CAT — 23 February 2017 (41st Legislature, 1st Session)
CAT 2017-02-23
Quebec — Committees
Alors,
pourquoi le facteur prix n'est pas nécessaire pour choisir un architecte dans
le cadre d'un appel d'offres? À la
phase de l'appel d'offres, il est difficile d'établir avec justesse l'ampleur
des services requis et des honoraires associés sur un projet qui, par définition, est embryonnaire, d'autant plus que
le rôle de l'architecte est de faire évoluer le projet en trouvant un
équilibre entre les besoins, le budget et l'échéancier, de concert avec le
donneur d'ouvrage. Dans ces conditions, la
pertinence de demander un prix avec une offre de service alors que le projet
est encore en mutation est tout à
fait discutable, voire inappropriée. De plus, nous constatons que, dans la
grande majorité des appels d'offres municipaux, les villes n'ont pas l'expertise à l'interne pour élaborer les appels
d'offres qui détailleraient adéquatement la description du projet et des
livrables. Elles lancent donc souvent des appels d'offres qui sont incomplets,
avec des budgets flous, irréalistes ou
imprécis. Donc, comment, dans ces conditions, proposer des honoraires
professionnels qui soient garants d'un service complet et de qualité?
D'autre
part, pour la plupart des municipalités, le dépôt d'un prix avec une offre de
service équivaut à un contrat octroyé
à forfait fixe qui ne peut être sujet à modification, quels que soient
l'évolution du projet et les imprévus de chantier. Donc, l'instauration d'un facteur prix dans les
appels d'offres ne laisse aucune marge de manoeuvre aux professionnels et aux donneurs d'ouvrage pour bonifier et
optimiser le projet. Ce principe, d'après nous, augmente en fait le risque de
dérive des projets, que ce soit en
termes de budget, d'échéancier que de qualité et de rapport de confiance avec
le donneur d'ordre.
Nous allons faire
maintenant le bilan actuel du mode d'octroi de contrat dans les municipalités.
En 2002, le gouvernement a souhaité mieux
encadrer l'octroi de services professionnels dans le domaine municipal. Reconnaissant
qu'il ne pouvait pas traiter ceux-ci comme
n'importe quel fournisseur ou entrepreneur, le législateur a instauré un
système de pondération des offres
prenant en compte la qualité, mais également le prix. Ce système, dit à deux
enveloppes, impose une formule de
calcul pour le choix du soumissionnaire final, qui donne une importance
prépondérante au facteur prix. Cette
méthode a été dénoncée par la grande majorité des acteurs du secteur de la
construction ainsi que des observateurs, dont la commission Charbonneau, et des donneurs d'ordres publics parce
qu'elle crée les conditions idéales pour assister à une diminution de la
qualité des services et de l'optimisation des solutions et des budgets.
Avec ce système
d'évaluation qualité-prix, l'objectif d'accroître la concurrence n'a pas été
atteint non plus. Beaucoup de firmes ont
renoncé à soumissionner dans le milieu municipal suite à des expériences soit
non rentables ou ponctuées de litiges
causés pas des conditions trop rigides et non cohérentes avec le secteur. Donc,
les villes et municipalités se privent d'un bassin de professionnels
compétents qui pourraient stimuler la concurrence.
le facteur prix n'est pas un bon critère, pourquoi choisir une firme
d'architecture? Comment sélectionner les professionnels en favorisant la qualité, la concurrence, la
compétitivité et permettre aux municipalités de payer le juste prix? Notre association défend la sélection basée
sur la qualité parce qu'elle permet de choisir l'équipe d'architectes qui est
la plus qualifiée pour accompagner le client
et réaliser un mandat spécifique en assurant l'optimisation des paramètres
du programme, des coûts et des échéanciers.
Une fois le professionnel choisit selon des critères de compétence et
d'expérience qui sont spécifiques au
projet, une négociation sur les honoraires est entreprise en se basant sur une
grille tarifaire de référence comportant des balises claires sur la
portée des services et leur valeur. Ce mode de sélection des professionnels a
été privilégié par le législateur pour les
ministères et organismes depuis 2008 après avoir testé différents modes
d'octroi de contrat. Ce système a
fait ses preuves et répond aux principaux objectifs de qualités des projets et
aussi aux objectifs de concurrence,
que ce soit du point de vue des donneurs d'ouvrage ou des professionnels. C'est
d'ailleurs le mode de sélection qui
est aussi défendu par l'Ordre des architectes du Québec, dont la mission est de
protéger le public. De plus, la commission Charbonneau, dans ses recommandations, n'a pas remis en cause ce mode de
sélection des professionnels basé sur la qualité et la compétence.
Alors,
cette méthode de sélection des professionnels est aussi utilisée aux
États-Unis, au niveau fédéral, depuis plus de 40 ans, et dans la très
grande majorité des États américains. C'est également une tendance mondiale
avec une application dans plusieurs pays de
l'Union européenne et de l'Asie. Toutefois, ce système est perfectible, nous en
sommes conscients, notamment dans
l'élaboration de critères d'évaluation et d'une pondération appropriée
permettant de favoriser l'accès à la commande à un plus grand nombre de
professionnels, incluant la relève.
De plus, il existe
une autre option de sélection basée sur la qualité, c'est le concours d'architecture.
C'est un processus d'attribution de la
commande en architecture qui repose sur l'évaluation comparative de propositions qui auront été soumises par
différents architectes. Aujourd'hui, les concours d'architecture pour les projets
publics demeurent une exception au Québec.
Seuls des projets qui bénéficient d'une subvention du ministère de la Culture doivent faire l'objet d'un concours. Donc, pour tous les autres projets,
les villes doivent demander des dérogations
aux règles d'octroi de contrats auxquelles
elles sont soumises, ce qui alourdit le processus et n'encourage pas
l'utilisation de ce mode de sélection. Or, nous croyons que les concours sont une manière de stimuler l'innovation
et de permettre à la relève d'accéder à la commande.
Donc,
pourquoi, selon nous, la sélection basée sur la qualité répond aux objectifs
d'autonomie des municipalités, également
aux recommandations d'imprévisibilité de la commission Charbonneau? Plutôt que
d'imposer une formule avec un facteur
prix, la sélection basée sur la qualité permet, grâce aux critères d'évaluation
et de pondération, de laisser de la souplesse et de l'autonomie aux villes pour
choisir leurs professionnels. En effet, la latitude laissée aux municipalités
est grande, puisqu'elle leur permet d'identifier
des critères répondant à leurs besoins et correspondant aux particularités
du projet. Par ailleurs, tout en proposant
des balises et mesures de contrôle communes, la souplesse accordée aux villes
répond aux recommandations de la commission Charbonneau, qui souhaite que les
règles soient moins prévisibles.
Alors, pourquoi, selon nous, le projet
de loi n° 122 reproduit les erreurs du système déjà en place, qui inclut
le facteur prix? Donc, pour les contrats municipaux de services de moins
de 100 000 $, il sera possible de mandater les professionnels de gré à gré, et les municipalités
devront définir, dans leurs politiques de gestion contractuelle, les règles
qui guideront l'octroi des contrats. Toutefois, pour les contrats de
100 000 $ et plus, le projet de loi n° 122 propose deux choix de mode de sélection par les
professionnels, soit un système de rapport qualité-prix à deux enveloppes, tel
qu'il existe aujourd'hui, en assouplissant
la formule de pointage finale, et une formule qualité-prix avec pondération
libre. En comparant ces options avec
le système actuel, toutes nos simulations démontrent que la formule finale
donne toujours au prix le facteur déterminant.
deuxième mode d'octroi de contrats proposé est un système de pondération libre
sur la qualité incluant le prix. Toutefois,
aucune balise n'est prévue quant à la pondération des différents critères.
Donc, le prix pourrait, par exemple, compter pour 90 % de la note finale.
Sur quoi se baseront donc les villes pour déterminer si un projet mérite des
critères qualité pour 90 % de la note
finale ou 10 %? Qu'est-ce qui peut justifier de telles différences?
Pourquoi proposer un mode de sélection qui pourrait détériorer une
situation déjà désastreuse?
vais vous parler maintenant des concours. Le projet de loi ne prévoit pas de
mode de sélection des professionnels uniquement basée sur la qualité, y compris
les concours d'architecture. Pourquoi ne pas inciter les villes qui veulent
innover ou qui considèrent
l'architecture comme facteur du développement de leur ville de pouvoir le faire
en prévoyant la sélection basée sur la qualité ou le recours à des
concours d'architecture?
D'autre
part, aucune balise n'est prévue pour favoriser la qualité dans les contrats de
moins de 100 000 $. Ces contrats
représentent la très grande majorité des contrats dans plusieurs des
municipalités au Québec. Ce seuil correspond aux accords de marchés publics, et nous croyons qu'il est pertinent pour
favoriser le maintien d'une expertise dans les régions. Cependant, le législateur n'impose pas de règles de prises en
compte de la qualité pour sélectionner les professionnels, même de gré à
gré. La qualité serait-elle donc réservée aux seuls grands projets de bâtiment?
Alors,
nos recommandations. Les solutions proposées dans le projet de loi reproduisent
donc les mêmes erreurs que dans la situation actuelle en passant à côté
du principal enjeu, qui est comment favoriser le développement d'une architecture de qualité au Québec tout en
favorisant la concurrence, l'innovation, l'accès à la commande pour la relève
et les bureaux locaux, de manière équitable.
Comment les municipalités peuvent obtenir un juste prix cohérent avec les
règles de l'art de l'industrie?
Pour
répondre à ces objectifs, l'AAPPQ fait trois recommandations. La première,
prévoir la sélection basée sur la qualité comme unique mode d'octroi de
contrats dans tous les projets publics. Deuxièmement, faciliter le recours aux concours d'architecture en permettant aux
municipalités de choisir cette option sans avoir à demander de dérogation au
MAMOT. Troisièmement, prévoir un
accompagnement des municipalités pour les aider à définir efficacement leurs
besoins, estimer adéquatement le coût
de leurs projets, et préparer les documents d'appel d'offres adaptés aux
services d'architecture requis, et effectuer la sélection sur la base de
la qualité.
Pour
terminer, considérant que l'élaboration de la politique culturelle du Québec
permet une réflexion intéressante sur l'importance de la qualité
architecturale comme facteur d'identité culturelle et de développement
économique, considérant que de plus en plus
d'acteurs poussent le Québec à innover dans la manière de lancer ses appels
d'offres publics, considérant que le
Québec a été précurseur quant aux modes d'octroi de contrat de services
professionnels en architecture pour les ministères et organismes en instituant
la sélection basée sur la qualité depuis de nombreuses années et une
grille d'honoraires de référence depuis
1984, l'AAPPQ croit que le gouvernement manque une occasion, avec le projet de
loi n° 122 tel qu'il est, de continuer sur la voie de l'innovation
et de la prospérité économique.
révision des modes d'octroi de contrat pour les services professionnels en
architecture dans les municipalités est une occasion unique pour poser
un geste concret et fort afin d'inscrire l'architecture de qualité comme
élément de développement économique, social et culturel au Québec, ne la
laissons pas passer. Merci pour votre attention.
Président (M. Auger) :
Merci pour votre présentation. Donc, on a pris un peu plus de temps que prévu
que le 10 minutes, mais gracieuseté du ministre. Il vous reste 13
minutes, M. le minis