Culture and Education — 29 April 2013 (40th Legislature, 1st Session)
CCE 2013-04-29
Quebec — Committees
(Quatorze heures trois minutes)
Président (M. Caire) :
Alors, à l'ordre, s'il vous plaît! Donc, ayant constaté le quorum, je déclare
la séance de la Commission de la
culture et de l'éducation ouverte. Je demande à toutes les personnes dans la
salle de bien vouloir éteindre la sonnerie de leurs téléphones
cellulaires, s'il vous plaît.
Le mandat de
la commission est de tenir des audiences publiques dans le cadre de la
consultation particulière du projet
de loi n° 23, Loi modifiant la
Loi sur l'instruction publique
concernant certains services éducatifs aux élèves âgés de moins de cinq
ans.
Mme la secrétaire, est-ce qu'il y a des
remplacements?
La Secrétaire : Oui, M. le
Président. M. Roy (Bonaventure) sera remplacé par M. Trudel
(Saint-Maurice) et M. Sklavounos (Laurier-Dorion), par Mme St-Amand
(Trois-Rivières).
Président (M. Caire) :
Merci. Donc, à l'ordre du jour, cet après-midi, nous allons débuter par les
remarques préliminaires puis nous recevrons l'Association des commissions
scolaires anglophones du Québec conjointement avec
l'Association des directeurs généraux des commissions scolaires anglophones du
Québec. Par la suite, nous entendrons l'Association d'éducation
préscolaire du Québec, l'Association des directeurs généraux des commissions
scolaires du Québec et l'association des centres de la petite enfance.
Nous allons débuter par des remarques
préliminaires pour une durée de 10 minutes du côté du... cinq...
Président (M. Caire) :
...six minutes du côté du gouvernement, six minutes du côté de l'opposition et,
du côté du deuxième groupe d'opposition, pour trois minutes. Donc, sans
plus tarder, Mme la ministre de l'Éducation, j'entends vos remarques
préliminaires pour une durée de six minutes.
Mme Malavoy : Merci, M. le
Président. Nous sommes réunis aujourd'hui pour lancer les consultations
particulières à l'égard du projet de loi n° 23, Loi modifiant la Loi
sur l'instruction publique concernant certains services éducatifs aux élèves
âgés de moins de cinq ans. Et, pour que ce soit bien clair, on parlera ici de
maternelle quatre ans pour des enfants de milieux défavorisés. Je suis heureuse
de prendre part à l'exercice. Je salue, d'ailleurs, les représentants et représentantes d'organismes qui vont venir partager
leurs commentaires et leurs recommandations avec nous.
Je me permets
de vous indiquer également quels sont les gens qui m'accompagnent :
M. Alain Veilleux, qui est sous-ministre adjoint au ministère
de l'Éducation, du Loisir et du Sport; j'ai mes collègues, qui sont deux
collègues députés, qui prendront part aux discussions; et il y a derrière moi
des gens que je ne vois pas, mais dont je sais toute l'attention et qui font
partie et du ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport et du ministère de
la Famille et qui vont venir, donc, prendre en note tout ce qui va être dit
ici.
Je me permets
de vous dire en quelques mots très simples qu'est-ce qui nous guide dans notre
démarche. Pourquoi un tel projet? Je vous dirai, d'entrée de jeu, que ce
qui est au coeur de nos préoccupations, ce sont les enfants. Nous souhaitons faciliter l'accès à des services de
qualité à des enfants de milieux défavorisés, accroître leurs chances de
réussir. Et, vous savez que ce sont des
valeurs fondamentales du système d'éducation au Québec, nous avons choisi d'offrir
à des enfants de milieux défavorisés la
maternelle quatre ans à temps plein. Cette mesure que nous voulons instaurer
s'appuie sur des principes et des moyens
reconnus par la recherche qui montrent l'importance d'agir en amont et d'intervenir
tôt dans le processus éducatif de l'enfant.
Parce que, sans l'apport d'un soutien particulier, plusieurs enfants risquent
de ne pas avoir les bases nécessaires
pour commencer adéquatement leur scolarisation et connaîtront rapidement des
difficultés d'apprentissage. Notre projet
repose donc sur le constat largement reconnu qu'en permettant aux enfants plus
vulnérables, dès le début de leur parcours
scolaire, de pallier les carences susceptibles de compromettre par la suite
leur réussite nous les aidons à développer et à conserver le goût d'apprendre
tout au long de leur parcours scolaire.
Dans cette
démarche, nous sommes guidés par trois principes. D'abord, celui de ne pas se
substituer aux parents ni de leur
imposer un choix. Nous proposons la maternelle quatre ans dans les milieux
visés comme un servicesupplémentaire
offert sur une base volontaire. Ensuite, nous souhaitons instaurer
progressivement ce nouveau service. J'ai
déjà indiqué — dans
la mesure où ce projet de loi serait adopté, bien entendu — un
groupe d'en moyenne 15 enfants serait formé dans chaque commission
scolaire dès septembre 2013. Ces enfants proviendraient d'un milieu défavorisé d'indice 9 ou 10, donc parmi les plus
défavorisés. La prochaine année scolaire deviendrait donc le point de
départ de ce projet que nous souhaitons implanter de manière progressive et
ordonnée. Les commissions scolaires disposeraient du temps nécessaire pour s'approprier
ce programme d'activités. Le troisième principe, mais non le moindre, qui
sous-tend notre démarche, c'est celui d'assurer la complémentarité entre les
services de garde éducatifs actuellement offerts par le ministère de la Famille
et ceux de la maternelle quatre ans à temps plein en milieu défavorisé. Nous poursuivons,
d'abord et avant tout, l'objectif d'élargir l'offre de services aux parents et
de rejoindre le plus d'enfants possible des milieux défavorisés, répondant ainsi
à une diversité de besoins.
Avec ce
projet de loi, nous nous attaquons non seulement au décrochage scolaire, mais
aussi et surtout nous voulons soutenir davantage les enfants qui en ont
besoin. Nous voulons qu'ils aient accès à des services de qualité, nous voulons accroître leurs chances de réussite. Nous
plaçons chaque élève au coeur de nos priorités et nous voulons qu'on lui
donne tous les outils à la fois pour conserver son goût d'apprendre — parce
que je pense qu'il est inscrit en chaque être
humain dès la naissance — mais
pour lui permettre également de construire sa réussite, de persévérer jusqu'à
la fin de son parcours scolaire.
Je sais que toutes les personnes qui prendront
la parole à l'occasion de ces consultations partagent la même préoccupation de mettre les élèves au coeur de
toutes nos réflexions. Je les remercie. J'ai hâte d'entendre ce qu'ils et
ce qu'elles ont à dire. Nous prendrons bien
en note tous leurs besoins, toutes leurs opinions, mais je me permets
simplement, en terminant, de rappeler que l'essentiel
de ce projet de loi, c'est de s'assurer que des petits enfants qui ont
aujourd'hui quatre ans et qui font, dans certains cas, un saut immense en
arrivant à cinq ans en maternelle, surtout s'ils viennent de milieux très défavorisés, que ces petits
enfants de quatre ans aient toutes les chances de leur côté et qu'on leur
offre un service nouveau qu'est celui d'une
maternelle pour qu'ils aient le droit, eux aussi, à la réussite. Merci, M. le
Président.
Président (M. Caire) :
Merci, Mme la ministre. Donc, je vais aller du côté de l'opposition officielle,
toujours pour une durée de six minutes. Mme la députée de Mille-Îles.
Charbonneau : Merci, M. le
Président. Mme la ministre, mes salutations. Deuxième semaine qu'on
passe ensemble, c'est toujours intéressant. Le projet de loi la semaine passée,
le premier. Le deuxième, cette semaine. Chers
collègues, ma collègue de Trois-Rivières, mes collègues en face, les gens qui
les accompagnent, M. le Président, ma collègue de Montarville, qui est
un petit peu plus loin. Et, Mme la ministre, si jamais ça bouge trop en
arrière, je vous ferai signe. Comme ça, ça va vous donner une indication.
Le Parti libéral du Québec s'est dit ouvert à la
proposition de la ministre. Elle est fort intéressante. Elle est intéressante,
puisque l'éducation reste un endroit où on apprend et on aime apprendre, et on
aime… je ne vous dirai pas croire, mais c'est
un lieu où on sait que le premier amour que l'enfant a, c'est vraiment ce
principe d'apprentissage par le jeu, et la maternelle est toujours un
endroit fort intéressant. Mais, un peu comme l'anglais intensif, que Mme la ministre a décrié pendant quelque temps, je vous
dirais qu'on se questionne sur le principe du mur-à-mur, est-ce qu'on doit le faire partout de la même façon, et c'est
ce que les intervenants viendront nous dire cette semaine et nous guider
dans la meilleure façon de prendre cette décision.
Le principe
de défavorisation, le principe de prendre le problème en amont est toujours
bien, sauf quand il met en place un
principe de ghetto. Là, il faut aussi regarder la façon de faire, puisque je
pense que la mixité peut rendre les choses intéressantes pour les
enfants, autant des milieux défavorisés que des milieux allophones, que des
milieux bien nantis. Je pense que la mixité
peut être fort intéressante. Il ne faut surtout pas oublier que, dans le milieu
scolaire, il y a une facture insidieuse. On
en parle quelquefois, mais pas assez souvent. Il y a la facture du service de
garde, la facture du dîneur, il y a l'habillement.
Si je suis dans un milieu défavorisé, il faut quand même que j'en tienne
compte. Et, dans le principe du
préscolaire à une classe par commission scolaire, il y a aussi le principe de
déplacement. Le temps que mon enfant
va passer en déplacement, je dois le considérer. Donc, ce sont des choses qu'il
faut regarder parce qu'on ne le voit peut-être pas nécessairement
arriver de la même façon.
Nous allons
participer, comme on l'a fait la semaine passée et comme on va continuer à le
faire, participer à un dialogue de façon constructive, faire avancer,
mettre en place les valeurs qu'un Québec veut voir dans un préscolaire quatre
ans qui arrive tranquillement dans son organisation. Nous allons entendre des
groupes de différents milieux, l'éducation, les services de garde. J'espère
entendre des gens du milieu familial, les principes différents qui guident différents milieux. Et j'espère qu'on va pouvoir
échanger avec différents intervenants sur le programme Passe-Partout parce que je pense que c'est un programme qui se
dirige plus dans les régions qu'à Montréal — à Montréal, il n'existe presque pas,
sinon pas du tout — qui
donne une couleur à la volonté du partage des responsabilités entre le parent,
et l'intervenant scolaire, et l'élève ou le jeune et son intervenant.
On sait que,
dans la pyramide de Maslow, le premier critère, c'est la sécurité. Il faut que
l'enfant se sente bien, il faut qu'il ait un sentiment d'appartenance,
puis, au préscolaire, c'est l'endroit parfait pour pouvoir développer ce premier principe là. Par contre, si j'ai des
intervenants qui m'arrivent de partout — du
service du dîneur, du service de garde,
le transport, et tout ce qui s'ensuit — je
ne suis pas sûre de développer correctement cette relation-là. Mais,
ceci dit, les intervenants nous guideront à prendre les meilleures décisions.
nous rappelle aussi que le préscolaire quatre ans, ce n'est pas nouveau. J'aimerais
penser que c'est une nouvelle idée,
mais le préscolaire quatre ans existe à temps partiel, et je pense que ça va
nous aider à guider encore les meilleures décisions
pour prendre pour un temps plein. Mais, dans certaines commissions scolaires
anglophones du Québec, le temps plein
existe, et on aura le privilège d'entendre les gens de l'école Saint-Zotique,
qui, eux, ont mis en place le principe temps plein depuis 2009 sur un
principe de projet pilote, et je pense qu'à eux aussi on aura énormément de
questions.
Pour
une bonne implantation d'un programme avec une valeur ajoutée qui s'implante
correctement et pour les bonnes
raisons, bien, il ne faut pas oublier que, parallèlement à ça, il y a des
coupures qui se font dans les commissions scolaires et qui font des
choix durs et difficiles sur le service à l'élève après la première année.
Donc, moi, je veux bien qu'on travaille en
amont, je suis d'accord, je vais louanger ce principe-là. Mais, à partir du
moment où j'ai un service à quatre ans qui est réduit rendu à cinq ans
et je n'en ai plus du tout en deuxième année, je commence à avoir un problème sur ma participation active comme
communauté pour m'assurer d'un service correct et pour la réussite de
mon jeune rendu au secondaire et sa poursuite de ses études. Donc, M. le
Président, on a hâte de commencer.
Le Président (M. Caire) : Merci, Mme la députée de Mille-Îles. Je vais donc
aller du côté du deuxième groupe d'opposition pour trois minutes. Mme la
députée de Montarville.
Mme Roy
(Montarville) : Merci beaucoup, M. le Président. Mme la ministre,
collègues du gouvernement, collègues de la
première opposition, soyez tous salués en ce beau lundi après-midi. Mon temps
étant imparti, je vous lirai une déclaration pour être sûre de bien être
comprise et d'avoir le temps de le dire.
Alors, d'entrée de
jeu, la Coalition avenir Québec entre dans ce processus animée par la
conviction que le dépistage précoce des problèmes d'apprentissage ou de
comportement chez les enfants de quatre ans est important, puisque ces problèmes sont des indices qui
prédisent, jusqu'à un certain point, le décrochage scolaire.
Conséquemment, nous appuyons toutes les
mesures efficaces qui favorisent le dépistage précoce. Aussi, l'intervention
précoce est, à partir d'un bon dépistage, une des priorités de notre
formation politique parmi les actions à poser dans la lutte contre le décrochage scolaire. C'est un fléau épouvantable,
ce décrochage scolaire, sur lequel les gouvernements des dernières
années n'ont eu que très peu de prise. La coalition entretient donc un préjugé
favorable envers le fait d'intervenir auprès d'enfants dont le développement
normal est compromis.
quatre ans, un enfant bâtit sa confiance et son estime de soi. Il a besoin de
sécurité, d'amour et de soins. Il a aussi
besoin d'être stimulé et encadré. S'il ne faut en rien présumer que les enfants
de quatre ans en milieu défavorisé vont
décrocher, il y a lieu d'être plus attentif et de bien soutenir les parents
dans la tâche de bien préparer leurs enfants pour leur entrée à l'école.
comprendra que la Coalition avenir Québec part avec un préjugé favorable au
projet de donner aux enfants âgés de quatre ans issus de milieux
défavorisés l'accès à des services d'éducation préscolaire, mais nous nous
posons de nombreuses questions, des
questions sur le projet actuel de la ministre de l'Éducation, celui qui est
présenté avec ce projet de loi n° 23.
Alors,
voici quelques questions. A-t-on bien regardé du côté des services offerts dans
les CPE spécifiquement implantés dans
les milieux défavorisés? Dans les structures actuelles des commissions
scolaires et des problématiques liées
à leur financement — on en a
parlé — est-ce
une bonne idée de se lancer dans des projets pilotes où de si jeunes
enfants sont en cause? Les ratios éducateur-enfants nous préoccupent. Comment
distinguer, dans des classes de préscolaire
de 15 enfants, les avantages des inconvénients pour un enfant en
difficulté quand il pourrait se retrouver dans un groupe beaucoup plus petit dans un CPE? Finalement, comment rejoindre
efficacement les quelques milliers d'enfants de milieux défavorisés non
rejoints actuellement pour mieux dépister et intervenir face aux problèmes de
dépistage ou de comportement?
Alors,
M. le Président, vous pouvez compter sur ma collaboration la plus entière à l'occasion
de ces travaux, je suis préoccupée par l'aide aux enfants et le support
à offrir aux parents. Et, si la pression pour un enfant est de devoir grandir
plus vite que son développement normal l'exige, la préscolarisation comporte
des dangers, et nous aurons l'occasion d'en reparler.
Le Président (M. Caire) : Merci beaucoup. Donc, merci pour les remarques
préliminaires à tous. Nous allons maintenant débuter avec l'audition du
premier groupe, et, donc, j'invite l'Association des commissions scolaires
anglophones du Québec et l'Association des directeurs généraux des commissions
scolaires anglophones du Québec à s'adresser à nous. Je comprends que nous
recevons aujourd'hui M. David D'Aoust. M. D'Aoust, peut-être avoir l'obligeance
de nous présenter les gens qui vous accompagnent.
M. D'Aoust (David
C.) : M. le Président, Mme la ministre, membres de la
commission, il me fait plaisir de vous présenter notre directeur général de l'Association
des commissions scolaires anglophones, l'ACSAQ, David Birnbaum, quelqu'un que
vous connaissez déjà, j'en suis sûr, et Mme Roma Medwid. Elle est
assistante-directrice générale à la
commission scolaire English-Montréal. Alors, elle est ici représentant l'Association
des directeurs généraux des commissions scolaires anglophones du Québec.
Pas l'ADGESBQ, l'autre association.
Président (M. Caire) : Je vous entends donc pour une période de
10 minutes pour votre présentation, M. D'Aoust.
M. D'Aoust (David
C.) : Oui, merci. L'Association des commissions scolaires anglophones
du Québec se réjouit de cette opportunité d'offrir ses commentaires au sujet du
projet de loi n° 23 et de l'initiative ministérielle qui l'anime,
soit la création d'un programme de maternelle quatre ans temps plein dans
chacune des 69 commissions scolaires du Québec.
Nous
sommes particulièrement heureux de faire cette présentation aujourd'hui, de
concert avec nos partenaires, l'Association des directeurs généraux des
commissions scolaires anglophones.
Primo, nous désirons
manifester notre appréciation à la ministre et son gouvernement d'avoir accordé
une priorité à la stratégie d'intervention
précoce — vous
venez d'en discuter, et merci — et ce, dès le discours inaugural de
la première ministre.
Malgré une conjoncture
économique difficile, nous devons, sans plus tarder, offrir à nos enfants
les meilleures opportunités possible pour qu'ils puissent réaliser leur
potentiel et, ainsi, devenir des citoyens du monde productifs. Des choix
importants, même s'ils encourent de nouvelles dépenses, doivent se faire.
D'une
même voix, l'ACSAQ et l'association des D.G. désirent souligner le fait que
nous supportons cette approche. Notre
intérêt pour l'intervention précoce remonte à 2007. Déjà, à cette époque, l'ACSAQ
était fière d'initier sa propre étude
de faisabilité au sujet de la prématernelle. Nous l'avons alors partagée avec
le gouvernement en place et, à nouveau, avec le gouvernement actuel parce que nous sommes convaincus que le
Québec doit, dans un avenir rapproché, faire preuve de leadership et
rendre de tels services disponibles pour tous.
L'ACSAQ et ses
directeurs généraux ont participé au comité MELS-Réseau — merci
beaucoup — avec
les commissions scolaires, visant à mettre en place les premiers 69 groupes de
maternelle quatre ans à temps plein pour l'année scolaire 2013‑2014. Nous avons
pu y consulter plusieurs études qui font la preuve de la valeur inestimable de
l'intervention précoce en éducation des enfants, particulièrement dans le cas
de ceux provenant du milieu défavorisé. Ces
services de prématernelle vont certainement aller dans le sens de l'engagement
que nous, Québécois, avons pris de s'attaquer au décrochage scolaire, un
problème qui nous concerne tous et toutes. Notre réseau d'écoles publiques anglophones
constate, d'ailleurs, d'importants progrès en cette matière, et nous avons
identifié l'intervention précoce comme étant une étape clé.
Cela
dit, nous désirons, tout de même, soulever un certain nombre de questions et de
préoccupations pressantes qui devront
être abordées si nous voulons que nos commissions scolaires puissent offrir de
manière efficace une première série importante de programmes… et va
préparer le terrain pour l'expansion, nous espérons, du réseau prématernelle
des années à venir.
Mme Medwid (Roma) : Permettez-nous donc d'exprimer les réflexions
suivantes. En ce qui concerne l'approche pédagogique du programme de
prématernelle quatre ans, l'ACSAQ a noté dans sa propre étude de faisabilité
que les programmes devraient être fondés sur
le jeu et l'exploration, et non pas sur une approche didactique, et que le
concept de l'équilibre des activités physiques, socioémotif, communicatif et
intellectuel est important, de même que le mélange d'activités initiées par les
adultes et d'autres par les enfants.
L'avis
important publié par le Conseil supérieur de l'éducation en août dernier
souscrit à cette approche. Sachez que nous
tenons à préciser que nous réitérons cette prise de position dans le but d'exprimer
notre conviction que ce programme est
et doit être différent de celui des services de garde en milieu scolaire. La
valeur éducative du jeu, l'importance cruciale du lien avec l'enseignant,
qui maîtrise à la fois les stades de développement de la petite enfance et les
aptitudes à acquérir pour optimiser les
apprentissages scolaires à venir, sont d'importants gages de succès, et nous y
souscrivons.
Nous
sommes heureux de noter à l'article 224.1 du projet de loi une modalité au
sujet des services et du soutien aux
parents des élèves de ces classes de prématernelle. Nous sommes impatients d'en
savoir plus à ce sujet, compte tenu du lien à créer avec ces derniers
dès l'inscription de leur enfant dans un tel programme.
Nous
avons également des questions importantes et concrètes au sujet de la manière
que ces services vont être organisés, financés et évalués, de même qu'en
ce qui a trait au personnel désigné pour rendre les services. Chacune de ces
questions est pressante, étant donné qu'il ne reste qu'environ quatre mois
avant la rentrée scolaire de 2013.
règles budgétaires publiées récemment prévoient le financement individuel pour
un groupe jusqu'à 18 élèves par commission scolaire. Plusieurs de nos
commissions scolaires, comme vous le savez, desservent un territoire immense et peu peuplé. Que va-t-il se passer si
une école donnée ayant un indice de défavorisation de 9 ou 10 ne peut rassembler un groupe de 18 personnes, mais
seulement neuf? Comment cette école va-t-elle prévoir le personnel
adéquatement et appuyer un tel service basé sur un financement uniquement basé
sur un montant par élève? Ne serait-il pas
plus approprié d'offrir un financement de base suivi d'une allocation par
élève? Nous nous demandons quand nous connaîtrons les paramètres en ce
qui a trait à la charge de travail des enseignants de ces classes.
M. Birnbaum (David) : Mme la ministre, ces petits enfants qui proviennent de milieux
défavorisés et qui débutent la
maternelle à temps plein auraient besoin de soutien. Le seul financement par
élève ne saurait couvrir les dépenses en services complémentaires pour soutenir ces élèves. Les règles
budgétaires font présentement l'objet d'une consultation, et, donc, nous vous exhortons d'examiner ces questions
et de vous assurer de prendre en compte la réalité de nos écoles rurales
et que ça soit pris en considération,
particulièrement en ce qui a trait au défi potentiel de trouver un groupe de 18
élèves pour former un seul regroupement.
Nous voulons être prêts pour bien accueillir ces nouveaux venus et leur famille
dans nos écoles. L'échéancier est serré, et votre considération des
enjeux soulevés fera toute la différence.
Nous devons aussi exprimer notre malaise face au
défi imposé aux commissions scolaires d'identifier et de solliciter les élèves
sur la base de leur milieu socioéconomique à eux, et non celui de l'école pour
cet unique groupe par
commission en vue de la prochaine année scolaire. Ce défi est encore plus
difficile pour nos écoles qui desservent un très grand territoire. Il
est regrettable que des familles éligibles seront probablement confuses par les
conditions et restrictions d'admissibilité et
par le fait que beaucoup d'enfants qui pourraient bénéficier de ce service ne
pourront y avoir accès.
Nous sommes d'avis que ces premiers 69 groupes
de maternelle quatre ans à l'école publique doivent n'être qu'un début. Il
serait essentiel, toutefois, que les commissions scolaires et le ministère, en
partenariat, consacrent les ressources et le
temps nécessaires pour évaluer chaque étape de l'implantation de ce programme
de façon systématique et ouverte.
L'ACSAQ et l'ADGCSAQ ont hâte de prendre
connaissance de vos questions et de vos commentaires au sujet des
préoccupations que nous venons d'exprimer et aussi de travailler en
collaboration avec nos partenaires du ministère.
En dépit des obstacles, il est essentiel que ce programme maternelle quatre ans
initial garantisse que chaque jeune
Québécois de tous les milieux socioéconomiques, de toutes les origines et au
potentiel varié se voie offrir la meilleure opportunité possible de
commencer son apprentissage scolaire avec enthousiasme et curiosité. La cloche
va bientôt sonner, Mme la ministre. Il faut
que nos nouveaux petits élèves puissent apprendre et s'épanouir sur une base
égale, dans un environnement sûr et
sécuritaire, mais il reste encore quelques devoirs à faire avant de pouvoir les
accueillir. Merci.
Le Président (M. Caire) : Merci
beaucoup, messieurs, madame. Nous allons donc procéder maintenant à la période des échanges avec les parlementaires. J'ai
compris qu'il y avait consentement pour utiliser la totalité du temps en
un seul bloc, ce qui donnerait au côté
ministériel 24 minutes, à l'opposition officielle
20 min 30 s et au deuxième groupe d'opposition
5 min 30 s. Donc, s'il y a consentement, nous allons commencer
du côté ministériel, Mme la ministre, pour une période de 24 minutes.
Malavoy : Merci, M. le
Président. Merci, madame, messieurs, d'être parmi nous aujourd'hui. Je sais
que c'est une question qui vous tient à
coeur et je suis heureuse de vous voir à cette occasion-là parce que vous
faites
partie des gens qui ont une
expérience en la matière. Et, donc, c'est très utile pour nous, bien entendu,
de réfléchir avec vous aux questions que vous posez, puis j'y viendrai
au fur et à mesure, mais je pense que c'est important de parler à des gens qui ont, je dirais, une expérience vécue et qui ne
discutent pas simplement en théorie : Est-ce qu'il faut faire ceci ou
il faut faire cela? Et je l'apprécie
beaucoup, et je suis très heureuse que vous soyez les premiers à parler aujourd'hui
parce qu'on va se situer dès le
début — pour
moi, c'est très important — en pensant à la réalité que vivent certains enfants et,
donc, en essayant de voir est-ce que d'avoir
un service comme celui-là, qui, je le rappelle, ne se substitue pas à autre
chose, est un ajout, est un service complémentaire. On va se
demander : Est-ce que ça rend des services?
Alors, ma
première question, avant même d'entrer dans des sujets un petit peu plus
spéciaux que vous avez abordés, ma
première question, ce serait que vous me disiez, de votre expérience, vous qui
avez des maternelles quatre ans pour des enfants de milieux défavorisés,
en mots très simples, qu'est-ce que ça donne. Quelle est votre évaluation de ce
que ça donne?
M. D'Aoust (David C.) : Merci, Mme
la ministre.
Mme Medwid (Roma) : Merci. Pour
nous, comme vous avez dit, nous avons vécu cette expérience avec les prématernelles quatre ans dans nos milieux
défavorisés. On a trouvé que c'était un outil de réussite pour les enfants. Aussi, on a trouvé que ça
permettrait aux enfants des milieux les plus pauvres de partir sur le même
pied que les autres enfants. En plus, l'apprentissage
est aussi positif sur l'éveil de tout enfant, mais surtout pour ces
enfants de milieux défavorisés.
Encore, ce programme est un outil de plus pour
faciliter le développement des enfants. Il permettra à certains enfants des milieux défavorisés de s'adapter à la
vie scolaire pendant deux ans au lieu d'un an. L'enfant va découvrir le plaisir d'apprendre et va établir des fondements
forts de ses apprentissages futurs. En plus, c'est un outil pour
identifier les troubles d'apprentissage ou
de comportement, et nous avons deux ans pour leur montrer des stratégies
gagnantes qui peuvent agir en école,
puis trouver la réussite, puis monter leur estime de soi. En plus, c'est un
autre service qui permettra... puis ça agit... les services qu'on peut
offrir aux parents, puis ils sont très contents d'avoir ce service.
Malavoy : Une des questions
qui se pose, c'est : Pourquoi ces parents-là ne veulent-ils pas que leurs
enfants aillent dans des services de garde? Quelle est votre expérience de ce
point de vue là? Quel est, je dirais, l'attrait, pour les parents de ces
milieux défavorisés, d'envoyer leur enfant en maternelle alors qu'ils ne l'enverront
pas dans un service de garde?
M. D'Aoust (David C.) : Mme la
ministre, vous n'êtes sans savoir que 35 % des jeunes qui se présentent à
la maternelle éprouvent déjà des problèmes d'apprentissage qui pourraient mener
à un échec plus tard. Alors, ces mêmes parents le savent aujourd'hui puis
savent comment c'est important que leurs enfants aient le goût d'apprendre pour vouloir aller à l'école. Ils réalisent que
chaque enfant a du potentiel, chacun se développe à son rythme, il y en a
qui devront commencer plus de bonne heure.
Alors, pour
nous, on est convaincus que ces enfants devront avoir cette opportunité-là à l'âge
de quatre ans. Je vous garantis que, dans ma famille, où est-ce que mon
épouse est une éducatrice, on n'est pas toujours sur le même angle. J'ai déjà pratiqué ce matin à la table du
petit-déjeuner et j'en ai sorti beaucoup de points. Mais c'est nouveau.
Je pense que ça aurait été adopté ici, au Québec, dans les premières années.
Parce que ça se fait en Ontario, puis ça se fait en Colombie-Britannique, puis ça se fait «at
large» aux États-Unis, c'est une... Oui, c'est une approche précoce, les
élèves vont avoir un peu de difficultés au
début, les parents vont vouloir être assurés que leurs enfants vont être
capables de s'adapter. Mais c'est à partir de ce qu'on a à l'école dans ces
quatre ans-là qu'il faut travailler, et nous sommes convaincus qu'au bout de la ligne ces élèves-là vont avoir toute la
possibilité au monde d'obtenir un diplôme d'enseignement secondaire dans
leur vie et être heureux.
Malavoy : Je comprends donc
que, pour vous, l'expérience, elle est concluante, elle est positive.
Depuis combien de temps ça existe chez vous?
Et c'est à quelle échelle, là? Parce que vous êtes, je dirais, vous êtes pour
nous un point de repère intéressant, puisque vous l'avez déjà pratiqué.
M. D'Aoust
(David C.) : Ça s'est passé
dans trois ou quatre de nos commissions scolaires, plus spécifiquement sur l'île de Montréal, où est-ce qu'il y avait le
nombre d'élèves. Parce qu'à la campagne, dans les parties rurales, il y a des régions, souvent c'est difficile à regrouper
assez de monde pour avoir une classe. Mais ça ne s'est pas passé
toujours par l'entremise de la commission scolaire. On avait des groupes de
parents qui voulaient travailler avec les quatre ans, ils ont implanté des
maternelles quatre ans dans nos écoles avec l'espace qu'on leur a passé parce
qu'ils étaient convaincus que c'était
nécessaire. Et la preuve que ça marche… il faudrait voir le sentier de chacun,
le cheminement de chacun de ces
élèves-là, mais je vous garantis que ces élèves-là sont toujours à l'école, n'abandonnent
pas leurs études scolaires. Alors, à la commission scolaire
English-Montréal, je ne sais pas combien de classes qu'il y avait…
Mme Medwid (Roma) : Dans nos écoles,
nous avons présentement... Dans toutes nos écoles en milieu défavorisé, ça veut
dire 13 qui ont les classes de maternelle quatre ans temps partiel.
M. Birnbaum (David) : Et je crois
que, derrière ça, c'est l'idée que ça va se passer à l'école et que c'est un cheminement normal — on parle des enfants de quatre ans — où,
en quelque part, ça va être facultatif, qui suggère l'idée que l'école est un lieu positif, un lieu où on
peut se sentir à l'aise. Aussi, ça donne déjà un pas devant pour les
parents de comprendre qu'ils sont des
intermédiaires, qu'ils sont les bienvenus au sein de l'école. Et, on voit, là,
le terrain risque d'être semé comme
il faut pour les 11, 12 ans qui vont se suivre, et voilà un pas de l'avant pour
les enfants qui risquent de ne pas avoir cette culture si l'opportunité
ne leur est pas fournie avant la maternelle.
M. D'Aoust
(David C.) : Puis il faut
rendre grâce aux parents parce que, comme l'immersion, c'est les parents
qui nous ont poussés contre le mur, puis les parents qui nous ont poussés
contre le mur pour avoir des maternelles quatre ans, puis, bravo, les parents.
Une commission scolaire qui est active dans son milieu est à l'écoute des
parents. Alors, on est peut-être gâtés, dans
un sens, que nos parents s'intéressent beaucoup à l'éducation et qu'est-ce qui
se passe dans leur milieu.
Alors, nous
sommes convaincus… Depuis 2007 qu'on fait des essais en maternelle quatre ans,
spécifiquement au niveau de l'école, mais
même loin avant ça, avec les parents, non reconnus par la commission scolaire.
S'il n'y avait pas du gros bon sens attaché à ça au bout de la ligne en
termes de succès scolaire, on ne serait pas là.
Malavoy : Vous le savez, M.
D'Aoust, une des questions qui va se poser, là, tout au long des
consultations à plusieurs reprises, c'est le
fait d'avoir des maternelles quatre ans, donc, dans le milieu scolaire pour des
enfants de cet âge-là par rapport aux
services qu'on offre dans les centres de la petite enfance, dans les services
de garde. Est-ce que, là-dessus, vous avez une opinion? Est-ce que vous
pouvez expliquer pourquoi, par exemple, les parents que vous avez évoqués tout à l'heure ont voulu que, pour
certains enfants, ça se passe à l'école plutôt que de faire pression
pour développer d'autres types de services, des services de garde plus
classiques?
M. D'Aoust
(David C.) : Vous savez, on
est chanceux au Québec qu'on peut faire un choix, CPE ou, bientôt,
maternelle quatre ans. Je pense que les parents voyaient bel et bien qu'il y
avait des ressources au niveau de l'école, et
on était... Du côté anglophone, je sais qu'on est toujours prêts à partager ces
ressources en autant que ça ne pénalise pas les élèves en place. Alors, que ça soit le gymnase, que ça soit la
bibliothèque, que ça soit certains spécialistes qui visitent, que ça
soit l'assemblée des élèves, les maternelles quatre ans non légalement
reconnues, hein, sont présentes, on les invite
toujours. Alors, ils font
partie du tissu social de l'école. Alors, ils en
bénéficient. Que ce soit un simple film qui est offert aux jeunes, que
ça soit une
partie sur la glace, que ça soit quelqu'un, un écrivain qui se
présente à l'école, que ça soit quelqu'un
qui a bien réussi, que ça soit un astronaute qui est présent, les quatre ans
sont là. Alors, c'est une richesse que l'école a, peut-être que les CPE
n'ont pas.
M. Birnbaum (David) : Mme Medwid
risque d'avoir des précisions, mais, sur le plan général, comme le rapport du Conseil supérieur de l'éducation a
constaté, le nombre est trop important pour plusieurs raisons… le nombre
est trop important de jeunes qui n'ont pas
accès ou qui ne se prévalent pas d'une option ou une autre — les
CPE ou quoi que ce soit — pour
l'instant. Alors, toutes les modalités sont bonnes, d'intervention, et là on
parle d'un ajout complémentaire qui
risque d'être une option beaucoup plus pertinente pour certains parents qui ne
sont pas impliqués d'une façon ou d'une autre avec leurs enfants de
quatre ans. Alors, ça s'ajoute.
Mme Medwid
(Roma) : …les parents, aujourd'hui, ils sont très consciencieux avec l'Internet
quand leurs enfants ont des difficultés,
surtout les parents qui ont des enfants avec des troubles d'apprentissage. Et,
quand ils ont eu des
succès à l'école avec un autre enfant, ils veulent emmener leur enfant à l'école.
Puis, pour l'école, c'est très important aussi. S'ils sont là à quatre ans, on peut identifier les problèmes d'apprentissage,
puis il y a un suivi qui se fasse à l'école pour les enfants. C'est très important. Toujours, quand on a une
organisation en dehors de l'école, la transition, ce n'est pas parfait. Mais, si l'enfant est à l'école à
quatre ans, puis on peut faire un plan pour lui d'intervention individuelle,
on travaille avec l'enfant, puis il y a un
continuum ou des services. Puis, les personnes qui vont travailler avec l'enfant,
c'est très important pour les enfants à cet âge.
Mme Malavoy : Je vous remercie. C'est éclairant, ce que vous dites. Je vais reprendre
certaines choses que vous avez
évoquées pour répondre à certaines questions de façon préliminaire, là, parce
que notre processus n'est pas terminé. Puis, ensuite, j'aurai d'autres
questions à vous poser, de même qu'un de mes collègues.
D'abord,
vous avez manifesté ça, d'entrée de jeu, dans votre mémoire, le fait qu'à l'âge
de quatre ans on apprend par le jeu.
Je veux confirmer que les gens qui travaillent actuellement depuis le mois de
février dans le cadre d'un comité de
suivi travaillent vraiment à un programme qui soit un programme adapté pour des
enfants de quatre ans. Et, comme le
dit d'ailleurs très bien... Je vais vous le citer parce que je trouve que c'est
une très belle phrase de l'avis du Conseil supérieur de l'éducation, que
vous avez mentionné, qui dit — attendez un peu — qui
dit ceci : «L'enfant apprend en jouant,
mais il ne joue pas pour apprendre.» Je trouve que c'est une phrase pleine de
sens, hein? L'enfant apprend en jouant, mais il ne joue pas pour
apprendre. Lui, dans sa tête, s'il joue, il n'est pas en train d'avoir des notions de mathématiques ou d'alphabet. Il joue,
lui, l'enfant, et il faut que notre approche soit centrée là-dessus.
Donc, je crois que, là-dessus, on s'entend bien.
Vous avez évoqué
également la question du financement. Donc, je réitère que nous ajoutons de l'argent
pour ce projet spécifique dans les
commissions scolaires, donc dans les écoles. On ajoute de l'argent neuf, mais,
en même temps, on est en train de
regarder la composition des groupes. Alors, sans que ce soit arrêté de façon
absolue, je veux quand même que vous
ayez à l'esprit qu'actuellement la moyenne, au préscolaire, d'enfants par
groupe, la moyenne, c'est 15 enfants, mais nous sommes en train de
regarder si on pourrait autoriser un démarrage de groupe à partir de six
enfants pour éviter que, dans certains milieux, on ne soit pas capable de
démarrer un groupe parce qu'on n'en a pas 15. 15 est une moyenne. Mais, selon la grandeur du territoire et
selon les écoles desservies, il pourrait y avoir des groupes plus
petits. Alors, je n'en fais pas une annonce
absolue, là, mais je prends quand même la peine de vous le dire pour que vous
l'ayez à l'esprit. Donc, ça ne veut pas
dire : Il faut remplir à 15 élèves absolument, là. Ça peut être six, sept,
huit, bon. Et, si c'est en bas de
six, bien, on verra d'autres possibilités éventuellement. O.K.? Donc, je
voulais vous rassurer là-dessus tout à fait.
chose qui m'intéresse, c'est de savoir comment, sur un territoire comme le
vôtre, des territoires comme les vôtres,
comment on organise ça parce que vous avez une vaste expérience de très grandes
étendues. D'ailleurs, à certains moments,
ça vous pose des difficultés. Mais mettons que, dans vos commissions scolaires,
on ait une maternelle à plein temps
pour les enfants de quatre ans, comment on organise ça dans des territoires
aussi vastes? Je pense particulièrement à ceux qui sont plus au nord ou
plus à l'est et à l'ouest du Québec.
M. D'Aoust (David C.) : Très bonne question. Permettez-moi, d'abord, de
dire que de vous entendre aujourd'hui parler de la moyenne de groupe,
là, ça nous soulage beaucoup parce que ça prend en considération les régions.
On va faire comme on a toujours fait. Les premières journées vont être une
initiation. Graduellement… Au début, on a droit à trois ou quatre journées, si
ma mémoire est bonne, selon le régime pédagogique. On voudrait bien que ces
élèves-là veuillent venir à l'école et trouvent ça intéressant, et qu'il y ait
un bon accueil.
Oui,
il va falloir qu'on développe un système de mentors pour qu'ils soient
accompagnés sur les autobus scolaires. Parce
que ça va être les autobus scolaires qui vont les amener. On a un système d'autobus
scolaires qui fonctionne très bien, il y a quelques commissions
scolaires qui ont leurs propres autobus, mais on est toujours conscients que,
quand les jeunes viennent à l'école, qu'ils
soient anglophones ou francophones, là, ça requiert une attention particulière.
Et il est sûr que les parents ne
seront pas capables de les emmener à l'école. Alors, il va falloir qu'on fasse
notre possible pour les ramasser
porte à porte. Ils sont trop jeunes pour les faire marcher à un coin, donc ce
serait ce qu'on appelle de porte à porte sur le réseau scolaire, avec quelqu'un qui va descendre de l'autobus,
qui va les monter, puis il va les accompagner sur le trajet. Après tout,
ça donne quelque chose à faire pour les plus âgés puis ça les entraîne comment
faire fonctionner et travailler avec les
jeunes. Un jour... On a des autobus scolaires où est-ce qu'on a du primaire et
secondaire. Les parents aimeraient
mieux que ce soit toujours du primaire ou uniquement du secondaire, mais ce n'est
pas possible, c'est un luxe qu'on n'a
pas à la campagne. Alors, soyez assurés que nous allons faire notre possible
pour les accueillir comme il faut.
Le Président (M. Caire) : Merci, M. D'Aoust. M. le député de Saint-Maurice,
pour un peu plus de cinq minutes.
M. Trudel :
Oui. Alors, bonjour. Vous avez quand même une bonne expérience, là, dans la
mise en opération de ces maternelles à quatre ans. J'aimerais connaître,
là, pour vous, votre point de vue, là, sur l'importance de cette mesure-là. Quand on sait qu'il y a 25 % à
27 % des jeunes qui font leur entrée directement dans le système d'éducation,
qui n'ont pas passé dans d'autre type de
système et qui entrent, là, pour la première fois dans une institution
au niveau des commissions scolaires, au
niveau de l'école, ne croyez-vous pas que, comparativement à ça, la mise en
place de ça, là, que ce n'est pas plus le
rôle de la famille, au niveau préscolaire, de s'occuper du développement de
leur enfant? Donc, comment que cette
mesure-là se distingue? Et quelle est la plus-value d'offrir ce service-là pour
les 25 % qui n'ont pas eu accès avant, là, au niveau préscolaire,
là, au réseau scolaire?
M. D'Aoust (David C.) :
Premièrement, c'est une option qu'ils n'avaient pas, qu'ils n'ont pas eu jusqu'à
date, à moins que la commission scolaire organisait une maternelle quatre ans
ou que les parents l'organisaient dans les écoles avec permission de la commission
scolaire. Pour certains parents, l'option de CPE, comme c'était le cas
dans ma famille… Ce n'était pas l'option
voulue pour une de mes filles, mais c'était l'option voulue pour une autre.
Et une revendiquait toujours une maternelle quatre ans.
Alors, je crois qu'il y a des parents qui sont
prêts à envoyer leurs enfants à l'école à l'âge de quatre ans pour beaucoup de raisons. On parle maintenant de
milieux défavorisés. Je pense que l'école a toujours un rôle primordial
pour la communauté. Souvent, les parents
voient que c'est la voie de succès pour leurs enfants, et voudront bien qu'ils
aient toutes les possibilités d'obtenir une
vie de succès, et ils sont convaincus qu'à l'âge de quatre ans l'école est
peut-être mieux préparée pour l'initiation à la formation, la formation
de base. David.
M. Birnbaum (David) : Nous avons
noté avec intérêt, et ça… On offre notre appui à l'article 224.1, si je ne m'abuse, où on parle de la... pas juste la
complémentarité du rôle de l'école, éventuellement de rendre ce service-ci,
et, le parent, qu'on ne parle pas d'un choix
à trancher : Bon, est-ce que le parent va avoir ça comme son devoir, puis
l'école ou même le CPE, l'autre moitié de ce travail-là? C'est un travail
conjoint, et, souvent, les parents qui sont ciblés, on imagine, par un tel programme, c'est les parents, pour toutes sortes de
raisons socioéconomiques, ne se trouvent pas à la taille de la tâche. Ce n'est pas dans leur vécu de
comprendre l'importance de préparer leur enfant pour participer à l'école.
Alors, ce parent a besoin de l'aide, et on
parle dans le projet de loi de prévoir — et
on est tout à fait d'accord — de
prévoir l'implication et l'appui du parent dans son implication avec l'enfant.
Alors, les deux vont de pair pour nous. C'est de faciliter le rôle du parent,
qu'on a besoin d'amplifier et d'ajouter aux services de disponibles au sein de
l'école à un âge précoce.
Le Président (M. Caire) : M. le
député de Saint-Maurice… M. le député de Saint-Hyacinthe…
Mme Medwid (Roma) : Excusez-moi.
Mme Medwid
(Roma) : En plus, il y a à
peu près 8 000 enfants à Québec qui ne vont pas au service de
garde, puis c'est les parents qui attendent, pour une raison ou une autre, pour
le rentrer à scolaire. C'est nos enseignants qui sont entraînés pour accueillir ces enfants, puis l'espoir de ces
parents, c'est tellement fort que, dans certaines de nos écoles, nous avons des prématernelles privées qui sont du
service de garde, mais elles sont situées dans nos écoles. Puis, souvent,
les parents qui ne vont pas à leur service
de garde, c'est les parents qui vont fréquenter ces prématernelles parce
qu'ils veulent rentrer dans l'école... Ça, c'est
la première expérience de la famille à l'école, puis ils voient qu'il y a une
valeur pour rentrer à quatre ans au lieu de
cinq ans. Au commencement de ces services de garde dans nos écoles, c'était
parce que c'était dans les écoles, puis c'est l'expérience scolaire qu'ils
voulaient avoir pour leurs enfants.
Le Président (M. Caire) : M. le
député de Saint-Hyacinthe.
Pelletier (Saint-Hyacinthe) :
Merci. Courte question. Je vous remercie de partager avec nous vos
expériences parce que c'est très, très
valorisant, très formateur pour la commission. Mais, moi, ma question, c'est :
Comment vous intégrez ces jeunes-là
de quatre ans dans des écoles où il y a des première, deuxième, troisième,
quatrième, cinquième... Avec les plus grands, il n'y a pas eu de
problèmes de...
Le Président (M. Caire) : En 30
secondes, s'il vous plaît.
M. D'Aoust
(David C.) : Facilement.
Pour vrai dire, on se prépare pour. Ils ne se rendent pas à l'école du
jour au lendemain, on prépare un accueil
pour ces élèves-là, et c'est une attention particulière. C'est leur premier
jour dans un établissement scolaire, alors il faut être... C'est une
façon de procéder délicatement et avec les parents.
Le Président (M. Caire) : Merci
beaucoup. On va donc passer aux échanges, maintenant, avec l'opposition
officielle pour une durée de 20 min 30 s. Mme la députée de
Mille-Îles.
Mme Charbonneau : Merci, M. le
Président. Bonjour, madame, messieurs. Il n'y a pas si longtemps, on se voyait… Tiens, c'est la semaine passée. Pas pour
M. D'Aoust et pas pour madame, mais M. Birnbaum a un abonnement au salon
rouge depuis quelque temps de façon fréquente.
D'emblée,
je vous rappelle qu'on se connaît d'une ancienne vie. Donc, je connais le
principe même de l'éducation au sein
de la communauté anglophone du Québec. Vous le disiez un peu plus tôt, puis je
le mentionnais, même moi, dans mon ouverture, vous avez implanté avant
tout le monde… Pas pour les enfants en difficulté, pas pour les enfants... mais il y avait une volonté, dans votre
communauté, parentale de mettre en place un service quatre ans dans vos
écoles. M. D'Aoust, vous avez fait le tour
de ça pour dire qu'effectivement il y avait une volonté, et vos parents ont
bien insisté… Et je pense qu'il faut aussi se rappeler que, pour la
communauté anglophone, l'école, c'est le milieu de vie de la communauté anglophone. On peut dire que c'est pour
mettre en place un système en amont pour la persévérance, mais il faut
aussi se rappeler qu'entre vous et vos parents il y a un principe communautaire
qui est fort. Je vais aller aussi loin — en exagérant juste un peu — pour
dire qu'il y a un principe communautaire de survie d'une communauté minoritaire
dans certains milieux. C'est sûr que je ne dirai pas ça d'English-Montréal
parce qu'on sait qu'il y a une communauté plus présente.
Mais, si je vais à Joliette, la communauté anglophone est un petit peu moins
forte. Si je vais à Mont-Laurier, mes
étudiants anglophones font un trajet d'autobus extraordinaire. Donc, pour les
parents, je peux comprendre qu'il y avait une volonté forte et sincère d'unifier
les familles rapidement, dès l'âge de quatre ans, dans un milieu scolaire.
J'ai
quelques questions pour vous, puis sur la même pratique que mes collègues, c'est-à-dire
pour profiter de votre expérience du quotidien. Mais, avant de poser mes
questions, je vous dirais que je veux aussi nous rappeler que la communauté anglophone, en éducation, c'est le plus
grand donneur de francisation qu'on a au Québec. On l'oublie, puisque
mon élève — parce
qu'on va l'appeler comme ça, s'il rentre à l'école à quatre ans, c'est un
élève — il
vient d'une communauté anglophone, donc
peut-être, peut-être que, dès lors de ses quatre ans, il n'a pas beaucoup
touché à la langue francophone. Mais,
en entrant chez vous, il est automatiquement dans un système de francisation.
Et, là-dessus, je pensequ'il faut
dire qu'en amont vous faites un travail extraordinaire, puisque, quand ils
sortent de chez vous en secondaire V, ils sont bilingues. J'en
conviens, j'en connais beaucoup, et, à Laval, la commission scolaire Sir-Wilfrid-Laurier
fait un travail extraordinaire que je ne peux pas faire autrement que de le
mentionner.
Maintenant, si je
fais du transport pour du quatre ans… Vous avez expliqué un système de
mentorat. Est-ce que vous faites ce que moi,
j'appellerai dans le vocabulaire scolaire une run de lait? Vous les ramassez à
la porte ou vous les ramassez à l'arrêt?
Est-ce qu'ils marchent? Dans votre politique de transport, a-t-il un certain
nombre de pas qu'il doit marcher pour
se rendre à l'arrêt? Doit-il être obligatoirement accompagné de son parent à l'accueil
et ce que j'appellerai au «drop off»?
Ça veut dire que, quand il revient de l'école, est-ce qu'il doit y avoir un
parent à l'accueil pour accueillir l'enfant de quatre ans ou c'est le système de mentorat qui prend toute sa place?
Puisque, si je l'envoie à l'école et je fais affaire avec une clientèle défavorisée, je vais le mettre
dans l'autobus pour qu'il aille à l'école et je vais le récupérer à la fin
des classes, puisque probablement qu'il y a
un des deux parents qui est à la maison, où il y a cette possibilité-là de
récupérer le jeune. Il n'ira pas en service de garde parce qu'on ne veut pas
créer une facture, on veut surtout créer un système en amont pour la
persévérance.
Donc,
je m'arrête tout de suite. Le transport, ça fonctionne comment? Puis, au
travers de la politique du transport de chacune de vos écoles, ça perce
comment?
M. D'Aoust (David C.) : Je vais commencer. À la maternelle, nous offrons
le porte-à-porte, c'est trop dangereux. À moins qu'il y ait un frère aîné ou une soeur aînée. Là, ils peuvent
être accompagnés peut-être à l'arrêt, mais, dans des zones dangereuses — puis
il y en a plusieurs pour différentes raisons — c'est à la porte.
Souvent,
je critique notre service de transport. Sur une grande route, à
titre d'exemple,
la 138, du pont Mercier jusqu'à la
frontière américaine, l'autobus va arrêter et, 500 pieds plus tard, il va
arrêter encore une fois. Des fois, ça cause des accidents parce que le
camionneur qui arrive derrière un autobus, voit que les lumières clignotantes
arrêtent, pense que l'autobus va déclencher, va s'en aller à 60 milles à l'heure,
puis il arrête 500 pieds plus tard. Ça prend des chauffeurs d'expérience, premièrement, et, souvent, on a une influence
sur les différentes compagnies qu'on engage. Elles sont beaucoup plus petites que dans les villes, et
on peut les tenir au courant… des fois, il faut que l'autobus débarque
de la route pour éviter qu'un accident
arrive. Mais, avec des grandes soeurs ou des grands frères, c'est évident, ils
peuvent les accompagner à l'arrêt. Souvent, c'est les parents, puis on
demande aux parents d'être présents en autant que possible pour mettre leurs
enfants sur l'autobus et les recevoir à la fin de la journée.
S'ils
n'ont pas de frère ou soeur, ça va être un moniteur qui va les accompagner. Ma
jeune fille, en secondaire I, qui fait exactement ça tous les
jours, elle est fière de sa petite jobine, là, puis elle parle souvent du fait
qu'ils ne peuvent pas garder toujours le
même petit copain, il faut changer pour qu'il y ait l'expérience avec d'autres
enfants. Elle est dans un programme universel, alors c'est une très
bonne expérience d'enrichissement pour le secondaire et les plus âgés dans le
primaire. Je n'ai aucune crainte par rapport à leur transport, mais on va
demander aux parents d'être présents, c'est sûr et certain.
Charbonneau : Merci. En ce moment, dans les groupes que vous avez
reconnus temps plein… Je dis reconnus temps
plein parce que je le sais que le ministère finance le temps partiel pour les
élèves à défi spécial. On va le dire comme ça, puisqu'à chaque fois que
je vais dire EHDAA il y a des gens... les 6 000 personnes qui nous
écoutent à la TV vont se demander de quoi on
parle. Donc, à défi spécial. Je voulais savoir, dans les groupes qui sont déjà
établis temps plein, ils sont à combien, vos ratios?
M. D'Aoust (David
C.) : Combien?
Mme Medwid (Roma) : D'habitude, c'est 1-18, mais, s'il y a des problèmes d'apprentissage ou
de comportement, on a toujours quelqu'un qui va travailler, un
technicien qui va être dans la classe, qui va être présent, des fois deux
techniciens. Ça dépend des problèmes d'apprentissage, le code qu'ils portent.
M. Birnbaum (David) : Voilà. Et, le même problème qui risque de s'imposer dans ces nouvelles
prématernelles, il y a toujours la
problématique de combler un groupe de 18. On pense, dans un premier temps, aux
besoins des élèves, et là on regarde le bassin, et, des fois, ce n'est
pas la solution la plus efficace au plan planification économique. Des fois, c'est
beaucoup moins que 18, évidemment, même après qu'on aurait pondéré ces
enfants-là.
M. D'Aoust (David
C.) : Chez nous, on prend ce qu'on a parce que ce n'est pas organisé
par la commission scolaire telle quelle, mais c'est les parents aussi qui les
amènent pendant les premières semaines, ils doivent être impliqués. Puis, s'il
y a de la place sur les autobus scolaires, on les embarque par après.
Mme Charbonneau : Dans le principe de ratio encore — parce
que je reste dans mon principe de ratio — est-ce
que vous faites du multi-âge, quatre ans,
cinq ans, ou vous restez toujours fermés à quatre ans puis fermés à cinq
ans?
M. D'Aoust (David
C.) : Il y a des commissions scolaires qui le font, il y a un mélange
de niveaux. On a cette école, à
titre d'exemple,
à Franklin, au Pied du Mont, et là on a des quatre ans à demi-temps avec l'autorisation
du ministère pour de bonnes raisons :
milieu défavorisé, problèmes pas de comportement, mais des déficits… et ça va…
ça roule très bien. Les parents attendent de nous, à chaque année, à ce qu'on
ait droit... Ils posent beaucoup de questions avec la fin de l'année scolaire.
Mme Charbonneau : Donc, ça peut arriver, si je comprends bien, qu'il y ait du multi-âge,
mais, la plupart du temps, vous êtes
dans le calibre quatre ans toujours bien précis. Dans vos écoles où il y a du
quatre ans, est-ce que vous avez le Club des petits déjeuners ou c'est...
vous avez aussi... Parce que je le sais qu'à Laval j'en ai quelques-uns, clubs,
là, mais...
M. D'Aoust (David C.) : Chez nous, on l'a, à la commission scolaire. C'est
l'avant-dernière petite commission scolaire du côté anglophone, mais on
l'a dans nos écoles, oui.
Charbonneau : Vous l'avez dans la plupart de vos écoles primaires?
M. D'Aoust (David
C.) : Oui.
Mme Charbonneau : O.K. Vous disiez, un petit peu plus tôt, que vos parents se sont
mobilisés pour organiser, hein… pour vous faire des demandes très
spécifiques, puis vous avez accueilli ça avec beaucoup d'ouverture. À ce moment-là, puisque ce n'était pas des élèves
reconnus en adaptation scolaire, est-ce que vous avez pris une enveloppe
spéciale pour les financer à même le budget
de la commission scolaire? Et, si oui, ça fonctionne comment? Puisque,
comme le disait la ministre, c'est par tête
de pipe, hein, donc ça fonctionne comment si je veux avoir un budget pour
financer un groupe qui n'est pas nécessairement — je le
dis entre parenthèses — reconnu
par le ministère, puisque c'est une préscolaire quatre ans mise en place d'une
volonté d'une communauté?
M. D'Aoust (David C.) : Ils ne sont pas admissibles à des subventions du
ministère, mais c'est les parents qui font une contribution, puis on a
beaucoup de clubs sociaux comme les Optimistes, le Rotary...
Charbonneau : Le Rotary...
M. D'Aoust (David C.) : Oui. Dans mon coin, étant un ancien Rotarien
pendant des années, on fait un tournoi de golf pour ramasser une
vingtaine de mille dollars à chaque année, le 24 mai — si vous
êtes intéressés à jouer au golf — et puis à Saint-Anicet, et tout l'argent
ramassé va aux écoles primaires des environs pour les petits déjeuners.
Mme Charbonneau : Je ne suis pas inquiète, je suis sûre que la ministre reçoit des
invitations à la pelle pour des activités
scolaires parce qu'il y en a partout. Puis j'espère que vous jouez bien au
golf, Mme la ministre, parce que je le sais que le tournoi de golf est
très populaire dans les commissions scolaires.
Donc,
vous l'avez financé à même levées de fonds, sollicitation chez les Lions, chez
les clubs Optimistes. Est-ce que vous
prenez une enseignante ou une personne du service de garde? Qui s'occupe du
groupe? Dans le principe même, puisque vous n'êtes pas financés pour une
enseignante, mais vous financez le programme, donc on engage qui?
M. D'Aoust (David
C.) : Quand c'est subventionné par le ministère, il faut absolument
avoir des personnes légalement reconnues.
Charbonneau : Oui. Oui, ça, j'ai compris le principe.
M. D'Aoust (David C.) : En ce qui concerne les maternelles quatre ans,
les parents favorisent avoir quelqu'un qualifié,
alors quelqu'un qui n'enseigne peut-être pas à temps plein, qui voudrait plutôt
avoir une maternelle quatre ans à temps
plein au lieu de travailler à temps partiel. Dans l'école de mon épouse, c'est
vraiment le cas et, dans plusieurs de ces
écoles-là, c'est de même. Ils ne sont peut-être pas nécessairement légalement reconnus
au Québec, mais, en autant qu'ils ont
une formation, on les accepte parce qu'ils ne sont pas... c'est évident que ce
n'est pas nécessaire de rencontrer les exigences du ministère quand c'était
une classe organisée par les parents.
Mme Charbonneau :
Donc, ça peut être un enseignant à la retraite, ça peut être un enseignant
reconnu à l'extérieur du Québec, mais pas
nécessairement au Québec, mais c'est... Et je ne veux pas mettre de pression,
mais ce n'est surtout pas quelqu'un qui vient des CPE, qu'on appelle
communément, là, les centres de la petite enfance, qui, dans leur formation,
eux, sont formés pour s'occuper des jeunes, tandis que nos enseignants ont à
peu près 15 % de leur formation, là…
M. D'Aoust (David C.) : Ayant des
services de garde chez nous, on veut toujours que ces personnes-là soient
qualifiées et d'excellentes, excellentes préposées aux CPE. Et, s'ils veulent s'occuper
d'un quatre ans, c'est à eux de s'entendre avec les parents. Mais les parents, vous savez, ils
sont particuliers, ils veulent que leurs enfants aient le meilleur apprentissage possible et la meilleure
expérience. Après tout, quatre ans, c'est l'initiation à l'apprentissage,
et que l'expérience en soit une qui est favorable et positive est très, très
important.
Charbonneau : Toujours dans
la technique, en ce moment, comment vous faites pour entrer en contact
avec les parents des enfants de quatre ans?
M. D'Aoust (David C.) : Facilement.
On utilise le petit journal de l'école souvent. On a plusieurs écoles maintenant qui travaillent sur le Net, le réseau
social, publient leurs lettres. On ne distribue plus des feuilles
maintenant, là, aux parents avec l' Info-Arthur ou quoi, c'est par l'Internet
et le bouche à oreille. Ça va vite, ça part très vite, et, souvent, les personnes qui sont impliquées aux
maternelles quatre ans vivent dans la communauté, fréquentent certaines
églises — c'est
encore une vieille tradition chez les anglophones — et de bouche à
oreille, le dimanche, le samedi, sur le terrain de baseball ou de soccer que ça
se passe.
Charbonneau : Vous savez,
fréquenter l'église, ce n'est pas un défaut. À chacun ses valeurs et à
chacun le respect de ces valeurs-là. Ça fait
que, oui, sur le perron de l'église, comme on dit, des fois il se passe des
communications fort intéressantes, puis un
milieu social très actif sur comment je donne des nouvelles, puis comment j'en
prends, puis comment je te guide dans
cette communauté à laquelle j'appartiens. Comment je pourrais faire la phrase
sans qu'elle...
M. D'Aoust (David C.) : Si vous me
permettez, Mme Charbonneau, c'est que les parents, aujourd'hui, qu'ils soient
en milieu défavorisé ou pas, veulent avoir le meilleur pour leurs enfants. Et,
je pense, beaucoup de mes expériences, sans
regarder le background socioéconomique d'une mère de famille, elles veulent que
leurs enfants aient une instruction, elles veulent qu'ils réussissent,
pauvres ou riches.
Charbonneau : Je vous arrête
parce qu'il ne me reste pas assez de temps. Parce que je dois vous dire
que j'en ai trois et j'ai voulu le meilleur,
et je veux encore le meilleur malgré le grand dam de mes enfants. Quand je leur
dis que je veux le meilleur, je leur dis quoi faire un peu aussi, ils sont bien
malheureux de ça. Mais, ceci dit, quand on est parent, on est parent pour
toujours puis on veut le meilleur pour nos enfants, vous avez raison.
Maintenant,
quand vous rentrez des enfants de quatre ans dans vos écoles et que, de façon
très naturelle… Puis, je pense que la ministre le disait bien, la
plupart des enfants vont au préscolaire cinq ans. Maintenant, d'emblée, hein, c'est
acquis, la communauté y va. On ne sait même pas que c'est facultatif, on y va
de façon naturelle, et je poursuis jusqu'au secondaire V. Le suivi des services
par rapport... Je vois qu'à quatre ans j'ai un problème linguistique, ou de
langage, ou... j'arrive en préscolaire cinq ans, bien là il est détecté, il est
reconnu, mais est-ce que vous avez des professionnels
au préscolaire cinq ans? Parce que toutes les commissions scolaires n'en ont
pas. Des fois, ils commencent en première année. Et, si j'ai besoin d'un
orthophoniste parce que j'ai été détecté à quatre ans, j'arrive à cinq ans au préscolaire,
pas sûre… Je pense que, là, c'est le prof qui a encore la responsabilité,
problèmes langagiers. Mais, de la première année à la troisième année, est-ce
que j'ai un suivi orthophoniste ou ça s'arrête en première année et en deuxième
année ou...
Birnbaum (David) : C'est le
souhait. Il y a des grandes, grandes pénuries de ressources, et, on se permet
de le mentionner dans notre mémoire, dans la règle budgétaire associée à notre
démarche dont on parle aujourd'hui, on ne parle
pas d'une contingence pour les services complémentaires, ce qui nous préoccupe
beaucoup. Suite à votre question, on fait ce qu'on peut. Il y a un
manque d'orthophonistes du primaire jusqu'au secondaire V, c'est sûr.
Le principe
est : Si on est pour vraiment se privilégier de cette étape-ci, ça serait
justement de mettre l'emphase sur le
dépistage de problèmes et le suivi. Alors, si on est pour vraiment bénéficier
de ces programmes-là, ça va être une chose essentielle. C'est notre
orientation toujours, mais est-ce que les ressources sont au rendez-vous? Déjà,
c'est un grand défi qu'on ajoute à ça. Des
écoles très, très éloignées, l'attente pour un orthophoniste, à chaque niveau,
est assez longue des fois. Il y a des
problèmes… Quand on parle d'un orthophoniste habile en anglais aussi, ça s'ajoute
au problème. Alors, le souhait est toujours là, et on le mentionne
davantage pour cette étape dont on parle aujourd'hui.
M. D'Aoust (David C.) …on n'a jamais
assez de ressources dans le réseau scolaire.
Charbonneau : Donc, si vous
aviez une recommandation à faire en amont, ce serait de non seulement
faire l'implantation d'un préscolaire quatre ans, mais d'avoir un suivi en
services professionnels avec peut-être… puis je vous le glisse à l'oreille, mais avec peut-être une enveloppe
particulière pour les besoins pour le suivi. Parce que, si je fais un
travail en amont puis que, rendu en deuxième année au préscolaire, je n'ai plus
de services, le travail que j'ai fait va
peut-être tomber rapidement dans le désordre et dans l'inéquité dépendamment de
ma région, de mes services et de ma commission scolaire.
M. D'Aoust (David C.) : Premièrement, bien, vous avez raison, s'il n'y a
pas de ressources complémentaires, il n'y a pas de services, bien d'accord,
on ne peut pas le nier. On fait notre possible de distribuer de façon équitable
les ressources que nous avons dans les commissions scolaires, et je dois vous
avouer… peut-être que je suis un vieux de la
vieille par la couleur de mon poil, mais nos enseignants s'occupent beaucoup de
nos jeunes. Et j'ai assisté à une réunion du comité — je
ne me rappelle plus le nom du comité — pour
l'évaluation scolaire, et on prétend toujours que ça nous prend un orthophoniste,
mais ce n'est pas toujours vrai. Il y a des gens sur les lieux, sur le tas, qui
peuvent commencer, et la première
équipe de personnes qui devrait commencer avec l'évaluation, c'est l'équipe de
profs. Et on a établi une fois pour toutes qu'ils ont le droit de
commencer, ils ne devront pas attendre un orthophoniste, on peut faire la
démarche tout de suite. Alors, oui, ça va
nous aider à connaître les élèves qui ont besoin d'un appui continuel. J'imagine
que plusieurs vont avoir besoin de cet appui-là, mais, souvent, les
services vont être là, en place, déjà par la commission scolaire.
Le Président (M. Caire) : Merci, M. D'Aoust. Brièvement, vous avez
fait référence à un mémoire. La commission n'a pas reçu de document de
votre part. Est-ce que vous avez un document à déposer? Parfait. Alors...
M. D'Aoust (David
C.) : ...ces jours-ci, M. le Président, je m'excuse.
Le Président (M. Caire) : C'est avec plaisir, M. D'Aoust, que la
commission va recevoir votre mémoire. Je suis convaincu que ses membres
vont le lire avec intérêt.
vais donc maintenant continuer l'échange avec le deuxième groupe d'opposition,
Mme la députée de Montarville, pour un temps de 5 min 30 s.
Mme Roy (Montarville) : Merci beaucoup, M. le Président. Madame,
messieurs, merci de votre visite, merci pour le mémoire, que nous allons
lire. Et moi, j'ai aimé vous entendre, et j'ai d'autres questions factuelles à
vous poser. Puisque vous avez déjà des
maternelles quatre ans dans vos commissions scolaires anglophones,
actuellement est-ce que vous en avez plus d'une par commission scolaire?
M. D'Aoust (David
C.) : Oh là là! Chez nous, il y en a plus qu'une, c'est sûr. Et,
écoutez, on n'est pas une commission
scolaire riche, et on est une commission scolaire pleine de jeunes parents qui
veulent le meilleur pour leurs enfants.
J'imagine que, dans toutes les commissions scolaires, ça doit être pareil,
hein? Je suivais un
article sur une école à Saguenay, là, les élèves
voyagent d'Alma à la petite école Riverside, deux heures d'autobus ou
2 h 30 min par jour. Mais je
sais, là, qu'il y a une maternelle quatre ans. Je connais la personne qui l'organise,
elle est commissaire ici, à Central Québec. Oui, il doit y en avoir
partout.
Mme Roy
(Montarville) : Est-ce que ce sont des maternelles quatre ans à temps
partiel ou c'est toute la journée, à temps plein?
M. Birnbaum (David) : C'est à géométrie très, très variable. Il y en a à
temps partiel, il y en a toute la journée. Il y a des commissions scolaires qui en ont à peine, deux, trois
programmes. C'est à géométrie très variable et aux modèles variables aussi. Il y en a où il y a une
contribution exigée aux parents, il y en a d'autres en milieu très défavorisé,
d'autres qui s'insèrent dans les programmes
Passe-Partout, les programmes reconnus par le ministère, et plein d'autres
écoles où il y aurait une demande des parents, mais qui n'est pas
comblée actuellement.
Mme Roy (Montarville) : Donc, vous en avez plusieurs. Et, maintenant, ma
question est la suivante : Comme on sait que le projet de loi n° 23 s'adresse spécifiquement aux
enfants issus de milieux défavorisés, quel serait, selon vous, le
pourcentage de ces enfants qui fréquentent déjà vos maternelles quatre ans?
M. D'Aoust (David
C.) : Pas assez.
Mme Roy
(Montarville) : Mais pour nous donner une idée de grandeur.
M. D'Aoust (David
C.) : Oh là là! Il faudrait que je regarde des dossiers spécifiques,
mais souvent, pour ces parents-là, un CPE,
ce n'est pas une option. Alors, maintenant que ça va être une maternelle quatre
ans garantie par la commission scolaire et le ministère, ce serait une
option, je vous l'assure. Et il ne faut pas oublier que, souvent, les
prématernelles quatre ans ne sont pas là pour la journée longue, ils ont du
service de garde par après.
M. Birnbaum
(David) : Si je peux...
Mme Roy
(Montarville) : Oui, oui, allez-y, allez-y.
M. Birnbaum (David) : …c'est probablement important juste d'insérer une petite chose qui
touche au dossier actuel. Le calcul
des index de défavorisation nous défavorise, si je peux… Il y a plein d'écoles
qui accueillent les jeunes qui sont issus des familles très
défavorisées, l'école se situe dans un coin qui ne l'est pas. Alors, même d'identifier
de façon précise et correcte les gens en
milieu… qui vivent des difficultés, ce n'est pas facile en région. Et, en
région, souvent, l'accès aux programmes déjà reconnus n'est pas là à
cause du problème que je viens de mentionner.
Mme Roy
(Montarville) : Il y a quelques problèmes, effectivement, que vous
avez mentionnés : la distance, cette
identification des milieux défavorisés comparativement à la vraie personne
défavorisée qui est dans un milieu qui, lui, est favorisé. Pensez-vous
que, pour vous, c'est un défi qui sera facilement relevable que d'arriver pour
septembre prochain et d'identifier ces enfants qui ont bien besoin de cette
maternelle quatre ans ou auriez-vous besoin de temps davantage ou davantage de
ressources?
M. D'Aoust (David
C.) : Non. Je pense qu'il nous reste assez de temps d'identifier les
élèves. On n'est pas inquiets, on les connaît peut-être déjà. Et, sûrement,
ceux qui vont être là seront ceux qui auront besoin d'être là.
Birnbaum (David) : Il n'y a
aucun doute qu'on a souligné dans nos remarques la difficulté… on n'a pas
de solution à proposer, mais de confier
à la commission scolaire de trancher et de trouver un petit regroupement de 18
élèves. Et on parle d'un programme qui vise, en quelque part, l'estime de
soi-même de l'enfant, et même de sa famille s'ils sont pour le suivre. Alors, il n'y a aucun doute que cette façon d'implanter
un programme à la fois n'est pas idéale. Il n'y a pas d'autre façon, il
faut commencer en quelque part, mais nos commissions scolaires membres sont
conscientes des défis sur le plan humain de
cibler 18 élèves ou moins et, des fois, d'être obligées de dire à la 19e
famille, qui est tout à fait en besoin, que, bon, le groupe est déjà
comblé. Alors, ce n'est pas facile, cette tâche devant nous.
M. D'Aoust
(David C.) : Et on travaille
davantage avec les CLSC et les CSSS. Il y a une complicité maintenant,
une complicité positive, si vous voulez, là, avec le réseau scolaire, où est-ce
qu'eux en ont identifié, certains élèves. Mme
Medwid vient de me dire qu'à la commission scolaire Lester-B.-Pearson, juste en
faisant une annonce lousse, là, dans les écoles, ils ont eu déjà neuf
élèves qui sont inscrits à leur groupe à date, ça fait que… Et c'est des élèves
qui seront acceptés.
Le Président (M. Caire) : Merci.
Malheureusement, Mme la députée de Montarville, c'est tout le temps que nous
avions. Je voudrais remercier Mme Medwid, M. D'Aoust, M. Birnbaum.
Je vais
inviter immédiatement l'Association d'éducation préscolaire du Québec à se
joindre à nous, et on pourrait suspendre une petite minute, le temps de
saluer nos invités et de faire la transition.
(Suspension de la séance à 15 h 19)
Le Président (M. Caire) : Donc, nous
reprenons nos travaux. Nous recevons maintenant l'Association d'éducation
préscolaire du Québec. Mme Boily, peut-être nous présenter la personne qui vous
accompagne, et vous disposez ensuite d'un temps de 10 minutes pour faire votre
présentation. À vous la parole.
Mme Boily
(Francine) : Merci.
Je suis accompagnée par Mme Danielle Jasmin, qui est vice-présidente de
notre association, l'Association d'éducation préscolaire du Québec.
Alors, M. le Président, Mme la ministre. Bonjour
à tous les membres. Je me présente devant vous à
titre de présidente de l'Association d'éducation
préscolaire du Québec, association qui fêtera cette année ses soixante ans.
Nous regroupons 1 200 membres, dont 90 % enseignent à la maternelle
cinq ans.
Je vous remercie de nous recevoir pour entendre
notre point de vue sur le projet de loi n° 23 sur la maternelle
quatre ans. Je laisse Mme Jasmin présenter notre mémoire.
Mme Jasmin (Danielle) :
Bonjour. Ça me fait plaisir d'être parmi vous aujourd'hui. Moi, je suis
membre de l'Association d'éducation
préscolaire depuis le début de ma carrière. Je suis ici parce que la cause des
jeunes enfants me tient à coeur. J'ai
enseigné 37 ans, vous pourrez donc comprendre que je suis plus à l'aise dans
une salle de classe que devant vous de par mon expérience.
Notre mémoire
comporte neuf pages. Je ne sais pas, vous avez sûrement pu prendre le temps de
le regarder. Je vais ajouter des
informations qui ne sont pas dans le mémoire. Dès sa création, en 1963, notre
association a toujours été impliquée dans le développement du réseau des
services aux enfants du préscolaire. C'est notre association qui a fait pression pour que le gouvernement vote, le 10 mars
1961, la loi qui permettait l'instauration des maternelles cinq ans à demi-temps dans les écoles, des maternelles
publiques et gratuites, ce qu'il n'y avait pas avant. On s'était donné 10
ans pour qu'il y ait des maternelles cinq ans à demi-temps partout, puis ça a
été beaucoup plus rapide que ça, ça a été un super beau succès.
Notre association, travaillant toujours
conjointement avec le ministère, a pris part à différentes expériences avec les
quatre ans. Il y a eu l'expérience des maternelles roulotte, il y a eu l'expérience
des maternelles maison et il y a eu l'expérience
Passe-Partout, qui est devenue maintenant l'excellent programme Passe-Partout
qui est le seul encore en place.
Au début des
années 70, il y a eu l'instauration des maternelles d'accueil pour les enfants
issus de l'immigration à quatre ans
et à cinq ans, puis, un peu plus tard, les maternelles quatre ans à demi-temps
en milieu défavorisé. L'association a toujours été
partie prenante de
tout ce qui a été fait pour les enfants de quatre et cinq ans. Malheureusement,
peut-être pour un manque de communication,
on a été obligés de forcer la porte du MELS pour être considérés dans ce
qui se passe présentement pour les maternelles quatre ans.
En 1976, j'ai eu le privilège et la chance d'enseigner
dans une maternelle d'accueil temps plein pour enfants de quatre ans issus de l'immigration à la commission scolaire de Laval.
Je vais vous expliquer comment ça fonctionnait pour voir, la maternelle idéale à quatre ans, ce que c'était. J'avais 18
petits qui arrivaient à 8 h 45 en autobus scolaire. L'autobus avait été les chercher chacun à leur porte. On
avait eu la chance avant d'aller visiter chaque enfant avec le chauffeur d'autobus à la porte et voir chaque
famille avant qu'ils arrivent. Ensuite, en arrivant à l'école, ils jouaient
dans une petite cour spécialement réservée aux maternelles, qui était attenante
à la grande cour. Ensuite, quand c'était le temps de rentrer à l'école, ils
rentraient dans l'aile des maternelles quatre ans et cinq ans. À midi, j'avais
une aide-enseignante qui venait me rejoindre
en classe. Elle était là pour le dîner et elle restait avec moi jusqu'à
4 heures, lorsque l'autobus revenait chercher les enfants.
C'étaient
vraiment des conditions idéales. C'était le nombre d'adultes… Pendant la moitié
de la journée, on était deux adultes avec 18 enfants. Le local était
approprié. On avait la chance d'avoir de très grands locaux, bien éclairés, qui
avaient une toilette dans le local de classe et deux lavabos à la hauteur des
enfants.
C'était idéal
au niveau de l'organisation pédagogique. Les enfants n'étaient pas obligés d'aller
au service de garde avant. Le midi,
ils restaient en classe avec l'aide-enseignante, qu'ils connaissaient bien, et
ils retournaient à la maison après.
Alors, le nombre d'adultes qu'ils avaient à côtoyer dans la même journée, c'était
deux. Le petit de quatre ans, dans une école, a beaucoup, beaucoup plus
d'adultes que ça à côtoyer.
C'était idéal
par la formation reçue. À l'époque, il y avait des conseillères pédagogiques au
préscolaire dans toutes les
commissions scolaires. Maintenant, elles sont rares, les conseillères
pédagogiques au préscolaire. Quand elles sont là, elles vont avoir un
20 %. On était bien accompagnés par les conseillères pédagogiques.
C'était idéal
au niveau de l'équipement. On avait eu des gros budgets pour équiper nos
classes. J'avais même une cage à grimper dans ma classe. Je vous dis que
les petits garçons s'en donnaient à coeur joie quand c'était la période de jeu. Et on avait du matériel très riche à
tous les niveaux, mais spécialement au niveau du développement du
langage. Il y avait des spécialistes qui
avaient fait des trousses qui nous étaient offertes pour être capable de
développer le langage chez les petits
enfants allophones. Ces conditions, d'après ce qu'on comprend de ce qui va se
passer pour la maternelle quatre ans, sont très éloignées de ce que le
projet de loi propose.
Vous aurez
compris que, traditionnellement, nous, l'association, avons toujours été pour
la maternelle quatre ans. Mais, ces dernières années, on a dû se pencher
sur les nombreux problèmes de la maternelle cinq ans. Le Conseil supérieur de l'éducation,
là — ça,
là, c'est notre bible, là, c'est vraiment... — ils ont étudié la situation
des enfants de quatre et cinq ans, et tout y est. Si on veut vraiment aider les
enfants de quatre et cinq ans, c'est là-dessus qu'il faut construire les services qu'on va donner aux
enfants de quatre et cinq ans. Donc, nous, à la lecture de ça, à l'automne
dernier, on s'est dit : Oh! on n'est plus sûrs si on veut les maternelles
quatre ans, et là on s'est mis à étudier, de notre côté, sérieusement cette question-là. On a lu des
recherches, on a communiqué avec des chercheurs, on a fait des
rencontres de praticiennes, puis là on a été
obligés d'arriver à la conclusion qu'on ne pouvait pas dire oui à la maternelle
quatre ans, on pouvait dire oui à des places réservées en CPE, au centre
de la petite enfance, ou à l'élargissement du programme Passe-Partout pour les
enfants en milieu rural.
Durant la
campagne électorale, Mme Marois a promis, de très bonne foi, d'ouvrir les
maternelles quatre ans à temps plein en milieu défavorisé. Probablement
qu'elle ne savait pas que le conseil supérieur était pour publier son avis
quelques semaines plus tard. Ensuite, nous autres, on a cru que le comité mis
sur place par la ministre dirait : On va construire à partir de ça. Mais
ce qu'on voit, on ne voit pas que c'est ça. Parce que, si ça avait été ça, ce n'est
pas la maternelle quatre ans qu'on nous proposerait aujourd'hui, si ça avait
été basé sur l'avis du conseil supérieur.
Est-ce que
les gens du comité savent que le conseil supérieur a travaillé à temps plein
pendant un an et demi, où ils ont,
avec neuf agents de recherche, ils ont entendu de nombreux experts, ils ont
réalisé une enquête sur la maternelle, ils
ont analysé des expériences étrangères, ils se sont même rendus à l'étranger
pour pouvoir comparer et ils ont analysé plus de 225 publications sur le
sujet? Ils font 15 recommandations, et, pour moi, la première chose qu'on
devrait faire avant de construire quelque
chose de nouveau comme la maternelle quatre ans en milieu défavorisé, c'est :
On va regarder, on va regarder l'état des maternelles.
Nous, à l'association,
on entend des enseignantes de maternelle dire : La toilette, elle n'est
pas sur l'étage. Mes petits de
maternelle, il faut que je les envoie deux par deux pour aller à la toilette,
il n'y a pas de toilette dans la classe. Le local est mal éclairé. Il n'y
a pas d'équipement dans les maternelles. Il y a un manque de formation
initiale, il y a un manque de formation continue. On a des gros problèmes avec
la maternelle cinq ans, et là on va se dire : Bien, elles sont là, les
maternelles cinq ans, mais on va offrir un nouveau service.
Alors, nous,
parce qu'on veut vraiment le bien-être des enfants, qu'ils habitent la ville,
la campagne, le milieu rural ou une municipalité dévitalisée, on va en
trouver, des solutions pour les enfants qui ont des défis particuliers. Dans le
mémoire qu'on vous a présenté, on vous fait
part que ce qui nous a étonnés, ça a été le Center for the Developing
Child de l'Université Harvard. Eux, ils ont pris une centaine de recherches sur
qu'est-ce qui fait réussir le mieux les enfants d'âge préscolaire et ils ont dit : Dans toutes ces recherches-là,
on a développé qu'il y avait sept facteurs gagnants. On les a écrits
dans le mémoire, je peux vous les énumérer ici. Le premier facteur gagnant, c'est
des groupes de petite taille. Quand j'entends Mme la ministre dire qu'il y a
peut-être des classes que la moyenne des enfants, ça va être 15 pour pouvoir...
Oui?
Président (M. Caire) : Je
vais devoir vous interrompre, là, votre 10 minutes, malheureusement, est
écoulé.
Mme Jasmin (Danielle) : Est déjà...
Bon.
Président (M. Caire) : Mais
vous aurez l'occasion, très certainement, de continuer vos explications avec
les échanges qui vont suivre et qui vont débuter avec le groupe ministériel
pour une période de 24 minutes.
Jasmin (Danielle) : Je ne pensais pas que c'était pour être minuté
comme ça.
Le Président (M.
Caire) : Ça va vite, hein? Vous voyez que vous vous en sortez bien,
finalement.
Mme Jasmin
(Danielle) : C'est beau. C'est beau, oui.
Le Président (M.
Caire) : Nous sommes vos élèves.
Mme Jasmin (Danielle) : Non, non. Quand je me préparais chez moi, je ne
pensais pas qu'on serait à la minute près comme ça. Voilà.
Le Président (M.
Caire) : Malheureusement, on est obligés de tenir le temps.
Mme Jasmin
(Danielle) : C'est beau. Alors, on est prêtes à répondre à vos
questions avec grand plaisir.
Le Président (M.
Caire) : Alors, Mme la ministre, à vous la parole.
Mme Malavoy : Oui, merci. Bonjour, Mme Boily. Mme Jasmin, bonjour. Oui,
nous sommes à la minute près, puis,
en période des questions, c'est à la seconde près. Alors, dites-vous qu'aujourd'hui,
finalement, ce n'est pas si mal, on a quand même un petit peu de temps
devant nous.
Écoutez,
merci de venir partager vos préoccupations avec nous. J'aimerais peut-être
faire une petite introduction, un
petit rappel sur nos intentions, mais j'ai vraiment besoin, ensuite, de vous
poser des questions plus précises. Notre approche, nous, est une approche, je dirais, d'un grand
réalisme. Moi, je ne me demande pas quels seraient, dans un monde idéal,
les services à offrir à des enfants de quatre ans, je pars du principe que le
Québec a fait un choix, il y a déjà plusieurs années — et
Dieu sait que le Parti québécois y a contribué — en disant : On
croit que le développement de nos petits enfants
serait fort bien assuré par des centres de la petite enfance. On ne remet pas
ça en question. Ça a été un choix de société, alors que, dans d'autres
pays, on a des enfants, même avant quatre ans, qui vont dans des milieux
scolaires avec, on le pense bien, des
programmes éducatifs adaptés à leur âge. Mais le choix qui a été fait au
Québec, c'est de dire : Implantons
des centres de la petite enfance. Et vous nous avez entendus récemment, par la
voix de ma collègue ministre de la
Famille, dire : On va compléter le réseau, on annonce 28 000 places.
Donc, on y croit. On n'est pas, je dirais, en rivalité avec ce réseau-là
ou en questionnement, on y croit, on croit en sa valeur et on souhaite l'implanter
et le compléter du mieux possible.
Cela
dit, le même avis que vous évoquez — et je ne dirais pas que c'est ma bible, mais
disons que je le regarde aussi très attentivement — nous
demande dans ses recommandations d'assurer l'accès à des services d'éducation
et d'accueil de qualité pour tous les enfants de quatre ans. Et, ils nous
disent ceci, ils notent qu'actuellement seulement 65 % des enfants
québécois de quatre ans ont une place dans les services de garde. Et ils nous
disent : Au total, c'est moins de
73 % des enfants de quatre ans qui fréquentent un service de garde. Donc,
il y a environ 27 % des petits enfants de quatre ans au Québec, aujourd'hui, qui passent directement de la
maison à l'école. Dans certains cas, je suis persuadée que la maison
leur a fourni des apprentissages. Mais, on le sait, dans bien des cas, c'est un
choc culturel majeur. Et ils proviennent de
familles qui ne veulent pas... puis on pourrait peut-être s'étendre là-dessus
si on le veut, mais qui ne veulent pas que leurs enfants se fassent
garder, qui les gardent, eux, et, donc, ces enfants-là... Et, là-dessus, il y a
des recherches extrêmement bien documentées
montrant que les petits enfants arrivent en maternelle cinq ans — ce
qui est usuel, là, presque tous les enfants de cinq ans vont en
maternelle — qu'ils
arrivent avec déjà des carences, déjà des difficultés et qu'on peut prévoir que
ça va les suivre.
Alors,
mon point de vue à moi n'est pas un point de vue, je dirais, théorique — on
part de rien, et puis qu'est-ce qu'on
implante au Québec?— je pars du principe qu'on a un réseau de services
de garde qui est excellent, que je valorise. Mes propres enfants y ont été, mes petits-enfants y ont été, puis je ne
dirai jamais la moindre chose critique par rapport à ce service. Par ailleurs, je reconnais qu'il y a des
enfants qui n'y vont pas et pour lesquels je me sens une responsabilité.
Et, si je peux ajouter un service complémentaire, si je peux avoir une autre
porte d'entrée plutôt qu'une seule, si je peux avoir une autre porte d'entrée, il me semble que c'est de ma
responsabilité de leur offrir, mais, bien entendu, en adaptant ce qu'ils vont trouver, une fois la porte franchie, à
leur âge, à leur niveau de développement, au fait que c'est des enfants
de quatre ans et qu'être à l'école ne veut
pas dire être scolarisé quand on a quatre ans. Et je pense que la table qui
travaille au programme, et dont vous faites partie, je crois, Mme Boily — je
pense que vous y êtes — elle
prend ses précautions pour qu'on arrive avec un programme adapté.
Alors,
vraiment, sincèrement, là, j'ai besoin que vous m'expliquiez pourquoi vous êtes
mal à l'aise avec l'idée qu'on ajoute
quelque chose, non pas qu'on substitue, mais qu'on ajoute une porte d'entrée spécifique
pour des enfants qui, sinon, n'iront nulle part.
Mme Jasmin
(Danielle) : Est-ce que vous avez eu la chance d'aller voir les
maternelles quatre ans demi-temps à la CSDM?
Moi, je vous invite à aller faire une visite-surprise dans plusieurs écoles où
les écoles débordent. Il n'y a pas de locaux, on a mis des maternelles
quatre ans demi-temps dans des petits locaux très peu éclairés, pas de
toilette, pas de lavabo, les conditions déjà existantes pour les maternelles
quatre ans. Alors, on dit que, dans cette école-là…
bien, peut-être que cette école-là ne pourra pas avoir de maternelle quatre ans
à temps plein parce qu'il n'y a pas de locaux. On
a déjà sacrifié, dans beaucoup d'écoles, les bibliothèques parce qu'il n'y a
plus d'espace dans les écoles. Je ne veux pas juste parler du problème
montréalais, mais ça l'est.
Mme Malavoy : Est-ce que je peux
revenir là-dessus?
Mme Jasmin (Danielle) : Oui.
Mme Malavoy : Bien, je voudrais juste revenir là-dessus parce
que je voudrais être capable de différencier les types de problèmes. Là, vous me parlez de problèmes d'aménagement
des lieux, et je ne vous donne pas tort, là, je suis persuadée que ce
que vous avez vu, c'est probablement des choses qui sont avérées, de même que
je sais qu'il y a un certain nombre d'écoles
dont la qualité de l'air n'est pas ce qu'elle devrait et qu'il y a des choses à
faire du point de vue des lieux. Mais
est-ce que cela veut dire que, parce qu'il n'y a pas, mettons, des lavabos ou
des espaces comme il faudrait, est-ce que ça veut dire qu'on refuse de
penser à implanter une maternelle quatre ans à plein temps dans une école d'une
commission scolaire?
Mme Jasmin
(Danielle) : Bien, en tout
cas, je ne veux pas entrer dans les détails, il y aurait la demi-maternelle
qui continue, plus la maternelle temps plein. Comment on va choisir les
clientèles? Pourquoi un enfant va avoir le droit à la demie, puis l'autre, au
temps plein? C'est une autre question.
La maternelle
a... On ne veut pas refuser des services, mais, si on prend l'enfant de quatre
ans... Moi, je regarde l'enfant de quatre ans et je me dis : Si, en
CPE, il y a des places réservées pour les enfants en milieu défavorisé, si, comme le propose Camil Bouchard... Vous avez tous
vu la publicité qu'il y a à la télé pour le papa qui fait lire son petit
bébé de 10 mois, là, de la fondation
Chagnon. Si on pouvait avoir de la publicité qui dit aux parents : C'est
bon de stimuler les enfants, qu'on
puisse les convaincre que, s'ils amènent leurs enfants en CPE, là ils vont être
dans un ratio de un pour 10 avec l'éducatrice, ils vont être dans le
monde de l'enfance, ils vont être dans le monde à leur mesure. Là, le petit de quatre ans… Moi, avec les enfants de cinq ans,
là, toute la transition à faire, à s'habituer à la grande école, ne plus
avoir peur d'aller dans la cour de récréation quand il y a 500 élèves, c'est un
travail qui dure jusqu'à la mi-octobre. Là, on va mettre des enfants de quatre
ans dans une structure scolaire où ils sont des petits, tout-petits. Est-ce qu'on
peut les laisser dans un milieu à leur mesure en leur permettant d'aller au
CPE, en essayant d'organiser pour voir s'il y a des places au CPE?
Mais on sait
que l'aura… les parents disent : Moi, entre faire garder mon enfant au CPE
ou l'envoyer à l'école, où il va être
éduqué et instruit, bien sûr je vais choisir l'école. Donc, c'est à nous
revaloriser le CPE, de travailler, comme le suggère le conseil supérieur, à la formation continue des éducatrices
en CPE et de permettre à l'enfant de quatre ans de rester dans son monde
d'enfance avant de passer du statut d'enfant au statut d'élève. Quand il est
assez... En CPE, on parle toujours de l'enfant.
À l'école, on parle d'élève, il perd son statut d'enfant. Alors, nous, ce n'est
pas le priver de quelque chose, c'est
lui offrir autre chose qui est, à notre avis, plus respectueux de ce que l'enfant
de quatre ans a besoin.
Président
(M. Caire) :
Mme la ministre.
Malavoy : On est là pour
discuter, ça fait que j'apprécie que vous y alliez franchement avec votre
opinion. Quand je parlais tout à l'heure d'une approche qui me semble un peu
théorique, c'est justement quand on dit : Si on faisait ceci, si on faisait cela. C'est sûr que, si on faisait plus de
publicité ou plus de campagnes de sensibilisation, peut-être qu'on attirerait un certain nombre de
personnes. Mais il me semble que c'est plus profond que ça, qu'il y a des
parents qui veulent faire d'autres choix. Et
est-ce que moi, j'ai à juger du choix des parents? Si des parents me
disent : Moi, mes enfants, je
les garde moi-même, je ne les fais pas garder ailleurs… Et, c'est profond, ce n'est
pas une fantaisie, c'est une culture
autre. C'est une culture autre que celle que moi, j'ai pu avoir ou que bon
nombre de gens ont, c'est l'idée qu'un service
de garde, c'est un prolongement du rôle des parents, et il y a des parents qui
se disent : Cet aspect-là de la vie de mon enfant, je m'en occupe
moi-même.
Puis, si ces parents accueillent bien l'idée que
leur enfant de quatre ans puisse aller dans une maternelle et que… Ils ne sont pas obligés. Mais, si c'est
ouvert et qu'ils le font, pourquoi est-ce que moi, je leur refuserais?
Pourquoi je n'ajouterais pas ce service-là?
Pourquoi est-ce que je penserais qu'il y a un seul canal, une seule
voie, puis que le reste, ce n'est pas
bon et... Pourquoi je penserais qu'à quatre ans ça ne marche pas, puis, à cinq
ans, ça marcherait? Cinq ans, c'est aussi
des enfants, ils ne sont pas non plus dans une logique de scolarisation. Donc,
j'essaie de comprendre — comment
je dirais? — l'aspect
très, très ferme de votre approche qui est comme : Il y a un modèle, puis
il faut l'appliquer partout de façon
absolue. Et, si on ne l'applique pas, bien, faisons des campagnes pour que les
gens entrent dans ce modèle-là parce qu'ils ont tort de croire qu'il
pourrait y en avoir un autre qui leur convienne.
Mme Boily (Francine) : Mme la
ministre, si je peux me permettre…
Mme Boily
(Francine) : …alors, écoutez, en 1997, quand le gouvernement du Parti
québécois a instauré les maternelles cinq
ans à temps plein et était d'avis… et même, pour ouvrir les maternelles quatre
ans à demi-temps, nous, on
applaudissait cette idée-là et on était en accord. Mais on était en 1997. En
même temps, en 1997, il y a eu l'ouverture des CPE. Vous avez favorisé le développement des
CPE, et c'était un développement extraordinaire aussi, puis qu'on
apprécie. Ensuite, il y a eu aussi les services de garde. Et tout ça, c'était
toujours au coût de 5 $. Après, ça s'est rajouté
à 7 $. Bon, ce qui est arrivé, c'est que les écoles sont devenues obèses
parce que, justement, à cause de ces belles choses là qui sont arrivées,
eh bien...
Mme Boily
(Francine) : Obèses, bien, c'est-à-dire que...
Mme Boily (Francine) : Oui, exactement, c'est qu'il manque de locaux.
Assez souvent, les enseignants n'ont même
pas leurs locaux pour pouvoir préparer leurs classes pendant le dîner parce que
le service de garde vient dans les classes pour dîner. Bon.
Alors,
nous, aussi, pourquoi on est... On n'est pas contre, on n'est absolument pas
contre un service aux enfants de
quatre ans puis de rejoindre les enfants en milieu défavorisé. Quand vous dites
qu'on veut favoriser une seule méthode, non, ce n'est pas tout à fait ça
parce qu'on est pour Passe-Partout aussi, qui est une excellente façon de
rejoindre le parent. Puis il y a beaucoup de
recherches qui disent que, si on veut rejoindre l'enfant, c'est par le parent,
et Passe-Partout réussit très bien dans ce domaine-là. Parce que, quand
on veut avoir un changement, assez souvent… très souvent...
J'ai,
moi aussi, 37 ans d'expérience au préscolaire, hein, et, en passant, j'ai
été dans les premières animatrices de Passe-Partout. Alors donc, quand
vous dites : Pourquoi ne pas offrir ce service de qualité là?, c'est qu'on
a comme l'impression que c'est un champignon
qui pousse tout d'un coup, et puis on se dit : Pourquoi ne pas réfléchir,
s'arrêter, réfléchir sur qu'est-ce qu'on
peut offrir? Pourquoi aller aussi vite? Pourquoi arriver en septembre pour le
faire? Prendre le temps d'organiser… Et
puis, quand on parle du conseil supérieur, de l'avis du conseil supérieur,
bien, c'est là qu'on dit : Bien là, si
vous voulez aller vite, là, si vous voulez faire quelque chose, bien, pourquoi
ne pas le faire du côté des CPE, puisque les recherches l'ont prouvé
jusqu'à date, et ensuite c'est une...
Mme Boily
(Francine) : Comment? Oui, tu veux continuer…
Mme Jasmin
(Danielle) : Mme la ministre, tantôt, quand je vous ai décrit les
conditions que j'avais à la maternelle
quatre ans à la commission scolaire de Laval, si vous m'assurez que toutes les
maternelles en milieu défavorisé, quatre
ans, que vous voulez instaurer vont avoir cette qualité-là, on n'est pas
contre, on est pour. Mais je ne pense pas que ce soit la réalité, que ce
soit possible que ce soit comme ça.
je vous dirai aussi qu'à la page 77 de l'avis du Conseil supérieur de l'éducation,
ils ont regardé quel était un service de qualité pour les enfants de
quatre ans. Ils énumèrent une série de 11 critères qui vont faire que l'enfant de quatre ans va être
bien, et, à la fin, on
dit : «Si, au Québec, différents types de milieux préscolaires présentent
plusieurs des caractéristiques mentionnées
ci-dessus, le "modèle CPE" est celui qui correspond le mieux à cet
idéal de qualité.» Alors, nous, c'est
dans ce sens-là qu'on souscrit à ça. Mais faites-nous l'assurance que les
maternelles quatre ans vont avoir la qualité que j'avais en maternelle d'accueil
en 1976, je vais vous dire : Allez-y avec ces maternelles-là.
Mais
l'autre chose, c'est le contact quotidien avec les parents que l'éducatrice du service de CPE a et que nous, on n'a pas. Et, quand on travaille avec des enfants
avec des défis spéciaux comme ça, des enfants vulnérables, c'est très,
très important d'avoir un contact, un lien
avec le parent pour être capables de cheminer avec lui pour trouver les
solutions. Et je veux juste vous faire part
d'une expérience qui a été faite à Chicago. On a pris des parents de milieux
défavorisés avec une garderie, un «day-care center», les enfants de bas
âge. Avec les travailleuses sociales, on a identifié les familles très vulnérables. Ces travailleuses sociales là
ont accompagné les mères à venir passer une journée au CPE. Et, quand
ces mères voyaient le travail qui était fait
au CPE, elles pouvaient décider de faire du bénévolat au CPE en étant
assistantes-éducatrices. Et ces heures cumulées là d'assistante-éducatrice
étaient, à la fin de l'année, données en crédits pour terminer leur secondaire V. 90 % des mères qui ont passé l'année
à faire du bénévolat dans ces CPE là sont retournées finir leur
secondaire V. Donc, quand on parle d'une démarche écologique où on inclut
les parents, on redonne confiance aux parents dans leurs compétences
parentales, mais ça, ça en est, des expériences comme ça.
Le Président (M.
Caire) : Mme la ministre.
Mme Malavoy :
Avant d'aborder un autre sujet, je veux quand même rappeler que le volet
parents est important, effectivement, et que, dans le programme qu'on est en train de
développer, il y a un lien. Je sais qu'on va avoir
les gens qui sont très liés à cette expérience pilote de l'école Saint-Zotique, qui est un modèle, semble-t-il, du genre et
où il est évident qu'il y a tout un travail qui se fait avec les parents. Et,
là-dessus, vous n'avez pas besoin de me convaincre longtemps que c'est un
ingrédient qui est essentiel.
Mais
je comprends que, dans votre esprit, c'est comme si le milieu scolaire avait
des carences, mais même au plan de l'organisation,
beaucoup de carences au plan
de l'organisation et qui vous laissent croire que ce n'est pas un lieu
pour les enfants de quatre ans. Mais vous avez dit : S'il était de la même
qualité ou de la même nature qu'il y a peut-être 25 ou 35 ans, je ne sais pas, votre degré de confiance serait
peut-être plus élevé. Il y a quelque chose comme ça. Vous dites :
Nos écoles sont devenues impropres. Je comprends que vous dites ça.
Mme Jasmin (Danielle) : Tout à
fait. Tout à fait. Parce que l'enfant
pouvait vivre sa vie d'enfant. L'enfant
n'était pas avec les grands de sixième
année, l'enfant n'avait pas à croiser des grands dans l'école. Le petit de cinq
ans, ça lui prend du temps à se
sentir à l'aise dans la grande école de 500 élèves avec les autres. Donc, le
petit de quatre ans, ça va être encore plus difficile pour lui. Donc, si
l'enfant vient à l'école, il n'a pas besoin du service de garde, il n'y a pas beaucoup d'adultes qui sont en contact avec lui,
il y a un ratio très peu élevé, un grand local éclairé… Ça n'existe
plus, Mme la ministre, des grands locaux éclairés pour les maternelles, et c'est
de ça que... Puis plus l'enfant est petit, plus il a besoin de bouger. Alors, prévoir des petits locaux de classe
ordinaires pour les enfants de maternelle, des enfants de quatre ans, ça
n'a pas de bon sens. Mais il n'y en a plus, de grands locaux.
Mme Malavoy : Mais je comprends que c'est beaucoup lié... en tout cas, les dernières
interventions que vous avez faites sont beaucoup liées aux lieux.
je voudrais aborder une autre question. Parce que vous êtes l'Association d'éducation
préscolaire du Québec, là il y a
quelque chose, honnêtement, qui m'apparaît un peu curieux dans votre approche et votre position, c'est-à-dire
que vous représentez, donc, des gens qui ont une formation pour enseigner au
préscolaire, donc des gens qui ont une formation
universitaire pour enseigner au préscolaire et primaire, mais donc au
préscolaire, et vous semblez ne pas croire que cette formation-là peut avoir une valeur telle que... Tant mieux si
des éducatrices qui ont été formées pour être des éducatrices pour les enfants de cinq ans en
maternelle peuvent, avec peut-être certains aménagements de leur
formation, être aussi avec des enfants de quatre ans alors que, vous le savez,
du côté des services de garde, il y a deux personnes sur trois qui ont une formation de niveau collégial et
qui sont donc des éducateurs, des éducatrices, bon, plus, évidemment, la qualité de leur expérience.Mais pourquoi la formation des gens que vous
représentez ne vous semble-t-elle pas une formation appropriée pour être avec
des petits enfants, puisqu'en principe leur formation les a conduits à ça, et c'est,
tout de même, une formation de quatre ans universitaire?
Mme Boily (Francine) : Oui, Mme la ministre. Je vais répondre à ça. Je
suis moi-même chargée de cours aussi à l'université depuis des années.
Alors, le problème, c'est qu'avant on avait des écoles normales qui formaient
les enseignants,
et puis c'était pendant quatre ans, et puis on
se spécialisait en préscolaire, on se spécialisait spécialement au préscolaire pendant quatre ans. Et, quand les
écoles normales ont disparu, peut-être vers
les années 77, les universités ont promis de mettre 20 % de leurs cours libellés au nom de préscolaire
primaire, de donner au moins 20 % de leurs cours pour le préscolaire. Or, ça,
ça ne se passe pas. Et, je dois vous le dire, on a fait une enquête
là-dessus dans toutes les universités, il n'y a que deux cours
spécifiquement au préscolaire qui sont offerts. Il
y a peut-être un cours en éducation de la... de la
psychologie de l'enfant, mais il y a beaucoup de didactique. Mais il y a
peu, très peu de cours… Et, en plus, dans certaines universités, quand un étudiant ne veut
pas enseigner en maternelle, bien, il peut s'organiser pour ne pas faire
son stage — en
stage I, stage II, stage III en maternelle — puis,
rendu en stage IV, eh bien, dans certains milieux, il y a un problème d'écoles,
il n'y a pas assez d'étudiants qui peuvent aller faire leurs stages en
maternelle. Alors donc, ils vont sortir
avec un baccalauréat préscolaire primaire sans avoir mis un pied dans la classe
de maternelle. Alors, nous, on déplore vraiment
ce manque de formation là. C'est un manque de formation, on le déplore, et ça fait longtemps qu'on en parle.
Le Président (M.
Caire) : Mme la ministre.
Mme Malavoy : Mais, à vous entendre, j'entends une critique sur la formation au
préscolaire. Ce que vous me dites, ça s'applique tout autant aux gens
qui enseignent ou qui ont des enfants de cinq ans qui sont des enseignants d'enfants de cinq ans. Le fait qu'on parle de
quatre ans, ce n'est pas tellement l'âge, quatre ans
par rapport à cinq ans, ce que vous me dites, c'est qu'actuellement la
formation préscolaire et primaire se fait au
détriment du volet préscolaire,
et vous dites : Là, il y a quelque chose à rééquilibrer. Est-ce que je
comprends bien?
Mme Boily
(Francine) : Oui. Et puis ce qui fait aussi que certaines
enseignantes, quand elles arrivent au préscolaire, pour enseigner au
préscolaire, bon, vous savez que, des fois, c'est le hasard, hein, qui nous
permet ça. Bon, on s'en va remplaçant puis,
tout à coup, oups! on tombe dans une classe de maternelle. Qu'est-ce qu'on
fait? Eh bien, on a tendance, plutôt
que d'aller chercher dans le développement de l'enfant, on a tendance à aller
chercher des kits, tu sais, des kits tout
faits ou de l'aide, tu sais, des choses, papiers,
crayons, qui vont... Parce que les parents peuvent les pousser aussi, tu sais, de dire : Bon, l'enfant, il
fréquente la garderie depuis l'âge de deux ans, mon
enfant, bien, je pense que, là, il entre dans la grande école, il a le droit à
être scolarisé maintenant alors que l'enfant a vraiment cinq ans. Parce qu'on
parle des enfants de cinq ans. Alors donc,
elles ont tendance, justement, à ne pas aller vers le
développement global.
dernièrement… Je donne des formations auprès des enseignantes aussi, d'enseignantes
qui ont de l'expérience, puis nous,
on offre un congrès par année, un congrès qui se trouve à être une formation
continue, et puis les enseignantes disent : C'est la meilleure
formation qu'on n'a pas, on va la chercher là une fois par année. Et ça aide
parce qu'elles continuent, justement, à former l'enfant de façon globale.
Mme Malavoy :
J'aurais simplement pensé qu'étant représentantes
de l'Association d'éducation préscolaire vous
auriez dit : Bien, on va tout faire pour améliorer les choses plutôt que
de dire : On n'est pas compétents pour s'occuper d'enfants de
quatre ans. C'est ça qui me rend perplexe.
Mme Jasmin
(Danielle) : Ah! bien, on n'a pas dit...
Le Président (M. Caire) : Mme
Jasmin, je suis désolé…
Mme Jasmin
(Danielle) : O.K. Oui, parfait.
Président
(M. Caire) : …malheureusement, les 24 minutes
allouées au groupe formant le gouvernement sont échues. Je vais donc
passer la parole à l'opposition officielle, Mme la
députée de Mille-Îles, pour 20 min 30 s.
Mme Charbonneau : Merci, M. le
ministre. Alors, je vais joindre ma voix...
Le Président (M. Caire) : Président,
ça va faire pareil.
Mme Charbonneau : M. le Président,
excusez, je pensais à la ministre.
Le Président (M. Caire) : Peut-être,
êtes-vous voyante.
Charbonneau : Je voulais
parler à la ministre, puis, finalement, je lui
ai donné une paie de plus. Mais, bon, calmez-vous, calmez-vous.
Je suis heureuse d'avoir été assise quand j'ai
lu votre mémoire. Le
titre ne m'annonçait pas le contenu. Je me disais : C'est sûr que ces gens-là sont pour,
hein? J'avais même écrit déjà «pour» sur mon ordre du jour d'aujourd'hui
en disant : C'est écrit dans le ciel,
les étoiles s'enlignent, c'est leur titre, c'est leur volonté. Donc, je suis
restée un peu surprise, mais je l'ai lu avec beaucoup d'intérêt parce
que je me disais : Si quelqu'un vend cette marchandise, s'occupe de ce
monde-là et, tout d'un coup, est contre un projet, il faut qu'il y ait des
raisons pour ça.
Je me souviens, en 1997, quand on a parlé du
préscolaire temps plein, puisqu'on utilisait
les classes de la commission scolaire de
Laval à temps partiel pour les cinq ans, l'annonce a été accueillie pas
nécessairement avec grande joie. Il y a des parents qui n'étaient pas d'accord
pour des raisons que la ministre soulignait, hein? On aime bien, quand on a choisi de rester à la maison pour ses enfants, choix que j'ai fait… on aimait bien
penser qu'ils y allaient juste à mi-temps puis qu'ils revenaient. Quand
ça a été à temps plein, on est restés un peu surpris. Mais, quand on est à l'intérieur
de la démocratie scolaire, et qu'on prend des
décisions, et on réalise qu'une classe qui servait
pour deux moments dans la journée va
maintenant servir pour un seul moment, bien, dans une école comme l'école
Villemaire, qui est à Sainte-Rose, où
il y avait huit locaux qui servaient à 16 groupes, tout d'un coup j'avais
besoin de huit locaux, puisque mes 16 groupes n'avaient que place pour
la moitié.
Dans une
décision bien réfléchie, avec une bonne volonté, la volonté et les valeurs de
la décision peuvent être bonnes, mais,
si le financement pour les places n'est pas là… Il
peut être là pour l'enseignant, mais, s'il n'est pas
là pour les places, effectivement vous avez raison de vous inquiéter
parce qu'on va les mettre où on a de la place. Et, souvent, une classe d'éducation physique, un plateau sportif, c'est la classe d'à
côté. On tasse les chaises puis on fait notre activité physique là parce
qu'à cinq ans on n'a pas besoin d'aller dans le grand gymnase. J'imagine qu'à
quatre ans ça ressemble aussi un peu à ça.
Mais, de par
vos expériences, ce que j'ai apprécié, c'est que vous avez dit que vous étiez
dans un programme maternelle quatre ans d'accueil.
Donc, toute la valorisation puis la relation
parentale, puisqu'une classe d'accueil, c'est une classe où j'accueille
des élèves qui ne sont pas nécessairement francophones au départ, donc des familles...
Mme Jasmin (Danielle) : Issues de l'immigration.
Charbonneau : C'est ça, donc
allophones. Donc, j'aimerais vous entendre sur l'expérience que vousavez eue, sur cette
relation-là. Parce que la
ministre l'a déjà souligné, je pense que c'est important de se le dire, souvent
notre difficulté à l'éducation, c'est d'avoir
une relation entre le parent et l'éducateur. L'enfant, sa relation, il la
développe et il est dans le système,
mais la relation avec le parent… Et, si vous étiez en contact, déjà là, avec
des enfants de quatre ans, comment était votre responsabilité de lien
avec le parent?
Mme Jasmin
(Danielle) : On a eu la
chance, à Laval, de pouvoir, comme enseignantes du préscolaire — on nous appelait jardinières d'enfants
à l'époque — avec
le chauffeur d'autobus, parce que les enfants n'entraient pas en classe en même temps que les autres, se rendre dans chacune des familles. On avait pris
rendez-vous dans chacune des familles,
des familles qu'on n'avait pas pu rejoindre au téléphone parce qu'elles ne
parlaient pas français, et on arrivait, on sonnait à la porte, et on se rappelle qu'on donnait un ballon puis
une pomme aux enfants puis on les invitait avec les parents, on parlait de venir à l'école. Donc, l'étape
suivante était : le parent met le pied dans l'école, et, ensuite, on a
fait des activités où les parents venaient, des activités plus sociales, etc.
Donc, on a pris le temps.
Quand, Mme la ministre, tantôt, vous parliez qu'à
la maternelle de Saint-Zotique on va donner du temps pour travailler avec les
parents, je ne sais pas où on va trouver ce temps-là pour travailler avec les
parents parce que moi, comme enseignante, je
suis engagée par la commission scolaire pour être toute la journée dans la
classe. Alors, est-ce qu'on va me
libérer pour que je puisse parler avec... travailler avec les parents? Comment
on va faire pour que moi, dans mon temps, qui est déjà à temps plein, je
vais avoir du temps pour travailler avec les parents? Donc, ça, c'est
extrêmement important. Au CPE, ça fait
partie de la vie du CPE d'être en contact quotidien avec le parent, ce qu'on n'a
pas à l'école.
L'autre chose,
tantôt, qu'on voulait savoir, c'est : Est-ce qu'on dénigre notre
formation, on déplore que notre formation n'est pas adéquate? Heureusement qu'il
y a l'Association d'éducation préscolaire du Québec qui fait un congrès à
chaque année, où on peut aller parfaire sa formation parce que le ministère, il
y a plusieurs années, s'est délesté de son rôle de formateur, a remis ça aux
commissions scolaires, et les commissions scolaires font ce qu'elles peuvent avec le budget qu'elles
ont. Il y a des commissions scolaires qui ont des conseillères pédagogiques au
préscolaire pour être capables de faire de
la formation continue, mais il y en a d'autres qui n'en ont pas. Alors, au
niveau d'être formés pour les enfants de quatre et cinq ans, oui, on
part avec quelque chose de pas solide, mais...
Le Président (M.
Caire) : Mme la députée de Mille-Îles.
Mme Charbonneau : Oui. J'ai dit au président que j'étais pour être délinquante et j'étais
pour vous interrompre. Donc, il l'a fait pour moi, il est très aimable.
Mme Jasmin
(Danielle) : Oui. C'est beau.
Mme Charbonneau : Moi, je voulais savoir, après la pomme et le ballon, là, il y a une
continuité de relation avec le parent? Vous étiez en lien avec la
famille, où il y avait l'accueil, la pomme et le ballon, le premier lien. J'imagine
qu'après ça vous preniez des notes pour
savoir si c'était une famille de communauté x, y, z pour vous aider, peut-être
avec des traducteurs, je ne le sais pas… Mais, après, la relation
parent-enseignant, elle était comme — je vais utiliser un... — comme
au préscolaire cinq ans, c'est-à-dire dans les mêmes principes de rencontre,
Mme Jasmin (Danielle) : Oui. Les seules choses qu'on ajoutait, c'était… à
la fête de l'Halloween, on invitait les parents, comme on fait à la maternelle cinq ans, et il y a des parents
qui viennent, d'autres qui ne viennent pas. À Noël, on faisait un réveillon spécial d'intégration, etc.
Mais la fréquence, comme les enfants arrivaient en autobus, on ne voyait
pas plus souvent les parents.
Mme Charbonneau : O.K. Au niveau des services… Parce que vous dites la commission
scolaire de Laval, mais, en 1976, vous étiez dans Mille-Îles, dans
Chomedey ou dans Les Écores?
Mme Jasmin
(Danielle) : Les Écores.
Charbonneau : Merci. Donc, proche de mon comté probablement, puisqu'il
y a eu unification, là, en 1998 de la commission scolaire. Est-ce qu'au niveau
des Écores ou de la commission scolaire des Écores il y avait le programme
Fluppy à ce moment-là ou ça n'existait pas encore?
Mme Jasmin (Danielle) : Non. Le programme Fluppy a commencé très tôt aux
Écores, et quand… Moi, je suis passée
au primaire, je suis revenue au préscolaire quand c'était le temps plein, et on
avait le programme Fluppy, l'excellent programme
Fluppy qui a été, malheureusement… où il n'y a plus les budgets qui suivent,
etc., au détriment, je dois dire, là,
de mettre l'argent sur des kits pédagogiques qui coûtent extrêmement cher. Je
vais nommer La forêt de l'alphabet, mais ça peut être n'importe quel
autre kit. Mais ces kits-là coûtent très cher parce qu'on libère l'enseignant
deux jours, on achète... Donc, c'est deux journées de suppléance, on achète le
matériel à 300 $ ou 350 $ et on paie aussi pour une formation. Donc,
c'est beaucoup, beaucoup d'investissement pour une approche particulière.
Est-ce qu'on va faire ça après ça avec la
formation en psychomotricité? Est-ce qu'on va faire ça en numératie? Est-ce qu'on
va faire ça en littératie? Et c'est comme aller chercher au privé une
formation que la commission scolaire devrait être en train de donner ou le
ministère devrait être en train de donner.
Mme Charbonneau : Merci. J'ai connu plus Fluppy et 1, 2, 3 Go! que Passe-Partout.
Passe-Partout, à Laval, je ne l'ai
pas beaucoup connu, il était plus discret. Par contre, vous sembliez dire que
vous connaissiez le programme Passe-Partout pour l'avoir vu, puis je pense
que c'est un bel endroit pour regarder comment on fait le lien entre le parent
et un système éducatif. Même si je ne suis pas encore rendue à l'école, il y a
quand même là un lien intéressant à faire.
Je reviens à vous,
Mme la présidente, puisque vous disiez que vous étiez, au niveau de l'université,
près de nos prochains… ce qu'on appelle les
maîtres en éducation, nos enseignants. Il y a dans plusieurs mémoires des
reproches faits par rapport à la formation
des uns et des autres. Et, j'en conviens avec vous, quand je deviens une
enseignante ou une élève qui veut
devenir une enseignante, je ne choisis pas toujours mon stage où je veux, comme
je veux puis comment je veux. Puis,
dans les commissions scolaires, on le sait, il y a un choix multiple, hein? Il
y a les années… Un, il y a les niveaux, hein, primaire ou secondaire.
Après ça, j'ai l'école... Vous, vous avez dit l'école normale — j'ai
trouvé ça vraiment amusant, je n'avais
jamais entendu le terme — mais
il y a l'école alternative et l'école régulière. Il y a la
possibilité...
Mme Jasmin
(Danielle) : Excusez-moi, l'école normale, c'étaient les écoles de
formation des enseignants.
Charbonneau : Ah! d'accord. Ah non! ce n'est pas du tout ce que je
pensais, d'abord.
Mme Jasmin (Danielle) :
Non, non, non. C'est ça. Alors, ça s'appelait comme ça.
Mme Charbonneau : Je me souviens de collègues d'un certain âge qui me parlaient de l'école
classique. Ça fait que je savais qu'il
y avait un terme sur le classique. Mais, l'école normale, je ne connaissais
pas. C'est la première fois que j'entends le terme de l'école normale.
Donc,
quand je veux faire mon stage, je demande à la commission scolaire, et, après,
on m'assigne, dans la mesure du possible, le
choix que j'aimerais avoir. On m'offre un endroit où je peux faire ma formation
ou faire mon stage, là, auprès d'une
autre enseignante. Il faut aussi que l'enseignante accepte, hein, le coaching
puis la volonté comme ça.
Comment je peux
faire — puisqu'on
est ici pour vraiment avoir une discussion ouverte puis aller chercher les
meilleurs outils — pour
améliorer le principe de l'enseignement au préscolaire? Est-ce que je fais un
programme uniquement préscolaire? Parce que,
la ministre le disait, au niveau des CPE, sur trois personnes, j'en ai deux qui
ont une formation 100 % petite
enfance. Pas 15 %, 100 %. Comment je fais pour mettre en place dans
mon système universitaire un
programme qui donne une formation 100 % préscolaire? Et est-ce que c'est
recommandé ou vous y voyez la possibilité de pouvoir se promener un peu
dans le système scolaire si je n'ai pas une formation… Parce que j'ai beau
vouloir être enseignante en sixième année, là, ça se peut que je n'y arrive pas
avant 12 ans. Puis, en plus, je n'aurai pas ma permanence, je vais juste avoir ma classe. Je n'aurai pas ma permanence,
je vais être encore temporaire, mais je vais arriver après 12 ans d'expérience dans le monde scolaire…
Prenons la commission scolaire de Laval, puisqu'on en parle puis que j'en
suis très fière. Et, de ce fait, j'arrive en sixième année, la classe que
j'ai toujours voulu avoir, l'année que j'ai toujours voulu avoir, mais après 12
ans d'expérience. Puis j'ai bamboché dans toutes les autres classes de façon
très professionnelle, mais je n'ai pas pu avoir la place parce qu'elle était
prise et bien prise par des gens qui avaient une permanence. D'ailleurs, au
préscolaire, il n'y a pas beaucoup de places.
Mme Boily
(Francine) : Non, les enseignantes…
Charbonneau : Restent.
Mme Boily
(Francine) : C'est ça.
Mme Charbonneau : Les enseignantes apprécient, restent et développent de façon
extraordinaire une compétence avec cette petite enfance. Mais