Labour and the Economy — 25 June 2014 (41st Legislature, 1st Session)
CET 2014-06-25
Quebec — Committees
La commission
est réunie aujourd'hui afin de procéder à l'étude des crédits budgétaires
du volet Lutte à la pauvreté pour l'exercice financier 2014-2015.
Une enveloppe de quatre heures a été allouée pour l'étude de ces crédits.
Mme la secrétaire, est-ce qu'il y a des
remplacements?
La Secrétaire : Oui, M. le
Président. M. Auger (Champlain) est remplacé par Mme Vallières (Richmond); M.
Birnbaum (D'Arcy-McGee), par Mme Ménard (Laporte); M. Plante (Maskinongé), par
M. Rousselle (Vimont); M. Lamontagne (Johnson),
par M. Surprenant (Groulx); Mme Roy (Arthabaska), par M. Schneeberger (Drummond—Bois-Francs).
Le Président (M. Cousineau) :
Merci. Merci, Mme la secrétaire.
Nous allons
maintenant... nous allons débuter par les remarques préliminaires et, avec
votre consentement, procéder à une
discussion d'ordre général par blocs de 20 minutes, incluant les questions
et les réponses, en alternance entre le groupe parlementaire formant le gouvernement et les députés de l'opposition. La
mise aux voix de ces crédits sera effectuée à la fin du temps qui est alloué à l'étude de ce programme, soit quelques
minutes avant la suspension de nos travaux ce matin.
Alors, bon, ça va pour... On a un consentement
pour procéder par blocs de 20 minutes? Oui, ça va?
Le Président (M. Cousineau) :
Merci. Ça me prend juste un consentement.
Alors, ceci
dit, nous débutons donc avec les remarques préliminaires. M. le ministre,
vous disposez de 12 minutes pour vos remarques préliminaires.
Blais : Merci beaucoup, M. le Président. Chers collègues du
gouvernement et des oppositions, bonjour. Bon matin. Permettez-moi tout d'abord de vous présenter les gens qui
m'accompagnent : le sous-ministre de l'Emploi et de la Solidarité
sociale, M. Bernard Matte, ainsi que son équipe; mon chef de cabinet, M.
Stéphane Gosselin, ainsi que les membres de mon cabinet.
La lutte
contre la pauvreté et l'exclusion sociale et l'importance de miser sur la
solidarité sociale font
partie de mes préoccupations depuis longtemps.
Ma formation première, ma carrière et les diverses recherches auxquelles j'ai participé à
titre d'universitaire l'attestent. Il
s'agit aussi de priorités pour le gouvernement du Québec, qui compte agir
et poursuivre ses efforts en ce sens.
L'emploi étant la meilleure façon de lutter
contre la pauvreté, notre volonté est de permettre à un plus grand nombre de personnes d'intégrer de façon durable le
marché du travail et d'assurer leur autonomie financière. L'emploi est une condition nécessaire mais, dans certains
cas, non suffisante. Il faut aussi veiller à renforcer les gains du marché
du travail par des transferts monétaires intelligents qui encouragent, plutôt
que le contraire, le retour ou le maintien à l'emploi.
J'y reviendrai plus loin. Mais le Québec a une opportunité unique d'atteindre
son objectif de mettre en emploi tous les gens qui le peuvent durant les
années qui viennent.
Dès son
entrée en fonction, le premier ministre a exprimé sa volonté, malgré le
contexte économique difficile, de
protéger les plus vulnérables. Le ministre de l'Emploi et de la Solidarité
sociale fait
partie intégrante de cette mission. Parmi ses atouts, le ministère de l'Emploi et de la Solidarité sociale
compte sur un réseau près de la population, avec ses centres locaux répartis
sur l'ensemble du territoire, dont plusieurs ont déjà intégré les lignes
d'affaires de Services Québec. Et,
avec les centres de relation avec la clientèle par téléphone, notre ministère
est celui qui offre le plus de services directement aux citoyens sur le territoire du Québec. Les services que
nous assurons permettent de favoriser l'insertion en emploi
des personnes vulnérables afin qu'elles puissent améliorer leur qualité de vie
et participer au développement économique du Québec.
La question que nous devons nous poser
maintenant est la suivante : Est-ce que le travail profite à tous de la même façon? Est-il possible, comme le premier
ministre l'a souvent souligné, qu'au Québec l'environnement fiscal fasse
en sorte que travailler davantage n'ait pas toujours d'effets importants, en
termes de gains nets, pour certains de nos concitoyens, notamment ceux qui
détiennent les revenus les plus faibles? Nous avons mis en place les moyens
pour examiner ces situations de trappe fiscale pour y remédier éventuellement,
et j'y reviendrai.
M. le
Président, avant de parler de façon plus spécifique des projets à venir,
j'aimerais faire un survol de l'ensemble du budget du ministère de l'Emploi et de la Solidarité sociale et des
crédits qui lui sont accordés pour l'année 2014-2015. Le ministère
comptera cette année sur 4,3 milliards de dollars et plus de
6 600 employés pour remplir sa mission. 800 millions de dollars seront dédiés aux mesures d'aide à
l'emploi. Ces sommes permettront notamment de contribuer à l'intégration et au maintien en emploi des
personnes. J'aborderai d'ailleurs cette mission plus en détail cet après-midi
avec les membres de la commission. 2,9 milliards de dollars iront aux
mesures d'aide financière afin de soutenir nos concitoyens les plus démunis.
À ce titre,
il faut souligner que nous anticipons pour l'année prochaine une baisse de
personnes qui auront recours à l'aide
financière de dernier recours. En fait, depuis cinq ans, le nombre de
prestataires des programmes d'aide financière de dernier recours a connu une
diminution moyenne annuelle de plus de 5 900 personnes. Rappelons que
le taux d'assistance sociale se
situait à 6,7 % en janvier 2014, le plus bas niveau depuis que le ministère
comptabilise ce type de donnée, soit en
janvier 1975. Les perspectives d'emploi tendent à indiquer que cette
baisse va se poursuivre, puisque le taux d'assistance est fortement corrélé au taux de chômage. C'est
une excellente nouvelle, mais il faudra s'assurer d'avoir des politiques
de transfert intelligentes, comme le crédit d'impôt à la famille qui les
soutiendra dans le choix du travail.
Le budget
réservé à l'administration est de 483 millions de dollars, une variation
de 2,3 % avec l'année précédente. Par
rapport à l'année 2013-2014, il s'agit, en fait, d'une augmentation d'un peu
plus de 11 millions de dollars du budget en administration. Cette hausse nette s'explique essentiellement par
l'intégration, et donc l'ajout, du personnel de Services Québec au sein
du ministère.
J'aimerais partager avec vous aujourd'hui ma
vision de la lutte contre la pauvreté et de l'exclusion sociale. Comme je le disais plus tôt, l'aide aux personnes
vulnérables fait
partie de mes valeurs, une valeur que je partage avec la grande majorité des Québécoises et des
Québécois. Nous croyons que cette aide fait
partie des missions essentielles
de l'État. C'est une question de justice sociale.
Mais que signifie au juste «protéger les
personnes plus vulnérables» dans un contexte de rigueur budgétaire, alors que le Québec doit reprendre le contrôle de
ses finances à court terme? La population nous a confié la responsabilité
de gérer les fonds publics avec rigueur. Le
ministère doit contribuer à l'effort budgétaire, et cela s'inscrit notamment
par des mesures d'optimisation et des
gains de productivité sur le plan administratif. Dans l'exercice de compression
2014-2015, j'ai été guidé par quatre principes : ne pas couper les
prestations d'aide de dernier recours aux ayants droit, maintenir l'indexation
des prestations, s'assurer que chaque personne qui a besoin de mesures d'aide à
l'emploi ait accès à une mesure appropriée,
s'assurer qu'aucune personne qui bénéficie d'une mesure d'aide à l'emploi
actuellement n'en soit privée. En
appliquant ces quatre principes, nous nous sommes assurés que les personnes
vulnérables soient protégées au sein de notre ministère.
Cela ne nous
a pas empêchés par ailleurs de regarder plus loin. Dans une optique de gestion
rigoureuse des fonds publics, j'ai demandé à ce que des efforts
supplémentaires soient consentis, notamment dans la lutte à la fraude. Le ministère poursuivra donc et renforcera, dans
certains cas, ses contrôles de conformité, notamment pour mettre fin aux
stratagèmes frauduleux dont les personnes
vulnérables sont elles-mêmes parfois les premières victimes. Ces contrôles
de conformité seront réalisés sans aucune
pression additionnelle chez les ayants droit, sans aucune visite à domicile ni
aucune stratégie d'enquête invasive. À la recherche d'une plus grande équité
horizontale entre les prestataires, nous continuerons
aussi à examiner nos mesures afin qu'elles récompensent l'effort et enferment
le moins possible ces derniers dans des situations de trappe à
l'inactivité.
Le meilleur
moyen pour combattre la pauvreté demeure l'emploi, pourvu que celui-ci soit
bien rémunéré et qu'il s'appuie sur
des transferts monétaires bien orchestrés. Le ministère souhaite permettre au
plus grand nombre de participer à
l'essor économique et social du Québec. En principe, toute participation, aussi
modeste soit-elle, devrait pouvoir compter.
Le marché du
travail offre de très bonnes perspectives. Avec l'effet combiné de la
croissance économique et des départs à la retraite, ce sont
1,4 million de postes qui devront être comblés dans toutes les régions du
Québec d'ici 2020 — et c'est demain. Les mesures nécessaires
seront prises pour mieux soutenir les prestataires des programmes d'aide
financière de dernier recours, en
collaboration avec l'ensemble des partenaires du ministère, pour que le plus
grand nombre d'entre eux puissent s'insérer au sein du marché du
travail.
Emploi-Québec
détient l'expertise nécessaire afin de guider les personnes qui ont besoin de
soutien pour intégrer le marché du travail.
Nous agissons en ayant recours à diverses mesures et programmes pour
accompagner nos clientèles, dont les
prestataires de l'aide financière de dernier recours, dans leurs démarches vers
l'emploi, notamment les programmes, projets
de subvention à l'emploi Jeunes en action et Subvention salariale.
Emploi-Québec et son réseau de partenaires, dont les organismes communautaires en employabilité, offrent une gamme
étendue de programmes et mesures adaptés aux différents besoins de la
clientèle qui souhaite être active sur le marché du travail.
Deux plans
d'action gouvernementaux ont été produits depuis 2004 afin de poursuivre le
soutien aux personnes en situation de
pauvreté. Le deuxième Plan d'action gouvernemental pour la solidarité et l'inclusion
sociale est toujours en cours, et le
gouvernement réfléchit en continu aux meilleures mesures en matière de lutte
contre la pauvreté et l'exclusion sociale. J'ai déjà... j'ai d'ailleurs rencontré plusieurs
groupes et organismes qui m'ont fait part de leur vision pour la suite des choses. Il ressort de ces
rencontres la demande explicite du collectif de lutte contre la pauvreté,
notamment, qui représente l'ensemble
des forces vives du Québec sur le sujet, de faire en sorte de ne pas précipiter
l'adoption d'un troisième plan gouvernemental sans avoir procédé au
préalable à une très large consultation publique.
Je vous rappellerai ici que notre gouvernement a
mis en place deux commissions : l'une permanente sur la révision des programmes, et l'autre sur la
fiscalité. Nous participerons activement à ces deux commissions. La première
d'entre elles soulève l'enjeu de la
pertinence et de l'efficacité de nos programmes. La lutte contre la pauvreté et
l'exclusion sociale, objectif aussi
noble soit-il, n'échappe pas à un examen critique de ces méthodes et des façons
de faire. Peut-être est-il possible de faire encore mieux que ce que
nous avons fait jusqu'ici.
La seconde
commission touche la fiscalité des particuliers et des entreprises, et deux des
objectifs de son mandat nous
interpellent particulièrement, puisqu'ils touchent nos clientèles. Je les
résumerai ainsi : Comment moderniser notre fiscalité tout en s'assurant de créer... d'éviter de créer des effets
adverses pour les faibles revenus? Comment faire en sorte que notre fiscalité soit plus incitative au
travail qu'aujourd'hui afin que le choix du travail résulte toujours en un gain
net pour les Québécois, qu'ils soient
actifs ou non? C'est ainsi que la commission sur la fiscalité compte aborder la
difficile question des taux marginaux
effectifs d'imposition qui, dans certains cas, frappent plus durement les
bénéficiaires de l'aide de dernier
recours ainsi que les travailleurs à faibles revenus, en particulier les
familles du Québec. Pour un certain nombre de concitoyens, la sortie de la pauvreté passe par une modification de
cette situation de trappe fiscale, qui les encouragera dans la voie du
travail.
En conclusion, la solidarité sociale nous invite
à échanger de façon à trouver des solutions dans l'intérêt des personnes vulnérables afin d'améliorer leurs
conditions de vie et de construire un avenir meilleur pour l'ensemble de notre
société, tout en pensant — et cela est plus que jamais important de nos
jours — à la
solidarité à l'endroit des générations futures, c'est-à-dire à la
capacité pour les prochaines générations de prendre, elles aussi, soin de leurs
plus démunis.
L'étude des
crédits qui nous réunit aujourd'hui est un exercice essentiel, démocratique et
nécessaire. C'est mon premier exercice. Il me fera donc plaisir de
répondre à vos questions dans un esprit de collaboration et d'ouverture. Merci,
M. le Président.
Président (M. Cousineau) : Alors, merci, M. le ministre. Je
cède maintenant la parole au député de Rimouski, en vous rappelant, M.
le député, que vous avez sept minutes pour vos remarques préliminaires. À vous
la parole.
LeBel : Bonjour, tout le monde. C'est la première fois que je fais ça,
ça fait qu'on va apprendre ensemble — vous aussi, M. le ministre. Je vais
commencer par saluer le président, mon mentor, un grand président, les
collègues députés, puis vous souhaiter, à tout le monde, puis le personnel du
ministère... Je sais qu'il y a des gens du CEPE,
le comité d'étude sur la pauvreté, du Comité consultatif de lutte contre la
pauvreté, les gens du cabinet, avec qui j'ai parlé. Je voudrais vous saluer, tout le monde, puis vous souhaiter
aussi une bonne fête nationale — c'est le lendemain.
Hier soir,
j'étais à Esprit-Saint, complètement dans le Haut-Pays de la Neigette. Je ne
sais pas si vous connaissez, c'est...
Esprit-Saint puis Trinité-des-Monts. Il y a plusieurs municipalités, là, qui
sont... Elles font
partie des... ce qu'on appelle les municipalités dévitalisées. Il y a la Politique de la
ruralité qui essaie d'aider à développer ces municipalités-là. C'est des municipalités qui en arrachent depuis
longtemps. Je ne sais pas si vous vous rappelez des opérations Dignité dans les années 70. C'est des gens qui se
sont toujours battus pour garder leurs villages puis c'est des gens qui veulent
de l'ouvrage, qui veulent travailler,
qui veulent... Puis on vit de la pauvreté dans ces villages-là. C'est autrement
que dans la ville, mais... C'est une
autre sorte de pauvreté. Mais c'est des gens fiers qui veulent se battre. Hier,
j'étais là avec eux autres, puis,
quand j'ai demandé le dossier de la lutte à la pauvreté... C'est un peu aussi à
cause d'eux autres que j'ai pensé à ça. Je pense que, si on a à travailler pour lutter contre la pauvreté, il faut
que ça réponde aux besoins de toutes les régions du Québec. Il faut
moduler nos programmes, s'assurer que ça fitte avec les régions, avec les
situations dans les régions.
Puis, dans ces régions-là, ce que je sens
actuellement dans ces municipalités-là, c'est un peu de morosité puis d'inquiétude, la perte d'espoir. C'est des gens
qui travaillaient sur des projets. Ils sont, tout le monde, inquiets à savoir
si la révision des programmes va venir les
empêcher de réaliser leurs projets. Puis ces gens-là vivent d'espoir, hein?
Pour eux autres, c'est important. Ils
ont... Tu as un travail de... un projet de coopérative, un projet de
développement. Pour eux autres, ça les tient. Et présentement ce que je
sens, c'est un peu d'inquiétude.
D'ailleurs,
je parlais avec le préfet. Il me parlait de son tracteur. Il a dit qu'il avait
un problème avec son tracteur : il marchait juste de reculons. Ça fait que, là, il fallait qu'il répare son
tracteur. Je me disais : Bien, c'est peut-être un peu comme le gouvernement libéral. Je me disais :
En matière d'acquis sociaux, il ne faudrait pas aller toujours de reculons,
il faudrait aller de l'avant. Puis j'espère qu'il va arranger son tracteur;
j'espère qu'on va aller de l'avant aussi.
Vous allez me
connaître. Moi, je suis un gars du
milieu communautaire. Je viens des groupes communautaires. J'ai été animateur communautaire, j'ai animé des
soupes populaires. J'ai travaillé dans des corporations de développement communautaire, j'ai travaillé
dans différents réseaux, et c'est de là que vient ma fibre pour la lutte à la
pauvreté et la solidarité sociale. J'ai été
dans les cabinets et... J'ai été au cabinet de Linda Goupil, la ministre,
à l'époque où on a adopté la
loi sur la pauvreté. Et, avec Christos
Sirros, qui était le vis-à-vis du gouvernement libéral, il y a eu une très
bonne collaboration pour réussir à faire cette loi-là. Et, quand ça a été
adopté — je
m'en rappellerai toujours — il
y avait un grand consensus,
c'était l'unanimité au salon bleu. Tout
le monde se sont levés, avec l'ADQ
qui, à l'époque... Tout le monde se
sont levés pour adopter la loi. Puis, en haut, dans les tribunes, il y avait
tout le monde de la société civile, les fonctionnaires
aussi, tout le monde était là. Et il y avait des gens qui pleuraient en haut,
là. Et moi, j'étais derrière le trône — je
ne pouvais pas être dans le salon bleu, comme conseiller — et
j'arrivais puis je regardais. J'étais ému de voir ce grand mouvement pour lutter contre la pauvreté.
Et, 10 ans après la loi, j'espère qu'on pourra recréer ce mouvement-là.
Il y a eu beaucoup d'efforts, beaucoup de courage du gouvernement à l'époque pour parler à tout
le monde pour essayer de les convaincre d'embarquer tout le monde ensemble. J'aimerais qu'on retrouve ça et j'offre ma collaboration au ministre pour
trouver des façons de remobiliser tout le monde.
Je rencontre beaucoup de groupes sur le terrain.
Comme député, on rencontre beaucoup de cas. On pourra en reparler plus tard, mais j'aimerais beaucoup
qu'on parle de cas concrets, de mobilisation, d'implication citoyenne. Si on
veut lutter contre la pauvreté, ça ne sera pas juste par des programmes, ça va
être par un genre de grand mouvement national,
un grand mouvement de citoyens. Et c'est comme ça que j'aimerais travailler
avec vous. On aura l'occasion de s'en reparler plus tard. Merci.
Président (M. Cousineau) : Merci, M. le député de Rimouski. Alors, j'invite maintenant le représentant du deuxième groupe de l'opposition, M. le député de Groulx, en vous rappelant que vous avez cinq minutes
pour vos remarques
préliminaires, M. le député de Groulx. À vous la parole.
Surprenant : Merci, M. le Président. Avant de débuter nos travaux,
j'aimerais d'abord saluer le ministre député de Charlesbourg et le remercier d'avance pour sa collaboration et sa
transparence durant les travaux que nous amorçons. J'aimerais également saluer son équipe
ministérielle, les collègues de l'aile parlementaire gouvernementale qui l'accompagnent, le député de Rimouski — Québec solidaire n'est pas là — le secrétariat, pour son soutien, et les différents
organismes ici représentés.
Nous sommes ici aujourd'hui pour effectuer une
tâche centrale à notre responsabilité parlementaire. L'étude des crédits budgétaires, c'est un exercice
démocratique essentiel auquel doit se livrer le gouvernement en toute
transparence pour que tous les
Québécois puissent savoir comment et pourquoi les sommes qui sont retenues sur
leurs salaires ou qui sont chargées
en plus sur leurs achats sont utilisées. Mais c'est aussi un processus
nécessaire de reddition de comptes qui vise
à s'assurer de la gestion responsable des fonds publics, surtout dans le
contexte actuel où le... où les déficits, dis-je, se succèdent d'année en année, et aussi de la
pertinence des objectifs fixés, de leur adéquation avec les attentes des citoyens,
et surtout de leurs atteintes.
Plus
spécifiquement, je suis ici aujourd'hui au nom de ma formation politique, mais
aussi de tous les Québécois, pour
nous assurer de la bonne gouvernance dont le ministre et ses fonctionnaires
sont responsables dans la gestion des services liés au Directeur de
l'état civil, et surtout ceux visant à favoriser l'intégration en emploi, ainsi
que dans la gestion des actions visant à soutenir le développement et la pleine
utilisation du capital humain, de même que la concertation en matière d'actions
communautaires et bénévoles. Pour ce faire, j'ai l'intention de poser des
questions courtes et claires et pour lesquelles je m'attends à recevoir des
réponses concises qui vont directement au but.
Alors, je
comprends votre contexte. Actuellement, on est un gouvernement qui dépense beaucoup
plus que les autres gouvernements.
Quand on se compare à l'Ontario, par
exemple, on dépense à peu près
20 % de plus dans l'économie
québécoise. Donc, vous avez déjà une barre
qui est déjà très haute, qu'il est difficile d'augmenter. Également, dans les
énoncés budgétaires, on table beaucoup sur
une croissance forte des États-Unis, ce qui n'est pas le cas finalement, dans
les dernières données qui sont sorties, là,
le 16 juin dernier. Alors, vous avez un défi, donc, à relever de ce
côté-là, et donc un défi important
également au niveau lié au phénomène démographique de vieillissement. Donc, je
comprends que... je comprends l'ampleur du défi qui est devant vous.
Alors, écoutez, cela étant dit, M. le Président,
notre temps de parole est limité, j'aimerais pouvoir reporter les minutes
restantes pour poser des questions plus tard au ministre.
Président (M. Cousineau) : Il n'y a pas de problème avec ça, M.
le député de Groulx. Alors, merci
pour votre intervention.
Alors, je suis maintenant prêt à reconnaître une
première intervention de l'opposition officielle pour un bloc d'échange. Alors,
c'est un bloc, je vous rappelle, de 20 minutes. Et puis...
Le Président (M. Cousineau) :
Pardon?
La Secrétaire : 18 minutes.
Président (M. Cousineau) : Un instant, on va vérifier.
18 minutes. 18 minutes. Alors, vous avez la parole, M. le
député de Rimouski.
M. LeBel : J'en ai parlé un peu
tantôt, l'adoption de la
loi sur la pauvreté, ce n'est pas arrivé du
Saint-Esprit, il y a eu une grande
mobilisation avant d'y arriver. Je pense à la Marche mondiale des femmes, je
pense aux différents groupes communautaires partout, le collectif pour la lutte à la
pauvreté. C'est des gens qui se sont impliqués, puis ils ne sont pas... Ils ne se sont pas réveillés un beau
matin en disant : On va faire un mémoire puis on va convaincre le gouvernement. Ils ont fait le tour du Québec, ils
sont allés rencontrer des groupes partout, ils ont mobilisé des citoyens,
ils ont discuté. Partout, partout au Québec,
là, les groupes, il y a des gens bénévoles un peu partout qui ont réussi à
mobiliser et à discuter de pauvreté avec tout le monde. C'est ce qui a
créé le mouvement.
Puis les
groupes communautaires, ce n'est pas des gens... ça ne pense pas toujours la
même chose, chaque groupe. Il y a des
grandes divisions dans les groupes communautaires — vous les connaissez — il y a des groupes plus à gauche, moins à gauche, des groupes plus de services, des
groupes plus à la défense de droits. Réussir à asseoir tout ce monde-là et à s'entendre pour un projet de loi pour lutter
contre la pauvreté, c'était tout un défi qu'ils ont fait. Et je ne me souviens
pas... Je me souviens, mais je ne l'ai pas avec moi, mais ils avaient déjà
écrit leur projet de loi. Et, quand on a été saisis
de leur projet, il a fallu partir de là et commencer à travailler avec eux
autres, convaincre nos caucus, nos députés, convaincre la machine
gouvernementale d'embarquer et d'écouter ces groupes-là, puis qui amenaient des
positions assez audacieuses à l'époque, parce qu'il n'y en avait pas, de
loi sur la pauvreté, avant ça, ça n'existait pas.
Ça fait qu'il
y a eu une grande démarche qui a duré des mois et des mois. On a rencontré
toutes sortes de monde : le
Conseil du patronat, qui avait des solutions pas mal différentes que le
collectif de lutte à la pauvreté, et on a rencontré la fondation Chagnon, on a rencontré les évêques. On
a rencontré plein de monde, pour arriver à une commission parlementaire où plus de 250 personnes sont venues
présenter leurs mémoires, et leurs discussions, et leurs idées sur la lutte à
la pauvreté. Bref, ça a amené un grand mouvement avec beaucoup d'espoir.
Et, dans la
loi, dans l'article 4 de la loi, on se disait qu'il fallait amener le
Québec, au bout de 10 ans, dans les pays... provinces les plus avancées en matière de lutte à la pauvreté, où qu'il
y avait moins de pauvreté. Il y avait certaines balises qu'on s'est données, certaines balises qu'on
s'était fixées, des cibles qu'on s'était données. Ces cibles-là ont mis fin...
Parce que la loi, ça dit : «...amener
progressivement le Québec d'ici [le 5 mars] 2013 au nombre des
nations industrialisées comptant le
moins de personnes pauvres, selon des méthodes reconnues pour faire des
comparaisons internationales.» Ça fait que ce que je comprends, c'est
que, depuis 2013, l'article 4 de la loi est caduc, il n'existe plus.
Ce que
j'aimerais savoir du ministre : Est-ce qu'on est capables... comme on en
avait discuté avec les députés à l'époque,
il y avait eu une commission parlementaire, puis on avait partagé avec les
citoyens. Est-ce qu'on pourrait, en respect
des citoyens puis des parlementaires, se dire : 10 ans après, ce
qu'on s'était donné comme cibles, on est rendus où? Et j'imagine que le ministre doit avoir sur son
bureau des rapports des comités consultatifs. Il doit avoir ces documents-là.
Est-ce que les parlementaires et les
citoyens, avant de s'embarquer dans des plans triennaux, pourraient aller sur
le fond de la loi, dire : Est-ce
qu'après 10 ans on a bien fait de faire cette loi-là? Et est-ce qu'on est
arrivés à des cibles intéressantes? C'est
ce que j'aimerais savoir. Un, est-ce qu'il y a des rapports, est-ce qu'il pense
les déposer? Et, deux, est-ce qu'il pourrait réfléchir à discuter avec les parlementaires et les citoyens, pas sur
les plans triennaux, pas sur des... mais sur le fond de la question, la
loi?
Le Président (M. Cousineau) :
M. le ministre.
Blais : Merci beaucoup, M. le député, pour la question. Il faut bien
comprendre que cette loi-là, c'est une loi extrêmement originale, parce que c'est une loi-cadre, hein? C'est une
loi qui engage plusieurs ministères. Je pense que tout près de
11 ministères, au moins, là, sont engagés par la loi à donner des
résultats, à les diffuser, etc.
Et c'est
clair que cette loi-là nous a fait faire beaucoup de progrès. Quand on regarde
l'évolution de la pauvreté, on voit
qu'il y a eu des progrès intéressants — on aura l'occasion d'en parler
aujourd'hui — notamment
pour les ménages, par exemple, hein?
Il y a vraiment eu des ménages, ces dernières années, qui sont sortis de la
pauvreté. Moi, je me souviens, quand j'étais étudiant, là, on prenait le
cours de politiques sociales : il y avait au Québec deux fois plus de
chômeurs qu'aujourd'hui et, tiens, il y
avait aussi deux fois plus d'assistés sociaux qu'aujourd'hui. Donc, le progrès
que l'on a fait, là, est important. Et je pense que la loi est en
partie responsable
de ça, mais aussi la qualité, hein, de notre économie. À cette
époque-là, aussi, notre économie était beaucoup plus... bien, dans une
situation beaucoup plus précaire que l'économie ontarienne. Je pense qu'aujourd'hui il y a eu une évolution positive des
choses. Donc, la loi est un élément important, mais aussi le contexte économique, hein, peut expliquer, là, l'évolution
positive que la pauvreté... de la pauvreté, là, au Québec.
Donc, c'est clair que notre intention, hein,
c'est de déposer tous les rapports que nous aurons entre les mains. Il y a des rapports... La loi nous oblige à faire
rapport de façon régulière sur la situation et l'évolution des choses. Un
rapport est en préparation, et donc,
lorsqu'il sera prêt, notre intention, c'est de le présenter. On a déjà quelques
informations qui nous indiquent qu'il
y a eu des progrès intéressants. On sait qu'il y a des poches de résistance,
hein? Le grand enjeu, je pense, au
Québec, pour la pauvreté, là où on a des progrès importants à faire, c'est pour
les personnes seules, notamment, où
là c'est beaucoup plus difficile pour différentes raisons. Une des
préoccupations que nous avons aussi, c'est par rapport aux jeunes.
Pourquoi? Parce qu'on sait très bien que les jeunes qui débutent tôt leur vie à
l'aide sociale vont rester longtemps aussi à
l'aide sociale. Ça, les recherches le démontrent bien. Donc, on a une
préoccupation de ce côté-là, dans un contexte où on se dirige vers un
taux d'employabilité extrêmement élevé.
Alors, pour
revenir à la loi-cadre, le regard que nous avons sur la loi est un... la loi...
c'est un regard extrêmement positif.
Je vous rappelle que — vous étiez là à ce moment-là — on demandait... on contraignait beaucoup les
ministères. Vous vous rappelez, hein,
il y avait des attentes très, très précises : Tel objectif, sans ça, etc.
Donc, on a enlevé ces éléments-là qui
étaient beaucoup trop contraignants, puisque, bien sûr, la pauvreté, c'est lié
à ce que nous pouvons faire, mais c'est
aussi lié à l'évolution générale de l'économie, et le pouvoir que l'on a
là-dessus, hein, est assez limité. Donc, les parlementaires à l'époque
avaient été prudents pour lever des contraintes qui soient trop fortes, mais
donner une direction, hein, une direction.
Et vous parlez d'une loi-cadre qui
pourrait être sur trois ans. Moi, ce que le collectif de lutte contre la
pauvreté m'a demandé très
explicitement par le biais d'une lettre, c'est effectivement, un peu comme vous
le demandez, de dire : Voilà,
faisons... On est à l'époque des bilans. Après deux, là, deux plans
d'intervention successifs, on est au moment de faire des bilans. Prenons le temps, à partir de toutes les données
disponibles... Et je pense que c'est ça qui vous préoccupe, hein, comment on a évolué, quels sont les endroits
où ça va moins bien. Vous avez commencé votre allocution en parlant des régions, bien entendu, de certaines régions du
moins. Et ensuite faire une grande consultation, une consultation la plus
large possible. On m'a même parlé d'une
consultation mais avec les députés, donc une commission itinérante. On n'est
pas encore rendus là, je comprends que je
dois en parler aussi avec les autres partis. Mais on veut que ce soit le plus
ouvert possible et le meilleur moment pour le faire, pour faire
l'évaluation.
Moi,
je suis assez positif sur les résultats de la loi. C'est une loi, finalement,
qui a impliqué plusieurs ministères et qui a demandé à plusieurs
ministères de rendre des comptes sur une base continue.
Président (M. Cousineau) : D'accord. Merci, M. le ministre.
Deux petites observations avant de vous repasser la parole. Le temps qui n'a pas été utilisé lors des remarques
préliminaires pour les trois groupes sera rajouté au dernier bloc de chacun des groupes parlementaires, de un.
Et, de deux, vous vous adressez toujours à la présidence, d'accord?
Alors... pour éviter qu'il y ait des... Donc, M. le député de Rimouski.
LeBel : Ça va bien se passer. Je ne pense pas que... Je crois le
ministre, là, quand il me dit : Ça s'est amélioré au niveau des ménages, qu'il y a encore de
l'effort à faire avec les personnes seules, mais j'aimerais voir... j'aimerais
prendre connaissance des rapports du
comité... du CEPE et des... Parce que je sais qu'il y en a eu, des rapports sur
les 10 ans de la loi, sur le bilan des 10 ans. Les rapports
existent, vous les avez sur vos bureaux. Il me semble que les parlementaires pourraient, par respect pour le travail qui a été
fait, pouvoir consulter ces rapports-là puis dire : Est-ce qu'on a bien
fait? Est-ce qu'on avait les bonnes cibles il y a 10 ans?
Le Président (M.
Cousineau) : M. le ministre.
Blais : Oui. Écoutez, je peux vous dire qu'il n'y a aucun rapport, M.
le Président, de ce type-là sur mon bureau en ce moment. Je ne connais pas ces rapports-là. J'ai demandé, j'ai posé
les questions : Où sont-ils? Et on m'a dit qu'ils sont en préparation. Et vraiment, là, il n'y a
rien à cacher. Ça appartient à l'ensemble de la population. On sait bien que la
loi nous oblige à rendre des comptes, donc
on le fera prochainement. Mais, pour le moment, là, ce qu'on me dit, c'est que
la préparation de... ces documents-là
ne sont pas faits, mais, dès qu'ils seront faits, on pourra l'annoncer, puis
ils seront publics.
Le Président (M.
Cousineau) : M. le député de Rimouski.
LeBel : Je comprends que la loi prévoit des rapports sur l'utilisation
des fonds, sur les bilans triennaux, mais la loi ne prévoyait pas la publication des rapports sur le 10 ans,
sur le 10 ans de la loi. Et ça, bien, c'est là que j'en viens, moi,
plus. Est-ce que... Parce que ça, c'est votre initiative, ce sera de...
Le Président (M.
Cousineau) : ...par le président, M. le député.
LeBel : Excusez-moi, M.
Cousineau... M. le Président. Il faudra passer par l'initiative du ministre. Ce sera à lui de choisir est-ce qu'il
veut déposer ce rapport-là. Parce qu'on peut... C'est sûr qu'on peut s'attarder
aux rapports triennaux, mais moi, j'aimerais vraiment voir le fond de la
question sur la loi.
Autre
question, rapidement. Dans la loi... Puis je pense que c'est ça que le
collectif voudrait aussi. Si on a fait tout ce travail-là à l'époque, il faudrait voir où est-ce qu'on est rendu
après 10 ans. Puis je le sais qu'il y a eu du travail de fait par les comités consultatifs, ce serait bien de
les voir. Dans la loi, il y avait, à l'article 20, l'idée — puis ça avait été très populaire par les groupes — d'inscrire ce qu'on appelait une clause
d'impact. On se disait : Il faudrait que les ministères, avant de faire une loi... Entre autres, je me
rappelle, quand j'étais aux Régions, on avait fait une
loi sur la ruralité et
on avait eu une clause d'impact. C'est quoi, l'impact de la ruralité...
de notre
loi sur la pauvreté au Québec? Cette clause d'impact, j'aimerais savoir : Est-ce que c'est encore... Puis, je
me souviens, c'était toujours... à chaque mémoire au Conseil des ministres, on avait cette clause. J'aimerais
savoir si cette clause existe toujours dans
les mémoires au Conseil des ministres
aujourd'hui.
Le Président (M.
Cousineau) : M. le ministre.
M. Blais :
Bien, l'article 20, oui, la clause existe encore. Je pense qu'elle est
respectée, là, par l'ensemble des ministères qui sont impliqués. Moi, j'ai eu à signer,
d'ores et déjà, des documents, des décrets où on avait à répondre aux
exigences de la clause... de l'article 20, pardon.
M. LeBel :
Est-ce que...
Le Président (M.
Cousineau) : M. le député de Rimouski.
M. LeBel : Excusez. Est-ce qu'il y a
beaucoup de clauses du genre dans les... Est-ce que c'est la seule clause ou il
y a des clauses sur d'autres ministères?
Le Président (M.
Cousineau) : M. le ministre.
Blais : Oui. Je pense qu'il y en a une sur la métropole, tout
d'abord. Je pense qu'il y en a une en développement durable,
il me semble, hein, clause assez générale en développement durable. Moi, j'ai
eu l'occasion de cosigner des documents là-dessus. J'essaie de voir s'il y en a
d'autres.
Une voix : Des personnes
handicapées... Il y en a d'autres.
M. Blais : Il y en a d'autres.
LeBel : Ce n'est pas pour
embêter, mais c'est parce que des fois j'ai l'impression qu'il y en a tellement, de clauses,
qu'à un moment donné on ne sait plus quelles il faut respecter. Il y a tellement
de clauses d'impact qu'à un moment
donné... Dans le fond, c'est...
Blais : Oui. Mais elles ont
un statut assez formel. Quand elles ont un statut dans une loi, là, on les voit
toujours passer puis on doit
répondre aux exigences, donc.
M. LeBel : O.K. Tantôt, dans
votre... M. le Président...
Le Président (M. Cousineau) :
Oui.
M. LeBel : Je vais finir par
m'habituer. Excusez-moi, M. le Président.
Président (M. Cousineau) : Oui. C'est aussi pour les galées, hein? Pour que les gens en arrière
puissent prendre les interventions comme il faut, là, il ne faudrait
pas se parler comme ça. Passez par le président, ça va aller beaucoup
mieux.
M. LeBel : M. le Président, dans
la...
Le Président (M. Cousineau) :
M. le député de Rimouski.
M. LeBel : Merci. Dans la remarque
d'introduction du ministre, il a parlé beaucoup de la commission sur les programmes et la commission sur la fiscalité, la révision
des programmes. C'est sûr que ça, ça nous inquiète un peu, parce qu'il
va y avoir les programmes qui touchent l'aide à l'emploi puis l'assistance...
la sécurité sociale, la solidarité sociale. Est-ce que,
dans le travail de Mme Robillard et du comité, est-ce qu'elle... il y aura... elle pourrait respecter cette
clause d'impact?
Le Président (M. Cousineau) :
M. le ministre.
Blais : Bien, c'est-à-dire que ce n'est pas au travail de la
commission de respecter des clauses, c'est à nous, les parlementaires,
et c'est au ministre, hein, quand il y aura des décisions, quand il y aura des
suivis par rapport aux suggestions qui
seront faites. C'est au ministre,
hein, lorsqu'il déposera des modifications, si modifications il doit y avoir, c'est à lui
de faire la démonstration, parce que les lois vont continuer de s'appliquer quand même,
hein, que la clause d'impact, notamment l'article 1 dont on parlait tout
à l'heure, que cette clause-là va être respectée.
Le Président (M. Cousineau) :
M. le député de Rimouski.
LeBel : M. le Président, est-ce que ce ne serait pas une bonne façon de donner un
signal aux gens qui travaillent à
lutter contre la pauvreté de déjà nous dire que, dans le travail de Mme
Robillard et de son comité, qui, pour le gouvernement, est très
important... Parce que, déjà en introduction, vous nous avez dit : Il y aura
un grand débat, puis de société,
puis ça passera beaucoup par la fiscalité et la révision des programmes, il y aura
une... Ça fait que pour vous c'est très, très important, puis je comprends, c'est votre
décision. Est-ce que ça ne serait pas de bon aloi pour les groupes
puis les gens qui vivent la pauvreté que déjà on puisse dire à Mme Robillard et
son équipe : Dans votre analyse des programmes,
est-ce que vous pourriez respecter cette clause d'impact qui
est prévue par la
loi sur la lutte à la pauvreté? Est-ce que
ce ne serait pas une bonne façon de leur dire : Allez-y, travaillez sur
les programmes, faites vos choix, vous avez
des objectifs, mais essayez donc d'analyser si l'impact que ça
peut avoir sur les plus pauvres de notre société... avant de
bouger, avant de nous proposer des choses?
Le Président (M. Cousineau) :
M. le ministre.
Blais : Oui. Bien, ça va me
permettre, hein, peut-être, M. le
Président, de préciser un petit peu, là, le rôle de ces deux
commissions. Moi, je peux comprendre que des gens, peut-être,
soient nerveux, hein, par rapport à des changements. La nature humaine est
ainsi faite, de toute façon, hein, que tout changement, hein, peut soulever des
inquiétudes. Mais là il faut bien comprendre ce dont il s'agit.
Tout d'abord, le premier ministre s'est engagé pas... dans des délibérations politiques
très, très claires, à protéger les plus vulnérables.
Dans notre gouvernement, c'est notre intention de le faire.
Ensuite, il faut bien comprendre qu'il y a des programmes
qui ont été mis sur pied il y a plusieurs années, à l'époque où je disais tout à
l'heure qu'il y avait
le double du chômage au Québec, où il
y avait le double d'assistés sociaux,
et on a créé des programmes
pour répondre à ces situations-là. Maintenant que ces situations-là, hein, se sont améliorées — c'est
une bonne nouvelle qu'elles se sont
améliorées — est-ce que tous ces programmes-là ont le même rôle, hein? Est-ce que certains doivent être repensés? Est-ce
que certains doivent être améliorés?
Parce que la révision des programmes, ce n'est pas uniquement pour effectuer des coupures, c'est aussi pour se
dire : Bien, voilà, il y a des programmes dont on a davantage besoin qu'on pouvait avoir besoin il y a cinq ou
10 ans. Donc, il faut voir les choses aussi de façon assez ouverte.
Et moi, je
considère que, même, hein, sur les préoccupations qui sont les nôtres ce matin, hein, même sur
la lutte contre la pauvreté, nous
avons mis sur pied un ensemble de programmes qui peuvent parfois s'avérer excellents, qu'il faudrait
même améliorer, et d'autres peut-être qui ne sont plus aussi pertinents, aussi
efficaces qu'ils devraient le faire. Et,
quand les gens nous disent: Bien, voilà, moi, j'ai un peu peur, où est-ce qu'on
s'en va avec ça, etc.?, moi, je leur dis : Écoutez, posez-vous les
questions suivantes, c'est les questions que pose le premier ministre. Ces
programmes-là, à l'époque où ils ont été mis
en place, c'était pour atteindre quels objectifs? Est-ce que ces objectifs-là
sont encore pertinents aujourd'hui?
Est-ce que nous avons les bons moyens, avec les programmes que nous avons entre
les mains, pour atteindre ces objectifs? Parlez aux gens de cette façon
et vous allez voir que, hein, eux-mêmes vont se mettre à contribuer à la réflexion et vont perdre une partie, hein, de
leurs craintes, en disant : Bien, oui, moi, je suis impliqué dans un
programme, je connais très bien ce
que c'est, ça devrait même être amélioré, etc. Ils vont perdre, disons, la
peur, hein, ou... la gestion que l'on peut faire parfois d'un certain
statu quo au niveau des programmes. Donc, il faut le voir de façon positive.
On a fait beaucoup de choses, hein, ces
dernières années, mais il faut bien avouer qu'on a ajouté programme par-dessus programme, et parfois il y a même des
conflits entre ces programmes et des incohérences. Donc, je n'ai pas
vraiment la même crainte.
Et, je vous
rappelle, l'engagement, quand même, du gouvernement dans ce processus-là et
pendant son mandat, donc pas uniquement pendant ce processus mais
pendant son mandat, c'est de protéger les plus vulnérables.
Président (M. Cousineau) : Merci, M. le ministre. Il reste une
minute, M. le député de Rimouski, peut-être pour une question rapide.
LeBel : Ah! ça va peut-être être plus une observation. Moi, je pense
que, les gens, la population, ce qu'ils veulent savoir... Puis les gens qui travaillent à lutter contre la pauvreté...
Et, comme député, ça a été ma première révélation, c'est de voir le nombre de groupes puis le nombre de cas
de pauvreté qu'on peut voir dans un bureau de comté. Puis vous le savez, là, les députés, tout le monde le sait. Ce
que je pense que les gens veulent savoir par rapport à la commission de Mme Robillard, ce qu'ils veulent savoir du
ministre, c'est... ils veulent savoir que c'est le ministre qui décide, c'est
le ministre qui va regarder, qui va
décider si on touche à un programme ou pas, puis c'est le ministre qui va faire
respecter sa loi, puis c'est le
ministre qui va faire respecter les causes d'impact sur la pauvreté. Ce n'est
pas Mme Robillard et son équipe qui
vont prendre les décisions à la place du ministre et à la place des
parlementaires. C'est ce que les gens veulent savoir.
Président (M. Cousineau) : D'accord. Alors, ça termine le premier
bloc. Je suis prêt à reconnaître maintenant une intervention du côté
ministériel. M. le député de Jean-Lesage, je crois, vous avez
21 min 30 s.
M. Drolet :
Merci beaucoup, M. le Président. Bien, moi aussi, permettez-moi de saluer, naturellement,
l'ensemble des collègues et M. le
ministre, votre équipe et, naturellement, tout l'ensemble du ministère pour,
naturellement, cette étude des
crédits ce matin et une
partie de la journée. M. le Président, je suis très
heureux d'être porte-parole ce matin, comme
pour débuter, du groupe du gouvernement, pour le dossier, naturellement, de la
pauvreté et, naturellement, tout ce qui touche votre ministère avec
l'emploi et la solidarité.
Vous
comprendrez que le comté de Jean-Lesage fait partie, au Québec, de l'un des
comtés les plus bas en revenus moyens
per capita de la province. Vous comprendrez que c'est déjà très préoccupant à
cet effet-là. On est une dizaine de comtés
au Québec auxquels on fait face à des revenus moyens de 30 000 $ et
moins, et en fait
partie Hochelaga-Maisonneuve, les Îles-de-la-Madeleine, Jeanne-Mance, Labelle, Laurier-Dorion,
Laviolette, Matane, Mégantic, et, naturellement, Jean-Lesage fait
partie de cette catégorie-là, Côte-du-Sud et Gaspé.
Voyez-vous à quel point c'est important? C'est un constat que j'ai ici,
qui m'a été donné, et c'est assez significatif de la situation auquel certains
citoyens ont à vivre.
Vous comprendrez qu'en tant que bureau de comté,
dans un contexte comme celui-là, ce n'est pas toujours évident non plus, parce qu'on doit être très, très, très conscient de
cela, à l'écoute, naturellement, de tous ceux qui ont à vivre ces difficultés, parce que ça leur amène
certaines difficultés. Ça amène, naturellement, plusieurs organismes communautaires à être davantage impliqués à la
cause pour donner à ces gens-là, naturellement, le soutien qu'ils méritent d'avoir, dans
le contexte.
Alors, moi,
dans mon comté, il existe plusieurs organismes communautaires qui viennent en
aide à ces gens-là, puis, naturellement, notre équipe de bureau de comté, plusieurs, plusieurs fois par
semaine, rencontre des citoyens qui viennent,
naturellement, dénoncer leur situation, auxquels on a à faire
face, et avec laquelle tous les collègues, je suis sûr, de l'Assemblée nationale vivent à tous les jours dans leurs bureaux de
comté. Ce qui n'est pas souvent dénoncé, malheureusement, ce qui n'est pas souvent suivi du travail
exemplaire qui est fait par les équipes que nous avons pour donner de l'aide à
ces gens-là. Je pense que c'est vraiment
important. Malheureusement, ça, ce n'est pas assez important, souvent, pour
tous ceux qui
traitent de l'information, parce que je trouve que c'est des difficultés qu'on
a, dans peut-être les 10 comtés que je viens de vous
nommer, peut-être plus particulièrement à répondre.
Alors,
plusieurs organismes de terrain sont là. Moi, dans mon comté, j'ai plusieurs
organismes qui traitent des dossiers d'aide alimentaire, à
titre
d'exemple La Bouchée généreuse, auxquels, toutes les semaines, plus de plusieurs
centaines de familles viennent à l'aide
alimentaire. Et c'est quand on est impliqué et quand on voit vraiment... qu'on y va, pas uniquement en
période électorale. Parce que ça, c'est vraiment souvent ce qui nous
est reproché, mais qui est faux, on est
là régulièrement pour aller aider, pour aller comprendre, aller davantage
donner de nos ressources, aussi, personnelles.
Parce que
moi, je viens de cette industrie-là, alimentaire, alors, souvent, je donne des
conseils aux aides alimentaires pour
aller davantage se doter de moyens pour répondre de plus en plus à cela. Parce
qu'on comprend qu'aujourd'hui le marché
de l'alimentation a changé. Avant, il
y avait beaucoup
de magasins corporatifs... magasins, pardon, indépendants dans les grandes surfaces. Maintenant,
les grandes surfaces, c'est tous des magasins corporatifs, avec quoi, naturellement, le directeur de magasin a un
grand rôle à jouer pour, naturellement, rentabiliser davantage. Alors, l'aide
alimentaire qui, si chacune des
régions du Québec profitait par rapport à ces grandes surfaces là, souvent est
diminuée, parce qu'on sait qu'ils font le prêt-à-manger, ils utilisent beaucoup
le périssable dans ces cas-là. Alors, les aides alimentaires en ont souffert. Naturellement,
on le sait, Moisson Québec le dénonce régulièrement.
Alors, c'est
pour ça que, quand qu'on est là, on va dans toutes ces ressources-là. Moi, j'en
ai plusieurs dans mon comté, La
Bouchée généreuse, comme j'ai nommé tantôt, la Maison Agapè, le Relais de
l'espérance, le Centre de pédiatrie sociale,
auquel... c'est un autre aspect, mais qui est plutôt santé, mais qui fait...
que j'ai la chance d'avoir dans mon comté, mais qu'elle aide, qui
viennent soutenir les jeunes. Puis souvent, aussi, ça vient aussi par rapport à
des problèmes de nourriture, des problèmes
le matin, le déjeuner et tout ça, que malheureusement subissent ces jeunes enfants là. Et on a aussi tout le côté, naturellement... les popotes
volantes qu'on... Pour chacun de mes collègues qui ont la chance... Quand
je dis «la chance», c'est de
s'impliquer à aller sur le terrain pour voir, pour comprendre davantage ceux
qui ont les moyens limités pour s'approvisionner, naturellement, dans
leur contexte de vie de tous les jours.
Alors, M. le Président, c'est très préoccupant, très préoccupant, puis j'en suis très
conscient. Puis je suis très d'accord avec,
naturellement, tous ceux qui sont de près associés à cela. On a
un rôle... nous avons tous à nous investir pour aider les groupes communautaires. Par contre, certains
comtés, comme je viens de le dire, sont plus problématiques que d'autres.
Ce n'est pas, naturellement, le portrait de
tout l'ensemble du Québec, mais je suis, en tout cas, de ceux-là qui,
de terrain, le constatent.
Et il y a
aussi une affaire que je réalise, aussi : Il y a un défi aussi aux
organismes communautaires. Le but des organismes
communautaires est aussi de se regrouper, de se parler davantage pour tenter de
voir qui fait quoi exactement dans certains aspects. Parce que, souvent, ils se
dédoublent, et cela cause aussi certaines problématiques. Et, à ce moment-là,
ce n'est pas toujours évident, et ça, il
faut en parler avec chacun d'eux autres pour voir vraiment
que ça existe, ce contexte-là, aussi. Il faut être conscient de cela et
d'éviter de multiplier les services.
Alors, M. le Président, je pense que c'est...
voilà pourquoi que la pauvreté est importante pour moi et que la pauvreté est
une réalité avec laquelle nous devons faire face en tant que société. Le Québec
est heureusement bien positionné comparativement
à d'autres provinces et à d'autres États. Si on se compare à d'autres provinces
canadiennes, le Québec fait bonne
figure en étant l'une des provinces les plus égalitaires au Canada. Si on se
compare à l'international, le Québec
est également en bonne position face à plusieurs pays industrialisés. Ceci est
possible parce que nous avons trouvé
des façons de sortir les plus vulnérables du cycle de pauvreté et que nous
avons toujours favorisé le retour à l'emploi.
J'aimerais
savoir, M. le ministre, quels sont les meilleurs moyens, selon vous, de
sortir vraiment... et davantage aider le dossier de la
pauvreté.
Le Président (M. Cousineau) :
Merci, M. le député. M. le ministre.
Blais : Merci, M. le député. C'est une vaste question, hein, quand on y réfléchit bien. Quand on essaie
d'abord de
comprendre les causes de la pauvreté, vous avez des facteurs qui sont
endogènes, qui sont liés à la personne, à son réseau, à sa famille, à ce qu'il a eu ou ce qu'il n'a pas
reçu, son capital humain, l'éducation, l'accès ou pas à des soins de santé.
Vous avez des facteurs exogènes : l'économie,
les transferts qui sont disponibles
ou qui ne sont pas disponibles pour ces personnes-là. Donc, on peut travailler sur plusieurs de ces éléments-là,
et d'ailleurs il faut travailler sur l'ensemble de ces éléments-là pour
connaître des réussites.
Une réponse
courte, maintenant, ce serait de dire : Bien, pour la grande, grande
majorité de la population, c'est l'emploi,
hein? Pour 90 %, peut-être, de la population, avoir un emploi, c'est déjà
se sortir, hein... c'est s'éloigner quand même, en général, de la pauvreté. Mais il y a quand même des gens qui,
au Québec, aujourd'hui, travaillent, qui ont un emploi, parfois même à
temps complet, et qui ont de la difficulté à s'en sortir, parce que l'emploi
n'est peut-être pas suffisamment rémunéré.
Alors, ce que l'on sait, c'est que, hein, si
l'on met en place des mécanismes de transfert qui sont bien, disons, orientés vers ces personnes-là, on peut avoir un
certain succès. Alors, le succès, bien sûr, québécois, ça a été le crédit
d'impôt pour les familles, hein,
parce que sa mise en place a demandé beaucoup d'efforts, mais ça a permis quand
même d'avoir un impact très, très
important sur la pauvreté des familles au Québec, vous savez. Moi, je me
souviens très bien, encore une fois
quand j'étais étudiant, mes premiers cours de politiques sociales, et puis
c'était la grande préoccupation de l'époque, c'étaient les femmes monoparentales, chefs de famille, à l'aide sociale.
Il y en a encore, mais on a réussi à en sortir beaucoup.
Et comment on
l'a fait? Ce n'est pas nécessairement en augmentant l'aide sociale pour ces
personnes-là, mais c'est en mettant en place une politique de transfert
complémentaire de crédit d'impôt aux familles qui fait en sorte qu'au contraire on a
sorti le transfert de l'aide sociale. On a fait en sorte que, quel que soit le
statut, hein, lorsque vous avez une famille, vous devriez avoir droit à
une aide. Et, si vous êtes assisté social, vous avez l'aide, mais, si vous
choisissez le travail, vous continuez bien sûr à avoir l'aide, hein?
Et, bien sûr,
ça a été une façon intelligente de dire aux gens : Écoutez, on vous appuie
parce que vous avez des responsabilités familiales, mais, quels que
soient vos choix, hein, vous allez continuer à avoir cet appui-là. Donc, il n'y avait pas de... hein, on n'avait pas à choisir
entre une situation d'assisté social ou une situation de petit travailleur.
On pouvait aller au travail et continuer à
recevoir la prestation. Ça, c'est un élément, là, disons, intelligent auquel on
peut penser pour améliorer la situation des plus démunis.
Et on a une
réussite qui est quand même intéressante, hein, et je pense que ça nous indique
un peu dans quelle direction il faut
aller : l'emploi, l'emploi, l'emploi, et, pour soutenir l'emploi, bien
sûr, avoir des politiques de transfert intelligent qui font en sorte que
ceux qui choisissent le travail vont voir leur sort amélioré.
Et ça me
rappelle un peu, hein... Quand on regarde un peu l'histoire des politiques
sociales, une des premières politiques
sociales, ça a été les allocations familiales. Au XIXe siècle, on retrouve
des allocations familiales, je pense, sous
Bismarck. Et la question qu'on se posait à l'époque, c'est : Est-ce que
c'est au patron de payer pour les allocations familiales, hein? On s'est rendu compte rapidement que, si on demandait
au patron de payer pour les allocations familiales, ceux, comme moi, qui ont plusieurs enfants ne
seraient peut-être pas choisis par les employeurs et que ce serait plutôt,
hein, ceux qui ont le moins d'enfants
possible qui seraient choisis par les employeurs. Et on a eu l'idée
intelligente de dire : Bien non,
c'est une responsabilité sociale de mettre sur pied les allocations familiales.
Ça sera payé par l'État, ce qui fait que
tout le monde sera au même niveau lorsqu'il rencontrera leur employeur et ne
demandera pas de payer aussi pour la situation des enfants. Donc, déjà à
l'époque, on avait eu l'idée, disons, intelligente qu'on ne devait pas demander
aux employeurs, hein, de compenser pour le fardeau familial, que c'était une
affaire d'État.
On peut aller
dans cette direction-là dans différents domaines, toujours en se posant la
question, lorsque l'on pose un geste
pour aider les gens, hein — c'est la question fondamentale de toute politique sociale :
Est-ce qu'on les enferme dans un
statut de demandeur ou on leur donne, hein, une canne à pêche pour poursuivre
leur chemin par eux-mêmes, hein? C'est le grand dilemme de toute forme
de politique sociale.
Le Président (M. Cousineau) :
Merci, M. le ministre. M. le député de Jean-Lesage.
M. Drolet :
Bien, écoutez, oui, M. le Président, merci. M. le ministre, il est évident que,
naturellement, tout est mis en
oeuvre... on tente, le ministère tente de mettre en oeuvre, naturellement, les
meilleurs moyens, les meilleures pratiques pour être en mesure de faire
le tour et d'aider davantage. Mais, vous savez, c'est toujours un peu la
responsabilité du gouvernement. Puis, moi,
bien, c'est sûr que, ce matin, j'interviens là-dessus pour revenir sur mes
propos de tout à l'heure, quand je mentionnais que les aides alimentaires et
tout ce qui fait foi, naturellement, des besoins de tous les jours des gens... Mais vous avez, tantôt, parlé aussi, naturellement, de la rigueur, aussi
le patronat, et tout ça. Et je suis sensible que ça se crée aussi... on corrige la pauvreté par,
naturellement, l'employabilité et, naturellement, aussi que les employeurs
aussi fassent leur travail, qu'il y
ait davantage d'écoute, par rapport aux employeurs, pour être en mesure, ceux
qui sont aptes au travail, d'être le
plus vigilants possible pour leur donner cette chance-là. Parce que, souvent,
c'est cette petite chance là que ça
prend à ces gens-là, qui en ont besoin, d'aller plus loin. On le sait qu'il y
en a qui ne seront pas capables d'aller plus loin, pour des raisons de santé ou pour différentes raisons. Mais
d'autres, par contre, quand on leur donne la chance par des moyens que le ministère a et par les
moyens que nous, on peut aussi, comme députés, donner à ces gens-là, souvent,
on peut aller plus loin, et c'est là la
fierté d'être capables d'aller chercher un salaire, d'être capables d'aller
chercher... de se sortir de cette difficulté-là, temporaire, souvent,
qu'ils ont.
Alors, ça,
davantage... Parce que j'aimerais que vous m'en parliez davantage, M. le ministre, si cette action-là est, pour vous, préoccupante et si
d'ailleurs vous allez donner plus d'actions à ça, en fin de compte.
Le Président (M. Cousineau) :
En passant par le président. M. le ministre.
M. Drolet : Excusez, M. le
Président.
M. Blais : À l'endroit des
employeurs? On se comprend bien, là, oui?
M. Drolet : Oui, c'est ça, mais, tu sais, donner, en fait,
une ressource davantage pour être en mesure d'écouter. Parce qu'on dit...
Excusez-moi, M. le Président, mais je reviens... Je suis porte-parole des petites,
moyennes, grandes entreprises, et, souvent,
mon défaut est de revenir là-dessus. Mais c'est souvent l'employeur aussi qui
doit faire un travail. L'employeur
doit aussi se donner une responsabilité à bien des niveaux, et autant même pour
l'immigration, parce que moi, j'ai un
comté où on parle de pauvreté, mais on parle d'intégration de l'immigration
aussi, qui est un autre défi. Alors, j'invite davantage les employeurs à
être à l'écoute de ça.
Mais il faut
aussi leur donner des moyens, peut-être, et d'avoir... quand je dis, moi, de
faciliter... en tant que PME, quand
qu'on dit que, des fois, pour les PME, il faut leur donner un numéro unique
pour être en mesure de, souvent avec la paperasse gouvernementale, se donner des moyens d'avoir de l'information...
C'est une grosse faiblesse que l'on a, la réglementation, pour les entreprises. Alors, pour ça aussi, ça serait
peut-être le fun que le ministère pense à donner aux employeurs une accessibilité, puis d'être capable
d'échanger avec eux pour voir à quel point on pourrait faire des efforts
là-dessus. Puis c'est un petit peu là-dessus
que... c'est une suggestion, M. le Président, en même temps, mais en même
temps, peut-être, une réponse que j'aimerais avoir du ministre là-dessus.
Président (M. Cousineau) : Oui, M. le ministre.
Blais : Non, M. le Président, je comprends bien la question, là. C'est
évident que le ministère est en appui, là,
à tous les employeurs, notamment en région, hein, beaucoup en région, là. Tous ceux
qui veulent démarrer des petites entreprises
et qui ont besoin de conseils, ne serait-ce que, parfois, dans la gestion des
ressources humaines, hein? Démarrer une
petite entreprise, ce n'est pas évident de comprendre, hein, à faire face à la
paperasserie, etc. Donc, le ministère est en appui dans toutes les
régions, hein, pour appuyer les employeurs.
Il faut comprendre
aussi que les employeurs ont leurs propres contraintes, et vous savez, on le
sait très bien, c'est-à-dire que les
employeurs sont actifs sur un marché, et ils peuvent... on peut leur demander
d'augmenter la rémunération pour
régler la question de la pauvreté, mais malheureusement, sur certains marchés,
augmenter la rémunération, c'est tout simplement impossible et c'est
tuer l'emploi.
Donc,
les employeurs nous demandent de l'aide à deux niveaux, hein? Et c'est ce que
nous, on essaie de faire, au ministère. Tout d'abord, ils ont besoin
d'information pour le démarrage en entreprise, ils ont besoin de trouver leur main-d'oeuvre. Ce n'est pas toujours facile, hein?
Il faut parler de ça aussi, même en région, où il y a des taux de chômage
parfois élevés. Le chômage est élevé, mais
on n'a pas nécessairement à portée de main une main-d'oeuvre qui est un peu
plus qualifiée, un peu plus spécialisée. Et
donc on doit aussi aider les employeurs à trouver leur main-d'oeuvre, et
parfois, là, ce n'est pas toujours facile, même dans les régions où il y
a beaucoup de chômage.
finalement on nous demande, hein, les employeurs nous demandent de ne pas prendre
toutes les responsabilités sociales
sur leurs épaules. Déjà, ils ont une responsabilité, hein, c'est de faire vivre
une entreprise, de rémunérer le mieux possible leurs employés. Ils ont
des charges sociales à payer, mais ils nous demandent aussi de les aider.
Prenez
le cas, par exemple, des personnes qui ont un handicap. Ces personnes-là... Par
définition, si vous avez un handicap,
bien, votre capacité productive n'est pas la même, disons, hein? Elle est
diminuée, elle est handicapée, donc il
faut trouver des façons. Les employeurs nous disent : Nous, on est prêts à
faire quelque chose, on aimerait en embaucher, mais aidez-nous en amont,
dans la formation, ou encore aidez-nous en subventionnant une
partie de leurs
salaires.
y a des demandes pour ça qui sont des demandes tout à fait raisonnables, puis
on a des programmes pour appuyer les
employeurs dans cette direction-là. Les employeurs ne peuvent pas tout prendre
sur leurs épaules, et, à vrai dire, on ne se rendrait pas service, probablement, comme société, si on leur en
mettait trop sur les épaules. Je ne suis pas certain que, du point de
vue de l'efficacité, on serait gagnant, là, à la fin du processus.
Le Président (M.
Cousineau) : Merci, M. le ministre. M. le député de
Jean-Lesage.
Drolet : Merci, M. le Président. Bien, écoutez, on sait, M. le
ministre, que le ministère aura un défi de taille avec, naturellement, l'exercice budgétaire qu'on
va avoir à faire dans les prochaines
semaines. On sait que le ministre
a déposé déjà, notre ministre
du Conseil du trésor naturellement, le budget, et tout cela. Vous allez avoir un défi, un
contrôle efficace aussi, avec, naturellement, votre compression, qui risque peut-être d'arriver aussi à votre ministère,
comme ailleurs, et les indexations qui vont faire fi aussi.
Alors,
un gros défi nous attend, vous attend. Puis en même temps on est aussi
conscients que, le travail, encore, il
en reste beaucoup à faire. Vous avez une expérience personnelle — puis
j'en suis très fier — comme
doyen à l'Université Laval et
vous avez été très sensible à ça dans votre travail du passé, par la recherche
et tout ça. Vous avez quand même,
je pense, su bien mettre à profit cette force-là.
Mais,
malgré les efforts qui sont faits, malgré déjà des bonnes mesures, des
bonnes pratiques... Parce qu'on sait
que, malgré la pauvreté, malgré la
difficulté, on sait aussi, des fois, malgré ça, ça prend quand même un
contrôle, ça prend quand même, de
votre part, le ministère, des vérifications plus solides pour être en mesure de
bien savoir si les sommes investies
sont aux bons endroits, et le donner naturellement à la personne qui en a
vraiment besoin, le plus possible, si vous
voulez, ce qui en est. Parce qu'on sait que, malgré tout, il y en a, des fois,
qui font des choses... On n'aime pas parler de ça, parce qu'il faut être, en tant que député... On essaie toujours
de faire attention à nos propos, mais il faut être conscient que, comme dans toute autre situation, il y a
aussi des gens qui abusent et il faut aussi être en mesure de bien contrôler
cet aspect-là. Et j'espère que, ce côté-là... oui, je pense qu'à date vous avez
fait des bonnes pratiques pour améliorer davantage, vous avez investi
là-dessus.
M. le ministre, lors du premier Conseil des ministres, M. Couillard a annoncé
que l'ensemble des ministères et
organismes devraient faire leur part pour atteindre l'équilibre budgétaire.
L'objectif que nous voulons atteindre est le retour à l'équilibre budgétaire en 2015-2016. Dans la présentation du dernier
budget, vous avez dû faire des choix parfois difficiles. Vous êtes tout de même arrivé à conserver le filet de
sécurité sociale dont bénéficient de façon importante les personnes les plus vulnérables du Québec. Quelles
ont été vos principales préoccupations lors de cet exercice? Pouvez-vous
nous parler plus précisément de l'importance de... vous, d'indexer le programme
d'assistance sociale?
Président (M. Cousineau) : Merci, M. le député de Jean-Lesage. Passez toujours par le président. M. le ministre.
M. Blais :
Merci, M. le Président.
Une voix :
J'ai juste regardé...
Le Président (M.
Cousineau) : ...M. le Président, j'aimerais demander au ministre...
M. Drolet : O.K., O.K., O.K.
Excusez-moi, M. le Président.
M. Blais : Écoutez,
l'indexation de l'aide sociale, ça doit coûter au gouvernement du Québec à peu
près 50 millions de dollars par
année. Il y avait aussi des indexations, prévues pour les
personnes seules, qui avaient été prévues par l'ancien gouvernement. Et, malgré qu'on n'a pas trouvé les crédits nécessairement
pour ces indexations-là, on a décidé de les maintenir.
Pour comprendre, je pense que la population
comprend très bien que l'aide sociale, c'est un revenu minimum garanti de
dernier recours, hein? Donc, ça doit pallier à des situations les plus
extrêmes, parce qu'on espère toujours qu'il
y a d'autres mesures, là, qui vont permettre à quelqu'un de se maintenir à
l'emploi, de retrouver son emploi. Mais, lorsque c'est impossible, hein,
l'aide sociale est une forme de filet, hein, le dernier filet.
Donc, on peut
prendre le problème de différentes façons. On aurait pu dire : Écoutez,
quand ça a été bien, ça a été bien
pour tout le monde, et on a remis de l'argent, etc., dans les programmes. Quand
ça va moins bien, on fera un effort, tout le monde ensemble. Ça n'a pas
été notre approche. J'ai demandé au ministère d'abord de faire un effort du
côté administratif. J'ai demandé aussi au
ministère de regarder si on pouvait améliorer certains contrôles, hein, pour
faire des économies, pour protéger
l'intégrité, là, hein, du programme lui-même, parce que c'est vraiment une
question d'intégrité du programme. Et on a évalué que c'était possible,
nécessaire, même, hein, de maintenir l'indexation.
Il faut bien comprendre que, quand vous êtes à
l'aide sociale, selon votre statut de ménage, vous êtes à — les chiffres exacts, je pourrais vous les donner — 55 %, 60 %, selon la mesure que
vous allez prendre, les mesures de panier de consommation, donc 55 %, 60 %, 65 %, ça peut aller
jusqu'à 75 % des mesures du panier de biens de consommation, qui est la métrique que l'on utilise au Québec,
maintenant, pour mesurer un petit peu la pauvreté. Donc, ce n'est pas beaucoup.
Alors, on
pourrait dire : Bien, réglons le problème, il faut augmenter l'aide
sociale de 25 %, 30 % ou 40 %, puis on aura réglé le problème de la pauvreté. Mais on
sait bien que le programme d'aide sociale n'a pas été fait pour ça. C'est
un revenu minimum garanti de dernier
recours. Sa limite, c'est qu'il est toujours en concurrence avec le salaire
minimum, hein, on veut... on va faire
en sorte qu'il y ait, hein, une pression, disons, correcte entre ce que l'on reconnaît comme un
droit, hein, à se... oui, mais aussi la
volonté que l'on a que le plus grand nombre choisisse quand même
le travail et soit appuyé par des mesures qui encouragent le travail.
Président (M. Cousineau) : Merci, M. le ministre. C'est tout pour ce 21 min 30 s.
Je vais passer maintenant à un intervenant... un député du deuxième groupe d'opposition. Alors, est-ce
que je reconnais... M. le député de Groulx?
Le Président (M. Cousineau) :
M. le député de Groulx, pour 18 minutes.
Surprenant : Alors, M. le Président, en vertu de la
Loi sur l'administration publique, le ministère... le ministre de l'Emploi... le ministère,
pardon, de l'Emploi et de la Solidarité sociale doit établir des objectifs dans
son plan stratégique et mesurer ses performances à partir d'indicateurs et de
cibles de résultat précis. Alors, selon les propos introductifs du ministre, je
comprends que celui-ci songe à aller en commission itinérante et procéder à des
consultations, mais je suis certain, vu le contexte économicosocial,
qu'il comprenne le besoin d'agir maintenant et non... Et nous en préciserons
d'ailleurs des faits dans nos questions suivantes.
Alors,
très brièvement, M. le Président, quels sont... J'aimerais que le ministre
m'indique quels sont les trois principaux objectifs de son ministère et comment mesure-t-il sa performance par
rapport à ceux-ci. Et quels résultats concrets vise-t-il pour les années
2014-2015 et 2015-2016?
Le Président (M. Cousineau) :
Merci, M. le député. M. le ministre.
Blais : Je pourrais peut-être ravoir, s'il vous plaît, M. le
Président, le dernier élément de la question, si vous pouvez le répéter.
Le Président (M. Cousineau) :
M. le député de Groulx, dernier élément de votre question, s'il vous plaît.
M. Surprenant : Quels résultats
concrets... Ou la question... le paragraphe au complet, peut-être?
M. Blais : Non, non, la dernière
partie, s'il vous plaît.
Surprenant : D'accord. Alors, quels résultats concrets visez-vous pour
les années 2014-2015 et 2015-2016?
Le Président (M. Cousineau) :
M. le ministre.
Blais : Écoutez,
moi, M. le Président, j'ai décidé de me présenter en politique...
Nous avons tous nos raisons personnelles,
ce qui nous interpelle, et l'une des préoccupations que j'avais, hein, c'était de voir est-ce que
vraiment le Québec peut continuer dans cette situation
où nous en sommes, en train d'endetter les générations futures. Donc, je pense rejoindre,
là, une des préoccupations du député, là, en disant qu'il me semblait que
nous devions à la fois, hein, protéger les
plus démunis de notre époque et nous assurer que ceux qui viendront après nous
pourront aussi faire de même, hein?
Donc, ma
vision des choses par rapport au ministère, hein, elle est double. D'abord,
j'ai reçu le mandat explicite du premier ministre de travailler à
l'adéquation main-d'oeuvre et emploi. C'est un des grands défis, hein, de notre
époque, au Québec, tout simplement parce qu'on s'en va vers des situations d'employabilité
assez élevée. Si vous diminuez le
nombre de chômeurs disponibles, il
faut vous assurer que ceux qui sont
là, hein, qui sont peu nombreux, soient les mieux formés possible pour occuper les emplois, hein? Parce que,
lorsque vous avez un bassin qui est assez grand, vos chances que les personnes soient qualifiées, etc., sont
plus élevées que quand votre bassin, il est plus faible, hein? Donc, on a cette
préoccupation, au gouvernement, d'améliorer — mais en parlera cet
après-midi, je crois, là, hein? — l'adéquation la formation emploi—main-d'oeuvre.
Parce que
notre richesse collective va dépendre en
partie de ça, hein? Votre PIB, il
augmente si vous avez beaucoup de
travailleurs. Alors, comme on sait que ça sera assez stable à ce niveau-là, que
les emplois seront remplacés, la seule façon
d'augmenter votre PIB, ou bien c'est des investissements dans le capital ou des
investissements dans le capital humain, des personnes, hein, augmenter leur productivité ou augmenter leurs
qualifications pour leur employabilité. Donc, ça, c'est le premier objectif que le premier ministre m'a
légué, hein, c'est de m'assurer, bien sûr avec les partenaires marché du
travail, bien sûr avec le ministère de
l'Éducation, avec les commissions scolaires, de faire en sorte que les
Québécois soient les mieux qualifiés
possible, hein, les mieux outillés pour occuper les emplois qui vont venir dans
les prochaines années.
Le deuxième
objectif, hein, que le premier ministre m'a demandé de respecter — il compte sur moi — dans les transitions, donc, qu'on aura à vivre dans les prochaines années, c'est
de protéger aussi les plus vulnérables. La façon de les protéger, quand c'est possible, c'est de faire
en sorte qu'eux aussi soient qualifiés, ou c'est de mettre en place, hein,
des mesures sociales qui protègent leurs
revenus nets ou, encore une fois, qui leur permettent d'occuper des emplois,
même des emplois faiblement rémunérés, mais qui ont une valeur pour la
société puis qui ont une valeur pour eux-mêmes.
Alors, je vous dirais que c'est les deux
préoccupations que j'aurai, là, au cours de mon mandat.
Le Président (M. Cousineau) :
Merci, M. le ministre. M. le député de Groulx.
Surprenant : Merci. Alors, afin de bien comprendre, M. le Président,
l'évolution des dépenses de l'État et d'assurer une comparabilité de
celles-ci, êtes-vous en mesure de nous fournir les dépenses consolidées 2012-2013
de l'ensemble de votre ministère
et son taux de croissance, les dépenses consolidées probables pour 2013-2014
et également son taux de croissance, ainsi que les dépenses
consolidées prévues pour 2014-2015 et aussi, ici, son taux de croissance?
Le Président (M. Cousineau) :
Merci, M. le député. M. le ministre.
Blais : Alors, il y a
une question un
petit peu plus technique. Je vais peut-être
demander au sous-ministre de...
Le Président (M. Cousineau) :
Oui. Ça me prend un consentement.
M. Blais : Oui. Mais avant, M. le
Président, peut-être me donner un peu...
Le Président (M. Cousineau) :
Allez-y, M. le ministre. La parole est à vous.
Blais : ...donner un petit peu un... bon, de donner un alignement, là, général, hein? Vous comprenez qu'il y a une
partie des crédits, là, qui
ne m'appartiennent pas mais qui appartiennent au gouvernement précédent, mais
on va essayer de répondre à la question.
Mais, cette
année, il faut bien comprendre que, oui, il y a eu une... je l'ai
mentionné dans mon discours d'introduction,
il y a eu une augmentation du budget. Mais c'est lié, bien sûr, à des nouvelles responsabilités. Nous avons intégré, là, Services Québec dans le périmètre budgétaire,
cette année, du ministère. C'est une annonce qui était faite depuis longtemps. Le but de cette intégration-là, c'est
d'éventuellement faire des économies, parce que nous sommes partout sur le territoire à offrir des services, et
c'était, disons, un mariage naturel que Services Québec se joigne à nous. Mais
bien sûr ça a un impact sur le budget du ministère.
Je vais laisser le sous-ministre répondre aux
autres éléments de la question.
Président (M. Cousineau) : Oui. Alors, ça me prend un
consentement pour permettre au sous-ministre de répondre. Ça va pour le consentement. Alors, pour les fins
d'enregistrement, s'il vous plaît, vous donnez votre nom ainsi que votre
titre, et puis on vous laisse répondre.
M. Matte
(Bernard J.) : Oui, M. le
Président. Merci. Bernard Matte. Je suis sous-ministre à l'Emploi au ministère
de l'Emploi et de la Solidarité
Alors, pour
répondre le plus brièvement possible aussi à la question, et le plus justement,
c'est évident qu'on est dans un
processus de fusion d'un ministère avec une organisation qui avait sa
comptabilité propre. Alors, dans le cadre de ces travaux de fusion là, ça fait que les données sont difficilement
comparables d'une année par rapport à l'autre. Donc, on doit faire des
ajustements pour être bien certain de retrouver...
Un exemple de
ça, dépendamment si on le prend sur la dépense probable ou sur budget à budget,
par exemple les dépenses
administratives du fait de la fusion, si on le prend par rapport à la dépense
probable, c'est une augmentation de
11 millions, mais, quand on le regarde budget à budget des deux, c'est une
diminution de 11 millions dans les dépenses administratives du ministère. Donc, c'est sûr qu'on est présentement
dans un travail d'optimisation de ces services-là. On a encore des bureaux qui se dédoublent sur le
territoire. Services Québec, Emploi-Québec, il y aura un certain aménagement
à faire de ça.
Essentiellement,
le gros des variations, il y a des plus et il y a des moins. On l'a mentionné
tout à l'heure, par exemple, l'indexation,
ajustement de clientèle, bonification pour les personnes seules, c'est un ajout
de 60 millions au budget
d'intervention du ministère. À l'inverse, certaines autres dépenses, par
exemple l'entente Canada-Québec sur le marché
du travail, le fait que le ministère... pas le ministère, le Québec a connu une
meilleure performance, bien, ça se traduit
par une diminution de la répartition des fonds fédéraux pour l'aide à l'emploi.
Alors, bon, quand on fait le calcul des
plus et des moins, là, au total, par rapport à la dépense probable, c'est une
variation de 29 millions à la baisse par rapport à l'ensemble.
Le Président (M.
Cousineau) : Merci, M. Matte. M. le député de Groulx.
Surprenant : Merci. Alors, écoutez, ça nous en dit peu, quand même. Et
puis est-ce qu'on pourrait avoir un moment
où vous prévoyez qu'on pourrait obtenir ces informations de façon bien
concrète? Donc, vous estimez à combien de temps encore le temps que ça
peut vous prendre pour en arriver à des tableaux précis?
Le Président (M.
Cousineau) : M. Matte.
M. Matte (Bernard J.) : Bien, on a le dépôt de... Je pense qu'on vous a
fait parvenir lundi, je ne sais pas si tout le monde, M. le Président... ça a été distribué à tout le monde, ça
s'appelle le Cahier explicatif des budgets de dépenses . Normalement, nous, le ministère, on rend
disponible par l'entremise de la commission. Alors, c'est peut-être serré,
compte tenu des journées de vacances, mais vous avez le détail de ça dans ce
cahier-là, qu'on rend public, M. le Président.
Le Président (M.
Cousineau) : Merci, M. Matte. M. le député de Groulx.
Surprenant : Écoutez, on en prendra connaissance.
Alors, maintenant,
une question plus précise au niveau des logements sociaux. Alors, il en était
question dans le discours du budget, là, à
la page 30. Donc, M. le Président, le budget annonce la création de 3 000
nouveaux logements sociaux, ce qui
est d'ailleurs 250 de moins que le budget de M. Marceau. Ça n'a pas été
spécifié lors du discours sur le budget,
mais seulement deux cinquièmes de ces logements seront construits d'ici 2018.
Alors, est-ce que... donc, 106,5 millions en 2018-2009 et 144, près de 145 millions après, alors pour
251 millions au total. Alors, on en déduit qu'alors environ 1 733 logements sont prévus pour le deuxième
mandat anticipé, peut-être, alors donc 1 267 pour le premier. Alors,
pourquoi ne pas l'avoir spécifié lors
du discours, quand le gouvernement savait très bien que la majorité des
Québécois ne s'attardent pas aux détails et à la complexité du plan
budgétaire?
Alors, est-ce que le
ministre peut nous dire maintenant si les 500 unités promises à la clientèle
itinérante ou à risque seront construites dans le deuxième lot prévu?
Le Président (M.
Cousineau) : M. le ministre.
Blais : M. le Président, vous comprenez que c'est un peu difficile
pour moi de répondre à cette question, je ne suis pas responsable de ce programme-là, c'est le ministre des Affaires
municipales et du Développement du territoire, là, le MAMROT, là, qui est responsable du programme.
Donc, je pense que ce serait préférable que ce soit lui qui soit interpellé
directement.
Le Président (M.
Cousineau) : Merci, M. le ministre. M. le député de Groulx.
Le Président (M.
Cousineau) : M. le député de Groulx.
Surprenant : Nous l'interpellerons à ce moment-là.
Écoutez...
Juste un instant... Désolé. Alors, M. le Président, le ministre des Finances a
confirmé supporter la hausse des
tarifs d'électricité de 4,3 % annoncée avant le budget, ce qui amène le
total à environ 7 % au cours des 18 derniers mois. Dans mon comté, celui de Groulx, on reçoit
de plus en plus de demandes d'aide à négocier avec Hydro-Québec afin de ne pas se faire couper l'électricité.
Alors, on nous confirme, chez Hydro, qu'il y a eu une croissance récente de
35 % des cas problématiques, et cela donc avant l'impact de la récente
hausse de 4,5 %.
la page 18 du discours du budget, le gouvernement indique, et je
cite : «Pour ce qui est [...] du prix de l'électricité aux consommateurs,
la commission sur la fiscalité examinera la possibilité de protéger les ménages
à faible revenu contre des hausses de prix.»
Or, au-delà du fait que cet énoncé puisse laisser entendre qu'il y aura
d'autres hausses de prix, pouvez-vous
nous indiquer ce qui sera rapidement fait pour venir en aide aux plus démunis,
car on comprend bien qu'ils n'ont pas les moyens d'attendre un éventuel
rapport de commission?
Le Président (M.
Cousineau) : Merci, M. le député. M. le ministre.
M. Blais :
Oui. Combien de temps, M. le Président?
Le Président (M. Cousineau) :
On a 12 minutes de faites. Il reste six minutes au bloc.
Blais : Oui. Très bien. Peut-être essayer de donner, peut-être, un
point de vue général pour répondre à la question,
hein? Moi, je fais
partie d'une école de pensée, et je pense que mon parti fait
partie de la même école de pensée, hein,
qu'il faut toujours distinguer les tarifs et les taxes et que les tarifs ont
une certaine utilité, hein, peuvent envoyer des messages. On a un certain contrôle, pas complet, mais on a un certain
contrôle sur les tarifs. On n'a pas de contrôle sur l'impôt et sur les taxes, ça nous est imposé.
Donc, je veux faire... C'est important de faire cette distinction-là, je crois,
parce que c'est un enjeu, là, disons, je pense, assez important pour l'avenir.
faut comprendre aussi qu'au niveau des tarifs d'hydroélectricité nous avons les
tarifs à peu près les plus faibles au
Canada, et que nous avons gelé ces tarifs-là pendant plusieurs années, et que,
donc, nous sommes tous aujourd'hui bénéficiaires
de... hein, nous tous, ici, qui consommons l'électricité, nous sommes
bénéficiaires de ces gels de tarification, l'hydroélectricité.
pense que la décision du gouvernement — et je pense que c'est une décision
judicieuse — c'est de
dépolitiser, hein, certains de ces
enjeux-là pour s'assurer que les Québécois paient, bien sûr, un excellent
tarif, mais en même temps qu'ils
paient, si possible, le juste prix. Et les Québécois et les entreprises feront
les choix qui s'imposent par la suite, hein? Nous pouvons tous... Nous avons tous un certain contrôle, pas absolu,
mais nous avons un certain contrôle sur la consommation, hein, de l'énergie. Et, à une époque où les enjeux
environnementaux sont importants, hein, on ne doit pas hésiter parfois à
ce que les tarifs puissent augmenter, donc en respectant la capacité de payer
des contribuables, mais puissent augmenter
pour tenir compte aussi, hein, des enjeux, des besoins... des enjeux environnementaux
et en tenant compte que les citoyens
peuvent faire des choix par rapport à certains tarifs. Je comprends qu'on a
tous besoin de chauffer notre maison
cet hiver, hein, mais on peut décider de la chauffer à 22°, à 23° ou à 21°,
c'est un choix que l'on peut faire.
Maintenant,
pour répondre à la question qui est posée, puis c'est une excellente question,
lorsque l'on va vers la trajectoire de faire payer aux citoyens un juste
prix et que l'on dépolitise une
partie des tarifs, des allocations ou des tarifs, vient la question de la capacité de payer
des plus démunis. Et ça tombe bien parce que le mandat de la commission
sur la fiscalité — et
moi, j'ai été le premier agréablement surpris de ça, parce que je le désirais — le
mandat pose exactement cette question : Comment, hein, nous pouvons faire en sorte...
par quel outil nous pouvons faire en sorte que, si nous jouons, hein, sur des tarifs, et peut-être
que demain ce sera les tarifs environnementaux, parce
qu'on a des défis environnementaux extrêmement importants sur cette planète... Comment nous ferons en
sorte, hein, que les plus démunis ne soient pas affectés négativement
par ce type d'outil, là, microéconomique?
Nous
avons, au Québec, un crédit
d'impôt pour la solidarité qui a
montré des résultats positifs. Moi-même, en arrivant au ministère, j'étais un peu
dubitatif. Je me posais la question si le crédit
d'impôt pour la solidarité
réussissait à rejoindre un grand
nombre de prestataires de l'aide sociale. Et j'ai vu, dans les documents qu'on m'a apportés, qu'aujourd'hui
il y a presque 90 % des prestataires de
l'aide sociale — c'est
bien ça, M. le sous-ministre? — 90 % qui, hein, ont accès à ce crédit d'impôt là. C'est donc dire que la
fiscalisation, hein, de nos mécanismes de transfert a progressé beaucoup plus
vite que moi, je ne pouvais le penser, hein?
Et il faut continuer dans cette voie-là. Et on a un moyen, par le crédit
d'impôt, de faire des paiements
préalables, etc., pour éviter les chocs tarifaires qui vous préoccupent,
d'ailleurs, autant que moi.
Le Président (M.
Cousineau) : Merci, M. le ministre. M. le député de Groulx, il
reste deux minutes au bloc.
Surprenant : Bon. Alors, rapidement, pour revenir encore sur ces
tarifs, quand vous dites que les citoyens peuvent faire des choix, ça ne me semble pas un énoncé qui est réaliste.
Quand on dit que des gens ont des revenus de 10 000 $ par année puis que 80 % de ça vont à leur
logement, il leur reste 2 000 $ pour payer pour leurs aliments et
autres, je ne pense pas que les gens peuvent faire des choix, moi, M. le
ministre. Alors, voilà pour ça.
Maintenant, j'ai une
autre question, au niveau de mesures d'aide financière. Dans le document Budget
et dépenses — Plans
annuels de gestion des dépenses , à la page 70, il est question d'une
diminution de 63 millions au programme,
donc, des dépenses, n° 2, qui sont des mesures d'aide financière, alors
donc ce qui est écrit dans le plan, alors : Notamment en raison d'une baisse prévue de la clientèle à l'aide
financière de dernier recours. Alors, comment parvenez-vous à faire une
telle prévision?
Le Président (M.
Cousineau) : M. le ministre, une minute.
Blais : Bien, écoutez,
moi, je vais peut-être revenir sur une première affirmation, là, qui a
précédé la question parce qu'elle m'apparaît assez importante, hein?
Notre capacité de choisir, hein, moi, je pense qu'il ne faut pas la limiter.
Et le député a tout à fait raison, lorsque
vous vivez, hein, avec un revenu extrêmement faible, dans un petit logement mal
chauffé, je comprends bien que notre
capacité de faire des choix est assez limitée, d'autant plus qu'on n'a pas
réussi à se trouver un autre endroit
et que, hein, le chauffage est déjà mis à 18° l'hiver, hein? Moi, je comprends
très bien ça. Mais ça s'adonne,
heureusement d'ailleurs, que la majorité des Québécois ne vivent pas dans cette
situation-là. Alors, moi, je connais
des gens, hein, qui ont un chalet, qui ont une maison, qui font hiverner leur
chalet. C'est tellement beau, le Québec, l'hiver, hein, donc c'est tellement beau qu'ils font hiverner leur
chalet, ils paient la facture d'électricité. Alors, c'est bien connu, c'est bien connu que la consommation
d'énergie est liée au revenu des personnes, et plus votre revenu est élevé,
plus, en général, vous consommez d'énergie.
Donc, s'il y a des possibilités, elles sont à ce niveau-là. Je n'ai jamais
voulu dire, M. le Président, qu'il y
avait une possibilité pour des prestataires à l'aide sociale, hein, de diminuer
leur consommation. C'est la raison pour laquelle on a besoin d'un crédit
d'impôt pour solidarité.
Président (M. Cousineau) : Merci, M. le ministre. Alors, je
dois maintenant passer à un intervenant du côté du parti ministériel. Alors, je suis prêt à reconnaître, pour les
21 min 30 s suivantes... je commencerais par le député de
Jean-Lesage.
Le Président (M.
Cousineau) : Non, non, écoutez...
Drolet : Merci, M. le Président. Encore une fois, permettez-moi
d'intervenir, et surtout de peut-être... de revenir sur ma dernière position, tout à l'heure, avec ma
dernière intervention, et d'interroger le ministre, M. le Président, avec
les conformités auxquelles votre ministère aura mis en oeuvre, avec ce que le
ministère a déjà de fait, et ce que vous pensez pouvoir ajouter dans les
mesures de conformité.
Alors,
M. le ministre, dans une optique de gestion rigoureuse de fonds publics, des
activités de conformité et de lutte à
la fraude contre l'État et le ministère que vous représentez sont d'une
importance capitale, notamment en raison de la taille du budget dédié à l'aide financière de dernier recours. Que
ce soit par des vérifications ou des enquêtes, Emploi-Québec doit s'assurer que tous les dossiers sont conformes. Je
pense également à des réseaux beaucoup plus gros qui peuvent profiter du système sur le dos des plus vulnérables de notre
société, ou encore des stratagèmes plus complexes que certains peuvent
organiser à leur avantage.
Quelle importance
pour vous d'établir un contrôle sur les sommes versées aux prestataires, M. le
ministre?
Président (M. Cousineau) : Merci, M. le député de Jean-Lesage.
Je passe la parole au ministre. M. le ministre.
Blais : Écoutez, je pense que c'est une très grande importance de
s'assurer d'un certain contrôle, dont le budget de 2,9 milliards de
dollars. Mais la première raison, c'est un enjeu d'intégrité des programmes
eux-mêmes, hein? Lorsque quelqu'un commet
une fraude, bien, nécessairement, dans la population du moins, c'est tout le
programme qui peut être remis en question trop rapidement, et c'est les
bénéficiaires, les ayants droit, hein, qui peuvent être remis en question par
les fraudeurs. Donc, il faut protéger l'intégrité de nos programmes de
transfert.
moi, une de mes convictions, c'est que personne, personne n'est au-dessus de la
loi, hein? Il y a même des enquêtes
de conformité pour la lieutenant-gouverneur. Il doit y en avoir même pour les
ministres, pour les députés. Donc, personne,
personne n'est au-dessus des lois à notre époque. Et là-dessus la population,
je pense, nous suit complètement.
L'enjeu
maintenant, c'est que ces enquêtes-là se fassent correctement, dans le respect
des personnes. Et donc on a des mesures de contrôle de conformité qui ne
ressemblent pas du tout à, peut-être, des épisodes plus difficiles qu'on a
vécus à une autre époque, hein, où on faisait des enquêtes directement dans les
ménages pour vérifier le statut des ménages.
Et vous savez, M. le député, aujourd'hui, on vit à une époque d'assez grande
mobilité conjugale, disons-le comme ça, et qu'est-ce que c'est
exactement, qu'un ménage, où ça commence, un ménage, et où ça se termine, quels
sont les arrangements financiers qu'il y a à l'intérieur des ménages, bon,
hein, on rentre dans des débats assez discrets.
n'est pas du tout dans ce type d'enquête là. On est dans des enquêtes de
conformité, et, pour l'essentiel, il y a deux types d'enquêtes que nous faisons. C'est le croisement
d'information entre des informations pour différents ministères, hein? Revenu Québec, par exemple, on a parlé tout
à l'heure du crédit d'impôt de solidarité, bien, ça oblige, quand même, même les bénéficiaires de l'aide sociale à faire
un rapport d'impôt. Donc, s'ils font une déclaration qui va à contresens
de la déclaration qu'ils ont faite aux agents de l'aide sociale, bien, il y a
des croisements d'information, et on pose la question :
Quelle est la bonne information sur quoi on doit compter? Donc, aujourd'hui
plus qu'avant, compte tenu des... nombre
de ministères qui peuvent être impliqués, on a accès à beaucoup d'information.
On fait du croisement d'information, et ça permet effectivement de
trouver des gens qui font des fraudes.
L'autre élément, qui
est peut-être le plus inquiétant, à mon avis, ce sont des stratagèmes, hein, de
groupes qui impliquent parfois les fameuses agences de placement, notamment
pour les immigrants, et là c'est terrible, parce que finalement les fraudeurs,
entre guillemets, sont des victimes, hein, parce qu'ils sont manipulés par des
personnes qui utilisent leur ignorance des
lois pour vendre leur force de travail à pas cher, etc. Donc, c'est encore plus
délicat. Et il faut mettre fin à ce
type d'exploitation là, parce qu'on parle vraiment d'exploitation, là, des
personnes immigrantes qui connaissent
très mal les lois. Donc, il y a aussi des enquêtes qui sont faites à ce
niveau-là, et l'enjeu, ce n'est pas autant de toucher, dans ce cas-ci,
les fraudeurs que ceux qui les amènent dans des situations de fraude.
il me semble, pour revenir à ce que je vous ai dit au départ, il me semble que
ça doit se faire, que c'est un enjeu d'intégrité
du programme et intégrité des bénéficiaires, parce que, le jour où on relâche
et au jour... un jour où certaines radios, hein, ou certains journaux
font leurs choux gras de fraudes de gens, là, qui ont abusé du système, etc.,
bien, c'est l'ensemble des ayants droit qui sont touchés. Alors, ça,
c'est notre première responsabilité, là, comme gestionnaires des fonds publics.
Président (M. Cousineau) : Merci, M. le ministre. Alors, je
cède maintenant la parole au député d'Argenteuil. M. le député.
M. St-Denis :
Merci, M. le Président. Merci, donc, pour ce droit de parole. Depuis quelques
années, il y a beaucoup de sorties de
programmes d'assistance sociale. Plusieurs groupes à l'intérieur même du
programme ont vu leur situation s'améliorer grâce aux décisions que nous
avons prises lorsque nous étions au gouvernement. En plus des différentes mesures spécifiques pouvant aider
certains groupes d'individus ayant une problématique ciblée, la Prime au
travail, par exemple, l'un des principes mis
de l'avant par notre gouvernement est celui de l'incitation au travail et donc
la possibilité d'obtenir des revenus
additionnels ou complémentaires pour combler les besoins de base et ainsi
briser le cycle de la pauvreté, en sortant partiellement ou complètement
de l'aide sociale.
M. le Président, je m'adresse à vous pour
demander au ministre que... Je suis certain que vous trouvez, tout comme moi, que le meilleur moyen pour sortir de la
pauvreté restera toujours l'emploi. Alors, j'aimerais savoir : Quelles sont
les principales avancées concernant l'évolution de la clientèle aux programmes
de l'assistance sociale?
Le Président (M.
Cousineau) : Merci, M. le député d'Argenteuil. M. le ministre.
Blais : Bien, merci, M. le Président. Je trouve que, hein, c'est vraiment
une question qui va intéresser tout le monde ici. Si vous voulez, j'ai peut-être...
j'ai quelques chiffres, là, je ne voulais pas assommer les collègues
avec quelques chiffres,
mais ça permet de voir les progrès, mais ça permet aussi de montrer où sont les
poches de résistance au progrès, là, dans le domaine.
Donc, au Québec,
en janvier 2014, le taux d'assistance sociale se situait à 6,7 %.
C'était un taux historique, hein, qu'on
n'avait jamais vu encore. De septembre 2010 à 2014, le
nombre de ménages prestataires des programmes d'assistance sociale a diminué de 3,6 %, il est à son plus bas niveau, pour ce
groupe, depuis 1982. Le nombre d'enfants — et ça,
Dieu sait que c'était une source de
préoccupation — le
nombre d'enfants à l'assistance sociale est de 99 923 en 2014 et il est
à son plus bas depuis 1975. Et ça, c'est
vraiment une bonne nouvelle. Pourquoi? Parce que, les recherches le montrent,
il y a une forme de sous-culture qui peut se
créer à l'aide sociale, hein, et c'est assez facile à comprendre : si vos
parents ont vécu de l'aide
sociale — votre
premier modèle, en général, c'est vos parents, ce seront vos proches — donc, hein, vous serez plus enclins — évidemment, ce n'est pas déterminé — vous serez plus enclins, et ça, c'est très
clair, à aller à l'aide sociale et à y rester, donc à développer ce mode
de vie là, qui n'est pas un mode de vie souhaitable, hein, pour personne. Et donc la diminution du nombre
d'enfants est une excellente nouvelle, autant sur le plan quantitatif que sur
le plan qualitatif, ce qui peut amener, là, pour l'avenir...
Entre
janvier 2014 et... janvier 2004, pardon, et janvier 2014, il y a
eu une diminution, hein, de 24,3 % du nombre de familles monoparentales. Alors, moi, je peux
vous le dire, là, je ne croyais pas ces chiffres-là, parce que, bon, à une
époque où je me suis intéressé à ces questions, je trouvais que c'était un
enjeu extrêmement difficile. Et ça, c'est lié
notamment, là, à l'arrivée du crédit d'impôt aux familles. 13 % des
adultes sans contraintes, donc une diminution de 13 %, et de
8,8 % des jeunes.
La question
maintenant, hein, c'est : Où sont nos défis? Il y a trois segments, hein?
Le premier, c'est celui des personnes
seules, hein, et ça va demander une analyse beaucoup plus fine, hein? Qu'est-ce
que l'on peut mettre en place pour,
hein, faire en sorte que les personnes seules, quand elles sont en mesure bien
sûr, choisissent l'emploi? Comment les
appuyer en direction de l'emploi? Et là il faut faire un travail plus
qualitatif pour mieux comprendre ce groupe-là et trouver, là, des
mesures, hein, qui sont peut-être mieux adaptées.
L'autre
préoccupation, ce sont les jeunes, hein, pour des raisons que j'ai expliquées
déjà aujourd'hui. Il y a encore beaucoup
de jeunes qui se retrouvent à l'aide sociale. Vous avez un noyau qui vient et
qui ressort. Parce que, parmi nos chiffres, ce qui est intéressant de
voir, ce n'est pas simplement les chiffres bruts, mais c'est aussi qu'est-ce
qu'il y a à l'intérieur des chiffres, hein?
Vous avez un noyau qui est un peu plus robuste, hein, qui demeure à l'aide
sociale un peu plus longtemps, etc.,
souvent parce qu'il est influencé par le cadre familial ou d'autres cadres, et vous
avez un noyau qui rentre et qui sort,
qui rentre et qui sort. Bon. Et celui-là est bien intéressant, parce qu'on peut
se poser la question, hein : Pour
ce groupe-là, qu'est-ce que l'on peut faire de plus pour faire en sorte de
stabiliser leur situation au niveau de l'emploi? Est-ce que le problème, c'est la qualification? Est-ce que le problème,
c'est l'offre de travail qui leur est faite? Est-ce qu'on pourrait mettre sur pied des transferts? Donc,
hein, probablement c'est deux groupes auxquels il va falloir trouver des
solutions qui sont différentes.
Et le troisième groupe, hein, c'est à peu près
le tiers de notre clientèle, c'est ce qu'on appelle les contraintes sévères. Les contraintes sévères, hein, c'est une
définition assez large que nous avons au Québec, hein, on ne demande pas d'avoir un handicap, là, absolu et d'être
paraplégique, hein? Les contraintes sévères, ça peut être des contraintes de
nature psychologique, de nature
émotionnelle, mais qui montrent que cette personne-là n'est pas en mesure de
relever le défi de la socialisation
qui est lié, bien sûr, au fait d'occuper un emploi. Donc, on a une définition
assez large. Et là, bien sûr, hein,
vous parlez, quand même... les professeurs d'économique, on sait que c'est de
l'investissement dans le capital humain, c'est beaucoup
d'investissement. On le fait déjà, on a des programmes pour les personnes
contraintes sévères à l'emploi qui font une
assez bonne réussite, on a des ateliers supervisés, hein? Il y a un certain
nombre de députés, je pense, qui
connaissent ça, parce que ce type d'atelier là pour les personnes qu'on dit
handicapées, là, ils existent sur tout le territoire. Qu'est-ce que
c'est, finalement? C'est des subventions, hein, pour diminuer l'impact, hein,
de leurs capacités... des limitations liées à leurs capacités productives.
Il y a aussi
d'autres éléments qu'on veut mettre sur pied, des programmes, hein, de
subventions aux salaires, toujours dans...
pour la même raison, pour essayer de relever le défi. Mais on sait que, dans le
cas des contraintes sévères à l'emploi, l'investissement en capital va être beaucoup plus exigeant. Là, je
pense, où on peut avoir un succès, mais je dis ça, là, sans avoir fait toutes les recherches nécessaires,
c'est du côté des jeunes, il me semble qu'il y a encore de la mobilité à ce
niveau-là, compte tenu de la relance de
l'emploi, là, qu'on devrait vivre dans les prochaines années, et dans le cas
des personnes seules. Je pense que
l'évolution devrait aller dans cette direction-là — en tout cas, je le souhaite — pour les prochaines années.
Le Président (M. Cousineau) :
Oui, merci, M. le ministre. M. le député d'Argenteuil ou député de Pontiac? M.
le député de Pontiac. À vous la parole.
M. Fortin
(Pontiac) : Merci. Merci, M. le Président. Bon matin à vous, bon matin
à M. le ministre, bon matin à mes
collègues députés de l'opposition et du parti ministériel et à toutes les
personnes du ministère qui sont ici avec nous aujourd'hui. J'en profite, moi aussi, pour vous souhaiter, à tout le
monde, une bonne fête nationale. Ce qu'on a célébré hier, c'est un peu l'oeuvre des générations
passées, la province que nous sommes devenus, le peuple que nous sommes.
Et, si aujourd'hui nous sommes autour de
cette table, c'est pour continuer cette oeuvre-là pour les générations à venir.
Donc, j'aimerais
remercier tout le monde qui est ici. Vous êtes tous, chacun et chacune, des
gens qui ont un intérêt pour la
protection des gens plus vulnérables dans notre société, alors c'est tout à
votre honneur d'être ici. Parfois, on va avoir des divergences d'opinions sur les façons d'y arriver, mais on est tous
ici, fondamentalement, pour la même raison. Et particulièrement, M. le ministre — vous avez les épaules larges, j'espère — vous avez un dossier qui est lourd, qui est
important, et donc je vous souhaite tout le succès dans vos fonctions au cours
des prochaines années.
Aujourd'hui,
je vais prendre un ton un petit peu plus sérieux que mon ton habituel, M. le
Président, parce que, justement, on parle d'un dossier si important, on
parle d'un dossier qui touche les gens dans leur quotidien à tous les jours — évidemment, c'est un quotidien — parce que... et ça a un vrai impact dans
leur vie et la vie de leurs enfants. Donc, j'aimerais parler des mesures qu'on prend, les mesures pour favoriser
les gens les plus vulnérables. Et, justement, on le disait, ça touche les gens dans leurs
portefeuilles, mais le portefeuille des plus vulnérables, ça veut dire
l'assiette des plus vulnérables, ça
veut dire le toit des plus vulnérables, ça veut dire là où ils logent leurs
enfants, comment ils les nourrissent. Et c'est pour ça que c'est
important.
Et il y a
toujours des organismes communautaires — le député de Jean-Lesage en parlait, de
plusieurs dans son comté — qui ont un impact direct auprès des gens les
plus vulnérables. Il y en a dans mon comté. Juste comme ça, je pense à Bouffe-Pontiac, je pense au Centre alimentaire
Aylmer qui, à tous les jours, subsistent aux besoins de base des gens de
chez nous. Il y a, évidemment, les bureaux
de députés, et ça, c'est souvent un dernier recours pour des gens qui ne savent
plus où se tourner.
Mais ce qui
est important et ce qui est un petit peu difficile dans ce dossier-là, c'est
que, souvent, les gens les plus vulnérables,
comme la plupart d'entre nous, ce sont des gens fiers, ce sont des gens
orgueilleux, et ce n'est pas toujours facile
pour eux de se tourner vers différents organismes communautaires, vers différents
groupes, et des fois ça prend du temps.
Des fois, ils attendent un peu plus longtemps qu'ils le devraient avant de le
faire, et d'où l'importance d'avoir une aide gouvernementale et
d'atteindre ces gens-là rapidement.
Alors, je me
demandais si le ministre pourrait nous éclairer, M. le Président, à savoir,
c'est quoi, les mesures qu'on a mises
en place qui ont particulièrement aidé les gens les plus vulnérables dans notre
société et celles qui ont eu le plus d'impact sur leur situation
immédiate.
Le Président (M. Cousineau) :
Alors, M. le ministre.
M. Blais : Alors, merci beaucoup, M.
le Président. Combien il nous reste de minutes?
Le Président (M. Cousineau) :
Il reste 5 min 40 s.
M. Blais : On a changé de président,
je crois, non?
Le Président (M. Cousineau) :
Absolument.
M. Blais : Combien de minutes?
Le Président (M. Cousineau) :
5 min 30 s.
Blais : Oui. Écoutez, il y a plusieurs mesures. On a parlé, au tout début, hein, de la journée, du fait
que, comme c'est un... la pauvreté,
c'est une situation qui est à causes, disons, multifactorielles, il
faut travailler sur plusieurs fronts. Moi,
je ne ferai pas l'éventail des mesures qui sont à la disposition, là, des Québécois
aujourd'hui, mais je vais me concentrer dans celles
qui sont à l'intérieur davantage de mon périmètre ou qui sont voisines de mon
périmètre, hein?
Je l'ai
mentionné tout à l'heure, je
pense qu'on peut être fiers, au Québec,
de la mesure de soutien aux enfants, du
crédit d'impôt aux familles, là, qui a vraiment
été un progrès important. Je vous rappelle un peu les chiffres. En 2014,
le crédit d'impôt peut atteindre un maximum de 2 341 $ pour le
premier enfant et de 1 170 $ pour le deuxième et le troisième. Je suppose qu'il y a des économies
d'échelle quand on arrive au deuxième, troisième enfant — moi, j'en ai cinq, donc je peux témoigner qu'il y a une certaine économie
d'échelle — donc,
pour les enfants suivants. Et des montants supplémentaires, bien sûr,
sont accordés, là, dans le cas de famille monoparentale et pour un enfant
handicapé.
Avec le
Régime québécois d'assurance parentale et l'accroissement des places en
garderie, là, qu'on a connu ces dernières
années, on a une politique familiale qui s'est beaucoup raffermie et qui laisse
une place, hein, notamment aux parents,
aux femmes en particulier bien sûr, de revenir, le plus rapidement possible et
dans les meilleures conditions — c'est ça qui est important, là — sur le marché du travail. Alors, j'ai
dit : L'importance de ce programme-là, on le voit statistiquement
et on le comprend intuitivement.
On le
comprend intuitivement. Mettez un programme pour un groupe et assurez-vous que,
si vous changez votre situation,
hein, par exemple vous allez au travail — vous n'étiez pas au travail, hein — vous maintenez, hein, vos droits sur ce programme-là. À ce moment-là, vous ne
piégez personne dans une situation de prestataire, hein, le dilemme dont j'ai
parlé aujourd'hui. Je pense que ça explique,
en partie, bien sûr, les montants, le net de ces programmes-là, hein, explique
en
partie notre réussite, M. le Président,
mais aussi la façon dont le programme est pensé pour permettre, hein, que le
plus grand nombre, hein — ce sont des programmes quasi universels,
finalement — le plus
grand nombre puisse avoir accès puis soit encouragé à maintenir leur
effort par rapport au marché du travail, notamment.
parlant du marché du travail, l'autre élément qui existe et qui est de plus en
plus populaire, en tout cas, me dit-on,
au ministère, c'est la prime au travail. Ça a été entré en vigueur en 2005.
Qu'est-ce que c'est que cette prime au travail? C'est un crédit d'impôt qui est
accessible pour les ménages composés de travailleuses ou de travailleurs à
faibles ou moyens revenus, avec ou
sans enfants, c'est-à-dire ceux qui sont à petits salaires, à petits revenus et
qui se posent la question le
matin : Ouf! Pas toujours drôle d'aller travailler. Mon voisin a fait un
autre choix. Est-ce que moi, je ne pourrais pas faire un autre choix, donc, tout lâcher ça et puis faire le choix de
l'aide sociale, etc.? Donc, il faut éviter que les gens fassent ce
choix, hein? On favorise le libre choix, mais il faut les mettre dans une
situation où ils sont encouragés à travailler.
Et le crédit d'impôt, hein... la prime au travail, pardon, qui est un crédit
d'impôt, pardon, améliore beaucoup, hein,
la possibilité pour les gens de se maintenir au travail et de voir un intérêt
au net — parce
que ce qui est important, c'est le gain net à la fin de la journée,
hein — d'avoir
fait le choix du travail.
Nous
avons une politique de révision annuelle du salaire minimum. Il y a ceux qui
voudraient qu'on en fasse plus, il y
en a beaucoup qui voudrait qu'on en fasse moins, hein? Vous savez que, dans une
économie très ouverte comme la nôtre,
hein, le contrôle que l'on a sur le salaire minimum est assez limité, alors que
l'on fait entrer de partout dans le monde, hein, des objets qui sont fabriqués à des salaires minimums bien plus
faibles que ça. Donc, on essaie de trouver le juste milieu entre ce que
l'on peut faire dans la réalité pour maintenir aussi un taux d'employabilité
important.
finalement je pense qu'il y a un élément qui est très important, c'est le
crédit d'impôt pour solidarité. Je le dis parce que moi, je suis de nature assez critique et assez sceptique dans
la vie, et j'ai été agréablement surpris de voir que ce crédit d'impôt là, il a pris une certaine
importance. Moi, j'étais certain qu'il y aurait beaucoup de contraintes
administratives et que ce programme-là serait sous-utilisé. On me dit
qu'au contraire il y a un progrès intéressant du point de vue de l'utilisation des ayants droit de ce crédit
d'impôt là. Alors, la valeur du crédit d'impôt, il est au maximum, en 2014, de 940 $, et ça permet de pallier les situations
d'augmentation de tarification d'Hydro, de la TPS, de la TVQ. Donc, ça nous
donne un instrument supplémentaire pour se sortir d'un dilemme.
Le dilemme, c'est le
suivant : Si je veux utiliser des outils...
Le Président (M.
Cousineau) : ...20 secondes.
Blais : ... — 20 secondes — des outils microéconomiques, comme la
tarification, une tarification intelligente, comme des écotaxes, hein,
je sais que je pénalise les plus défavorisés en faisant ça. Alors, je sors du
dilemme le jour, hein, où je crée un crédit
d'impôt, surtout s'il est accessible et qu'il est financé en
partie par les
actifs qui sont récupérés par ces nouvelles formes de taxation ou de
tarification.
Le Président (M.
Cousineau) : Merci, M. le ministre. Je vais maintenant passer
au député de Rimouski, de l'opposition officielle, pour 18 minutes.
LeBel : Merci, M. le Président. Revenir peut-être un petit bout, là,
sur mon premier bloc. Ce que je comprends de ce que le ministre m'a dit tantôt : Après 10 ans de la loi,
où les cibles... où, depuis le 5 mars 2013, l'article 4 est
caduc, parce que, nos cibles, on a
fait nos 10 ans... Le ministre m'a dit qu'il serait peut-être ouvert à
voir comment qu'on pourrait consulter
sur le fond de la loi — il faudra voir la méthode, mais il serait peut-être ouvert — mais il me dit que, pour l'instant, il n'y a aucun rapport sur ces 10 ans là qui
existe, ni des commissions, des comités consultatifs. Il n'y a pas de rapport
de fait. Ça fait quand même un an que le délai est terminé.
J'ai de la difficulté
à comprendre qu'il n'y a pas de rapport de fait, que les comités consultatifs
n'ont pas commencé à analyser l'impact de la
loi des 10 dernières années. J'ai beaucoup, beaucoup de difficultés à
comprendre ça. Ce que j'espère, c'est
que, du moment où il y aura quelque chose de déposé... et je trouve ça vraiment
malheureux qu'il n'y ait rien de
fait, mais qu'il y ait quelque chose de déposé, que les parlementaires et les
groupes pourront avoir accès à ce que les comités consultatifs ont fait
sur... comme bilan, les derniers 10 ans.
rappellerais au ministre aussi que le plan quinquennal, qui est 2010-2015,
achève, il faudra qu'il commence à se
redonner des objectifs aussi. Ce que je comprends de la loi, moi, c'est que les
objectifs de son plan quinquennal qu'il aura à faire, ils doivent se raccrocher à la loi principale, mais, si la
loi principale n'a pas de cible, c'est difficile de trouver les cibles du plan
quinquennal, à mon avis. Ça fait que je pense qu'il faudrait bouger vite,
bouger assez rapidement pour se
donner des cibles pour les prochains 10 ans, peut-être, si on veut
commencer à faire des plans qui vont tenir compte de ces cibles-là.
que je comprends aussi, dans le décor, c'est qu'il y a la commission Robillard,
qui va commencer à travailler cet
automne, qui va faire des choix au niveau des programmes. Ça fait que la
commission Robillard va choisir, elle va faire des choix au niveau des
programmes qui vont toucher à la lutte à la pauvreté avant même qu'on ait
travaillé à se redonner des cibles. Comme
disait un ancien député, je pense qu'il y a un malaise dans le problème, il y a
probablement quelque chose qui ne va
pas. Soit qu'on bouge vite, rapidement, puis je suis prêt à collaborer, ou on
s'assure que, dans le travail de la
commission Robillard, il y aura une préoccupation sur l'impact de ses choix sur
la pauvreté au Québec.
Ça fait que
j'aimerais ça savoir du ministre comment on peut faire pour s'aider, pour se
mettre à l'ouvrage rapidement pour se donner
des nouvelles cibles, puis donner des nouvelles cibles pour les prochains
10 ans, des cibles qui pourraient influencer le travail et la
réflexion de Mme Robillard.
Le Président (M.
Cousineau) : Merci, M. le député de Rimouski. M. le ministre.
Blais : Hein? Oui. Non, M. le Président, je comprends bien la question
du député, puis j'ai l'impression que, dans le fond, on a le même type
d'objectifs, mais peut-être qu'on ne partage pas la même façon d'y arriver,
hein?
D'abord, la commission Robillard est une
commission indépendante, elle ne se substitue pas au Parlement. Et nous
avons... Tous les partis politiques présents ici, ceux qui ont été au pouvoir,
ont mis sur pied des commissions pour faire des états de situation. Et, dans ce cas-ci, c'est l'ensemble
des programmes du gouvernement, donc c'est une commission qui est... de révision qui va être permanente. On a tous
connu ça par le passé, on va connaître ça dans l'avenir, la mise sur pied de commissions, hein, pour faire
des états de situation et faire des recommandations au gouvernement.
Moi,
tout ce que j'ai entendu jusqu'ici, c'est qu'il y aurait des recommandations
qui seraient faites, ça fera
partie du
discours public, il y aura un dialogue social là-dessus, et, bien sûr, comme
gouvernement, nous aurons à prendre, là, des décisions par rapport à ces
recommandations. Et nous aurons à vivre, hein, nous aurons à vivre à la fois
avec les recommandations et avec nos choix,
parce que, lorsqu'on fait une commission, il faut accepter les deux, hein? Il y
a à la fois des recommandations qui
sont publiques et les choix, ensuite, que nous donnons. Et je pense que nous
sommes tout à fait à l'aise pour le moment avec ce processus et je pense
que la commission a les outils qu'il faut pour procéder.
Maintenant, revenons
sur la loi-cadre. Je pense que l'enjeu, et j'en ai encore parlé la semaine
dernière avec le collectif de lutte contre
la pauvreté, c'est de se donner du temps, hein, pour faire, hein, un prochain projet de loi-cadre, hein, qui nous
permettrait de nous relancer, comme le désire le député, dans les cinq
prochaines années.
Alors,
maintenant, quelle est la chronologie exacte des événements? Là, je ne vais pas
le mentionner aujourd'hui, hein, je
pense que c'est ça qu'on me demande, le calendrier, à quel jour, etc. Dans les
consultations que nous faisons, on voit
bien que la tendance très forte... Et nous avons eu une motion, nous avons reçu
une motion du collectif de lutte contre la pauvreté pour que la
consultation soit publique et la plus large possible. Alors, pour faire une
consultation, nous avons besoin tout d'abord
du maximum d'information disponible, donc il y a un rapport qui sera déposé,
qui fait l'état de la situation. Moi,
je pense que ce rapport-là sera très intéressant à lire. Il montrera les
progrès, il montrera aussi les poches, hein,
de résistance, donc, que j'ai évoquées tout à l'heure. Mais par la suite, et
c'est assez important de le comprendre, moi, j'invite tous les groupes que j'ai rencontrés ces derniers temps,
notamment le collectif, je les invite à participer aux deux commissions. Ça s'adonne que le sujet
qu'abordent ces deux commissions-là... sont extrêmement pertinents pour
eux; et, eux, c'était déjà clair qu'ils allaient participer.
Quand qu'on parle de
la fiscalité des particuliers, il faut comprendre qu'on parle aussi de la
parafiscalité, c'est-à-dire comment les
transferts aux personnes sont dessinés. Est-ce qu'ils vont aux bons endroits?
Est-ce que le taux de récupération de
ces transferts-là... sont acceptables, etc.? Donc, j'ai discuté longuement avec
des groupes et notamment avec le
collectif. Et eux, ils n'avaient pas besoin d'être convaincus, ils vont être
sur la ligne de départ, ils veulent participer, parce qu'ils ont des choses à dire. La fiscalité, il faut bien
comprendre... Pour bien comprendre le mandat qui a été retenu, il faut le relire, ce mandat-là. Il est très
ouvert. Et moi, je pense que c'est une des premières commissions, hein, qui va
traiter de la fiscalité ou, si vous
préférez, la parafiscalité des personnes les plus vulnérables de la société. Ça
fait
partie de son mandat. Ça doit être abordé.
Alors,
moi, je... La question maintenant, c'est de savoir quelle est la séquence... Et
moi, je sais bien qu'il y a une volonté
de participer à ces commissions-là, bien sûr, ensuite d'en voir l'ensemble des
informations possibles pour relancer un troisième plan.
Président (M. Cousineau) : Oui. Merci, M. le ministre. Essayez
d'avoir des réponses un petit peu plus courtes aussi pour permettre le
plus de questions possible. Alors, M. le député de Rimouski.
LeBel : Je rappellerai juste, avant de passer à un autre sujet, ce que
je disais au tout début, c'est que la
loi sur la pauvreté, dans le fond, ce n'est pas une loi gouvernementale, c'est
une loi citoyenne. C'est une loi qui est venue des citoyens, d'une mobilisation citoyenne, c'est un
grand contrat social. S'il n'y avait pas eu de la mobilisation citoyenne,
il n'y aurait jamais eu de loi. Ça fait que
je me dis... Puis c'est ce qui fait la force de cette loi-là. Et, si on essaie
d'enligner les gens vers d'autres
formules... C'est correct aussi, mais il faut garder cette force-là, l'âme de
cette loi-là, qui était d'être un
véritable contrat social, quelque chose qui est venu d'une grande discussion
nationale. Moi, en tout cas, c'est ce que je souhaite le plus possible.
Concernant...
Maintenant, je veux revenir sur... Vous savez, il y a tellement de monde qui
tape sur les assistés sociaux que, de
temps en temps, que quelques-uns se lèvent pour les défendre plus fort, je
pense que ça vaut la peine. Quand on
parle de fraude... De ce temps-ci, là, quand on regarde la commission
Charbonneau, je me garderais une petite gêne de parler de fraude au niveau des assistés sociaux. Je ne dis pas qu'il
n'y a pas rien, mais, tu sais, quand on commence à parler de ça, on se ramasse avec des art