Transportation and the Environment — 11 June 2020 (42nd Legislature, 1st Session)
CTE 2020-06-11
Quebec — Committees
(Onze heures cinquante-cinq
minutes)
La Présidente (Mme
Grondin) : M. le ministre.
Charette : J'ai répondu à quelques reprises à cette question hier. Ce ne sont pas des oublis. La loi a été
conçue, comme tel, en prenant comme
référence la liste mentionnée à travers ces annexes de la Loi de
l'administration financière. Donc, ce
ne sont pas des oublis. Pour les organismes qui ne s'y retrouvent pas, j'ai
donné plusieurs justificatifs hier, qui demeurent les mêmes aujourd'hui.
La Présidente (Mme
Grondin) : M. le député de Nelligan.
Derraji : Bien, je vais
juste être clair, parce qu'à moins
que je n'aie pas compris vraiment, Mme la Présidente, le ministre, dans
l'énoncé de sa loi, il réfère à l'annexe 1, à l'annexe 2. J'ai posé,
à plusieurs reprises, pour voir et comprendre le pourquoi... je ne l'ai pas
encore eu, ce pourquoi. Ma question : Est-ce qu'on va accepter, en tant
que législateurs, que, demain, Retraite
Québec ne va pas suivre la loi que nous sommes en train de débattre
aujourd'hui? Moi, je ne veux pas que
le ministre me réponde : Oui, j'ai mis la
Loi sur l'administration
financière et, cette Loi de l'administration financière, je vais juste... je dis... oui, l'application de la loi au
niveau des organismes publics, organismes budgétaires et non budgétés, et il se base sur la
Loi sur
l'administration financière. Je veux bien. Je veux bien, Mme la Présidente,
mais on a un problème d'incohérence. La
liste des sociétés d'État, je l'ai devant moi, Mme la Présidente, qui date de
février 2020 — si
vous voulez, on peut le déposer, ce document,
ce document date de février 2020 — 56. Comment je peux, demain, expliquer au public que
j'ai 55 sociétés d'État... 55 quelques sociétés d'État font
partie de
l'énoncé que j'ai devant moi dans ce projet de loi, mais il y a des
sociétés d'État qui n'ont aucune obligation de suivre la loi du ministre.
Alors, est-ce
que le ministre, demain, accepte que, le
titre du journal, bien, Retraite
Québec, Société des alcools du Québec, la Société des loteries du
Québec, Hydro-Québec, Investissement Québec, Conseil de gestion de l'assurance parentale, la Commission des normes, de l'équité,
de la santé et de la sécurité du travail, la Commission de la
construction du Québec et la Caisse de dépôt
et placement du Québec ne seront pas obligés d'appliquer cette loi? C'est
clair, Mme la Présidente, ça
dit : «Pour l'application de la présente loi», on précise les sociétés et
les organismes publics qui doivent appliquer cette loi.
Moi, je
pense, et j'invite les collègues... il y a un problème d'incohérence. Est-ce
que vous voulez qu'on dépose la liste
des sociétés d'État? Je n'ai aucun problème, je le dépose, j'aimerais bien
avoir un débat avec vous, Mme la Présidente. Il y a des sociétés d'État qu'on retrouve dans l'annexe 1 et
l'annexe 2, mais il y a des sociétés d'État qui ne sont ni dans l'annexe 1 ni dans l'annexe 2, et de
facto ils sont exclus de l'application de cette loi, ils ne vont pas
l'appliquer. Donc, est-ce qu'on
accepte qu'on excuse ces sociétés d'État? Moi, j'essaie juste de comprendre le
pourquoi. Ce n'est pas parce qu'ils ne sont ni dans l'annexe 1,
dans l'annexe 2, moi, je pense qu'il y a un problème d'incohérence, Mme la
Présidente. Donc, qu'on m'explique ce problème d'incohérence, pourquoi. Merci,
Mme la Présidente.
Présidente (Mme Grondin) :
Merci, M. le député. D'autres interventions? M. le député de D'Arcy-McGee.
Birnbaum : Merci, Mme la Présidente. Je me permets de poursuivre un
petit peu sur le même chemin de mon collègue, du député de Nelligan.
On se comprend que le législateur a le pouvoir
et l'obligation d'encadrer et opérationnaliser les objectifs tels qu'interprétés par le gouvernement, de la société,
et on est en train de confectionner ici, comme toujours, un document à
la portée légale. Est-ce qu'on va convenir
aussi que des lois du Québec doivent être accessibles, compréhensibles et
justifiables devant la population du Québec? Et je prends pour une évidence que
la réponse est oui, donc, dans ces deux optiques,
les questions de mon collègue ont toute leur portée. Et donc les réponses
répétitives du ministre peuvent être jugées, en toute objectivité, comme
incomplètes et insuffisantes, je soumets. Donc, je vais aller dans le même
sens.
Nous avons
deux choses, deux choses devant nous : un projet de loi qui n'identifie
pas l'annexe 3, toujours aucune explication
du ministre là-dessus, et, à la fois, ne contient pas la liste de sociétés
d'État qu'a énumérée mon collègue. Alors, c'est un principe tout à fait recevable dans une loi, soit qu'on énumère explicitement les exigences de la loi
ou, tel qu'on parle... quand on parle
d'une situation qui risque d'être perçue comme exceptionnelle. Et
je soumets humblement qu'on voit un
exemple exceptionnel, c'est-à-dire qu'il y a des choses explicitement...
implicitement absentes dans le projet
de loi. C'est l'obligation du législateur de compléter le portrait en énumérant explicitement son
raisonnement sur lequel il a basé l'intention de laisser à côté, dans ce
cas-ci, quelques sociétés.
Alors, la
question persiste, les réponses... je ne porte pas d'intention, mais
quasi bureaucratiques du ministre à une question qui a un fondement fondamental me laissent aussi perplexe.
Hydro-Québec, à
titre d'exemple, est-ce qu'on peut penser à un exemple plus frappant d'une société
d'État qui va soit faire honneur à la loi devant nous ou le contraire?
Est-ce que le comportement d'Hydro-Québec,
suite à l'adoption éventuelle d'une telle loi, ne serait pas primordial, dans
notre analyse collective, de nos efforts
collectifs vers la réduction des gaz à effet de serre? Donc, de dire que, bon,
il y avait d'autres projets de loi
pareils, où certaines sociétés n'étaient pas là, sans les clarifications sur le
raisonnement du ministre dans ce cas-là, comme je dis, me laisse
perplexe.
Davantage, et comme j'ai dit, est-ce qu'on peut
avoir une réponse qui va être complète et qui risque d'être compréhensible et recevable par les gens qui nous
écoutent... les lois qu'on adopte pour gouverner la société à leur
guise, à leur façon, qui sont proposées,
adoptées? Donc, est-ce qu'on peut à la fois comprendre le raisonnement et le
comportement du ministre et du législateur
quand il s'agit de l'absence de l'annexe 3? Et est-ce que je peux me
permettre à nouveau de donner écho
aux questions tout à fait légitimes, oui, persistantes mais légitimes, et
importantes de mon collègue le député de Nelligan sur l'absence de plusieurs sociétés d'État et de connaître...
Un à la fois, ils ont chacun un rôle différent à jouer. Il n'y en a
aucun là qui n'aurait pas, dans ses actions, un impact potentiel sur notre
stratégie environnementale et notre objectif de réduire les effets des gaz à
l'effet de serre.
Alors, j'invite le ministre, à nouveau, de
clarifier son approche et son raisonnement en ce qui a trait à notre
amendement, et à l'absence de certaines sociétés d'État, et à l'absence à
quelque allusion que ce soit de l'annexe 3 dans ce cas-ci.
La Présidente
(Mme Grondin) : Merci, M. le député. M. le ministre.
M. Charette :
Très brièvement. Je l'ai fait pendant, sans doute, près d'une heure hier soir,
en donnant l'exemple de la Caisse de
dépôt et placement, je pourrais en dire tout autant par rapport à Hydro-Québec.
Historiquement, il y a cette autonomie
fonctionnelle qui a été reconnue à un certain nombre d'organisations. Ça ne
veut pas dire que ces organisations-là
ne sont pas impliquées dans la démarche avec nous. J'ai donné, encore une fois,
en exemple la Caisse de dépôt qui fait office
de modèle à l'échelle internationale en tant qu'institution d'investissement, à
travers les différentes pratiques qui ont été mises en place.
Pour ce qui est
d'Hydro-Québec, vous les devinez collaborer avec nous. On parle d'un plan,
notamment, d'électrification, donc on devine
que les rencontres, les échanges avec Hydro-Québec sont réguliers. Hydro-Québec
a produit en décembre dernier sa planification stratégique 2020-2030. On y
voit clairement la place qu'elle accorde à la question. Mais ça demeure une société d'État qui
jouit d'une autonomie fonctionnelle, qui n'est pas touchée par des
projets de loi de cette nature-là.
Et ce que
j'ajouterai, et je pense que c'est important pour les collègues d'en prendre
compte : il y a aussi une politique au
niveau de développement durable. D'ailleurs, le Commissaire au développement
durable en faisait mention, en faisait
référence hier. C'est une politique qui, malheureusement, dans les dernières
années, a eu très, très peu de mordant, a eu très peu d'impact. Nous avons signifié, le printemps dernier, en fait
en mars dernier, notre intention de la revoir, cette politique-là, ce qui va inclure et impliquer les
organisations découlant du gouvernement du Québec. Et, encore une fois,
ce sont des sociétés qui seront intimement
liées à la démarche de développement durable. Mais, lorsqu'on fait une
nomenclature d'organisations qui sont
impliquées, l'annexe 1 et 2 de la Loi d'administration financière est, de
coutume, la référence, et ce n'est
pas un oubli. Avant même que la question me soit posée hier soir, j'ai dit
d'emblée que l'annexe 3 n'était pas incluse, pour les raisons que
j'ai répétées, sans doute, déjà trop souvent.
Donc,
la réponse a été... la question a été répondue. Que l'on souhaite... ou que
l'on soit d'accord ou pas, ça, c'est une
autre chose, mais la réponse a été donnée plus d'une fois, là, à travers les
maintes prises de parole que j'ai pu faire, là, sur le sujet.
La Présidente (Mme Grondin) : Vous souhaitez continuer? Parce que, là, il y a
le député de Bourget aussi, mais...
M. Birnbaum :
Si je peux, Mme la Présidente...
Présidente (Mme Grondin) : ...c'est pour vous. Oui, oui.
Birnbaum : ...poursuivre
dans la même veine. Dans un premier temps, j'invite le ministre à ne pas
caricaturer le fait que ces questions sont
reposées par un désaccord avec son explication, c'est qu'on est à la recherche
des réponses, et je me trouve toujours devant l'absence.
veux juste nous rappeler de ce qui est dans l'article devant nous, là, au
troisième alinéa, pas dans l'amendement mais l'article tel que proposé par le gouvernement : «Le ministre
assure la cohérence et la coordination des politiques, des plans d'action, des programmes, des processus de
concertation et des autres mesures du gouvernement, des ministères et des organismes publics qui concernent la lutte
contre les changements climatiques et est associé à leur élaboration.»
La liste comprenait des organismes publics.
Le ministre insiste que, oui, ils sont attachés à la loi, ces sociétés
d'État, et il nous invite d'être rassurés par ça. Est-ce que je peux
inviter, Mme la Présidente, le ministre, de façon claire et concrète, à nous expliquer comment... son rôle d'assurer la
cohérence et la coordination des politiques, de plans, etc., comment ça va
se manifester? On va rester avec Hydro-Québec. Dans l'exemple d'Hydro-Québec, comment il va veiller à l'assurance de la
cohérence et la coordination des politiques en tout ce qui a trait à la
réduction des gaz à effet de serre, dans l'exemple Hydro-Québec qui n'est pas
sur sa liste?
Charette : Simplement,
encore une fois, j'invite le collègue à lire la planification stratégique d'Hydro-Québec 2020-2030, la réponse s'y
retrouve décalée et déclinée sur plusieurs pages.
M. Birnbaum :
Mme la Présidente, je ne dis pas qu'Hydro-Québec ignore, dans ses
délibérations, ses plans d'action, ses
règles du jeu, la protection de l'environnement et son obligation de nous mener dans notre voyage
vers une électrification du transport et de développement durable. Je ne
suis pas en train de faire le procès d'Hydro-Québec.
Comment
est-ce que le ministre, tel qu'il est obligé, dans le projet de loi, veille à l'adhérence aux objectifs de cette loi-là par Hydro-Québec? Je sais bien qu'ils ont un plan. Comment est-ce
que cet
article s'applique de la même façon à Hydro-Québec, un des joueurs
très, très clés, qu'avec toutes les autres sociétés d'État qui sont
énumérées dans la loi? Le ministre insiste qu'il n'y avait pas d'oubli, c'est
intentionnel, et on comprend l'autonomie de plusieurs sociétés d'État. Quand même, est-ce qu'il peut, à notre satisfaction et de
façon concrète, parler du processus qui va assurer la cohérence et la coordination des politiques, dans cet exemple
d'Hydro-Québec, lors d'une éventuelle adoption de ce projet de loi, en absence d'une mention
claire et spécifique à cet article-là, tel que prévu dans notre amendement,
dans ce cas-là d'Hydro-Québec?
Charette : Le collègue m'a
posé très gentiment et de façon très légitime des questions auxquelles j'ai
répondu à chacune des fois. Je lui en poserai une à mon tour. Quel est, pour
lui, le concept... ou comment définit-il le concept d'autonomie fonctionnelle d'Hydro-Québec? Et quelle est l'intention du Parti libéral à travers ces questions-là? Est-ce que c'est une intention de vouloir remettre en question ce concept
d'autonomie fonctionnelle? Est-ce que le Parti libéral nous confirme aujourd'hui que ce serait un engagement
électoral, que de remettre en question et d'amender la loi n° 44,
éventuellement, s'il prenait le pouvoir?
Donc,
sa question, elle est légitime, la mienne aussi, mais, pour mieux y répondre,
j'aimerais avoir un éclairage sur sa propre perception et la perception
de sa formation politique sur l'enjeu.
Présidente (Mme Grondin) : M. le député...
M. Birnbaum :
Premièrement...
La Présidente (Mme Grondin) : Oui. On va juste... Pour le moment, il y a en
attente, qui souhaitent participer au débat,
le député de Bourget, le député de Jacques-Cartier, le député de Nelligan
et la députée de Maurice-Richard. Donc, je tiens juste à vous informer.
Vous souhaitez...
Birnbaum : Premièrement, on va se comprendre, l'art des choses... un
des privilèges — il
n'y en a pas tellement — d'être
en opposition, c'est que c'est nous qui posent les questions. Une des obligations du côté ministériel, c'est
qu'on réponde aux questions.
Mais il y avait une
question de posée, et, avec l'indulgence de la présidente, j'aimerais inviter ma
collègue de Maurice-Richard à répondre brièvement à une
question qui a été dûment posée et, bon, acceptée par la présidence.
Présidente (Mme Grondin) : Pour...
Charette : Juste un point de règlement, par contre, Mme la
Présidente. Il n'y a strictement rien, en commission parlementaire, qui empêche les collègues
d'échanger en se posant des questions mutuellement, c'est le principe
même de la commission parlementaire, pour mieux se comprendre. On n'est pas à
la période de questions ici. Donc, il n'y a pas d'élément de règlement qui m'empêche de poser des questions. D'ailleurs,
on s'en est posé, les uns les autres, à plusieurs reprises au cours des
prochains... au cours des derniers jours.
Donc, c'est de
comprendre pourquoi tenir tant à Hydro-Québec, est-ce que c'est une remise en
question de la position historique du Parti libéral? C'est la question que je
posais, tout simplement.
Présidente (Mme Grondin) : Est-ce que c'est une question de
règlement, Mme la députée?
Montpetit : Une réponse au ministre.
La Présidente (Mme Grondin) : Bien, on va attendre. Vous pourrez y répondre
quand ce sera votre tour, là, il y a plusieurs
autres députés qui avaient manifesté l'intérêt de participer, donc je vais
respecter ça. Donc, M. le député de Bourget.
Campeau : Merci, Mme la Présidente. On a parlé souvent de ceintures et
de bretelles, moi, je vais vous parler de portes ouvertes. Moi, je pense
qu'actuellement on est en train d'essayer de défoncer une porte ouverte. Je
vous invite juste à regarder les faits sous un autre angle.
Hydro-Québec,
là, 99 % d'énergie propre plus. On a une nouvelle présidente qui a déjà
fait beaucoup à l'intérieur d'Énergir.
Les éléments sont là pour que les choses avancent rondement et dans l'esprit du
projet de loi n° 44. Hydro-Québec
est sous la responsabilité du ministère des Ressources naturelles. Donc, oui,
ils sont une entité indépendante, mais ils parlent quand même au
ministère des Ressources naturelles. Investissement Québec, bien, ils parlent
au ministère de l'Économie et de l'Innovation. Puis la Caisse de dépôt est
indépendante, mais...
Quand
on a un projet de loi dans lequel on dit qu'on va atteindre un minimum de
38,5 % de réduction de gaz à effet de serre, ce n'est pas le projet de loi qui va nous le faire atteindre.
Ça, c'est un outil initial. Ça va prendre une politique-cadre, puis même ça, ça ne nous le fait pas
atteindre. Ça nous prend des plans d'action, avec des résultats, ce qui a
manqué jusqu'à maintenant, et là on va
peut-être l'atteindre. Et tout ça, ça prend un effort de société. Et on sait
très bien que, pour prendre l'exemple
de la Caisse de dépôt, la Caisse de dépôt, comme toutes les autres sociétés,
sont influencés par l'opinion publique
et vont embarquer dans le mouvement. Notre but, c'est de créer le mouvement
vers cette réduction de 37,5 %. Alors,
c'est pour ça, je pense, que, même si on parle d'annexe 1,
annexe 2,
annexe 3... est-ce qu'on n'est pas en train de défoncer une porte
qui est déjà ouverte?
Présidente (Mme Grondin) : ...M. le député de Bourget. M. le
député de Jacques-Cartier.
M. Kelley :
Je vais laisser la parole à ma collègue la députée de Maurice-Richard.
La Présidente (Mme Grondin) : Avant, il faudrait... je voudrais juste vérifier,
est-ce que le député de Nelligan est à l'aise avec ça?
M. Derraji :
Oui, oui. Absolument, oui.
La Présidente (Mme Grondin) : Donc, vous cédez vos droits de parole à la
députée de Maurice-Richard. Parfait. Mme la députée.
Montpetit : Ils sont d'adon, hein, ils sont fins, mes collègues.
Merci. C'est parce que je voulais répondre au ministre, mais je vais lui répondre... je vais lui poser une question
puis j'aimerais ça que la réponse soit courte, parce que, si on veut avancer dans ce débat-là, il faudrait
rester factuel. Est-ce que le ministre considère qu'il y a différents
niveaux d'autonomie puis d'indépendance chez les sociétés d'État, parce qu'il
nous ramène beaucoup à cette question-là d'indépendance? Est-ce que ce qu'il
nous dit, c'est que les sociétés d'État qui sont dans l'annexe 1 et 2 sont
moins autonomes en regard de celles qui n'y sont pas?
M. Charette :
Dans certains cas, oui. Donc, réponse très courte. Il y a des sociétés d'État
pour lesquelles ces principes-là sont dûment reconnus, et de façon historique.
Montpetit : Donc, vous considérez que, par exemple, les sociétés
d'État... et j'en vois plusieurs au niveau
culturel, vous considérez qu'elles sont moins autonomes et qu'elles ont un
niveau d'indépendance moins élevé que, par exemple, d'autres sociétés
qui sont à l'annexe 3?
Charette : Dans certains cas, oui, mais, historiquement, ça a été
administré et perçu comme tel. Il y a des sociétés d'État, que ce soit dans le domaine culturel et autres, qui
reçoivent directement leurs consignes du ministre titulaire et qui se doivent de respecter les politiques qui
sont mises de l'avant et promues par le ministère titulaire. Donc, la
réponse, c'est oui, ce n'est pas une nouveauté, c'est comme ça que fonctionne
l'État québécois.
Montpetit : Et donc vous considérez que celles qui sont à l'annexe 3...
Moi, je ne veux pas faire un débat sur une
société d'État en particulier, là, vous considérez que celles qui sont à
l'annexe 3 n'ont pas les mêmes responsabilités par rapport aux engagements climatiques que celles
qui sont à l'annexe 1 et 2, en regard des directives qui peuvent
être données par le ministère de l'Environnement ou par le gouvernement?
Charette : Réponse courte : Non, à cette question-là. Et elles
ont aussi des obligations, mais l'autonomie diffère quant à la façon de
procéder.
Montpetit : Mais elles n'auront pas les mêmes obligations en regard de
la loi qu'on est en train de... sur laquelle on travaille.
M. Charette : Effectivement,
puisqu'elles ne sont pas citées en annexe.
Mme Montpetit : Et vous êtes confortable
avec ça?
Charette : Très confortable avec le principe de l'autonomie
fonctionnelle, et je vous rappellerai l'article 213. Je n'ai pas la
réponse, quelle est la position du Parti québécois par rapport à l'autonomie
fonctionnelle...
Mme Montpetit : Hein, Sylvain?
M. Charette : ...Parti québécois...
Parti libéral, pardon. Je pourrai lui poser la question du parti...
M. Gaudreault : Je pense que je suis
de ce bord-ci.
M. Charette : Effectivement, c'est
confondant.
Mme Montpetit : Je suis perturbée.
Charette : On sent le collègue cheminer, du Parti québécois, mais la
question, elle était effectivement du côté du Parti libéral.
L'article de notre règlement, 213, me permet non
seulement d'avoir l'occasion de poser des questions, mais d'espérer des réponses. Quelle est la position?
Est-ce que c'est un engagement qui nous est confirmé aujourd'hui, un
Parti libéral, porté au pouvoir en 2022, ne
reconnaîtrait plus l'autonomie fonctionnelle de certaines sociétés d'État et
s'engagerait ce matin à modifier les lois en conséquence? Donc, c'est la
nouvelle position du Parti libéral?
Mme Montpetit : Vous nous faites
dire des choses, premièrement, qu'on n'a pas dites.
M. Charette : Parfait. Je ne fais que
poser la question.
Montpetit : Je n'ai pas terminé, je n'ai pas terminé. Vous voulez une
réponse? Écoutez-la jusqu'au bout. Premièrement, vous nous faites dire
des choses qu'on n'a pas dites.
M. Charette : Je n'ai... C'est une
question.
Mme Montpetit : Deuxièmement, ce
n'est pas l'objet du débat. Troisièmement, vous ne répondez pas aux questions qu'on pose. C'est votre projet de loi,
c'est sur votre projet de loi qu'on travaille. Si vous voulez que ce soit
clair, on n'a jamais remis en question l'autonomie des sociétés d'État du
Québec, des organismes publics.
Donc, vous
pouvez la reposer, vous pouvez faire plein de sous-entendus, plein
d'insinuations, on ne continuera pas le
débat. Je pense que vous l'avez posée à chacun de mes collègues. Il y aurait
peut-être mon collègue de Nelligan à qui vous ne l'avez pas... de D'Arcy-McGee à qui vous ne l'avez pas posée. On
va vous répondre la même chose. Donc, arrêtez de faire ce genre
d'insinuations. Ce qu'on vous demande...
M. Charette : Mme la Présidente, Mme
la Présidente, s'il vous plaît, s'il vous plaît, là...
Présidente (Mme Grondin) :
Je vous invite... S'il vous plaît, les deux, je vous invite à... S'il vous
plaît, dirigez vos interventions vers moi.
La Présidente (Mme
Grondin) : S'il vous plaît!
Charette : D'une part, d'une part, il n'y a pas d'insinuation, c'est
une question, elle est répétée aussi souvent que les questions me sont
posées. Je n'ai pas davantage de réponses.
Mme Montpetit : Je n'avais pas
terminé. C'est-tu un appel au règlement?
Charette : C'est-à-dire, oui, c'en est un. Vous me dites que j'insinue
des propos, alors que ce ne sont que des questions qui sont posées, Mme
la Présidente.
La Présidente (Mme
Grondin) : O.K. On va...
Présidente (Mme Grondin) : S'il vous plaît! M. le
ministre, Mme la députée de Maurice-Richard, je vous invite à m'adresser la parole à
moi, ça va aider. Et on poursuit les débats, mais, s'il vous plaît, de façon un
peu plus calme. Merci.
Montpetit : Je vous remercie, Mme la Présidente. Donc, je
pense qu'on a été très clairs sur la réponse qu'on a donnée au ministre. Il peut continuer à la poser
si ça l'amuse, mais ce n'est pas le fond du débat et ce n'est pas
pertinent aux échanges qu'on a présentement parce qu'on parle de son projet de
loi à lui.
Donc, je
comprends qu'il est confortable. Puis, honnêtement, c'est un peu dommage, je
pensais qu'il prendrait la nuit pour
y réfléchir et que, ce matin, il prendrait acte du fait qu'il manque des
organisations publiques, qu'il manque des sociétés d'État, qu'il crée donc, avec la proposition qui est faite de
retenir seulement l'annexe 1 et 2, deux catégories de société
d'État en fonction de leurs responsabilités par rapport aux engagements
climatiques.
C'est un projet de loi qui, mon collègue l'a
cité hier, concerne une gouvernance efficace de la lutte contre les changements climatiques. Le ministre, on l'a vu, a
refusé un amendement dans lequel on proposait justement qu'il s'assure de la compatibilité des projets de loi, des
décrets. On est toujours dans la même démarche, où ce que l'on souhaite,
c'est que, la gouvernance climatique, que
les engagements climatiques, on se donne les moyens, comme société, d'y
arriver. Je pense que d'exclure certaines organisations, certaines sociétés d'État,
malheureusement, ça ne nous donne pas l'opportunité de se rendre.
Puis je
comprends qu'il y a différents chemins pour se rendre, ça, j'ai bien compris
ça, mais je pense que, tant qu'à travailler
sur un projet de loi, tant qu'à revoir la gouvernance, le ministre ne devrait
pas faire deux catégories, il devrait s'assurer que tout le monde marche
au même rythme et dans la même direction. Merci.
Présidente (Mme Grondin) :
Merci, Mme la députée. D'autres interventions? Mme la députée de
Mercier.
Ghazal : Merci, Mme la Présidente. Donc, j'écoutais l'échange et j'ai
vu, là, le sous-amendement de mon collègue
le député d'Émile-Nelligan... Nelligan. Oui, c'est ça, c'est le même. Et donc,
ce que je comprends, je comprends l'incohérence
qu'on voit. Ça veut dire que le ministre a choisi certains organismes, il a
choisi de dire : Bien, je vais... Parce que je rappelle qu'à l'article 1 on dit : Assurer la
cohérence, et tout ça, pour que tout ça, tout ce que le ministre, quand
il veut faire un avis ou, par exemple... il
s'assure que chaque ministère, que chaque organisme public, il y ait une
cohérence dans ce qui est fait, puis
qu'il n'oublie pas l'environnement, puis qu'il y ait une ligne directrice. Et,
dans le fond, ce qui est en train de
se passer ici, ce qu'on démontre, c'est qu'il a fait du «pick and choose». Il a
choisi certains organismes qui n'ont pas d'impact économique, si on veut, qui ont donc moins d'impact peut-être
sur la transition. Pas tous, pas tous, parce que, dans l'annexe 1 et dans l'annexe 2, il y a
quand même TEQ, le Conseil de gestion du Fonds vert, etc., qui vont être
abolis, mais c'est ceux que je
voyais. Je pense qu'il y avait La Financière agricole, ou, en tout cas,
peut-être... je ne veux pas me tromper, mais je m'en rappelle, l'avoir lu, mais il y a beaucoup, c'est vrai,
d'organismes culturels, et tout ça, et là le ministre veut s'assurer que
ces organismes publics là, bien, il y ait une cohérence dans leur action
gouvernementale.
Mais, quand
il s'agit, par exemple, d'Investissement Québec, quand il s'agit de la CDPQ ou
d'autres organismes, comme dans le
sous-amendement de mon collègue, la Société québécoise du cannabis et de la
caisse : Ah! bien là, ça, je n'y
touche pas. Moi, ce qui me préoccupe le plus, c'est les organismes qui ont un
bras financier... en fait, c'est les bras financiers du gouvernement. Je comprends qu'il faut qu'ils soient à
distance, à un bras de distance, mais c'est quand même les bras
financiers du gouvernement québécois, et encore plus Investissement Québec.
Le ministre
parle beaucoup de l'autonomie fonctionnelle. Donc, l'autonomie fonctionnelle
fonctionne ou s'applique pour
certains organismes mais pas pour d'autres. Il a lu la mission, donc, qui
inclut toute la question de développement durable d'Investissement Québec, mais les autres organismes qui sont
inclus déjà dans le projet de loi du ministre, ils ont tous pas mal, peut-être pas tous mais beaucoup, une mission semblable, des actions, etc., mais le ministre tient quand même,
avec son projet de loi, à assurer la
cohérence, mais pas les autres.
d'ailleurs, par exemple, si je regarde avec le rapport du Commissaire au développement durable, hier, qui est sorti, où il disait que, malgré qu'il y a eu une mise en place d'une stratégie gouvernementale développement durable depuis 2015, hein, avec le gouvernement précédent, qui vise la mise en place de mesures d'écofiscalité,
d'écoresponsabilité, eh bien, il n'y a pas grand-chose qui a été fait là-dedans. On se prive de moyens pour la transition et on... Par exemple, il y a un exemple qui est donné : Le ministère de
l'Économie et de l'Innovation a accordé 329 millions, par le biais de ses programmes
d'aide financière... et a déclaré — ça,
c'est le rapport qui déclare ça — qu'il n'y en a eu aucun là-dedans où
il y avait une mesure ou une condition, là, qu'il faut que ça soit des mesures
écoresponsables qui seraient financées.
Mais Investissement
Québec, par exemple, quand ils financent toutes sortes de programmes, toutes
sortes de mesures, bien, il faut qu'il y ait une condition, par exemple, écologique.
Ça, ce serait quelque chose que le ministre pourrait demander à Investissement Québec pour assurer cette cohérence-là, pour
s'assurer que ce qu'on a mis en place comme mesures d'écofiscalité, bien, ce soit utilisé, mais en ce moment ce
n'est pas utilisé. Le ministre pourrait lever la main et dire :
Investissement Québec, qui... oui, il y a un bras de distance, mais on s'entend
que le P.D.G. d'Investissement Québec est quand même nommé
par le collègue du ministre.
Donc, ce
n'est pas tout seul, là, ça ne fonctionne pas
tout seul, là, séparé, là, sur une autre planète. Ça fonctionne quand même
dans le même cadre du gouvernement québécois. Et c'est un bras financier, un
levier, et, le ministre, ce qu'il nous
dit, c'est qu'il veut s'en priver. Moi, c'est ce que j'entends, ça, je parle
d'Investissement Québec. J'aimerais d'ailleurs qu'on l'entende
là-dessus. Il peut dire : Oui, je veux me priver de ce levier-là. Je
préfère me concentrer sur d'autres organismes,
culturels et autres, par exemple. Puis ça pourrait être sa réponse, je ne
serais pas d'accord, mais ça pourrait être sa réponse, au lieu de dire
qu'il y a une autonomie.
Je vais
laisser le ministre répondre sur Investissement Québec, parce que j'aurais
beaucoup de choses à dire aussi sur la Caisse de dépôt.
La Présidente (Mme
Grondin) : M. le ministre.
M. Charette : ...je l'ai mentionné,
mais la question n'avait pas été posée par la collègue,
donc je lui réponds d'emblée : Nous sommes à revoir la stratégie du gouvernement en matière de développement
durable. Elle a tout juste en disant que le rapport du Commissaire au
développement durable relevait des points très, très inquiétants. Effectivement, la stratégie mise en place par le précédent gouvernement, sans suivi, sans mesure, était un échec.
C'est rappelé hier et c'est exactement ce que nous
souhaitons corriger. Nous y travaillons. Ça a été annoncé en mars dernier.
C'est un travail qui se fait en étroite collaboration avec le président du Conseil
du trésor, parce qu'à
travers cette stratégie-là, on veut impliquer, oui, les ministères, oui, les organismes qui en
découlent, mais on veut aussi que ça ait une influence sur les modalités
d'achats qui sont faits par le gouvernement
du Québec. Donc, c'est une démarche qui est excessivement concertée avec le
Conseil du trésor et qui va répondre aux attentes et au rapport du Commissaire
au développement durable, mais il ne faut pas confondre les enjeux.
Je vous
rappelle, si c'est pertinent de le faire, que nous sommes toujours, après près
de 40 heures en étude détaillée, à
l'article
Article 1 qui fait quoi, Mme la Présidente? Qui évoque
les responsabilités du ministre et non pas cherche à répondre à toutes les questions. Il y a des
questions qui sont posées présentement qui seront répondues dans d'autres
articles. Je ne dis pas que l'amendement
n'est pas pertinent, mais restons à l'objectif de l'article 1, et d'autres
réponses viendront plus tard et ultérieurement dans l'étude du projet de
loi.
Et nous en sommes, essentiellement, à
40 heures, à ce moment-ci, aucun
article adopté, plusieurs questions répétées, répétées, avec... et je ne dis pas que
c'est le cas de la collègue de Mercier, là. De façon générale. Et je ne
dis pas non plus qu'on n'a pas avancé du
tout, mais, à partir du moment où une question a été posée plus d'une fois avec
plus d'une réponse qui va dans la même
direction, on peut, dans certains cas, tout simplement convenir qu'on ne
s'entendra pas et qu'on peut tenir le vote pour passer à l'élément
suivant.
La Présidente (Mme
Grondin) : Mme la députée de Mercier.
Ghazal : Tout à fait, on ne s'entendra pas sur le fait que moi, je
trouve que le ministre devrait assurer la cohérence des actions notamment d'Investissement Québec. C'est vrai, on
ne s'entend pas là-dessus. Le ministre préfère avoir cette responsabilité-là pour d'autres organismes mais pas pour son
bras financier, pour assurer la transition. C'est un choix politique que
je comprends, c'est ce que je viens d'entendre du ministre, il l'a dit, mais je
ne suis pas d'accord avec ça, absolument.
Maintenant,
pour ce qui est de la Caisse de dépôt et placement du Québec, ce que le
ministre mentionnait hier, c'est qu'en désinvestissant dans les énergies
fossiles, les Québécois, on va s'appauvrir.
M. Charette : ...je n'accepterai pas
qu'on me prête des propos. Ce que j'ai mentionné, et la caisse le dit
clairement dans son calendrier : Il y a un plan de désinvestissement sur
une période de temps déterminée. Ce que j'ai mentionné hier, c'est qu'on ne
peut pas vendre à tout moment quelque actif que ce soit sans prendre en compte
la perte de valeur qui serait assumée par l'ensemble de la société québécoise.
Donc, il n'y
avait pas de mauvaise intention, je suis convaincu, de la part de la collègue,
mais je n'ai jamais dit ce qu'elle a
dit que j'ai dit. Mais il faut quand même reconnaître la démarche de la Caisse de dépôt. Et j'espère que Québec solidaire ne souhaiterait pas que,
demain, peu importe la valeur d'un actif, la caisse se dise : Il y a un
lien avec des énergies dont on veut se
débarrasser, donc on le fait du jour au lendemain, sans égard à la perte que ça
pourrait représenter pour l'investissement des Québécois.
La Présidente (Mme
Grondin) : Mme la députée.
Mme Ghazal : Cette fois, ce n'est
pas ce que j'ai dit non plus. Je n'ai pas dit qu'il faut désinvestir du jour au
lendemain. Je reviens encore à l'article,
à l'amendement et le sous-amendement, ce qu'on est en train de dire, c'est :
Assurer la cohérence. C'est que le gouvernement lève la main et dise : Bien, il faudrait peut-être
désinvestir, il faudrait qu'il y ait un plan d'action réel, pas extrêmement lent et critiquable, parce que le plan d'action
de la Caisse de dépôt et placement
du Québec pour désinvestir est hautement critiquable, et
pas uniquement par Québec solidaire. D'ailleurs, la FTQ, la Fédération des travailleurs du Québec, est en
train d'amorcer ce processus-là de décarbonisation, et tout le monde
comprend qu'il y a une façon intelligente pour le faire.
Mais
l'objectif, c'est d'arriver à avoir des résultats puis d'atteindre les cibles.
Et c'est ça, l'objectif du ministre, mais,
si lui, il le fait puis il le travaille tout seul, là, de son côté, mais que le
bras financier du gouvernement, Investissement Québec, Caisse de dépôt et placement du Québec, ils vont à une lenteur
incroyable, qui n'est pas à la hauteur de ce que demande l'urgence climatique, bien, on n'avancera pas plus vite. Le
ministre doit assurer la cohérence aussi des actions de la Caisse de
dépôt et placement du Québec et arrêter d'opposer économie et environnement.
Par exemple,
il y a Sortons la caisse du carbone, sur leur site Internet, ce qu'ils
mentionnent : «En retirant notre épargne collective de la
production de pétrole des sables bitumineux, mais en [les] gardant dans les
infrastructures [permettant] la production
et le transport du pétrole et du gaz naturel — ce que la Caisse de dépôt et placement fait,
c'est sa stratégie pour décarboniser ses
investissements — la
Caisse de dépôt et placement du Québec ralentit, voire rend impossible
la décarbonisation rapide et irréversible de l'économie qu'exige la science.
«Malgré les gestes importants que la caisse a
posés...» Donc, on reconnaît qu'il y a des gestes qui sont importants qui sont posés, mais est-ce qu'ils sont
suffisants? La réponse, c'est non. «Malgré les gestes importants que la caisse a posés depuis le lancement de notre
campagne de pression publique, sa stratégie de réduction d'intensité
carbone par dollar investi est loin de garantir une sortie définitive des
énergies fossiles ni un alignement avec la science...»
C'est ce que
je disais. C'est qu'eux, ils ont décidé non pas de retirer, de désinvestir, ce
qu'ils ont décidé de faire, c'est de
réduire l'intensité carbone de leurs investissements. Et ça, ça ne veut pas
dire... ça ne leur interdit pas de continuer à investir dans les
énergies fossiles, les sables bitumineux.
Ça, c'est, si
on veut, l'élément... les arguments écologistes. Maintenant, les arguments
économiques pour que la caisse
désinvestisse, et là on montre qu'on relie écologie et environnement dans les
faits. Et le ministre
pourrait, en assurant la cohérence de ce que font ces bras financiers du
gouvernement, notamment la Caisse de dépôt... pourra avoir cette discussion-là
avec la Caisse de dépôt sans aller rentrer dans leurs pattes puis tout
coordonner ce qu'ils font.
Dans le
rapport 2020 de Sortons la caisse du carbone, ce qu'on mentionnait pour les énergies, on dit : Il y a
une sous-performance de 1,1 milliard de
dollars en 2019 pour les entreprises liées aux hydrocarbures. Donc, si la
caisse avait pris tout cet argent-là,
qui est notre bas de laine, l'argent des Québécois, et qu'elle les avait mis
dans le Dow Jones, la valeur de notre
épargne collective aurait été beaucoup plus élevée. Donc, on se serait
enrichis, et non pas appauvris, comme... en ce moment, c'est ce qu'on
est en train de faire. Et ça, moi, je vais le dire : En investissant dans
les énergies fossiles, on s'appauvrit, contrairement à ce que le ministre
pourrait penser ou des gens pourraient penser.
Un autre
exemple de la mauvaise performance économique de la caisse en investissant dans
les énergies fossiles, en fait, une
autre donnée : pertes de revenus chroniques, pour ces investissements dans
les hydrocarbures, de 11,5 milliards de dollars depuis 2011. Encore
une fois, si on avait mis l'argent ailleurs, on n'aurait pas eu cette perte
immense. Et je pourrais continuer comme ça avec des arguments économiques, pas
juste écologiques.
Et un dernier
point par rapport à la Caisse de dépôt, puisque le ministre nous parle beaucoup
de ce qu'il appelle l'autonomie
fonctionnelle, et il mettait aussi au défi mes collègues du Parti libéral,
qu'est-ce que vous allez dire lors des prochaines
élections? Moi, à Québec solidaire, je vais prendre... Même s'il ne m'a pas
posé la question, je vais quand même y
répondre, parce que je n'ai pas peur de répondre aux questions du ministre,
même si, d'habitude, ça devrait être de l'autre côté, mais je vais le
faire quand même.
Et, bien, comme je le mentionnais, la Caisse de
dépôt et placement du Québec n'est pas apparue comme ça, du Saint-Esprit, là. Ça a été un instrument qui a
été mis en place avec M. Jacques Parizeau, dans les années 60, et ça
a été une innovation incroyable. C'est
quelqu'un qui a décidé, à un moment donné, de dire : Bien, il faut qu'on
fasse quelque chose pour enrichir les Québécois. Et il a pris cette
décision-là. Et pensez-vous que tout le monde était heureux puis trouvait que c'était une bonne idée, puis que ce
n'était pas mieux de fonctionner comme avant? Bien sûr que non, mais il
s'est tenu debout, et c'est l'État québécois qui... Il s'est tenu debout avec
le gouvernement de l'époque. Je pense que c'étaient les libéraux à l'époque.
C'est ça.
Et donc c'est
un truc qui va au-delà de la partisanerie. C'est de dire : Comment est-ce
qu'on peut collectivement s'enrichir?
Et c'est ça, à quoi sert la Caisse de dépôt et placement du Québec. Et de
dire : Bien, on ne peut rien faire, elle fait tout ce qu'elle veut... Oui, bien sûr, on peut respecter
cette autonomie-là, mais la mission, son existence, la loi, tout ça, ce n'est pas... ça ne vient pas de nulle part. C'est
voté ici, à l'Assemblée nationale, par le gouvernement. Et donc, nous,
par exemple, à Québec solidaire, ce qu'on dit... et ça serait, par exemple, de dire : Bien, il faudrait trouver, de façon
intelligente, progressive, mais qui nous
permet d'atteindre nos objectifs, d'enlever ces investissements nuisibles, c'est-à-dire notamment, notamment,
dans les hydrocarbures. Et on changerait la mission de la Caisse de dépôt et placement pour lui donner
des orientations. Après ça, les moyens, elle le fait comme elle veut.
D'ailleurs,
dans l'article 1, c'est un peu ce qui est mentionné : «Chaque
ministre [et] organisme public concerné demeure responsable du choix et de la mise en oeuvre des moyens pour
non pas manquer une occasion de rendre réelle et réalisable la transition. Puis
ça, ça ne se fera pas juste comme ça, ça se fera
par des mesures comme... il faut qu'on se donne les moyens de l'atteindre. Et,
avec le rapport du commissaire, j'ai entendu ce que le ministre a
répondu, je comprends que ça fait depuis 2015, il n'y avait pas rien, il n'y
avait pas d'action, mais, le ministre, maintenant, ça fait quand même un an et
demi, bientôt deux ans qu'il est au gouvernement, et donc il n'y a pas eu plus
d'action. Donc là, on essaie de trouver des actions, mais il n'y en a pas eu,
quand même.
Donc,
l'objectif, c'est de maintenir... d'avoir cette cohérence-là, de ne pas se
priver, comme l'a dit le Commissaire au développement durable, de ce
genre de mesure là, et c'est comme ça qu'on peut faire et c'est à ça que ça
sert, le sous-amendement
de mon collègue et l'amendement que j'apporte au ministre. Et il peut amender,
il peut dire : Moi, j'ai choisi
l'annexe 1, l'annexe 2. C'est un choix politique. Je ne choisirais
pas, par exemple, tous les organismes qui sont dans la
loi sur la gouvernance de l'État, mais je vais
en choisir deux autres. Il peut faire ce choix-là et nous le soumettre,
par exemple. Merci.
La Présidente (Mme
Grondin) : D'autres interventions? M. le député de Nelligan.
Derraji : Merci, Mme la Présidente. Le ministre nous invite à échanger
et à poser nos questions, donc je veux juste
qu'on s'évite de faire des... insinuer quelque chose, parce que je pense que
nous sommes là, Mme la Présidente, de bonne
foi, pour étudier ce projet de loi, qui est extrêmement important. Quand le
ministre nous dit qu'on passe tant d'heures, bien, je pense qu'on fait notre travail, on pose nos questions, donc pas
la peine qu'on fasse appel au règlement chaque fois.
Mais je veux
revenir à la question du député de Bourget, tout à l'heure. Je pense que je
veux juste clarifier un point très
important. Il n'y a pas uniquement la Caisse de dépôt et placement du Québec.
Et je vois le message qui sort qu'on veut s'ingérer dans le bras financier du gouvernement, on veut faire ceci, on
veut faire cela, on veut donner autant de pouvoirs au ministre de l'Environnement que le premier
ministre. On va oublier juste quelques secondes la Caisse de dépôt et
placement du Québec et Investissement
Québec. Ce qu'on retient aujourd'hui du chef d'orchestre du gouvernement, le
chien de garde par rapport à
l'environnement au sein du gouvernement, qu'il ne va rien dire par rapport à
l'applicabilité de sa loi à la Commission
de la construction du Québec. Donc, aujourd'hui, je le dis et j'espère que le
ministre va répondre aux caméras et
aux gens qui nous écoutent qu'il est très à l'aise, aujourd'hui, que sa loi ne
s'applique pas à la Commission de la construction
du Québec, le ministre est à l'aise que la loi ne s'applique pas à la Commission
des normes, de l'équité, de la santé
et de la sécurité du travail. Il est à l'aise par rapport à la
non-applicabilité de sa loi par rapport à Retraite Québec, à la
Société des alcools du Québec, à la Société des loteries du Québec, au Conseil
de gestion de l'assurance parentale. Je ne sais pas comment on va être beaucoup
plus clairs que ça, Mme la Présidente.
Donc, je
comprends qu'il n'y a pas d'ouverture. Je ne veux pas que le débat s'éternise
par rapport à cette question. Nous
avons soulevé quelques incohérences, les incohérences restent malgré le fait
que nous avons essayé, les collègues, ils ont essayé, nous avons essayé de comprendre les deux annexes, 1 et 2,
Mme la Présidente. Je ne veux pas faire dire des choses au ministre, mais est-ce que le fait de ne pas les mettre, c'est
parce que, dans certaines annexes, il y a Investissement Québec et la Caisse de dépôt, et on met tout dans
le même pot? C'est une hypothèse, mais, pour moi, c'est inacceptable qu'aujourd'hui on peut prétendre que le ministre
de l'Environnement veut jouer le rôle de chef d'orchestre et accepte
d'exclure des sociétés d'État qui peuvent jouer un rôle très important.
Et je rejoins
le député de Bourget, tout à l'heure, par rapport à la cible qu'on s'est fixée,
mais, malheureusement, on s'est fixé
une cible, la SAQ, par exemple, elle n'est pas assujettie à cette loi. La
Société des alcools du Québec, elle est dans l'annexe 3 de la
Loi sur l'administration financière. En d'autres
mots beaucoup plus simples, elle n'est ni dans l'annexe 1 ni dans l'annexe 2. Donc, ce qu'on doit retenir
et ce que les gens doivent retenir : que le ministre a choisi d'ajouter juste deux annexes et a
complètement ignoré d'autres sociétés d'État. Pourtant, on parle de la même
chose.
La définition, Mme la Présidente,
d'une société d'État, elle est très claire. Ça n'a pas changé. On a la même
liste des sociétés d'État, et le ministre a accepté de prendre uniquement deux annexes.
Donc, ce qu'on doit comprendre aujourd'hui :
que, malheureusement, le leadership
environnemental ou l'atteinte des cibles ne sera, en aucun cas, important
pour les sociétés que je viens d'énumérer.
Donc, on peut
continuer le débat sur Investissement
Québec et sur la Caisse de dépôt et placement du Québec
parce que, depuis le début, le ministre a trouvé une seule réponse, et ça a été
une réponse... «Est-ce que, si vous revenez au pouvoir...» Moi, je tiens à rassurer les gens, oui, on va revenir au
pouvoir en 2022 et on va, en temps et lieu, répondre au ministre, mais,
pour le moment, on essaie de corriger l'article que nous avons devant nous.
L'article,
Mme la Présidente, que nous avons devant nous, malheureusement, le débat, il
est biaisé, parce que je ne parle pas
de s'ingérer dans la Caisse de dépôt et placement du Québec ni de s'ingérer
dans Investissement Québec, je parle que le ministre a fait un choix, et
il le sait très bien. Et il le sait très bien parce que nous avons fait
l'exercice, Mme la Présidente, notre équipe
l'a fait très bien, et nous avons la liste des sociétés d'État exclues de son
pouvoir. Donc, demain, Mme la
Présidente, comment le ministre va exiger un compte à la Société des alcools du
Québec? Comment il va exiger des comptes
à rendre à la Société des loteries du Québec? Comment il va exiger des comptes
à Retraite Québec? Comment il va exiger
des comptes au Conseil de gestion de l'assurance parentale? Comment il va
exiger des comptes à la Commission de la
construction du Québec? Et comment il va exiger des comptes à la Commission des
normes, de l'équité, de la santé et de la sécurité du travail?
C'est ça, le fondement de la question, je tiens
à le clarifier, Mme la Présidente. Et, si le ministre ne veut pas répondre, ce n'est pas grave, parce que je sais
c'est quoi, la même réponse, mais je tiens juste à préciser, pour lui
faire perdre son temps, que je ne parle pas
d'investissement, je ne parle pas d'Investissement Québec uniquement, et je ne
parle pas uniquement de la Caisse de dépôt et placement du Québec. Je
parle d'une erreur, d'un oubli, et, probablement, c'est un oubli voulu. Donc,
je me suis dit : Je vais poser la question pour que le ministre nous
clarifie sa position.
Donc, ce qu'on
doit retenir, Mme la Présidente, parce que je pense qu'il y a une fermeture par
rapport à revoir le sous-amendement,
à revoir le libellé de son texte, que le ministre n'exercera pas son leadership
par rapport aux sociétés d'État que j'ai mentionnées tout à l'heure.
Merci, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme
Grondin) : Merci, M. le député. M. le député de Jonquière.
Gaudreault : Oui, merci, Mme la Présidente. Est-ce que la Caisse de
dépôt et placement du Québec doit sortir des énergies fossiles, sortir
ses investissements des énergies fossiles? La réponse, c'est oui. C'est tout à
fait évident, c'est
une tendance, de toute façon, qui est mondiale, internationale. J'ai eu l'occasion
de le tweeter encore le 21 mai. Pour reprendre un
article d'Hélène
Baril, de La Presse , La caisse de dépôt a perdu son
portefeuille , j'ai tweeté, le 21 mai : «D'accord avec Sortons la caisse. La Caisse de dépôt et placement du Québec doit retirer tous ses dollars des infrastructures en énergies fossiles, incluant le gaz, et soutenir
davantage les énergies renouvelables. Les risques
financiers sont dans les énergies fossiles.»
Alors, c'est tout à fait clair, net et précis qui'il faut que les institutions comme la Caisse de dépôt et placement du Québec
sortent ses billes des énergies fossiles. Cependant, en commission parlementaire, on est ici pour faire un travail qui est sérieux et responsable. Et plus j'entends la députée
de Mercier, avec son amendement — et
je suis étonné de voir que le Parti libéral embarque là-dedans — plus
je constate qu'ils ne sont pas sur le bon projet de loi. Ils ne sont pas sur le
bon projet de loi, et, moi, c'est ça qui me dérange profondément, profondément.
On ne peut
pas travailler n'importe comment quand on fait de la législation. On ne peut pas travailler de façon irresponsable quand on fait
de la législation...
Présidente (Mme Grondin) :
Oui, juste un instant. M. le député de Nelligan, pouvez-vous... Quel règlement?
M. Derraji : Merci, madame...
Question de règlement.
La Présidente (Mme
Grondin) : C'est sur quel règlement?
Derraji : Bien, le député me
prête des intentions, d'une prétention. Je vais juste le corriger, parce que
ce n'est pas la première fois, nous
sommes là de bonne foi, comme lui, nous sommes là pour débattre. Je pense que
c'est préférable pour le député
d'orienter ses énergies à parler du sous-amendement et non pas attaquer les collègues de l'opposition, et je l'invite à se limiter
au débat sur le sous-amendement et à non pas parler des autres partis de l'opposition.
S'il veut le faire... aussi.
La Présidente (Mme
Grondin) : Merci, j'ai très bien compris. Donc, je vous invite
à...
Gaudreault : Je parle de l'amendement,
parfaitement, là. Je
dis qu'il faut qu'on travaille correctement, Mme la Présidente, là. Je
travaille et je dis qu'il faut qu'on travaille correctement.
La députée
de Mercier elle-même disait qu'il fallait qu'on le fasse de
façon intelligente et progressiste, mais c'est exactement le contraire qui
est fait par l'amendement. Et le sous-amendement, vu qu'il se raccroche à l'amendement, bien, il vient renforcer ça.
Il vient renforcer un amendement qui est, à mon point de vue, puis je reprends
les propos de la députée de Mercier... n'est pas intelligent et
progressiste. Et, elle, c'est ce qu'elle dit, qu'il faut faire ça de façon
intelligente et progressiste.
Le 19 avril 2018, mon collègue de l'époque,
Nicolas Marceau, député de Rousseau, avait déposé le projet de loi n° 1099, Loi modifiant la
Loi sur la
Caisse de dépôt et placement du Québec, dans lequel on disait, à
l'article 3 : Cette loi est modifiée par l'insertion, après
l'article 13.1, du suivant, puis là l'article 1099 proposait l'article 13.1.1 :
«13.1.1. Le conseil — en parlant du conseil
de la Caisse de dépôt et placement — doit, par résolution, avant le — telle
date — adopter
un plan de désinvestissement graduel des actifs de la caisse dans les
juridictions à fiscalité réduite et dans les activités consistant à
acquérir, détenir ou investir dans des ressources pétrolifères ou
charbonnières, à les administrer et à les exploiter par l'entremise de tiers.
Ce plan doit être révisé tous les cinq ans.
«Le plan de
désinvestissement est présenté au ministre des Finances dans les 15 jours
de son adoption par le conseil. Il
est déposé devant l'Assemblée nationale dans les 15 jours de sa
présentation au ministre ou, si elle ne siège pas, dans les
15 jours de la reprise de ses travaux.
«La commission compétente de l'Assemblée
nationale entend le président et chef de la direction dans les trois mois du
dépôt du plan de désinvestissement devant l'Assemblée et, par la suite, chaque
année.»
Bon. Ça, là,
ça fait deux ans qu'on a déposé ce projet
de loi là. Ça, c'est une façon
intelligente et progressiste d'agir pour
que l'institution financière qui s'appelle la Caisse de dépôt et placement
sorte ses billes des énergies fossiles. Ça, c'est une façon correcte de
faire... c'est une façon responsable de le faire puis c'est une façon qui
respecte nos institutions.
Alors, moi,
je suis entièrement d'accord pour que la société... que la Caisse de dépôt et placement, c'est-à-dire,
sorte des énergies fossiles, mais le
problème avec la proposition d'amendement de la députée
de Mercier, puis elle l'a
redit, en plus, dans ses propos... parce que
je l'écoutais très attentivement, elle dit : Le ministre
doit assurer la cohérence de la Caisse de dépôt et placement du Québec.
Je m'excuse, mais ce n'est pas le rôle du ministre de faire ça, surtout pas
dans les placements financiers d'une institution aussi importante que
la Caisse de dépôt et placement. Ça, c'est hyperpolitisé, la gestion de
la Caisse de dépôt et placement, et moi, je ne peux pas embarquer là-dedans.
Parce
que moi, je suis entièrement d'accord avec le principe qu'il faut que la caisse
sorte des énergies fossiles, mais l'article
où elle fait son amendement, ce n'est pas le bon article. Ce n'est même pas le
bon projet de loi. Ce n'est même pas la
bonne loi. Il faut s'adresser à la
Loi sur la Caisse de dépôt et placement du
Québec, puis là, ici, on étudie le projet de loi n° 44. Parce que
moi, je peux bien pouvoir voter pour un amendement qui correspond à mes
principes, ou à mes valeurs, ou à mes
convictions, mais je n'ai pas le choix de lire l'amendement dans l'article
qu'il veut modifier. Et là,
dans l'article qu'il veut modifier, c'est parce
que c'est le rôle du ministre : «Le ministre assure la cohérence et la coordination des
politiques, des plans d'action, des programmes, des processus de concertation
[...] des autres mesures du gouvernement, des ministères
[...] qui concernent la lutte contre les changements climatiques».
Ensuite : «Chaque ministre ou organisme public concerné demeure responsable
du choix et de la mise en oeuvre...» Après ça, le même
article nous dit :
Le ministre, «il donne aux autres ministres et aux organismes publics tout avis qu'il estime opportun pour favoriser la lutte contre
les changements climatiques». Le ministre,
il ne peut pas faire ça à la Caisse
de dépôt et placement, il ne peut pas
faire ça.
Moi, j'ai écouté avec
beaucoup, beaucoup d'attention ce que les collègues ont dit, et, si ça avait
été le plan de réduction des GES pour la
gestion interne de l'organisation qui s'appelle Caisse de dépôt et placement du
Québec, par exemple, que le conseil
d'administration de la caisse présente un plan pour reconvertir, disons, son
énergie pour chauffer l'édifice
Jacques-Parizeau à Montréal... Bon, c'est un édifice assez récent, j'imagine
qu'il ne consomme pas trop, mais peut-être
qu'il y a encore des gains à faire, je n'ai pas le détail, mais, si ça avait
été ça ou, par exemple, que la Caisse de dépôt et placement, dans sa gestion interne, réduise la consommation de
papier ou favorise le télétravail, favorise le transport collectif, qu'il y ait des bornes de recharge pour
les véhicules des employés dans les stationnements, ça, c'est de la
gestion interne. Mais j'ai vraiment pris la peine d'écouter ce que la députée
de Mercier disait, et renchéri par les députés de l'opposition officielle, et ils parlent des investissements gérés... les milliards gérés par la Caisse de dépôt et placement. Alors là, moi, je suis obligé de faire la
distinction qui s'impose, et, même si je suis d'accord avec le principe, ce
n'est pas là que ça va. Ce n'est pas une façon intelligente et
progressiste d'amener la caisse à faire le changement que nous souhaitons,
ce n'est pas ça. Il faut modifier la
Loi sur la Caisse de dépôt et placement.
Alors,
qu'on redépose le projet de loi qui avait été déposé par mon collègue de Rousseau
en 2018, qui n'a jamais été appelé, d'ailleurs, par le gouvernement libéral qui était en place. Puis on ne remonte pas à
Mathusalem, là, c'est en 2018, ça fait
deux ans, en avril 2018. C'est un projet
de loi déposé par l'opposition, mais jamais le gouvernement
libéral n'a voulu l'utiliser
ou l'étudier, plutôt, pour qu'on puisse l'étudier en commission parlementaire.
Donc,
moi, je veux bien, là, qu'on dise, à travers le projet de loi n° 44 : Oui, oui, oui, il faudrait que la Caisse de dépôt
et placement se désengage des
énergies fossiles, je veux bien, mais on ne peut pas utiliser un amendement
dans un projet de loi qui n'a pas rapport avec ça. Alors, ce n'est pas
au ministre... parce
que, si on relit l'article
qui serait modifié par l'amendement de la députée
de Mercier, le ministre
aurait les deux mains dans la gestion de la caisse. Bien là, le ministre
de l'Environnement, déjà, depuis le début de
cette commission, on se questionne sur les pouvoirs et les pouvoirs
importants qu'il se donne, puis il n'a pas
assez de leviers, puis ainsi de suite. On a essayé d'amender ça puis de
modifier ça, et là, la députée de
Mercier, si on le prenait au mot, ce qu'elle dit et son amendement, bien là, ce
serait encore plus. Ce serait le ministre
de l'Environnement qui faudrait qu'il s'assure que la Caisse de dépôt et
placement, dans tous ses investissements, se retire des énergies fossiles. Je veux dire, pour moi, c'est
inquiétant et ce n'est pas crédible de faire ça. Ce n'est pas crédible.
Alors,
moi, sur le sous-amendement, sur l'amendement, bien, je vais m'abstenir, parce
que je suis d'accord avec le principe,
mais ce n'est tellement pas dans le bon projet de loi, Mme la Présidente, ce
n'est tellement pas dans la bonne loi.
Alors,
moi, j'invite mes collègues à aller relire le projet de loi n° 1099 déposé
par Nicolas Marceau, député de Rousseau,
le 19 avril 2018, à l'article 3 notamment, il y a plein
d'autres articles qui sont intéressants, parce que ça constituait aussi
le fonds des Québécois. Ça faisait référence également à la protection des
sièges sociaux, ça faisait référence également à l'importance de sortir des
paradis fiscaux. Alors, c'était vraiment une réforme de la Caisse de dépôt et placement qui respecte son indépendance et qui respecte surtout les fondements de cette
grande institution, qui a soutenu les Québécois pour sortir de leur
dépendance économique, avec la Révolution
tranquille, dans les années 60.
C'est toujours comme ça qu'on a modifié la Caisse de dépôt.
suis allé relire encore, hier, les débats en 2004, quand le gouvernement de Jean Charest a modifié la mission de la Caisse de dépôt et placement. Le gouvernement de Jean Charest,
à l'époque, avait réduit le rôle d'intervenir dans l'État pour
concentrer la mission de la Caisse de dépôt et placement juste sur le
rendement. Il y a eu des gros débats. J'ai même lu le porte-parole de l'opposition officielle, en 2004, sur ce projet
de loi là — je
pense, c'était le n° 78 — c'était
le premier ministre actuel. Puis je
lisais ce qu'il avait dit, puis il faisait référence à l'adoption de la loi
constitutive de la Caisse de dépôt et placement en 1965. Alors, on ne
commencera pas à modifier de façon aussi importante le mandat de la Caisse de
dépôt et placement par un amendement dans un projet de loi qui...
Présidente (Mme Grondin) : M. le député, je dois vous
couper. Nous sommes rendus...
Compte tenu de
l'heure, je suspends les travaux jusqu'à 15 heures. Merci de votre collaboration.
(Suspension de la séance à
13 heures)
La Présidente (Mme Grondin) : Donc, à l'ordre, s'il vous plaît! La Commission des transports et de l'environnement
reprend ses travaux. Je demande à toutes les personnes
dans la salle de bien vouloir éteindre la sonnerie de leurs appareils
électroniques.
Nous
poursuivons l'étude détaillée du projet
de loi n° 44, Loi visant principalement la gouvernance efficace
de la lutte contre les changements climatiques et à favoriser l'électrification.
Lors
de la suspension de nos travaux, cet avant-midi, nous étions rendus à l'étude
du sous-amendement déposé par le député de Nelligan, lequel vise à
modifier l'amendement de la députée de Mercier à l'article 1. La parole était au
député de Jonquière. M. le député, la parole est à vous.
M. Gaudreault : Oui. Merci, Mme la
Présidente. Je terminais. Quand vous m'avez fait signe, juste avant la pause,
j'arrivais à mon point. Ça fait qu'il n'y a pas de problème.
La Présidente
(Mme Grondin) : Vous avez terminé?
M. Gaudreault : J'ai terminé.
La Présidente (Mme
Grondin) : Y a-t-il d'autres interventions sur... M. le député
de Nelligan.
Derraji : Oui. Merci, Mme la Présidente. Écoutez, je pense que, comme on dit, nous avons exposé notre
point de vue. Le ministre a pris
connaissance de ce qu'on lui proposait par rapport à l'exclusion de certaines sociétés d'État. Donc, rendu à ce stade-ci, Mme
la Présidente, je pense que, les
arguments que nous avons mis sur la table, malgré que j'avais
l'impression qu'on essaie de les déformer, je vais les rectifier pour une
dernière fois et j'arrête la discussion.
Nous avons,
au Québec, une liste des sociétés d'État. Ce n'est pas
un document bidon, ce n'est pas un document banal. Si le Québec a mis en place une liste des sociétés d'État, c'est pour une raison bien claire. Le ministre a choisi d'aller
avec deux annexes,
annexe 1 et
annexe 2, et je ne vais pas commencer à faire un débat par rapport à
d'autres sujets loin de l'amendement
que j'ai proposé. Mon amendement, il est très clair. Le ministre veut exercer
son leadership par rapport à l'applicabilité
de sa loi, qu'il est en train de modifier, et surtout atteindre ses résultats
en excluant des sociétés d'État telles que
la Société des loteries du Québec, la Société
des alcools du Québec, Retraite Québec, Hydro-Québec, Investissement Québec, Conseil de gestion de l'assurance parentale, la
Commission de la construction du Québec et la Commission des normes, de l'équité, de la santé et de la sécurité
du travail. Donc, ça a été très clair, Mme la Présidente, et le message,
je pense, a été bien, bien, bien compris. Merci.
La Présidente (Mme
Grondin) : Merci, M. le député de Nelligan. D'autres
interventions? M. le ministre.
Charette : ...le débat sur cet amendement-là semble tirer à sa fin,
peut-être saluer l'intervention, là, du collègue de Jonquière, je le rejoins à plusieurs égards sur ses propos. En fait,
c'est ce que je mentionnais dès le départ, hier soir, une confusion des genres, une confusion de projets de
loi, également, des intentions qui ne peuvent être celles uniquement
d'un ministre de l'Environnement, mais bien de d'autres ministères concernés,
si jamais on voulait changer ou donner des directives particulières à certaines
sociétés d'État.
Ceci dit, je
pense que c'est important, compte tenu de ce qui a été dit, de saluer les
engagements faits par la Caisse de
dépôt dans leur plan de décarbonisation, saluer leur nouvelle formule retenue
pour la rémunération de leurs cadres, qui est une première dans le monde, ou sinon avec très peu d'exemples
auxquels se référer, où le cadre est encouragé par des bonis, par la réduction d'émissions de gaz à effet
de serre qu'ils génèrent. Donc, en la Caisse de dépôt, je ne vois pas un
adversaire à la lutte aux changements climatiques mais, bien au contraire, un
allié. Je pourrais dire la même chose d'Hydro-Québec,
avec la politique... le plan stratégique qu'ils ont déposé en décembre, pour la
période de 2020-2030.
Donc, je
crois, effectivement, qu'on a tous eu l'occasion de s'exprimer. Réglons la
question de cet amendement pour qu'on puisse continuer à avancer dans
l'étude du projet de loi.
La Présidente (Mme
Grondin) : Merci, M. le ministre. D'autres interventions? Mme
la députée de Mercier.
Ghazal : Bien, moi, c'est ce que je voulais ajouter, le ministre, je
trouve qu'il s'est réjoui un peu trop vite, parce que la discussion et les éléments qu'a amenés le collègue, le
député de Jonquière, étaient sur la Caisse de dépôt et placement du Québec, mais, si le ministre lit bien
l'amendement, ça inclut aussi d'autres institutions, plusieurs qui sont
nommées, là, à l'amendement, notamment Investissement Québec, dont j'ai
beaucoup parlé.
Et d'ailleurs
le député de Jonquière n'en a pas parlé. Donc, ce que je comprends, c'est qu'il trouve que c'est un endroit... Investissement
Québec, d'en parler à cet endroit-là
est une bonne chose et... Ou il est d'accord
avec ça ou, s'il en a parlé... Je
devine qu'il est d'accord avec ça, c'est plus une question de la procédure. Si
on veut changer, peut-être, la mission de
la Caisse de dépôt et placement du Québec, ce n'est pas la place pour le faire,
mais il est d'accord avec le principe.
Alors que le
ministre, lui, n'est même pas d'accord avec le principe même de changer une
autre loi par rapport à la mission,
par exemple, de la Caisse de dépôt et placement du Québec. Il n'est pas
d'accord avec ce principe-là, c'est ce que je comprends.
Mais j'aurais
aimé aussi qu'on parle d'Investissement Québec, surtout avec... Il y a eu un
projet de loi, j'oublie le numéro, là, je l'avais, où on a donné encore
plus de pouvoir à Investissement Québec... 27, merci. Donc, le projet de loi
n° 27, on a donné encore plus de pouvoir, on les a enlevés du ministère,
du MEI, ministère de l'Économie et de l'Investissement,
pour le donner à Investissement Québec. Donc, c'est un bras financier qui est
encore plus important et plus grand. Et ça aussi, j'entends que le
ministre n'est pas d'accord qu'on utilise ce bras-là pour la transition.
Donc, si on
veut être vraiment sérieux dans l'atteinte de la cible des émissions de gaz à
effet de serre, il faut se donner les
moyens. La Caisse de dépôt et placement du Québec est un moyen, Investissement
Québec en est un autre.
M. Charette :
...une question de règlement. L'interprétation de mes propos, elle est fausse.
Je ne dis pas qu'Investissement
Québec n'a pas un rôle à jouer. Je ne dis pas qu'Investissement Québec ne peut
pas être utilisé à cette fin. Je dis
que le projet de loi n'est pas conçu pour recevoir un amendement de cette
nature-là parce que, l'autonomie fonctionnelle qui est consacrée à certains
organismes, on y tient. Mais dire qu'on ne veut pas utiliser Investissement
Québec pour atteindre nos objectifs de
réduction de gaz à effet de serre est contraire à la réalité. Je pourrais vous
parler des projets, qui ont été
coorganisés et avec l'Économie et avec l'Environnement et financés par
Investissement Québec, qui démontreraient tout à fait le contraire.
Ghazal : Bien, je serais curieuse de les entendre, parce qu'hier le
Commissaire au développement durable disait
que les subventions du MEI n'étaient jamais conditionnelles à des critères, par
exemple, d'écoconditionnalité ou d'écoresponsabilité.
M. Charette :
...confondre les concepts. L'exemple que j'allais vous donner, je pense, je
l'ai évoqué un petit peu plus tôt
cette semaine, une entreprise de la région de Lanaudière qui a été appuyée pour
son conditionnement du plastique recyclé.
La subvention ne venait pas du ministère de l'Environnement. Le ministère de
l'Environnement n'a pas les moyens de donner pareilles subventions.
Elles venaient à travers le MEI, Investissement Québec dans certains cas.
Donc, ce n'est pas de l'éco... C'est un concept
d'éco... de développement durable, je vais le dire comme ça, parce que le Commissaire au développement durable, lui, a retenu d'autres termes aussi, mais ce
n'est pas suite à la perception d'une taxe qui est redirigée vers ce
type de projet là.
On y croit à
ce point que c'est à travers les fonds propres, les budgets du ministère
de l'Économie et d'Investissement Québec qu'on a pu appuyer une mesure
de cette nature-là. Et, sans dévoiler ce qui est en discussion actuellement à travers le comité environnement et économie, je peux vous dire qu'on
étudie actuellement bon nombre d'autres projets qui seront élaborés conjointement, Économie et
Environnement, avec le concours d'Investissement
Québec.
Donc, je
n'accepte pas qu'on conclue qu'on ne veut pas qu'Investissement Québec joue un
rôle. Cependant, c'est très, très différent, là, de l'amendement
qui est discuté présentement.
Ghazal : Bien, en conclusion, en fait, ce que ça fait, c'est qu'on
réduit la portée de la responsabilité, parce que je n'appellerais pas ça un pouvoir, là, c'est un peu trop de dire
que c'est un pouvoir. Le ministre assure la cohérence, la coordination
des politiques, plans, etc., puis chaque ministre ou organisme public demeure
responsable de ses choix, de la mise en oeuvre. Ce n'est pas le ministre qui va
leur dire comment faire.
Donc, cette responsabilité d'assurer la
cohérence, ce que je comprends, c'est qu'elle a une portée limitée aux organismes de l'annexe 1 et 2 de la
Loi sur
l'administration financière. Moi, j'essaie d'élargir ça. C'est ce qu'aussi
les collègues de... Le collègue député de
Nelligan, c'est ce qu'il a voulu faire. Mais le ministre préfère garder cette
responsabilité-là plus limitée, c'est
un choix que le ministre a fait, en disant : Bien, les autres
organisations, moi, je ne veux pas trop leur dire quoi faire. Elles font déjà une bonne job pour
qu'on puisse atteindre notre cible d'émissions de gaz à effet de serre.
Puis c'est ce j'interprète de ce que dit le ministre.
Charette : Je vais me permettre de compléter. On dit «plus limitée»,
mais l'annexe 1, l'annexe 2 comprennent une centaine d'organismes et sociétés d'État.
Quelques-unes uniquement sont exclues. Et, pour celles qui sont exclues
et pour celles visées, j'ai aussi mentionné
à quelques reprises qu'avec le Conseil du trésor on travaille à une politique
de développement durable qui va assujettir non seulement les ministères, mais
aussi les partenaires, les organisations qui découlent du gouvernement du
Québec.
Donc, encore
une fois, le projet de loi n° 44, c'est une avancée qui est majeure, mais il ne
faut pas le voir comme un tout. Il ne
faut pas confondre projet de loi n° 44... il ne faut pas
confondre nos engagements, notre politique en termes de développement durable, il ne faut pas confondre le
projet de loi n° 44 avec la politique-cadre 2020-2030 et il ne
faut pas non plus confondre le projet de loi n° 44
avec le plan de mise en oeuvre qui sera aussi dévoilé à l'automne.
Donc, il a un
rôle bien spécifique. Il attribue au ministère de l'Environnement un pouvoir
inégalé. C'est un petit peu amusant parce qu'il n'y a pas si longtemps
le discours de certains était : Le ministre de l'Environnement s'attribue trop de pouvoirs. Et là, à travers les amendements
qui sont sans cesse déposés, là, depuis quelques jours, on laisse
entendre le contraire. Donc, il faut juste
se décider : Est-ce que la perception de l'opposition est que le ministre de l'Environnement s'octroie trop de pouvoirs ou pas assez? Mais, sur
le «tape», au cours des mois, on a deux versions complètement
différentes si on fait le collage des différentes citations, là, des gens qui
ont eu à intervenir sur le projet de loi en question.
Ghazal : En fait, l'idée,
c'est qu'on aurait aimé que ça soit au plus haut niveau. Il y a eu beaucoup
de gens qui ont dit : Même une
société d'État qui gérerait la transition puis qui relèverait de l'Exécutif. Maintenant,
on voit que le ministre... je veux dire, on travaille avec qu'est-ce qu'on a. Le ministre refuse, ne veut pas, on arrive, puis on
travaille avec qu'est-ce qu'on a, on essaie de donner plus de pouvoirs ou plus
de responsabilités au ministre puis d'élargir la portée. Et donc on fait avec qu'est-ce qu'on veut. Ce n'est
pas le monde idéal. On travaille avec le monde possible qui est devant nous, puisque c'est le ministre
qui amène son projet de loi et qu'il est majoritaire. Et on essaie
d'améliorer les choses, vu qu'on ne
peut pas obtenir le monde idéal qui est celui d'avoir... que toute la question
de la transition soit gérée à un niveau beaucoup plus élevé et qu'elle
relèverait du premier ministre ou du Conseil exécutif. Donc, c'est ça qu'on
essaie de faire.
Puis, quand
j'apporte un amendement, ce n'est pas parce que je suis confuse puis je
confonds tout, c'est parce que je
crois qu'Investissement Québec, la Caisse
de dépôt et placement du Québec sont
des leviers que le gouvernement
a et dont il se prive. Après ça, le ministre
peut trouver d'autres façons, il n'y a aucun problème, libre à lui, mais je ne
suis pas en train de confondre tout.
Quand j'ai fait cet amendement-là, c'est un amendement auquel je crois
fondamentalement, et je crois que ce n'est
pas dans le monde des impossibles que de dire à Investissement Québec de faire
ce qu'on fait avec d'autres organisations qui ont, certaines, moins
d'impact, disons, sur la transition.
Présidente (Mme Grondin) : M. le député de
Jonquière.
Gaudreault : Oui. Le ministre
a salué mon intervention. Moi, je l'inviterais à... s'il veut aller au bout de
cette salutation d'intervention, bien, de
dire qu'il serait prêt à adopter, éventuellement... ou de travailler, à tout le
moins, sur un projet de loi comme celui que je vous ai parlé tout à l'heure,
qui avait été déposé par l'ancien député
de Rousseau, Nicolas
Marceau. On modifiait la mission de la Caisse de dépôt et placement.
Alors, moi,
je suis, je le répète, d'accord avec l'idée que la Caisse de dépôt se retire des énergies fossiles, mais... et on va le faire à la
bonne place, comme je suis d'accord également pour Investissement Québec, les
autres institutions également qui sont crées
par des lois. La Loi d'Investissement
Québec, par exemple, elle a été
modifiée par le projet de loi,
qui est devenu une loi, la loi n° 27, la
Loi sur la Caisse de dépôt existe, la Loi d'Hydro-Québec. Donc, on peut travailler chacune
de ces lois-là pour leur donner, à chacune de ces institutions-là, réellement
une orientation vers une réduction de leur empreinte climatique. Moi, je
pense que c'est vers ça qu'il faut aller.
Alors, si le ministre
veut aller au bout de sa logique en disant : Je salue l'intervention de...
mon intervention, bien, à ce moment-là, moi, demain... bien, demain
matin, non, là, mais, je veux dire, quand on va reprendre les travaux, on déposera une loi pour modifier la mission de la Caisse de dépôt et placement, puis on fera un
travail pour que ça soit fait correctement, selon le respect de cette loi.
Alors, moi, c'est ce que je voulais rajouter.
Alors, si le
ministre nous dit : Oui, on est prêts à regarder ça, bien, on va se mettre
au travail ensemble, tout le monde.
Présidente (Mme Grondin) :
D'autres interventions? Alors, nous allons passer le sous-amendement aux
voix. Mme la secrétaire, par appel nominal, s'il vous plaît.
Secrétaire : Oui, Mme la Présidente. Pour les membres du groupe
parlementaire formant l'opposition officielle, Mme Montpetit
(Maurice-Richard)?
Secrétaire : Pour les membres du groupe parlementaire formant
le gouvernement, M. Campeau (Bourget)?
La Secrétaire :
Mme Ghazal (Mercier)?
La Secrétaire :
M. Gaudreault (Jonquière)?
M. Gaudreault : Abstention.
Présidente (Mme Grondin) :
Donc, le sous-amendement est rejeté. Nous revenons à l'amendement de la députée de Mercier. Y a-t-il d'autres
interventions? S'il n'y a pas d'autre intervention, nous allons procéder à sa
mise aux voix. Est-ce que
l'amendement de la députée de Mercier... Pouvez-vous, s'il vous plaît, faire
un... par appel nominal, pardon?
La Secrétaire : Oui.
Mme Ghazal (Mercier)?
Secrétaire : Pour les membres du groupe parlementaire formant
le gouvernement, M. Campeau (Bourget)?
La Secrétaire : Pour les
membres de l'opposition officielle, Mme Montpetit (Maurice-Richard)?
La Secrétaire :
M. Gaudreault (Jonquière)?
M. Gaudreault : Abstention.
La Présidente (Mme
Grondin) : Donc, l'amendement est rejeté. Nous revenons à
l'article 1. Je suis prête à entendre une intervention. Mme la députée de Maurice-Richard, et par la suite ça sera M. le député de
Jonquière.
Montpetit : Je vous remercie, Mme la Présidente. J'aurais un
amendement à déposer, donc, à l'article 1, qui, si les discussions
vont de bon train, devrait être notre dernier amendement pour l'article 1.
Je nous laisse une marge de manoeuvre,
dépendamment les échanges, mais, quand même, je voulais l'annoncer au ministre.
Je suis certaine que ça lui fera plaisir de voir qu'on pourra avancer davantage, mais je pense
qu'on a fait de l'excellent travail jusqu'à maintenant, puis on est
venus faire des bonifications importantes.
Je ne sais
pas, Mme la Présidente, si... On avait déjà soumis cet amendement-là sur le Greffier, je crois, c'est jeudi dernier, là, donc il n'y a pas de surprise. J'imagine qu'il est toujours
là. C'est juste qu'on voudrait le déposer officiellement pour pouvoir en
discuter.
La Présidente (Mme
Grondin) : Peut-être que nous...
Nous allons suspendre rapidement les travaux,
juste pour s'assurer que...
(Suspension de la séance à 15 h 22)
Présidente (Mme Grondin) :
Donc, nous reprenons les travaux. Mme
la députée de Maurice-Richard, vous avez déposé un amendement. Pouvez-vous, s'il vous plaît,
nous en faire la lecture?
Mme Montpetit : Oui, avec plaisir, Mme
la Présidente.
Donc :
L'article 10.1 de la
Loi sur le
ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs, introduit par l'article 1 du projet de loi,
est modifié par l'insertion, après le premier alinéa, de l'alinéa
suivant : «Le ministre est
chargé de s'assurer que la lutte contre les changements climatiques est une
priorité gouvernementale dans la perspective où le Québec se doit d'être
un leader face à l'urgence climatique mondiale.»
L'article, tel que modifié, se lirait donc
ainsi :
«10.1. Le
ministre est d'office le conseiller du gouvernement sur toute question qui
concerne la lutte contre les changements climatiques et il en assure la
gouvernance intégrée à l'échelle gouvernementale.
«Le ministre
est chargé de s'assurer que la lutte contre les changements climatiques est une
priorité gouvernementale dans la perspective où le Québec se doit d'être
un leader face à l'urgence climatique mondiale.»
Je vais,
bien, brièvement l'expliquer, mais je pense que ce qui s'énonce bien se
comprend bien, là, j'imagine, je n'ai pas
à m'étendre dans des longues explications. Vous comprendrez que la raison pour
laquelle on a fait des amendements... Puis
le ministre soulignait tout à l'heure qu'il trouvait ça long et qu'on était seulement
dans l'article 1, qui est celui des pouvoirs et des responsabilités du ministre, mais je pense que,
justement, on est dans les responsabilités et les pouvoirs du ministre, donc c'est extrêmement important de
venir préciser ses pouvoirs, préciser ses responsabilités. Les
amendements qu'on a faits vont dans le sens, justement, de lui donner un
ascendant qui est plus fort.
Puis je vais
me permettre... D'ailleurs, je vais faire un petit aparté pour revenir sur le
commentaire qu'il a fait tout à l'heure, dans lequel je m'inscris en faux, où il disait
que certains groupes d'opposition... puis j'imagine qu'on est concernés, notamment,
par ça parce que son attaché de presse, régulièrement, nous fait des petits
commentaires sur Twitter, et il
a l'air d'avoir beaucoup de temps.
D'ailleurs, il devrait s'occuper du projet de loi n° 61 en ce moment,
mais, bon, ça, c'est une autre
histoire. Sur le fait qu'on a décrié le fait que le ministre avait trop de
pouvoirs et que maintenant on dit qu'il n'a pas assez de pouvoirs, je pense que, déjà, il y a confusion. Ce qu'on a dit,
ce qu'on souhaite, c'est qu'effectivement le ministre de l'Environnement ait plus de pouvoirs dans la
coordination de l'action gouvernementale. Ça, ça a toujours été très,
très clair. On a déposé, d'ailleurs, un
amendement en ce sens. On est déçus que le ministre ait refusé d'avoir plus
d'ascendant, d'avoir plus de pouvoirs auprès de ses collègues du Conseil des
ministres.
Rappelons-nous
qu'on souhaitait que le ministre ait la responsabilité de s'assurer de la
compatibilité de tous les règlements,
décrets, projets de loi du gouvernement avec nos engagements climatiques. Ça
m'apparaissait non seulement logique
et fondamental... Il a fait le choix de le refuser. Donc, je pense que ça a un
impact, forcément, sur sa capacité à coordonner
l'action gouvernementale. Et, quand on est dans un contexte d'urgence
climatique, bien, cette coordination-là, elle est extrêmement importante, justement, pour éviter qu'un projet de
loi comme celui qui a été déposé, projet de loi n° 61 qui vient saccager plein de lois sur
l'environnement, puisse l'être. Donc, je pense qu'en amont ça aurait été bien
utile.
Donc, la proposition que l'on fait... Et ce
qu'on avait dit aussi... Je continue juste sur cette partie-là. Ce qu'on a décrié au dépôt du projet de loi, pour être bien
claire, c'est le fait que le projet de loi enlève des contre-pouvoirs. Et
ce qu'on a expliqué, c'est qu'un ministre
qui n'a pas de contre-pouvoir, donc Transition énergétique Québec, notamment,
et le Conseil de gestion du Fonds vert, et
il y a plein de garde-fous qui tombent avec le projet de loi, en termes de
gouvernance, ce n'est pas
souhaitable. Et c'est toujours en ce sens-là qu'on a dit : Oui, il faut
que le ministre ait plus de pouvoir, mais il faut que ce pouvoir-là soit encadrer, il faut qu'il y
ait un contre-pouvoir. Avec le projet de loi, on perd en transparence,
on perd en reddition de comptes, et ces
éléments-là, entre autres, il va falloir les remettre. Donc, juste pour recadrer
un peu la discussion qu'on avait.
Donc,
l'amendement que l'on fait va dans le même sens que celui de... que le ministre
ait le pouvoir de coordonner davantage
l'action gouvernementale. Je sais qu'il avait soulevé, au début de nos débats,
je ne me souviens pas si c'était dans un
échange, je pense que c'était avec la députée de Mercier, qu'il ne souhaitait pas que l'environnement soit la
priorité, pour se laisser une marge de manoeuvre.
façon que l'amendement est formulé et... En tout cas, vous allez me dire :
C'est très vertueux comme amendement. Moi, je vois mal comment on peut
s'opposer à un amendement qui souligne le fait que la lutte aux changements climatiques est une priorité. Je pense
que c'est la responsabilité, effectivement, du ministre de s'en assurer.
On vient intégrer la notion de leadership. Le Québec a
toujours fait preuve d'un leadership en lutte aux changements climatiques très, très fort. Le sous-ministre,
d'ailleurs, nous l'a rappelé la semaine dernière dans les échanges qu'on a
eus avec lui, à quel point on est reconnus
sur la scène internationale pour nos expertises notamment en électrification,
et dans d'autres domaines de
coopération climatique, notamment. Et on vient amener, dans le fond, la notion
d'urgence climatique, puis je sais
que le ministre... je pense qu'il était ouvert à mettre la notion d'urgence
climatique, puis ça pourrait aller ailleurs. Moi, je pense que ça peut très bien aller là, dans le sens qu'on vient
le mettre dès le début du projet de loi, la raison pour laquelle ce projet de loi est important, et on
vient cadrer, dans le fond, un peu, sa raison d'être, pour la suite des
choses.
Mais
donc l'élément qui est très, très important, je pense, c'est vraiment ça. C'est
de camper encore davantage la responsabilité du ministre, au sein de son
gouvernement, par rapport à la lutte aux changements climatiques. Merci.
Présidente (Mme Grondin) : Merci, Mme la députée. M. le
ministre.
Charette : Merci, Mme la
Présidente. Je me suis engagé dès le départ : lorsqu'il y a
espace pour amendements, discussion,
améliorations, je le mentionne rapidement, lorsqu'il n'y en a pas, je le dis
tout aussi rapidement. Il n'y en a pas,
pas qu'il n'y a pas d'éléments vertueux, mais, en fait, la collègue l'a
mentionné d'elle-même, c'est essentiellement un
article vertueux, alors que ces équivalents-là... ou ce qu'elle
souhaiterait vouloir dire est déjà inclus dans le projet de loi lorsqu'au tout début on lit que le ministre
devient coordonnateur de l'action gouvernementale, lorsqu'à travers
l'article 14.1, qu'on a proposé
d'amender, pour lequel on a déjà déposé un article... un amendement en bonne et
due forme, où on statut l'urgence climatique, ce qui sera une première
dans une législation québécoise. On est trop vertueux. Et, non, on ne commencera pas à jaser des heures, bien,
c'est-à-dire, si eux veulent jaser des heures, libre à eux là-dessus, mais on
ne veut pas défoncer de portes ouvertes avec des amendements qui pourraient
être déposés, là, à répétition.
Et, par rapport à la
démonstration qui a été faite, malheureusement, je dois aussi être en désaccord
lorsque la ministre... l'ancienne ministre
de l'ancien gouvernement mais actuelle députée de Maurice-Richard parle d'abolition de contre-pouvoirs,
c'est tout le contraire qui est fait avec le projet de loi actuel.
Actuellement, il y a un conseil de
gestion du Fonds vert, qui est décrié rapport après rapport pour,
malheureusement, son inefficacité, mais surtout un conseil de gestion, tel que conçu dans son mandat, qui peut publier
des rapports, mais qui ne sont pas tenus d'être rendus publics, là.
Donc, c'est plutôt l'ancienne façon de
faire, donc, de l'ancien gouvernement en matière de lutte aux changements
climatiques, qui ne tolérait pas les contre-pouvoirs.
Nous,
ce que l'on dit : Comité complètement indépendant, dont tous, tous, tous
les avis seront rendus publics, qu'ils nous
plaisent ou pas, un mandat particulier au Commissaire au développement durable.
Et on l'a vu hier, moi, j'ai salué le rapport qui a été déposé. Donc, on
ne s'attendra pas du Commissaire au développement durable qu'il produise des
rapports complaisants.
Malheureusement, ces
contre-pouvoirs-là, à l'époque du gouvernement précédent, n'existaient pas,
n'existent toujours pas, d'où la nécessité du projet de loi qui est actuellement présenté. Et l'absence de contre-pouvoirs sous
l'ancienne administration a donné les
résultats qu'on connaît. On devrait être à moins 20 % aujourd'hui de réduction de nos émissions par rapport à 1990 et on n'est
seulement qu'à moins 9 %.
Donc,
on ne défonce pas de portes ouvertes à travers un amendement
qui pourrait être très longuement discuté, mais j'ai réglé la question de la transparence, j'ai réglé la question
des contre-pouvoirs à travers des exemples très, très significatifs, très parlants. La notion de
l'urgence climatique, elle est déjà inscrite dans un amendement que nous
aurons l'occasion d'étudier à
l'article 14.1, qui vient changer la
Loi sur la qualité de l'environnement, donc une portée encore plus grande.
Donc,
j'aimerais beaucoup qu'on ne consacre pas des heures à un amendement
qui ne pourra pas être adopté. Non pas
que... C'est vertueux, la collègue l'a mentionné, il n'y a rien, dans ce qui
est dit là, qui est faux, cependant, tout est dit ailleurs et tout est
dit avec plus de force ailleurs. Donc, souhaitons qu'on n'y consacre pas
plusieurs heures.
Présidente (Mme Grondin) : Mme la députée
de Maurice-Richard.
Montpetit : Je vais rassurer
le ministre, je n'ai absolument pas l'intention de consacrer des heures à
cette discussion-là. Je lui fais une
proposition, il la refuse. Il a réfuté le fait d'être le chien de garde de
l'environnement, de la lutte aux changements climatiques lorsqu'on lui a
proposé un amendement où il pouvait s'assurer de la gouvernance de l'action
climatique. C'est son choix. Il est majoritaire autour de cette table avec sa
formation parlementaire.
ne ferai pas une rhétorique très longue. Je pense que tous les mots sont très
clairs dans cette phrase-là. Je pense qu'ils
sont nécessaires. Je pense qu'il fait le choix de ne pas retenir un amendement
où il inscrit dans ses pouvoirs et dans ses responsabilités le fait que la lutte aux changements climatiques soit
une priorité, réitérer le fait que le Québec doit être un leader en
lutte aux changements climatiques, ça n'apparaît pas dans le projet de loi, et
d'inscrire la notion d'urgence climatique. Mais ce sera son choix.
Merci, Mme la Présidente.
Présidente (Mme Grondin) : Merci, Mme la députée. Y a-t-il
d'autres interventions?
M. Charette :
...après, s'il n'y en a pas d'autre... je ne veux pas passer devant...
Présidente (Mme Grondin) : Bien, vous pouvez, M. le ministre,
répondre.
M. Charette :
Parfait. Bien, encore une fois, grande confusion projet de loi versus
politique-cadre, ou autres. Lorsqu'on
dit : Le Québec doit être un leader mondial, nous en sommes, c'est une
responsabilité qui nous est chère. C'est un objectif qui nous est cher, mais on ne peut pas
dire dans une loi : Le Québec doit être un leader mondial. Une loi, il y a
une portée juridique. Il y a des conséquences juridiques à une loi. Ça, ce sont
des affirmations que nous souhaitons et que nous ferons à travers d'autres types de documentation, que ce soit, par
exemple, la politique-cadre... Mais inscrire dans une loi... Quelle est la portée juridique de
dire : Le Québec doit être un leader mondial? Est-ce qu'on pourrait avoir
un recours juridique contre quelque
organisation, individu que ce soit qui démontrerait ou qui tenterait de
démontrer qu'on n'est pas... C'est des qualificatifs, c'est très
vertueux, mais ce n'est pas le vocabulaire qui est adéquat dans un texte de
loi.
Présidente (Mme Grondin) : Merci, M. le ministre. Mme la
députée de Mercier.
Ghazal : Merci, Mme la Présidente. Je suis en train de regarder
l'amendement de la députée de Maurice-Richard, et, moi, ce que je trouve intéressant là-dedans, c'est de placer
«urgence climatique» plus tôt dans le projet de loi. C'est ce que j'avais proposé, d'ailleurs, avec un
amendement 0.1, de le placer rapidement, dès le début. Et le
ministre constatait mon urgence à ce qu'on
mette «urgence climatique» dans la loi vu que tous les députés, on avait voté
ensemble une motion qui énonçait qu'il y
avait urgence climatique. Et donc de la mettre dans la loi, ce n'est pas peu
significatif.
c'est suite à cette discussion-là, si je me rappelle bien, que le ministre a
dit : Bien, inquiétez-vous pas, «urgence climatique», comme vous le demandez, je vais le mettre et je vais
l'amener. C'est ce que le ministre avait dit après que j'ai déposé mon amendement, et il a tenu parole.
Quelque temps plus tard, la même journée, il a déposé un amendement. Si
je m'en rappelle bien, c'était à
l'article 14.1 — oui,
c'est ça, je l'avais ouvert : «Afin de répondre à l'urgence
climatique...» Donc, la notion d'urgence climatique se trouve là.
je regarde... Je sens que le ministre a envie qu'on passe à l'article 2,
qu'on passe... qu'on avance. Pour peut-être répondre à son urgence à lui, qui est celle de passer au travers des
articles, je propose une idée : au lieu que chacun, on amène... On a envie d'en parler, par exemple,
d'urgence climatique, mais, même si l'amendement de la députée de Maurice-Richard ne parle pas que de ça... Il veut aussi dire
qu'il y a une priorité gouvernementale, que c'est une priorité pour le Québec. Il y a aussi cette notion-là. Mais, pour
la
partie urgence climatique, peut-être que, vu que le ministre a déjà
déposé des amendements... C'est une proposition, là. Après ça, elle peut
être... S'il n'y a pas de consentement, il n'y a pas de problème, mais c'est une proposition. Ça serait de passer directement,
par exemple, à l'article 14, qui en traite, et peut-être même de faire les amendements, de passer au
travers des amendements que le ministre avait déposés après que j'aie
déposé mon amendement où il y avait
quatre éléments. Et, ces quatre éléments-là, il les a mis à d'autres
endroits dans le projet de loi. Donc, ça serait une proposition que je
fais pour qu'on puisse avoir cette discussion-là.
Peut-être
que ça serait à ce moment-là, à 14.1, que la députée de Maurice-Richard pourrait reprendre textuellement ce qu'elle mentionne. Là, ici, on est dans la
Loi sur le ministère de
l'Environnement. L'autre, à 14.1, c'est la LQE, la
Loi sur la qualité de l'environnement. Donc, elle
pourrait... Ce serait une occasion aussi pour elle, si elle le désire, d'amener
un sous-amendement à l'amendement du ministre, par exemple.
La Présidente (Mme Grondin) : Donc, si je comprends bien, Mme la députée, vous
proposez de suspendre cet amendement-là pour passer directement à
l'article 14.1 pour parler de la notion d'urgence climatique. C'est ça que
vous proposez?
Ghazal : O.K. Je ne sais pas si je propose de suspendre, ou peu
importe, je laisse... ou voter. Moi, ce que je propose, en fait, ce n'est pas... Ce qui arrive avec l'amendement de la
députée de Maurice-Richard, je vais la laisser gérer son propre amendement. Moi, ce que je propose ici
aux membres du Parlement, c'est plus... peu importe ce qu'elle décide de faire, suspendre, voter ou retirer, bien, ça
serait de passer tout de suite à l'article 14, vu qu'il y a déjà un
amendement en suspension qui attend d'être discuté, et c'est un amendement du
ministre. C'est ce que je propose plutôt.
La Présidente (Mme Grondin) : Mais là on a un amendement ici. Je pense que,
pour ne pas mélanger tout le monde,
on va régler cet amendement-là et, par la suite, on verra. Mais j'aimerais ça
qu'on se concentre sur l'amendement qui est déposé à l'article 1
puis qu'on puisse clore le débat.
Ghazal : Bien, moi, sur le fond de l'amendement, je suis d'accord avec
ça. Je trouve que, oui, de dire que c'est
une priorité et qu'on soit un leader face à l'urgence climatique, oui. Je sens une crainte, du ministre,
qu'il y ait une poursuite, comme si, je ne sais pas, il prenait
pour acquis qu'on ne respectera pas puis on ne sera pas un leader, alors
que ce n'est pas ça qu'il nous dit. Moi, ce
n'est pas ça que j'entends du discours du ministre. Donc, pourquoi
ne pas le mettre dans la loi si ça donne encore plus de force à cette
volonté-là?
Présidente (Mme Grondin) : M. le ministre.
M. Charette : En fait, il
n'y a aucune, aucune crainte par rapport à l'issue. Mais comment, dans un texte de loi, rendre applicable un
article
qui dirait : Le Québec est un leader mondial? En tant qu'avocat, ce que je
ne suis pas, comment plaider que le
Québec est ou n'est pas un leader mondial? Quelles sont les références? Elles
ne seraient pas définies. Quels sont les critères pour évaluer une telle
affirmation?
Moi, je dis que c'est
une affirmation qui est forte. C'est un rôle auquel on tient. Je pense que
chacune des formations politiques ici représentées souhaite que le Québec soit
un leader mondial. Mais comment le qualifier ou l'interpréter à travers un texte de loi? C'est la question
que je posais. Si jamais il y
avait un recours devant un
tribunal quelconque, je n'ai aucun doute de
l'issue. Mais je ne veux pas donner une prise ou fragiliser un projet de
loi sur un
article qui est davantage qualificatif, qui est davantage
de la vertu, comme le disait la collègue de Maurice-Richard.
Mais, si vous voulez l'engagement, je vais le prendre ici même. Dans la politique-cadre, si vous
voulez qu'on le trace à grands traits
et qu'on y retrouve une référence au leadership mondial, je prends l'engagement cet après-midi
que ça y sera. Mais ce n'est pas un
qualificatif que l'on peut interpréter, sans être avocat, quant à moi, à
travers un texte de loi.
Présidente (Mme Grondin) : Mme la
députée de Maurice-Richard.
Mme Montpetit : Bien, encore là, je ne veux pas prolonger la discussion.
Moi, je vous inviterais à ce qu'on passe au vote. Puis, si le ministre veut voter contre, il votera contre. Mais je trouve
que l'argument de texte de loi, en tout respect, pour les juristes, est un
petit peu faible. Parce qu'est-ce qu'on pourrait poursuivre le
gouvernement si le ministre ne joue pas son rôle de conseiller du gouvernement en environnement — ce qui probablement est le cas à l'heure
actuelle? Je pense qu'on se retrouve dans la même situation. Je vous
remercie.
M. Charette :
Franchement... Je vais répondre à ça. Je pensais qu'on était prêts à passer au
vote. On vient dénaturer un propos,
on vient faire des affirmations qui sont complètement fausses. On ne parle pas
du rôle du ministre ici, dans l'amendement
que vous avez vous-même proposé, mais du rôle du Québec. Donc, si vous n'êtes
pas capable d'interpréter votre propre amendement, c'est peut-être
préférable de cesser d'en multiplier les dépôts.
Présidente (Mme Grondin) : Donc, y a-t-il d'autres
interventions? M. le député de Jonquière.
M. Gaudreault :
Oui. Bien, je comprends les deux points de vue. Je comprends la
proposition de la députée de Maurice-Richard, puis je la partage, autant sur le principe que dans la manière dont c'est
rédigé, puis je comprends aussi le premier
ministre... bien, «le premier ministre», que Dieu m'en garde, le ministre qui dit : Il n'y a pas de portée
juridique, il n'y a pas de... Tu sais, c'est
comme s'il disait, en d'autres termes, puis je ne veux pas mal interpréter ce
qu'il dit, mais, d'après-moi, il va
être d'accord, tu sais : On ne fait pas de la législation
pour rien, dans le sens qu'il faut que ça... Tu sais, le législateur ne s'exprime jamais pour ne rien dire.
Quand le législateur s'exprime, là, c'est parce que ça a un sens
juridique. Alors, quel serait le sens
juridique de cet amendement? C'est ça, la question, dans le fond, que le
ministre pose. Bien, moi, je le vois
plus comme une disposition interprétative pour permettre d'interpréter la loi
dans son ensemble. Bon, je vois le sous-ministre hocher du bonnet.
Alors, c'est une disposition interprétative de la loi. Alors, ça, ça existe,
là. Ça, c'est possible d'avoir ça dans des lois. On en a fait... On voit ça
souvent, là, des dispositions interprétatives dans une loi.
Alors, ce n'est pas,
de facto, irrecevable, c'est possible d'en avoir et ça vient comme colorer
l'ensemble de l'interprétation de la loi.
Autrement dit, quand les juristes ou quand des futurs juges ou avocats vont arriver
pour interpréter des dispositions
beaucoup plus précises, si ce n'est pas clair, bien, ils vont se référer à
cette disposition-là interprétative, qui serait liminaire, qui serait en haut, qui serait en train de... qui
serait comme un chapeau pour venir dire ce qu'est la loi qu'on est en
train d'adopter.
Alors,
dans ce sens-là, moi, j'invite le ministre à faire preuve d'ouverture vers une
disposition interprétative qui dit que
le ministre est chargé de s'assurer que la lutte contre les changements climatiques
est une priorité gouvernementale, dans
la perspective où le Québec doit être un leader face à l'urgence climatique
mondiale. Effectivement, je vois mal un justiciable poursuivre le gouvernement pour dire : On n'est pas un
leader face à l'urgence climatique mondiale. Ce serait un débat sans fin, puis je suis sûr que les
deux partis seraient capables d'amener des arguments convaincants. Mais,
si nous disons ici, autour de la
table, qu'on est prêts à adopter cet amendement parce que c'est une disposition
interprétative, bien, je trouve que ça viendrait faire le travail, là.
Donc,
pour moi, c'est dans ce sens-là. J'essaie de voir, en même temps que je vous
parle, parce que j'ai fait une petite
recherche sur les dispositions interprétatives, mais, bon, je vais plutôt... Je
ne suis pas assez sûr, là. Mais il reste que c'est en masse. Il y a une doctrine suffisante et même il y a
suffisamment de doctrines, que je dirais dans ce cas-là, pour faire en sorte qu'une disposition interprétative soit
dans une loi. Autrement dit, ça viendrait toujours colorer une autre
disposition ou un autre
article
dont l'interprétation ne serait pas claire. Un juge ou des avocats pourraient
dire : Oui, mais, dans l'esprit que le législateur a exprimé à
l'effet que Québec doit être un leader face à l'urgence climatique mondiale,
blablabla.
Donc,
ça vient donner une couleur particulière au projet de loi. Moi, je pense que c'est recevable. Je pense
que c'est recevable pas juste techniquement — est-ce
qu'on doit le recevoir?, la réponse, c'est oui — mais c'est recevable aussi sur le
fond des choses : de dire qu'on pourrait l'adopter pour en faire une
disposition interprétative. Donc, moi, je suis confortable avec ça.
D'ailleurs,
je me souviens, puis là il faudrait retourner au projet de loi n° 102,
qu'on avait étudié ici 86 heures, là, avec le ministre David Heurtel, à l'époque, pour modifier la
Loi sur la
qualité de l'environnement. D'ailleurs, le règlement d'application de la
loi n° 102 n'est même pas en vigueur après trois ans. Ce qui
permettrait d'abord, avant d'adopter la loi n° 61, là, d'adopter le
règlement. Ça, c'est une parenthèse que je fais, mais, bon, parenthèse
importante. Donc, dans l'étude du projet de loi n° 102, on avait,
effectivement, adopté des...
Gaudreault : Petite musique d'ascenseur pour agrémenter mon
intervention. Donc, on avait, dans le projet de loi n° 102, adopté des dispositions interprétatives qui
ressemblaient un peu à ça et qui ont été intégrées dans la
Loi sur la qualité de l'environnement. Je pense que c'était
dans un
chapitre où on modifiait la
Loi sur la qualité de
l'environnement, alors il faudrait revérifier.
Mais ça existe, c'est faisable, c'est réaliste.
Et moi, je pense qu'on pourrait l'adopter. Puis j'invite le ministre à le
regarder sous l'angle d'une disposition interprétative.
Présidente (Mme Grondin) : M. le député de D'Arcy-McGee.
Birnbaum : Écoutez, Mme la Présidente, je ne vais pas non plus
prolonger nos discussions plus que ça. Je me permets de constater qu'ailleurs, dans cette enceinte, nous sommes en
train de débattre un projet de loi n° 61 où le prétexte,
discutable, pour en dire le moindre, que c'est les mesures...
M. Charette : Question de règlement.
On ne débat pas dans une autre enceinte, les oppositions ont refusé de débattre dans une autre enceinte du projet de loi
n° 61, donc ne pas induire en erreur les gens qui peuvent nous
écouter.
Birnbaum : Merci. Bon, précision très utile. Si je peux commenter que
le projet de loi n° 61, qui
n'est pas, je présume, lettre morte, se base — ce
n'est pas une question de règlement, hein — sur le prétexte que les
pouvoirs, qui risquent de rendre, en quelque part, je me permets de le dire,
lettre morte le projet de loi devant nous... se base sur le prétexte d'une urgence sanitaire. Donc, ce
principe, cette idée de contextualiser les obligations, les aspects, les suites
qui découleraient d'une éventuelle loi est normal. De contextualiser ça, c'est
normal, et pas nécessairement juste dans un préambule.
C'est une
façon qui est en complément, ce que nous proposons, assez claire, du premier
alinéa de cet article-là, c'est de
dire que le ministre va se comporter, dans son implantation et son suivi, tel
qu'exigé dans la loi, par la réalité constatée formellement par les Nations unies, par le Québec, de l'urgence
climatique. Alors, ce n'est pas les mots vides, c'est les mots qui ont tout leur sens, comme je dis, à l'aube
d'un autre projet de loi qui est devant nous, et qui est assez
préoccupant, et qui risque d'avoir tout son
effet sur notre veille aux changements climatiques, sur notre veille au
développement durable, sur notre veille à l'électrification du
transport, sur tout ce qui a trait au projet de loi devant nous.
Alors, je
soumets, on va passer au vote, mais je ne trouverais pas ça sans signification
si le ministre juge qu'il faut refuser
un tel amendement, qui est, pour moi, une réalité, on parle d'encadrer les
pouvoirs, la marge de manoeuvre du ministre
dans un contexte formellement reconnu par le Québec, par les Nations unies, et
autres. Alors, pour moi, ce n'est pas une
question de jouer sur les mots, c'est une façon de faire réaliser les objectifs
dans le premier alinéa, et tout à fait... pas juste recevable, tout à
fait dans l'optique de bonifier l'apport du ministre et l'apport de ce projet
de loi devant nous.
La Présidente (Mme
Grondin) : Merci, M. le député. M. le ministre.
Charette : En fait, la meilleure démonstration qui va justifier notre
refus a été faite par la collègue de Maurice-Richard lorsqu'elle a mentionné que c'était essentiellement un amendement
vertueux. Je répète, on ne peut pas donner l'occasion de déposer à l'infini des amendements qui sont
essentiellement vertueux parce que le temps, malheureusement, n'est pas
à l'infini...
La Présidente (Mme
Grondin) : Un moment, il y a un appel au règlement.
Montpetit : Je pense que je vais inviter le ministre à être un petit
peu plus à l'écoute. Je n'ai pas dit que c'était un amendement qui était essentiellement vertueux, j'ai dit qu'il
pouvait sembler vertueux mais qu'il était fondamental. Je l'invite à
aller relire les transcripts quand il aura un petit peu de temps. Merci.
Charette : En fait, j'en aurais davantage si on pouvait avancer plus
rondement dans l'étude du projet de loi. Mais, ceci dit, par rapport à ce qu'elle avance, c'est essentiellement
vertueux. Je suis d'accord avec elle à ce niveau-là. Quand je dis qu'on
défonce des portes ouvertes, les concepts et les notions qui sont suggérés dans
l'amendement se retrouvent ailleurs,
l'urgence climatique, dans un amendement déjà déposé à l'article 14.1,
avec une force véritable parce qu'on
viendrait changer la
Loi sur la qualité de l'environnement. Donc, je nous
invite à être un petit peu plus constructifs dans nos propositions d'amendement et faire en sorte que les amendements
qui doivent être débattus apportent réellement une plus-value au projet
de loi qui est à l'étude, et non pas se contenter uniquement de vertu.
La Présidente (Mme
Grondin) : Merci, M. le ministre. Y a-t-il d'autres
interventions? Mme la députée de Maurice-Richard.
Mme Montpetit : Bien, c'est la
lecture du ministre. Moi, je pense qu'il décline une responsabilité. D'être
responsable de s'assurer de la lutte aux changements climatiques, c'est une
priorité, ça lui appartient. Je n'ai toujours pas
entendu où il allait intégrer la question de leadership. Et je ne l'ai pas
entendu non plus répondre à la proposition du député de Jonquière. Comme il semblait avoir des objections juridiques,
je pense qu'il y avait une proposition qui était faite par le député de
Jonquière, je ne l'ai pas entendu l'accepter ou...
M. Charette :
J'avais répondu avant même qu'il ne fasse son intervention. Mon propos, je le
maintiens, au niveau des
interprétations juridiques. On n'est pas un gouvernement qui souhaite balayer
du vent. Donc, si on veut des amendements,
ces amendements-là doivent avoir une portée réelle. Encore une fois, urgence
climatique, clairement reconnue, le
rôle du ministre de l'Environnement comme coordonnateur de l'action
gouvernementale, avec une obligation de résultat en termes de cible, que les libéraux n'ont jamais réussi à respecter
lorsqu'ils étaient au pouvoir, je pense que le leadership du ministre de l'Environnement, avec le projet de loi
qui est déposé, est clairement exposé, et surtout, surtout, surtout une
volonté d'atteindre des résultats, ce que les administrations précédentes n'ont
pas réussi à faire, malheureusement.
La Présidente (Mme
Grondin) : D'autres
interventions sur l'amendement déposé? Donc, nous allons procéder à sa
mise aux voix. Mme la secrétaire, pour un appel nominal, s'il vous plaît.
Secrétaire : Oui, Mme la Présidente. Pour les membres du groupe parlementaire formant l'opposition officielle, Mme Montpetit (Maurice-Richard)?
Secrétaire : Pour les
membres du groupe parlementaire formant le gouvernement, M. Campeau (Bourget)?
La Secrétaire :
Mme Ghazal (Mercier)?
La Secrétaire :
M. Gaudreault (Jonquière)?
Présidente (Mme Grondin) : Donc, l'amendement est rejeté. Nous
revenons à l'article 1. M. le député de Jonquière.
Gaudreault : Oui. Je sais
que ça fait longtemps que vous l'attendez, Mme la Présidente, alors je
vais déposer un amendement.
Présidente (Mme Grondin) : Parfait. Vous l'avez transmis à la
secrétaire?
Gaudreault : Il est-tu en
cours de route? Mon ministère envoie ça. Alors, on peut suspendre quelques
secondes, Mme la Présidente.
Présidente (Mme Grondin) : On va suspendre quelques secondes.
(Suspension de la séance à
15 h 58)
La Présidente (Mme Grondin) : Donc, nous reprenons les travaux. M. le député de Jonquière, je vous invite à faire la lecture de
votre amendement.
Gaudreault : Oui. Alors, merci, Mme la Présidente. L'amendement se lirait de manière suivante, à l'article 1 :
La
Loi sur le ministère du Développement
durable, de l'Environnement et des Parcs est modifiée par l'insertion,
après l'article 10.1, du suivant :
«Le ministre prépare
annuellement un budget carbone qui indique la quantité maximale d'émissions de gaz
à effet de serre pour l'ensemble du Québec au cours de la
prochaine année, laquelle ne peut être supérieure à celle prévue pour
l'année en cours.
«Le budget carbone
inclut :
«1° l'inventaire des
émissions de gaz à effet de serre de l'année précédente;
«2° un rapport de
suivi de la mise en oeuvre du plan d'action en vigueur comprenant :
«
a) une évaluation de
l'efficacité des mesures prises;
«
b) des propositions
d'action à prendre pour améliorer l'efficacité des mesures prises.
«Le rapport prévu à
l'article 45.1 de la
Loi sur le vérificateur général doit être joint au
budget carbone.
ministre dépose le budget carbone à l'Assemblée nationale au plus tard le
31 décembre de chaque année ou, si elle ne siège pas, à la date de
la reprise de ses travaux.
ministre transmet le projet de budget carbone au commissaire au développement
durable et à la lutte contre les changements
climatiques au plus tard un mois avant la date prévue pour le dépôt du budget
carbone à l'Assemblée nationale afin de permettre à ce dernier de
préparer le rapport prévu à l'article 45.1 de la
Loi sur le vérificateur
général.»
Présidente (Mme Grondin) : Merci. Souhaitez-vous...
Gaudreault : Je peux plaider tout de suite, Mme la Présidente. Alors,
le budget carbone est une initiative extrêmement importante, extrêmement intéressante
qui existe dans d'autres pays. On pourra y revenir. Je fais juste m'apercevoir,
en vous parlant, ce n'est pas 45.1, c'est 45 de la
Loi sur le vérificateur
général, je m'excuse.
Alors,
le budget carbone est un... je ne sais pas, est-ce qu'il faut que je
refasse un amendement? Est-ce
qu'il faut que je le redépose?
La Présidente (Mme
Grondin) : Ça va être corrigé à la main,
donc c'est l'article 45 point...
M. Gaudreault : 45, tout court.
La Présidente (Mme
Grondin) : 45, tout court.
La Présidente (Mme
Grondin) : Donc, cette coquille-là va être corrigée.
Gaudreault : Parfait. Merci.
Alors donc, le budget carbone est une initiative qui existe déjà ailleurs dans le monde, qui est très importante. Puis on en a
entendu, d'ailleurs, parler souvent, lors des auditions qu'on a eues
ici, sur le projet de loi n° 44, par plusieurs groupes qui sont venus nous rencontrer pour
parler du projet de loi n° 44. C'est un outil qui permet d'évaluer la courbe descendante annuellement vers l'atteinte de nos cibles de réduction de gaz à effet de serre.
Donc, je
voudrais vous référer à un document que j'ai déjà déposé, et c'est la beauté, finalement,
des outils qu'on est en train
d'utiliser, là, sur Greffier, il est dans les documents déposés. Je l'avais
déposé le 19 février 2020, donc c'était dans la préhistoire, là, avant la pandémie. C'est une
étude, une note socioéconomique qui avait été faite par l'Institut de recherche et d'informations socioéconomiques, l'IRIS, qui est très détaillée, qui vient expliquer
ce qu'est un budget carbone. Et ce qui
est intéressant, du côté de l'IRIS, c'est qu'ils viennent le
coller à la réalité du Québec. Bien que cette note a été faite en décembre 2013, il reste qu'elle est encore
très d'actualité, bien qu'on pourrait... ou on devrait même adapter les
chiffres, on devrait adapter les données,
là, à la réalité d'aujourd'hui. Mais, là où je veux vous amener avec cette note,
c'est vraiment sur les objectifs et sur ce que serait un budget carbone
du Québec.
Alors, je
vous réfère à cette note. Vous allez voir, dans l'espèce d'encadré noir de la
note socioéconomique de l'IRIS, vers la fin de cette note, il est
écrit : «Dans cette note socioéconomique, l'IRIS applique la notion de
budget carbone au contexte québécois
et présente le premier calcul de budget carbone du Québec. Celui-ci est ensuite
mis en parallèle avec la trajectoire actuelle des émissions québécoises
de CO 2 , permettant d'obtenir une évaluation éclairée de l'empreinte
carbone du Québec et de dégager certaines avenues [politiques et climatiques].»
Donc : Q u'est-ce que le budget carbone — donc
le point qui suit tout de suite l'encadré noir, je ne vous le lirai pas au complet, juste les six ou sept premières
lignes : «Le budget carbone est une mesure de la quantité maximum de
gaz à effet de serre, exprimée en mégatonnes — une mégatonne, c'est un million
de tonnes — ou
en gigatonnes — donc un milliard de tonnes — qui
peut être émise dans l'atmosphère au cours d'une période donnée, si l'on veut
éviter que le réchauffement climatique ne franchisse le seuil sécuritaire de
2 °C par rapport à l'ère préindustrielle.»
J'attire également
votre attention plus loin, toujours dans cette note, à la page 4, à la fin, là,
de la colonne de gauche, Le calcul
du budget carbone du Québec : «Certains États ont transposé la notion de
budget carbone global dans le contexte national
et ont adopté un budget carbone officiel. Le Royaume-Uni en a d'ailleurs fait
un instrument de politique juridiquement contraignant.» Donc, c'est très intéressant. Le Royaume-Uni, quand même, c'est un exemple
assez patent, un exemple assez important. C'est un pays d'envergure, un
pays qui est un des plus puissants sur le plan économique. Donc, le Royaume-Uni a transposé cette notion de budget carbone
dans son contexte national et en a fait un budget carbone officiel.
Donc, c'est
vraiment intéressant, Mme la Présidente. Je veux vous signaler tout de suite,
et c'est pour ça qu'est arrivée la
petite coquille du 45.1, là, tout à l'heure, dans la
Loi sur le vérificateur général, que l'amendement que je
propose est tiré du projet de loi n° 194, que j'ai déposé, sur le respect
des obligations climatiques. Donc, c'est vraiment un copier-coller à partir du
projet de loi que j'avais déposé.
Et, moi, ce
que je trouve intéressant aussi, en plus de nous donner une idée claire de la
trajectoire de là où on s'en va, en
plus de nous donner vraiment une image du cheminement du Québec vers l'atteinte
de ses cibles de réduction de gaz à
effet de serre, bien, il y a un côté transparence. Alors, au lieu d'avoir
les... Bien, disons, en plus d'avoir les inventaires de réduction de GES, mais qui sont à des périodes
aléatoires ou qui arrivent souvent tardivement, on aurait ici, avec un
budget carbone, vraiment un portrait clair,
transparent, public, qui permettrait à l'ensemble de la population de constater
le chemin parcouru et qui permettrait
également à un ministre de donner des indications claires où on doit aller, de
voir comment on doit, effectivement,
travailler pour atteindre nos cibles en fonction d'un budget carbone. La
comparaison que je fais souvent, quand
j'en parle dans des assemblées ou ailleurs, dans les médias, c'est comme le budget
du Québec. Je pense qu'on est rendus là, politiquement, socialement,
climatiquement, administrativement, au Québec, d'avoir le comparable d'un
budget financier mais en équivalent CO 2.
Moi, je
me souviens très bien, je n'étais pas député à l'époque, j'étais étudiant, mais
j'étais militant déjà au Parti québécois,
je me souviens très bien de la grande corvée nationale du Québec, dans les
années 90, pour atteindre l'équilibre budgétaire, le déficit zéro. C'était sous le gouvernement de Lucien
Bouchard, et on avait vraiment eu une mobilisation importante. Le premier ministre Bouchard, à
l'époque, avait réuni, dans des grands sommets, les différents
intervenants sociaux du Québec, syndicats, patronats, les groupes
communautaires, les groupes sociaux, etc., la population, les représentants de groupes populaires, qui étaient
réunis dans un grand sommet. Et tout le monde a dit : O.K. On va
travailler pour atteindre l'équilibre budgétaire. Et le gouvernement a même
adopté, je pense, c'est 1999 ou 2000, la
Loi sur l'équilibre budgétaire, la loi du déficit zéro. Parce qu'à l'époque...
puis ça l'est encore aujourd'hui, mais c'est moins présent dans l'actualité, mais la
grande priorité de l'époque, c'était d'atteindre l'équilibre budgétaire. Alors,
on s'est donné une manière, une façon
d'y arriver, d'atteindre l'équilibre budgétaire, parce que, pour les
générations futures, mais aussi pour la crédibilité du Québec sur les marchés étrangers, c'était important
d'avoir cet équilibre budgétaire. Donc, on l'a fait. Le gouvernement a déposé la
Loi sur l'équilibre
budgétaire. Ça a été adopté. Et aujourd'hui encore elle est là, puis
chaque gouvernement, depuis l'adoption de cette
Loi sur l'équilibre budgétaire,
doit la respecter.
Alors, moi, je fais
la comparaison entre l'enjeu puis l'importance d'avoir l'équilibre budgétaire à
la fin des années 90 versus d'avoir
l'équilibre carbone pour réduire nos émissions, réduire notre empreinte,
réduction de GES. Comme il fallait, à la fin des années 90, atteindre
l'équilibre budgétaire, le déficit zéro, bien là, aujourd'hui, il faut
Donc,
toutes choses étant égales par ailleurs, s'il a fallu adopter une loi pour
qu'on peut se donner les moyens d'avoir un budget carbone, au Québec, qui
permettrait de voir la trajectoire vers un équilibre au niveau des émissions de CO 2 et d'atteindre nos
objectifs, que nous avons inscrits d'ailleurs dans cette loi avec un
amendement. Et je salue le ministre là-dessus, d'avoir au moins des cibles de
37,5 % pour 2030.
Alors,
voilà, voilà, en gros, le projet que je propose. Moi, je mets ça au jeu. Est-ce
que c'est le meilleur? Est-ce que c'est
le plus efficace? Est-ce que c'est la meilleure formulation? Peut-être pas.
Moi, je suis prêt à recevoir les amendements. Je suis prêt à entendre mes collègues des autres partis d'opposition et
du gouvernement pour voir si on a besoin ou si on peut avoir une telle mesure au Québec. Je voudrais
quand même souligner que le rôle du VG est important, comme le rôle du Vérificateur général est important dans l'atteint