National Assembly — 15 September 2016 (41st Legislature, 1st Session)
CAN 2016-09-15
Quebec — Committees
Donc, ces
réalités-là font en sorte qu'on a une crainte de perdre soit l'identité, parce
qu'à ce moment-là on atrophie par le nombre dans un territoire comme
l'Abitibi-Témiscamingue... Et souvent nous, on considère aussi la région du Nord-du-Québec. Donc, de
ce côté-là, encore là, l'enjeu devient encore plus, je dirais, d'une taille
démesurée. Et là on se dit :
Bien là, si on va vers le sud, comment on fait pour aller vers le sud? Vers les
Laurentides? Vers l'Outaouais? C'est surréaliste.
Mais il y a aussi un apport de cette population-là, qui a ses couleurs, ses
particularités, qui doit être respecté. Je pense que toute la notion d'offrir à nos populations une
représentativité qui tient compte de cette réalité-là, elle est non
seulement importante, mais essentielle.
Je comprends
que votre rôle n'est pas facile. On vous impose aussi, en contrepartie, des
enjeux en termes de nombre de comtés,
en termes de statistiques. Un individu, ce n'est pas une statistique. Une
région, ce n'est pas une statistique, c'est
autre chose que ça, c'est des gens qui habitent ces territoires-là avec
l'histoire, avec les réalités socioéconomiques, les profils économiques,
et on veut encourager les populations, par exemple, au niveau de l'immigration,
mais, pour pouvoir aller dans cette
dynamique-là, il faut aussi créer des conditions favorables, une appartenance,
une identité, et d'aller jouer dans
les paramètres des comtés, ça a toujours un effet. Et je suis convaincu que, de
ce côté-là, tant mes collègues qui sont de la région métropolitaine, que
ce soit du secteur de Montréal ou de Québec... vont vous l'adresser. Quand on vient jouer dans ces éléments-là, c'est toute
l'identité d'une population en lien avec sa réalité depuis des temps... Je
prends l'Abitibi-Témiscamingue. L'Abitibi, c'est une région jeune, mais
quand même, avec maintenant des municipalités qui
ont plus de cent ans, les gens s'identifient et ont du vécu, et on est déjà aux
troisièmes ou quatrièmes générations dans certains cas. Si on décristallise ces réalités-là pour les retransformer
autrement, ça a des impacts indéniables, une perte d'identité, et je pense qu'on doit porter une
attention toute particulière à cela. Dans une région, de prendre une décision
de ce type-là peut vraiment déstabiliser à
la fois l'appartenance mais également toute la dynamique socioéconomique du
territoire.
Donc, là-dessus, j'adresse humblement ma
préoccupation. Et je crois que les comtés d'exception, ils ont été reconnus,
parce que c'est une réalité du vaste territoire québécois, de son histoire
aussi en termes de développement à la fois
économique mais aussi d'occupation du territoire. Il ne faut pas l'oublier, cet
aspect-là, l'occupation du territoire. Et est-ce qu'on veut favoriser l'occupation du territoire
par l'identité à un territoire, donc avec une reconnaissance spécifique d'une région, ou on veut l'atrophier au bénéfice
d'une concentration vers des grands centres? C'est une question
légitime. La population se la pose.
On a un défi
en région chez nous en termes d'emplois pas parce qu'on manque d'emplois, parce
qu'on manque de travailleurs pour combler ces postes-là, et, là-dessus, la clarté de ce qu'est la
région de l'Abitibi-Témiscamingue, de ce qu'est
le comté d'Abitibi-Est, pour nous, elle est primordiale. On ne peut pas
se permettre de jouer avec les frontières tout simplement sur le fait
d'un facteur mathématique. Il y a, je pense, les autres impératifs, les autres
considérations qui doivent primer un peu
plus là-dessus. Et c'est pour ça que moi, je maintiens que, un, il est important
de maintenir les comtés d'exception à travers le Québec, parce que ce
que je vous dis là, il est tout aussi légitime pour les gens de la Côte-Nord,
pour les gens de la Gaspésie, pour les gens de la Mauricie. Pour moi, les
régions ressources qui ont aidé à développer
le Québec, on doit en tenir compte, parce que, dans une
perspective de développement, si on ne permet pas à ces régions-là de garder leur identité et de
pouvoir éventuellement — soyons optimistes — corriger l'aspect démographique et
l'amener à pouvoir retomber dans les données mathématiques souhaitées...
Vous me
permettrez également des commentaires. J'ai déjà parlé de la situation de la
Mauricie, qui me préoccupe parce que
je m'imagine, pour les gens des comtés là-bas, que déjà ça doit être une source
importante de préoccupation, à
savoir : Qui serons-nous au lendemain de cette refonte de la carte
électorale? Est-ce que c'est réellement nécessaire par rapport à la
Mauricie? C'est une bonne question à se poser. Et, en parallèle, je regarde la
situation dans la proposition qui est faite
actuellement au niveau des Laurentides et de l'Outaouais. On vit le processus
inversé. En Outaouais, on a des comtés qui sont bien nantis en termes
populationnels. La même chose dans le territoire de Laurentides-Lanaudière.
Mais, cependant, ce que je constate, c'est
qu'en termes de régions... et là je vois mon collègue d'Abitibi-Ouest ici,
nous, la région chez nous, on est
trois comtés. On extensionne avec Ungava. On a la prétention de pouvoir
englober Ungava, donc on est à quatre
comtés. L'Outaouais, ils sont à cinq comtés. Les Laurentides sont à 15
comtés... Laurentides-Lanaudière. Dans
le poids démographique de régions, parce que, oui, il y a des enjeux de comté,
mais il y a des enjeux de régions, quand
on regarde dans la capacité d'accueil, dans la capacité à attirer à la fois des
populations, à la fois des investissements ou des projets, ça a un impact non négligeable. Ce n'est pas juste
mathématique, c'est psychologique. Il y a un impact dans ces
situations-là, et l'équilibre, il est important.
Là, on nous
propose deux nouveaux comtés dans le secteur de Laurentides-Lanaudière, mais on
ne propose pas de nouveau comté en
Outaouais. Mais, l'Outaouais, il y a cinq comtés; Laurentides-Lanaudière, il y
en a 15. Moi, je me dis : Bon,
la répartition de Laurentides-Lanaudière, l'excédent est peut-être plus facile
à faire, parce que déjà, et vous l'avez vu dans vos statistiques, dans la répartition de la population, il y a des
développements domiciliaires qui se font, importants, hein? L'étalement se fait donc sans avoir à
influencer ces situations-là. Cet étalement-là se fait, donc le croisement des
lignes de comté, si je peux dire, est
beaucoup plus facile parce que ça se touche, la population se touche dans ces secteurs-là. Moi, si je veux toucher à mon voisin de Chapleau ou d'Abitibi-Ouest, qui est mon voisin immédiat, là, on a quand même des kilomètres entre les
habitations, là, d'un comté à l'autre, donc la redéfinition, elle est plus
simple pour absorber l'excédent de population par rapport aux statistiques.
Donc, j'adresse humblement, encore, là, cet
aspect. Je m'explique mal pourquoi on aurait besoin d'ajouter deux comtés dans les Laurentides-Lanaudière quand on juge qu'il n'est pas approprié de le
faire en Outaouais. Et, encore là, en Outaouais, dans le secteur plus particulièrement de Gatineau, on le voit, l'explosion démographique qu'il y a
là, elle est encore plus importante
que dans les Laurentides et, de fait, elle est très concentrée aussi dans le
secteur de Gatineau. Je
l'ai vécu encore récemment à une visite dans le secteur, où les développements domiciliaires qu'il y a là et l'activité économique qui s'y rattache...
Les gens ne vont pas s'installer juste pour le fun, là. C'est parce qu'il y a une réalité de territoire
qui fait en sorte que ça crée ces situations-là.
Vous me permettrez également
d'adresser, je pense, une préoccupation qui est d'un autre ordre mais qui est
quand même importante, c'est toute la
question de l'identification d'un comté à sa dénomination. On a vu qu'il y a
certains députés qui ont adressé à la
commission des demandes par rapport aux noms des comtés. Encore là, ça fait
référence à l'appartenance, à la
réalité de ces territoires-là. Changer le nom d'un comté, on ne fait pas ça
juste par plaisir, on le fait parce qu'il y a comme cette notion-là de vouloir bien attacher le comté
avec la population, et je pense que les députés, dans ce sens-là, avec leurs
représentants de la population, quand ils
présentent ces demandes-là, en général, c'est parce qu'il y a eu, justement, une
mûre réflexion ou des commentaires sur ce
qui s'est fait dans le passé, pour dire : Ce n'est pas nous autres, ce
comté-là. Cette identification, ce
n'est pas nous. Nous, on se retrouve soit dans l'ancienne identification avec
une modulation en lien avec la
réalité du territoire ou carrément parce qu'on souhaite vraiment s'identifier
de façon plus spécifique avec soit l'histoire, la réalité géographique
de ce comté-là, et je pense que là-dessus la commission doit être sensible
parce que c'est la population soit
directement ou via le biais de son député qui adresse cette notion-là, et moi,
je pense qu'on doit y accorder une attention toute particulière.
Le Président (M. Ouimet) : Alors, merci à vous, M. le député d'Abitibi-Est,
pour ces commentaires, ces représentations.
Il reste deux minutes. Je ne sais pas si vous souhaitez réagir, M. Reid... ou
les membres de votre équipe.
M. Reid (Pierre) : En fait, je pense que le député a bien exprimé les difficultés que
posent les régions, les grandes régions
comme l'Abitibi, ou la Côte-Nord, ou la Gaspésie, et effectivement, comme la
loi nous le permet, les considérations, les explications que peut donner le député viennent justifier les
raisons pour lesquelles il y a des circonscriptions d'exception. Je l'ai dit l'autre jour, oui, il y a des
circonscriptions d'exception, mais c'est sûr que la commission ne peut pas
prétendre aujourd'hui qu'il y a des
droits acquis. Les seuls droits acquis... puis, là encore, c'est peut-être un
peu fort, parce qu'il appartiendra au législateur d'en décider, il y a
seulement les Îles-de-la-Madeleine qui sont protégées dans la loi.
Quand
vous abordez l'Outaouais, Laurentides-Lanaudière... effectivement, l'Outaouais
est sur le bord, là, d'être en... une
sous-représentation, et on est tous
conscients que les prochains travaux vont probablement nous amener à
regarder du côté, particulièrement, de l'Outaouais.
côté de Laurentides—Lanaudière, je
le répète, ce n'est pas une augmentation à la marge, c'est une augmentation
importante. Déjà, vous avez deux circonscriptions en exception, et on regarde
pour 2020 : ça va être presque cinq circonscriptions.
On se doit d'agir parce qu'on revient... Je comprends qu'on semble, en tout
cas, nous dire, nous reprocher... en
tout cas, nous demander d'être prudents. Quand on nous dit : Ce n'est pas
juste un calcul mathématique, il n'y a pas seulement des chiffres, mais il y a quand même le principe d'assurer une
représentation effective de chaque électeur, que chaque électeur ne voit pas son vote diminuer par rapport à un électeur
d'une autre région. C'est le grand défi, là, auquel on doit faire face.
Le Président (M. Ouimet) : Très bien. Merci. Alors, cela met un terme aux
discussions concernant Abitibi-Est. Allons maintenant du côté de notre
collègue vice-président de l'Assemblée nationale, Abitibi-Ouest, qui est élu
sans interruption depuis près de 40 ans
aujourd'hui et qui a sûrement vu beaucoup de réformes de la carte électorale.
Alors, je lui cède la parole. M. le député d'Abitibi-Ouest.
Gendron : Oui. Je vous remercie, M. le Président de la
commission, et je vous salue. Je salue également les collègues de la commission. Je salue les membres,
M. le président d'abord, de la Commission de la représentation électorale
ainsi que madame et les autres membres.
C'est
clair que, d'entrée de jeu, je tenais à participer à cette commission-là pour
bien des raisons, là. La longévité y
est pour quelque chose, mais c'est plus le principe fondamental que j'ai
toujours défendu. Je suis convaincu d'être un représentant des régions du Québec. Et, lorsqu'on réfléchit sur la notion
de la représentation des régions ou de la représentativité des régions du Québec, j'en suis. J'avais eu l'occasion
de produire d'ailleurs la première réflexion d'envergure, au Québec, qui s'appelait Le choix des régions ,
pour que cette connexion entre l'État central et les régions du Québec soit plus habilitée à faire valoir ses
prérogatives, ainsi de suite, mais ce n'est pas la place, parce qu'on n'a pas
beaucoup de temps.
Moi,
je vais commencer comme je souhaite le faire et je veux vous féliciter
sincèrement mais rester un peu plus, là, sur qu'est-ce que j'ai observé. J'ai observé que vous avez conclu...
même si ce n'est pas définitif, c'est
sommaire, c'est préliminaire, mais vous avez conclu que vous aviez
les éléments qu'il vous faut pour consacrer six comtés d'exception, et ça, je salue cette noble, digne initiative. Je
la salue, là, d'une façon très importante. Et je n'ai pas envie de vous lire,
mais il faudrait quand même vous lire un
peu, là : «Les arguments amenés par la commission en 2011...» Pensez-vous
que je ne le sais pas, qu'on est en 2016,
là? Je le sais. Mais les arguments qui ont été mis en évidence, qui
s'appelaient le contexte géographique particulier de ce vaste
territoire — alors,
c'est bon d'avoir pris connaissance du vaste territoire — «ainsi que la difficulté d'établir des
circonscriptions équilibrées numériquement — à qui le dites-vous — tout en respectant les communautés naturelles et les limites administratives
du territoire»... et vous dites que ces arguments, que vous aviez antérieurement jugés valables, le
sont toujours et le sont davantage, ce qui vous permet d'arriver à une
conclusion intelligente, selon moi et selon bien des commettants.
Puis
là, comme je représente la circonscription d'Abitibi-Ouest, est-ce que je suis
content que vous la consacriez circonscription d'exception? Bien, c'est
clair que la réponse, c'est oui. Je voudrais quand même, parce qu'il y a des
collègues qui ne savent jamais la réalité... 38 municipalités — c'est
un nombre de municipalités le plus important au Québec — quatre
TNO — je parle
de ma circonscription — une réserve autochtone, ç'est ça, mon vaste territoire. Je vous
félicite également, parce que, dans votre
petite note, là — c'est
rare qu'on parle correctement de l'Abitibi-Témiscamingue — vous l'avez fait partiellement : vous n'avez pas dit «le Nord-Ouest»,
vous avez dit «à l'extrême ouest». Alors, ça, je vous félicite. On n'est
pas au nord-ouest, on est à l'ouest du Québec. Ça, juste de savoir ça, là,
c'est un geste de respect.
«Toutefois, elle compte
parmi les régions dont le nombre d'électeurs est le moins élevé.» On a un
problème. Il n'y a pas d'immigration, on
n'est pas frappé pantoute par l'immigration. Puis on n'a pas beaucoup
d'électeurs puis on a un vaste
territoire. Puis on a beau regarder à gauche, à l'est... à l'ouest, c'est
l'Ontario. À La Reine, là, c'est l'Ontario. Alors, je ne peux pas aller me chercher des électeurs dans la rivière ou
en Ontario. Et, un peu plus loin, c'est la limite du 48e nord parallèle.
Il y a eu un choix de trois petites communautés, VVR, Val-Paradis et
Beaucanton, qu'on appelle Valcanton, et
Villebois, puis ils ont décidé d'appartenir à la 10, dans le comté d'exception
d'Ungava, même s'ils le regrettent un
peu, mais ça, j'aurais d'autres raisons à déployer puis je n'ai pas le temps. Et, là où il y avait
une petite lacune, là, quand vous parlez de l'Abitibi avec... C'est
quatre villes, pas trois. La Sarre n'est toujours pas de bonne humeur,
parce que l'Abitibi, c'est un losange. Un losange, c'est un carré qui a eu une
claque sur la gueule. Excusez l'expression, mais... Alors, Val-d'Or, Rouyn,
La Sarre, Amos, ça, c'est les quatre villes de l'Abitibi, il faut savoir
ça. Et, quand on parle d'Abitibi-Témiscamingue,
il faut se rappeler qu'il y a une ville au Témiscamingue qui s'appelle
Ville-Marie, il faut la nommer.
Mais moi,
j'ai beau vous lire ça, là, plusieurs fois, là... et je conclurais pour ce
premier volet-là, là : «La commission privilégie une délimitation respectueuse du contexte géographique — vous avez raison — des communautés [culturelles]...» On n'en a pas. Ça ne nous dérange pas, mais vous
dites : Ça, on a ça comme objectif
ailleurs. Vous faites bien. «Et des limites administratives de la région de
l'Abitibi-Témiscamingue». Mon collègue l'a bien décrit, puis moi, je l'ai bien décrit. Mais
pourquoi je suis venu? C'est pour ajouter un paramètre, et
cela, c'est là qu'il devrait être, mon argument de fond. J'avais déjà produit une réflexion, quand
j'avais une autre responsabilité, comme leader de ma formation politique, dans un groupe de travail : Est-ce que le moment est venu
d'envisager de modifier la Loi électorale pour ajouter un paramètre qui aurait plus de mordant, qui
s'appellerait... moi, j'ai toujours appelé ça, là, la représentation effective,
réelle, objective qui tient compte de l'homogénéité du territoire, du
passé du territoire, de son histoire, de sa réalité et de la capacité pour
celui qui va hériter du mandat de représenter ses commettants de le faire
intelligemment. C'est ça que j'appelle, moi,
la représentation élective. Le puriste légaliste, moi, là, j'y... Je n'accepte
jamais de prendre un principe intégralement,
sans nuance, sans distinction, comme si c'était une mécanique, parce que ça me
fait penser à ce qui m'est arrivé à
un moment donné dans Abitibi-Ouest. On voulait tellement donner des électeurs
que je n'avais pas, on a dit : Bien, ce n'est pas compliqué, on va lui donner Lebel-sur-Quévillon puis
Matagami. Je me rappelle de ça, moi. Et là je ne blâme pas les
personnes. Qu'est-ce que vous voulez, vous avez un mandat presque infaisable
pour le vrai, là. Vous êtes extraordinaires
d'arriver à proposer quand même quelque chose avec tous les paramètres qui vous
contraignent. Mais, moi, là, me donner Lebel-sur-Quévillon puis Matagami
dans Abitibi-Ouest, c'était fou raide, là, il n'y a pas d'autre expression, là,
tu sais, il n'y a aucune réalité de territoire.
Or, le principe de l'égalité du vote, je crois à
ça, moi, mais pas en totalité. Ça fait assez longtemps que je suis député, là. Il y a d'autres paramètres, et
je pourrais vous en parler longuement. Je vais juste vous donner quelques
exemples de paramètres qu'il faut tenir compte. Bon. Moi, c'est ma
marotte, là, les panneaux bleus. Bon. C'est quoi, cette affaire-là? C'est la présence du gouvernement dans les comtés.
Moi, j'ai deux petites villes : La Sarre, Amos. Oui, il y a
un peu de présence du gouvernement à Amos puis il y en a un peu à La Sarre, mais il n'y en a
pas dans mes 40 autres municipalités. Le citoyen de Normétal, quand même qu'il
chercherait un panneau bleu, il va chercher toute la journée puis il ne
trouvera rien. Il n'y en a pas. C'est
quoi, un panneau bleu? C'est la présence du gouvernement : c'est la
Régie du logement, c'est telle affaire, et puis là je ne peux pas tous les nommer, c'est
la CSST, ainsi de suite. Mais moi, j'ai tenu des statistiques dans ma petite durée de vie parlementaire, là, et, si je vous disais que 60 % des types qui viennent à mes deux bureaux permanents... Je suis le seul député qui, dès 1976, avait
deux bureaux de comté. On n'avait pas le droit de faire ça, mais je l'ai fait pareil, puis ça, ça ne
me fait rien d'être délinquant parfois, en autant qu'on est délinquant correct,
là. Alors, moi, j'avais un bureau de
comté à Amos puis j'avais un bureau de comté à La Sarre. Puis 60 %
des gens qui viennent au bureau,
c'est pour de l'information, ils ne savent pas telle affaire. Bon. C'est sûr
qu'entre-temps ça a changé un peu. On
a Internet puis on ne l'avait pas quand j'ai commencé. Mais êtes-vous au
courant que, Internet, chez nous, là, il y a 35 % de mon territoire qui n'est pas couvert par Internet haute
vitesse? Puis je suis convaincu que Guy est d'accord avec ça. Puis ça fait des années qu'on en parle. C'est
quasiment comme le pain puis le beurre aujourd'hui, là, c'est requis d'être
branché sur Internet. Mais on le répète, on le répète, mais on ne l'est pas
encore complètement.
Mais tout ce
que je veux vous dire, c'est que : Est-ce qu'un député d'un comté rural
est pas mal plus sollicité, pas mal
plus identifié, pas mal plus connu que n'importe quel autre député pour avoir
fait des tests à la pièce avec des noms, des «buddies»? C'est clair que oui. Dans certains comtés urbains, ils
disent : Je n'ai pas de dossier de mines, je n'ai pas de dossier de forêt,
je n'ai pas de dossier de CPTAQ. Puis c'est tout vrai, là, puis je pourrais en
additionner encore. Donc, la fonction,
elle n'est pas de même nature. Est-ce que nous autres, on est beaucoup plus
sollicités dans les bureaux ruraux? La réponse, c'est oui.
Donc, je
reviens à ce que je prétends.
La définition de ma représentation réelle,
effective, là, c'est la capacité objective de mieux et bien représenter
les électeurs d'une circonscription avec un territoire qui a de l'allure, qui a
une certaine homogénéité avec l'histoire, le passé puis les liens naturels. Et
ça, ça a même un effet... puis, encore là, je pourrais le déployer davantage dans un mémoire un jour, ça a
même des effets sur le droit de vote. Il y a des gens qui disent : Je
n'irai pas voter, si vous ne me
respectez pas plus dans le territoire que vous avez découpé, parce que je ne
suis pas à la bonne place. Moi, j'ai entendu ça souvent. Alors, la carte
électorale, c'est fondamental par rapport à la valeur démocratique. Il faut que le comté, là, il ait un peu d'allure.
Puis là, bien, permettez-moi pour certains de dire : Ah! moi, c'est grand,
c'est vaste, mais, je comprends, c'est des
caribous, de la forêt, puis ainsi de suite. Attention, là! Moi, je veux que
vous restiez avec des électeurs. Puis
je suis contre ce qu'on a vu à quelque part, là, d'introduire la population en
général, parce que ça se peut que
l'immigration bouge l'affaire. Mais, écoutez, moi, j'ai le même problème avec
les enfants, que je ne peux pas prévoir : Est-ce qu'on va faire plus d'enfants dans mon
comté dans quelques années? Je le souhaite, mais je ne le sais pas, là.
Ça fait que, non, non, là, je veux que vous
restiez, de grâce, avec mon mandat, les électeurs, pas la population en général. Ça, ça viendrait encore le complexifier inutilement, puis
n'achetez pas ça, là. Mais une représentation
effective de qualité pour sortir du
purisme... et il y a toutes sortes d'opinions, puis il faut respecter ça. Ça ne
veut pas dire que moi, j'ai toujours
raison, là, puis je ne veux pas avoir toujours raison, mais je veux plaider mes
convictions, par exemple. Ça, je l'ai
toujours fait puis je vais le faire, mais... reçu une lettre d'un maître, là,
que je connais très bien, M. Reid, là, puis je le respecte, je le
connais, mais là il dit : Vous vous éloignez énormément du principe de la
représentation effective des électeurs en
procurant deux votes à certains endroits. Moi, un, je ne suis pas de cet
avis-là, que c'est si dramatique que ça,
et, dans certains cas, c'est dangereux de ne pas faire attention à ça. Donc, je
suis d'accord que vous fassiez attention à ça au niveau constitutionnel
mais pas inintelligemment. Et c'est pour ça que je croyais que, dans ce que
vous avez déposé pour les comtés d'exception... je crois que vous avez tenu
compte d'un réalisme pragmatique et j'adhère à ce réalisme pragmatique de six circonscriptions d'exception pour les mêmes
motifs que d'autres avocats me disent : Attention à la santé
démocratique du Québec — j'ai
le même point de vue qu'eux autres — attention à la santé
démocratique du Québec, quand on est trop
puriste, quand est trop braqué sur une seule réalité en disant : Ah! il
faut absolument que le poids d'un
vote soit le même partout. Ce n'est pas pratique, ce n'est pas concret, ce
n'est pas réaliste. Ça ne tient pas compte de la réalité du territoire,
ça ne tient pas compte du glissement des régions, parce que ce n'est pas
l'urbanité qui est condamnée, là, au Québec,
c'est les régions, et ça fait longtemps que les régions sont condamnées. Elles
sont condamnées pour toutes sortes de raisons.
Le phénomène de
déperdition dans la ruralité, je le vis constamment. Guy avait raison. Excusez.
M. le député d'Abitibi-Est avait raison. Il
dit : Il faut absolument s'occuper de l'occupation dynamique du
territoire. Pourtant, c'est dans les
cartons du gouvernement, mais souvent c'est une phrase, ce n'est pas réaliste
pantoute. Pour s'occuper de l'occupation dynamique, il faut que ce soit traduit dans plusieurs législations qui
en tiennent compte. L'autre phénomène, l'immigration, on peut bien en parler, il faut faciliter... il
faut qu'elle puisse s'étendre dans les régions du Québec, mais ce n'est pas
pantoute, pantoute la réalité. Quand
on a moins de 1 % d'immigrants, on ne me fera pas accroire que ça a un
impact majeur pour l'ensemble de l'Abitibi. Donc, c'est clair que c'est
les régions qui sont condamnées à glisser au fil des années, ainsi de suite.
voudrais faire deux commentaires avant d'avoir des réactions de votre part. Moi,
pour ce que j'ai entendu, puis on l'a
entendu massivement, parce qu'on
sentait, là, tu sais... puis bien respectueusement auprès de mes collègues,
c'est clair qu'on sentait qu'il y
avait une belle petite commande, là, de vous dire collectivement que ce n'est
pas correct de faire ce que vous avez
envie de faire dans Laurentides-Lanaudière par rapport à l'Outaouais. Pourtant,
vous l'avez expliquée 15 fois plutôt qu'une, l'explosion démographique,
pas les nuances à l'échelle sur le bord de la norme. L'explosion démographique, d'une façon très importante, est
dans Laurentides-Lanaudière. Moi, j'ai un paquet d'amis qui vivent là. Puis on a essayé de dire : Il n'y a plus de
place, il n'y aura pas de développement. Ce n'est pas la réalité pantoute, et
les gens l'ont très bien démontré. Et
je crois que, sur cette suggestion-là, vous êtes couverts, encore là, selon
moi. Moi, j'ai lu votre rapport, et
il me semble que vous êtes adéquatement couverts, et c'est une réalité
objective, et tantôt je vais finir avec une question là-dessus.
Pour
ce qui est de... moi aussi, ce n'est pas chez nous, mais on ne peut pas être
régionaliste juste quand ça fait notre
affaire dans notre circonscription ou dans notre région. C'est clair que je
n'endosse pas d'envisager de perdre un comté
dans la Mauricie. C'est encore un affaiblissement progressif des régions et, à
chaque fois que les régions s'affaiblissent quant à leurs pouvoirs de
représentation globale, c'est une perte pour la thèse que ça fait 40 ans que je
défends. Les urbains, là, je les aime, il
n'y a pas de trouble, mais ils sont toujours mieux outillés pour se défendre,
avec bien des affaires. Avec les
structures, le personnel, ils sont avantagés. Puis là je pourrais y aller
de : Il y a le transport urbain, le
métro, ainsi de suite. On n'a pas ça, nous autres, là, puis on n'a rien de ça
puis on n'aura jamais ça. Puis nous autres, on ne parle pas d'un autre couloir, puis c'est le troisième, pour les
deux rives, pour contrer les problèmes, mais il y a juste une affaire que je fais, moi, je paie pour ça, là.
Puis on me demande tout le temps : Il faut que tu paies, Gendron, pour ça,
là, parce que c'est important, c'est la
capitale puis c'est la métropole. Je sais tout ça, mais il y a un bout, là,
pour toujours en remettre, en
rajouter, là. Et les plus souffrants, là, sur bien des aspects, là, c'est les
régions du Québec, et moi, je trouve que, dans votre positionnement,
vous avez tenu compte de ce réalisme.
Et je terminerai avec
deux questions si on veut échanger un peu. Combien qu'il me reste de temps?
Le Président (M.
Ouimet) : Un peu moins de cinq minutes.
Gendron : Bon, un peu moins... Ça fait que, première
question, là, je veux très concrètement que vous rappeliez, entre l'Outaouais puis les Laurentides-Lanaudière,
l'écart prévisionnel de ce que j'appelle l'éclatement de la population.
Il me semble que c'était du cinq pour un,
là, comme perspective. Alors, quand on est dans du cinq pour un par rapport à
l'explosion démographique puis on fait semblant qu'on ne l'a pas entendu, on a
un problème.
Alors,
moi, je veux que vous me rappeliez ça, là, le chiffre exact de ce que vous avez
mentionné, pourquoi que vous prétendez qu'il y a lieu d'avoir une
correction immédiate. Parce que je fais une analogie rapide avec
l'Abitibi : Pourquoi que vous consacrez
le principe de deux comtés... six, mais deux en Abitibi? C'est parce que, vous
avez beau regarder ça année après
année, là, ça va être le même portrait puis ça va être le même portrait pour
tout le temps, même si les gens, ils pensent, là, qu'il n'y a pas de
croissance en Abitibi. Bien oui qu'il y en a, mais elle est concentrée, il l'a dit, à Val-d'Or, à Rouyn-Noranda, un peu à
Amos, un peu La Sarre, mais pas dans les villages, certain. Donc, au net,
il y a une croissance, mais ça ne pourra
jamais changer notre réalité, d'avoir un territoire différent avec lequel on
pourra jouer. Alors, j'aimerais ça que vous répondiez à ça.
Puis
la deuxième : Est-ce que vous croyez qu'il serait opportun, effectivement,
et que vous seriez plus en mesure de
mieux travailler, même si je trouve que vous avez bien travaillé, si on
modifiait la loi puis on ajoutait des précisions quant à la notion de ce que j'ai appelé, moi, tantôt une représentation
effective, mais pas sur le poids du vote, là, sur d'autres éléments, pour que celui qui a le mandat de
représenter son monde, là, soit vraiment capable de le faire convenablement,
pour les raisons que j'ai mentionnées?
J'aimerais ça que vous déployiez là-dessus et je vais vous écouter
religieusement.
Président (M. Ouimet) : Très
bien. Alors, merci, M. le député d'Abitibi-Ouest. M. Reid, quelques
commentaires, quelques réponses aux questions posées par le député?
M. Reid
(Pierre) : Oui. Juste au
niveau des chiffres, peut-être que ce qu'on disait l'autre... je pense, c'est
mardi, dans l'Outaouais, si on se place en date d'août 2016, c'était
presque 27 000 électeurs qui s'ajoutaient, alors que, les
Laurentides-Lanaudière, on était dans les 116 663 électeurs. Et, par
rapport à votre proposition d'une représentation effective, là, tenant compte,
je dirais, d'autres facteurs que légal ou numérique, c'est sûr que l'objectif
est intéressant, mais moi, je rappelle qu'on
revient toujours... et là c'est la Cour suprême, là, qui, dans le fond, nous
l'a quand même indiqué, c'est
d'assurer un vote qui ne soit pas plus important ou moins important par rapport
à un autre vote. C'est sûr que, dans les éléments que vous avez décrits, on
peut en tenir compte, mais vous comprendrez que ces facteurs-là ne votent
pas, là. Vous avez un lieu historique, mais, s'il n'y a personne, vous n'avez
pas de vote, là.
Donc, c'est
pour ça qu'on revient toujours au critère numérique, mais la Cour suprême nous
avait quand même indiqué — c'est ce qui se reflète dans la Loi
électorale — qu'il y
a d'autres facteurs dont on doit tenir compte, comme les communautés naturelles, et d'autres facteurs sociologiques. Donc, en ce sens-là, on essaie de... puis, comme je l'ai dit l'autre jour, c'est un peu l'équilibre qu'on essaie d'assurer, mais c'est sûr que, le
critère numérique, on ne peut pas l'éliminer. Et la Cour suprême aussi avait été claire par rapport... et c'était la situation, parce
que la cause qu'elle avait devant
elle, c'était la Saskatchewan, et effectivement il y avait un comté, ou
une circonscription, dans le Nord, et je pense que la Cour suprême comprenait bien
les particularités de cette région, et c'est un peu dans le même
sens que, nous, les particularités
des régions qui sont en exception, pour
nous, répondent à ces critères-là d'exception, compte tenu de l'étendue du
territoire et d'une population qui
est concentrée ou étendue sur le territoire. Donc, on se doit d'en tenir compte
et d'assurer à ces régions une
représentation effective des électeurs de ces régions.
Président (M. Ouimet) : Voilà.
Alors, voilà qui met un terme à cette discussion sur le comté d'Abitibi-Ouest
et les régions. Allons du côté maintenant
des comtés urbains de l'Île-de-Montréal, et je souhaite la bienvenue à Mme la
députée de Crémazie, à qui je cède la parole.
Montpetit : Je vous remercie, M. le Président. Permettez-moi d'abord
de saluer mes collègues de la banquette ministérielle, mais également de l'opposition. Bien contente de vous
revoir après cet été, qui a sûrement été chargé également dans vos
circonscriptions.
M. le
directeur, MM. les commissaires, on s'était vus il y a un petit peu plus qu'un
an, lors des consultations. Donc, vous
avez déjà entendu mon argumentaire, mais que je vais refaire au bénéfice du
directeur, qui, lui, ne l'a pas entendu mais qui a certainement consulté le mémoire qui avait été déposé à
l'époque ainsi que le verbatim, les retranscriptions des échanges. On vous a déposé, il y a quelques minutes,
le mémoire, donc, que j'ai soumis en début de semaine au directeur des élections ainsi qu'aux commissaires, qui est
accompagné également de lettres dont je ferai mention un petit peu plus tard,
des maires de l'arrondissement d'Ahuntsic mais également de l'arrondissement de
Montréal-Nord. Et mon collègue, tout
juste avant, qui parlait, il parlait de représentativité effective. Donc, je
vais aborder deux points, là, pour commencer, qui font référence à la
Loi électorale, donc l'article 14, l'article 15.
Un, sur la
représentativité effective, j'étais surprise et je me questionne encore sur le
pourquoi de la proposition qui a été
faite concernant Crémazie. C'est une circonscription, donc, qui a
47 038 électeurs — la moyenne québécoise, on le rappelle, elle est de 48 000 — donc, à une centaine d'électeurs près de la
moyenne québécoise. La circonscription de Bourassa-Sauvé, qui a
48 536 électeurs, donc, encore une fois, une circonscription qui est à
quelques centaines, voire dizaines de la moyenne québécoise... et la
proposition que vous faites est de retrancher, donc, 5 000 électeurs de la
circonscription de Crémazie pour les ajouter
dans la circonscription de Bourassa-Sauvé, ce qui amène donc les deux
circonscriptions à des écarts de plus de 10 % de la moyenne québécoise.
Dans ce
contexte-là, je comprends, et je pense qu'on s'en était parlé à l'époque, votre
démarche est d'avoir une certaine
adéquation entre les arrondissements de Montréal et les circonscriptions. Je
pense que votre rôle premier comme directeur
des élections, c'est le respect de la Loi électorale, et, dans la Loi
électorale, la question de la représentativité, elle est bien définie. Je pense que tout le monde l'a exposée à
plusieurs reprises. C'est un droit aussi de la Charte des droits et
libertés de la personne. Donc, un vote égale un électeur.
Dans les cas
de Crémazie et de Bourassa-Sauvé, il n'y a rien qui nécessite de faire des
ajustements en termes de nombre d'électeurs, et, pour ces raisons, et
c'est ce que je vous avais dit la dernière fois quand on s'était rencontrés, je pense qu'en tous points on est mieux de
favoriser la continuité pour favoriser la participation au vote plutôt que de
faire des changements pour faire des
changements, changements qui non seulement ne nous rapprochent pas des articles
de la loi, mais nous en éloignent dans le cas qui nous concerne. Et
j'ajoute aussi que cette partie-là du territoire avait été, à l'époque d'un des derniers redécoupages,
transférée de la circonscription de Bourassa-Sauvé, qui portait un autre nom à
l'époque, vers Crémazie. Et je suis certaine que vos
démographes pourront aussi souligner le fait que je suis dans une circonscription qui était extrêmement stable pour
des raisons géographiques, socioéconomiques, c'est-à-dire beaucoup de maisons unifamiliales, donc très peu de
croissance démographique versus la circonscription de Bourassa-Sauvé.
Et je présume que vous aurez donc le même redécoupage à faire dans une dizaine
d'années, parce que, Bourassa-Sauvé, non
seulement vous l'amenez à 10 %
d'écart de la moyenne québécoise, mais elle sera probablement beaucoup plus
loin de la moyenne québécoise encore lors du prochain redécoupage.
Donc,
pour toutes ces raisons, et elles sont bien expliquées dans le mémoire, je me
questionnais sur le pourquoi si on se fie seulement sur la question de
la représentativité effective.
là je vais sur la question des communautés naturelles, parce qu'il est bien
écrit dans votre démarche que vous avez apporté une attention
particulière à la question des communautés naturelles, et votre proposition
pour la région de Montréal, donc, visait à
faire une adéquation entre l'arrondissement et la circonscription. Je comprends
dans les discussions qu'on a eues
l'année dernière que c'est peut-être une demande qui avait été faite en 2007,
je crois, par certaines personnes. Je
pense qu'il est important de statuer qu'un arrondissement à Montréal... puis je
vais parler vraiment pour Crémazie,
pour Montréal, parce que je pense qu'en région déjà une MRC, une municipalité
prend un sens qui est complètement
différent, alors qu'à Montréal... Mon comté fait six kilomètres carrés, donc
c'est une tout autre réalité. On traverse
une rue, on n'est plus dans le même arrondissement, on n'est plus dans la même
circonscription provinciale, on n'est
plus dans la même circonscription fédérale, et c'est des frontières qui sont
extrêmement intangibles pour le citoyen. Donc, c'est une noble initiative mais qui, je pense, en bout de ligne,
apporte très peu ni aux élus, ni aux citoyens, ni aux électeurs. Et un
arrondissement, en partant, n'égale pas forcément une communauté naturelle.
dans le cas qui nous occupe, la
section qui est concernée dans Crémazie — c'est la
section qui est à l'extrême est — comprend de nombreuses résidences. Il y a
vraiment une concentration de résidences pour aînés, des grandes tours qui se trouvent là, et ce sont principalement des
citoyens d'Ahuntsic, d'anciens résidents d'Ahuntsic qui logent dans ces résidences-là, qui se trouvent, donc, à moins de
six kilomètres de leurs résidences d'origine, et qui décident d'aller vivre
dans ces résidences pour avoir une certaine
continuité, dans le fond, avec la vie qu'ils mènent, donc continuent de
fréquenter les mêmes clubs sociaux,
et compagnie. Et, à cet effet-là, il y avait un dépôt, d'ailleurs, dans les
lettres que vous avez reçues, du
maire d'Ahuntsic, qui, d'ailleurs, habite cette section, donc, comme maire
d'Ahuntsic, habite la
section du comté qui est dans Montréal-Nord, et je me permets de le citer, où il
disait : «Les Nord-Montréalais fréquentent quotidiennement les parcs, les commerces, places publiques et clubs de
l'âge d'or d'Ahuntsic sans égard aux délimitations des arrondissements. Habitant moi-même ce secteur, je peux
personnellement vous confirmer que les liens qui les unissent à Ahuntsic et
Crémazie sont réels, tangibles et
importants. De par ses attributs sociodémographiques, ce territoire a des
intérêts convergents sur de nombreuses
questions de juridiction provinciale, la santé notamment, avec certains
districts de mon arrondissement, soit ceux
d'Ahuntsic, du Sault-au-Récollet et du Domaine St-Sulpice. Incidemment, que
l'ensemble de ces citoyens soient représentés par le même élu à
l'Assemblée nationale est une situation, à mes yeux, positive et souhaitable.»
vous avez également, et je vous laisserai en prendre connaissance, une lettre
du maire de l'arrondissement de Montréal-Nord qui va également en ce
sens.
Donc,
je ne m'épandrai pas plus longtemps sur ces arguments-là, parce que je pense
qu'on a eu de beaux échanges, d'ailleurs,
l'année passée. Et, M. Courville, je me permettrai de vous citer, parce que je
vais relire le verbatim, et, bien, j'espère
que votre position n'a pas changé par rapport à l'année dernière, où vous me
disiez, puis je vais le lire pour être sûre de ne pas mal vous citer,
là : «Si ce que vous suggérez ne pose aucun problème en regard de la loi,
[...]bien, on va y faire droit. Comme je
vous dis, la préoccupation de la commission, ça a été de jouer avec les
arrondissements. Mais ce n'est pas un
cas de force majeure, c'est-à-dire que, si on ne tenait pas compte des
arrondissements, ça ne changera pas grand-chose, de toute façon.» Donc,
j'espère que vous logez à cette enseigne.
sur ces volets-là de ma proposition, en fait, ce que je vous suggère, c'est la
continuité, c'est de maintenir les limites
de Crémazie. Je pense que, de façon générale, à moins de force majeure, on ne
devrait pas changer les limites d'une circonscription,
si ce n'est que pour favoriser l'appartenance à une circonscription. Favoriser,
vous le savez, la participation au vote, je ne vous l'apprendrai pas,
est un enjeu. Donc, le moins on bouge de choses, le plus on la favorise.
Et, dans un tout
autre ordre d'idées, et vous en avez sûrement entendu un peu parler, je vous
amène aussi une proposition. Vous avez une lettre entre les mains, de l'Association de hockey mineur des Braves d'Ahuntsic, qui font la demande de changer le nom de la circonscription. Et je sais que ça peut être délicat, dans certains cas, comme démarche,
mais je suis bien à l'aise de vous l'amener parce que... donc, pour la renommer
Maurice-Richard.
Évidemment,
vous en avez entendu parler. Maurice Richard était un citoyen
qui a habité 50 ans dans la circonscription d'Ahuntsic, et c'est M. Courville, hein,
je crois, qui a résidé dans Ahuntsic, donc il doit être bien au fait de cette situation.
Il a habité une cinquantaine d'années dans la circonscription, très, très
impliqué dans la communauté aussi. On
le voyait régulièrement jouer au baseball au parc Ahuntsic. Il a fondé
l'association des Braves d'Ahuntsic, dans laquelle ses fils ont joué,
qui est la plus vieille association de hockey mineur. Et, depuis une dizaine
d'années, cette association, avec la
famille, cherchait une façon d'honorer le nom de Maurice Richard dans la
circonscription, et l'opportunité se présente, par vos travaux, de faire
cette demande pour renommer la circonscription en son nom. Et, à travers les
démarches qu'on a faites pour trouver une façon de l'honorer, j'ai été très
surprise de consulter la Commission de toponymie
du Québec, qui faisait état du fait que, malgré que Maurice Richard aurait 100
ans dans cinq ans, est décédé depuis déjà 16 ans, il y a seulement cinq
lieux au Québec qui portent son nom, cinq lieux publics, lieux pas très significatifs, et je vais me permettre de les nommer,
là : une place, une rue à Vaudreuil-Dorion, un lac à Baie-de-la-Bouteille,
un petit parc à Montréal et un aréna à
Montréal également. Ce sont les cinq seuls lieux publics au Québec qui honorent
un homme, évidemment, qui incarne la fierté
des Québécois, la fierté nationale, qui a marqué des générations, qui marque
encore des générations aujourd'hui.
en ce qui concerne Crémazie, il y a un peu plus d'une trentaine de lieux qui
portent son nom, dont le métro Crémazie, le
boulevard Crémazie à Montréal même, dans ma circonscription même, qui est
emprunté par des milliers de
personnes chaque jour, une bibliothèque à Québec, un boulevard à Québec aussi.
Et je ne veux pas tomber dans des débats
d'«on dénomme quelqu'un pour renommer quelqu'un», je pense qu'on doit trouver
une façon d'honorer nos héros modernes,
et il s'en ajoute à chaque décennie, et on ne construit pas des infrastructures
non plus tous les jours, donc il faut
trouver des façons nouvelles de donner une place à ces nouveaux héros modernes,
et c'est la proposition que je vous fais aujourd'hui, donc, qui émane de
la communauté.
J'en profite aussi
pour... parce que ce n'est pas seulement le joueur de hockey, hein, c'est toute
la question du symbole, de l'homme, là,
qu'on doit souligner nationalement, et j'en profite pour citer, puis vous êtes
peut-être familiers avec ça, une
étude de l'Université Laval qui a été faite il y a tout juste deux ans, trois
ans, en 2013, avec le musée de la civilisation
du Québec, qui proposait, en fait, qui montrait de nombreuses photos. C'est une
enquête assez profonde sur les symboles pour identifier les images
emblématiques fortes du Québec. Et donc les gens se faisaient présenter de nombreuses photos et devaient identifier celles
qui représentaient le mieux le Québec et son histoire, et Maurice Richard,
dans toute la liste, arrive troisième.
Donc,
je pense qu'il faut collectivement trouver une façon d'honorer son nom. Je
pense que la Commission de toponymie
devra se pencher sur cette question-là. Évidemment, il répond à tous les
critères, c'est-à-dire qu'il a un lien local
avec la circonscription, ce qui n'est pas, d'ailleurs, le cas de Crémazie, là,
et... il a un lien local, il est décédé depuis plus d'un an et il a eu, évidemment, un rayonnement national, je n'ai
pas besoin de le souligner. Et donc, dans cette étude-là, on soulignait bien le caractère du héros mythique,
la fierté d'un peuple également. Donc, je pense que c'est une figure
emblématique qui mérite grandement sa place dans le Québec.
Et j'en profite aussi
pour vous lire... Il me reste un peu de temps, M. le Président?
Le Président (M.
Ouimet) : Il reste sept minutes.
Montpetit : Ah! bien, il nous reste beaucoup de temps, alors je vais
prendre le temps de vous lire... la proposition
s'est faite mardi, et j'ai reçu de nombreux courriels de citoyens, et c'est
toujours intéressant, courriels qu'on a soumis, qu'on transfère au fur et à mesure à la famille, hein? Vous
savez, il a sept enfants qui sont encore vivants. Et un des citoyens nous écrivait justement hier puis il
dit, bon : «Quelle excellente — puis je ne veux pas souligner l'excellence
de l'initiative, ce n'est pas mon objectif,
là, c'est plus l'histoire — initiative de renommer le comté. J'ai vécu 45 ans dans le quartier et j'ai rencontré M. Richard à
quelques reprises. M. Richard avait l'habitude d'être devant sa résidence et de
saluer les gens lors du passage du Tour de l'île.»
Donc,
on a eu beaucoup de témoignages, dans les derniers jours, de gens qui l'ont
côtoyé durant les 50 ans où il a vécu...
et, comme je le disais, où il jouait à la balle, au parc Ahuntsic, au hockey.
Un homme très, très, très impliqué dans sa communauté. Donc, la proposition que je fais, elle est vraiment
dans un objectif, oui, de souligner l'homme, l'athlète, le
symbole, mais également l'homme de famille et son attachement à la communauté
du quartier que je représente, la circonscription que je représente. Merci.
Le Président (M.
Ouimet) : Merci à vous, Mme la députée de Crémazie.
Vos documents sont
officiellement déposés à la commission. Des réactions de la part de M.
Courville?
Courville (Serge) : Merci, M. le Président. Je voudrais rassurer la députée : je suis toujours en accord avec moi-même et avec mes
propos.
Le Président (M.
Ouimet) : Jusqu'au moment où vous changez d'idée. Ce qui arrive aussi.
M. Reid.
M. Reid (Pierre) : Oui. Concernant la dénomination de la circonscription de Crémazie,
effectivement, comme vous l'avez dit, nous allons
demander l'avis de la Commission de toponymie. Je pense que c'est un des
critères de la commission que, quand il y a un nom, un toponyme qui
peut bien représenter la circonscription et un lieu... je pense qu'ils sont
assez favorables. D'ailleurs — je pense, c'est mardi — lorsque...
Il y avait aussi, pour certaines circonscriptions où on voulait ajouter un troisième nom, la difficulté
où la Commission de toponymie, en fait, pour éviter de diluer un
peu le nom de la circonscription, essaie de trouver un nom qui puisse bien refléter
la circonscription. Bon, la commission
nous renseignera, nous fournira un avis, et,
je pense, elle vous a écoutée, et je pense
que M. Richard semble satisfaire à ces conditions... à plusieurs d'entre
elles, en tout cas.
Par ailleurs, puis là ce n'est pas seulement pour Crémazie, j'aimerais peut-être pour l'ensemble
des collègues... la Commission de toponymie a déjà, je dirais, souligner, fait
part qu'il y a une sous-représentation — on
parle de représentation — une
sous-représentation de toponymes féminins. Et moi, je profite de l'occasion...
On a parlé de M. Parizeau dans L'Assomption. Je pense qu'il y
a Mme Marie-Claire
Kirkland-Casgrain, dont l'anniversaire de décès, je pense,
est au mois de mars 2017. Il y a peut-être d'autres noms, mais je voulais quand même
porter à votre attention... où la commission
a fait part, à quelques occasions, de cette sous-représentation de
toponymes féminins. Donc, je porte ça à votre attention.
Président (M. Ouimet) : Très bien.
Merci, M. Reid. D'autres commentaires, Mme
la députée de Crémazie?
Mme Montpetit :
Non, outre le fait que, je pense, c'est extrêmement judicieux de mentionner ce
que vous venez de faire. Effectivement, je pense que c'est quelque chose qui nous
préoccupe tous, mais je comprends qu'il
y a une démarche ouverte qui
se fait en ce sens.
Le Président (M. Ouimet) : Très bien.
Merci. M. Jean, je vous cède la parole.
M. Jean (Bruno) : J'aurais aimé
revenir tantôt — mais
là on est hors d'ordre — en
Abitibi, là, mais...
M. Jean (Bruno) : On aura l'occasion...
Le Président (M. Ouimet) : Bien, écoutez — il
reste trois minutes — s'il
y a un consentement de la part des parlementaires, il n'y a aucun problème, là.
M. Jean
(Bruno) : Juste très rapidement.
Vous avez évoqué le nombre d'électeurs versus le nombre de résidents dans une circonscription.
Les paramètres de la commission,
c'est les électeurs, et on ne peut pas les changer. C'est ce qui nous est donné, donc ce n'est pas dangereux qu'on
change... Vous sembliez dire qu'on pouvait, qu'on avait le choix. On n'a
pas le choix.
Gendron : ...de la
loi. C'est ça que j'ai dit.
M. Jean
(Bruno) : D'accord.
Et, je voulais dire aussi, et le président
de notre commission l'a souligné, l'«explosion»
démographique, je pense que c'est le mot qu'il faut employer pour les
Laurentides et Lanaudière. Ce n'est pas une simple croissance et un
ajustement à la croissance.
Juste une image : il y a eu, sur 10 ans,
plus d'électeurs qui sont arrivés dans cette région — 116 000,
on a dit tantôt — qu'il y en a en Abitibi depuis longtemps.
Donc, c'est une réalité incroyable. Mais j'ai surtout pris la parole pour
souligner l'à-propos des propos de Mme la députée de Crémazie quand elle dit
qu'en ville les frontières, elles sont intangibles
pour les citoyens, elles ne sont pas visibles. Donc, elles sont floues. Donc,
j'ai beaucoup aimé la formule. Merci.
Président (M. Ouimet) : Très
bien. Alors, merci, M. Jean. Donc, cela met un terme aux discussions
relativement au comté de Crémazie.
Passons maintenant au beau comté de Jeanne-Mance—Viger. Je salue sa députée et je lui cède
la parole. Mme la députée.
Rotiroti :
Merci, M. le Président. Alors, M. le Directeur général des élections, MM. les
commissaires, chers collègues, merci
de me permettre de m'exprimer en tant que députée du comté de Jeanne-Mance—Viger, qui est situé dans l'est de Montréal. Évidemment, mon comté
n'est pas touché par rapport à cette refonte, mais, dans le passé, le comté
a été touché dans les refontes passées.
Alors, tout
d'abord, tout le processus de la refonte de la carte électorale est basé sur
des principes très clairs : la représentation effective des
électeurs, et le poids relatif du vote, et le respect des communautés
naturelles. D'ailleurs, la Loi électorale précise notamment dans l'article 15
que les circonscriptions doivent représenter des communautés naturelles en se fondant
sur des critères d'ordre démographique, géographique et sociologique tels que
la densité de la population et le taux relatif de croissance, la configuration
de la région, l'accessibilité, la superficie, les frontières naturelles du milieu et les territoires des
municipalités locales. Il est mentionné dans le rapport de la commission
qu'elle a délimité les circonscriptions en prenant attention
particulièrement aux communautés naturelles. Les commissaires justifient le
transport de 5 043 électeurs de Crémazie vers Bourassa-Sauvé comme faisant
uniquement
partie de la délimitation de l'arrondissement de Montréal-Nord,
alors que les gens s'identifient depuis toujours dans le comté de Crémazie.
D'ailleurs, M. Reid, vous avez dit, pas plus tard que lundi dernier, vous
avez affirmé que la proposition de délimitation
qui touche Bourassa-Sauvé et Crémazie se veut une adéquation entre
l'arrondissement de Montréal-Nord et le comté de Bourassa-Sauvé.
Je vous fais
remarquer que le redécoupage visé, c'est une zone surtout occupée par des
résidences de personnes âgées, et ces
résidents sont originaires d'Ahuntsic. Ils font le choix d'habiter dans cette
partie de Montréal dans un esprit de continuité,
selon le mode de vie qu'ils avaient dans leur quartier d'origine. Leurs
habitudes restent très liées à celles de l'arrondissement d'Ahuntsic-Cartierville et non de celles de
Montréal-Nord. C'est une catégorie de population qui possède des besoins
importants en matière d'accompagnement, évidemment, et par conséquent le lien
avec la députée est très important. C'est
ça, la représentation effective, s'assurer que la qualité de lien entre la
députée et sa population est de même nature et de même qualité partout.
Cet attachement, les liens, est déjà fait naturellement avec le comté de
Crémazie. Autrement dit, les analyses ne tiennent pas compte de tout, de ce
sens d'appartenance de la population. De plus, le redécoupage proposé pour
Crémazie et Bourassa-Sauvé a l'effet d'éloigner l'atteinte de cet objectif de
représentation effective des citoyens,
puisque l'écart négatif de Crémazie passera de moins 13,2 %... et l'écart
positif de Bourassa passera de plus 10,7 %.
Sur le
même sujet, au niveau des communautés naturelles, je vais vous parler du comté
de Mont-Royal et Outremont. Évidemment,
ça aussi, la fusion des deux circonscriptions nuit au principe et du respect
des communautés naturelles. Le partage
de l'actuel comté d'Outremont entre les comtés de D'Arcy-McGee et Westmount—Saint-Louis et de Mercier a un effet similaire et
fragilise le principe même du respect des communautés naturelles. Êtes-vous
conscients du déracinement de
10 % de la communauté juive hassidique vers la circonscription de Mercier,
un comté provincial qui ne possède pas d'histoire
naturelle avec cette communauté-là? Comment pouvez-vous expliquer que vous vous
êtes basés sur le respect fondamental du principe de l'article 15 touchant les
communautés naturelles, alors que l'exemple que je viens de vous donner illustre totalement le contraire? En
voulant supprimer le comté d'Outremont, c'est évident que la représentation
effective des citoyens est compromise. De
plus, la fusion des deux comtés va créer un écart positif de plus 15,7 %.
On s'éloigne plus loin encore de l'équilibre. Encore là, la
représentation effective des citoyens est-elle améliorée?
La loi
s'appuie uniquement sur le concept d'électeur. Par contre, nous devons tenir
compte d'une réalité qu'on vit sur
l'Île-de-Montréal, c'est-à-dire les non-électeurs et l'immigration. Je vais
vous parler un petit peu de l'immigration et aussi de l'électeur versus la population, parce que c'est une réalité
à Montréal qui n'est pas prise en considération. Et je comprends bien
que ce n'est pas dans la loi, mais, quand on regarde au niveau des autres
paliers de gouvernement, la population est un facteur qui est considéré.
Alors, selon
les données de la commission, de l'Institut de la statistique de Québec, celles
de 2014, la croissance de la
population de la région de Montréal se situe à 3,2 %, par rapport à
7 % pour l'ensemble de la province. Ces statistiques cachent une
réalité déterminante pour le travail des élus montréalais : c'est à
Montréal que les milliers d'immigrants établissent
leurs résidences. Savez-vous qu'en
2014, puis ça, c'est les chiffres
qu'on avait dans les rapports, là, 85,3 % des résidents permanents du Québec vivaient à
Montréal? Selon le Recueil de statistiques sur l'immigration et la diversité
au Québec , 71,3 % — c'est au-delà de 183 000 et quelques personnes — de l'immigration récente, entre quatre ans,
au Québec s'établit dans la région
administrative de Montréal. Ce sont là des potentiels nouveaux électeurs dès
les prochaines élections, évidemment,
en 2018. D'ici 2031, selon les projections démographiques, la population des
immigrants à Montréal pourrait s'élever à 30,3 %, par rapport à
5,3 % dans le reste du Québec.
La population
de Montréal croîtra de manière à représenter près de la moitié de la population
du Québec d'ici 2027. Ça, c'est selon
l'Institut de la statistique du Québec. Nous souhaitons également porter à
l'attention des commissaires l'aspect...
Ça, c'est tout le volet immigration. Alors, il faut que vous compreniez que,
dans les 50 000 immigrants qu'on accueille
à toutes les années, il y a 80 % de ces personnes-là qui viennent
s'établir à Montréal, un petit peu partout dans tous nos comtés. C'est des gens
qui ne sont pas nécessairement inscrits tout
de suite sur la liste électorale,
mais c'est des gens qu'on dessert
pareil et, la plupart du temps, c'est ces gens-là qui viennent nous voir dans
nos bureaux de comté parce qu'ils ont besoin des services d'accompagnement et des
services de... ne serait-ce que de savoir comment aller quérir des services à Emploi-Québec, etc. Alors, la
charge de travail, elle est là, et, malheureusement, ces gens-là, avec les statistiques qu'on a et dans les réformes de la carte
électorale qu'on fait, même dans le passé, on ne les considère pas, ces
gens-là, parce que ce n'est pas tout de suite des électeurs. Alors,
nous, on se base strictement sur le nombre d'électeurs.
Et j'en viens
à l'exemple d'un électeur versus la population. Et je sais que la population, dans notre loi à
nous, n'est pas un facteur de
considération, mais c'est une réalité que nous, à Montréal,
on vit. Je vais vous donner l'exemple de
mon comté. J'ai environ 50 000
électeurs inscrits, 48 924 pour
être exact, là, et je dessers une population d'environ 70 000. Ça veut dire que
moi, en tant que députée, là, sur ma liste électorale, j'ai 50 000
électeurs, mais j'ai 70 000 personnes dans mon comté, des gens qui... Autant ceux qui sont sur la liste
électorale et ceux qui ne l'ont pas demandent des services, et je dois les desservir. Mais ces gens-là ne sont
pas comptabilisés quand vous faites des changements de délimitation de
comté ou quand vous regardez de fusionner des comtés à Montréal.
C'est plutôt facile de fusionner à Montréal et
d'ajouter des comtés ailleurs, quand on parle de croissance de population, mais, M. le Président, il y a une
croissance de population aussi sur l'Île-de-Montréal qui n'est pas prise en
considération, et ça me touche, parce que
nous, les députés de Montréal... Oui, ma collègue de Crémazie a dit tout à
l'heure : Les frontières sont
intangibles, dans le sens qu'on peut traverser... Moi, de mon comté, je suis
limitrophe dans le comté de Viau, de
mon collègue David Heurtel. Les gens passent d'un comté à l'autre sans
nécessairement réaliser qu'ils ont passé du comté de Viau au comté de Jeanne-Mance—Viger. Par contre, la réalité est qu'on dessert
tous ces gens-là, des gens qu'on ne
trouve pas à nulle part pour le moment mais qui deviennent des futurs
électeurs. Alors, je veux juste que vous soyez conscients que ces gens-là, en 2018, bien, ils vont être sur la liste
électorale. Alors, nous, là, le nombre d'électeurs est en constante
croissance.
Alors, je voulais vous sensibiliser à ça, parce
que c'est une réalité, je dirais, qui appartient à Montréal, parce qu'évidemment on a 80 % de cette immigration
qui viennent à Montréal. Je ne dis pas qu'il n'y en a pas ailleurs, mais,
dans la majorité, c'est chez nous que ça se passe, c'est sur l'Île-de-Montréal.
Je vais vous
dire que ça me déçoit beaucoup quand on regarde la fusion du comté de Mont-Royal
et Outremont. Oui, on peut parler,
comme je viens de dire, de représentation effective, oui, mais, quand on parle
d'immigration, je vais vous donner
juste quelques statistiques pour que vous réalisiez à quel point que ces comtés-là
sont en pleine expansion. Puis je
vais vous parler... en plus, du fait qu'ils sont en croissance au niveau
de la population, ils sont aussi en développement urbain aussi.
Alors, entre 2006 et 2011, le comté d'Outremont
a reçu près de 6 975 nouveaux arrivants qui... des potentiels électeurs en 2018. Pour la même période, Mont-Royal
a reçu 11 845 nouveaux arrivants qui, en 2018, vont être de potentiels
électeurs. La population de Montréal
risque de croître pour représenter près de la moitié de la population
en 2027. Les comtés sur Montréal,
là, vont représenter... puis c'est important, je vais le répéter, là, on va
représenter la moitié de la population du Québec d'ici 2027. Selon les projections démographiques
à l'horizon pour 2020-2031, la proportion des immigrants dans la population totale pourrait s'élever à 30,3 % dans la grande région versus 5,3 %
dans le reste du Québec. La forte
majorité, évidemment, des nouveaux arrivants du Grand Montréal choisissent
l'Île-de-Montréal pour s'établir, pas les banlieues.
vais vous dire qu'on vit un autre phénomène aussi, c'est que... Vous avez
raison quand vous dites : Les gens, ils partent de Montréal pour
s'installer dans les banlieues. Bien, je vais vous dire qu'est-ce qu'on est en
train de vivre présentement, et je le vis
dans mon comté, c'est que les gens quittent les banlieues pour revenir
s'installer dans les grands centres.
Une raison pourquoi je vous dis que mon comté est en pleine expansion, si vous
regardez les tours, là, de condos qui
sont en train de se construire, bien, c'est toute ma génération qui a quitté
parce que ça coûtait trop cher pour s'établir à Montréal. On est partis dans les banlieues, on s'est acheté une petite
maison, un terrain, et etc., et là on a eu des enfants, ils vont à l'école, et tout ça, et on veut
revenir, on veut se rapprocher des grands centres, on veut se rapprocher de nos
parents, qui, eux, ont resté sur
l'Île-de-Montréal. Alors, tout de suite, ce phénomène-là, on ne le voit pas à
nulle part. On dirait que c'est un strict
calcul quand on regarde la carte de Montréal puis on dit : Parfait, bien
là, on va couper telle rue, telle rue
pour mettre, bien, tant d'électeurs dans tel comté, sans prendre en
considération le sens d'appartenance de ces gens-là, sans prendre en considération la croissance de population, qui
est réelle, sur l'Île-de-Montréal. Alors, c'est simplement un strict
calcul mathématique.
Alors, je
vais vous dire que je demande aux commissaires de bien regarder tous ces
éléments-là et de les garder en tête quand ils regardent la fusion de
Mont-Royal et Outremont.
Puis je vais
vous parler un petit peu du développement qui se fait aussi dans les prochaines
années, puis, je pense, c'est quelque
chose aussi qu'on doit considérer pour Mont-Royal et Outremont. Vous regardez
le comté de Mont-Royal, il y a tout
le projet immobilier qui va se faire pas loin de Blue Bonnets. Pour Mont-Royal,
c'est tous les ajouts avec la nouvelle
station de... c'est-à-dire, Outremont, tu as tout le développement qui se fait
autour du métro Namur et Jean-Talon. Ça, c'est tous des gens, des
potentiels électeurs qui... je me demande si on les a pris en considération.
Alors, tous
ces éléments, M. le Président, me portent à vouloir demander à la commission de
vraiment... Et je sais que vous
l'avez fait. Je suis sûre que c'est très difficile quand on est obligé de
regarder carte électorale et essayer de jongler de tous ces éléments-là. Mais, en tant que députée sur
l'Île-de-Montréal, en tant que députée qui a subi, je vous dirais, à plusieurs... Le comté a subi plusieurs refontes.
Moi-même, j'étais en un comté qui, à l'époque, était deux comtés et qui a été fusionné. Je vais vous dire, là, il y a un
effet réel sur le terrain, il y a un effet réel pour les citoyens qui habitent
dans nos circonscriptions. Et je pense que ce sens d'appartenance là
prend tout son sens quand on regarde comment on a découpé les délimitations des comtés de Crémazie et de Bourassa-Sauvé.
Et, cette fusion qu'on veut faire avec Mont-Royal et Outremont, on
déracine carrément des communautés envers des comtés qui n'ont aucune affinité
avec ces gens-là.
Alors,
humblement, je demanderais aux commissaires de peut-être revoir, évidemment, le
transfert des électeurs que vous
faites dans le comté de Crémazie à
Bourassa-Sauvé et évidemment reconsidérer tout cet aspect de fusion des
comtés de Mont-Royal, Outremont. Alors, autrement dit, je vous demande de garder le statu quo sur l'Île-de-Montréal.
Merci.
Président (M. Ouimet) : Très bien.
Alors, merci à vous, Mme la députée de Jeanne-Mance—Viger.
Des réactions de la part des représentants de la Commission de la
représentation électorale? M. Reid.
M. Reid
(Pierre) : Oui. Bien, en
fait, je vais peut-être répéter les mêmes propos, pour Crémazie et
Bourassa-Sauvé, naturellement, on a convenu qu'effectivement la situation
serait corrigée pour tenir compte d'une communauté naturelle et non pas seulement de l'arrondissement de Montréal-Nord. Quant à Mont-Royal—Outremont, effectivement, comme lorsque le
député de Mont-Royal et la députée
d'Outremont se sont présentés, nous allons revoir, là, les paramètres, là,
de cette portion de l'Île-de-Montréal.
Et je pense qu'on va devoir travailler sur un autre secteur, qui est peut-être
le secteur un peu plus, je dirais, est-sud-ouest, là, Sainte-Marie—Saint-Jacques, Westmount—Saint-Louis,
regarder, de ce côté-là, si, dans le fond, en retravaillant de ce
côté-là, on respecterait davantage les communautés naturelles.
Par ailleurs, juste préciser — peut-être que ça va être utile pour ceux qui nous écoutent — je
veux dire, le travail que la commission
fait, il ne s'agit pas seulement de déposer une carte sur un bureau et de
commencer à faire des départages, il
y a quand même de l'information. Dans le fond, oui, il
y a des chiffres, on ne peut pas y
échapper, mais on a quand même
une équipe qui se déplace sur le terrain
pour aller vérifier. Comme la députée le soulignait, par rapport à des développements qui sont en cours à Montréal,
oui, il y en a, mais, naturellement, on se doit de regarder dans quel délai de
réalisation ces projets prendront vie. Et je rappelle que nous
travaillons pour les deux prochaines élections, donc jusqu'en 2022, et c'est là qu'on soupèse tout ça. On tient compte,
oui, des projets de développement à partir des plans d'urbanisme, des schémas d'aménagement. Des gens, comme je le
disais tantôt, se déplacent sur le terrain pour voir même l'évolution
depuis qu'on a entrepris nos travaux, et, donc, tout ça, à la suite des commentaires
du public.
Et également
les commentaires que vous nous apportez vont nous demander de
poursuivre nos travaux pour en arriver
avec une carte la plus équilibrée possible en respectant la représentation
effective des électeurs mais également
les communautés naturelles.
Le Président (M. Ouimet) : Merci. M.
Courville.
Courville (Serge) : Oui.
Merci, M. le Président. Je suis tout
à fait d'accord avec les propos de la députée
concernant l'immigration, les tendances lourdes d'arrivée-départ, et de
mouvement démographique, et de mouvement aussi dans l'espace, mais je tiens quand
même à rappeler une chose, bon, qui a
déjà été dite : mais il ne faut pas oublier que la carte électorale qui est proposée ne vaut que pour deux élections.
C'est un instantané d'une situation dans le temps. Quand vous dites qu'en 2027 il se passera tel ou tel
phénomène, bien, il est clair que, de toute façon, il y aura modification à cette carte-là.
Par ailleurs, je me posais une question en vous écoutant, parce que c'était revenu, ça,
souvent sur le tapis à l'occasion de
la dernière carte électorale. La question que je me pose, c'est que, dans des situations
comme la vôtre, où il y a effectivement un écart quand
même important entre la population
électorale et la population totale... la question que je me pose, c'est : Est-ce
que le problème est tant une question de délimitation territoriale ou alors de moyens mis à la disposition du député
pour tenir compte de ces situations très particulières, au fond? C'est une
question que je me suis posée, ça.
Le Président (M. Ouimet) : Mme la
députée.
Rotiroti :
Oui. Merci. Au niveau des moyens, c'est sûr que, dans nos bureaux de comté, on
a le personnel. C'est sûr que, si on avait un petit peu plus de moyens
pour avoir une ressource de plus, ça aiderait.
Le point que
je voulais vous faire, c'est que ces gens-là, ils viennent dans nos comtés, ils
ne sont pas nécessairement inscrits
sur la liste électorale tout de suite, mais d'ici un an, un an et demi, parce
qu'en principe, là, dans un an et demi de
l'arrivée de l'immigrant, il reçoit sa citoyenneté canadienne. Alors,
normalement, ces gens-là deviennent des futurs électeurs. Alors, si on
regarde précisément la refonte que vous faites là, ces gens-là, normalement, en
2018, en partie, devraient être des
citoyens, ce qui n'est pas considéré, parce que, quand vous faites vos
réaménagements pour cette carte-ci, vous regardez strictement le nombre
d'électeurs. Vous l'avez bien précisé.
Alors, je voulais juste vous sensibiliser à cet
effet-là, que, sur l'Île-de-Montréal, la majorité des comtés vit ce phénomène-là,
et c'est des personnes, je dirais ça comme ça, qui ne sont pas comptabilisées
dans... parce que vous dites : La refonte se fait sur
les personnes qu'on voit sur la carte électorale. Alors, c'était juste vous
sensibiliser là-dessus.
Le Président (M. Ouimet) : Très bien.
Alors, ça va mettre un terme à ce bloc avec la députée et le comté de Jeanne-Mance—Viger.
Merci. De l'est de Montréal, dirigeons-nous vers l'ouest de Montréal. Et je salue M. le député
de Robert-Baldwin et ministre des Finances
et je lui cède la parole pour nous parler de son comté et de l'Ouest-de-l'Île de Montréal. M. le député.
Leitão : Très bien.
Merci beaucoup, M. le
Président. Nous sommes aussi voisins,
d'ailleurs. Alors, M. Reid, MM. les commissaires, bonjour,
chers collèges de l'Assemblée nationale. Bonjour, tout le monde.
Comme vous
savez, la Commission de l'Assemblée
nationale est convoquée afin de
procéder à l'étude du rapport préliminaire
de la Commission de la représentation
électorale portant sur la réforme de la carte électorale, dont le rapport
a été déposé en mars 2015, et nous procédons maintenant à son analyse.
Maintenant, en tant que députés provenant des quatre
coins du Québec, nous, les députés, connaissons en détail les réalités de
chacun de nos comtés, et notre tâche, je dirais même notre devoir est de
suggérer des bonifications, des améliorations à l'ouvrage qui nous a été
présenté, notamment en y insufflant la
perspective des commettants que nous représentons. Donc, c'est non seulement notre
tâche, mais c'est notre devoir d'être ici et de participer à ce
processus.
Rappelons aussi que, dans notre système
électoral, où le gouvernement est nommé en fonction du nombre de députés obtenu par chaque formation politique, cet
idéal serait théoriquement que tous les comtés aient exactement le même nombre d'électeurs, ce qui coïnciderait,
évidemment, avec la moyenne, qui est de 48 387. Bon. Cette situation
ferait en sorte que le poids d'un vote serait strictement égal à celui
dans tous les autres comtés et qu'aucun ne serait dilué ou sous-représenté. Étant donné que la réalité est
tout autre pour des raisons historiques, pour des raisons géographiques — je regarde
ici nos collègues qui viennent d'autres régions — donc, la réflexion doit tendre à atténuer
les écarts à la moyenne des électeurs
par circonscription. Nous devons également garder en tête que le processus en
cours aujourd'hui concerne les deux
prochaines élections générales et donc constitue un exercice de projection, à
moyen et à long terme, de ce que sera
le Québec possiblement dans six ans. Ainsi, nous devons anticiper la manière
dont la démographie sera influencée par
les facteurs sociologiques et culturels. Cet élément est particulièrement
important pour mon comté, de Robert-Baldwin, ainsi que pour
l'Île-de-Montréal en général.
En ce qui
concerne mon comté, de Robert-Baldwin, que j'ai l'honneur de représenter depuis
avril 2014, il s'agit d'un comté de
55 318 personnes disposant de la capacité de voter, donc d'électeurs, en
date du 30 novembre 2014. Cela représente
6 931... de plus que la moyenne québécoise. En d'autres mots, les
électeurs de mon comté ont un vote qui pèse 14 % de moins que la moyenne de la province. Bon. Cette situation
n'est pas, bien sûr, unique. Mes voisins de Saint-Laurent ou de Nelligan ont aussi des citoyens dont le vote
est encore plus dilué que Robert-Baldwin. En ce qui concerne mon collègue de
Saint-Laurent, son écart à la moyenne est le plus grand de toute
l'Île-de-Montréal, écarts négatifs et positifs confondus.
Bon.
Robert-Baldwin a un tissu social assez particulier et une démographie affectée
tant par les naissances que par
l'immigration. Bien que les chiffres du recensement de 2016 ne deviendront
disponibles qu'un peu plus tard en 2017, il est néanmoins raisonnable d'affirmer qu'une proportion significative
des 6 400 immigrants n'ayant pas le droit de vote en 2011 l'ait obtenu en 2018, et probablement
davantage en 2022. Et, je pense, c'est ça, la question qui a été soulevée
par ma collègue et d'autres collègues avant,
c'est ce processus dynamique de la démographie où l'immigration mène vers
la citoyenneté. Donc, ce n'est plus
seulement une question de faire des projections démographiques, mais il faut
ajouter à cela ce passage d'immigrant
à citoyen, donc avec le droit de
vote. Donc, les écarts de 2014, écarts entre la moyenne, et leur probable accroissement entre 2018 et 2022
semblent ne pas avoir été pris en considération... cette dynamique de
passage d'immigrant à citoyen.
Paradoxalement,
deux comtés situés à proximité de Saint-Laurent et ayant des écarts moindres
que le nôtre font l'objet d'un changement majeur. Bien sûr, je parle ici
du projet de fusion des comtés de Mont-Royal et d'Outremont. Permettez-moi, M. le Président, d'accorder un peu plus de temps à ce passage du rapport, étant donné que la disparition
d'une circonscription est bien plus lourde de conséquences que de simples
ajustements de frontières.
En bref, le
rapport souhaite répondre à deux problématiques qui ressortent des chiffres cités,
couvrant la période de 2007 à 2014.
D'une part, l'étude invoque une diminution relative du poids électoral de la
région de l'Île-de-Montréal dans l'ensemble du Québec
et, d'autre part, elle mentionne un secteur présentant une concentration de
circonscriptions comptant un faible
nombre d'électeurs. Bon. Il en ressort donc que la recommandation du rapport ne vise pas principalement
à atténuer de possibles écarts à la moyenne dans le secteur, mais plutôt à
trouver un endroit où retrancher un comté à Montréal.
Dans un premier temps, permettez-moi, M. le
Président, de réitérer que nous conduisons ici un exercice d'anticipation... démographique — excusez-moi,
la session recommence, on est un peu rouillé, on va y arriver — donc,
démographique de 2018 et 2022. Les
variations d'électeurs entre 2011 et 2014, à mon humble avis, ne permettent pas
vraiment de saisir l'impact à retardement des milliers d'immigrants qui
deviennent citoyens, et, je pense, à mon avis, c'est vraiment
un point majeur. Rappelons que Montréal est la région où s'établissent, comme ma collègue
l'a mentionné, la très grande majorité
des immigrants au Québec. On a parlé de statistiques — on
n'a pas besoin de les répéter : l'augmentation
de la population, l'augmentation de l'immigration, le poids de l'immigration à Montréal.
Mais, encore une fois, je reviens à cet aspect dynamique de passage
d'immigrant à citoyen.
Maintenant,
les données du recensement de 2016 ne sont pas encore disponibles, et c'est
malheureux, parce que le recensement de 2016, de l'avis de tous les
spécialistes, a été un grand succès. Le recensement de 2011, il y a
eu toutes sortes de questions, et je
ne veux pas revenir là-dessus, mais disons que, d'un point de vue historique, ça n'a pas été un grand
succès de précision et donc de valeur statistique. Par
contre, le recensement de 2016 a eu
un taux de participation bien
supérieur à la moyenne, et donc on s'attend... enfin, tous les chercheurs
s'attendent à ce que les données qui vont sortir du recensement de 2016 soient vraiment d'une qualité bien
supérieure à celles de 2011. Donc, je pense qu'on devrait tenir ça aussi
en considération.
Maintenant — parce qu'on a passé sur ça, on n'a pas
besoin de revenir sur ces choses-là — je vais juste peut-être mentionner que, bien que les frontières ne soient
plus exactement les mêmes en ce qui concerne, si jamais il y avait ce changement qui se ferait, Outremont et Mont-Royal,
évidemment, ça aurait des effets aussi sur les circonscriptions voisines,
que ce soit D'Arcy-McGee, NDG, etc. Donc,
c'est un changement majeur qu'on s'apprête à considérer, et moi, j'inviterais
la commission à être prudente dans cet
exercice-là, sachant que, d'abord, ce n'est jamais agréable démocratiquement de
retirer un comté à une région, ça a
des effets sur la représentativité et la démocratie elle-même, et,
deuxièmement, le temps est assez
court. De 2014 à aujourd'hui, je pense qu'on n'a pas eu assez de temps pour
évaluer ce processus de changement démographique venant de l'immigration
et d'avoir les meilleures données possible qui vont nous être fournies par le
recensement de 2016.
Alors, en terminant, donc permettez-moi de
réitérer qu'en l'absence des données du recensement de 2016 un redécoupage aussi majeur dans l'ouest de Montréal,
à mon avis, semble difficile à justifier. Et donc je réitère à la commission
que la commission devrait limiter ses
modifications à la carte électorale au strict nécessaire et maintenir le plus
possible le statu quo actuel, bien sûr, jusqu'à ce qu'on puisse avoir
des chiffres plus à jour. Merci beaucoup.
Président (M. Ouimet) : Très
bien. Alors, merci à vous, M. le député de Robert-Baldwin. Quelques réactions
de la part des membres de la commission? M. Jean.
M. Jean
(Bruno) : Oui. Écoutez, moi, quand on a fait nos travaux, j'ai été
très surpris de voir ce déphasage entre l'évolution démographique de Montréal globale, qui est globalement
positive, et l'évolution du nombre d'électeurs. Et une des raisons qui expliquent... il y a un
changement à quelque part, c'est-à-dire que la stabilité et l'évolution
démographiques de Montréal dépendent
de plus en plus des migrations internationales, parce que les migrations
internes au Québec, qui traditionnellement allaient sur
l'Île-de-Montréal, vont dans les banlieues de Montréal beaucoup plus qu'avant,
vont même ici, à Québec. Et votre collègue a
mentionné un phénomène qui est assez lourd, c'est la migration des Montréalais
vers ces zones de banlieue, bien qu'il y ait
le phénomène de retour, que les statistiques commencent à capturer et, évidemment,
qui est à encourager. Mais moi, je pense que la base de données que nous avons
de la liste électorale permanente et les
projections qu'on peut en faire... Je ne pense pas que les données, si fiables
soient-elles, du recensement de 2016 changeraient beaucoup de choses à
nos analyses et aux prévisions qu'on peut faire.
Président (M. Ouimet) : Très
bien. Alors, merci, M. Jean, pour cette intervention. M. Reid, vous souhaitez
intervenir?
M. Reid
(Pierre) : Peut-être un
élément d'information. Quand on parle de recensement, l'Institut de statistique
du Québec, dans ses projections, là, entre
2011 et 2036, dit : «Malgré l'augmentation de sa population, le poids
démographique de la région
administrative de Montréal ne changerait qu'à peine, baissant de 23,9 % à
23,8 %, tandis que les quatre régions qui l'entourent, Laval, Lanaudière, Laurentides et Montérégie,
progresseraient collectivement de 36,5 % à 38,9 %.» Point
d'information.
Le Président (M. Ouimet) : M. le
député de Robert-Baldwin.
Leitão : J'en conviens et j'aimerais juste revenir sur ce que vous
avez mentionné tantôt, l'aspect dynamique de l'immigration, c'est-à-dire : les gens arrivent comme immigrants
et, quelques années plus tard, deviennent citoyens. Donc, en effet, c'est un déplacement de la
population de l'Île-de-Montréal vers les banlieues, mais la population de l'île
demeure relativement stable parce qu'il y a
des gens de l'extérieur qui viennent. Mais, les gens de l'extérieur qui
viennent, c'est seulement un peu plus
tard qu'ils deviennent citoyens et donc qu'ils deviennent électeurs. Et la
concentration de ces nouveaux
arrivants dans certains quartiers, dont justement Outremont particulièrement,
fait en sorte que, quand on fait des projections d'augmentation des électeurs
dans des quartiers comme Outremont, je pense qu'on doit aller un peu plus
loin que seulement l'aspect démographique, mais tenir en considération cet
aspect de passage, bon, de résident à électeur.
Le Président
(M. Ouimet) : Très bien.
Alors, merci, M. le député de Robert-Baldwin, pour ces interventions.
Retournons dans l'est de l'Île-de-Montréal, et je souhaite la bienvenue
à — bien
sûr, il participe à nos travaux depuis les
débuts — M. le
député de LaFontaine, porte-parole pour la formation ministérielle, mais il
porte son chapeau de député de LaFontaine aujourd'hui.
M. Tanguay :
Tout à fait. Merci beaucoup, M. le Président. Alors, vous me permettrez de
saluer les collègues, bien
évidemment, et de saluer nos trois commissaires. Je pense qu'on peut vous
appeler comme ça, vous êtes des commissaires. Alors, M. Reid, M.
Courville et M. Jean, merci beaucoup d'être là avec nous aujourd'hui.
Pour ce qui
est de LaFontaine, vous allez voir, mes commentaires vont de façon plus large
que mon comté, de LaFontaine. J'ai
bien évidemment noté à la page 84 qu'il n'y avait pas de changement de prévu.
Je veux faire écho à l'importante notion
de communauté naturelle. Pourquoi... qu'il n'y a pas de changement dans le
rapport, pourquoi nous en parle-t-il? Techniquement,
il y aurait toujours loisir pour vous, dans votre rapport final, d'aller
toucher à LaFontaine et, quand on parle
de communautés naturelles... mais je vois que ce n'est pas dans les livres, là,
mais de modifier LaFontaine. Il fait
partie de l'arrondissement
Rivière-des-Prairies—Pointe-aux-Trembles.
Rivière-des-Prairies,
c'est LaFontaine, c'est copier-coller, si bien que, quand je me présente
partout à la population, je dis : Bonjour. Marc
Tanguay, député de
LaFontaine, député
de Rivière-des-Prairies. Je ne
demande pas un changement de nom, parce que
LaFontaine, évidemment, est un personnage historique majeur, mais
Rivière-des-Prairies et LaFontaine, c'est du un pour un. Pointe-aux-Trembles,
c'est ma collègue — vous
me permettrez un écart au règlement — ma collègue de Pointe-aux-Trembles, Nicole Léger. Alors, je ne la nommerai plus par son nom. Et, ma collègue
de Pointe-aux-Trembles, même si c'est le même arrondissement, c'est une tout autre réalité. Puis ce n'est pas juste le fait
que la 40 nous divise, dans le sens pas péjoratif, mais très clairement il y a
un sentiment très fort des Prairivois et Prairivoises.
Les gens de Rivière — on
est de Rivière, nous autres — c'est
LaFontaine. Donc, ça, la communauté naturelle, c'est très, très fort.
Ceci étant
dit, M. Reid, puis j'ai 20 minutes, j'ai beaucoup d'éléments sur lesquels
j'aimerais attirer votre attention, et
le premier n'est pas... c'est-à-dire, le second n'est pas le moindre. Vous avez
dit, M. Reid, mardi dernier, le 13 septembre, et je vous cite : «...la préoccupation de la commission, c'est
d'avoir une carte électorale qui ne porte pas flanc à la contestation
judiciaire. [...]je pense que notre carte franchirait [...] toute contestation
judiciaire.»
J'aimerais
savoir, M. le Président, de la bouche de M. Reid s'il a une opinion juridique
confirmant que votre carte franchirait toute contestation judiciaire.
M. Reid (Pierre) : Non, je n'ai pas
d'opinion juridique en ce sens.
M. Tanguay :
Très bien. M. le Président, nous avons eu communication d'une opinion juridique
datée du 9 septembre 2016 qui nous a
été communiquée, à tous les membres de la Commission de l'Assemblée nationale,
du doyen de la Faculté de droit de
l'Université de Montréal, un constitutionnaliste, Me Jean-François
Gaudreault-DesBiens, qui nous a communiqué ladite opinion juridique.
J'aimerais savoir si les commissaires ont lu l'opinion juridique.
M. Reid (Pierre) : Oui, M. le
Président.
M. Tanguay :
Parfait. Dans ladite opinion juridique, M. le Président — vous me permettrez de la citer — à la page 23, on précise le point majeur, que la finalité du droit, le corpus
législatif, qui est la Loi électorale et la Constitution du Canada, la Charte des droits et libertés de la
personne,
article 3 et
article 22, charte des droits du Québec... la finalité
du droit, c'est faire en sorte d'avoir un
meilleur gouvernement pour l'ensemble de la population. C'est l'objectif. Et,
dans cette opinion juridique là, je vais citer deux extraits, moi, M. le
Président, qui me préoccupent beaucoup, beaucoup, beaucoup. Page 2 et page 3, deux citations, l'opinion juridique. Le
doyen de la Faculté de droit à l'Université de Montréal, je le cite : «...nous estimons que, sous
plusieurs aspects, l'analyse et les propositions formulées par la commission
dans son rapport préliminaire — rapport qu'on étudie — sont porteuses de violations potentielles
des droits démocratiques.» Fin de la première citation.
Page 3, deuxième citation : «Ces violations
potentielles de ces droits démocratiques fondamentaux découlent principalement
de la distorsion déraisonnable et potentiellement inconstitutionnelle que fait
subir la commission au principe de la
représentation effective du citoyen, particulièrement à la lumière de la saisie
qu'elle fait de la situation des électeurs des circonscriptions de la
Mauricie et de Montréal...» Fin de la citation.
J'aimerais,
M. le Président, entendre les commissaires sur ce drapeau rouge majeur. La Loi
électorale du Québec leur donne des balises dans son application. Il
peut y avoir une révision, c'est toujours un potentiel... une révision judiciaire de la Loi électorale du Québec, mais
aussi une révision, c'est un fait, du rapport de mars 2015 et du rapport final,
qui imposera la nouvelle carte électorale.
J'aimerais avoir les commentaires de M. Reid quant à cette opinion juridique,
qui ne vient pas du moindre, là,
constitutionnaliste, du doyen de la Faculté de droit de l'Université de
Montréal, qui lève un important
drapeau rouge quant au rapport qu'on étudie, qu'il pourrait y avoir des
contestations judiciaires, selon ce que
nous révèle l'opinion juridique. Moi, là, comme législateur, comme électeur
mais comme citoyen, ça me préoccupe énormément.
Qu'entendent faire M. Reid
et les commissaires quant à ce danger hautement risqué pour notre démocratie,
M. le Président?
Le Président (M. Ouimet) : Très
bien. Merci, M. le député de LaFontaine. M. Reid.
M. Reid
(Pierre) : Nous avons pris
connaissance de l'avis juridique. Nous allons l'analyser davantage et nous
allons tenir compte des commentaires qui
sont faits dans cette analyse. Mais, pour le moment, je n'ai pas l'intention de discuter ici, et vous comprendrez, de cette opinion juridique. Effectivement, il y a des commentaires
qui sont faits. On a déjà eu des commentaires similaires lors de la
révision de... en fait, lors de la carte électorale il y a quelques années. Mais on les prend en considération. Et c'est sûr
que, comme commissaires, on vise à ce que la carte ne puisse pas être
contestée judiciairement. Mais, naturellement, chaque citoyen est libre de
prendre une action judiciaire. Mais, en ce sens-là, moi, je n'ai pas... comme je vous dis, je suis
juriste, mais je ne veux pas non plus entrer dans un débat, dans des discussions sur la valeur des arguments qui
peuvent être amenés par le doyen, je
pense, de la faculté de l'Université de Montréal... la Faculté de
droit.
M. Tanguay : ...M. le
Président, puis je ne veux pas aller...
Le Président (M. Ouimet) : Très
bien. Merci. M. le député.
M. Tanguay :
...je ne veux pas aller au fond des choses, moi non plus, c'est une opinion
juridique. Là, j'entends de la bouche
de M. Reid et des commissaires qu'il n'y a pas eu, jusqu'à maintenant, d'opinion
juridique. C'est un fait. Là, il y en
a une. C'est débattable. On n'ira pas, ce matin, au fond des choses, mais c'est
un gros drapeau rouge. J'aimerais savoir
si M. Reid a l'intention de demander... s'il a les ressources pour le
faire. Aussi, j'aimerais le savoir, parce que c'est notre Commission de
la représentation électorale. A-t-il les ressources financières?
Va-t-il
demander une opinion juridique pour étayer ce qu'il a dit? C'est qu'il pense
que lui, il est à l'abri de toute contestation
judiciaire, lui étant l'institution. Va-t-il en commander une? Et, le cas
échéant, en vertu, M. le Président, de la Loi électorale, j'aimerais qu'il s'engage à pouvoir nous en communiquer
une copie avant que le rapport final soit déposé.
Le Président (M. Ouimet) : Très
bien. Merci, M. le député. M. Reid.
M. Reid
(Pierre) : Oui. Nous allons
prendre connaissance de l'avis et évaluer... Naturellement, on pourra voir...
et là j'aurai une rencontre avec les deux
autres commissaires pour évaluer, effectivement, l'opportunité de... par
rapport aux commentaires qui sont faits dans l'opinion juridique ou dans
les commentaires qui nous viennent de membres de la commission, si
effectivement un avis juridique est nécessaire à cet effet-là. Mais la décision
n'est pas encore prise.
M. Tanguay : Et, dernier point là-dessus, M. le
Président. Après ça, je vais aller, moi, de façon factuelle, comme député de
LaFontaine, parce que ce n'est pas juste le débat juridique, sur quatre
déséquilibres qui sont créés par le rapport de mars 2015, qui ne nous mettent pas à l'abri de contestations
judiciaires. Donc, j'en prends bonne note. Si d'aventure il y a une opinion juridique, en vertu de
l'article 26 de la Loi électorale, que les commissaires connaissent mieux que
moi, où il est dit que la Commission de la représentation électorale
doit lui fournir, à nous, la Commission de l'Assemblée nationale, tous les documents et renseignements nécessaires, je prends
pour acquis que, s'il y a une opinion juridique qui est demandée, on va en recevoir copie puis que, si
on n'en reçoit pas de copie, bien, c'est parce qu'il n'y a pas eu d'opinion juridique.
Maltais : Sur
cette question.
Le Président (M. Ouimet) : Sur une
question de règlement.
Maltais :
Oui, oui, parce que, là, on n'est plus du tout dans le débat sur la carte
elle-même, on est sur un débat
différent, c'est-à-dire : Est-ce qu'on impose au Directeur général des
élections et à la commission de déposer ces avis juridiques? Il y a plusieurs opinions là-dessus, M. le Président. Je me
rappelle que justement le même collègue a exigé les avis juridiques sur la charte puis n'en a jamais plus parlé quand,
après ça, on demandait des avis juridiques sur le projet de loi
n° 59 de notre côté.
Aujourd'hui,
il veut forcer la Commission de représentation électorale à déposer un avis
juridique. Au collègue de LaFontaine : Opinion varie, bien fol qui
s'y fie, M. le Président.
Président (M. Ouimet) : Très
bien. Moi, comme président, j'ai entendu les questions du député de LaFontaine,
j'entends également les souhaits qu'il émet.
Par la suite, ça appartiendra à la Commission de la représentation électorale
de faire sa réflexion et de décider de la marche à suivre par la suite. M. le
député.
M. Tanguay :
Et, M. le Président, moi, je ne peux pas forcer les membres de la Commission de
la représentation électorale, mais, quand je lis l'article 26, puis on
n'est pas du tout dans le débat d'une opportunité législative ou pas, l'article
26 — puis
ça me surprend d'une collègue de l'opposition officielle, où on veut, dans les
commissions parlementaires, faire toute la
lumière puis on veut de la transparence — l'article 26 est l'esprit de la Loi
électorale et fait en sorte que nous, nous puissions, les 125 députés à l'Assemblée nationale,
nous prononcer au vu et au su de tous les éléments pertinents. Je ne verrais pas en quoi il y aurait
un droit constitutionnel à notre Commission de la représentation électorale
de garder par-devers elle une opinion juridique quant au bien-fondé... Encore
une fois, j'en prends bonne note.
Puis, M. le Président, il y a des rappels au
règlement, mais j'ai besoin de mon temps. J'espère que vous serez indulgent,
là, à la fin de mon 20 minutes, M. le Président, pour ne pas...
Alors, en
vertu de l'article 26, la commission doit lui fournir tous les documents et
renseignements nécessaires. Et j'ai
pris bonne note que M. Reid avait cette intention-là, si d'aventure il y
avait une opinion juridique, de faire preuve de transparence et de la communiquer,
le cas échéant.
Le Président (M. Ouimet) : ...ne pas
mettre des mots dans la bouche du président de la commission.
M. Tanguay : Il peut me
corriger.
Président (M. Ouimet) :
C'est ce que vous voulez dire, là. Il en prend note, et puis il va réfléchir et
puis par la suite il décidera
de la marche à suivre.
Maltais : ...un
commentaire à faire, une question de règlement, là, parce que, là, on est
ici...
Le Président (M. Ouimet) : Oui. Je
vais vous réserver votre temps, M. le député de LaFontaine.
Maltais : Oui,
oui, tout à fait, parce que ce n'est pas dans la...
Le Président (M. Ouimet) : Il vous
reste 8 min 50 s. Je vais vous réserver ça.
Maltais : Je suis un peu étonnée de voir qu'à travers le
processus de révision de la carte électorale le député de LaFontaine
entreprend une révision de la constitutionnalité de la loi qui nous gouverne,
de la Loi électorale, depuis longtemps. Je pense que cela est un autre débat et qu'il
aurait dû le faire ailleurs. En le faisant ici, je... Comment puis-je échanger avec le collègue? Comment puis-je
débattre de ce qu'il dit à travers cette mécanique? Ça
m'oblige à procéder par questions de règlement.
Alors, si le
député et si le parti du gouvernement veulent contester la constitutionnalité de la Loi
électorale, qu'ils le fassent dans
les règles et non pas à travers la facilité du fait d'être le seul à avoir le droit de parole, parce qu'on n'est pas normalement en train de parler
de ça, on est en train de parler de cette carte électorale.
Le Président (M. Ouimet) : M. le
député d'Orford, sur la question de règlement.
Reid
(Orford) : Sur la question de règlement, rapidement, M. le
Président. On a eu à en débattre
déjà, là. Je pense que tous les membres de la commission, tous
les députés disent des choses pour lesquelles parfois d'autres députés ne sont pas d'accord — ça m'est arrivé plusieurs fois — mais on a convenu qu'on n'interviendrait pas
et on n'en ferait pas de débat. Je pense qu'il faut continuer la
représentation. Le député de LaFontaine fait son travail.
Président (M. Ouimet) : Très bien.
Bon. Et, question d'opinion, moi, je pense que le député de
LaFontaine est maître des 20 minutes, et comment il souhaite
les utiliser, ça lui appartient. J'entends bien le point que vous soulevez,
Mme la députée de Taschereau, mais moi, je ne peux pas dire au député de
LaFontaine comment utiliser son temps de parole. Ça lui appartient.
M. Tanguay : M. le Président,
merci beaucoup.
Le Président (M. Ouimet) : M. le
député de LaFontaine, là, on retombe sur votre temps, donc le compteur...
M. Tanguay : Oui, puis j'ai dit ce que j'avais à dire là-dessus, puis, si je résume ma position, c'est
que la transparence est de mise, c'est notre démocratie.
Il y a une minute qui a été compilée.
Pouvez-vous me remettre à 9 min 30 s, s'il vous plaît? Je vous
en fais la demande, M. le Président — j'ai beaucoup d'éléments — si on pouvait avoir
9 min 30 s, parce qu'il y a eu une minute de premier rappel au règlement.
Le Président (M. Ouimet) : On a
arrêté... et je vous l'avais indiqué, on a arrêté le chronomètre.
M. Tanguay : Après une minute
de ma collègue.
Le Président (M. Ouimet) : Non,
c'est ça, on l'a arrêté, le chronomètre...
M. Tanguay : O.K. Alors, il
me reste combien de temps, M. le Président?
Le Président (M. Ouimet) : ...au
moment où elle est intervenue sur la question de règlement.
M. Tanguay :
Il me reste donc 8 min 30 s.
Le Président (M. Ouimet) :
8 min 30 s, à peu près.
M. Tanguay : D'accord. Je
vous remercie, M. le Président.
8 min 30 s, je vais, M.
le Président, essayer de démontrer
quatre déséquilibres majeurs qui sont créés par la proposition de carte
électorale de mars 2015 qui est contenue dans le rapport.
Il y a d'abord
ce que je vais souligner. De mémoire, à la page 23, il y a
d'identifiés huit comtés avec des écarts négatifs. On enlève les Îles-de-la-Madeleine.
Donc, en excluant les Îles-de-la-Madeleine, il y en a sept, comtés avec écart négatif. Le rapport de mars 2015, puis c'est tout à fait correct, fait en sorte
qu'il resterait six comtés avec écart négatif. C'est correct. Ça, j'en
suis, pas de problème là-dessus. Mais on vient régler les trois comtés à écart
positif, à savoir Rousseau, Mirabel et La Pinière, on vient les régler,
eux, totalement. Alors, les écarts positifs sont réglés totalement.
La solution
qui a été mise de l'avant pour La Pinière. La Pinière avait plus
25,8 %. Alors, on prend des 60 000
électeurs de La Pinière... on en donne 7 000 à Laporte et on fait en
sorte que La Pinière passe de
25,8 % à 11 %. C'est ce que j'appelle la solution
La Pinière. Je vous invite à appliquer la solution La Pinière — vous me voyez venir — à Rousseau et Mirabel, et, si vous faites
ça, La Pinière — vous
prenez 7 000 électeurs, vous les mettez à Laporte, il passe de 25,8 % à 11 % — vous déplacez 7 000 électeurs. Si vous
dites : J'applique la solution La Pinière à Rousseau et Mirabel,
donc je les fais passer de plus 33 % et
plus 28 % à 11 %, vous déplacez 19 000 électeurs, vous avez 15
comtés pour le faire. Très facile à faire, selon moi. Premier élément.
Deuxième élément : écart, déséquilibre
majeurs. Vous décidez de ne pas appliquer la solution La Pinière à Laurentides-Lanaudière, vous décidez de ne pas
déplacer à travers 15 comtés 19 000 électeurs. À quel prix? Puis c'est
là où il y a un biais, je pense, M. le
Président, puis je le dis respectueusement, puis il y a un écart, un manque
démocratique : au prix de dire
aux gens de Saint-Maurice : Vous
perdez votre député. C'est
35 000 personnes. Puis vous dites aux gens de Mont-Royal et
Outremont — en
moyenne, les deux comtés ont 40 000 électeurs : Vous perdez votre
député.
Donc, pour ne
pas appliquer la solution La Pinière, de déplacer 19 000 électeurs à travers 15 comtés, vous décidez de ne pas le faire, vous faites plutôt perdre à
35 000 — Saint-Maurice — électeurs et à 40 000 électeurs de
Mont-Royal et d'Outremont... vous
leur faites perdre leurs comtés. Moi, j'y vois là un déséquilibre démocratique
qui, je crois bien humblement, ne se justifie pas.
On a parlé
beaucoup de Montréal et de la population. Moi, quand je suis élu député de
LaFontaine, je me dois à toute la
population. On a fait très peu de cas... et on a toujours voulu, je pense, dans
plusieurs interventions qui touchaient à
la population, dire : Bien, c'est le nombre d'électeurs, c'est le nombre
d'électeurs, c'est le nombre d'électeurs. Oui, mais l'article 15 fait en sorte qu'il doit y être
considéré, bien évidemment, la population. Et c'est dit : La
circonscription représente une
communauté naturelle, et il doit y avoir des considérations d'ordre démographique,
sociologique et des taux de croissance de
la population. Alors, qu'on ne vienne pas me dire : Nous, c'est juste les
électeurs, on ne peut pas considérer la population que vous desservez,
parce que, là, M. le Président, il y a un déséquilibre démographique et
démocratique.
Et je refaisais mes calculs tout à l'heure,
parce que j'ai beaucoup réfléchi sur la situation de Montréal. Donc, contexte : Montréal, où, ce qui est proposé,
on ne veut pas déplacer 19 000 électeurs dans Laurentides-Lanaudière à
travers 15 comtés. On dit à
Montréal : On vous fait perdre un comté, au préjudice de 40 000
électeurs. Bien, savez-vous, M. le Président,
qu'il y a une statistique extrêmement importante et parlante, la différence
entre la population et les électeurs? Au
Québec, en vertu des données de 2011, il y a 7 millions... je vais vous
sortir les chiffres, au Québec, il y a 7 millions... Ça, c'est les
chiffres de 2011. On est à plus de 8 millions, mais on prend les chiffres
comparables. 2011 : 7,9 millions de population, 6 millions
d'électeurs. Donc, il y avait 1,9 million de plus de population que
d'électeurs. 1,9 million sur 6 millions,
c'est 31 %. Donc, pour la grandeur du Québec, 31 % est la marge
supérieure du nombre d'électeurs — 31 %.
On dit :
Laurentides-Lanaudière, c'est épouvantable, il faut ajouter deux comtés.
Laurentides-Lanaudière, la marge supérieure,
c'est 32 %. Elle est en plein dans les statistiques du Québec :
31 %, 32 %. Outaouais, cette marge-là n'est pas à 31 %,
32 %, elle est à 40 %; et, tenez-vous bien, à Montréal, à 53 %.
Moi, j'ai 42 000 électeurs. Bien, au-dessus de 42 000 électeurs, M. le Président, j'ai 53 % de plus de gens
que je dois desservir. Une moyenne : sur 28 comtés à Montréal, prenez le nombre d'électeurs, ce qui est une
donnée, mais ajoutez-y en moyenne 25 000 personnes. Ça, c'est deux fois et
demie les Îles-de-la-Madeleine. Ajoutez-y
25 000 personnes. Pourquoi? 53 %, nous le tenons en soustrayant de la
population Montréal :
2 millions. En 2011, c'est 1 999 795. Montréal :
2 millions de population moins 1,3 million d'électeurs donnent
un différentiel de 695 000 personnes. 695 000 personnes représentent
quoi par rapport aux électeurs, ce qui est 1,3 million?
C'est 53 % de plus. 695 000 divisé par 28 comtés, c'est 25 000
personnes. On pourrait me dire, M. le Président : Allons plus
loin — il
me reste deux minutes — ce
sont des jeunes, ce sont des jeunes. Non, parce que, de ce 53 % là, M. le Président, 23 % — 53 % moins 23 % — 23 % de ce 53 % là sont des jeunes
de 0-14 ans. Je n'ai pas, malheureusement, la statistique 0-18, mais
0-14 ans, c'est 23 % du 53 %. Le 30 %, c'est 14 000.
Donc, je suis
député de LaFontaine, un comté de Montréal. J'ai mon nombre d'électeurs.
Ajoutez-y 25 000 citoyens qui
n'ont pas le droit de vote, qui ne sont pas électeurs. J'enlève les 0-14 ans.
Il m'en reste 14 000. Ce qui explique que, quand je faisais du porte-à-porte, puis du porte-à-porte, M. le
Président, en élection... J'avais une personne qui réside, depuis 30, 40 ans,
dans Rivière-des-Prairies, en face du parc Alexis-Carrel. On va aller voir mon
bon ami — on
discute, on discute, on discute — un homme qui a bâti sa maison, et une femme
qui ont une soixante d'années, peut-être même plus... 70 ans et plus, ont bâti leur maison. Ça fait 30 ans qu'ils sont
à Rivière-des-Prairies. Un bon ami de la personne qui m'accompagne, mais je lui ai dit : Il n'est
pas sur la liste électorale, non, il n'a pas qualité d'électeur, mais lui,
quand il a un problème, il vient me voir.
c'est ça qu'on dit : 80 %, ou à peu près, de l'immigration vient à
Montréal, il y a des gens qui sont hors statistiques. Et la meilleure
façon de voir la pointe de l'iceberg, c'est cette façon-là.
M. le
Président, je vois que vous me faites signe. La Mauricie, en enlevant un comté
sur cinq, on la fait monter dans le
hit-parade des régions en termes de nombre d'électeurs. L'Outaouais demeurerait
à plus 13 %, moyenne générale; Mauricie, à plus 10 %; et le
troisième, c'est 5 %, c'est la Capitale-Nationale. Alors, la Mauricie, je vois
là un autre déséquilibre. On enlève un
comté, on la propulse dans le hit-parade des régions ayant un taux d'électeurs
très élevé.
Et là, M. le
Président, vous allez me permettre de conclure sur le fait que, bon an, mal an,
là, les réformes de carte électorale,
ça s'est fait en 1992, 2001, 2011, ça s'est fait sur neuf, 10 ans. Bon an mal
an, sur neuf, 10 ans, il s'est fait les réformes de la carte électorale. Aujourd'hui, on travaille... la
dernière élection, 2012, l'élection de 2018, on travaille sur six ans.
Nous n'avons pas non seulement le bénéfice du dernier recensement 2016...
Le Président (M. Ouimet) : En
conclusion.
M. Tanguay : Je conclus en 20
secondes, M. le Président. Non seulement nous n'avons pas le bénéfice du recensement 2016, qui est imparfait... N'oubliez
pas, moi, j'ai mes électeurs. Rajoutez-moi-z-en 14 000, de gens qui sont
majeurs. Enlevez les 15-18 ans, là.
14 000; gardez-moi-z-en 10 000 qui sont majeurs, qui ne sont pas
citoyens et qui n'ont pas le droit de vote, puis c'est toujours eux
qu'on voit dans notre bureau de comté.
Je termine en disant : Faites attention. On
a parlé de l'opinion juridique, on a parlé de possibles contestations
judiciaires. Vous n'avez pas le bénéfice de quoi?, de quatre années supplémentaires
de données, de statistiques, puis l'exemple
le plus frappant, c'est les données du recensement 2016. Puis, cette carte-là,
là, pourquoi on est sur six ans? C'est
parce qu'il y a eu un gouvernement minoritaire, puis rapidement on est tombé
là-dessus, l'esprit de la loi et de le faire aux neuf, 10 ans, comme les
derniers éléments.
Le Président (M. Ouimet) : Très
bien.
M. Tanguay : Merci, M. le
Président.
Président (M. Ouimet) : Merci,
M. le député de LaFontaine. En passant, nous avons largement rattrapé votre
minute et demie qui avait été prise par l'opposition officielle.
M. Tanguay : Merci. Je vous
reconnais bien, là.
Le Président (M. Ouimet) : Juste
vous le signaler amicalement, en passant.
Alors, merci
à vous. Passons maintenant à la région de la Montérégie, et je salue Mme la
députée de Vaudreuil, à qui je cède la parole.
Nichols : Oui. Alors, merci beaucoup, M. le Président. Alors, à mon
tour de saluer mes collègues et de vous saluer, M. le Directeur général
et MM. les commissaires.
Alors, voilà,
députée de Vaudreuil, qui est ici aujourd'hui pour vous faire des
représentations. Vous êtes d'ailleurs passés
en avril dernier, là, dans le magnifique comté de Vaudreuil, et je sais que
vous avez rencontré des gens de Vaudreuil et de Soulanges, des citoyens et certains élus, et vous avez aussi reçu
le mémoire du maire de la ville de Vaudreuil-Dorion, qui est touchée par
les propositions que vous avez émises.
Alors, à mon
tour, j'ai fait ma tournée dans le comté et j'ai consulté et j'ai approché les
citoyens, j'ai approché des élus. J'ai
aussi eu beaucoup de discussions avec des membres de mon exécutif qui sont
d'ailleurs touchés par les recommandations
qui sont émises, puisque, dans vos recommandations, vous suggérez de transférer
la ville d'Hudson dans Soulanges et
une
partie de la ville de Vaudreuil-Dorion dans Soulanges aussi. Vous
comprendrez que les réticences sont
beaucoup à l'égard de la division de la ville-centre, qui est Vaudreuil-Dorion.
Je ne vous cacherai pas qu'il y a un sentiment
d'appartenance énorme à la ville de Vaudreuil-Dorion. Vous comprendrez, puis
vous en avez parlé, j'ai lu vos commentaires
à l'effet que l'île Perrot, qui comporte quatre villes, soit
Notre-Dame-de-l'Île-Perrot, L'Île-Perrot, Pincourt et Terrasse-Vaudreuil, est un peu particulière,
est délimitée par l'eau, c'est une île. Ça va de soi que ça reste dans le comté
de Vaudreuil, mais même L'Île-Perrot fait
affaire avec la ville-centre, qui est Vaudreuil-Dorion. Donc, c'est difficile
pour les gens eux-mêmes de
Vaudreuil-Dorion de comprendre pourquoi L'Île-Perrot va continuer à faire
partie du comté de Vaudreuil mais que
des gens qui habitent la ville de Vaudreuil ne feront plus
partie du comté de
Vaudreuil. C'est là où il y a, je
vous dirais, une certaine difficulté. Il y a un sentiment d'appartenance. Il y
a une incompréhension citoyenne à ce niveau-là.
Pour ce qui
est du comté d'Hudson, vous l'avez mentionné aussi, c'est une ville qui est un
peu enclavée, mais c'est une ville
aussi qui crée un lien particulier avec la ville de Vaudreuil-Dorion.
Vaudreuil-Dorion, c'est la ville-centre. Je comprends qu'il y a une démographie croissante impressionnante au
Québec. D'ailleurs, je pense que c'est une... dans les 22 circonscriptions de la Montérégie, là, je
comprends que c'est la circonscription où il y a une démographique en
pleine effervescence.
Il faut cependant tenir compte de certains
éléments importants, entre autres — puis vous n'en avez pas tenu, là, dans les différents... et, même dans les
présentations qui vous ont été faites, ça a plus ou moins été soulevé — la ville de Vaudreuil-Dorion n'a plus
de terrain à développer. Donc, je pense que c'est important
d'en tenir compte, parce que vous faites
des prévisions à long terme pour la ville de Vaudreuil-Dorion comme si c'était
pour prendre une expansion énorme. Non.
Vous pouvez discuter avec le maire de la ville de Vaudreuil-Dorion. Je pense
qu'ils sont pas mal plafonnés. Il n'y a plus de terrain à développer. Il
y a peut-être un peu de densité à
faire sur des terrains qui existent déjà, mais il n'y a pas de développements urbains qui s'en viennent, contrairement à
Soulanges. Soulanges est une ville... est un comté, pas une ville, là,
mais est un comté où il y a beaucoup encore d'agriculture, il y a beaucoup de
zones blanches, donc on parle d'y installer un pôle logistique. Soulanges est beaucoup
touché par l'autoroute 30 aussi. Donc, si on compare un peu Vaudreuil et Soulanges, moi, ce que je vous dis,
c'est qu'il faut être très prudent, parce que ce n'est pas le fun de se faire
faire des refontes électorales, tu sais,
pour les citoyens, là, ça crée quand même une certaine
incertitude auprès d'eux. Ce n'est
pas le fun de savoir que tu switches d'un comté à l'autre. Ce n'est pas le fun
pour eux de se poser la question : À qui
je me réfère comme député? Je suis citoyenne de Vaudreuil, mais je vais aller me référer à la députée
de Soulanges?
Donc,
moi, ce que je vous dis, c'est qu'il faut être prudent, il faut tenir compte de
l'évolution de la population
mais aussi tenir compte de la capacité des
villes à développer. Donc, Vaudreuil et Soulanges sont départies un petit peu à l'ouest de Montréal,
et on a senti le déplacement du West Island vers Vaudreuil et vers Soulanges,
mais ce que je vous dis, c'est que la
capacité de Vaudreuil est presque au maximum. Donc, je ne vois pas la nécessité... et les citoyens non plus ne voient pas la nécessité de transférer une
grande
partie de nos électeurs vers un autre comté. Alors, je pense que c'était
un des points particuliers.
vous ai mentionné aussi, bien, le sentiment d'appartenance, les communautés naturelles.
Je pense que c'est des critères dont
vous tenez compte. Tel que mentionné précédemment, tous les services... ou, en
fait, la majorité des services sont
dans Vaudreuil-Dorion, donc les gens se déplacent. L'hôpital s'en vient dans
Vaudreuil-Dorion, donc autant les gens d'Hudson,
les gens... Puis là on va faire référence au «fief», je pense que c'est le mot
que vous utilisez, là, pour la petite
partie
de Vaudreuil que vous souhaiteriez transférer, puis ça ne représente pas quand
même beaucoup d'électeurs. Je pense qu'on parle de 700 électeurs. De
mémoire, là, je pense qu'on parlait à peu près de 700 à 750 électeurs.
Donc,
c'est quand même un gros bouleversement pour 750 électeurs de s'en aller dans
Soulanges, alors que, eux, leur lien d'attachement est encore avec la
ville de Vaudreuil-Dorion.
D'ailleurs,
vous avez sûrement pris connaissance un peu du mémoire du maire, qui, lui, est
vraiment... il ne comprend pas. Il
dit que ça va rendre la tâche presque impossible, auprès de ses citoyens,
d'expliquer ça et de travailler avec eux et il demandait à la commission : S'il vous plaît, ne rendez pas la tâche
impossible. Donc, je vous transmets ses paroles, bien que je sois bien
au courant que vous en avez pris connaissance. Puis il donnait une petite anecdote
pour cerner le problème d'identité et il
nommait un jeune qui est passé à l'émission La Voix sur TVA, un des
finalistes, qui s'est défini tout au
long du concours comme étant un résident d'Hudson, alors que, dans le fond, sa
famille habite... Non, il habite Hudson, mais il disait tout le temps
qu'il habitait à Vaudreuil-Dorion. Donc, même s'il habite Hudson, on sent
l'appartenance à Vaudreuil-Dorion. Donc,
c'est un exemple que je trouvais comique, qui était rapporté mais qui était
bien réel et qui a circulé beaucoup.
Donc,
voilà. Je tenais à vous faire part, entre autres, des... Je ne veux pas
élaborer plus que ça, je sais qu'il y a une certaine redondance aussi puis je sais que le temps est limité, mais je
tenais à vous rapporter les commentaires des citoyens, des élus et du
Conseil exécutif. Sachez que, même moi, dans mon association du comté de
Vaudreuil, il y aura des changements à
apporter s'il y a des transferts de la sorte, mais, le sentiment
d'appartenance, je pense qu'on ne peut pas passer à côté.
Vaudreuil
est une référence pour les gens. Je vous demande encore une fois de tenir
compte du développement. C'est superimportant de savoir que Vaudreuil-Dorion
n'aura pas de développement supplémentaire. Il y aura peut-être un
peu plus de commercial, le parc
industriel qui reste à développer, mais, au niveau de la population, au
niveau du nombre d'électeurs qui
pourraient... ça n'augmentera pas de façon fulgurante ni dans Vaudreuil-Dorion
ni même dans Hudson. Là, on s'entend que, Hudson, là, le comté est
complètement développé, alors que c'est tout autre pour ce qui est de Soulanges. Et d'ailleurs, historiquement, en 1985,
quand on a créé le comté de Soulanges, on a utilisé un peu la notion des terres agricoles pour diviser et Vaudreuil et
Soulanges. Alors, Soulanges est le comté où il reste encore plusieurs terres
agricoles, comparativement à Vaudreuil, qui est... on appelle ça urbain, mais
ce n'est vraiment pas urbain si on compare à Montréal ou si on compare à
l'ouest de l'île, à Sainte-Anne-de-Bellevue, là, qui sont à proximité.
Alors, voilà les commentaires que j'avais à vous
apporter et j'espère que vous en tiendrez compte, du moins pour le
futur, pour ne pas avoir à apporter des changements fréquemment, là, auprès de
nos citoyens.
Le Président (M.
Ouimet) : Merci à vous, Mme la députée de Vaudreuil, pour ces
commentaires. Quelques réactions de la part de la commission? Alors,
M. Courville.
Courville (Serge) : Merci, M. le Président. Mme la députée parlait du
sentiment d'appartenance. J'aimerais savoir ce qu'il en est très
exactement d'Hudson, la ville d'Hudson. L'impression que j'avais, c'est que le
sentiment d'appartenance allait d'abord à Hudson, mais c'est peut-être
uniquement une impression, là.
Mme Nichols :
...le sentiment d'appartenance? Je n'ai pas compris.
M. Courville
(Serge) : Il allait davantage à la ville d'Hudson que Vaudreuil ou...
Nichols : En fait, Hudson, c'est un village... je vais utiliser le mot
«anglophone», là, mais je n'aime pas ça
catégoriser par la langue, là, mais c'est un village plutôt anglophone. Mais
Hudson utilise tous les services avec la ville de Vaudreuil-Dorion, puis même ils se partagent beaucoup de services.
J'ai parlé aux deux maires, là, au maire d'Hudson et au maire Guy Pilon, de Vaudreuil-Dorion, et ils
ont beaucoup d'ententes de partenariat pour des services en commun. Ça
aussi, je pense qu'il faut en tenir compte. Puis ça a quand même un impact
assez important.
Le Président (M. Ouimet) : Très
bien. M. Reid.
M. Reid
(Pierre) : J'espère que vous
me permettez, M. le Président, juste de préciser, et je pense que vous l'avez
fait, que la commission ne prend aucun
engagement quant au dépôt d'un avis juridique sur la proposition de carte
électorale. Je tenais à préciser ça.
J'aurais eu à
réagir par rapport à certains propos, là, du député de LaFontaine. Je ne sais
pas si vous m'y autorisez, puisque son temps était écoulé.
Président (M. Ouimet) : On a
fait le débat là-dessus. On est sur le temps de la députée de Vaudreuil. Maintenant, si elle a terminé... Je vois des mains
qui se lèvent. On a eu cette situation-là, rappelez-vous, mardi et on avait
décidé de laisser les députés parler de
leurs circonscriptions électorales pour ne pas politiser un peu le débat.
Alors, moi, je ne souhaiterais pas...
puis je vais vous entendre dans deux minutes, je ne souhaiterais pas, par votre
réaction, qu'on réouvre le débat, bien que je voie les deux oppositions
très, très, très dynamiques ce matin pour reprendre la balle au bond.
Mme la députée de Taschereau puis, après, M. le
député de Deux-Montagnes.
Maltais : Question de directive, M. le Président. Vous avez permis au
député de LaFontaine... vous avez dit :
Son droit de parole lui appartient. Et, à mon sens, c'est une opinion. Nous
trouvions qu'il sortait du débat, mais vous avez dit que son temps lui
appartenait. Je pense qu'on pourrait avoir le même respect pour le DGE.
Le Président (M. Ouimet) :
Consentement, M. le député de Deux-Montagnes?
M. Charette :
En fait, je me souviens de la discussion qu'on a eue avant-hier qui visait à
éviter le débat partisan. Je pense
qu'on ne peut certainement pas reprocher au Directeur général des élections de
tenir un discours partisan. Donc, ce serait la moindre des choses de lui
donner cette opportunité.
Président (M. Ouimet) :
Alors, si tout le monde est d'accord, et je comprends qu'il n'y aura pas de
réaction de la part des
parlementaires par rapport aux réponses fournies par le Directeur général des élections,
je vous cède la parole, M. Reid.
Reid (Pierre) : C'est
seulement, en fait, peut-être des informations additionnelles ou compléments
d'information. Lorsqu'on parle... et
nous sommes bien sensibles par rapport à des circonscriptions lorsqu'il y a une
population... et c'est vrai sur
l'Île-de-Montréal, une population non électrice, si on peut dire, mais la loi
nous demande de travailler avec des électeurs,
et c'est ce que nous faisons. Par ailleurs, je pense que, sans qu'on mette en
doute... En tout cas, on questionne peut-être nos projections
démographiques, puis ça, j'aimerais que je sois clair sur cette question-là.
D'abord, en
fait, la croissance ou la décroissance de
la population, nous les regardons à partir, là, de notre liste
électorale permanente, qui a plus de... je
pense, c'est 25 ans, 25 ans. Donc, au cours des dernières années, nous suivons
l'évolution, parce que notre liste est alimentée quotidiennement par la Régie
de l'assurance maladie.
Nous avons
aussi de l'information qui nous vient de la société québécoise
de changement d'adresse et également
de citoyenneté Canada
quant aux personnes, aux résidents qui deviennent citoyens
canadiens. Donc, c'est pour ça qu'on observe