CRC — 25 November 2025 (43rd Legislature, 2nd Session)
CRC 2025-11-25
Quebec — Committees
(Neuf
heures trente minutes)
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Alors, à l'ordre, s'il vous plaît! Je déclare
la séance de la Commission des relations avec les citoyens ouverte.
La commission est
réunie afin de procéder à l'interpellation de la députée de Robert-Baldwin à la
ministre responsable de la Condition féminine sur le sujet suivant : Les
engagements brisés du gouvernement caquiste : on ne protège pas les femmes
à moitié.
Alors, Mme la
secrétaire, est-ce qu'il y a des remplacements?
La Secrétaire : Oui, Mme la Présidente. Mme Blais (Abitibi-Ouest)est remplacée par Mme Gendron (Châteauguay);
Mme Prass... (D'Arcy-McGee), pardon, par Mme Garceau
(Robert-Baldwin); M. Leduc (Hochelaga-Maisonneuve), par Mme Labrie
(Sherbrooke); et M. Bérubé (Matane-Matapédia), par Mme Gentilcore
(Terrebonne).
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Merci. Alors, à tous ces élus, bienvenue à la
commission.
Conformément à
l'entente prévue pour la 43e législature, le deuxième groupe d'opposition interviendra
lors de la deuxième série d'interventions,
et la députée de Terrebonne interviendra lors de la quatrième série
d'interventions.
Nous allons donc
débuter avec les déclarations d'ouverture. Mme la députée de Robert-Baldwin,
vous avez la parole pour 10 minutes.
Mme Garceau :
Merci beaucoup, Mme la Présidente. Premièrement, je tiens à féliciter Mme
la ministre pour votre nomination en tant que ministre responsable de la
Condition féminine et ministre de l'Habitation. C'est sûr que, considérant que
vous avez ce cumul de fonctions, de responsabilités, je crois que nous avons
une belle opportunité devant nous pour faire avancer les dossiers qui touchent
le filet de sécurité des femmes qui sont victimes de violence conjugale. Un
filet qui est malheureusement plus fragilisé que jamais en raison de plusieurs
facteurs, que ça soit le manque criant de
financement des maisons d'hébergement, les services offerts par ces maisons
d'hébergement qui sont tellement cruciales et vitales pour sauver les
vies des femmes, et on va y revenir, le manque adéquat de formation en violence
conjugale, particulièrement en ce qui a trait au contrôle coercitif, et ce, aux
personnes qui interviennent auprès des femmes et des enfants qui sont victimes
de violence conjugale, le manque de construction de nouvelles unités en hébergement, que ça soit en MH1, les MH2, dans
les dernières années pour répondre à la demande croissante d'hébergement des femmes partout à travers le Québec. Et nous
le savons très bien que le refus d'hébergement est très élevé depuis les
dernières années.
Il y a également un
sous-financement de notre système judiciaire et les enjeux qui en découlent,
dont fait face les procureurs, notamment les
DPCP, et les coupures dans les programmes de représentation juridique des
femmes qui sont victimes de violence
conjugale tels que le programme de Rebâtir et Juripop. Et il y a une
augmentation significative, et ça,
c'est vraiment préoccupant, Mme la Présidente, des femmes, maintenant, qui se représentent seules
devant les tribunaux, que ça soit devant la Cour supérieure, Cour du Québec, en
criminel, en famille.
Et, avant d'élaborer
sur ces enjeux, avec mon collègue le député de l'Acadie et également notre
porte-parole en matière de justice, que je tiens à remercier d'être ici avec
moi ce matin, où nous devons souligner... nous portons tous le ruban blanc ce matin, je crois qu'il faut souligner deux
choses : le 25 novembre, aujourd'hui, qui est la journée
internationale pour l'élimination de la violence conjugale... à l'égard des
femmes, proclamée par l'Assemblée nationale...
l'Assemblée générale des Nations Unies en 1999. Et nous avons vu, ce matin,
quand même, dans des articles de
journaux qui font en sorte qu'on confirme encore une fois, en 2025, des données
alarmantes en ce qui a trait aux femmes qui sont victimes de violence,
dénoncées par l'ONU, une femme est tuée par un proche toutes les
10 minutes, toutes les 10 minutes. Et aussi, le domicile, le
domicile, notre résidence, notre chez-soi, qui est supposé vraiment d'être un
refuge, une façon de nous protéger, c'est l'endroit le plus dangereux pour les
femmes et les filles en termes de risque d'homicide. Et c'est très pertinent
ici, au Québec également.
Nous sommes à l'aube
du cinquième anniversaire du dépôt du rebâtir... du rapport de Rebâtir de la
confiance, un rapport qui avait été déposé, Mme la Présidente, le
15 décembre 2020, et, évidemment, c'est un rapport qui nous rappelle des
travaux du comité transpartisan qui avait été créé dans la foule du #metoo, le
#moiaussi, en réaction à l'augmentation de la violence faite aux femmes et aux
filles sous toutes ses formes, mais également en réponse aux failles du système judiciaire et du filet de
sécurité des femmes victimes de violence. Et l'objectif de ce rapport, avec ses
190 recommandations, était de renforcer la confiance des victimes liée au
système judiciaire et d'améliorer non seulement
l'accompagnement psychosocial et judiciaire des victimes, mais leur accès à la
justice et aussi aux services de soutien offerts par les maisons
d'hébergement. C'était très important.
Mais, malgré, Mme la
Présidente, toutes les avancées et, je sais, ça s'en vient, les investissements
dans le domaine de la violence conjugale...
Il y en a eu, des investissements, Mme la Présidente. Il y a eu aussi des
investissements dans la création des
tribunaux spécialisés en matière d'agression sexuelle, de violence conjugale.
On a eu les bracelets antirapprochement,
on a eu l'accès aux conseils juridiques, aux services d'accompagnement
psychosocial et judiciaire, mais,
dans les dernières années, nous avons régressé. Le filet de sécurité des femmes
victimes de violence conjugale est de
plus en plus fragilisé parce qu'il n'y a pas eu un sou, pas une cenne de plus
qui a été octroyée aux maisons d'hébergement pour les services offerts,
les services offerts par les maisons d'hébergement dans leurs services, et je
vais donner plus d'explications dans un deuxième bloc. Mais, dans les trois
derniers budgets, malgré des augmentations en violence conjugale, malgré le nombre record de féminicides dans les dernières
années, malgré les listes d'attente en services externes, qui dépassent... on est au-delà du trois mois,
quatre mois. Il y en a, pour les services externes, on est rendus à un an dans
certaines régions, au Québec. C'est complètement incompréhensible. On ne peut
pas continuer à avoir un filet de sécurité
qui est si fragilisé. C'est le moment maintenant d'agir, et il faut le faire,
Mme la Présidente, pour sauver des vies et qu'on n'en ait pas une de
plus.
On l'a vu récemment, le 18 octobre, on a eu
20 000 personnes, on était juste ici, à l'extérieur de l'Assemblée nationale, la Marche mondiale des femmes pour
dénoncer haut et fort l'augmentation fulgurante de la violence faite aux
femmes sous toutes ses formes et le nombre alarmant, au Québec, des
féminicides.
De plus, le
Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale, qui est un
regroupement très important ici, au
Québec, qui vient en aide aux femmes au quotidien et ont lancé... Les femmes
ont lancé une campagne, On ne
protège pas les femmes à moitié .
Les maisons d'hébergement pour femmes victimes de la violence conjugale est plus
qu'un toit, c'est un droit.
Et c'est un droit, cette sécurité publique. Le
gouvernement a le devoir de s'assurer que toutes les femmes qui sont victimes
de violence conjugale et leurs enfants aient un toit, soient protégés. Et ça,
ça vient par l'entremise des maisons d'hébergement. Il y en a environ 125 ici,
au Québec. On va en parler dans un autre bloc, Mme la Présidente, mais il faut
les aider, parce qu'en ce moment, les intervenantes dans les maisons
d'hébergement, et j'en ai rencontré plusieurs,
et des directrices également, ils tiennent à bout de bras les maisons
d'hébergement. Ils sont... Il n'y a pas assez de personnel, ça, c'est sûr. Ils
ont besoin au moins de trois autres intervenants, que ça soit pour les services
externes, que ça soit pour les sociojuridiques, que ça soit pour les
intervenantes, pour les femmes et pour les enfants.
Dans la dernière année, demander de l'aide pour
sortir d'une situation de violence conjugale, c'est comme jouer pile ou face, parce que, lorsqu'on appelle
SOS violence conjugale ou lorsqu'on appelle des maisons d'hébergement, on
se voit refuser de l'hébergement.
50 000 demandes
dans les trois dernières années, il faut y penser, là, SOS violence conjugale a
reçu au-delà de 50 000 demandes d'aide dans les trois
dernières années, au-delà de 19 000 demandes en hébergement, et ils
ont dû refuser une femme sur deux. Donc
10 000 femmes ont été refusées l'année dernière, avec leurs enfants,
de l'hébergement. Ça, c'est
incompréhensible et inacceptable en 2025, surtout lorsqu'une femme a le courage
d'appeler. Il faut être présent. On
ne peut pas dire à l'autre bout du téléphone : Vous allez devoir attendre
trois mois ou quatre mois. C'est inacceptable.
Et c'est pour ça que les regroupements des
maisons d'hébergement ont eu une demande ou une rencontre avec l'ancien
ministre des Services sociaux. La demande était très précise : les besoins
sont criants, on a besoin immédiatement... mise à jour économique, je sais que
c'est aujourd'hui, les demandes... la demande était très claire : on a
besoin de 20 millions, actuellement, versés, payables d'ici la fin de
l'année. C'est important.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : En terminant.
Mme Garceau : C'est critique.
Merci, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup, Mme la députée. Alors, on va poursuivre
avec la ministre responsable de la Condition féminine également pour une
période de 10 minutes.
Mme Proulx : Merci, Mme la
Présidente. Très heureuse d'être ici, non pas pour uniquement débattre d'un sujet qu'on a tous à coeur, mais pour en discuter,
des femmes, des hommes, tout le monde ensemble. Merci aux députés présents, de part et d'autre de la Chambre, qui se
prêtent à l'exercice très important qu'on est en train de faire aujourd'hui.
Je pense que
les femmes puis des hommes qui font
partie impérativement de la solution, là,
peuvent être fiers de voir que tous
les élus ici présents ont à coeur de faire progresser le droit des femmes,
s'assurer qu'elles sont en sécurité, qu'elles soient dûment représentées
dans toutes les sphères de la société, et j'en suis, Mme la Présidente.
Souligner aussi le fait qu'il n'y a pas que des
femmes qui sont avec nous aujourd'hui. Messieurs, merci. Je salue votre présence en commission aujourd'hui. Un
message fort qui nous fait la démonstration que vous êtes l'allié des femmes.
Les hommes, nos hommes, doivent être aux côtés des femmes pour poser des
gestes, faire
partie de discussion si on veut un jour atteindre, donc,
l'égalité des femmes.
Avant de plonger dans le sujet, constater ce que
notre gouvernement a fait à la faveur des femmes, un petit pas en arrière, voit tout le chemin parcouru au
Québec pour qu'aujourd'hui on puisse se vanter d'être une des sociétés les
plus égalitaires au monde. Mme la Présidente, pas gênée de le dire, nos
politiques sociales au Québec, bien, ça fait l'envie de
nombreuses sociétés de par le monde. Les CPE, c'est le premier exemple qui nous
vient en tête, 1997, ça a été un outil extraordinaire d'émancipation formidable
pour les Québécoises. Ça leur a permis une présence sur le marché du travail,
s'accomplir personnellement, professionnellement, réduire leurs dépenses
économiques à leur conjoint. Ma mère disait
toujours, a répété ad nauseam à ses trois filles : Votre autonomie
financière, les filles, c'est ce qu'il
y a de plus important, parce que, si vous devez malheureusement, un jour, vous
lever et quitter, vous aurez l'occasion de le faire.
Rien n'éta