Public Administration — 5 October 2023 (43rd Legislature, 1st Session)
CAP 2023-10-05
Quebec — Committees
Le Président (M. Caron) :
l'ordre, s'il vous plaît! Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la
Commission de l'administration publique ouverte.
La commission est réunie afin de procéder à
l'audition du ministère de la Santé et des Services sociaux et des CIUSSS de la Capitale-Nationale et de
l'Est-de-l'Île-de-Montréal sur le
chapitre 4 du rapport de mai 2023 du
Vérificateur général intitulé Santé mentale : efficacité du
continuum de soins et de services pour les usagers ayant des troubles mentaux
graves .
M. le secrétaire, y a-t-il des remplacements?
Secrétaire : Oui, M. le Président. M. Lamothe (Ungava) est
remplacé par M. Lemay (Masson); M. Beauchemin (Marguerite-Bourgeoys), par Mme Dufour
(Mille-Îles); et M. Derraji (Nelligan), par Mme Lakhoyan Olivier
(Chomedey).
Président (M. Caron) : Merci, M. le secrétaire. Nous débuterons par
l'exposé de 10 minutes du Vérificateur général et enchaînerons avec celui du ministère de la Santé et des
Services sociaux. Les CIUSSS de la Capitale-Nationale et de
l'Est-de-l'Île-de-Montréal suivront et disposeront de 10 minutes conjointement.
Le reste de la séance sera consacrée aux
échanges avec les membres de la commission. Les échanges se dérouleront par
blocs d'une durée d'environ 10 minutes, incluant les questions et
les réponses, en alternance entre le gouvernement et les oppositions afin de
permettre à tous les groupes parlementaires d'écouler graduellement leur temps
de parole.
Donc, j'invite maintenant la sous-vérificatrice
générale à nous présenter les gens qui l'accompagnent puis à faire son exposé.
Vous disposez donc de 10 minutes.
Mme Roy
(Christine) : Merci, M. le Président. Mmes, MM. les membres de
la commission, M. le sous-ministre de la Santé et des Services sociaux, MM. les
présidents-directeurs généraux des centres intégrés universitaires de
santé et de services sociaux de la Capitale-Nationale et de
l'Est-de-l'Île-de-Montréal, c'est avec plaisir et avec intérêt que je participe
à cette séance de la Commission de l'administration publique en remplacement de
la Vérificatrice générale, qui n'est pas
disponible aujourd'hui. Nous vous remercions pour cette invitation.
Permettez-moi de vous présenter les personnes qui m'accompagnent :
M. Jacques Hébert, vérificateur général adjoint, M. François
Dubreuil, secrétaire général, M. Alain Fortin, directeur général en audit
de performance, et Mme France Bêty, directrice d'audit.
Tout d'abord, il faut savoir que les personnes
ayant des troubles mentaux graves et des besoins chroniques en santé mentale sont en situation de grande
vulnérabilité. Elles requièrent des soins adaptés à leurs besoins. Des
problèmes de santé physique, de dépendance, de judiciarisation et
d'instabilité résidentielle peuvent s'ajouter à leur condition, de même que la stigmatisation ou les préjugés dont
elles font souvent l'objet. Des ruptures dans la continuité des services
peuvent aggraver les problèmes de ces personnes et ainsi avoir des
répercussions significatives sur elles et sur leurs proches, comme la diminution de leur espérance de vie ou la
détérioration de leurs relations sociales et de leur situation socioéconomique. Ces ruptures de services peuvent
aussi entraîner des passages répétés à l'urgence ou des hospitalisations
fréquentes.
Les soins et
services en santé mentale offerts par le réseau public sont très diversifiés et
nécessitent l'implication d'un grand nombre d'intervenants. Outre les services
d'urgence, ces soins et services vont de l'hospitalisation de courte durée ou de la consultation psychiatrique en
clinique externe aux services d'accompagnement proposés par les établissements
et par les organismes communautaires partenaires du réseau de la santé et des
services sociaux. À cela s'ajoutent différents
types d'hébergement offerts par le réseau en collaboration avec le secteur
privé ou le milieu communautaire.
Notre audit de performance avait deux objectifs.
Le premier était de s'assurer que les établissements audités offrent un
continuum de soins et de services efficaces aux adultes ayant des troubles
mentaux graves et des besoins chroniques en santé mentale. Le deuxième objectif
était d'évaluer si le ministère de la Santé et des Services sociaux soutient
efficacement les établissements et ses partenaires du réseau afin que ceux-ci
assurent la coordination et la continuité
des soins et des services en santé mentale. Nos travaux nous ont permis de relever
quatre principaux constats.
Premièrement,
plusieurs personnes ayant des troubles mentaux graves sont de grands
utilisateurs des urgences, mais
l'accès aux informations nécessaires pour une prise en charge efficace de ces
personnes est difficile. En effet, les entités auditées n'ont pas toute
l'information nécessaire pour les identifier. De plus, le personnel soignant ne
dispose pas de l'ensemble des informations
cliniques des usagers en temps opportun. Or, il est important de reconnaître
rapidement les grands utilisateurs des urgences ayant un trouble de
santé mentale et de disposer de leurs informations cliniques afin
d'adapter leur prise en charge et de la rendre plus efficace. Cela permet
notamment de comprendre les causes sous-jacentes
à la récurrence des visites à l'urgence et de s'assurer qu'un filet de sécurité
est mis en place à la sortie de ces urgences.
Deuxièmement, les
ressources offertes ne permettent pas à tous les usagers d'avoir accès à un
hébergement convenant à leurs besoins, notamment en raison du manque de
ressources adaptées à des clientèles de plus en plus complexes, et aussi parce que les usagers dont la condition leur
permettrait de vivre en logement autonome demeurent hébergés dans le réseau par manque de logements
abordables. En conséquence, des lits d'hospitalisation sont occupés par des gens en attente d'un hébergement, bien qu'ils
ne requièrent pas de soins hospitaliers. Cela n'est ni avantageux pour l'usager, qui ne bénéficie pas d'un environnement
adapté à son état, ni avantageux pour l'établissement, qui ne fait pas une
bonne utilisation de ses ressources.
Troisièmement,
l'accès aux soins et aux services représente un défi pour les usagers et leurs
proches. En effet, les grands utilisateurs
des urgences en santé mentale demeurent plus longtemps sur les listes d'attente
du Guichet d'accès à un
médecin de famille que l'ensemble de la population. En ce qui a trait aux
psychiatres, le nombre de postes vacants
dans les établissements publics associé au nombre croissant de ces spécialistes
exerçant exclusivement en cabinet
réduit l'accès à leurs services pour la clientèle ayant des troubles mentaux
graves. En outre, l'accès aux services dans la communauté est fragilisé
par les problèmes de pénurie de main-d'oeuvre auxquels sont confrontés les
établissements audités et les organismes communautaires.
Enfin, nous avons
constaté un manque de fluidité lors des passages aux urgences de même qu'un
manque de communication entre les services hospitaliers et les équipes
externes. Cette situation entraîne des retards dans les soins offerts à l'usager. De plus, les exigences en matière de
consentement, notamment pour la communication d'information aux proches,
ne sont pas toujours bien comprises par les intervenants du réseau.
Au terme de nos
travaux, nous avons formulé des recommandations qui ont été acceptées par les
entités. La plupart de nos recommandations nécessiteront une prise en charge
conjointe par le ministère de la Santé et des Services
sociaux ainsi que les centres intégrés universitaires de santé et de services
sociaux concernés. La collaboration entre tous ces intervenants est donc
primordiale pour que les changements prévus dans leurs plans d'action
respectifs soient mis en oeuvre.
En terminant,
j'aimerais souligner l'excellente collaboration du personnel du ministère de la
Santé et des Services sociaux ainsi que des centres intégrés universitaires de
santé et de services sociaux de la Capitale-Nationale et de l'Est-de-l'Île-de-Montréal. J'aimerais aussi assurer les membres
de la commission qu'ils peuvent compter sur l'entière collaboration du
Vérificateur général.
Le Président (M. Caron) :
Bien, merci beaucoup, Mme Roy. J'invite maintenant le ministère de la
Santé et des Services sociaux à nous faire
sa présentation. Je vous invite à vous présenter puis à faire votre exposé.
Vous disposez également de 10 minutes. Merci.
M. Paré (Daniel) : Oui, bonjour, Daniel
Paré, sous-ministre santé... du ministère de la Santé et des Services sociaux.
M. le président de la
commission, Mmes, MM., membres de la commission, Mme la sous-vérificatrice
générale, MM. les PDG des centres intégrés universitaires de santé et services
sociaux de la Capitale-Nationale et de l'Est-de-l'Île-de-Montréal,
je vous remercie de nous donner le privilège d'être parmi vous aujourd'hui. Je
suis en compagnie de
Mme Caroline De Pokomandy-Morin, qui est sous-ministre adjointe à la
Direction générale des programmes dédiés aux personnes, aux familles et
à la communauté. Je suis accompagné du Dr Pierre Bleau, qui est le
directeur national de la santé mentale, et
enfin je suis accompagné de M. Martin Forgues, qui est directeur général
adjoint de l'accès des services de proximité et des effectifs médicaux.
La santé mentale est
sans contredit un dossier prioritaire pour le ministère de la Santé et Services
sociaux. Aussi, à
titre de sous-ministre, je
suis heureux de pouvoir présenter de façon
sommaire ce qui a été fait au cours
des dernières années pour améliorer
l'offre de soins et de services et d'ensuite pouvoir échanger davantage avec
vous sur ces questions.
D'entrée de jeu, le
ministère a accueilli favorablement le rapport du Vérificateur général du
Québec portant sur la santé mentale. Ses
recommandations constituent une opportunité d'améliorer l'efficacité du
continuum de soins et de services pour les personnes ayant des troubles
mentaux graves, un objectif cohérent avec nos priorités d'action.
Pour bien orienter
nos discussions, je souhaite d'emblée rappeler le rôle et les responsabilités
du ministère de la Santé et des Services
sociaux d'élaborer et de proposer des orientations et des politiques relatives
à la santé mentale et services
sociaux, assurer la mise en oeuvre et veiller à leur application à un niveau
stratégique et coordonner leur exécution à l'échelle de la province.
Le ministère confie
aux établissements du réseau de la santé et des services sociaux la mise en
oeuvre et l'opérationnalisation des
orientations et des programmes-services dans le réseau. Ainsi, la mise en
oeuvre et l'opérationnalisation
relèvent des conseils d'administration et des PDG des établissements. Ceux-ci
s'assurent d'organiser les services dans le respect des lois et
orientations nationales et de répartir équitablement les ressources humaines,
matérielles et financières mises à leur disposition. Les établissements doivent
également s'assurer que les services sont de qualité et accessibles, évaluer
les besoins des patients et fournir les services requis.
Il est important de contextualiser l'audit qui a
été réalisé par le Vérificateur général, notamment en raison des années de
référence, qui couvrent la période 2017 à 2022. Bien évidemment, comme on
s'en rappelle tous, le Québec a vécu une crise sanitaire sans précédent de mars 2020 à
l'été 2022. Durant cette période exceptionnelle, les ressources et les
efforts du ministère ont été principalement consacrés à la prise en charge de
la pandémie. Des ressources de différentes directions ont d'ailleurs été
réaffectées temporairement et des ressources qui avaient été prêtées par le
réseau au ministère sont également retournées prêter main-forte dans les
établissements. Ces éléments permettent d'expliquer le contexte particulier
avec lequel le ministère a dû composer au travers de l'évaluation réalisée.
J'insiste sur le fait