CRC — 26 September 2023 (43rd Legislature, 1st Session)
CRC 2023-09-26
Quebec — Committees
(Neuf heures cinquante-neuf
minutes)
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) :
À l'ordre, s'il vous plaît! Ayant constaté le quorum, je déclare la séance
de la Commission des relations avec les citoyens ouverte.
Alors, la commission est réunie afin de
poursuivre les auditions publiques dans le cadre de la consultation générale sur le cahier de consultation intitulé La
planification de l'immigration au Québec pour la période 2024-2027 .
Mme la secrétaire, y a-t-il des remplacements?
La Secrétaire : Oui, Mme la
Présidente. Mme Garceau (Robert-Baldwin) est remplacée par M. Derraji
(Nelligan); Mme Prass (D'Arcy-McGee) est remplacée par Mme Lakhoyan
Olivier (Chomedey); et Mme Massé (Sainte-Marie—Saint-Jacques), par M. Cliche-Rivard
(Saint-Henri—Sainte-Anne).
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) :
Merci beaucoup. Alors, Mmes les élues, bienvenue. Ce matin, nous allons
entendre les groupes suivants : Le Québec c'est nous aussi, que je
constate... dont je constate la présence devant moi, École Québec et le Centre
multiethnique de Québec.
Je souhaite donc rappeler au public qu'il est
toujours possible de commenter ce mandat et de... et que la consultation en ligne sur le cahier de consultation
se terminera le 28 septembre, qui est, qui est... qui est dans deux
jours. Si ce n'est déjà fait, je vous invite à vous rendre sur notre site Web
afin de remplir le questionnaire à l'adresse assnat.qc.ca/immigration.
Je souhaite donc la bienvenue à nos... à nos
gens ce matin, qui proviennent de Québec, c'est à nous. Madame, messieurs, je
vais vous demander, dans un premier temps, de vous présenter. Vous allez
bénéficier d'une période de 10 minutes pour votre exposé, vos commentaires, vos
recommandations. Ensuite, nous allons échanger avec les parlementaires. Alors,
le temps est à vous.
Mme Launay (Claire) : Merci, Mme la
Présidente. Merci à tous les membres de la commission de nous recevoir
aujourd'hui. Mon nom est Claire Launay. Je suis la présidente de l'organisme Le
Québec c'est nous aussi. Donc, je suis Française d'origine. Je suis arrivée au
Québec en 2011. J'ai fait mes études au Québec, et je suis passée par le PEQ — Diplômés
pour obtenir la résidence permanente en 2018, et aujourd'hui je suis citoyenne
canadienne. Je suis accompagnée de...
M. Fotso
(Hippolyte Mbogne) : Bonjour et merci. Je suis Hippolyte Mbogne Fotso.
Je suis d'origine camerounaise. Je
suis membre du pôle recherche du Québec c'est nous aussi, rescapé du PEQ 2019,
avant la réforme. Et
aujourd'hui je suis résident permanent au Québec et je suis enseignant.
Mme Launay (Claire) : Donc, un petit
mot sur notre organisation avant de commencer. Le Québec c'est nous aussi,
c'est un organisme à but non lucratif qui a été fondé en 2020 pour la défense
des droits et des conditions de vie des
personnes immigrantes au Québec. Ça a vraiment été créé dans la foulée de la
réforme du PEQ de mars 2020. L'idée était vraiment de porter la voix des
personnes immigrantes dans la place publique, parce qu'on s'est souvent rendu
compte qu'on parlait de nous, mais sans nous. Donc, nous, on voulait vraiment
prendre cet espace-là pour s'assurer que nous étions entendus dans la prise de
décision sur des mesures qui nous concernent directement.
Au fil du
temps, nous avons élargi l'étendue de nos luttes pour représenter vraiment
l'ensemble des personnes immigrantes au Québec. Donc, ça comprend à la
fois les travailleurs qualifiés du Québec, les personnes réfugiées, les
personnes qui vivent la réunification familiale ou encore les personnes sans
statut.
Donc, on est
très heureux d'être là aujourd'hui. Ça fait depuis trois ans qu'on demande une
discussion profonde sur le système d'immigration au Québec, au-delà des grands
titres des journaux, toujours sur les seuils. Donc, aujourd'hui, on va
vous parler de quelques recommandations. Notre mémoire en contenait 21. Donc,
on pourra répondre à toutes les questions que vous aurez sur celles-ci. Pour la
présentation, je vais me focaliser sur quatre ou cinq d'entre elles.
Dans un premier temps, dans le contexte de la
planification de l'immigration au Québec, on parle toujours uniquement de
l'immigration permanente dans les seuils, donc, vraiment les admissions de
résidence permanente. Pourtant, depuis
quelques années, on a remarqué un basculement dans les populations immigrantes
au Québec et dans le reste du Canada
aussi, d'ailleurs, avec une augmentation très importante de l'immigration
temporaire. Donc, pour nous, pour vraiment planifier une immigration
dans son ensemble et qui représente un portrait fidèle de la situation, ça prend une planification de l'immigration temporaire aussi,
le but étant de pouvoir prévoir quels genres de services ces personnes-là
vont... de quels genres de services ces personnes-là vont avoir besoin en
termes de logement, de francisation, de
santé et d'éducation, mais aussi d'éviter l'établissement d'une société un peu
parallèle, en fait, d'immigration temporaire. On a vu qu'en 2023 il y
avait plus de 350 000 immigrants temporaires qui vivaient au Québec.
Là, il y a quelques
semaines, les Nations unies ont sorti un rapport qui montrait qu'il y avait des
formes d'esclavagisme moderne dans le Programme des travailleurs étrangers
temporaires, pas seulement au Québec, mais ça comprenait le Québec aussi. Donc,
nous, on... on sonne l'alarme sur vraiment le besoin de planifier correctement
cette immigration. Notre but, ce n'est pas forcément de la réduire, mais c'est
juste de la prévoir correctement pour que ces personnes-là aient des conditions
de vie dignes.
Ensuite, on voudrait
vous parler de solidarité internationale. C'est un pan du cahier consultation
qu'on a trouvé qui était peu abordé. Mme la ministre, vous parliez de l'immigration
comme un Y, avec deux branches, l'une étant la main-d'oeuvre et l'économie, et
l'autre, la langue française et la francisation, deux branches avec lesquelles,
somme toute, nous sommes assez d'accord, mais nous pensons qu'il manque une
branche vraiment importante sur la solidarité internationale.
On sait qu'il y a une
volonté du peuple québécois de faire sa part. On l'a vu, au moment de la guerre
en Ukraine, que de nombreuses personnes se sont mobilisées. Le Québec a été
capable d'accueillir un grand nombre d'immigrants ukrainiens dans l'urgence.
Donc, on sait que le Québec peut continuer à faire sa part. Et, de ce point de
vue là, une de nos recommandations, en fait, vient comme un peu retourner une
des orientations du gouvernement, puisque, dans le cahier de consultation, il
était question d'augmenter la part de la sélection... la part des personnes sélectionnées par le Québec dans les seuils du
Québec, mais en fait ce que ça revient à faire, ça veut dire diminuer la part
des personnes non sélectionnées, c'est-à-dire les réfugiés reconnus sur place
et les personnes de la réunification familiale.
Nous,
on recommande vraiment de ne pas baisser la part de ces... de ces catégories
d'immigration, particulièrement dans un contexte où les inventaires sont
extrêmement élevés pour ces catégories d'immigration. Donc, les délais d'attente sont déjà de deux à trois ans pour la
réunification familiale et de plusieurs années, de plus de 10 ans, par
exemple, pour les réfugiés. On pense que c'est des situations qui... qui
n'ont pas lieu d'être au Québec, particulièrement dans la mesure où il n'y a
pas vraiment de critère de sélection du Québec. Donc, la seule raison pour
laquelle ces personnes-là n'obtiennent pas
la résidence permanente, c'est parce qu'il y a des seuils, justement, des
limites d'admission par an pour ces
catégories. Donc, on... on met en alerte, disons, le gouvernement sur la possibilité
de réduire davantage la part de cette immigration-là dans l'immigration
au total.
Par ailleurs, on
voudrait attirer votre attention sur un autre élément du cahier de consultation
qu'on n'a pas... on n'a pas vu, malheureusement, c'est toute la question de la
régularisation des personnes sans statut. Donc, on sait qu'un programme de
régularisation est en élaboration au gouvernement fédéral en ce moment, et
depuis plusieurs mois maintenant. Nous,
déjà, on voudrait s'assurer que le Québec... que les personnes qui sont dans
cette situation-là et qui habitent au
Québec vont pouvoir être éligibles à ce programme et, de ce fait, que ce soit
prévu dans la planification de
l'immigration. Pour l'instant, il n'y a aucune ligne qui est prévue pour ce
programme-là. Donc, si le gouvernement fédéral va de l'avant avec cette
proposition, on a peur que ce soit compliqué pour le Québec d'embarquer, parce
que ça n'a pas été prévu. Donc, de façon
générale, on encourage vraiment à penser l'immigration de façon... de façon
large, de penser à toutes les
catégories pour ne rien oublier et prévoir de façon plus exacte l'immigration
des trois prochaines années.
Un bon point, entre
guillemets, enfin, vraiment un point positif qu'on a vu du Québec ces derniers
mois et qui était dans le cahier de consultation, c'était la volonté du Québec,
du gouvernement de défendre les personnes qu'il sélectionne, notamment dans le
cas des étudiants africains. On a vu qu'il y a des taux de refus de visa qui
sont très importants au niveau d'Ottawa. Sachez que notre organisation a
témoigné à la Chambre des communes à ce sujet-là. Donc, c'est un sujet qui nous
tient beaucoup à coeur aussi. On salue le gouvernement pour les gestes qu'il
pose à cet égard. On pense qu'on peut aller encore peut-être un petit peu plus
loin et que le gouvernement du Québec pourrait demander à Ottawa de retirer le
critère de la double intention comme motif de refus dans l'octroi des visas. On
pense que le Québec a vraiment un leadership à jouer à cet endroit-là, et, de façon
générale, de montrer aux immigrants qu'il
sélectionne qu'il a à coeur qu'ils arrivent au Québec et qu'ils s'établissent
de façon digne et dans des conditions correctes.
la même manière, nous, on propose la création d'un guichet unique. Là, c'est
une idée un petit peu ambitieuse, mais
on pense que, vraiment, le système d'immigration — nous, on en parle, on l'a vécu — c'est
un labyrinthe à naviguer, les deux paliers de gouvernement avec les
différents enjeux, les lois qui changent, les critères qui changent. Des crises arrivent, qui font bouger les
inventaires d'un côté ou d'un autre à Ottawa. Si le Québec a réellement à coeur
de faire venir ce monde-là et de... et de
les laisser s'établir, dans le cas des demandes de résidence permanente, on
pense qu'il y aurait vraiment un intérêt à ce que le gouvernement mette
en place, en collaboration avec le gouvernement fédéral, un système unique de demande
de résidence temporaire et permanente pour faciliter vraiment la tâche des immigrants, et que, même, les immigrants se
sentent appuyés par le gouvernement du Québec dans tout ce processus-là.
Enfin, une de nos
recommandations... Donc, vraiment, quand il est question des seuils, c'est
vraiment de se baser sur le solde migratoire qu'on prévoit dans les prochaines
années. On a vu que... Vous l'avez peut-être vu dans notre mémoire, le solde
migratoire, ces dernières années, a vraiment augmenté de façon importante, bien
au-delà des admissions de résidence permanente. Donc, d'après nous, le... la
métrique des admissions n'est plus une métrique... en fait, ce n'est pas... ce n'est plus la métrique la plus pertinente
pour vraiment faire une planification de l'immigration. D'après nous,
les admissions, donc, les seuils devraient... devraient être proportionnels,
d'une certaine manière, avec le solde
migratoire pour qu'on se retrouve avec une immigration qui est principalement
permanente et ensuite temporaire, et non l'inverse.
Pour terminer, on salue vraiment
l'ouverture du gouvernement qu'on a vue dans les deux dernières semaines au
cours des consultations. On a déjà collaboré avec le ministère par