Health and Social Services — 16 April 2013 (40th Legislature, 1st Session)
CSSS 2013-04-16
Quebec — Committees
(Dix
heures cinq minutes)
Le Président (M.
Bergman) : À l'ordre, s'il vous
plaît! À l'ordre, s'il vous plaît! Ayant constaté le quorum, je déclare la séance
de la Commission de la santé et des services sociaux ouverte. Je demande à
toutes les personnes dans la salle de bien vouloir éteindre la sonnerie de
leurs téléphones cellulaires.
La commission est
réunie afin de poursuivre les consultations particulières sur la pétition
concernant une loi autorisant une personne handicapée d'être toujours
accompagnée de son chien d'assistance.
M. le secrétaire, y
a-t-il des remplacements?
Secrétaire :
Oui, M. le Président. Mme Daneault (Groulx) est remplacée par Mme Trudel (Charlesbourg).
Président (M. Bergman) : Merci. Alors, collègues, ce matin, nous recevons les représentants de
la Fondation Mira et de l'Association des syndicats
de copropriété du Québec. Cet après-midi, nous recevrons les représentants de l'Office des personnes handicapées du Québec, la
Confédération des organismes de personnes handicapées du Québec et de la
Régie du logement.
Nous
allons, sans plus tarder, commencer nos auditions avec la Fondation Mira.
Alors, M. Champagne, bienvenue parmi nous, et vous avez 15 minutes pour votre
présentation, suivie d'un échange avec les membres de la commission.
Alors, M. Champagne, c'est à vous pour commencer.
Champagne (Noël) :
Bonjour à tout le monde. Je suis un peu surpris de me retrouver ici ce matin
pour lesujet
en titre, de faire une loi concernant l'utilisation des chiens d'assistance
pour les personnes handicapées. Je vais me présenter, je suis psychologue et je travaille en collaboration avec la
Fondation Mira, ça fait 30 ans, pour développer les programmes de chiens-guides de 1981 à 1990 avec la
fondation. En 1990, on a développé des programmes de chiens-guides pour des enfants âgés de moins de 15 ans, pour qu'ils
utilisent des chiens-guides. Et, en 1993, j'ai développé un programme de chiens d'assistance à l'intention des personnes
à mobilité restreinte. Et, en 2003, on a développé un autre programme à
l'intention des parents dont les enfants présentent un trouble dans le spectre
de l'autisme.
est arrivé, dans mon parcours de vie et encore aujourd'hui à quelques reprises,
qu'on ait à défendre les droits des personnes
qui sont soit refusées dans des logements, soit refusées dans des restaurants,
soit refusées dans des taxis, soit des
difficultés d'accès à des épiceries, difficultés d'accès à des garderies, en
général, et on appuie, on supporte les gens dans cette démarche-là tout simplement en portant une plainte à la
commission des droits de la personne et de la jeunesse. On a une loi, au Québec, qui s'appelle la charte
québécoise des droits et libertés... Excusez-moi, en passant, mais je ne
suis pas juriste, là, je suis un psychologue puis je voulais juste vous… que
cette loi-là, en ce qui me concerne... on l'a toujours
utilisée, définit qu'on n'a pas le droit de discriminer une personne
handicapée. On n'a pas le droit de refuser de louer un appartement à une personne handicapée de la vue, au cas où elle
mettrait le feu. On n'a pas le droit de refuser un condo ou un bloc-appartements à une personne
handicapée de la... handicapée physique, au cas où son fauteuil
briserait les beaux planchers de bois franc. On n'a pas le droit. On n'a pas le
droit de discriminer la personne et on n'a pas le droit non plus de discriminer
le moyen que la personne utilise pour compenser sa situation de handicap.
Ça fait
qu'à toutes les fois que ça s'est produit on est allés devant les tribunaux. Je
ne pense pas avoir perdu aucune cause
depuis... ou Mira n'a pas perdu aucune cause depuis 1982, je crois, et…
Peut-être une fois, une exception où le
juge du Tribunal des droits de la personne n'a pas cru la personne. Et une
question... Le droit comme tel ou la protection des personnes de se déplacer avec un chien d'assistance pour les
aider... Je suis un peu surpris de cette nouvelle-là. Je me disais, peut-être que... Je ne voudrais pas me
mêler de l'Assemblée nationale, mais peut-être qu'on a beaucoup plus de
travail à faire d'autres lois parce qu'on en a une qui est drôlement efficace
en ce qui me concerne. Excusez. Ça fait qu'on peut répondre à vos questions,
sans plus.
Président (M. Bergman) : Alors, merci, M. Champagne. On va commencer avec le gouvernement pour un bloc de 20 minutes. Mme la députée de Sainte-Rose.
Proulx : Merci,
M. le Président. Alors, bonjour, M. Champagne. Ça me fait plaisir de vous
accueillir à la commission aujourd'hui, et je
salue mes collègues, membres de la commission aussi.
Alors,
si j'ai bien compris votre point de vue, qui a quand même été énoncé assez
clairement, vous avez comme vision qu'il
existe une charte des droits qui protège adéquatement les personnes handicapées
de toute discrimination qu'elles pourraient subir.
Maintenant, j'ai bien entendu ça, et quelle est votre principale préoccupation
face à une demande de légiférer? Parce que,
vous savez, ça fait deux jours qu'on entend des groupes et on a entendu des
groupes, hier, qui nous disaient : Il faut clarifier la situation, il faudrait
qu'une loi écrive vraiment noir sur blanc, de façon très précise, les... en fait, ce qu'on peut retrouver
dans la charte. Mais on semblait trouver que la charte a une application
très, très, très large et peut-être
tellement large que ça fait en sorte... ça peut avoir comme effet contraire de
faire en sorte que, par exemple, dans le cas qui nous occupe, des
propriétaires ou des copropriétaires de condos pourraient ne pas être
suffisamment sensibilisés ou informés de l'application de la charte.
M. Champagne
(Noël) : Mais, en ce qui me concerne,
je pense que le gouvernement ou le législateur aurait avantage à arrimer les lois qui sont d'ordre... exemple, la
loi sur l'alimentation,
de l'arrimer avec la charte québécoise. On ne peut pas, comme... lorsqu'on va dans une épicerie, puis là l'épicier
lève le doigt, dit : Regarde, moi, je suis... j'ai la
loi sur l'alimentation qui m'interdit que… La personne
handicapée va lui dire : Mais il y a la charte québécoise qui vous
donne un accès à l'environnement. Et cette
loi-là devrait être arrimée à la charte québécoise, comme la
loi sur les
garderies. Qu'un parent avec son
chien aille chercher son enfant à la garderie, la garderie n'a pas le droit de
le refuser, même chose pour les blocs-appartements. On a... la loi qui
régit les conventions entre un propriétaire ou un locateur qui n'a pas le droit
de faire une loi ou... contraire à la charte québécoise. C'est ma logique et c'est
pour ça que je suis un peu surpris qu'on revendique ça. Moi, je pense que la
loi est efficace et...
Le Président (M.
Bergman) : Mme la députée de
Sainte-Rose.
Proulx : Et, à
titre d'intervenant chez Mira, est-ce que vous avez beaucoup de plaintes?
Est-ce que vous trouvez que l'application de la charte se fait bien ou s'il y a un
nombre quand même important de plaintes de personnes qui sont
discriminées en vertu de leur handicap?
Le Président (M.
Bergman) : M. Champagne.
M. Champagne
(Noël) : Ce n'est pas très fréquent.
Ce n'est vraiment pas fréquent. On peut... J'aurais dû comptabiliser ça, là, mais, par année, mettons, 10 situations où j'aurais...
Puis là, avec les nouveaux services, les chiens d'assistance, les gens, même, ils vont obstiner une personne handicapée
en fauteuil avec son chien, il va dire : Qu'est-ce que tu fais avec
ça? Tu n'es pas aveugle, tu n'as pas le droit d'avoir de chien, etc.
Dans le commun des mortels, les gens sont habitués plus à
l'aspect du chien-guide, mais c'est lorsqu'il arrive des nouveautés, comme
le parent qui, suite à un avis de la Commission des droits de la personne, a le
droit de se déplacer seul avec son
chien, parce que c'est lui qui vient chercher le chien à la Fondation Mira et c'est
lui qui l'utilise pour intervenir auprès
de son enfant... Il a un droit de se déplacer avec, au même titre, puis ça, c'est
nouveau. Ça fait que ça, on donne plus d'information. On a fait un...
pas un pamphlet, mais un feuillet avec la Commission des droits de la personne
pour que les gens soient bien informés de ces droits-là.
Mais c'est... comme on dit, à la fin, nul n'est censé
ignorer la loi. Ça fait déjà 10 ans, et les gens sont toujours surpris. Ils sont toujours en train de penser aux
handicapés de la vue. J'imagine que ce n'est pas tout le monde qui s'intéresse
à la situation des handicapés au jour le jour, là, mais ce n'est pas quelque
chose de très fréquent. Puis souvent, la discrimination qui a lieu, les gens
regrettent. C'est souvent des nouveaux arrivants qui ne connaissent pas nos
lois, comme dans les restaurants. Je ne nommerai pas de communauté, là, mais,
après information, ça va.
Puis la mécanique pour
porter plainte est assez souple. C'est une mécanique : on appelle à la
commission, les gens appellent à la
commission, le numéro de téléphone, ils sont bien accueillis puis là ils ont à
faire un rapport factuel des événements
qui se passent, et, après ça, un médiateur de la commission va aller voir la
personne qui a discriminé, va lui faire rapport de ça, et souvent, ça va
se régler en médiation alentour d'une table, et ça, c'est assez rapide, c'est
assez fonctionnel. Mais, quand les gens ne s'entendent pas, c'est là... ça va,
comme dans d'autres causes, ça va devant les tribunaux,
et c'est beaucoup plus long. Mais, en règle générale, les personnes handicapées
de la vue vont gagner leur cause.
Le Président (M.
Bergman) : Mme la députée de
Sainte-Rose.
Proulx : Donc,
si je comprends bien votre position, vous considérez que la charte est là, qu'elle protège bien les
droits, qu'il y a des recours qui se font quand même relativement bien et qu'il
y a même un service de médiation pour régler
les cas le plus rapidement et le plus adéquatement possible. Donc, vous
considérez qu'il n'y a pas lieu d'ajouter une loi.
Champagne (Noël) :
À moins que quelqu'un... parce que, comme je vous disais, je ne suis pas un législateur, à moins qu'il y ait un avantage que moi, je n'ai
pas vu, là, mais...
Mme Proulx : Vous ne voyez pas d'avantage.
M. Champagne (Noël) : Aucun, aucun avantage à faire ça, et
non seulement à faire ça, mais je voudrais
vous dire aussi que le chien nous
appartient, appartient à la Fondation Mira. Quand la Fondation Mira attribue un
chien, comme dans toutes les écoles de chiens d'assistance ou de
chiens-guides à travers le monde, le chien, en règle générale, va appartenir à
l'école. Ici, la situation… Je pense qu'il y a une situation qui a prévalu à
Québec, qui nous amène ici, peut-être, là, et, en ce qui nous concerne, le
chien nous appartient. Si la commission ne peut pas faire son travail, pour de multiples raisons,
par exemple, si, en médiation, on ne s'entend pas ou telle chose, la Fondation
Mira a ses propres avocats au niveau
du conseil d'administration, et on est capables de procéder avec notre... parce
que le chien, fondamentalement,
nous appartient. C'est comme une location partagée, là, si on veut, mais le
chien appartient, en ce qui nous concerne, à la Fondation Mira.
Président (M. Bergman) : M. le député
d'Argenteuil.
Richer : Peut-être une toute petite
précision. Bonjour. Bien, vous avez exprimé beaucoup de choses. D'entrée de jeu, vous nous avez dit que, selon
vous, la charte est suffisante pour protéger l'ensemble. Vous avez aussi
dit que vous aviez gagné la totalité ou la
grande majorité des causes où vous aviez à défendre des personnes handicapées
qui s'étaient vu refuser l'accès à des restaurants ou à des endroits publics.
Dans le cas précis qui nous concerne, est-ce
que c'est la première fois que cette situation-là... Face à une défense, une personne handicapée par rapport à un condo,
est-ce que c'est une première ou si vous avez eu des cas semblables
antérieurement?
Président (M. Bergman) : M.
Champagne.
M. Ch