CAT — 21 August 2014 (41st Legislature, 1st Session)
CAT 2014-08-21
Quebec — Committees
Au surplus,
la somme des cotisations d'équilibre effectivement non versées en vertu des mesures
d'allégement sans que les participants... eu un mot à dire par les cinq
municipalités de notre portrait au cours de 2009 à 2013 a été de
16,4 millions. Le degré de capitalisation aurait été de 90,8 %, n'eût
été de ces allégements.
Par ailleurs, la Régie des rentes du Québec requiert d'inclure des marges pour écarts
défavorables dans l'établissement des hypothèses actuarielles à des fins
de capitalisation. Le RAPQ croit que le portrait à jour le plus adapté pour juger de la santé financière devrait
exclure ces marges. Le degré de capitalisation aurait été de 96 %,
n'eût été des allégements et des marges pour écarts défavorables. La
catastrophe annoncée est loin d'être au rendez-vous.
Le deuxième argument des administrations municipales
est que le citoyen ne devrait pas devoir payer à leurs employés des rentes qu'ils
n'ont pas les moyens de se payer eux-mêmes. Il est vrai que la majorité des citoyens
ne bénéficient pas de régimes de retraite prévus pour les employés municipaux, mais il
est tout à fait fallacieux de prétendre que la raison de cette absence de régimes de retraite est qu'ils n'ont
pas les moyens. D'autres raisons expliquent l'absence de régimes de retraite dans le secteur
privé : une économie caractérisée par la petite et moyenne
entreprise — en
effet, 64 % des travailleurs québécois sont à l'emploi d'un établissement
de moins de 100 employés, et une grande proportion
des 36 % restants sont à l'emploi du gouvernement ou d'une grande ville;
le coût de la solvabilité, lequel est absent pour les municipalités; un
taux de syndicalisation moins élevé que ceux du secteur public; la comptabilité
des régimes de retraite du secteur privé, plus exigeante que celle du secteur
municipal.
En fait, le
vrai problème n'est pas que les employés municipaux bénéficient de régimes de
retraite, c'est qu'une bonne
partie
de la population ne bénéficie pas de régimes de retraite adéquats. Il faut
conserver cet avantage concurrentiel dans
le monde municipal pour attirer et garder les talents tout en s'assurant qu'ils
puissent être autonomes à la retraite, déchargeant ainsi toute la
communauté.
Le troisième
argument des administrations municipales a pris naissance dans une prémisse du
rapport D'Amours, où les prestations trop généreuses des régimes de
retraite des secteurs municipal et universitaire sont identifiées comme une faille de notre système. Cette
affirmation, aussi grossière soit-elle, ne s'appuie sur aucune étude. Nos
régimes de retraite ainsi que les régimes étatiques permettent aux pompiers de
quitter pour la retraite avec des revenus totaux dont le niveau se situe entre 70 % et 78 % du salaire brut de
la dernière année travaillée. De plus, l'indexation des rentes de nos
régimes est presque inexistante. Pour valider la prémisse avancée, il faut
faire une analyse de besoins, et non une analyse
comparative avec le secteur privé. Nous avons fait ce travail, et il apparaît
évident que le niveau de nos
rentes ne justifie pas une restructuration
du service passé. Le projet de loi
n° 3 règle le déficit passé à
coups de hache mais laisse le problème intact en
ce qui concerne le service passé. Les
régimes pourraient, dès la prochaine crise financière, se retrouver dans
la même situation. Rien n'a été prévu à ce projet de loi pour adapter les
règles de financement du service passé à la réalité contemporaine des régimes.
Le RAPQ
propose de réviser la période actuelle d'amortissement des déficits. On s'est
mis à croire qu'une période de 15 ans est adéquate. Autrement dit,
nous crions au pelletage de dettes aux générations futures aussitôt qu'il est mention d'allonger la période et nous trouvons
inutile de réduire cette période lorsque la capacité de payer est
présente. La réalité contemporaine des
régimes de retraite est très différence, si ce n'est que par leur maturité croissante.
Le RAPQ suggère une cotisation d'équilibre, en pourcentage uniforme des
salaires, reflétant ainsi directement la capacité de payer. Le niveau de la
cotisation d'équilibre serait fixé en pourcentage des salaires, et la période
d'amortissement en découlerait. Des périodes
minimales et maximales d'amortissement pourraient être prévues, disons, par
exemple, entre 10 et 25 années. Il faut réviser les règles de
financement pour éviter la prochaine tournée d'allègement et le chaos
qu'engendrent des propositions bêtement opportunistes.
En matière de
service courant, il est vrai que la baisse constante des taux d'intérêt depuis
25 ans, l'allongement de l'espérance
de vie, incluant récemment l'accès à des tables de mortalité canadiennes, ont
fait augmenter le coût du service courant. En même temps, d'autres
changements structuraux ont eu l'impact inverse, comme la baisse des hausses salariales
dans les régimes de type salaire final. Toute formule de partage du coût du
service courant est bonne, mais uniquement
dans la mesure où elle est librement négociée. Et, si un partage nouveau genre
était éventuellement imposé, les partenaires devront pouvoir se
soustraire à cette obligation. Dans un tel contexte, les comités de retraite
doivent obligatoirement être paritaires, ce qui n'est pas le cas.
Le RAPQ ne croit pas qu'un plafond soit requis,
et surtout pas identique pour tous les régimes, et basé sur le coût. Ce n'est pas l'outil à privilégier pour la
restructuration du service courant. Un coût unique pour tous les régimes
ne reflète pas certains besoins spécifiques.
La capacité d'adaptation est justement une des principales forces de notre
système de retraite. Ce plafond créera des
problèmes en regard de la mobilité de la main-d'oeuvre. Le RAPQ croit que le
contrôle des coûts s'obtient par un partage de la cotisation d'exercice parce
que la cotisation salariale fait prendre conscience aux membres de la valeur de
leur régime. Un frein naturel s'installe automatiquement.
Laissons-nous la chance d'utiliser cette voie
naturelle avant d'inventer des barrières rigides basées sur le coût, comme dans les régimes à cotisation
déterminée. D'ailleurs, la majorité des récentes ententes sur les régimes de
retraite ont modifié simultanément le
partage du coût du service courant et les rentes couramment gagnées. Nous ne
privilégions pas un plafond au coût du service courant, mais nous sommes
surtout déçus d'apprendre qu'un prix a été fixé pour la sécurité
publique, soit 2 %, représentant l'écart par rapport au plafond de
18 %. Pour le financement des déficits du service futur...
Président (M. Auger) : M. Rosa, excusez-moi. J'aurais besoin d'un
consentement pour prolonger le délai. Est-ce qu'il y a consentement?
Le Président (M. Auger) :
Consentement. Et nous prenons le temps sur...
M. Moreau : Devinez, M. le
Président.
Le Président (M. Auger) : Ça va me
faire plaisir. Sur le temps du gouvernement. Vous pouvez continuer.
M. Rosa (François) : Donc, pour le
financement des déficits du service futur, un fonds de stabilisation est l'outil idéal pour favoriser le principe de
l'utilisateur-payeur et la pérennité des régimes de retraite. Par contre, le
projet de loi est trop rigide en fixant son niveau à 10 % du coût du
service courant. Une exigence d'un niveau minimal à 10 % serait
acceptable. Les déficits du service futur doivent demeurer entièrement à la
charge des municipalités. Nous privilégions la réduction pour les municipalités
de ses cotisations d'équilibre par l'augmentation du niveau du fonds de
stabilisation plutôt que par la solution facile de partager les pots cassés en
deux.
En conclusion, la restructuration du service
passé doit être une mesure exceptionnelle pour une situation financière
exceptionnelle. En bout de piste, voilà comment le RAPQ conçoit, comme le
premier ministre Couillard le suggérait lui-même, l'approche globale qui
pourrait permettre de solutionner ce dossier, aussi complexe et beaucoup trop
émotif. Encore faut-il, pour ce faire, que la libre négociation fasse
partie de
la solution. Enfin, nous osons encore pouvoir
croire en la sagesse du législateur pour nous permettre collectivement de
trouver une issue mutuellement gagnante à cette rubrique de
restructuration des régimes de retraite, à raison de plus qu'il n'y a pas péril
en la demeure. Merci.
Président (M. Auger) : Merci beaucoup pour votre présentation. Nous
allons commencer la période d'échange. M. le ministre, vous avez la
parole pour 23 minutes.
M. Moreau : Merci, M. le Président. Bienvenue,
M. Martin, M. Gosselin, M. Rosa, M. Leblanc... Me Leblanc — oui, c'est ça? — et M.
St-Aubin. Merci de vous joindre à nous pour les travaux de la commission. Je
disais ce matin, avant d'entrer, que nous souhaitions examiner
aujourd'hui avec... Parce que nous avons majoritairement des associations
syndicales aujourd'hui. Je dis plus ça... Non pas que je pense que la journée
est plus difficile. Je pense que, si tout le monde collabore et arrive avec des
propositions de solution, peu importe qu'on soit municipalité ou représentant
de syndicat, toutes les solutions sont
bienvenues. Et vous avez vu le climat qui s'est installé hier, je pense que
c'est un climat d'ouverture et de collaboration, et je souhaite que ce
soit dans ce contexte-là que la journée d'aujourd'hui continue, comme les prochaines journées également continuent
de se dérouler. Alors, je vous souhaite donc la bienvenue, et on va
regarder un peu les propositions que vous faites.
D'abord, sur le partage des déficits passés,
deux éléments qui me frappent — et je ne sais pas qui réagira pour ça — vous me dites : Bon, écoutez, nous, on
a une capitalisation moyenne de 90 % pour l'ensemble des régimes,
mais, en même temps, vous indiquez que vous
avez un déficit de 203 millions sur 3 600 membres. Si on fait un
calcul rapide, là, si on faisait un
partage per capita de votre déficit, c'est 56 000 $, à peu près, par
personne. Est-ce que cette démonstration-là n'indique pas qu'un régime
qui n'est pas capitalisé à 100 % est un régime qui amène une charge très
importante et que le déficit passé doit
absolument être réglé? Parce que, là, on ne peut pas, dans une même phrase,
dire : Écoutez, il n'y a pas de catastrophe. Moi, ce que je vois
lorsque vous parlez de droits acquis... Puis hier on a fait l'exercice de comparaison, par exemple, avec quelqu'un qui a une maison, puis qui va à la banque pour
faire un emprunt, puis qui donne une hypothèque en garantie sur sa
maison, le droit total à la propriété de la maison sera acquis le jour où le
prêt sera totalement remboursé.
Si on fait un parallèle — tout
parallèle n'étant pas parfait — ici, là, vous avez un droit acquis, sauf
à 50 000 $ par personne en
capital, parce que vous avez un déficit de 203 millions. Je ne vous dis
pas que c'est à vous de le payer entièrement, mais je dis : Cet
effort-là correspond à un élément qui est un obstacle au droit acquis, d'une
part. D'autre part, on doit le régler. Et la
suggestion qui est faite dans le projet de loi n° 3, c'est de le régler à parts
égales entre la municipalité — donc les contribuables, les
payeurs de taxes — et
les associations syndicales. Est-ce que vous pouvez réagir à cette
proposition-là?
M. Martin (Ronald) : Je vais
demander à M. Charles St-Aubin de répondre à la question, M. le ministre.
M. St-Aubin (Charles) : Bonjour. Je
pense qu'il y a deux aspects dans votre commentaire. Il y a un point de vue juridique, puis je vais laisser la parole à
Me Leblanc de répondre au niveau du... à quel moment qu'on acquiert,
là, le droit, là, malgré qu'il reste une dette. C'est vraiment une question
juridique de contrat.
Mais, sur l'aspect actuariel de la chose, je
pense que, si on accepte le consensus, notre société, qu'on veut des régimes à
prestations déterminées, il faut aussi accepter, de par la nature même de la
capitalisation de ces régimes-là, qu'il y
aura des fluctuations. On a indiqué dans notre mémoire qu'une fluctuation
normale au niveau du rendement est de 8,37 %.
Ça, c'est l'écart type, dans le jargon statistique, qui s'est produit au
travers toutes les années passées. Alors, aujourd'hui, on est à 100 %.
L'année prochaine, on est à 91 %. Et c'est du normal.
Alors, on ne
peut pas concevoir que, si on mesure aujourd'hui le régime à 90 %, qu'on
va se couper parce que, lorsque le
régime sera à 100 %... Et il va l'être, peu importe la façon qu'on va
prendre le chemin pour y arriver, un jour ils le seront. On va se retrouver peut-être à 108 % ou à 92 % par la
simple fluctuation des marchés. On veut mettre en place pour le futur un fonds de stabilisation, c'est notre
moyen de corriger et de mieux structurer notre futur. Et, au fur et à
mesure que le temps passera, ce passé-là deviendra de moins en moins important
avec un futur qui se construit d'une meilleure façon. Alors, on se doit de
l'accepter, cette fluctuation-là.
M. Moreau : M. St-Aubin,
dans votre phrase, vous dites : On va se rendre à 100 %, peu importe
le chemin. Nous, là, c'est ce chemin-là dont
on doit parler aujourd'hui. Alors, la question, je vous la repose. Pour se
rendre à 100 %, il faut qu'on règle la question des déficits. Les
déficits passés, là, il faut qu'on règle ça. Chez vos membres, là, chez les membres qui sont vos clients, là, ça représente,
par individu... Puis, encore une fois, mon idée n'est pas de leur faire
payer, là. Si, aujourd'hui, on leur demandait : Voici, réglez la
situation, c'est 56 000 $ par personne, c'est 203 millions de dollars. Qui paie ce 203 millions de dollars
là? La proposition que nous faisons, nous, c'est de dire : D'une part, à
50 %, les municipalités, derrière lesquelles se trouvent des payeurs de
taxes; de l'autre côté, les gens qui bénéficient de ces régimes-là. Vous
proposez quoi?
St-Aubin (Charles) : Dans le
mémoire, on a été très précis, on a apporté une solution pour la prochaine
crise qui est absente dans le projet de loi
n° 3. Alors, on a proposé d'avoir une méthode d'amortissement des déficits
qu'on constate — le déficit d'aujourd'hui autant que le
prochain — sur le
service passé. On a proposé une méthode qui respecte la capacité de
payer. Parce que, présentement, la méthode, c'est : On constate les
déficits, et c'est 15 ans. C'est une réflexion des années 1980.
M. Moreau :
Quelle est la méthode que vous proposez? C'est quoi? Expliquez-la, la méthode
que vous proposez.
M. St-Aubin (Charles) : Oui. On
propose, premièrement, qu'elle soit liée à la masse salariale, donc que la cotisation annuelle soit un pourcentage de la
masse salariale qui bénéficie du régime. Donc, ça veut dire : Un régime
tout neuf, par exemple, qui, lui, sa masse
salariale est très importante par rapport au déficit qu'il pourrait y
avoir — le
régime n'a pas d'histoire — lui, il a une grande capacité de payer, lui,
il devrait payer plus rapidement. À l'inverse, l'autre régime, qui est
très mature, devrait pouvoir s'étendre sur plus longtemps que 15 ans.
M. Moreau : Ça, ça règle la
période d'amortissement.
M. St-Aubin (Charles) : Oui.
M. Moreau : Vous dites :
Selon la maturité du régime. Je pense que tout le monde vous suit. Mais comment
vous partagez le capital à amortir? Est-ce
qu'il est amorti, ce capital-là, 100 % chez ceux qui contribuent au régime
ou à parts égales entre ceux qui contribuent au régime et les payeurs de taxes?
M. St-Aubin (Charles) : Il doit
respecter les ententes qui ont été faites sur cette promesse-là du passé. Qu'est-ce que la négociation va apporter par
rapport aux années futures? Comment seront partagés les risques sur le
service futur? Ça appartiendra aux résultats de la négociation.
M. Moreau :
Alors, la réponse à votre question, c'est : Si, à l'heure actuelle, c'est
70 %, les contribuables, qu'ils paient, et 30 %, l'association
syndiquée, ce que vous dites dans votre méthode, c'est : Continuons à
faire supporter 70 % du déficit passé par les payeurs de taxes et
30 % par les cotisants avec une période d'amortissement qui est différente
pour eux selon la maturité du régime. Est-ce que ce que je dis est exact? C'est
ça, votre...
M. St-Aubin (Charles) : Non, j'ai
été mal interprété.
St-Aubin (Charles) : Sur le
service courant, supposons qu'on est à 30 %-70 %, bien, on continue
comme ça. S'il y a une imposition d'un partage différent, ça sera le
cas. Sur le service passé, les contrats ont été signés que les villes
supportaient les déficits, ça doit être respecté — c'est l'aspect
juridique — à
100 %.
M. Moreau : Alors, ce que vous dites, c'est que le partage
50-50 des déficits passés, c'est non, c'est 100 %, les contribuables, qu'ils doivent l'assumer. C'est ça,
la proposition que vous faites? C'est exact?
St-Aubin (Charles) : Exact.
Avec une période d'amortissement différente, qui change de beaucoup les
résultats.
M. Moreau :
Et, indépendamment de la période d'amortissement, là, ma question est
simple : Les déficits passés, dans la proposition que vous faites,
c'est, 100 %, les payeurs de taxes qui l'assument? Vrai ou faux?
M. St-Aubin
(Charles) : Exact, en respect avec les contrats.
M. Moreau :
Bon. Alors, je comprends que vous soyez contre la proposition qui est dans le
projet de loi parce qu'elle, elle
répartit sur ceux qui bénéficient de cette situation-là... Parce que, là, ce
que vous dites essentiellement — je résume,
puis je le fais, là, en toute amitié, là — ce que vous nous dites ce matin, là — je reprends la phrase simplement — vous dites : M. Moreau, 203,2 millions de dollars, qui est le passif de
notre régime de retraite pour 3 600 membres, le 50 000 $ par individu, vous allez le faire payer à
100 % par les contribuables. Nous, nos membres qui bénéficient de ce
régime-là n'ont rien à assumer là-dessus. C'est ce que vous dites. C'est exact?
M. St-Aubin (Charles) : Exact.
M. Rosa (François) : Est-ce que je
peux me permettre? Il faut comprendre aussi, si la situation présentement est à 90 %, il y a un historique pour se
rendre là. Il y a un sous-financement antérieur, de façon évidente, qu'on
pourra vous démontrer en après-midi de façon plus précise qui a été fait dans
le cas... par exemple, à Montréal, mais il y a un historique à ça. Et, si ce
sous-financement-là n'avait pas été effectué, si l'employeur avait mis l'argent
au moment qu'il aurait dû le mettre, on n'en serait pas ici, il n'y aurait pas
de commission parlementaire aujourd'hui.
M. Moreau :
M. Rosa, si la situation était parfaite, là, moi, ma job serait pas mal plus
simple, il n'y aurait pas de projet de loi, il n'y aurait pas de
commission parlementaire. J'ai dit d'entrée de jeu : Je ne cherche pas les
coupables, j'essaie de corriger la situation. Corriger la situation, c'est
assurer la pérennité des régimes et c'est d'assurer que les retraités qui, un jour, ont été pompiers vont
continuer de recevoir leur rente de base. Parce que, s'il y a un
effondrement du marché, le risque, c'est que
le régime lui-même s'effondre. On ne parle pas juste de l'indexation, là, on
parle de la rente de base, ce serait
bien pire. Vous n'avez pas souhaité ça, je n'ai pas souhaité ça, personne n'a
souhaité ça, mais c'est la situation dans laquelle on se retrouve.
répondez-vous à l'argument suivant : Si, dans le passé... Hier, on a
entendu des maires. Je ne vous demande pas
de partager leur opinion puis je ne vous dis pas que j'achète 100 % de
leur discours, mais, quand le maire... Notamment, je pense que c'est le
maire de Québec qui disait hier : Les contribuables, parce que la
cotisation était répartie de façon inégale
entre les municipalités et les associations de syndiqués, les contribuables
sont ceux qui ont contribué majoritairement à constituer ces fonds-là. Et aujourd'hui, alors qu'on est dans une
situation difficile qui ne dépend ni des contribuables ni des
associations de syndiqués, vous dites : Les déficits passés, c'est encore
à 100 % les contribuables qui doivent les payer. Où est l'équilibre dans
cette proposition-là?
M. Martin
(Ronald) : M. le ministre, l'approche qu'on a aussi, c'est une
approche au niveau de la rémunération globale.
Tout l'historique des conventions collectives qui a été fait pour déterminer
nos clauses salariales et normatives, le régime de retraite et le coût même des déficits passés a toujours été
mis sur la table pour la masse salariale, pour déterminer ça va être quoi, la conclusion des négociations.
Puis ça a été l'historique. Alors, si on s'en va seulement dans un
sillon de régime de retraite et qu'on oublie toute la question, comme vous avez
émis hier, de la cohésion... La cohésion d'un régime
de retraite, là, fait
partie d'une rémunération globale, salaire plus régime de
retraite, et toutes les négociations qui ont été faites dans le secteur
pompiers, avec les arbitrages qui ont eu lieu, ça a toujours été... la première
question, ça a été le coût du régime de
retraite, et on négocie le reste. Alors, il faut regarder cet
historique aussi. Mais je vais quand
même, pour un certain volet juridique... je vais laisser la parole à notre
procureur, qui va pouvoir faire un historique un petit peu de tout ça.
M. Moreau : Bien, je suis
prêt à l'entendre, là, je ne veux pas... Mais je fais du millage sur ce que
vous dites. Vous dites : Il faut qu'il y ait une cohésion, il faut qu'il y
ait un équilibre, il faut qu'il y ait un élément de correspondance. Si
on part de la prémisse — vous
direz que la prémisse est fausse si la prémisse est fausse — que
la répartition inégale des cotisations à un régime, l'employeur, 60 %,
70 %, 55 %, peu importe, plus élevée que celle de ceux qui sont des
travailleurs qui participent et qui vont bénéficier du régime, ça amène nécessairement
à l'idée que les contribuables, parce que
les municipalités n'impriment pas de l'argent, ont majoritairement contribué à
édifier ces fonds de pension. Aujourd'hui,
alors qu'on ne cherche pas de coupable, mais qu'on constate que, pour vous
seulement, là, il y a 203 millions de dollars de déficit, ce qui est une
partie du 3,9 milliards de
déficit, vous dites : C'est à 100 % les contribuables, encore,
qui doivent le payer.
Où est l'égalité là-dedans, la justice, la
cohésion, l'équité? Elles se trouvent où? Je vous dis honnêtement... je ne vous dis pas ça pour vous mettre dans le coin,
je vous dis ça... Donnez-moi une réponse, puis on va la soupeser, cette
réponse-là, dans la solution que l'on doit trouver. Parce que notre travail à
nous, ce n'est pas de vous mettre dans un coin,
c'est de trouver une solution à un problème pour lequel on ne cherche pas de
coupable, mais qu'on sait que, si on ne le règle pas, on s'en va dans le
mur.
M. Martin (Ronald) : ... au niveau
des associations qui forment le regroupement, il y en a cinq. Le partage est différent au niveau de la cotisation. Il y en
a qui sont même à 50-50 parce qu'ils viennent de négocier dernièrement, cet automne. J'ai deux groupes qui sont à 50-50.
Nous, on est à 30-70. Pourquoi? Parce qu'on a accepté du salaire moindre
pour maintenir ça. Et elle est toute là, la question. Si on a une répartition
de la cotisation, qu'on paie 30 %, et la ville et, comme vous dites, les contribuables,
70 %, et qu'on avait 50-50, le salaire serait plus élevé parce que les
concessions salariales qu'on a faites pour maintenir ça seraient là. On
gagnerait peut-être 10 000 $, 12 000 $ de plus, O.K., et
l'enveloppe ne changerait pas, elle serait seulement répartie différemment sur
d'autres formes de rémunération.
M. Moreau :
M. Martin, on continue là-dessus, là, on jase. Vous dites que vous avez accepté
un salaire moindre pour un fonds de pension plus important. Si on
accepte le concept que le fonds de pension, c'est du salaire reporté, j'additionne l'un à l'autre, et vous avez une
rémunération qui, dans le secteur public municipal global, est supérieure
à ce qui existe au niveau du gouvernement du Québec...
M. Moreau : ... — attendez,
je finis la phrase, puis je vais vous laisser finir la vôtre — une
rémunération globale supérieure. Comment
pouvez-vous tenir l'argument logiquement que vous avez consenti des salaires
moindres pour un fonds de pension plus
élevé? Si je le considère comme un tout — et c'est ce que vous m'invitez à faire — vous
n'avez pas consenti de réduction. Vous avez
dit : Vous me paierez à tel moment. Mais vous n'avez pas consenti de
réduction.
M. Martin
(Ronald) : Encore là, je vous réfère... Quand on est en arbitrage ou
en négociation, on entend souvent le chiffre de 38 % ou, dans le
temps, c'était 27 % pour le secteur municipal comparativement au secteur
de la fonction publique provinciale. Sauf
que j'espère que vous savez qu'il n'y a pas de corps de pompiers au niveau de
la province, au niveau de la fonction publique provinciale, alors les
comparables ne peuvent pas être amenés là. Les comparables, c'est avec les autres grands services
nord-américains ou les autres grandes villes au Québec, et l'arbitrage se fait
toujours sur ces prémisses-là. Alors, de comparer que, mettons, on gagne
38 % de plus que la fonction publique, j'aimerais avoir le comparable au
niveau de la fonction publique, au niveau des services d'incendie.
M. Moreau : Moi, je ne vous
ai pas avancé de 38 %, là, mais je pense que vous êtes...
M. Martin (Ronald) : ...j'ai entendu
le chiffre hier, M. le ministre.
M. Moreau :
Ah! écoutez, moi, quand je pratiquais, je pense que c'était 27 %,
peut-être qu'aujourd'hui c'est... Je ne le sais pas c'est quoi, mais on
pourra le trouver, là. Mais on est d'accord pour dire que, généralement, là, si
vous allez faire un vox pop, là, ce n'est peut-être
pas la meilleure source d'examen, là, mais les gens vont dire, dans le
secteur public municipal — puis
je pense que c'est entendu chez les experts — que la rémunération est plus
importante.
À partir de ce moment-là, je comprends qu'il n'y
a pas de corps de pompiers provinciaux, là, mais il y a des travailleurs au
gouvernement du Québec qui doivent pouvoir, à un moment donné, soit en
scolarité ou autrement, se comparer à ce qui
existe dans le secteur municipal. Si vous acceptez déjà que cette rémunération-là, globale, elle est
plus importante, cet argument-là de dire : «On a concédé des salaires par rapport à une retraite plus importante» est difficile à soutenir, convenez-en.
M. Martin (Ronald) : Bien, je vous
référerai — puis
Claude pourrait renchérir parce qu'il a participé au dernier arbitrage, surtout
à Montréal — tous
ces points-là sont mis en preuve par l'employeur pour déterminer notre rémunération. Tous ces points-là, l'équité externe,
ce qui se passe au niveau de la fonction
publique, tous ces points-là sont décrits dans le Code du travail quand on est
dans un arbitrage de différends pour les pompiers. Alors, quand vous me dites qu'il y a peut-être, au niveau
scolarité, dans la fonction publique, il y a
peut-être une profession qui s'apparente à la nôtre, c'est mis en preuve tout le temps pour déterminer les clauses.
Alors, c'est pour ça que nous autres, on dit : Il faut que ce soit
fait dans un cadre de rémunération globale parce que ça s'est toujours fait
historiquement comme ça. Et là je vais laisser quand même la parole un peu à
notre procureur, là, parce que je suis sûr qu'il se brûle les doigts de dire
certains points.
M. Moreau : On est en train
de le bâillonner, vous et moi, là, on va lui laisser une chance.
M. Martin (Ronald) : Parfait.
M. Leblanc (Claude) : M. le
ministre, deux choses. Quand on affirme que le régime de retraite fait
partie
de la rémunération globale et que l'on dit qu'au fil des ans, pour avoir réussi
à maintenir ce régime de retraite là il y a nécessairement de la rémunération
qui a été laissée quelque part, ce n'est pas juste une affirmation syndicale,
les arbitres qui ont... Et je vais vous donner un seul exemple très rapidement.
Le dernier arbitrage qui a eu lieu, ville de Montréal,
pompiers de Montréal, l'arbitre, François Hamelin, en est venu à la conclusion
que les pompiers de Montréal, pour l'année 2007 — ça ne
fait pas longtemps, là — méritaient
un gel de salaire.
Les seuls pompiers au Québec, M. le ministre,
qui ont été gelés en 2007, là, c'est ceux qui se sont ramassés en arbitrage devant un arbitre. Gel de salaire,
pourquoi? Parce que l'arbitre en est venu à la conclusion, hein, que,
compte tenu du régime de retraite que les
pompiers de Montréal avaient, entre autres choses... ce n'était pas la seule
chose, mais que, compte tenu de ce régime de retraite là, toujours
prenant pour acquis qu'un régime de retraite, ce n'est que de la rémunération
différée... Ce n'est rien d'autre que ça : J'accepte, alors que je suis au
travail, de ne pas toucher 100 % de mon
salaire, étant entendu qu'une
partie de ce salaire-là me sera versée lorsque je
serai rendu à la retraite. Alors, partant de là, c'est pour ça, quand on dit qu'il y a de
l'argent qui a été laissé sur la table, même dans un processus d'arbitrage
arbitré par un tiers pour en arriver à
déterminer qu'est-ce qu'on donne comme augmentation de salaire, on va
nécessairement tenir compte d'avantages qui se trouvent dans le régime de
retraite.
Et je
voudrais terminer sur un point, M. le ministre, si vous me permettez. Hier,
vous avez utilisé une expression que
j'ai beaucoup aimée, de dire qu'en commission parlementaire ce qui est
intéressant également, c'est de faire de la pédagogie. Le petit bout de pédagogie que je voudrais faire, M. le
ministre, vous êtes des législateurs, vous devez rédiger des lois, vous devez vous assurer que les lois que
vous allez faire voter à l'Assemblée nationale sont des lois valides. On
utilise l'expression «société de droit»
depuis la journée d'hier. On a fait des exposés... pas moi, mais il y a eu des
exposés qui vous ont été faits relativement à cela. Le projet de loi n° 3,
dans sa mouture actuelle — et
je comprends que vous avez répondu hier à
l'un des intervenants, le secrétaire général de la FTQ, que votre ministère
n'était pas d'accord avec le fait que
cette loi-là pourrait être inconstitutionnelle — il y a une chose qui me fatigue, depuis le
début on semble vouloir faire porter
sur le dos des syndiqués, qu'ils soient pompiers, policiers, cols bleus, cols
blancs, professionnels, le fait qu'ils ne voudraient pas assumer
50 % des déficits passés.
M. le
ministre, si les employés municipaux ne paient pas 50 % des déficits
passés, c'est que la loi — et elle est toujours en vigueur au moment où on se
parle — fait
en sorte qu'il appartient aux municipalités d'assumer ce déficit passé là. Toutes les ententes négociées l'ont été
dans le respect. Quand on demande le respect des conventions
collectives, ce n'est pas juste le respect des conventions collectives, c'est
le respect de la loi telle qu'elle a existé et telle qu'elle existe toujours au
moment où les négociations se font. Que vous disiez, M. le ministre : Oui,
mais, aujourd'hui, les citoyens de la
province de Québec n'ont plus les moyens de supporter ces régimes de retraite là, ça, c'est une chose. De dire
non pas rétroactivement, mais on a besoin de revoir des lois pour faire en
sorte que ce qui a été fait jusqu'à maintenant ne puisse plus se faire dans le
futur, c'est un autre débat.
Là où on a beaucoup de difficultés — et je
termine là-dessus — c'est
qu'une loi puisse faire en sorte que j'ai travaillé
pendant plusieurs années, j'ai accepté qu'une
partie de mon traitement ne me
soit pas versée immédiatement, mais
qu'elle me soit versée au moment de la retraite, et aujourd'hui, alors que je
ne peux pas revenir sur le travail que j'ai fait, je l'ai fait, mon travail, on viendrait me couper une
partie de
cette rémunération-là. Je serais curieux, je ne sais pas si je peux le
demander, mais, si le ministère a des opinions juridiques sur la légalité de
cette loi-là en fonction de sa rétroactivité, je peux vous dire que je serais...
et les clients que je représente seraient très curieux de voir en quoi ce n'est
pas illégal.
Le Président (M. Auger) : M. le ministre,
un dernier 30 secondes rapide.
M. Moreau :
Oui. Me Leblanc, vous voulez faire de la pédagogie, ce n'est pas moi qui dis
que les associations syndicales ne
veulent pas participer au déficit passé, là. Ce que je viens d'entendre, ça
vient de M. St-Aubin, qui m'a dit que la proposition que vous faisiez ce
matin, c'est de faire assumer le déficit passé à 100 % par les
contribuables. Ce n'est pas une question de loi. Vous plaidez bien, mais il
faut que vous entendiez l'argument de votre propre actuaire.
Le Président (M. Auger) : Merci
beaucoup.
M. Martin (Ronald) : J'ai dit qu'on
n'était pas d'accord à cause de cet état de fait-là, là.
Président (M. Auger) : Merci. C'est tout le temps que nous avions pour
le premier bloc. Donc, je cède la parole au député de Sanguinet pour une
période de 15 minutes.
Therrien : Je peux
lui laisser répondre à la question ou aux propos du ministre.
Le Président (M. Auger) : Pas de
problème.
M. Martin
(Ronald) : Si on est en désaccord de participer 50-50 au déficit
passé, c'est qu'on a payé une
partie de ce déficit-là en laissant du
salaire sur la table des clauses normatives. Alors, on l'a financé quand même.
Parce que, si le coût d'une rémunération
globale par pompier est de 100 000 $, bien, c'est toute la
répartition qui est différente. Et, si, mettons, ça aurait été... on
aurait participé, dans le temps, par négociation, à 50 % du déficit, ça
serait quand même 100 000 $ qu'un
pompier coûterait dans la rémunération. Ça fait que, si on n'est pas d'accord à
participer pour le déficit passé,
c'est à cause de l'historique du régime, l'historique des concessions qu'on a
faites, l'historique du sous-financement aussi, qui a été chronique à Montréal pendant plusieurs années, et on se
retrouve là. Ce n'est pas parce qu'on dit : Les citoyens devraient
absorber absolument... On l'absorbe d'une certaine façon, par voie de
négociations antérieures, M. le ministre.
Le Président (M. Auger) : M. le
député de Sanguinet.
Therrien :
Merci, M. le Président. Je voudrais souhaiter la bienvenue à MM. Martin,
Gosselin, MM. Rosa, Leblanc et St-Aubin. Il me fait plaisir de vous
voir, et je vous remercie d'être ici.
Moi, je vais
commencer, mais ensuite je vais laisser la place aussi à mes collègues. Je
voudrais commencer par le fait que,
dans votre mémoire, on a des chiffres, et ils sont quand même présents et bien
expliqués, ce qu'on n'avait pas avec certains mémoires hier. Quand le
maire de Québec est arrivé, on n'avait aucun chiffre, bon, il fallait se fier à
ce qu'il nous disait,
là, grosso modo. Là, quand vous parliez de 38 % de rémunération, en tout
cas, il n'avait pas détaillé, il n'avait rien de plus que ce chiffre-là.
Bien, je suis content aujourd'hui parce qu'on peut commencer à travailler, là,
comme du monde.
Je veux
revenir sur ce que vous avez dit, M. St-Aubin. Vous avez parlé d'un écart type
d'à peu près 8 %, que, quand on
parlait du taux de capitalisation, il y avait un écart type de 8 %, ça
fluctuait, là, c'était difficile de prévoir les changements du taux de
capitalisation, donc ça pouvait osciller.
Therrien : Bien, je
vais terminer avec mon laïus puis, après, je vais vous laisser tout le temps
que vous voudrez bien prendre. Ça correspond
avec ce que la CSN, hier, nous disait. Elle disait, la CSN, là, que les
fluctuations du taux de capitalisation
pouvaient se promener entre 90 % puis 110 %, c'était difficile,
tomber à 100 %, parce qu'il y avait des prévisions économiques à
faire, puis, les prévisions économiques, on fait notre possible, là, mais c'est
difficile de prévoir tout ce qui peut se
passer économiquement. Ça fait que, là, vous aviez cette variation-là qui était
possible, vous l'avez confirmée. Donc, vous rentrez un peu dans les
chiffres de la CSN hier, ce que je trouve intéressant.
Il faut aussi
comprendre qu'il y a eu une crise en 2008. Les gens parlent de la crise de 2008
comme si on avait une crise comme ça à toutes les décennies. Il faut
comprendre que la crise de 2008, là, son précédent, c'était la crise des années 30, là. Tu sais, il faut arrêter de faire
peur au monde, là. Je veux dire, c'est une crise qui a eu lieu en 2008
avec des raisons particulières. En tout cas,
je ne ferai pas l'analyse de la crise de 2008, là, mais, je veux dire, c'est un
petit peu, là, facile de dire qu'il
pourrait y avoir des crises comme ça à toutes les décennies. On a eu une
diminution d'à peu près 22 % du rendement des actifs, là, on tombe
vraiment dans une crise majeure qui est peut-être à tous les 70 ans, ou à peu
près. Et, malgré tout, on s'aperçoit que les
régimes sont quand même capitalisés, là... en tout cas, qu'ils se sont relevés
quand même assez rapidement. Vous avez le
taux de capitalisation de 2013. Je veux juste savoir, le taux de 2012, c'était
quoi?
M. St-Aubin (Charles) : Je ne l'ai
pas précisément, mais...
Therrien : Bien, ça
tournait...
M. St-Aubin (Charles) : ...gains
dans l'année ont été environ entre 5 % et 10 %. Mais la table de
mortalité qu'on a tenu compte, là,
canadienne, en a pris un 4 %. Donc, on a des gains substantiels dans
l'année. Probablement qu'on est environ à 85 %.
Therrien : O.K. Donc, on a passé de 85 % à 90 %. Depuis le début de l'année,
là, vous avez ici 90 %, puis là, au 30 juin, les taux de
rendement ont été très intéressants, ça tournait autour de...
M. St-Aubin (Charles) : ...on a 3,5 %
d'excédent au 30 juin non considéré dans nos chiffres.
Therrien : Donc, on s'aperçoit, comme vous dites, qu'il y a
un écart type, mais qu'il y a une tendance, une tangente depuis la crise de 2008, c'est évident, une tendance à la
hausse. Puis, à l'intérieur de votre 90 %,
vous avez ici la marge pour écarts défavorables, donc vous avez comme un
petit coussin, là, qui est inclus dans le 90 %?
M. St-Aubin (Charles) : C'est-à-dire
que le coussin, il est dans les hypothèses. Donc, on est plus prudents dans nos hypothèses que le meilleur estimé de ce
qui se passera. Et donc, si on l'enlevait, ce coussin-là, évidemment on
aurait un passif moins grand, on aurait un déficit moins grand. On vous
présente le résultat dans le mémoire à 96 %.
Therrien :
O.K. Ça veut dire que, si on met... Vous êtes pour le fonds de stabilisation.
Ça veut dire que, si on arrive avec un fonds de stabilisation, vous
enlevez cette marge-là parce que vous avez un fonds de stabilisation.
St-Aubin (Charles) : Pour le
service futur parce qu'on peut avoir des marges pour le service passé,
encore, qui n'a pas de fonds de
stabilisation, et l'élimination de la marge pour le service futur ou la
diminution. Il y aura des décisions qui se prendront par rapport à ça,
mais c'est évident qu'il y aurait une diminution des marges, effectivement...
Therrien :
Donc, de prendre un portrait du 31 décembre 2013 puis dire : On va
revenir sur les déficits passés, avec un portrait comme ça, avec un
écart type de 8 %, ça devient difficile de jouer avec les déficits passés.
Moi, c'est l'interprétation que j'en fais.
Je voudrais vous entendre là-dessus parce que le 31 décembre, c'est une
photo, puis là tu arrives, puis tu dis : Bien, cette photo-là nous
détermine les déficits passés, puis on se met à travailler sur les déficits,
puis «splitter» les déficits 50-50. Je voudrais vous entendre là-dessus, sur le
portrait du 31 décembre, là.
St-Aubin (Charles) : Alors,
c'est un portrait qui est le meilleur estimé parce que, si on déposait toutes
les évaluations actuarielles... Puis on en a
plusieurs qui sont déposées, on les a utilisées, certaines projections en
utilisant toutes les données les plus réelles possible pour ceux que
l'évaluation n'était pas déposée. C'est un portrait qui se veut conservateur.
Souvent, il faut être précis dans ce qu'on dit, là, dans ce domaine-là.
On a tendance
à dire : Ah! il va y avoir plus de retraités — effectivement, là, le nombre de retraités
grossit, c'est la maturité des régimes — ça va augmenter le coût. Ce
n'est pas vrai, ce n'est pas comme ça que ça fonctionne, un régime
de retraite. Les coûts n'augmentent pas parce qu'il y a plus de retraités. Je
parle du coût du service courant. S'il y a
un déficit, ça va coûter plus cher par personne qui est capable de payer,
effectivement, mais le coût n'augmente pas parce qu'il y a plus de retraités. Le coût n'augmentera pas parce qu'il
va y avoir une fluctuation des marchés. Donc, c'est le rendement espéré
à long terme avec lequel on évalue, qui fait fi des fluctuations. C'est le
fonds de stabilisation qui va s'occuper des fluctuations. Donc, il y a beaucoup
de prudence dans tout ça.
Même chose
pour la table de mortalité. On dit : On va continuer à voir l'espérance de
vie s'allonger, donc ça va être pire.
Ce n'est pas vrai. Dans nos évaluations actuarielles aujourd'hui, on travaille
avec notre façon de travailler d'aujourd'hui. On n'est plus en 1970 dans la façon qu'on pratique, les pratiques
changent dans toutes les professions. Aujourd'hui, on utilise une amélioration de la mortalité jusqu'à
la fin de la vie très importante pour anticiper les améliorations futures
de la mortalité. Donc, on tient compte de
tout ça aujourd'hui, et je pense que, nos portraits, on ne peut pas branler
l'épouvantail avec les chiffres qu'on a
aujourd'hui. On sait qu'on va avoir des fluctuations, par contre, mais notre
chiffre, il est bon.
Therrien : Donc,
vous êtes prudents dans vos hypothèses de départ.
St-Aubin (Charles) : Bien,
c'est les hypothèses du marché, là, hein, qu'on utilise, là, ce n'est pas les
hypothèses du RAPQ ni les miennes. On est en ligne avec tout ce qui se fait, et
c'est beaucoup plus prudent que ça l'était.
Therrien :
O.K. Donc, vous avez une certaine prudence, vous dites qu'on est en ascension
au niveau du taux de capitalisation. C'est un peu normal, avec la
débâcle de 2008 que tout le monde a subie. Vous parlez, là, de... Bien, ça, c'est un peu hypothétique parce que vous
n'avez pas les chiffres devant vous, mais je pense que c'est assez clair
qu'à partir des rendements qu'on a eus au
30 juin 2014 qu'on est dans une autre amélioration, comme, à peu près,
celle qu'on a vécue de 2012 à 2013. Vous dites que, là, à ce moment-là,
on était à 90 % en étant prudent, on est en augmentation, on se relève de
la crise de 2008, qui est sévère. Alors, moi, ce que je regarde là, là, la
question que je me pose, c'est : Pourquoi
réparer quelque chose qui n'est pas brisé? Moi, c'est ce que je regarde, là,
puis c'est la question puis les réflexions que j'ai. Puis, à ce
moment-là, je passerais peut-être la parole à mon collègue de Beauharnois.
Le Président (M. Auger) : M. le
député de Beauharnois.
M. Leclair :
Merci, M. le Président. Alors, tout d'abord, M. Martin ainsi que les gens qui
vous accompagnent, merci beaucoup d'être là. Merci pour le mémoire, il
est très complet.
profiterais du fait que Me Leblanc est avec vous pour continuer peut-être un
petit peu sur la pédagogie parce qu'à date
les groupes et les mémoires qu'on a reçus, qui vont être dévoilés dans les
prochains jours aussi... tous les groupes semblent d'accord que la manière de procéder, peut-être, avec les
régimes de retraite mérite un changement à partir des années ici et
futures, qu'on doit regarder ça pour ne pas se retrouver encore dans des
déficits, sauf que... Puis le côté où est-ce
que je pense que tout le monde est clair, mais c'est là qu'on ne s'entend
pas — et le
ministre l'a dit aussi — c'est sur
les déficits passés. Alors, bien entendu, les déficits passés, il y a une loi,
il y a une loi qui est là, puis elle est claire et nette, là, ce n'est pas au travailleur de le
payer, le déficit, c'est à celui qui cotise dans le fonds. Sauf que le côté
pédagogique que j'aimerais entendre de M.
Leblanc si votre expertise se rend jusque-là — j'ose espérer, ce sera bénéfique pour
tout le monde qui nous écoute ainsi que pour
moi-même — lorsqu'on
sort un projet de loi, c'est parce qu'il y a une problématique, normalement,
les législateurs sont... Est-ce que vous vous souvenez le but pourquoi qu'on
avait mis une loi, de dire que les déficits
vont être payés, dans le cas des municipalités, par les villes dans les
programmes de régimes de retraite? Lorsqu'ils
ont mis cette loi-là, il doit y avoir eu un but recherché et un but visé. Il y
avait sûrement une problématique. Alors, si vous pouvez me remémorer la
mémoire là-dessus, là...
M. Leblanc (Claude) : Merci. La Loi
sur les régimes complémentaires de retraite, qui, soit dit en passant, est une
loi considérée d'ordre public, là... On n'est pas en matière de petites lois,
là, d'application mineure, là, Code du
travail,
Loi sur les régimes complémentaires de retraite, ce sont des lois qui
sont fondamentales dans notre système législatif. Le fait qu'on a
toujours dans la loi, ce qu'on appelle des rentes acquises, hein... J'ai
travaillé, j'ai cotisé, j'ai acquis une rente. Bon. Si, dans le futur... Au
moment où j'ai acquis ma rente, évidemment, je l'ai payée. Et c'est ça, l'explication
que je donnais tantôt à M. le ministre, c'est que l'ai payée, j'ai accepté...
dans l'hypothèse que je peux vous donner,
plutôt que de gagner 15 $ de l'heure, j'accepte d'en gagner 12 $,
mais il y a un 3 $ qui s'en va dans mon régime de retraite. Pourquoi
on a fait en sorte de ne pas toucher aux déficits passés pour les participants?
C'est qu'on ne voulait justement pas, au moment où j'ai cotisé, au moment où
j'ai acquis des droits... on ne veut pas que, dans le futur, on vienne me
retirer cette rémunération-là que j'ai accepté qu'elle ne soit que simplement
différée. C'est ça, la logique derrière la loi.
L'autre élément qu'il est bien important de
comprendre, c'est que, quand le législateur ferait, par hypothèse, le choix de dire : Bah! Vous savez, des lois
rétroactives, ça a déjà existé, il suffit d'être clair, il suffit de le
mentionner clairement, puis on est corrects... Non, un instant, un instant, il
y a des droits qui se sont cristallisés. Il y a des droits également qui se sont perdus. Je vais vous donner
juste un exemple. Quand on vient dire : Vous allez, aujourd'hui, en
2014, payer des déficits passés, les
déficits passés, là, ils ne se sont pas créés depuis le 31 décembre 2013, ça
remonte à beaucoup plus loin que ça. Et, dans les années où les déficits se
sont créés... À
titre d'exemple — et moi, je l'ai vécu comme négociateur,
et je l'ai vécu comme négociateur en ayant face à moi quelqu'un qui a été ici,
devant vous, hier, le directeur général de la ville de Montréal, M. Alain
Marcoux — on
a créé un régime de retraite à l'époque à la ville
de Sainte-Foy, M. Marcoux était directeur général de la ville de Sainte-Foy, et
l'une des demandes qu'on faisait — on est au milieu des années 90 — c'était d'avoir un régime de retraite
paritaire, on voulait que syndicat et employeur aient la même voix au
niveau du comité de retraite.
M. Marcoux, comme directeur général de la ville
de Sainte-Foy, à l'époque, s'opposait à ça. Savez-vous pourquoi? La réponse était : On est responsables des déficits.
Donc, si on est responsable des déficits, on va contrôler le comité de retraite. En 2014, on revient puis on
nous dit : On va changer la loi, là, puis on va vous rendre
responsables des déficits à 50 %. Un instant. Voyez-vous toute la
mécanique qu'on doit... Lorsqu'on fait une loi, je le soumets bien respectueusement — et je sais que M. le ministre est également
avocat de formation — ce sont
des choses qui doivent être prises en considération. Et, quand on
affirme qu'on ne s'inquiète pas parce qu'on croit à la légalité de la loi que
l'on propose, compte tenu des impacts de
cette loi-là, s'il y a des opinions juridiques qui existent, plutôt que de
s'embarquer dans un processus judiciaire de contestation qui va faire en
sorte — et
on l'a expliqué hier, des intervenants l'ont expliqué — que, pendant six ans, on va être dans une
incertitude quant à savoir quelle rente un retraité va avoir le droit de
toucher, je pense que la plus grande des prudences s'impose, et on n'a pas
besoin de venir jouer dans le passé avec cette loi-là, au grand jamais.
Une voix : Et j'aimerais...
Le Président (M. Auger) : Vous avez
encore une minute à votre disposition, M. le député.
Therrien : Bien,
écoutez, je reviendrai avec mon exposé de tantôt, puis avec vos réponses. Dans
le projet de loi qu'on avait déposé, on disait qu'il y avait des
régimes qui étaient en difficulté, qu'il fallait passer à l'action dans certains cas. C'est pour ça qu'on ne faisait pas
du mur-à-mur, on se concentrait davantage... Et on disait que les
régimes qui sont en bas de 85 % posaient problème, et c'est vers ces
régimes-là qu'on s'adressait pour essayer de corriger la situation et
pour faire en sorte qu'on se lance vers la pleine capitalisation idéalement.
Moi, je
voudrais savoir, le 85 %, si vous trouvez que c'est une limite correcte,
si vous pensez qu'en bas de 85 %, effectivement, il faut intervenir
pour, justement, imposer des améliorations à ces régimes-là.
Président (M. Auger) : Il
vous reste 10 secondes. Je ne sais pas si c'est possible, là, de répondre en 10
secondes.
M. St-Aubin (Charles) : Oui. Là, il
m'en reste sept, mais je vais y aller.
Le Président (M. Auger) : Je vais
vous les donner.
St-Aubin (Charles) : Oui.
85 %... C'est très difficile, il n'y a pas de chiffre qui est bon, hein?
Si c'est 85 %, puis le régime
est à 83 %, c'est difficile, tout ça. On n'est pas à 85 %, c'est trop
proche du 90 %, qui est une fluctuation normale, on est en bas de
ça. On ne vous donnera pas un chiffre précis, mais une chose est certaine, ça
prendrait un — en
anglais, excusez-moi —
«opting out» possible, conjoint par rapport à un exercice comme ça, c'est sûr.
Le Président
(M. Auger) : Merci beaucoup. Je cède maintenant la parole au député de
Blainville, porte-parole du deuxième groupe d'opposition.
M. Laframboise : Merci, M. le
Président. Merci, messieurs, de votre présence. Je vais saisir la balle au bond, Me Leblanc, parce que, dans mon discours
d'introduction, hier, je demandais au ministre de déposer au secrétariat
de la commission les avis juridiques. Je le réitère aujourd'hui dans un souci
de transparence pour qu'on puisse, comme vous
le dites, là, éviter d'avoir des débats, là, puis d'être capables de connaître...
En tout cas, je vous le réitère, vous aurez la chance de me répondre
aujourd'hui sûrement, là, M. le ministre.
Évidemment, vous parlez de situations qu'on
pourrait régler dans des situations exceptionnelles, là, bon. Vous allez me permettre de penser que,
présentement, on est dans des situations exceptionnelles. On a un déficit...
Le rapport D'Amours est clair, les embellies des marchés, c'est un mirage.
Parce qu'on va assister peut-être pas à des crises
aussi importantes, mais il va y avoir de plus en plus, ponctuellement, de
redressements des marchés, puis ça, je pense que c'est une situation
avec laquelle on va devoir vivre. Donc, on se doit de considérer la situation
actuelle comme étant exceptionnelle.
Donc, nous,
on va essayer... en tout cas, je vais essayer de... Je veux vous poser des
questions parce que, notre position,
on va essayer de la diviser en quatre au cours des prochains jours, là, parce
que le service courant, les déficits passés
et le coût du régime en proportion de la masse salariale... Puis je dis quatre,
là, parce que, dans le déficit passé, bon, nous, on peut peut-être voir
les régimes qui sont capitalisés de façon inférieure à 85 %, ceux qui sont
supérieurs à 85 %. Pour le service courant, un partage à 50-50 nécessaire,
imposé à tous les régimes, là, pour assurer un partage équitable du risque,
c'était une condition essentielle du rapport D'Amours, là. Qu'est-ce que vous
en pensez?
M. Martin (Ronald) : Écoutez, on en pense
que, si on arrive à un 50-50... Et j'ai des groupes au niveau du regroupement qui sont à 50-50 par voie de
négociation, j'ai déjà deux groupes qui ont signé des ententes à long
terme dernièrement, cet automne. Nous
autres, on était en pourparlers avec la ville de Montréal quand on a signé la
convention collective, on avait quand même une ouverture, mais, encore là,
toujours dans un cadre de rémunération globale. On est ouverts au 50-50, mais, en même temps, les
concessions qu'on a laissées pour que ça soit 30-70, elles sont
évacuées, et c'est pour ça que, nous, il ne
faut pas le regarder de façon mur à mur. Et, si, pour un groupe, un partage
45-55 est bon parce que l'effet qui
est entraîné, c'est qu'il y a du normatif que probablement, historiquement, on laissait sur la table,
qu'ils ont récupéré lors d'une négociation, on ne dit pas qu'on est fermés à
ça. On dit que ça doit être pris en compte dans un cadre de rémunération
globale, et surtout, le plus important, à l'échéance d'une convention
collective. Parce que, si on a signé une convention collective, il y a eu des états financiers qui ont été déposés, il y a
eu une preuve économique qui a été faite, alors il faut que ça soit à
l'échéance d'une convention collective. François, tu voudrais rajouter...
M. Laframboise : Vous me permettrez
de dire que c'est la façon traditionnelle d'agir, ça a donné ce que ça donne aujourd'hui,
puis ça... Quant à moi, permettez-moi de douter que ça va régler l'exceptionnel
qu'on représente, là. Mais en tout cas.
M. Rosa (François) : Est-ce que je
peux rajouter?
Le Président (M. Auger) : Oui.
M. Rosa (François) : De façon
concrète, lors de l'entente de la dernière convention collective, si, comme association, on avait proposé à l'employeur un partage 50-50, lui, de façon
normale, il aurait fait des économies au
niveau du partage du service courant, de son coût du service courant, on aurait
fait des demandes au niveau de la convention collective.
C'est ce qui se serait produit parce qu'on tient toujours compte d'une
rémunération globale de façon concrète. Je pense que c'est assez clair comme image pour nous. Cette perception-là,
il y en a qui ne la partagent pas, mais, pour nous, elle est très claire...
ce principe de rémunération globale là.
M. Martin (Ronald) :
Et, M. le député, j'aimerais rajouter quand même dans un cadre historique...
Vous dites que la problématique ne se serait pas réglée. On a quand même
participé à un forum, à un comité aussi auparavant du forum au niveau du MAMROT dans le temps, et les syndicats étaient tous
d'accord d'instaurer, pour prévenir ce qui s'était passé en 2008, un fonds de stabilisation. Ça a été
unanime sur le côté syndical de proposer ça, et même la ville de
Montréal, avec l'entente des cols bleus, a fait des propositions pour modifier
la loi.
L'autre
élément aussi historique quand on parle de déficit, dans le temps, quand les
villes étaient en surplus, on demandait
souvent à des employeurs : Pourquoi qu'on ne constitue pas une réserve?
Bien, regarde, les surplus m'appartiennent, je suis le promoteur du régime. O.K.? À moins qu'il y ait des ententes
de partage, parce que j'assume les déficits, la loi m'oblige à assumer les déficits, alors, en tant
que promoteur du régime, je vais m'accaparer des surplus. Je ne dis pas
que ça a été fait partout, mais, dans la très grande majorité des
municipalités, quand les surplus étaient au rendez-vous, elles prenaient les
surplus pour prendre des congés de cotisation quand les participants
continuaient à cotiser semaine après semaine dans leur régime. Alors, on ne
peut pas évacuer tout ça, là.
Laframboise : ...que le partage 50-50, c'est quand même un partage
équitable du risque, là, parce que... Et c'est le fondement du rapport D'Amours, c'est de dire : On s'en va
encore vers des risques, puis c'est la façon de régler.
Je vais revenir sur notre deuxième point, sur
les déficits passés. Évidemment, là, je vais commencer, je vais peut-être
manquer de temps, là. Parce que nous, on divise en deux : ceux qui sont
capitalisés inférieur à 85 %... Les vôtres sont supérieurs à 85 %.
Donc, nous, ce qu'on voudrait, c'est imposer un partage des déficits selon les
termes négociés, soit les déficits accumulés
avant le 31 décembre 2013 ou après, là, si leur degré de capitalisation dépasse
95 %, et négocier des proportions. C'est-à-dire que, là, ce ne sera plus
juste la ville qui va... Bon, il va y avoir des proportions négociées. Ça
pourrait être 20-80, 30-70, 40-60, là, nous, là, pour les régimes qui sont
capitalisés de façon supérieure à 85 %. Les inférieurs, bien, nous, on
demanderait, évidemment, l'imposition du 50-50, là, parce que la gravité de la
situation le propose. Mais, pour les vôtres, là, si... La proposition qu'on
vous fait, là, qu'est-ce que vous en pensez?
M. Martin (Ronald) :
Si c'est fait de façon négociée... Si, mettons, nous... On l'a dit dans le
mémoire, s'il y a un régime qui est en péril, on est ouverts à en
discuter, mais on revient toujours à la même... Parce qu'on va toujours cogner sur le clou, parce qu'on s'est toujours
fait cogner avec ce terme-là, c'est de la rémunération globale. Parce
que le déficit passé, avec nos salaires actuels, il y en a une
partie qu'on a
financée, parce que ça faisait
partie de l'assiette de rémunération. Alors, si, moi, l'employeur est obligé de débourser une
cotisation d'exercice de x, c'est la première chose qui est déposée sur la table de négociation. Alors,
d'une façon ou d'une autre, là, on en discute. On en discute d'une façon
différente d'aujourd'hui. Si on change les choses pour le futur, on a amené
certaines solutions et on va toujours répéter le même message.
M. Laframboise : Ce qu'on vous dit,
ce qu'on vous proposerait, c'est : On impose une discussion là-dessus, puis il faut que ça se règle. Comprenez-vous, là,
nous, on vous l'impose, là, tu sais? Bon, ça, je comprends que vous avez
des divergences, vous voulez que tout soit négocié, et c'est toujours donnant,
donnant...
M. Martin (Ronald) : Et c'est votre
droit d'avoir cette proposition-là aussi.
M. Laframboise : Non, non, je
comprends. Parfait. Ensuite, pour le pourcentage, la proportion de la masse salariale, bon, évidemment, 18 %, 20 %,
là, par rapport... Nous, ce qu'on proposerait, ce serait de prévoir une
réduction au pourcentage, tu sais, un pourcentage du
pourcentage, là. Exemple, là, bon, vous êtes à 25 %, donc une réduction de
10 % à 20 % du 25 %, qui pourrait représenter 5 %. Bon, ça
permettrait de diminuer graduellement les coûts puis ça pourrait,
théoriquement, là... Puis c'est un peu ce que nous dit le rapport D'Amours, si
on faisait quelque chose de semblable à ça,
là, on s'en irait, là, vers une élimination graduelle, là, des... Et ça nous
permettrait une marge de manoeuvre, là,
puis on ne serait pas toujours pris avec le 18 %, 20 %, là, comprenez-vous?
Ça permettrait une certaine latitude, là. Qu'est-ce que vous en pensez?
M. Martin (Ronald) : Si vous
permettez, je vais laisser M. Gosselin répondre à ça.
M. Gosselin (Éric) : Nous, on
n'est pas en accord avec ça parce qu'on vient toucher le niveau de sécurité des citoyens. Les pompiers, au Québec, on a une
réalité chez nous, on ne peut pas monter dans une échelle, travailler
sur un toit à l'âge de 65 ans, c'est
impossible. Donc, notre carrière a une durée. On a l'obligation de performer au
travail. Donc, pour cette raison-là, c'est pour ça que nos régimes sont
plus coûteux. On a un régime... D'ailleurs, dans la loi, il y a une disposition qui permettra qu'on peut avoir un pourcentage
plus élevé. D'ailleurs, on a des régimes qui sont au-delà de ça, puis c'est la raison principale. Si on vient
encore, avec votre proposition, diminuer le pourcentage du coût du
régime, bien, on vient toucher aussi à notre âge de retraite, qu'il y a une
raison pour laquelle il est comme ça, là.
M. Laframboise : On n'impose pas un
maximum de 20 %, vous avez compris. Ça pourrait être supérieur à
20 %, là, avec notre proposition. C'est ce que je veux vous dire, là.
Mais, pour vous, là, on ne touche pas à ça, là.
Le Président (M. Auger) : 30
secondes.
Gosselin (Éric) : C'est très difficile, très difficile d'aller à la
baisse. Très difficile.
M. Rosa
(François) : Dans le fond,
si je peux me permettre, c'est que présentement, par exemple, à
Montréal, ça coûte 25 %. On va faire la
démonstration un peu plus tard que c'est des rentes qui sont simplement
adéquates. Ce n'est pas des rentes
exagérées, des rentes qui sont trop généreuses. Ce n'est vraiment que des
rentes adéquates. Donc, à partir du moment où qu'on diminue le coût du
service courant comme dans le projet de loi, on coupe du tiers le régime de
retraite à Montréal. Donc, c'est...
Le Président (M. Auger) : Merci
beaucoup. C'est tout le temps que nous avions à notre disposition.
Je vais suspendre les travaux quelques instants
pour faire place au prochain groupe. Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à 10 h 31)
Président (M. Auger) : Nous
reprenons nos travaux avec nos nouveaux invités. Pour les fins de
l'enregistrement, je vous demande de bien vouloir vous présenter. Je
vous rappelle que vous avez 10 minutes pour votre présentation. Par la suite,
nous allons procéder à une période d'échange.
Tremblay (Donald) : Bonjour,
M. le Président. Donald Tremblay, de l'Association québécoise des
retraité-e-s des secteurs public et
parapublic. Alors, je suis accompagné de M. Bérubé, qui est le premier
vice-président de l'association, de même que M. Gabriel Pinard, qui est
directeur général de notre association.
Alors, je
vais commencer par faire une brève présentation. Mon collègue suivra avec quelques
recommandations que nous avons à vous soumettre. Par la suite, on procédera,
tel que la commission le prévoit, avec des échanges.
Alors, M. le
Président, M. le ministre Moreau, Mmes, MM. les députés et membres de cette
commission, d'abord, merci beaucoup de nous recevoir à
titre
d'association de retraités concernant le projet de loi n° 3. Faire
entendre la voix des retraités aujourd'hui,
c'est ce que nous voulons. Des retraités ordinaires, ceux qui, probablement
pour quelques-uns, sont devant leur
téléviseur ce matin et regardent ce que le présent gouvernement s'apprête à
faire de la principale source de
revenus qu'ils ont, soit leur rente de retraite qu'ils ont acquise alors qu'ils
étaient au travail. Pour la plupart d'entre eux, ils se sentent impuissants et
inquiets devant une machine gouvernementale emballée à l'idée de
présenter un outil sur un plateau d'argent aux municipalités qui leur sert à
cautionner des choix budgétaires discutables faits au détriment de leurs
ex-employés.
Brièvement, l'Association québécoise des
retraité-e-s des secteurs public et parapublic, plus simplement appelée l'AQRP,
c'est la principale association indépendante des retraités de l'État. Nous
sommes constitués de tout près de 30 000 membres, dont un petit peu plus que
3 000 proviennent du secteur municipal. La mission de l'AQRP vise à
promouvoir la défense des droits et des
intérêts, notamment économiques et financiers, des retraités. Alors, pas
besoin de vous dire que, lorsque le projet de loi n° 3 a été présenté,
nous nous sommes sentis interpellés et nous étions bien satisfaits d'être
invités à venir présenter notre point de vue ce matin.
Depuis
plusieurs années, nos membres ont, à maintes reprises, signifié comme
principale priorité la défense de l'indexation
des rentes de retraite et du maintien du pouvoir d'achat des retraités. De
plus, les membres de l'AQRP ont souligné l'importance capitale qu'ils
accordaient au fait que les retraités soient représentés davantage dans les
négociations et les discussions qui ont une incidence directe sur leurs
conditions de vie, notamment dans le cadre de leur régime de retraite.
Nous sommes une
association qui s'est engagée, depuis quelques années déjà, sur la question des
régimes de retraite. Je ne ferai qu'un bref retour sur les cinq dernières
années, où on s'est présentés à différentes commissions parlementaires pour
exprimer nos points de vue, notamment la Commission des finances publiques sur
l'indexation des régimes de retraite en
2010, en 2011 sur la loi qui venait modifier les régimes de retraite dans le
secteur public, où on s'est opposés et
on a dénoncé la loi qui créait un verrou législatif empêchant toute possibilité
de correction de la désindexation dans les régimes publics. En
2011-2012, on a participé à un comité consultatif, qui a été mis sur place par le précédent gouvernement libéral, sur les
enjeux de l'indexation où étaient réunies à la fois associations de
cadres, de retraités et de syndiqués — c'était une première — pour
trouver des solutions aux régimes de retraite.
En 2013, on a pris
part également lorsque le rapport D'Amours a été présenté... où on a salué le
rapport D'Amours sur certains aspects,
notamment le fait qu'il cautionnait les régimes à prestations déterminées pour
la santé financière des Québécois et également sur la pertinence
d'inclure les retraités dans les discussions qui concernaient les régimes de retraite. Toutefois, on s'est opposés à la recommandation qui faisait en
sorte que les employeurs pouvaient, de façon unilatérale, décréter la
non-indexation des rentes.
mai dernier, on a rencontré M. Moreau à son invitation pour exprimer certaines
réserves qu'on avait vis-à-vis
d'un éventuel projet de loi qui pourrait avoir lieu. À ce moment-là, on avait
souligné à M. Moreau que la protection des
droits acquis était quelque chose qui nous tenait à coeur. Les clauses d'indexation
en faisaient
partie également. Et ce qu'on
notait aussi, l'absence significative des retraités dans les différents comités
de retraite et au cours des négociations qui portaient sur les régimes
de retraite et sur leur avenir. Malheureusement, il ne semble pas qu'on en ait
tenu compte lors de l'élaboration du projet de loi n° 3. Les craintes
appréhendées à ce moment semblent aujourd'hui s'avérer.
Au-delà
des arguments comptables, l'un des principaux objectifs de l'AQRP aux fins de
cette commission est de faire valoir
ce qui, selon nous, constitue une utilisation de plus en plus discutable du
concept d'équité intergénérationnelle. De
quelle équité parle-t-on lorsque, pour corriger des déficits, l'on permet de
venir rompre des contrats établis dans le passé? De quelle équité
parle-t-on lorsque l'on propose de suspendre des clauses d'indexation a
posteriori? De quelle équité parle-t-on
lorsqu'on s'apprête à effectuer des modifications majeures aux régimes de
retraite sans que les principaux concernés, les retraités, soient
appelés à participer significativement à la gestion courante de ces régimes de
même qu'aux négociations qui visent à les modifier?
Alors,
dans le cadre des travaux de la commission, nous souhaitons donc attirer votre
attention tout particulièrement sur les points suivants. Le projet de
loi n° 3, en cherchant à s'appliquer à tous les régimes, et ce, peu importe
leur situation financière, instaure un cadre
et des conditions de négociation fixées à l'avance, incompatibles avec le
respect des ententes passées.
projet de loi n° 3, par son objectif de permettre aux municipalités de
décréter unilatéralement la fin des clauses d'indexation, cautionne injustement la perte de pouvoir d'achat et a
pour effet d'appauvrir graduellement et délibérément un groupe de la
population en particulier, les personnes retraitées.
Le projet de loi
n° 3, en précisant explicitement que les négociations ne regrouperont que
les organismes municipaux et les
représentants d'actifs, perpétue tout aussi délibérément l'absence
significative d'une catégorie particulière de participants, les
personnes retraitées, au sein des discussions ayant une incidence directe sur
les conditions de vie des retraités.
Le projet de loi
n° 3 introduit le principe de paiement rétroactif des déficits
attribuables à certains types de participants
aux régimes de retraite, ce qui a notamment pour effet d'entrer en violation
avec l'esprit même d'un contrat, de cibler certaines catégories de
participants comme des boucs émissaires des déficits accumulés par les régimes
de retraite et de fragiliser le lien de confiance entre les générations.
Nous
sommes conscients des défis et de la pression financière réelle à laquelle sont
confrontés certains régimes municipaux
de retraite à l'heure actuelle. Toutefois, ces problèmes ne devraient pas se
régler par l'imposition de mesures financières rétroactives qui ont pour
effet pervers de dresser les différents groupes d'âge les uns contre les
autres. Si la voie privilégiée pour rétablir
la situation financière de ces régimes selon les différentes conjonctures
économiques du moment s'appuie sur la rupture de contrats dûment signés
de gré à gré, jusqu'où ça va nous mener? La rente qu'on appelle de base sera-t-elle amputée un jour à son tour? Qui seront les
prochains à subir les conséquences de mesures rétroactives dans leur
régime de retraite? En fait, nous vous invitons à une réflexion sur la nature
même du projet de loi, projet de loi qui semble avoir trouvé ceux qui devront
être sacrifiés non pas sur l'autel de la pérennité et de la santé financière
des régimes de retraite, mais bien sur celui des choix financiers des municipalités.
Je vais laisser mon
collègue M. Bérubé vous présenter les quelques recommandations que nous avons
Le Président (M.
Auger) : Vous avez encore une minute à votre disposition.
M. Bérubé (Normand) : Je vais essayer de faire rapidement. Bien, M. le Président, voici
maintenant les recommandations de l'AQRP :
Premièrement, que les
évaluations actuarielles qui devront être soumises et remises à la Régie des
rentes du Québec soient présentées de manière globale afin de ne pas faire
porter le fardeau des déficits des régimes de retraite des municipalités sur
une catégorie ou une autre de participants;
Deuxièmement, que tout projet de loi
visant à améliorer la santé financière des régimes de retraite
municipaux interdise aux municipalités de décréter unilatéralement la
suspension des clauses d'indexation;
Troisièmement, que
tout projet de loi visant à modifier la santé financière des régimes de
retraite municipaux permette le maintien des
clauses d'indexation automatiques dans les régimes dans lesquels des ententes
ont ou auront été négociées à cet effet, et ce, afin de limiter la perte
du pouvoir d'achat des retraités.
Quatrième
recommandation : Que l'indexation ne soit plus considérée comme un privilège...
Le Président (M.
Auger) : ... je vais demander le consentement pour que vous puissiez
continuer. Est-ce qu'il y a consentement?
Une voix :
Consentement.
Le Président (M.
Auger) : Consentement. Et nous prenons le temps sur la partie...
M. Moreau :
... la
partie ministérielle, M. le Président.
Le Président (M.
Auger) : Merci, M. le ministre. Vous pouvez continuer.
M. Bérubé (Normand) : Merci, M. le Président. Merci, M. le ministre. Quatrièmement, que
l'indexation ne soit plus considérée comme
un privilège, mais bien comme une
partie intégrante de la rente de base
consentie aux bénéficiaires;
Cinquièmement,
que soit examinée la possibilité de mettre à profit l'expertise et les
ressources de la Régie des rentes du Québec concernant la répartition
des excédents au sein des régimes de retraite du secteur municipal;
Sixième
recommandation : Que tout projet de loi visant à améliorer la santé
financière des régimes de retraite municipaux
prévoie que les participants non actifs soient intégrés aux négociations de
même qu'au partage d'information entre les parties qui y sont
représentées;
Septième
recommandation : Que l'article 147 de la
Loi sur les régimes
complémentaires de retraite soit modifié afin que le nombre minimal de représentants des bénéficiaires ayant
droit de vote au sein des comités de retraite soit doublé ou encore que
la proportion minimale atteigne 20 %;
finalement, à moins que des modifications majeures soient apportées suite à des
négociations dont les retraités feraient
partie intégrante, le projet de
loi, tel que libellé, devrait être retiré.
Pour la conclusion,
je cède la parole à M. Tremblay.
M. Tremblay
(Donald) : Vous me permettez quelques secondes. En prétendant vouloir
assurer l'équité entre les générations, le
projet de loi n° 3 crée paradoxalement de nouvelles formes d'iniquité
envers les personnes retraitées. Interdire
ou suspendre toute forme d'indexation au sein des municipalités reviendrait à
cautionner des pertes financières nettes pour les retraités et les
futurs retraités. Et il y a une association de retraités de Québec, hier, qui
vous l'a chiffré. De plus, la récupération financière rétroactive d'avantages
négociés aurait notamment pour effet d'entraîner une détérioration significative du climat de confiance entre les divers
participants liés par ces régimes et, par extension, un accroissement
regrettable du cynisme qui affecte déjà nos institutions publiques.
Les régimes de
retraite dans le secteur municipal devraient être davantage encadrés en ce qui
concerne la composition des comités de retraite et la présence des retraités au
cours des négociations portant sur l'avenir de leur patrimoine, puisque, quand on parle d'un régime de retraite, il s'agit
bel et bien d'un patrimoine. Chaque catégorie de participants ne doit pas avoir l'impression que l'avenir de son régime,
donc de ses conditions de vie, est discuté derrière des portes closes à
son insu.
Le Président (M.
Auger) : Merci beaucoup pour votre présentation. Nous allons commencer
la période d'échange. M. le ministre, vous disposez de 22 minutes.
Moreau : Merci, M. le Président. Bienvenue, M. Tremblay, M.
Bérubé, M. Pinard. Merci de vous joindre à nos travaux. Je suis heureux, vous êtes la seule association de retraités
que nous entendrons aujourd'hui. On en a entendu une hier, et on est
heureux de voir que vous contribuez aux travaux de la commission. Et je fais du
pouce sur la dernière phrase que vous avez prononcée, M. Tremblay, ici, vous
voyez que les portes ne sont pas fermées, mais qu'elles sont ouvertes, et on
est heureux que vous puissiez en franchir le seuil pour nous faire bénéficier
de vos réflexions.
vais vous dire très sincèrement que la situation des retraités est probablement
celle qui soulève les questions les plus
difficiles dans le contexte actuel, et parce qu'elle soulève d'abord chez moi,
et je suis convaincu, chez l'ensemble des parlementaires une question de
respect à l'égard des gens qui ont acquitté leurs obligations sur le marché du
travail et qui, aujourd'hui, ont droit à
avoir une retraite paisible et à avoir, pour leur retraite, le droit à une
sécurité financière. Je vous le dis, c'est le premier sentiment qui
m'anime.
Et je veux,
aujourd'hui, parcourir avec vous un certain nombre de concepts pour voir à ce
qu'on puisse bien comprendre les idées qui nous animent, puis je veux entendre
vos réflexions, là, je vous le dis avec la plus grande sincérité. J'ai pris en note les huit recommandations que vous avez
faites. Je commencerai par la huitième où vous dites : Le retrait
du projet de loi n° 3. Je regarde ça puis je vous le dis de façon
totalement dénuée de cynisme, si j'enlève le projet de loi n° 3, il
n'existera plus — s'il
était sanctionné — il
n'existera plus aucune garantie pour la protection de la rente de base à
l'égard des retraités. J'attire votre attention sur l'article 14 du projet de
loi, tel qu'il est formulé, qui assure une garantie du maintien de la rente de
base.
vous avez fait appel tantôt aux gens qui nous écoutent et aux retraités qui
nous écoutent, et j'espère qu'ils sont
nombreux parce que le message que je veux leur livrer aujourd'hui, c'est que
c'est en pensant à la sécurité de leur rente, et c'est le sentiment qui
anime le gouvernement et qui est derrière le dépôt du projet de loi n° 3.
La question que je
vous pose, M. Tremblay — puis
on continuera notre discussion là-dessus — c'est dire : Convenez-vous avec moi que la situation actuelle
qui touche les fonds de pension à prestations déterminées, compte tenu des conclusions du rapport D'Amours, qui ne sont
pas les conclusions du gouvernement, qui sont les conclusions d'un
rapport d'experts, tendent à démontrer que la situation actuelle, si rien n'est
fait, va mettre en péril les régimes à prestations déterminées? Est-ce que vous
convenez de ça?
M. Tremblay
(Donald) : M. Moreau, je dirais qu'on n'a pas de difficulté à convenir
que certains régimes de retraite puissent
connaître certaines difficultés temporaires, passagères depuis plus ou moins
plusieurs mois ou plusieurs années.
On n'a pas de difficulté avec ça, c'est facile à reconnaître. Nous ne sommes
pas des experts en chiffres, hein, puis on ne s'est pas préparés pour la
commission en fonction de chiffres, et de venir chiffrer, puis de présenter des
études actuarielles. Cependant, ce qu'on sait, c'est que, lorsque nous avons
pris notre retraite, lorsque les gens ont pris leur retraite... Il y a un
processus qui s'établit dans la tête de quelqu'un qui s'apprête à prendre sa
retraite.
Qu'est-ce qu'il fait?
Il calcule avec un peu d'anxiété, un peu d'inquiétude. Est-ce que ça va être
suffisant? Est-ce que je vais parvenir à maintenir un niveau de vie acceptable?
Ça, ce sont les questions qu'il se pose. Et, après ça, il prend un papier puis
un crayon, puis il compte, et là il dit : Voici, on m'a dit que, si je
prenais ma retraite, on comptera... par
rapport à mon régime de retraite, il me donne telle rente avec telle indexation.
Bon. Est-ce que ça sera suffisant?
C'est la question qu'il se pose. Ensuite de ça, il se dit : Bien, je vais
me constituer un petit pécule à côté tout au long de ma vie de travail. C'est permis de se constituer un petit
patrimoine financier qui est à côté de ça au cas où, bon, il y aurait
des coups durs.
Alors,
c'est ce qu'il fait, le retraité. Et là il dit : Bon, bien, à 65 ans, je
vais avoir ma rente du Québec, et, à 65 ans, va aussi arriver la pension
du Canada. Et là il fait son calcul, puis il dit : Bon, bien, avec ça, je
pense que ça devrait être pas pire, et il
décide de prendre sa retraite. Si, en cours de route, les règles viennent de
changer, il y a un petit problème. Imaginez-vous,
M. Moreau, que, demain matin, j'appelle Hydro-Québec puis je leur dis :
Monsieur... ou le service à la clientèle
de l'Hydro-Québec, je leur dis : Savez-vous, l'augmentation de 3 % ou
de 4 % que vous me présentez, je ne serai pas capable de l'assumer.
Savez-vous pourquoi? Parce que mon employeur, mon ex-employeur a décidé de
réduire ma rente, il a décidé de m'enlever
une
partie de ma rente. Alors, si ça ne vous fait rien, je ne l'assumerai pas,
moi, cette portion-là, compte tenu de ma situation financière
personnelle. Que pensez-vous qu'il va me répondre?
M. Moreau :
M. Tremblay, je suis exactement votre raisonnement. Vous avez votre pension de
vieillesse qui... vos économies personnelles
et votre rente de base. Ce que je vous dis, à vous, aux gens qui vous
accompagnent et aux retraités qui
écoutent, le projet de loi n° 3 garantit que personne...Puis une de vos
recommandations, c'est de dire : On n'est pas là, nous, quand ça se négocie entre la ville puis les
associations syndicales. La loi vient vous dire, là : Ni la ville,
ni les associations syndicales ne vont pouvoir toucher à votre rente de base,
personne. C'est ça qu'il dit, le projet de loi
n° 3. Il dit plus que ça, il dit : Ni la ville, ni les associations
syndicales ne vont pouvoir venir toucher à la rente au conjoint
survivant. Il dit ça aussi. Il vous fournit deux garanties fondamentales. Je
veux que tout le monde comprenne ça, là, le
projet de loi n° 3 ne vient pas taper sur les retraités, il vient
dire : Mme, MM. les retraités, vous avez travaillé, vous avez gagné
une rente de base dans un cadre d'un régime à prestations déterminées, et on va
vous assurer que personne ne va toucher à ça. C'est ça qu'il dit, le projet de
loi n° 3.
Il dit plus que ça,
il dit à ceux qui sont les gestionnaires des régimes actuels, là : Vous
allez faire le ménage dans votre patente.
Parce que, si la patente s'effondre, la rente de base est menacée. Il dit ça
aussi, le projet de loi n° 3.
Parce que, convenez avec moi, là, on a 3,9 milliards de déficit sur 122 000
personnes dont 50 000 retraités. M. D'Amours, là, qui n'est pas membre du gouvernement, là, il
est à la tête d'un comité d'experts, il dit : Si vous ne faites pas
quelque chose, puis si vous ne faites pas quelque chose tout de suite, puis
qu'on vit encore ce qu'on a vécu en 2008, c'est la rente de base qui est menacée. Alors, le projet de loi, là, il vous
sécurise sur deux éléments. Il vous dit : On veut faire le ménage pour ne pas que la rente de base s'écroule,
puis, à l'intérieur du ménage qu'on va faire, vous n'avez pas le droit
de toucher à la rente de base. Je suis convaincu que vous n'êtes pas contre
cette idée-là.
Maintenant, parlons
de l'indexation parce que c'est ça, le nerf de la guerre, en ce qui concerne
les retraités. J'ai demandé à la Régie des
rentes de me sortir les chiffres sur l'indexation. Hier, on a dit deux
chiffres : 85 % des régimes ne sont pas indexés, il n'y a que
15 % des régimes qui sont indexés totalement. Donc, pour les participants
à 85 % des régimes, le projet de loi
n° 3 a zéro impact. J'ai demandé à la Régie des rentes : Allez un
petit peu plus loin que ça parce que
85 % des régimes puis 15 %, ça demeure des chiffres. Allons vers les
individus, moi, les retraités, ça me préoccupe, je veux savoir combien sont touchés. Savez-vous ce
qu'on m'a donné? Pour l'indexation complète des régimes, 7 % des
retraités. Ça veut dire que, pour 93 % des retraités qui nous écoutent, il
y aura zéro impact sur leurs calculs qu'ils ont faits pour assurer la sécurité
de leur retraite, 93 %. Ça veut dire que la suspension temporaire de
l'indexation touche 3 256 personnes sur les 50 000 retraités.
Et le dernier
élément — puis
je vais vous laisser réagir — vous avez dit : Le projet de loi
n° 3 permet à la municipalité la fin
des clauses d'indexation. Je vous le dis avec tout le respect, cette phrase-là
est inexacte et contraire au projet
de loi, puisqu'elle dit : Vous allez maintenir les clauses d'indexation.
Vous n'êtes autorisés qu'à les suspendre de façon temporaire. Alors,
pour 3 256 personnes sur 50 000, il pourrait y avoir une suspension
d'une indexation qui, en moyenne, est... qui est automatique pour une période,
dans certains cas qui ont été illustrés hier, de trois à six ans.
La question que je vous
pose est la suivante : Ne trouvez-vous pas que c'est un inconvénient
temporaire, mineur par rapport aux
protections que vous donne le projet de loi dans sa forme actuelle? Et, sinon,
qui devrait supporter les sommes qui pourraient être récupérées à partir
de cette suspension temporaire?
Tremblay (Donald) : Avant de laisser la parole à M. Pinard, je vais
relever deux points parmi les nombreuses
questions que vous m'avez posées, soit celle, entre autres, que vous dites,
d'une part, que c'est temporaire et que ça ne touche qu'un 15 % des
retraités et...
Tremblay (Donald) : Sept?
Sept. Alors, c'est ça qui est le plus triste dans l'histoire, c'est que ça veut
dire que tous les retraités qui ne sont pas
indexés, peu importent les raisons, s'appauvrissent d'une année à l'autre. Si
c'est ce qu'on veut créer, un secteur de la population qui diminue son
niveau de vie sans cesse, on est bien partis.
Quant à l'aspect temporaire du retrait de
l'indexation, on a vu énormément de choses temporaires devenir permanentes.
Alors, c'est tentant de craindre que le temporaire devienne le permanent, et je
vais laisser poursuivre M. Pinard là-dessus.
M. Pinard
(Gabriel) : Il y a un
élément qu'on n'entend pas beaucoup aujourd'hui, c'est que ces gens-là — les
retraités municipaux, ceux qu'on
défend — ont
travaillé pendant plusieurs années pour les municipalités, pour
améliorer les services. Aujourd'hui, les services municipaux, on juge, nous,
qu'ils sont de très bonne qualité au Québec. Quand on compare aux années 50, aux années passées ou quand on se compare à
d'autres villes quand on voyage, on
s'aperçoit que nos villes sont propres, nos villes sont bien
entretenues, nos villes sont sécures. Là, il y a des gens qui ont travaillé dans
les dernières années, il y a des gens qui ont mis énormément d'énergie avec des
conditions de travail qu'ils ont choisies.
Ils auraient pu aller travailler ailleurs. Nos ingénieurs, nos avocats, nos
informaticiens, les électriciens de la ville, ils auraient pu aller
travailler ailleurs, mais ils ont choisi de travailler pour une ville. Ils sont
fiers, généralement, de travailler pour la ville et ils ont bien réussi.
Alors,
concrètement, si on garantit la rente, ce n'est pas juste de dire ça parce
qu'il faut avoir aussi une indexation. Le coût de la vie, lui, n'est pas
à zéro. Si on dit : On n'indexera pas la rente, mais on vous garantit que
l'électricité ne montera pas, que l'essence
ne montera pas, il n'y a pas de problème. Mais, s'il y a une augmentation du
coût de la vie, après 10 ans c'est
certain que le retraité doit ajuster énormément son train de vie. C'est
impossible de faire autrement. Alors,
de dire que la rente est protégée, c'est bien évident, mais ce n'est pas que
ça, là, que le retraité a à chaque mois comme revenus.
M. Moreau : Je comprends,
monsieur. Je comprends ce que vous dites, M. Pinard, puis je ne mets pas en cause le fait, là... Comprenez-moi bien, là, j'ai
beaucoup de respect pour les gens qui arrivent à leur retraite, là. J'en
ai dans ma famille, moi aussi, là, je ne
suis pas désincarné de la société puis je comprends qu'ils ont fourni un
effort. Mais n'est pas le projet de
loi n° 3 qui fait que, pour 93 %
d'entre eux, il n'y a pas d'indexation, c'est le régime dans lequel ils
sont. Mais 66 % des Québécois, là, à l'heure actuelle, n'ont pas de régime
à prestations déterminées. Parmi ceux qui ont
des régimes à prestations déterminées, il y en a seulement 7 % qui ont une
indexation. Le fait que vous souhaitiez que la rente soit indexée, ce
n'est pas le projet de loi n° 3 qui l'enlève. On dit : On maintient
tout ça. On maintient la rente de base, on
maintient ce qui a été négocié sur la rente de base. La seule chose que l'on
dit, c'est : Si votre régime n'est pas en santé financière, vous
avez aussi un intérêt à ce qu'il soit corrigé pour assurer votre rente de base.
Et donc ça nous amène à la deuxième notion. Ceux
qui bénéficient d'une indexation par rapport à l'ensemble des retraités... Alors, tous les retraités ne sont
pas traités de façon équivalente dans ces régimes-là. Pour une raison
bien simple, c'est qu'il y en a 172, ils sont
différents. Il y en a quelques-uns qui sont privilégiés parmi les autres parce
qu'ils ont une indexation. Alors, ce que le projet de loi dit, c'est qu'on
s'adresse à eux, et on dit : Temporairement, pour la
partie de l'indexation, on va vous le suspendre.
Et, quand vous avez dit, M. Tremblay : Il n'y a rien qui a l'air le
plus... qui est souvent plus permanent que le temporaire, dans la loi vous
retrouvez une disposition qui dit que, prioritairement, la première chose qui
est rétablie, la première chose qui est rétablie lorsque le régime est en
santé, c'est l'indexation.
Je vous amène
donc à l'autre concept. Supposons qu'il y a une somme — quelle que soit la somme, là, évitons
les chiffres, vous me dites, on n'est pas arrivés comme ça — il y
a un chiffre qui sort de la suspension temporaire de l'indexation, quel que soit ce montant-là. Si je ne la fais pas
supporter par les retraités indexés d'une façon temporaire, j'ai deux
autres sources, soit les jeunes qui sont les cotisants actifs, soit les contribuables
en général. Qui, selon vous, doit supporter
cette somme-là, si ce n'est pas par suspension de l'indexation? Et comment
pouvez-vous justifier que, si c'est quelqu'un d'autre qui le supporte,
ce soit équitable au plan intergénérationnel? Puis je ne vous dis que c'est une
question facile, là, moi, je n'ai pas l'économie de ne pas y répondre.
M. Tremblay
(Donald) : Alors, qui supporte? Quelles solutions trouver à des
régimes de retraite qui sont en difficulté
probablement temporaire? Parce que ce que j'ai entendu dire de la part, je
dirais, de gestionnaires de caisses telles
que la Caisse de dépôt, c'est qu'il ne faut pas voir les régimes de retraite
comme des sprints de 100 mètres, mais comme
des marathons étendus sur un horizon d'une quarantaine d'années. Et là on a
l'impression qu'on veut, à l'intérieur de
ce projet de loi là, cibler une catégorie de population, les retraités, pour
réparer des choses qui ont été faites probablement de bonne foi sur de savants calculs d'économistes
et d'actuaires des deux parties, et on... D'ailleurs, je pense qu'il n'y a rien
de plus incertain qu'une prévision d'économiste.
Malgré tout le respect que je
peux avoir pour les économistes, ils sont en
mesure de nous expliquer facilement pourquoi ce qu'ils avaient prévu hier
n'arrive pas aujourd'hui. Ça, il n'y a pas de problème. Mais, voyez-vous, c'est
là que...
On le sait bien qu'il
y a des décisions qui ont été prises en toute bonne foi. Il n'y a pas personne
qui a dit : «Let's go», on met les
régimes de retraite en péril, ça va être plaisant pour les générations futures. Et
vous, pensez-vous que nous, qui avons
des enfants de 30, 35, 40 ans, pensez-vous qu'on veut appauvrir ces gens-là?
Honnêtement, ce qu'on veut, c'est
préserver le niveau de vie des retraités tout en assurant à ceux qui vont nous
suivre quelque chose
d'équivalent ou, idéalement, de mieux, M.
Moreau. C'est ça qu'on souhaite, c'est ça qu'on vise. Et, par notre demande de
participer aux discussions qui concernent les aménagements des régimes de
retraite, on souhaite être là.
M. Moreau :
Ça, c'est une autre question. Je suis tout à fait d'accord avec l'idée que vous
ayez un droit de regard sur ces éléments-là. Ce n'est pas ça. La question la
plus difficile, ce n'est pas de savoir est-ce que les retraités devraient être là. C'est facile à répondre, ça, en
équité. Ce qui est difficile à répondre, la question la plus difficile — puis j'en appelle à votre sagesse puis à votre
réflexion là-dessus, puis aidez-nous : Si ce chiffre-là, que je
pourrais aller chercher avec une suspension
temporaire de l'indexation — je
touche très peu de personnes chez les retraités — je ne vais pas le chercher là, c'est quoi, la solution que vous proposez? C'est que
j'aille le chercher chez les cotisants actifs ou que j'aille le chercher
chez les contribuables des municipalités? La grosse question la plus difficile
et la seule, là, c'est celle-là. C'est quoi, votre réponse à vous, là? Puis je
vous le dis, je ne veux pas vous mettre dans le coin, je veux entendre votre réflexion
là-dessus.
M. Tremblay
(Donald) : D'abord, je vous dirais que la principale chose à
considérer, c'est que le projet de loi
n° 3, ce qu'il doit prévoir,
c'est un espace de négociation. On doit être présents à cette table-là ou à ces
tables-là où vont se discuter les
régimes, et ensemble...
Effectivement, la question n'est pas facile, mais ensemble, retraités, employeurs, syndicats, travailleurs actifs, ensemble,
on va s'asseoir et on va regarder les solutions. On en a, des idées. Mais
évidemment que, sur le passé, on pense que la parole donnée et le contrat signé
doivent être respectés.
Moreau : Et ça, là,
dans 93 % des cas, là, c'est la
situation. Je reviens à l'affaire... Vous me dites que vous avez des
idées. C'est ça, là, est-ce que, dans le temps qu'il nous reste, vous pouvez
réfléchir tout haut puis me dire quelles
sont ces idées-là que vous avez? Qui doit... Il y a trois hypothèses possibles.
Ou on va en chercher une
partie dans la suspension temporaire de l'indexation chez les retraités parce qu'il y a
une
partie du déficit qui leur est attribuable... Si je ne fais pas ça, il me reste deux autres sources, les
contribuables ou encore les cotisants actifs. Qu'est-ce que vous
suggérez?
M. Pinard (Gabriel) : M. le ministre, moi, je dirais deux choses. Hier, on a entendu des
mots. On a entendu, par exemple, une personne dire que, s'il n'y aurait
plus d'indexation dans son régime, elle réglerait ses problèmes très
rapidement. Donc, l'indexation, ce n'est pas si mineur que ça, là, si ça peut
régler...
M. Moreau :
Bien, il parlait des deux. Il parlait de l'indexation chez les actifs et chez
les retraités.
M. Pinard
(Gabriel) : Et chez les retraités, qui sont quand même une bonne
partie.
M. Moreau :
Alors, c'est pour ça que l'effet est aussi important que ça.
M. Pinard
(Gabriel) : Oui. Deuxièmement, on a entendu un mot comme «immoral», et
moi, je pense que ce mot-là, il s'applique
vraiment aux retraités. Actuellement, quand on discute de leur rente, je vous
rappelle, ce n'est pas que le montant de la rente, là, c'est
l'indexation puis c'est tout ça, là. Quand un retraité reçoit un chèque, il
reçoit un ensemble de chèques, là. Et, quand
on dit qu'on peut jouer dans ça pour une période de temps de plusieurs années,
ça, c'est immoral. Ça, c'est ce que nous, nous pensons.
Moreau : Alors, la réponse, là, vous ne visez pas la cible,
mais vous dites : Voici la cible que vous ne devez pas viser, c'est ne touchez pas d'aucune façon... n'allez
pas chercher cette somme-là par la suspension de l'indexation. C'est ce que vous me dites. Après ça, vous me laissez tout
seul avec mon morceau, puis vous dites : M. le ministre, allez
chercher ça ou bien chez les contribuables
ou bien chez les participants actifs. C'est ça que... Je ne vous fais pas de
reproche, là, je résume ce que vous me dites.
Puis
je vais vous poser une question. Dans le calcul que vous faites... Reprenons le
calcul tantôt... Parce que je fais ce raisonnement-là aussi, je
dis : Bon, j'ai ma pension de vieillesse, j'ai mes économies, j'ai ma
rente quand j'ai ça. Comment est-ce qu'un
retraité pourrait faire pour faire le calcul sur ce que va lui rapporter l'indexation à la retraite lorsque, dans
certains cas, les formules d'indexation sont x % en bas du... Tu sais, la
sécurité veut que cette personne-là fait un
calcul conservateur en prenant en compte sa rente de base, pas l'indexation. Il
n'a pas capitalisé ou il n'a pas mis la sécurité de sa retraite en calculant une indexation qu'il est impossible
de calculer au moment où il décide prendre sa retraite.
Président (M. Auger) : Merci. Nous allons maintenant continuer avec le
porte-parole de l'opposition officielle, M. le député de Sanguinet.
Donc, vous pouvez répondre...
Therrien :
Une réponse d'une minute, il n'y a pas de problème.
Therrien : Si vous voulez répondre. Si vous voulez répondre,
Une voix :
Je peux bien...
Therrien :
...pas sûr, là. Je ne les oblige pas à répondre.
M. Tremblay
(Donald) : Pouvez-vous répéter la question?
Des voix :
Ha, ha, ha!
M. Pinard
(Gabriel) : Non, mais, écoutez, il est faux de dire que, quand la
personne qui fait ses calculs, comme M.
Tremblay disait... qu'il ne tient pas compte d'une hypothèse d'indexation. Tout
le monde a un planificateur financier
qui, lui aussi, va nous aider. On tient compte d'une indexation. Sinon, le
dollar d'aujourd'hui, dans 20 ans... C'est
impossible qu'une rente d'aujourd'hui puisse amener le même coût de la vie, si
elle n'est pas indexée, dans 20 ans. Alors,
c'est sûr que le futur retraité, quand il fait ses calculs, il met des
hypothèses d'indexation. La Régie des rentes est indexée. La pension de
vieillesse est indexée. La CSST est indexée. La SAAQ, c'est indexé. Mais il
faut que le reste soit indexé, sinon ça ne fonctionnerait pas.
Le Président (M.
Auger) : M. le député de Sanguinet.
Therrien :
Merci, M. le Président. Je vous souhaite la bienvenue, M. Tremblay, M. Bérubé,
M. Pinard. Je suis très content de vous voir ici. Écoutez, on a beaucoup parlé du
rapport D'Amours, le rapport D'Amours, et le ministre, avec raison, le
ministre souligne les différents commentaires et ce que nous suggère le rapport
D'Amours, que la situation est grave, qu'il faut intervenir, ainsi de suite,
puis vous êtes d'ailleurs d'accord avec cette façon de percevoir les choses.
Moi, j'aimerais
attirer votre attention sur le rapport D'Amours. Je vais vous lire le bout, là,
qui nous intéresse tous : «Dans le cas
des prestations des retraités — soit pour ce qui est de l'indexation de la
rente après la retraite — le comité d'experts
recommande que cette indexation puisse être réduite ou suspendue seulement
si — au — moins
[...] 30 % des retraités s'opposent à la modification.» Comment vous
trouvez ça?
M. Pinard (Gabriel) : Je trouve ça bien parce que les retraités ont le droit d'analyser, ont
le droit de participer puis peuvent
réfléchir à ce moment-là. Et, si la situation est intenable, bien, le vote se
fera, puis on décidera en conséquence. C'est essentiel d'avoir une
chance comme ça de pouvoir s'exprimer.
Therrien : Parce que, si, par exemple, on vous demande un
effort pour x raisons, bien, vous devez être capables de vous asseoir et dire : On va prendre une
décision. On nous demande un effort, c'est à nous de décider. Et, si on
trouve que notre situation économique ne
nous le permet pas, on a tout simplement à voter contre. Et, vous, ça vous
satisferait, ça, si on mettait ça dans le projet de loi.
M. Tremblay
(Donald) : Bien, si, au départ, on avait voix au chapitre, c'est déjà
un grand pas. Et, avec un pourcentage comme celui-là, on serait plutôt à
l'aise.
Therrien : D'accord. Parce que, nous, c'est ce qu'on
prévoyait, là, dans le projet qu'on avait proposé. Mais c'est juste pour faire en sorte de comprendre que
le rapport D'Amours y va de certains constats, mais il ne faut pas
oublier les constats aussi qui touchent à votre situation à vous. Donc, ça,
j'en prends bonne note.
On parle de 93 %
de retraités qui n'ont pas d'indexation. Vous, là, vous représentez des
retraités, évidemment. C'est combien, le
pourcentage de gens qui ont une indexation totale ou partielle? Ça touche à peu
près à quel pourcentage de votre clientèle?
M. Tremblay (Donald) : Je ne pourrais pas vous parler en termes de
pourcentage de notre clientèle. D'abord, première des choses, comme AQRP, nous représentons davantage de membres
qui concernent les régimes publics des régimes
de retraite, donc le RREGOP, le RRPE, tout ça. On est une association qui n'est
pas raciste, je dirais, on accueille à
la fois des cadres, des syndiqués et même des élus au sein de notre
association, ce qui fait qu'on a de nombreux régimes de retraite et ce qui fait qu'on a de nombreuses
formules d'indexation ou de désindexation. Mais, pour vous parler des
régimes publics, les régimes publics sont désindexés pour une période de 17
ans, soit de 1982 à 1999. Et, à partir de 2000, les régimes ne sont indexés que
la moitié du TAIR, tel que la Régie des rentes...
Therrien :
Écoutez, vous avez parlé des économistes et de leurs prévisions, ça m'a touché
un peu. Le ministre en a rajouté un peu en riant, mais en tout cas. Bien,
écoutez, on va faire une légère analyse économique, si vous voulez, là, au moins
montrer qu'on sert à quelque chose, à part faire des prévisions.
Therrien :
Oui, c'est ça. Écoutez, tu sais, en économie, ce qui est important, c'est le
salaire réel, c'est le pouvoir d'achat de
notre salaire. Quand on fait une indexation, comme vous proposez, vous voulez
garder votre indexation, c'est comme si votre pouvoir d'achat de salaire
ne changeait pas. Et ça, c'est la réelle valeur du salaire. Bon.
ce qu'on propose, c'est des annulations à un moment donné puis de
rétablir par la suite l'indexation si tout va bien dans les régimes.
Puis là on dit : C'est temporaire. Mais là je vais y aller d'une
réflexion, puis ensuite vous me direz ce que
vous en pensez. Quand c'est temporaire... Quand on parle d'indexation, quand on
dit que c'est temporaire, c'est
permanent, ce n'est pas temporaire. Je vais vous expliquer. Si, mettons, votre
indexation, c'est 2 % sur un
revenu de 30 000 $, ça veut dire que c'est 600 $ par année. Si
vous n'indexez pas le revenu la première année, ça veut dire qu'il y a un 600 $ qui n'est pas là. La deuxième
année, c'est un autre 600 $. Ça veut dire qu'on est rendus à
1 200 $ qui n'est pas là.
Troisième année, 600 $. Ça veut dire qu'on est rendu... Exemple, à la
place d'avoir 30 000 $, on a... On serait supposé d'avoir 31 800 $ ou à peu près, là,
j'arrondis, là, et là ça veut dire qu'à l'année trois tu as 31 800 $
de revenus. Mais ensuite si on remet
notre indexation, ce 1 800 $ là est perdu à jamais, donc... C'est-u
correct, ce que je pense? Donc, les mesures temporaires sont, dans les
faits, permanentes.
Tremblay (Donald) : On va
vous classer, M. Therrien, dans les bons économistes, je fais le même
calcul. À ce moment-là, la réduction, elle est permanente.
Therrien :
Voilà le travail. Donc, merci beaucoup. Non, mais c'est parce que c'est ça,
c'est que des mesures temporaires, il faut comprendre ici — et je
m'adresse à tous les retraités, là, qui sont touchés par ça — il
faut comprendre que c'est... à quelque part,
ça devient permanent comme impact. Il ne faut pas négliger ça, surtout que
beaucoup des retraités n'ont pas des revenus
très, très élevés, et ça les affecte. Et moi, je vous dirais même plus, c'est
que ces retraités-là, par leur panier
de consommation, sont davantage frappés par les hausses des prix que n'importe
quelle autre
partie de la population. Ça, c'est une analyse économique
que je vous épargne, là, mais, en tout cas, c'est le résultat assez clair qu'on
peut établir.
Moi, je vous
retiendrais sur un dernier point, puis ensuite je vais passer la parole à mon
collègue. Mon oreille a accroché quand vous avez parlé de ça, vous avez
dit : On perd confiance aux contrats et même à ceux qui légifèrent. Si on se dit : Bien, on revient sur des
contrats qui ont été préétablis, qui ont été signés par les parties, la loi
nous dit que les déficits passés sont la responsabilité de la
municipalité, bien, à ce moment-là, le ministre... et avec raison parce que son projet de loi le certifie qu'on ne touchera
pas à la rente normale. Puis vous avez dit : Oui, mais, s'ils reviennent
sur le passé, s'ils font des bris de contrat, si on n'a pas droit au chapitre,
qu'est-ce qui nous dit que, dans deux, trois, quatre, cinq ans, on ne reviendra pas avec un projet de loi qui va revenir sur
notre rente normale et qui va dire : Bien là, écoutez, on a des
problèmes, on va vous baisser de 10 % votre rente normale?
M. Pinard (Gabriel) : C'est
effectivement notre appréhension, hein, c'est notre appréhension. On y a goûté,
vous savez, nous, pendant 17 ans. Il y
a des fonctionnaires qui ont perdu beaucoup d'argent, ils n'ont jamais récupéré
cet argent-là. Et, quand on voit ce qui s'en vient éventuellement dans la
fonction publique, bien, les gens se disent : Ah! là, c'est certain, là, qu'en arrière de ça il y a probablement des
idées. En tout cas, on appréhende énormément qu'un jour le gouvernement
ou d'autres municipalités aient besoin encore d'argent pour faire des projets
et que, là, bien, on dise : Bien, les retraités, vous allez encore
contribuer.
Tremblay (Donald) :
Effectivement, vous avez raison. Puis ce qui nous inquiète également, c'est le
précédent que le projet de loi n° 3
vient créer. On sait très bien — puis tout le monde sait ici, dans cette salle — ce qui s'en vient en 2015, ce sont
les négociations dans le secteur public. Est-ce que c'est quelque chose qu'on
va voir revenir autour des tables de négociation, ce type de mesure là? C'est
une question qu'on pose.
Le Président (M. Auger) : M. le
député de Beauharnois.
M. Leclair :
Merci, M. le Président. Alors, à mon tour de vous saluer et de vous remercier
pour votre mémoire et ainsi que de votre présence aujourd'hui avec nous.
Bien entendu, les gens retraités comme vous et ceux que vous représentez, ceux
qui nous écoutent aussi à la maison, vous êtes des gens un peu bâillonnés parce
que, tout le long que vous avez cotisé, dans
bien des cas vous n'aviez déjà pas le droit de parole, ce n'était pas
paritaire. Aujourd'hui, bien, vous
faites face à un projet de loi qui, en ce moment, là, n'est pas encore
applicable, mais peut le devenir, puis vous n'avez encore pas autre
droit de parole ni de vote, alors que le rapport D'Amours tente de dire que ça
serait une nécessité que vous ayez le droit de vote.
Bien entendu, on vous a bien entendus tantôt,
vous disiez : Bien, pour nous, ça serait déjà un gros gain juste d'être
entendus puis d'avoir le droit de mettre notre grain de sel. On l'a payé, notre
fonds de retraite, là, on ne l'a pas volé,
là. Ça fait qu'aujourd'hui à cause de certains régimes... Puis, lorsque
le ministre dit : Ce n'est pas un projet de loi qui est mur à mur, bien là on parle de toucher à tous les retraités... bien,
tous les retraités qui ont une indexation possible sans faire part si leur régime à eux, il est en santé
ou non. Puis, au-delà de ça, vous n'avez pas tout à fait le droit de parole là-dessus.
Si je reviens avec le
projet de loi comme tel, est-ce que vous seriez d'accord... Parce qu'on sait
que la problématique est vraiment sur les
argents passés, puis les régimes qui ne sont pas en santé, c'est du mur-à-mur.
On prend tous les régimes puis on dit : Il faut remonter la cote
pour que tous les régimes soient en santé, alors qu'on sait très bien... Puis malheureusement, encore à l'heure
qu'on se parle aujourd'hui, on n'a pas toutes les données. Il y a
beaucoup de chiffres
actuariels qui sont durs à définir exactement, mais, quand même, on manque
beaucoup de données précises à savoir
quel régime qui est vraiment déficitaire, qui est à 70 %, 72 %,
85 %. On écoute des représentants qui viennent nous voir, puis leurs régimes, avec les chiffres
actuariels, sont standard, on suit les fluctuations. Il y en a qui sont un peu
plus bas, mais on n'est pas capable de le donner.
Est-ce que vous
croyez qu'on devrait, au moins, commencer par exclure les régimes qui sont en
santé, puis, après ça, de cibler ceux qui ont eu des problématiques et de
trouver le pourquoi des problématiques? Parce que, les problématiques, certains
disent des congés de cotisation, on n'a pas le portrait global. Qu'est-ce que
vous pensez de ça pour, au moins, finir par arriver à une solution qui est
potable?
M. Tremblay
(Donald) : Je vais revenir sur deux aspects que vous mentionnez dans
votre intervention, monsieur. D'abord,
vous nous dites : Vous êtes, dans une certaine mesure, bâillonnés. C'est
ce que la plupart des retraités sentent. Nous, comme association, on
représente un certain nombre de retraités au Québec et un certain nombre de retraités municipaux au Québec également.
Mais, pour la plupart, les associations de retraités n'existent que peu ou pas à
l'intérieur des municipalités. Ça constitue par le fait même des cibles faciles
à atteindre. Première des choses.
Deuxièmement, sur l'aspect que vous mentionnez du projet de loi qui fait un peu
un grand, grand, grand ménage puis ramasse tout dans son sillon, à notre
avis ce qu'il manque avant de proposer un projet comme celui-là, c'est effectivement un portrait juste de la situation et de l'ensemble des régimes qui sont visés par
le projet de loi n° 3. Si, dans ma situation, avant de vouloir
réparer quelque chose, je ne regarde pas ce qui est brisé, je vais probablement
avoir le mauvais outil. Et c'est ce qu'on considère actuellement, c'est que le
projet de loi n° 3 est un outil peut-être — peut-être — efficace, utile dans certains cas, mais tout
à fait inutile dans d'autres. Alors, il ne fait pas de différence.
Malgré ce qu'on a entendu de la part du
ministre, nous, on considère qu'il ne fait pas de différence, et on n'a pas un
portrait juste de la réalité de
chacun des régimes de retraite. Puis je comprends que ça puisse être difficile
de faire un portrait global pour l'ensemble des régimes parce qu'il y a
plusieurs petits régimes administrés d'une façon différente, avec des clauses
tout aussi différentes puis pas toujours avec les ressources nécessaires pour
bien administrer un régime au fur et à mesure que le temps a passé.
M. Leclair :
Bien, merci. Alors, on est sans doute d'accord ou sur le même point de vue de
dire : Si on sort un projet de loi,
puis en disant, que ce soit réel, ou moins, ou plus ou moins, c'est-à-dire que
c'est la catastrophe qui s'en vient
et l'hécatombe, il faut le surveiller, c'est grave, ce qui se passe au Québec
présentement avec les fonds de retraite, alors qu'on entend divers groupes de dire : Bien, nous, notre
fonds, il est correct, il n'a pas de problème, on suit la variation... Alors, si la catastrophe... supposé
qu'elle est réelle, on doit avoir au moins des régimes qui doivent être
faciles à cibler, puis je me revire vers le ministre
en disant : Bien, M. le ministre, permettez-nous, au moins, de voir ces
chiffres-là, les pires, ils sont où,
les pires, qu'on l'ait exactement, qu'on travaille au moins avec les pires
situations. Puis après ça, bien, si le projet de loi, il est très, très bien fait, on va réussir à couvrir l'ensemble,
bien, ça sera tant mieux. Mais c'est très rare qu'une loi réussit à
régler tous les problèmes. On règle souvent la majeure partie, mais jamais
tous, tous les problèmes. En tout cas, j'ose espérer qu'on peut le faire,
mais...
M. Tremblay (Donald) : Savez-vous, monsieur, si je veux être bon joueur,
je vais donner au projet de loi n° 3 au moins un bon point, c'est
qu'il permet — M.
Moreau, vous allez être content — peut-être d'éveiller certaines personnes
à certaines situations. Ça, au moins, ça aura ce mérite-là.
Le Président (M.
Auger) : 20 secondes.
M. Leclair :
20 secondes. Bien, merci d'être là, puis en espérant qu'on va entendre la voix
des retraités sur plusieurs tables dans le
futur pour que les gens aient leur place parce que je pense que vous l'avez
payée et vous le méritez, vous n'avez rien volé. Merci beaucoup.
Le Président (M.
Auger) : Merci. Je cède maintenant la parole...
Le Président (M.
Auger) : Non, exact. Merci. Je cède maintenant la parole au député de
Beauce-Nord. Vous avez une période de 10 minutes.
Spénard : Bonjour, messieurs. Je vais suivre, j'étais dans
la lune un peu, là, avec le ministre. Je suis un peu comme... M. le
ministre, moi, quand je vois des retraités que ça touche directement, tu sais,
ce n'est pas des grosses associations syndicales, ce n'est pas, tu sais, des
corporatismes à n'en plus finir, alors j'ai un peu plus le coeur ouvert malgré
les difficultés des régimes de retraite en ce qui concerne les municipalités.
Vous
ne semblez pas avoir beaucoup de solutions. M. le ministre, il est revenu
plusieurs fois en vous demandant : C'est qui qui va payer en fin de compte? À qui qu'on envoie la facture?
Et vous n'avez pas beaucoup d'ouverture, là, ça, c'est clair, clair, clair, et je vous comprends. Par contre, il y
aurait-u une certaine ouverture à un pourcentage de rattrapage sur une
plus longue période? Ou êtes-vous ouverts à quelque chose pour rattraper les
déficits passés ou vous êtes totalement fermés à ce qu'on touche à la clause
d'indexation pour ceux qui en ont?
M. Tremblay
(Donald) : Je vous dirais que, sur les contrats signés et sur les
paroles données, on n'a pas beaucoup
d'espace. Cependant, on comprend très bien que certains régimes puissent être
en difficulté. Et, à
titre de retraités, si on est à la table de négociation, peut-être, à un moment donné, qu'on
verra la vraie situation de chacun des régimes et qu'on sera peut-être en mesure de dire : Bon,
ça va vraiment mal, mais vraiment, est-ce qu'on est prêts à faire un
petit effort, nous aussi? On pourra le
regarder. Mais, pour le moment, pour nous, ce qui est entendu, ce qui est
signé, c'est sur cette base-là qu'on s'est prévalu de notre rente, et on
veut que ça puisse continuer.
Spénard :
Si on entrevoyait... Mais là je comprends que les retraités, ils ont un espace
de vie, quand même, qui est moindre qu'un cotisant actif qui a
45 ans, là, c'est-à-dire qu'on ne peut pas étaler dans le temps, là. Si on
vous parlait que, je ne sais pas, durant une
période de temps, disons trois ans, mais après ça, bien, on s'engagerait à
faire du rattrapage sur la... Après avoir stabilisé le coût du régime
puis après avoir mis le régime en santé à 100 %, si on s'engageait, au bout des trois années, à... Comme
mon confrère, le député de Beauharnois, je pense, ou l'autre disait, le 600 $, 600 $, 600 $ par année, bon,
il va manquer 1 800 $ au bout de trois ans. Bon, mettons qu'au bout
de trois ans au lieu de vous donner l'indexation sur le
30 000 $, si on le considérait sur le 31 800 $, tu sais, au
moins, ça arrêterait, là... Est-ce que vous seriez ouverts à ça?
M. Tremblay (Donald) : Savez-vous,
avec ce qu'on entend, avec ce que le projet de loi veut faire, comment
voulez-vous qu'on puisse croire ce genre de chose? Comment voulez-vous qu'on
puisse croire qu'on va nous enlever et qu'on
va nous redonner? Honnêtement, là, on a... Vous savez, le père Noël, là,
d'abord, on est en août, puis on n'y croit pas beaucoup.
Spénard : Oui, il
n'y a pas beaucoup de retraités qui croient au père Noël, là, ça...
M. Tremblay (Donald) : Non. Même si
on n'a pas beaucoup de cheveux blancs.
Spénard : O.K. Je
vais passer. Merci beaucoup.
Le Président (M. Auger) : M. le
député de Blainville.
Laframboise : Oui, merci beaucoup. Merci de votre présence. D'abord,
M. le ministre, là, vous avez mentionné,
là, que vous avez demandé les chiffres à la Régie des rentes du Québec. Bon,
vous avez une façon plus rapide que nous de les obtenir, là. Donc,
est-ce qu'il y a moyen que vous les déposiez au secrétariat de la commission?
Merci beaucoup, M. le ministre.
Sur vos
membres, vous en avez 30 000, là, combien... 3 000 du monde
municipal, mais combien ont des retraites indexées, là, sur vos
30 000 membres?
M. Tremblay (Donald) : Bien, comme
je vous l'ai dit, pour la plupart de nos retraités qui font
partie des régimes publics de retraite, soit le RREGOP et le
RRPE, l'indexation prévue est... de 1973 à 1982, la rente est pleinement
indexée au coût de la vie. Pour la période de 1982 à 1999, il y a zéro
indexation. Donc, quelqu'un qui a commencé à travailler en 1982 et qui va
terminer 35 ans plus tard, il a carrément la moitié de sa rente qui n'est
pas indexée, et, la dernière partie, elle est indexée à la moitié du coût de la
vie. Alors, ça, ça veut dire que, pendant 17 ans et plus, 17 ou 18 autres années, je m'appauvris, mes conditions
de vie et mon régime de vie diminuent. C'est ça qu'il faut comprendre.
Ça équivaut,
monsieur... Écoutez, là, juste pour terminer là-dessus, ça équivaut à un gel de
salaire. Parce que c'est tout ce
qu'il reste au retraité, sa rente, c'est tout ce qu'il reste. Ça veut dire, ça,
que ça équivaut à un gel de salaire. Imaginez-vous cinq minutes si on
vous dit : Le salaire que vous aviez il y a 10 ans, vous allez le
conserver, monsieur, pour les 10 prochaines
années. Allez-vous crier : Oui? Non. Vous savez très bien
que vous allez avoir perdu du pouvoir d'achat.
M. Laframboise : Et c'est normal que
vous criiez, sauf que ça existe, ces situations-là. Quand il y a eu des gels d'indexation, c'est parce qu'il y avait des problèmes financiers. On vit la même chose au moment où on se
parle. Donc, ce n'est pas impensable que ça
puisse encore arriver. Que vous ne soyez pas d'accord, je vous comprends.
Mais que ça arrive, je pense que vos retraités qui nous écoutent... En tout
cas, j'espère qu'ils voient venir, là, parce qu'il va y avoir sûrement quelque
chose qui va se passer. Parce que, nous, ce qu'on souhaite, à la Coalition
avenir Québec, c'est que ça fasse
partie de
la boîte à outils. On se dissocie de ceux qui voudraient que ce soit juste ça
qui règle le problème : Aïe! On
coupe l'indexation. Non, non, non. Je pense qu'il faut que ça fasse partie,
mais le déficit, il y en a... les retraités ont une part de responsabilité, puis il faut voir comment on peut, tout le monde, chacun, assumer sa part de façon intéressante, puis que ça ne
soit pas juste l'indexation qui soit la solution, puis ça, je vous suis
là-dessus. Mais qu'à quelque part ça fasse
partie de la boîte à outils, moi, je
pense que ça doit être maintenu là.
M. Tremblay (Donald) : On nous dit
ad nauseam, de plus en plus, que le poids des retraités par rapport aux
travailleurs augmente, hein? On dit : Il y avait un ou deux... on va se
ramasser avec un ou deux travailleurs pour un retraité.
Le poids des retraités augmente, mais la
représentation des retraités, son poids n'augmente pas dans la
discussion sur les régimes de retraite. Ça devrait suivre, normalement. Vous
êtes d'accord avec moi?
M. Laframboise : Je vous donne
raison, oui, oui. Je vous donne raison.
M. Tremblay (Donald) : Bon. Alors, c'est ça. Pour nous, si on est assis
à la table où les discussions se passent sur les régimes de retraite, tout est possible, monsieur, tout est possible.
Mais à partir du moment où on sera
partie prenante des discussions.
Le Président (M.
Auger) : Vous avez encore 2 min 30 s, M. le député de
Blainville.
Laframboise : Évidemment, ça m'amène sur... Parce que vous avez
sûrement une opinion par rapport aussi aux employés actifs, parce que vous suivez le débat. Nous, évidemment, vous
avez compris que le 50-50... Et là je voudrais juste, par rapport... puis juste vous entendre, là, parce que le départ
de tout ça, c'est le rapport D'Amours sur l'urgence d'agir puis le
mirage d'attendre après les rendements. Est-ce que vous faites le même constat?
Parce que, finalement, on a un déficit, puis
qui... on a un déficit dans certains régimes qui est pratiquement
catastrophique si on n'y voit pas. Vous êtes conscients de cette
situation-là ou est-ce que vous questionnez le rapport D'Amours? Est-ce que
vous avez des spécialistes chez vous? Parce
que je sais que vous avez souvent des spécialistes dans tous les domaines,
c'est le pouvoir gris, puis pas pour rien, là. Est-ce que vous avez eu
la chance, là, d'examiner le rapport D'Amours puis de vous faire une tête par
rapport à ça?
M. Tremblay (Donald) : ...le projet de loi n° 3, monsieur, sauf
votre respect, il ne vient pas du rapport D'Amours. Le rapport D'Amours, il proposait des choses
beaucoup plus globales pour les retraités du Québec et pour les
personnes aînées au Québec en général.
Comment ça se fait qu'on ne voit pas de projet de loi qui verrait, à un moment
donné, à assurer un niveau de vie décent pour l'ensemble des personnes
âgées du Québec? Qu'est-ce qui fait que, dans cette salle, on n'est pas en train de discuter d'un projet de loi
qui viendrait améliorer la situation de vie des personnes aînées au
Québec plutôt que de regarder un projet de
loi... comment est-ce qu'on peut faire pour leur en enlever un petit peu, pour
niveler par le bas, pour les ramener...
ce qu'on dit, là, les contribuables n'ont pas de régime de retraite, les
pauvres... C'est ce qu'on nous dit sans cesse. Mais ce qu'on veut, nous,
ce n'est pas nous ramener au niveau d