House Proceedings — 27 March 2002 (36th Legislature, 2nd Session)

2002-03-27

Quebec — Debates (Hansard)

House Proceedings — 27 March 2002 (36th Legislature, 2nd Session)

2002-03-27

Quebec — Debates (Hansard)

Journal des débats de l'Assemblée nationale

Version finale

Retour à la liste des séances de l'Assemblée de cette session

36 e législature, 2 e session

(22 mars 2001 au 12 mars 2003)

Le mercredi 27 mars 2002 - Vol. 37 N° 82

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Table des matières

Affaires du jour

Affaires inscrites par les députés de l'opposition

Motion proposant que l'Assemblée déplore l'incapacité du gouvernement de mettre

en place des mesures visant à contrer l'exode des populations de plusieurs régions

M. Claude Béchard

M. Rémy Trudel

Mme Nathalie Normandeau

M. Guy Lelièvre

Mme Julie Boulet

Mme Danielle Doyer

M. Claude Béchard (réplique)

Vote reporté

Présence du consul de la République tunisienne

à Montréal, M. Abdeljelil Berrajah

Affaires courantes

Dépôt de documents

Entente de gestion concernant le Centre d'expertise hydrique et plan d'action

2002-2003 du Centre d'expertise en analyse environnementale

Rapport du Groupe de réflexion sur les pesticides en milieu urbain

Mise à jour des études préparées pour la Commission sur l'avenir politique

et constitutionnel du Québec et pour la Commission d'étude des questions

afférentes à l'accession du Québec à la souveraineté, recueil des

sommaires

exécutifs des mises à jour des études et rapport administratif général

Rapport annuel d'Hydro-Québec

Dépôt de rapports de commissions

Consultations particulières sur le projet de loi n° 54 ? Loi

portant réforme du Code de procédure civile

Audition de l'Institut de la statistique du Québec dans le cadre

de l'examen de son rapport annuel et de ses états financiers

Poursuite du débat sur la déclaration complémentaire sur le budget

Dépôt de pétitions

Injecter les sommes d'argent nécessaires dans les CLSC

pour les soins à domicile

Augmenter immédiatement le budget de la Clinique

communautaire de Pointe-Sainte-Charles

Rémunérer pleinement les responsables de services de garde

en milieu familial lors de l'ouverture de leurs services durant

les congés fériés et accorder l'équité interrégionale

Questions et réponses orales

Propos tenus par le premier ministre concernant le comportement de certains

membres du Parti libéral du Québec à l'égard de M. Gaétan Frigon

M. Jean J. Charest

M. André Boisclair

M. Jean J. Charest

M. André Boisclair

Liaison maritime entre Forestville et Rimouski

M. Jean J. Charest

M. Jacques Baril

M. Jean J. Charest

M. André Boisclair

M. Jean J. Charest

M. André Boisclair

Financement des services de soins à domicile

Mme Nicole Loiselle

M. François Legault

Mme Nicole Loiselle

M. François Legault

M. Jean J. Charest

M. François Legault

Mme Nicole Loiselle

M. François Legault

Mme Nicole Loiselle

M. Bernard Landry

Positionnement et stratégie face au déséquilibre

fiscal entre Ottawa et les provinces

M. Jean J. Charest

M. Bernard Landry

M. Jean J. Charest

M. Bernard Landry

M. Jean J. Charest

M. Bernard Landry

M. Jean J. Charest

M. Bernard Landry

Nature de la correspondance échangée entre

M. Sylvain Vaugeois et le ministère des Finances

Mme Françoise Gauthier

Mme Pauline Marois

Mme Françoise Gauthier

Mme Pauline Marois

Fermeture annoncée de l'usine Inglis à Montmagny

M. Réal Gauvin

Mme Lucie Papineau

Réponses différées

Implantation de l'usine TRAMAL à Chicoutimi

Mme Pauline Marois

Publication d'avis concernant le projet minier de la firme Niocan à Oka

M. Roger Bertrand

Votes reportés

Motion proposant que l'Assemblée déplore l'incapacité du gouvernement de mettre

en place des mesures visant à contrer l'exode des populations de plusieurs régions

Avis touchant les travaux des commissions

Motions sans préavis

Souligner la Journée mondiale du théâtre

Mme Diane Lemieux

Mme Line Beauchamp

Mise aux voix

Souligner la Journée mondiale de la poésie

M. Yves Beaumier

Mme Line Beauchamp

Mise aux voix

Hommage à M. Yves Gabias, ex-député de Trois-Rivières

et ancien juge, et condoléances à sa famille

Mme Julie Boulet

M. Yves Beaumier

Mise aux voix

Avis touchant les travaux des commissions

Affaires du jour

Affaires prioritaires

Reprise du débat sur la motion de la ministre des Finances proposant que l'Assemblée

approuve la politique budgétaire du gouvernement et sur les motions de censure

Mme Monique Jérôme-Forget

Mme Pauline Marois (réplique)

Votes reportés

Commission plénière

Étude des crédits provisoires 2002-2003

Administration et Fonction publique

Remarques préliminaires

M. Joseph Facal

M. Pierre Marsan

Discussion générale

Habitation

Remarques préliminaires

M. André Boisclair

Mme Fatima Houda-Pepin

Discussion générale

Ajournement

Journal des débats

(Dix heures deux minutes)

Le Vice-Président (M. Beaulne): Alors, à l'ordre, s'il vous plaît! Chers collègues, vous me permettrez avant tout de vous souhaiter une bonne journée. Et, comme le veut notre tradition, nous allons prendre quelques instants pour nous recueillir avant l'amorce de nos travaux.

Je vous remercie. Veuillez vous asseoir.

Affaires du jour

Affaires inscrites par les députés de l'opposition

Motion proposant que l'Assemblée déplore

l'incapacité du gouvernement de mettre en place

des mesures visant à contrer l'exode

des populations de plusieurs régions

Alors, au menu du jour, à l'article 34 du feuilleton, aux affaires inscrites par les députés de l'opposition, en vertu de l'article 97 du règlement, M. le député de Kamouraska-Témiscouata présente la motion suivante:

« Que l'Assemblée nationale déplore l'incapacité du gouvernement du Parti québécois de mettre en place des mesures efficaces visant à contrer l'exode des populations de plusieurs régions du Québec. »

Cette motion est recevable. À la suite d'une réunion avec les leaders parlementaires, je vous informe de la répartition du temps de parole que j'ai établie pour le déroulement de ce débat: l'auteur de la motion disposera d'un droit de réplique de 10 minutes; cinq minutes sont allouées au député indépendant; 50 % du temps restant est alloué au groupe parlementaire formant le gouvernement, 50 % du temps restant est alloué au groupe parlementaire formant l'opposition officielle.

Dans ce cadre, le temps non utilisé par l'un des groupes s'ajoutera à celui de l'autre groupe, tandis que le temps non utilisé par le député indépendant pourra être redistribué entre les groupes parlementaires. Et les interventions ne seront soumises à aucune limite.

Je suis maintenant prêt à entendre le premier intervenant. M. le député de Kamouraska-Témiscouata, vous avez la parole.

M. Claude Béchard

M. Béchard: Merci, M. le Président. D'abord, cette motion que je présente aujourd'hui, la raison pour laquelle je l'ai présentée, de un, au lieu de ma collègue de Bonaventure, c'est que ma collègue devait être aujourd'hui à Baie-Comeau, mais, avec la température, vous comprendrez qu'elle a décidé sagement de rester avec nous. Alors, on profitera de sa présence, nous, de notre côté. Je sais que ça va peut-être inquiéter les gens d'en face de la voir ici aujourd'hui, mais on va profiter de sa présence tout à l'heure.

La motion qu'on présente aujourd'hui sur l'incapacité du gouvernement du Parti québécois de mettre en place des mesures efficaces pour contrer l'exode des populations de plusieurs régions du Québec, c'est un peu comme vous présenter en quelques mots le bilan des politiques du Parti québécois, depuis 1994, en matière de développement régional.

Et on a beau dire n'importe quoi, on a beau aller faire n'importe quelle annonce dans n'importe quelle région du Québec, quand, à la fin de l'exercice, quand, à la fin d'un deuxième mandat, on se rend compte que les régions se vident, bien je pense que peut-être, quelque part, c'est parce qu'on a manqué notre coup. Et c'est ce que doit se dire présentement le ministre des Régions qui est en train d'écrire son discours et de prendre acte des chiffres, de tout ce qui se passe dans chacune des régions du Québec, et il doit se dire: On a vraiment manqué notre coup; les gens s'en vont.

Ça donne quoi d'avoir des annonces, ça donne quoi d'avoir plein de choses quand, à la fin de la journée, les populations quittent? Et il y a des régions où c'est pire que d'autres. D'abord, dans les régions, on peut parler Bas-Saint-Laurent, Gaspésie, Côte-Nord. Côte-Nord où à Baie-Comeau, par exemple, il y a un déclin de presque 10 % de la population. C'est Baie-Comeau qui figure au sommet de ce palmarès au Québec. La population a passé de 25 500 à 23 000 personnes. Et ceux et celles qui ont quitté l'ont fait après les vastes compressions faites par deux grandes compagnies, Alcoa et Abitibi-Consol ou anciennement Donohue.

Et, quand on regarde ça, le résultat, je pense qu'une image vaut toujours 1 000 mots. La Terre de chez nous qui titrait, il y a quelques semaines, la semaine du 21 mars, la semaine passée: Déclin de la population, les régions se vident au profit des villes-centres . Et ça, M. le Président, je pense que c'est le plus beau résultat et le plus beau bilan qu'on peut tracer, le plus facile à tracer de l'action gouvernementale dans les dernières semaines.

Parler de cette problématique-là, ça nous amène aussi à, quand on parle de la démographie, parler de la décroissance des populations. C'est un sujet qui m'intéresse beaucoup. Déjà, dans nos colloques régionaux, au Parti libéral du Québec, les gens de ma région s'en souviendront, en 1999, à Trois-Pistoles, on avait eu un colloque là-dessus, sur la décroissance de la population, sur le fait que les gens quittent, sur les raisons et ce que ça amène aussi comme changements, s'il y a moins de monde, dans le financement que ce soit de nos réseaux de santé, de nos réseaux d'éducation.

Déjà, à l'époque, la Fédération des commissions scolaires avait fait aussi un colloque, dans les mêmes mois, dans les mêmes années, où on parlait de la croissance, la décroissance du Québec, où ils disaient qu'il y a six régions sur 17 en décroissance entre 1996 et 2026: Gaspésie ? Îles-de-la-Madeleine, 24 % de moins; Bas-Saint-Laurent, 12 %; Côte-Nord, 18 % de moins, Saguenay ? Lac-Saint-Jean, Abitibi-Témiscamingue.

Dans le même document, un petit peu plus loin, quand on parle du vieillissement de la population, la population de zéro à 14 ans, des jeunes, va être en baisse, encore une fois, dans six régions: Gaspésie ? Îles-de-la-Madeleine, moins 57,9 %, donc dans les zéro à 14 ans, presque 60 % de moins de jeunes en 2026; Côte-Nord, 45 %; Bas-Saint-Laurent, 44 %; Saguenay ? Lac-Saint-Jean, aussi 44 %; Mauricie et Abitibi-Témiscamingue, la région justement du ministre, moins 40 %. Donc, moins de jeunes, et c'est assez dramatique comme prévisions, comme portrait de ce qui s'en vient.

Et, quand on regarde... Même chose au niveau des clientèles scolaires, démographie scolaire: entre 1998-1999 et 2003-2004, 84 % des commissions scolaires au Québec seront en baisse de clientèle; 84 %, M. le Président. Ça veut dire que presque l'ensemble des commissions scolaires auront moins d'élèves. Alors, ça, c'est assez dramatique comme situation.

S'il y a moins de jeunes, s'il y a moins d'enfants dans nos régions ? la population vieillit ? ça nous amène à nous requestionner, pas juste sur savoir quand est-ce que le ministre va aller faire quelle annonce dans quel comté ou dans quelle municipalité, et surtout dans quel contexte électoral, ça nous amène à réfléchir sur des situations beaucoup plus profondes sur le comment on va réussir à continuer à offrir des services à la population, que ce soit en termes de santé, que ce soit en termes d'éducation, dans nos régions s'il y a moins de monde.

Et, moi, la semaine passée... Bien sûr, dans le contexte actuel des élections partielles, on a des élections partielles, entre autres, dans Saguenay. Et la semaine dernière... La région de Saguenay sur la Côte-Nord vit une situation où des écoles de village, comme à Baie-Trinité, à Sacré-Coeur et aussi l'école de Godbout, sont en difficulté, sont menacées de fermeture. Quand je vous disais que ça amène à des réflexions quelque

part intelligentes et de fond, savez-vous ce que le ministre de l'Éducation a répondu quand on lui a dit: Bien, il y a des problèmes dans ces écoles-là, il faut réfléchir à comment on peut garder l'école ouverte, jusqu'où on peut dire, en termes de baisse d'étudiants, on doit garder une école ouverte, c'est quoi, l'impact de la fermer? Bien, notre volubile ministre de l'Éducation répondait en Chambre: « Vous aurez compris que nous sommes en période électorale et que le parti d'en face va se faire le promoteur de toute interdiction, de fermeture d'école [...] où il pense que c'est nécessaire pour gagner quelques votes. »

n (10 h 10) n

M. le Président, on est rendu beaucoup plus loin que juste se poser la question si on se bat pour garder une école ouverte pour garder ou pour acquérir deux, trois votes. C'est une réflexion qui doit aller plus loin que ça, mais que malheureusement, quand le ministre de l'Éducation réduit sa réflexion au niveau de la décroissance des clientèles, qu'il réduit tout a ça à dire: Bah! pour quelques votes... Peut-être que, pour eux, ce n'est pas important, quelques votes, ils en ont déjà en masse à reprendre. Ils se disent: Quelques-uns de plus ou de moins, au point où on en est, ce n'est pas important.

Mais, pour nous, ce n'est pas une question de votes, c'est une question de survie des villages, de ces municipalités-là.

Quand on regarde ce qui provoque le départ... Tantôt, je vous disais, entre autres sur la Côte-Nord, deux éléments: chez Alcoa, chez Donohue, Abitibi-Consol maintenant, des fermetures, des coupures qui ont créé le départ de familles, le départ de gens. Bien, on en a présentement un bel exemple avec ce qu'on vit au niveau du bois d'oeuvre. On a une crise sur le bois d'oeuvre qui risque d'être longue, qui risque de prendre au moins deux ans parce qu'il ne semble pas que les négociations pourront reprendre. Il semble au contraire qu'on se dirige vers la voie légale. Alors, ça peut prendre quelque temps.

Qu'est-ce que le gouvernement a préparé comme plan pour faire face à la crise sur le bois d'oeuvre? Ce n'est pas arrivé hier. Vous vous souvenez, M. le Président, on en a déjà parlé ensemble, on est même déjà allés à Washington ensemble sur cette question-là. Et déjà, à l'époque, on se disait: Ça peut durer quelques mois et même quelques années. Donc, on pourrait penser qu'aujourd'hui, vu que ça semble clair que ça va être très long, qu'au moins, en face, on ait un plan.

Bien non, le ministre des Ressources naturelles disait que les travailleurs seraient protégés, qu'il verrait ça dans les prochaines semaines, quelles mesures qu'il va mettre en place, qu'il n'est pas trop sûr, qu'il va regarder ça. Et bien sûr, bien sûr, comme toujours avec nos amis d'en face, ah, bien là ça va être la faute du fédéral. Là, on va se tourner vers le fédéral, puis, si on ne fait rien, ça va être la faute du fédéral.

Alors là je veux juste dire aux gens d'en face, sur le bois d'oeuvre, entre autres, quand on regarde les statistiques pour les régions qui sont touchées, dans le Bas-Saint-Laurent, 578 emplois ont été touchés depuis le 1er septembre; Saguenay ?

Lac-Saint-Jean, 3 100 emplois; dans la région de Québec, 453; dans la Mauricie, 317; en Abitibi-Témiscamingue, 260; sur la Côte-Nord, 1 127 emplois ont été touchés depuis le mois de septembre l'année passée; le Nord-du-Québec, 375; Gaspésie, 119; Chaudière-Appalaches, 343; pour un total de 6 800 emplois touchés au Québec par des fermetures d'usines depuis le 1er septembre dernier.

Et ce qu'on a à répondre aux gens d'en face, c'est de dire... ce que les gens d'en face répondent aux travailleurs: Attendez encore quelques semaines, attendez, on va voir ce qu'on peut faire, on ne le sait pas trop, on n'en est pas rendu là.

Alors, ça, ce que ça provoque dans les régions, c'est de l'incertitude. Et c'est pour ça que, nous, on demande aux gens d'en face, au gouvernement d'aider les travailleurs, de réfléchir à comment on peut aider nos travailleurs à rester en région.

Et, pour nous, il y a des mesures simples: que ce soit avec Emploi-Québec ? c'est québécois, c'est de compétence provinciale, Emploi-Québec, on s'en souvient, avec la crise qu'il y a eu là-dedans, c'est sûrement de compétence provinciale ? pour donner de la formation aux travailleurs, pour profiter de cette période-là pour donner de la formation; deuxièmement, une augmentation des travaux sylvicoles pour que les gens restent en région; et, troisièmement, un appui indéfectible aux projets locaux qui peuvent impliquer des travailleurs forestiers, pour faire en sorte que, quand on va être rendu au bout du conflit, dans un an, dans deux ans, qu'on ait encore des travailleurs en région, qu'on ait encore des gens dans nos régions pour reprendre le travail et pour faire en sorte que nos scieries rouleront à plein régime et que, à ce moment-là, on aura des gens pour assurer le développement économique de nos régions.

Alors, ça, c'est extrêmement important. Mais l'attitude des gens d'en face dans le conflit du bois d'oeuvre fait en sorte que ce n'est pas très, très rassurant. Et ce que ça risque de provoquer dans les prochaines semaines, c'est un autre exode de la population, des gens qui vont quitter parce qu'ils vont aller chercher un travail ailleurs. On est au printemps, il y en a plusieurs que ça fait quelques mois qu'ils sont sur l'assurance emploi, alors là ils vont aller pour chercher du travail ailleurs.

Autre bel exemple: sur la Côte-Nord et dans d'autres régions du Québec, au niveau de l'énergie. On en a parlé vendredi dernier, on est dans une situation où le bilan énergétique du Parti québécois depuis 1994 fait en sorte qu'on est obligé de dire non à de la création d'emplois en région. Imaginez, là, au Québec... C'est un peu comme si les Albertains, demain matin, disaient: Bien, nous, on va être obligés d'importer du pétrole parce qu'on a mal développé notre richesse naturelle.

Bien, au Québec, là, d'ici quelques années, on va être non seulement encore dans la situation où on dit non à la création d'emplois comme on a dit non au projet d'Alcoa, mais on va être obligé d'importer de l'énergie pour combler nos propres besoins. Parce qu'il ne s'est rien construit, M. le Président, depuis 1994. Ils ont construit une centrale, SM 3, elle n'est pas en fonction encore, elle coule. Imaginez. Belle réalisation, l'eau passe au travers les galeries d'amenée. Alors, ça va bien, hein? Quand tu n'es pas bon dans un domaine, tu n'es pas bon jusqu'au bout.

Alors là ce que ça fait, quand tu es obligé de dire non à de la création d'emplois, comme dans le cas de Baie-Comeau, chez Alcoa, ça fait en sorte qu'encore une fois ça accentue le départ des gens, qui s'en vont vers des grands centres, vers d'autres régions, et ça vide nos régions. Et là le premier ministre, la semaine passée, arrivait à Baie-Comeau, il disait: Il n'y a pas de problème pour donner de l'énergie à Alcoa pour qu'ils modernisent Baie-Comeau. Ce qu'il n'a pas compris, c'est que Alcoa a un projet d'ensemble; ils leur ont demandé de développer un projet d'ensemble.

Ils ne l'ont pas accepté parce qu'il n'y a pas assez d'énergie au Québec. Ce que nécessite finalement, uniquement le projet de Baie-Comeau, c'est 100 MW. Et ça, c'est comme quand on demande à Hydro-Québec: Est-ce que vous pouvez brancher une maison? Dans les règlements, dans la loi d'Hydro-Québec, on n'a pas le choix de le faire. Mais ce n'est pas ça, le problème avec Alcoa, c'est qu'ils veulent un bloc d'énergie pour Baie-Comeau, qui est relié à d'autres usines, à d'autres projets. C'est un bloc de projets. On n'a pas d'énergie pour dire oui à ça.

Donc, on dit non, encore une fois, à de la création d'emplois en région. Et ça, je dirais que c'est dommage parce que, que ce soit la région de la Côte-Nord, que ce soit à Deschambault, que ce soit dans le Coeur-du-Québec, on a besoin de projets comme ça pour créer des emplois.

Quand on parle de développement régional, quand on parle des sommes qui sont nécessaires, de la façon de gérer, comme je l'ai mentionné, on peut... Les gens sur la Côte-Nord se disent: D'un côté, là, on a vu passer les mégawatts qui sont allés à Sept-Îles, on voit les crédits d'impôt qui s'en vont au Saguenay ? Lac-Saint-Jean. Ils disent: Il ne reste vraiment rien pour nous. Une chance que... Écoutez, on regarde le député qui était là, dans le comté de Saguenay, qui a démissionné. À un moment donné, on commence à comprendre pourquoi il a préféré partir, parce que, à un moment donné, tu dois commencer à être tanné de prêcher dans le désert, comme il prêchait avec son gouvernement.

Mais, encore une fois, quand on regarde les gens d'en face, on se dit: Ils disent n'importe quoi sur le développement régional. On a des beaux grands principes, des beaux grands discours. En bout de ligne, la population quitte. Mais rassurez-vous, rassurez-vous, en face, vous êtes à la veille d'être rattrapés, vous êtes à la veille d'être rattrapés par l'ADQ.

Imaginez, là ? juste une petite parenthèse, M. le Président, je sais que ça va probablement faire sourire le ministre ? le candidat adéquiste dans le comté de Saguenay a dans son programme, il demande dans son programme que la région ait 30 % de leurs redevances sur les ressources naturelles. Je comprends qu'il n'a pas dû chercher bien, bien longtemps. Puis comment il est arrivé au chiffre de 30 %? Peut-être qu'un bon matin il s'est levé, il a regardé sur le thermomètre, il faisait moins 30, il s'est dit: Ah! bien, si on ramène ça à zéro, ça fait plus 30 %. À zéro, le printemps, ça a de l'allure.

Parce que 30 % des redevances sur les ressources naturelles, sur la Côte-Nord, ça veut dire qu'il faudrait que la Côte-Nord envoie un chèque de 15,4 millions à Québec. Parce que, déjà, sur la Côte-Nord, il y a 56 % des redevances sur les ressources naturelles qui vont, qui reviennent dans la région. Lui, il en propose 30.

Ça veut dire que vous allez avoir un chèque, là, si jamais un candidat de l'ADQ, même si c'est peu probable, est élu dans le comté de Saguenay, même si ce n'est pas probable, vous allez peut-être recevoir un chèque de 15,4 millions de la Côte-Nord, parce qu'il va dire, lui: On en veut 30 %, on en a 56, donc on envoie plus d'argent à Québec.

Quand on regarde aussi ce qui touche nos régions, et le questionnement qu'amènent les baisses de population, c'est: Comment on va faire pour donner des services en termes de santé et en termes d'éducation? S'il y a moins de monde, il faut revoir nos façons de financer. Et, quand on regarde ce qui se passe dans nos régions ? et le ministre des Régions le sait, il a été ministre de la Santé ? c'est de plus en plus difficile.

On regarde, par exemple, dans le comté de Saguenay: pénurie de 35 omnipraticiens et de 26 médecins spécialistes au 31 mars 2001; l'absence de solutions du gouvernement pour pallier au problème de recrutement et de rétention des médecins dans le comté de Saguenay, notamment en orthopédie, en psychiatrie, en radiologie, en médecine interne; la mise à la retraite de près de 5 000 infirmières, ce qui a eu des impacts aussi dans les régions.

n (10 h 20) n

Donc, une série de gestes politiques qui ont fait en sorte que, au lieu de s'en sortir, on a l'impression que, dans les régions, on redescend, on redescend tout le temps un peu, et que c'est de plus en plus difficile. Et cette réflexion sur comment on va être capable, dans les prochaines années, pas juste au niveau des programmes, au niveau de nouvelles façons de faire, de nouvelles méthodes de financement, pour faire en sorte que, même s'il y a moins de populations, même s'il y a moins de jeunes...

Souvent, le plus bel exemple, c'est l'autobus scolaire. Avant ça, dans certains rangs dans nos municipalités, il y avait des familles quasiment à toutes les maisons, deux, trois jeunes à chaque maison. Passait l'autobus scolaire, ça coûtait la même chose que ça coûte aujourd'hui pour ramasser un ou deux étudiants à la grandeur du rang. Ça, c'est des questions de fond auxquelles il va falloir répondre.

Même chose quand on parle de soins de santé. Comment on va faire pour offrir, garantir des soins de santé dans des municipalités, dans des villages, dans des régions où il y a de moins en moins de monde? Ça, c'est un défi qu'on devra relever. Mais, quand on regarde la façon de fonctionner du Parti québécois depuis quelques années et leur bilan depuis 1994, on n'a pas l'impression qu'ils ont de solutions à ça. On n'a pas l'impression qu'ils sont capables d'arriver avec des résolutions pour ça, au contraire.

Par exemple, en matière de santé, on est passés... des troisièmes en 1994 où il y avait le plus d'investissements per capita, on est rendus les dixièmes. Ce n'est pas à cause du fédéral, ça, là, c'est la faute des gens d'en face. Ça a un impact, ça, dans nos régions aussi quand on parle du maintien à domicile, quand on parle de garder des gens chez eux. Ça fait en sorte que les gens sont de moins en moins sécures et que, dans plusieurs régions du Québec, ce qu'on observe maintenant... Avant ça, on parlait d'un exode des jeunes.

Là, malheureusement, on se retrouve dans une situation où on doit aussi parler de l'exode de leurs parents qui vont les rejoindre. Ça, c'est dramatique. C'est quoi, les remèdes que les gens d'en face ont pour ce problème-là?

Si on a cette discussion-là aujourd'hui, c'est peut-être aussi parce qu'il y a certaines solutions. Je regarde le sous-ministre des Régions, M. Yves Forest, qui est sur la Côte-Nord, qui disait: « Il est temps de prendre le virage du savoir. Ça veut dire créer des produits spécialisés dans des domaines où il faut une connaissance pointue du marché. Il faut innover. » C'est ça qu'il disait: Il faut innover; il faut aller dans des nouveaux domaines. Mais on a, encore une fois, le bilan du Parti québécois là-dedans.

Quand on regarde le rapport Conjonctures 2001 du Conseil de la science et de la technologie, pour des régions innovantes, on parle là-dedans, dans les conclusions, les recommandations, des initiatives régionales au Québec, on parle de: « pas de vision d'ensemble » , « pas de mesures vraiment régionales » , « des mesures centralisées » .

Et ça, ça fait en sorte que, dans plusieurs régions, on a l'impression ? et je pense, entre autres, moi, aux gens du Centre spécialisé de technologie physique, à la Pocatière, qui m'en parlent souvent ? l'impression que, quand on veut innover, quand on veut développer des choses en région, c'est toujours plus dur. Ça nous prend toujours plus d'énergie, et on se heurte toujours davantage à des barrières, à des problèmes de financement. Et ça fait en sorte, comme le disait ce rapport-là du Conseil de la science et de la technologie, bien, le bilan du Parti québécois...

On dit même: « Il n'existe au Québec aucune vision d'ensemble, aucune stratégie ou politique concertée de développement régional en matière d'innovation. » Une des solutions qu'il pourrait y avoir, l'innovation, mais voici la conclusion qu'on en dépose.

Donc, quand on regarde, en résumé, l'exemple de la Côte-Nord, les problèmes de santé, les problèmes en éducation, et on se fait dire par le ministre de l'Éducation qu'il ne bougera pas puis que ce n'est pas pour gagner deux, trois votes qu'il va faire quoi que ce soit là-dedans, c'est justement une attitude qui nuit au développement régional. Quand on a des réflexes comme ça, les gens se disent: En région, bien, c'est-u parce qu'on est moins nombreux qu'on nous oublie? Puis, à entendre le ministre de l'Éducation, c'est ce qui arrive. Je rencontrais hier matin des gens de Colombier.

C'est exactement la même chose qu'ils nous ont dit: Est-ce qu'on est trop petits pour qu'on pense à nous autres? C'est ça qu'ils nous disent. Est-ce qu'on nous oublie, au gouvernement, parce qu'on n'est pas assez nombreux? Et ça, c'est un problème que de plus en plus de villages vivent.

Au niveau des redevances sur les ressources naturelles, l'ADQ, lui, la cerise sur le sundae, qui va encore appauvrir la Côte-Nord: un chèque de 15,4 millions qu'ils sont prêts à envoyer à Québec. Au niveau du bois d'oeuvre, on attend des solutions, ça fait un an qu'on en parle, il n'y en a toujours pas. Au niveau d'Alcoa, au niveau de l'énergie, on n'a pas assez d'énergie pour créer des emplois dans nos régions, on est obligé de dire non à la création d'emplois en région.

Un dossier qui va assez bien ? hier, on était avec le maire de Forestville ? dossier qui va bien, le dossier du traversier Rimouski-Forestville. Croyez-le ou non, il y a des gens au gouvernement qui disent que là on devrait prendre le traversier puis l'envoyer vers Baie-Comeau. C'est le fun, ça, pour les gens de Forestville. Ils sont bien, bien contents. Ils vont vous en parler, si jamais vous y allez, là, pendant l'élection partielle. Ils vont vous en parler, là. Alors, ça, imaginez, il y a quelque chose qui va bien, on veut s'organiser pour que ça aille mal.

Donc, résultat, c'est que les taux de chômage augmentent dans nos régions. On est rendu à 14,2 % sur la Côte-Nord. Dans le Bas-Saint-Laurent, ailleurs, ça augmente aussi. Les régions se vident, pas juste par les jeunes, aussi par les personnes âgées, les parents qui vont les rejoindre, les jeunes, en milieu urbain. Et ça fait en sorte, M. le Président, que, dans nos régions, de plus en plus on vit des situations où des gens dans des villages, dans des municipalités se disent: Est-ce qu'on est rendu pas assez nombreux, trop petits pour que le gouvernement pense à nous autres?

Est-ce que le gouvernement nous oublie parce qu'on n'est pas assez nombreux dans nos villages? Et, quand on regarde les actions du gouvernement d'en face pour régler ce problème-là, on a l'impression que c'est beaucoup plus des beaux parleurs, des petits faiseurs, et que les résultats de leur bilan en matière de développement régional, en matière de développement énergétique depuis 1994, bien, c'est, comme on le mentionnait dans La Terre de chez nous , les régions se vident.

Alors, j'ose espérer ce matin qu'on pourra avoir une discussion ouverte là-dessus, que le ministre nous donnera quelques solutions et qu'il ne fera pas juste nous réannoncer ce qu'il a déjà annoncé. Alors, voici pourquoi on a déposé cette motion-là, et j'ose espérer que, de cette façon-là, on démontrera que, de ce côté-ci, on veut faire avancer les villages, les municipalités et les régions du Québec. Merci.

Le Vice-Président (M. Beaulne): Merci, M. le député de Kamouraska-Témiscouata et porte-parole de l'opposition officielle en matière d'énergie et de ressources. Je cède maintenant la parole au ministre d'État à la Population, aux Régions et aux Affaires autochtones et député d'Abitibi-Ouest. M. le ministre.

M. Rémy Trudel

M. Trudel: Merci, M. le Président. On comprend que vous êtes nouveau dans la fonction, mais ce n'est pas le député d'Abitibi-Ouest, mais Rouyn-Noranda ? Témiscamingue. Vous ne vous trompez pas de grande région par ailleurs, c'est le comté de mon collègue, de mon collègue immédiat.

Bon. M. le Président, on ne peut pas certainement conclure de la première intervention qui vient de se faire à l'égard de la motion déposée par l'opposition qu'on ait une vue d'ensemble de la situation et, surtout, surtout, M. le Président, surtout, l'ombre d'un dixième d'élément de solution à l'égard de la situation démogra-phique au Québec, du redéploiement, du redéploiement nécessaire dans les régions du Québec et la moindre vision de ce que nous pourrions avoir du côté de l'opposition à l'égard du défi que représente, que représente le développement des régions au Québec.

Et, quand on parle du développement des régions, M. le Président, c'est de parler du développement intégral du Québec, et il faut que ça dépasse les seuls éléments où on a le nez collé sur la vitrine de Baie-Comeau, sur la vitrine du comté de Saguenay, parce que, on le voit bien, il s'agit essentiellement d'une motion qui est purement électoraliste.

Mais elle a ses vertus, je le reconnais. Je le reconnais. Je reconnais que la motion a ses vertus. Elle va nous permettre, M. le Président, d'expliquer peut-être...

C'est comme en pédagogie pour les étudiants qui comprennent difficilement ? on apprenait ça jadis, et ça vaut toujours, la pédagogie de Vinette, ce grand pédagogue québécois ? répéter, répéter et répéter, et là on va finir par intégrer la connaissance et comprendre ce qu'il faut poser comme geste pour faire en sorte que le déploiement, que le redressement au niveau économique, au niveau populationnel, au niveau social, au niveau culturel, au niveau économique dans les régions, ça doit s'enraciner dans des politiques extrêmement concrètes et qui vont porter fruit parce qu'elles résultent non seulement d'une réflexion, mais de plans d'action qui sont à se mettre en marche, qui sont en marche et qui vont donner des fruits à terme.

n (10 h 30) n

M. le Président, au proposeur de cette motion, je vais commencer par lui recommander une lecture. Parce que, en 1989, ce diagnostic était posé déjà en termes de perspective. Ça s'appelait: Deux Québec dans un . Allez aux Éditions Gaétan Morin, procurez-vous cela, lisez ça comme il faut parce que ça va vous permettre de commencer vos classes pour comprendre la situation. Deux Québec dans un posait le diagnostic pour le Québec au niveau de l'évolution démographique des populations quant à un phénomène qui se présente dans toutes les sociétés occidentales. Décollez-vous le nez de sur la vitrine un peu, là!

C'est le phénomène en France, c'est le phénomène au Japon, c'est le phénomène en Allemagne. Et ce n'est pas parce que ça se passe ailleurs qu'il faut avoir les bras croisés, et ne pas intervenir, et ne pas adopter de politique spécifique au Québec en vue d'en arriver à corriger la situation.

Je dirai tout simplement au député, au député de Kamouraska-Témiscouata, de prendre... d'ancrer sa réflexion à partir du dernier paragraphe de cette publication de 1989.

Je le répète ? et vous savez très bien qui était au gouvernement à cette époque-là, et ça n'a donné aucune réaction: « Il faut maintenant retourner au pays réel, dépasser le cadre de la région administrative, s'intéresser aux sous-régions et aux communautés locales, évaluer les succès ou les échecs et repenser le développement ? c'est lourd, cette conclusion, elle est lourde, cette conclusion, M. le Président ? car la société prospère que nous appelons pour les années 1990 exige que l'on invite tous les citoyens et les citoyennes à participer à la création de la richesse par le développement démographique, social et économique de leur pays. »

C'est ça, le fondement, le point d'ancrage de l'ensemble de l'action gouvernementale à l'égard particulièrement de la situation dans les régions du Québec ? on s'entend au niveau de la définition ? « retourner au pays réel » .

Qu'est-ce que ça donne, M. le Président, en termes d'action? 1994, on revient aux affaires avec cette situation financière au Québec qui est désastreuse pour le gouvernement. En fait, le principal investissement, à chaque année, au budget, c'est d'abord, c'est d'abord de payer les intérêts sur le déficit qui s'accumulent à une vitesse vertigineuse et qui accentuent en quelque sorte la catastrophe appréhendée. Là, on y va rapidement parce que la population maintenant est très familière avec cette situation.

Quand on arrive, 1994, à l'égard de la situation des régions et de la situation du Québec en général, la situation, elle est catastrophique, ça s'appelle déficit, déficit, déficit. Le plus gros investissement, à chaque fois, à chaque fois qu'arrive le 1er avril de l'année financière nouvelle, pour un gouvernement libéral, principal investissement: de 800 millions à 1 milliard d'intérêts à payer sur la dette... sur le déficit, pardon, sur le déficit qui a été généré et qui va se générer, pour l'année à venir, sur 6 millions de dollars.

Gros investissement, ça, M. le Président, quand on prend 800 millions de dollars et qu'on doit l'investir en intérêts, on doit payer des intérêts aux banques, aux institutions financières. Investissement improductif, où, à chaque fois, on creuse un peu davantage son trou.

1994, d'abord, prendre la décision de se mettre au propre, de vivre selon nos moyens, et de déterminer les priorités, et d'agir avec l'argent que nous possédons et non pas l'argent emprunté, qui creuse davantage chaque jour le gouffre financier, la situation financière du Québec.

Cette décision, dès 1994: la lutte au déficit pour qu'on soit capables de récupérer les moyens financiers de notre action dans les régions du Québec, sur l'ensemble des territoires, qu'on soit capables, qu'on ait un minimum d'outils financiers et que ce ne soit pas à coup de dettes, à coup d'emprunts que nous soyons amenés à réaliser des interventions. À partir du diagnostic de Deux Québec dans un , M. le Président, à l'égard des régions: rien, zéro, une barre, la part du Parti libéral du Québec.

Et, 1994, changement de gouverne, et là on s'attaque à la situation. D'abord, le déficit. Deuxièmement, en ayant pris cette décision de se retrouver dans la situation propre, mise en oeuvre de politiques. D'abord, 1997, hein, des mois pour articuler une stratégie, une politique du soutien au développement local et régional. Pas des discours, pas uniquement, pas uniquement des énoncés de principe, une politique de soutien au développement local et régional, retour au pays réel, aux communautés réelles et développement, développement, développement, la bataille pour l'emploi, tel que diagnostiqué dans Deux Québec dans un .

Politique de soutien au développement régional. Première fois au Québec, M. le Président, la création du ministère des Régions. Ah bien, là, à un moment donné, il faut passer de la parole aux actes. La création d'un ministère des Régions: dans le gouvernement, au sein de l'État, un ministère spécifiquement dédié à la situation et au développement, soutien au développement des régions du Québec.

Sur le terrain, dans les communautés réelles, dans les communautés d'appartenance, territoires de MRC ? c'est ça, une communauté d'appartenance ? dans toutes les régions du Québec, eh bien, la création des centres locaux de développement.

Immense succès, 111 centres locaux de développement: soutenir les entrepreneurs, l'entrepreneurship, soutenir par des outils, des moyens très concrets les idées qui deviennent des projets et des projets qui créent de l'emploi dans les régions du Québec, pas à partir de Dieu le Père à Québec, pas à partir d'une vision de haut vers le bas; des orientations et du travail avec les populations, retourner au Québec réel, travailler avec les populations et les dynamiques, les dynamismes au niveau local.

La création, au niveau des programmes d'accompagnement pour les personnes, les travailleurs, les travailleuses, les entreprises, de 153 centres locaux de développement. Donc, non seulement une politique, non seulement la création d'un ministère, mais la création également des instruments, des outils, avec les programmes et les mesures adéquates et qui vont continuer à se développer dans le temps au niveau du territoire réel où vit la population, les territoires de MRC, les communautés d'appartenance. La création, donc, des CLD, les centres locaux de développement. Après quatre ans d'opération, un peu plus de quatre ans d'opération, un succès réel.

Et également, M. le Président, non pas seulement comme signe, mais comme façon de travailler avec les populations locales et régionales, avec ce ministère au sein de l'État, le ministère des Régions, eh bien, la présence en région, pas à Québec, pas centralisé, dans chacune des régions administratives du Québec, d'un sous-ministre dédié, responsable de l'articulation des politiques de soutien dans chacun des territoires, un sous-ministre dans chacune des régions du Québec. On n'a plus besoin, M. le Président, maintenant, pour le soutien au développement, d'être en pèlerinage constant.

L'État est présent sur le territoire et accompagne chacun des territoires, chacun des instruments qui a été mis en place ? les CLD ? pour en arriver à articuler le développement.

M. le Président, il fallait en faire encore davantage. Il fallait en faire encore davantage. Parce que, là, nous avons bien saisi, nous avons bien saisi, depuis un certain nombre d'années, par ailleurs, la situation démographique de ce que maintenant on décrit comme les régions-ressources du Québec, et c'est la situation qui nous a été confirmée par Statistique Canada comme résultante du dernier recensement: oui, il y a une décroissance démographique, comme je le disais tantôt, dans tous les pays industrialisés. Et il fallait ne pas attendre en quelque sorte ce diagnostic.

Ce n'est pas surprenant, le diagnostic ? vous avez ça là-dedans ? en 1989. Hein, 1989. Il ne fallait pas attendre d'avoir un rapport de Statistique Canada suite au recensement de 2001 pour débuter l'action. Non, il fallait se mettre en marche, être en marche pour des actions qui vont corriger la situation et qui vont donner des résultats, et qui donnent déjà des résultats.

n (10 h 40) n

Est-ce que tous les résultats sont apparus? Bien non, M. le Président. De telles politiques, de tels redressements, c'est tellement majeur, tellement magistral qu'il faut que ce soient des actions qui portent à long terme et qui doivent aussi donner des résultats à court terme. Et on pourrait en citer, par exemple, dans la région du Bas-Saint-Laurent.

Et j'allais dire, M. le Président, que ce n'était pas suffisant. Ce n'était pas suffisant. En mars 2001, là, on a dit: Maintenant que nous avons ce ministère des Régions, que nous avons cette Politique du soutien au développement local et régional, que nous avons des outils, des programmes, des mesures pour les territoires d'appartenance dans chacun des territoires de MRC du Québec, dans les régions du Québec, il faut donner un grand coup, il faut en faire davantage. Oui, oui, donner un grand coup.

Des mesures qui avaient donné des résultats aussi spectaculaires pour la nouvelle économie dans la région de Montréal et la région de Québec, maintenant, nous allons utiliser des instruments, des outils similaires pour soutenir le développement de l'emploi de la transformation, deuxième et troisième transformation, dans les régions-ressources.

Ça a donné comme pièce supplémentaire ? et les régions connaissent bien ces outils et ces instruments ? ça a donné la stratégie de diversification de l'économie des régions-ressources. Pas les bras croisés, pas un discours creux, pas des énoncés qui fassent en sorte que, quand on voit un problème à solutionner, ça devient, comme solution, la simple description du problème. Non, pas du tout, M. le Président.

Huit cents millions de dollars, des mesures au niveau de la fiscalité, des mesures au niveau du soutien à l'investissement, l'implication des ministères à vocation économique, sociale et culturelle pour soutenir l'effort, une convergence des moyens: la stratégie de diversification de l'économie des régions-ressources. Huit cents millions, période de cinq ans, une action de fond, M. le Président.

Est-ce que ça donne des résultats? Prenons un exemple tout à fait au hasard, la région du Bas-Saint-Laurent. Je ne la prends pas au hasard. Le député qui a proposé la motion ce matin vient de cette région. Qu'est-ce que ça donne comme résultats? Est-ce que tout est corrigé? Non, tout n'est pas corrigé, M. le Président. Ce serait prétentieux de dire ça et ça ne serait pas conforme à la situation. Mais faisons une comparaison quand même. Faisons une comparaison quand même. En 1993, le taux de chômage dans la région, moyen, pendant cette année-là: 16,3 %. Le taux de chômage: 16,3 %.

En 2001, taux annuel de chômage de cette région-là: 11 %. C'est quelque chose, gagner un point, un gain d'un point au niveau de la situation du chômage dans une région. En Abitibi-Témiscamingue, là, quand on est parti, à cause de la conjoncture internationale, mondiale des marchés, des marchés des ressources naturelles, de 17 % et puis qu'on s'est retrouvé autour de 10 %, je vais vous dire, à chaque fois qu'on gagne un point, méchante victoire, comme on dit. Méchante victoire qui n'est pas venue... ce n'est pas venu par hasard, c'est parce qu'il y a des mesures qui ont été mises en place.

Une autre mesure qui décrit très bien la situation, c'est le nombre de personnes qui sont à la sécurité du revenu, qui sont prestataires de l'aide sociale. Entre 1989 et 1994, ça a augmenté de 11 % dans la région du Bas-Saint-Laurent, puis, si on compare ça pour la période 1994-2000, une baisse de 12 %.

Je vais me limiter à ces statistiques-là, M. le Président. Je pourrais en donner beaucoup d'autres au niveau des investissements. Mais la résultante, au niveau de cette stratégie que nous avons mise en place, une année, une année, hein, 11 mois, mais, en gros, une année d'analyse: 251 projets qui ont été soutenus, 251 projets qui ont été soutenus; des investissements totaux, pas rien que le gouvernement, là, avec l'entreprise privée, avec des entreprises d'économie sociale, avec les groupes, les organismes: 48 millions de dollars.

Puis, quand ça se transforme en emplois: 350 emplois à temps complet, 162 emplois qui sont à temps partiel, 512 emplois. Est-ce que ça corrige tout? Non, M. le Président. Est-ce que ça donne une tendance lourde? Oui. Ces mesures fonctionnent.

Ces mesures doivent fonctionner encore davantage parce que les moyens de soutien et de développement sont là, sont présents. Et on doit activement, au niveau local, territoires de MRC, régional avec les conseils régionaux de développement, au niveau national, ministère des Régions, et l'ensemble des politiques et cette stratégie de diversification de l'économie des régions-ressources, nous devons être à chaque jour de la bataille.

De la bataille pour l'emploi, comme celle que nous avons engagée pour cette grande région du Québec qui s'appelle la Gaspésie et les Îles, les Îles-de-la-Madeleine, une bataille que d'aucun estimait comme étant perdue d'avance parce qu'il y avait eu toutes sortes d'autres tentatives. Non, M. le Président, une mobilisation générale autour de la bataille pour l'emploi dans cette région. La même chose pour la stratégie de diversification des régions-ressources.

Ce n'était pas assez, M. le Président, il y a une autre grande

partie du territoire qui est en déstructuration, les communautés réelles. Décembre 2001, Politique nationale de la ruralité, 500 intervenants élus, Fédération québécoise des municipalités, Solidarité rurale, d'autres intervenants au niveau national, l'Association des CLD, regroupés autour d'une politique nationale de la ruralité, 500 personnes qui, il y a une quinzaine, s'appropriaient cette politique et se préparaient à signer des pactes, un pacte par territoire de MRC, avec la population, et les élus locaux, et les développeurs au niveau local, avec le gouvernement du Québec. Parce qu'on met à la disposition des régions rurales du Québec, des 90 territoires qui ont en totalité ou en

partie des éléments de ruralité, qui vont pouvoir compter sur 90 millions de dollars, 90 millions de dollars, pas pour tout corriger, M. le Président, mais pour articuler, avec les agents de développement en milieu rural, avec les centres locaux de développement, avec les élus au niveau local, les élus au niveau régional ? s'entend, le territoire de la MRC ? la mise en oeuvre d'une stratégie de soutien, d'accompagnement, de développement pour les régions rurales du Québec, la première politique nationale de la ruralité en Amérique du Nord, M. le Président.

La première politique nationale de la ruralité en Amérique du Nord avec une orientation, avec des programmes d'accompagnement, avec des moyens financiers, avec des moyens pour la prise en main, la prise en main, par les personnes qui font le développement mais avec les outils que peut fournir l'État, du développement sur ces territoires.

M. le Président, de la Politique de soutien au développement local et régional, en passant par la création d'un ministère des Régions, par cette stratégie de diversification des régions-ressources du Québec de 800 millions de dollars, cette Politique nationale de la ruralité et également les éléments qui vont s'y ajouter en termes de politique de la population, politique démographique, Politique de la natalité, de la part du gouvernement, voilà que nous nous dirigeons vers la reconstruction de la prospérité dans les régions du Québec.

La correction, elle ne viendra pas toute seule.

Oui, elle demande intervention d'État ? pas uniquement l'intervention de l'État, intervention d'État ? avec les acteurs dans le territoire régional, avec les acteurs et les actrices au niveau du territoire d'appartenance, le territoire de la MRC, avec tous ces acteurs, avec des outils et des instruments, particulièrement les centres locaux de développement, une intervention d'État en collaboration avec ceux et celles qui font le développement sur le terrain pour que la résultante soit une correction de ce qui se passe dans les pays occidentaux et qui a donné des résultats, des résultats, ma foi, inquiétants dans de grands pays industrialisés, je le disais il y a quelques minutes, comme l'Allemagne, la France, le Japon et d'autres pays qu'on pourrait citer.

Mais la correction, elle ne viendra pas de ces pays-là, elle va venir d'ici, M. le Président, elle va venir des moyens qu'on met en place, des outils que l'on développe avec les populations puis le soutien, les mesures de soutien qu'on peut apporter, avec ces populations, avec ces leaders, avec ces responsables du développement en région. Et c'est ça, l'action gouvernementale, qui a pris comme point de départ la correction, la correction fondamentale au niveau de la situation financière du Québec en 1994 et qui s'est articulée, mais très concrètement, à partir de 1997.

n (10 h 50) n

Et parfois on se demande si l'opposition ne blague pas, là, n'ayant pas vu, n'ayant pas vu l'ensemble, le progrès de ces mesures depuis tôt en 1997. Mais, ma foi, ils sont restés, ils sont restés, M. le Président, dans les vieux schèmes de développement. C'est sûr qu'ils n'avaient pas lu ça, c'est sûr qu'ils n'avaient pas pris en compte la réalité québécoise, en particulier de 1989 à 1997, rien n'est fait. Et ils sont encore dans cette philosophie, ils sont encore dans cette absence de vision pour soutenir l'intervention en vue du redressement de la situation. C'est ça, l'action gouvernementale.

Et la conclusion, M. le Président: ils ont tellement le nez collé sur la vitrine que regardez, à l'égard des dernières révélations en quelque sorte qui nous ont été faites par la commission Séguin, imaginez, avec la moitié du coffre d'outils que nous avons actuellement...

Parce que c'est la même chose, là. Dans l'ensemble de ces mesures, quel est l'apport de celui qui perçoit au-delà de 50 % des taxes et des impôts des Québécois, du gouvernement fédéral? Niet, rien, zéro, zéro, une barre, niet! Ça nous coûte, au Québec, le déséquilibre fiscal, entre 50 et 60 millions par semaine, M. le Président, 50 à 60 millions par semaine.

Et, quand on leur demande, quand on leur demande de faire front commun pour faire en sorte qu'il y ait récupération de ces moyens au profit des régions et de la collectivité québécoise et qu'il y ait aussi ? il faut qu'ils se posent la question ? récupération totale de ces moyens, ça s'appelle la totalité des taxes et impôts qu'on sort de nos poches, entreprises, citoyens et citoyennes, niet, ils ne veulent pas regarder ça, ils préfèrent, et c'est désolant... Et je vais conclure là-dessus.

C'est désolant, M. le Président, de voir que: Parti libéral du Québec, Stéphane Dion, même combat. Parti libéral du Québec, Stéphane Dion, même combat. C'est effarant, cette déclaration du ministre Dion, du côté du gouvernement fédéral. Il dit: À la demande de transfert des points d'impôt du Parti libéral, c'est niet, c'est non, la porte est fermée, il n'est pas question d'en discuter, mais cependant nous appuyons le Parti libéral du Québec pour qu'il retourne au pouvoir.

C'est non à ce que vous demandez, mais on aime ça quand ils sont à genoux, on aime ça quand on peut leur dire non puis qu'ils se montrent contents quand même. C'est comme ça qu'ils nous aiment, de l'autre côté de la rivière. Et ce n'est pas ça, la situation du peuple québécois, de la nation québécoise.

Si nous avions ces moyens à notre disposition, M. le Président, d'une façon non partisane, le Québec retrouverait les moyens d'accentuer davantage cette stratégie en faveur des régions du Québec qui s'est mise en marche en 1997 et qui va se continuer intensément. Elle n'est pas terminée, la bataille pour les régions du Québec, la bataille pour le redressement, la bataille pour l'emploi. Il nous faut la gagner et nous allons la gagner.

Et on ne la gagnera pas seuls, on va la faire et la gagner avec les hommes et les femmes qui vivent sur le territoire québécois, qu'ils soient du Bas-Saint-Laurent, de la Gaspésie, de l'Abitibi-Témiscamingue, du Nord-du-Québec, de l'Outaouais, de la Mauricie, qu'ils soient d'autres régions du Québec, du Centre-du-Québec. Nous allons continuer intensément l'application du plan, de la stratégie et déployer encore de nouveaux moyens au fur et à mesure de nos moyens financiers pour gagner cette bataille du redressement, du redressement.

Et on va reprendre les mêmes mots ? les mêmes mots, M. le Président ? de Deux Québec dans un , de 1989, qu'ils n'avaient pas lus, qu'ils n'avaient pas pris en note: « ...exige que l'on invite tous les citoyennes et citoyens à participer à la création de la richesse par le développement démographique, social et économique de leur pays réel. » C'est ça, M. le Président, ce que nous sommes en train de réaliser et c'est ce qui va nous permettre de gagner, M. le Président.

Le Vice-Président (M. Beaulne): Merci, M. le ministre. J'invite maintenant la députée de Bonaventure et porte-parole de l'opposition en matière de régions et de pêcherie à prendre la parole.

Mme Nathalie Normandeau

Mme Normandeau: Merci beaucoup, M. le Président. Alors, évidemment, j'ai écouté attentivement le discours du ministre, qui, on doit le dire, est truffé d'inepties, truffé d'inepties. Le premier élément qui me vient en tête, c'est évidemment le discours que porte le ministre des Régions qui tente de s'ériger en grand décentralisateur. Bien, M. le Président, j'ai des petites surprises pour lui ce matin, parce que, s'il y a un gouvernement au Québec qui ne fait pas confiance aux régions, s'il y a un gouvernement au Québec qui est centralisé, c'est bien le gouvernement du Parti québécois.

Et je prends à témoin des données qui nous viennent du ministère des Régions et qui confirment que le ministère des Régions, c'est devenu au fil des ans une bien grosse patente au service du gouvernement.

Je vais vous donner quelques petites statistiques, M. le Président. En 1994 ? et ça, c'est l'étude des crédits, au fil des ans, qui nous a permis de dresser le bilan que je vais vous livrer à l'instant ? en 1994, il y avait 113 employés au ministère des Régions, au central ici, à Québec, alors qu'il y en avait 90 dans les régions du Québec. Aujourd'hui, on constate qu'au ministère des Régions central il y a 225 personnes qui travaillent et qu'au même moment le nombre d'emplois dans les régions, lui, est resté stable.

Donc, M. le Président, de 1994 à aujourd'hui, le gouvernement du Parti québécois, avec ce ministère des Régions, s'est créé une bien grosse patente au service du gouvernement, pas au service des gens qui sont en région, en augmentant ses effectifs au central de 50 %, 50 %. Alors, que le ministre des Régions ne tente pas de nous faire croire ce matin que lui et son gouvernement sont des grands décentralisateurs.

D'ailleurs, M. le Président, sur la question de la décentralisation, je tiens à vous rappeler que le premier ministre a toujours fait de cet enjeu majeur pour l'ensemble des régions du Québec une question éminemment politique en affirmant, et il a eu l'occasion de le redire à plusieurs reprises, que, tant et aussi longtemps que le Québec ne serait pas un pays, bien, il n'y en aurait pas, de décentralisation.

Alors, j'invite le ministre des Régions, M. le Président, à aller sur le terrain. Et ce qu'il va se rendre compte, c'est qu'il y a des gens sur le terrain, des gens qui travaillent dans le monde municipal, dans le monde du développement économique, qui souhaitent, eux, avoir davantage de responsabilités. Et ce qu'on doit constater, M. le Président, c'est que le gouvernement qui est en face de nous, contrairement aux beaux discours... Parce qu'on sait qu'ils sont capables de masquer la réalité, hein, ils sont capables d'enrober, mais la réalité est drôlement plus nuancée, M. le Président.

Alors, ce qu'on constate, c'est que non seulement le gouvernement qui est en face de nous ne fait pas confiance aux gens des régions, mais, en fait, il s'approprie du pouvoir qu'on devrait théoriquement, donc, transmettre aux régions pour le centraliser à Québec. Et je pense que la statistique que je viens de vous livrer au niveau des effectifs qui sont au ministère des Régions témoigne de façon éloquente d'un gouvernement qui, dans toute l'histoire du Québec aura probablement été le gouvernement le plus centralisateur.

Le ministre, également, des Régions a commis bien sûr quelques petites inepties dans son discours. Il parlait évidemment de la place du fédéral en matière de développement régional.

Et j'aimerais peut-être lancer une invitation, M. le Président, ou plutôt le livrer sous forme de questionnement et demander au ministre des Régions: Dans la Politique de la ruralité qu'il a déposée ? hein, parce qu'on se souviendra du beau grand spectacle que le gouvernement nous a réservé, avec le premier ministre en tête, le 6 décembre dernier, au salon rouge de l'Assemblée nationale ? comment se fait-il que, dans la Politique de la ruralité, on ne reconnaisse pas, par exemple, tout le réseau des SADC au Québec, les sociétés d'aide au développement des collectivités, qui sont sur nos territoires depuis 20 ans?

Comment se fait-il, M. le Président, qu'on ne reconnaît pas les SADC comme des partenaires privilégiés et importants du développement économique? Allez voir dans tous les CLD du Québec, tous les directeurs, tous les agents de développement, les agents ruraux seront unanimes pour vous dire que les SADC sont des partenaires de premier plan pour ce qui est, donc, du développement des régions.

Mais ce que le gouvernement du Parti québécois cherche ? et on comprend qu'ils sont dans de grandes difficultés, M. le Président, on n'a qu'à regarder les sondages ? ce qu'il cherche, c'est une fenêtre, puis toutes les fenêtres sont bonnes, pour créer une autre chicane avec Ottawa. Mais allez sur le terrain, allez dans les régions du Québec, et les gens n'en veulent pas de chicane avec le fédéral. Ce que les gens veulent, M. le Président, et c'est légitime, ils veulent, dans le fond, que ça avance, que les régions se développent.

Parce que c'est le défi auquel on est confronté comme société: Comment on peut générer plus de richesses dans nos régions? Comment, M. le Président, on peut relever le défi de l'emploi? Comment on peut relever le défi de la rétention dans nos régions, s'assurer que les gens qui habitent dans nos régions demeurent dans nos régions?

n (11 heures) n

Le gouvernement du Parti québécois, il préfère, encore une fois, se lancer dans des guerres de drapeaux. Mais je peux vous dire que nos nombreuses tournées à travers la région du Québec nous confirment hors de tout doute, M. le Président, que les gens, ce qu'ils veulent, c'est une politique concertée en matière de développement régional entre le fédéral et le provincial. Et, s'il y a un parti politique au Québec qui est en mesure d'offrir ça aux citoyens des régions, c'est bien le Parti libéral du Québec. Parce que, nous, des chicanes avec Ottawa, on n'en veut pas.

Mais, cependant, cependant, M. le Président, on est en mesure de défendre les intérêts supérieurs des Québécois. Mais, pour ça, on va le faire intelligemment et on ne choisira certainement pas la voie de la confrontation, qui est une voie privilégiée de tous les temps par le Parti québécois, par le gouvernement qui est en face de nous.

M. le Président, le ministre des Régions a fait référence, dans son exposé, au fameux rapport qui a été rendu public en 1989 par le Comité des affaires sociales, le fameux rapport qui, à l'époque, a fait couler beaucoup d'encre, Deux Québec dans un . Évidemment, le ministre des Régions, on comprend qu'il s'est, en fait, qu'il s'est empressé de citer le rapport en question, puisque, à l'époque, il avait présidé le comité de travail, le comité de développement qui a accouché de ce fameux rapport Deux Québec dans un . Treize années plus tard, M. le Président, ce qu'on constate, c'est que le

titre de ce fameux rapport est encore brûlant d'actualité, et le

titre Deux Québec dans un nous renvoyait, à l'époque, à une fracture, à une césure qui s'est opérée au Québec entre les grandes villes, entre le monde urbain, le monde rural, entre les grandes villes et les régions du Québec. Le constat que nous devons faire aujourd'hui, M. le Président ? et, croyez-moi, c'est un constat désolant ? c'est que ce fameux

titre Deux Québec dans un est encore brûlant d'actualité, mais c'est que les efforts qui ont été déployés par le gouvernement n'ont fait que, je vous dirais, M. le Président, élargir le fossé qui sépare les régions des grandes villes.

Et je prends à témoin, par exemple, la fameuse politique de fusions forcées du gouvernement du Parti québécois, parce qu'on constate, M. le Président... Et les données qui ont été révélées, les données de recensement qui ont été révélées par Statistique Canada confirment que non seulement six régions sur 17 au Québec se vident de leur population ? c'est pratiquement la fuite en avant pour plusieurs régions ? mais c'est que le Québec également, M. le Président, s'urbanise, s'urbanise. Le ministre des Régions tente de nous faire croire que c'est une tendance lourde.

Oui, peut-être qu'on peut être d'accord avec lui sur ce point, M. le Président, oui, c'est une tendance lourde. Cependant, tout gouvernement, dans ces conditions-là, a la responsabilité ultime de créer des conditions qui permettent justement aux gens des régions de demeurer dans leur région.

Mais le constat qu'on doit faire aujourd'hui, c'est que le gouvernement du Parti québécois, en favorisant une politique de fusions forcées, a priorisé un modèle de développement qui, au Québec, devra passer par les grandes villes, les grandes villes. Alors, on comprend bien, dans le contexte actuel, que l'effet attractif créé par les fusions municipales aura pour effet, à terme, M. le Président, de drainer une

partie importante de la population des régions vers les grandes villes, et c'est un mouvement évidemment qui a commencé et qui tend bien sûr à s'accélérer.

Je vous parlais des conditions que doit mettre de l'avant le gouvernement pour créer des conditions liées à l'emploi, aux conditions de rétention. Mais le constat aujourd'hui auquel évidemment nous sommes confrontés, c'est que les données révélées par Statistique Canada, qui couvrent la période de 1996 à 2001, confirment que toutes les politiques qui ont été mises de l'avant par le gouvernement qui est en face de nous, en fait, n'ont pas connu le succès espéré.

Et je pense, M. le Président, qu'au-delà des indices liés au chômage, au-delà des indices liés au nombre de prestataires de l'aide sociale, les indices liés à la migration des populations des régions vers les grands centres sont probablement le meilleur indice qui confirme l'insuccès des politiques en matière de développement régional qui ont été mises de l'avant par le gouvernement du Parti québécois. Et ce qui est le plus inquiétant, M. le Président, c'est que cette tendance, si on regarde les projections démographiques, va s'accélérer au fil des ans.

Je vais vous livrer... prendre quelques instants pour livrer certaines de ces statistiques. D'ici 2021, M. le Président, la Gaspésie, selon les courbes de projection démographique, devrait perdre 15 000 personnes; le Bas-Saint-Laurent, 14 000 personnes; au Saguenay ? Lac-Saint-Jean, M. le Président, 22 000 personnes; en Abitibi-Témiscamingue, c'est la même chose, 8 000 personnes de moins d'ici 2021; et, en Mauricie, le scénario est tout aussi désolant, M. le Président, avec une perte de 13 000 personnes d'ici 2021.

À terme, en 2021, si on regarde les projections démographiques, l'ensemble de ces régions devraient perdre au total 83 000 personnes. 83 000 personnes en moins, M. le Président, pour cinq régions, c'est le nombre de personnes qui habiteront sur le territoire de la Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine en 2021. C'est comme si, en 2021, toute une région disparaissait du Québec. C'est comme si, en 2021, toute la Gaspésie disparaissait de la carte au Québec.

Mais ça, M. le Président, ce n'est pas le Québec dont on rêve, ce n'est pas le Québec dont rêvent les Québécoises et les Québécois, ce n'est pas le Québec que, nous, de ce côté-ci, on choisira. Ce n'est pas le Québec, M. le Président, je pense, que nos ancêtres et que les générations futures méritent. Ce qu'on veut, c'est d'un Québec où chaque personne, peu importe où elle vivra, dans quelle région, dans quel village, dans quelle municipalité, aura la chance d'élever ses enfants, de travailler, de mourir également dans son village, M. le Président. De ce côté-ci de cette Chambre, c'est le choix qu'on a fait.

C'est ça, notre vision, c'est d'avoir un Québec non pas fracturé, ce serait d'avoir un Québec uni, un Québec plus fort certainement pour relever les défis de demain.

M. le Président, ce qu'on constate également, c'est que les données de Statistique Canada qui ont été livrées, effectivement, évidemment, mettent en lumière les difficultés du gouvernement du Parti québécois en matière de développement régional. La conclusion à laquelle on doit arriver, c'est: le gouvernement a beaucoup de difficultés à faire confiance aux gens qui sont en région.

M. le Président, si vous voulez, on pourrait prendre quelques secondes, le temps de reprendre ma voix, s'il vous plaît, peut-être un moment de... une petite pause.

Le Vice-Président (M. Beaulne): Certainement, Mme la députée. On va suspendre quelques secondes.

(Suspension de la séance à 11 h 6)

(Reprise à 11 h 7)

Le Vice-Président (M. Beaulne): Poursuivez, madame, vous avez la parole.

Mme Normandeau: Merci beaucoup, M. le Président. Vous m'excuserez, évidemment, une vilaine grippe qui s'installe, donc ça cause quelques petits problèmes techniques.

Alors, M. le Président, le constat qu'on doit faire, c'est que le gouvernement du Parti québécois a un double discours. En fait, officiellement, le gouvernement tente de s'ériger en bon défenseur des régions du Québec, mais ce qu'on constate dans les faits, c'est que les gens des régions sont souvent laissés à eux-mêmes pour ce qui est, par exemple, de recevoir des services de santé, d'éducation et de transport.

La politique de la ruralité qui a été déposée par le gouvernement du Parti québécois, en fait, trouve très peu de réponses pour les gens, par exemple, de Godbout et de Baie-Trinité qui luttent pour leurs écoles de village. Quelle est la réponse, M. le Président, contenue dans la politique de la ruralité pour les citoyens du Témiscouata qui luttent pour avoir de meilleurs services ambulanciers? Quelle est la réponse de la politique de la ruralité pour les citoyens de la baie des Chaleurs, en Gaspésie, qui n'ont pas ou qui trouvent beaucoup de difficultés à trouver, donc, un médecin de famille?

Quelle est la réponse, M. le Président, de la politique de la ruralité pour les citoyens qui habitent Les Escoumins, à Chute-aux-Outardes, qui se battent depuis déjà deux, trois ans pour avoir davantage de services de garde? Quelles sont les réponses pour les citoyens de Rémigny, en Abitibi, dans la politique de la ruralité, qui luttent aussi pour garder leur école de village?

Autre exemple, M. le Président, d'un gouvernement qui ne fait pas confiance aux régions et aux gens qui habitent dans les régions, le vendredi 8 février 2001, on lisait dans Le Soleil que le gouvernement, en fait, ne donnerait pas son aval à un projet qui a été mis de l'avant par des gens du Saguenay ? Lac-Saint-Jean, un projet, en fait, de transport des malades qu'on appelle Airmédic. C'est une initiative, donc, qui a été mise de l'avant en 2000.

Airmédic, aujourd'hui, M. le Président, a fait appel au gouvernement pour donc soutenir ses activités, et des activités qui, à terme, pourraient faire économiser aux contribuables québécois... des économies sur sept ans de 77 millions de dollars. C'est donc dire que le gouvernement qui est en face de nous a non seulement un double discours, mais le gouvernement ne fait pas confiance aux initiatives qui émergent dans les régions du Québec.

J'ai rencontré, l'autre fois, M. le Président, une agente rurale qui travaille dans une MRC tout près d'ici. Je lui demandais ? ça fait un an qu'elle est sur le terrain: Qu'est-ce que tu entends le plus lorsque tu fais la tournée des municipalités dans ta MRC? et ce qu'elle me disait, M. le Président, c'est que ce qu'elle entend le plus souvent, c'est le découragement des gens. Les gens lui disent souvent: Ça fait des mois...

On se mobilise pour un projet, pour une initiative pendant des mois, souvent des années, et, en bout de ligne, souvent l'initiative ne voit pas le jour parce que, souvent, trop souvent, les gens des régions se butent à une bureaucratie qui est lourde, qui est lourde et qui décourage les initiatives. Alors, dans ce contexte-là, M. le Président, le constat aussi auquel on doit arriver, c'est que les initiatives qui émergent du milieu souvent ne sont pas soutenues par tout l'appareil gouvernemental.

En fait, ce qu'on constate, c'est que souvent la main gauche ne sait pas ce que fait la main droite, et ça, c'est assez incroyable, M. le Président. C'est ce qu'on entend à peu près à tous les jours.

n (11 h 10) n

Et je tiens à rappeler au ministre des Régions que son ministère et que lui, comme ministre des Régions, M. le Président, ne fait pas son travail, et je vais vous donner un exemple concret lorsque je vous dis que la main gauche ne sait pas ce que fait la main droite. Un des défis auxquels sont appelées les régions, par exemple, c'est de maintenir des services de qualité en santé et en éducation. Un exemple qui me vient en tête, M. le Président: les fameux collèges en région, le réseau de collèges en région qui joue un rôle absolument primordial, voire vital dans les régions du Québec.

Alors, le ministère des Régions nous dit, par exemple, par la voie de sa politique de la ruralité: Il faudra demander au ministère, donc, d'adapter leurs programmes aux réalités du monde rural.

Mais le ministère de l'Éducation, lui, de l'autre côté, se retourne en disant: Écoutez, il y a une norme qu'on doit appliquer mur à mur pour le financement des programmes en région. C'est bien de valeur, là, mais ça, ça veut dire que, si un collège qui est situé à Gaspé ou aux Îles-de-la-Madeleine, à Baie-Comeau, à Victoriaville, M. le Président, à Rimouski, à Rivière-du-Loup n'arrive pas justement à respecter la norme qui est édictée de Québec, bien, c'est bien de valeur, mais il y a des programmes qui vont devoir disparaître en région.

Mais ça, la disparition de programmes, M. le Président, ça se traduit également par le départ des jeunes en région, et là on sait très bien que, lorsque les jeunes quittent leur région, il y a de fortes chances qu'ils ne reviennent pas en région. C'en est, un exemple, M. le Président, d'incohérence gouvernementale, incohérence pour laquelle le ministre des Régions ne joue pas son rôle auprès de ses autres collègues du Conseil des ministres.

Dans le domaine de la santé ? c'en est un autre exemple ? à chaque jour on a des gens en région, hein, L'Annonciation, chez nous, dans le comté de Paspébiac, un peu partout, qui luttent donc pour avoir des services de santé de qualité. Et j'ai déjà, en cette Chambre, M. le Président, soulevé l'iniquité dont sont victimes les citoyens des régions en étant obligés de débourser pour avoir droit à des services plus spécialisés lorsqu'ils quittent, lorsqu'ils quittent leur région.

Hein, lorsqu'une personne part de Gaspé, lorsqu'une personne part de Baie-Comeau, lorsqu'une personne part de Rouyn pour aller recevoir des soins spécialisés à Montréal ou à Québec, bien, M. le Président, la politique d'allocation des dépenses du ministère de la Santé fait en sorte que ces gens-là doivent sortir des sous de leurs poches pour se faire soigner. C'en est un autre exemple, M. le Président, d'incohérence gouvernementale.

En fait, moi, j'ai envie de lancer une invitation ce matin au ministre des Régions, en fait, qui se faisait carrément péter les bretelles ? je pense que c'est l'expression qu'on doit utiliser ? pour ce qui est de son bilan en matière de développement régional. Mais, si le gouvernement du Parti québécois, M. le Président, n'a pas peur de son bilan, on peut leur demander, avec le premier ministre en tête: Qu'est-ce qu'ils attendent pour déclencher une élection générale? De quoi ont-ils peur?

De quoi ont-ils peur, les députés du Parti québécois et le premier ministre désigné en tête, pour ne pas déclencher cette fameuse élection générale? Alors, on pourra aller confronter leur bilan devant la population et la population des régions du Québec aura la possibilité, M. le Président ? et elle aura également la possibilité dans le cadre des élections partielles ? d'afficher, donc, son laxisme et sa grande fatigue à l'endroit d'un gouvernement qui est complètement déconnecté de la réalité.

Et c'est dommage, c'est dommage parce que, pendant évidemment que le gouvernement du Parti québécois, en fait, je vous dirais, se campe dans des beaux grands discours qui ne veulent rien dire, finalement, hein, bien, pendant ce temps-là, il y a des gens sur le terrain qui souffrent, M. le Président.

Et, en termes de priorités, j'ai toujours en tête cette fameuse campagne de publicité, hein, AGIR . Agir pour ne rien dire. Qu'on aille au cinéma, qu'on ouvre les grands quotidiens, qu'on regarde la télévision, on voit les gens avec les grands bras ouverts, une campagne de publicité qui a coûté au bas mot 40 millions de dollars, 40 millions de dollars. Imaginez, M. le Président, qu'est-ce qu'on peut faire avec 40 millions de dollars dans les régions du Québec.

On peut faire beaucoup de choses, on peut faire beaucoup de choses pour soutenir souvent de petites initiatives qui trop souvent ne cadrent pas dans les fameux programmes gouvernementaux normés mur à mur. C'est la réalité avec laquelle quotidiennement les gens sont confrontés, M. le Président. Alors, c'est ça, les priorités, c'est ça, les priorités du gouvernement du Parti québécois, du gouvernement qui est en face de nous.

Alors, avant de céder la parole à ma collègue de Laviolette, M. le Président, c'est bien évident que je voterai, bien sûr, en faveur de cette motion qui a été déposée par mon collègue le député de Kamouraska-Témiscouata et qui met en lumière à quel point le gouvernement qui est en face de nous est complètement dans le champ pour ce qui est de la compréhension et des solutions qui doivent être mises de l'avant pour permettre non seulement aux régions de se développer, mais pour permettre aussi aux gens des régions, donc, de vivre dans leur région.

Et c'est un droit légitime auquel ils aspirent, le droit du vivre-chez-nous, M. le Président, et c'est le droit que nous devons leur donner comme société. Merci.

Le Vice-Président (M. Beaulne): Merci, Mme la députée de Bonaventure. Maintenant, je cède la parole au député de Gaspé et adjoint parlementaire à la ministre d'État aux Relations internationales. M. le député.

M. Guy Lelièvre

M. Lelièvre: Merci, M. le Président. J'ai écouté attentivement les propos de l'opposition libérale et de la porte-parole en matière des régions. Il faut avoir du culot, il faut avoir du culot pour venir dire en cette Assemblée que le gouvernement du Québec n'a rien fait pour les régions. Si on regarde ce qui s'est passé quand ils ont été au pouvoir, de 1985 à 1994, M. le Président, on peut dire que leur bilan, c'est zéro majuscule, et ça, on pourra leur donner leur certificat puis ils pourront se promener dans les régions.

Ils ont toujours prétendu faire de quoi pour les régions. Ils ont mis en place des structures, ils ont nommé leurs amis dans ces structures, et, par la suite, ils ont tenté de les faire élire aux élections, puis ils ont dû quitter par la suite. Ce n'est pas comme ça qu'on fait le développement des régions, M. le Président, et la députée de Bonaventure est très bien placée et elle sait de quoi je parle.

M. le Président, la politique du Parti libéral, c'est quoi? C'était de fermer les CLD, de tout centraliser à Québec. C'était ça, le projet, durant la campagne électorale de 1998 des libéraux. C'était ça, la politique de développement des régions. C'était ça, l'autonomie des régions. C'était ça, le transfert des responsabilités dans les régions. Quand leur chef, Jean Charest, se promenait dans les régions, M. le Président: Les CLD, ça ne vaut rien, ce n'est pas bon, puis c'est des patentes, puis ça ne fonctionnera pas. Le milieu les voulait, M. le Président.

Et, aujourd'hui, s'ils allaient dans les régions, comme ils le prétendent, et non pas les survoler sans mettre les pieds par terre, ils se rendraient compte que les gens sur le terrain travaillent, ils travaillent beaucoup et ils améliorent leur fonctionnement, ils améliorent, ils développent des compétences, et ça fait presque déjà cinq ans qu'ils sont en place, quatre ans. Donc, M. le Président, qu'ils ne viennent pas nous dire qu'on est en train de centraliser.

La mémoire sélective de l'opposition a toujours été leur marque de commerce. Quand elle parlait tout à l'heure qu'il y avait une centralisation à Québec, peut-être que le personnel a augmenté, mais est-ce que la députée de Bonaventure nous a dit combien il y avait de personnes qui travaillaient dans les 111 CLD, M. le Président? Est-ce qu'elle sait combien de personnes ils sont? Est-ce qu'elle sait quels sont les projets qui font lever? Non, M. le Président, non, elle ne le sait pas. On ne fait que du surplace, hein, du surplace puis, comme je dirais, de l'analyse superficielle.

Si elle regardait de plus près ce qu'on a mis en place en Gaspésie... On a six CLD dans la région de la Gaspésie, M. le Président. On a également mis en place un fonds de diversification économique en mars 2000. Actuellement, M. le Président, je peux dire à la députée de Bonaventure, si elle ne s'est pas informée des résultats du bilan de toutes les interventions gouvernementales depuis 2000, bien, aujourd'hui, je dois lui dire que le total des investissements en Gaspésie sont de l'ordre de 711,3 millions de dollars depuis mars 2000.

Est-ce qu'elle sait combien il y a de projets dans sa circonscription? Est-ce qu'elle sait combien d'argent a été investi dans la circonscription de Bonaventure? Est-ce qu'elle sait combien de mesures ont été mises en place pour aider les travailleurs non seulement à occuper des semaines pour se qualifier à l'assurance emploi, mais aussi pour travailler à la reconversion des emplois? Le gouvernement du Québec voit plus loin que les projets que les libéraux mettaient en place, puis que d'aller dans les usines, puis de dire: On vous donne un chèque puis allez-vous-en chez vous.

Tous les travaux qu'ils ont effectués depuis que nous sommes là, M. le Président, ont visé à faire en sorte, hein, ont eu comme projection de faire en sorte que notre main-d'oeuvre se qualifie et puisse occuper les emplois.

n (11 h 20) n

Les politiques antérieures du Parti libéral... Ils connaissaient la situation avant 1994, ils savaient qu'il y avait de l'exode, ils savaient qu'il y avait des jeunes qui n'étaient pas en mesure de travailler, ils savaient également qu'il y avait des personnes qui n'étaient pas en mesure d'occuper des emplois parce qu'elles manquaient de qualifications. Qu'est-ce qu'ils ont fait? Rien, M. le Président. Rien. Durant une certaine époque, ils faisaient faire des trottoirs à des gens au mois de novembre, brasser du ciment. Il faut le faire, quand même, comme politique de développement régional!

Qu'est-ce qu'on a fait, M. le Président, depuis 1998 comme gouvernement? Mise en oeuvre de la politique de soutien au développement local et régional et création du ministère des Régions, mise en place des 111 CLD, centres locaux de développement. Que font les CLD? J'y vais régulièrement, les rencontrer, et les organismes, les gens qui y sont, il y a des maires, il y a des directeurs de CLSC, il y a des gens qui sont branchés sur leur milieu. Et, encore récemment, ce qu'ils nous disaient: Notre CLD et nos CLD, nous voulons les développer davantage.

On veut davantage de responsabilités, on veut davantage de possibilités d'investissement et nous sommes capables de comprendre et de bien faire notre développement. C'est ça, la prise en charge du milieu.

Quel est le geste que le Parti libéral a posé pour faire en sorte que les communautés locales se prennent en main pendant toute la période qu'ils ont été au pouvoir? Et regardons aussi avant. Rien, M. le Président. Je ne comprends pas. Est-ce que nous avons une politique du Parti libéral en matière de développement des régions? J'aimerais bien qu'ils me la fassent parvenir, hein, j'aimerais bien qu'ils me la fassent parvenir, parce que, lorsqu'on entre sur le site Internet du Parti libéral pour essayer de connaître le programme du Parti libéral, M. le Président, le site est en reconstruction ou on ne peut pas avoir accès aux informations.

Des voix: ...

M. Lelièvre: Bien, M. le Président, ils nous transmettront les codes d'accès, parce que j'ai tenté de chercher, l'autre jour, la politique familiale, je n'ai rien vu. Je n'ai rien vu. Je ne sais pas s'ils sont en mesure de m'en transmettre une copie papier, mais, le site Internet, nous n'y avons pas accès, M. le Président. Puis je les invite à aller le consulter parce que ça doit faire longtemps qu'ils ne l'ont pas vu.

M. le Président, lorsqu'on a créé les fonds locaux d'investissement, les FLI, hein, on a mis 100 millions là-dedans en 1998. Ça a été quand même des mesures très intéressantes: mise en place de la Société Innovatech Régions ressources, dotée d'un budget de 50 millions, en 1998, qui participe au développement des régions. Un projet qui avait été mis en place par le Parti libéral ? ça devait devenir la Norvège de la Gaspésie: l'élevage du saumon, M. le Président. Aujourd'hui, qu'est-ce qu'il en reste? Rien.

C'étaient quoi, les politiques qu'on avait mises en place pour soutenir la mariculture, pour soutenir l'aquaculture, le développement des nouvelles technologies sur les productions? On n'a rien vu de ça.

Qu'est-ce qu'on a fait, nous? Oui, on s'est donné une politique, on s'est donné une société de développement de la mariculture qui est gérée par des gens du milieu, qui est gérée par l'industrie, et l'État participe également. Qu'est-ce qu'on fait, M. le Président? On travaille à développer une industrie sur laquelle ils n'ont jamais mis les énergies nécessaires pour la faire lever. Il faut en parler, quand même, des initiatives que nous prenons dans les régions.

Mise en opération des CLE, M. le Président. Il y en a 153 au Québec qui travaillent quotidiennement avec les gens dans chacune des MRC, dans les localités. Ils aident ces gens-là soit à réintégrer le marché du travail soit à les réorienter vers de la formation.

Au niveau du Fonds de développement régional, M. le Président, il y en a quelques-uns. On a mis 90 millions en 1998. C'est important que nous fassions le bilan parce que, lorsqu'ils disent à la population qu'on n'a rien fait, là, ils se regardent dans le miroir et ils se voient.

Fonds de diversification de la capitale nationale, il y a eu un budget de 20 millions qui a été attribué là comparativement aux régions, M. le Président, 90 millions qui avaient été injectés dans les régions. Réduction de la taxe sur la masse salariale pour les PME: 37 % de réduction. Est-ce qu'ils ont fait des mesures comme ça? Pendant qu'ils étaient au pouvoir, dans le dernier mandat, ils ont augmenté les taxes et les impôts de 10 milliards, M. le Président. Ils oublient de le dire, ça. On était la société la plus taxée, et là on a tenté de corriger la situation puis on travaille.

Mais, quand je les entends dire que, par exemple, nos partenaires dans les régions devraient être des SADC, je connais très bien les SADC, il y a des gens formidables qui y travaillent. Mais est-ce qu'elle peut nous dire qu'est-ce que le gouvernement fédéral a fait en matière de développement régional? Est-ce que l'opposition libérale est en mesure de nous dire qu'est-ce qu'ils font? Rien. Parce que le gouvernement fédéral, dans les projets, il est toujours le dernier à intervenir, et, lorsqu'il intervient, il se présente comme le sauveur avec des prêts, avec des prêts. On endette, on s'endette, on endette les entreprises.

Je comprends, M. le Président, qu'on ne peut pas toujours donner sous forme de subventions les montants importants, mais il y a, à tout le moins, une manière de moduler les choses pour permettre à l'entreprise de prendre son envol. Dans le dossier de la Gaspésia, ça, ça a paru, avec un prêt de 80 millions sur un projet qui était de 455 millions, en sauveur de l'humanité, en sauveur de la collectivité, en sauveur des emplois. M. le Président, on attendait après eux depuis un an, et c'est de même dans tous les dossiers, et ça, la députée du comté de Bonaventure le sait très bien parce qu'elle siège au CRCD.

Elle sait qu'actuellement dans tous les dossiers nous attendons après le fédéral pour qu'ils mettent leur contribution. Le Centre national des pêches de Grande-Rivière, en Gaspésie, hein, on attend encore après le fédéral pour qu'il mette sa contribution. C'est un projet important pour la communauté de Grande-Rivière. On n'entend pas un seul mot.

La confrontation avec le fédéral... Lorsque la députée de Bonaventure nous dit que nous sommes en confrontation avec le fédéral puis qu'on recherche les chicanes, nos impôts, qu'est-ce qu'ils en font? Ils en donnent à Groupaction, ils en donnent à d'autres, ils en donnent à des associations qui vont faire la promotion du Canada, mais, lorsque ça arrive le temps de financer des projets de développement dans les communautés: Ah, ça ne rentre pas dans notre politique de ce programme, ou: Nous n'avons pas ce programme. C'est ça, les réponses qu'on reçoit.

C'est effrayant, M. le Président, d'entendre de l'opposition que le gouvernement du Parti québécois n'a rien fait pour les régions, c'est effrayant parce que les gens le savent, chez nous, les gens le savent. Le nombre de projets qui ont été réalisés dans la Gaspésie, les gens le voient, les gens en bénéficient, et, les grands projets majeurs, ils vont en bénéficier.

Je comprends qu'on a des coups durs. Une mine, par son essence même, finit toujours par s'épuiser. Malheureusement, c'est ça qui engendre des pertes d'emplois à un moment donné. Lorsqu'il n'y a plus de minerai, on ne peut pas l'inventer. Il y a de la prospection qui va continuer à se faire, et j'espère qu'un jour on pourra en trouver suffisamment pour partir des opérations minières. Nous avions une seule mine en Gaspésie; bien, elle est épuisée, M. le Président, à Murdochville, puis ça a créé du chômage puis ça va probablement en créer d'autre.

Une infrastructure de cette ampleur ne peut pas fonctionner, compte tenu des marchés et compte tenu des coûts. Elle continue à fonctionner avec, comme ils l'ont présentée, d'ailleurs, avec les coûts extrêmes puis les pertes, compte tenu de l'éloignement des marchés puis de la concurrence internationale.

Mais je voudrais revenir, M. le Président... Oui, on va intervenir, oui, on intervient dans les régions, oui, on va continuer à le faire parce que l'argent que nous confions aux personnes qui sont sur le terrain... Ces gens-là sont consciencieux, ils se sont fixé des objectifs, ils connaissent les promoteurs, ils connaissent les possibilités de succès et ils appuient les gens qui présentent des projets.

Et ma collègue de Bonaventure et son collègue de Kamouraska est parfaitement au courant et ils en bénéficient dans leur comté parce que, lorsque le gouvernement du Québec annonce des projets d'investissement, même dans les comtés occupés par l'opposition libérale, ils s'en réjouissent et ils font des communiqués pour se réjouir des investissements parce qu'ils ont bien travaillé comme députés puis qu'ils ont réussi à obtenir des investissements dans leur circonscription.

On n'a pas attendu après eux, M. le Président. Lorsqu'il y a des besoins qui doivent être satisfaits pour la population, qu'elle soit libérale ou péquiste, on intervient pour les satisfaire, et ça, peut-être que dans le passé ils n'agissaient pas comme ça, mais nous... Depuis 1994 que je suis ici, à l'Assemblée nationale, j'ai pu constater que le gouvernement du Québec, le gouvernement du Parti québécois agissait avec équité, M. le Président, dans toutes les régions du Québec et dans toutes les circonscriptions.

Parce qu'ils se félicitent des interventions du gouvernement et ils vont encore s'en féliciter encore j'espère pour de nombreuses années pendant qu'ils seront dans l'opposition, parce que, quand ils prétendent que le gouvernement n'intervient pas en faveur des régions, ils devraient peut-être lire les communiqués de presse que nous expédions, ce serait bien.

n (11 h 30) n

M. le Président, en 1999, nous avons mis un plan de relance sur pied en Gaspésie: 49 millions pour le plan de relance. On a implanté les carrefours de la nouvelle économie dans les régions. On en a en Gaspésie, il y en a un dans le comté de Bonaventure. Le milieu doit s'organiser pour le prendre en charge puis le mettre en place, hein, le milieu doit... Puis les budgets sont là. Puis, M. le Président, 50 millions pour le programme FAIRE. On a adapté un programme gouvernemental qui, antérieurement, était accessible aux grandes entreprises. Là, pour les plus petits projets, on a un programme adapté dans les régions-ressources.

En 2000, qu'est-ce qu'on a fait, M. le Président? Création de la Société de diversification économique des régions, 50 millions de budget. Concernant la société INNO-PAP, 100 millions, M. le Président, pour soutenir la modernisation des usines de pâtes et papiers. Elles sont où, les usines de pâtes et papiers? Certainement, il y en a ici, à Québec, il y en a une... mais ailleurs, en région, elles sont dans les régions-ressources. Elles sont dans les régions-ressources.

Si on parle d'un dossier particulier, comment se fait-il qu'on se soit retrouvé, M. le Président, à gérer, en 1998, après tous les efforts que nous avions faits pour maintenir les opérations à l'usine Gaspésia... que la compagnie a décidé de mettre la clé sur la porte, hein? Comment se fait-il que cette compagnie-là... C'est qu'antérieurement il n'y avait aucune démarche, il n'y avait aucune mesure, aucun plan pour moderniser l'usine de Chandler et il n'a pas été réalisé quoi que ce soit d'initiative pour faire en sorte que ça devienne une entreprise qui continue d'opérer.

On a été obligés de ramasser les pots cassés puis de travailler pour faire en sorte, M. le Président, que, dans l'évolution des marchés, cette entreprise redémarre avec une vision de rentabilité, ce que la compagnie nous disait qui n'existait plus, compte tenu que nous étions en Gaspésie, il fallait moderniser l'usine, alors que ça coûtait trop cher. Mais, s'ils l'avaient fait avant, pendant qu'ils étaient au pouvoir, on n'aurait pas eu à gérer ces problèmes-là et on les aurait félicités du travail qu'ils auraient accompli. Non, on ne peut pas les féliciter parce qu'il n'y a rien qui s'est passé.

M. le Président, exemption fiscale de 10 ans pour les investissements majeurs, les projets d'investissements majeurs. Crédit d'impôt pour le développement du commerce électronique. Création du programme Déclic PME, 78 millions. Vingt-cinq millions pour l'extension du réseau gazier en région.

Stratégie de développement économique des régions-ressources, 2001, M. le Président. Qu'est-ce qu'on a annoncé en 2001 pour les régions-ressources? 800 millions, 800 millions pour appuyer la stratégie de développement économique des régions-ressources. Quel est le bilan financier des gouvernements libéraux antérieurs? Très peu, M. le Président, pour ne pas dire rien. Ils ont certainement mis de l'argent à partir de certains programmes mais rien pour donner aux régions une capacité d'agir.

Trente-quatre millions pour les MRC en difficulté. On a mis en place un plan de relance de la Basse-Côte-Nord, parce qu'il y a la Gaspésie qui est en difficulté, la Côte-Nord connaît un taux de chômage important, mais la pire au Québec, M. le Président, je peux vous dire qu'avec 22 % de chômage c'est la Gaspésie en période hivernale. Mais nous travaillons à diversifier notre économie. On a un projet, un projet extraordinaire dans les mains. Le gouvernement nous a concédé des mesures fiscales sur la main-d'oeuvre, sur la fabrication, etc.

Fabrication d'une filière éolienne, d'une industrie... puis de mettre en place une industrie éolienne au Québec, M. le Président, ne pas uniquement assembler et boulonner des pièces qui viennent d'ailleurs, développer une expertise, développer une expertise qui nous permettra de faire en sorte que les Gaspésiens qui s'en vont à l'extérieur, à l'université ou dans d'autres collèges spécialisés, reviennent travailler dans notre région.

Qu'est-ce que la députée de Bonaventure nous a dit, en interpellation, la semaine dernière? Dépêchez-vous à faire des appels d'offres pour qu'on puisse faire lever des projets en Gaspésie. Ce n'est pas ça, le développement, M. le Président. Oui, il y a un parc éolien en Gaspésie, 133 éoliennes sont installées en Gaspésie. Les emplois, où ont-ils été créés? Ils ont été créés chez le fabricant, à l'extérieur de l'Amérique du Nord, ils ont été importés d'Europe, importés d'Europe. Qu'est-ce que ça a donné comme travail?

Des gens qui ont brassé du ciment, qui ont coulé du ciment, qui ont fait l'érection de tours, qui les ont installées, puis, après ça, il est resté environ une dizaine de personnes, ceux qui restent aujourd'hui, pour l'entretien d'un parc éolien. Qu'est-ce que l'on fait dans la fabrication? On n'en fait pas. Certainement, il y a des entreprises qui sont en mesure de faire des composantes. Est-ce qu'elles ont été sollicitées pour contribuer au développement éolien, pour l'érection de ce parc? Non.

Et on se souviendra que le parc Le Nordais, ça originait d'une décision du gouvernement libéral de 1991, qui ont confié à une société américaine un contrat avec une pénalité, avec une pénalité, M. le Président, de 100 000 $ sur un projet de je ne sais pas combien de millions, de centaines de millions, pour construire, venir installer des éoliennes au Québec et au Canada ? parce qu'ils négociaient dans le cadre du Canada ? pour apporter des éoliennes en Gaspésie. Ça nous a donné, pratiquement, très peu d'emplois. Oui, il y a eu des retombées pour des entreprises, financièrement, mais qu'est-ce qu'il reste? Puis où elle est, la main-d'oeuvre? Où elle est, la valeur ajoutée à ces projets?

Et c'est pour ça que, lorsqu'on parle de précipitation pour se lancer dans des appels d'offres, il faudrait peut-être permettre aux gens de la Gaspésie de mettre en place leur banc d'essai, de pouvoir démontrer que, oui, c'est des éoliennes que l'on veut fabriquer en Gaspésie et non pas seulement les assembler, qu'on puisse mettre un banc d'essai en place et qu'on puisse les tester et ensuite aller sur le marché pour dire: Voici le produit que nous avons à vendre, et on va tout vous fabriquer ça en Gaspésie. Et c'est des centaines, des centaines d'emplois, M. le Président.

L'Espagne, en cinq ans, a réussi à intégrer la filière éolienne au niveau de la fabrication: 15 000 emplois, le résultat, après cinq ans, non pas pour juste faire l'assemblage.

M. le Président, le temps file énormément vite. J'aurais voulu vous parler de la santé, vous parler des résultats. Mais je peux vous dire que les résultats du plan de relance de la Gaspésie, là, hein, il y a eu des emplois qui ont été créés, énormément d'emplois, et des emplois permanents. Lorsqu'on parle qu'il y a une multitude d'entreprises qui ont été aidées, elles n'ont pas juste été aidées par des chèques pour recevoir de l'assurance emploi, ça a fait en sorte, M. le Président, que l'on reconvertit notre économie et on reconvertit notre main-d'oeuvre également. Merci, M. le Président.

Le Vice-Président (M. Beaulne): Merci, M. le député de Gaspé. J'invite maintenant Mme la députée de Laviolette et porte-parole de l'opposition officielle en matière d'assurance médicaments à s'adresser à nous. Mme la députée, il vous reste sept minutes de temps d'intervention.

Mme Julie Boulet

Mme Boulet: Je vous remercie, M. le Président. Alors, je suis très heureuse de pouvoir parler des régions parce que je viens de la région de la Mauricie et, chez nous, on vit particulièrement de sérieux problèmes. Et je suis outrée d'entendre les propos de mon collègue de Gaspé, parce que, quand les gens de l'autre côté de l'Assemblée nationale, tout ce qu'ils savent nous dire, M. le Président... Et la population qui nous écoute, les gens qui nous écoutent ne sont pas dupes, ce sont des gens intelligents, qui sont capables de voir que ça va mal. Ils sont capables de voir que ça va mal.

Mais ils aimeraient bien, ces gens-là, la population en général, qu'on leur trouve des solutions, alors que, de l'autre côté de l'Assemblée nationale, au gouvernement péquiste, tout ce qu'on fait, c'est blâmer Ottawa, c'est blâmer les voisins puis blâmer l'autre, blâmer l'ancien gouvernement. C'est toujours la faute des autres. Mais ce sont eux qui sont au gouvernement, ce sont eux qui détiennent le pouvoir. Et qu'est-ce qu'ils font? Qu'est-ce qu'ils ont comme solution à amener pour que nos citoyens se sentent rassurés, se sentent en confiance? Bien, moi, là, ça fait longtemps que j'ai...

Je n'ai rien entendu de positif, je n'ai rien entendu de constructif, M. le Président, depuis le temps que je suis ici, à l'Assemblée nationale.

Alors, je suis très heureuse de parler des régions, parce qu'on a eu des constats démographiques dans les journaux qui nous disent qu'effectivement nos régions se vident. Alors, c'est un triste constat. Mais c'est un constat également que les actions du gouvernement, les actions qu'ils prétendent faire ne donnent absolument rien. Alors, ce n'est pas pour rien que nos régions continuent à se vider, qu'on n'est pas capable de faire de la rétention, qu'on n'est pas capable de trouver un moyen de créer de l'emploi dans les régions.

Alors, on vit présentement l'exode des jeunes en région. Vous savez, les jeunes quittent parce qu'ils n'ont pas d'emploi et parce qu'ils ne peuvent pas non plus recevoir de formation académique adéquate. Souvent, on avait des cégeps avec des formations académiques qui reflétaient les besoins du milieu et on les a fermés, on les a transportés vers les grands centres, à Montréal ou à Québec, sous prétexte qu'il n'y avait pas assez d'inscriptions. Mais, écoutez, la réalité des régions, elle est là, et ces cours-là convenaient très bien avec l'affinité du milieu. Et les étudiants pouvaient se former et rester par la suite dans leur milieu pour travailler dans ce domaine-là.

On vit également l'exode des aînés parce qu'on n'est pas capable de fournir des soins de santé adéquats dans les régions. Alors, nos aînés quittent pour aller rester avec leurs enfants dans les grands centres. Alors, ça, c'est un autre problème.

n (11 h 40) n

Également, bien, la famille... Pourquoi les familles viendraient s'établir chez nous, en région, s'il n'y a pas d'emplois? Alors, si on n'a pas de famille, on n'a pas d'enfants, et, comme il n'y a pas d'enfants, bien, on ferme des écoles. Un autre constat qui est déplorable en région, c'est qu'on ferme les écoles les unes après les autres. Alors, si on ne maintient pas en place un équilibre entre la santé, l'éducation et l'emploi en région, bien, on n'en sortira jamais.

On ne trouvera jamais une façon de faire grandir, de faire développer nos régions et de faire en sorte qu'il y ait une harmonie et que les gens puissent naître et mourir au sein de leur région, dans leur terre natale, là où ils ont développé des affinités, un attachement, et c'est ce qui est le plus triste dans ce constat-là.

Alors, nos régions, M. le Président, selon moi, c'est l'épine dorsale de la société. C'est dans les régions qu'on vient chercher le bois, l'électricité, l'aluminium, les mines. C'est dans nos régions qu'on vient chercher ces richesses-là. Alors, ces richesses-là sont le coeur et le moteur de l'économie québécoise parce que, après ça, ces richesses-là servent à faire de la seconde et de la troisième transformation et c'est là-dessus que les grands centres s'enrichissent. Alors, pour que les grands centres puissent faire cette transformation-là, il faut venir chercher chez nous des richesses naturelles. C'est très important. Alors, il ne faut pas négliger cet atout-là.

Malheureusement, 11 des 17 régions-ressources se sont appauvries depuis la gouverne du gouvernement péquiste. Onze des 17 régions se sont appauvries. Alors, où elle est, la politique de la ruralité, le gros show qu'on a fait, le gros show qu'on a fait en sortant ce livre-là et en répétant, M. le Président, des choses qu'on avait dites et redites et redites, du réchauffé, un gros show pour que la population se sente rassurée? Bien, imaginez-vous que la population, ils ne sont pas dupes.

Alors, dans ce gouvernement-là, on fait des beaux discours, mais il n'y a jamais rien de concret sur le terrain, il n'y a jamais rien de concret, jamais rien de réel et de tangible, et ça, la population, elle le vit à tous les jours. On fait des rapports, des rapports, des commissions, des consultations publiques, on fait des tables de concertation, des lac-à-l'épaule, on fait tout plein de belles choses là, du beau blabla. Du beau blabla, de la belle paperasse, des beaux discours, des thérapies de groupe.

Mais, dans le fond, tout ça, là, le citoyen, dans son quotidien, ça ne lui donne pas rien pour manger, ça ne lui donne pas un emploi pour nourrir sa famille puis ça ne lui donne pas d'argent pour habiller ses petits enfants. Alors, c'est ça, le constat qu'on a à l'heure actuelle, c'est du blabla, du blabla et du blabla!

Ce gouvernement-là, M. le Président, c'est un gouvernement de structures. Des structures, en voulez-vous, en v'là! Même les élus, même les élus en place, les maires, les conseillers municipaux et les députés, ils ne savent même pas à quoi ça sert, quels sont les missions et les objectifs encourus par toutes ces structures-là. Qu'on parle des MRC, des CLD, des CLE, des CJE, des CRD, d'Innovatech, d'énergie inc., de Technopôle, je suis certaine que les citoyens s'y perdent. On ne sait même pas que ça existe, mais on sait encore moins à quoi ça sert puis ce qu'ils peuvent faire pour nous.

Alors, il y a beaucoup de structures, beaucoup de chevauchements, beaucoup de frais d'administration. Mais, malheureusement, même

Document details

CollectionQuebec — Debates (Hansard)
Citation2002-03-27
Typehansard
Volume / chapterfr travaux-parlementaires assemblee-nationale 36-2 journal-debats 20020327 9605
Languageen
Formathtml
SourcePROVINCIAL
Identifier1f345f1237447006db112553cecb810475c4bc0b

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