Labour and the Economy — 15 May 2018 (41st Legislature, 1st Session)
CET 2018-05-15
Quebec — Committees
rafale, Mme la Présidente, et je terminerai là-dessus, peut-être
vous rappeler ce sur quoi nous venons intervenir dans le projet de
loi sur les normes du travail que nous avons
présenté. Encadrer les agences de placement de personnel, encadrer les agences de recrutement de
travailleurs étrangers temporaires. On vient renforcer les dispositions
concernant les disparités de traitement. On
vient également renforcer les dispositions en matière de
harcèlement psychologique et sexuel. On
vient diminuer la durée du service continu pour des vacances annuelles. Donc,
vous devez travailler moins d'années que ce que vous devez faire aujourd'hui pour gagner une semaine de... pour avoir trois
semaines de vacances. On vient accorder le droit de refuser de travailler. Bien sûr, tout ça est balisé et
normalisé. Augmenter la période d'absences pour prendre soin d'un proche. On vient élargir la portée des
absences et des congés pour raisons familiales, maladie ou accident.
Ici, vous allez vous rendre compte qu'on
vient élargir la portée de ce qu'est aujourd'hui, en 2018, une famille. On vient aussi faire en sorte que la
violence conjugale devient un motif pour s'absenter du travail. Sur les
10 jours, actuellement, que vous avez pour vous absenter de façon
non rémunérée pour prendre soin d'un proche de la famille, alors on va vous permettre d'en avoir deux sur 10 qui seront
rémunérés. Et vous avez des vacances, là... pas des vacances, mais des
congés qui sont octroyés, là, pour prendre soin d'un proche en fonction de
différentes situations.
On vient aussi
permettre la possibilité d'étaler les heures de travail. Je pense que c'est un
bon signal comme préoccupation que nous
avons comme gouvernement, mais aussi, je pense, comme
parlementaires, notamment de favoriser la flexibilité, bien sûr, dans les entreprises, mais aussi la conciliation
travail-famille, notamment si vous êtes un parent et que vous vivez
dans une situation de monoparentalité.
Possibilité
d'exclure du salaire l'indemnité afférente au congé annuel des travailleurs
saisonniers. Exclure l'athlète étudiant de la
Loi sur les normes du
travail. On vient ici toucher, bien sûr, à l'athlète qui poursuit un cursus
scolaire. Paiement du salaire par virement bancaire, on vient de permettre, ce
n'était pas quelque chose de permis, mais qui est tellement usuel aujourd'hui.
Et finalement on vient revoir l'indemnité du salarié au pourboire.
Alors,
voilà, Mme la Présidente, en rafale. Évidemment, je n'ai pas donné
d'explication sur chacun des points parce que nous l'avions fait
amplement le 20 mars dernier. Nous aurons l'occasion de le faire avec nos
invités qui vont venir enrichir ce projet de loi là par leurs réflexions, leurs propositions aussi, peut-être.
Et nous aurons aussi, lors d'une prochaine commission parlementaire avec
les collègues, la possibilité d'étudier chacun des articles de façon très,
très, très approfondie. Merci beaucoup, Mme la Présidente.
La Présidente
(Mme Richard) : Merci, Mme la ministre. J'invite maintenant
le porte-parole de l'opposition officielle et député de Beauharnois à faire ses
remarques préliminaires. M. le député.
M. Leclair : Merci, Mme
la Présidente. Alors, tout d'abord,
mes salutations à vous et votre équipe de la commission, le secrétariat
ainsi que la ministre, les gens qui l'accompagnent aujourd'hui ainsi que mon
collègue de la deuxième opposition et mes collègues de la
partie gouvernementale.
Mes salutations sont faites.
Alors,
bien entendu, Mme la Présidente,
depuis 2002 que les normes du travail n'avaient pas été ouvertes. Alors,
quelle belle occasion que nous avons! Je
dois tout d'abord déplorer le fait, par exemple, que nous sommes à la mi-mai,
et puis les travaux parlementaires finissent
à la mi-juin. Donc, j'ose espérer que la ministre aura une grande ouverture
d'esprit pour pouvoir vraiment, vraiment
discuter de chaque point parce que c'est d'une importance capitale lorsqu'on
parle des normes du travail. Ce projet de loi là, effectivement, fait
une mise à jour de la conciliation travail-famille, qui est nécessaire. Si on parle de 2002 à 2018, je pense
que le monde du travail est en grand changement, l'évolution des
familles aussi, la disponibilité des gens, les horaires de travail.
On parle aussi des
clauses orphelines. On dit depuis des années... on a une motion unanime à
l'Assemblée nationale, de dire qu'on avait
pris une tangente d'avoir diverses clauses orphelines, que ce soit pour les
fonds de retraite, que ce soit pour
les assurances collectives, ce qui, à
sa face même, ne m'apparaît pas tout
à fait une bonne tangente à
prendre. Si deux personnes font le même travail, elles doivent avoir les mêmes conditions
de travail. Alors, bien entendu, sur les clauses
orphelines, nous aurons quelques bonnes discussions parce que le projet de loi,
tel que déposé en ce moment, bien, permet les clauses orphelines qui ont
été entendues dans le passé, alors que la motion à l'Assemblée nationale était
plus du fait de dire qu'il n'y aura plus de clauses orphelines, donc, dans
toutes les instances.
bien entendu, la ministre a fait part de toutes les possibilités, avec ce
projet de loi là, là, d'ajuster les normes du travail face aux heures,
face aux rémunérations. Bien entendu, la ministre nous faisait un petit clin
d'oeil en disant : Aujourd'hui, avec
des dépôts directs, et tout, ce n'était pas prévu dans les normes. Alors, on
peut voir que, de 2002 à 2018, des changements naturels s'imposent,
question de mettre à jour la situation telle qu'elle est aujourd'hui.
Alors,
nous travaillerons de manière constructive dans le projet de loi. Et j'ose
espérer que nous aurons le temps de mettre à terme ce projet de loi là
d'ici la fin de la session, parce qu'on finit à la fin mai les consultations.
Il ne nous restera que 15 jours en
commission parlementaire pour pouvoir passer au travers de ce merveilleux
projet de loi là, parce que,
lorsqu'on parle de normes du travail, bien, je pense qu'il ne faut pas se gêner
à mettre nos normes du travail à jour avec l'évolution du milieu du
travail aujourd'hui au Québec.
Alors, ce sera tout
pour moi pour mes remarques préliminaires. Merci, Mme la Présidente.
La Présidente
(Mme Richard) : Merci, M. le député de Beauharnois.
J'invite maintenant le porte-parole du deuxième
groupe d'opposition en matière de travail et député des Chutes-de-la-Chaudière
à prendre la parole pour ses remarques préliminaires. M. le député.
M. Picard :
Merci, Mme la Présidente. Permettez-moi à mon tour de saluer les collègues
parlementaires et toutes les équipes, toutes les personnes qui vont nous
accompagner dans ce processus législatif qui, j'ose espérer, va nous permettre
d'adopter rapidement ce projet de loi là d'ici la fin des travaux.
Aussi
je tiens à remercier tous les groupes, toutes les personnes qui vont venir nous
donner leur avis, qui vont venir nous
éclairer que leurs réflexions sur ce fameux projet de loi n° 176. On parle
quand même d'une trentaine de groupes.
Il y a différents
sujets, de nombreux sujets à discuter et à réfléchir. On n'a qu'à penser au
harcèlement sexuel, les agences de placement
de personnel, les agences de recrutement des travailleurs étrangers, puis les
disparités de traitement,
puis à d'autres sujets aussi. Mais on devra quand même se questionner sur
certaines dispositions. J'ai en tête le droit de refus de travailler à moins de connaître son horaire cinq jours
d'avance. Il y a certains secteurs que, je pense, ça ne pourra pas s'appliquer. En tout cas, ce sera à
peut-être explorer, peut-être trouver des moyens pour trouver des voies
de passage, là, mais il y a certains secteurs que ça pourrait être
difficilement applicable.
Pour les proches aidants, bien, Mme la Présidente,
vous vous rappelez que ma formation politique, par mon entremise, j'ai déposé un projet de loi pour les proches aidants. Donc,
je comprends que la ministre s'en est inspirée. Et j'en suis bien
heureux aussi. Il n'est peut-être pas parfait, mais on est là pour le bonifier
aussi.
Concernant
les clauses orphelin, bien là, là, vous ne serez pas surprise d'apprendre, Mme
la ministre, que je suis déçu parce
que, là, le projet de loi prévoit d'abolir les clauses orphelin, sauf que, pour
ceux qui, malheureusement, subissent les
clauses orphelin, ils vont continuer de les avoir. Mais moi, je pense qu'avec
la pénurie de main-d'oeuvre que nous avons actuellement au Québec il y a peut-être des gens qui vont être
assujettis à des clauses orphelin, qui vont devoir démissionner puis être réengagés par le même employeur pour ne
pas les avoir. En tout cas, je ne comprends pas, mais nous aurons des discussions tout simplement pour essayer de
trouver, là... Je pense qu'il faut vraiment régler cette situation-là.
Lorsque ça avait été réglé sur le salaire,
on n'avait pas touché les régimes de retraite puis les régimes d'assurance
médicament, mais je pense que nous sommes rendus là actuellement.
Mais je suis
bien heureux aussi tantôt parce que j'ai entendu la ministre dire que c'est un
rafraîchissement de la loi, parce
qu'à venir jusqu'ici j'attendais une grande réforme. Pour moi, c'est une
révision. Rafraîchissement, là, on met ça
au goût du jour, on met ça aux nouvelles réalités. Puis je pense que c'est une
bonne chose, là, mais ce n'est pas une grande
réforme. Pour une grande réforme, je pense qu'il faudrait... ça prendrait un
projet de loi — je vais
prendre les termes de la ministre — plus costaud que ça un petit
peu, là.
Donc, je suis très heureux d'être ici puis je
peux assurer, Mme la Présidente, que je vais tout faire pour que le projet de loi soit adopté d'ici la fin de la
session. J'ose espérer que le leader du gouvernement, parce que c'est le
leader du gouvernement qui donne
l'agencement des travaux, nous donnera tout le temps possible et imaginable
pour qu'on puisse vraiment l'adopter, parce que c'est un projet de loi
que les gens voudraient avoir le plus rapidement possible.
Donc, merci, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme Richard) :
Merci, M. le député de Chutes-de-la-Chaudière.
Nous allons
commencer les auditions. Et je souhaite la bienvenue à M. Alain Barré,
professeur agrégé du Département des relations de l'université... des
relations industrielles de l'Université Laval, pardon. Je vous rappelle,
M. Barré, que vous disposez de 10 minutes. Par la suite suivra un
échange avec les parlementaires. Donc, la parole est à vous, M. Barré.
M. Barré (Alain) : Mme la
Présidente, Mme la ministre, Mmes, MM. les députés, j'aimerais tout
d'abord remercier tous ceux et celles qui
ont permis que je puisse m'adresser à vous à propos de la
Loi sur les normes du
travail, loi qui est au coeur de mes
enseignements depuis le 16 avril 1980, date de son entrée en vigueur.
Je tiens pour acquis que plusieurs
des intervenants vous présenteront des observations à propos du niveau des
normes contenues dans le projet de loi. Je m'abstiendrai donc de tout
commentaire sur cet aspect de la question.
Évidemment,
les normes que l'on retrouve dans ce projet créent un fardeau financier
additionnel à la charge des employeurs.
Je pars de la prémisse que tous les arbitrages économiques ont déjà été faits.
Ce sont des considérations d'une autre nature qui m'ont amené à rédiger
le mémoire à l'appui de ma présentation.
Donc, je
tiens à vous dire, d'entrée de jeu, que j'attache une importance toute
particulière à la question des agences de
placement. Et la raison est toute simple : à quoi peut bien servir une loi
comportant des normes plutôt généreuses si son contournement par le
biais du recours aux agences de placement demeure si facile d'accès?
À propos des
agences, cinq points seront abordés brièvement. Donc, le premier point concerne
la distinction entre l'employeur et
l'entreprise. Je passerai rapidement parce que l'entreprise n'est pas et n'a
jamais été un sujet de droit. C'est l'employeur
qui possède des droits, c'est l'employeur qui assume des obligations, et non
pas une entreprise. Donc, le terme «client» devrait donc remplacer le vocable
«entreprise cliente» partout dans le projet de loi.
Deuxième
point, le domaine d'application. Au-delà de la distinction entre le recrutement
et la location de personnel, nous
pensons que le point important réside dans la distinction entre la location à
titre temporaire et la location de personnel sans limitation de durée. Restreindre la réglementation à la seule
location à
titre temporaire aurait pour effet d'en limiter exagérément la portée. Donc, je comprends que le
projet de loi ne prend pas position, et ça sera éventuellement dans la
réglementation, mais j'annonce tout de suite les couleurs.
Troisièmement,
la question du véritable employeur. Donc, à la lecture du projet de loi, je
constate que le projet de loi n'a pas
pour effet d'écarter l'arrêt ville de Pointe-Claire de la Cour suprême en 1997.
Donc, le syndicat va continuer de jouir
de la faculté que lui réserve l'article 39 du Code du travail de
s'adresser au Tribunal administratif du travail pour établir que les salariés d'agence sont compris
dans son unité de négociation, dans l'unité de négociation pour laquelle
il est accrédité. En d'autres termes, le
syndicat cherchera à faire établir qui est l'employeur aux fins de
l'application du Code du travail,
l'agence ou le client, avec toutes les conséquences que cela peut avoir. Nous
sommes favorables à ce que cette faculté puisse continuer à être
exercée.
Quatrième
point, la question de la solidarité entre l'agence et le client. Donc, la
solidarité entre l'agence et le client nous semble aller de soi sur la
question des obligations pécuniaires. Et, quand on parle d'obligations
pécuniaires, je comprends bien la loi, cela
comprend le salaire au sens de l'article 41.2. Mais nous soulevons une
autre question, peut-être sans y répondre, la question du partage des
prérogatives patronales entre deux entités. Ce partage peut-il avoir une incidence négative sur l'application des lois du
travail? Et je donne un exemple à propos des règles concernant le congé férié.
L'article 95, alinéa deux, ne
règle peut-être pas la question. Et je suggère peut-être, le cas échéant,
d'ajouter un nouvel alinéa à cet article-là.
Cinquième
point, le contenu de la réglementation à venir. Le gouvernement, par voie
réglementaire, pourra imposer des
obligations au client. C'est l'article 92.7
qui nous le dit. D'accord. Mais cet
article ne prévoit pas que le
gouvernement puisse imposer des obligations
aux agences de placement, des obligations qui iraient au-delà de celles qui sont
imposées à tous les employeurs. Cela nous
semble difficile à justifier. Nous pensons qu'il devrait y avoir des obligations
minimales à faire respecter par les agences
de placement, et j'en donne, en illustration, au moins huit dans mon mémoire,
la plupart viennent de l'Ontario. Et il y a plusieurs questions, comme la question des frais qu'on va
demander au salarié pour son engagement, pour l'obtention d'une affectation, imposer des
restrictions ou demander des frais à un salarié pour l'établissement
d'une relation d'emploi avec le client de l'agence et toute la question du
maintien du statut de salarié d'agence entre
deux affectations. Donc, un salarié d'agence reçoit des affectations. Entre
deux affections, qu'en est-il? Bien, il faudrait que la loi précise qu'il
y a maintien du statut de salarié dans l'entretemps.
À propos de
la question de l'étalement conventionnel des heures de
travail, deux remarques préalables.
L'article 55, alinéa deux, de la loi, autorisant de remplacer le
paiement des heures supplémentaires par un congé constitue une norme, et je pèse bien mes mots, continuellement violée.
Le remplacement doit être fait à la demande du salarié, selon
l'article 55. En fait, il est
généralement imposé. La durée du congé doit être équivalente aux heures
supplémentaires effectuées, majorée de 50 %. La majoration n'est
pratiquement jamais attribuée, sauf peut-être en milieu conventionné.
Deuxième
remarque, et, dans mon mémoire, je l'explique, le fonctionnement du stratagème
des agences de location de personnel,
de placement de personnel à deux têtes pour ne pas avoir à contourner
l'exigence de l'article 55 de rétribuer les heures supplémentaires à taux majoré. Je pense qu'une
réglementation... la loi devrait faire en sorte que des mesures fassent obstacle à ce fonctionnement dit des
agences à deux têtes, et c'est un fonctionnement qui est bien connu chez
les avocats de la Commission des normes, de l'équité, de la santé et de la
sécurité du travail.
Et voilà que viendrait s'ajouter un étalement
conventionnel des heures de travail. Pour faire court, je dirais, le dispositif légal encadrant cet étalement nous
apparaît nettement insuffisant. Le projet de loi ne prend pas
suffisamment en compte l'inégalité économique entre l'employeur et le salarié.
Nous recommandons un renforcement significatif du dispositif légal envisagé, et j'en suggère un dans mon mémoire en huit
points... en six points, pardon. Et, à défaut, il serait peut-être souhaitable de renoncer à l'étalement
conventionnel des heures de travail. Et, si l'encadrement proposé dans
le projet de loi devait être maintenu, je fais une recommandation à
titre
subsidiaire, comme disent les avocats : que les dispositions relatives à l'étalement conventionnel soient rendues
inapplicables aux agences de placement. Pour faire une histoire courte, pour alléguer le droit, il faut
avoir les mains propres, et je ne crois pas que les agences de placement
aient, en cette matière-là, les mains propres.
Brièvement, deux normes nouvelles. La question
de l'indemnité de départ. Donc, on sait qu'au Québec, si un employeur respecte toutes les prescriptions de la
loi en matière de préavis de licenciement individuel et collectif, il
n'est pas tenu d'indemniser le salarié licencié. Les coûts de fermeture, au
Québec, sont relativement limités, sous réserve, bien entendu, des dispositions
d'une convention collective qui, parfois, va comporter une indemnité de départ.
La loi peut préciser là-dessus les exigences
quant à l'ouverture du droit en termes d'années de service continu. Donc, en
Ontario, c'est cinq ans; au fédéral, c'est
un an. Et la loi pourrait comporter un plafond. En Ontario, le plafond est
présentement fixé à 26 semaines.
Autre grande
question dans le monde du travail, c'est la possibilité pour l'arbitre de grief
d'appliquer un texte de loi, notamment
d'appliquer la
Loi sur les normes du travail. Il est entendu que la
loi sur les
normes, on se comprend, c'est la loi que
l'arbitre des griefs est le plus souvent appelé à appliquer, peut-être même
avant le Code du travail, sa loi constitutive. Donc, dans notre système de relations industrielles, l'arbitre est le
forum naturel de la convention collective. Et, depuis 2010, depuis un arrêt de la Cour suprême qui s'appelle Syndicat de la fonction publique du Québec,
il existe une confusion extraordinaire. Les règles sont d'une complexité inouïe. On ne
sait plus à quoi s'en tenir. Et je donne un très bon exemple récent dans la jurisprudence arbitrale, chez
Industries B&X, où un simple salarié réclamait tout simplement le paiement d'un préavis de
mise à pied pour plus de six mois. Donc, l'article 82 de la loi
sur les normes prévoit qu'un salarié a droit à un préavis s'il est mis à
pied pour plus de six mois. Lui, il réclame son préavis, et l'arbitre se
déclare incompétent pour appliquer la prescription
de l'article 82. Pourquoi?
Parce que la convention collective est parfaitement silencieuse. Ça, c'est le résultat direct de l'arrêt de 2010, et
l'arbitre se réfère explicitement à cet arrêt de la Cour suprême pour
justifier de se déclarer incompétent.
Donc, moi, ce
que je recommande tout simplement, c'est de revenir à l'encadrement législatif
que nous avons connu entre 2003 et
2010 parce qu'en 2003 la Cour suprême a décidé que les lois sur les droits de
la personne, les lois sur les droits de la personne ainsi que les autres
lois de l'emploi faisaient
partie du contenu implicite, étaient intégrées implicitement dans toutes les conventions
collectives. Et on appliquait ça au Québec pendant plusieurs années. Et je
tiens à remarquer que la
Loi sur les normes
du travail, l'article 81.20, si je me rappelle bien, concernant le harcèlement
psychologique, prévoit que les
dispositions de la
loi sur les normes en matière de harcèlement fassent
partie
intégrante de la convention collective,
et fait en sorte que l'arbitre devient le seul compétent pour appliquer les
règles du harcèlement psychologique dans un contexte conventionné.
Donc, ce que je recommande en
définitive, c'est qu'on revienne à cette période qu'on a connue entre 2003 et
2010 où la situation des justiciables était
beaucoup plus claire. C'est l'arbitre qui appliquait toutes les lois relatives
au domaine de l'emploi, y compris les
lois relatives aux droits de la personne. Parce qu'on sait bien qu'un très
grand nombre de conventions collectives vont interdire la discrimination
dans les mêmes termes que la charte. On arrive...
La Présidente
(Mme Richard) : Je vous... Excusez-moi, M. Barré, je
vous invite à conclure, parce que...
M. Barré
(Alain) : C'est pour ça qu'on est là. On a vu des sentences arbitrales
dire : Non, non, nous, arbitres, on n'est pas compétents pour appliquer les dispositions de la charte. Mais,
si les dispositions de la charte sont reproduites dans la convention collective, ah! là on redevient
compétents, on a l'expertise nécessaire pour le faire. Donc, ce que je
souhaite, c'est d'établir très clairement
que l'arbitre est compétent non seulement pour appliquer la
Loi sur les normes
du travail, mais l'ensemble des lois du travail. Merci.
La Présidente (Mme Richard) : Merci beaucoup, M. Barré, pour
votre exposé. Nous allons débuter les échanges. Et, Mme la ministre,
vous avez la parole.
Mme Vien :
Merci beaucoup, Mme la Présidente. Bonjour, M. Barré. Bienvenue à
l'Assemblée nationale. Je pense que vous êtes quelqu'un qui est très
habitué de vous présenter, de participer au débat public, et on...
Mme Vien :
Oui, c'est ça, et on vous en remercie grandement. On voit, c'est assez évident,
l'expertise qui est la vôtre. Vous
êtes vraiment sur des points très, très, très précis, même très techniques,
disons-le aussi, à certains égards. Je veux
juste vous rassurer à l'effet que les juristes qui nous accompagnent au
ministère vont se pencher très sérieusement sur les points que, bien
sûr, vous soulevez.
J'ai
bien senti que toute la question entourant les agences de placement et les
agences de recrutement, en particulier peut-être
les agences de placement, était quelque chose qui vous intéressait beaucoup.
Vous savez qu'actuellement au Québec
il n'y a pas grand encadrement sur ces agences-là, qu'ailleurs au pays d'autres
administrations ont déjà procédé avec
des permis. C'est le cas, notamment... c'est le cas du Manitoba, de la
Colombie-Britannique et de l'Alberta. L'Ontario a décidé de procéder de façon différente, c'est plus
par voie légale plutôt... législative, en fait, que réglementaire. Nous,
on a annoncé nos intentions d'exiger des deux types d'agences, c'est-à-dire de
placement et de recrutement, qu'elles aient dorénavant un permis qui leur soit
délivré par la commission des normes, de l'équité salariale et de la santé,
sécurité au travail pour pouvoir opérer dans des marchés qui peuvent être
obscurs à certains égards.
Lorsque
nous ferons l'étude
article par
article de ce projet de loi là, comme j'en ai
l'habitude depuis que je suis passée aux Services sociaux, ce sera de
déposer mes orientations réglementaires. Donc, on est en train de travailler là-dessus. Seriez-vous disposé à peut-être, à
chaud, là, mais à nous livrer vos commentaires, peut-être vos demandes,
sur ce que devrait contenir un permis qu'on exigerait... qu'on exigera, en
fait, aux agences?
La Présidente
(Mme Richard) : M. Barré.
M. Barré
(Alain) : Bien, ce qui m'intéressait au plus haut point, moi, c'était
la réglementation directe des relations juridiques entre l'agence et son client et l'agence et le salarié. C'est
ça qui est névralgique. Et je vois que, dans le projet de loi, on ne
prévoit pas imposer des obligations à l'agence. Et là je me suis posé la
question. Il y a un texte qui dit spécifiquement :
On va imposer des obligations aux clients, mais est-ce qu'on peut ignorer
l'agence là-dedans? Moi, je pense qu'on est au coeur du problème, là. Et
j'énumère...
Mme Vien :
En fait, M. Barré...
M. Barré
(Alain) : ...six ou huit points, dans mon mémoire, de matières, et
plusieurs d'entre elles concernent la relation juridique entre le
salarié, une personne généralement vulnérable, et l'agence.
Mme Vien :
Est-ce que vous pourriez nous faire part justement de ces obligations qui
devraient exister? Vous êtes un grand spécialiste, là.
M. Barré
(Alain) : Bien, moi, je me suis fié beaucoup à l'exemple de l'Ontario,
puisque j'ai trouvé que le texte de l'Ontario
était bien structuré à cet égard. Toute la question entourant la possibilité
pour le salarié de se faire embaucher par le client, parce que moi, j'en connais, des employeurs qui font appel à
des employés d'agences, là. Tout d'un coup, un bon jour, ils en
reçoivent un, il est extraordinaire. Qu'est-ce qu'on fait? On cherche à
l'embaucher.
Aujourd'hui,
les agences sont de plus en plus restrictives quant à la possibilité pour le
client d'embaucher et quant au salarié de se faire embaucher par le
client de l'agence.
Mme Vien :
Qu'est-ce que vous voulez dire, au juste? C'est que l'agence va se mettre entre
le client et l'employé pour ne pas qu'il soit engagé? Est-ce que c'est
ça que je dois comprendre?
M. Barré
(Alain) : Oui. Ils font littéralement obstacle. Ils lui interdisent.
Il y a des clauses de convention collective. Certaines ont été déclarées abusives par les tribunaux sur la base des
règles du Code civil, heureusement, mais là ce n'est pas une solution, ça. On ne peut pas demander aux
employés de l'agence d'attaquer en justice le caractère abusif des
clauses qui se retrouvent dans leur contrat.
Et il y en a beaucoup en matière d'agence, notamment des clauses qui visent à
empêcher un salarié d'aller travailler ailleurs,
alors que l'agence ne lui donne aucune garantie d'heures. On peut être des
semaines et des mois sans travailler,
mais on t'empêche quand même d'aller travailler ailleurs. Il y a des clauses
comme ça qui ont été déclarées abusives.
Mme Vien :
Et vous, ce que vous me dites aujourd'hui : Voilà un exemple de ce que
nous, on devrait venir réguler à l'intérieur du projet de loi.
M. Barré (Alain) : Oui,
absolument, absolument, absolument.
Mme Vien : Pour moi, ça
va aller, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme Richard) :
Merci, Mme la ministre. Nous allons maintenant du côté de l'opposition
officielle. M. le député de Beauharnois, vous avez la parole.
M. Leclair : Merci, Mme la Présidente. Merci beaucoup d'être
là. Très intéressant. Merci pour votre mémoire. On va porter une
attention très particulière, bien entendu.
J'aime bien
vous entendre parler justement de ces clauses-là, là, qu'on voudrait... on va
laisser faire les agences, parce que
je prends dans son ensemble la vue globale. On dit qu'avec le projet de
loi sur
les normes on voudrait tenter de diminuer
ou de terminer les clauses de disparité de traitement, O.K.? Ça fait que je
pars de cette prémisse-là, puis je reviens à vos agences dont vous
parlez.
Est-ce que
vous trouvez sain et normal qu'une personne, à l'intérieur d'une entreprise, vu
qu'elle a passé par une agence, se retrouve justement attachée à avoir
des clauses de disparité face aux mêmes travailleurs à l'intérieur d'une
entreprise?
M. Barré
(Alain) : Bien, je crois que, dans le projet de loi, il y a un
article
intéressant qui fait en sorte... qui assure à tout le moins, au regard du salaire, que l'employé de l'agence recevra
un salaire équivalent à ceux des travailleurs qui oeuvrent déjà dans le milieu dans lequel il
s'intègre. Ça, il n'y a pas de problème avec ça. Par contre, je le suggère
dans mon mémoire, ça va peut-être amener
certains employeurs à remettre en question, à revoir leur modèle d'affaires
parce que c'est moi qui paie la note
en bout de ligne. Donc, non seulement l'agence doit lui verser le même salaire,
mais il y a des frais d'agence qui
s'ajoutent à ça. Donc, dans les emplois où les travailleurs sont plus
qualifiés, où, finalement, la contrepartie de la prestation de travail est essentiellement le salaire, quel va être
l'intérêt pour les employeurs de
recourir aux services d'agences? Ça,
je prévois qu'il y a peut-être... le chiffre d'affaires de certaines agences
risque possiblement de diminuer.
Je comprends
qu'il y a des agences qui oeuvrent dans des créneaux
spécialisés, dans le secteur de la
santé et des services sociaux, où il
y a des besoins criants de main-d'oeuvre. Ce n'est pas elles qui vont être
affectées. Mais celles où on offre des emplois généralement avec des
qualifications professionnelles relativement limitées, où les avantages se limitent au salaire, bien, moi, si j'étais
employeur, je réviserais peut-être l'utilité de recourir à une agence de
placement.
M. Leclair : Effectivement, puis, comme vous dites... je vous rejoins
jusqu'à... le côté d'un travail très spécialisé. Si on a le même salaire en bout de piste, l'agence va
prendre ses sommes où? Alors, il va falloir que ça soit l'employeur qui soit prêt à défrayer un surcoût parce qu'il
dit : Mais moi, je ne suis pas capable d'en recruter, puis, je ne sais pas
pourquoi cette agence-là est plus sexy que
moi, mais elle, elle en a une, banque de travailleurs. Donc, je vais la
prendre, puis mon côté coûts, comme
administrateur, je le sais, qu'il va être surélevé. Ça sera le prix à perdre ou
le prix à payer pour avoir des employés.
M. Barré
(Alain) : Oui. Bien, j'ajouterais peut-être à cela que peut-être que
l'employeur va dire : Bon, je vais continuer de recourir aux agences, mais uniquement dans les situations
d'urgence, quand j'aurai des besoins ponctuels. Là, ça fait du sens de
recourir à un autre bassin auquel on n'a, en principe, pas accès.
M. Leclair : Effectivement.
Je vous
apporte... Vous avez parlé, tantôt, du remplacement des heures travaillées
versus des vacances ou versus du temps des journées de congé. J'aimerais
vous entendre un peu plus en profondeur là-dessus.
M. Barré
(Alain) : Bien, moi, je dis... bon, ça fait 35 ans que j'enseigne
cette loi-là, un peu plus, et, à chaque année, je donne mon cours, et il y a des étudiants qui viennent me voir après
le cours pour me dire quoi? Ah! ils disent : Mon employeur ne respecte pas ça. Mon employeur ne
respecte pas ça. Et l'article 55, deuxième alinéa, la banque
d'heures supplémentaires, là, on l'appelle comme ça, communément, mais ce n'est
pas écrit comme ça dans la loi, c'est une disposition qui n'est pas du tout, du
tout, du tout respectée.
Allez dans le petit
commerce, là, sur la rue Cartier, sur la Grande Allée, sur la rue Crescent, à
Montréal, il n'y a personne... La banque est
imposée, alors que ce doit être à la demande du salarié. Et, quand tu mets des
heures dans la banque, et c'est même écrit dans un document que j'ai
consulté pas plus tard qu'hier, publié par la commission des normes, quand tu fais sept heures de temps
supplémentaire, tu mets combien dans la banque? 10 h 30. Ça, ce n'est
jamais respecté.
Moi,
mes étudiants qui arrivent au mois de septembre à l'université,
ils ont travaillé sur la Grande Allée pendant tout l'été, sept jours par
semaine, 60, 70 heures, 80 heures. On les paie 40 heures pendant
l'été et ils retournent à l'université.
Ils vont travailler peut-être 10, 12 heures les fins de semaine et ils continuent de recevoir une paie de 40 heures pendant un certain nombre de semaines pour
compenser les heures supplémentaires effectuées pendant l'été. Mais tous
les employeurs en question
sur la Grande Allée, tous, sans exception, à mon humble avis, si tu fais
20 heures, 30 heures de temps
supplémentaire dans une semaine, bien, ils vont mettre 20 ou 30 heures
dans la banque, ils ne mettront pas 20 ou 30 heures majorées de
50 %. Il y a beaucoup d'argent que perdent des salariés, là.
M. Leclair : Puis, dites-moi donc, quel est le problème à sa face même? C'est
que les normes du travail
n'ont pas assez d'inspecteurs pour aller vérifier ou pas assez de plaintes?
M. Barré
(Alain) : Je pense que la commission, ils font du bon travail, mais
ils n'ont pas suffisamment de personnel pour
aller faire des enquêtes. Moi, je dénonce ça à qui veut l'entendre depuis
des années et des années. Mais moi, si
j'étais à la commission des normes, là, j'irais faire... dans le petit
commerce sur la Grande Allée, dans les bars, partout, partout, j'irais faire une inspection
systématique. Mais je ne crois pas qu'on attend des plaintes à la commission,
hein? On n'a peut-être pas les moyens, les ressources humaines nécessaires pour
entreprendre des enquêtes systématiques.
M. Leclair : Je serais curieux de savoir si, premièrement, il y a
des plaintes, parce que, lorsqu'on est un employé saisonnier, je ne suis pas convaincu qu'il y a
une multitude de plaintes qui rentrent aux normes du travail pour
dire : Moi, je dénonce mon employeur. Je devrais avoir une banque
de 20 heures, alors que j'en ai juste 10.
M. Barré
(Alain) : Bien, il faut être
réaliste, là, lorsqu'on est dans le secteur non syndiqué, là, tu ne portes
pas plainte contre ton employeur, hein?
M. Barré
(Alain) : Les choses étant ce qu'elles sont, là, tu ne portes pas
plainte. Lorsqu'il y a rupture du lien d'emploi,
et ça m'arrive souvent de conseiller des individus au moment de la rupture du
lien d'emploi, bien là. tu profites du délai
de prescription d'un an dans la
Loi sur les normes du travail et tu
réclames. Mais, encore là, il faut avoir conservé ses talons de paie puis
être bien au courant, là, des heures qu'on a effectuées à chaque semaine pour
pouvoir faire une réclamation. Et la commission
est très exigeante lorsque vient le temps de déposer... lorsqu'on fait une
plainte de 102, une plainte
pécuniaire au sens de l'article 102. Ça prend une preuve bétonnée pour être
en mesure de démontrer les heures qui ont été effectivement travaillées.
M. Leclair : Bien, merci. Il reste peu de temps, mais je veux vous apporter sur le
droit à l'arbitre. Vous dites : De 2003 à 2010, l'arbitre avait plus sa place. En 2010, qu'est-ce qui est
arrivé pour que, depuis 2010, on dit que l'arbitre, là, dans plusieurs des cas, se retire et se dit que les normes du
travail, bien, si elles ne sont pas inscrites dans les conventions
collectives telles quelles ou implicites, il ne peut pas prendre action?
M. Barré
(Alain) : Donc, en 2003, la
Cour suprême décide que les lois sur les droits de la personne et les
autres lois relatives à l'emploi, comme la
Loi sur les normes de l'emploi on Ontario ou la
Loi sur les normes du travail
au Québec, faisaient partie, eux
autres... s'incorporaient, disent s'incorporer implicitement dans chacune des conventions collectives, on va dire intégrer implicitement dans chacune des conventions collectives, donc de telle sorte qu'un salarié pouvait
faire un grief sur une matière qui ne
faisait pas
partie de ce qu'on appelle communément le contenu explicite de la
convention collective, mais faire un grief sur un objet qui est prévu
dans la
Loi sur les normes du travail. Et, remarquez, si le projet de
loi n° 176 entre en vigueur, le jour où il va entrer en
vigueur, là, il y a beaucoup de conventions collectives qui ne prévoiront pas
les droits qui sont reconnus maintenant dans le projet de loi n° 176.
Donc,
si j'applique la logique de cet arrêt de 2010, qui a dit : La règle de
Parry Sound, c'est valable peut-être
en Ontario, mais ça ne s'applique pas au Québec, puisque la technique de rédaction législative au Québec n'est pas la même, donc on ne peut pas parler d'intégration implicite
de l'ensemble des lois du travail dans chacune des conventions collectives. Et, dans l'exemple que j'ai donné,
c'est tout de même un exemple récent d'un arbitre très respecté dans le milieu d'arbitrage au Québec, M. Hamelin,
l'arbitre en question s'est déclaré incompétent sur la base du jugement de
2010 où on a écarté la règle de
l'intégration explicite au profit de la règle de la hiérarchie des droits. Ça,
ça veut dire que, si la convention
collective comporte une règle inférieure à ce qui est dans la
Loi sur les
normes du travail, pas de problème, elle va être remplacée par la règle qui est dans la
Loi sur les normes du
travail. Mais, si la convention collective ne comporte aucune règle, comme dans le cas de l'arbitre
Hamelin, là, l'arbitre est incompétent. Je trouve ça totalement
incohérent comme solution, hein?
M. Leclair : Donc, on devrait prévoir dans les premiers
articles, dans les normes du travail et partout, que c'est implicite
puis ça s'applique partout.
M. Barré
(Alain) : Oui, il faudrait
le prévoir, comme dans l'article 99 dans la loi de l'Ontario, dire que la Loi
sur les normes du travail, c'est une
loi qui fait
partie du contenu de la convention
collective, comme vous le dites à l'article 81.20, là, en matière de
harcèlement psychologique, là. C'est dit noir sur blanc. Si c'est vrai pour le
harcèlement, si c'est possible pour le
harcèlement, moi, je pense que ça pourrait être possible pour tous les autres
avantages prévus à la
Loi sur les
normes du travail, et la même chose pour les lois relatives aux droits de la
personne. Les droits de la personne, là, on ne peut pas...
La Présidente (Mme Richard) :
Merci beaucoup, M. Barré.
M. Leclair : Merci,
M. Barré.
Présidente (Mme Richard) :
C'est tout le temps que disposait l'opposition officielle. Nous allons
maintenant vers le deuxième groupe d'opposition. M. le député de
Chutes-de-la-Chaudière, vous avez la parole.
M. Picard : Merci,
Mme la Présidente. M. Barré, quelques
questions en rafale, là. Dans le mémoire, à la page 17...
M. Barré (Alain) : Quelle page?
M. Picard : ...17, je voudrais savoir si le statu quo avec l'article 53
de la
Loi sur les normes est soutenable. Parce que, là, on le modifie,
mais est-ce qu'il est problématique actuellement, l'article 53?
M. Barré (Alain) : Oui, 53 sur
l'étalement?
M. Picard : Oui, exact,
sur l'étalement.
M. Barré
(Alain) : Donc, moi, ce que
j'ai toujours reproché à la commission des normes, c'est de
faire preuve... d'avoir une approche
restrictive lorsqu'elle donne des autorisations, hein? La commission
des normes, en lieu et place de ce qu'on
appelle l'étalement conventionnel, là, la commission des normes pourrait
faire preuve d'un peu plus d'ouverture, un peu plus de flexibilité, davantage prendre en compte les besoins de l'entreprise pour autoriser, oui ou non, l'étalement des heures de travail. Et, lorsque la commission
ferait cela, bien, elle exercerait un certain contrôle, alors que, dans le
projet de loi, il n'y a plus de contrôle,
le salarié et l'employeur s'entendent, point à la ligne, c'est ça, alors que la
commission, elle, exercerait un
certain contrôle. Mais la commission a plutôt une attitude très restrictive
lorsque vient le temps d'appliquer l'article 53.
M. Picard :
O.K. Puis même, aussi, je vous entendais tantôt dire que, bien, la commission
n'est pas proactive auprès des
employeurs parce qu'ils y vont sur plainte. Mais moi, je suis un ancien du
ministère du Revenu, là, puis on s'invite
chez les entreprises. Donc, la commission aussi pourrait s'inviter pour aller
valider certaines choses à partir des feuilles de temps parce qu'on
entend toutes sortes de...
M. Barré (Alain) : Oui, elle
peut le faire, mais elle n'a pas les ressources de le faire.
M. Barré (Alain) : Elle peut le
faire, mais elle n'a pas les ressources pour le faire, je pense.
M. Picard : Bien, ça, de
ne pas avoir les ressources, c'est un choix que les gens font aussi.
M. Barré (Alain) : Oui, oui.
M. Picard : O.K. Si je retourne à votre mémoire, à la page 13
lorsqu'on parle de l'applicabilité de la loi et de
la solidarité entre l'agence de placement et
le client, à qui le salarié va réclamer, s'il y a une réclamation à
faire avec cette disposition-là?
M. Barré
(Alain) : En principe, quand
vous dites que les débiteurs sont solidaires, tu peux réclamer soit à
l'un soit à l'autre. Et les relations
contractuelles entre l'un et l'autre n'ont aucune incidence. Le salarié choisit
son débiteur. Il peut choisir le
client, il peut choisir l'agence. Il choisit son débiteur, et le débiteur paie.
Et lui, il peut se retourner, on dit répéter, contre l'autre débiteur
solidaire.
M. Picard : Merci. À la page 13 de votre mémoire,
j'aimerais savoir, pensez-vous qu'il va y avoir beaucoup plus de recours à l'article 39 du Code du travail
pour syndiquer des travailleurs d'agence avec l'entrée en vigueur du taux de
salaire égal?
M. Barré
(Alain) : Oui, bien, c'est
ce que je suggère, c'est une hypothèse que je soulève, là, mais ça ne serait pas
surprenant. Il peut y avoir deux conséquences. La première, c'est qu'il y a
moins d'employeurs qui vont recourir aux services
d'une agence, et peut-être que davantage de syndicats vont choisir
d'exercer la faculté de l'article 39, dire : Bon, on est obligés de leur payer le même salaire
quand, effectivement, l'essentiel de la contrepartie de la prestation
de travail fournie
par le salarié, c'est le salaire. Bien là, je pense que le syndicat
va exercer la faculté que lui réserve l'article 39, en tout temps, de s'adresser... pour faire déclarer
que ces salariés-là font
partie de son unité de négociation. Et, sur la
base des critères de l'affaire ville de Pointe-Claire, le résultat est assez
probant.
M. Picard : Merci. Je vais profiter de votre présence ici.
Puis je sais qu'il y a beaucoup de vos étudiants qui sont ici, dans la salle, mais, concernant l'article 124
de la
loi sur les normes, qui prévoit que la personne, avant de pouvoir
exercer un recours en cas de congédiement,
elle doit avoir fait deux ans de service continu, est-ce que
vous croyez qu'on devrait profiter du
rafraîchissement de la loi pour peut-être diminuer? Parce que deux ans, c'est long
avant que quelqu'un puisse
avoir un droit s'il y a un congédiement. Ce n'est pas dans le projet de loi,
mais j'en profite, vous êtes là.
M. Barré
(Alain) : Oui, bien, on
l'avait déjà recommandé. Le rapport Bernier l'avait
recommandé, de ramener à un an, il y a plusieurs
années, et ça n'a pas été fait. Donc, il faut comprendre que celui qui n'a pas
deux ans de service continu, il n'a
pas accès à la plainte de 124, mais il a accès à d'autres recours aussi. Si son
congédiement est illégal, il peut faire une plainte de 123. Il y a aussi
les recours en vertu des règles du droit civil.
Mais moi, je pense que le principal problème dans l'application de la
Loi sur les normes du
travail, ce n'est pas le point que
vous soulevez, c'est le fait que la loi, à bien des égards, n'est pas
appliquée, n'est pas respectée. Je le disais en matière d'heures supplémentaires, on pourrait le constater aussi en
matière de partage des pourboires. Les pauses repas aussi, c'est continuellement violé. Dans le domaine
de la restauration, tu prends ton repas sur les lieux de travail, l'employeur dit : Il n'y aura pas de client,
il n'y aurait pas de client, mais, si un client se présente, il faut que tu
ailles le servir. C'est continuellement violé.
Donc, moi, je
pense qu'il faut s'attacher davantage à assurer le respect des dispositions,
des règles qui sont déjà dans la
Loi sur les normes du travail. Puis il
y en a plusieurs qu'on devrait se charger.
M. Picard :
Donc, je comprends qu'il y aurait minimalement un travail de promotion de la
loi auprès des employés, souvent vous
donnez l'exemple des étudiants qui connaissent plus ou moins les normes, puis
sensibiliser les employeurs au fait
que ça se pourrait qu'il arrive des gens des normes qui viennent valider, dans
les livres, là, pour voir si les gens ont des pauses repas ou non. Je
pense...
M. Barré (Alain) : Oui, il
faudrait que ça se fasse d'une manière systématique.
M. Picard :
Systématique, exact.
M. Barré
(Alain) : Si ça se faisait d'une manière systématique, et si le
registre que doit tenir l'employeur était tenu de manière systématique... Et une des choses qu'on pourrait faire, c'est
peut-être faire jouer peut-être le renversement du fardeau de la preuve dans certains cas.
L'employeur ne respecte pas le registre qu'il doit tenir? On inverse le
fardeau. C'est à lui à prouver que le
salarié n'a pas fait les heures qu'il réclame. Ça, c'est une chose qui pourrait
être faite pour faciliter l'application de la loi.
M. Picard : Vous avez
abordé le partage des pourboires. C'est quoi, votre vision là-dessus?
La Présidente (Mme Richard) :
Merci beaucoup, M. le député de Chutes-de-la-Chaudière.
M. Picard : On va
l'avoir en privé.
La Présidente (Mme Richard) :
Merci également à vous, M. Barré, pour votre exposé.
Et je vais suspendre la commission quelques
instants afin de permettre au prochain groupe de prendre place.
(Suspension de la séance à 10 h 50)
Présidente (Mme Richard) : Donc, la commission reprend ses travaux. Nous recevons maintenant
l'Association des proches
aidants de la Capitale-Nationale. Bonjour, Mme Girard, M. Blouin. Bienvenue à l'Assemblée nationale. Je pense que c'est M. Blouin qui va
commencer.
Mme Girard
(Suzanne) : Alors, moi,
c'est Suzanne Girard. M. Yves Blouin, qui est administrateur à notre
conseil d'administration.
Alors, Mme la ministre, M. Milette, les membres du gouvernement, alors, nous vous
remercions sincèrement de votre invitation qui permet à l'Association des proches aidants... parce
que nous sommes là parce que,
pour une fois dans l'histoire du Québec,
nous allons parler du statut du proche
aidant. Nous vous remercions de
pouvoir participer à cette étape de
vos travaux dans le cadre des normes... de cette loi. Nous vous signifions
notre reconnaissance pour cette avancée. On le souligne à l'association parce que
le proche aidant, c'est un personnage invisible, et il commence à
être... il sera vu de plus en plus grâce à vous.
Alors, c'est
une ouverture importante que le législateur apporte aux proches aidants, qui sont en majorité, à 70 %, sur le marché du travail, parce que les proches aidants qui sont... au
niveau des normes du travail, ce sont les 45-60 ans ou 56 ans. Alors, la majorité sont sur le marché
du travail. Et, comme introduction, je dirais que c'est grâce aux proches
aidants qu'on peut appliquer bénévolement la politique du vivre chez soi de
2003 à 2005.
Alors, nous,
nous avons choisi... Je vais déposer aussi un papier parce que nous allons
remplacer... Nous avons sept
recommandations. Nous sommes extrêmement heureux du nouveau statut du proche
aidant, mais nous voulons quand même
profiter de ce moment pour apporter quand même des recommandations à cette
personne qu'est le proche aidant. Alors, c'est la question 7, c'est
la recommandation 7 qui sera remplacée.
Nous, nos sept recommandations sont sous le
vocable des conditions souples appliquées au travail. Alors, la première, c'est actualiser... Il nous faut
absolument revoir... nous demandons
que soit revue la définition du rôle du proche aidant. Vous savez, elle a été publiée en 2003, là, mais on peut dire
que ça fait au moins 20 ans, et la société par rapport à ce groupe de
travailleurs bénévoles a énormément évolué, et je pense que ce serait
important qu'il y ait un comité, en tout cas, au niveau gouvernemental, qui se penche
sur cette question-là pour qu'on puisse traduire, dans cette nouvelle
définition, le nouveau statut du proche
aidant. Alors, actuellement, on le sait, c'est tellement vague que ça dit
tout et des fois rien aussi. On peut faire à peu près n'importe quoi
avec ça.
La deuxième
recommandation, c'est de simplifier le processus de confirmation du statut du
proche aidant — je
résume parce que vous avez tous reçu
le document — afin
de rendre ces démarches accessibles parce
que, j'ai l'expérience, c'est notre association qui vivons sur le terrain
avec les proches aidants, et on sait que, quand un proche aidant a
besoin d'accompagner un malade, ce n'est pas
le temps de commencer à courir un médecin quelque part et peut-être
de le trouver dans six mois.
Alors, nous
recommandons que ce statut... ce formulaire puisse être signé, tout comme des
fois on va dans une banque, ou un
juge de paix, ou un professionnel de la santé, ça peut être un médecin, ça peut
être un psychologue, ça peut être une
infirmière, ça peut être un travailleur social, le pharmacien, de manière
toujours qu'il y ait des conditions souples pour ce travailleur
qui s'épuise à la tâche, je le rappelle.
La troisième
recommandation, nous demandons qu'il
y ait des horaires flexibles et
fractionnables. C'est toujours avec
l'entente de l'employeur, bien sûr. Alors, en termes d'option d'horaires variables
et flexibles, que ce soit pour le début des heures, souvent le proche
aidant est incapable d'entrer à huit heures le matin, qu'il y ait une entente
pour pouvoir déplacer son heure d'entrée et
de sortir plus tard ou d'allonger ses heures certaines journées de la semaine, parce que ça se voit même dans le monde
actuel des travailleurs sans être proche aidant.
Aussi,
j'insiste beaucoup sur les jours de congé fractionnables. Nous, on
reçoit les plaintes, nous, chez nous. Un proche aidant, qu'il ne soit
pas obligé de prendre une journée entière s'il a besoin seulement de quelques
heures dans l'avant-midi ou dans l'après-midi
pour économiser ce temps-là. C'est rentable pour l'organisme,
d'ailleurs, pour l'employeur pour qui il travaille.
La quatrième,
c'est de permettre un lieu de travail flexible. Il peut y avoir aussi... parce qu'on sait qu'un proche aidant, ça ne dure pas 50 ans, là. Si c'est
en fin de vie, ça peut durer quelques mois, ça peut durer quelques années,
mais qu'il y ait une possibilité peut-être
de télétravail, qu'il puisse ajuster son horaire, son lieu de travail. Et aussi
on peut très bien être branché, être organisé sur le plan informatique
pour travailler avec le bureau constamment.
Le cinquième,
ça, je ne vous apprends rien à ce niveau, c'est le droit au refus de faire des
heures supplémentaires. On en a
énormément entendu parler par les infirmières. Alors, je vous jure que le
proche aidant, quand il a une personne seule qui est très malade... On
le voit beaucoup chez les personnes qui commencent à faire des pertes
cognitives. Par moment, ils vont les laisser
seules, mais ils sont en urgence de repartir, et il faut qu'il y ait, à ce
moment-là... que le proche aidant ne
soit pas obligé, dans son milieu de travail, aussi par crainte de perdre son
emploi s'il le refuse... qu'il y ait des ententes à ce niveau-là.
Et le
point 6, c'est... on sait que... Je commence par la conclusion, presque,
du point 6. Le proche aidant dans la province de Québec, c'est quelqu'un qui s'appauvrit, c'est quelqu'un qui
postule peu parce qu'il ne peut pas postuler à des postes. Il a une charge, surtout ceux qui
travaillent, ils ont les parents, ils ont les enfants, ils ont une carrière.
Alors, il faut qu'ils... ils en ont
plein les bras, il faut qu'ils abandonnent une vision de l'avenir qui est
souvent de postuler à des postes. Et aussi,
pendant qu'ils sont en congé, très souvent, il y a des affichages de postes, et
ils ne sont pas avisés obligatoirement de ça. Et nous, on recommande vraiment que la personne, si elle prend des
congés et s'il y a des postes affichés, que le proche aidant, s'il le désire, puisse postuler à ces
postes parce que, souvent, ça les conduit vers l'appauvrissement, puis la
vision d'avenir est plutôt sombre parce qu'ils ne peuvent pas avoir
d'avancement dans leur carrière.
Alors, la
question 7, je dois le dire parce que nous avons eu la chance... jeudi,
M. Pierre Milette a rencontré... Moi, je fais
partie de l'Association des proches aidants, une table régionale,
et M. Milette, avec d'autres personnes du cabinet de la ministre Mme Charbonneau, sont venus nous
parler des normes du travail. Moi, j'avais demandé beaucoup, qu'il y ait
harmonisation avec le fédéral concernant les
congés de compassion et les prestations. Moi, j'avais participé à des
travaux au niveau du fédéral concernant les
conditions souples et je trouve que vous êtes allés — je suis vraiment très fière de vous,
je dois le dire, là — à une vitesse, je n'en reviens pas... en peu
de temps, lors de l'élection de M. Trudeau et aujourd'hui, ce n'est quand même pas si long dans le temps. Et,
qu'il y ait harmonisation du Québec avec le fédéral pour les congés de compassion... vous savez tous qu'est-ce que c'est,
j'imagine, ou je répondrai à des questions tout à l'heure. Donc, comme
c'est réglé, ça me donne... je trouvais qu'il y avait trop de recommandations,
je ne voulais pas en mettre huit, mais là je la remplace.
Je vais commencer par vous dire que le
proche aidant, c'est sûr qu'il s'appauvrit souvent, là. Moi, je l'ai été
12 ans, là, je parle en connaissance de
cause. Il commence par installer tout le matériel dans sa maison. Souvent, il
va payer le matériel médical, tu n'as
pas accès à tout, parce que tu es proche aidant, là... et un coût
incontournable pour le proche aidant, qui
est le stationnement. Vous savez comme moi qu'une personne malade doit passer
des examens dans les centres hospitaliers,
en clinique de la mémoire pour les personnes qui ont des pertes cognitives, et
nous, nous, on demande, mais vraiment...
Je sais qu'on s'en parle beaucoup dans la province actuellement, mais, par
rapport aux proches aidants, dès qu'une
personne malade a besoin d'accompagnement, elle devrait recevoir un papier de
son médecin soignant — alors, elle ne peut
pas aller à l'hôpital seule, elle ne peut pas aller à aucun examen seule — pour
permettre au proche aidant qui l'accompagne
de couvrir les frais du stationnement. Vous savez les coûts. Par année, c'est
en termes de centaines de... c'est en centaines de dollars que cela se
comptabilise.
faut vraiment... C'est beau, d'avoir le statut du proche aidant. Ça, là-dessus,
c'est une avancée incroyable, mais il faut
aussi y faire attention parce qu'on économise des millions et des milliards
à la société. Ça sera toujours comme ça, les proches auront toujours
soin de leurs proches, mais il faut quand même aider les proches aidants à ce
niveau.
Je laisserais la
parole à M. Yves Blouin, qui a été mon directeur au cégep
François-Xavier-Garneau, qui est administrateur à notre association maintenant...
de nous parler de la conclusion.
La Présidente (Mme Richard) : Parfait. Merci, Mme Girard.
M. Blouin, je vais vous donner le temps de continuer pour l'exposé.
Je veux juste vous dire que c'est du temps emprunté au niveau du gouvernement.
Allez-y, M. Blouin.
M. Blouin
(Yves) : Je vous remercie à mon tour de nous recevoir.
Jusqu'ici,
on a insisté, notre mémoire le dit, sur le fait que la reconnaissance du statut
du proche aidant constitue une avancée
significative, un pas important dont il ne faut pas souligner l'importance, et
cependant, vous l'avez entendu, il faut aussi se préoccuper des modalités pratiques pour que tout cela ait une
portée pratique réelle dans la vie de tous les jours. On va reprendre une expression connue : La
reconnaissance est une condition nécessaire, mais non suffisante. Profitons
de cette avancée pour préciser des modalités qui permettront d'en tirer
pleinement profit.
Pour
ma part, je consacrerai les deux, trois minutes qui nous restent à vous faire
part d'une vision d'avenir pour le Québec
social où le proche aidant est appelé à jouer un rôle charnière. Je résume
brièvement notre position et je la définirai, l'expliciterai brièvement
par la suite.
Notre
position est la suivante. La pleine utilisation des ressources des proches
aidants est cruciale à la fois au
plan humain, au plan de la cohésion sociale
et au plan économique. En bref, il y a ici une convergence
complète entre l'intérêt des personnes, celui de la société et celui des
finances publiques.
m'explique. La politique de 2005, Vivre chez soi, le meilleur choix, l'a
établi clairement, et toutes les recherches le démontrent depuis, les gens veulent vivre et
possiblement mourir à la maison. 96 %
des gens nous disent que c'est leur choix. Oui, au CHSLD, mais lorsque
nécessaire, si nécessaire, et le plus tard possible.
Donc,
au plan humain, aucun doute n'est permis. Il faut voir les déchirements que
représente une personne qui quitte
son milieu, pour elle-même mais aussi pour les proches, pour comprendre jusqu'à
quel point cela est important. Mais qui
dit maintien à domicile des gens dit aussi obligation de services de maintien à
domicile. Et ces services, vous le savez, sont largement défrayés par l'État. Ces services coûtent cher, mais, on
le sait, moins cher encore que le quotidien dans un CHSLD. Le maintien à
domicile est donc avantageux aussi au plan économique, au plan humain, mais
aussi au plan économique.
Mais
aucun État, vous le savez, ne pourrait et même ne devrait offrir le service ou
la présence parfois nécessaire de 24 heures
sur 24 pour un grand nombre de personnes en incapacité. Seuls des proches
concernés peuvent le faire. Il faut cependant
offrir un soutien à ces proches aidants au risque de les voir eux-mêmes sombrer
dans la maladie et dans l'incapacité, ce que nous constatons souvent et
ce que nos études démontrent.
y a bien sûr des coûts à ce soutien, mais ne perdons jamais de vue que ces
coûts sont largement compensés par les
limites qu'ils permettent à ceux des services de soutien à domicile et aux
économies reliées aussi à l'utilisation moindre des CHSLD.
Intérêt
économique converge ici avec l'intérêt humain, mais il y a plus encore, et je
termine là-dessus. Au plan de la cohésion
sociale, nous estimons qu'il y a des avantages à ce que les gens soient
encouragés à aider d'autres personnes en incapacité et soutenus raisonnablement pour le faire. Il s'agit d'un
formidable instrument de cohésion sociale. Une société où l'entraide est pratiquée à grande échelle, où
les valeurs de solidarité et de compassion animent les citoyens, est une
société plus forte, plus riche socialement et culturellement.
Voilà
l'essentiel de ce qu'on voulait vous dire. Soutenir concrètement le proche
aidant répond à la fois à des intérêts humains et économiques tout en
étant un vecteur de cohésion sociale fantastique. Merci de nous avoir écoutés.
La Présidente
(Mme Richard) : Merci beaucoup, M. Blouin. Nous
allons débuter les échanges. Et, Mme la ministre, la parole est à vous.
Mme Vien :
Merci beaucoup, Mme la Présidente. Bonjour à vous deux. Merci d'être là
aujourd'hui. On est bien contents,
d'autant plus que le cabinet chez nous, le ministère ont eu à quelques reprises
des échanges fondamentaux, je dirais,
qui nous ont guidés, là, dans la rédaction de ce projet de loi qui vient
modifier la
loi sur les normes et en particulier, bien entendu, sur cette inspiration que vous avez
eue pour nous, quand est venu le temps, justement, de reconnaître les
proches aidants. Et je tenais publiquement à vous en remercier.
Il y a deux
choses, là, sur lesquelles j'aimerais vous entendre plus particulièrement.
C'est peut-être une idée que je me
fais, là, mais vous nous suggérez, au point 2, d'avoir une définition
beaucoup plus claire de ce qu'est un proche aidant. Cependant, dans notre démarche à nous, ce qu'on
vient dire, je le dis dans mes mots, là, c'est : Peu importe qui vous
êtes, allez chercher une attestation d'un
professionnel de la santé, pas utile, pas... en fait, pas nécessaire que ce
soit un médecin, mais un professionnel de la santé reconnu, et vous
serez reconnu comme un proche aidant.
Vous n'avez
pas peur que, si on vient définir, ça va peut-être amener une restriction et
que, là, on va échapper des gens?
La Présidente (Mme Richard) :
Mme Girard.
Mme Girard
(Suzanne) : En restreignant
la définition, vous me dites? Il y a un bout, là, que j'ai eu de la
misère à comprendre, à saisir à cause...
Mme Vien :
En fait, mais, excusez-moi, peut-être que c'est moi qui n'ai pas été claire. En
venant définir ce que vous nous
proposez, là, la notion de proche aidant, si j'ai bien compris, en 2, hein, à
votre point 2, ça, c'est une chose. Moi, ce que je vous dis, c'est : Nous, dans notre approche, ce que
nous disons, c'est : À partir du moment où vous avez en main une attestation
d'un professionnel de la santé, un professionnel
de la santé, alors c'est large, ce n'est pas nécessairement uniquement le médecin, puis je tiens à assurer les
gens qui pensent que ce n'est qu'un médecin, on vient ouvrir, je pense, beaucoup
plus large. Si on vient définir le proche aidant comme vous le suggérez dans
votre point 2, n'avez-vous pas peur qu'on vienne restreindre et qu'on barre des gens à la barrière, là,
qu'on bloque des gens à la barrière? Peut-être, c'est une idée que je me
fais, je vous pose la question, là.
Mme Girard (Suzanne) : Je vous
dirais, Mme Vien, quand on a travaillé la recommandation 1 et 2, on
s'est questionnés beaucoup et on savait
qu'on n'arrivait pas... on ne se présentait pas ici avec des propositions
claires, mais ça va demander quand
même du travail de réflexion pour en arriver à établir vraiment des couloirs de
fonctionnement pour le proche aidant,
qu'il soit reconnu facilement. On y a pensé. Il ne faut pas qu'il y ait d'abus,
il ne faut pas que tout le monde aille se chercher un papier chez le
médecin ou chez une infirmière pour profiter par la suite de tout, là.
Je sais que, dans certaines provinces, ce n'est
que le médecin qui a le droit de donner ce papier. Mais le fait qu'on désire
assouplir cette condition, ça va demander quand même réflexion pour regarder
quand même toutes les conséquences à ça.
Mais je
comprends très bien votre interrogation, mais je ne peux pas vous dire,
aujourd'hui, que je suis capable d'apporter une réponse définitive. Mais
il y a... on ne veut pas non plus que ce soit facile et que tout le monde aille
se chercher un papier de proche aidant. Ce serait banaliser la situation.
M. Blouin (Yves) : ...des
balises sont nécessaires.
La Présidente (Mme Richard) :
Mme la ministre.
Mme Vien : Merci
beaucoup. Je suis intriguée par votre
recommandation 6 de limiter la discrimination liée à
la proche aidance. Vous avez sûrement
des cas qui vous ont été soulevés, des cas réels, concrets. Est-ce que c'est
systémique, ça, là? Parce que vous dites : «La discrimination au travail
n'est plus essentiellement reliée à des notions culturelles et/ou physiques, mais s'étend davantage
et intègre potentiellement les proches aidants.» Est-ce que ça s'étend comme
tache d'huile?
Mme Girard
(Suzanne) : Moi, il y a
deux choses. Je vais vous parler, sur le terrain, ce que j'entends depuis
10 ans puis aussi dans la littérature,
même la dernière publication qui vient du statut de la femme. C'est évident que
présenter une recommandation comme ça, sans tout mettre la bibliographie, là,
ça fait... vous en avez une, mais elle n'est pas complète. Mais, sur le terrain, nous, on a au-delà de
5 000 appels par année seulement de proches aidants qui cherchent de l'aide,
qui sont sur le marché du travail.
Ce que
j'entends beaucoup, Mme Vien, là, c'est... puis ce sont des
gens qui sont à statut précaire. Puis un cas que je n'oublierai jamais, là, il travaillait
dans un magasin de vente de souliers puis il a perdu son emploi parce qu'il n'y
avait rien qui le protégeait. Et ils sont
partis en congé, tout passe, il y a des... Souvent, les employeurs aussi en profitent
pour faire appliquer... afficher des
postes où il peut y avoir de l'avancement. On entend qu'ils ont de la difficulté
à ce niveau-là. Et ça, c'est sur le terrain que j'entends ça, là. Toutes
les semaines, les gens appellent, nous racontent leurs histoires.
Maintenant,
toutes les statistiques récentes, là, 2017‑2018, ce qui vient d'être
publié, tout est confirmé à ce niveau-là,
que l'aidant s'appauvrit, l'aidant doit refuser de l'avancement. C'est démontré
par des études auprès de groupes de proches
aidants qui sont sur le marché du
travail. C'est évident que, si
c'était un travail de maîtrise que je vous faisais, là, je vous aurais donné toutes les références
bibliographiques. Mais j'ai le vécu puis j'ai beaucoup lu à ce propos, mais
je suis certaine de ça.
Il faut vraiment... Quand je voulais vous dire,
au début, qu'il faut apporter des conditions à ce statut dans le milieu du travail... En fait, là, c'est que la
majorité, là, 70 % des aidants
qui sont sur le travail, qui ont toutes les tâches en haut et en bas, il faut qu'on leur donne des
conditions pour passer à travers ça. Quand le parent est malade, on le sait,
que ça ne durera pas 30 ans, mais le
temps que ça dure, si c'est un cancer, ça va durer peut-être un an, lui donner
des conditions pour qu'il puisse,
après ce moment-là, vivre comme tout le monde, avoir de l'avancement, ne pas
s'appauvrir, et tout, et tout. Mais il faut qu'on ait votre aide, ce
n'est pas nous seuls qui pouvons faire ça.
La Présidente (Mme Richard) :
Merci. Mme la ministre.
Mme Vien :
Oui. Merci beaucoup, Mme Girard, puis on sent, là, que vous vivez votre
sujet, vous êtes une grande passionnée
de la question. On vous en remercie. D'ailleurs, Mme la Présidente, juste pour
placer les choses, parce qu'on n'a pas...
je n'ai pas nécessairement pris le temps au départ, là, de prendre chacune des
mesures du projet de loi puis en faire une longue présentation, parce que nous l'avions fait le 20 mars
dernier, puis ça commence peut-être à dater dans la tête des gens, mais
ce qu'on vient faire, finalement, au niveau des normes du travail, c'est de
permettre à un proche aidant de pouvoir
s'absenter du travail et de ne pas craindre de perdre son emploi, comme ce peut
être le cas actuellement, et on lui donne
aussi accès à des journées de congé pour justement prendre soin d'un proche qui
peut être mineur, qui peut être un adulte,
qui peut être quelqu'un de la famille qui n'est pas considéré dans la
définition de la famille qu'on donne aujourd'hui, mais ça peut être un voisin, ça peut être un
colocataire, un vieil ami. Donc là, on vient vraiment décloisonner le
proche aidé. Puis également on vient aussi
lui permettre d'avoir accès à plusieurs semaines de congé, allant parfois
jusqu'à 27 semaines, et avoir
droit, on me le disait, aussi avoir droit aux deux journées rémunérées, là, qui
sont prévues dans le projet de loi.
Donc,
j'entends bien ce que Mme Girard me dit. Il y a un certain nombre de
considérations, mais prenons aussi conscience,
là, qu'à l'intérieur du projet de loi il y a quand même des avancées
importantes, puis nos invités l'ont relevé aussi au départ, que c'était
un projet de loi qui était formidable à ce niveau-là.
Pour le moment, je n'aurai pas d'autre question,
Mme la Présidente.
Présidente (Mme Richard) :
Merci, Mme la ministre. Nous allons maintenant du côté de l'opposition
officielle. M. le député de Beauharnois, vous avez la parole.
M. Leclair : Merci, Mme la
Présidente. Alors, Mme Girard, M. Blouin, merci d'être là. Bien
entendu, je reviendrais sur votre
recommandation 2, mais sur un autre aspect dont on n'a pas eu la chance de
parler ou de vous entendre ce matin.
Au-delà de la structurite, qui va reconnaître le proche aidant, là, supposons
qu'on s'est entendus là-dessus, ce n'est
pas encore fait ce matin, là, j'aimerais vous entendre sur le côté paperasse.
Exemple, qu'on dirait, le médecin traitant, là... Parce que la paperasse
qui s'ensuit pour le proche aidant est lourde en ce moment, ou ce qu'on exige,
ou c'est simplement un papier signé d'un professionnel, tel que le demande la
ministre, puis on envoie ça, puis c'est réglé, ou il y a des formulaires, et
formulaires, et formulaires à en perdre notre latin? Alors, j'aimerais vous
entendre sur cette procédurite, là.
La Présidente (Mme Richard) :
Donc, M. Blouin.
M. Blouin
(Yves) : Bien, même si on n'a pas défini la procédure qui serait
éventuellement mise en application, nous
sommes convaincus que des balises sont nécessaires. Et, quand on dit que ce ne
sera pas forcément un médecin, ça ne veut
pas dire que c'est le voisin non plus, là. Dans l'équipe soignante concernée
par le sort d'une personne, un certain nombre
pourraient être identifiées et désignées. On est allés par professions,
infirmière, travailleur social. Mais il faut baliser, il faut se donner des garanties raisonnables pour contrer les
abus, mais il me semble qu'il y a moyen de faire ça sans avoir un
formulaire de 42 pages.
Il me semble
que, quand il s'agit d'avis avec signature de professionnels reconnus, il me
semble qu'on pourrait aussi faire
confiance à la parole, et au bon jugement des gens, et avec des garanties
minimales, mais cohérentes et concrètes pour éviter les abus. Et d'ailleurs, quand on constate des abus, bien,
on reprend puis on resserre. Mais je pense qu'on doit faire confiance.
L'enjeu est trop important.
M. Leclair :
Oui, effectivement. On va s'assurer, avec la ministre, lors de l'article par
article, que les formulaires qui en
découleront, de la réglementation, bien, seront dans le plus simple possible et
efficaces, bien entendu, parce
que je pense que, dans tout le système
de la santé, le côté formulaire, autant pour les professionnels que pour les
patients, semble une lourde tâche de plus en plus. Puis, lorsqu'on parle de proche
aidant... Et malheureusement, souvent, c'est des personnes qui
sont rendues à un certain âge qui vont s'occuper d'autres personnes. Déjà là,
de remplir des formulaires, et tout, là, je peux comprendre. Donc, on
fera le suivi pour s'assurer de ça.
J'aimerais
aller à votre recommandation 3. Vous parlez de fractionnable. Dans le projet de loi actuellement, il y a des
semaines d'acceptées. Vous espéreriez qu'on puisse fractionner ces semaines-là
en journées, en demi-journées. Moi, je ne suis pas tout à fait en
désaccord avec ça, là, le fractionnement, mais je me mets à la place de l'employeur.
De dire, exemple : Monsieur X va
s'occuper de sa tante, sa fille, sa soeur, puis là il m'avise cette semaine,
là. Donc, fractionnable peut avoir
une logique si on sait à l'avance, parce
que l'employeur, lui, veut bien avoir
de la compassion pour son employé, mais, en bout de piste, il faut qu'il
ait un délai raisonnable, lui aussi, pour planifier l'ouvrage.
La Présidente (Mme Richard) :
Mme Girard.
Mme Girard
(Suzanne) : Moi, je vous
répondrais que les conditions souples impliquent également des ententes avec l'employeur. Un proche aidant ne peut pas décider comme ça, rapidement, que, là, il va commencer à fractionner.
J'ai entendu parler d'un groupe qui va présenter le 5-10-15, quelque chose
comme ça, là. Il faut que l'employeur... qu'il y ait des ententes avec l'employeur. Si c'est un milieu où ce n'est pas
possible de fractionner la journée, il faut que ce soit dit, ça, dans le projet de loi. Dans les recommandations... Mais quel est le milieu? En
tout cas, il faut identifier, mais
on sait que, la plupart des milieux, c'est possible qu'une personne puisse
quitter une heure ou deux heures l'avant-midi et poursuivre son travail peut-être plus tard le soir, selon les ententes, parce que
ça nous est demandé, ça, chez nous, là. Je n'arrive pas comme ça avec quelque
chose que je n'ai jamais entendu dire, là. Ça nous est beaucoup demandé.
je me dis, surtout qu'actuellement quand on connaît les problèmes
qu'ont les employeurs de maintenir leurs employés, de trouver des
employés qui sont de qualité, qui sont fidèles au travail, et tout, il me
semble qu'il y a une possibilité encore plus facile de s'entendre à ce
niveau-là. Mais, si ce n'est pas possible, si c'est dans le cadre d'une chirurgie, ça ne se fait pas, là. Mais on n'est
pas toujours en période de chirurgie abdominale, là, exemple.
C'est un exemple ultime, mais, à mon avis, c'est possible qu'il y ait des ententes à ce niveau-là. Et, en même temps, il y a une économie pour l'employeur. Il y a une économie
de temps parce que le proche aidant n'a pas toujours besoin de la journée
complète.
La Présidente (Mme Richard) :
M. le député.
M. Leclair : Oui. Je vous avoue, je crois que je vous suis,
mais je me mets complètement, là, dans les bottines de l'employeur. Je ne vois pas, lui, où est-ce qu'il a un gain à faire. Mais ce n'est pas pour vous obstiner. Je vois juste,
moi... Je tente juste de voir la planification du travail.
Lorsque
vous dites : Bien, si la personne peut quitter deux heures ou trois
heures, peut-être qu'il y
a certains emplois que c'est simple et facile, mais... Je ne sais pas
si vous avez entendu un peu le professeur avant vous, M. Barré, qui
dit : À sa face même, les normes du
travail, la problématique, où est-ce
qu'on l'a plus, c'est qu'elle n'est
pas appliquée par les plus petits
employeurs. Les gens qui sont syndiqués, les gens qui sont dans la grande entreprise,
ces cas-là sont souvent prévus. Alors,
lorsqu'on arrive à plus petite entreprise,
là... Tantôt vous preniez un exemple d'un monsieur qui travaille dans un
magasin de souliers. Bien, lui, je ne suis pas convaincu que son employeur, lorsqu'il
dit à son employeur : Bien, aujourd'hui, je vais partir à 2 heures, parce que
j'ai une très bonne raison, là, je dois absolument être à une place x
avec telle personne, puis c'est crucial, je
suis la seule qui peut faire ça aujourd'hui, bien, je ne vois pas le gain à l'employeur,
là, de dire : Ah! bien, tu me sauves deux heures, en fin de compte, mais
je n'ai pas personne dans le magasin.
Alors, c'est
comme ça que je le vois. Alors, j'aimerais peut-être tenter de comprendre
votre vision plus loin que ça sur le gain, là.
La Présidente (Mme Richard) :
M. Blouin.
M. Blouin
(Yves) : De fait, il ne faut
pas minimiser ces cas auxquels vous
référez, mais, il me semble que notre propos est clair là-dessus, il
faudrait peut-être le répéter, on devrait appliquer ces mesures-là où c'est
possible. Il faut simplement pouvoir
justifier de façon raisonnable que ça ne l'est pas, et toujours par entente,
toujours par entente. Nous ne
réclamons pas que le proche aidant, au nom de son nouveau statut reconnu,
puisse faire la pluie et le beau temps et dire : Je quitte à 2 h 15, je reviens à
15 h 25. Et je vais faire ça 43 jours, et vous verrez lesquels
jours quand je vous en informerai. On en convient.
Mais il y a
un facteur qui milite en faveur de ça, c'est la pénurie de main-d'oeuvre ressentie
à peu près partout. Je pense que les
employeurs qui ont un seul employé, et, quand l'employé s'absente, on ferme la
shop, mais ces employeurs-là, ils
sont susceptibles de fermer le magasin aussi quand le type a une fièvre. Donc,
ils sont un peu habitués à composer avec
ça, et on veut garder ces bons employés. Donc, là où c'est possible, par
entente, il faudrait réitérer que ça compte et que ça peut être très utile, voire même avantageux, de
ne pas perdre l'employé pour la journée, mais le perdre une heure de
temps à autre. Bref, qu'il fractionne sont congé autorisé, qu'il le fractionne
en 40 petits bouts de deux heures plutôt qu'en 10 jours.
M. Leclair : Je comprends très bien votre point sur le côté
fractionnable puis je suis entièrement d'accord avec ça, là, ne vous en faites pas. C'est juste que
j'imagine, là, les écrits du projet de
loi sur les normes du travail qui vont
dire : Bon, mais, si on reconnaît,
exemple, 26 semaines, que ces 26 semaines là peuvent être
fractionnables. Il faudra rajouter un petit peu de texte, à dire :
Suite à des avis au préalable et une entente nécessaire, sinon, c'est non
fractionnable.
Alors, je
sais qu'il me reste peu de temps. Alors, je vous remercie pour votre mémoire.
Et on souhaite merde à tous les proches aidants parce que,
définitivement, ce n'est pas facile.
La Présidente (Mme Richard) :
Merci à vous, M. le député de Beauharnois. Nous allons maintenant vers le
deuxième groupe d'opposition. M. le député de Chutes-de-la-Chaudière.
M. Picard :
Merci, Mme la Présidente. Si je peux rassurer le député de Beauharnois, là, le
gain que nous pouvons faire, là, en
trouvant les mesures les plus souples possible, c'est un gain de société avant
tout parce qu'on demande beaucoup aux
proches aidants, et donc on doit mettre le plus de mesures possible qui collent
à la réalité. Parce qu'ici on passe des lois, là, mais il faut se coller
sur le quotidien des gens le plus possible.
Juste au niveau de... Lorsque vous parlez, à la
recommandation 6, de limiter la discrimination liée à la proche aidance, je crois que, dans le projet de loi,
c'est couvert. À l'article 36, on vient dire que l'article 122 de la
loi est modifié par le remplacement,
on dit «d'une personne pour laquelle le salarié agit comme proche aidant».
L'article 122, on vient dire qu'«il
est interdit à un employeur ou à son agent[...], de suspendre ou de déplacer un
salarié, d'exercer à son endroit des mesures
discriminatoires ou des représailles [de la loi]». Donc, selon moi, c'est
couvert, mais on va s'assurer que ça couvre bien qu'est-ce que vous
dites, là. Ça va?
Si j'y vais
globalement, vous avez parlé beaucoup, Mme Girard, des coûts, des coûts
d'être proche aidant, des aménagements
de temps qu'on ne travaille pas. Là, ce n'est même pas dans le projet de loi
qu'est-ce que je vais vous parler, mais
je voudrais avoir votre avis parce que, moi, ça me fascine. Au niveau du crédit
d'impôt pour les proches aidants, je ne sais pas si vous... Il y a un crédit d'impôt au fédéral puis au provincial,
puis on vient tout le temps mettre la mesure 70 ans et plus, comme si tu ne peux
pas t'occuper d'un proche aidant qui a 50 ans ou qui a 40 ans, puis
là tu as les mêmes contraintes, là.
Soit tu aménages ta résidence, tu as des coûts, soit tu ne travailles pas, tu
as des coûts. Et en plus on vient rajouter une autre notion, je ne sais pas si c'est au provincial ou au fédéral,
là : si tu gagnes plus qu'un certain montant, tu n'as pas le droit. Donc, tu n'as pas le droit parce que tu
gagnes plus, mais tu as encore les mêmes dépenses, puis le même... en tout cas.
J'aimerais
vous entendre là-dessus. Ce n'est pas couvert, mais là on jase de proches
aidants, là, puis on est là pour trouver les meilleures solutions
possible.
Mme Girard
(Suzanne) : J'espère que...
j'aime tellement l'ouverture que vous me faites parce que, je voulais
vous dire, nous, on s'est limités aux
45-56 ans, mais nous avons des cohortes de personnes âgées qui sont aux
prises avec la proche aidance, qui
sont incapables d'aller sur Internet,
qui n'ont pas de fonds de retraite. Puis ceux qui ont des fonds de retraite, là, je l'ai vécu, moi-même, là... Moi,
quand on me parle... On parle
librement, là? Quand on me parle de crédit d'impôt, ça me donne la chair
de poule.
Monsieur, j'avais
simplement une rente de retraite. Tu en as trop, tu n'en as pas assez, tu n'as
pas l'âge. C'est que même les trois
quarts des comptables ne savent pas... c'est moi, au bureau, qui dis aux
gens : Vous avez droit d'avoir... Si vous avez un handicap, faites remplir telle annexe. C'est un désastre,
actuellement, la situation des proches aidants dans la province. Il faut
vraiment que le gouvernement nous aide.
Là, vous avez
commencé. On sait que tout le monde aide, mais à la pièce. Il faut, comme a dit
Yves, tout à l'heure, qu'il y ait un plan d'action, une stratégie, une
vision globale de la situation des proches aidants d'aînés, nous, ces familles de 0 à 110 ans. Alors on voit de
tout, des parents avec enfants handicapés, des aînés qui sont affaiblis, qui
meurent... Vous savez comme moi, les
statistiques le démontrent, 66 % décèdent avant l'aidé dans les trois
premières années. Quand tu as
20 ans, tu es capable de passer plusieurs nuits blanches. Mais ce n'est
pas du monde de 20 ans. À 70 et 80 ans, tu ne peux pas assumer des 24 heures par jour
pendant 10 ans de temps. Tu meurs à la tâche. Il faut aider. Le crédit
d'impôt, là, les gens n'y comprennent rien. Moi-même, là, j'ai beau avoir les
papiers devant moi, tu n'as jamais droit à rien.
M. Picard :
Pour votre information, j'ai en tête un chiffre. De mémoire, c'est
300 personnes qui y ont eu droit l'an passé au Québec. On fait tout un feu d'artifice, mais avec différentes
mesures, là, c'est triste, là, mais comme société...
Mme Girard
(Suzanne) : Il faut que ça
vienne couvrir le manque de plan d'action, de planification pour le
Québec quand on me lance : Prends le crédit d'impôt.
M. Blouin
(Yves) : Un dernier commentaire, si vous permettez. Au fond, on parle
de crédit d'impôt. Personne ici ne va nier que ça a son importance.
Mais, quand on parle d'aider les proches aidants, là, on pense à des mesures
très concrètes. Les gens se dévouent corps
et âme. On a souvent besoin de les convaincre qu'ils ont besoin d'un après-midi
de congé de temps à autre. Mais, pour les
convaincre, il faut leur offrir une solution qui leur apparaît humainement
acceptable.
Alors, notre
service de répit, juste d'offrir trois, quatre heures de répit par semaine, ce
serait mieux que ce soit huit, mais
de pouvoir offrir quelques heures de répit à ces gens qui consacrent
24 heures sur 24 à aider une personne dans l'incapacité, en voici
une, mesure concrète.
Évidemment,
ça se paie. Il y a des coûts, on a des donations privées, des gens qui nous
soutiennent, mais juste d'améliorer quelques mesures concrètes de ce
genre, et vous venez de rendre encore plus grand ce potentiel d'aide,
d'entraide que les citoyens peuvent s'apporter l'un à l'autre et, au premier
chef, aux membres de notre famille.
Donc, les
crédits d'impôt sont nécessaires, mais il ne faut pas qu'on masque toute la
réalité derrière ça, il y a des mesures
très concrètes qu'il faut organiser et offrir, parce que vous avez beau avoir
de l'argent pour le payer et avoir en retour
un crédit d'impôt, le service n'existe pas. Alors, il faut que le service
existe. J'arrête, là, je ne veux pas dépasser notre temps.
La Présidente (Mme Richard) :
Merci. Merci beaucoup. C'est tout le temps dont nous disposions à la commission.
Je veux vous remercier, Mme Girard et M. Blouin. Et,
Mme Blouin... Mme Girard, c'est-à-dire, je pense qu'au tout début de votre intervention vous avez fait référence à un document
que vous vouliez remettre à la commission.
Mme Girard (Suzanne) : ...la recommandation
sept, qui remplace celle sur l'harmonisation.
La Présidente (Mme Richard) :
Merci. Nous allons en prendre possession et les distribuer par la suite aux membres
de la commission.
Et la commission... suspend ses travaux, c'est-à-dire,
jusqu'après les affaires courantes, soit vers 15 h 30.
Je vais vous souhaiter une bonne fin
d'avant-midi à tous. Merci.
(Suspension de la séance à 11 h 35)
Présidente (Mme Richard) : Bonjour. Donc, nous sommes prêts à commencer nos
travaux. La Commission de l'économie
et du travail reprend ses travaux. Je
demande à toutes les personnes présentes dans la salle de bien vouloir
éteindre la sonnerie de leurs appareils électroniques.
Nous
poursuivons les consultations
particulières et auditions publiques
sur le projet de loi n° 176, Loi
modifiant la
Loi sur les normes du travail et d'autres dispositions
législatives afin principalement de faciliter la conciliation famille‑travail.
Nous entendrons, cet après-midi, les organismes suivants : l'Association
des restaurateurs du Québec, l'association
des travailleurs et travailleuses temporaires d'agences de placement, la Centrale des syndicats démocratiques.
Et je
souhaite la bienvenue aux représentants de l'Association des restaurateurs du Québec.
Bonjour. Bienvenue à nouveau à l'Assemblée nationale. Et je crois que c'est M. Arsenault, vous
allez prendre la parole. Je vais vous demander de vous identifier et d'identifier également
les personnes qui vous accompagnent. Vous avez un maximum
de 10 minutes pour faire votre exposé.
Par la suite suivra un échange avec les parlementaires. Donc, je vous cède la parole, M. Arsenault.
M. Arsenault
(Vincent) : Merci beaucoup. Mme la Présidente de la commission, Mme la ministre
du Travail, Mmes et MM. les députés,
bonjour. Je me présente, je suis Vincent Arsenault, je suis propriétaire du
restaurant Tomate Basilic, situé dans
la circonscription de Pointe-aux-Trembles, dans l'est de Montréal. J'emploie
50 employés, dont 30 sont à temps
partiel, actuellement. Je suis également le président du conseil d'administration de
l'Association des restaurateurs du Québec, appelée aussi l'ARQ.
Je suis
accompagné, à ma droite, de Mme Nathalie Lehoux, «happy president» des
Restaurants Pacini, un joyau québécois
parmi les chaînes de restaurant, avec 30 franchises situées un peu partout
non seulement ici, mais également ailleurs
au Canada. Mme Lehoux est aussi secrétaire-trésorière de notre
association. M'accompagne également, à l'extrême droite, le grand chef, Relais et Châteaux, M. Jérôme Ferrer,
copropriétaire du groupe Europea, exploitant notamment le réputé restaurant Europea. Aussi avec nous, pour
nous aider dans les besoins, à ma gauche, le vice-président aux affaires
publiques et gouvernementales de l'ARQ, que certains se plaisent à dire qu'il
est la bibliothèque de la restauration, M. François
Meunier. Font aussi
partie de notre délégation, à
titre de participants,
silencieux, derrière nous le président-directeur général de notre
association, M. Alain Mailhot, et le conseiller, Communications et
affaires publiques, M. Martin Vézina.
Bien sûr, nous voulons remercier la Commission
de l'économie et du travail, étudiant le projet de loi n° 176 modifiant la
Loi sur les normes du travail, de nous
recevoir. L'Association des restaurateurs du Québec, avec ses 5 600 membres, est la plus importante
association de gestionnaires de la restauration au Québec. L'ARQ est aussi la
plus ancienne au Canada. Nous célébrons d'ailleurs cette année les 80 ans
de fondement du regroupement.
Notre secteur
est composé d'environ 20 000 entreprises, essentiellement des petites
et des moyennes, employant globalement
près 220 000 personnes et dont les conditions de travail sont
principalement encadrées, pour plus de 90 % d'entre elles, par les lois sur les normes du travail. Dans ces
circonstances, nous jugeons donc important de pouvoir échanger avec vous sur ce projet de loi, considérant aussi
que la
Loi sur les normes du travail n'a fait l'objet de changement depuis 2002.
Nous voulons
principalement vous entretenir aujourd'hui des enjeux touchant plus
particulièrement notre secteur, laissant aux grandes associations
patronales, comme le Conseil du patronat du Québec, dont nous sommes membres, aborder avec vous les préoccupations de l'ensemble des entreprises comme celles sur les vacances et sur l'encadrement
des agences de placement. Dans le mémoire déposé, nous abordons donc les
mesures qui auront, à notre point de vue, davantage d'impact sur l'industrie de
la restauration.
D'entrée de jeu, même si nous accueillons très positivement les mesures
facilitant l'étalement des heures et celles permettant de verser des paies de vacances en même temps que le salaire
à chaque période de paie, nous jugeons que le projet de loi n° 176, s'il est adopté, alourdira de manière
significative la gestion des ressources humaines dans les restaurants.
Je laisse Mme Lehoux vous parler des
mesures les plus irritantes.
Mme Lehoux (Nathalie) : Merci,
Vincent.
La Présidente (Mme Richard) :
Mme Lehoux.
Mme Lehoux
(Nathalie) : Merci. Plus de
845 personnes travaillent dans un restaurant Pacini au Québec,
dont le deux tiers, 532, sont à temps
partiel. Nous accordons une importance capitale à offrir à nos collaboratrices
et à nos collaborateurs, notre
richesse humaine, des conditions de travail parmi les meilleures de
l'industrie. Prendre soin de notre monde
fait
partie de notre ADN. Il va sans dire que nous sommes extrêmement conscients des attentes des travailleuses et travailleurs en matière de conciliation
travail-famille, et sachez que nous souscrivons aux objectifs que le projet
législatif veut ainsi atteindre.
Toutefois, à
la lecture du projet de loi n° 176, nous ne pouvons qu'être inquiets des impacts
qu'auront certaines mesures proposées
sur l'organisation de nos horaires de travail. Le droit pour
l'employé de refuser de travailler, si son horaire de travail ne lui a pas été fourni cinq jours à l'avance,
enlèvera énormément de souplesse aux gestionnaires de nos restaurants. À
titre d'exemple, quelle marge de manoeuvre restera-t-il à une restauratrice ou à un restaurateur
constatant, le mercredi, n'avoir aucune
réservation pour le samedi et voir, le jeudi, son livre de réservations
soudainement se remplir? Comment,
dans ce contexte, les entreprises pourront-elles s'adapter à la création d'une
banque de deux journées d'absence pour
raisons familiales ou maladie quand il ne sera pas possible, vu l'obligation de
fournir un horaire de travail au moins cinq
jours à l'avance, de trouver un remplaçant à la dernière minute en raison du
fait que les employés pourront refuser de travailler?
Sans vouloir n'offenser personne, on ne peut
s'empêcher ici de penser que le projet de loi n° 176 a été rédigé en ayant une vision irréaliste du monde du
travail, un monde où tout le monde travaille de 9 à 5, du lundi au vendredi,
un monde où l'absence d'un employé n'a pas vraiment
d'importance, car il pourra reprendre le temps perdu pendant son absence à son retour, un monde où on n'a pas toujours
un employé sous la main attendant en réserve pour remplacer un qui est absent, un monde où les caprices de la météo
ou autres facteurs imprévisibles sont inexistants, ils n'ont pas
d'impact sur l'achalandage. Ce monde est à 1 000 lieues du nôtre, et, en raison de
la rareté de la main-d'oeuvre qui nous frappe et nous frappera davantage dans les années à venir, nous
voyons difficilement comment nous pourrons nous adapter à ces nouvelles obligations. C'est d'autant plus vrai que le
projet de loi n'améliorera pas les relations entre les employeurs et la
CNESST, cette dernière conservant le pouvoir
de poursuivre un employeur au nom des travailleurs qui n'ont pas porté plainte
en interprétant de manière arbitraire et variable la législation.
Je passe le
flambeau à Jérôme pour vous parler ce que nous aurions aimé voir dans le projet
de loi et qui n'y est pas, la question du partage des pourboires.
La Présidente (Mme Richard) :
Merci.
M. Ferrer
(Jérôme) : Merci beaucoup, Nathalie, et merci de votre accueil, Mmes
et MM. les députés. L'enjeu du partage
des pourboires dans la restauration est d'une extrême importance, c'est un
fait, un fait documenté. Le pourboire s'avère
davantage aujourd'hui un code social permettant à la clientèle de non seulement
souligner son appréciation envers la qualité
d'un service reçu, mais aussi pour la qualité de la nourriture et la propreté
des lieux. Ainsi, avec le pourboire, le client récompense l'expérience globale vécue en restaurant. D'ailleurs, il n'y
a pas une industrie où le travail en équipe a autant d'importance, et, par conséquent, nous sommes
d'avis que c'est l'ensemble des salariés qui devraient être récompensés
quand le client est satisfait.
Partager les
pourboires, c'est un partage plus équitable des tâches, plus d'esprit d'équipe
et des relations de travail plus
harmonieuses. Partager les pourboires parmi l'ensemble des salariés permet
d'équilibrer la rémunération et valorise l'apport que chacun des membres du personnel apporte à la satisfaction
de la clientèle. Pourtant, aujourd'hui, les pourboires demeurent la propriété exclusive des serveuses et
serveurs. Ainsi, nous faisons face à un véritable déséquilibre dans la
structure de rémunération de nos établissements. Dans certains cas, on peut
même parler d'injustice.
Dans mon
établissement, certains serveurs peuvent réaliser plus de 600 $ en
pourboire pour six heures de travail, alors
que les cuisiniers, eux qui sont au coeur de la satisfaction de la clientèle,
reçoivent autour de 160 $ pour huit heures de travail. Détrompez-vous, cette réalité n'est pas
uniquement propre au milieu de la restauration gastronomique où j'oeuvre
depuis plus de 25 années. Les écarts de rémunération entre le personnel de
salle et de cuisine sont, toutes proportions gardées,
les mêmes dans tous les restaurants avec service aux tables. Notre
revendication est pourtant simple : nous voulons retrouver un minimum de marge de manoeuvre, nous
voulons pouvoir offrir une rémunération juste et équitable à tous. Toutefois, c'est impossible présentement de le
faire en raison de l'article 50 de la loi qui empêche l'employeur, et je
cite, d'«intervenir de quelque manière que ce soit dans l'établissement d'une
convention de partage des pourboires», fin de citation.
Comment, dans
ce contexte, rémunérer équitablement tous nos travailleurs? Comment, dans ce
contexte, le faire sans nuire à notre
rentabilité? Augmenter les salaires des cuisiniers et, par conséquent, hausser
nos prix n'est certainement pas une solution puisque cette mesure
perpétuera la présente iniquité, car les serveurs percevront alors encore plus
de pourboires.
Répétons-le, notre intention n'est nullement de
déshabiller Paul pour habiller Jean ou encore d'abuser de nos précieux employés de service, bien au contraire.
Nous jugeons d'ailleurs essentiel que le partage des pourboires soit
fait de façon complètement transparente et que la législation encadre la
manière de le faire, comme on le fait dans d'autres provinces, en Ontario,
notamment.
On retourne à M. Arsenault pour la
conclusion.
M. Arsenault
(Vincent) : Merci, Jérôme.
Nous sommes ici pour réclamer un geste de votre part pour une meilleure
équité dans la rémunération de nos employés. Cette vision est partagée par la population,
qui juge, elle aussi, que les pourboires ne
peuvent être la propriété exclusive des serveurs et des serveuses. Cette vision
est aussi largement soutenue par l'industrie. Ainsi, 60 personnalités influentes du monde
de la restauration et de l'hôtellerie, provenant de toutes les régions
et de tous les types d'établissements, ont uni leurs voix derrière une importante déclaration solennelle
soutenant le partage des pourboires.
Identifiés en
annexe de notre mémoire, on trouve parmi les signataires de cette déclaration des noms aussi importants que
le chef Normand Laprise, Daniel Vézina, Colombe St-Pierre, l'hôtelière et
dragonne Christiane Germain, la directrice générale de l'ITHQ Liza Frulla, le P.D.G. de Tourisme Montréal Yves Lalumière, ainsi que la
plupart des présidents des associations représentant l'industrie de la
restauration et de l'hôtellerie du Québec.
Nous vous remercions de la considération
accordée à leur point de vue et à nos propos aujourd'hui. Merci de votre
écoute.
Présidente (Mme Richard) : Je vous
remercie pour votre exposé. Nous
allons débuter les échanges. Mme la ministre, vous avez la parole.
Mme Vien : Merci,
Mme la Présidente. Alors, bonjour à
chacun et à chacune et bienvenue cet après-midi. On a eu l'occasion de bavarder un petit
peu avant la reprise des travaux et de vous saluer de façon plus personnelle.
Je vais aller
droit au but. Il y a eu évidemment, au cours des deux dernières années, des
pourparlers avec votre association. Rappelez-vous, on a eu, entre autres, un entretien téléphonique. Je sais aussi que vous avez rencontré les
gens de mon cabinet qui étaient accompagnés
des gens du ministère également au
moment où on a fait une consultation d'une quarantaine de groupes sur les enlignements qu'on
pourrait prendre pour la constitution ou l'écriture, si vous voulez, du projet de loi n° 176. Et, à
ce moment-là, je me rappelle très bien,
quand on a eu l'entretien téléphonique, vous nous aviez dit : Écoutez, parmi les options
qu'on avait devant nous et qui étaient parmi les demandes que vous faisiez, ce
que vous nous aviez priorisé à
l'époque, c'était d'accéder à 20 %
d'écart entre le salaire minimum du serveur et le salaire payé des gens
en cuisine, notamment. Et nous, on a
acquiescé à ça. Et vous nous disiez à ce moment-là : Ça va nous donner la
marge de manoeuvre nécessaire pour
justement mieux rémunérer notre personnel en cuisine. L'objectif est que, dans
toute cette planification que nous
avons de révision du salaire minimum... de le coller à 50 % du salaire horaire
moyen, nous avons aussi ajouté
d'atteindre 20 % d'écart entre les deux salaires qui concernent les deux
types d'emploi dans votre secteur.
Évidemment,
au moment, je pense, où on avait eu cet entretien-là, je pense que, de mémoire,
vous étiez à un écart aux alentours
de 16 %. Je rappelle que l'objectif est de 20 %. Très certainement
que, comme on n'a pas augmenté le salaire minimum des serveurs à la
hauteur du taux général que nous avons... auquel on a... à qui on a augmenté la
base, certainement que ça a dégagé des
marges de manoeuvre chez vous pour mieux rémunérer vos cuisiniers. Ça, c'est
une première chose qu'on a faite pour
l'association. La deuxième, une des demandes que vous aviez aussi, c'était
l'étalement des heures. Je pense que vous êtes assez satisfaits de ce que nous
proposons aujourd'hui.
Si je reviens
à l'élément a de ma petite
présentation, dans quelle proportion, dans... quel genre de rémunération
supplémentaire vous avez pu octroyer à vos
gens de cuisine avec l'augmentation que vous dégagez avec l'écart de
20 %... bien, qui n'est peut-être pas à 20 % au moment où on se
parle, mais qui va devenir à 20 %, si on regarde la situation aujourd'hui,
si on se fait une photographie d'aujourd'hui?
La Présidente (Mme Richard) :
M. Arsenault.
M. Arsenault (Vincent) : Oui.
Merci. Mme la ministre, je voudrais juste peut-être porter à votre attention un
élément en particulier. C'est évident que
l'écart est nécessaire puis il le sera toujours, même si on parle
d'un partage de pourboires. Il restera
quand même que le pourboire va être, en très grande partie,
la propriété du serveur. Donc, l'écart va être nécessaire quand même
pour pouvoir s'assurer d'une rémunération qui sera intéressante.
Est-ce que
les salaires ont eu tendance à augmenter en cuisine? C'est certain. Pour être
dans l'industrie, on le voit, la rémunération, au niveau
de la cuisine, a augmenté. Est-ce que je suis en mesure de vous dire de
combien, exactement? Je ne peux pas
vous le mentionner. Peut-être que François pourra le... peut-être,
François pourrait vous donner un peu plus d'information à ce sujet-là. Mais, si je veux juste terminer
mon idée, l'écart était nécessaire. Puis ce qu'il faut comprendre du partage des pourboires, on n'est pas ici pour
faire en sorte qu'on va être en mesure... on ne plaide pas que c'est la
seule chose qui va nous permettre de mieux
rémunérer nos cuisiniers. On parle ici d'une philosophie de la restauration où
on doit s'assurer que chacun des acteurs...
Donc, on a un discours, comme gestionnaires, de dire à notre équipe que vous
êtes tous importants, vous contribuez tous à la satisfaction de notre
clientèle et à l'expérience globale, et, en même temps, on a une
rémunération qui... on a de la difficulté, peut-être, à le faire valoir. Donc, c'est important
que le pourboire puisse se faire... que chacun puisse recevoir une
certaine
partie de ce pourboire-là.
La Présidente (Mme Richard) :
Merci. Mme la ministre. Peut-être... Oui, M. Meunier.
M. Meunier (François) : En
complément — merci,
Mme la ministre — oui,
effectivement, vous relatez une situation
tout à fait exacte, mais qui était, on doit se le rappeler, avant l'ouverture
de la révision de la Loi des normes du travail,
ce qui évidemment change la donne. Et, de notre point de vue, l'augmentation de
l'écart n'a jamais... pas tenu compte
du fait qu'il y avait la nécessité de mieux partager les pourboires dans
l'industrie. Donc, pour nous, ça a toujours été pas un ou l'autre, mais un et l'autre. Et on doit en tenir compte
dans notre revendication aujourd'hui et on doit tenir compte que, oui,
il y a peut-être des gens qui ont réussi à dégager une marge de manoeuvre, mais
la hausse du salaire minimum du 1er mai
dernier a été plus importante que celle annoncée à l'origine, ce qui, somme toute,
a augmenté de manière importante la
masse salariale de beaucoup d'entreprises de notre secteur, qui sont, je le
rappelle, dans une très grande majorité des cas, de très petites
organisations.
La Présidente (Mme Richard) :
Merci. Mme la ministre.
Mme Vien :
Il y a toute la question aussi du crédit d'impôt sur la masse salariale, hein,
dont vous nous aviez parlé lors d'une rencontre que nous avions eue, et
puis, moi, ce que je peux vous dire aujourd'hui, c'est que le ministre des Finances est tout à fait disposé à vous recevoir
sur cette question-là. Alors, là aussi, c'est quelque chose qui pourrait
vous donner de la marge de manoeuvre, la marge de manoeuvre que vous recherchez
justement pour mieux rémunérer les gens en
cuisine, donc une masse salariale qui comprend les pourboires, et sur lesquels vous êtes taxés comme si c'était du salaire normal et non pas du pourboire. Alors, actuellement, je crois savoir que vous recevez 75 % de ce qui vous est
chargé, donc il y a un 25 %, là, que vous assumez et une
partie sur
laquelle vous n'avez pas une gestion, un droit de gestion.
Alors, moi,
ce que je vous dis, je vous le dis, là, je vous le dis «live» après-midi,
là : Ils attendent votre appel puis ils sont prêts à s'asseoir avec vous. On a donc une ouverture encore
suite à l'étalement et au 20 % d'écart que vous avez demandé et que
vous avez reçu. On a donc un troisième élément, je pense, qui pourrait vous
satisfaire.
L'autre chose
que je suis prête à faire avec vous, on ne fait pas de promesse, on ne fait
pas... Puis moi, je n'ai pas envie — effectivement, vous avez raison de le souligner — de déshabiller Paul pour habiller Jean. Ce n'est
pas ça. Ce n'est pas ça qu'on va
faire puis ce n'est pas dans ce sens-là qu'on va aller non plus. Cependant,
si vous êtes d'accord avec ça, les
gens du ministère seraient prêts à s'asseoir avec vous puis à
regarder c'est quoi, la situation, la documenter, discuter avec vous, mais qu'il y ait
aussi, à la même table que vous, les représentants des serveurs. Puis effectivement comment on peut faire atterrir une solution qui va plaire et
qui sied à tout le monde? Si ça vous convient, moi, je suis prête à faire
ça, les gens chez nous sont prêts aussi. Puis je vais conclure là-dessus.
Merci.
La Présidente
(Mme Richard) :
Ça va? Merci. Nous allons maintenant du côté de l'opposition officielle. Et
je reconnais maintenant M. le député de Beauharnois, porte-parole du travail.
M. Leclair : Merci, Mme
la Présidente. Alors, à mon tour de
vous souhaiter la bienvenue et vous remercier d'être présents en commission
parlementaire.
J'aimerais vous apporter à la page 7 de
votre mémoire, dans votre petit tableau, juste pour être certain que je comprenne bien. Vous parlez de moyenne salariale
et moyenne des pourboires. Donc, je prends la première ligne, là, un
serveur, 9,96 $ de l'heure, moyenne de pourboire, 17,42 $. Ça
s'additionne à ce salaire-là?
M. Leclair : O.K. Donc, on parle de 26 $ ou 27 $,
parfait. Une autre petite question par
rapport à ce tableau-là. Le commis débarrasseur, là, c'est la personne qui
dessert les tables? Cette personne-là, lorsqu'on... là, ce que je vois
dans ce tableau-là, 5,06 $ de l'heure. Est-ce que
cette personne-là ramasse le pourboire sur la table ou c'est un pourboire qui
est divisé volontairement entre la serveuse et ces gens-là? C'est ma première
question.
M. Arsenault
(Vincent) : Si je peux me
permettre, en fait, il existe déjà présentement des conventions de partage de pourboires, donc ça reflète... il existe déjà des
établissements qui vont faire un partage de pourboires. Ça peut être
relié à une convention ou ça peut être une
entente tacite, faite directement avec les employés. Comme on n'a aucun
pouvoir de toute façon là-dessus, on ne peut pas rien faire.
M. Leclair : O.K. Parlez-moi de ces ententes-là. Lorsque vous
dites : Il y a certains endroits qu'il y a
des ententes qu'ils partagent leurs
pourboires, vous dites : On n'a pas de contrôle là-dessus. Ce sont vraiment
les employés entre eux qui décident
si on décide qu'on partage le pourboire jusqu'au valet dans le stationnement ou
jusqu'au chef cuisinier? Vous dites que ça, c'est vraiment entre eux.
Vous, vous n'avez pas de contrôle là-dessus?
M. Arsenault
(Vincent) : En fait, pour
être fait... de façon très précise, ce que la loi dit, c'est les serveurs,
serveuses seulement qui peuvent déterminer
comment va se partager le pourboire. Ils ont plein pouvoir sur la façon qu'ils
veulent le faire. C'est comme ça que ça fonctionne présentement.
M. Leclair : O.K. Dites-moi, qu'est-ce qui arrive dans le cas où est-ce que les restaurants indiquent un
pourcentage de pourboire direct sur toutes les factures? Est-ce que c'est
encore la serveuse qui a le contrôle sur ce partage-là?
M. Meunier
(François) : En vertu de la loi, un frais de service, ce à quoi vous
faites référence, est l'équivalent d'un
pourboire. Donc, il appartient en propre aux employés qui font le service, et,
en vertu d'un règlement, les travailleurs à pourboire sont les serveurs,
serveuses.
M. Leclair :
O.K. Donc, ces gens-là, ce ne sont pas eux qui décident pour vous si vous
chargez le pourboire sur la facture. C'est le restaurateur qui décide de
bien vouloir gérer ces sommes-là. Est-ce que je comprends bien?
M. Arsenault (Vincent) : Oui.
M. Leclair :
Donc, à partir de là, puis je donne un montant, là, parce que je n'ai vraiment
jamais travaillé dans ce domaine-là,
donc, à partir d'une soirée x, il y a un montant qui est accumulé en
pourcentage que vous auriez décidé ou qu'ils auront décidé? Dans ce
cas-là précis, qui est-ce qui décide le pourcentage?
M. Meunier
(François) : Regardez, on est rendu... présentement en Amérique du
Nord, là, la règle veut qu'on laisse
15 %. Un restaurateur ou un hôtelier pourrait, par exemple, ajouter une
autre ligne qui s'appelle «frais d'administration»,
par exemple 3 %, et, de cette manière-là, le 3 %, il pourrait
utiliser ce revenu-là pour le redistribuer à d'autres employés à son gré
ou pour payer des frais d'administration. Mais, en vertu de la loi, un frais de
service est réputé être un pourboire, donc la propriété exclusive des serveurs,
serveuses.
M. Meunier
(François) : ...ajouter, M. le député. C'est qu'il existe des
conventions tacites. Il y a déjà des ententes, là, qui se sont faites de gré à gré entre les employés et l'ensemble du
personnel. Sachez toutefois que ces ententes-là peuvent être brisées
demain matin sur la seule décision des serveurs et serveuses, qui,
majoritairement, pourraient changer la politique
de rémunération pour l'ensemble de la salle. C'est un des éléments pour lequel
on souhaite avoir davantage de marge
de manoeuvre, de flexibilité, et ce pourquoi on conteste l'idée que l'employeur
ne peut intervenir de quelque manière que ce soit.
présentement, on se retrouve parfois avec des décisions, des enquêtes de la
CNESST qui finalement remettent en
question ou réputent à l'employeur d'être intervenu parce que, finalement, on
comprendra que ça peut modifier le climat de travail, là. Ça peut changer un peu de quelle manière les gens
s'entendent entre eux parce qu'on se retrouve parfois avec des politiques de partage de pourboires qui sont
déséquilibrées, inéquitables. Dans notre mémoire, on fait état de
politiques de partage de pourboires qui ont
même des clauses de discrimination, ce sur quoi la loi, d'ailleurs, travaille.
On a des gens qui vont, par exemple,
ne pas donner de pourboires à des nouveaux employés. Comment ça, ne pas donner
de pourboire à des nouveaux employés?
Ce n'est pas supposé. En principe, là, ça appartient aux serveurs, serveuses.
On va donner un petit peu plus de
pourcentage à des serveurs qui sont plus expérimentés que d'autres, qui vont
accepter des heures x ou des heures
y. Et ça, l'employeur ne peut même pas intervenir en vertu de la loi, et la
CNESST non plus parce qu'elle ne peut pas intervenir dans les conflits
entre employés eux-mêmes.
M. Leclair : Spécial. Vous avez tombé un peu dans la deuxième
question que j'avais, justement, à la page 10 de votre mémoire, là.
Vous parliez justement des conventions puis le problème... que le cas de
figure, c'étaient des contradictions
obligatoires inscrites dans les deux articles, là, justement, avec votre
exemple que vous venez de donner, là, sur la question de discrimination.
Mais, vu
qu'il me reste peu de temps, je veux absolument embarquer avec vous sur une
idée, une vision. Je pense que depuis
le jour 1 qu'on parle de donner un horaire cinq jours à l'avance. En tout
cas, moi, je peux parler pour mon parti, mais je pense que dans le milieu au complet, dans tout le milieu
restauration, récréotouristique, ça semble être quelque chose de très
complexe à gérer pour toutes sortes de bonnes raisons.
Est-ce que
vous voyez, est-ce que vous avec quelque chose à suggérer face à ça pour
assurer un minimum? Mais on sait que,
dans le milieu, exemple, où est-ce qu'il y a un restaurant avec une grande
terrasse, s'il pleut, bien, même si je prends
l'exemple que vous donniez tantôt, le jeudi... le mercredi, il n'y avait pas de
réservation, ils annoncent beau le jeudi, le livre est plein. Si la pluie tombe samedi, c'est vide
quand même. Ça fait qu'on peut avoir changé trois fois dans la même
semaine, et vous êtes un peu attaché avec les employés si on passe une
législation telle que c'est là.
Alors, est-ce que vous avez une autre idée à
nous donner ou à nous suggérer face à votre réalité, là? Vous représentez très
bien le domaine, là, je n'ai aucun doute.
M. Arsenault
(Vincent) : Bien, en fait, moi, ce que je dirais, c'est que le marché
s'en charge de toute façon. Il ne faut
pas s'imaginer qu'on n'essaie pas de donner le maximum de conditions favorables
à nos employés. Dans un contexte où
on est actuellement, on ne peut pas se permettre d'avoir quelqu'un qui va
travailler quatre heures dans sa semaine parce qu'il a plu pendant quatre jours. Donc, le système se charge déjà de
faire en sorte que, finalement, on va compenser, on va partager les quarts de travail sur appel. On n'a
pas le choix aujourd'hui, là. Il faut s'assurer que le personnel soit
heureux de travailler chez nous. Donc, c'est quelque chose sur laquelle on
travaille.
En même
temps, de nous demander de prévoir les horaires cinq jours à l'avance, c'est un
peu difficile. On est à la merci de tellement d'éléments, ça va être
difficile pour nous de pouvoir répondre à ça. C'est sûr et certain.
M. Leclair :
Donc, si je comprends bien, si on se dit : Bien, les gens, autant
travailleurs qu'autant que propriétaires, les gens, qu'ils aillent travailler dans le milieu de la restauration,
dans le milieu récréatif, bien, ils n'ont pas choisi le bon domaine pour avoir une stabilité d'horaire. C'est
à peu près votre résumé. Puis, quand j'essaie de regarder, moi, je me dis : Est-ce qu'on doit apporter un
amendement puis dire : Il y aura une exemption face à certains milieux? Je
n'ai pas la donnée à savoir s'il y a
beaucoup de plaintes dans votre milieu, si les gens disent : Bien, moi,
là, je suis exaspéré parce que ça n'a
pas de bon sens, je n'ai pas d'horaire, ou si vous dites : Bien, c'est
déjà un peu prévu, on comprend qu'une semaine il peut en manquer, mais
ça va se balancer en dedans d'un mois.
Alors, je reste en questionnement là-dessus.
Oui, je vous laisse...
La Présidente (Mme Richard) :
M. Arsenault.
Arsenault (Vincent) : Si je peux me permettre de rajouter un petit
quelque chose, ce que cette loi-là va faire dans notre industrie à nous, c'est qu'on va... je vais utiliser le
terme, on va se backer, là. On va mettre plein de quarts de travail en surplus en se disant : Bien, comme
je ne peux pas me permettre d'appeler quelqu'un deux jours avant, je
vais en mettre plus puis j'aurai juste à
dire que, finalement, je n'en ai pas besoin demain parce qu'il va pleuvoir ou
quoi que ce soit.
Donc, on
n'est pas en train d'améliorer les conditions de travail des gens qui
travaillent dans cette industrie-là, là. On vient faire en sorte que le restaurateur va être obligé de prévoir
beaucoup plus de personnel en se disant : Bien, comme ça, je suis
sûr de ne manquer de personne, là.
M. Leclair : Puis est-ce que ça existe déjà dans la plupart
des milieux, des genres de... pas des banques de temps, mais avoir du personnel qui dit : Bien, tout
le monde ou la plupart ont 30 heures ou 35 heures de reconnues, puis
il y a des gens qui sont justement stand-by? Est-ce que c'est déjà comme
ça que ça fonctionne?
La Présidente (Mme Richard) :
En quelques secondes, s'il vous plaît.
M. Arsenault
(Vincent) : Si je parle de mon cas, c'est certain. Donc, il y a un
partage des quarts de travail sur appel.
Donc, tout le monde a des heures garanties, puis il y a certains quarts de
travail qui sont sur appel, puis il y a des semaines où tu vas rentrer,
d'autres semaines, tu ne rentreras pas, tout simplement.
La Présidente (Mme Richard) : Ça va? Donc, c'est tout le temps
qui était alloué pour l'opposition officielle. J'invite maintenant le porte-parole pour le deuxième groupe d'opposition en matière de travail et député des Chutes-de-la-Chaudière à prendre la parole. M. le député.
M. Picard : Merci,
Mme la Présidente. Si je poursuis
là-dessus, une personne qui est sur appel, est-ce qu'elle est considérée avoir été cédulée dans le cinq jours,
là, si l'article de loi serait adopté? Parce que vous avez des
gens qui peuvent être sur appel, là.
Le matin, on les appelle : On a beaucoup de travail. Est-ce qu'ils seraient considérés...
Si la loi est adoptée avec le cinq
jours, est-ce que les gens sur appel seraient considérés comme avoir eu leur
horaire sur appel? Je suis-tu clair dans mes propos?
M. Arsenault
(Vincent) : Bien, de ce que
je comprends, c'est que, si... à partir du moment où la personne est
cédulée, même si c'est sur appel, bien, je suis dans mon cinq jours de toute
façon, là.
M. Picard :
Donc, ça serait peut-être la voie de passage, là, en cédulant des gens sur
appel.
M. Arsenault
(Vincent) : Oui, mais je ne pense pas qu'on est en train de créer
un...
M. Picard :
Ça existe déjà.
M. Arsenault
(Vincent) : Oui, ça existe déjà,
mais on ne veut pas le multiplier non plus. On veut s'efforcer, comme
restaurateurs, de faire en sorte qu'on le prévoie à l'avance, là.
M. Picard :
O.K. Mme la Présidente, je vais revenir sur le partage des pourboires, là. Actuellement,
là, je comprends que les employeurs n'ont
pas le droit, mais, dans la vraie vie de tous les jours, là, je connais des
jeunes qui ont été engagés par des...
pas seulement qu'un, là, quelques-uns, là, qui sont venus à mes
oreilles, là. Lorsqu'on les engage comme
serveurs, on leur dit : Toi, là, il va y avoir 3 % des ventes qui vont aller en... on va
prendre ça dans tes pourboires puis ils vont aller aux gens dans la
cuisine ou peu importe, celui qui débarrasse, là.
Donc,
je comprends que c'est illégal d'être imposé, mais, dans la vraie vie, là,
lorsqu'un jeune arrive puis dit : Moi,
je veux travailler, il se fait dire : Bien là, toi, là, tes pourboires,
là, il y a 3 % de tes ventes que tu vas donner à tes copains, aux
gens qui t'aident à offrir le bon service. C'est vrai?
M. Ferrer
(Jérôme) : Bonjour, M. le député. Bonjour à tous. Non, pour ma
connaissance, je ne connais pas, et, d'un, c'est illégal, et on n'a pas
le droit de faire ça.
accent me trahira. Comme peut-être certains le savent, mes racines sont
françaises. Je viens d'un pays où la gastronomie est roi dans son pays.
À mon grand regret, ici, mes 17 ans au Québec, j'ai ce sentiment d'abandon
où un discours pour nous, en tant que cuisiniers…
parce que je me fais grand plaisir de l'être aujourd'hui, à leurs côtés. On
est des ambassadeurs d'un terroir, d'une
culture. On est la vitrine des artisans, des producteurs, ne l'oubliez pas.
Nous faisons vivre ici, au Québec,
près d'un quart de million de la population, de votre population, de ma
population, dans les métiers de la restauration. Je pense qu'il y a une
considération.
Ici, pour Montréal, à
l'ITHQ, comprenez bien une chose, je vais vite revenir...
La Présidente (Mme Richard) : Juste, pour maximiser le temps
d'échange, le député de Chutes-de-la-Chaudière, je pense, avait
peut-être une autre question.
M. Picard :
...de temps, là, puis...
M. Ferrer
(Jérôme) : Je comprends.
M. Picard :
...je comprends que vous allez me répondre, mais vous faites un grand détour,
là. Vous feriez un bon politicien, je pense.
Mais,
au niveau... Si on permettait le partage, là, donc les employeurs établiraient
un système de gestion de partage des
pourboires, avez-vous un modèle à proposer? Parce que, tantôt, on disait :
Il pourrait y avoir de la discrimination. Votre modèle serait-u meilleur qu'un autre? On ne sait pas, là, mais sauf que
je pourrais en citer, des restaurants. Quand vous dites que ça n'existe
pas, là, dans la région de Québec, il y en a. Je peux vous en nommer
quelques-uns, là.
Donc,
je comprends que vous nous dites que ça n'existe pas, mais je garde en tête
que, dans la vraie vie, là, je pense que
ça existe. Mais sur votre modèle pour éviter la discrimination, si jamais la
ministre décidait d'aller dans ce sens-là...
La Présidente
(Mme Richard) : Mme Lehoux
Mme Lehoux
(Nathalie) : Alors, si je peux vous parler de notre modèle chez
Pacini, près de 30 établissements, comme on le mentionnait, j'ai plus de la moitié de mes établissements
qui ont une convention de partage de pourboires que les serveurs ont signé à l'unanimité, donc un
document qui va être signé par l'ensemble des serveurs. 51 % des
serveurs doivent accepter qu'il y ait une
convention de partage des pourboires, et c'est eux qui déterminent le
pourcentage qui sera prélevé. Et
nous, comme gestionnaires, on va gérer pour eux le partage. Donc, on va
récupérer les sommes puis on va les transmettre aux employés visés.
Présidente (Mme Richard) : Merci. Monsieur...
M. Picard :
Si je comprends bien, vous dites que, lorsqu'il y a 51 % des serveurs...
mais la loi ne dit pas, là... elle ne donne
pas de notion de 51 %. Moi, j'avais compris tout à l'heure à la lecture de
la loi, c'est que, moi, si je suis engagé comme serveur, les pourboires
sont à moi. Il n'y a pas de convention à avoir dans le restaurant, là. Il reste
combien de temps?
M. Arsenault
(Vincent) : Juste pour éclaircir.
La Présidente
(Mme Richard) : ...1 min 30 s.
M. Arsenault
(Vincent) : Oui, juste pour éclaircir, en fait. Ça veut dire que
l'endroit où la personne travail