Culture and Education — 23 November 2017 (41st Legislature, 1st Session)
CCE 2017-11-23
Quebec — Committees
La FNEEQ se
préoccupe des dossiers et de la violence à caractère sexuel depuis fort
longtemps, depuis plusieurs années,
on peut dire, de manière accélérée depuis 2015. Trois de nos comités
participent à la réflexion : le comité Femmes, le comité
Orientation et identités sexuelles, le comité École et société. On peut dire
que la FNEEQ a joué un rôle de précurseur en
prenant position, en décembre 2016, au sujet du code de conduite qui est
suggéré dans le projet de loi. Je vais
y revenir très bientôt. Nous avons effectivement consulté très largement nos
membres pour présenter la position que nous avons adoptée.
J'aimerais, d'entrée de jeu, aussi rappeler
qu'on parle souvent, dans cette consultation, des victimes, bien sûr, comme étant des étudiantes et des étudiants. Mais
on peut dire aussi... C'est notre chapelle, là, on parle également
au nom des enseignantes et des enseignants, les membres du
personnel qui peuvent aussi être victimes de ces violences à caractère
sexuel. Il ne faut pas l'oublier.
Dans notre
mémoire, il y a quelques recommandations qu'on fait sur certains chapitres du
projet de loi. Je vais les survoler rapidement.
Le premier,
c'est le
chapitre 1, sur les dispositions générales. Nous accueillons très
favorablement l'introduction, l'inscription du cyberespace dans le
projet de loi comme lieu où peuvent se dérouler des violences à caractère
sexuel. Évidemment, il ne s'agit pas là de
patrouiller l'Internet à la recherche, là, de commentaires inappropriés. Mais,
on le sait, et de plus en plus, les technologies de l'information sont
des plateformes où se déroulent des activités pédagogiques. On n'a qu'à penser à la formation à distance, à
des activités pédagogiques autour de forums de discussion. Ce sont des
outils pédagogiques de plus en plus utilisés, et, dans le cadre de cet
espace-là, ils devraient être inclus dans le projet de loi. C'est notre
position.
Élargissement
également, vous l'avez entendu par plusieurs intervenants, de la loi autour des
activités à l'intérieur, mais aussi à l'extérieur des murs du campus,
que ce soient des activités sportives, culturelles, des stages qui sont très importants pour l'enseignement supérieur, les
voyages de coopération, mais aussi d'étendre l'application aux
fournisseurs, aux sous-traitants, aux visiteurs. On pense, entre autres, par
exemple, aux concessionnaires dans les cafétérias.
considérations générales de la politique, l'article 3. Alors, nous sommes
d'accord avec le fait de distinguer la politique
pour prévenir et combattre les violences à caractère sexuel des autres
politiques institutionnelles. Pour nous, il s'agit, en fait, d'une marque de l'importance de cet enjeu-là, de la
distinguer. Cela dit, on appelle quand même à la prudence et aux possibles confusions avec d'autres
politiques à l'interne, entre autres celle contre le harcèlement et la violence
au travail... et de faire en sorte qu'une
victime pourrait doubler ses procédures et ne plus savoir exactement en vertu
de quelle politique s'inscrit
l'événement qu'elle souhaite dénoncer. Donc, on a confiance qu'il y a une
expertise locale, qu'il y aura un suivi
autour de ça. Mais le fait de les distancer a ce risque-là, également,
peut-être, d'éclipser. Il faudra veiller à le faire.
On souligne
aussi le fait qu'une des caractéristiques importantes de l'enseignement
supérieur, c'est l'autonomie locale, alors que ce soient l'autonomie des
établissements dans les décisions, l'autonomie des enseignants dans leur éducation. Mais il y a aussi, dans cette
autonomie-là, possiblement un danger, c'est qu'il y ait disparité, entre les
campus, entre les collèges, entre les
universités, dans l'application et l'accompagnement des personnes qui vivent
des violences à caractère sexuel. Donc, on souhaite que ce projet de loi
là, quand même, soit vigilant de ce côté-là.
Du côté de la formation, évidemment, nous sommes
en faveur de la formation, et de la formation de tous les acteurs du milieu, incluant, bien sûr,
les enseignants. Il faut favoriser
des conditions propices pour que cette formation-là ait lieu et il faut
outiller les membres pour bien agir sur le milieu. Nous croyons que la FNEEQ a
un rôle à jouer. Les syndicats ont un rôle à jouer dans la formation. Nous le
faisons déjà. Nous formons déjà nos syndicats dans plusieurs types de
formations. Nous allons mettre à jour nos formations pour nos syndicats à la
lumière de ce que le projet de loi va apporter, mais il est certain que le
geste même de former plus largement va assurer la diffusion de la politique.
En ce qui a
trait à la procédure de plainte, il faut tenir compte, et on l'a mentionné dans
notre mémoire, du faible pourcentage
de personnes qui vont de l'avant et aussi doublement du fait que ces plaintes
sont souvent différées. Alors, ce sont deux obstacles, et on ne croit
pas que ce sera nécessairement, magiquement, un changement que d'avoir une
politique, que de faire en sorte que les personnes se sentent à l'aise. Donc,
il faudra trouver les façons, au-delà de la bureaucratie,
pour aider les personnes qui sont en place. Pour nous, dès que quelqu'un dépose
une plainte, il est important, peu
importe le résultat d'une éventuelle enquête, qu'elle puisse bénéficier d'un
accompagnement immédiat et qu'elle n'ait pas à répéter à plusieurs occasions les éléments dont elle a été
victime. Donc, cet accompagnement-là est crucial, il nous semble très important, et qu'il se fasse
immédiatement. Même si, à la lumière d'une enquête, la plainte n'est pas
fondée, comme c'est le cas parfois, il y a un problème, il s'est passé quelque
chose, et l'établissement a la responsabilité d'accompagner cet individu-là.
Pour l'élaboration et la révision de la
politique, nous sommes convaincus que le meilleur gage de réussite, c'est véritablement dans l'implication de tous les
acteurs du milieu. Il y a un principe en enseignement supérieur qui est celui de la collégialité. Cette collégialité-là,
elle doit être le baromètre de l'implication des individus dans
l'élaboration de la politique. Pour nous,
d'impliquer encore une fois tous les acteurs — d'accord — dans cette politique-là, ça nous
permet d'assurer de l'information.
Alors, je vais prendre ma dernière minute pour
parler du code de conduite, et, probablement, les questions vont porter là-dessus davantage. Alors, le code de
conduite, c'est au coeur de notre démarche. Nous avons consulté nos syndicats et nous avons pris position, en décembre
2016, sur les relations à caractère intime. Pour nous, ces travaux-là,
qui sont en cours depuis 2015, nous permettaient d'arriver au plus petit
dénominateur commun. Alors, ce plus petit dénominateur commun, et je lis
rapidement les éléments, c'est de considérer que les enseignants sont en
relation d'autorité, que les enseignants ont
un lien de confiance, que cette relation-là, elle est basée sur l'évaluation
qui se déroule, et que, par
conséquent, on affirme deux choses importantes, qu'il est inapproprié
d'entretenir un rapport intime dans une relation pédagogique ou d'autorité, et, deuxièmement, on a appelé nos
syndicats à proscrire tout rapport intime, amoureux ou sexuel avec une
étudiante ou un étudiant dans une relation pédagogique ou d'autorité.
Présidente (Mme de Santis) : Merci
pour votre exposé. Nous allons maintenant débuter la période d'échange. Mme la ministre,
la parole est à vous.
Mme David : Alors, bravo! Je trouve, c'est cruel un peu, ce
10 minutes, mais je vais vous permettre de continuer. Alors,
reprenez votre souffle, et puis on va continuer sur la lancée dans laquelle
vous étiez. Vous savez que ça m'intéresse — parce
qu'ils s'interrogent, je pense, aussi, mes collègues des oppositions — parce
que ce n'est pas simple, cette
question-là. On ne peut pas se tromper. On veut la faire avec délicatesse, mais
on veut la faire aussi de la façon la plus pertinente possible.
Alors, je
vous remercie beaucoup de la réflexion, parce que je sais bien que ce ne
sont pas trois individus qu'on a devant
nous, ce sont des individus qui représentent des milliers d'individus. Alors, il faut
tenir compte du poids de votre représentativité,
et j'en suis bien consciente et bien heureuse en même temps, parce qu'on a,
et je le répète, quand même
des milliers de chargés de cours derrière
M. Marois, on a des tonnes et des tonnes d'enseignants, d'enseignantes de
collégial aussi, et puis, bon,
Mme Quesnel, qui est responsable politique du comité Femmes. Alors, on touche toutes sortes d'aspects. Alors, moi aussi, je mets
mes deux chapeaux, vous aussi, chapeau femmes, chapeau enseignement supérieur.
C'est pas mal lié dans ce dossier-ci, disons ça.
Alors, je
reviens à votre... parce que c'est la première fois que quelqu'un, un groupe,
une personne, emploie les mots «plus petit dénominateur commun». J'aime
beaucoup ça parce qu'on sait bien, autant vous, dans des exécutifs syndicaux, que nous, en politique, que, très
souvent, on essaie de trouver le consensus, et évidemment on réfère à ce plus petit dénominateur
commun, qu'est-ce qui peut au moins convenir à tout le monde.
Alors, je
répète parce que je ne veux pas me tromper,
j'ai pris des notes vite, vite. Vous définissez ce qu'est une relation professeur-étudiant,
puis professeur, là, comprenez bien, M. Marois, j'entends les chargés de
cours, là, enseignants. On devrait
dire «enseignant-étudiant». Alors le lien de confiance, c'est extrêmement
important. C'est une notion dont on n'a pas beaucoup traité jusqu'à maintenant, le lien de confiance, alors comme un peu une
relation adulte, parent-enfant, ou relation professionnelle,
psychologue-patient ou médecin-patient, une relation de confiance qu'on
soupçonne qui est là d'emblée et qu'on
espère qui est là d'emblée. Il y a celui qui sait puis celui qui veut apprendre de
celui qui sait. Il y a la
relation d'autorité dont vous parlez, vous avez employé le mot «d'autorité», et
qui est liée aussi au fait que le dernier élément, vous évaluez, l'enseignant,
le chargé de cours, le professeur évaluent.
Donc, dans ce
plus petit dénominateur commun, vous dites que, dans ces conditions-là, il ne
devrait pas y avoir un mélange des
genres, si on veut, c'est-à-dire relations intimes, sexuelles et/ou amoureuses.
Tout ça pourrait faire l'objet de grands
débats philosophiques, mais disons le mot «intime». Et donc on jongle un peu
avec tout ça. Et la façon dont moi, je vois
ça... Et vos collègues d'un autre syndicat ont parlé de neutralité
pédagogique — j'ai
aimé l'expression aussi «relation pédagogique»
que vous employez — neutralité
pédagogique qui, si on veut la protéger... Et vous nous aidez, avec vos prémisses, à formuler une sorte de phrase
intéressante avec ces concepts-là. Bien, il faudrait que l'enseignant, quel
que soit son statut — ou, si on vise un peu plus large que l'enseignant,
parce que ça peut être le directeur de programme qui... ça peut être le directeur de thèse même s'il n'est
pas enseignant, ça peut être le doyen de faculté, il y a toutes sortes
de cas de figure, mais on se comprend qu'il
y a une relation d'évaluation, d'autorité et de confiance — bien, que, s'il se passe quelque
chose, il est tenu, donc, de déclarer cette chose-là et que l'institution est
tenue de prendre des mesures à ce moment-là
pour que la relation dite d'autorité ou la relation dite pédagogique cesse
immédiatement, dans la mesure où on ne peut pas faire cohabiter les
deux.
Est-ce que, dit comme ça, ça correspond assez
bien à ce que vous comprenez de ce que j'ai dit et est-ce que ça vous convient?
Mme Quesnel
(Caroline) : Oui. Bien, je vais peut-être poursuivre puis vous
compléterez. Ce qui prime dans cette perspective-là,
pour nous, c'est le parcours... en fait, le cadre de la pratique
professionnelle plutôt que celui du parcours individuel. Et, dans cette perspective-là, il est clair que ce que vous
identifiez c