Public Finance — 2 May 2017 (41st Legislature, 1st Session)
CFP 2017-05-02
Quebec — Committees
(Quinze
heures vingt-trois minutes)
Président (M. Bernier) :
À l'ordre, s'il vous plaît! Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de
la Commission des finances publiques ouverte. Bien
sûr, je demande à toutes les
personnes dans la salle d'éteindre la sonnerie de leurs téléphones cellulaires.
La commission est
réunie afin de procéder à l'étude du volet Finances des crédits budgétaires du portefeuille
Finances pour l'exercice financier 2017‑2018. M. le secrétaire, y
a-t-il des remplacements?
Secrétaire : Oui, M. le Président. M. Polo
(Laval-des-Rapides) est remplacé par M. Chevarie (Îles-de-la-Madeleine).
Président (M. Bernier) :
Merci beaucoup. Donc, bienvenue à tous les parlementaires. Bienvenue au personnel du ministère des Finances. Bienvenue au personnel de la Caisse de dépôt qui est ici présent, alors, M. Sabia, M. Tessier. Bienvenue également à la population
qui nous écoute, parce que, quand on fait cet exercice-là, on répond aux questions,
bien sûr, qui sont posées, mais il y a des gens qui nous écoutent. Donc, bienvenue à
l'auditoire qui nous écoute présentement.
Nous
allons débuter par les remarques
préliminaires, puis nous allons
procéder à une discussion d'ordre général par blocs d'environ 20 minutes, incluant les questions
et les réponses. Donc, je vais m'assurer, du côté de l'opposition, qu'on va balancer le temps entre les questions versus les réponses
qui sont données. La mise aux voix des crédits sera effectuée à la fin... qui est alloué à l'étude de ce volet. Je vous informe
qu'il y a eu une entente afin que le temps de parole de la députée de Vachon
soit pris à même l'enveloppe de l'opposition officielle.
Puisque
nous avons débuté nos travaux à 15 h 22, est-ce qu'il y a consentement pour qu'une
période additionnelle à l'étude des trois heures actuelles soit...
dépasser jusqu'à 18 h 22?
Le Président
(M. Bernier) : Pas 22? Quelle heure?
Président (M. Bernier) :
18 h 10. Donc, nous allons
débuter... Comme nous débutons nos travaux à 15 h 22, nous allons
aller jusqu'à 18 h 10. Et j'aurai le plaisir de vous reposer la même
question ce soir parce que le temps doit être accompli tel que défini
par l'Assemblée et les ententes entre les leaders.
Nous
débutons donc avec les remarques préliminaires de M. le ministre. La parole est
à vous. Vous disposez de 17 minutes.
M. Leitão :
Très bien. Merci beaucoup, M. le Président. Alors, bonjour à tous, tous les
collègues de l'opposition officielle, de la deuxième opposition, députée
indépendante; bien sûr, les collègues de la
partie gouvernementale, M. Sabia, M. Tessier, ainsi que M. Caudron, mon chef de cabinet, et
tous les autres membres soit de la Caisse
de dépôt et placement du Québec et du ministère des Finances.
Alors, nous entamons aujourd'hui
l'étude des crédits du ministère des Finances, et cela me permettra aussi de répondre aux questions des collègues.
Mais, avant de faire ça, avant d'aborder la question des crédits du ministère des Finances, je vais profiter de l'occasion pour faire un point rapide sur
la situation économique et financière du Québec, qui est très positive.
Je répète, la situation économique et financière du Québec est très positive.
C'est important, c'est important que les gens qui nous écoutent puissent avoir
l'heure juste.
premier élément que je souhaite souligner, c'est qu'il s'agit d'un troisième
budget équilibré consécutif, et qu'il ne sera pas le dernier, puisque notre cadre financier prévoit de maintenir
cet équilibre pour les cinq prochaines années. Tout en restant prudent afin de pouvoir faire face aux
turbulences de notre environnement économique, le budget pose des gestes
concrets qui permettent à l'économie du Québec de poursuivre sur sa lancée et
amène des bénéfices pour tous les Québécois. Nous avons remis la maison en
ordre, et la bonne santé économique et financière du Québec nous permet d'investir davantage et de manière durable dans
les services directs à la population, notamment en éducation, en santé, mais également dans les transports collectifs. La
bonne tenue de notre économie permet également d'annoncer de nouvelles baisses d'impôt pour les particuliers qui, ajoutées
à l'abolition de la contribution santé, qui n'était ni plus ni moins qu'un
impôt sur le revenu, permettront de
bénéficier d'une baisse récurrente du fardeau fiscal de plus de 1 milliard
de dollars par année.
Avec
le plan, nous faisons exactement ce que nous avons dit que nous ferions pour
améliorer le niveau de vie et la qualité
de vie des Québécois. Nous agissons également sur les leviers pour positionner
le Québec parmi les économies les plus innovantes, entreprenantes et
ouvertes sur le monde. J'aurai l'occasion d'y revenir dans quelques instants.
Le Québec
s'est distingué, en 2016, par une croissance économique et une création
d'emplois soutenues qui se sont
traduites par une amélioration significative du revenu disponible des ménages.
D'ailleurs, une croissance de 4,5 %, ce que Desjardins, par exemple, soulignait dans son analyse, la semaine
dernière, sur l'épargne des Québécois. Le taux d'épargne des Québécois est maintenant à un de ses niveaux les plus
élevés de la dernière décennie. Grâce à l'augmentation du revenu
disponible, les Québécois consomment plus et, en même temps, épargnent plus, et
cela est une très bonne nouvelle. L'économie
a crû de 2 % en 2016, selon l'ISQ, une croissance d'ailleurs supérieure à
celle des États-Unis et du Canada. Il
s'agit d'ailleurs de notre meilleur résultat depuis 2010, et toutes les
principales composantes du PIB étaient en croissance, particulièrement
la consommation.
La vigueur de
l'économie a permis que le Québec s'établisse comme champion de la création
d'emplois parmi les provinces canadiennes. C'est plus de
91 000 emplois qui se sont ajoutés au cours de l'année 2016.
Donc, depuis mai 2014, plus de trois
ans, ce sont plus de 152 000 emplois qui ont été créés au Québec,
essentiellement à temps plein et dans le secteur privé. Dans ce
contexte, l'emploi des femmes a d'ailleurs été particulièrement bénéfique.
Nous avons un
plan, et un plan qui est prudent, équilibré, prévisible et soutenable. Et le
plan fonctionne, M. le Président. Il
nous permet maintenant d'investir davantage et de manière durable dans les
grandes priorités des Québécoises et
des Québécois, qui sont d'investir dans l'avenir de nos enfants. Et, pour
financer nos services publics, de le faire à crédit, comme ça a été fait
pendant de longues années, à notre avis, c'est une dangereuse illusion.
Les jeunes
sont l'avenir du Québec. Notre gouvernement a annoncé la mise en place d'un
plan sans précédent pour la réussite
éducative, de la petite enfance à l'enseignement supérieur. Et ce plan est doté
d'un financement additionnel de 3,4 milliards de dollars sur cinq
ans.
La santé est également au coeur de nos
priorités. Les actions prévues dans le plan économique reflètent cette importance. Nous poursuivons nos investissements
pour améliorer l'accès aux soins de santé et l'offre de services pour
tous les Québécois, que ce soit en CHSLD, dans les hôpitaux, dans les cliniques
ou les soins à domicile. Nous avons annoncé
des investissements totalisant près de 3 milliards de dollars au cours des
deux prochaines années, qui permettront d'ajouter des ressources là où les besoins sont les plus importants. De
nouvelles supercliniques continuent de voir le jour partout au Québec, et nous allons continuer
d'améliorer l'accès et la qualité des services pour toutes les familles du
Québec.
Toujours dans
la volonté d'offrir de meilleurs services aux Québécois, le plan économique annonce un appui concret et significatif au développement du transport collectif et de la mobilité durable. En
plus d'être un service essentiel pour de
nombreux citoyens, le transport collectif est bon pour l'économie et contribue
à la lutte aux changements climatiques. Voilà pourquoi nous donnons un élan significatif à ce secteur en
concrétisant notre engagement d'appuyer immédiatement la réalisation de grands projets tels le REM, le
Réseau électrique métropolitain, avec la Caisse de dépôt et placement, mais
aussi le prolongement de la ligne bleue du
métro de Montréal. Nous allons également apporter le soutien nécessaire à la
réalisation du projet de transport collectif souhaité par Québec lorsque
celui-ci sera défini.
Maintenant,
pour permettre la réalisation de ces projets et répondre à d'autres besoins en
matière d'infrastructures, le Plan
québécois des infrastructures, le PQI, sera rehaussé de 2,4 milliards de
dollars pour atteindre 40 milliards sur les quatre prochaines années et 91 milliards sur les 10 prochaines
années. Il s'agit, M. le Président, d'un effort substantiel, d'ailleurs
un effort quatre fois plus important que celui du gouvernement fédéral
proportionnellement à la taille des économies respectives. Donc, notre
gouvernement est pleinement investi dans la croissance économique et dans le développement du Québec avec des budgets qui sont
stimulatifs, qui sont expansionnistes. Alors, austérité, M. le Président,
non, il n'y a pas d'austérité. Cette même
soi-disant austérité qui devait mettre notre économie à terre, bon, nous avons
eu une croissance économique en 2016 parmi les plus élevées en Amérique
du Nord.
Alors, il est
de notre devoir d'assurer un meilleur avenir à nos enfants en répondant aux
défis liés à la main-d'oeuvre et la
transformation de notre économie. Afin de stimuler la recherche et l'innovation
dans plusieurs secteurs d'activité, autant
traditionnels que technologiques, nous avons annoncé des initiatives
additionnelles totalisant plus de 830 millions de dollars d'ici
2021‑2022. Cela porte à près de 2,5 milliards les investissements en
recherche et en innovation pour les prochaines
années. Nous sommes aussi, M. le Président, je dois dire, très contents du
travail que fait la Caisse de dépôt et placement
en termes d'investissements dans les entreprises québécoises aussi avec
l'objectif d'améliorer l'innovation et la productivité de l'économie
québécoise.
Nous devons aussi pouvoir compter davantage sur
la fibre entrepreneuriale de plus en plus présente chez les Québécois, particulièrement chez les jeunes et
chez les nouveaux arrivants. Il faut également appuyer les PME existantes
qui ont le potentiel de devenir les fleurons
de demain. Dans ce contexte, nous avons annoncé des mesures totalisant plus de
400 millions de dollars pour soutenir l'entrepreneuriat au cours des cinq
prochaines années.
Notre
plan prévoit également des mesures totalisant près de 290 millions sur
cinq ans pour favoriser le développement de la main-d'oeuvre faisant
suite au Rendez-vous national de la main-d'oeuvre de février dernier. Pour ce
qui est du développement... de
l'investissement dans les régions, les régions contribuent largement à la
vigueur et à l'essor de notre économie,
et, afin de stimuler davantage leur développement, c'est 1,2 milliard qui
seront investis au cours des cinq prochaines années.
Comme je l'ai mentionné au début, grâce à la
croissance économique, nous avons maintenant les moyens de poursuivre nos efforts de réduction du fardeau fiscal des Québécois. Cette
réduction passe par l'abolition de la contribution santé dès 2016, donc rétroactive au
1er janvier 2016, et cela pour près de 4,3 millions de contribuables.
Aussi, une baisse générale de l'impôt grâce à l'augmentation du montant
personnel de base.
Alors, une famille de la classe
moyenne bénéficiera, dès cette année, dès 2017, d'une réduction d'impôt
permanente de plus de 510 $,
510 $, M. le Président. Avec ces mesures, c'est plus de 1 milliard de
dollars par année que nous retournons dans
les poches des Québécois, et je souligne que nous faisons cela de façon
responsable. Nous investirons dans les services directs à la population, nous appuyons le développement économique, nous
réduisons le fardeau fiscal et tout ça en même temps et sans tomber dans les travers des déficits et sans aller piger
dans le compte d'épargne de nos enfants qui est le Fonds des
générations.
ailleurs, en lien avec les valeurs de solidarité et de justice sociale animant
la société québécoise et qui sont au
coeur des valeurs libérales, le gouvernement accorde aussi un soutien aux
collectivités et plus particulièrement aux personnes les plus
vulnérables. Nous accordons à cela une très grande importance, M. le Président.
Voilà
maintenant qui m'amène un peu aussi à parler des crédits du ministère des
Finances pour l'exercice 2017‑2018
qui, en excluant le service de la dette, totalisent 200 millions de
dollars. En regardant d'un peu plus près
le budget des dépenses courantes du ministère qui comprend notamment la rémunération et les coûts de fonctionnement, c'est de 68 millions de dollars. Je tiens d'ailleurs à souligner que le
budget de fonctionnement du ministère a diminué de près de 19 % depuis 2009
grâce aux gestes qui ont été posés. Je suis sûr que nous aurons l'occasion d'y
revenir.
Maintenant,
en conclusion, M. le Président, nous confirmons la bonne santé économique et
financière du Québec, ce qui est une
bonne nouvelle pour le Québec et pour les Québécois. Notre plan s'inscrit dans
la continuité. Nous faisons exactement ce que nous avons dit que nous ferions
pour améliorer le niveau de vie et la qualité de vie des Québécois et nous allons continuer de le faire. Mais, M. le
Président, visiblement, les résultats de notre gouvernement dérangent. La santé économique et financière saluée d'ailleurs
par acteurs indépendants, les investissements majeurs et durables pour la
santé et pour l'éducation, les améliorations
significatives du niveau de vie et la qualité de vie des Québécois ne semblent
pas faire l'affaire de certains. Les
allégations répétées au cours des derniers jours ne sont pas le fruit du hasard
et, de toute évidence, des motivations, à mon avis, partisanes. Les Québécois
ne sont pas naïfs, ils ne seront pas dupes.
Vous
me direz, M. le Président : Bof, c'est de la politique, mais le plus
préoccupant dans tout ça, c'est que, dans le dessein de servir ces intérêts partisans, les auteurs et les
promoteurs de ces allégations nuisent fortement à la crédibilité de nos institutions et attisent le cynisme de la
population envers la classe politique tout entière et les principes
fondamentaux de notre démocratie, et ça, à mon avis, c'est très grave.
Nous serons tous, nous tous, perdants de tels stratagèmes. Regardons d'ailleurs
ce que cela a donné aux États-Unis, en Grande-Bretagne et...
Le Président (M.
Bernier) : Excusez-moi. M. le député.
M. Marceau :
Question de règlement. Je trouve que ça dérive un peu puis ça prête des
intentions.
Président (M. Bernier) : Oui, mais, en ce qui regarde le discours,
c'est quand même un discours qui est général. Vous savez, c'est l'étude des crédits, puis l'étude des crédits,
normalement, on va assez large. S'il y avait dans le discours du ministre des attaques directes à des personnes,
à ce moment-là, j'interviendrais immédiatement. Je ne peux pas l'empêcher
d'avoir son opinion, les journaux en sont remplis, que voulez-vous.
Marceau : Je vais me permettre de dire, M. le Président, que le
ministre a mentionné les oppositions, là, il prétend que les...
Président (M. Bernier) : Bien, écoutez, M. le ministre, il ne faut pas
prêter, si on veut, selon l'article 35, des éléments comme celui-là au niveau des parlementaires qui sont présents
ici. Donc, je vous invite à être prudent. Allez, poursuivez votre...
M. Marceau :
Ça allait bien.
M. Leitão :
Très bien. Moi, je parlais de la classe politique en général, nous tous.
Bon,
dans ces manoeuvres critiquables, je ne reconnais pas le Québec qui m'a
accueilli en 1975 et pour lequel je
me suis engagé en politique en 2014. Ces agissements, à mon avis, devraient
cesser. Personne, personne au Québec n'est
au-dessus des lois. Nous souhaitons tous que justice soit faite rapidement,
mais elle ne doit pas être bafouée. Ni les médias ni cette Assemblée ne
doivent se transformer en jury populaire médiatico-politique. Moi...
Président (M. Bernier) : ...je vais m'assurer que ça ne se transforme
pas ici, à la Commission des finances publiques, soyez-en sûr.
Leitão : Certainement. Moi, M. le Président, tout ce que je peux vous
dire, c'est que moi, je vais continuer de
faire mon travail avec détermination et intégrité au sein d'une équipe et
auprès d'un chef qui incarnent cette détermination et cette intégrité et dont toute l'énergie est
tournée, depuis sa formation, vers l'intérêt du Québec et des Québécois. Le
Québec a de grands défis à relever et aussi
de bonnes opportunités à saisir, et je vais mettre toute mon énergie à m'en
occuper. Merci.
Président (M. Bernier) : Merci. Nous allons passer maintenant du côté
de l'opposition officielle. M. le député de Rousseau, vous avez
exactement 10 minutes pour votre présentation.
Marceau : Mais, si je n'utilise pas ce temps, je le conserve?
Président (M. Bernier) : Il est reporté sur vos périodes qui... sur
vos blocs, en bon français, selon notre jargon.
M. Marceau :
Parfait. Alors, je serai très bref.
Alors,
je vous salue. Je salue tous les collègues. Ça me fait plaisir d'être avec vous
aujourd'hui. Je salue d'avance tous nos invités, ceux qui sont là
présentement et ceux qui viendront.
Peut-être
un commentaire pour dire que j'ai peine à comprendre le sens de ce qui a été
dit par le ministre dans les dernières minutes. Je vais m'arrêter là, j'y
reviendrai s'il le faut. Je m'arrête là. Merci, M. le Président.
Le Président (M.
Bernier) : Merci, M. le député de Rousseau, de vos remarques.
Vous avez maintenant,
du côté de la deuxième opposition, M. le député de Granby, sept minutes.
Bonnardel :
Ah! je ne prendrai pas mon temps, M. le Président.
Le Président (M.
Bernier) : Vous ne prendrez pas votre temps?
Bonnardel :
Je vais l'utiliser dans mon bloc régulier.
Le Président (M.
Bernier) : Bon, bien, c'est bien, merci, donc, ce qui met fin
aux remarques préliminaires.
suis maintenant prêt à reconnaître une première intervention du côté de l'opposition officielle. Donc, vous avez un premier bloc
d'échange, M. le député de Rousseau.
M. Marceau :
Oui, merci, M. le Président. Alors, bonjour, M. Sabia, M. Tessier, M.
le ministre évidemment, M. Caudron. Je
vais aller tout de suite sur ce qui est sorti aujourd'hui, en fait, sur la question des paradis
fiscaux. Je pense que c'est assez...
M. Sabia
(Michael) : ...surprenant que vous souleviez la question.
Marceau : C'est ça,
c'est très surprenant, d'autant qu'on a posé deux questions à la période de
questions. Alors, peut-être pour ceux qui nous écoutent, c'est important
de savoir que les chiffres qui ont été rendus publics aujourd'hui ont été bâtis à partir d'une compilation qui nous a été fournie par la Caisse de dépôt pour les pays qui ont été reconnus comme des paradis fiscaux par l'ensemble des parlementaires qui sont assis ici, à cette table, à la Commission des finances publiques. Donc,
pour la liste en question, vous nous avez fourni les chiffres, et nous vous en
remercions.
Bon,
maintenant, il y a un certain nombre de choses qui ont été
surprenantes quand on a constaté les chiffres. La première, c'est que ces investissements dans les paradis fiscaux ont augmenté de façon significative entre
2013 et 2016. Ils sont passés de 14,8 milliards à 26,2 milliards, une augmentation spectaculaire, là. On n'a pas doublé, mais on
n'est pas loin. Et, si on le regarde en termes de proportion de l'actif net de la caisse, là aussi, l'importance des investissements de la caisse dans les paradis fiscaux a augmenté.
Les investissements, en 2013, représentaient 7,4 % de l'actif net de la
caisse. Aujourd'hui, on est à 9,6 % et,
connaissant l'ampleur de l'actif net de la caisse, évidemment, ça représente
des montants importants.
Alors,
peut-être que la première question qui se pose, c'est : Pourquoi?
Pourquoi, alors que les débats sont à l'effet que les paradis fiscaux
sont un cancer pour l'économie mondiale, qui sont un cancer pour les
gouvernements qui ont à offrir des services,
qui doivent taxer les citoyens, qu'est-ce qui fait que la caisse, elle, a
trouvé à propos de faire croître de façon significative ses
investissements dans ces pays-là?
Le Président (M.
Bernier) : M. le ministre.
M. Leitão :
Peut-être, avant de passer la parole à M. Sabia, j'aimerais juste
mentionner deux choses.
D'abord,
je pense que nous sommes tous, ici, autour de cette table, conscients de
dommages, bien sûr, que l'évitement
fiscal et l'évasion fiscale comportent. Et on voit d'ailleurs
de façon très concrète les conséquences de cela dans le débat public et politique,
dans les pays de l'OCDE, on le voit très clairement. Je veux aussi
saluer le travail de la Commission des finances publiques et de son
rapport et je veux aussi rassurer cette commission qu'au ministère des Finances
et au ministère du Revenu, Revenu
Québec, nous prenons tout cela très au sérieux et, oui, nous sommes en train
de faire une évaluation des 38 recommandations pour voir comment on
pourrait donner suite à cela.
Donc,
j'aimerais donc préciser ces questions-là et je suis aussi profondément
confiant et certain que la Caisse de dépôt
et placement du Québec ne fait pas de l'évasion fiscale. Je pense qu'il faut
que cela aussi soit dit clairement, la caisse ne fait pas de l'évasion fiscale. Et ça, bon, M. Sabia, je pense
que vous avez quelque chose à dire là-dessus, mais il faut que ce soit
clair aussi, ça.
Le Président (M.
Bernier) : Donc, il y a consentement que M. Sabia puisse
prendre la parole? Aviez-vous d'autre chose à ajouter, M. le ministre?
M. Leitão :
Non, pas pour l'instant.
Le Président (M. Bernier) : M.
le député de Rousseau, vous?
M. Marceau : Oui, je veux
juste... Évidemment, si le ministre et puis M. Sabia répondent à chacune
de mes questions, ça va faire des longues réponses, là. Enfin, bon, juste dire quand
même, sur l'affirmation du ministre...
Président (M. Bernier) : Sauf que, sur le plan... au
niveau parlementaire, je dois
m'adresser au ministre, par la suite qui, lui, donne la parole...
M. Marceau : Oui, oui, je
comprends. J'accepte ça, je comprends ça.
Le Président (M. Bernier) :
C'est comme ça que ça fonctionne.
M. Marceau : J'accepte ça et
je comprends ça.
Simplement
dire que je n'ai jamais dit que la caisse faisait de l'évasion fiscale, là. Par contre,
la caisse investit dans des entreprises
qui, elles, pratiquent... enfin, en
tout cas, ont la pratique d'être
présentes dans des paradis fiscaux. Il en
découle que ces entreprises, pour diverses raisons, évidemment,
sont plus concurrentielles parce
qu'elles paient moins d'impôt, et ça peut les rendre attrayantes pour
certains investisseurs. Je pense que c'est ce dont il s'agit ici.
Ce dont il
s'agit, c'est qu'il y a des... on a le choix entre investir dans des
entreprises qui ne sont pas présentes dans
les paradis fiscaux puis qui donc doivent payer plus d'impôt, puis d'autres qui
sont dans les paradis fiscaux et qui donc paient moins d'impôt. Puis
quand le «bottom line», c'est le rendement sur l'investissement, bien,
évidemment, quelqu'un qui paie moins d'impôt, il est plus rentable.
Alors, je
pense que c'est ce qui est en question ici, pas que la caisse fait de l'évasion
fiscale. Je pense que vous comprenez ça, vous aussi, M. le ministre.
Alors, je m'arrête là-dessus, mais je laisse M. Sabia répondre.
Le Président (M. Bernier) :
M. Sabia, bienvenue.
M. Sabia
(Michael) : M. le Président,
je pense que M. Marceau comprend très bien que je n'ai pas nécessairement
besoin de l'aide du ministre des Finances
pour vous donner une longue réponse, je suis bien capable moi-même de faire ça.
Donc, sur ce
sujet, ce sujet, évidemment, est un sujet important, très important que nous, à
la caisse, nous prenons très au
sérieux. Donc, d'abord et avant tout, je voudrais juste... Reculons un peu
juste pour mettre des choses... enfin, de mettre des choses en
perspective.
Comme toutes
les caisses de retraite canadiennes et, je pense, 100 % des caisses de
retraite dans le monde OCDE, nous
voulons éviter la double imposition de nos retraités. Ça, c'est l'objectif
fondamental et évidemment, dans notre cas, c'est d'éviter une situation de double imposition pour les Québécois.
Selon nous, et c'est une question du fonds, ça ne serait pas équitable ou juste du tout que les
Québécois soient imposés à deux reprises, deux fois sur le même dollar de
prestation. Et dans le fond, ça, c'est la
question du fonds. Évidemment, il est important que tout le monde paie leur
juste part, et c'est exactement, exactement ce qui se passe ici. Donc,
pour nous, ça, c'est l'objectif, d'être certains que les Québécois ne sont pas imposés deux fois, et
également d'être certains que tout le monde, la caisse ou d'autres
investisseurs, ils paient leur juste
part. Donc, ceci étant dit, et j'espère, j'espère que c'est clair, la caisse
respecte toutes les lois et toutes les
meilleures pratiques en matière d'impôt partout dans le monde, partout dans le
monde. Comme je disais, les rendements de
la caisse, comme les caisses de retraite de la plupart des pays G20, sont
imposés quand l'individu reçoit ses prestations. Donc, juste pour clarifier, si la caisse payait des impôts à l'étranger,
les Québécois, les Québécoises se retrouveraient avec une double imposition
pour chaque dollar de prestation, et ça, c'est le problème. Donc, qu'est-ce
qu'on fait? Trois choses.
Évidemment, nous travaillons actuellement avec
plusieurs gouvernements à travers le monde pour établir les ententes d'exonération de la même façon que la
caisse est exonérée et les caisses de retraite canadiennes sont exonérées ici,
au Canada, aux États-Unis, en France et
franchement dans plusieurs pays à travers le monde. Mais ça, c'est le
numéro un.
Numéro deux,
nous travaillons quotidiennement avec chacun de nos partenaires pour essayer de
les convaincre d'ajuster leurs activités et nous avons eu pas mal de
succès avec quelques fonds de couverture, quelques partenaires importants. Dans plusieurs transactions très
importantes, nous avons réussi à convaincre nos partenaires, dans plusieurs
cas, d'adopter et de choisir le Canada comme
le domicile pour une transaction. Donc, nous faisons des progrès. C'est étape
par étape, par étape.
Président (M. Bernier) : Est-ce que vous pourriez couper un petit
peu votre temps de réponse, M. Sabia? Parce qu'il y a beaucoup de
questions.
M. Sabia (Michael) : J'ai juste
une autre chose. Soyez patient, juste une autre chose.
Le Président (M. Bernier) : Je
suis très patient, sauf que le temps est limité.
M. Sabia (Michael) : Oui, mais
ça, ça fait
partie du sport de l'étude des crédits, oui, mais quand même...
Donc, ça,
c'est la deuxième chose, une détermination
de travailler avec nos partenaires. Et, comme je disais, nous avons eu
du succès.
Et finalement, et chose extrêmement importante, la vraie solution et franchement la seule
solution à toutes ces questions demande une perspective et un mécanisme global.
Et c'est la raison pour laquelle le G20 a confié le mandat à l'OCDE d'organiser, et de développer les
protocoles, et de chercher l'approbation de ces protocoles par tous les pays.
Et nous travaillons très fort quotidiennement et franchement on agit comme un
leader dans ce processus.
Le Président (M.
Bernier) : Merci. M. le député de Rousseau.
Marceau : Bon, merci,
M. Sabia. Bon, quelques trucs. Premièrement, vous ne m'avez pas dit pourquoi la caisse
a augmenté ses investissements dans les paradis fiscaux. Vous n'avez pas eu cette réponse-là. Deuxièmement, vous me dites le motif de la
double imposition, mais à ce compte-là, vous le savez très bien,
vous n'investirez pas dans les entreprises québécoises qui n'ont pas de place
d'affaires dans les paradis fiscaux puis qui paient leurs impôts au Québec.
Tant qu'à faire, là, vous n'investirez pas
dans SNC, parce qu'ils paient des impôts puis... Je ne comprends pas l'argument
du tout, je suis désolé, là. Je comprends
bien que vous, vous êtes exonéré d'impôt, mais les entreprises
dans lesquelles vous investissez,
elles, paient des impôts, la plupart d'entre elles, sauf qu'il y en a un
certain nombre d'entre elles qui sont dans les paradis fiscaux, où elles ne paient pas d'impôt. Puis je veux bien
que vous respectiez les règlements puis les lois en vigueur aux îles Caïmans, puis que les entreprises dans
lesquelles vous investissez respectent les lois en vigueur aux îles Caïmans, mais il n'en demeure pas moins que
ces entreprises qui investissent là-bas ne paient pas d'impôt
ou, en tout cas, ne paient à
peu près rien en impôt.
Alors,
c'est ça qui est en question ici. Ce n'est pas que
vous ne respectiez pas les lois, ça, je suis entièrement certain de ça, mais votre argument de la double imposition
milite en défaveur de l'investissement au Québec. J'espère que vous vous en rendez compte.
J'espère que vous vous en rendez compte.
Alors, je reviens à
ma question, là. Là, on était dans la plaidoirie, là. Je reviens à ma question
très simple. Pourquoi est-ce que ça a augmenté de façon aussi spectaculaire
depuis 2013?
Le Président (M.
Bernier) : M. Sabia.
M. Sabia (Michael) : Fondamentalement grâce à deux choses — et j'ai dit «grâce à», pas «à cause de» : une très bonne performance de la caisse, un impact significatif qui vient juste
du rendement et de la croissance de notre portefeuille. Ça représente à
peu près, Maarika, disons... à peu près 50 %, 40 %, 50 % de
cette augmentation.
Deuxième
élément, c'est la question — et M. Marceau, vous êtes très au
courant de ça — de
l'importance de ce processus de
mondialisation de la caisse. Il faut faire des investissements partout dans le
monde pour chercher un autre niveau de croissance qui n'existe pas ici,
au Canada, ou franchement aux États-Unis, ou même en Europe. Donc, la mondialisation de la caisse est une priorité
extrêmement importante. Et, oui, avec des investissements qui sont de plus en
plus importants, qui représentent un
pourcentage de plus en plus important de notre portefeuille, il y a une
augmentation de ces chiffres, et c'est la raison pour laquelle... et
maintenant je me répète, mais c'est la raison pour laquelle nous mettons beaucoup d'accent sur le travail avec le
gouvernement pour chercher les ententes d'exonération. C'est la raison pour
laquelle nous travaillons
quotidiennement avec nos partenaires pour les convaincre d'ajuster leurs
pratiques. Et finalement, je me répète,
c'est la raison pour laquelle nous travaillons étroitement avec l'OCDE pour mettre
en vigueur une solution globale.
Le Président (M.
Bernier) : Merci. M. le député de Rousseau.
Marceau : O.K. Voilà, en tout cas, une réponse que je trouve...
À défaut de me plaire complètement, au moins, elle me satisfait au plan
intellectuel.
la Commission des finances publiques, là, nous tous ici, on a voté une
recommandation demandant à la caisse de
réduire progressivement ses investissements. Vous avez certainement vu ça, la
recommandation 19 : «...réduire progressivement les investissements dans les entreprises qui font de
l'évitement fiscal abusif ou de l'évasion fiscale. Que la Caisse fasse
état de cette opération dans son rapport annuel.»
Deux
questions sous-jacentes. Donc, la première, c'est : Est-ce que vous êtes à
l'aise avec cette recommandation? Est-ce
que vous allez la mettre en oeuvre? Et puis, deuxièmement, est-ce que vous
allez, l'année prochaine, dans votre rapport annuel, nous faire état de
vos progrès en la matière?
Le Président (M.
Bernier) : M. Sabia.
Mme Paul
(Maarika) : Oui. Alors...
Le Président (M.
Bernier) : En vous identifiant, s'il vous plaît, et votre
titre.
Mme Paul
(Maarika) : Oui. Je suis Maarika Paul, chef de la direction financière
à la caisse.
Le Président (M.
Bernier) : Merci. La parole est à vous, madame...
Mme Paul (Maarika) : Alors, oui, on a bien pris connaissance, justement, du rapport de la
commission sur les paradis fiscaux et
on a analysé, justement, les recommandations. Il y en avait quatre qui avaient
trait à la caisse, justement. Certaines
sont déjà en continuité avec les politiques et les directives internes que la
caisse a mises en place en matière de fiscalité.
Alors,
comme M. Sabia a indiqué, on fait déjà des efforts, plusieurs efforts dans
le déploiement pour réduire, de faire
des changements, d'influencer nos partenaires de ce côté-là. Ce qu'on fait
également, c'est qu'on, et je rentre un peu dans le processus, mais je
pense que c'est important, on analyse le mérite de chaque...
M. Marceau : ...minutes, puis
j'aimerais simplement savoir : Est-ce que vous avez l'intention de réduire
vos investissements dans les paradis
fiscaux? Puis est-ce que vous allez... Bien, je ne veux pas savoir les
processus. Question très simple, là. Puis est-ce que vous allez en faire
état l'année prochaine dans votre rapport annuel?
Mme Paul (Maarika) : Ce qu'on va...
M. Sabia (Michael) : ...dans le
fond, franchement, ce n'est pas si simple, et vous le connaissez très bien.
Marceau : Bien, moi, je vous demande : Est-ce que vous avez
l'intention d'aller dans cette direction-là? C'est ce que je vous
demande, tout simplement. Ça se répond par un oui ou par un non, là.
Mme Paul (Maarika) : Ce que je vous
dis tout le temps...
M. Sabia (Michael) : Ma réponse est : Par le biais d'une entente
mondiale sur le leadership de l'OCDE qui va changer des choses et simplifier la vie tout le monde... ma réponse
est : Absolument, oui. Mais la raison pour laquelle... Et, M. Marceau, vous êtes expert dans ce domaine,
donc vous comprenez très bien, ce n'est pas quelque chose que la caisse
elle-même... que nous pourrions changer. Il
faut travailler dans un contexte d'une institution mondiale pour trouver des
solutions qui comprennent tout le monde. Et ça, c'est, dans le fond, la seule solution à cette question. Mais, sur le
niveau de nos intentions, dans un contexte mondial, oui; indépendamment,
non.
Le Président (M. Bernier) : M. le
député de Rousseau.
Marceau : Je veux juste
prendre 10 secondes pour dire que je ne veux pas être impoli, quand je
vous interromps, c'est simplement
que le temps est très, très limité. Puis je veux que vous compreniez que
c'est... on ne peut pas parler de processus, là, il faut arriver droit à
la question.
Bien,
regardez, moi, je comprends bien que la caisse ne peut pas faire cavalier seul là-dedans.
Je comprends ça, mais, en même temps,
j'ai devant moi une tendance à la hausse. Je comprends que le processus dans la
caisse est engagé de se mondialiser, parce que,
bon, les rendements ne sont pas faciles à trouver de nos jours, là. Je
comprends tout ça, mais, en même
temps, il existe des opportunités d'investissement dans des entreprises qui sont présentes à l'international et qui
ne sont pas présentes dans les paradis fiscaux. Vous le savez comme moi, vous avez des investissements dans d'autres
pays que dans ceux dont il a été question ici.
Est-ce que
c'est envisageable que vous nous disiez : Oui, nous allons mettre l'accent
sur ces pays dans lesquels la fiscalité
ressemble à la nôtre? Est-ce qu'on peut vous entendre nous dire ça? Je pense que
c'est ce que les Québécois veulent entendre. C'est ce que les membres
de la commission veulent entendre ici.
Le Président (M. Bernier) : M.
Sabia.
M. Sabia
(Michael) : M. Marceau, nous
allons continuer ce que nous faisons quotidiennement à la caisse. Nous
allons continuer à chercher les meilleures occasions d'investissement dans le
monde.
Président (M. Bernier) :
Nous aurons l'occasion de rediscuter du sujet, M. Sabia. Nous allons
passer du côté...
Président (M. Bernier) :
Oui, mais vous allez avoir la chance de me répondre. C'est moi-même qui vais
débuter les questions sur le sujet.
Donc, en tant
que président à la Commission des
finances publiques, vous comprenez
qu'on a travaillé pendant deux ans
sur ce rapport au niveau de la lutte dans les paradis fiscaux. Effectivement, j'ai mentionné que c'est un cancer au niveau
des différentes sociétés
au niveau mondial. Pourquoi? Parce que, de plus en plus, les contribuables sont mis à pression par rapport aux différents programmes
qu'on... Puis on a travaillé très fort, le ministre l'a mentionné, on a
travaillé très fort, comme gouvernement, pour être capable de rétablir l'équilibre
budgétaire et de dégager une marge de manoeuvre. Dans les solutions, la lutte aux entreprises ou la lutte aux
personnes qui font de l'évasion ou de l'évitement fiscal est un élément qu'on considère très important. Ça a un impact sur les finances du
Québec, ça a un impact sur les finances canadiennes.
Il y a deux
recommandations qui vous concernent dans le rapport, qui sont quand même assez
claires, assez simples, qui vous
concernent directement, qui disent ceci : «[Nous demandons] à la Caisse de
dépôt et placement du Québec de réduire
progressivement — progressivement — ses investissements dans les entreprises qui
font de l'évitement fiscal abusif ou de l'évasion fiscale. Que la Caisse
de dépôt et placement du Québec fasse état de cette opération dans son rapport
annuel.» Donc, c'est clair. C'est ce qu'on vous demande.
Quelle réaction avez-vous par rapport à cette
recommandation?
M. Sabia (Michael) : Ma réponse est simple. On a deux tendances ici,
une intention, de notre part, de travailler avec nos partenaires pour continuer de réduire l'utilisation de ces opérations... Et je me répète, ces opérations, ce n'est pas une question d'évitement fiscal du tout, c'est une question
de juste utiliser un pays, une juridiction neutre. Pourquoi? Parce que,
dans la plupart des cas, un fonds avec des clients, leur objectif
est de créer une situation où chacun de leurs investisseurs paient leurs taxes, leurs impôts dans leur pays. Encore
une fois, je reviens à mon point de principe, qui est : Toute la
structure est d'éviter la double taxation des gens, des investisseurs ou, dans
notre cas, des retraités.
Donc, il y a, comme
je disais, deux tendances, une tendance, de notre part, de continuer à
travailler avec les partenaires, également
une autre tendance qui est la mondialisation et l'expansion dans le monde de la
caisse pour livrer aux Québécois et
aux Québécoises le meilleur rendement possible. Donc, on a une tendance à la
baisse et une tendance à la hausse.
Est-ce qu'à moyen terme, à court terme, la semaine... l'année prochaine, vous
allez voir un chiffre qui est plus bas? Je ne peux pas vous donner cette
garantie cet après-midi.
Président (M. Bernier) : Oui, M. Sabia, je suis d'accord. Je comprends
votre explication, là, sauf qu'il y a une autre tendance aussi, c'est que les Québécoises et les Québécois, quand
ils regardent l'augmentation de leur contribution au niveau fiscal, ça aussi, ça a un impact, puis
ils ne veulent pas que ça se poursuive dans ce sens-là, et c'est sur ça qu'on
travaille comme gouvernement quand on
rééquilibre les finances publiques, en leur donnant les meilleurs services. Ce
que je vous dis, là, ce qu'ils veulent avant
toute chose, c'est d'être capables de récupérer les argents et de faire les
pressions nécessaires en ce qui
regarde ces paradis fiscaux là pour qu'on cesse de les utiliser. Et ça, la commission,
lors des rencontres, nous sommes
allés à l'international rencontrer l'OCDE, nous avons discuté avec ces gens-là,
et ça, c'est une tendance mondiale,
d'être capable de mettre en place des mesures pour contrer, sauf que ça prend,
bien sûr, des décisions politiques puis
ça prend également des actions d'organismes comme le vôtre pour être capable de
mettre les pressions nécessaires pour
cesser d'utiliser ces paradis fiscaux là, O.K.? Donc, c'est ce qu'on vous
demande dans la recommandation puis, l'autre élément sur lequel porte la recommandation, que la Caisse de dépôt et
placement du Québec fasse état de cette opération dans son rapport
annuel. Donc, c'est ce qu'on vous demande au niveau de la recommandation.
deuxième, on demande à la Caisse de dépôt et placement du Québec d'exiger des
entreprises dans lesquelles ses placements sont significatifs, et lui
permettent en conséquence d'influer sur leur gouvernance, de cesser d'avoir recours aux paradis fiscaux. Vous avez commencé à
élaborer tout à l'heure, vous avez dit : On a certaines relations avec
ces organismes-là, ces entreprises-là. Ce
qu'on vous demande également, c'est d'influencer ces entreprises-là dans l'utilisation des paradis fiscaux pour qu'elles
puissent se conformer à l'ensemble des situations économiques mondiales.
Donc, c'est ce qu'on souhaite et c'est ce qu'on vous demande comme organisme.
M. Sabia (Michael) : Oui, mais, M. le Président, vous avez dit quelque chose d'extrêmement
important, avec lequel je suis
entièrement d'accord. Donc, si le gouvernement du Québec veut faire quelque
chose de constructif à cette question,
travailler avec les autres provinces, travailler avec le gouvernement du Canada
et augmenter la pression pour une
accélération par l'OCDE, ça, c'est une façon, et ça, c'est une chose efficace
parce que, comme je le disais, la seule façon de simplifier le monde des impôts est de travailler ensemble dans
une échelle internationale, donc dans un encadrement international.
Président (M. Bernier) : ...M.
Sabia, il y a 36 autres recommandations qui concernent justement
le gouvernement du Québec et les recommandations qui concernent des ententes ou des négociations avec le gouvernement fédéral.
Donc, ce que vous mentionnez là, il y
en a 36 autres, et il y en a
deux qui vous concernent directement puis les 36 autres
concernent ces éléments-là, en ce qui
regarde la position politique,
que je peux appeler, de notre gouvernement
et du gouvernement fédéral.
M. Sabia (Michael) : M. le Président, donc, sur votre question de notre rapport annuel, je n'ai aucun problème de trouver une façon de présenter quelque chose... je
ne sais pas exactement quoi cet après-midi,
mais de trouver une façon de mettre un peu plus d'accent sur cette question
dans notre rapport annuel, peut-être pas mal aligné...
Maarika, je vais vous demander de juste leur donner quelques exemples du
travail que nous avons fait avec nos
partenaires parce que ça, c'est une façon d'envoyer un message, parce que
nous sommes bien conscients, M. le
Président, que nous avons une certaine influence, étant donné la taille de la caisse, la crédibilité
de la caisse et notre expertise qui est reconnue mondialement. Donc, si
nous mettons de la pression sur nos partenaires, c'est quelque chose qui va
mener d'autres fonds, peut-être, de faire la
même chose, et c'est la raison pour laquelle nous mettons tant d'accent sur
cette question.
Mais
est-ce que nous pourrions prendre juste deux, trois minutes pour partager
quelques exemples du travail que nous faisons?
Le Président (M.
Bernier) : Allez-y.
Mme Paul (Maarika) : Parce que je pense que c'est justement important qu'on parle de
l'influence. Surtout dans les années
2016‑2017, on a eu certains succès à cet égard-là. On a réussi, dans le cas
d'une compagnie, justement, qui a investi... On a investi dans une
compagnie française. Au lieu de passer par le Luxembourg, on a convaincu nos partenaires, etc., de passer par ici. La même
chose pour un investissement qui a été fait par une compagnie asiatique, etc.,
c'est passé par le Canada plutôt que par les
Pays-Bas. On a également réussi, dans certains cas de gestionnaires de fonds,
d'établir leur juridiction aux États-Unis
plutôt qu'aux îles Caïmans. C'est la première fois, en 2017, qu'on a réussi à
faire changer la juridiction des fonds, mais, je pense, en travaillant
ensemble, justement, avec l'OCDE, avec tout le changement climatique, si
on veut, qui tourne autour de cette question-là, on réussit à influencer de
plus en plus.
L'autre chose qu'on a mise
en place... On fait d'habitude des revues opérationnelles, des revues
diligentes opérationnelles quand on investit
dans des nouveaux fonds avec des partenaires, des gestionnaires externes. On a
inclus cette année un aspect sur la
fiscalité dans ces revues diligentes là justement pour avoir des discussions
sur la localisation, sur le respect
des lois, c'est comment, conservateur ou non, et... justement, une entité.
Alors, toutes ces choses-là ont été mises en place depuis, je dirais,
les derniers 12 à 18 mois.
Également,
dans le cas des marchés boursiers, par exemple, où on investit dans des
sociétés publiques, on a des discussions
avec les gestionnaires, les administrateurs de ces entités-là justement sur la
question de la fiscalité, de respect des
lois, de l'utilisation des juridictions à fiscalité neutre. On évalue, on
regarde. S'il y a des cas, par exemple, où ça nous paraît que les taux d'imposition sont très bas,
les taux effectifs sont bas, mais à ce moment-là on a des discussions, et ça,
ça se fait régulièrement, continuellement
comme influence. Alors, ça répond à une de vos recommandations justement
dans votre rapport, qui demande qu'on influence. On le fait.
Et on le fait
aussi à l'interne avec nos propres gestionnaires. On a mis en place, en 2016
justement, une directive sur
l'utilisation des juridictions à fiscalité neutre. Ça requiert justement que
nos gestionnaires soient bien au courant des taux d'imposition, etc. Et également, quand on fait des analyses sur ces
investissements-là, on les regarde en incluant un taux d'imposition québécois normal, etc., ici qui
permet... qui requiert, finalement, que la décision se prenne sur la validité
de l'investissement et pas reliée au taux d'imposition.
Alors, ça,
c'est toutes des choses qu'on est en train de mettre en place pour répondre à
votre recommandation.
Président (M. Bernier) : ...qu'on vous invite à poursuivre, puis on a
hâte de vous lire l'an prochain, dans le rapport annuel sur le sujet, et, pour nous, la Caisse de dépôt est un
élément extrêmement important dans les mesures pour combattre
l'utilisation des paradis fiscaux ou l'utilisation de la lutte à l'évasion et à
l'évitement fiscal.
Je vais
passer du côté... Je ne veux pas prendre tout le temps. Je sais que les
collègues du côté de l'opposition auront l'occasion de revenir et que mes collègues également peuvent y retourner.
Je vais laisser la parole au député de Trois-Rivières.
M. Girard : Merci beaucoup, M. le
Président. À mon tour de vous saluer, M. le Président, les collègues des deux côtés, ainsi que M. le ministre, M. Sabia. Et
permettez-moi de saluer M. Christian Dubé, notre ex-collègue qui est
maintenant à la Caisse de dépôt et placement.
On a eu la chance de travailler ensemble à l'époque où j'étais ministre délégué
aux PME. Donc, c'est toujours un plaisir de vous revoir.
Donc, j'ai
participé moi aussi à la rédaction du rapport de la Commission des finances
publiques sur les paradis fiscaux. Je suis arrivé un peu en retard dans
le processus. Le processus a débuté le 25 février 2015, je suis arrivé à
la commission, moi, en 2016. Mais vous
n'êtes pas sans savoir mon passé au niveau des institutions financières. J'ai
travaillé pour des grandes banques
canadiennes, le Mouvement Desjardins, et les paradis fiscaux m'intéressent
vraiment, de voir comment on peut
réduire ce phénomène, parce que, pour moi, ce qui est important, c'est la santé
financière des Québécois, et on sait
que, pour avoir un budget équilibré, que le ministre des Finances puisse
continuer à avoir un budget équilibré, on doit bien contrôler les
dépenses, mais on doit générer des revenus, et cette fiscalité-là, ce sont les
revenus de notre gouvernement. Donc, chaque
entreprise qui ne paie pas ses impôts, ce sont des revenus de moins, donc des
investissements de moins en éducation, en santé, etc.
Je veux
revenir sur ce qui a été dit tout à l'heure juste pour être certain qu'on se
comprenne bien parce qu'on peut faire
dire ce qu'on veut des fois à des mots, à certaines choses. Tantôt, mon
collègue de Rousseau a mentionné que la caisse est présente dans les paradis fiscaux. La caisse n'est pas présente, la
caisse investit dans des entreprises qui, elles, sont présentes dans des paradis fiscaux. Je pense qu'il
faut faire quand même... Et on a mentionné aussi : La caisse a augmenté
ses placements dans les paradis fiscaux. La
caisse investit dans des entreprises qui, elles, ont des liens avec les paradis
fiscaux.
Dans la
recommandation 19, on mentionne qu'on veut réduire progressivement les
investissements dans les entreprises qui
font de l'évitement fiscal abusif ou de l'évasion fiscale. Donc là, on fait un
petit peu un lien entre parce qu'une entreprise a un point de service ou a une usine dans un secteur du globe où la
fiscalité est différente, qu'automatiquement elle fait de l'évitement fiscal. Donc, il faut faire attention
aussi, s'assurer que les entreprises dans lesquelles on investit... pas parce
qu'ils ont nécessairement un point de
service ou parce qu'ils font affaire dans un coin du globe où la fiscalité est
neutre qu'ils font nécessairement de l'évitement fiscal.
L'autre point
aussi que je veux apporter, c'est que, pour moi, ce qui est important, c'est
les entreprises qui font affaire au Québec et ici, au Canada. Donc, si on
investit dans une entreprise à l'international qui n'a aucun lien avec le
Canada et qui peut donner un excellent
rendement à nos contribuables — parce qu'on parle du bas de laine des
Québécois — donc
je pense que c'est important pour vous, pour
avoir une bonne diversification du portefeuille, d'investir à l'international,
dans des entreprises qui peuvent être
n'importe où à travers le globe, incluant certains pays qui ont une fiscalité
neutre.
Donc, il faut
faire attention. C'est vraiment des entreprises qui font des affaires chez nous
et qui, indirectement, ne paieront
pas les impôts chez nous en raison d'un transfert qui va se faire dans un pays
qui a une fiscalité neutre. Donc, je
pense qu'il faut faire attention. Donc, si on prend la quantité de milliards
investis par la Caisse de dépôt et placement du Québec, ce n'est pas nécessairement toutes des entreprises qui font
affaire chez nous, mais ce n'est pas tout nécessairement des impôts du Québec ou du Canada qui... ça peut être des
impôts de partout à travers le monde. Donc, je pense qu'il faut quand
même, là, mettre en perspective...
Donc, moi, je
voulais vous amener au niveau de l'impact sur les rendements et sur la
diversification du portefeuille. Quand
vous faites un investissement, quand vous choisissez un type d'investissement
en fonction du portefeuille, quand on
parle de répartition d'actif, que ce soit en termes de secteur d'activité, en
termes de grosseur d'entreprise, en termes de région géographique, on parle de risque, de
devises, etc., donc, il y a beaucoup de facteurs qui entrent en ligne de compte
lorsqu'on choisit d'investir dans une entreprise. Et, bien sûr, on veut avoir
le meilleur rendement possible parce que, si, lors de la prochaine année, votre rendement est plus
bas que les comparables, vous allez être dans les médias, et on va vous
dire que vous n'avez pas fait un bon travail.
Donc, je ne
veux pas diminuer le rendement potentiel des Québécois parce que c'est le bas
de laine des Québécois, mais je ne
veux pas non plus encourager des entreprises qui font affaire chez nous à ne
pas payer des impôts parce que ce sont
également des revenus pour les Québécois. Donc, comment? En prenant des
décisions et en analysant un petit peu plus
loin sur les entreprises qui font des affaires chez nous, qui sont peut-être
dans des pays à juridiction neutre. On peut placer ça où dans vos décisions de placement? Est-ce que la
recommandation 19 pourrait avoir un impact sur le rendement, pourrait vraiment venir changer de façon
importante votre façon d'investir? Et quel serait l'impact de l'autre côté, sur
les rendements de la caisse et du bas de laine des Québécois?
Le Président (M. Bernier) :
Vous avez une minute, M. Sabia.
M. Sabia (Michael) : Donc, je ne peux pas quantifier ces impacts, mais
je voudrais vous dire tout simplement une
chose. Une société qui participe... ou qui pratique l'évasion fiscale, ce n'est
pas une société dans laquelle nous allons investir, point à la ligne. Et pourquoi? Parce que ça représente un
risque, franchement, financier, parce qu'il y aura des conséquences dans le temps. Également, ça
représente un gros risque réputationnel. Ce n'est pas bon pour la marque de la
caisse à travers le monde.
Donc, nous
faisons... Maarika a fait référence à notre processus de vérification
diligente. Et chaque fois que nous faisons un investissement soit dans
une société...
Président (M. Bernier) : M. Sabia, je dois passer du côté
du deuxième groupe d'opposition. M. le député de Granby.
Bonnardel : Merci, M. le
Président. M. Sabia, merci d'être là, tous ceux qui vous accompagnent, que
j'ai salués tantôt.
Je ne veux
pas passer mon bloc complet sur les paradis fiscaux. Deux questions, peut-être
une première au ministre, et après, M. Sabia, je vais vous parler
du REM par la suite, hein, un bon dossier qu'on suit de près.
Ma première
analyse avec le journal de ce matin... Bon, ce n'est pas la première fois qu'on
entend parler que la caisse a des
investissements x. Ma réflexion, c'est que la caisse s'assure que ses
déposants évitent d'être imposés à deux reprises. Est-ce normal? Oui. La caisse a le droit d'agir de
la sorte dans un souci de protection des droits de ses déposants. Mais
cependant la caisse doit avoir recours à l'utilisation de paradis fiscaux afin
d'arriver à ses fins. Est-ce normal? Non.
M. le
ministre, la question va être à vous. On a tous signé un rapport. Le président
l'a mentionné tantôt, c'était mon
collègue député de la Beauce, de Beauce-Nord, qui a signé ce document avec ceux...
de la Commission des finances publiques.
Quel est le plan du ministre pour qu'à court terme, oui, la caisse ne soit plus
obligée d'utiliser cette méthode pour
éviter que ses déposants soient injustement imposés à deux reprises? Tantôt,
vous avez dit, M. Sabia, qu'il faudrait que le gouvernement rapidement, peut-être, fasse le travail, se mette en
action, pas juste en réaction. Alors, une réponse peut-être rapide, M. le
ministre, sur ce cas particulier qui risque de nous toucher encore longuement
si le gouvernement ne prend pas action là-dessus.
Le Président (M. Bernier) : M. le
ministre.
M. Leitão : Une réponse rapide n'est
pas possible dans un tel contexte. Mais rapidement, là, bien sûr que le gouvernement du Québec doit prendre ses
responsabilités, et nous les prenons. M. Sabia l'a déjà mentionné plusieurs
fois, la clé, la solution de cet
enjeu, c'est au niveau international, c'est au niveau de la collaboration,
coopération internationale entre le
gouvernement du Québec, le gouvernement du Canada, les gouvernements membres de
l'OCDE. Nous allons continuer à
travailler très fort avec nos partenaires fédéraux pour que la position du
Canada à l'intérieur de l'OCDE soit de plus en plus visible et de plus
en plus importante. Donc, nous allons continuer à faire ça de notre côté.
J'aimerais
aussi mentionner quelque chose que M. Sabia était en train d'expliquer, et je
pense que c'est vraiment extrêmement critique, c'est que la caisse
n'investit pas dans des entreprises qui font de l'évasion fiscale. L'évasion fiscale, c'est contre la loi, c'est une fraude,
c'est criminel, et la Caisse de dépôt et placement du Québec ne fait pas
affaire avec des entreprises qui pourraient être considérées comme
criminelles. Donc, ça, c'est extrêmement important.
Le Président (M. Bernier) : M. le
député de Granby.
Bonnardel :
Merci, M. le Président. M. Sabia, tantôt, vous avez répondu à mon collègue...
sur la portion de 2016 où, bon, il y
a des actifs de 26,2 milliards de dollars qui sont dans les paradis, vous
avez dit tantôt : Je ne peux pas vous
répondre en vous disant que, l'an prochain, le montant sera plus bas ou que la
proportion de l'actif sera plus basse, moyenne d'à peu près 10 %.
Est-ce que vous vous donnez minimalement une politique où vous dites :
Bon, ça, on ne peut pas aller plus bas que
ça ou on ne prévoit pas parce que je ne peux pas vous l'annoncer? Est-ce que,
pour vous, même si l'actif de la
caisse, on le souhaite, va continuer de grossir... Oui. Est-ce que, pour vous,
ce 10 %, là, excusez de le dire en anglais, c'est un «target», on se dit : On ne dépassera pas ça ou
on va essayer de ne pas dépasser ça? Parce que l'année prochaine, on va peut-être être à 12 %,
11 %, 13 %. Est-ce que, pour vous, c'est une proportion qui est
limite, ce 10 %?
Le Président (M.
Bernier) : M. Sabia.
M. Sabia
(Michael) : Honnêtement, je
ne peux pas m'engager de positionner le 10 % comme un plafond. Ça serait
idéal, mais également, étant donné la
priorité et l'importance pour l'avenir de la caisse et l'avenir du système de
retraite québécois, il est important
que la caisse continue à chercher des transactions à travers le monde. Et donc
étant donné le rythme de notre
déploiement du capital dans plusieurs pays où on a la possibilité, la
probabilité de générer un rendement fort
intéressant, nous allons continuer à faire ces investissements parce que, dans
le fond, c'est quelque chose qui rend plus sécuritaires les retraites
des Québécois.
Ceci étant
dit, chaque fois, chaque fois que nous avons une occasion de convaincre un partenaire d'intensifier notre travail avec l'OCDE, de faire toutes sortes de...
de tout faire pour minimiser ce chiffre, nous allons le faire. Est-ce que nos
efforts vont se traduire dans un 10 %,
9 %, 11 %? Franchement, cet après-midi, je ne peux pas
m'engager à un chiffre.
Le Président (M. Bernier) : M. le
député de Granby.
Bonnardel : Merci,
M. le Président. M. Sabia, je
veux vous parler du cadre financier ou... du cadre du REM.
M. Sabia (Michael) : Le REM?
Bonnardel : Le REM. Les chiffres-clés, l'année passée on
s'est parlé, on était au salon rouge, puis vous m'aviez dit... On était à 5 milliards pour ce qui
était du projet. Là, on est à 6,04. Première question rapide, je veux vous
parler sur le quatrième bloc qui est ici,
le 300 millions, le 295 millions, Hydro-Québec,
électrification des transports,
entente commerciale avec un client
majeur. Avez-vous parlé à M. Martel, dans les dernières semaines, sur ce
300 millions? Où en êtes-vous?
Le Président (M. Bernier) :
M. Sabia.
M. Sabia
(Michael) : Mais est-ce que
je pourrais présenter mon collègue? Mon collègue, c'est M. Macky Tall. Il gère l'empire d'infrastructures à la caisse.
Il gère le projet de REM. Donc, Macky, évidemment, est un haut dirigeant très important chez
nous, donc, et c'est vraiment maintenant un empire, Macky.
Donc, pour
répondre à votre question, notre équipe... je vais passer la parole à Macky
dans quelques instants, mais cette question d'Hydro-Québec, nous sommes en train maintenant
de travailler avec Hydro-Québec pour finaliser une entente commerciale parce
qu'Hydro-Québec va agir en tant que fournisseur des choses dont nous avons
besoin sur l'électrification de notre système et Hydro-Québec est parfaitement
placée pour le faire. Donc, nous avons du travail à faire. Nous ne sommes pas très loin d'une entente, je pense. Nous
avons fait beaucoup de progrès dans le contexte du budget de
M. Leitão, mais également Macky et son équipe travaillent quotidiennement.
Voulez-vous ajouter des choses?
Le Président (M. Bernier) : M. le
député de Granby.
Bonnardel : Je
comprends que vous dites : On n'a pas d'entente. La semaine passée, Éric
Martel était ici, à l'Assemblée nationale,
pour l'étude des crédits, il a dit : Nous n'avons pris aucun engagement
avec ce projet. Où on en est
spécifiquement? Est-ce que, pour vous, c'est normal que M. Martel ait dit ça ou...
Vous en êtes où dans ces étapes? Parce que, bon, il y a un échéancier,
on est conscients de tout...
M. Sabia (Michael) : Votre
réponse : Oui, très normal.
Le Président (M. Bernier) :
M. Macky Tall.
M. Tall
(Macky) : Oui, merci, M. le Président. C'est tout à fait normal comme
réponse puisque les travaux se poursuivent.
Les discussions progressent bien. Nous avons des discussions avec Hydro-Québec
et les spécialistes d'Hydro-Québec
depuis quelques mois. Et, comme Michael le mentionnait, au cours des dernières
semaines, les travaux se poursuivent jusqu'à ce que tous les paramètres
soient définis, et ils progressent bien.
Le Président (M. Bernier) : M. le
député.
Bonnardel : Oui, merci. La semaine passée, bien, après le
budget, M. le ministre, je vous ai posé des questions à savoir la part du gouvernement provincial. Bon,
il y a le 1 280 000 000 $, il y a le 300 millions
d'Hydro-Québec, il y a le 512 millions
qui est le paiement de l'ARTM. C'est le Québec, pour moi, qui paie ça, c'est
les impôts des Québécois, là, quoi
qu'on en dise. Mais le 300 millions d'Hydro-Québec, est-ce que vous nous
assurez aujourd'hui que c'est ce montant que vous négociez? Est-ce qu'on
pourrait avoir moins que ce 300 millions?
Le Président (M. Bernier) :
M. Macky Tall.
M. Tall
(Macky) : M. le Président, les travaux se font. Ce sont des travaux
qui doivent déterminer l'estimé de 295 millions.
C'est pour qu'Hydro-Québec connecte le REM, qui va être un client très
important pour Hydro-Québec. On parle donc de
toute l'infrastructure électrique, on parle des postes de haute tension, on
parle des transformateurs, on parle des caténaires.
Donc, il y a un travail rigoureux à faire avec le tracé pour justement établir
ce coût précis. Il est aujourd'hui
estimé à 295 millions, et le travail qui est en train d'être complété va
le préciser, et, oui, peut-être à la baisse, mais l'important, c'est de
le préciser de façon spécifique.
Le Président (M.
Bernier) : M. le député.
Bonnardel : Vous dites : Peut-être à la baisse. Est-ce
que ce montant inclut seulement du matériel? Est-ce qu'il y a des ingénieurs, de la main-d'oeuvre qui
va être fournie par Hydro-Québec dans tout ça? Parce que, là, peut-être
à la baisse, 300 millions, si on a 250,
c'est un 50 millions que, j'imagine, vous me répondrez peut-être par la
suite, c'est soit le gouvernement ou c'est encore peut-être la caisse
qui va le prendre, mais...
Le Président (M.
Bernier) : M. Macky Tall.
Tall (Macky) : Nos équipes
ont déjà fait beaucoup de travail. Nous avons des experts de classe
mondiale qui ont regardé et qui
arrivent à un estimé rigoureux aujourd'hui de 295 millions, qui reste à préciser. Difficile pour moi de
spéculer, en fait, quel va être le chiffre final, mais il avance, et on est
confiants aujourd'hui avec cet estimé-là.
M. Bonnardel :
Est-ce que c'est seulement du matériel, pour vous, ce 295 millions?
M. Tall
(Macky) : Bien, c'est le coût pour installer cet équipement, incluant évidemment
les coûts, oui.
M. Bonnardel :
La main-d'oeuvre? O.K.
Le Président
(M. Bernier) : Allez-y, M. le député.
M. Bonnardel :
Merci, M. le Président. M. Sabia, je lisais voilà trois semaines que vous étiez
à Ottawa voilà trois semaines pour parler
avec le fédéral sur le 1,3 milliard que vous souhaitez avoir. Souvenez-vous, l'année
passée, vous m'aviez dit que le projet devait coûter 5 milliards, puis je vous avais posé la question
si ça coûtait 100 millions de plus. Il a dit : Pas
certain qu'on va être capables de le prendre nous-mêmes. Je croyais que le ministre des Finances était
partie
prenante de ces négociations parce
que, pour moi, c'est assez important. Je vois la part que le provincial va... notre gouvernement va prendre. Où en êtes-vous avec
cette entente que vous souhaitez avoir avec le fédéral? Même si
on sait que la banque des infrastructures ne sera peut-être pas créée avant la fin de l'année, le fédéral
nous dit : Il faut que cette banque soit créée pour que, peut-être, après ça, cette banque donne ce montant. Est-ce que
vous pouvez m'éclairer, nous éclairer rapidement sur la portion d'Ottawa? Et vous étiez bien
seul à Ottawa, je
pense, c'est ça? Le ministre
n'était pas avec vous?
Le Président
(M. Bernier) : M. Sabia.
M. Sabia
(Michael) : Non, c'était Macky et moi.
Le Président (M.
Bernier) : M. le ministre.
M. Leitão : Peut-être, avant de répondre, je dois vous dire aussi que
nous aussi, au ministère des Finances, nous sommes aussi en contact constant
avec Infrastructure Canada.
M. Sabia (Michael) : Donc, je pense, le dossier avance maintenant, je pense, bien à Ottawa.
Ottawa, maintenant, il y a deux
semaines, a terminé leur travail pour mettre ensemble les éléments nécessaires
pour une équipe d'experts pour faire
la vérification diligente sur nos plans, les avocats, les experts
d'achalandage, les banquiers, et tout ça. Donc, ils ont leur équipe. Également, nous leur avons déjà donné
énormément de détails sur le projet. Maintenant, ça demande un peu de temps pour eux de travailler sur leur
vérification diligente du projet, également de poser à nos équipes les questions
les plus pertinentes et les plus
importantes. Ce processus se poursuit avec un objectif d'essayer de réaliser
une entente probablement — notre objectif est un objectif
important — pendant
l'été.
M. Bonnardel :
Vous vous êtes donné un échéancier d'ici au 1er juillet?
M. Sabia (Michael) : Non, pas nécessairement le 1er juillet, mais en été, au début de
l'été, pendant le mois de juillet,
parce qu'à un moment donné il faut que nous débutions le processus d'acquérir
les terrains. L'équipe de Macky va choisir le consortium gagnant, les
constructeurs, et, à un moment donné, cet été, ce consortium va dédier beaucoup
de travail et également beaucoup d'argent
pour entamer leur processus. Et donc nous avons besoin d'une réponse, une
décision d'ici juillet, mi-juillet, fin juillet, quelque chose comme ça.
Le Président
(M. Bernier) : Merci. M. le député.
Bonnardel :
C'est quand même important, le fédéral qui nous dit : Il faut que la
banque des infrastructures soit...
Puis je voudrais poser une petite question en même temps. Je veux juste vous
dire... Si vous considérez que ce n'est pas
obligatoire ou... que le montant vous sera donné, comme tel, petite question
que j'ai avec ça, c'est que, s'il y a un manque
à gagner... Là, vous me dites :
On est confiants. Mais, si ce montant est à 1,1 milliard, il y a
un manque à gagner de 200 millions, 300 millions, est-ce que
vous prenez ce 300 millions sous la Caisse de dépôt ou vous demanderez au gouvernement
d'augmenter sa part?
M. Sabia
(Michael) : La caisse ne va pas faire ça.
M. Bonnardel :
...répéter ça?
M. Sabia (Michael) : La caisse ne va pas faire ça si l'investissement du gouvernement du Canada n'est pas là.
M. Bonnardel :
Vous dites que, s'il n'y a pas 1,3 milliard mis par le fédéral, il n'y
aura pas de REM?
M. Sabia
(Michael) : Oui.
M. Leitão :
C'est aussi ce que je vous avais...
Le Président
(M. Bernier) : M. le ministre.
M. Leitão :
J'avais dit exactement la même chose. Lors de notre discussion sur le débat sur
le budget, j'avais dit exactement la même chose.
M. Bonnardel :
Je suis content de l'entendre. Donc, ce n'est pas négociable, pour eux, ils
savent que c'est 1,3 ou pas du tout.
M. Sabia (Michael) : Bien, c'est une question d'établir, de créer un montage financier qui fonctionne pour tout le monde.
Selon notre logique, et la logique que nous avons guidé les négociations avec le gouvernement du
Québec, la caisse est là à 51 % en équité, et donc les deux gouvernements, les deux autres
niveaux de gouvernement prennent à peu près
24,5 %, donc c'est 51-49. Si le gouvernement du Canada décide de ne pas
embarquer, ça crée un gros enjeu, et donc ce n'est pas... je pense, le
projet ne serait pas faisable.
Mais, ceci étant dit,
et il est important, ce que je vais dire, je pense que c'est...
Le Président (M.
Bernier) : Juste... C'est parce qu'il reste peu de temps. M. le député
de Granby.
Bonnardel : Oui, je comprends, vous pourrez élaborer. Qui
sont ces personnes avec qui vous négociez? Si le ministre des Finances parle directement à Bill Morneau, est-ce que vous
parlez à Bill Morneau, ou le sous-ministre, ou qui sont ces...
M. Sabia (Michael) : Non, pour l'instant, la responsabilité de ce dossier est la
responsabilité de M. Sohi,
le ministre des
Infrastructures, et nous travaillons avec M. Sohi, nous travaillons avec
son équipe. Et, la chose qui est importante, les choses avancent bien,
dans une très bonne atmosphère de coopération.
Et donc vous m'avez posé une question hautement
hypothétique. Ceci étant dit, selon moi, il y a une volonté de la part du
gouvernement du Canada. Ils n'ont pas encore... ils ne sont pas encore arrivés
à une décision, mais, selon toutes nos conversations,
l'atmosphère, l'environnement, la volonté, la détermination, selon nous, est
là. Donc, nous procédons de façon hautement, hautement coopérative.
Président (M. Bernier) : M. le député de Granby.
Bonnardel : ...vous me dites
l'été. Est-ce que l'été, c'est le 30 août, c'est la date, c'est... Il doit
y avoir une date butoir.
Vous devez vous avoir dit, là : On laisse passer peut-être l'été, mais y
a-tu une date spécifique, pour vous, dire : Ça nous prend un
engagement ferme parce qu'on ne pourra pas se rendre à l'automne si...
M. Sabia (Michael) : Non, pas pour l'instant. Notre objectif
est d'éviter le processus de construction en automne. Et donc, pour réaliser cet objectif, nous avons
besoin d'un niveau de certitude sur le financement avant d'embarquer dans
un autre
chapitre de ce projet. Donc, c'est
la raison pour laquelle, à un moment donné, d'ici quelques mois, nous aurons
besoin d'une décision qui vienne d'Ottawa. Mais je me répète: L'atmosphère est
très bonne.
Président (M. Bernier) : Merci. M. le député de Granby.
Bonnardel : Oui, merci. À
part
les études, est-ce qu'il y a d'autres frais encourus là-dessus, sur le plan
d'affaires comme tel, là?
Sabia (Michael) : Je n'ai pas compris votre
question.
Bonnardel :
Les terrains, tout ça, est-ce que le cadre financier comme tel, là... est-ce
qu'il y a d'autres interrogations — je vais être plus précis, là — sur les montants qui sont définis? Bon, on sait que la portion du
provincial est à 1,3 milliard, le 512 millions,
pour vous, c'est attaché...
M. Sabia (Michael) : Interrogations qui viennent de notre part?
Bonnardel :
Oui, oui.
M. Sabia (Michael) : Non.
Bonnardel :
O.K. C'est attaché. Il me reste-tu encore du temps ?
Le Président (M.
Bernier) : Oui, il vous reste encore une minute.
Bonnardel : Une minute. Autre sujet qui... champ droit, pour
ne pas dire champ gauche, George
Gantcheff, Société immobilière du
Québec, scandale. Vous avez décidé d'arrêter de faire affaire avec lui.
Pourquoi la caisse a décidé de ne plus faire affaire avec lui?
M. Sabia (Michael) : Nous avons
décidé de ne pas faire affaire.
Bonnardel :
O.K. Est-ce que vous êtes capable de me donner... Est-ce qu'il y a encore...
Quelle est la valeur des prêts accordés à M. Gantcheff? Est-ce que
vous avez encore des ententes avec lui, des...
M. Sabia
(Michael) : Il faut que je
vous revienne avec les détails, parce que je n'ai pas les détails avec moi cet
après-midi.
Bonnardel : O.K.,
si vous pouvez me revenir avec ça.
M. Sabia (Michael) : ...mais très à
l'aise de vous donner.
Bonnardel :
Tout ce qui vous rattache encore à George Gantcheff, si vous pouvez informer la
commission, ce serait intéressant.
Président (M. Bernier) : Vous ferez parvenir ces documents-là au
niveau de la commission. Nous allons nous assurer de les distribuer aux
membres de la commission. Merci. Il vous reste 25 secondes, M. le député.
Bonnardel :
C'est parce que dans les renseignements additionnels, on avait cette réponse,
on avait ces engagements comme tels,
mais, si vous ne pouvez pas me les confirmer d'ici 18 heures, là, on
pourrait peut-être vous donner ces informations tout de suite après mon
intervention comme telle, là.
Président (M. Bernier) : Donc, merci. Donc, on recevra vos documents.
À ce moment-là, nous nous assurerons de les distribuer. Nous allons
retourner du côté du gouvernement, M. le député de Marguerite-Bourgeoys.
M. Poëti : Exact. Il me reste
combien de temps, M. le Président?
Le Président (M. Bernier) : Bien là,
vous avez 16 minutes, là.
M. Poëti : Bien, merci, vous
êtes bien gentil.
Le Président (M. Bernier) : Vous
débutez.
M. Poëti :
Alors, bien, je veux saluer, évidemment, M. Sabia et son équipe, ancien
collègue, que, je remarque, il s'est assis vraiment au centre.
Habituellement, il était sur un côté ou l'autre, mais c'est sage comme
décision.
Moi, M. le
Président et M. Sabia, je suis content que le collègue de Granby ait
abordé le REM parce que je veux qu'on
en parle. Je veux qu'on en parle, et qu'on éclaircisse, et qu'on dise aux
citoyens quel est ce projet
fantastique que le gouvernement du Québec et, évidemment, en collaboration avec la caisse
sont après créer. Et je veux vous entendre sur certains points, mais
principalement, aujourd'hui, je regardais un peu l'histoire, parce que c'est
important de voir ce qui s'est passé
déjà et savoir où on s'en va, et ça me faisait penser au métro de Montréal.
Alors, je veux vous rassurer, M. Sabia
et M. le Président, quand on parlait du métro de Montréal, en 1962, il me
semble que, lorsqu'on parle du REM, actuellement,
on a exactement les mêmes interrogations. En fait, on a ici dans Le Devoir ,
le métro: M. Saulnier est confiant que les difficultés vont s'aplanir , en 1962. Il a eu raison parce que ça s'est
aplani, ça a été assez clair. On a eu quelque chose aussi d'intéressant dans Le Devoir et là je suis obligé de
mettre mes lunettes parce que c'est écrit en petit, mais c'est quand même assez clair, mercredi 12 avril 1961, Le
maire Drapeau et Saulnier iront en Europe pour le financement . Alors,
ça dit : «Au moment même où le maire de
Montréal, M. Jean Drapeau, annonçait son départ pour l'Europe afin de discuter le
financement d'un métro
avec d'éventuels bailleurs de fonds de France, de Suisse, d'Allemagne et
d'ailleurs, le premier ministre Jean
Lesage a annoncé à Québec la décision du gouvernement provincial de garantir
les obligations qui seront émises sur la cité de Montréal pour la
réalisation de ce projet.»
Alors, si on
regarde l'histoire, on est allés à travers le monde chercher de l'argent, M. le
Président, parce qu'on n'en avait pas
ici, parce qu'on n'avait pas la force de la Caisse de dépôt, parce qu'on
n'avait pas la capacité des Québécois qui
ont investi et qui investissent, évidemment, avec la Caisse de dépôt, qui nous
donnent ce pouvoir aujourd'hui pour réaliser un projet semblable, parce
qu'en kilomètres on est à peu près... on est très proches, là, 67 à 71, et je
trouve le parallèle vraiment intéressant.
Dans Le
Devoir , 21 octobre 1961 : Montréal aura le métro le plus moderne au
monde . Est-ce que Montréal aura le
réseau électrique métropolitain le plus moderne au monde? J'en suis convaincu,
M. le Président, avec ce que vous avez déjà annoncé.
Alors, moi,
honnêtement, jusqu'à maintenant, je n'ai pas entendu trop, évidemment, le
critique de l'opposition maltraiter
le projet, il pose des questions intéressantes et, je pense, nécessaires sur le
volet financier, mais j'ai entendu d'autres personnes dans d'autres
commissions, dont même ma collègue ici, mais qui a changé de place, qui avait évidemment de grandes questions négatives sur le
REM, comme si depuis 1966‑1967 on avait fait beaucoup de projets de transport collectif. La réponse, c'est non. Ça
sera le deuxième projet depuis 1967 qu'on va créer pour aider vraiment.
Et là, des
critiques, bien, on peut en avoir parce qu'évidemment il y a des gens qui se
posent des questions, et sur le côté de la vision, ça peut manquer un peu. Je
vous rassure, M. Sabia, en 1962 c'était la même chose, c'était exactement
ça. Ici, M. Mondor, à l'époque il
dit : «Toutes les améliorations de surface valent mieux que l'onéreuse
construction d'un métro.» Évidemment, il ne voudrait pas relire ça.
«"Toutes les améliorations de voies de surface sont préférables à la construction d'un métro dont le financement et le
coût d'exploitation sont trop onéreux", selon M. Raymond Mondor,
conseiller municipal au district n° 1.»
Combien ça coûterait aujourd'hui, construire le
métro de Montréal, M. Sabia, reconstruire 70 kilomètres, 71 kilomètres? Non, mais c'est quelque chose,
là. Alors, moi, je veux juste vous rassurer. Quand on entend des critiques,
des questions, moi, sur le financement,
elles sont nécessaires, mais, quand on entend encore des critiques sur est-ce
qu'on devrait faire cela, M. le Président, je suis sidéré.
Le Président (M. Bernier) : ...paradis
fiscal.
M. Poëti :
Bien, écoutez, là... Et l'autre chose aussi, puis c'est parce que je pense
qu'on a tous été patients — je parle des citoyens du
Québec — tous été
patients... Là, à un moment donné, il y a quelqu'un qui s'est choqué. Je
pensais que c'était moi, mais, non,
ça fait trop longtemps. 15 décembre 1961 : «Fini les discussions
publiques sur le métro, il faut maintenant
bâtir.» Il y bien quelqu'un qui a dit : Il faudrait aller de l'avant, là,
ça n'a pas de bon sens. Et c'est ce que vous êtes après faire, M. Sabia,
avec votre équipe, et ce pourquoi le gouvernement est si fier d'être partenaire
avec vous.
Il reste un
ou deux articles, je vais les passer rapidement. Je vais vous permettre de
pouvoir répondre, M. Sabia. Il est
temps qu'on adopte une solution radicale: le métro . Moi, c'est drôle, je vois ça, je vois le REM. Le
métro, la meilleure des solutions . Ah! il y a des gens qui
étaient d'accord avec ça.
Et là, bien,
on revient encore avec à l'occasion des oppositions. Parce que, vous savez,
leur travail, dans certains cas, et
pas ceux ici, pas... je ne pense pas à mon collègue de Granby du tout, là,
c'est critique, hein, tu ne veux pas valoriser quelque chose du parti au pouvoir, là, ta fonction, c'est critique. En
fait, en général, il faut qu'ils critiquent. Mais j'ai ici un conseiller
de Saint-Michel qui était critique. Évidemment, il s'oppose au métro puis à son
prolongement.
Alors, écoutez, c'est l'histoire. Ça nous rappelle où on était à ces années-là et ça
nous guide vers où on va, M. Sabia.
Et, lorsque
les gens mettent en doute la capacité de la Caisse de dépôt de gérer ce projet-là,
ça aussi, ça m'ébranle, M. le
Président, je suis un peu surpris.
Puis sans faire une grande recherche, puis ça, vous connaissez ça mieux que
moi, mais, pour ceux qui nous
écoutent, c'est qui, la Caisse de
dépôt, vraiment, qui n'ont pas, évidemment, la chance d'être avec nous?
Il ne faut pas aller loin, là. La Caisse
de dépôt et placement: un investisseur institutionnel gérant notamment
le Régime de rentes du Québec et plusieurs autres régimes de retraite et
d'assurance publics et parapublics. Elle a été créée par le gouvernement de M. Jean
Lesage, le même qui avait appuyé, évidemment, le financement du métro de l'époque, le 15 juillet 1965, par une loi du Parlement du Québec. À la fin de 2014, il s'agit du deuxième plus important fonds
de pension au Canada après le Régime
de pensions du Canada. Au
31 décembre 2016, la Caisse de
dépôt gère un actif de 270 milliards de dollars investi au Canada
et à l'étranger. Moi, je ne suis pas inquiet, M. Sabia, de travailler avec
vous. Les citoyens du Québec qui nous écoutent ne sont pas inquiets de
travailler avec vous, et j'ai confiance dans la réalisation du REM. Il est
essentiel, il est important et nécessaire pour les citoyens du Québec.
Et, lorsqu'on
parle d'environnement, je vois encore ma collègue, ça m'y fait penser, l'environnement
est si important, combien de voitures ça va enlever sur la
route, ça, M. le Président? Énormément.
Et, lorsqu'on
pense au métro, évidemment, les gens étaient sceptiques dans certains
cas : «Le métro de Montréal
est un réseau de transport en commun qui
dessert l'île de Montréal ainsi que les villes québécoises de Laval et de Longueuil.
Le métro sur pneumatiques souterrain est géré par la Société de transport de
Montréal.
«Inauguré le 14 octobre 1966 durant le mandat
du maire Jean Drapeau, il s'inspire du métro de Paris, autant dans l'architecture de ses stations que dans le
matériel roulant. À son inauguration, le réseau comprenait 26 stations
réparties sur trois lignes. En 2016 — ça,
c'est le mot important — il
dessert 68 stations sur quatre lignes pour un total de
71 kilomètres de voies.
«Le métro de Montréal
est le plus important au Canada en termes de fréquentation et le troisième en Amérique du
Nord après ceux de New York
et Mexico. En 2014, il est quotidiennement emprunté par 1,2 million de
personnes les jours
ouvrables. 357 millions de trajets ont été effectués cette même année.
Selon la STM, il cumule plus de 7 milliards d'entrées en 2010.»
n'était pas sûr que c'était une bonne idée de le faire. Alors, ce que je veux
juste vous dire, ce que l'on voit avec
le métro de Montréal, l'ajout du REM était une idée fantastique. Et je
veux savoir, M. le ministre, avez-vous des inquiétudes, vous, avec la création d'un REM au Québec?
Avez-vous une inquiétude financière pour les citoyens du Québec dans
la construction de ce REM-là? Parce qu'on se rappellera qu'ensemble on a
cosigné le projet de loi permettant une réalisation de cette nature
et je peux juste m'en enorgueillir. Alors, je vous écoute, M. le Président.
Le Président (M.
Bernier) : M. le ministre.
Leitão : Merci, cher collègue. Non, évidemment, je n'ai pas
d'inquiétude. Et je n'ai pas d'inquiétude parce que nous travaillons sur ce projet depuis déjà un certain temps avec la
Caisse de dépôt, et la structure financière est très solide et la structure physique, donc, pour
compléter le projet aussi par la Caisse de dépôt est très solide elle aussi. Et
non seulement ça, mais c'est le genre
d'investissement dont on a besoin, dont la caisse a besoin. Nous sommes tous au
courant des rendements faméliques dans les marchés de revenus fixes, dans le
marché obligataire. Donc, il faut absolument que la caisse soit capable d'obtenir des rendements à
long terme qui soient supérieurs à ce qu'on peut avoir avec une obligation
gouvernementale. Et donc les investissements
en infrastructures sont de nature cruciale dans ce processus de diversification.
Peut-être, M. Sabia, vous pouvez nous
rassurer un peu sur la capacité technique de la caisse de compléter ce projet,
que je suis sûr que c'est le cas.
Le Président (M.
Bernier) : M. Sabia.
M. Sabia (Michael) : Donc, merci de votre question. Évidemment, nous sommes entièrement d'accord. Nous sommes
convaincus de l'importance de ce projet, cette une façon pour nous, une autre
façon, une nouvelle façon pour nous
de contribuer au développement
économique du Québec
et dans ce cas de... par le biais de Montréal. Pourquoi je dis
ça? Parce que le REM va transformer Montréal, va rendre Montréal une ville beaucoup
plus attrayante dans le monde à
l'échelle internationale, et donc, grâce au REM, la ville sera beaucoup
plus en... sera en mesure d'attrayer à Montréal
les cerveaux les plus brillants au monde. Et
ça, c'est une chose qui compte sur le plan économique, parce que, dans
une nouvelle économie
de savoir, nous avons besoin de ces cerveaux, et le REM va contribuer à ce... va renforcer la revitalisation
qui est en cours actuellement à Montréal.
Donc,
il y a tant d'autres choses : une amélioration de fluidité dans la ville,
nous allons désengorger la ligne orange, beaucoup de connexions entre notre projet et le métro, pour la
première fois, un lien entre
l'aéroport et le centre-ville, pour la première fois, un lien efficace
entre la Rive-Nord et la Rive-Sud, donc plusieurs choses, les départs de haute
fréquence pendant l'heure de pointe, qui vont contribuer à une simplification
importante de la vie quotidienne des Montréalais
et des Montréalaises. Et c'est la raison pour laquelle le projet... Mais j'ai
été bien content de voir deux sondages faits
par Léger où 82 % des répondants
appuient, 82 % appuient le REM, un résultat qui a été renforcé ou vérifié
dans un CROP «poll», un sondage où
83 % des Montréalais appuient le projet, et même 75 % des Québécois à
travers le Québec. Donc, je pense que le projet est perçu comme un
projet qui va faire une contribution importante.
Ceci étant dit,
est-ce que nous avons les compétences financières pour gérer un tel projet? Ma
réponse est : Absolument, nous avons
fait plus ou moins la même chose dans d'autres circonstances. Est-ce que nous avons l'expertise nécessaire pour livrer le projet? Oui. Pourquoi?
Parce que nous avons deux consortiums de constructeurs,
avec une présence importante des sociétés québécoises avec une expertise
de calibre mondial, bien capables de construire ce réseau, et donc ils sont les leaders mondiaux, et donc nous
avons beaucoup de confiance. Nous avons, sous le leadership de
Macky maintenant, une équipe importante de gens qui gèrent des
projets. Donc, nous avons bâti une expertise dans la gestion du projet qui est un élément important. Donc, avec
notre expertise financière, maintenant une expertise opérationnelle, et également l'expertise de ces sociétés dans chacun des
consortiums, qui comprennent des sociétés québécoises, est-ce
que nous sommes confiants? Ma réponse est : Absolument oui, à la ligne.
Le Président (M.
Bernier) : Merci. M. le député.
M. Poëti :
Combien de temps?
Le Président (M.
Bernier) : 2 min 30 s.
M. Poëti :
Oui. Et peut-être pour souligner aussi un apport important, on a à peu près
tous oublié qu'il rentre 500 autobus
tous les matins de la Rive-Sud vers le centre-ville, et ils ne restent pas là,
hein, alors ils retournent. Mais on a 500 autobus,
aucun d'entre eux n'est électrique. Quel produit extraordinaire de penser à
l'électricité! Mais on oublie, sur ce volet environnemental là, ce que ça
va aider. J'arrive de Londres, M. le Président, où l'entièreté des autobus sont
électriques, et les citoyens de Londres
disent : On a senti la différence. On le voit dans la façon qu'on circule ici
puis la qualité de l'air. Alors, l'environnement, pour moi, c'est un élément important, ce l'est pour nous tous.
500 autobus à la retraite pour un train électrique, quelle
excellente nouvelle!
M. Sabia
(Michael) : Avez-vous pris le Heathrow Express?
Sabia (Michael) : La caisse est là.
Poëti : Je ne voulais
pas le dire, on aurait dit que je n'étais pas neutre. Alors, merci beaucoup, M. Sabia, merci à vous tous
de travailler à ce projet-là, et je pense que l'ensemble des citoyens du Québec
ne peuvent que se réjouir de ce projet-là. Merci, M. le Président.
Le Président (M.
Bernier) : Merci. Il reste 1 min 30 s. Est-ce que vous
avez...
M. Fortin
(Pontiac) : On peut-u le reporter, là?
Président (M. Bernier) : On
va le reporter. C'est bien. Donc, je souhaite la bienvenue à la députée de
Vachon. La parole est à vous, Mme
la députée.
Mme Ouellet : Oui. Merci, M. le Président. Permettez-moi de saluer les collègues, de saluer
le ministre et les gens
de la Caisse de dépôt et de placement. Comme je ne suis pas la première à poser des
questions, on a déjà eu plusieurs
réponses, et c'est sûr que je vais vous
parler des paradis fiscaux. Vous savez, on a un rapport ici unanime de l'Assemblée nationale, c'est quand même
assez rare, tout un travail qui a été fait et qui qualifie les paradis fiscaux
de cancer de l'économie mondiale, de cancer
de la justice fiscale. Et j'ai écouté vos réponses et je dois vous avouer que
je trouve ça totalement inacceptable. Je trouve que ça fait dur comme réponses. Vous
avez le culot, dans votre jargon bureaucratique...
Le Président (M.
Bernier) : Oui?
Poëti : M. le Président, je m'excuse. Je pense qu'il
y a des termes antiparlementaires. Je ne crois pas que ce ton-là est acceptable.
Le Président (M.
Bernier) : Effectivement, Mme la députée, je pense qu'il faut...
Mme Ouellet :
Oui, je vais faire attention.
Président (M. Bernier) : On
peut poser des questions, je pense, dans un climat qui facilite l'échange. Vous
avez assez d'expérience, vous avez assez d'expérience.
Mme Ouellet : Qui va faciliter l'échange, qui
va faciliter l'échange. Mais ce que j'ai entendu comme réponses, c'est
extrêmement choquant, M. le Président.
Président (M. Bernier) : Oui, vous pouvez être insatisfaite. Ça, il
n'y a pas de trouble. Mais en faisant attention.
Mme Ouellet :
Et d'entendre que, dans le fond, la Caisse de dépôt et placement refuse de
s'engager sur des recommandations unanimes
des parlementaires, la recommandation n° 19, de réduire ses
investissements dans les entreprises qui
font de l'évitement fiscal abusif, de l'évasion fiscale, d'entendre la caisse
refuser de travailler à combattre les paradis fiscaux en fonction de
cette recommandation-là avec des arguments comme — puis je pense que
c'est important de le mentionner — une entente, on va attendre une entente au
niveau mondial, de l'OCDE, hein, c'est un beau prétexte pour ne rien faire. Puis on le sait, là. Je ne sais pas
si vous pensez que les parlementaires, on n'est pas au courant de ce qui se
passe. C'est tout dans le document, là. On
sait qu'il y a des discussions, hein? J'espère que vous ne nous prenez pas pour
des sans-génie quand vous nous donnez ce genre de réponse là.
M. Poëti :
M. le Président, question de règlement.
Président (M. Bernier) : Mme la députée, je vous invite, là, en ce qui
regarde l'utilisation des termes... Vous le savez, au niveau
parlementaire, on essaie de soigner notre...
Mme Ouellet :
C'est un questionnement parce que... par rapport aux réponses.
M. Poëti :
Peut-être, oui. Ce n'est pas...
M. Poëti :
D'après moi, c'est le même qu'à Ottawa.
Président (M. Bernier) : Oui, mais c'est parce qu'en ce qui regarde le
questionnement il faut quand même être
assez prudent, là, par rapport à la façon de faire. Écoutez, il y a des gens
qui nous écoutent, là, puis ils vont certainement tirer bénéfice de
votre expérience pour poser des questions, mais peut-être pas de cette
façon-là.
Mme Ouellet : Et, quand vous avez
comme argument de dire : Bon, on travaille à convaincre nos partenaires de ne pas utiliser des paradis fiscaux, c'est bien
beau, mais vous êtes certainement un des bien placés pour savoir que... «money talks». Et, si vos
partenaires ne sont pas convaincus, vous avez juste à ne pas investir. Et c'est
ce qui vous est demandé, c'est de ne
pas investir dans des entreprises qui utilisent les paradis fiscaux. Et ce que
le rapport demande, c'est de ne pas
attendre toutes les ententes internationales, mais de dès maintenant commencer
à désinvestir. Et là non seulement vous
n'avez pas dit : On va essayer, vous avez dit que vous ne pouviez pas
donner aucune garantie. Vous avez même refusé à mon collègue ici, à côté, de dire que le 10 % était un plafond.
Ça pourrait même être plus que 10 %, vous pourriez donc continuer à
augmenter.
C'est déjà
26,2 milliards de dollars que la Caisse de dépôt et placement a d'argent
de placé dans des entreprises qui
utilisent les paradis fiscaux. Moi, ça, comme citoyenne, comme parlementaire,
je trouve que c'est honteux que l'argent des contribuables québécois soit utilisé pour favoriser des entreprises
qui utilisent des paradis fiscaux. Ça nourrit le cancer, le cancer dont
on parlait, ça, ça nourrit le cancer.
Et donc moi, je vous donne une autre chance de
nous dire ici, aux parlementaires, que vous avez l'intention d'arrêter de nourrir le cancer. Je pense que c'est
important. Parce que là, tout ce qu'on a entendu des réponses de mes deux collègues, c'est que vous ne pouviez rien
garantir puis que c'était au niveau mondial que ça se passait. On le sait.
Mais c'est votre responsabilité de trouver des entreprises au niveau mondial,
au niveau québécois, puis tant mieux s'il y a encore plus d'entreprises au
Québec, si elles sont au Québec, puis vous pouvez tout de suite valider qu'elles
n'utilisent pas les paradis fiscaux, dans
lesquelles vous pourriez investir, qui n'utilisent pas les paradis fiscaux,
pour arrêter de nourrir le cancer de l'économie mondiale.
Est-ce
que c'est possible que vous vous engagiez aujourd'hui — puis là je ne vous demande même pas
d'échéancier, parce que ça me
brûlerait de vous demander un échéancier, je ne vous demande même pas
d'échéancier — que vous
avez l'intention d'arrêter de nourrir
le cancer de l'économie mondiale en diminuant vos investissements dans les
entreprises qui utilisent les paradis fiscaux?
Le Président (M. Bernier) : M. le
ministre ou M. Sabia?
Le Président (M. Bernier) :
M. Sabia.
M. Sabia
(Michael) : Juste pour
clarifier des choses. Donc, nous n'avons pas refusé de travailler sur le
dossier, du tout. Je pense que nous
avons bien expliqué, et nous avons bien présenté plusieurs exemples où nous
travaillons avec nos partenaires pour
changer des choses, pour rendre les choses... pour améliorer les choses, pour
diminuer leur tendance de profiter de ces opérations. Donc, ce n'est pas
un refus de notre part de travailler là-dessus, du tout.
Deuxième
chose, et franchement ma préférence est toujours de parler de façon ouverte,
directe et de livrer la marchandise
suite à un engagement, ma réticence de
dire aux députés que l'année prochaine il
y a aura un plafond de 10 %,
9,5 % ou 11 %, non, je ne suis pas à l'aise de vous donner cet
engagement parce que ce n'est pas évident à moi, étant donné la volatilité du monde, la compétition qui est... de la
concurrence qui est féroce pour des occasions d'investissement, je ne suis pas à l'aise. Ma préférence est d'agir
de façon très ouverte avec vous parce que le monde est imprévisible. Il y a
beaucoup de volatilité dans le monde. Et
donc, dans une telle circonstance, franchement, ce n'est pas responsable de ma
part de vous dire : Il y aura un
plafond mécanique de 9 %, 10 %, 11 % ou 12 %. La chose qui
compte, selon moi, M. le Président,
est l'intention de notre part de continuer de travailler, même de continuer
d'intensifier nos efforts. Ma collègue Maarika, elle a déjà dit que,
depuis 2014, 2015, 2016, nous avons beaucoup intensifié notre focus sur cette
question importante, et c'est ce que nous allons continuer à faire. Ce n'est
pas refus du tout.
Le Président (M. Bernier) :
Merci. Merci, M. Sabia. Mme la députée.
M. Sabia (Michael) : Parlons des
vraies affaires et pas de théâtre.
Ouellet : Oui, on va parler
des vraies affaires, je suis d'accord, et vous avez tellement intensifié vos
efforts depuis 2013, 2014, 2015 du côté des
investissements dans des entreprises qui utilisent des paradis fiscaux, vous les avez tellement intensifiés que vous les avez doublés. Donc, ce
qui n'est pas responsable, quant à
moi, c'est le fait qu'il n'y ait pas d'engagement clair à diminuer.
Est-ce que
vous pourriez minimalement... Là, je vais vous demander quelque chose qui devrait être assez simple pour
vous de dire oui ou non. Est-ce que vous pourriez minimalement prendre l'engagement ici, devant les parlementaires, que vous ne ferez plus, à partir d'aujourd'hui,
aucun investissement nouveau — je ne vous parle pas des anciens, on
regardera le ménage après — aucun
investissement nouveau dans une entreprise qui utilise les paradis fiscaux?
Le Président (M. Bernier) :
M. Sabia.
M. Sabia (Michael) : Non, nous ne
pouvons pas vous donner une telle garantie.
Le Président (M. Bernier) :
Merci.
Mme Ouellet : Donc, ce que j'entends aujourd'hui, c'est que vous refusez de prendre l'engagement de ne pas investir de l'argent futur dans des entreprises
qui utilisent des paradis fiscaux. Vous refusez de prendre l'engagement de diminuer vos investissements dans les entreprises
existantes qui utilisent les paradis fiscaux, ça fait que, dans le fond, vous
dites : La recommandation 19 que vous avez ici, moi, je n'en ai rien
à faire.
M. Sabia (Michael) : Pas du tout.
M. Poëti : M. le Président,
c'est imputer des motifs, des intentions, ce n'est pas ce que M. Sabia a
dit.
Le Président (M. Bernier) :
Non, je pense qu'il faut... on va écouter la réponse.
M. Poëti : Non, mais, tu
sais, je n'en rien à faire... Je ne pense pas que, M. Sabia, c'est un
propos qu'il tient.
Le Président (M. Bernier) :
Regardez, c'est... Oui, M. le député.
M. Marceau : Question
de règlement. Mme la députée de Vachon a le droit d'essayer de comprendre les intentions
de M. Sabia. Puis M. Sabia n'est pas un parlementaire ici. Puis ça a
été fait avec politesse.
Le Président (M. Bernier) :
Merci. Comme j'ai mentionné au moment...
Président (M. Bernier) : Un instant! Comme j'ai mentionné, au moment où on vient imputer des
éléments négatifs par rapport à la personne, je réagis, et par
rapport à l'organisme. Donc, sur ça, je pense
que la question était claire. M. Sabia, je vous
invite à la réponse.
M. Sabia
(Michael) : Vous avez notre engagement
de continuer de travailler, continuer d'intensifier nos efforts, continuer de travailler à la chaire internationale, continuer de convaincre les
partenaires de changer quelques-unes de leurs pratiques. Vous avez tous ces engagements. Mais dans un monde
imprévisible, dans un monde où la compétition, pour les occasions d'investissement, est féroce, ce serait
irresponsable de ma part de vous donner un engagement parce que ce n'est pas évident, d'ici la fin de l'année ou
d'ici 12 mois, que nous pourrions respecter cet engagement. Et donc je ne
veux pas vous donner un engagement dans une circonstance où je ne suis
pas sûr que nous soyons en mesure de livrer la marchandise de et engagement,
mais notre intention est claire.
Le Président (M. Bernier) :
Merci. Merci, Mme la députée.
Ouellet : Oui, merci, M. le Président. Donc, ce que je comprends... Puis l'engagement que je vous demandais, c'était
juste de dire que les argents futurs ne seront pas investis dans des entreprises
qui utilisent des paradis fiscaux. Et ça, vous avez refusé de prendre cet engagement-là.
Et ça, ça dépend de vos politiques.
Puis là je
vais demander encore quelque chose d'encore plus léger, je ne pourrai pas aller
plus léger que ça, là : Est-ce
que vous avez l'intention de mettre dans vos politiques internes de vos
gestionnaires... — laissez-moi
finir de poser ma question — de
vos gestionnaires de portefeuille qu'un des critères à analyser et qui sera, à ce moment-là, un point noir dans le dossier de l'entreprise... que c'est un
moins, le fait que l'entreprise investisse dans des paradis fiscaux? Est-ce que vous avez l'intention de pénaliser,
dans l'évaluation des entreprises pour lesquelles vous voulez investir, de
pénaliser le fait qu'ils utilisent des paradis fiscaux?
Le Président (M. Bernier) :
M. Sabia.
M. Sabia (Michael) : C'est déjà
fait.
Ouellet : Et, malgré ça,
vous continuez à investir. Moi, je trouve ça assez dommage, comme parlementaire, d'entendre ça, qu'il n'y a
pas d'engagement de votre part à suivre la recommandation 19 et minimalement, minimalement de ne pas faire des
nouveaux investissements avec des entreprises qui utilisent les paradis fiscaux.
Mais maintenant
je vais poser la question au ministre des Finances. Toujours sur le dossier des paradis fiscaux mais qui ne touchent pas directement à la Caisse
de dépôt et de placement, j'ai fait sortir les contrats en cours avec KPMG et
le gouvernement du Québec. Il y en a sept,
contrats en cours, et il y en a d'ailleurs un avec l'Autorité des marchés
financiers, il y en a deux avec le Vérificateur général.
Vous savez,
KPMG, ça a été démontré, là, a incité ses clients à utiliser des stratégies
d'évitement fiscal abusives, donc ses
clients ultras riches à utiliser... Donc, en fonction de la
recommandation 21 et 23, de... toujours le rapport unanime que vous avez approuvé... non, pas 21 et 23, 21 et
22, d'éliminer les fournisseurs qui ont recours à l'évitement fiscal abusif et
de priver de contrats gouvernementaux les
cabinets professionnels qui utilisent... coupables d'avoir aidé l'évasion
fiscale ou l'évitement fiscal abusif. Puis, dans le cas de KPMG, ça peut
même être considéré comme de l'évasion fiscale.
Est-ce
que vous avez l'intention de mettre fin aux contrats qui concernent
directement, à tout le moins, votre ministère, les contrats avec KPMG?
Au total, là, il y en a pour 1,8 million de dollars.
Le Président (M. Bernier) :
M. le ministre.
Leitão : Bon, écoutez, à ce que je sache, KPMG n'a pas été reconnue
coupable de quoi que ce soit. Il y a encore une investigation, une enquête en cours par l'Agence du revenu du
Canada. Ce cas-là suit son cours, et donc, pour l'instant, nous n'avons
pas de commentaire à faire à ce sujet-là. Je vous rappelle seulement que les
contrats que... tant au gouvernement que des
agences comme l'AMF ou des organismes comme le Vérificateur général, les
contrats qu'il y a ou les échanges
qu'il y a avec le bureau de KPMG à Montréal, ce sont des éléments qui n'ont
absolument rien à voir avec la planification fiscale.
Le Président (M. Bernier) :
Merci. Mme la députée.
Ouellet : Oui, je comprends
que c'est des choses différentes, puisque KPMG a très large, mais quand même,
c'est encourager une entreprise. Et, quand
vous dites qu'elle n'a pas été reconnue coupable, bien, en fait, elle s'est
quasiment elle-même reconnue coupable, puisqu'elle a pris une entente secrète
avec l'Agence du revenu du Canada pour faire en sorte d'enlever les pénalités à ses clients, et c'est
cette entente secrète là qui actuellement est complètement remise en cause.
Mais c'est assez clair qu'ils ont utilisé,
minimalement, de l'évitement abusif, et donc, dans la recommandation, c'est de
l'évitement abusif, et même de l'évasion fiscale.
Donc, ce que
j'entends de ce que vous me dites, c'est que, pour l'instant, vous n'avez pas
l'intention de mettre fin aux contrats concernant votre ministère avec KPMG.
Le Président (M. Bernier) :
M. le ministre.
Leitão : Pour l'instant, non, et, comme je dis, encore une fois, les
liens que nous avons avec KPMG, tant au gouvernement qu'à l'AMF, que le
Vérificateur général, ce sont avec des experts comptables de KPMG Montréal, qui
n'ont aucun lien avec ces activités qui sont
alléguées et qui d'ailleurs sont toujours en cours... L'enquête est toujours en
cours, il n'y a pas encore de décision finale là-dessus.
Le Président (M. Bernier) :
Mme la députée de Vachon.
Ouellet : Oui. Si je regarde
les autres recommandations, j'aimerais savoir... Concernant la
recommandation 1 qu'il y ait une étude sur l'impact économique
d'une taxe sur les profits détournés, ce qu'on appelle la «Google tax», est-ce que cette étude-là est en cours? Est-ce
qu'elle est faite à l'interne ou s'il y a un contrat externe? Et, s'il y a un
contrat externe, c'est à qui?
Le Président (M. Bernier) : M.
le ministre.
M. Leitão : Alors, comme on a dit lors de la présentation de la motion à l'Assemblée
nationale, nous, au ministère des
Finances et ministère du Revenu, Agence du revenu, nous prenons au
sérieux toutes les recommandations et nous sommes
en train de faire une analyse de ces recommandations-là. Ça va se faire par nous. Ça se fait à
l'interne. Ça, c'est le ministère des
Finances et l'Agence du revenu qui
est en train de faire ce travail-là et que cet automne ce
travail-là sera communiqué aux parlementaires et au public.
Le Président (M. Bernier) : Merci. Mme
la députée.
Mme Ouellet : Juste savoir, il me
reste combien de temps.
Le Président (M. Bernier) :
4 min 50 s.
Ouellet :
4 min 50 s. Il ne me reste pas beaucoup de temps. Je voudrais
revenir sur un autre dossier complètement
différent qui est le dossier d'Uber, Uber avec Revenu Québec.
Donc, vous savez que Revenu Québec est allé
faire une perquisition, et que ça a été contesté par Uber, et que Revenu Québec avait gagné, dans un premier temps,
au niveau de la Cour supérieure avec le juge Guy Cournoyer. Il disait que c'est assez clair que... des motifs
raisonnables de croire qu'Uber pouvait enfreindre les lois fiscales, parce que
l'entreprise ne demande pas à ses
chauffeurs de lui fournir les numéros de TPS et de TVQ, parce qu'elle n'avait
pas payé les taxes ni les impôts
d'ailleurs au gouvernement du Québec. Et donc c'est l'enquête sur la fraude
fiscale, et ils ont apporté la cause, là, en appel jusqu'à la Cour
suprême qui a refusé de les entendre.
Et ce qu'on a
appris aussi dernièrement, c'est que, lorsqu'ils sont allés faire la
perquisition, il y a un certain nombre de données qui ont été effacées, hein,
pendant la perquisition. Et on a appris dernièrement que l'ancien expert en
sécurité, qui s'appelle Samuel Ward
Spangenberg, affirmait à la Cour supérieure de la Californie qu'il a travaillé
dans une équipe dont la mission était de couper à distance l'accès aux
ordinateurs quand les autorités, dans notre cas Revenu Québec, faisaient une rafle, perquisition — je fais juste de la traduction en simultané — et l'expert en question a dit être
intervenu lors de la saisie de Montréal.
Donc, je
trouve que c'est extrêmement troublant et j'aimerais avoir votre opinion de
qu'est-ce que vous pensez qu'une
entreprise comme ça, qui a des démêlés extrêmement importants, qui est sous
enquête actuellement pour fraude fiscale
avec tout ce qu'on sait, se retrouve à avoir les privilèges de faire un projet
pilote, d'ailleurs projet pilote pour lequel elle ne respecte même pas
les conditions. Il y a plusieurs infractions aux conditions du projet pilote.
J'aimerais avoir votre
opinion en tant que ministre des Finances. Qu'est-ce que vous pensez d'une
entreprise comme Uber qui est sous enquête pour fraude fiscale de la part de
Revenu Québec, mais qui, par la même occasion, bénéficie de privilèges pour faire un projet pilote et qui... ce projet
pilote là qui concurrence de façon totalement déloyale l'ensemble de l'industrie du taxi et des
chauffeurs de taxi qui, eux, ont respecté les lois, et les règlements, et la
fiscalité?
Le Président (M. Bernier) : M. le
ministre.
M. Leitão : Bon, plusieurs éléments
dans votre question. Le premier et le plus important, c'est que le cas qui concerne Revenu Québec et Uber, c'est toujours en
cour, et donc je ne peux pas commenter là-dessus. Demain, Revenu Québec va être ici aussi aux crédits. Vous
pourriez peut-être leur poser la question. Je pense que la réponse va être la
même parce que le procès est en cour. Donc, je ne pense pas qu'on puisse
commenter sur quelque chose qui est en cour.
Pour l'autre
question, écoutez, c'est à cela qu'un projet pilote répond. On fait un projet
pilote pour voir la pertinence d'un
tel modèle dans notre paysage de transport collectif, transport par taxi dans
la grande région de Montréal. À la fin du projet pilote, le gouvernement prendra sa décision, mais c'est pour ça
qu'on fait un projet pilote, qu'on puisse arriver à une conclusion. On
ne pouvait pas faire ça avant.
Le Président (M. Bernier) : Il vous
reste une minute, Mme la députée.
Ouellet : Oui. Donc, ce que
je comprends, c'est que, pour l'instant, comme ministre des Finances, vous
n'avez pas d'inconvénient à ce que les
chauffeurs de taxi se retrouvent à avoir une concurrence complètement déloyale,
20 000 chauffeurs de taxi d'une entreprise qui est sous enquête pour
fraude fiscale.
Est-ce que,
si Revenu Québec... puis là j'espère que, les délais judiciaires, là, on n'aura
pas les mêmes problèmes que ce qu'on
vit actuellement puis que ça ne tombera pas entre deux chaises, mais décide de
faire des poursuites, et que le DPCP décide de poursuivre, et qu'ils sont jugés
coupables, est-ce qu'à ce moment-là vous jugez qu'Uber, s'ils sont jugés
coupables, ne devraient plus du tout pouvoir avoir accès et faire des affaires
au Québec?
Président (M. Bernier) :
Comme il reste seulement 10 secondes, je vais vous laisser répondre,
puis on ira sur le temps du gouvernement.
Leitão : Beaucoup
de questions hypothétiques auxquelles on ne peut pas répondre. On verra bien si
c'est le cas quand ça arrive.
J'aimerais
juste préciser une chose: Le projet pilote rétablit l'équité. Oui, oui, le
projet pilote, maintenant, rétablit l'équité entre le taxi
traditionnel et Uber. Et c'est à quoi que ça sert, un projet pilote.
Président (M. Bernier) :
Merci. Le temps est maintenant écoulé. Nous allons aller, M. le député d'Orford, du côté du
gouvernement.
Reid : Merci, M.
le Président. Alors, je ne suis pas
un spécialiste de la finance, j'ai passé plutôt toutes mes années de politicien
à travailler à la Commission de l'administration publique ou à la Commission
des transports et de l'environnement. Mais je ne parlerai pas du REM. Je
voudrais plutôt faire profiter la population de ce dont je profite, moi-même, en étant à cette commission, d'apprendre
sur les questions financières, et tout ça, qui m'ont moins préoccupé par
le passé.
Et là-dessus il y a des concitoyens qui... Dans
mon comté, il y a beaucoup de retraités, comme vous le savez peut-être, qui ne sont pas tous millionnaires, contrairement
à ce que beaucoup de monde pense. Magog n'est pas qu'une ville de riches. Il y a des gens qui sont plus
pauvres et des gens qui vivent, en termes de pension, parfois seulement sur la
pension du RRQ, Retraite Québec. Je sais que
la société... Ils ne connaissent pas les chiffres nécessairement, mais ils
savent que la société gère ces
fonds-là, 62 milliards, je crois, pour Retraite Québec, et, en fait, ce
dont je me suis rendu compte depuis
un certain temps, c'est qu'il y a, dans cette population-là, une préoccupation,
une sensibilité assez grande à la situation économique mondiale.
On parle
beaucoup des éléments de la situation économique mondiale. Donc, ils sont en
mesure de voir, de suivre, de faire
le suivi de ça et ils ne sont pas fous, là, ils savent que ça, ça a un impact
sur les finances, sur l'effet. Et surtout, ce dont on entend parler beaucoup, c'est des éléments qui sont des
éléments d'instabilité. Ce qu'on dit, ce qu'on lit, c'est que ça va générer de l'instabilité. On ne sait pas
exactement ce qui s'en vient, alors, que ce soit Trump, Brexit, l'élection
française, etc. J'aimerais ça qu'on profite
de votre présence ici, vous et les membres de votre groupe, de votre direction,
pour regarder un petit peu en gros qu'est-ce
que ça veut dire pour la... comment c'est analysé par la caisse et comment la
caisse change ses stratégies en fonction de ça. Et pour que les gens puissent
suivre, j'aimerais ça qu'on le fasse de façon, disons, morceau par morceau, en prenant des cas particuliers et en regardant
un peu comment vous pouvez nous en parler plutôt que de faire un exposé général là-dessus. Moi, je n'ai pas de
misère avec les exposés universitaires, mais, enfin, si je pense à ma
population que je représente dans mon comté...
Alors, vous
savez, depuis déjà plusieurs années, on entend parfois des gens de la direction
de la caisse dire que les rendements que nous avons connus, des fois des
très bons rendements, 13, 12, etc., ne sont peut-être pas éternels. En fait, on
voit que les deux dernières années, en fait, avec 9,1 et 7,6, le rendement
global a diminué. On disait tantôt qu'il y a
une concurrence féroce. On disait tantôt que les rendements ou les obligations,
c'est parfois famélique, et donc on nous
prépare puis on se prépare, puis j'imagine la caisse se prépare aussi à être
capable de gérer cette espèce de difficulté de... et donc on nous prépare aussi en nous disant
que peut-être on peut espérer pour le mieux, mais parfois il faut se préparer
pour le pire.
Je pense
qu'on a connu le pire déjà il y a quelques années, et, depuis ce temps-là, les
choses vont beaucoup mieux et, d'une
façon générale, je pense qu'on ne nous prédit pas qu'on va redescendre là, mais
on nous mentionne que... et les gens
écoutent ça, ils comprennent ça. Et comme ils comprennent ça puis ils ont
absorbé ça, alors, ils regardent les éléments d'instabilité qui leur sont dits dans les médias, à la grandeur des
médias, pour ce qui se passe sur la planète, et donc, pour eux, ils voient qu'il y a un lien entre les deux.
Et, ce lien-là, bien, j'aimerais ça qu'on puisse peut-être avoir des
explications pour que... Ça nous génère...
Enfin, un des
éléments qu'il me semble que tout le monde veut savoir, c'est est-ce que la
caisse est en contrôle face à tous ces éléments-là. Évidemment, la
caisse ne contrôle pas Donald Trump, on comprend tous ça, là. O.K.? Cependant, les éléments qui sont à prévoir,
comment est-ce qu'on analyse le marché. Et j'aimerais ça qu'on le fasse en cinq
étapes, si vous voulez : Trump, je reviendrai, après ça, sur le Brexit,
mais... j'y reviendrai à chaque fois, si vous voulez,
je reviendrai, après ça, sur les élections françaises et je reviendrai ensuite
sur la Chine, peut-être, la Chine est devenue un élément aussi générateur d'instabilité, et par la suite peut-être des
grandes ententes internationales, qu'est-ce que ça veut dire pour la
caisse. Ce n'est pas nécessairement la même chose que ça veut dire pour le
gouvernement.
Alors,
commençons par Trump, qui est un gros morceau. Évidemment, on en entend parler
depuis déjà quelque temps, puis
Trump, il brasse beaucoup. Donc, on a l'impression que c'est des grosses
instabilités, là, qui s'en viennent. Comment la caisse s'y prend pour...
et je ne veux pas que vous nous donniez des secrets commerciaux ou des secrets concurrentiels, mais comment est-ce que la caisse
s'y prend pour analyser et se préparer ou préparer ses stratégies pour
ces instabilités-là qui pourraient venir?
Leitão : Oui. Avant de commencer, moi, je suis très tenté, un moment,
de parler longuement sur ces sujets-là, mais je ne vais pas le faire, je vous rassurer. Juste mentionner que,
dans notre budget, qui est très prudent, nous avons pris en considération l'incertitude
internationale. Mais je vais laisser M. Sabia répondre, parce que sinon, moi,
je prendrais tout votre temps.
M. Sabia
(Michael) : Donc, je vais
essayer de répondre à votre question en deux volets, parce que la distinction
est importante entre l'état de l'économie,
et les risques, et surtout les risques géopolitiques. Donc, je vais décortiquer
les deux.
Donc, sur la
question de l'économie, encore une fois, il faut faire une distinction entre
les pays de l'OCDE et les marchés en
croissance. Donc, pour les sociétés OCDE, il est important de faire la
distinction, et j'arrive à M. Trump, il est important de faire la
distinction entre le signal et le bruit.
Le signal, je
pense, est assez clair. À long terme, dans les pays OCDE, nous avons un enjeu
d'une faible croissance de
main-d'oeuvre, une faible performance de la productivité et également une très
faible performance d'investissements qui
viennent des entreprises. Donc, mettre les choses ensemble, on a une
perspective pas désastreuse, juste un peu faible, avec un taux de
croissance à peu près, je ne sais pas, entre 1 % et 2 % par année.
Reid : ...la
préoccupation de la caisse, c'est le rendement, évidemment.
M. Sabia
(Michael) : Ça, c'est...
1 % et 2 %, ça, c'est le taux de croissance économique dans la région
de l'OCDE, comme je disais, pas
désastreux, juste faible. Et, selon nous, ce n'est pas très probable qu'il y
aura une crise, un autre 2008. Donc, les choses, tout simplement,
restent faibles.
Maintenant,
le bruit, beaucoup de bruit vient de Washington et l'administration de
M. Trump. Donc, il parle d'une réduction
d'impôt importante, il parle d'une augmentation des dépenses en infrastructures
très importante, une augmentation des
dépenses militaires très importante, déréglementation. Donc, il parle de
beaucoup de choses. Jusqu'à date, honnêtement, il n'a pas fait beaucoup de choses. Donc, c'est la raison pour laquelle
je pense, oui, nous avons vu un rebond du niveau de confiance aux États-Unis, mais nous n'avons pas encore vu un rebond
du niveau d'investissements par les entreprises. Et ça, c'est la chose la
plus importante, parce que ça, c'est la chose qui va déclencher un autre niveau
de croissance économique. Donc, pour l'instant, je pense, dans cette catégorie,
oui, M. Trump, beaucoup de bruit, pas beaucoup de changements; plus de confiance, mais pas beaucoup d'augmentation
d'investissement, qui est la chose la plus importante.
Maintenant,
rapidement, aux marchés en croissance, honnêtement, je suis assez optimiste,
parce que ces pays, l'Inde, la Chine,
le Mexique, même aujourd'hui peut-être un peu le Brésil, ces pays vont agir
comme une source de croissance dans le monde, une locomotive puissante,
peut-être pas, mais quand même ils vont contribuer de façon positive à la
croissance économique dans le monde, disons, à peu près, 4,5 % à 5 %.
Donc, si on met les deux ensemble, les pays OCDE et les marchés en croissance,
peut-être un niveau de croissance économique dans le monde entre 3 % et
4 %.
Vous avez mis
l'accent sur la Chine, juste rapidement, quelques commentaires sur la Chine. On
voit maintenant, en Chine, une
augmentation, qui est très bienvenue, une augmentation de la demande domestique
qui est importante, parce que cette
économie est dans une grande transition, et donc cette augmentation est
importante. L'autre côté de la médaille est le risque qui vient de la Chine. C'est l'état de leur système
financier et, plus spécifiquement, la création de crédit, qui est
peut-être un peu excessif. Et je pense que le gouvernement est en train
d'essayer de prendre le contrôle de ces activités parce que ça risque pas mal d'instabilité. Pour
nous, selon nous, ce n'est pas quelque chose qui va arriver avec une très forte probabilité, mais c'est un
risque. Donc, ça, c'est une «picture», une photo de l'économie mondiale.
Maintenant,
les risques les plus importants. Le numéro un et franchement, selon moi, le
risque le plus important, c'est le
protectionnisme. Mais, encore une fois, nous n'avons pas encore vu beaucoup de
choses, quelque chose entre les États-Unis et le Canada, le bois d'oeuvre,
quelques commentaires sur le lait et, plus récemment, une opération lancée par
Boeing contre Bombardier, qui est une opération inquiétante...
Reid :
Excusez, mon ignorance, mais je ne suis peut-être pas le seul, mais juste...
parce que c'est très intéressant quand
vous parlez des ententes, le protectionnisme d'échanges commerciaux. Comment
est-ce que, ça, ça se traduit par un rendement de la caisse? Juste pour
nous l'expliquer un tout petit peu?
M. Sabia
(Michael) : C'est indirect
parce que, si une vague de protectionnisme arrive dans le monde, mais «si»
majuscule, il y aura presque instantanément
une réduction du taux de croissance économique dans le monde, parce que
le libre-échange est un moteur important dans la croissance économique dans le
monde. Donc, si le protectionnisme, autrement dit, va agir comme un frein sur
la croissance économique dans un monde où la croissance économique est beaucoup
plus faible, pour simplifier les choses, il y aura un impact à la baisse de
notre rendement.
Une autre
catégorie de risque, ça, c'est tous les risques géopolitiques, Corée du Nord,
la Russie, la Turquie, la question de
Brexit et la stabilité de la Co