Transportation and the Environment — 23 April 2015 (41st Legislature, 1st Session)
CTE 2015-04-23
Quebec — Committees
cours de la dernière année, le Québec a fait d'importants progrès en matière de
protection de l'environnement et de
lutte contre les changements climatiques. Je suis fier des réalisations qui ont
marqué ma première année en poste. Elles me donnent confiance en l'avenir et me confirment que le Québec a les
capacités de relever les défis environnementaux d'envergure qui
caractérisent le XXIe siècle. À l'instar de toutes les sociétés du monde,
le Québec est soumis aux conséquences des changements
climatiques. Comme Barack Obama l'a si bien dit, aucun défi ne pose de pires
menaces pour l'avenir que les changements
climatiques. C'est pourquoi le Québec a choisi de se tenir debout et d'être
proactif.
L'un des
premiers engagements que nous avons réalisés a été de former un comité-conseil
sur les changements climatiques afin de conseiller le gouvernement sur
les orientations et sur les actions les plus porteuses en matière de lutte contre les
changements climatiques. Composé de membres hautement qualifiés dans leur
domaine d'expertise, ce comité a
démarré ses activités en juillet 2014. Les travaux de ce comité nous
permettront d'être à l'écoute des attentes et des préoccupations des divers secteurs de la société
québécoise, mais aussi de porter à notre attention des orientations et
des mesures qui pourraient bonifier nos actions.
La dernière
année a également été sous le signe de la mobilisation et de la concertation,
tant au niveau pancanadien qu'au
niveau international. Récemment, le gouvernement de l'Ontario a annoncé qu'il
instaurerait un système de plafonnement et d'échange de droits
d'émission de gaz à effet de serre ainsi que son intention de le lier à celui
de la Western Climate Initiative, dont font
partie le Québec et la Californie, solidifiant ainsi le plus vaste marché du
carbone en Amérique du Nord. Cette importante annonce confirme une fois de plus
le rôle primordial des provinces et territoires canadiens dans la lutte contre
les changements climatiques.
Rappelons que le Québec a aussi signé un
protocole d'entente sur les actions concertées sur les changements climatiques avec l'Ontario et a effectué une
mission en Colombie-Britannique, laquelle a permis d'intensifier sa collaboration avec cette province en matière
d'électrification des transports, un axe prioritaire pour notre
gouvernement.
Le Sommet de
Québec sur les changements climatiques, qui a eu lieu le 14 avril dernier,
a été une autre initiative qui a contribué à renforcer la collaboration
à l'échelle pancanadienne. Lors de ce sommet, les premiers ministres de
l'ensemble des provinces et des territoires ont souscrit à une déclaration
commune dans laquelle ils réaffirment leur engagement
commun envers la lutte contre les changements climatiques. Il s'agit d'une
initiative historique, qui exprime la volonté
des provinces et des territoires d'agir en tant qu'acteurs clés dans ce
domaine, et ce, à l'approche de la 21e Conférence des Parties à la
Convention cadre des Nations unies sur les changements climatiques, qui vise
l'adoption d'un nouvel accord ambitieux et
contraignant sur le climat. D'ailleurs, l'ensemble des provinces et territoires
s'étaient entendus, en septembre 2014, pour renforcer leur coopération
en matière de lutte contre les changements climatiques dans le cadre des
travaux du Conseil canadien des ministres de l'Environnement.
Sur la scène internationale, le Québec continue
de participer activement aux efforts internationaux. Nous avons signé une déclaration de la Banque mondiale
sur l'importance d'instaurer un prix sur le carbone dans l'économie, à l'occasion du sommet des Nations Unies sur les
changements climatiques à New York, en septembre 2014. En décembre 2014, la conférence de Lima a donné
lieu à des alliances avec d'autres gouvernements déterminés à fixer des cibles ambitieuses de réduction de GES. Notons la
déclaration commune entre le gouvernement du Québec et les gouvernements de la Colombie-Britannique, de
l'Ontario et de l'État de la Californie, la signature du Pacte des États
et régions, connu aussi sous le nom de
Compact of States and Regions, et la création d'un groupe de travail Québec-Californie
en matière d'électrification des transports.
Lors de notre mission à Paris, en mars dernier,
dans le cadre des rencontres alternées des premiers ministres France-Québec, le Québec a une fois de plus
démontré son leadership en matière de lutte contre les changements climatiques.
Le président de la République française,
M. François Hollande, a même déclaré ouvertement qu'il veillerait à ce que
le Québec puisse être non seulement présent,
mais qu'il puisse s'exprimer lors de la 21e Conférence des Parties à la Convention
cadre des Nations unies sur les changements climatiques, qui se tiendra à Paris
en décembre 2015. Soyez assurés que nous allons
profiter de cette voie pour faire valoir l'importance d'intégrer un prix au
carbone dans l'économie mondiale et
pour faire reconnaître le rôle crucial que peuvent jouer les États fédérés et
les régions dans la lutte contre les changements climatiques.
2015 est une année déterminante pour l'avenir de
notre planète. D'importantes décisions devront être prises en décembre
prochain. Comme le mentionnait le secrétaire général des Nations unies, M. Ban
Ki-moon, il n'y a pas de plan B, car il n'y
a pas de planète B. Notre cible est ambitieuse : une réduction de
20 % des émissions de gaz à effet de serre, sous le niveau de 1990. Les récentes données de l'inventaire
québécois des émissions de gaz à effet de serre indiquent que les émissions de GES du Québec, en 2012, ont
diminué de 8 % par rapport à leur niveau de 1990. Nous avons ainsi
largement surpassé l'objectif de réduction que l'on s'était donné à l'horizon
Le marché du
carbone est l'outil-phare de notre stratégie en matière de lutte contre les changements
climatiques pour la période 2013‑2020. Cet
outil de fiscalité verte nous permet de réduire nos émissions de GES et de
relancer notre économie. Le marché du
carbone est lié à celui de la Californie depuis le 1er janvier 2014. Il est le
plus grand en Amérique du Nord et le premier dans le monde à avoir été
conçu et à être opéré par des États fédérés de pays différents.
Au cours de
la dernière année, ce marché a connu plusieurs avancées. En janvier 2015, les
distributeurs de carburant et de
combustibles fossiles se sont ajoutés à la liste des grands émetteurs
assujettis. Aujourd'hui, ce marché couvre environ 85 % des
émissions québécoises de GES. Les six ventes aux enchères tenues à ce jour ont
généré des revenus de près de
333 millions de dollars. D'ici 2020, les revenus ainsi générés seront de
l'ordre de 3 milliards de dollars, et la totalité de ces revenus
sera réinvestie dans la lutte contre les changements climatiques.
Le marché du carbone Québec-Californie est donc
bel et bien exemple de ce que peuvent accomplir des États fédérés qui unissent leurs forces pour favoriser
l'émergence d'une économie sobre en carbone. Cette union porte fruit,
car nous aurons sous peu un nouveau
partenaire avec l'Ontario. Je suis confiant que d'autres gouvernements près de
nous emboîtent le pas et souhaitent se joindre à notre trio au cours des
prochaines années. D'ailleurs, en avril dernier, le rapport de la Commission de l'écofiscalité du Canada, formé
d'économistes canadiens indépendants en matière de politique publique,
avait affirmé que l'approche québécoise en matière de lutte contre les
changements climatiques, avec sa mesure-phare, le marché du carbone, représente
un modèle dont il faut s'inspirer.
Les revenus issus du marché du carbone sont
entièrement versés au Fonds vert pour financer les mesures du Plan d'action 2013‑2020 sur les changements
climatiques afin de soutenir les entreprises, les municipalités et les
citoyens québécois dans leur transition vers un monde plus sobre en carbone.
mesures du PACC visent l'atteinte de notre cible de réduction de GES et
l'adaptation de la population aux effets de tous ces changements. Ce plan dispose de 3,3 milliards de
dollars d'ici 2020 pour des mesures
qui visent notamment à encourager
l'innovation dans des secteurs tels que les transports collectifs,
l'électrification des transports et les technologies propres.
En décembre
2014, le gouvernement a aussi annoncé que 350 millions de dollars, dans le cadre du PACC 2013‑2020, seraient spécifiquement consacrés à appuyer
les efforts des entreprises, des citoyens et des organismes municipaux en matière de lutte contre les
changements climatiques. Ils inciteront différents acteurs de la société à
trouver des solutions innovantes pour réduire leurs émissions de GES et ainsi
accélérer le virage vers une économie verte, prospère et durable.
Les données
scientifiques sont incontestables : les effets des changements climatiques
continueront d'avoir un impact sur la
santé, sur la sécurité des populations ainsi que sur notre économie.
L'acquisition de connaissances est donc essentielle pour agir efficacement et prendre de bonnes décisions,
celles qui permettront l'adaptation de notre société, de ses milieux de
vie, de ses écosystèmes, de ses infrastructures et de son économie à tous ces
changements. Cette année, le gouvernement a renouvelé
son soutien à la recherche en science du climat en attribuant une aide
financière de 2,5 millions de
dollars au consortium Ouranos, dont les connaissances contribuent activement à
l'adaptation de notre société aux impacts des changements climatiques.
Face aux
changements climatiques, ne rien faire signifierait non seulement mettre en
péril la qualité de nos milieux de vie, mais également passer à côté de
belles occasions d'innover et de favoriser l'essor de secteurs émergents.
Lors du
dernier budget, en mars dernier, le gouvernement a annoncé la mise en place
d'un fonds d'urgence de 8 millions de dollars, qui permettra de
soutenir les décideurs locaux face à l'impact des changements climatiques sur
l'érosion côtière.
Le programme Climatsol, mis en place en 2007 et
doté d'une enveloppe budgétaire globale de 60 millions de dollars, contribue également à l'atteinte des
objectifs du plan d'action sur les changements climatiques. Ce programme
a permis à plusieurs projets de
développement de bénéficier d'une aide financière pour réhabiliter des terrains
contaminés situés dans les municipalités du
Québec, tout en intégrant des éléments qui ont un effet sur la réduction ou
l'évitement des émissions de GES et sur
l'efficacité énergétique des bâtiments. À lui seul, il a permis de soutenir 220
projets de développement. Lors du
discours sur le budget, le gouvernement a également annoncé qu'un nouveau
programme, ClimatSol-Plus, verra le jour, assorti d'un budget de
10 millions de dollars pour 2015‑2016.
La nature a
doté le territoire québécois d'innombrables ressources, un fleuve magnifique, d'innombrables
lacs et cours d'eau, des écosystèmes diversifiés, des paysages d'une beauté
exceptionnelle. L'utilisation du territoire et l'exploitation des ressources naturelles doivent évidemment se faire
dans le respect de l'environnement et des communautés, dans une
perspective de développement durable. La relance de notre économie ne doit pas
se faire au détriment du patrimoine naturel
que nous léguerons à nos enfants. Ainsi, nos décisions doivent plus que jamais
être prises de manière à être
bénéfiques à la fois pour l'économie, les communautés et l'environnement. La dernière année a été ponctuée d'actions
qui démontrent notre volonté de concilier ces deux dimensions.
Le Plan Nord
s'avère également une voie d'avenir dans laquelle le ministère
s'est engagé à préserver le patrimoine naturel. Le gouvernement du
Québec a pris des engagements fermes en matière de conservation :
consacrer 50 % du territoire du Plan Nord à des fins autres
qu'industrielles, à la protection de l'environnement et à la sauvegarde de la biodiversité. Dans la lignée de ces engagements,
notre contribution au déploiement du Plan
Nord, sur le plan environnemental,
s'articulera autour de quatre grands
axes : la préservation, la protection, l'utilisation durable des
ressources et la restauration.
En ce qui a trait à la préservation, nous voulons créer, sur le territoire
du Plan Nord, 20 % d'aires protégées strictes d'ici 2020, dont 12 % des aires protégées
seraient établies dans la forêt boréale. D'ailleurs, j'ai annoncé
récemment, en partenariat avec
l'Administration régionale Kativik et la Société Makivik, que le gouvernement protégera la rivière Kovik ainsi
qu'une immense
partie de son bassin versant. Ce projet d'aire protégée
représente un modèle de concertation et de conciliation des intérêts socioculturels et notamment du maintien des
modes de vie traditionnels autochtones, des enjeux environnementaux et économiques,
dont notre gouvernement est particulièrement fier. Il s'inscrit précisément
dans l'esprit de partenariat et de
concertation que nous désirons mettre de l'avant dans la mise en oeuvre du Plan
Nord. Il s'agit d'un vaste territoire de 4 651 kilomètres
carrés. C'est un pas important vers la cible de 20 % d'aire protégée à
aux cibles internationales du plan d'Aichi de la Convention sur la diversité
biologique.
En mai
dernier, le lancement des travaux sur l'évaluation environnementale stratégique
globale visant l'ensemble de la
filière des hydrocarbures au Québec ainsi qu'une EES sur Anticosti ont été des gestes
structurants en ce sens. Avant d'aller
de l'avant dans plusieurs dossiers, le Québec mise sur une compréhension des enjeux liés à la
protection de l'environnement et à la
préservation des écosystèmes ainsi qu'à la qualité de vie des citoyens. Comme
vous le savez, cette procédure
prévoit une phase publique, sous la responsabilité du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement. Les mandats confiés au BAPE ont été nombreux et ont
permis d'entendre les préoccupations de la population et de les
prendre en considération dans la réalisation du projet. Tant mieux.
Le projet de
la mine Arnaud, à Sept-Îles, a suscité beaucoup d'intérêt. En mars
dernier, le ministère a délivré un certificat d'autorisation
pour ce projet d'exploitation d'un gisement d'apatite. Notre ministère s'est
toutefois assuré d'obtenir des garanties du
promoteur afin de respecter les normes environnementales et de répondre aux
préoccupations de la population.
Le Président (M. Reid) : En
terminant, M. le ministre.
Heurtel : Alors, en
terminant, M. le Président, je serais heureux de répondre aux questions des
collègues et je vous remercie.
Président (M. Reid) : Merci, M. le ministre. J'invite maintenant le porte-parole de l'opposition officielle
et député de Jonquière à faire ses remarques préliminaires pour une période
maximum de 10 minutes.
Gaudreault : Merci, M. le Président. Je veux d'abord saluer mes collègues députés qui
sont ici, du gouvernement et de la
deuxième opposition. Je veux saluer évidemment le ministre.
Je veux saluer les gens qui l'accompagnent, évidemment, les employés du ministère du Développement durable, de l'Environnement
et de la Lutte aux changements
climatiques puis les membres de la fonction publique, envers qui j'ai
énormément de respect, et que je sais, par expérience, que la période de préparation des crédits est une période
extrêmement intense et importante de leur travail. Alors, merci pour
leur professionnalisme.
Je voudrais faire ces remarques préliminaires en
commençant avec, évidemment, l'important... rappeler l'importance du défi que
représente la lutte aux changements climatiques. Nous le savons, nous le
disons. Nous nous préparons en vue, entre
autres, de la conférence de Paris à la fin de cette année. Nous avons également
suivi avec un grand intérêt le sommet
organisé par le premier ministre du Québec avec ses collègues des autres
provinces la semaine dernière. Mais je ne peux pas faire autrement que
de rappeler quelques chiffres qui ont été rendus publics cette semaine par
l'inventaire fédéral sur les émissions de GES, qui a été transmis en 2013, qui
a été transmis à l'ONU, et qui prévoit une hausse des émissions de gaz à effet
de serre par rapport à 2012.
Ces chiffres,
M. le Président, seront disponibles au Québec au printemps 2016... pour les
chiffres du Québec, donc impossible
de vérifier les chiffres exacts. Mais ce que le fédéral, l'inventaire fédéral
nous dit, c'est que les émissions du secteur
des transports sont à la baisse, légèrement. Les émissions du secteur
industriel sont à la hausse. Les émissions du secteur agricole sont à la baisse. Les émissions du secteur des déchets
sont à la hausse. Tout ça de façon légère. Mais là où on retrouve finalement le responsable de cette
hausse des émissions de GES, selon l'inventaire fédéral pour 2013, c'est
dans le secteur énergétique — donc, en dehors de ce qui est les
transports, par exemple — qui serait responsable principalement de cette hausse des
émissions de GES du Québec en 2013, entre autres, la production de gaz, de
pétrole, les mines, l'industrie
manufacturière, le chauffage commercial. Donc, évidemment, M. le Président, je
dis ça parce que ça nous permet de comprendre l'ampleur du défi que nous
avons devant nous pour atteindre notre objectif de 20 % de moins de GES
pour 2020.
Deuxième
élément que je tiens à dire, c'est de déboulonner un peu le mythe, je dirais,
de la réduction de 8 % des GES pour 2012, là, et on voit le
gouvernement qui prétend, avec ça : Wow! On a dépassé les cibles, on a
dépassé nos objectifs. Le Québec est le
modèle interplanétaire, là, de réduction des GES, à entendre parler le
ministre. Évidemment, on est contents
pour l'année 2012, mais il faut bien faire la part des choses, là, et
relativiser cette information véhiculée par le gouvernement et par le
ministre en particulier. Parce que je veux juste rappeler aux collègues ici et
à la commission qu'au mois de décembre 2007 — j'y étais parce que j'étais déjà élu à ce
moment-là — l'Assemblée
nationale a adopté une motion unanime
demandant l'adhésion... et revendiquant et plaidant l'adhésion du Québec au
Protocole de Kyoto, qui dit, le Protocole
de Kyoto, qu'on doit atteindre une diminution de 6 % en moyenne pour
les cinq années — donc
2008, 2009, 2010, 2011, 2012 — par rapport à 1990, donc
6 % en moyenne.
On sait que
le Canada a renié le Protocole de Kyoto, mais, si on fait donc la moyenne de
ces cinq années — et pas juste l'année 2012 — on
arrive à une moyenne de réduction de 4,2 %. Donc, au lieu d'avoir atteint
nos objectifs, comme le ministre aime le
dire, on n'a atteint que — et même dépassé, ce que le ministre dit — 70 % de l'objectif, sur ces cinq années, par rapport à la motion unanime
de l'Assemblée nationale de 2007. Alors, c'est bien important de faire
cette précision-là, là, parce que c'est la réalité, là. Alors, il faut faire la
nuance.
Et imaginez
si on avait, au Québec, accepté tous les projets proposés par le gouvernement
Charest : la centrale au gaz du
Suroît, le projet de Rabaska de port méthanier, le projet de Cacouna, qui avait
un projet de port méthanier aussi, à Gros-Cacouna,
le projet évidemment des gaz de schiste. Alors, ça, là, tous ces projets-là, sans
la mobilisation des groupes environnementaux et des citoyens... imaginez
ce que serait l'atteinte — ou
la non-atteinte, plutôt — des
cibles de réduction de GES.
Alors là, on
peut bien comprendre, là, que le ministre aime bien dire que, pour 2012, on a
atteint 8 % puis on a dépassé, mais il faut regarder plus
large : la moyenne des cinq années. Et sans compter, M. le Président, que...
Ce qui a un peu aidé, c'est que,
malheureusement, d'une certaine manière, il y a eu une baisse à la crise
financière de 2008, une diminution de
la croissance économique. Donc, à ce moment-là, on a atteint aussi, dans le
secteur industriel, une diminution des
GES. Donc là, il ne faut pas
prendre... il faut prendre les vrais résultats. Il ne faut pas non plus, là, en
inventer. Alors, je pense que c'était important de le dire.
Maintenant,
je veux préciser également que tout cela doit s'incarner dans des gestes
concrets, je suis d'accord avec le ministre là-dessus, que ce soit dans
le transport — mais
dans le transport du pétrole aussi, hein, on aura l'occasion d'y revenir dans ces crédits — la
question de l'aménagement
du territoire, la question du transport routier, etc. Et, quand je dis
que ça doit s'incarner dans des gestes concrets...
Mais
permettez-moi de douter des objectifs réels du gouvernement quant à
l'atteinte de la réduction des cibles de GES quand je vois le budget du ministère
du Développement durable, là, de l'Environnement et de la lutte aux
changements climatiques qui connaît une
baisse de crédits record, cette année, de 7,5 % en 2015‑2016 par rapport à
l'année précédente, ce qui représente 179 millions au lieu de
194 millions de l'année précédente. Et ça, ça va s'articuler dans les
analyses des expertises
régionales, donc une baisse importante dans le Centre
d'expertise hydrique, M. le Président — on
va y revenir — baisse
importante des sommes dans le programme de sensibilisation aux algues
bleu-vert, et là j'en passe parce qu'il y en aurait long à dire.
Mais on ne
peut pas en même temps se prétendre le héros de la diminution des gaz à effet de serre et, en même temps,
être le ministère qui voit sa plus grande... en proportion, la plus
grande réduction des crédits du gouvernement. Alors là, il y
a une contradiction. Donc, nous, évidemment,
on sera extrêmement attentifs à cela puis on va poser des questions
au gouvernement puis au ministre à ce sujet-là.
Je veux rappeler en terminant, M. le Président,
que, de notre côté, on aimerait bien, quand on parle de gestes concrets, là,
pour la réduction des gaz à effet de serre, que le gouvernement collabore avec
nous et avec la deuxième opposition également
pour l'adoption ou, à
tout le moins, l'étude, en cette commission — parce qu'on fait un bon travail ici — du projet de loi n° 390 que j'ai déposé,
qui vise à affirmer la compétence ultime du Québec en matière d'environnement. Parce que, là, on a évidemment le
pipeline de TransCanada, hein, qui risque de nous passer sous le nez ou en haut de la tête, là, je ne sais pas quelle
expression prendre, parce qu'il va être... il pourrait être autorisé
uniquement par le fédéral. On a également le dossier du Port de Québec, qui est
dans le même domaine.
Donc, quand
on regarde ça, là — puis
c'est la multiplication de ce type de projets là — moi, je pense que c'est important d'affirmer que le Québec prenne le
leadership. Si on y croit vraiment, là, que le Québec est le leader de la
lutte aux GES à travers le Canada puis en
Amérique, bien on devrait tous ensemble appeler ici l'étude du projet de loi
n° 390 pour affirmer la compétence du Québec. Est-ce que ça va se rendre
en Cour suprême? Peut-être, M. le Président, mais au moins le Québec posera un geste important, puis on va la clarifier, cette
question-là. Parce qu'on trouve que c'est inacceptable, nous, de notre côté, que, sur des questions aussi
sensibles en matière environnementale, ce soit le Canada qui décide ultimement en passant par-dessus le Québec.
Alors, c'est un combat qu'il faut mener, M. le Président, puis moi,
j'invite tous les parlementaires ici à mener ce combat-là avec nous.
Et moi, je
suis prêt à l'étudier, puis à l'amender, puis à le bonifier, ce projet de loi
que nous avons déposé. Je ne prétends
pas que j'ai la vérité infuse, là, ou absolue, mais ce que je prétends, c'est
qu'il faut certainement affirmer sans ambiguïté
la compétence, la souveraineté ultime du Québec, comme on l'a fait dans les
années précédentes — puis
c'est des gouvernements libéraux qui l'ont
fait — en
matière de souveraineté culturelle, par exemple, avec Robert Bourassa,
en matière de contrôle de notre économie,
sous Jean Lesage, de notre hydroélectricité, avec René Lévesque, qui était
membre d'un gouvernement libéral dans les
années 60. Bien là, on a évolué, là, puis on est rendus à se questionner de la
même manière sur l'environnement. Puis on doit étudier... Je ne demande même
pas d'adopter ici l'intégralité du projet de loi n° 390 : je demande
de l'étudier pour le bonifier. Merci, M. le Président.
Président (M. Reid) : Merci, M. le député de Jonquière. Je cède
la parole maintenant au député de Borduas, porte-parole du deuxième
groupe d'opposition, et je l'invite à faire ses remarques préliminaires pour un
maximum de sept minutes.
M. Jolin-Barrette : Merci, M. le
Président. À mon tour de vous saluer, M. le Président. Je voudrais saluer également M. le ministre ainsi que son équipe,
l'équipe du cabinet ministériel, en plus de saluer les gens qui l'accompagnent,
du ministère. Comme le soulignait également
le député de Jonquière, nous savons que c'est une période charnière dans
l'année, qui demande beaucoup de préparation
et beaucoup de travail. Et soyez assurés que nous apprécions votre
travail et les efforts que vous mettez pour
la préparation des crédits budgétaires, qui représentent un supplément de
travail, dois-je dire, pour vous.
Également, je tiens à saluer mes collègues de la
partie ministérielle, notamment la députée de Laviolette, le député de Saint-Maurice, la députée de Vaudreuil,
le député de Mégantic ainsi que le député d'Argenteuil. Ça me fait
plaisir d'être avec vous aujourd'hui, parce
qu'on n'a pas souvent la chance de vous entendre en commission parlementaire.
Puis je sais que la période des crédits,
c'est un moment où vous avez la possibilité de vous exprimer, chose qui serait
intéressante aussi lors de l'étude des
projets de loi. Dans le cadre d'une éventuelle réforme démocratique, ça serait
intéressant que l'ensemble des
députés ministériels participent également et donnent leur point de vue sur...
leur opinion sur les textes législatifs
que l'Assemblée adopte. Je pense qu'on gagnerait à avoir davantage les
opinions, les idées et surtout la bonification que ces députés
pourraient apporter à un projet de loi afin que les Québécois puissent avoir la
meilleure législation possible.
Également, je
tiens à souligner... à saluer mon collègue de Jonquière, le porte-parole de la
première opposition en matière
d'environnement, ainsi que mon collègue député de Groulx, qui est membre de la
commission du transport et de l'environnement
et qui participera avec moi à l'étude des crédits, également, M. Philippe
Girard, qui est notre recherchiste au niveau de la Coalition avenir
Québec.
Donc, M. le Président, nous sommes ici
aujourd'hui pour effectuer une tâche centrale à notre responsabilité parlementaire parce que, vous le savez, au-delà de
la responsabilité de législateur, il y a également l'aspect de
contrôleur de l'action gouvernementale.
Donc, il s'agit d'un exercice démocratique essentiel auquel doit se livrer le
gouvernement en toute transparence,
donc, pour que tous les Québécois puissent savoir comment et pourquoi les
sommes qui sont retenues sur leur
salaire et par les taxes qu'ils paient sont utilisées. C'est aussi un processus
nécessaire de reddition de comptes qui vise à s'assurer de la gestion
responsable des fonds publics, surtout dans le contexte actuel où les déficits
se suivent d'année en année.
Exceptionnellement, cette année, il y
a un retour à l'équilibre budgétaire qui, nous le constaterons, ne se fait
pas sans heurt pour le ministère du Développement durable, de l'Environnement
et de la lutte aux changements climatiques, parce
qu'il y a une réduction... Et nous y reviendrons tout à l'heure, sur cet
aspect, parce qu'il y a plusieurs groupes qui sont entendus en commission... par cette commission qui
nous disent que les ressources au ministère, parfois, sont limitées pour
remplir le mandat que le ministère doit remplir.
Donc, concrètement,
il s'agit aussi, pour un État moderne comme le Québec, qui prône une lutte
contre les changements climatiques, de lui donner les ressources nécessaires et
requises pour vraiment réaliser sa mission. Et il s'agit d'un ministère très important. Et surtout, au niveau mondial,
bien c'est tout le monde qui fait face à ces défis de la lutte aux changements climatiques. Il faut
s'assurer que le ministère de l'Environnement puisse occuper une
part
importante, et qu'il constitue un ministère
qui a un poids important au sein du cabinet, et surtout que les décisions qui
sont prises sur le plan économique
prennent en compte les impacts environnementaux qui vont résulter des choix
économiques qui sont faits par le
gouvernement, et que le développement économique se fasse dans une logique de
développement durable. Donc, on y reviendra, M. le Président, un peu
plus tard.
Donc,
plus spécifiquement, M. le Président, je suis ici aujourd'hui au nom de ma
formation politique, mais aussi au nom
de tous les Québécois, pour m'assurer de la bonne gouvernance dont le ministre
et ses gestionnaires sont responsables dans, notamment, la gestion et la
promotion du développement durable au sein de l'administration publique et de
la société québécoise, la protection des
écosystèmes et de la biodiversité du territoire québécois par le développement
d'un réseau d'aires protégées et la
sauvegarde des espèces floristiques et de leur habitat, par la prévention et la réduction de la contamination de l'eau, de l'atmosphère et du sol
et surtout par la lutte aux changements climatiques, comme je le disais.
Donc,
M. le Président, je ne prendrai pas plus de temps pour les remarques introductives, les remarques
préliminaires, et je souhaiterais que le temps soit attribué sur notre temps de
parole. Merci, M. le Président.
Président (M. Reid) : Merci, M. le député de Borduas. Avant de
commencer les échanges, je voudrais rappeler aux membres de la commission une petite règle : celle que toute
personne qui prend la parole doit s'adresser au président. C'est une
règle qui a son importance lorsque la passion s'empare de nos débats, et ça
s'invite parfois, mais je vais l'appliquer avec beaucoup de souplesse. Mais,
cependant, je vous demande de vous rappeler de cette question.
suis maintenant prêt à reconnaître une première intervention de l'opposition
officielle pour un premier bloc d'échange. M. le député de Jonquière et
porte-parole de l'opposition officielle, la parole est à vous.
M. Gaudreault :
Oui. Merci, M. le Président. Alors, le premier dossier que je veux aborder à
cette étude des crédits, c'est concernant le
suivi du rapport de la Commission de l'agriculture, pêcheries, énergie et
ressources naturelles, la CAPERN, sur l'inversion de l'oléoduc Enbridge.
Vous savez qu'il y a eu 18 recommandations de cette commission parlementaire
qui a été tenue à l'initiative de notre gouvernement, à laquelle la deuxième
opposition à l'époque et l'opposition libérale à l'époque avaient participé et également
Québec solidaire. Le 27 novembre dernier, j'ai posé une question à l'Assemblée
nationale, à la période des questions, au ministre sur le suivi des recommandations
du rapport, des 18 recommandations. Et je le cite, M. le
Président, je cite le ministre, qui nous a dit : «Vous pouvez
être certains que le gouvernement va s'assurer que toutes les conditions
seront respectées à la lettre.» Alors, je viens de citer le ministre. Donc, je suis heureux d'entendre cela de
sa part. Nous avons été heureux de l'entendre, mais, maintenant, il faut
aller un peu plus loin.
Première
question au ministre, M. le Président : Est-ce qu'il peut nous préciser un
peu plus la date d'inversion du pipeline, s'il vous plaît? Merci.
Le Président (M.
Reid) : M. le ministre.
M. Heurtel :
M. le Président, premièrement, j'aimerais préciser le fait qu'une des
recommandations de la commission, c'était la
mise en place d'une unité de vigilance pour s'assurer du respect de l'ensemble
des conditions qui avaient été
établies par la commission à laquelle fait référence le député et que cette
unité de vigilance travaille justement à valider le respect de l'ensemble de ces conditions, avant, évidemment,
qu'Enbridge puisse aller de l'avant avec la mise en oeuvre du projet
d'inversion.
Alors,
il y a eu déjà plusieurs rencontres de l'unité de vigilance au cours des
derniers mois, il y en aura d'autres à venir.
Il y a des échanges... Je comprends qu'il y a des échanges entre l'unité de
vigilance et Enbridge et que, suite à ces échanges, il y aura ultimement
un rapport. Mais, avant de pouvoir tirer quelque conclusion que ce soit sur le
respect desdites conditions, nous allons attendre que l'unité de vigilance
termine son travail. Merci, M. le Président.
Le Président (M.
Reid) : M. le député de Jonquière.
Gaudreault : O.K. Alors, M. le Président, je veux juste répéter
ma question, là : Est-ce qu'il y a... Parce que la compagnie
Enbridge nous dit : On va inverser, on va ouvrir la bande, là, pour
inverser le pipeline en juin 2015. Là, on est bientôt en mai 2015. Alors, juin
2015, ça peut être le 1er juin comme ça peut être le 30 juin 2015. Si c'est le
1er juin, ça veut dire que c'est dans un petit peu plus d'un mois, là; on est
le 23 aujourd'hui, alors... 23 avril.
Donc, je veux savoir : Est-ce que le
ministre peut nous dire une date d'inversion du pipeline qu'Enbridge aurait communiquée au gouvernement? Ou,
minimalement, est-ce qu'il peut nous dire si ça sera dans la première
semaine ou dans la
dernière semaine de juin? Ou, ultraminimalement, est-ce qu'il peut nous
dire : C'est au moins dans la première moitié du mois de juin ou
dans la deuxième moitié du mois de juin?
Le Président (M. Reid) : M.
le ministre.
Heurtel : Alors, M. le Président, à ma connaissance, à notre
connaissance, il n'y a pas encore de
date de fixée pour la mise en oeuvre du projet d'inversion de l'oléoduc Enbridge. Alors, une des conditions,
qui fait
partie de l'ensemble des
conditions de la commission, c'était justement de s'assurer du respect des 18 conditions. Alors,
avant même qu'on puisse penser aller de l'avant avec le projet, il
va falloir que l'unité de vigilance s'assure du respect de l'ensemble des conditions, et c'est le
travail qui est fait.
Alors, pour le moment, il est prématuré de
penser qu'il va y avoir une date à laquelle le projet va se mettre en oeuvre
puisque le travail de l'unité de vigilance, qui doit veiller justement au
respect des conditions, n'est pas encore complété. Merci, M. le Président.
Le Président (M. Reid) : M.
le député de Jonquière.
Gaudreault : Oui.
Bien, écoutez, moi, je ne trouve pas ça prématuré, là, parce qu'on est à cinq semaines du 1er
juin. Alors, comment le ministre peut s'assurer du respect des conditions s'il ne
connaît pas la date d'inversion du pipeline?
Il me semble, la première question que je poserais à
Enbridge, moi : C'est quoi, votre échéancier? À quel moment vous voulez tourner l'aqueduc, là, la valve pour
inverser le pipeline? J'ai de la misère à comprendre que le ministre veut faire respecter les
conditions s'il n'a pas de date. Alors, ça m'inquiète, ça m'inquiète énormément,
M. le Président, puis je pense
que ça va surtout inquiéter les gens des comités de citoyens
puis des municipalités qui seront touchées par l'inversion du
pipeline.
Parce que
ça m'amène à parler d'une autre question reliée à ça, là. Puis je garde en tête qu'on n'a
pas de date, mais on veut faire respecter les conditions. Alors, si, là,
on n'est pas capables de faire respecter les conditions, mais que, le 1er juin, Enbridge ouvre la valve, il n'y a
personne qui va avoir gagné là-dedans, puis surtout pas l'Assemblée nationale, qui a adopté
un rapport avec 18 recommandations, M. le
Président, là. En tout cas, j'aimerais ça que le ministre
m'explique comme il faut
sa contradiction, là, parce qu'il y a vraiment... En
tout cas, pour moi, je ne vois pas la
logique de ne pas avoir de date, mais de vouloir faire respecter les
conditions. Il me semble que c'est comme fondamental.
Mais ça m'amène
à un autre élément, qui est la recommandation
n° 13 du même rapport de la CAPERN, qui dit «qu'Enbridge effectue
des tests hydrostatiques pour vérifier l'état de la canalisation». Bon, c'est
un bel exemple. On ne sait pas à quelle date
la compagnie veut inverser le pipeline, mais il y a une des recommandations de
la CAPERN qui dit qu'on va faire des
tests hydrostatiques. Le ministre nous dit à la période de questions : On
va les respecter à la lettre. Bon, bien
là, première question : Les tests hydrostatiques. L'Office national de
l'énergie n'exige pas d'Enbridge qu'elle procède à des tests hydrostatiques, mais la commission de
l'Assemblée nationale, à la recommandation 13, recommande de faire des tests hydrostatiques. Alors, est-ce que le
ministre peut nous préciser, lui, son opinion? Est-ce qu'il pense que ça
prend des tests hydrostatiques ou que ça ne prend pas de tests hydrostatiques?
Le Président (M. Reid) : M.
le ministre.
M. Heurtel : Alors, M. le Président,
je vais d'abord commenter le long préambule du député. On commence rapidement, là, on a un peu plus de 10 heures
encore à faire ensemble. Je crois qu'il va falloir s'en tenir aux faits puis
éviter d'essayer de prêter des intentions ou
de penser que... de tenter de faire peur, ou d'inciter à la peur, ou à la
réaction des gens par rapport au projet d'Enbridge.
Il faut rappeler que le gouvernement du Parti
québécois, qui était au pouvoir, était tellement préoccupé par ce projet-là qu'il
a refusé d'aller défendre les intérêts du Québec à l'Office national de
l'énergie lorsque le projet a été présenté. Et on a 18 conditions soumises par
la commission. Il y a également des conditions de l'Office national de l'énergie.
Et la logique, elle est très simple et elle est très rigoureuse, M. le
Président. Il y a des conditions et il y en a plusieurs, d'ailleurs, qui
relèvent de la sécurité des gens et de s'assurer qu'avant que le projet aille
de l'avant il y a une démonstration claire, évidente que ces conditions-là
seront respectées. Et la logique — et c'était la logique de la commission — c'était de mettre en place une unité de
vigilance justement pour s'assurer qu'avant d'aller de l'avant avec ce projet on s'assure qu'on ait des preuves concrètes
que les conditions sont respectées.
Donc, la logique un peu circulaire du député m'étonne parce qu'il me
semble que la procédure, c'est une procédure très claire.
Avant qu'on puisse aller de l'avant avec le
projet, il va falloir qu'on ait des preuves très claires, faites auprès de l'unité de vigilance, que l'ensemble des
conditions seront respectées. Et donc on ne pourra pas aller de l'avant...
Donc, c'est sûr qu'il ne peut pas y avoir
une date d'opération du projet parce
qu'on n'en est même pas à savoir si l'ensemble des conditions sont respectées. Alors, d'abord, on va
faire notre travail dans un ordre rigoureux, c'est-à-dire assurons-nous
que l'ensemble des conditions ont été respectées, tant les conditions de la
commission que les conditions devant l'Office national
de l'énergie — parce
que, devant l'Office national de l'énergie, ce n'est pas encore réglé non
plus — et, une
fois qu'on aura certitude que l'ensemble des
conditions seront respectées, bien là on pourra peut-être penser à avoir une
date. Mais il est prématuré d'avoir une date spécifique.
Et d'ailleurs la
question suivante du député, encore une fois, semble contredire un peu sa
logique parce que, là, il veut absolument
une date de départ du projet, mais il veut savoir qu'est-ce qu'il en est des
tests hydrostatiques. Alors, il faut
d'abord regarder l'ensemble des conditions, notamment celles relatives aux
tests hydrostatiques, puis s'assurer que l'ensemble de ces conditions-là soient respectées
avant même de penser que le projet va aller de l'avant. Parce que c'est
ça, les conditions de la commission, puis c'est ça, les conditions de l'Office
national de l'énergie.
Alors,
plus particulièrement par rapport aux tests hydrostatiques, M. le Président,
l'exigence n° 13 de la CAPERN était
qu'Enbridge effectue des tests hydrostatiques pour vérifier l'état de la
canalisation 9B. Alors, l'Office national de l'énergie, dans sa condition n° 11, exige qu'Enbridge doit déposer
auprès de l'ONE son programme d'essais sous pression au moins 60 jours avant de déposer sa demande
d'autorisation de mise en service. Le rapport de Dynamic Risk, commandé par le gouvernement du Québec, indique que les
tests hydrostatiques peuvent être utilisés comme un outil de validation
pour l'évaluation technique à jour du pipeline, une évaluation technique exigée
par la condition n° 9 de l'Office national de l'énergie. Il s'agit donc
d'un outil pour valider l'intégrité du pipeline.
Alors,
hier, lors des crédits du ministère de l'Énergie et des Ressources naturelles,
il a été confirmé que des tests hydrostatiques
étaient effectués parmi l'ensemble des tests conduits en vue de l'inversion de
la ligne 9B. Les résultats de tous ces tests seront transmis à l'unité
de vigilance. Merci, M. le Président.
Gaudreault : Merci, M. le Président. Donc là, on apprend qu'il
y a présentement des tests hydrostatiques qui sont en cours. Le collègue du ministre, à l'Énergie, l'aurait mentionné
hier. Alors, à quel moment les résultats de ces tests seront transmis à
l'unité de vigilance?
moi, ce que je veux savoir, M. le Président, là, avec cette
information-là. : Comment le ministre va traiter que ça répond ou
non aux conditions de la commission? Autrement dit, il va la tirer où, la
ligne, là? Puis, s'il considère que les
18 conditions ne sont pas respectées, si les tests hydrostatiques dont il
nous parle arrivent... les résultats arrivent plus tard — il faut bien que l'unité de vigilance prenne
le temps de les analyser — alors qu'est-ce qu'il va faire? C'est où qu'il la tire, la ligne, pour dire : Enbridge ne
respecte pas une des 18 conditions ou elle les respecte toutes, par
exemple? Alors, il va se baser sur quoi, puis il va la tirer où, la
ligne? Puis il va faire quoi avec ça?
Le Président (M.
Reid) : M. le ministre.
Heurtel : Alors, merci, M. le Président. Je crois d'abord qu'il est
important de rappeler... Justement, parmi les recommandations de la commission, il y a la recommandation 2, qui
indique la mise en oeuvre d'une unité de vigilance dont le mandat principal sera de s'assurer que
toute l'information relative à la sécurité de l'oléoduc et à la protection
de l'environnement soit transmise à tous les
acteurs directement concernés par le renversement du flux de la
canalisation 9B d'Enbridge.
Alors,
l'unité de vigilance fait son
travail. Alors, ce qu'on dit, encore
une fois, M. le Président, c'est : On voit bien
que le député essaie de prendre une position très alarmiste et que là, tout à coup, on va se réveiller le 1er juin et le projet va être
déclenché sans que le travail relatif aux conditions de la commission ainsi
qu'aux conditions de l'Office national de l'énergie soit complété. Ce n'est pas
le cas.
Alors
là, il pose une question sur les tests hydrostatiques. Il y en a
eu qui ont été faits, il y en a d'autres qui vont être faits, et on va s'assurer, au niveau de l'unité de vigilance... parce
qu'il revient à l'unité de vigilance de faire d'abord et avant tout son travail pour s'assurer que l'ensemble des
conditions, y compris la condition 13, justement — cette condition, qui est, je le répète, M.
le Président, «qu'Enbridge effectue des tests hydrostatiques pour vérifier
l'état de la canalisation 9B» — bien, que cette condition-là ainsi que les autres... On
voit la 14 : «Qu'Enbridge élabore un plan d'urgence portant sur
l'approvisionnement en eau potable mis à jour régulièrement selon l'évolution
des connaissances.»
Bref,
on pourrait toutes les lire. Le travail, justement, de l'unité de vigilance,
c'est de s'assurer que le projet soit sécuritaire, tant pour les
populations que pour l'environnement. Alors, laissons le travail se faire,
laissons l'unité de vigilance faire son
travail. Une fois qu'il sera fait, le rapport sera remis, et, après ça, on
pourra déterminer si, oui ou non, Enbridge peut aller de l'avant, mais
laissons à l'unité de vigilance faire son travail.
Le Président (M.
Reid) : Merci. M. le député de Jonquière.
Gaudreault : Oui, mais, M. le Président, tout ça, ça ne se fait
pas en 24 heures, là. On est à cinq semaines du 1er juin. Je suis prêt à accorder quatre
semaines supplémentaires pour dire neuf semaines pour se rendre au
30 juin. Tout ce qui est dans le
décor, tout ce qu'on sait présentement, c'est qu'au mois de juin la compagnie
Enbridge veut inverser le pipeline. Le ministre nous dit : Il y a
présentement des tests hydrostatiques qui se font, il y en a d'autres qui se
feront plus tard. Je veux juste vous
rappeler que la compagnie Enbridge elle-même, là, elle était extrêmement
critique, elle n'en veut pas, elle,
de tests hydrostatiques. Savez-vous pourquoi? Puis là c'est un peu... pas «un
peu», c'est beaucoup absurde, elle
dit : Un test hydrostatique, c'est de la grosse pression qu'on envoie dans
le tuyau, ça pourrait faire fendre le tuyau. Donc, on n'enverra pas de test hydrostatique. Bien, justement, on veut
le tester, le tuyau. S'il n'y a pas de test hydrostatique dedans, ça veut dire qu'ils ne veulent pas prendre
de chances parce que peut-être que le tuyau est faible, donc il risque
d'y avoir des fuites.
Moi, là, je ne suis
pas alarmiste, je veux juste m'assurer du respect des 18 conditions de la
CAPERN. Moi, je trouve que c'est le ministre
qui n'a pas l'air à prendre ça suffisamment au sérieux, M. le Président. Alors,
moi, je veux savoir qu'est-ce qu'il
va faire si... O.K., prenons-le au mot. Il dit : C'est l'unité de
vigilance qui va nous dire si ça respecte ou non les 18 conditions. Mais l'unité de vigilance, le temps
d'analyser la validité des tests hydrostatiques et des autres conditions, là, sur lesquelles on reviendra plus
tard, l'eau potable, il en a parlé, le ministre... Bon, bien, moi, je pense
qu'il y a des possibilités que le pipeline
ne soit pas inversé au mois de juin prochain. Alors, il va faire quoi, le
ministre, dans cette condition-là,
s'il n'a pas encore les réponses de l'unité de vigilance? Puis, s'il n'est pas
encore capable de statuer, en juin, si les 18 conditions sont
respectées, il va faire quoi, le ministre?
Le Président (M. Reid) :
Merci. M. le ministre.
Heurtel : Alors, M. le Président, le député de Jonquière doit savoir
quelque chose que ni l'unité de vigilance, ni le ministère de l'Environnement, ni le ministère des Ressources
naturelles, ni l'Office national de l'énergie a comme information, parce qu'il n'y en a pas, de date
prévue pour la mise en oeuvre du projet encore. Alors, le député peut
faire tous les effets de toge qu'il veut, le
fait est qu'on prend notre travail très au sérieux, tellement au sérieux, M. le
Président, que le 17 mars 2015, les coprésidents de l'unité de
vigilance ont fait parvenir une seconde lettre à M. Éric Prud'Homme, d'Enbridge. Cette lettre souligne les lacunes
observées dans «la copie du plan d'intervention d'urgence, qui a été
déposée par la compagnie lors de la
rencontre du 17 décembre 2014». Et, en effet, cette version du plan
d'urgence a fait l'objet d'une analyse,
par le ministère de la Sécurité publique, dans laquelle sont soulevées certaines
préoccupations quant à l'efficience en
matière d'organisation des interventions, soit notamment le manque de clarté
lors de l'identification des différents «rôles et [...] responsabilités
[des] intervenants appelés habituellement en renfort» et le fait qu'Enbridge
n'intègre pas «les principes du système
québécois de sécurité civile», ce qui pourrait compliquer l'interaction avec
«l'ensemble des ministères provinciaux»
en cas d'incident. Ça, j'ajoute ça, justement, à ce que j'ai dit précédemment
concernant les tests hydrostatiques.
L'unité de
vigilance fait son travail avec un sérieux et une rigueur. Et je n'accepte pas
que le député suggère que je ne prends pas au sérieux le projet et
l'importance de s'assurer que les conditions soient respectées. C'est tout à
fait inacceptable de dire quelque chose comme ça. Tout ce que je dis, c'est,
bien au contraire, avant même qu'on puisse commencer
à penser à aller de l'avant avec le projet, il faut qu'Enbridge montre patte
blanche sur l'ensemble des conditions, non
seulement de la commission,
mais de l'Office national de
l'énergie. Et là ça fait trois,
quatre questions où il essaie par tous les moyens possibles de tenter de susciter, là, une crainte et une
peur : Il y a quelque
chose qui va se passer puis,
le 1er juin au matin, on va se réveiller puis paf! Ça y est, le projet est
en marche, alors que les conditions ne sont pas respectées. Ça ne se peut pas, M.
le Président.
Je vais vous
donner un exemple bien concret. La condition 11 de l'Office national de l'énergie sur le projet stipule qu'Enbridge doit
«déposer son programme [de test] sous pression» au moins 60 jours avant de
déposer sa demande de mise en service, ce
qui n'est pas encore fait. Alors, le député parle de faire des grands calculs,
là, de date, là. Bien, qu'il réalise,
là, qu'on n'est même pas dans le délai de 60 jours. Alors, il faut bien
comprendre, il y a une série de conditions, tant de la commission, tant de l'Office national de l'énergie,
qui doivent être respectées. Elles doivent toutes être respectées.
Du côté du Québec,
on fait notre travail sérieusement, rigoureusement, on prend nos responsabilités. Mais c'est l'unité de
vigilance qui doit d'abord valider avec Enbridge si toutes ces conditions-là
sont respectées. Le travail se fait présentement.
Et, tant que ce travail-là ne sera pas complété à la satisfaction de l'unité de
vigilance et du gouvernement, il est
clair que le projet n'ira pas de l'avant. Et c'est la même chose pour l'Office national de l'énergie. Il est clair qu'il reste des conditions à être respectées. Enbridge n'a pas
encore rempli l'ensemble des conditions. Conséquemment, avant même de commencer à tenter de susciter de la crainte et
de la peur chez les citoyennes et les citoyens de façon
indue, comme tente de le faire le député de
Jonquière, il faut qu'il s'en remette aux faits. Et les
faits, c'est qu'on fait notre travail de
façon rigoureuse et sérieuse. Merci, M. le Président.
Président (M. Reid) : Merci, M. le ministre. Alors, nous allons passer maintenant à un bloc du côté gouvernemental. Et je
passe la parole au député de Mégantic.
Bolduc : Merci, M. le Président. Je voudrais tout d'abord vous saluer et
saluer le ministre de
l'Environnement et toute son équipe qui
l'assiste aujourd'hui à
l'intérieur de ces crédits-là, saluer
mes collègues du gouvernement et mes collègues des oppositions. Bonjour
à tout le monde.
Donc, M. le ministre, le 25 février
dernier, vous avez annoncé que vous lanciez un grand chantier, celui de la modernisation du régime d'autorisation de la Loi
sur la qualité de l'environnement, la LQE, un grand chantier qui a su comme... Parce
que, comme vous l'avez dit, aucune
révision globale majeure n'a été faite sur ce régime depuis 43 ans,
soit depuis 1972. Un grand chantier, car la
LQE touche presque à tout, et ça touche presque tout le monde qui a un projet
et qui veut développer quelque chose.
Et c'est bien ainsi, car il faut protéger notre environnement.
Tout le monde est d'accord, il faut s'assurer de développer les yeux...
s'arrêter, je m'excuse, de développer les yeux fermés, un peu comme on le
faisait dans les années 50 et 60, sans
trop se soucier des impacts sur l'environnement et sur l'avenir de la planète. On creusait, on
remblayait des cours d'eau, on coulait du
béton un peu partout, tout ça au nom
du progrès et de la prospérité. Heureusement, on a appris et compris que l'on doit assurer nos
besoins, mais sans compromettre la capacité des générations futures à
répondre à leurs besoins. C'est ce qu'on a appelé le développement durable.
Je sais que
je ne vous apprends rien quand on raconte ça, mais je pense qu'il est bien
important de se rappeler qu'en matière d'environnement on vient de loin.
Notre perception de l'environnement et de la planète a beaucoup changé. Ça a beaucoup évolué depuis 1972, et je vous
dirais même que ça a beaucoup changé depuis quelques années. Et, à ce
chapitre, M. le ministre, je voudrais vous illustrer quelques éléments qui
sont, en fait, en appui à ce changement-là.
Je me souviens, en fait, dans mes années
universitaires, où on calculait à la règle à calcul... On arrivait au bon résultat, mais disons que la précision après le
point n'était pas très, très élaborée. Et, lors de l'avènement des
calculatrices et du développement technologique qu'on a assisté au début des
années 80, la précision de l'ordre de grandeur dans les analyses a
augmenté au minimum de trois ordres de précision dans l'espace de quelques
années, Ça s'est produit littéralement et de façon fantastique.
Donc, quand
vous imaginez une loi qui a été constituée dans un environnement où la capacité de compréhension et d'analyse était... disons, en se forçant, on se rendait aux parties par
million et que là, soudainement, les parties par milliard devenaient quelque chose de facilement accessible, on avait
changé la notion complètement de la façon de percevoir l'environnement, la
nature des choses qu'on rencontrait parce qu'on n'avait jamais pu mesurer ce
qu'il y avait vraiment dans beaucoup de produits de façon naturelle ou de façon
artificielle. C'était le même résultat, on ne connaissait pas ce qu'il se
passait. Donc, ça, c'est un changement.
Quand on considère que les développements
organisationnels aussi des outils, de la flexibilité... Le député de Jonquière
nous parle du pipeline d'Enbridge, l'inversion du 9B. Écoutez, il y a
50 ans, c'était une chose, aujourd'hui, c'est autre chose parce que les
outils, la façon de faire, la façon dont on structure non seulement les
opérations mais les systèmes et les outils qu'on utilise pour surveiller,
protéger, entretenir et souvent prévenir les choses ont complètement changé, de
façon radicale et absolue. Ça ne veut pas dire qu'il ne se passe pas encore,
comment je dirais ça, des pépins au niveau de l'environnement ou au niveau des
projets d'exécution.
Mais je vais vous donner un exemple où on avait
fait une étude à grande échelle à travers le monde où, sur le plan technique,
les techniciens généralement réussissent leurs projets à 97 %. Là où la
problématique se déroule, c'est beaucoup plus au niveau de la mise en marché
des... ce que moi, j'appellerais «les qualificatifs mous», le marché,
l'évolution, les tendances, ces choses-là. Mais, sur le plan technique, il y a
une espèce de solidité qui n'existait pas à l'époque de la
Loi sur la qualité
de l'environnement, qui a fait qu'aujourd'hui on peut considérer qu'on vit dans
un environnement totalement différent. La perception est différente et la façon
de voir.
Je vous donne un autre exemple à ce chapitre-là.
Quand on parlait, au début des années 90, de dioxine dans l'industrie des
pâtes et papiers et qu'on parlait de ppq, là, on parlait d'une cuiller à thé de
produits chimiques dans la somme des Grands Lacs. Donc, la capacité analytique
des organisations et la capacité à détecter ce qu'il se passait nous a fait
poser des questions de façon incroyable.
Et, à ce chapitre-là, je vous donne un exemple.
On avait découvert qu'il y avait des dioxines partout. On s'est dit :
C'est l'enfer, on vient de... on a tout pollué la terre. Et, après quelques
années de recherches, on s'est rendu compte que les dioxines étaient créées
naturellement dans les milieux humides, dans les marais, et que ces dioxines-là
étaient biodégradables, et que les dioxines qui étaient produites dans les
pâtes et papiers avaient entre autres des caractéristiques
biodégradables de haute teneur. Donc, des changements mineurs nous ont permis
de rééquilibrer et d'en arriver à une
harmonie encore entre la technologie et l'environnement, et ce, grâce à l'outil
analytique et la combinaison des compétences que l'on a su développer.
Je vous
illustre un exemple. Je pourrais vous en faire des centaines, je suis sûr que
le ministre serait excité, mais je vais lui épargner cette misère-là
aujourd'hui.
Bolduc : On serait tous excités. Mais je voudrais aussi, par exemple,
vous parler des cycles de carbone, qui est
une autre façon de regarder notre environnement. Et je pense que c'est
important d'en parler parce que, lors de nos débats, O.K., les... En fait,
les marchés de carbone, les plans
d'action sur les changements
climatiques, toutes ces données-là dépendent finalement de ce qui est en
train de se passer avec le carbone.
Il faut se
rappeler que le CO 2 augmente dans l'atmosphère entre 2 et 3 ppm
par année, ce qui semble un chiffre un peu effarant. Mais, juste pour
vous ramener à la période préindustrielle, on avait à peu près 280 ppm de
carbone ou de CO 2 dans
l'atmosphère, et là, maintenant, nous sommes autour de 400, avec une croissance
de 2 à 3 ppm par année, et ce 2 à 3 ppm par année là est le résultat
d'une consommation de 80 millions de barils de pétrole par jour. C'est ce qu'on consomme actuellement sur la Terre. Et,
si vous le prenez de façon brute, à plus
ou moins 5 % de précision, un baril de pétrole
fait à peu près une demi-tonne de CO 2 , donc on produit
40 millions de tonnes de CO 2 par jour. Il y a une exclusion partielle là-dedans, là, je ne veux pas
embarquer dans les détails techniques, mais, grosso modo, ça vous donne une idée de ce qui se passe. Et cette évolution-là a tendance à s'accroître de façon
exponentielle, et c'est une des raisons pour lesquelles la sensibilité
aux changements climatiques est très, très importante.
m'explique. En fait, les régions froides de la planète qui ont des cycles ou
des sols... des pergélisols, des sols gelés
en permanence, font qu'il y a à
l'intérieur de ces sols-là des
quantités phénoménales de méthane et de CO 2 qui est
capturé, et, à mesure que le CO 2 augmente dans l'atmosphère et qu'on réchauffe les segments froids de la
Terre, donc l'Arctique et l'Antarctique,
le Groenland, les pergélisols se réchauffent, et des quantités phénoménales de CO 2 et de méthane se libèrent, ce qui produit un accroissement
encore plus significatif du réchauffement planétaire.
Donc, les Nations unies, il y a quelques années,
ont fixé comme objectif un volume de 1 trillion de tonnes de CO 2 comme limite maximale pour 2050,
comme pour limiter le réchauffement de la Terre sous les 2°C, d'après les
estimés et la science connue de ce point-ci.
Et, encore là, vous pouvez constater qu'il y a encore beaucoup d'éléments
techniques inconnus à l'intérieur de ce cadre-là. Donc, à mesure qu'on avance
dans le temps, il va probablement y avoir de plus en plus de précisions.
Je vous
mentionne ça parce qu'à première vue ça peut paraître très important. Il y a
des variables positives, par contre,
qui nous aident, puis je vais vous les nommer aussi. Mais il faut se rappeler
qu'il y a du CO 2 , et on parle de méthane, qui, lui, a l'impact... 25 fois l'impact du
réchauffement du CO 2 . Donc, 1 ppm de méthane a un impact de
25 ppm de CO 2 . Heureusement,
le cycle de vie du méthane dans l'atmosphère est relativement limité avec une
moyenne d'à peu près 80 ans. Donc,
graduellement, il n'y a jamais des grandes accumulations parce qu'avec le temps
le méthane est réabsorbé et assimilé.
Je vous ai
parlé aussi que... Donc, on a parlé de CO 2 , on a parlé de méthane,
mais il y a aussi les aérosols, il y a aussi
les chloroformes, en fait tous les CFC et les HFC, pour ceux qui comprennent un
peu la réfrigération... savent que ces produits-là,
les CFC, ont été bannis, mais ils ont aussi un impact considérable dans
l'environnement. Et, quand on considère les réchauffements climatiques, c'est la somme de ces variables-là.
Donc, quand on en prend un séparément, on ne peut pas en arriver avec une conclusion précise, il faut
regarder l'ensemble des variables. Et je dois le dire aussi, c'est qu'il y
a une dynamique à l'intérieur de ce système-là qu'on ne comprend pas ou qu'on
ne maîtrise pas de façon totale. Je vous en donnerai quelques-uns un peu plus
tard.
De l'autre
côté, il faut se rappeler que les océans, les lacs, les rivières absorbent
entre 30 % et 40 % du CO 2 qui est produit dans
l'atmosphère et l'absorbent dans les océans, ce qui fait qu'une grande
partie
de ce gaz-là est absorbée de façon
systématique. Par contre, le risque que l'on retrouve là, c'est l'abaissement
du pH des océans, ce qui, éventuellement, en acidifiant, pourrait créer des problèmes extrêmement sérieux tels
que... par exemple la vie des homards, les crabes et toutes les huîtres qui... Tout ce qui se produit
avec du carbonate de calcium pour produire des protections, le corail
entre autres, pourrait être appelé à disparaître par l'impact du CO 2
dans les océans.
Éventuellement,
tout ce CO 2 là se précipite au fond des océans, et je vous dirai
qu'il y en a des réserves astronomiques,
et c'est ce que les volcans nous relâchent. Quand on a des éruptions dans certains
secteurs, surtout dans les zones de fracturation, on retrouve des
volumes de carbonates qui sont relâchés sous forme de CO 2 .
Naturellement, le reste du CO 2
suit la boucle du carbone via les plantes, et je tiens à vous rappeler, parce
que les plantes qui meurent, quand elles
vont dans le sol, elles deviennent de la tourbe, elles deviennent ensuite du
charbon, ensuite du pétrole et finalement du gaz naturel. Donc, tous ces produits-là sont le même produit à
différents âges. Donc, c'est important de le déterminer, parce que,
quand on ramasse de la tourbe pour la vendre, ça ne fera pas de charbon plus
tard; quand on ramasse du charbon aujourd'hui,
ça ne fera pas de pétrole plus tard; et le pétrole ne fera pas de gaz naturel.
Donc, tous ces produits-là sont aussi
partie du cycle de carbone qui a
été capturé et emmagasiné dans le sol, donc on... pour vous faire une grande
histoire, là. Mais il y a deux cycles
importants au niveau du carbone, celui des plantes qui s'emmagasinent dans le
sol et celui du CO 2 qui s'accumule dans les océans, se
précipite au fond des océans pour nous revenir Dieu sait quand sous forme
d'éruption volcanique.
Donc, je vous
fais un grand tour de l'horizon, mais ce qui est intéressant aussi, c'est de
constater que, le CO 2 , si vous regardez l'évolution analytique annuelle, encore grâce à notre
technologie qui a évolué, on peut constater une variabilité entre l'été et l'hiver. Les gens, au début, se
sont posé la question : Pourquoi c'est comme ça? Puis, quand vous
regardez la Terre, comme boule, vous devez
constater que 80 % des continents sont dans l'hémisphère Nord, parce que
l'équateur est juste... passe au centre de l'Afrique et de l'Amérique du Sud,
le reste est tout au nord, ce qui fait que, durant la saison estivale, la quantité de CO 2 sur la
Terre qui est consommée par les plantes dépasse la production. Donc, le CO 2
est en décroissance jusqu'à l'automne
où le cycle s'inverse pour retourner et recroître durant l'hiver. En moyenne,
il y a une augmentation nette.
Donc, je vous
parle de tout ça parce que les réchauffements climatiques, grâce à la
technologie que nous avons mise en place... nous permet de faire évoluer
non seulement nos compétences, mais notre façon de percevoir le monde. Et c'est un peu ce qui, pour moi, rend... donne
l'importance de l'ouverture de la
Loi sur la qualité de l'environnement,
parce que nous vivons dans le même monde,
mais avec de nouveaux yeux, avec des façons complètement différentes de
percevoir l'environnement dans sa vraie
nature en considérant que nous avons encore beaucoup d'apprentissages à y
faire, je dois l'admettre, et je vais vous épargner, comment je dirais
ça, cette leçon-là pour aller plus loin pour le moment, mais je vous reviendrai
peut-être un peu plus tard avec certaines autres friandises qui vont vous
raffoler, je suis sûr.
O.K. Donc, je ne vous apprends rien quand je
vous dis que la science de nos connaissances évolue très, très rapidement. On connaît mieux les effets de nos
gestes sur l'environnement, on connaît aussi les bienfaits que nous
apporte la nature. J'expliquais tout à
l'heure l'effet du cycle du carbone l'été par les plantes qui accumulent
beaucoup plus. Donc, on sait
maintenant que de protéger notre environnement, c'est beaucoup plus que de
protéger nos arbres ou les bébés phoques parce qu'on les trouve beaux. La nature nous rend fiers du service
qu'elle nous rend et, de plus,
elle nous le fait gratuitement. Donc, il est très important... Plus la
maîtrise de nos connaissances va être profonde, plus facile ça va être pour nous
d'élaborer des programmes, des façons de
faire qui vont être non seulement efficaces, mais beaucoup plus
performantes. Donc, pour moi, ça, c'est
quelque chose qui va sûrement être intéressant dans le débat de la
Loi sur la
qualité de l'environnement.
Donc, nos
connaissances scientifiques ont évolué, les citoyens aussi ont évolué — les idées ont évolué — dans
leur façon de voir l'environnement. La
défense de l'environnement n'est plus réservée aux hippies qui s'enchaînaient
après les arbres — on
les a déracinés, ces arbres-là — c'est l'affaire de tous...
Bolduc : Je m'excuse, je ne pouvais pas y résister. C'est l'affaire de
tous. Donc, il existe au Québec, depuis le début des années 90, des
écoles vertes. D'ailleurs, on est venus en parler lors des auditions publiques
sur la stratégie gouvernementale de
développement durable tenues par la Commission des transports et de
l'environnement. Les jeunes qui fréquentent ces écoles sont
conscientisés quotidiennement à l'importance qu'il faut accorder à notre
environnement. Et je suis convaincu que je
peux dire sans me tromper que les citoyens sont, en général, de plus en plus
préoccupés par la qualité de
l'environnement. Ce mouvement, on le retrouve aussi chez les entreprises, qui
sont de plus en plus conscientes de l'importance de l'environnement et
de leurs responsabilités. Je vous ai bien expliqué qu'à travers la technologie
cette connaissance-là, qui se développe de
façon très rapide, leur permet de prendre ces responsabilités-là et de les
maintenir de la bonne façon.
Donc, je suis
convaincu que je peux dire sans me tromper que les citoyens, en général, sont
de plus en plus préoccupés par l'ensemble de notre environnement. Et ce
mouvement, qui est aussi chez leurs entreprises, se tourne maintenant dans le
développement durable. Et on pourrait continuer longtemps là-dessus, là, mais,
à
titre d'exemple, on
commence à discuter aujourd'hui d'économie circulaire, donc il y a d'autres
éléments qui s'intègrent... Là, je peux arrêter, M. le Président, si on
est... Je ne me rendrai pas à ma question.
Président (M. Reid) : Oui. Bien, en fait, M. le député de
Mégantic, j'ai l'impression que votre intervention est un prélude à
votre question.
M. Bolduc :
Oui. Oui, j'arrive.
Le Président (M.
Reid) : Je pense que vous allez devoir poser votre question au
prochain bloc du groupe gouvernemental, je pense.
M. Bolduc :
Ça me va. Dommage.
Le Président (M.
Reid) : Alors, je passe maintenant la parole au député de
Groulx. M. le député de Groulx.
Surprenant : M. le Président, je vous remercie. Alors, je souhaite
également remercier le ministre et son équipe ministérielle d'être
présents avec nous pour pouvoir répondre à nos questions, également ses
collègues, là, de l'aile parlementaire
gouvernementale — les
députés de Saint-Maurice, Vaudreuil, Argenteuil, Laviolette et Mégantic — que
je remercie en particulier pour avoir fait
évoluer mes connaissances scientifiques — et puis le député également de
l'aile... de la première opposition officielle, le député de...
Surprenant : ...Jonquière, et mon collègue également député de
Borduas.
Alors,
je vais donc faire du millage un peu au niveau de l'environnement, de la
protection de l'environnement, maintenant que j'en connais un peu plus
au niveau de son fonctionnement, de son interrelation. Alors, je voudrais parler de la Stratégie québécoise sur les aires
protégées. Alors donc, j'ai de l'information ici qui dit que vous avez...
on a 152 779 km² qui seraient dans
des aires protégées actuellement, mais, dans la description que vous en avez
faite, dans les documents qu'on a
obtenus, il y a une
partie de ces aires-là qui sont des réserves projetées.
Alors, j'aimerais que vous m'expliquiez
en quoi cela consiste, une aire protégée, c'est-à-dire une aire projetée
protégée, et c'est quoi, le processus pour qu'elle devienne définitivement protégée, donc, pour voir si, dans vos
calculs, en fait, là, on est vraiment à 152 000 km² ou si
l'objectif donc est plus important atteindre, là.
Le Président (M.
Reid) : Oui. Alors, M. le ministre.
Heurtel : M. le Président, pour répondre spécifiquement au niveau du processus... parce que
l'aire protégée projetée, c'est une étape qui mène ultimement à la
reconnaissance d'une aire protégée. Alors, avec votre permission, peut-être que
je pourrais demander au sous-ministre adjoint Beauchesne de vraiment décrire le
processus qui mène à la reconnaissance d'une aire protégée.
Le Président (M.
Reid) : Oui, M. le ministre. J'ai besoin du consentement des
membres de la commission. Est-ce que j'ai le
consentement? Oui. Alors, allez-y, M. le sous-ministre. S'il vous plaît, vous nommer avant de commencer.
M. Beauchesne
(Patrick) : Bonjour, M. le Président. Patrick Beauchesne, sous-ministre
adjoint à l'état de l'environnement, écologie et développement durable.
Donc,
pour le processus de création des aires protégées, d'abord,
première chose, lorsque le gouvernement
octroie un statut de protection, il le fait en vertu de la
Loi sur la
conservation du patrimoine naturel, loi qui a été sanctionnée en décembre 2002. Le statut projeté est un vrai
statut d'aire protégée. Au moment où le gouvernement octroie le
statut projeté, la superficie en kilomètre
carré et en pourcentage est comptabilisée au Registre des aires protégées.
L'esprit de la loi, en 2002, était à
l'effet, compte tenu de la cible ambitieuse qu'il y avait
de créer des aires protégées, puisqu'en 2002 le pourcentage d'aire
protégée au Québec était de 1 %, et l'objectif était d'atteindre la cible
de 8 % en 2005, cible qui a été atteinte en 2009...
Donc,
la loi prévoit un statut projeté, qui est un statut temporaire d'aire protégée,
mais il y a exclusion des activités industrielles, minières, forestières, production
énergétique, maintien des droits autochtones, maintien de certaines activités
comme la chasse, la pêche, les activités
reliées, par exemple, à l'industrie des pourvoyeurs. Mais le statut
projeté donne une période de temps
donnée, initialement de quatre ans, afin de compléter soit certaines études scientifiques ou certains processus de
concertation avec les intervenants régionaux ou les gouvernements régionaux comme les MRC et les communautés autochtones avant
que le gouvernement, dans une deuxième phase, octroie un statut permanent
d'aire protégée où, là, il y a toutes sortes d'obligations en termes de
délimitation, d'arpentage du territoire, des éléments techniques.
Donc, dans le
processus, actuellement la plupart de nos aires protégées ont effectivement un
statut projeté, quelques-unes ont des statuts permanents, mais, en général, il
y a une période de quatre à huit ans qui s'écoule entre le statut projeté et le
statut permanent. Mais ce qu'il faut comprendre, c'est que ce sont de vraies
aires protégées, qui rencontrent les
critères de l'Union internationale de la conservation de la nature, qui font en
sorte que l'objectif premier
de ces territoires-là sont la protection de la biodiversité et qu'il n'y a
aucune activité de prélèvement de ressources sur les territoires en question.
Merci.
Le Président (M. Reid) :
Merci, M. le sous-ministre. M. le député de Groulx.
Surprenant : Alors, je
comprends que vous venez de mentionner que c'est... Vous disiez, au départ,
quatre ans pour compléter les études, puis,
plus tard, vous avez dit quatre à huit ans. L'écart de quatre ans additionnels,
c'est quoi?
Beauchesne (Patrick) : La
loi prévoit que, si, à l'intérieur de la première phase de quatre ans, nous
n'avons pas réussi à terminer les étapes
pour aller au statut permanent, M. le
Président, le gouvernement peut, par décret, prolonger la période de statut projeté pour
une autre période de quatre ans.
Le Président (M. Reid) :
Merci. M. le député de Groulx.
Surprenant : Alors, on est à
152 779 kilomètres carrés
approximativement, qui est 9,16 %, et on a un objectif de 12 % à atteindre d'ici... c'est-à-dire fin
2015, cette année. 2017, on parle de... en 2020, on parle de 17 %. Mais,
pour 2015, donc, on doit rajouter
2,84 % approximativement, donc au-delà de 47 000 kilomètres carrés.
Alors, qu'est-ce que vous entendez faire pour atteindre l'objectif d'ici
la fin de l'année?
Le Président (M. Reid) : M.
le sous-ministre.
Beauchesne (Patrick) :
Merci, M. le Président. Depuis, en fait, la progression des cibles en 2011, il
y a eu de nouvelles orientations gouvernementales adoptées en matière
d'aire protégée qui fixaient effectivement la cible de 12 % à atteindre en
2015. Les travaux se poursuivent. Nous avons, entre la période 2009... au
moment où on a atteint la cible de
8 % — on
l'avait un petit peu dépassée — mis en place un nouveau processus de travail
qui était notamment avec les
intervenants régionaux et les conférences régionales des élus. Donc, c'était
vraiment une démarche de participation et
de concertation avec les différents intervenants régionaux. Il y a un très,
très grand nombre de propositions qui ont été faites, propositions qui
ont été analysées à l'échelle du ministère et à l'échelle gouvernementale, en
tenant compte aussi des réalités et des
conventions qui s'appliquent sur le territoire, notamment la Convention de la Baie James et
du Nord québécois. Donc cette période-là effectivement demande... tout ce travail-là
demande énormément d'efforts et d'énergie.
M. le ministre mentionnait tout à l'heure, lors
de l'annonce du Plan Nord, effectivement, la protection de la rivière Kovik. Donc, si on veut, on souhaite
4 600 kilomètres carrés, je pense
qu'on devrait être en mesure d'atteindre notre cible de 12 % en 2015, et
il y a déjà beaucoup, beaucoup de travaux, là, d'identification de
territoires qui ont été faits.
Le Président (M. Reid) :
Merci, M. le sous-ministre. M. le député de Groulx.
M. Surprenant : Très bien.
Maintenant, ma question s'adresse au ministre. En considérant qu'il y a des aires,
donc, qui sont projetées qui ne sont pas encore effectivement des réserves, là,
permanentes et les efforts, que le collègue
tantôt a mentionnés, importants au niveau de l'énergie qu'il y a à mettre pour
arriver à conclure, là, au niveau d'autres
propositions qui ont été faites, est-ce que vous... Et le budget que vous aviez
alloué pour ça était de 2,2 millions de dollars pour 2014‑2015.
Alors, quel est le budget alloué pour 2015‑2016? Et est-ce que vous considérez,
à la limite, que, selon votre chiffre, ça pourrait être suffisant pour en
arriver aux résultats de fin d'année anticipés?
Le Président (M. Reid) : M.
le ministre.
M. Heurtel : Un instant, s'il vous
plaît, M. le Président.
Le Président (M. Reid) : Oui.
Président (M. Reid) : ... au ministre. Est-ce que j'ai le
consentement pour donner la parole à la sous-ministre? C'est ça, M. le
ministre, que vous voulez?
Heurtel : En attendant, si
vous permettez, parce qu'on va
trouver le chiffre demandé par le collègue, c'est quand même important de préciser, bon, comme le
sous-ministre adjoint a précisé, que 4 651 kilomètres carrés, ce
n'est quand même pas rien, puis c'est un extraordinaire bassin versant que
celui de la rivière Kovik, dont on a annoncé la protection prochaine. Juste ça, ça va faire passer de 9,16 % à
9,44 % notre bilan en matière d'aires protégées, nous dirigeant toujours vers le 12 %. On a bon espoir d'y
arriver à temps. C'est sûr que c'est beaucoup, mais il faut comprendre
qu'encore une fois, comme le sous-ministre
adjoint a expliqué, ce n'est pas simplement de dire : Bien, le
gouvernement prend une carte, détermine, puis là, ça, puis paf! C'est
une aire protégée! C'est un processus qui est normé, c'est un processus qui implique plusieurs communautés, qui implique
un processus important de consultation, et il faut bien comprendre qu'on
avance dans la bonne direction. Quand on
regarde l'ensemble des projets d'aires protégées qu'on a, je pense
notamment à la rivière Broadback et d'autres
projets, on est clairement dans la bonne voie pour y arriver, mais ça prend du
temps. Alors, des fois... Plus tôt
cette année, j'ai annoncé que sept aires projetées qui justement venaient à
terme de leur délai de quatre ans... Bon, ce n'était pas réglé encore.
On a prolongé pour justement nous donner le temps d'y arriver. Mais ce n'est
pas dire qu'on n'y
arrivera pas, c'est juste que le processus prend plus de temps que prévu, puis
ce n'est pas... aucune mauvaise volonté
de la part des parties, c'est juste qu'il y a beaucoup de parties, ça prend du
temps, mais on a bon espoir d'y arriver puis on avance dans la bonne
direction. Alors, sur ce, est-ce qu'on est arrivé à...
Une voix : On n'a pas encore
notre chiffre exact, là, mais on va l'avoir puis on va pouvoir...
Heurtel : On n'a pas encore notre chiffre exact, M. le Président.
Est-ce que je pourrais demander l'indulgence du député et de nous donner
un peu de temps pour lui revenir?
Président (M. Reid) : Oui. M. le député de Groulx, est-ce que
vous voulez poser une autre question? Il vous reste presque deux
minutes.
M. Surprenant : C'était ma question,
et je vais passer la parole à mon collègue.
Le Président (M. Reid) : M.
le député de Borduas.
M. Jolin-Barrette : Merci. Mais
concrètement, M. le Président, est-ce qu'on va pouvoir atteindre nos cibles? Je comprends que c'est un long processus en
matière d'aires protégées, mais il y a plusieurs groupes qui nous disent :
Bon, il y a des efforts supplémentaires à
faire. Mais est-ce qu'on va réussir à remplir les cibles qu'on s'est fixées ou
nos objectifs sont trop ambitieux en matière de réserves d'aires
protégées et de territoires protégés?
Et il y a une sous-question à ça aussi qui avait
été soulevée lors de l'adoption de la
Loi sur la Société du Plan Nord avec le collègue des Ressources naturelles, à
savoir : À partir du moment où il va y avoir 50 % du territoire
d'aires protégées, est-ce qu'on va cartographier le territoire? Est-ce qu'on va
vérifier qu'est-ce qu'il y a à l'intérieur du sol?
Le Président (M. Reid) : M.
le ministre.
M. Heurtel : Alors, M. le Président,
je ne crois pas que c'est possible d'avoir trop d'ambition et je crois que tant
moi-même que le ministère, que notre gouvernement allons continuer à nous
donner des objectifs ambitieux et à tout faire pour y arriver.
Alors, pour ce
qui est du 12 %, on travaille
activement puis on poursuit le travail pour atteindre notre objectif
de 12 % d'ici la fin de 2015. Alors, on
continue le travail, je le dis, on a annoncé la rivière Kovik il y a quelques
semaines, on travaille sur la rivière
Broadback, qui est un autre dossier très important. Il y a à peu près
une dizaine d'autres dossiers actifs présentement. Alors, ce n'est pas quelque
chose qu'on prend à la légère, et on
a bon espoir d'avancer concrètement, et on va maintenir notre objectif,
et on fait tout en oeuvre pour l'atteindre.
Pour ce qui
est du Plan Nord, de la sous-question du député, je veux juste préciser une
certaine chose. On ne s'est pas engagés à faire...
Le Président (M. Reid) : En
terminant.
Heurtel : Oh! En terminant, bien, on ne s'est pas engagés à faire
50 % d'aires protégées, on s'était engagés à faire 50 % à des fins autres
qu'industrielles. Dans ce 50 %, il y aura 20 % qui sera des aires
protégées strictes, et le 30 % autre sera réservé au principe de
conservation dont j'ai parlé dans mon allocution.
Pour répondre
très, très, très rapidement, il va y avoir avant tout une caractérisation qui
va être faite du territoire avant de
déterminer le territoire qui fera soit l'objet du 20 % d'aires protégées
ou du 30 % de conservation. Je pourrais aller plus loin dans un
autre bloc...
Le Président (M. Reid) : Il
faudrait arrêter parce que le temps est dépassé.
Heurtel : Est-ce que, M. le Président, avec votre... Tout le monde a
déjà passé d'une minute. Est-ce qu'on pourrait
revenir lors du prochain bloc cet après-midi, peut-être? Parce que je voudrais
donner à la députée indépendante de Sainte-Marie—Saint-Jacques la possibilité de poser ses
questions, elle aussi. Alors, c'est à vous, la parole, Mme la députée.
Massé : Merci, M. le Président. Bonjour. Bonjour, chers collègues, M.
le ministre. Bien, je vais continuer sur la question des aires
protégées, ça va nous aider.
En fait, je
vais me permettre un petit préambule parce que j'ai bien 10 minutes, hein,
M. le Président? C'est bien le temps que j'ai, 10 minutes?
Le Président (M. Reid) :
Pardon? Oui, 10 minutes.
Massé : Merci. Je voulais juste être certaine. En fait, parce que
cette question d'aires protégées... Il faut se rappeler pourquoi on veut
faire des aires protégées. Bien sûr, c'est un engagement international, bien
sûr que, lorsqu'au Sommet de Rio, comme
collectivité, on s'est dit que c'était une bonne affaire d'entériner ces
conventions-là, c'est qu'on voulait
faire notre contribution à la préservation, d'une part, de la biodiversité et
au défi climatique, je dirais, qui se présente à nous.
Alors, toute la question des aires
protégées... C'est vrai, on ne peut pas prendre une carte puis dire : On
fait un trait ici, puis c'est là. C'est parce qu'il faut que ça ait une
valeur. Et, ce matin, je mettais à la question... Vous avez bien vu que j'étais très préoccupée sur la vieille
forêt, que j'ai appelée «vierge», de Kanasuta. Mais elle a quelque chose
de vierge, et ça, les gens qui nous écoutent
le savent bien puisque, depuis que la Terre est Terre, à part des mocassins
qui ont passé dessus, puis quand même une
couple de camions, cette forêt est demeurée à l'état original. Mais ce qui est
sa grande valeur, de cette forêt, c'est
qu'elle est au sud du 49e parallèle, au 48e parallèle, et ça, il faut garder ça
en tête quand on pense aux aires
protégées. Pourquoi? Bien, parce qu'on ne peut pas apprendre de ce que des
millénaires de développement naturel ont à nous enseigner au 48e
parallèle si on protège quelque chose au 50e. Ça ne marche pas. Alors, c'est
pourquoi ce matin j'ai questionné, bien sûr parce que j'ai une grande
préoccupation sur cette vieille forêt qui est Kanasuta.
Mais
ma plus grande préoccupation — bien, je ne sais pas si elle peut être plus
grande — c'est
que je suis très consciente que,
lorsqu'on a signé la convention, en 1992, sur la question du développement
durable et de la protection de
la biodiversité, le ministère de l'Environnement, qui était seulement
de l'Environnement à l'époque, ce ministère-là avait plus de 1 % du budget du gouvernement. Aujourd'hui, 2004‑2005, on rajoute parce qu'on évolue, parce qu'on comprend mieux les enjeux, pas des 10, 15, 20 prochaines années,
des prochains millénaires, le développement durable. Plus que ça, 2014, on rajoute l'autre défi du XXIe siècle qui sont
les changements climatiques. Alors, ce ministère-là, qui porte en son sein les deux plus grands défis de
développement pour le prochain millénaire, voit son budget réduit encore une
fois, et, cette fois-là, il est en deçà du 1 % de l'ensemble du budget du
gouvernement du Québec.
Alors,
vous comprendrez qu'on est extrêmement préoccupés parce qu'on a l'impression,
là, d'avoir un ministère qui porte les plus grandes responsabilités qui
nous incombent comme humains. Et, dans les faits, c'est des pompiers
volontaires, c'est des gens qui... à qui on ne donne pas de moyen d'assumer
leurs responsabilités. Et ça, c'est grave, M. le Président, c'est très grave.
Alors, en toute
transparence, j'ai besoin de demander sur les aires protégées, sur le
développement, sur l'ensemble — je ne vous parle pas de la faune, j'y
reviendrai si j'ai le temps : Ce ministère qui est toujours au
premier rang lorsqu'il y a une crise — parce qu'il n'a pas le choix, c'est une
crise, c'est ça, les pompiers volontaires — quand on lui demande d'agir en amont,
on ne lui donne pas les moyens. Alors, M. le ministre, considérez-vous que vous
avez les moyens nécessaires pour remplir vos responsabilités?
Le Président (M.
Reid) : Merci. M. le ministre.
Heurtel : Merci, M. le Président. Je sais que la députée déplore
toujours son manque de temps, mais là j'espère qu'elle comprendra qu'elle me pose une question très dense et j'espère
qu'elle ne me reprochera pas trop... parce que j'ai plusieurs éléments
de réponse à apporter. Alors, ce n'est pas par...
Mme Massé :
Donnez-moi une petite minute à la fin.
M. Heurtel :
Je vais essayer, O.K., on va essayer de se coordonner. Ça va me faire
plaisir...
Mme Massé :
O.K. Sinon, ça va à après-midi.
M. Heurtel :
Non, non, mais dites-le-moi quand il me reste une minute, là.
Le Président (M. Reid) :
D'accord.
M. Heurtel :
Parce que je veux tout à fait échanger, puis la députée soulève des questions
tout à fait valides.
veux juste... Rapidement, bon, sur le secteur Kanasuta-Kekeko, c'est un
territoire d'intérêt qui fait
partie de la liste de zones à l'étude pour le développement de réseaux d'aires
protégées de l'Abitibi-Témiscamingue, puis, au cours de l'année 2015‑2016, il est prévu que les zones
d'étude, incluant ledit territoire, fassent
partie de l'objet... «fassent
partie», fassent l'objet, pardon, d'une consultation publique régionale en vue
de déterminer des nouvelles aires protégées.
que je veux ajouter également là-dessus, c'est que c'est quand même fondamental
pour nous, la question des aires
protégées. parce que, oui, quand on parle de forêts millénaires
particulièrement, ces forêts-là, ces aires projetées, c'est important pour toutes les raisons que vous avez
soulignées tant en commission que ce matin à la période de questions, mais
c'est un enjeu d'autant plus important parce que ces forêts-là jouent un rôle
fondamental dans la lutte contre les changements climatiques. Et c'est pour ça
qu'on regarde activement aussi la question, particulièrement dans le cadre du Plan Nord... On veut regarder et approfondir la
question du carbone terrestre, voir... Rapidement, là, c'est la question
de voir la valeur et de déterminer... Le
carbone qu'on n'exploite pas, ça a une valeur. Ce qu'il reste en terre, les
arbres qui ne sont pas coupés, c'est du carbone qui, justement, n'est pas
nécessairement libéré. Et donc ça a une valeur, puis il faut aller plus loin
là-dedans. Puis j'ai fermement l'intention de travailler non seulement à
l'intérieur du ministère, mais de travailler avec des parties prenantes
spécialisées dans ce domaine-là pour approfondir ces questions-là. Bon.
la question des moyens, il faut comprendre que... C'est sûr que n'importe quel
ministère voudrait avoir plus de moyens. Ce n'est pas seulement le
ministère de l'Environnement ou... n'importe quel autre ministère voudrait
avoir plus de moyens. Mais il est nécessaire
de faire l'exercice que nous faisons, de redressement des finances publiques.
Les dernières années l'ont clairement
démontré, on l'a démontré, on est allés trop loin, l'élastique est étiré au
maximum, et on doit revoir nos façons de faire. Et il faut que tous les
ministères et organismes du gouvernement fassent leur part, puis le ministère
de l'Environnement doit faire sa part.
Mais,
de là, il faut quand même souligner le fait que ce que ça cause à l'intérieur
du ministère, c'est que ça nous force
à justement revoir la façon dont on fait les choses. Est-ce que, justement, on
peut mieux faire les choses? Est-ce qu'on peut revoir nos procédés?
Est-ce qu'on peut revoir nos processus tout en maintenant nos services de
première ligne : Urgence-Environnement,
les inspections, la sécurité des barrages? C'est très important de maintenir ça
et c'est une des raisons pour
lesquelles on regarde la question très importante puis qu'on a annoncé plus
tôt... j'ai annoncé plus tôt cette année
notre projet de modernisation de la
Loi sur la qualité de l'environnement. Est-ce qu'on peut trouver des meilleures façons de faire les choses tout en maintenant les
hauts standards en matière de protection de l'environnement que
nous avons? Est-ce qu'on peut mieux faire les choses, être plus efficaces? Et
nous le croyons.
Puis, en plus de ça, cette question des moyens,
je comprends, puis on... j'ai l'impression qu'on va en parler davantage durant les crédits, et c'est tout à fait normal, mais, quand on regarde l'ensemble de l'action du ministère de l'Environnement, de grâce, ne
pas oublier le Fonds vert! C'est 3,3 milliards
de dollars d'ici à 2020 que nous
aurons, et ça aussi, ça contribue à la mission du ministère du
Développement durable, de l'Environnement et de la Lutte contre les changements
climatiques. Alors, oui, on peut discuter du fait que le ministère, comme tous
les autres ministères et organismes, font
leur part, mais regardons l'ensemble des moyens dont nous disposons comme gouvernement pour faire un impact significatif sur la protection de notre environnement.
Je vois qu'il nous reste à peu près une minute.
Le Président (M. Reid) : Oui.
Mme la députée de Sainte-Marie—Saint-Jacques.
Massé : Merci. 3,3 milliards que nous aurons, et, pendant ce temps-là, malheureusement, on n'agit pas. Kanasuta, à
partir du moment où on coupe, c'est fini, et c'est fini pour le reste de l'humanité.
Alors, je veux bien, peut-être que le
Fonds vert peut être une
partie de la solution, je ne sais pas, je n'ai pas
étudié la question. Je nous rappelle juste collectivement que les dépenses de programmes au Québec
en 2001 étaient de 17,8 %; 2014, 18 % de l'ensemble. Je
vais le répéter, et vous savez bien que je
m'adresse aux ministères économiques : Il y a des façons faciles,
identifiées, claires d'aller chercher plus d'argent, et, quand on a des
défis qui vont avoir des impacts sur l'ensemble de l'humanité, il me semble
qu'il faut faire ces choix-là, on a cette responsabilité-là.
Le Président (M. Reid) : Merci,
Mme la députée. Le bloc est terminé.
Nous allons passer maintenant... et nous allons
terminer cet avant-midi avec un dernier bloc du côté gouvernemental. Et je
donne la possibilité au député de Mégantic de poser sa question.
M. Bolduc : Il y a une possibilité
peut-être.
Une voix : Il avait une question.
M. Bolduc : Merci, M. le...
M. Bolduc : Tu n'as pas compris? Je
recommence.
Des voix : C'était juste une
feuille, il en a 12.
Bolduc : En fait, en fait, j'ai reçu une note intéressante qui me
disait tout à l'heure, M. le Président, que l'effet du méthane était de
29 et non de 25, mais je considérais le méthane vs le CO 2. Mais le
méthane dans l'atmosphère, effectivement,
peut avoir un effet de 29, mais, si on considère les métal... les
fluorométhanes et les chlorométhanes, c'est 32 sur une base d'un siècle.
Mais je ne veux pas vous ennuyer avec mes détails.
Écoutez, on
en était à oublier... à parler du développement durable, qui inclut le
développement économique et l'équité sociale. Et, à ce chapitre-là, je
pense que c'est bien important de bien le... puis je vais le répéter parce que
le développement durable, ce n'est pas rien
que la protection de l'environnement, c'est aussi du développement
économique et de l'équité sociale. C'est un
élément fondamental, et je crois qu'actuellement, dans la société, il y a
beaucoup de débats là-dessus, et on semble polariser souvent les débats
de développement durable vers des débats d'environnement.
Et je crois
qu'il faut élargir un peu notre horizon pour essayer d'inclure les deux autres
pieds du tripode, O.K., parce que le développement économique, ça crée
de la richesse, ça crée des emplois et ça nous permet une meilleure équité sociale, et c'est ça, l'idée qu'il y a derrière le
développement durable. Sans développement, ce n'est que de la protection
de l'environnement pure et dure, on ne fait plus rien, on ne touche plus à
rien, on se préoccupe des besoins réels de la population d'aujourd'hui. Ce
n'est pas du développement durable. Il faut bien comprendre les enjeux.
Je vous ai
abondamment expliqué les éléments techniques et technologiques qui peuvent nous
aider à accomplir ces objectifs-là,
donc je pense qu'il faut bien, bien s'assurer qu'il y a un équilibre, et cet
équilibre-là, il va falloir pousser dessus pour s'assurer qu'on le maintient au bon endroit. Donc, ce sera
probablement notre plus grand défi dans la modernisation du régime
d'autorisation de la Loi de la qualité de l'environnement, une question de bien
équilibrer les besoins de tous, incluant l'environnement.
Donc, M. le ministre, j'aimerais bien vous
entendre là-dessus. Comment vous prévoyez vous y prendre pour réaliser tout
cela?
Président (M. Reid) : Alors, la parole est à vous, M. le
ministre.
M. Heurtel :
Merci, M. le Président. Et je tiens à remercier le député de Mégantic pour son
préambule, son préambule du bloc précédent, parce qu'on ne met pas assez d'accent, à mon avis,
sur l'importance de la science dans les questions environnementales et autres, puis on a tendance à escamoter ça
rapidement. Puis, le dernier bloc, justement, vous avez permis de mettre de l'avant la nécessité de bien connaître le
sujet, et de bien approfondir, et de mettre de l'avant un discours puis
un langage qu'on n'entend pas assez souvent, je crois, ici, à l'Assemblée nationale.
Alors, je tiens à vous remercier pour ça.
a commencé un vaste champ d'études pour voir comment on peut accomplir ces
objectifs dont je parlais tout à l'heure — je pourrais les préciser davantage — qui sont : d'actualiser le régime
d'autorisation, sans pour autant réduire les exigences
environnementales; concentrer nos efforts sur les projets ayant des impacts
relativement importants sur l'environnement;
alléger et clarifier le traitement des demandes pour des projets ayant des
impacts moindres; et alléger et clarifier
les démarches d'autorisation dans le but d'augmenter l'efficience du ministère
et d'obtenir un meilleur partage des responsabilités.
Alors,
ce qu'on se propose de faire, M. le Président, c'est d'intégrer, comme j'ai
dit, l'ensemble des remarques, des ouvrages et des consultations qui ont
été faites dans les dernières années, qui traitaient justement spécifiquement
de comment on pourrait améliorer le régime
d'autorisation environnementale au Québec. On veut aussi entendre les
groupes. On a déjà commencé des consultations ciblées qui ont eu lieu ces
dernières semaines. On s'est concentrés auprès des groupes environnementaux. On a aussi parlé à des acteurs
socioéconomiques, des acteurs institutionnels, qui incluaient les
Premières Nations notamment, les municipalités, des représentants du monde
syndical également.
Cette première phase
des consultations ciblées est terminée. Cela va mener à la publication, ce
printemps, d'un livre vert. Ce livre vert va faire l'objet d'une commission
parlementaire, donc nous reviendrons ici devant vous, M. le Président, ainsi que les collègues pour recevoir l'opinion des
divers groupes sur le livre vert. Cela mènera à un dépôt de projet de loi, nous l'espérons, à l'automne
prochain, qui, lui également, fera l'objet évidemment d'une commission
parlementaire.
Donc, en gros, en
résumé, voici les principaux objectifs et les grandes lignes de notre projet de
modernisation du régime d'autorisation de la
Loi sur la qualité de
l'environnement. Merci, M. le Président.
Le Président (M. Reid) :
Merci, M. le ministre. Je donne la parole maintenant au député de Mégantic.
Bolduc : Merci, M. le Président. M. le ministre, vous vous souviendrez
peut-être qu'en juin dernier, lors de l'étude des crédits 2014‑2015, le
député de Dubuc vous avait posé une question concernant les milieux humides et hydriques. Il vous avait expliqué comment on vivait
ça dans nos comtés, comment, pour plusieurs, qu'ils soient entrepreneurs ou élus municipaux, toute la notion
de milieux humides, c'était quelque chose qui était presque abstrait,
voire même ésotérique. Évidemment, c'était une façon imagée de vous dire à quel
point, lorsqu'il y avait un milieu humide d'impliqué dans un projet de
développement, ça pouvait, pour certains, virer en vrai cauchemar.
L'objectif était de vous sensibiliser au fait
qu'il y a beaucoup d'incompréhension sur le sujet. Et, lorsqu'il y a de
l'incompréhension ou un manque de connaissance, ce qui arrive souvent — pas
de votre part, mais de la part des intervenants — c'est que l'on s'imagine des choses, et ça
nous fait souvent arriver à la mauvaise conclusion. Dans le cas des milieux
humides, la conclusion à laquelle plusieurs entrepreneurs arrivaient était que
tout pouvait être déclaré milieu humide. Il suffisait d'un peu de pluie pour
que ça arrive.
Je pourrais
prendre, à ce chapitre-là, le cas des Everglades, en Floride, hein? Parce que
vous savez qu'une grande
partie de
ces Everglades-là ont été drainés, et maintenant le gouvernement américain a
mis un projet de plus de 10 milliards de dollars pour les restaurer. C'est un peu effarant quand vous prenez
la peine de réfléchir à ça. On a dépensé des milliards de dollars pour drainer les Everglades, pour les
mettre en agriculture, puis là on s'est dit : Bien, peut-être qu'on a fait
plus de dommages que de bien; on va les
retourner en Everglades. Ça, c'est des milieux humides, des vrais milieux
humides dans leur pure façon de les connaître. Et moi, j'ai toujours été un peu
épaté, je dirais, par la sensibilité de ces milieux humides là dans nos régions. Puis moi, je suis député dans le sud du
Québec, où on a beaucoup de lacs et aussi beaucoup de milieux humides,
mais de milieux qui sont, comment je dirais... un peu mal définis ou...
impossible de les définir.
Quand on
parle de milieux humides, je vous donne un exemple précis. On a des cédrières
de cinq, 10, 50, 100 acres qui sont finalement à l'eau claire
pratiquement à l'année longue, et la pratique est que, quand les cultivateurs
ou les propriétaires de ces terres-là veulent en extraire les coupes, on fait
une coupe à blanc. Même si, aujourd'hui, les lois empêchent qu'on fasse des coupes à blanc, même si, aujourd'hui, on dit
que ça, ça n'a pas de bon sens, la seule technique qui est vraiment bien maîtrisée... Parce que,
quand on ouvre une cédrière, là, aux quatre vents — il faut vraiment l'expliquer comme ça — le reste s'endommage très, très rapidement,
puis on ne dispose pas de façon de bien régler ce problème.
Ce que
j'explique ici, c'est un peu pour essayer de faire comprendre le commentaire du
député de Dubuc, qui dit que, bien souvent, on ne sait pas vraiment
comment ça marche, puis les pratiques du passé ne nous offrent pas des solutions adéquates pour protéger ce type
d'environnement. Et moi, j'ai fait un inventaire dans ma région à moi,
parce que je suis souvent dans le bois, et
on peut constater encore aujourd'hui... En fait, j'en ai vu cet hiver encore,
des gens qui travaillent dans des
secteurs que je qualifierais de milieux humides et qui faisaient des coupes à
blanc parce qu'ils n'ont pas d'autre façon de faire ça adéquatement sans
avoir un impact financier négatif considérable.
Et ça, ça a
un autre impact qui, pour moi, est extrêmement important, puis je vais
l'expliquer. Parce qu'on vit dans une région qui est pleine de petites
municipalités, et toutes ces municipalités-là sont alimentées en eau par des
puits artésiens, et ces puits-là sont
alimentés en eau d'une façon ou d'une autre, O.K. Et, fondamentalement,
l'hydrogéologie, c'est-à-dire les
écoulements d'eau souterraine vers les vallées, font que cette eau-là a été
approvisionnée, la plupart du temps,
via des milieux humides. Et j'ai été particulièrement sensible à ça comme
maire, dans ma municipalité, où on avait été obligés pour des raisons fonctionnelles d'investir, au début des
années 2000, des millions de dollars pour réorganiser des réseaux d'aqueduc qui avaient été finalement
abusés, et la municipalité avait manqué d'eau à quelques reprises. Je me
souviens entre autres que, vers 2003, ils
avaient dépensé quelque chose comme 200 000 $ ou 300 000 $
pour approvisionner la municipalité en eau parce qu'il fallait aller la
chercher dans des municipalités voisines.
Je vous dis
ça parce que les gens se rappellent tous que... Les puits qu'on a maintenant,
tout le monde veut les protéger, mais on ne sait pas comment le faire.
On ne sait pas qu'est-ce qu'il faut protéger quand on parle de protéger des milieux humides comme ces cédrières-là, comme
des étangs. On ne comprend pas qu'est-ce qu'il va falloir changer dans
notre façon de faire.
Et, comme tendance fondamentale, j'ai à vous
avouer quelque chose de très difficile à comprendre : l'eau a tendance à descendre les côtes. En partant de ce
principe-là, là, on peut penser que les milieux humides qui sont dans
les régions élevées sont des sources
d'approvisionnement très, très, très sérieuses pour les approvisionnements
qu'on retrouve en aval de ces
sections-là. Et moi, j'ai fait un inventaire, dans notre région, de ce type de choses là et je me suis rendu compte de
certaines sensibilités, je devrais dire, puis je vais vous en donner
quelques-unes ici.
Un des cas
sensibles, c'est quand l'agriculture... qu'ils mettent du drain agricole dans
les terres, on a très peu de rétention.
Naturellement, on a un enrichissement de sol, les minéraux sont
plus disponibles, mais on a aussi un
appauvrissement de l'hydrogéologie parce que
la percolation ne peut pas se faire dans les sous-sols. Dès qu'elle
arrive au drain, elle est évacuée. Ça, c'est un premier constat que j'ai fait.
Je ne dis pas que c'est complètement négatif, mais ça n'aide pas.
Le deuxième
cas, c'est que la plupart... Je vis dans une région qui est habitée de
territoires privés, de forêts privées. Et
je dirais que, dans les derniers 40 ans, la pratique est très
simple : on achète un lot à bois, on fait un chemin dans le milieu,
avec un beau fossé, puis on draine tout ce qu'il est possible de drainer pour
s'assurer qu'il y a le moins d'eau possible,
pour faire croître les arbres le plus rapidement possible. Et, de cette
façon-là, nous avons drainé des centaines
de milliers d'hectares de terres qui avaient des milieux humides en quantité
considérable pour la percolation de l'hydrogéologie, O.K.?
Donc, ces
deux variables-là à elles seules on des impacts très considérables sur
l'évolution de l'hydrogéologie, et je
le dis parce que... Ça a l'air un peu simpliste, là, mais on a des centaines de
municipalités dans mon secteur, petites municipalités de 100 à
2 000 âmes, qui sont toutes alimentées en eau souterraine.
Le Président (M. Reid) :
M. le député de Mégantic, je vais devoir vous interrompre.
Le Président (M. Reid) : Vous
poursuivrez à un prochain bloc cet après-midi.
Étant donné l'heure, la commission suspend ses
travaux jusqu'à 15 heures, et vous pouvez laisser, tout le monde, vos
affaires ici. C'est surveillé.
(Suspension de la séance à 13 h 42)
Le Président (M. Reid) : À
l'ordre, s'il vous plaît! À l'ordre, s'il vous plaît! Alors, nous allons
reprendre nos travaux.
Je vous
rappelle que la commission est réunie afin de poursuivre l'étude des crédits budgétaires du portefeuille Développement
durable, Environnement et Lutte contre les changements climatiques pour l'exercice financier 2015‑2016.
Alors, nous avons déjà passé deux heures. Alors,
pour le gouvernement, il reste environ 4 h 25 min; pour l'opposition officielle, 2 h 25 min; pour le deuxième groupe d'opposition, environ 1 h 39 min et, pour les
indépendants, 20 minutes.
Alors, nous
en sommes au deuxième bloc du groupe
de l'opposition officielle, et je passe la parole au porte-parole, le
député de Jonquière.
Gaudreault : Oui. Merci, M. le Président. Alors, nous allons
parler du... encore d'Enbridge. Le ministre nous a amenés tout à l'heure
sur la question de l'unité de vigilance, le comité de vigilance qui a été créé
à la suite du rapport de la commission... de la CAPERN de l'an passé avec les
18 recommandations.
Alors, on va
aborder cette question-là sous l'angle suivant : C'est que la
recommandation 2 des 18 recommandations dit : «La mise en oeuvre d'une unité de vigilance dont le mandat
principal sera d'assurer que toute l'information relative à la sécurité de l'oléoduc et à la protection de
l'environnement [soit] transmise à tous les acteurs directement concernés
par le renversement du flux de la canalisation 9B d'Enbridge.»
Donc, moi, ce
que je comprends, M. le Président, de cette recommandation-là, c'est que
l'unité de vigilance dont il est
question devait s'assurer de transmettre l'information autour de la sécurité du
pipeline et de son inversion de son flux
et sur la question de la protection de l'environnement à tout le monde qui est
concerné. Mais là, tout le monde qui est concerné, premièrement
j'aimerais ça savoir ce que ça veut dire dans la tête du ministre, des
principaux «acteurs directement concernés»,
comme le dit la résolution, puis je voudrais savoir de sa
part comment il se
positionne à l'effet de... Est-ce
qu'il croit que le comité de vigilance devrait transmettre l'ensemble des
informations aux municipalités qui sont touchées par le passage du
pipeline?
Le Président (M. Reid) : M.
le ministre.
Heurtel : Merci, M. le Président. Alors, concernant Enbridge, la
définition qui a été donnée, quand on dit de transmettre l'information,
ça comprend les ministères touchés, les municipalités, la Communauté
métropolitaine de Montréal, bref les principaux acteurs qui sont directement
concernés par le projet.
On peut
préciser également, M. le Président, que le mandat de l'unité de vigilance est
le suivant, donc : effectuer un suivi des recommandations de la
CAPERN et des conditions imposées par l'ONE — donc, il y a les deux, c'est
très important de préciser cela — pour autoriser le projet de renversement
vers l'est du flux de l'oléoduc 9B situé entre North Westover et Montréal, et, deuxièmement,
d'effectuer un suivi régulier des activités d'opération de la canalisation 9B
afin de s'assurer que toute l'information relative à la sécurité de la
canalisation et à la protection de l'environnement soit transmise à tous les
acteurs directement concernés par le renversement du flux de la canalisation 9B
d'Enbridge.
Puis ce n'est
pas dans ma tête, M. le Président, c'est ce qui a été compris dès que l'unité
de vigilance a été mise en place. Donc, c'est les municipalités, les
ministères du gouvernement directement concernés et la Communauté
métropolitaine de Montréal.
Le Président (M. Reid) :
Merci, M. le ministre. M. le député de Jonquière.
Gaudreault : Oui. Est-ce que le ministre est capable de nous
dire à quelle fréquence ces informations-là... et est-ce qu'il peut nous informer si toutes les
informations ont bel et bien été transmises aux municipalités à l'effet...
Bon, par exemple du côté de la Communauté
métropolitaine de Montréal, est-ce que la Communauté métropolitaine de
Montréal se déclare satisfaite de toutes les informations qu'elle a reçues à ce
stade-ci? Parce qu'on a des raisons de croire... bien, en fait... que des
municipalités aimeraient avoir davantage d'informations venant de l'unité de
vigilance.
Heurtel : Alors, M. le Président, les réunions de l'unité se sont tenues les 20 octobre et 17 décembre
2014, ainsi que le 24 février 2015. À cette
dernière réunion, l'ordre du jour comprenait une présentation de l'Office
national de l'énergie sur leur pratique d'analyse
des projets qui leur sont soumis et une seconde présentation de Valero et
Groupe Océan sur la
sécurité du transport de pétrole sur le Saint-Laurent. Moi, je
comprends qu'il va y avoir une autre réunion de l'unité de vigilance lundi
prochain
Et, pour ce qui est de la question du député
concernant le degré de satisfaction des municipalités, bien, je référerais le député aux municipalités.
Je sais qu'il y a eu des lettres qui ont été transmises et rendues
publiques, notamment par le maire de Montréal,
concernant son degré de satisfaction. Je peux le référer à cette lettre-là et
ainsi qu'à d'autres lettres. Nous, ce
qu'on fait comme ministère, au ministère du Développement durable, de
l'Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, en coordination avec le ministère
de l'Énergie et des Ressources naturelles, c'est de travailler pour
s'assurer que l'unité de vigilance soit en lien constant avec la CMM pour
s'assurer justement qu'il y ait un flot d'informations en continu.
Cela dit, il
reste de l'information à mettre en... à obtenir. Comme on l'a dit plus
tôt, le travail de l'unité de
vigilance se poursuit, et, quant au degré de satisfaction des diverses municipalités
ou de la CMM, bien, je référerais le député d'interpeller directement ces municipalités.
Nous, ce qu'on essaie de faire présentement, c'est de s'assurer que nous contribuons, comme ministère, au travail de l'unité de vigilance. Notamment, on travaille avec le ministère de la Sécurité publique
sur les plans d'urgence — il y a un gros travail de concertation qui se fait là-dessus — et, comme je l'ai dit en matinée, il y a un travail important qui se fait
pour s'assurer que l'ensemble des conditions non seulement de la CAPERN,
mais également de l'Office national de l'énergie, soient respectées.
Alors, voilà,
c'est l'état de situation, là, pour le moment, mais on travaille en
concertation avec l'ensemble des partenaires
gouvernementaux, là, puis je parle... à tous les niveaux, pour s'assurer que
les travaux de l'unité de vigilance avancent rondement.
Le Président (M. Reid) :
Merci. M. le député de Jonquière.
Gaudreault : M. le Président, moi, j'ai, comme document, le
17 décembre 2014, la liste des membres de cette rencontre qui a eu lieu, là, de l'unité de
vigilance, à cette date-là, dont la députée de Vaudreuil est membre. Est-ce
qu'il y a des changements dans la composition du comité de vigilance... de l'unité
de vigilance et est-ce qu'il y aurait possibilité, par exemple, de voir à
l'intégration d'un représentant de la CMM?
Parce que,
moi, ce que je vois, là, dans une lettre de la CMM, justement, du 21 novembre
2014, signée par Michel Rochefort,
coordonnateur de l'aménagement... À la page 2 de cette lettre, il est dit
que... Puis, la lettre de la Commission métropolitaine de Montréal est envoyée à M. Prud'Homme, là, d'Enbridge.
Alors, il dit : «[Or,] au lieu de nous fournir les études, les données et les cartes, votre compagnie
demande maintenant de signer un accord de confidentialité avant de les
fournir au comité de vigilance.»
Alors, vu qu'il y a des élus qui sont déjà
membres du comité de vigilance, est-ce qu'il n'y aurait pas lieu soit d'inclure, parce qu'il y a visiblement une
insatisfaction de la CMM sur le transfert de document... Est-ce qu'il n'y
aurait pas lieu d'avoir carrément un membre
de la CMM au sein de l'unité de vigilance ou est-ce qu'on ne pourrait pas
avoir un engagement que tous les
documents... Bon, la députée de Vaudreuil est là, là, peut-être qu'elle peut
s'assurer de faire le lien avec la CMM pour que tous les documents
soient transmis.
Et, sous-question : Comment on gère ça, là,
l'accord de confidentialité, là? Parce que je comprends que la compagnie veut
préserver un certain nombre de secrets, mais c'est parce que ça semble
insatisfaire la Communauté métropolitaine de
Montréal. Puis là, quand on parle du tuyau d'Enbridge, bien, il traverse des
zones à risque sur l'approvisionnement
en eau potable de la Communauté métropolitaine de Montréal, entre autres la
rivière des Outaouais. Alors, ce serait important que tous les documents
soient transmis à la CMM.
Le Président (M. Reid) : Merci,
M. le député de Jonquière. M. le ministre.
Heurtel : Alors, M. le Président, ce qu'il est important de préciser, c'est que la Communauté métropolitaine de Montréal a déjà
mis en place sa propre unité de vigilance, et il y a l'unité de vigilance qui a
été mise sur pied par le gouvernement du
Québec suite aux conditions de la CAPERN. Alors, ces deux unités de vigilance
là se parlent évidemment, et il y a
un observateur du gouvernement aux rencontres de l'unité de vigilance de la
CMM, et la CMM envoie également un représentant aux rencontres de
l'unité de vigilance du gouvernement. Alors, ça, c'est concernant le premier
point.
Deuxième point. Concernant la confidentialité
des renseignements, moi, tout ce que je sais, c'est que les renseignements qui sont fournis par Enbridge, il
était entendu que ces renseignements-là sont de nature publique. C'est
ma compréhension, là, des informations qui sont transmises. Et d'ailleurs, je
dois dire, il y a des informations qui sont déjà rendues publiques, notamment
sur le site de l'Office national de l'énergie.
Le Président (M. Reid) :
Merci. M. le député de Jonquière.
Gaudreault : Bon. Parce que,
dans sa lettre du 21 novembre, la CMM nous dit bien, là, que la
compagnie demande de signer un accord de
confidentialité avant de fournir des renseignements au comité de vigilance. Moi, je veux juste m'assurer que les renseignements demandés par la CMM seront effectivement transmis à la CMM. Est-ce que cette entente de confidentialité... Bon, premièrement, elle était entre
qui et qui? Si elle est entre Enbridge et l'unité de vigilance, bien, l'unité de vigilance, son statut, c'est un
peu hybride, là, c'est un statut à la
fois public parce qu'il y a des représentants des ministères,
il y a des représentants de la compagnie. Est-ce que cette entente de
confidentialité... Est-ce qu'on
peut avoir une copie de l'entente de
confidentialité? Est-ce qu'on peut savoir comment ça fonctionne? Et moi, je serais prêt, par
consentement, à donner la parole à Mme la députée de Vaudreuil, là.
Le Président (M. Reid) :
Alors, M. le ministre.
Heurtel : Alors, M. le Président, il faut bien distinguer deux choses. Là, le député
de Jonquière parle d'une lettre du 21 novembre qui implique la CMM. Je dirigerais le député de
Jonquière à parler à la CMM pour ce qui concerne la
CMM. Quant à l'unité de vigilance que nous gérons, j'ai déjà dit qu'il y a des
observateurs de part et d'autre qui participent aux rencontres des deux unités.
Et il est entendu avec Enbridge, concernant l'unité de vigilance qui nous concerne
directement, que les documents qui sont fournis par Enbridge sont rendus publics.
Alors, je ne peux pas commenter la lettre à
laquelle il fait référence, je n'en ai pas connaissance. Tout ce que je peux
dire, c'est que le travail qui est
fait par l'unité de vigilance menée par le gouvernement du Québec, les
renseignements qui sont donnés par Enbridge sont rendus publics.
Le Président (M. Reid) : M.
le député.
M. Gaudreault : C'est parce
que, M. le Président, Enbridge, quand elle répond à la CMM dans la lettre du 23 décembre 2014 signée par
M. Prud'homme, j'imagine — M.
Prud'homme, oui — il
dit : «D'un point de vue
juridique, il nous est impossible de vous
remettre ces documents sans entente de confidentialité.» Alors, moi, je
n'ai pas de problème avec ça,
sur ce que le ministre nous dit, mais ce que je veux savoir, c'est que
l'entente de confidentialité, elle semble empêcher l'unité de vigilance ou en
tout cas la compagnie Enbridge de donner les documents. Donc, il y a comme un problème.
À moins que le ministre nous donne l'entente de confidentialité, qu'il nous...
on va voir c'est quoi qu'il est possible de
rendre public puis c'est quoi qu'il n'est pas possible de rendre public parce qu'Enbridge se cantonne, je dirais,
là, derrière cette entente de confidentialité. Bon. Puis, en même temps, les
membres de la CMM veulent avoir accès aux documents.
Moi, ce que
je demande, c'est : Qu'est-ce que l'entente de confidentialité empêche
d'avoir comme documents, alors que le
ministre nous dit que tous les documents qui sont à l'unité de vigilance,
transmis par Enbridge, sont publics? Mais Enbridge ne dit pas ça,
dit : Il y a une entente de confidentialité. Alors, je veux juste bien
comprendre qu'est-ce qu'amène l'entente de
confidentialité. Est-ce que, par exemple, c'est une entente qui dit : On
vous donne les documents, mais vous
signez un engagement de les mettre dans un coffre-fort, sous scellé, dans le
fjord du Saguenay? Bon. Alors, il faut qu'on sache c'est quoi, là.
Le Président (M. Reid) : M.
le ministre.
Heurtel : Là, je sens le
besoin de peut-être réitérer, là, j'ai l'impression que peut-être le député de Jonquière confond deux concepts, là. Il y a l'unité de
vigilance qui a été mise sur pied suite aux recommandations de la
CAPERN, sur laquelle siège notamment la députée
de Vaudreuil. Cette unité de vigilance là, il n'y a pas eu d'entente de
confidentialité qui a été signée de quelque sorte, et c'est de cette
unité de vigilance là dont on peut parler, là, spécifiquement, puis c'est ce
qu'on fait depuis la matinée.
Il y a
également un comité de vigilance qui a été mis en place par la communauté... la
CMM, et ça, c'est un comité distinct
de l'unité de vigilance, là, c'est deux entités. Alors, quand le député de Jonquière
parle d'une lettre qui parle d'une situation entre la CMM et Enbridge,
bien, je dois dire, je suis obligé de dire que ça regarde la CMM et Enbridge.
Ce que je peux dire, c'est qu'il n'y a pas d'entente de confidentialité qui existe, et la députée de Vaudreuil
me le confirme, en ce qui concerne l'unité de vigilance. Et l'unité de
vigilance...
Heurtel : Je voudrais
terminer, M. le Président. L'unité de vigilance, elle, n'a pas d'entente de
confidentialité, et, de ce que je comprends
encore de la députée de Vaudreuil, c'est que, tant au niveau du travail que fait
l'unité de vigilance par rapport aux
conditions de la CAPERN que les conditions de l'ONE, le travail se fait avec
l'ONE, et, légalement, les renseignements obtenus par l'ONE sont
également mis sur le site. On a d'ailleurs... Ce midi, on est allé chercher les
résultats des tests hydrostatiques qui ont
été faits sur le projet Enbridge. Les résultats sont sur le site de l'Office
national de l'énergie. Le député de Jonquière
aurait pu aller les chercher lui-même s'il avait voulu. Alors, c'est ça, l'état
de situation.
Alors, par
rapport à la CMM, je référerais le député de Jonquière, à savoir s'il y a
eu une évolution depuis... parce que
je crois que c'est une situation qui date de novembre. Je crois qu'il faudrait peut-être
voir s'il y a eu de l'évolution depuis novembre. Là, on
est quand même rendu à la fin avril, comme il l'a si bien précisé plus tôt.
M. Gaudreault : ...M. le
Président.
Le Président (M. Reid) : Oui,
M. le député de Jonquière.
M. Gaudreault :
Oui. Bon, deux choses. Je pense que la distinction, effect