discours haineux ou un
discours incitant à la violence ou
que cette personne a agi de manière à ce qu'un tel acte soit posé. Une telle
modification permettrait à la commission
des droits de la personne et de la jeunesse de saisir, par exemple, le
directeur de la protection de la jeunesse, le Curateur public ou encore une direction d'école qui, à
titre d'exemple,
pourrait offrir un plan d'intervention approprié pour l'élève.
Il est
également envisagé de prévoir que le Tribunal des droits de la personne, au
lieu d'imposer systématiquement une
sanction pécuniaire, et non une sanction pénale, dispose de diverses mesures de
redressement telle l'admission de la violation d'un droit. C'est un principe
que l'on reconnaît actuellement au niveau de la commission des droits de la
personne et de la jeunesse et du Tribunal des droits de la personne.
Autre
mesure, M. le Président, quant à la liste, la fameuse liste, la liste de
la honte, comme certains collègues l'ont appelée
lors des... leurs interventions sur le principe, pardon, je vais proposer un amendement
pour retirer cette obligation, compte tenu de l'accessibilité des
jugements via les différentes banques de décisions qui sont disponibles et compte
tenu également que, lors des consultations parlementaires,
les municipalités — je
pense notamment à la ville de Montréal — nous ont dit que cet outil-là
n'était pas utile et comportait plus de désagréments et de considérations défavorables que d'éléments favorables. Alors,
nous retirons la liste. Je sais aussi que ça faisait
partie des
commentaires que nombreux parlementaires ont formulés.
Quant
à la prévention — parce qu'on a beaucoup parlé de prévention, puis la prévention, elle est
importante, elle est essentielle aussi
dans la lutte à la radicalisation — j'aimerais
vous rappeler que le projet de loi confie expressément un rôle à la commission
des droits de la personne et de la jeunesse via l'article 17 du projet
de loi, qui prévoit que la commission
assure un rôle de prévention et d'éducation en matière de lutte contre les discours haineux et ceux incitant à la
violence.
Il y a d'autres amendements, M. le Président, et
je voudrais d'emblée, parce que je crois sincèrement à l'importance d'un travail parlementaire sérieux, d'un travail
rigoureux... Et, M. le Président, je vais déposer les amendements en
liasse, et là j'avise les collègues, dans cette liasse d'amendements, vous
retrouvez les amendements dont j'ai fait état. Il y a également d'autres
amendements qui font suite aux commentaires et aux recommandations formulés en
commission parlementaire, je ne vous les ai pas tous énumérés. Il y a également
parmi ces amendements des amendements de concordance.
Vous comprendrez que, par exemple, en retirant la liste, ça a un impact sur
d'autres articles du projet de loi. Et il
y a aussi des amendements de concordance quant à la version anglaise du projet
de loi, qui comportait quelques coquilles.
Alors, nous allons
vous distribuer ces amendements. Je comprends que, suite à une entente, une
fois que les commentaires seront faits et
les remarques préliminaires de chacun seront faits, nous verrons à suspendre,
probablement une période jusqu'à
15 heures, je crois, pour permettre aux collègues parlementaires de
prendre connaissance des amendements parce qu'évidemment certains de ces
amendements s'inscrivent dès le début de nos travaux, puis je pense qu'il est
important de travailler de façon sérieuse. Et, pour moi, il n'était pas
question de prendre par surprise quiconque
dans ce travail-là, alors je pense que c'est une pratique que l'on retrouve
régulièrement de distribuer et de déposer les amendements préalablement.
Alors,
M. le Président, moi, je souhaite réellement faire un travail de collaboration
avec les collègues. Je suis à l'écoute aussi, j'ai déposé des
amendements, mais je suis persuadée... Peut-être que, suite à nos échanges, il
y aura possiblement des idées qui auront
germé et qui, peut-être, donneront suite à des amendements de la part des
collègues. Je suis disposée à les regarder
et à ce que nous puissions, avec les équipes, ici, de juristes qui nous entourent,
assurer que chaque amendement soit
analysé. Évidemment, tout ça, j'ai un souci de respect, évidemment, de la
Charte des droits et libertés de la personne, assurer que les
amendements seront, évidemment, conformes avec l'esprit de la charte et les balises que la Cour suprême... les enseignements
de la Cour suprême nous auront donnés. Mais, ceci étant, je suis ouverte
à la collaboration parce que, dans cette
Assemblée, c'est à ça, justement, que sert le travail parlementaire, à bonifier
les projets de loi, et personne n'a le monopole des bonnes idées.
Alors,
ceci étant, M. le Président, je vous remercie et j'ai l'impression qu'on va
passer de nombreuses heures au cours des prochaines semaines à
travailler en collaboration.
Le Président (M. Ouellette) : Merci, Mme la ministre. J'invite maintenant la
porte-parole de l'opposition officielle en matière de laïcité, Mme la
députée de Taschereau, pour ses remarques préliminaires.
Maltais :
Merci, M. le Président. D'abord, bonjour, M. le Président. On ouvre cette
commission parlementaire. Mme la ministre,
nous nous retrouvons autour de la table pour débattre de ce projet de
loi sur
lequel on a déjà beaucoup débattu. Je me permets de saluer deux
personnes. D'abord, la collègue de Fabre, dont c'est la première commission
parlementaire, pas n'importe laquelle. Bienvenue. Et mon recherchiste, qui est
tout nouveau, qui vient de rentrer, alors, à
lui aussi, bienvenue dans le monde parlementaire. C'est une loi importante à
étudier, et on va le faire de façon très sérieuse.
suis ici, M. le Président, de bonne grâce et je vais travailler de bonne grâce,
mais pas de gaieté de coeur parce que je
pensais que, dès le départ, on entendrait cette opinion que nous avons qu'il
aurait fallu remanier en profondeur cette loi. Il n'y a pas seulement des amendements sur le
discours haineux qu'il fallait introduire, il y a toute une mécanique qui
se met en branle à partir de ce concept, sur
lequel on a d'immenses réserves. Et je croyais qu'il y aurait véritablement
un remaniement en profondeur, comme l'avait
laissé entendre le premier ministre. Ce n'est pas le cas, mais nous allons
donc travailler en collaboration, de bonne
grâce. On va essayer d'en faire le meilleur projet de loi possible. C'est mon
devoir, c'est le devoir de mes collègues. Je
sais que les collègues des autres partis sont là pour ça, on va le faire. On va
prendre le temps de le faire, toutefois.
Nous, on n'est pas du genre à voter contre puis à demander qu'il soit adopté
dès Noël. Non, on a voté contre le
principe puis on va prendre le temps de l'étudier, mais, comme je l'ai dit, de
façon très, très sérieuse, ordonnée. J'ai une réputation de faire les
choses bien, je pense, puis mes collègues aussi, on va bien le faire.
Quelque
chose, par exemple, d'abord, il aurait fallu distancer le volet I du volet II.
Ça a été refusé, alors on va donc parler
beaucoup du discours haineux au départ. La ministre nous dit : C'est un
projet de loi qui doit toucher tous les groupes touchés à la Charte des droits et libertés, c'est un projet de loi
contre tous les discours haineux, je la comprends. Sauf que parfois l'enfer est pavé de bonnes intentions, et
il y a eu, je dirais, pendant la commission parlementaire — et on y reviendra sûrement pendant les débats — un peu un rejet de cette opinion qu'on ne
doit pas travailler par la prévention, éducation, mais qu'on doit
travailler par la coercition.
vais citer le premier ministre... Puis la ministre aussi disait qu'on ne doit
viser aucune religion. Je suis d'accord qu'il ne faut viser aucune religion, mais je vais vous rappeler que la
ministre elle-même et le gouvernement ont souvent rappelé que le projet de loi n° 59 s'accroche
au plan de lutte à la radicalisation. Je vais lire l'introduction du plan de
lutte à la radicalisation, signée par le premier ministre :
Québec, comme dans d'autres États à l'échelle mondiale, la radicalisation
menant à la violence représente actuellement
une préoccupation de première importance.» On sera tous et toutes d'accord,
surtout après les événements de la
fin de semaine. «Les événements de nature terroriste survenus à
Saint-Jean-sur-Richelieu et à Ottawa en octobre 2014 ont montré que le
Québec n'est pas immunisé contre des personnes radicalisées qui peuvent, même
avec des moyens rudimentaires, perpétrer des
gestes violents au nom d'une idéologie extrémiste. De telles situations
appellent le gouvernement à agir avec détermination.» Alors là, on cible
des événements de nature terroriste, on ne cible pas autre chose, là.
on continue : «Par ailleurs, le départ de certains jeunes Québécois et
Québécoises pour joindre des groupes terroristes islamistes en Syrie et
en Irak ainsi que l'interpellation d'autres jeunes [ayant] leur départ pour
joindre ces groupes mettent en relief
l'importance, pour tous les acteurs de la société, de se mobiliser afin de
prévenir et de détecter les signes de la radicalisation et d'agir pour
contrer les situations qui y sont propices.»
je pourrais continuer comme ça, je vais citer un des derniers
paragraphes : «La radicalisation n'est pas l'apanage d'une
religion — on
est d'accord — en
particulier et ne concerne pas que la religion. Cependant — et là
le premier ministre dit "cependant" — l'actualité locale, nationale et
internationale très médiatisée implique des personnes s'identifiant à un courant radical violent de l'islam, ce qui
appelle à une intervention rapide et ciblée, sans porter atteinte à la
liberté d'expression, fondamentale dans une société démocratique comme le
Québec.»
Alors,
ce à quoi le premier ministre appelait, c'est à une lutte contre la
radicalisation vis-à-vis des actes terroristes posés par des jeunes qui croient, qui croient, qui croient parler au nom
de Dieu, ce qui est aberrant pour quelqu'un qui a un peu des notions
théologiques, à mon avis, mais qui croient parler au nom de Dieu et qui s'en
vont faire du terrorisme. Est-ce que ce
projet de loi là vise cela? Non, le projet de loi ne touche en rien à la
radicalisation. Il n'est pas du tout en lien avec les propos... ni avec
les propos du premier ministre dans son ouverture au plan de lutte à la
radicalisation. C'est l'ouverture, c'est les
mots qu'il donne : Voici l'objectif, voici à quoi ça sert, puis ensuite on
décrit le plan de lutte. Mais on n'est
pas là-dedans du tout. Alors, c'est ça, le problème que nous allons aborder.
Alors, on va faire tout ce qu'il faut pour essayer de démêler tout ça,
d'y arriver. Mais, comme je l'ai dit, l'enfer est parfois pavé de bonnes
intentions. Dans ce cas-ci, ce que les commissions parlementaires nous ont dit,
c'est qu'on était plutôt dans le domaine de l'enfer.
Maintenant, une dernière chose. Ma collègue la ministre
de la Justice cite souvent ma collègue
la députée d'Hochelaga-Maisonneuve. Je vais citer moi-même la réplique de la collègue
d'Hochelaga-Maisonneuve qui, à l'Assemblée
nationale, a dit : «D'ailleurs, cet été, on se rappellera qu'on a eu une
vague, qui s'appelait la vague Roosh V. Alors, Roosh V est venu... voulait venir tenir des conférences ici, à Montréal,
au Québec, et cet homme a des propos antiféministes
d'une vulgarité — je
vais le dire comme ça, M. le
Président — incroyable. Eh bien, durant l'été, on est
intervenus — elle — pour
dire : Est-ce que la ministre de la Justice, la ministre qui est aussi ministre
de la Condition féminine, peut intervenir pour,
justement, faire un peu comme l'avait fait sa collègue
au préalable — elle
avait téléphoné puis elle avait réglé le problème, c'est ça que sa collègue
avait fait, elle nous l'avait dit — intervenir
pour qu'il n'y ait pas d'espace pour cette personne-là pour venir tenir
ce genre de propos totalement disgracieux, entre autres, envers les femmes? Et,
à ma grande surprise — dit
la députée d'Hochelaga-Maisonneuve — la ministre de la Justice a utilisé, justement, cette intervention que j'avais faite pour justifier son projet de loi. Cependant, dans le projet
de loi, il n'y a
rien qui lui permettait d'agir, actuellement, en fonction de ça.»
Alors,
la députée d'Hochelaga-Maisonneuve réfute l'utilisation par la ministre de la Justice des propos qu'elle a tenus. Ce que nous
disons, M. le Président, depuis longtemps, c'est : Il faut outiller les
gens pour lutter contre la radicalisation,
il ne faut pas brimer la liberté d'expression. C'est toujours
quelque chose de sérieux. C'est pour ça, M. le Président, que nous allons travailler
avec beaucoup de sérieux et avec toute l'habituelle collaboration que nous
avons en commission parlementaire. Merci.
Le Président (M. Ouellette) : Je n'en attendais pas moins, Mme la députée de Taschereau. J'invite maintenant la porte-parole du deuxième
groupe d'opposition en matière de laïcité et députée de Montarville pour ses
remarques préliminaires.
(Montarville) : Merci beaucoup, M. le
Président. Bonjour à vous tous, collègues
parlementaires du gouvernement, de l'opposition
officielle, ma députée de Gouin. Députée de Gouin préférée, il n'y en a qu'une.
Écoutez,
Mme la ministre, tout
de suite je voudrais vous expliquer,
puisque Mme la ministre m'a interpelée en commençant les travaux... J'aimerais lui expliquer que, d'entrée de jeu — et
comme je l'ai expliqué durant une heure au salon bleu — pour
demeurer cohérente, au salon bleu, nous avons spécifié que nous voterions
contre l'adoption du principe, quoique
nous disons qu'il faille absolument faire quelque
chose contre la radicalisation et
l'intégrisme religieux. Et c'est la raison
pour laquelle nous ne pouvions voter en faveur de l'adoption du principe aujourd'hui, compte tenu qu'on sait qu'on est devant un projet de
loi, le projet de loi n° 59, qui sera beaucoup retravaillé. Il y a une
pile d'amendements qui a été déposée. C'est
une bonne chose, nous en sommes fort heureux. Donc, il y a
de l'espoir, et nous avons hâte de voir les amendements, compte tenu du fait que voter sur l'adoption de principe, on
aurait voté sur quelque chose qui sera probablement changé de façon
importante, donc on veut voter sur un produit final.
Maintenant,
avant de commencer l'ensemble des travaux, j'aimerais aussi rappeler à la ministre
combien ce projet de loi qu'elle nous a présenté avait soulevé des
craintes dans la population puis également lors des consultations quant à sa portée, également
ses conséquences sur la liberté d'expression, mais surtout quant au fait qu'il
passait carrément à côté de l'objectif, soit la lutte à l'intégrisme religieux
et la radicalisation.
Alors,
à la lumière des événements qui ont secoué Paris vendredi dernier et ceux qui
ont choqué le Québec et le Canada au cours de la dernière année, on s'en souvient
tous, bien, les parlementaires doivent doter notre système judiciaire d'outils concrets pour éradiquer cette menace qui
nous guette et pour assurer la sécurité physique et morale de toutes les
Québécoises et de tous les Québécois. Et, M. le Président, rappelez-vous, j'ai
fait des propositions en ce sens-là dès février
dernier. C'étaient des propositions de travail, des angles dans lesquels il faudrait
aller, et je dois dire que j'ai été déçue
qu'ils ne se retrouvent pas dans le p.l. n° 59. On l'avait répété plusieurs
fois que ça pourrait être des choses intéressantes, on en a discuté. On va voir dans les amendements si
elles s'y trouvent. Alors, il y a de l'espoir, il y a de l'espoir, on va
travailler.
D'ailleurs,
mon chef a réitéré hier puis encore ce matin une proposition, entre autres, concernant la dissolution des corporations
religieuses fautives. Nous l'avions dit en février dernier, nous le répétons.
Et ce qui est intéressant, c'est de constater
qu'actuellement ça touche des démocraties, les démocraties
actuelles, parce que ces mesures-là sont actuellement étudiées par
le gouvernement en France. Alors, on n'est pas complètement déconnectés en
arrivant avec des choses comme ça. Je pense
que la réalité qui est devant nous est d'une extrême gravité, et il faut
prendre des mesures chirurgicales, mais
précises, et ça en fait partie. Et le premier
ministre s'est montré ouvert ce
matin, il avait une oreille attentive face à cette proposition.
Alors, nous
comptons sur l'ouverture de la ministre et la considération de la ministre
lorsque nous lui présenterons nos amendements. Il y en aura, et pour
améliorer ce projet de loi. Et surtout j'espère que l'opposition va collaborer aussi — on a toutes les raisons de le croire, mais
ça serait intéressant — pour adopter d'ici la fin de la session, rapidement. Parce
que ça fait un petit bout qu'on l'attendait, cette loi, hein, pour renforcer
notre force d'action contre l'intégrisme religieux
et les agents de radicalisation, alors on va travailler en très grande
collaboration pour faire avancer les choses. Merci.
Président (M. Ouellette) :
Et, de consentement des collègues, Mme la députée de Gouin, pour vos
remarques préliminaires.
Mme David
(Gouin) : Merci, M. le Président. Merci aux collègues aussi pour leur
collaboration. Alors, je voudrais dire
d'entrée de jeu qu'il y a un point soulevé par la députée de Taschereau qui
m'apparaît tout de même... Je ne dis pas que c'est le seul, là, mais, dans ce que la députée de Taschereau a
soulevé, il y a un point qui m'apparaît particulièrement pertinent, c'est celui de préciser à quoi sert ce
projet de loi. Il est vrai qu'il a été présenté le même jour que le plan
sur la radicalisation et le même jour aussi
qu'un autre projet de loi... excusez-moi, là, j'ai un blanc tout d'un coup,
mais enfin, bon, sur la neutralité religieuse de l'État, voilà, et donc
c'est assez normal que tout le monde ait compris que le projet de loi
n° 59 s'inscrivait dans un plan de lutte... dans une forme de lutte, en
tout cas, à la radicalisation.
Or, à la
lecture du projet de loi, il est vrai que le projet de loi, tout en touchant
cette question, à mon avis, puisqu'une personne qui tient des discours
haineux et incitant à la violence, par exemple, auprès de jeunes, peut,
effectivement, être un agent de
radicalisation de ces jeunes, n'importe quel jeune, n'importe quelle forme de
radicalisation... donc, je crois quand même que le projet de loi touche
cette question, mais il ratisse plus large. Et là c'est vrai que ça veut dire
qu'il y a un débat de société ici. Il touche
plus large, c'est-à-dire qu'il apporte un outil supplémentaire à ce que le Code
criminel canadien prévoit déjà pour contrer des propos ou discours haineux et
incitant à la violence. On est à peu près, là, dans les mêmes eaux.
La question...
bien, enfin, l'une des questions qu'il faut nous poser, c'est : Avons-nous
besoin, au Québec, d'un outil supplémentaire à ce que le Code criminel
prévoit déjà? Quant à moi, pour le moment et sous réserve de toutes les discussions que nous aurons, la réponse est
oui parce que non seulement certains jeunes Québécois sont happés par
des agents de radicalisation, mais je dirais
aussi avec un peu de tristesse qu'au Québec, comme ailleurs en Occident et
dans le monde, il y a en ce moment une certaine montée de forme d'intolérance,
que ça soit vis-à-vis les femmes, que ça soit vis-à-vis
des minorités religieuses ou culturelles, et c'est inquiétant. Il y a juste à
regarder ce qui se dit dans les médias sociaux, c'est franchement, à
certains moments, à faire peur.
Alors, le
projet de loi n° 59, si l'on veut qu'il soit un outil efficace, pertinent
et acceptable par la population, doit réussir
à trouver un équilibre extrêmement difficile à trouver, je le sais, entre le
respect de la liberté d'expression, qui est l'une des valeurs fondamentales au Québec auxquelles nous sommes très
attachés et auxquelles ma formation politique est très attachée,
croyez-moi... mais, en même temps, convenir que cette liberté d'expression a
des limites. Même Julius Grey en convient.
Alors,
quelles doivent être ces limites? Comment les qualifier? C'est là qu'est toute
la difficulté, je le sais, et donc il faudra voir les amendements pour
voir si, effectivement, il y a une réponse à cette question-là parce que
j'aimerais rappeler tout de même que les victimes de discours haineux et
incitant à la violence existent au Québec comme ailleurs — on n'est
ni mieux ni pires que d'autres — puis que les victimes, elles, elles ont
souvent beaucoup moins le droit à la liberté d'expression dans les faits
à cause de leur vulnérabilité.
Je rappelle aussi que ce projet de loi contient
toute une
section qui vise une protection accrue des femmes, et des jeunes filles, et des adolescentes. Et je sais
que, là-dessus, les oppositions sont largement en accord, il faudra
juste s'assurer que tout va dans le sens que tout le monde souhaite. Mais, sur
l'intention, là je pense que nous sommes en accord
parce que nous voulons que toutes les femmes, toutes les jeunes filles, toutes
les adolescentes au Québec aient les mêmes droits. Alors, ça, c'est très
important.
Donc,
évidemment, j'assure à la fois la ministre et les collègues de mon entière
collaboration. Je souhaite que nous ayons
les débats... je sais que c'est difficile, mais les plus sereins possible. Ces
temps-ci, malheureusement, la nuance ne trouve pas toujours toute la
place qu'elle devrait avoir dans nos débats sociaux, particulièrement depuis
une semaine. Et donc
je pense qu'ici nous aurons besoin de toute notre sérénité et de toutes nos
capacités de nuance nécessaires pour avoir des débats fructueux, et c'est
vraiment ce que je souhaite. Merci, M. le Président.
Le Président (M.
Ouellette) : Merci, Mme la députée de Gouin. Donc, si je reprends les
commentaires de Mme la députée de Montarville par
rapport à votre propos, je présume
que, dans l'avancement de nos travaux, vous aurez, en temps et lieu, à présenter des amendements pour faire valoir la position que vous nous avez
parlé dans vos remarques préliminaires. Oui, Mme la ministre.
Vallée : Simplement dans le souci de pouvoir travailler
correctement, si, d'aventure, certains amendements étaient prêts, moi,
je pourrais faire les vérifications, et on pourrait effectuer les vérifications
nécessaires auprès des juristes pour assurer
de la constitutionnalité des amendements qui pourraient être proposés. Donc, je
veux simplement dire que, plutôt que
de travailler, de déposer, de retarder, de suspendre, si certains amendements
auxquels les collègues ont fait référence
étaient prêts à l'avance, bien, on pourrait faire ce travail-là en amont, ce
qui nous permet de travailler de façon raisonnée
et raisonnable. Parce que, comme je l'ai mentionné, M. le Président, je suis
très ouverte à étudier ce qui pourrait être suggéré. Je vous le
mentionnais, je n'ai pas le monopole des bonnes idées.
Le Président (M.
Ouellette) : Mme la députée de Taschereau.
Maltais : M. le Président, j'entends bien l'appel de la
ministre. Comme j'ai dit, j'ai un nouveau recherchiste, alors je suis un peu... On a des idées, mais
mettons qu'elles ne sont pas fignolées au niveau de l'écriture. On verra à
ce moment-là. Ça nous fera plaisir de travailler en collaboration, on l'a dit.
Maintenant,
la ministre avait suggéré de façon fort appropriée que, suite au dépôt des
amendements, on suspende jusqu'à 13 heures. Alors, je veux juste
qu'on n'oublie pas ça puis on y arrive à un moment donné.
Le Président (M.
Ouellette) : Il n'y a pas de problème.
Maltais :
Mais, M. le Président, c'est vous qui aurez la charge de la manoeuvre?
Le Président (M.
Ouellette) : Effectivement.
Maltais :
D'accord.
Le Président (M. Ouellette) : La suite de la manoeuvre va se faire après les
commentaires de Mme la députée de Montarville.
Mme Roy
(Montarville) :
Merci, M. le Président. Oui, naturellement, on vous l'a annoncé, puis il y aura
des amendements. On pourrait vous les soumettre. Naturellement, ce sont des
amendements sur le p.l. n° 59 avant vos propres amendements. Donc, si
on vous les dépose, on aimerait se réserver le droit, tout de même, d'en
débattre.
Le Président (M. Ouellette) : Donc, pour assurer des travaux efficaces, nous
allons suspendre jusqu'à 15 heures. Mais, avant la suspension,
avant que vous quittiez cette salle, nous allons vous distribuer les
amendements dont la ministre a fait état, la copie française et aussi la
version anglaise des amendements.
puisque vous l'avez fort bien souligné d'ores et déjà, quand nous reprendrons
nos travaux à 15 heures, si ça a suscité
de votre part une certaine réflexion ou une certaine préparation d'amendements,
je pense que la ministre a été ouverte aussi à ce qu'on puisse faire cet
échange-là.
Donc, la commission
va suspendre ses travaux jusqu'à 15 heures. Ne quittez pas la salle avant
qu'on vous ait remis vos documents.
(Suspension de la séance à
12 h 14
Le Président (M.
Ouellette) : À l'ordre, s'il vous plaît! La Commission des
institutions reprend ses travaux. Veuillez, s'il vous plaît, vous assurer que vos appareils électroniques sont en mode silencieux
afin de ne pas perturber nos travaux.
vous rappelle que la commission est réunie afin de procéder à l'étude détaillée du projet de loi n° 59,
Loi édictant la Loi concernant la
prévention et la lutte contre les discours haineux et les discours incitant à
la violence et apportant diverses modifications législatives pour
renforcer la protection des personnes.
Lors
de la suspension de nos travaux cet avant-midi, nous avions complété l'étude
des remarques préliminaires. Mme la
ministre avait déposé des amendements en français et des amendements pour la
version anglaise du projet de loi, et nous nous étions quittés pour que
tous les membres de la commission puissent prendre connaissance des différents
amendements.
la députée de Montarville, à ma suggestion, nous avait indiqué qu'elle pourrait
avoir certains amendements qui étaient compatibles avec le projet de loi
n° 59 original et qu'elle regarderait cette avenue-là durant la suspension
de nos travaux. Et je pense que la suspension de nos
travaux a amené une réflexion de la part de Mme la députée de Montarville, à
qui je laisse la parole.
(Montarville) : Merci, M. le Président. Alors, naturellement, à l'image de ce
que la ministre a fait, pour,
justement, accélérer les travaux, je dépose en liasse également
des amendements. Il y
a neuf pages d'amendements, et
on va les travailler en grande collaboration, j'espère.
Le Président (M.
Ouellette) : Merci, Mme la députée de Montarville. Puisqu'il n'y a pas
de motions préliminaires, nous allons immédiatement débuter l'étude
article par
article. Pour la bonne marche de nos
travaux, je vous souligne que l'article 1 du projet de loi édicte une nouvelle loi concernant plusieurs
articles. Et, selon la jurisprudence, la loi ainsi introduite sera
étudiée comme tout autre projet de loi avec les temps de parole usuels.
vous souligne également que, toujours selon la jurisprudence, le préambule doit être
étudié à la fin de l'étude détaillée, tout juste avant l'adoption du titre. Et, pour
le titre, normalement, à moins qu'il
y ait consentement... Parce que la ministre, dans son discours
préliminaire, a mentionné qu'il y avait un amendement sur le titre. À moins qu'il
y ait consentement de la part des collègues, on ferait le
titre à la fin ou on
peut, de consentement, le faire au début.
Maltais : M. le Président, on peut le faire au début comme à la fin. Là, c'est clair qu'il y a
un amendement proposé. Ça, c'est assez inhabituel, donc est-ce qu'on...
On peut le faire à la fin, comme vous voulez.
Mme Vallée :
En fait, on le fait habituellement à la fin. Puis il arrive parfois que, suite
aux travaux, suite à l'évolution du projet de loi, le
titre puisse être amendé.
Donc, moi, je vous propose de ne pas déroger à notre pratique habituelle de
suivre la direction que nous donne notre président, à moins qu'il y ait une
particularité.
Le Président (M.
Ouellette) : Donc, devant cet accord de tous les parlementaires, nous
allons prendre en considération l'article 1 de la loi édictée par l'article 1
du projet de loi. Mme la ministre, la parole...
Maltais : M. le Président, si vous permettez, avant, juste pour le bon ordre de nos travaux, je
veux juste vérifier, comme c'est une
loi quand même assez importante, où il
y a vraiment, tu sais, il y a
des amendements sur certains alinéas, pas sur d'autres,
et tout ça, il y a aussi beaucoup de matière, est-ce qu'on va l'étudier alinéa
par alinéa?
Le Président (M. Ouellette) : Oui, effectivement, vous avez un bon point, Mme
la députée de Taschereau. On peut le faire de cette façon-là.
Maltais :
C'est l'usage.
Le Président (M.
Ouellette) : Ma façon de procéder aussi, nous avons, au niveau des
articles — puis
on a toujours procédé comme ça — une discussion générale sur l'article et, en
fonction de l'évolution de notre discussion... C'est ça. Ça fait que
procédons par l'article 1, puis nous allons, effectivement, regarder
chacun des attendus dans la discussion générale. M. le député de
La Prairie.
Merlini : M. le Président, pour la bonne gouverne de nos travaux, je
voudrais rappeler qu'il y a quand même eu une décision de jurisprudence à l'effet que ce qui est souhaitable, ce
que la pratique démontre, c'est qu'il faut indiquer à la présidence dès
le début de l'étude d'un
article s'il en est l'intention des députés de
l'étudier alinéa ou paragraphe par paragraphe
à ce moment-là. Alors, je soumets respectueusement aux membres que, selon votre
bonne gouverne, M. le Président, vous verrez à bien suivre cette
décision qui avait été déjà rendue par le passé dans la jurisprudence pour le
temps de parole.
Le Président (M. Ouellette) : Effectivement, M. le député de La Prairie,
mais je pense avoir été assez clair sur la bonne marche de nos travaux.
Et, tant que nos discussions sont très constructives, je ne dérogerai pas à ma
façon habituelle. Mme la députée de Taschereau.
Maltais : Je veux juste que vous l'expliquiez bien. C'est
discussion générale, comme on fait d'usage, et ensuite c'est alinéa par
alinéa, ce qui fait que des fois ça va plus vite, des fois ça va moins vite
selon la... C'est bien comme ça qu'on procède actuellement. Merci.
Le Président (M. Ouellette) : Je n'ai pas de problème. On s'ajustera en cours
de route si on a besoin de s'ajuster, mais, normalement, les travaux de
notre commission se déroulent toujours très rondement.
Maltais : Non, M. le Président, je comprends, là, «on
s'ajustera», ça veut dire quoi? Moi, je suis d'accord avec le député, qui nous dit : D'habitude, on
s'entend sur un phénomène au départ. Mais, si les règles varient en
cours de route, on va être embêtés.
Président (M. Ouellette) :
Vous pouvez compter sur moi, Mme la députée de Taschereau, pour que les
règles ne dérogent pas en cours de route.
Maltais :
D'accord.
Le Président (M. Ouellette) : Mme la
ministre,
article 1 pour lecture, s'il vous plaît.
Mme Vallée :
Oui. Alors, il y a un... en fait, il y a deux amendements à l'article 1.
Alors, il y a un amendement dans la loi proposée et un amendement
également au texte anglais de la loi.
Maltais : Je ne veux vraiment pas mal faire, là,
d'habitude l'usage, c'est que vous lisiez l'article, et ensuite
vous nous dites : J'ai des amendements.
Mme Vallée : Bien, en fait,
je vous indique qu'il y a des amendements puis je m'apprêtais à lire l'article.
Maltais : Ah! d'accord,
on s'entend.
Mme Vallée : Alors, honnêtement,
là, ça peut être long si on s'arrête comme ça à chaque fois, on...
Le Président (M. Ouellette) : Non,
mais je pense qu'on va casser la glace. Et même Mme la députée de Montarville a aussi un amendement à nous proposer. On va commencer par l'article du
projet de loi n° 59 et on ira aux amendements par la suite.
Mais on va faire la lecture du projet de loi tel qu'il est écrit. Mme la
ministre.
Mme Vallée : D'accord.
Alors : «Chapitre I. Objet.
«1. La présente loi a pour objet d'établir des
mesures de prévention et de lutte contre les discours haineux et les discours
incitant à la violence.
«Elle
s'applique aux discours haineux et aux discours incitant à la violence tenus ou
diffusés publiquement et qui visent
un groupe de personnes qui présentent une caractéristique commune identifiée
comme un motif de discrimination interdit à l'article 10 de la
Charte des droits et libertés de la personne.»
Le Président (M. Ouellette) :
Excusez, Mme la ministre, vous êtes où, là?
Mme Vallée : Je suis à l'article 1.
Mme Vallée : Non, on est à l'article 1,
on... Le préambule, on le fait à la fin. Alors, suite au préambule :
«Chapitre I. Objet. 1...» Alors...
Le Président (M. Ouellette) : O.K.
Donc, le
titre et le préambule de l'article 1... O.K. On est au
chapitre I, à l'objet, à l'article 1. On recommence, Mme la ministre,
désolé.
Mme Vallée : Bien là, je l'ai
Le Président (M. Ouellette) : Vous
avez terminé la lecture?
Mme Vallée : Ça, c'est le projet tel qu'il est proposé. J'ai un amendement
qui est quand même important à déposer, puisque l'amendement
vient clarifier et pourrait peut-être permettre de...
Maltais : ...les
attendus.
Le Président (M. Ouellette) : Non,
on fait les attendus à la fin, c'est ça qu'on s'est entendus.
Mme Vallée : Bien là, on a
convenu qu'on faisait les attendus à la fin, on a fait ça tantôt, là.
Maltais : Non, le
titre à la fin.
Mme Vallée : Le président a
aussi parlé des attendus tantôt.
Maltais : Ah!
excusez-moi, j'avais entendu le titre.
Mme Vallée : Non, on a parlé
titre et attendus.
Le Président (M. Ouellette) : Oui,
le titre...
Maltais : Ah! le
titre et les attendus se font à la fin.
Le Président (M.
Ouellette) : Oui, c'est à la fin parce qu'en cours de...
Maltais :
Pourquoi?
Le Président (M. Ouellette) : Bien, dans la jurisprudence, c'est comme ça, le
titre et les attendus, c'est à la fin, à moins qu'il y ait consentement
de tous les parlementaires et...
Maltais : Attendu... C'est parce que, M. le Président, j'avais un amendement, moi, aux attendus dès le départ.
Maltais :
Eux autres aussi? O.K.
Le Président (M. Ouellette) : Et Mme
la ministre a aussi des amendements
aux attendus, et Mme la députée
de Montarville a aussi des amendements aux attendus.
Maltais : Bien,
écoutez, M. le Président, je peux vous expliquer comment on est un peu...
Moi, je me sens un peu mal à l'aise,
mais je veux vraiment juste l'expliquer, là. C'est que, dans les
attendus, il y a avant... dans l'article même, dans
l'attendu, dans l'article, il y a le
titre de la loi. Or, mon amendement touche au
titre de la loi et, donc, à l'objet de la loi. Ça fait que, si on se met à ne
pas étudier ça en ce moment... D'accord, je vais l'étudier à l'article 1, M. le Président, je
vais faire la même chose. C'est correct. Pour moi, aussitôt qu'on touche au
titre de la loi, on touche à l'objet sur lequel il faut qu'il y ait la
discussion.
Vallée : Mais, de toute façon, c'est un peu la même logique.
C'est que, suite à l'étude
article par article, il est possible, je ne sais pas, suite aux
amendements, que certaines choses changent et nous amènent, pour toutes
sortes de raisons, à vouloir réviser le
titre et à vouloir réviser les attendus. Donc, plutôt que de travailler à
l'inverse, ne présumons pas de ce que nous allons adopter, adoptons, et,
par la suite, on pourra adapter. Adoptons et adaptons.
Maltais :
Non, mais ça va, c'est que je n'avais pas entendu «attendus».
Le Président (M. Ouellette) : Est-ce
qu'il y a d'autres commentaires? Vous
avez des remarques sur l'article 1, Mme la ministre?
Vallée : Bien, en
fait, M. le Président, évidemment, l'article
détermine l'objet de la loi, puis
l'objet de la loi, bien, vise notamment à établir des mesures de
prévention puis de lutte contre les discours haineux puis les discours incitant
à la violence, précise les conditions particulières d'application, savoir que
le discours présente un caractère public,
qu'il vise un groupe de personnes qui partagent une caractéristique identifiée
comme un motif de discrimination qui est interdit à l'article 10 de
la Charte des droits et libertés de la personne.
Pour
ce qui est de la définition du discours haineux, évidemment l'amendement que je vais vous déposer propose une définition, une définition qui est, évidemment, comme je l'ai
mentionné cet avant-midi, inspirée de l'arrêt Whatcott puis dans laquelle, je dois dire... Évidemment,
l'arrêt Whatcott définit le discours haineux, explique clairement ce qu'est
et ce que n'est pas le discours haineux. Et,
dans ce sens, je crois que c'est important. Donc, il sera important, peut-être,
de revenir éventuellement à l'amendement, puisque ça va permettre de
bien situer l'objet du projet de loi.
Évidemment,
le discours haineux, ce n'est pas du
tout la critique, même la critique virulente d'une opinion, même la
critique virulente d'une religion, ce n'est pas la satire, c'est clairement un
discours qui est d'une virulence... Puis, en fait,
je reviens à la définition, puis je pense que c'est ce qui est le plus clair,
c'est le discours qui «est d'une virulence ou d'un extrême tel qu'il est susceptible d'exposer ce groupe à la
marginalisation ou au rejet, à la détestation, au dénigrement ou à
l'aversion notamment pour que le groupe soit perçu comme étant illégitime,
dangereux ou ignoble».
Et là, évidemment, je
vous ramène... je pense qu'il est important également de garder en tête quels
sont les groupes visés qui présentent une caractéristique commune. Parce qu'on
fait référence à l'article 10 de la charte, alors l'article 10 de la
charte se lit ainsi : «Toute personne a droit à la reconnaissance et à
l'exercice, en pleine égalité, des droits et
libertés de la personne, sans distinction, exclusion ou préférence fondée sur
la race, la couleur, le sexe, la grossesse, l'orientation sexuelle,
l'état civil, l'âge sauf dans la mesure prévue par la loi, la religion, les
convictions politiques, la langue, l'origine
ethnique ou nationale, la condition sociale, le handicap ou l'utilisation d'un
moyen pour pallier à ce handicap.
«Il y a
discrimination lorsqu'une telle distinction, exclusion ou préférence a pour
effet de détruire ou de compromettre ce droit.»
Alors,
il s'agit là des caractéristiques qui sont touchées à l'article 1 par
l'interdiction de cibler un représentant ou un de ces groupes par un discours haineux. Puis pourquoi le discours
haineux, il doit être encadré dans une société libre et démocratique? Parce que le discours haineux, comme
je le mentionnais ce matin, il vient nuire à l'échange. Le discours
haineux vient, à quelque part, bloquer l'échange, la possibilité d'échange en
rendant le groupe... en l'attaquant de façon telle que ça empêche toute forme
de communication puis ça empêche toute forme d'échange.
Alors, ce sont les enseignements de la Cour
suprême que nous transposons de façon plus simple, mais quand même de façon
complète, à l'intérieur de l'article 1 qui est proposé.
Le Président (M. Ouellette) : Vous allez nous proposer un amendement aussi pour
l'article 1, Mme la ministre?
Vallée : Oui. Alors, si je ne me fais pas éborgner... Alors, je
vais vous proposer l'amendement qui suit, soit de modifier
l'article 1 de la loi par l'article 1 du projet de loi :
par l'insertion, dans le deuxième alinéa et après «publiquement», de «,
notamment par des enseignements,»;
2° par l'ajout, après
le deuxième alinéa, du suivant :
«Est
un discours haineux, un discours visé au deuxième alinéa qui, aux yeux d'une
personne raisonnable, est d'une virulence
ou d'un extrême tel qu'il est susceptible d'exposer ce groupe à la
marginalisation ou au rejet, à la détestation, au dénigrement ou à l'aversion notamment
pour que ce groupe soit perçu comme étant illégitime, dangereux ou
ignoble.»
Alors, évidemment, je
crois que, pendant les commissions parlementaires, plusieurs groupes se sont
succédé demandant de préciser la portée, la
définition de «discours haineux». Parce que le discours qui incite à la
violence, on comprend, on comprend
bien ce que ça veut dire, on comprend bien ce que c'est, c'est clair. Mais le
discours haineux, ça l'est peut-être
un petit peu moins pour les non-initiés, et donc on reprend
les enseignements de la Cour suprême qui, pour ceux et celles qui commencent à suivre nos travaux,
qui nous ont été établis dans l'affaire Saskatchewan Human Rights
Commission contre Whatcott après va en découler tout ce qui s'ensuit.
C'est-à-dire que l'article 1 dit : Nous allons établir des mesures contre les discours haineux et incitant à la violence,
et ensuite on dit quelles seront ces mesures. Donc, c'est fondamental ici, c'est l'article de base de
la loi. Je voudrais savoir si, à son avis, cet
article brime la liberté
d'expression ou encadre, balise... je ne dirais pas balise, non, mais est une
limite à la liberté d'expression.
Le Président (M.
Ouellette) : Mme la ministre.
Vallée : En fait, ce
que la Cour suprême nous enseigne dans Whatcott, c'est que oui, les limitations
à la liberté d'expression qui
découlent, par exemple, d'une législation visant le discours haineux,
c'est une limitation à la liberté d'expression,
mais c'est une limitation qui se justifie dans une société libre et
démocratique. Donc, l'atteinte aux droits se justifie parce que, dans une société libre et démocratique, on va
soupeser les droits de chacun, et dans Whatcott... Et puis, dans le fond, c'est un petit peu ça aussi que Julius Grey, Me Grey, nous a dit le
24 septembre dernier dans une entrevue qu'il
a accordée à La Presse . Il disait et il le reconnaissait très bien : «Il y a
certes des limites à la liberté d'expression, mais ces limites ont été
statuées par la Cour suprême.»
Donc,
je reviens à la Cour suprême, et l'arrêt Whatcott nous a défini les limites à
cette liberté d'expression, là, dans
l'arrêt, et l'arrêt disait : Il
y a certains commentaires, il y a
certains propos qui sont blessants, mais qui ne constituent pas des discours haineux. Mais les discours
haineux, eux, on peut les encadrer et on doit les encadrer parce qu'ils portent atteinte à ce débat démocratique nécessaire dans
la société. Alors, c'est un discours... Puis là, évidemment, je reviens
sur la définition.
La définition, elle est
vraiment inspirée de Whatcott. La raison pour laquelle on s'est inspiré de
Whatcott, c'est que, justement, Whatcott est venu baliser.
Dans
Whatcott... Puis, pour les fins de la discussion, c'est important aussi de
comprendre dans quel contexte cette décision-là
a été rendue. C'est que, dans Whatcott, on avait un citoyen qui avait publié
des tracts, des tracts qui tenaient des propos quand même très durs
envers les communautés homosexuelles. Et la Saskatchewan avait des dispositions
interdisant les discours haineux, et ils ont analysé les tracts pour déterminer
si les tracts en question constituaient des discours
haineux. Certains tracts étaient offensants, mais n'allaient pas jusqu'à
constituer un discours haineux. Dans notre société, quelqu'un peut ne pas être en accord avec les droits garantis
par la charte et peut le dire. Bon,
on trouve ça... Est-ce que c'est souhaitable? Évidemment, non, on
souhaite que, dans notre société, tous et chacun respectent les droits qui sont garantis par la charte. Quelqu'un
est en désaccord avec ces droits-là et il exprime son désaccord? Ce
n'est pas souhaitable, mais, dans un contexte où la liberté d'expression
existe, bien, il faut voir les propos et les analyser. Mais certains propos vont trop loin, et briment cette
liberté d'expression là, et vont vraiment constituer des discours haineux.
Pour
donner une petite idée, dans les tracts on disait, par exemple, dans le tract d, dans l'affaire de Whatcott, on disait : Gardons l'homosexualité en dehors
des écoles publiques à Saskatoon. Et d'autres tracts reproduisaient des
propos vraiment beaucoup plus forts, beaucoup plus haineux, et ce
sont ces tracts-là qui ont été définis notamment de la façon qui est reprise à l'article 1 de la loi comme étant des propos qui amenaient
l'autre, la personne raisonnable, à avoir une aversion telle que ce groupe-là devenait exclu, devenait
rejeté de la société et exposaient à la haine ou au mépris de la part
d'une autre personne. Donc, tout ça, évidemment,
a été analysé, et puis on a une décision quand même fort élaborée, mais
qui vient préciser qu'il est... dans une société
libre et démocratique, oui, la liberté d'expression a des limites, elle a des
limites lorsque le discours vient porter
atteinte de façon telle que les droits de l'autre, que ceux et celles visés par
le discours en sortent brimés, comme c'était le cas dans Whatcott.
Le Président (M.
Ouellette) : Mme la députée de Taschereau.
Maltais : Merci.
La ministre vient de dire «en sortent brimés». Donc,
d'après ce que je comprends de son discours,
elle est d'accord avec nous qu'il s'agit, effectivement, d'une limite à
la liberté d'expression qu'on va introduire dans le corpus législatif québécois, mais tout est dans cette limite. Ceci dit,
est-ce que quelqu'un qui en sortirait brimé pourrait être couvert par
cette loi?
Le Président (M.
Ouellette) : Mme la ministre.
Vallée : Bien, en
fait, M. le Président, les propos haineux, c'est des propos les plus
extrêmes. C'est les propos qui vont susciter à l'égard des groupes un
traitement discriminatoire, mais un traitement qui pourrait compromettre aussi leur sécurité, qui
pourrait compromettre leur bien-être. Par
exemple, des propos jugés haineux,
là, question d'illustrer un peu ce
que ça peut représenter, j'en avais fait état la semaine dernière lors d'une
intervention au salon bleu, dépeindre l'autre comme étant une menace qui
pourrait compromettre la sécurité et le bien-être d'autrui en citant des
sources respectées — par exemple, dans le dossier Whatcott, on citait la bible — pour
légitimer des généralisations négatives, en employant des illustrations diffamantes et dénigrantes afin de créer un
climat de haine, dépeindre, par
exemple, comme des dépendants sexuels, dégoûtants, sales en les
comparant à des pédophiles, qui ont traditionnellement fait l'objet
d'opprobre public, dépeindre comme des êtres
impurs, possédés par un appétit ou des comportements sexuels déréglés, des
agresseurs d'enfants, des prédateurs.
Alors,
ça, ce sont des propos tels que quelqu'un qui entend ça pourrait avoir une
aversion profonde et pourrait éventuellement... Cette aversion-là, c'est qu'elle peut se
traduire par des actes violents à l'égard des gens ciblés par le discours. Parce
que, dans Whatcott, c'était ça, on dépeignait les membres de la communauté
LGBT de façon telle que les propos pouvaient amener celui ou celle qui
recevait le discours à une haine profonde envers ceux qui étaient visés.
Et, dans le fond, de
façon plus simple, le discours haineux, bien, dans le fond, d'une certaine
façon, c'est un exercice qui est abusif de
la liberté d'expression. C'est d'utiliser la liberté d'expression à des fins
qui vont porter atteinte aux droits
de ceux et celles qui sont visés par le discours et qui vont porter atteinte au
droit à la sécurité de ceux et celles qui sont visés par le discours. Et
c'est pour ça qu'on dit que oui, il y a une atteinte à la liberté d'expression,
mais c'est une atteinte qui se justifie
parce que, dans le cadre d'une société libre et démocratique, on doit aussi
protéger les membres des groupes
énumérés à l'article 10 de la charte.
L'article 10 de la charte énumère des
catégories, des groupes ou des situations, énumère des catégories de citoyens ou des spécificités auxquelles on ne
peut porter atteinte. On ne peut discriminer en fonction de l'âge, on ne peut discriminer en fonction de la race, on ne
peut discriminer en fonction de la nationalité. On ne peut pas faire ça,
on doit protéger... Chacun, nous sommes égaux, et on ne peut porter atteinte à
ces droits-là. Mais le discours haineux, lui, vient porter atteinte en poussant
la haine à son extrême du seul fait des propos qui sont portés à l'égard des
groupes qui ont ces caractéristiques, une ou plusieurs caractéristiques.
Le Président (M.
Ouellette) : Mme la députée de Taschereau.
Maltais : Écoutez, M. le Président, je comprends bien les
propos de la ministre. Elle me parle de l'arrêt Whatcott, elle me parle de groupes, entre autres les groupes LGBT qui
sont venus dire qu'ils ne voulaient pas de la loi, donc, qu'elle nous propose. Ça, c'est une chose.
Mais pourquoi elle ne me parle jamais de la radicalisation? Pourquoi le
but de cette loi, au lieu de limiter la liberté d'expression, n'est pas ce à
quoi s'attendent tous les Québécois et Québécoises, c'est-à-dire lutter contre
la radicalisation menant à des actes terroristes?
demande que les Québécois faisaient... Et les propos mêmes que j'ai cités dans
les remarques préliminaires, M. le
Président, du premier ministre disaient : On fait un plan de lutte à la
radicalisation. De ça découlent deux lois : la loi n° 59, la loi n° 62. Or, j'écoute la
ministre depuis 20 minutes, et jamais le mot «radicalisation» n'est venu. Dans
le titre, il n'est pas là. Dans les
attendus, on va en reparler, il n'est pas là. Mais rien, on n'est pas dans la
lutte à la radicalisation. Pourquoi
on lutte contre la liberté... Avec des balises de Whatcott, je suis d'accord,
mais pourquoi on vient brimer la liberté d'expression de tous et toutes
au lieu de cibler la lutte à la radicalisation? Pourquoi elle n'en parle pas?
Pourquoi ça n'existe pas? Et pourquoi ce n'est pas ça, l'objectif de cette loi?
Le Président (M.
Ouellette) : Mme la ministre.
Vallée : D'abord, pour ce qui est du
titre puis pour ce qui est
des attendus, on va y revenir parce qu'il y a des amendements pour clarifier la situation. Ce projet de loi là
s'inscrit dans le plan qui a été déposé. Il y a un plan d'action qui a été déposé, et je l'ai expliqué, je l'ai
expliqué d'entrée de jeu dans mes remarques préliminaires, je l'ai
clairement dit, des propos haineux, des propos de ce type-là font
partie des
processus de radicalisation. Dans la radicalisation, on va retrouver ce type de propos là. On va retrouver
chez de nombreux groupes radicaux des propos qui vont viser les femmes,
qui vont viser les homosexuels, qui vont viser... et on va le retrouver... La
radicalisation, elle peut s'exprimer de cette façon-là. Alors, elle peut
s'exprimer sous différentes formes, et ça s'inscrit, les propos haineux, dans
un... et ça peut s'inscrire dans un processus qui mène à la radicalisation.
nous étions sur la définition, et oui, vous m'avez entendue pendant 20 minutes
sur la définition parce que j'ai compris des interventions de
l'opposition que la définition du discours haineux n'était pas claire. Donc, on
va faire de la pédagogie aujourd'hui puis on
va expliquer ce que c'est, le discours haineux. C'est pour ça que j'ai pris le
temps de l'expliquer, parce que, de par certaines interventions, j'ai compris
qu'on... peut-être qu'on ne saisissait pas la portée du discours haineux. Et c'est pour ça que j'ai pris le temps, et c'est
pour ça aussi qu'on a inclus l'amendement qui est présenté, pour bien comprendre, pour bien saisir.
Puis il faut aussi bien saisir que c'est une limite à la liberté
d'expression qui a passé le test de l'article 2 et qui est tout à fait
acceptable dans une société libre et démocratique.
Alors,
évidemment, il était important de bien définir ce que constituait le discours
haineux pour éviter, malheureusement, des inférences comme on a pu
entendre en commission parlementaire. Lorsqu'on dit : On ne doit pas rire d'une religion, bien, je suis désolée, on
peut, dans une société libre et démocratique, rire d'une religion. On
peut, puis c'est la beauté de notre société
puis de notre liberté d'expression. Mais est-ce qu'on peut tenir des propos qui
vont rendre quelqu'un, en raison de sa
religion, en raison de son orientation sexuelle, en raison de son sexe, rendre
quelqu'un... isoler quelqu'un, le rendre
ignoble et le rendre susceptible d'être victime de violence et porter atteinte
à sa sécurité? Là, non, ça, on ne peut pas faire ça.
Mais est-ce
qu'on peut rire d'une religion? Est-ce qu'on peut se moquer d'une religion?
Oui. Est-ce qu'on peut critiquer une opinion, une religion? Bien oui.
Bien oui. Et ce n'est pas du tout notre objectif, ce n'est pas du tout de venir restreindre ces
droits-là parce qu'on y croit, on y tient. On peut être en désaccord et on a le
droit aussi de l'exprimer, ce
désaccord-là, mais c'est dans la façon de faire. Et, lorsqu'on exprime un
désaccord d'une façon telle puis aussi avec une aversion profonde, puis on vient rendre l'autre ou le groupe susceptible
d'atteinte à sa sécurité, bien là, là, on va un peu trop loin. En fait,
on va trop loin, et la Cour suprême nous l'a dit.
Le Président (M. Ouellette) : Mme la
députée de Taschereau.
Maltais :
Merci, M. le Président. C'est parce que j'essaie... Là, on est encore sur le
général de l'article. C'est parce que
la ministre nous dit : Il y a des propos haineux... font
partie du
processus de radicalisation. Je suis tout à fait d'accord avec elle. Ça, on s'entend. Sauf que le problème qu'on a, nous,
ce n'est pas dans la définition du discours haineux. De notre côté, comme opposition officielle, ce
n'est pas ça, notre problème dans cette loi. Notre problème dans cette
loi, c'est qu'elle est supposée... Elle est
dans le plan de lutte à la radicalisation. J'ai lu le préambule du plan de
lutte du premier ministre, j'ai lu
ses propos et je lis la loi, mais on ne nous définit pas... la loi n'est pas
faite pour la radicalisation, elle est faite pour toutes sortes de
groupes. D'ailleurs, elle est faite pour à peu près tout le monde qui est
touché par la Charte des droits et des libertés.
D'ailleurs,
elle me parle, par exemple, des groupes LGBT en parlant de l'arrêt Whatcott
parce que ça vient suite à une plainte en Saskatchewan, et tout. Mais
qu'en pensaient-ils, de cette idée de, via la Charte des droits et libertés, toucher à la liberté d'expression, les groupes
LGBT? Bien, j'ai le mémoire ici de la Chaire de recherche sur
l'homophobie de l'UQAM, du groupe LGBT
Baie-des-Chaleurs, Association pour la diversité sexuelle et de genre, j'ai la
direction de la Coalition des
familles LGBT, le Conseil québécois LGBT, j'ai GRIS-Montréal et GRIS-Québec.
Ça, ça commence à faire pas mal
l'unanimité, là, autour des... Tu sais, ce sont des organismes phares et forts,
ils nous disent — je lis,
page 9, leur mémoire : «Est-ce
que le projet de loi nous permettrait de lutter plus efficacement contre les
manifestations de l'homophobie et de la transphobie telles que nous les
observons à travers nos recherches et nos interventions sur le terrain au
quotidien? Notre réponse est négative.» C'est aussi affirmatif que ça.
Puis il y en
a d'autres groupes qui sont venus dire : Non non, ne faites pas ça. Les groupes touchés par les crimes haineux, les
plus touchés par les crimes haineux, sont venus nous dire ça. Ça fait que,
cette question-là, je la pose constamment à
la ministre. Je suis d'accord avec elle que les propos haineux mènent à la
radicalisation, mais pourquoi est-ce
que, tout à coup, on est allé si
large? Est-ce que c'est parce
qu'on a peur de parler de
radicalisation? Est-ce qu'on a
peur de s'attaquer juste à ce problème-là? Pourquoi
est-ce que, dans l'article et dans la loi... Parce que
l'article fonde la loi ensuite, pourquoi
est-ce que ce n'est pas la radicalisation qui est le thème
de cette loi? Pourquoi est-ce
que ce n'est pas la
radicalisation qui est le thème de cet article? Pourquoi est-ce qu'on englobe tout
le monde?
Le Président (M. Ouellette) : Mme la
ministre.
Mme Vallée : Dans un premier temps, on ne peut pas, lorsqu'il
est question de droits, on ne peut pas hiérarchiser les droits. Donc, ce n'est pas un buffet dans
lequel on choisit ou on ne choisit pas. Mais, vous savez, M. le Président, la radicalisation, c'est un
processus qui est complexe, c'est une notion qui est complexe. C'est un
processus qui est en proie, je dirais,
à toutes sortes d'influences. Ce n'est pas un processus qui est statique,
c'est-à-dire qu'on ne peut pas prendre une photo de la radicalisation aujourd'hui et dire : La radicalisation, c'est exactement
comme ça qu'elle va tranquillement s'amorcer.
Il y a, dans le processus de radicalisation, il y a des discours, il y a
un endoctrinement. Et, dans cet endoctrinement-là, bien, il y a des propos qui vont viser des catégories de
personnes. On le voit, on l'a entendu, on a eu des exemples, puis je me souviens — je ne sais pas si c'est l'opposition qui les avait soulevés ou la deuxième opposition — que l'on pouvait retrouver sur certains
sites où des groupes dénigraient la femme, invitaient à la violence envers les
femmes. Ce sont des propos qui s'inscrivent dans un processus de
radicalisation.
Le plan de
lutte à la radicalisation, M. le
Président... évidemment,
ce n'est pas tout le plan de lutte qui est visé par le projet de loi parce
que le plan de lutte se décline de différentes façons. Parce que, comme la
radicalisation, c'est un phénomène qui est complexe, bien, c'est un phénomène
auquel on doit s'attaquer de façon diversifiée. Et le plan de lutte, justement, attaque ce phénomène-là de façon diversifiée, de
différentes façons, par différentes mesures, puis il y a des mesures qui visent la prévention,
qui visent l'éducation, il y a des mesures qui visent, évidemment, l'action,
hein, parce que le plan de lutte, c'est agir, prévenir, détecter,
vivre ensemble. Et il
y a des partenariats avec les corps
policiers, il y a de la recherche, de la... Dans le cadre de la prévention, il
y a de la recherche, il y a la mise en place de lignes téléphoniques, il y a des activités de dépistage qui sont mises en
place, il y a de l'information publique via des sites Internet, il y a des vigies, au niveau de la détection, des
vigies sur les médias sociaux. Il y a un tas de mesures. Le projet de loi est
une de ces mesures-là, et le discours haineux fait partie...
Parce que
la collègue mentionnait que l'article 1, c'est l'article
phare. C'est l'article phare de la loi qui concerne la prévention et la lutte contre les discours
haineux, mais il y a dans notre projet de loi d'autres mesures
aussi, d'autres mesures qui viennent
protéger les personnes vulnérables parce
que la radicalisation, elle se
décline de différentes façons et, souvent, elle vient porter atteinte à des personnes vulnérables. Alors donc,
l'article 1, il vise à encadrer le discours haineux et le discours qui incite à la violence. Il s'agit d'une
des mesures. Il y en aura d'autres, on en verra d'autres au fil des
articles. Mais tout ça, ce projet de loi là, n° 59, s'inscrit aussi dans une multitude d'actions
qui se déploient de différentes façons, qu'il s'agisse de prévention, d'actions, de détection. Donc, M. le
Président, il faut voir le travail dans son ensemble, et pas de façon
isolée.
Le Président (M. Ouellette) : Mme la
députée de Taschereau.
Maltais :
Je vais revenir... Je sais que j'ai plusieurs collègues qui veulent
probablement intervenir, ça fait que je vais les... Je ne voudrais pas prendre
tout l'après-midi.
Le Président (M. Ouellette) : ...Mme
la députée de Montarville.
Mme Roy
(Montarville) : Oui, merci beaucoup. Mme la ministre, j'ai
vu votre
article et vos amendements. On n'est pas très loin, vous allez voir. Cependant, puisqu'on y va alinéa
par alinéa, j'aurais un amendement au premier alinéa.
Maltais : On est
dans la discussion générale.
Le Président (M. Ouellette) : Là, on
est en discussion générale sur l'article 1.
Mme Roy
(Montarville) :
Bien, continuons à discuter, mais je vous annonce que j'aurais...
Mme Roy
(Montarville) : O.K.
D'accord, il n'y a aucun problème. On n'est pas très loin dans la mesure où
on comprend qu'il faut lutter contre la
radicalisation. Je vois aussi que vous avez ajouté des termes qui étaient des
termes que nous utilisions en février
dernier, entre autres quand vous parlez d'enseignements. Vous vous
rappelez, on avait fait une sortie qui avait été critiquée de façon
virulente par les collègues, mais là vous reprenez ces termes-là. Et, tout
comme vous, on s'inspire de l'arrêt
Whatcott, on s'inspire de l'arrêt Taylor. Ce n'est pas une vue de l'esprit,
c'est pour ça qu'il y aura des amendements qui s'y inspirent également.
Ce que vous
nous dites, là, comme je dis, on n'est pas très loin. La radicalisation nous
vient d'un discours... Certes, il
faut combattre les discours haineux,
les discours incitant à la violence. Il
y a déjà le Code criminel qui est là pour les actes criminels
qui s'y rapportent. On crée ici une infraction différente pour un paquet de
raisons que vous nous avez expliquées, à
juste titre. Cependant, il y a une chose qu'on oublie, et je pense
qu'il faudrait, et ce sera l'objet
des amendements que je vous
soumettrai... il ne faut pas perdre de vue qu'effectivement le discours haineux
puis le discours incitant à la violence sont des discours qui sont
importants, mais la radicalisation, elle ne vient pas de n'importe quel
discours, elle vient d'un endoctrinement. Et
ce que je vous soumets respectueusement, c'est que le discours
d'endoctrinement... et ce à quoi on fait
face et ce à quoi font face la population et nos démocraties planétaires, c'est
un discours d'endoctrinement, d'intégrisme
religieux. Et je pense que c'est important de le dire, on ne peut pas le nier.
Et c'est la raison pour laquelle... D'ailleurs, lorsque notre premier ministre a été élu chef du Parti libéral en
décembre 2013, il avait fait un discours enflammé dans lequel il disait que, pour lui, c'était urgent,
une priorité de lutter contre — et je l'avais pris en note — l'intégrisme religieux. Et j'avais
applaudi à ses paroles, j'avais dit : C'est exactement le noeud, la racine
du mal.
Lorsque notre
premier ministre a, justement, gagné les élections au printemps 2014 et est
devenu premier ministre, à son discours également il nous avait dit
qu'il faut lutter contre l'intégrisme religieux. Encore là, j'ai applaudi, j'ai
dit : Enfin, quelqu'un qui met ses
culottes, c'est le mot. C'est le mot. Cependant, à la fin de l'année 2014, le
discours a quelque peu changé. Notre
premier ministre faisait des nuances, il nous disait que l'intégrisme
religieux, bien, c'était un choix personnel et qu'il fallait lutter
contre les dérives religieuses. Et ça, il y a des enregistrements de ça, on
voit que le discours a évolué. Moi,
j'aimerais savoir pourquoi parce que ça m'attriste un peu dans la mesure où il
l'a dit une fois, il l'a dit deux fois. Et, même vous, Mme la ministre,
c'était lors de l'étude des crédits — je pense que c'était en juin
2014 — nous
discutions, nous échangions, et vous nous avez dit, Mme la ministre : Il
faut lutter contre l'intégrisme religieux, puis suis tout à fait d'accord avec
vous, je suis tout à fait d'accord.
Alors,
lorsqu'on dit qu'il faut lutter contre les discours haineux et incitant à la
violence, soit, mais ces discours-là, qui proviennent d'un discours
d'endoctrinement, qui, lui, est acheminé, est ventilé, est distribué via le
discours de l'intégrisme religieux... Parce
que, si on ne met que «discours haineux et incitant à la violence»,
effectivement c'est une limitation à la liberté d'expression, on en
convient tous, mais c'est extrêmement large. Et, comme le plan de lutte à la radicalisation est à plusieurs volets... Et c'est
effectivement la radicalisation, mais, lorsqu'on parle de radicalisation,
il n'y a personne ici qui va se mettre la
tête dans le sable, on parle d'une radicalisation qui provient d'un discours
d'intégrisme religieux. C'est ça, la radicalisation actuellement.
Et donc,
lorsqu'on parle de ce type de discours, si on ne parle que de discours haineux
et incitant à la violence, on est trop large.
Il faudrait
que vous nous disiez de quel type de discours haineux incitant à la violence il
s'agit, soit celui provenant de
l'intégrisme religieux. Vous comprenez le lien qu'il faut faire, qui serait beaucoup
plus précis? Puis, comme je vous dis, c'est la cible, là, parce qu'on va
hyperlarge en ne spécifiant pas que ce sont les discours des intégristes
religieux qu'il faut cibler. Et je comprends
qu'il ne faut pas cibler une religion, puis c'est la raison pour laquelle je ne
suis pas allée jusqu'à vous
dire : C'est l'islamisme radical. Quoique, si on voulait vraiment,
mais vraiment, vraiment être honnête, ce qu'on dirait, c'est les discours de l'islamisme radical auxquels
il faut s'attaquer ou qu'il faut empêcher. Parce qu'on les connaît, on les a lus, on les entend, c'est
vraiment de l'incitation à la violence, de l'incitation à commettre des crimes,
là, et c'est l'islamisme radical.
Mais, pour ne
pas pointer une religion en particulier... Parce qu'il pourrait y avoir des
moments où l'intégrisme religieux,
par exemple, pourrait toucher des sectes. Et on n'a qu'à penser aux petits de
la secte, oui, Lev Tahor, c'est une autre communauté religieuse
aussi. Donc, cet intégrisme religieux pourrait mener à ces dérives, si vous
voulez, mais pourrait
mener à ces actes que nous dénonçons. Et ces dérives pourraient, justement,
brimer des droits et libertés qui sont couverts
par nos chartes, et c'est à ça qu'il faut s'attaquer. Donc, c'est pour ça que
je vous soumets bien respectueusement le
fait qu'il faille cibler davantage et insérer le mot... Tout comme vous l'aviez
dit à l'étude des crédits, il faut lutter contre l'intégrisme religieux,
et je pense que, si on pouvait arriver à mettre ce terme-là, la population
comprendrait que ce n'est pas tous les
discours incitant à la violence ou tous les discours qui seraient visés par ce
projet de loi, mais bien ceux qui mènent
à la radicalisation et qui sont issus de l'intégrisme religieux actuellement.
Parce que cette problématique, actuellement,
elle pourrait évoluer avec le temps. Mais c'est la raison pour laquelle vous
avez fait tout ce plan de lutte à la radicalisation, parce que, pour les
autres discours haineux incitant à la violence, il y avait déjà le Code
criminel qui le permettait.
Et les
discours haineux incitant à la radicalisation... La radicalisation, on va
l'avouer, elle vient de l'intégrisme religieux,
elle ne vient pas de rien d'autre. On n'a pas vu de jeunes se convertir...
Lorsqu'on parle de conversion, on parle de religion, tu sais, on ne peut pas le nier, ça. Et les jeunes qui se
radicalisent le font tous au nom d'une religion. À tort ou à raison, là, parce qu'ils viennent salir une
religion aussi, on en convient. On comprend tous que les premières
victimes sont ceux qui pratiquent cette religion de façon pacifique.
Mais je vous
soumets que la population comprendrait, si vous cibliez davantage le fait que
le discours, c'est un discours
haineux incitant à la violence, mais un discours d'endoctrinement, un discours
qui est tenu par les intégristes religieux.
Ce n'est pas n'importe qui qui tient ce discours-là, ce n'est pas les gens au
coin de la rue, ce n'est pas vous et moi, c'est vraiment des intégristes religieux qui endoctrinent, et c'est pour
ça... On voit ce qui se passe en France. Mon chef disait ce matin : En France, on discute du
fait qu'il y ait des — puis on dit carrément le mot — mosquées. En France, on est rendu à le dire. Ici, on ne veut pas en
parler, mais la racine du mal, ce sont ces agents de radicalisation, ce sont
ces intégristes religieux qui endoctrinent.
Comme je vous
dis, ce n'est pas n'importe qui qui endoctrine. Il y a un agenda derrière ça.
Il y a un agenda, il y a des gens qui
se servent du prétexte de la religion pour aller ramasser ces jeunes qui sont
plus vulnérables, on le comprend, desquels il faut s'occuper, on le
comprend également. Mais ce n'est pas innocent, et c'est pour ça que je vous
dis que «discours haineux incitant à la
violence», soit, mais «discours haineux incitant à la violence qui provienne
d'un discours d'intégristes
religieux». Et, comme le premier ministre l'a dit deux fois, vous l'avez dit
également, moi, je m'attends à ce qu'on
le retrouve en quelque part, ce terme-là. Puis je pense que la population s'y
attend aussi parce que les craintes qu'on a eues en commission parlementaire, les gens sont venus nous dire :
Mme la ministre, c'est trop large, c'est trop large, juste mettre «discours haineux incitant à la violence»,
ça va ouvrir la porte à plusieurs abus. Et ce n'est pas ce qu'on veut
non plus, on ne veut pas limiter la liberté
d'expression de tous les gens à tous les égards. Parce qu'il y a déjà des
mécanismes à l'égard de ces discours-là qui
sont du ressort du droit criminel, et je pense que la population... Et, si on a
bien entendu les gens qui sont venus nous dire : C'est trop large,
la coalition des juristes, entre autres...
Quand j'ai
demandé à Me Julius Grey, qui est une sommité dans la question :
Qu'est-ce que vous pensez du fait de cibler la radicalisation, de cibler
l'endoctrinement? Est-ce que ce serait possible de faire une limitation à la
liberté d'expression qui ciblerait
l'endoctrinement... Puis j'ai fait sortir les galées, il m'a dit : Oui, si on cible... Et lui, il n'a
pas appelé ça l'endoctrinement, il a appelé
ça l'embrigadement, qui est un synonyme — endoctrinement,
l'embrigadement. Il dit : Oui, ça
serait quelque chose de possible. Alors, j'ai profité du fait qu'on
avait une sommité pour lui dire si ce type de limitation là serait
possible et résisterait au test des tribunaux.
Alors, c'est
pour ça que je vous soumets qu'on n'est pas loin, parce qu'on emploie les mêmes thèmes. Comme pour la définition, par exemple,
vous nous parlez de la définition depuis tout à l'heure, on est sur la même
longueur d'onde. Cependant — comment dirais-je? — on fait en sorte qu'elle soit encore plus
précise pour ne pas qu'elle soit aussi large ou aussi extrême. «Aussi extrême», j'y reviendrai quand je serai dans les
amendements. Mais le fait que vous disiez : Les propos doivent être d'une virulence ou d'un
extrême tel... Lorsqu'on parle de radicalisation, ce n'est pas toujours des
propos extrêmes, là, ce n'est pas toujours
des propos violents, ce n'est pas toujours des propos incitant à la violence,
c'est insidieux. Lorsqu'on dit, par
des prêches, par des enseignements — vous employez le terme «enseignements» — que la femme ne peut sortir sans son
tuteur, ce n'est pas une prêche incitant à la violence, ce n'est pas une prêche
incitant à la haine, mais c'est carrément à l'encontre de nos valeurs, de nos
chartes de nos droits et libertés, ça prône l'inégalité entre les hommes et les femmes. Et ça, on ne pourrait rien
faire contre ces propos-là si on n'ajoute pas le fait que ce sont les
discours des intégristes religieux, parce que ce sont les intégristes religieux
qui prônent ces discours d'endoctrinement.
C'est parce
qu'il faut stopper le discours avant qu'on soit rendu à dire : Allez tuer
les mécréants. Vous comprenez? Parce que les discours d'incitation à la
violence et à la haine, on en est là, c'est de la violence, c'est de la haine,
mais il y a beaucoup de propos qui sont
tenus de façon très insidieuse, et qui, justement, endoctrinent, et qui sont
des propos des intégristes religieux.
Et, comme je vous ai dit, je n'irai pas jusqu'à vous dire «l'islam radical».
Parce que, dans le fond, c'est ça, le
vrai problème, mais je ne veux pas me faire taxer de... Parce que c'est un peu
un problème au Québec, lorsqu'on ose critiquer
une religion... Et l'islam radical, quant à moi, n'est pas qu'une religion,
mais est aussi un mouvement politique, religieux
et politique. Mais, lorsqu'on ose critiquer une religion, souvent on se fait
taxer de xénophobe ou de raciste, alors qu'on devrait avoir cette
discussion ici à tête bien froide, là, sans être raciste et sans être
xénophobe.
Et je n'ai
pas mis dans mes amendements qu'on interdise les discours islamistes radicaux,
quoique c'est vraiment ça, la racine
du mal. Alors, en ouvrant la porte à «intégrisme religieux», on attrape les
islamismes radicaux au passage. Mais,
s'il y a d'autres dérives dans d'autres religions, on peut aussi y mettre fin
en ajoutant ce terme. Mais je pense qu'il faut se dire les vraies choses. Puis, vous savez, Mme la ministre, qu'il
est extrêmement important que vous sachiez que ce n'est pas une chasse
aux sorcières, ce n'est pas une police de la religion. On veut faire en sorte
que des jeunes ne se fassent pas embrigader,
comme disait Me Julius Grey, et c'est au discours d'embrigadement qu'il
faut s'en prendre. Et il n'est pas
toujours violent et incitant à la violence, mais il est toujours religieux ou
d'intégrisme religieux. Je n'ai pas trouvé de preuve contraire jusqu'à présent pour ce qui
est de la radicalisation des jeunes. N'oublions pas qu'on est dans le
grand volet de contrer la radicalisation des jeunes, c'est ce qu'on fait ici.
On n'est pas ici dans une tribune pour contrer l'intimidation — il y a d'ailleurs des... hier, il y avait une conférence de presse
sur l'intimidation — on est
ici pour contrer la radicalisation des jeunes.
Alors, c'est
pour ça que je vous le soumets, puis je vous le soumets très respectueusement.
Et je pense que les gens qui nous
écoutent, les Québécois, les gens qui nous écoutent, les Québécois sont
suffisamment intelligents — il faut se fier à
l'intelligence des gens — pour faire la différence entre de l'intégrisme religieux et la
pratique pacifique d'une religion. Les gens le savent, et il faut faire
cette différence.
Et j'ajouterais, Mme la ministre, que
maintenant, avec les médias sociaux, on a beaucoup de gens qui nous suivent — Facebook, Twitter, et compagnie — j'ai fait quelques sorties, j'ai eu
l'occasion, depuis les travaux que nous faisons... et, lorsque j'ai
amené des points pour contrer, justement, l'intégrisme religieux, j'ai eu des
centaines et des centaines de messages de musulmans, de musulmans du Québec,
mais de l'étranger également, d'autres pays, de la Tunisie, de l'Algérie, qui
m'ont dit : Vous avez raison, c'est à ça qu'il faut s'attaquer. Bien, ils
me disaient : C'est à l'islamisme
radical qu'il faut s'attaquer, là. Mais on comprend que c'est à l'intégrisme
religieux qu'il faut s'attaquer parce qu'ils disent : Nous-mêmes,
ça nous fait du tort. Nous, on est venus ici pour avoir la paix, pour vivre en
paix, pour s'intégrer. On croit aux valeurs
démocratiques, on croit à la liberté d'expression, on croit à la liberté de
religion. Mais ça, là, c'est à ça qu'il faut s'attaquer parce que ça
dénature même notre propre foi et ça fait de nous des victimes aussi.
Parce que,
là, tout le monde se sent persécuté, puis il y a
des amalgames. Le premier ministre l'a dit lui-même, il ne faut pas faire
d'amalgames. Je suis tout à fait d'accord avec lui. Mais ce que je vous dis, il
faut faire attention parce que la radicalisation des jeunes vient de discours
provenant de l'intégrisme religieux. Alors, je vous invite à réfléchir à
ça parce que... Et, comme je vous dis, les gens sont assez brillants pour faire
la différence. Ils le savent, ils le savent très bien qu'ils ont des voisins
qui pratiquent la religion, puis ils sont musulmans pacifiques, démocrates, en paix. Ce n'est pas ça, le
problème au Québec. Le problème, c'est ceux qui ont cet agenda.
Et ce n'était
pas anodin, l'autre jour ces fameux livres qui ont été envoyés dans des
bibliothèques, c'est des livres qui
sont parrainés par la Ligue islamique mondiale. La Ligue islamique mondiale,
elle est basée en Arabie saoudite. Elle a pour mandat — et c'est
écrit, vous pouvez le trouver — de prêcher, mais pas que de prêcher, mais de
promouvoir la charia, les tribunaux
islamiques à l'ensemble du globe. C'est pour ça qu'on envoie des livres
partout. Mais, des livres, ils en ont trouvé des cargaisons partout, en
Europe également. Ce n'est pas anodin.
islamistes radicaux ont un agenda religieux, mais également politique, on le
sait. Vous l'avez vu, vous l'avez vécu
ici, au Parlement, quand vous vous êtes prononcés, vous avez fait une motion
pour dire que jamais, jamais, jamais on ne va accepter la charia au Québec, les tribunaux islamiques. Mais des
demandes sont faites, des groupes de pression sont là, ils mettent de la pression pour, justement, qu'on
commence — c'est
insidieux, c'est petit morceau par petit morceau — par dire
éventuellement : La charia, vous savez, c'est une bonne chose, là, il faudrait
que les droits islamiques soient reconnus, il faudrait... Il y a même le
Barreau du Québec qui donne des cours qui sont reconnus par le Barreau du
Québec pour expliquer la charia et les
tribunaux islamiques. Alors, c'est très insidieux. C'est petit morceau, par
petit morceau, par petit morceau pour
essayer de faire entrer dans la tête des législateurs, entre autres, que
l'islamisme radical, bien, c'est une religion,
puis c'est une bonne chose. Non, ce n'est pas une bonne chose, il faut
s'attaquer aux discours d'intégrisme religieux.
Et, comme je vous dis, je ne suis pas allée
mettre «islamisme radical», mais les gens sont capables de faire la différence, et ils savent pertinemment que la
grande majorité de la communauté musulmane au Québec, ils ont fui
l'Algérie, ils ont fui l'excision, les excisions épouvantables qui ont fait
près de 200 000 morts dans les années 90, pour venir vivre ici en paix. Puis eux, ils le savent, et ils
nous le disent. Mme la ministre, ils nous le disent, il faut les écouter.
Alors, moi, c'est un plaidoyer que je fais
en leur nom puis au nom de tous les Québécois qui savent faire la différence
entre des gens pacifiques qui sont venus ici tout en étant musulmans,
tranquilles, qui font leur petit bonhomme de chemin et l'intégrisme religieux,
qui a un agenda, et l'islamisme radical qui, lui, a son agenda religieux et
politique...
Mme Roy
(Montarville) :
Pardon?
Mme Roy
(Montarville) :
D'accord. Alors, écoutez, comprenez-vous, c'est un plaidoyer. Là, je comprends que je suis sur le temps de votre amendement, mais
moi, je veux faire ce plaidoyer-là parce que je pense qu'il est
important. Les gens peuvent faire la différence. Il faut toujours se fier à
l'intelligence et des électeurs et des citoyens, ils sont capables de faire la différence puis
comprendraient la nuance si vous le mettiez dans votre projet de loi, de mettre
le terme, comme l'avait dit M.
Couillard, «intégrisme religieux». Il nous l'a dit à deux reprises, vous nous
l'avez dit également. Alors, je pense que ce serait important de
l'inclure parce que ce serait très clair.
Et j'aurais également... On est sur votre temps,
mais j'aurais, pour le premier alinéa...
Mme Roy
(Montarville) : On est dans le deuxième? La procédure que je
trouve assez étrange... On est dans la définition. Préférez-vous que je
présente mon amendement sur le deuxième alinéa ou le premier?
Président (M. Ouellette) : On est en discussion générale.
Mme Roy
(Montarville) :
On est en discussion?
Le Président (M. Ouellette) : Mme la ministre a eu une copie de votre
amendement, et je vais laisser Mme la ministre répondre à votre... à
notre discussion générale...
Mme Roy
(Montarville) :
Parfait, parfait. Je vais suivre votre procédure, c'est assez... Parfait.
Le Président (M. Ouellette) : ...et vous aurez le temps de déposer de façon
précise votre sous-amendement tantôt. Mme la ministre.
Mme Vallée :
Bon. Alors, il y a plusieurs sujets, plusieurs trucs qui ont été abordés par
notre collègue de Montarville. Évidemment,
lorsqu'on légifère, il faut toujours savoir, dans un premier temps, assurer le
respect de nos droits et libertés, c'est clair, utiliser aussi... le
choix des mots est très important. Lorsqu'on parle d'intégrisme, évidemment l'intégrisme, il ne se manifeste pas seulement que
dans la religion, l'intégrisme se manifeste... Dans le fond,
l'intégrisme, c'est une idée, une vision
menée à son extrême, poussée à son extrême. L'extrémisme, en soi, n'est pas
aussi nécessairement haineux, c'est
vraiment l'application à la lettre d'une doctrine, doctrine religieuse,
doctrine parfois d'une vision culturelle. Et donc le choix du mot «intégrisme» a été analysé, et, pour nous, son
utilisation n'était pas en soi... L'intégrisme religieux, dans certains cas — donc, l'application à la lettre d'une
religion — n'est
pas en soi un problème. Ce n'est pas l'intégrisme religieux dans tous
ses aspects qui pose problème, on s'entend?
Puis, là-dessus,
parce que je vois notre collègue hocher de la tête, le citoyen qui vit sa
religion de façon personnelle et qui
applique à la lettre les principes religieux — on peut être en accord, on peut être en
désaccord — ne pose pas
un problème, et on ne souhaite pas s'attaquer à cette personne parce que la
personne a le droit de vivre sa religion.
il y a des idées aussi, il y a des philosophies qui, au fil des années, ont
fait bien des victimes et qui ne sont pas des religions. Mon collègue de La Prairie me faisait signe tout à
l'heure à juste titre, par exemple il y a des pans très noirs de
l'histoire mondiale qui ont été poussés non pas par des idées religieuses, mais
par une idéologie. Pensons au nazisme et aux
atrocités de la Deuxième Guerre mondiale, ils ne sont pas issus nécessairement
d'un intégrisme religieux, ils sont issus
d'un intégrisme idéologique, et ça a mené à la radicalisation par des propos
qui ont été tenus qui ont servi, d'une certaine façon, à l'endoctrinement.
a proposé de s'attaquer aux discours haineux parce que, dans bien des cas de
radicalisation, on trouvera des formes
de discours qui sont des discours haineux. Parce que, dans la radicalisation,
on va tenter de marginaliser un certain nombre de personnes en les rendant inacceptables, ignobles aux yeux des
autres, et c'est à ça qu'on s'attaque. Je sens, M. le Président,
évidemment, que nous avons tous le même objectif, c'est qu'on a peut-être des
idées quant au libellé qui peut nous mener à nous attaquer à cette
problématique. Mais, pour nous, il était important de s'attaquer à cette forme
de radicalisation qui se traduit par des discours menant à une marginalisation
d'un certain groupe, de certaines personnes. Et ça, ça constitue une des
démonstrations de ce radicalisme et de ce qui est illustré par la collègue de Montarville aussi comme une forme d'intégrisme
religieux, mais il n'y a pas que l'intégrisme religieux qui peut causer
bien du tort.
Donc,
lorsque vient le temps... Puis je vous dirais qu'on apprend à tous les jours,
évidemment, et puis on entend, on écoute,
et l'utilisation exclusive du terme «intégrisme religieux» exclurait
l'intégrisme idéologique, exclurait cette forme de radicalisation qui
n'est pas plus acceptable dans une société libre et démocratique. Si je me
fiais seulement qu'à... et si on incluait ou
on ne visait que l'intégrisme religieux, peut-être qu'on ne pourrait
pas s'attaquer à certaines formes de discours haineux qui sont tout
aussi dangereuses dans une société. Et puis notre collègue d'Hochelaga-Maisonneuve
est ici, puis je la salue, mais
pensons, par exemple, aux propos de notre charmant blogueur qui voulait
venir au Québec cet été. Pas des
propos religieux, puis ce n'est pas un intégrisme religieux, mais c'étaient des
propos qui étaient carrément haineux, qui incitaient à la violence à
l'égard des femmes. Je comprends qu'on veut s'attaquer à un phénomène de radicalisation, mais, si, en même temps, on peut s'attaquer à cette problématique-là, moi, je
pense qu'on vise juste. Je crois qu'on doit s'attaquer aussi à ce type de
discours là parce qu'il s'agit d'une forme d'intégrisme idéologique qui
nuit à notre société.
on a d'autres mesures dans le projet
de loi, mais cette mesure-là qui vise
à s'attaquer aux discours haineux ou incitant
à la violence, cette disposition-là, elle était importante et elle ne ratisse pas de façon
trop large. On nous disait : Ah! bien,
elle est beaucoup trop large. Au contraire, par l'amendement qui est déposé, je pense qu'on cible clairement ce qui est considéré comme étant une atteinte raisonnable
dans une société libre et démocratique, et on s'inspire de
Whatcott, on s'inspire de Taylor. C'est dans
notre appréciation, tout ça. Peut-être que la différence... Je pense
qu'on a tous le même objectif autour de la table. On a peut-être des
façons différentes d'aborder la question, mais, pour moi, l'utilisation
d'«intégrisme religieux» était beaucoup trop limitative et ne permettait pas de
s'attaquer à l'intégrisme idéologique qui mène à une radicalisation.
Parce que
l'intégrisme, en soi, n'est pas problématique tant qu'il ne mène pas de l'autre côté de
la ligne. Parce que celui ou celle
qui pratique une idéologie à la lettre, de façon très stricte, ne pose
pas de problème à autrui. Mais c'est à partir du moment où
cette application idéologique à la lettre nuit à l'autre, porte atteinte à
l'autre en le marginalisant, en l'excluant
socialement, c'est là qu'on a un problème.
Et il y a dans les discours radicaux bien souvent des atteintes à ces groupes-là, on
marginalise les femmes, on les attaque, on marginalise certains groupes. Et on
l'a vu, et on a pu le lire, et d'où les dispositions qui vous sont
présentées. Et puis de se limiter à l'intégrisme religieux, bien, on passe à
côté de l'intégrisme idéologique et de toute cette forme de radicalisation qui
est aussi nocive pour notre société.
Le Président (M. Ouellette) : Mme la
députée de Montarville.
Mme Roy
(Montarville) : J'ai pris des notes. Vous disiez que votre
collègue vous faisait remarquer que... Non, en fait, vous, vous disiez tout à l'heure que l'intégrisme religieux n'est
pas nécessairement haineux. Je suis tout à fait d'accord avec vous, il y a des intégristes qui ne prônent
pas la haine ou l'incitation à la violence. Cependant, l'intégrisme
religieux qui mène à la radicalisation, lui est violent.
Le Président (M. Ouellette) :
C'était une question? Mme la ministre.
Mme Vallée : Est-ce que
c'était une question? C'est parce que je ne voyais pas le point
d'interrogation.
Mme Roy
(Montarville) :
C'est dans le cadre... Bien, enfin...
Le Président (M. Ouellette) :
...exclamation ou une interrogation, mais Mme la députée de Montarville.
Mme Roy
(Montarville) : Je
vais prendre d'autres Advil, excusez-moi. En fait, c'est que vous disiez — et
je suis d'accord avec vous — que
l'intégrisme n'est pas nécessairement violent. Tout
à fait d'accord. Mais, dans le cas
qui nous concerne, lorsque c'est un projet de loi qui vise à contrer la
radicalisation, l'extrémisme religieux tient un discours violent, et c'est ce discours-là qui mène à la
radicalisation. Et un autre discours aussi qui n'est pas nécessairement violent, mais qui est plus insidieux puis qui va mener, tout de même, à la radicalisation. On ne part pas ici, là, on
part ici, puis
on monte comme ça dans le discours, mais c'est un discours qui mène à la
radicalisation, et il est religieux. Parce que, pour le moment, la radicalisation des jeunes, bien, c'est religieux, ce
n'est pas une radicalisation de... Mon Dieu! je n'ai pas d'exemple.
Parce que ce n'est que ça, la radicalisation contre laquelle on se bat.
Rappelez-vous que, lorsque nous avons demandé à
de maintes reprises de faire quelque chose, bien, c'était, bon, dans la foulée d'attentats, mais également,
par la suite, il y a eu l'année dernière... je perds la notion du temps,
mais il y a eu Saint-Jean-sur-Richelieu, il
y a eu Ottawa. Bien, dans tous ces cas-là, c'était de la
radicalisation où c'était toujours une
radicalisation religieuse, et c'est la raison pour laquelle on dit que cet
intégrisme religieux là... Bien, oui, ce n'est pas nécessairement
haineux, l'intégrisme religieux, mais celui qui mène à la radicalisation, à
quelque part, à un moment donné, il le devient, et c'est la raison pour laquelle je pense
qu'il faudrait que ce soit spécifié, puisqu'au tout début de tout le processus
tout ça est né à la suite des attentats, et puis des attentats commis au nom
d'une religion après un endoctrinement, après une radicalisation.
Alors, c'est
pour ça que je reviens avec mon idée de le mettre, dans la mesure où c'était...
Tout le plan pour contrer la radicalisation tourne autour des attentats
des jeunes, de ceux qui sont partis en Syrie. Il y en a qui sont morts, puis il
y en a d'autres qu'heureusement il y a un papa qui a été assez vigilant pour
appeler la police, pour que les autorités interviennent.
Mais c'est toujours dans le
cadre de la radicalisation, c'est toujours
dans le cadre de discours qui sont tenus par des
intégristes religieux. Ces jeunes-là n'ont pas été endoctrinés en jouant au
football ou en faisant du ballet, c'était un discours prôné par des intégristes
religieux qui les a menés à la radicalisation.
C'est la
raison pour laquelle je vous dis : Si tout le noeud du problème,
la raison pour laquelle on travaille, la raison pour laquelle le gouvernement
a fait un plan d'action pour contrer la radicalisation, c'est à cause, justement,
de ces conversions et puis de cette
radicalisation qui naît d'un discours qui nous vient d'un intégriste
religieux... Puis je ne nomme pas la religion pour ne pas faire de
discrimination, mais c'est ça, la problématique actuellement que nous vivons au
Québec puis que nous vivons dans les pays
démocratiques. Alors, je comprends ce que vous me dites, mais, pour moi,
c'est important parce qu'il faut vraiment cibler la racine du mal, et ça ne se
fait pas, cette radicalisation-là, dans d'autres contextes que le contexte d'un
intégrisme religieux.
Le Président (M. Ouellette) : Mme la
ministre.
Mme Vallée :
Un des problèmes qu'on a... Parce que, lorsqu'il est question du discours, des
propos, des prêches, par exemple, les propos qu'une personne peut tenir
sont protégés par la liberté d'expression. Et notre collègue nous mentionnait tout à l'heure... elle parlait, puis à
juste titre, des propos insidieux, des propos qui ne sont pas
nécessairement violents, qui n'incitent pas
nécessairement à la haine. Par contre, ces propos-là, le problème, c'est qu'on
ne peut pas les limiter, on ne peut
pas limiter, tant qu'un propos... Puis c'est justement ce que Whatcott nous
enseigne, c'est justement ce que
Taylor nous enseigne, c'est qu'on ne peut pas venir empêcher la tenue d'un
propos prononcé par un membre d'une communauté religieuse sans que ce
propos-là ait cette caractéristique d'être un propos haineux ou d'être un
propos qui incite à la violence.
Ce que la Cour suprême nous enseigne, c'est ça, c'est que la liberté d'expression prime. Et la
liberté d'expression aura des
limites, et ces limites-là sont celles qu'on a définies. C'est-à-dire
que oui, la liberté d'expression a place. Par contre, cette liberté d'expression là cesse lorsque
les propos sont haineux envers autrui, lorsque les propos incitent à la violence. Donc, c'est pour ça que ça devient très difficile de venir sanctionner le simple prêche,
parce qu'un prêche qui n'incite pas à la violence, un prêche qui
n'incite pas à la haine... De parler en faveur d'une idée, en soi, c'est quand
même protégé par... La
liberté d'expression existe, et c'est ça, la complexité. Et puis le défi que
nous avons et le défi que toutes les sociétés démocratiques ont, c'est d'arriver à poser des jalons, des balises qui
vont éviter, oui, de se retrouver dans des situations où des jeunes sont amenés à suivre dans les pas
tracés par des gens qui ont une vision qui va les amener à se radicaliser,
et à s'attaquer à l'autre, et à venir porter atteinte à la paix, à notre
liberté et à notre démocratie, d'une certaine façon.
Donc, comment s'attaquer à cette forme de
radicalisation? Bien, on peut le faire... on peut s'attaquer à des discours, on peut venir mettre un frein à un
discours lorsque ce discours-là remplit certains critères, critères qui ont
été définis par la Cour suprême, que nous
avons repris. C'est-à-dire que les discours qui incitent à la haine, les
discours qui incitent à la violence, les discours haineux, les discours
incitant à la violence, ça, on peut les limiter. Oui, le Code criminel prévoit des dispositions, mais on peut aussi mettre en place des
sanctions civiles, des sanctions pécuniaires, on peut mettre en place
une série de mesures pour rapidement pouvoir intervenir, pour... Et c'est ça,
le projet de loi aussi. Le projet de loi prévoit cette interdiction de tenir de tels propos, prévoit les
sanctions, puis j'imagine qu'on aura la chance d'étudier... Je sais que, parmi les amendements
que vous avez déposés, il y a d'autres sanctions. Puis ça, on les regarde, mais ce sont les limites.., C'est très
difficile, c'est impossible de s'attaquer... de dire, par exemple, que le prêche... on va venir
interdire un prêche. Un prêche, en soi, peut être très pacifique. Ce n'est pas parce que
quelqu'un pratique une religion qu'il va nécessairement
tenir des propos haineux.
Le Président (M. Ouellette) : Mme la
députée de Montarville.
Mme Roy
(Montarville) :
Oui, je suis d'accord avec vous, Mme la ministre, qu'un prêche pacifique... Je n'ai pas de
problème avec ça. Mais un prêche qui vise, justement, à... un prêche qui est
composé de propos incitant à la violence, ce n'est pas acceptable à cet
égard-là.
Le Président (M. Ouellette) : Mme la
ministre.
Mme Vallée :
Excusez-moi, je suis distraite par les discussions des amendements,
sous-amendements, sous-amendements, les techniques de filibust de notre
collègue.
Le Président (M. Ouellette) : J'ai
entendu, il n'y a pas de techniques de...
Mme Vallée : Non, non, non,
je retire mes...
Maltais : ...expliquer
quelque chose, M. le Président, parce que ça va rassurer la ministre, si vous
me permettez deux minutes, parce qu'elle
vient de dire quelque chose. Mon nouveau recherchiste, il commence au Parlement, alors je lui expliquais que c'est comme ça que ça procède, article, amendement, sous-amendement, et il
pourrait même arriver, des fois, des
sous-sous-amendements. Mais je peux la rassurer, je n'ai pas préparé de sous-sous-amendement.
Mme Vallée : ...aujourd'hui. O.K.
O.K. Il nous reste...
Maltais : Mais
c'était vraiment ça, je vous jure, c'était une petite pédagogie parlementaire.
Mme Vallée :
Excusez, c'est parce que je voyais qu'on rigolait. Là, je me suis dit : Oh
oh! Une chance, on finit à 6 heures.
Maltais : Non,
non, non. C'était vraiment ça.
Mme Vallée : D'accord.
Excusez-moi, je suis désolée, chers collègues.
Mme Roy
(Montarville) : ...vous disiez : Les prêches que
vous... Bon, soit pour les prêches. Mais, de toute façon, «enseignement», vous voyez ce que je vous disais,
qu'on a repris également les termes de Whatcott, parce qu'«enseignement»,
un enseignement, ça peut être... un prêche peut être assimilé à un
enseignement, là, mais, dans l'enseignement, si on tient des propos qui, eux,
sont contraires, justement... ou incitent à la violence, la loi s'applique.
Le Président (M. Ouellette) : Mme la
ministre.
Mme Vallée :
En fait, tout propos qui incite à la violence, tout propos qui est haineux est
visé par la loi. Un propos haineux,
un propos qui incite à la violence, c'est visé par la loi. D'ailleurs, il y a
des amendements qui visent certaines préoccupations qui seront déposés
un petit peu plus... qui sont prévues dans la loi, là, dans les dispositions.
Lorsque, tout à l'heure... Dans l'amendement
que j'ai déposé, on a prévu, justement, les enseignements pour se coller le
plus possible à Whatcott.
Honnêtement, l'objectif, c'était de vraiment s'en tenir aux balises que la Cour
suprême nous a données de façon très
claire parce que, sans équivoque, les enseignements sont visés par Whatcott, et
c'est pour ça qu'on a déposé l'amendement.
Puis je
tiens, M. le Président, à souligner que j'ai été à l'écoute aussi des
commentaires des collègues, là, j'ai tenté de prendre un petit peu de tout, des commentaires que m'a formulés la
députée de Gouin, des commentaires que vous m'avez formulés également. Essayons d'avoir un projet de loi qui sera
bonifié par les interventions, par les connaissances, par les sensibilités que nous avons. Mais oui, les
enseignements sont touchés. Un enseignement qui comporterait un discours
haineux, qui comporterait une incitation à
la violence — et ça,
on peut le retrouver parfois dans certains groupes, dans certaines situations, on en a eu des
illustrations, les médias ont porté à notre connaissance certaines
situations — bien, c'est visé par le projet de loi. Et là, comme c'est visé par le projet de loi,
bien, il y a des moyens pour que des mesures soient prises, que des
injonctions soient prises, fondées sur le projet de loi, pour mettre un terme à
ce type de discours, pour intervenir, pour sanctionner, pour... puis on le
verra dans les amendements, vous le verrez...
Vous vous
souvenez, quand les représentants du milieu de l'enseignement collégial nous
ont dit : Nous, on aimerait pouvoir
mettre un terme aux baux que nous avons parce qu'on n'a pas de disposition, on
peut... dans certains baux, on le retrouve,
mais on n'a pas de disposition législative? Alors, dans les amendements, on a
donné suite à cette demande-là parce
qu'effectivement ça s'avérait une mesure de gros bon sens et qui fait suite,
justement, à des propos tenus dans les maisons d'enseignement et qui
pourraient être considérés comme des enseignements.
Le Président (M. Ouellette) : Oui,
Mme la députée de Montarville.
Mme Roy
(Montarville) :
C'est beau. J'ai échangé, nous avons échangé, là.
Président (M. Ouellette) :
Et, puisqu'on parlait de Mme la députée de Gouin, et elle brûle d'impatience
de nous faire part de son point de vue, Mme la députée de Gouin.
Mme David (Gouin) :
Merci, M. le Président. D'abord, je veux signaler la présence, à mes côtés, de
Frédéric Chenel. Il est en secondaire IV à Longueuil et il a voulu, dans
le cadre d'un travail scolaire, venir passer sa journée avec moi. Alors, c'est
une sorte de recherchiste occasionnel, très occasionnel. Donc, voilà.
Écoutez,
j'aimerais d'abord souligner — et ça me fait plaisir de le faire — la haute tenue du débat que nous
avons cet après-midi. Franchement, c'est
vraiment intéressant. J'ai connu pire dans certaines commissions, je pense
qu'on a un débat de bonne tenue. Et
on se rend compte que c'est un débat difficile, qui fait appel à toutes sortes
de notions, à la fois juridiques,
historiques, sociologiques, politiques. Donc, franchement,
ça n'est pas vraiment simple ou facile, là, j'espère qu'on
finira par trouver des chemins de rencontre. Mais je voulais d'abord dire ça,
j'apprécie beaucoup la façon dont se fait le débat jusqu'à présent.
Ensuite, j'aimerais dire que, pour la formation
politique que je représente — mais je ne ferai pas un long débat là-dessus — le
terme même de radicalisation nous pose problème. Je sais que c'est maintenant une sorte de
terme accepté dans les milieux de renseignements, de sécurité, dans les milieux politiques, c'est comme ça
qu'on appelle ce phénomène par lequel un certain nombre de jeunes
finissent par poser des gestes d'une extrême violence, je voudrais simplement souligner qu'en soi d'être radical dans
une société, bien
entendu, en en respectant les règles,
la démocratie et la paix, ça n'est
pas forcément un défaut. Être radical peut être quelque chose de très porteur
dans une société, peut être un vecteur de progrès social extrêmement important. Mais je ne ferai pas un long débat là-dessus
parce qu'évidemment le terme est devenu tellement utilisé partout
lorsqu'on parle des jeunes djihadistes que ça ne serait pas très utile pour
moi de vouloir à tout prix faire changer ce terme-là. Mais je tenais quand même
à le dire. Vous savez, parfois les radicaux d'hier, les Nelson Mandela de ce monde, les Abraham Lincoln sont devenus les
progressistes qu'on connaît. Mais je sais fort bien qu'ici, aujourd'hui, ce n'est absolument pas de ça
que nous parlons. Alors, j'aurais aimé trouver un meilleur terme, mais
je n'en ai pas trouvé.
Il me semble
que, depuis une bonne heure et quelques, là, on discute de trois sujets à la
fois — mais
c'est normal, on est au tout début du
projet de loi — on parle
de définition, on parle de l'objet de la loi et on parle d'efficacité.
Alors, moi qui suis globalement plutôt
d'accord avec ce qui nous a été présenté par la ministre et particulièrement
heureuse de l'amendement à
l'alinéa deux de l'article 1, donc la définition du discours haineux,
je n'ai pas d'amendement, donc — pour l'instant, en tout cas — à apporter sur l'article 1. Je voudrais
quand même, un peu à l'instar de ma collègue de Montarville, apporter
quelques éléments de réflexion, tout simplement.
D'abord,
l'objet de la loi, du projet de loi, je comprends très bien que cela demeure une
question, puisque ce projet de loi a
été déposé le même jour qu'un plan de lutte à la radicalisation — «radicalisation» étant entendu comme ces
jeunes qui finissent par s'adonner
clairement à des gestes de terrorisme — le même jour aussi que le projet de
loi sur
la neutralité religieuse de l'État.
Alors, évidemment, tout ça devient un peu mêlé, crée de la confusion, et, au
départ, je peux comprendre qu'un
certain nombre de personnes se soient dit : Bon, bien, on a entre les
mains un projet de loi qui va nous permettre tout simplement... enfin,
tout simplement... ce n'est pas si simple, mais qui va nous permettre de nous
attaquer au phénomène qui est constitué par le fait qu'en fait quelques
dizaines de jeunes, hein — pour
le moment, on ne parle pas de milliers et de
milliers, là, mais il y en a déjà assez pour qu'on s'inquiète — finissent par poser des gestes
violents ou finissent par aller en Syrie, ce
qui est absolument dramatique parce que le résultat est probablement qu'ils
vont revenir dans un cercueil, hein,
puis ce sont des jeunes Québécois. Donc, je pense que c'est vrai qu'au départ
on a cru qu'il s'agissait strictement de cela.
à la lecture du projet de loi, effectivement on découvre que l'objet de la loi
n'est pas seulement de s'attaquer à ce phénomène, qui touche, chez nous
comme ailleurs, un certain nombre de jeunes, mais c'est d'aller plus loin et de
dire que, dans la société dans laquelle on
vit, il y a quelque chose qui est interdit, le discours haineux et incitant à
la violence, que ce discours haineux et incitant à la violence s'adresse
à des jeunes ou à des moins jeunes, s'adresse à des jeunes athées, ou à des jeunes musulmans, ou à des jeunes
catholiques, ou pentecôtistes, ou ce que vous voudrez, c'est interdit. Alors, le Code criminel l'interdit déjà, je reviendrai là-dessus. La question,
c'est : Nous faut-il un outil additionnel? Mais c'est vrai, c'est vrai que l'objet de la loi est
désormais plus large. Puis je pense qu'il faut en convenir, là, on va
appeler un chat un
chat, hein, c'est plus large que simplement s'attaquer, entre guillemets... ou
s'occuper sérieusement, en tout
cas, de ces jeunes qui ont été happés par le djihadisme, c'est comme ça que ça
s'appelle.
nom de ma formation politique, moi, ce que je dis, c'est que, bien, dans un
sens, tant mieux. Ce n'était peut-être
pas ce à quoi on s'attendait au départ, mais plus j'ai lu — j'ai lu beaucoup cet été et au début de
l'automne — plus je lis,
plus je me rends compte de l'état des choses non seulement dans les pays occidentaux,
mais dans d'autres pays, et plus je me
rends compte que oui, on a raison de s'inquiéter, puis on a raison de vouloir
s'attaquer au discours haineux et incitant à la violence sérieusement. Alors, personnellement, je continue de trouver
important, bien sûr, qu'on planifie des mesures et qu'on soit très concrets pour prévenir l'appel du
djihadisme, mais je pense aussi qu'il faut prévenir et qu'il faut
sanctionner toute forme de discours haineux
s'attaquant à des groupes vulnérables tels que reconnus par la Charte des
droits et libertés. Ça, c'est sur l'objet.
Ensuite, toute la
question de la définition. Et là c'est vrai qu'on n'est pas non plus dans des
domaines très simples. Est-ce que, oui ou non, l'intégrisme religieux doit être
sanctionné? Et j'apprécie que ma collègue la députée de Montarville ait des propos nuancés sur cette question, mais pas assez
à mon goût. L'intégrisme religieux, je pense, n'est le fait d'à peu près aucun des parlementaires qui
est ici, autour de cette table, mais il existe. Il existe chez des
musulmans, chez des catholiques, dans des sectes de toutes sortes, là,
protestantes, pentecôtistes, baptistes, etc., il existe dans certaines
minorités juives extrêmement religieuses, donc on est dans un phénomène... Oui,
il y a des phénomènes d'intégrisme religieux
dans toutes les sociétés du monde, en fait. Et vraiment, lorsqu'on parle
d'intégrisme religieux, on parle de
vision extrêmement fermée, monolithique d'une religion. C'est une religion qui
n'évolue pas, qui est restée ce qu'elle était, disons, il y a quelques
siècles, parfois quelques millénaires. C'est de ça qu'on parle.
bien entendu, ça s'accompagne, la plupart du temps, de règles internes dans
cette religion, et ces règles ont, la plupart du temps, pour effet de
discriminer les femmes. Alors, je pense que, là-dessus, on n'aura pas de
difficulté à s'entendre. Mais, à partir de
là, faut-il cibler en particulier l'intégrisme religieux? Ma réponse à moi,
c'est non parce que des propos
rétrogrades, des propos du XIXe siècle, des propos discriminatoires, il
s'en dit, il s'en écrit, et bien ailleurs que dans les églises ou les mosquées. Il y a quelques animateurs de
radio — je ne
dirai même pas où ils sont — qui en sont parfaitement capables.
aux États-Unis, pays le plus proche de nous, il y a des suprématistes blancs.
Les violences à l'égard des Noirs aux États-Unis sont plus importantes
que les violences à l'égard des jeunes chrétiens blancs ou des musulmans. Ça aussi, là, c'est une forme... En fait, c'est bien
pire que l'intégrisme, là, ça, c'est carrément une violence extrême. Je
voudrais rappeler que l'Europe est infestée
de groupes d'extrême droite dans certains pays extrêmement puissants,
extrêmement forts. Je pense, entre autres, à
l'Allemagne et au groupe PEGIDA. Quand on est capable de mobiliser 20 000
personnes qui ont dans la bouche une seule
phrase : Jetez tous les immigrants à la mer, bien là on est vraiment,
vraiment dans l'intolérance, les
propos rétrogrades, les propos plus que blessants, là. En fait, on est dans le
racisme, hein, il faut appeler un chat un chat.
Alors,
je pense que, si nous sommes d'accord là-dessus, il est un peu compliqué d'introduire dans un projet de loi qui veut s'en prendre à tous les discours haineux et incitant à la violence
la particularité d'un intégrisme religieux. J'aime bien la notion d'enseignements, qui, je
crois, sous réserve qu'on me dise le contraire, recouvre à la fois les enseignements
laïques et religieux, mais là on parle d'enseignements qui, oui, effectivement, pourraient inciter à la haine et à la
violence. Et tout le monde comprendra que
je ne suis vraiment pas de cette école-là, compte tenu des valeurs qui m'animent, et donc je vais être tout à fait d'accord
avec le fait que la question des enseignements soit mentionnée.
Finalement,
la question de l'efficacité, parce que c'est aussi une
bonne question. Faut-il ce projet de
loi? Il est vrai que certains
groupes sont venus dire que ce n'était pas très utile, que ce qu'il fallait
faire, c'était de la prévention, c'était de
l'action sociale, c'était de l'éducation, et, fondamentalement, je suis absolument d'accord
avec le fait que c'est d'abord ça qu'il faut faire. L'éducation — j'aurai
la chance d'en parler longuement demain matin avec le ministre de
l'Éducation — c'est
une clé, c'est la clé. L'éducation, j'ajouterais personnellement la lutte à la
pauvreté, la lutte aux discriminations,
l'intégration, etc., ce sont des clés extrêmement importantes. Mais la question, c'est :
Sont-elles suffisantes?
Et là j'aimerais
faire une analogie qui va certainement rappeler des souvenirs, entre autres à la
députée de Taschereau et à la députée d'Hochelaga-Maisonneuve. Les luttes que
les féministes font au Québec depuis plus d'un siècle — mais,
dans mon cas, comme je n'ai pas encore un siècle, disons, depuis les
années 70, et mes collègues n'étaient pas très loin, j'en suis certaine — les luttes des femmes nous ont démontré quelque chose. Parce qu'on a travaillé
fort quand même, et on continue. Ce qu'elles
nous ont montré, ces luttes, c'est que l'éducation, la prévention, tout le
travail de conviction qu'il a fallu faire,
tout le travail d'explication, on l