Health and Social Services — 26 April 2018 (41st Legislature, 1st Session)
CSSS 2018-04-26
Quebec — Committees
(Onze
heures treize minutes)
Président (M. Merlini) :
Alors, à l'ordre, s'il vous plaît! Je vous demanderais d'être à l'ordre. Ayant
constaté le quorum, je déclare la séance de
travail de la Commission de la santé
et des services sociaux ouverte. Je
demande à toutes les personnes
présentes dans la salle Louis-Joseph-Papineau de bien vouloir éteindre toute sonnerie de tout
appareil électronique que vous possédez, pour la bonne conduite de nos
travaux.
La commission est
réunie ce matin afin de procéder à l'étude des crédits budgétaires du volet Santé
et Accessibilité aux soins du portefeuille
Santé et Services sociaux pour l'exercice financier 2018-2019. Une
enveloppe de 12 heures a été allouée pour l'étude de ces crédits.
Mme la secrétaire,
bonjour. Y a-t-il des remplacements ce matin?
La Secrétaire :
Oui, M. le Président. Mme Nichols (Vaudreuil) sera remplacée par
M. Morin (Côte-du-Sud) et Mme Vallières (Richmond), par
M. Rousselle (Vimont).
Président (M. Merlini) : Merci beaucoup, Mme la secrétaire. Puisque
nous avons débuté à 11 h 13 et qu'une période de deux heures doit être consacrée à l'étude de ces crédits ce
matin, y a-t-il consentement pour poursuivre nos travaux au-delà de
l'heure prévue, soit jusqu'à 13 h 13?
Lamarre : Est-ce que ce serait plutôt possible de reporter ces
13 minutes là à la semaine prochaine, M. le Président?
Président (M. Merlini) : Je demande simplement s'il y a consentement
ce matin. Est-ce qu'il y a consentement? Il n'y a pas de consentement.
Alors, nous allons terminer à 13 heures.
Nous
allons débuter, donc, par des remarques préliminaires puis nous allons procéder
à une discussion d'ordre général par
blocs d'environ 20 minutes, incluant les questions et les réponses. Et je
vais évidemment, bien sûr, tenter de bien
équilibrer le temps alloué aux questions et aux réponses. La mise aux voix de
ces crédits sera donc effectuée à la fin du temps qui leur est alloué.
Nous débutons donc
avec les remarques préliminaires. M. le ministre et député de La Pinière,
vous disposez de 17 minutes.
Barrette : Merci, M. le Président. Alors, vous me permettrez de commencer d'abord,
M. le Président, par vous saluer pour le début de
12 heures d'étude de crédits, ainsi que de saluer évidemment les collègues
des oppositions et évidemment de l'aile parlementaire. Merci d'être là. Je
pense que ça va être quelque chose de très intéressant.
Vous
me permettrez également de saluer les gens qui m'accompagnent aujourd'hui : d'abord, mon sous-ministre
en titre, M. Michel Fontaine, à ma droite;
ma chef de cabinet, Mme Julie White, à ma gauche; Mme Dominique Breton,
la directrice de cabinet de M. Fontaine;
ainsi que, derrière moi, ceux qui nous suivent voient qu'on a une équipe
nombreuse au ministère de la Santé et des
Services sociaux, mais aussi dans les
différents organismes qui dépendent du ministère, donc vous me permettrez de saluer la
présence des professionnels et des officiers qui m'accompagnent aujourd'hui et
qui m'accompagneront pendant les 12 heures qui vont suivre.
Alors,
M. le Président, je ne peux faire autrement que de signaler l'importance de l'étude des crédits de cette année. Bon, ça ne sera pas une surprise si je dis, évidemment, que nous sommes dans une période préélectorale. Mais évidemment nous sommes dans une période de bilan, compte tenu du fait que nous sommes en fin de cette législature, et le bilan
que l'on doit observer qui est quand même
le résultat d'un long cheminement. Je pense qu'il faut y
revenir, à ce cheminement-là, pour
montrer l'importance des réalisations qui ont été faites et surtout
souligner les efforts de tous et toutes, peu importe leur position dans l'organisation du système de santé et des services sociaux, les efforts qui ont été faits pour nous
amener où nous sommes aujourd'hui, et l'importance, et je
le souligne aujourd'hui, l'importance de s'assurer que nous
puissions continuer dans la bonne direction.
Pourquoi la bonne direction, M. le Président?
Bien, il faut quand même revenir quelques années en arrière, et je pense qu'il faut revenir au
7 avril 2014. Le 7 avril 2014, il y a eu une élection qui
s'est faite dans un contexte particulier, un contexte, pour ce qui a trait à la santé et les
services sociaux, qui était, à mon avis, non seulement sérieux, mais
grave. Nous sommes arrivés en poste avec un déficit qui avait été non révélé.
Il n'avait pas été révélé, pour toutes sortes de raisons, par l'équipe sortante. Notre gouvernement a choisi, à la
prochaine élection, de faire en sorte que les états financiers de l'État québécois soient vérifiés, de façon à ce
que le public... Un peu comme en médecine, M. le Président. En médecine,
on a un principe qui est celui du consentement éclairé. Ça, ça veut dire qu'un
médecin doit expliquer à son patient les avantages,
mais aussi les désavantages, les risques de complication, les chances de succès
et d'insuccès de tel ou tel geste thérapeutique ou encore telle ou telle
procédure diagnostique. Ça, ça m'apparaît fondamental en démocratie.
Nous sommes
arrivés en place avec un constat d'un déficit potentiel de 7 milliards de
dollars. 7 milliards de dollars, M.
le Président, dans un secteur comme celui de la santé et des services sociaux,
bien, ça a un impact très simple, là, ça a un impact qui est tel que, si le déficit n'est pas corrigé, il y aura un
impact négatif sur la dispensation des soins et des services sociaux. C'est majeur. Il fallait donc, comme
gouvernement responsable, assainir les finances publiques pour nous
amener sur une voie que nous souhaitons
stable, pérenne, une voie qui nous permette en même temps de maintenir les
services de santé et les services sociaux mais aussi de les améliorer.
aujourd'hui, bien, c'est ce dont on traite à l'étude des crédits. On traite de
la pérennité, pour l'année 2018-2019, des efforts, des résultats que nous avons obtenus suite à ce
cheminement-là, et de discuter, de débattre, évidemment, des avancées
substantielles ou significatives que nous pourrions faire dans les prochaines
années. C'est très important.
Alors, on est
partis d'un déficit, M. le Président, et il n'y a pas une année où nous avons
coupé dans les budgets. Je le répète
pour le bénéfice de ceux et celles qui nous suivent, le budget de l'État, ce
n'est pas quelque chose de différent du budget familial chez soi. C'est la même chose pour tout le monde. Au
début de l'année, on a une quantité d'argent et, à la fin, on est en dettes, ou on a un surplus, ou on
est kifkif. Bien, dans l'État québécois, c'est la même chose, et, quand
il y a des vraies, vraies mesures
d'austérité, au sens nominal du mot, bien, ça veut dire que, d'une année à
l'autre, on a diminué les budgets en santé et services sociaux. Et de
mémoire, M. le Président, ça s'est passé une seule fois, au milieu des années 90, lors du retour à l'équilibre
budgétaire du Parti québécois, qui a coupé des budgets année sur année. Il y
avait 1 million de dollars dans un
service une année, il y en avait 900 000 $ l'année d'après. Nous
n'avons jamais fait ça. Nous avons eu une croissance à chaque fois, à
chaque année.
Et cette
année est certainement la croissance la plus substantielle de tout le mandat.
Pourquoi? Parce que nous avons une
équipe, nous, au Parti libéral, qui a compris et choisi de faire en sorte que
nos finances publiques soient gérées d'une façon rigoureuse pour faire en sorte qu'on sorte d'une situation
déficitaire et qu'on crée une situation qui soit favorable, pas favorable à nous, favorable aux électeurs, au
public. Les gens, peu importe leur âge, qu'ils aient le droit de vote ou
non, qu'ils l'exercent ou non, nous avons
une responsabilité de faire en sorte que... nous devions faire les choses d'une
telle manière que les gens aient accès à des services de qualité.
Et là je fais
une parenthèse, M. le Président. Au Québec, il n'y
a pas de problème de qualité. Nous avons la chance d'avoir des équipes de professionnels, de
personnels, de toutes catégories, qui donnent des services selon les plus
hauts standards dans le monde. Nous avons,
au Québec, cette chance-là. Nous avons une société dont le climat social est tel que nous pouvons aller là et continuer d'aller dans cette direction-là, mais
ça passe et ça commence par des finances
publiques gérées de façon rigoureuse.
Alors, passons en revue, M. le Président, les
efforts et les résultats que nous avons obtenus pour les mettre en perspective. Commençons par l'accessibilité. C'est
la chose qui est la plus débattue dans la société. Ce n'est pas nécessairement
l'enjeu qui est le seul ou le plus important
pour chacun des individus, mais c'est certainement celui qui est le plus
souvent mentionné. D'ailleurs, M. le
Président, il n'y a même pas 30 minutes, à la période de questions, les
deux partis d'opposition ont posé des questions sur ce domaine-là.
Mais qu'en
est-il? Bien, en termes d'accessibilité, M. le Président, nous avons posé des
gestes. Pour la première fois de l'histoire du Québec, un gouvernement a
dit aux médecins de famille et spécialistes qu'à partir de maintenant le gouvernement allait agir pour s'assurer que
l'accès soit au rendez-vous et que la coordination entre les groupes de
médecins, l'arrimage entre les médecins de
famille et les spécialistes devait donner des résultats en fonction de l'angle
du patient, pas en fonction du gouvernement, en fonction du patient.
Prendre des décisions centrées sur le patient,
ça veut dire qu'on regarde l'expérience du patient et on tente de l'améliorer et de la simplifier. Et c'est la
raison pour laquelle, M. le Président, nous avons déposé la loi n° 20 et
la loi n° 10 en même temps,
parce que la loi n° 10 est un canevas à l'image du peintre sur lequel nous
peignons un tableau, la loi n° 20 est évidemment le coup de
pinceau, et c'est ça qu'on a fait.
La loi
n° 10 était nécessaire pour simplifier l'organisation. La loi n° 20
était essentielle pour que les professionnels visés, c'est-à-dire les médecins, toutes catégories, choisissent de
moduler leurs comportements en fonction des besoins des citoyens. C'est la raison pour laquelle, M. le
Président, aujourd'hui, nous avons réussi à faire en sorte que
1,1 million de personnes aient
aujourd'hui accès un médecin de famille. C'est la réalité, là, elle est incontestable.
On peut bien regarder si le verre est
à moitié plein ou à moitié vide. Il n'est pas à moitié plein ou à moitié vide,
il est presque plein et il va se remplir d'ici certainement la fin de ce
mandat. Et la coordination, et l'arrimage, avec les médecins spécialistes est
Toujours
est-il qu'en termes d'accès à la première ligne, M. le Président, nous avons
atteint un nombre record de groupes
de médecine de famille au Québec. Nous sommes allés au-delà de nos engagements
électoraux. Nous avons créé, en date
d'aujourd'hui, 35 supercliniques opérationnelles, et, je le répète, M. le
Président, ce sont des cliniques qui sont ouvertes 12 heures par
jour, sept jours sur sept, une première au Québec, et ça, c'est un succès.
Nous avons développé
et actuellement avons en rodage un système qui s'appelle Rendez-vous santé
Québec. Rappelons-nous, M. le Président, la
population qui demande ça, qui se plaint qu'il existe sur le marché des outils
du même type mais qui sont payants, payants par le citoyen, qui ne
devrait pas avoir à payer pour un tel outil, c'est-à-dire la possibilité, sur son téléphone, sa tablette, sur
son ordinateur personnel à la maison, de prendre un rendez-vous chez le médecin de façon électronique. Nous avons mis ça
en place, M. le Président, et ça sera complètement déployé dans les
prochains mois.
M. le Président, nous
avions choisi non simplement d'améliorer l'accessibilité, mais nous avons parlé
d'un arrimage, hein, entre les médecins et
les spécialistes, d'un meilleur fonctionnement dans les hôpitaux. Et dans les
hôpitaux, M. le Président, il y a une
problématique qui est très connue, elle est historique, et c'est l'occupation
des lits de courte durée par des
patients qui devraient être ailleurs. Ailleurs, c'est quoi, ça? Bien, c'est une
personne âgée qui est à l'hôpital, qui est venue pour un problème de santé aigu et qui, au bout de la ligne,
devrait être ailleurs. On a investi 100 millions de dollars pour libérer ces lits-là. Nous avons réduit de
près de la moitié l'occupation de ces lits par des gens qui devraient être
ailleurs.
Nous
avons, en termes d'accès et de qualité des services, mis en place deux forums,
deux forums qui se sont traduits en
sommes substantielles d'investissement. Je les énumère, M. le Président. Nous
avons investi 65 millions de dollars pour embaucher 1 300 personnels pour améliorer non seulement les
conditions de vie des citoyens en CHSLD, mais aussi les conditions de
travail du personnel. Nous avons investi 36 millions de dollars pour les
soins d'hygiène en CHSLD.
Nous
avons investi des sommes records en maintien à domicile. Nous avions promis
d'investir 150 millions de dollars par année en maintien à
domicile. Nous avons excédé ce montant-là. Nous allons nous rendre, avec le
budget d'aujourd'hui, à plus de 850 millions de dollars, M. le Président.
Nous avons mis en place des équipes de maintien à domicile. Le dernier 100 millions de dollars que nous avons annoncé
dans le budget permettra de déployer, partout sur le territoire du
Québec, des équipes interdisciplinaires pour améliorer le maintien à domicile.
Qui va faire quoi? Qui va permettre à une
grande
partie de la population aînée de rester à la maison, ce que nos aînés
veulent faire, et on met les moyens en place pour pouvoir le réussir.
Nous
avons fait des investissements spécifiques en santé mentale, M. le Président.
Rappelons, et il faut le rappeler, que nous avons été la première
province à mettre en place un programme d'accès à la psychothérapie, hein, le premier programme d'accès à la psychothérapie. Ça
ne s'est pas fait ailleurs au Canada. Aujourd'hui, au Canada, on nous regarde, et même que j'ai vu l'Ontario reprendre
notre programme et de l'annoncer même à plus grande échelle dans leur
campagne électorale de juin 2017. Les psychologues en centres jeunesse, M.
le Président, c'est un volet différent, évidemment,
de l'accès aux soins de psychothérapie. On a injecté là-dedans, M. le
Président, 15 millions de dollars pour pourvoir notre réseau de
100 postes supplémentaires.
Nous
avons investi pour réduire les listes d'attente en chirurgie des sommes
substantielles. Nous avons réduit de façon
drastique le nombre de patients en attente de plus d'un an et de plus de six
mois. Il y a des CISSS et CIUSSS, au moment
où se parle, où tous les patients sont opérés en dedans de six mois, une
avancée qui était impensable il n'y a même pas deux mandats, M. le Président. Alors, nous avons vraiment eu un
succès de ce côté-là. Dans les examens diagnostiques, les investigations, nous avons investi dans la
productivité de nos scans, de nos résonances magnétiques, nous avons
fait des avancées substantielles de ce
côté-là pour faire en sorte qu'aujourd'hui plus de 85 000 personnes
ont eu des examens de plus que
l'année d'avant et que, dans 80 % des cas, l'attente est de moins de trois
mois, ce qui, là aussi, est une amélioration substantielle.
Alors,
M. le Président, on parle ici de services, mais que dire des infrastructures?
Je le dis régulièrement, l'infrastructure,
hein, la vétusté existe au Québec, et nous avons investi des sommes
substantielles là aussi, qu'on parle de nos annonces... pas nos annonces, mais nos réalisations pour les
hôpitaux universitaires, mais certainement des annonces que nous avons faites récemment. Et, en termes
d'infrastructures, il y a aussi un besoin, et c'est la raison pour
laquelle nous avons annoncé un hôpital
nouveau dans le secteur de Vaudreuil-Soulanges. Pourquoi? Parce qu'il y a là un
manque de lits, un manque d'infrastructures auquel nous avons répondu.
le Président, le temps ne me permet pas de... Il y en a tellement, de mesures
qui ont été un succès, que le temps ne
me permet pas de les passer toutes, ces réalisations-là ou annonces-là, en
révision. Mais certainement que, dans l'étude des crédits dans laquelle
nous nous engageons à l'instant, nous aurons le plaisir et le loisir, et dans
mon cas le plaisir, d'y revenir de façon individuelle, et ça me fera plaisir de
répondre aux questions. Merci, M. le Président.
Président (M. Merlini) : Merci à vous, M. le ministre, pour vos
remarques préliminaires. J'invite maintenant la porte-parole de l'opposition officielle, Mme la députée de Taillon, à
faire ses remarques préliminaires pour un maximum de 10 minutes.
Mme Lamarre :
Merci beaucoup, M. le Président. Alors, je vais prendre seulement quelques-unes
de mes 10 minutes, pour les garder pour
des questions plus précises. Mais je veux quand même saluer tous les
collaborateurs, tous les gens qui nous
apportent ces informations qui contribuent à ce qu'on ait un portrait le plus
clair possible, le plus transparent
possible de ce qui se passe dans le système de santé, qui accapare quand même
la moitié du budget du Québec. Et je pense qu'on a tous des efforts à
faire.
Mais
je suis quand même étonnée, pour plusieurs questions que j'ai regardées cette
année, de voir que j'ai plusieurs questions
non répondues. Alors, je voudrais simplement... J'attirerai l'attention
peut-être sur quelques-unes. Peut-être qu'au
cours des journées, comme nous avons trois jours pour faire nos analyses du
côté de la santé, il y aura du temps pour récupérer l'information sur
certaines de ces questions.
Alors,
je vous remercie. Je salue tous mes collègues et je nous souhaite une belle
période de réflexion, d'analyse et de solutions, j'espère, pour
améliorer ce système de santé qui en a encore bien besoin. Merci, M. le
Président.
Le Président
(M. Merlini) : Merci à vous, Mme la députée de Taillon.
Maintenant, je cède la parole au porte-parole du deuxième groupe
d'opposition et député de Lévis pour ses remarques préliminaires pour un
maximum de sept minutes. À vous la parole.
M. Paradis (Lévis) : Merci, M. le Président. Ce sera bref, sinon que
de prendre quelques secondes pour saluer, évidemment, tous ceux et celles qui entourent le ministre de la Santé et
qui nous donnent l'occasion d'entamer cette période d'étude des crédits et d'aller chercher des
réponses à des questions qui sont fondamentales, donc, de proposer de
bons échanges. Alors, je vous salue tous, je
salue le ministre, les collègues membres du gouvernement, collègues de
l'opposition officielle. Et sinon que, ces
salutations faites, je reporterai le temps sur des échanges en fonction des
questions à être posées. Merci, M. le Président.
Le Président
(M. Merlini) : Merci à vous, M. le député de Lévis.
Alors,
la période des remarques préliminaires étant terminée, je suis maintenant prêt
à démarrer l'étude des crédits avec
une première intervention de Mme la députée de l'opposition officielle pour un
premier bloc d'échange. Vous avez 21 minutes. À vous la parole.
Mme Lamarre :
Merci beaucoup, M. le Président. Alors, j'irai immédiatement sur des questions
de fond. On le sait, notre système de santé
traduit de plusieurs manières un épuisement, épuisement de tous les
professionnels, mais, je vous dirais, même
de tout le personnel d'encadrement, également, de notre réseau. C'est un
sentiment qui est partagé. Les gens
viennent nous voir dans nos bureaux de circonscription. Alors, ça se traduit
aussi concrètement, dans l'étude des crédits,
par le montant d'assurance salaire qui a été attribué au cours de la dernière
année. Et, quand on compare l'année précédente
et cette année, il y a une augmentation de 60 millions de dollars en
assurance salaire que les Québécois ont dû assumer à cause des modifications, et du climat de travail, et du manque
de respect dans les conditions de travail qui sont présentées aux
employés.
Alors,
est-ce que le ministre peut nous donner une explication sur cette augmentation
de 60 millions? Je tiens à préciser
que, le 60 millions, on a dû l'additionner à la mitaine parce qu'il
n'était pas disponible, alors que, l'année dernière, on avait un total
des heures, des frais d'assurance salaire. Ça fait
partie de mes remarques
préliminaires aussi.
M. Barrette :
Quelle est la question précisément?
Mme Lamarre :
Alors, comment le ministre explique-t-il l'augmentation de 60 millions de
dollars en assurance salaire cette année seulement?
M. Barrette :
Bien, M. le Président, la question de l'assurance salaire n'est pas un sujet
qui est dépendant de décisions que l'on
prend. Alors, lorsque notre collègue me demande d'expliquer une augmentation de
la consommation de l'assurance
salaire, il y a évidemment une tonne de facteurs, il y en a beaucoup, de facteurs. Je vois où la collègue veut venir... veut aller, pardon, je comprends bien la démarche. Je vais lui
laisser la possibilité de s'exprimer dans son appréciation.
Bien,
M. le Président, c'est bien évident que, l'assurance salaire, on parle ici d'absences motivées par
un problème de santé. Alors, c'est
comme ça que les gens, en général, ont accès à cette assurance salaire là.
Évidemment, il y a toute la question
des congés de maternité, et ainsi de suite, mais je ne pense pas qu'on puisse
dire que la maternité est un problème de
santé, évidemment, ça va de soi, c'est un épisode heureux dans la vie d'un
couple ou d'une femme, dans la quasi-totalité des cas. Mais, évidemment, lorsque les gens ont accès à l'assurance
salaire, c'est parce qu'il y a des problèmes de santé.
Maintenant,
la multitude de circonstances qui peuvent amener à des problèmes de santé, elle
est vaste, je pense que tout le monde peut en apprécier la teneur et
l'étendue. Maintenant, je vais attendre peut-être d'autres questions de la
collègue, puisque je soupçonne qu'elle veut pointer quelque chose de
responsable, là.
Le Président (M.
Merlini) : Merci, M. le ministre. Mme la députée.
Lamarre : Merci, M. le Président. Je suis très déçue, parce que je
pense que, quand on a un trou de 60 millions
dans notre budget, on devrait avoir été chercher quelques explications. Mais je
donne quelques exemples : le CISSS
de l'Outaouais, 24,3 % d'augmentation d'assurance salaire;
Montérégie-Ouest, 20,6 %; Laurentides, 19,3 %. Donc, on
a plusieurs CISSS et CIUSSS qui ont des augmentations de 20 % à 25 % de l'assurance salaire qu'ils doivent
verser. Et je tiens à préciser, on a vérifié
également le nombre de départs à la retraite, et il est
identique. Donc, ce n'est pas dans une
perspective de préretraite ou ce n'est pas dans une perspective reliée aux gens
plus âgés, il y a... Nombre de départs à la retraite, idem,
même chose. Mais là on est dans les assurances salaire.
ministre avait prédit certaines économies
à la mise à la retraite et à différentes mesures qu'il a prises, et il
avait prévu des économies. Mais là il y a un gros trou, il y a un 60 millions
à compenser. Alors, je voudrais voir comment il l'explique.
Le Président (M. Merlini) : M. le
ministre.
Barrette : Bien, M. le Président, là, on est à l'étude des
crédits. La question
qui m'est posée, elle est assez simple,
notre collègue me demande d'expliquer pourquoi les gens prennent
leur retraite. Nous ne faisons pas de sondage ni d'enquête pour documenter les décisions qui sont prises et
les bases sur lesquelles les employés du réseau, peu importe la catégorie,
prennent la décision de prendre la retraite. Alors, à la question : Est-ce que le ministre peut expliquer pourquoi les gens prennent
une retraite?, je n'ai pas de réponse à offrir, puisque nous n'avons pas fait ni
de sondage ni d'enquête.
Maintenant,
pour ce qui est de l'assurance salaire, on constate, nous aussi, qu'il y a
une augmentation de l'incidence de l'utilisation de
l'assurance salaire. On ne la critique pas, on la constate. C'est
multifactoriel.
Le Président (M. Merlini) : Merci, M.
le ministre. Mme la députée.
Lamarre : Alors, je
constate, M. le Président, que le ministre refuse de nous donner les multifactoriels
dont il parle, qui pourraient nous éclairer
sur ce montant quand même important de 60 millions de dollars associés à l'assurance salaire.
Je peux lui
donner une piste. Je regarde les heures supplémentaires travaillées par le
personnel infirmier, alors il y a eu, en temps supplémentaire par le personnel
infirmier... on est passé de 4 000 600 heures à
5 000 056 heures, donc une augmentation de 9,9 % de
temps supplémentaire que les infirmières ont dû travailler au cours de la
dernière année. Est-ce qu'il a des explications à apporter sur cette donnée des
crédits?
Le Président (M. Merlini) : M. le
ministre.
M. Barrette : Bien, M. le Président,
j'apprécierais que notre collègue précise sa question. Moi, je veux bien répondre. Si la collègue... Là, je vais
prendre la question au sens littéral de la question. Est-ce
que j'ai fait des vérifications sur
le temps supplémentaire? Oui et non. Les données qu'elle cite, ce sont des
données constatées. Alors, parfois, il arrive qu'on vérifie, évidemment, s'il y
a des aléas de collecte de données,
pour s'assurer que la donnée soit précise et reflète la réalité. Il peut y avoir parfois des discordances,
il peut apparaître une donnée qui peut sembler aberrante, pour laquelle
on demande une vérification. Alors, dans le
sens de la vérification, on en fait lorsqu'il y a apparence d'aberration
d'une donnée selon une tendance, mais
vérification dans le sens littéral du terme, oui, mais dans des circonstances
qui sont celles que je viens d'évoquer.
Le Président (M. Merlini) : Merci, M.
le ministre. Mme la députée.
Lamarre : Alors, le ministre
n'observe pas le temps supplémentaire travaillé, en tout cas il ne se
questionne pas sur les causes, ce qui me
semble être, au niveau gestionnaire, quelque
chose de très mauvais. Parce que, normalement, quand on a beaucoup
de besoin de beaucoup...
M. Barrette : Question de règlement,
M. le Président.
Le Président (M. Merlini) : Question
de règlement, M. le ministre?
Barrette : On est ici dans
la catégorie de... On me prête des intentions. J'apprécierais... Moi, j'offre
mon entière collaboration, comme je le fais à chaque fois aux études de
crédits, et là on vient de passer même pas 12 minutes, là, il y a
eu au moins trois fois où on m'a prêté des intentions. On a affirmé que je
refusais de répondre aux questions, M. le Président. Vous avez constaté
que je réponds précisément à la question formulée. Et, quand je réponds, je
réponds. Maintenant, en plus, on me prête des intentions. Je souhaite
et je dis à mes collègues, là, qu'à un moment donné, l'étude des
crédits... Ce n'est pas ça, là, le lieu, il me semble.
Le Président (M. Merlini) : C'est
noté, M. le ministre. Mme la députée, à la question, s'il vous plaît.
Mme Lamarre : Moi, je pense que les
gens pourront apprécier la qualité, la nature des réponses du ministre. Il y a
un constat. Alors, on demande à des infirmières de travailler 1 million
d'heures... 500 000 heures de plus de travail, on a de la détresse, de l'épuisement professionnel
qui a été traduit de façon multiple, de façon importante. On a également
un exode du personnel. On a donc des coûts en assurance salaire très
importants.
Alors, ce que
je me demande, c'est : Qu'est-ce
que le ministre fait pour rétablir le
nombre d'employés dont on aurait
besoin, quand on a autant de personnes qui doivent bénéficier d'une assurance
salaire, quand on a des montants aussi importants?
Comment fait-il pour recruter les gens? On a entendu parler qu'il y avait
une volonté de recruter des gens. Alors,
est-ce que ça fonctionne, le recrutement? Dans les postes
qui ont été prévus pour les préposés aux bénéficiaires, pour les
infirmières, est-ce que ça fonctionne bien, le recrutement?
Le Président (M. Merlini) : M. le
ministre.
Barrette : Je vais commencer
par le début, M. le Président. Je serais bien intéressé que notre collègue
nous indique sur quelles données elle se
base pour parler d'exode du personnel dans le réseau. Je n'ai pas de données,
moi, qui indiquent qu'il y ait
un exode. Par contre, évidemment, c'est de connaissance aujourd'hui, et, je dirais, très commune, qu'il y a effectivement des problèmes dans la gestion de la dotation des postes, et de la prise
de possession des postes, et du comblement des postes qui sont à être comblés
au quotidien. C'est un constat, ça. Alors, il n'y a pas de révélation
là. Alors, il y a une difficulté de lier l'un à un exode dont je ne connais pas
la documentation. C'est difficile pour moi de répondre
sur un sujet non documenté. Alors, je demanderais à la collègue, dans ses
prochaines questions, peut-être
de me présenter la substance qui sous-tend la question ou le commentaire
qu'elle fait.
Le Président (M.
Merlini) : Merci, M. le ministre. Mme la députée.
Lamarre : M. le Président, il y a plusieurs avis d'affichage, un peu
partout dans les CISSS et les CIUSSS du Québec, et ces avis d'affichage
là ne trouvent pas preneur. Alors, on en a plusieurs qui nous sont rapportés.
Et là on commence à comprendre un peu plus l'impact de la centralisation que le
ministre impose à tout le monde.
Mais, par exemple, je
vais vous présenter un exemple d'un poste sur une équipe volante dans la région
de Richelieu-Yamaska. Alors, c'est un poste qui inclut n'importe lequel étage
de l'hôpital ou d'un centre de soin sur le territoire de Richelieu-Yamaska.
Alors, ça inclut n'importe lequel centre hospitalier, CHSLD, allant d'Acton
Vale à Saint-Bruno-de-Montarville. J'ai fait
le calcul, M. le Président, ça donne 77 kilomètres, une heure de distance.
Donc, on ouvre un poste puis on dit : Écoutez, appliquez sur ce
poste-là. C'est un poste où on vous dit que vous allez pouvoir travailler
n'importe où dans l'hôpital, sur n'importe quel département, et qu'on peut en
plus vous faire déplacer dans différents
sites sur une distance de 77 kilomètres. Est-ce que le ministre ne voit
pas là un certain lien entre une difficulté à combler un poste et les difficultés qu'il a à... en fait, le temps supplémentaire
qu'il est obligé de payer pour les infirmières parce qu'elles ne sont pas intéressées à prendre ce genre de poste là,
et donc ce sont celles qui sont sur place qui doivent assumer le temps
supplémentaire?
Écoutez,
si le ministre n'a pas entendu la façon dont ça se passe dans les hôpitaux
actuellement, où, à la dernière minute, on demande à des infirmières, on
leur impose... Les gens me disent : Je suis obligé de venir travailler
avec deux lunchs parce que je ne sais jamais
si je vais devoir rester en temps supplémentaire obligatoire. Bien, c'est parce
que, si on veut avoir plus de personnes qui
comblent les postes et éviter d'avoir du temps supplémentaire à payer, il faut
avoir des postes qui sont intéressants, des postes qui sont respectueux, qui
assurent une certaine qualité de vie.
Alors,
je pense que ce que le ministre offre dans sa centralisation à outrance, ce
sont des postes qui ne trouvent pas preneurs,
ne trouvent pas preneurs et contribuent à augmenter le temps supplémentaire, et
contribuent aussi à augmenter la détresse
des gens. Et ces gens-là doivent avoir recours à l'assurance salaire. Alors,
tout ça se tient, M. le ministre, M. le Président. En fait, comme quelqu'un qui est responsable de plus de
300 000 employés dans le réseau, je pense que c'est très important de prendre soin de ses équipes, de ses
employés. C'est très important d'être conscient qu'il y a du désespoir,
quand on a autant d'assurance salaire, qu'il y a de la détresse et que ça, ça
rend des gens et notre système beaucoup moins performants.
Le Président (M.
Merlini) : Merci, Mme la députée. M. le ministre.
M. Barrette :
Écoutez, M. le Président, je ne sais pas si vous avez entendu une question.
J'ai entendu un commentaire qui est à la
limite d'un éditorial. Je vais donc me borner à répondre à l'éditorial, qui a
commencé par : la centralisation
emmène de l'exode, et ainsi du chômage, et ainsi de suite, là. Bien là, M. le
Président, là, non, je ne vois pas quel lien on peut faire de cet
ordre-là. Je ne le vois pas, absolument pas.
Par la suite, la
collègue, M. le Président, s'est rapidement dirigée vers des sujets qui sont de
l'ordre de la négociation syndicale locale.
Alors, l'appréciation qu'elle en fait est évidemment basée sur des commentaires
qu'on lui relaie, qui sont de toute
évidence des commentaires exprimés par des organisations sans doute syndicales,
certainement pas patronales, et des exemples
qui sont pris qui ne sont pas requis. Il n'y a personne, dans le réseau, M. le
Président, qu'on promène comme ça à
tous les jours en équipes volantes à 70 kilomètres, là. Si la collègue a
des exemples flagrants, patents de
ça, bien, qu'elle me les indique. Alors, ça, c'est quelque chose qu'on ne fait
pas. Ça n'existe pas. Maintenant, des équipes volantes, ça existe.
Alors,
tout l'objet du commentaire éditorial qui a été fait traite de la négociation
locale, qui n'est évidemment pas l'objet
de l'étude de crédits. Alors, la négociation locale, M. le Président, peut-être
que les collègues ici et certainement ceux
qui nous écoutent n'en sont pas informés, elle est légalement locale. Comme
ministre, et ça montre à quel point le commentaire
n'est pas vraiment à propos pour l'étude des crédits, je n'ai pas le pouvoir de
m'immiscer dans la décision d'aucune
des deux parties dans une négociation locale. Je peux exprimer des
recommandations, énoncer un certain nombre de directives, par exemple,
mais je n'ai pas le pouvoir de faire cette négociation-là.
Alors
là, ici, on est dans un échange que j'apprécie par ailleurs. Ce sont des sujets
qui sont très intéressants et qui sont même l'objet de discussions que
j'ai fréquemment avec les organisations syndicales. Mais l'étude des crédits ne
permet pas, à mon avis... On ne parle pas de
crédits là, ici, M. le Président. Crédits, négociations syndicales locales,
il me semble que ce ne sont pas des univers congruents.
Le Président (M.
Merlini) : Merci, M. le ministre. Mme la députée.
Lamarre : M. le Président, ça serait tellement intéressant d'avoir des
réponses. Alors, dans le dossier des crédits,
la question 71 : Besoin d'infirmières et de préposés aux
bénéficiaires. On a besoin de 150 infirmières, on a besoin de 257 préposés aux bénéficiaires, M. le Président. Ça, c'est du concret, c'est dans nos crédits. Alors, qu'est-ce que le ministre fait? Il fait des
affichages, il permet des affichages de poste qui sont absolument
inintéressants, irréalistes pour les
gens, irréalistes pour les gens. Qui va prendre ça? Est-ce qu'un autre... n'importe qui accepterait ce
genre de contexte de travail là?
Alors, je l'invite à
regarder parce que je pense qu'il y a des conséquences à différentes
interventions. Il a une autorité complète
qu'il s'est accordée sur les P.D.G., les P.D.G. adjoints des hôpitaux. Donc, ce
n'est pas local. Il est capable de donner des signaux très clairs par
rapport à la nature des emplois globaux, aux diminutions de déplacements, aux diminutions du temps supplémentaire. Alors, il ne
réussit pas à combler des postes qui sont libérés, alors que le nombre
de retraites, je le répète, n'est pas augmenté. Ça aussi, on retrouve ça dans
les crédits.
Alors, je
suis très en lien avec les crédits, M. le Président, très, très en lien. Je
suis même prête à déposer l'avis d'affichage,
puisqu'il me demande des preuves, alors l'avis d'affichage avec le type
d'emploi qui est proposé aux gens. Et c'est peut-être pour ça qu'on a
encore 150 postes d'infirmière non comblés, 257 postes de préposé.
Moi, ce qui
me préoccupe, c'est les soins aux patients. Si ces postes-là sont annoncés,
c'est parce qu'il y a des gens
qui en ont besoin, qui les attendent. Et là le ministre, lui, ne s'inquiète pas
qu'il ait eu besoin d'imposer du temps supplémentaire,
beaucoup de temps supplémentaire obligatoire à des infirmières, qu'il a mis en
détresse, avec une assurance salaire
de 60 millions de dollars. Eh bien, on va avoir du plaisir parce que, si
ça, ça ne l'inquiète pas puis qu'il ne se sent pas interpelé par ça, M.
le Président, je pense que ça va être quelque chose, ces crédits.
Président (M. Merlini) : Merci beaucoup, Mme la députée. Le document
est donc déposé. Nous en ferons des copies et... distribuerons aux
membres de la commission. M. le ministre, vous pouvez y aller.
Barrette : Très bien. Alors, je vais quand même prendre... Là, on
change de groupe, là, ou non? Pas encore? Alors, juste pour montrer à la
population, là, il y a une question qui a été posée, alors la réponse, elle est
ici. Elle se complète, monsieur... elle se
poursuit, M. le Président, sur la page suivante, elle se poursuit sur la page
suivante, elle se poursuit sur la
page suivante, elle se termine sur la dernière page. Alors, dans la catégorie
questions, on répond, là, on répond aux questions.
Maintenant,
M. le Président, des postes en affichage, il y en a à l'année longue, hein? Il
y en a tout le temps, des postes en
affichage. Ce que la collègue vient de dire, elle vient de nous parler d'une
photo d'un moment où il y a des postes qui
sont affichés. Moi, je peux vous dire, M. le Président, qu'il y a des
centaines, dans une période, dans une année, parfois des milliers de postes affichés. On fait même des
projections, sur une période de deux, trois, quatre, cinq ans et plus,
des postes que nous aurons à combler parce
qu'il y a des mises à la retraite, et ainsi de... pas des mises, mais des
prises de retraite, des départs à la retraite par le personnel.
Et là notre collègue, M. le Président, elle fait
une adéquation entre le fait qu'il y ait un grand nombre de postes affichés pas
encore pris et le fait que les postes, selon elle, ne sont pas des bons postes.
Bien, si c'était le cas, M. le Président,
les postes qui sont affichés et qui sont non comblés seraient additionnés à
ceux qui ne sont toujours pas pris
l'année d'avant, et, d'une année à l'autre, il n'y aurait plus personne dans le
réseau. Or, il y a du monde dans le réseau tout le temps, hein? Il n'y a pas d'exode du réseau, il y a une vie dans
le réseau, selon laquelle il y a des gens qui arrivent, il y a des gens qui partent. Les postes de ceux qui
partent sont affichés, sont pris par ceux qui changent de position ou
qui arrivent dans le réseau. Et c'est comme ça que le système fonctionne et
c'est comme ça que les services sont donnés.
Et je me
permets de saluer encore une fois l'implication du personnel dans la qualité
des services qui sont rendus à la
population. Et, pour ce qui est de la qualité des postes, ils sont l'objet de
ce qu'on appelle, je l'ai dit précédemment, la négociation locale. Et je
n'ai pas entendu de...
Le Président (M. Merlini) : Merci
beaucoup, M. le ministre.
M. Barrette : Très bien, M. le
Président.
Président (M. Merlini) : Ça met un terme à ce bloc d'échange, ce
premier bloc d'échange avec l'opposition officielle. Nous allons maintenant avec le premier bloc du gouvernement
pour une période de 16 minutes. M. le député des
Îles-de-la-Madeleine, à vous la parole.
M. Chevarie : Merci, M. le
Président. Soyez salué. Je salue évidemment M. le ministre, sa chef de cabinet,
Mme Julie White, son équipe, M. Fontaine, le
sous-ministre, et tous les fonctionnaires du ministère, également le
personnel de l'Assemblée nationale, mes collègues de l'opposition, également du
côté ministériel.
Je vais aborder ou débuter cette période de
crédits du côté gouvernemental sur le thème des projets de ratios infirmières.
En fait, c'est un petit peu en continuité avec l'intervention de ma collègue du
Parti québécois.
Le projet
ratio infirmières, pour avoir évolué dans le réseau de la santé pendant de
nombreuses années, 33 ans, et majoritairement au niveau des
directions dans les centres de réadaptation, dans les CLSC, les hôpitaux, les
CHSLD, évidemment, je suis en mesure de
constater toute l'importance ou l'impact sur la qualité des services à la
clientèle des infirmières, de ce groupe de personnes extrêmement
importantes dans le quotidien des services offerts par le système de santé au
Québec.
Bien sûr, il y a un grand nombre de
professionnels qui évoluent dans le réseau de la santé, et ils sont tous
importants, et chacun a des responsabilités très concrètes, et extrêmement
utiles, et nécessaires dans l'ensemble de la prestation
des services du réseau de la santé offerts aux Québécois et aux Québécoises. Et
je pense que, nonobstant certaines difficultés
ou certains enjeux que nous avons au quotidien dans le réseau de la santé, nous
avons un excellent système de santé.
Et, en ce qui concerne les infirmières, c'est plus de... c'est aux alentours de
60 000 personnes, 60 000 infirmières qui évoluent dans le réseau
de la santé, dans les différentes missions, soit en centre hospitalier, en
CHSLD ou encore en centre de réadaptation, en CLSC.
Donc, ce sont des ressources humaines
indispensables et dont les milliers de gestes au quotidien, les milliers d'interventions cliniques et les interventions en
termes d'accompagnement de clientèles qui sont en difficulté ou qui ont besoin de soins ou de services, c'est extrêmement
important. Et je pense que notre gouvernement, et le ministre, a une approche de valorisation, et d'appréciation, et de
reconnaissance envers tout ce personnel-là et salue le travail qui est
fait.
Bien sûr,
comme partout dans le monde du travail, que ça soit au privé ou dans le réseau
public, il arrive un moment où il y a
des contextes de négociation de nouvelles conventions collectives. Parfois, le
climat est tendu. Parfois, ça va bien. Parfois,
il y a des grèves ou des arrêts de travail. Mais l'objectif commun, c'est
toujours d'en arriver à des ententes. Et, dans ce cas-ci, par rapport à la Fédération des infirmières du Québec,
je pense que c'était une des premières centrales qui a conclu une entente avec le gouvernement du
Québec en 2016. Et, entre autres, parmi les ententes qui ont été
conclues, il y avait l'augmentation des
cibles pour les postes à temps plein. Et je me souviens que la FIIQ avait
déclaré qu'on avait négocié pour nous
et que les gains qui ont été conclus avec la
partie patronale étaient une
grande fierté pour eux. Et la FIIQ, à
ce moment-là, identifiait une vingtaine de gains majeurs au niveau des ratios
et également en termes d'objectif de rehaussement des postes à temps
complet dans le réseau.
Puis vous
allez me permettre, M. le Président, de lire une citation qui dit ceci, qui
provient de la FIIQ : «Pour la première
fois, la notion de ratios professionnelles en soins-patient fera
partie du
mandat du comité paritaire provincial sur la tâche et l'organisation du travail. Il devra étudier la pertinence et la faisabilité de ratios professionnelles
[...] soins-patients par la mise en
place de projets pilotes. Ceux-ci permettront, de façon concrète, de démontrer que les ratios
professionnelles en soins-patients ont une incidence directe sur la charge de
travail et la sécurité des soins.»
Alors, M. le
Président, ma question au ministre est la suivante : J'aimerais ça que le
ministre nous explique les détails du projet ratios et des ententes qui
ont été mises en place.
Le Président (M. Merlini) : Merci,
M. le député des Îles. M. le ministre.
Barrette : Alors, merci, M. le Président. Ça tombe vraiment à point,
la question du collègue. Elle est en ligne directe avec le sujet qui a été abordé par notre collègue de Taillon, et
non seulement c'est en ligne directe, ça me permet, je pense, de
rassembler les deux sujets pour éclairer les gens qui nous écoutent et,
évidemment, les parlementaires que nous sommes.
Je vais
commencer par faire une remarque. Notre collègue, pour illustrer son propos, a
déposé un avis d'affichage à propos
d'un poste pour lequel elle a mentionné que la personne, si elle le prenait,
aurait à faire 77 kilomètres pour aller travailler, d'un endroit à
l'autre. M. le Président, j'ai ici, dans mes mains, la feuille en question,
l'avis d'affichage. Il n'y a aucune
référence à un déplacement significatif et certainement pas un déplacement de
77 kilomètres. Alors, déjà, en partant, là, ça m'étonne
un peu, tout le discours qui est tenu actuellement du côté de l'opposition
officielle.
Ceci dit, c'est un discours qui est important et
intéressant, et là je viens à la question de mon collègue des
Îles-de-la-Madeleine. C'est très important, cet enjeu-là, pour nous. C'est
important, et, si vous me permettez, je vais simplement
prendre le document sur nos projections d'emploi. M. le Président, quand on
regarde nos projections, juste pour
vous donner une idée qu'il n'y a pas d'exode et que de prendre le nombre de
postes affichés comme étant un indicateur de problème... bien, regardez, là, écoutez bien ça, M. le Président,
puis ce n'est pas nouveau, si on regardait les cinq dernières années, c'est un petit peu moins, mais c'est
approximativement la même chose, bien, croyez-le ou non, M. le Président,
là, on estime que nous aurons à afficher,
hein, on parle de recrutement, de remplacement de postes, durant les cinq
prochaines années,
23 963 postes d'infirmière, 950 postes d'infirmière praticienne
spécialisée, 4 068 auxiliaires aux services de santé, services sociaux, et ainsi de suite. Prenons juste
les infirmières, 23 000. Si un poste affiché était le signe que les gens
quittent le réseau, compte tenu du fait
qu'il y a 60 000 infirmières dans le réseau, ça veut dire que les
cinq prochaines années et les cinq
prochaines, il n'y a plus d'infirmière dans le réseau. Alors, on voit bien que
l'affirmation qui a été faite ne tient tout simplement pas la route et
est plus du caractère éditorial orienté que d'autres choses.
Maintenant,
ça ne veut pas dire que tout est parfait dans le réseau. Ce n'est pas ça que ça
veut dire. Ça veut dire qu'il y a un
enjeu. Il y a un enjeu que j'ai moi-même soulevé et accepté de traiter. Lorsque
le collègue fait référence dans ses
citations à des commentaires qui ont été faits par les organisations syndicales
et particulièrement la FIQ, le syndicat qui représente les infirmières, bien, c'est vrai. Et moi, je rappellerai
évidemment à tout le monde que, lorsque nous avons signé la dernière convention collective, en 2015,
elle avait été qualifiée d'historique. Ce n'est pas mon mot, M. le
Président, c'est le mot de Mme Régine
Laurent, qui, essentiellement, l'a répété récemment, avec un autre chroniqueur
politique, M. Dumont, dans une émission à laquelle les deux participaient,
M. le Président. Je pourrais même la citer, le 3 avril dernier : «L'autre raison pour laquelle je
suis contente... Et là je donne un coup de chapeau ce matin à
M. Barrette — c'est moi — ça n'arrive pas souvent, le chapeau, parce
que je suis celle qui est capable de parler des incohérences du réseau
de la santé, mais il faut, avec cette
entente-là, avec la présidente de la FIQ, Nancy Bédard... Moi, je leur lève mon chapeau à ces deux-là. On ne se rend pas compte tout de suite, parce qu'il y a des projets qui ont été implantés maintenant,
mais, en peu de temps et en peu d'années, on va avoir les résultats.»
Bon, ça a été
qualifié d'historique parce
que ça l'est. Ça l'est pourquoi?
Parce qu'il y a un enjeu d'organisation du travail. Et, quand, avec Mme Laurent à l'époque,
on a négocié la convention collective, on a accepté, et on a été le premier gouvernement,
M. le Président, à accepter, de revoir les ratios historiques d'organisation de
soins, notamment avec les infirmières
partout au Québec. Ça fait des années que c'est demandé. Je
pourrais vous sortir des citations de présidentes d'ordre et de présidents de syndicat
d'il y a 15 ans, qui sont verbatim ce qu'on dit aujourd'hui. Ça fait longtemps
qu'ils le demandent.
Moi,
j'ai regardé ça quand je suis arrivé en poste puis, je vais vous dire, là,
quand j'ai regardé ça puis que j'ai écouté ça, là, venaient à mon esprit les conditions de pratique de ma propre
mère lorsqu'elle pratiquait. Tout le monde le sait,
je l'ai déjà dit, ma mère était
infirmière auxiliaire dans un hôpital universitaire. Elle était auxiliaire puis elle a vécu ça.
J'ai vécu ça, moi, une mère qui s'en va à
4 heures travailler pendant que je fais mes devoirs, puis j'ai vu ça, une
mère arriver à 8 heures le matin d'un «shift» de minuit à huit, là.
Elle revient à la maison pour voir si on part avec un lunch qui a de l'allure, parce
que moi, j'étais au secondaire à
l'époque, jeune secondaire. J'ai tout connu ça et j'ai connu son plaisir
quand elle a fini pas avoir un poste à temps plein, stable. Ce langage-là, je l'ai vécu, vécu, ce qui est un peu différent
de pas mal de monde. Alors, je
comprenais Mme Laurent à l'époque, puis on avait un langage qui était une
vraie communication. Et j'ai accepté
en convainquant mes collègues, ceux qui détiennent la bourse, de prendre cette
direction-là. C'est historique, M. le Président.
Et de quoi on
parle? Quand on parle de ratios, là, on parle exactement de ce dont tente de
parler notre collègue de Taillon, mais dans des paramètres complètement différents. C'est ça qui est la différence, M. le Président. Alors, aujourd'hui, on a accepté... on a accepté, c'est-à-dire, en 2015 de faire des projets ratios. Et qu'est-ce qu'on a vu
récemment? On a constaté qu'à la FIQ,
Mme Bédard... Et j'ai compris son insatisfaction. Savez-vous c'est quoi,
son insatisfaction, M. le Président?
Ce n'est pas une insatisfaction de fond, c'est une crainte de voir passer une
élection. C'est ça, la réalité. Elle s'est
dite, là, je suis convaincu... Elle ne me l'a pas dit comme ça, là. Je ne mets
pas des paroles dans sa bouche. Je ne fais pas ça. Elle a dit, M. le
Président... J'ai senti qu'elle avait
l'appréhension que, si ça n'allait pas de l'avant, ça allait peut-être
tomber aux oubliettes. Bien, moi, j'étais d'accord avec elle quand elle est
sortie en disant : Il faut faire ces projets-là. Il faut les faire.
Alors, on est allés de l'avant, M. le Président,
et aujourd'hui on a fait quoi? Nous, nos experts, avec leurs experts — des
experts, là — et
avec la détermination de grilles d'analyse précises, on a confectionné, on a
construit des projets ratios dans
tous les territoires du Québec. Et savez-vous comment on les a faits? On a dit
aux infirmières : Je suis d'accord... Parce
qu'initialement on devait en faire deux ou trois. On en fait, là, 17, peut-être
même éventuellement 18, dans tout le
réseau du système de santé du Québec mais dans des secteurs différents, des
fois en chirurgie, des fois en chirurgie universitaire, chirurgie d'hôpital communautaire, en soins palliatifs,
en CHSLD, en médecine, en médecine compliquée, en médecine moins
compliquée, et ainsi de suite, pour faire le tour des cas de figure, M. le
Président, pour en arriver à l'établissement
de nouveaux ratios d'équipes de soins, incluant les infirmières, mais aussi
d'autres professionnels, notamment d'autres
employés aussi, notamment les préposés, pour faire en sorte que l'on puisse
améliorer, évidemment, la qualité des soins qu'on offre à nos patients,
mais aussi de bonnes conditions de travail que l'on offre à nos employés.
Là, je vous
vois, M. le Président, me rappeler le temps. Je vais donc me garder la
possibilité de pouvoir continuer par
la suite et de revenir sur ce sujet-là, parce qu'il est trop important, et on
doit en faire le tour. Et là je sens que vous allez me dire que l'épée
de Damoclès horaire vient de me tomber dessus.
Président (M. Merlini) : En effet, M. le ministre, vous avez
entièrement raison, ça met un terme à ce premier bloc d'échange avec le
gouvernement. Nous allons maintenant à un premier bloc d'échange avec le
deuxième groupe d'opposition pour un temps de 20 minutes. M. le député de Lévis,
à vous la parole.
M. Paradis
(Lévis) : Merci, M. le Président. M. le Président, le
ministre de la Santé a échoué à inscrire 85 % de la population du Québec au
31 décembre 2017. Je l'ai dévoilé ce matin à la période de questions,
il y a encore aujourd'hui 1 631 528 patients
qui sont orphelins au Québec. Alors, le ministre, quand il a vu que la cible ne
serait pas atteinte, sa cible de
85 %, au 31 décembre 2017, et ça, c'est clair comme de l'eau de
roche, bien, il a modifié un peu l'objectif. Il a dit : Ça va aller à Pâques. À Pâques, ce n'est pas arrivé
non plus. Pourtant, sur le guichet d'accès, il y a encore
381 500 patients, et, parmi ces
patients-là, des gens qui nous écoutent, assurément, des patients vulnérables,
des aînés, des gens qui ont des maladies
chroniques, qui attendent d'être pris en charge par un médecin de famille
depuis très longtemps. Je pense que le ministre
doit le savoir, je pense que tous les députés de tous les partis confondus
doivent aussi s'en rendre compte, ça arrive jusqu'à nos bureaux de
circonscription.
Depuis le
1er janvier 2018, M. le Président, les médecins doivent prendre en
charge les patients vulnérables en moins
de 30 jours et les patients non vulnérables en moins de 90 jours.
C'est la règle. Bien, les cibles d'inscription de 30 jours puis 90 jours, elles ne sont
pas respectées, ni pour les patients vulnérables, ni pour les patients âgés, ni
pour les patients non vulnérables. Je
reçois encore des courriels, puis des gens me disent... Puis je pense que,
quand les gens nous rapportent des
événements ou leurs parcours, il faut aussi s'y arrêter pour tenter d'améliorer
et de trouver des solutions. Il y a
des gens qui me disent : Moi, j'ai trois mois d'attente. On m'a dit que ce
serait six mois, on m'a dit que ce serait un an. Encore cette semaine, une jeune femme qui s'inscrit au guichet et
qui reçoit la norme voulant qu'elle devra attendre 454 jours.
Selon les
données de la RAMQ, à ce chapitre-là, le délai moyen de prise en charge peut
varier entre 15 et 339 jours. Il
y en a de plus longs que ça. Des exemples régionaux, histoire d'étayer un petit
peu, parce que le ministre aime ça aussi quand on arrive avec des chiffres, puis ils sont là : dans
Charlevoix, 198 jours; à Rimouski, 141; à Jonquière, 177; à Rouyn-Noranda, 225 jours; dans Argenteuil,
196 jours, pour les vulnérables. C'est pour des patients vulnérables. Ce
que je vous donne là, là, c'est des gens qui, en principe, devaient être
pris en charge en 30 jours parce qu'ils ont une vulnérabilité affichée.
Sur le guichet, on l'indique.
La solution du ministre de la Santé, c'est la
Grande Inscription, qui va avoir lieu juste à temps pour l'élection générale. Ça va se faire cet été, là. Une manière
de faire en sorte qu'on puisse régler un problème sans le régler, M. le Président. Par magie, là, il va y avoir
380 000 patients qui vont être inscrits à un médecin de famille sans
savoir quand ils vont pouvoir le
consulter pour la première fois. Juste avant les élections, coup de baguette
magique à la Harry Potter, on va réussir à vider la liste. Il n'y a plus de
problème, on va avoir des beaux chiffres, on va présenter ça à la
population. Mais, quand les gens nous
parlent, ils nous disent : Moi, j'attends. Comment ça se fait que, pour
moi, ça ne se règle pas? Suis-je l'exception? Puis c'est toutes les
semaines qu'on entend ça.
Alors, ma
question : Lorsque la Grande Inscription va être lancée, ça va prendre
combien de temps avant que tous ces patients voient leurs médecins de
famille pour la première fois?
Le Président (M. Merlini) : Merci,
M. le député. M. le ministre.
M. Barrette :
Alors, évidemment, M. le Président, ce qui est désagréable en politique, c'est
quand on, disons, agrémente les
chiffres. Alors, je vais rectifier les dires de notre collègue, qui brandit
tout le temps le même chiffre. On va mettre
les pendules à l'heure et on va mettre les yeux de notre collègue devant les
bons trous. Et c'est bien simple, M. le Président : nous n'avons jamais dit, jamais convenu, jamais fait en
sorte qu'au 31 décembre 2017, 100 % de la population
allait être inscrite.
Quand le collègue brandit, et il le fait
régulièrement — là,
je suis surpris qu'il ne l'ait pas brandi, mais il l'a nommé — quand il
brandit une feuille sur laquelle il est écrit qu'il y a 1,6 million de
personnes qui n'ont pas un médecin de famille,
donc le ministre a littéralement menti, c'est parce que, le ministre, ce n'est
pas ça qu'il a dit. 1,6 million, c'est le différentiel entre le nombre de citoyens inscrits à un médecin de
famille aujourd'hui et la population totale. Or, ce qui a été convenu par l'adoption de la loi n° 20 et la conclusion d'une entente formelle, un engagement formel de la
Fédération des médecins omnipraticiens,
était d'inscrire 85 % de la population, donc 85 % de 8,2 millions de personnes au Québec. Et, pour
arriver à cet objectif-là, ce n'est pas 1,6 million de personnes de plus qu'il faut inscrire, mais bien
445 000. Ce n'est pas la même chose, hein?
Bien, c'est
ça, le problème de la politique, M. le
Président. Le problème
de la politique, c'est quand on a un parti de droite qui invoque la rigueur, le ceci, le cela,
n'est pas capable de dire à la population, un, c'est quoi, notre solution en santé, deux, voici les chiffres, les bons chiffres qu'on
doit utiliser, compte tenu des ententes actuelles. Ça, M. le Président, c'est politiquement ne pas dire la vérité à la population.
Lorsque le député de Lévis m'accuse de ne pas avoir rempli mes engagements
en brandissant 1,6 million, c'est littéralement induire la population
en erreur, parce que je n'ai jamais
pris cet engagement-là.
Maintenant, c'est important, ça, M.
le Président, maintenant, pour ce qui est de la situation actuelle, nous
avons... les médecins omnipraticiens ont dit eux-mêmes qu'ils allaient vider le
guichet d'accès. Ils sont en train de le faire. Le problème qu'on a... oui, il y a un problème statistique, parce qu'on a
inclus dans notre base statistique les vieilles statistiques. Quand on a fait le guichet, qu'on a mis dedans,
là, tous les gens qui étaient là cinq ans avant, bien, ces gens-là
avaient des temps d'attente épouvantables,
qui viennent augmenter la projection statistique. Ils le savent, je l'ai
expliqué, tous ceux qui nous comprennent vont le comprendre... tous ceux
qui nous écoutent, pardon, le comprennent.
Président (M. Merlini) : M. le ministre, dans le souci de l'équilibre
entre la question et la réponse, je vais permettre au député de Lévis...
M. Barrette : Ah! c'est vrai, vous
faites ça de même maintenant, cette année. C'est dommage.
Le Président (M. Merlini) : ...de
poser une autre question. Alors, à vous la parole, M. le député de Lévis.
M. Paradis (Lévis) : Une chance, M.
le Président, qu'on fait ça comme ça, parce que le ministre était parti à
exprimer ses solutions. Avec le ministre, c'est toujours aussi des problèmes statistiques
puis c'est des problèmes de méthodologie, où
les gens, à la maison, qui vivent une problématique d'attente et qui n'ont pas de médecin de famille, ils ne comprennent pas, ils ne comprennent pas comment ça
marche. Puis, tu sais, il y a 380 000 personnes sur le guichet
d'accès actuellement, qui devrait être vide maintenant,
selon ce que le ministre a dit. Puis qu'il me dise qu'il n'a pas dit ça,
il l'a dit : Ça devrait être
vide à Pâques. Il l'a dit. Alors, il y en a 380 000 qui ne sont pas là,
puis là les 380 000 se disent : Bien, ça doit être probablement
de ma faute. Puis, quand on a des cibles à atteindre, M. le Président... Du
30 jours pour les vulnérables, ça
aussi, je pense que ça n'a pas été inventé. Le ministre, il dit : Il
faut se mettre les yeux dans les bons trous. Il faut peut-être se les ouvrir de temps en temps. Mais, quand il a
dit que... 30 jours pour aller chercher les vulnérables, ce n'est
pas inventé, on n'est pas là non plus.
Alors, à
moins que tous ceux qui vivent des difficultés à trouver un médecin de famille se
retrouvent dans un même environnement
et ne parlent qu'à quelques personnes, j'ai l'impression que le ministre,
lui, il ne voit pas ça, personne ne lui dit ça. Il y a une problématique.
Est-ce que le
ministre considère... Et je lui demande encore une fois réponse à la question, que je n'ai pas eue. À la lumière des chiffres... Puis je ferai rien qu'une parenthèse, M.
le Président. 380 000 personnes sur le guichet d'accès, qui sont en attente, 1,6 million de personnes
qui n'ont pas de médecin de famille, pour le ministre, là, ce n'est pas
grave, parce que ceux qui ne sont pas sur le
guichet, ils n'en veulent pas, de médecin, parce que la maladie, à un moment
donné... tu sais, on n'en aura jamais dans
notre vie, là. Le ministre m'a déjà dit une fois au salon bleu : Moi, je
suis capable de me soigner moi-même.
Moi, je ne suis pas capable, M. le ministre. Je ne suis pas capable, M. le
Président. J'en ai besoin, d'un médecin
de famille, puis il y a bien des gens qui ne sont pas nécessairement à ce
guichet-là et qui en ont aussi besoin, mais il se ferme les yeux
là-dessus. C'est sa décision.
Ça va prendre
combien de temps avant que tous ces patients voient leurs nouveaux médecins de
famille pour la première fois? C'était ma question, j'attends la
réponse.
Le Président (M.
Merlini) : Merci, M. le député. M. le ministre.
Barrette : M. le Président, ça va se faire dans les jours et semaines après qu'ils aient été
inscrits. Pour ce qui est de la question
qu'il a posée précédemment, c'est évidemment la Grande Inscription pour les médecins qui vont
partir à la retraite. J'ai répondu à la période de questions aujourd'hui, ma
réponse était très claire.
Le collègue,
encore une fois, utilise des chiffres fallacieux pour développer
son argumentaire, et, encore une
fois, à la CAQ, on ne propose rien. Que le député
de Lévis, au nom de sa formation politique,
parce que je ne pense pas qu'il
n'y a personne dans sa formation qui a un plan en santé, il nous dise qu'est-ce qu'ils auraient
fait, qu'est-ce qu'ils feraient aujourd'hui,
exactement, pour que l'accès s'améliore, autrement que ce que l'on a mis en
place avec la loi n° 20, contre laquelle
il a voté. À la CAQ, on parle, on chiale, on ne propose absolument rien et, en
plus, comme on le voit ce matin, on le
voit très clairement, on utilise des chiffres fallacieux pour faire un gain
politique. La population le comprend
aujourd'hui. Je laisse le député de Lévis continuer à se caler.
Président (M. Merlini) : Merci, M. le ministre. J'invite les parlementaires à être prudents
dans l'utilisation des propos et
d'éviter le prêt d'intentions, dans la mesure qu'il nous est possible, à l'étude des crédits. À l'étude des crédits,
on a une règle de la pertinence qui est
interprétée de façon un petit peu plus large qu'à la normale, que lorsque
nous faisons une étude détaillée, mais j'invite quand même à la
prudence, simplement. M. le député de Lévis.
M. Paradis (Lévis) : Merci, M. le
Président. Le ministre, en début des crédits, a dit : Ça me fera un
plaisir de répondre aux questions de mes
crédits. Je veux rien que rappeler à la population qui écoute, là, puis qui vit
des situations problématiques que ça
reste ses crédits, alors on est ici pour répondre à son bilan. Il nous présente
ce qu'il aurait dû faire, ce qu'il a
fait, ce qu'il n'a pas réussi, puis je pense que les gens sont à même de juger.
Moi, je fais confiance à l'intelligence des gens, puis les gens regardent, jugent et voient ce qui se passe dans
leur vie. Le ministre a peut-être intérêt à s'ouvrir aussi les yeux
là-dessus.
D'ailleurs,
il a dit, il y a quelques instants : Oui, oui, ça va se vider, quelques
jours à quelques semaines. Entre cinq
jours et six mois, on ne le sait pas. Il n'y a pas de précision. Ça va se vider
à un moment donné. Je ne pense pas que c'est
une réponse satisfaisante pour ceux et celles qui attendent en ce moment et qui
sont classés comme vulnérables sur un guichet d'accès, ni non plus à
ceux qui, un jour, auront besoin d'un médecin de famille, qui n'en ont pas,
mais que le ministre ne considère pas parce
qu'ils ne sont pas sur le guichet. Ah! tous ceux qui ne sont pas sur le
guichet, ce n'est pas important. C'est la vision du ministre. C'est la
vision qu'il a.
85 %,
c'est la norme que le ministre a dit vouloir atteindre, ce qu'il n'a pas
atteint. On n'est pas là, là. Il pourrait bien dire que c'est la méthodologie puis les statistiques, là, qu'il me
sorte une donnée prouvant qu'il a atteint son 85 %. On n'est pas
là. On a les chiffres les plus récents, ils viennent de tomber. Bien, il peut
bien contester les chiffres de la Régie de
l'assurance maladie du Québec, là, qu'il s'amuse à le faire, c'est les données
qu'on a. Ailleurs, cependant, en Ontario, c'est 92 % des citoyens
qui ont un médecin de famille. Le ministre, avant de faire sa conversion
politique, en 2012, disait que 100 %
des Québécois devraient avoir un médecin de famille. Là, maintenant, il est à
85 %, parce qu'il a négocié, là,
avec la Fédération des médecins omnipraticiens. Probablement qu'ils ont jugé
que 85 %, c'était correct, les autres n'en auront pas besoin.
Pourquoi, en
Ontario, 95 %? Dans plusieurs pays du monde, la France, l'Allemagne, les
Pays-Bas, on atteint des seuils
beaucoup plus élevés. D'où ça vient, le 85 %? C'est une mesure arbitraire,
un chiffre aléatoire? Pourquoi il considère que c'est ça qu'il faut
atteindre, d'ailleurs qu'il n'atteint pas non plus?
Le Président (M. Merlini) : Alors,
merci, M. le député. M. le ministre.
Barrette : Alors, je vais quand même répondre aux commentaires
éditoriaux. Le collègue, dans son introduction,
a quand même continué à utiliser des chiffres qui sont inappropriés pour cette
discussion-là. On ne s'est jamais engagés à inscrire la population
totale. Pourquoi? Parce que, quand on regarde ce qui se passe dans les autres
pays, la majorité des pays n'arrivent pas...
en fait, il n'y a pas de pays qui arrive à inscrire 100 % de la
population. On ne voit pas ça. Et ce
que l'on voit dans l'expérience des pays qui ont eu à mettre des mesures en
place, de cet ordre-là, c'est qu'on arrive
à inscrire 85 % de la population, parce qu'on constate à l'usage que c'est
85 % de la population qui souhaite vraiment être inscrite à un médecin de famille. Parce que... Je sais que le
député de Lévis ne comprend pas ça, mais il y a des gens qui ne veulent pas être inscrits à un médecin de
famille. Ça existe. Et là, qu'est-ce que vous voulez, M. le Président, il
n'y a pas de débat à faire là, c'est une réalité. C'est la raison pour laquelle
on a fait le guichet d'accès.
Maintenant,
M. le Président, aujourd'hui, au moment où on se parle, est-ce qu'on est
rendus? Non, on n'est pas rendus.
Mais on va y arriver, parce qu'il reste seulement maintenant 400 000, un
peu plus, et c'est essentiellement le guichet d'accès actuel, à
inscrire. Quand le collègue me demande quand est-ce que le patient va voir son
médecin, écoutez, M. le Président, le collègue, est-ce qu'il peut me dire
exactement si c'est la responsabilité du gouvernement de gérer l'horaire du
médecin et la disponibilité ou le désir du citoyen?
Et je le
répète, M. le Président, je comprends que ce sont mes crédits, certainement que
ce sont mes crédits. Ce sont des
crédits qui ont montré... qui sont le résultat d'actions qu'on a posées, qui
ont fait que 1,1 million de personnes sont inscrites, et le collègue de Lévis s'est levé pour voter contre ce
résultat-là. Il a voté contre la loi n° 20. Aujourd'hui, il me reproche de ne pas être arrivé à destination et,
sur la place publique, il ne propose rien. C'est vrai que la population
est intelligente, puis c'est vrai que la
population comprend, et la population qui nous écoute aujourd'hui comprend ce
que je viens de dire. Voter contre, critiquer, ne rien proposer.
Président (M. Merlini) : Merci, M. le ministre, pour votre réponse. M.
le député de Lévis, votre prochaine question, il vous reste cinq minutes
à votre bloc.
M. Paradis
(Lévis) : Merci, M. le Président. Oui, je
vous remercie beaucoup.
C'est drôle parce que le ministre vient de nous dire, tu sais : Il n'y a pas une place où c'est plus
haut que ça. Lui, il a décidé, là, que c'était 85 %, puis, le
15 %, ils n'en ont pas besoin. Ça, c'est sa décision. Ça, c'est sa
décision.
Le Président (M. Merlini) : S'il
vous plaît! S'il vous plaît! C'est le député de Lévis qui a la parole.
M. Paradis
(Lévis) : Merci. Il a fixé 85 %, c'est sa norme, puis il
dit : Ailleurs, là... le Commissaire à la santé et au bien-être, dans son rapport... je m'excuse, c'est
vrai, il n'existe plus, mais il reste des documents, parce que le
ministre l'a aboli, au surplus, mais là on a des documents. Dans Comparaison
des pays et des provinces 2016 , la France, sur la proportion des adultes qui ont un médecin de famille, 98 % — ô que c'est spécial! Bien, voyons donc!
C'est le Commissaire à la santé qui l'a écrit, probablement qu'il ne
faut pas en tenir compte — en
Ontario, 92 %, aux Pays-Bas, 96 %.
Est-ce que le
ministre se rend compte, là, qu'il y a d'autres places... Est-ce qu'il faut
faire moins bien qu'ailleurs? C'est
sa volonté? Ah! bien oui, les gens jugeront puis les gens vont se rendre compte
qu'ailleurs il se fait autre chose, ça fait que le ministre aura décidé
pour eux.
Le Président (M. Merlini) : M. le
ministre.
Barrette : Alors, M. le Président, je pense que, là, c'est révélateur
de la position de la CAQ, qui s'exprime par la voix du député de Lévis, parce que ce qu'il cite, il cite des pays
qui ont un système et public et privé, et qui incluent dans leurs statistiques le privé. Nous n'incluons pas,
nous, les patients qui sont suivis au privé. Et on le sait qu'à la CAQ,
on le sait, là, c'est un parti de droite qui
s'est clairement exprimé sur la privatisation du système de santé par le
recrutement du directeur de recherche de
l'Institut économique de Montréal, qui est très, très, très à droite et qui
fait la promotion extensive du développement du privé.
Alors, ce qu'il
vient de nous dire, le député de Lévis, là, en parabole, c'est qu'il vient nous
confirmer qu'il veut du privé, parce
que les références qu'il prend sont des pays où il y a du public et du privé,
dans lesquels on additionne les statistiques.
C'est ça qu'il vient de nous dire, mais il n'a pas le courage, pour employer un
mot cher à son chef, de dire à la
population : Nous, c'est ça qu'on veut faire, c'est pour ça qu'on recrute
Youri Chassin, on va en recruter d'autres. Puis, quand j'étais... parce que c'est le collègue qui a fait référence au
temps où j'étais chez lui, quand j'étais chez lui, le député de La Peltrie était le protagoniste, le promoteur
du système privé et d'hôpitaux privés qui vont drainer le public, et
j'ai dit non à ça. Que la CAQ se révèle clairement et on parlera.
Le Président (M. Merlini) : Merci,
M. le ministre. Merci. Merci, M. le ministre. M. le député, il vous reste
2 min 30 s.
M. Paradis
(Lévis) : ...M. le Président, 2 min 30 s pour
vous dire que le ministre ne va pas nier qu'en 2012 le ministre disait lui-même : 100 % des
Québécois devront avoir et devraient avoir un médecin de famille. Il l'a dit.
Puis, s'il faut qu'on lui sorte des
citations, qu'on lui fasse une revue de presse, on pourra lui faire parvenir.
Si on peut éclairer sa vision puis sa prise de décision, on est prêts à
faire ça, on va l'aider, on l'a fait à de nombreuses reprises à travers nos questions, puis être en mesure de faire
en sorte de lui rafraîchir la mémoire. Alors, le ministre ne peut pas nier
qu'en 2012 il visait 100 % de la population. C'étaient ses
propos... Je m'excuse, M. le Président, je suis...
M. Paradis
(Lévis) : Non, je n'ai pas
fini, M. le ministre. Alors, il a fixé que c'était 85 %. Pour
l'Ontario, c'est 92 %. Ça va peut-être être plus facile pour le ministre
de faire un lien avec l'Ontario, 92 %. Lui, il a fixé 85 %, sa décision, 15 % de moins que sa volonté
exprimée en 2012, changement de direction, changement de vision. Puis, au-delà
de tout ça, M. le Président, on se rendra
compte que, même cette cible-là de 85 %, alors qu'il se défend puis qu'il
nous dit que, pour les 15 % autres, ils
n'en veulent pas, ils n'en ont pas besoin, on n'aura pas encore atteint cet
objectif-là que le ministre s'est fixé.
Est-ce que
les Québécois méritent moins qu'ailleurs? Est-ce que
ceux qui utilisent notre réseau de santé méritent moins que ce que l'Ontario a maintenant?
Bien, si je me fie aux propos du ministre, qui parle aussi souvent par paraboles... fait en sorte que je comprends que c'est ça, sa
vision des choses. Ce n'est pas la vision qu'on devait avoir, ce n'est
pas la vision que les gens souhaitent, M. le Président.
Je m'étonnerai, dans
un autre dossier, en terminant, puis je sais que je n'aurai pas le temps
d'aller plus loin, quand le ministre... vous savez, là, ce n'est pas grave,
l'assurance salaire, ce n'est pas grave qu'on ait des gens qui manifestement tombent au combat. Il l'a dit
tantôt, on ne fait pas de sondage pour savoir pourquoi les gens ne sont
plus là. Ça a une incidence. Ça m'étonne, je
suis surpris de voir que, pour lui, ça n'a pas d'importance. 102 millions d'assurance salaire entre
2014 et 2017, les chiffres à l'appui, ça ne le touche pas. Il est en train de
nous dire que ça n'aura pas d'incidence sur
l'équilibre des budgets d'établissement, que ce n'est pas grave. Il ne le sait
pas, il ne veut pas vraiment le savoir. Moi, je pense que, si on est à la
charge, avec tous les pouvoirs qu'il s'est donnés, d'un réseau de la santé, on a besoin de savoir et d'être au fait de ces données-là.
Président (M. Merlini) : Merci, M. le député de Lévis. Nous allons maintenant... Ça met un terme
à ce bloc d'échange. Nous allons maintenant
à un deuxième bloc du côté du gouvernement, et j'imagine que le gouvernement va vous permettre un commentaire
et une réponse. M. le ministre.
M. Barrette :
Sans aucun doute, M. le Président...
Le Président (M.
Merlini) : C'est un bloc de 17 minutes.
Barrette : Je comprends, là,
que vous devez laisser une certaine latitude aux oppositions, là, mais je ne
sais pas combien de règlements
j'aurais pu invoquer dans la tirade du député
de Lévis, hein? Prêt
d'intentions, faussetés... Écoutez, là, ça n'a pas une minute de bon
sens, là. Maintenant, je vais quand même faire un commentaire additionnel.
le Président, le député de Lévis nie-t-il qu'à la CAQ, en 2012, on voulait
introduire le privé en santé? Nie-t-il que
le député de La Peltrie, qui... encore aujourd'hui, rencontre des gens
pour ouvrir des hôpitaux privés et privatiser le système de santé? Le député de la CAQ nie-t-il que les recrues qui sont
faites ont un historique documenté de privatisation en santé? Est-ce que le député de Lévis nie le
fait qu'en Ontario il n'y a pas les mêmes paramètres qu'au Québec? Bien,
en fait, il ne le niera pas, il ne le sait
pas. En Ontario, M. le Président, il y a une formule qui permet d'envoyer des
chèques en blanc aux médecins sans assiduité. Je comprends qu'il ne comprenne
pas ou choisisse de ne pas parler de l'assiduité. M. le Président...
Le Président (M.
Merlini) : S'il vous plaît! S'il vous plaît! Le ministre a la parole.
Barrette : L'attitude, M. le Président. L'attitude, «l'». Alors, M. le
Président, pour informer le collègue, en Ontario, il n'y a pas
d'assiduité, il n'y a pas d'outil de mesure de la garantie, de la réalité que
le citoyen a accès à son médecin. Inscrire
du monde, c'est facile, recevoir un chèque, c'est facile, voir le patient,
c'est une autre chose. Nous avons ça.
Et je termine
là-dessus pour ce bloc-là : Du côté de la CAQ, est-ce qu'on va un jour
nous dire quelque chose? Et il va revenir,
le député de Lévis, M. le Président. La seule façon de se cacher de sa cachette
de programme, c'est d'avoir le discours agressif qu'il a, mais ça ne
nous fait pas avancer dans l'étude de crédits.
Président (M. Merlini) : Maintenant, je vais faire un rappel à tous et
chacun autour de la table que l'étude des crédits, c'est un moment où on peut questionner sur les crédits
budgétaires, les actions du gouvernement, que ce soit par des députés du
gouvernement ou par des députés de l'opposition. Mais je vous invite à la
prudence et d'éviter le prêt d'intentions et
les propos qui pourraient être jugés blessants par la présidence. Alors, je
vous rappelle de revenir à l'étude des
crédits maintenant et de poser les questions, même si les propos qu'on entend
peuvent être déplaisants en termes de gestion gouvernementale ou en termes de positions prises par des partis
d'opposition, ça peut arriver, mais c'est permis d'être critique, d'une part et de l'autre, mais d'éviter
les moments d'interpellation personnelle. Je vous en demande de votre
collaboration.
Et nous allons
maintenant continuer du côté du gouvernement avec le député...
M. Barrette :
...compléter, M. le Président?
Le Président (M.
Merlini) : Oui, M. le ministre.
Barrette : Alors, je vais compléter ma réponse, que j'avais commencée,
à la question que m'avait posée le député
des Îles-de-la-Madeleine, question qui était très pertinente, comme le sont les
autres que mes collègues poseront, évidemment. Et je vais compléter
parce qu'on était rendus au moment où j'expliquais qu'à la suite... Parce que
ça va, M. le Président, en complémentarité à
ce qui vient d'être dit, mais sur un ton différent, par les oppositions.
D'ailleurs, c'est le fun d'avoir un ton différent, au moins, pour la moitié des
crédits.
Alors,
la réalité, c'est qu'il y a une problématique dans le personnel, hein? La
problématique du ratio d'équipes de soins-patients
est une problématique réelle. On a accepté de traiter de ce sujet-là. On n'a
pas accepté simplement de traiter de
ce sujet, on a accepté de le traiter sachant qu'au bout du compte il y avait
probablement... en fait, pas probablement, sans aucun doute une obligation de réajuster, ce qui est considéré
aujourd'hui comme étant des ratios historiques. C'est pour ça qu'on fait ça. Et c'est la raison pour
laquelle on a des projets dans différents secteurs, dans différents
milieux, pour être certains de capter tous
les cas de figure, même si c'était impossible de tout capter parfaitement, mais
au moins d'aller vraiment pas un pas,
mais des pas dans la bonne direction, et c'est ce qui est salué aujourd'hui par
les organisations syndicales.
Alors,
au bout de la ligne, quand on regarde les ratios que l'on va faire dans le
Bas-Saint-Laurent, au CHU de Québec,
à Chaudière-Appalaches, dans Lanaudière, en Abitibi-Témiscamingue, dans tout le
territoire de Montréal, en Estrie, en
Mauricie, Centre-du-Québec, M. le Président, on va en faire même à Chibougamau pour être sûrs de prendre en
compte tous les cas de figure, on le fera
aussi sur la Côte-Nord, en Gaspésie, à la fin de ça, il y aura
une conclusion qui va être tirée, et
ça va nous amener à prendre des orientations nouvelles. Nouvelles au bénéfice
de qui? Oui, je le répète, au bénéfice des patients d'abord, mais aussi au
bénéfice du personnel.
Quand on parle de la
problématique de la dotation de postes, notre collègue des Îles-de-la-Madeleine
y a fait référence, dans la convention collective, on augmente, et ça, c'était la demande du milieu,
on augmente la dotation de postes à
temps plein, stables, avec un minimum, non pas un maximum,
de flexibilité et de mobilité. «Un minimum», ça veut dire quelque chose de bien simple, M. le
Président : Une journée x où il y a
un surplus de personnel sur un étage, à côté d'un centre d'activité
où il y a un manque cette journée-là, pour toutes sortes de
raisons, bien, il faudrait que le vase communique et que le centre d'activité qui était en
surplus puisse aider l'autre, d'où la mobilité dans l'établissement, la flexibilité dans la tâche.
C'est ça qu'on fait. Et ça, on est en
train de le faire dans un contexte
particulier qui est celui de la négociation locale à laquelle j'ai fait
référence. Ça, c'est en train de se faire.
Mais, pour
aller encore plus loin... Parce que le collègue, lorsqu'il me pose la question, il me pose une
question qui est essentiellement globale, une question qui traite des conditions de pratique au sens
large du terme. Bien, au sens large
du terme, M. le Président, il faut aussi qu'on ait des mesures d'appoint avec
le personnel et les organisations qui les représentent pour faire en sorte
qu'on regarde un certain nombre d'autres choses. Et, parmi les autres choses
que l'on regarde, bien...
Regardez, je
vous donne des exemples. Au moment où on se parle, on tente de développer,
selon la disponibilité des gens, ce
que l'on appelle le préceptorat. C'est quoi, ça, le préceptorat? Bien, c'est du
mentorat. Ça veut dire qu'une jeune infirmière se retrouve pairée avec
une infirmière plus expérimentée pour l'aider, pour l'assister dans son cheminement de carrière pour qu'elle puisse
potentiellement se diriger vers quelque chose qui la satisfera plus. Nous
faisons, avec les organisations, des exercices de promotion des métiers de la
santé. Nous avons une panoplie de mesures pour valoriser l'image des
professions et des emplois en santé dans un environnement qui est celui
d'aujourd'hui, qui, admettons-le, n'est pas
exactement l'image que l'on souhaiterait voir du réseau. On le fait parce qu'il
faut le faire, parce que c'est nécessaire.
Alors, on a
en place une panoplie de mesures pour aider les jeunes à cheminer, les aider à
faire le choix du secteur de la
santé, peu importe le type de professionnel ou d'emploi, les introduire par la
dotation de postes qui est appropriée et adaptée le plus possible à la demande de la génération d'aujourd'hui,
dans un encadrement qui est d'une organisation du travail qui est améliorée, d'où les projets
ratios. Ça, M. le Président, là, c'est littéralement de l'innovation, c'est
littéralement une réponse aux doléances
maintes fois exprimées par le personnel. Nous avons été au rendez-vous. Ça, M.
le Président, il faut en parler.
Et je trouve
dommage, évidemment, que le temps dont nous disposons soit un temps qui me
semble être plus utilisé pour dépeindre
un tableau le plus foncé possible, plutôt que de questionner sur la nature des
crédits qui servent à faire ce que je
viens de dire dans les dernières minutes. Mais c'est le choix des oppositions
d'avoir le discours et le ton qu'ils ont. C'est ma responsabilité d'offrir à la population une option
qui répond à leurs aspirations. Je leur recommande de faire la même chose.
Le Président (M. Merlini) : Merci,
M. le ministre. M. le député des Îles-de-la-Madeleine.
Chevarie : Oui. J'aimerais prendre 30 secondes pour effectivement
dire que ces projets ratios avec le groupe d'infirmières, c'est des projets très structurants, de ce que j'en ai
compris. C'est intéressant, c'est valorisant et c'est dans une vision d'avenir. Et je pense que c'est
intéressant en termes des perspectives d'ajustement qui seront faites pour,
je dirais, améliorer les conditions de travail, mais également, en déclinaison, augmenter encore la qualité de
service qui existe dans le réseau. Et
je salue votre ouverture, M. le
ministre, et le travail que vous avez
fait dans ce sens-là avec la FIIQ. Merci.
Barrette : Alors, merci,
cher collègue. M. le Président, je veux faire un commentaire additionnel. Parce que je ne l'ai pas dit comme ça, mais c'est vraiment la bonne manière de
le dire, M. le Président, où on est aujourd'hui, là, c'est
la fin d'un chapitre. Il y a une histoire derrière qui n'a pas bougé, et là on
la fait bouger pour construire une histoire meilleure pour tout le monde, le
patient en premier et, évidemment, le personnel en même temps.
Le Président (M. Merlini) : M. le
député de Dubuc, il vous reste 7 min 20 s à ce bloc d'échange.
Simard : On va chanter Le
temps qu'il me reste , M. le
Président. M. le Président, j'aimerais poser la question au
ministre concernant un programme qui a quand même
fait couler pas mal d'intérêt, là,
bien sûr, à la suite des incendies de
la Résidence du Havre, des îles vertes, survenus le 23 janvier 2014.
Et bien sûr ça a donné beaucoup de responsabilités au ministère de la Sécurité publique en vue de
faire des recommandations sur l'installation d'un système de gicleurs
dans les nouvelles RPA, les résidences pour personnes âgées, et également, bien
sûr, celles existantes certifiées. Donc, l'obligation est entrée en vigueur le
13 juin 2015.
Bien sûr,
j'essaie de laisser le temps de réponse au ministre, mais ça a causé quand même
beaucoup d'émoi. La raison, c'est
que, pour les nouvelles résidences, c'est clair que c'était moins compliqué parce
qu'on faisait des nouvelles résidences.
Mais, dans les résidences pour personnes âgées qui étaient des résidences
certifiées, bien là, on... Puis c'est un système qui coûte extrêmement cher. Et il y a eu des analyses de coûts
par ces résidences-là, il y a des résidences qui ont été obligées de
fermer pour toutes sortes de... ou qui planifiaient de fermer. Et voilà qu'il y
a eu des changements de mis en place parce
que, véritablement, la volonté était d'augmenter la sécurité, mais on a
augmenté l'insécurité, dans le fond, parce
que les gens étaient inquiets parce que leurs résidences allaient fermer, pour
toutes sortes de raisons. C'est toujours des raisons budgétaires, on se
comprend.
Maintenant,
ma question, M. le Président, ma question est la suivante : M. le
ministre, le programme de subventions n'a
pas fait boule de neige, vous comprendrez, pourquoi avoir attendu au
18 janvier 2018 avant d'annoncer un rehaussement du programme
d'aide?
Le Président (M.
Merlini) : M. le ministre.
M. Barrette :
Alors, M. le Président, la question est très pertinente puis elle raconte une
vraie histoire. Quand notre gouvernement
a choisi d'aller de l'avant avec un programme d'appui financier, donc des
subventions aux RPA, résidences privées
pour les aînés ou personnes âgées, là, dépendamment de la manière
que les gens utilisent l'acronyme, quand on a pris cette décision-là,
évidemment c'était dans la foulée du drame qu'il y a eu à L'Isle-Verte et,
évidemment, des recommandations du coroner à
l'époque. Et, lorsque le coroner a fait ses recommandations, j'étais en poste,
là, évidemment, à ce moment-là, ça
s'est passé sous notre gouvernement. On a consulté les gens. Ce n'est pas une
décision... Le premier investissement
qu'on a annoncé, avec ses paramètres d'investissement, ce n'est pas quelque
chose qu'on a, comme ça, dessiné sur le coin d'une table.
résidences pour personnes âgées, pour les aînés, ces résidences-là qui ne sont
pas des résidences publiques, évidemment,
ce sont des résidences privées, bien, elles ont une association, elles ont un
regroupement qui regroupe à peu près tout le monde. Et ils nous ont
contactés, et, en fait, on s'est contactés mutuellement pour déterminer ce qui
était raisonnable avec les hypothèses de
départ que nous avions. Et les hypothèses
de départ que nous avions étaient de
l'ordre d'un appui financier variable en
fonction du type de résidence, en fait, littéralement en fonction de la
grosseur de la résidence.
Parce que,
là, on tombe dans une dynamique d'économies d'échelle qu'on connaît, évidemment, dans ce genre de situations là : alors, plus elle est grosse, plus on
répartit le coût sur la majorité des gens, et ainsi de suite. Et, quand
on a fait ce dépôt-là, la première proposition que l'on a faite, c'était non
seulement un résultat
de la consultation qu'on avait faite, mais c'était accepté par les gens qui, eux aussi, de toute bonne foi,
considéraient que, devant les variations, les cas de figure, ça ferait
l'affaire. Bon.
Alors, quand on a commencé ça, on l'a lancé, ça
avait une caractéristique, je rappelle aux collègues une des caractéristiques fondamentales : le
propriétaire de la résidence, essentiellement, doit emprunter pour faire ses
travaux. Parce que nous avions, dans notre
programme, prévu que le paiement se fasse après le complètement des travaux.
C'est ça qui était prévu. Et on a constaté à
l'usage... Au début, on n'était pas surpris que ça parte lentement. Puis ces
programmes-là, en général, ça ne part jamais
nécessairement à la vitesse grand V. Et là ce n'est pas parti à la vitesse
grand V. C'est parti à la vitesse petit V.
Et là, pour
paraphraser les questions qui nous ont été posées précédemment, bien, on a posé
des questions. On a de l'argent qui
est sur la table, l'argent ne se dépense pas. Puis, quand je dis «ne se dépense
pas», ce n'était pas parce que les projets
n'étaient pas complétés, c'est parce qu'ils ne partaient pas. C'est ça qu'on a
constaté. On a constaté que les projets ne partaient pas. Alors, reconsultation, rerésultats. Et là, reconsultation,
bien là, c'était plus pointu parce qu'on voyait que, dans les plus grosses, ça allait bien, dans les
plus petites, ça allait moins bien. Les projets ne partaient pas. Et on a
conclu à l'expérience, à l'usage, que les
petites RPA, pour eux autres, c'était un plus gros problème encore, d'une part,
mais aussi parce que les institutions
prêteuses ne prêtaient pas, surtout pour les résidences plus modestes. Alors
là, même si on disait aux institutions prêteuses : Regardez, le
gouvernement est là, on est en garantie, là, alors vous devriez prêter, ils ne prêtaient pas pareil. On a fait le tour de ça, les
institutions, les associations, les petites, les grosses, les moyennes et
on a changé nos barèmes. Mais on les a
changés pas parce qu'on a voulu attendre, mais on a changé parce qu'on a
regardé les choses aller et on a constaté que ça n'avançait pas à la
bonne vitesse.
Le Président (M. Merlini) :
Merci, M. le ministre. M. le député, il vous reste une minute.
M. Simard :
Il me reste une minute. Écoutez, M. le Président, il était question aussi, M.
le Président, dans ces défis-là de
résidences qui, nécessairement, causaient plus de problèmes à... Une
résidence... Puis, dans un plain-pied, vous allez comprendre, M. le Président, que les gens, ils sortent dehors par
la porte d'en arrière, puis il n'y a aucun problème. Mais on exigeait aussi des gicleurs. J'aimerais
entendre le ministre parce que je ne sais pas si les analyses sont
terminées, mais j'aimerais entendre le ministre un peu là-dessus.
Le Président (M. Merlini) : En
30 secondes.
M. Simard : Les un étage.
M. Barrette : Ah! O.K. Alors, en 30 secondes. La question
est très pertinente. Malheureusement, elle n'est pas de ma responsabilité. Cet élément-là... Et je suis d'accord
sur le fond, je pense que c'est une mesure qui montre une certaine rigidité, mais elle dépend de la Régie du bâtiment, qui fait les normes, normes qui sont le reflet de représentations faites par un certain nombre d'organisations, dont les
pompiers. Et, même s'il y a une certaine logique à ne pas avoir
l'obligation de cette dépense-là pour des gens qui sont de plain-pied...
Président (M. Merlini) : Merci, M. le ministre. Merci. Ça met fin
au bloc d'échange, ce deuxième bloc avec le gouvernement. Nous allons
maintenant du côté du député de Gaspé. Vous avez un temps d'échange de
12 minutes. À vous la parole.
M. Lelièvre :
Merci, M. le Président. Ça fait plaisir d'assister à cette commission pour
échanger avec les collègues, que je salue. D'ailleurs, je salue le
ministre et toute l'équipe qui l'accompagne.
J'aurais
quelques préoccupations à soumettre au ministre, là, dans les quelques minutes
qui sont allouées, parler du service
d'évacuation médicale, même si c'est une responsabilité partagée entre le
ministère des Transports et vous, et le ministère de la Santé, mais je
comprends que vous avez un grand intérêt pour ce service-là, parce que c'est un
peu, dans les régions, une prolongation de
nos hôpitaux; parler également d'un problème au niveau de l'Hôpital de
Sainte-Anne-des-Monts et aussi de la question des paramédics en Gaspésie. Je
vais commencer par les paramédics.
Dans les derniers mois, il y a eu des
modifications qui ont été apportées au mode de rémunération d'équipes de paramédics dans le sud de la Gaspésie. Mais, le
secteur nord, c'est-à-dire Rivière-au-Renard, Grande-Vallée et Sainte-Anne-des-Monts, on n'a pas pu bénéficier des
modifications qui ont été amenées pour permettre de modifier la rémunération
des paramédics pour passer à un mode
horaire. La Gaspésie est divisée en deux secteurs, le nord et le sud. Et c'est
sûr que les raisons qui ont été données par le CISSS sont le niveau d'appel,
l'achalandage finalement. Mais ce que j'aimerais soulever au ministre aujourd'hui, c'est le fait que, oui, effectivement,
il y a moins d'appels dans le secteur nord, parce que la population est en moins grande quantité, mais
les distances sont très longues à parcourir, et il reste qu'il y a un
temps d'intervention qui est beaucoup plus
long du fait qu'on y va avec un horaire de faction au lieu d'aller à un taux
horaire.
Donc,
j'aimerais, si possible, voir la vision du ministre. Est-ce qu'il y a
possibilité de moduler, d'adapter cette intervention-là pour permettre aux gens qui vivent dans des communautés
où il y a moins de densité de population d'avoir accès à un service
d'ambulance dans des délais quand même des plus sécuritaires?
Le deuxième élément, c'est le bloc opératoire de
l'Hôpital de Sainte-Anne-des-Monts. Depuis le 5 décembre dernier, le service a été interrompu pendant cinq
périodes. On parle d'une trentaine de jours, 33 jours où il n'y avait
pas de service au bloc opératoire de l'Hôpital
de Sainte-Anne-des-Monts dans les quatre derniers mois. C'est presque 25 %
du temps, donc c'est quand même
important. La problématique réside dans le fait qu'il y a
50 % des effectifs au niveau
des chirurgiens et des anesthésistes. Donc,
avec un effectif sur deux, c'est clair que ça complique le fonctionnement. On sait qu'il y a
des ententes, il y a des modifications qui vont être apportées dans les prochains mois,
mais c'est quand même une situation qui est inquiétante pour la population
de la Haute-Gaspésie. Quand on parle de pas de bloc opératoire, bien, ça
veut dire des interventions, là, souvent urgentes suite à un accident, un
trauma, qui doivent être référées ailleurs.
Et s'ajoute à ça la fameuse problématique de
l'évacuation médicale. Puis là je fais un lien avec l'Hôpital de Sainte-Anne-des-Monts. Le 12 octobre dernier — j'ai
eu l'occasion d'en discuter avant les fêtes avec le ministre — le 12 octobre est arrivé un incident. On sait
que le système d'évacuation médicale du gouvernement du Québec comprend quatre appareils, dont deux sont orientés, là,
vers le... on appelle ça le secteur est du Québec. Donc, on a un Dash 8,
un modèle 200 puis un Challenger. Le
Challenger qui est en place, qui est l'avion le plus complet, qu'on appelle
l'avion-hôpital, a été modifié en 2014 de
façon substantielle. On parle d'une vingtaine de millions de coûts de
rénovation pour améliorer les
services au sein de l'appareil. Le problème qu'on rencontre, c'est que les
pistes d'atterrissage dans les régions ne
sont souvent pas assez longues pour recevoir cet appareil-là. Donc, c'est
vraiment... on a voulu bien faire, modifier l'appareil, mais la conséquence, c'est que l'avion est destiné à
desservir les régions, et des régions comme la Gaspésie font en sorte qu'on se ramasse dans la situation
où quatre aéroports sur cinq ne peuvent pas recevoir l'avion-hôpital, le
fameux Challenger, sauf si la piste est
100 % dégagée et sèche. Donc, simplement un peu de pluie, ça fait en sorte
que l'avion ne peut pas atterrir.
Donc, je fais
le rapport avec Sainte-Anne-des-Monts, 25 % pas d'anesthésiste ou pas de
chirurgien, pas de bloc opératoire,
un service de transfert aérien, aéroporté qui est difficile à mettre en place
dans ce secteur-là, et pas seulement qu'à Sainte-Anne-des-Monts. Quand
je vous dis : Quatre aéroports sur cinq, dans la région de Gaspésie et les
Îles, ne peuvent recevoir un des deux
appareils. Donc, ça amène la population de la Gaspésie et surtout du secteur
nord, là, dans un état de précarité quand même assez importante.
Donc, j'aimerais savoir : Est-ce que...
Puis, peut-être avant de passer la parole au ministre, s'il le souhaite, il y a
quand même une augmentation majeure, hein, du taux d'évacuation médicale au niveau
aérien. En 2000, on avait 268 évacuations
par année et, en 2015, on est passé à 3 048. On est passé, donc... on a
augmenté de 1 000 % l'évacuation médicale au Québec, dans l'ensemble du Québec. Mais certaines régions,
dont la Gaspésie, malheureusement, on ne peut bénéficier de cet accroissement-là de services aériens, compte tenu que
l'appareil qui a été modifié n'est malheureusement pas adapté aux réalités des équipements
aéroportuaires de la Gaspésie. Donc, c'est ce que j'avais à vous soumettre,
M. le ministre, dans un premier temps.
Le Président (M. Merlini) : Merci,
M. le député de Gaspé. M. le ministre.
M. Barrette : Alors, M. le
Président, je vous indique d'emblée, là, qu'il n'y aura pas de deuxième temps
aujourd'hui parce que, là, j'ai quatre questions qui ont été posées en plus de
cinq, six minutes. Alors, je vois qu'il me reste six minutes, alors je vais
utiliser mon temps qui m'est imparti pour répondre aux quatre questions. Alors,
on va commencer par les ambulances.
Alors, M. le
Président, premièrement, je vais rectifier l'affirmation que le collègue a
faite, nous n'avons pas modifié les
règles de rémunération du secteur ambulancier d'aucune manière. Ce sont les
mêmes. Par contre, il est vrai que, dans le secteur ambulancier, il y a deux types de rémunération, à savoir la
rémunération horaire et la rémunération sur horaire de faction. Pour ceux qui nous écoutent, qui ne sont
pas familiers avec ça, la rémunération horaire, bien, c'est un quart de travail tel que tout le monde le connaît dans sa
vie. Un horaire de faction, c'est une disponibilité à la maison, et on
est sur appel et on se déplace lorsqu'il y a un appel d'urgence.
Au Québec, nous avons
une grille d'analyse de la consommation territoriale et populationnelle des services
préhospitaliers d'urgence, donc des
ambulances. Cette grille, M. le Président, est appliquée de la même manière
partout sur le territoire du Québec et emmène des décisions périodiques pour modifier ou
non le passage de l'horaire de faction à l'horaire proprement dit, le quart de travail.
Cette année, M. le Président, à deux reprises, même trois en fait, nous
avons refait nos analyses, qui sont périodiques, nous avons refait la prise de
données pour évaluer si un secteur qui est actuellement à l'horaire de faction a vu sa consommation augmenter pour se rendre au niveau de base, au seuil pour
justifier la transformation d'un horaire de faction en quart horaire de travail
standard.
Vous
comprendrez, M. le Président, qu'un horaire de faction c'est une personne qui
peut être disponible sur une période de 24 heures s'il n'y a à peu
près pas de demande. Une demande, c'est tant de transports par année ou par semaine. Maintenant, lorsqu'on a trois quarts de travail, c'est parce qu'évidemment il y a des demandes de
transport à l'avenant. Alors, à
Montréal, à Québec, à Sherbrooke, c'est des ambulances à l'heure. Dans les
régions très rurales, ce sont des horaires de faction. La même règle est
appliquée partout. Les horaires de faction qui ont été changés dans le territoire auquel fait référence notre collègue
l'ont été sur la base de l'analyse factuelle de ces données, et celles qui
n'ont pas été changées ne l'ont pas été sur la base des mêmes critères.
le deuxième élément, qui est celui du bloc opératoire de Sainte-Anne-des-Monts.
Au bloc opératoire de Sainte-Anne-des-Monts,
il y a eu deux problèmes. Il y a un médecin qui a pris sa retraite, il y a un
médecin qui a eu des exigences telles
qu'aucune organisation ne pouvait y donner suite. Je ne rentre pas dans le
détail parce que c'est une matière privée. Si j'en discutais publiquement, ça ne serait peut-être pas jojo pour les
personnes impliquées, mais il y a un médecin qui est parti pour des
raisons qui ne se traiteront... je ne traiterai pas ici, mais qui étaient, à la
base, des demandes totalement démesurées. Je ne rentrerai pas dans le détail.
Maintenant,
M. le Président, nous avons adopté une loi, la loi n° 130,
qui a pour objectif et finalité de faire en sorte que les situations
similaires et identiques à ce qui arrive à Sainte-Anne-des-Monts, incluant
Sainte-Anne-des-Monts, n'arrivent plus. Avec cette loi n° 130,
encore une fois, une autre loi à propos de laquelle tout le monde n'a pas voté unanimement... cette loi-là permet maintenant de
mettre en place une mécanique de dépannage, sous peine d'amende, des organisations médicales, donc, des spécialités
médicales pour qu'à Sainte-Anne-des-Monts on n'ait plus à revivre ça. Et
je regarde du coin de l'oeil mon collègue de
Côte-du-Sud, qui fait face exactement au même problème, et c'est à lui
aussi que ça s'adresse. Et cette chose-là non seulement va se corriger, mais ce
sera permanent. Voilà une autre réalisation historique de notre gouvernement.
Pour
ce qui est des pistes d'atterrissage, M. le Président, les pistes
d'atterrissage, vous allez convenir avec moi qu'elles ne sont pas sous mon autorité. Je ne les construis pas, je ne
les entretiens pas, comme ministre de la Santé, ce n'est pas dans mon territoire. Maintenant, je
rappelle à notre collègue de Gaspé que nous avons un système de
transport aérien qui comprend diverses modalités, et les modalités qui sont
utilisées sont utilisées en fonction de l'éloignement géographique. Le Challenger, dans la majorité de son temps
d'utilisation, l'est pour le Nord, le Grand Nord, alors que les Dash 8 le sont essentiellement pour, notamment,
Sainte-Anne-des-Monts, des régions plus proches, plus près. Et les Dash
8 peuvent atterrir en toutes circonstances à Sainte-Anne-des-Monts. C'est vrai
que le Challenger, c'est une autre chose.
Alors,
nous avons au Québec la chance d'avoir un système de transport aérien adapté à
différentes situations, qui est de grande qualité. Alors, à la question
que pose mon collègue sur l'état des pistes d'atterrissage, je l'invite à aller
aux crédits du ministère des Transports, où
ce sujet-là sera traité avec plus de pertinence et de précision, puisque je
n'ai pas vraiment de commentaire à
faire. C'est complètement en dehors de mes prérogatives et, je dirais même, de
mes connaissances professionnelles.
Président (M. Merlini) : Mme, MM. les membres de la Commission de la
santé et des services sociaux,
il est donc 13 heures.
compte tenu de l'heure, la commission suspend ses travaux
jusqu'à 15 heures, où elle entreprendra l'étude du volet Services
sociaux et Protection de la jeunesse. Bon appétit à toutes et tous.
(Suspension de la séance à
13 heures)
Le Président
(M. Merlini) : À l'ordre, s'il vous plaît! Nous allons donc
reprendre nos travaux.
Commission de la santé et des
services sociaux est réunie cet après-midi
afin de procéder à l'étude des
crédits du volet Services sociaux et Protection de la jeunesse du portefeuille Santé et Services sociaux pour l'exercice 2018-2019.
Une enveloppe de quatre heures a été allouée
pour l'étude de ces crédits. La mise aux voix de ces crédits sera
effectuée à la fin du temps qui leur est alloué.
Bon après-midi, Mme
la secrétaire. Y a-t-il des remplacements pour cette
partie de la séance?
La Secrétaire :
Oui, M. le Président. M. Girard (Trois-Rivières) sera remplacé par M. Bolduc
(Mégantic); Mme Nichols (Vaudreuil), par M. Bourgeois
(Abitibi-Est); Mme Simard (Charlevoix—Côte-de-Beaupré), par M. Plante
(Maskinongé); et M. Simard (Dubuc), par M. Giguère (Saint-Maurice).
Le Président
(M. Merlini) : Merci beaucoup, Mme la secrétaire.
Nous allons
débuter immédiatement avec nos remarques
préliminaires. Mme la ministre et députée de Soulanges,
vous disposez de 12 minutes. À vous la parole.
Mme Charlebois : Alors, bonjour, M. le Président. Merci de nous
accueillir pour cette étude de
crédits qui sera, je n'en doute
pas, très positive.
Alors, chers collègues
membres de la Commission de santé et
services sociaux, je suis heureuse et
fière de venir vous présenter les
grandes réalisations de la dernière année dans les secteurs de la santé et des services sociaux qui sont sous ma responsabilité. Que l'on pense aux dossiers de santé publique, d'itinérance, de protection de la jeunesse, de déficience, nous pouvons dire que nous sommes actifs pour
améliorer les soins et les services et répondre adéquatement aux besoins
des usagers, surtout lorsqu'on s'adresse aux plus vulnérables de notre société.
J'aimerais également
profiter du temps de parole qui m'est imparti dans le cadre de l'ouverture de
cette étude des crédits
pour faire le bilan des quatre dernières années, M. le Président. Nous avons
annoncé des développements budgétaires majeurs. Beaucoup de travail
a été accompli, comme je le disais.
Et, avant
d'aller plus loin, j'aimerais souligner la présence des personnes qui
m'accompagnent et me secondent dans
le cadre de cet exercice démocratique, mais aussi au quotidien, pour faire avancer les
grands dossiers du ministère de la
Santé et des Services sociaux, soit
mon chef de cabinet, M. Pierre Leclerc — puis je fais un petit coucou à mon ancienne chef de cabinet, qui a été là quand même
pendant trois ans, Natacha Joncas-Boudreau, que je salue, je suis certaine
qu'elle écoute nos crédits — notre
sous-ministre de la Santé et des Services sociaux, M. Michel Fontaine, le sous-ministre
adjoint et directeur national de santé
publique, M. Horacio Arruda, et notre sous-ministre adjointe aux Services sociaux, Mme Lyne Jobin, et
toute leur équipe qui m'accompagne. Je veux les remercier à l'avance de m'avoir
soutenue dans la préparation de cette
étude des crédits et de m'épauler aujourd'hui pour répondre aux questions
des collègues de l'Assemblée
nationale, mais particulièrement souligner le travail qui aura été fait dans les quatre dernières
années. Honnêtement, je peux vous confirmer que j'ai été très,
très bien épaulée et qu'on a une équipe qui est très dynamique et très à son
affaire.
Je crois qu'il serait opportun de commencer ce
survol par un sujet qui m'apparaît incontournable parce qu'il a soulevé de nombreuses préoccupations au sein de la population québécoise, et vous comprendrez, M. le Président, que je parle de la question
de la légalisation du cannabis. Alors, voilà déjà un an, le
13 avril 2017, le gouvernement fédéral a déposé son projet de loi qui vise à légaliser cette substance. Et cette légalisation
comporte différents enjeux pour le Québec, notamment la prévention,
surtout auprès de notre jeunesse et des autres populations vulnérables, la
promotion de la santé, la sécurité publique, incluant la sécurité
routière, ainsi que la distribution, la vente et le respect de la réglementation.
Alors, c'est pourquoi
nous avons opté pour l'élaboration d'un projet
de loi cadre dont les grandes
orientations découleraient d'un processus
de consultation publique. Premièrement, un forum qui
visait à entendre des experts sur des enjeux concrets de l'encadrement
fondé sur des principes de santé et de sécurité publique s'est tenu. Et il y a
eu un processus de consultation régionale qui s'est déplacé dans plusieurs
régions. Il y a eu aussi une consultation en ligne,
où il y a eu 12 594 personnes qui ont répondu à notre questionnaire,
et tout ça entre le 21 août et le 12 septembre, M. le Président. On a aussi consulté les municipalités,
le Secrétariat à la jeunesse et les communautés autochtones.
Et cette
démarche-là nous a permis de déterminer collectivement quel devrait être
l'encadrement du cannabis au Québec, et ce, dans le respect de nos valeurs communes,
tout en étant à l'écoute des préoccupations de la population. Et le projet
de loi constituant la Société québécoise du cannabis, édictant la Loi encadrant
le cannabis et modifiant diverses dispositions
en matière de sécurité routière a donc pu être déposé à l'Assemblée nationale
le 16 novembre dernier. Celui-ci poursuit actuellement son étude
détaillée en vue de son adoption à l'article par article.
Entre autres mesures, nous avons proposé la
création d'une société d'État, qui est la Société québécoise du cannabis. Et, vous savez, les revenus engendrés
seraient investis majoritairement dans la prévention, la recherche et
les soins relatifs au cannabis. À ce compte,
le gouvernement garantira, notamment par une injection de fonds minimale,
25 millions par année durant cinq ans, à compter de 2018-2019, dans le
fonds dédié à la recherche et à la prévention en matière de cannabis.
Vous le
savez, en vertu de mes responsabilités ministérielles en matière de dépendance,
j'ai vraiment à coeur de protéger la
santé et la sécurité des Québécois. En plus du projet de loi n° 157, nous
avons d'autres mesures structurantes qui contribuent à renforcer les services en dépendance. Je songe notamment à
l'investissement de 6 millions récurrent, annoncé en 2016 et
reconduit en 2018-2019, qui vise à favoriser l'accessibilité au programme
d'intervention offert par nos ressources certifiées offrant l'hébergement en
dépendance.
De plus,
notre gouvernement a réagi sans tarder à la situation alarmante liée à la crise
d'opioïdes et nous avons proposé des
mesures pour renforcer la lutte contre les méfaits liés à ces substances. Et,
dans le cadre de ces efforts, nous avons
procédé à l'implantation de quatre sites d'injection supervisée sur le
territoire montréalais, dont trois sont fixes et une unité mobile. Et,
dans nos efforts pour lutter contre les méfaits des opioïdes, nous avons
également augmenté l'accessibilité à la
naloxone, mesure qui permet de mieux intervenir auprès des personnes
dépendantes aux opioïdes et même de sauver des vies, M. le Président.
Toujours en
ce qui concerne les dépendances, je tiens à mentionner que nous sommes à
finaliser un plan d'action interministériel
en dépendance 2018-2028 et qu'il y aura aussi la stratégie gouvernementale
pour prévenir les surdoses liées aux opioïdes. Ces actions visent donc à
prévenir, réduire et traiter les conséquences associées à la consommation de
substances psychoactives, à la pratique des jeux de hasard, d'argent et à la
cyberdépendance.
Aussi, un dossier qui a mobilisé nos
équipes avec la santé publique, c'est la lutte contre le tabagisme. Et vous
vous souviendrez que cette loi, entrée en
vigueur en 2016, est venue consolider la lutte antitabac, et de même que
soutenir et renforcer les mesures de
prévention de l'usage du tabac, protéger les non-fumeurs, notamment les jeunes,
et inciter les fumeurs à cesser de fumer.
Vous vous souvenez
aussi sûrement, M. le Président, qu'on a lancé une politique, en 2016,
gouvernementale de prévention en santé pour améliorer la santé, la sécurité et
la qualité de vie de notre population, pour réduire les inégalités sociales.
Dans le cadre de cette politique, qui est une des premières, en Amérique du
Nord, du genre, nous nous sommes dotés de
quelques cibles concrètes, dont une augmentation de 20 % du nombre
d'adolescents actifs dans leurs
loisirs et leurs déplacements, une réduction du nombre de fumeurs à 10 %
de la population, un accroissement de
49 % de l'offre de logements abordables et une augmentation de 18 %
du nombre d'aînés bénéficiant de services de soutien à domicile.
Cette année, on a
concrétisé le tout en lançant le plan d'action interministériel qui découle de
la Politique gouvernementale de prévention
en santé, et ce plan d'action est de 2017 à 2021, et il constitue l'outil
privilégié pour agir sur des facteurs
individuels et environnementaux qui influencent notre santé. Et, pour votre
information, le gouvernement va investir
80 millions pour la durée de tout le plan d'action interministériel, et
cela a été annoncé dans le plan économique de 2017-2018.
Alors,
la santé et le bien-être des jeunes me tiennent vraiment à coeur, M. le
Président. Et les nombreuses annonces des
derniers mois qui ont passé ont démontré notre volonté de mieux adapter les
services à la réalité actuelle. Alors, le renforcement des services de
proximité, et la mise en oeuvre de continuums de services, pour les jeunes en
difficulté est incontournable pour leur
offrir soutien, des services auxquels ils ont droit. J'ai annoncé des
investissements de l'ordre de
12 millions pour améliorer l'accès à un service psychosocial, rehausser le
taux de prise en charge pour les services de proximité, réduire la pression sur les services afin de diminuer les
listes d'attente. Pour réduire cette pression, les services de protection de la jeunesse... et diminuer les
listes d'attente... et l'application des mesures, j'ai également rendu
disponible un financement supplémentaire de 5 millions, M. le Président.
Je veux aussi vous
rappeler qu'en juin 2016 nous avons déposé un projet de loi, le projet de
loi n° 99, qui a d'ailleurs été adopté à l'unanimité. Tout cela pour quoi?
Bien, c'était pour la protection de notre jeunesse. Et, par les diverses dispositions dans cette loi, nous avons
assuré la continuité, la stabilité des enfants, favorisé des ententes
entre les parties, concilié la protection des enfants et le respect de la vie
privée, modernisé le processus judiciaire et assuré une meilleure protection
aux enfants victimes d'exploitation sexuelle.
Vous savez qu'on a
déposé aussi un plan d'action pour contrer les fugues. Il y a eu
24 actions, tout ça pour améliorer la qualité du service, appuyer le plan
clinique et les éducateurs, les gestionnaires, renforcer la concertation. Et, dans le cadre de ce plan-là, nous avons
annoncé 11 millions justement pour permettre d'avoir les ressources
suffisantes.
Nous
avons aussi annoncé un plan d'action interministériel en
itinérance 2015-2020, qui a été lancé en décembre 2014. Des investissements de plus de 21 millions ont
été annoncés, lesquels s'ajoutent aux 8,1 millions déjà investis
pour lutter contre l'itinérance. On a annoncé un financement supplémentaire de
11 millions, qui se décline dans plusieurs régions.
Nous
avons aussi agi dans le domaine de la déficience physique et intellectuelle.
Nous avons tenu un forum sur le trouble
du spectre de l'autisme. Nous avons annoncé 29 millions récurrents pour
aider ces personnes à obtenir des services. M. le Président, je voudrais vous en parler longuement, vous dire tous
les services que nous avons offerts : diminuer la liste d'attente pour les premiers services, avoir
un intervenant pivot, donner des plans de répit aux familles. Bref, il y
a tout ça qui a été fait.
Nous
avons aussi agi dans le domaine des agressions sexuelles et nous avons investi
un 20 millions de dollars pour
soutenir les femmes victimes de violence et d'agression sexuelle. Et je veux
souligner l'importante contribution des organismes communautaires. Vous vous souvenez que, cette année, nous
avons annoncé un ajout de 17 millions par année, récurrents à la mission globale des organismes, ce
qui fait qu'au bout de cinq ans nous aurons 148 millions récurrents
de plus qui vont être disponibles pour les organismes communautaires.
Bref,
ce n'est pas un portrait exhaustif. J'aurais voulu vous parler encore plus.
Mais, comme le temps qui m'est imparti est de 12 minutes, je vais
plutôt faire ça dans le cadre de questions, M. le Président.
Président (M. Merlini) : Merci infiniment, Mme la ministre, pour vos
remarques préliminaires. Maintenant, j'invite le porte-parole de
l'opposition officielle et député de Saint-Jean à faire ses remarques
préliminaires pour un maximum de 10 minutes. M. le député de Saint-Jean.
Turcotte :
Ça va. Merci.
Président (M. Merlini) : Ça va? Alors, très bien. M. le député de
Lévis, du deuxième groupe d'opposition, est-ce que vous avez des
remarques préliminaires à nous faire, pour un maximum de sept minutes?
M. Paradis (Lévis) : Seulement, M. le Président, à l'image de ce qu'on a fait précédemment,
de saluer la ministre, son équipe,
bien sûr, qui l'accompagne, les collègues du gouvernement, collègues de
l'opposition, et de faire en sorte qu'on ait de bons échanges permettant
d'avancer dans ces dossiers et de profiter du moment qui nous est accordé.
Merci.
Président (M. Merlini) : Excellent. Je vous remercie beaucoup, M. le
député de Lévis, pour ce commentaire.
Alors,
maintenant, je suis prêt à reconnaître une première intervention de
l'opposition officielle pour un premier bloc d'échange. M. le député de
Saint-Jean, la parole est à vous, et vous avez 18 minutes.
Turcotte :
Bien, merci, M. le Président. Vous allez tout d'abord me permettre l'occasion
de vous saluer, l'ensemble des gens de votre
équipe, Mme la ministre, les membres de son équipe, tant du cabinet que les
gens du ministère, les collègues
députés du parti ministériel, notre collègue de la deuxième opposition, les
gens qui nous accompagnent comme recherchistes
dans nos différentes ailes parlementaires, les gens qui représentent les
organismes et organisations qui sont présents ici ou qui nous écoutent
via la télévision.
première question, M. le Président, à la ministre, elle ne sera pas surprise.
Je voudrais questionner sur ce qu'on appelle
le PSOC, le programme de soutien aux organisations communautaires, dans le
ministère de la Santé. Lors du dernier budget,
on peut voir dans le fascicule Santé, à la page 14, et confirmé
aujourd'hui par le communiqué de la ministre, un 17 millions pour un rehaussement du PSOC. Je suis content de voir
que la ministre, dans son communiqué d'aujourd'hui, considère ce 17 millions comme un tout, donc
ensemble, et non pas un 10 millions plus un 7 millions, parce que, si
on se fie aux documents du budget, il y
avait une mention de 7 millions par rapport à l'augmentation des salaires,
donc pour tenir compte de l'augmentation du salaire minimum, et ailleurs
on devait déduire, donc 17 moins 7... C'est qu'il y avait un 7 millions pour la mission. Donc, je suis
content de voir que la ministre, dans son communiqué aujourd'hui, le met
en entier, donc dans un bloc.
Donc,
je n'aurai pas besoin de lui demander de confirmer si c'est deux montants
séparés, mais que c'est bien un montant qui sera réparti à l'ensemble
des groupes, selon des critères qu'elle pourra préciser. Mais, ma question, ce 17 millions, s'il est considéré comme un
montant réparti selon différents critères à différents organismes, est-ce que
ce montant-là, en termes de reddition de
comptes, sera inclus dans la reddition de comptes déjà octroyée aux organismes...
des montants déjà octroyés au PSOC ou ce sera une reddition de comptes
supplémentaire?
Président (M. Merlini) : Merci, M. le député. Avant de répondre, Mme la
ministre, simplement pour la
bonne gouverne de tous et chacun, la
présidence va tenter, dans la mesure du possible, de bien équilibrer le temps de parole entre les questions et les réponses, dans la mesure du
possible, parce que, si la ministre doit fournir de l'information additionnelle, évidemment on va lui permettre. Mme
la ministre.
Charlebois :
Excusez-moi, parce qu'on était dans l'explicati