Institutions — 4 November 2021 (42nd Legislature, 2nd Session)
CI 2021-11-04
Quebec — Committees
(Onze heures dix-neuf minutes)
Présidente (Mme Proulx, Côte-du-Sud) : Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la Commission des institutions ouverte.
La commission est réunie afin de poursuivre
l'étude détaillée du projet de loi n° 92, Loi visant la création d'un
tribunal spécialisé en matière de violence sexuelle et de violence conjugale et
portant sur la formation des juges en ces matières.
M. le secrétaire, y a-t-il des remplacements?
Secrétaire : Oui, Mme la Présidente. M. Bachand (Richmond)
est remplacé par Mme Proulx (Côte-du-Sud); Mme Lavallée
(Repentigny) est remplacée par Mme Lecours (Lotbinière-Frontenac);
M. Rousselle (Vimont) est remplacé par Mme Melançon (Verdun);
M. Zanetti (Jean-Lesage) est remplacé par Mme Labrie (Sherbrooke).
La Présidente (Mme Proulx,
Côte-du-Sud) : Merci, M. le secrétaire. Lors de l'ajournement de la
séance d'hier, nous en étions à l'étude de
l'amendement proposé par le ministre à l'article 3 du projet de loi. Nous
en étions au quatrième paragraphe du
deuxième alinéa de l'article 83.0.1 proposé par l'amendement. Y a-t-il
d'autres interventions sur ce paragraphe?
M. Jolin-Barrette : On avait
pas mal fini le 4°.
M. Jolin-Barrette : Oui, oui... Non,
mais...
Présidente (Mme Proulx, Côte-du-Sud) : Donc, est-ce qu'il y a d'autres
interventions sur ce paragraphe? Mme la députée de Joliette.
Mme Hivon : Oui,
quand on s'est quittés hier, je venais de poser la question, justement, au
ministre, qui parle, au singulier, du
ministre, au 4°. Comment tout cela pouvait relever uniquement du ministre de la
Justice, c'est-à-dire toute l'offre aux personnes victimes des services
adaptés et des mesures d'accompagnement? Donc, je voulais comprendre, parce que
lui-même a fait référence au rôle des organismes communautaires, qui, on le
sait, ne relèvent pas tous du ministre de la
Justice, sauf les CAVAC, qui ont un certain lien. Donc, il y a beaucoup
d'autres organismes qui vont être impliqués. Alors, je voulais
comprendre comment on peut lire cet alinéa-là.
La Présidente (Mme Proulx,
Côte-du-Sud) : M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Dans le
fond, le continuum de services, sous le tribunal spécialisé, sous la
juridiction du ministre de la Justice, donc les services qui vont être offerts,
en termes de responsabilités, il n'y a qu'un seul ministre de responsable. Bien
entendu, il y a des organismes qui relèvent d'autres ministères, qu'on va faire
des ententes avec eux pour qu'ils offrent le continuum de services. Donc, ce
n'est pas à trois têtes, dans le fond, le tribunal spécialisé. Le ministre
responsable, c'est le ministre de la Justice.
Hivon : Est-ce que
les budgets, donc, qui concernent des organismes communautaires qui ne sont pas
sous la responsabilité du ministre de la Justice vont être transférés au ministre
de la Justice?
M. Jolin-Barrette : Non.
Hivon : Donc,
quelle espèce de garantie, nous, on a ici que tout ça va suivre? Parce que le ministre
nous dit encore une fois : Faites-moi confiance, je suis responsable du
grand tribunal spécialisé parapluie, et donc je vais m'assurer que ça va se faire. Mais, si les ministères
concernés, comme la Sécurité publique, comme Santé et Services sociaux,
n'en font pas une priorité ou n'ont pas les fonds nécessaires, on n'est pas
plus avancés.
Jolin-Barrette : Quand on
présente un dossier au Conseil des
ministres, là, dans les demandes budgétaires
que l'on fait, exemple, quand on instaure un projet x, y et autres, bien, c'est
porté par un ministre, mais, par contre, il y a des
sommes qui sont également pour les autres ministères, parce que, le gouvernement,
il est cohérent. Il y a un ministre qui est imputable relativement au tribunal
spécialisé, mais la demande, elle est faite également en termes financiers.
Donc, c'est une décision gouvernementale qui est cohérente.
Je donne un exemple.
Lorsqu'on a débloqué le plan de lutte contre les féminicides et la violence
conjugale au printemps dernier, qui était
porté par la vice-première ministre, bien, il y avait des sommes qui étaient
présentées par... pour le MSP, il y avait des sommes qui étaient pour le
Secrétariat à la Condition féminine, il y avait des sommes qui étaient pour la
Justice, pour le DPCP.
Hivon :
Mais là on est dans une loi. Puis j'ai juste une crainte, là, c'est qu'on donne
l'impression que tous les services et tout, tout ce qui concerne de près ou de
loin les services d'accompagnement aux victimes relève du ministre, mais ça ne relève pas du ministre, Ça relève du tribunal
spécialisé. Puis le ministre, il me dit : Moi, je suis responsable du grand chapeau du tribunal
spécialisé. Mais la dispensation des services, comme, par exemple, Côté Cour,
à Montréal, c'est le CISSS qui est responsable de fournir l'intervenante
psychosociale.
Donc, il y a vraiment
une responsabilité du ministère de la Santé et des Services sociaux que ça
puisse être bien financé, puis tout ça. Là,
le ministre est en train de nous dire : Bien là, on n'aura plus ce type-là
de responsabilité individualisée des différents ministères. Moi, je
prends la responsabilité de tout, même pour les organismes qui ne relèvent pas
de moi. Mais on se comprend qu'en termes, je dirais, de sécurité ou d'assurance
pour le futur, encore une fois, s'il n'y a rien d'inscrit dans la loi par rapport aux rôles et responsabilités de chacun des ministres, il n'y a pas
cette garantie-là de pérennité. Là, le ministre dit : Ça relève de moi en
ce moment, puis on s'entend comme ça, on a présenté le dossier au Conseil des
ministres. Ça, je comprends ça, mais la loi ne reflète pas ça.
Jolin-Barrette : Bien oui, la loi reflète qu'on donne l'accompagnement
nécessaire. Donc, si c'est des ressources de santé et de services sociaux, si
c'est des ressources des CISSS, tout ça, ça va être mis... Les ressources vont
être là, là. Le tribunal spécialisé, il est là. L'obligation, elle est faite à
l'État d'offrir de l'accompagnement. Il n'y a pas d'enjeu.
Présidente (Mme Proulx, Côte-du-Sud) : Est-ce qu'il y a d'autres
interventions? J'avais Mme la députée de Verdun.
Mme Melançon :
Merci, Mme la Présidente. Heureuse de vous voir pour ces travaux. J'ai une question
pour le ministre. Puis je pense que la députée
de Joliette veut aussi signifier qu'à partir du moment où on
dit qu'il va y avoir une offre, justement, pour les mesures d'accompagnement puis de
coordination, si les budgets ne suivent pas, ça veut aussi envoyer un drôle de signal. Si le ministre
dit : Bien, je serai responsable, moi seul, mais je n'ai pas de mainmise
sur les enveloppes budgétaires, à un moment donné, on va se retrouver avec un
déficit et à la fois de cohérence, mais aussi avec un déficit de leadership.
Puis je vais dire ça, puis sans dire qu'il y a un manque de leadership de la
part du ministre, mais, à partir du moment où ce n'est pas dans
tes clientèles, on devient... on fait face à un sérieux problème.
La Présidente (Mme
Proulx, Côte-du-Sud) : M. le ministre.
Jolin-Barrette : Bien, je vous le réitère, ce n'est pas un enjeu dans
les différentes lois. Dans le fond, ça, c'est une loi qui est portée par le ministère
de la Justice, et, s'il y a des obligations gouvernementales en lien avec ça,
on crée un tribunal spécialisé. On ne dit pas, dans chacune des lois : Le ministère
de la Santé et des Services sociaux va
faire... va fournir ça puis le ministère de
l'Immigration va fournir ça, le ministère
des Affaires municipales va fournir ça, le Conseil du trésor va
fournir ça. Vous le savez tous, là, ce n'est pas comme ça que les lois sont
rédigées.
Mais le tribunal
spécialisé est en place. Il a des obligations et les services vont être donnés.
C'est ce qu'on fait avec le paragraphe 4°. «Le ministre offre aux
personnes victimes des services adaptés à leurs besoins, lesquels doivent
inclure des mesures d'accompagnement et la coordination des dossiers.» Ça le
dit, les services vont être là.
Melançon : Dans le... On se plaît à répéter à chaque fois que le
rapport Grenier est formidable, et on le dit
à chaque fois avec un petit clin d'oeil au sous-ministre, qui est assis à côté
de vous, extrait, page 27 de ce rapport : «Formation en
continu pour tous les acteurs. Les membres du groupe de travail soulignent
l'importance de former les intervenants psychosociaux/judiciaires de façon
continue. Ils soulignent également que beaucoup d'organisations développent
leurs propres formations, menant à une variété de formation.
«Ils
recommandent donc un effort de rationalisation dans le développement des
formations, en développant un tronc commun de formation sur les
violences sexuelles et violence conjugale, suivi d'une formation plus
spécifique au domaine professionnel de chacun. Cela rejoint d'ailleurs la
position du comité d'experts.
plus, toujours dans l'esprit des recommandations du comité d'experts, les
formations doivent promouvoir la collaboration entre les acteurs
psychosociaux et judiciaires, notamment les policiers, en les impliquant dans
son développement.
«Afin de tenir compte
de ces enjeux, des travaux plus larges entourant la question des formations
seront coordonnés par le Secrétariat de la condition féminine, notamment pour
obtenir un portrait plus clair de nombreuses formations
déjà développées. Ces démarches pourront donc influencer l'approche retenue
pour la formation en continu visée dans le présent exercice.»
Donc, dans le rapport Grenier, on indique que
toutes les formations devraient être sous l'égide du secrétariat de la
condition féminine.
Jolin-Barrette : Et, dans
l'amendement que j'ai soumis, on indique que le ministre offre des
formations... offre une formation à tous les intervenants qui ont
affaire avec le tribunal spécialisé. Donc, on ne commencera pas à multiplier ça
à gauche, à droite, là. Le tribunal spécialisé, ça se passe dans un processus
judiciaire, hein? Si on veut avoir de la cohérence, si on veut faire en sorte
que ça soit cohérent, bien, ça va être un ministre responsable. On ne
multipliera pas les intervenants pour être sûrs que ça fonctionne, que ça soit
coordonné puis qu'il y ait de l'action.
Mme Melançon : Bien, je pense, en
tout respect pour ceux qui ont travaillé dans le comité, que...
M. Jolin-Barrette : Puis le point...
Dans le groupe de travail, là, ce qui est écrit, c'est que c'est le Secrétariat
à la condition féminine qui fait la recension.
Mme Melançon : Bien, je vous lis
exactement ce que je viens de faire ici, là, donc : «Afin de tenir compte
de ces enjeux, des travaux plus larges entourant la question des formations
seront coordonnés par le secrétariat de la condition
féminine». Moi, c'est juste pour démontrer qu'à un moment donné ça prend aussi
du leadership ministériel. Là, qui va faire quoi? Là, à un moment donné,
ça va être les CIUSSS. Donc, ça va être un tel ministre. Moi, je pense qu'il
est intéressant ici de pouvoir parler des ministres qui seront aussi
responsables des différentes formations pour aussi, bien sûr, s'assurer que les
sommes qui seront demandées, exigées pour pouvoir offrir ces formations-là...
Bien, comme je le disais tout à l'heure, le
ministre vient de parler de cohérence. Je pense que, de la cohérence, ça en
prend aussi dans chacun des
ministères pour pouvoir offrir les bonnes formations, pour s'assurer d'avoir
les enveloppes budgétaires nécessaires.
Hier, on a discuté un peu des difficultés, selon
le ministre, après trois ans de projets pilotes, à ce que tous les districts
judiciaires puissent offrir les services partout au Québec pour
l'accompagnement des victimes, parce que c'est à ça dont il est question ici
aujourd'hui. Bien, si on veut s'assurer que la formation puisse avoir lieu
pendant les trois ans de projets pilotes dont le ministre nous a glissé a
l'oreille hier, bien, ça va prendre des sommes importantes pour faire la
formation, puis là tant des policiers, des procureurs, des enquêteurs
spécialisés. Puis là le ministre nous dit : Non, non, ça va être moi. Pour
les enquêteurs spécialisés, les sommes, je ne pense pas qu'elles vont provenir
du ministère de la Justice, pour la formation.
La Présidente (Mme Proulx,
Côte-du-Sud) : M. le ministre, voulez-vous...
M. Jolin-Barrette : Alors, Mme la Présidente, chacun des ministères,
hein, donne la formation à leur personnel. Les corps de police forment leurs
policiers. Le DPCP offre de la formation. Les organismes communautaires
offrent de la formation. Les CALACS offrent de la formation. Les CAVAC offrent
de la formation également. Ce qu'il y a dans le
projet de loi, c'est pour faire en sorte que les gens également... On
dit : Le ministre offre de la formation pour s'assurer que tout le
monde... et c'est une demande que vous aviez, de dire : Bien, il ne faut
pas juste viser les juges dans le projet de loi. Alors, je vous ai entendue.
Alors, dans l'amendement, c'est prévu qu'on offre une formation.
Alors, on
répond en tous points à ce que vous souhaitez. Une chose qui est sûre, c'est
que le gouvernement, là, il est uni
et indivisible. Il ne fait qu'un. La responsabilité est attribuée, du tribunal
spécialisé, au ministre de la Justice, mais on ne commencera pas à
dire : Le ministère de la Santé fait ça, ci, ça. Tout ça, là, c'est
coordonné puis c'est le ministère de la Justice qui coordonne tout ça.
À la page 27, là, du rapport du groupe de
travail : «Afin de tenir compte de ces enjeux, des travaux plus larges entourant la question des formations seront
coordonnés par le Secrétariat à la
condition féminine, notamment pour obtenir un portrait plus clair des
nombreuses formations déjà développées. Ces démarches pourront donc influencer
l'approche retenue pour la formation en continu visant le présent exercice.»
Bien entendu qu'on travaille avec le Secrétariat à la condition féminine, hein?
Bien entendu, on travaille ensemble, mais, au niveau du tribunal spécialisé, c'est le ministère de la Justice qui est
responsable comme ça se fait dans les autres différentes lois. Alors, je ne
vois pas où il est, l'enjeu, là. Maintenant, on enfonce une porte
ouverte.
Mme Melançon : En tout respect, Mme
la Présidente, je ne pense pas... pas mon genre, d'abord, de vouloir... Mais, à
ce moment-ci, je trouve que le ministre qui offre aux personnes victimes des
services adaptés à leurs besoins lesquels doivent inclure des mesures
d'accompagnement et de coordination des dossiers... Je trouve que le ministre,
à lui seul, n'est pas capable de répondre à ça. Ça prend le ministre et les
ministres responsables des différentes mesures
d'accompagnement. Et je pense que le ministre serait un bon joueur d'équipe de,
justement, permettre d'ouvrir puis de mettre cette responsabilité-là aux
différents collègues pour s'assurer, et je le répète ici, que les enveloppes
budgétaires puissent suivre, justement, le rythme, parce que c'est beaucoup de
formations, là, qui sont à venir pour, justement, les différents acteurs
dans... qui vont offrir ces mesures d'accompagnement là.
Puis c'est ce qu'on vise depuis le départ puis,
quand on a fait Rebâtir la confiance , à l'intérieur du rapport, on a toujours voulu déposer, sur chacun des
groupes, leur importance. Le ministre parlait, tout à l'heure, des CALACS. Bien
sûr que les CALACS ont un rôle important dans l'accompagnement puis bien sûr
que ça va leur prendre des sommes plus importantes. Est-ce que c'est le
ministre de la Justice qui va aller voir la présidente du Conseil du trésor
pour demander de l'argent pour chacun des organismes qui va assurer
l'accompagnement?
Jolin-Barrette : Mme la
Présidente... «Le ministre offre aux personnes victimes des services adaptés
leurs besoins lesquels doivent inclure des mesures d'accompagnement et
la coordination des dossiers.» Je pense, ça dit très clairement ce que c'est. C'est qu'on va
offrir des services d'accompagnement, on va offrir des services adaptés, qui sont
sous la responsabilité du ministre, Mme la Présidente. Alors, il n'y a pas
d'enjeu. Et ce n'est pas la première fois que les ministères travaillent
ensemble, hein? Le gouvernement inclut plusieurs ministères, et la formation,
elle va être offerte aux intervenants qui
ont affaire au tribunal spécialisé, mais les corps de police vont offrir la
formation à leurs policiers. Ils vont
être formés, les différents intervenants aussi. Bien, nous, notre responsabilité,
c'est d'offrir cette formation-là.
Mme Melançon : Je veux juste
rappeler au ministre... puis, tout à l'heure, c'est lui qui l'a apporté. Donc,
je vais juste me permettre d'ajouter pour démontrer parfois que, de travailler
en vase clos, ça ne fonctionne pas. C'est le ministre, tout à l'heure, qui a
amené que le plan pour les maisons d'hébergement... Il y avait un plan puis un
plan de déploiement. Je veux quand même
juste rappeler au ministre qu'au budget, le lendemain du budget, il n'y
avait pas un sou de dédié pour les maisons d'hébergement, qu'il n'y
avait pas de plan.
Le premier ministre a fait des entrevues, le
lendemain du budget, disant à quel point il était fâché. Il a enlevé une
partie
de la responsabilité à la ministre de la Condition féminine pour les donner à
la vice-première ministre en lui demandant de trouver une solution et, à partir
de là, il y a eu un mouvement. Les centres d'hébergement pour les femmes
victimes de violence avaient été oubliés dans le budget, le dernier budget, en
2021. Il y a eu un rattrapage, et j'ai applaudi la chose lorsque les sommes
sont arrivées. Il y a la députée de Lotbinière, qui est là, là, qui a même reçu
un mandat par la suite. On attend d'ailleurs les conclusions de son mandat avec
impatience, mais c'est juste pour démontrer que, quand on met ça sur les
épaules d'une seule personne, ça se peut que ce soit échappé, et c'est ce qui
est arrivé.
M. Jolin-Barrette : Non, non, ce
n'est pas ce qui est arrivé. Mme la Présidente, on est en train de faire du
révisionnisme historique ici, parce que, dans le budget précédent, Mme la
Présidente, il y avait des sommes pour les maisons
d'hébergement. Ça, la députée de
Verdun oublie de le mentionner, qu'il
y avait des sommes pour les maisons d'hébergement. Et l'annonce qui a
été faite, ça a été des sommes dans différents ministères, notamment au DPCP, avec l'embauche de procureurs supplémentaires également, et justement les procureurs qui ont été embauchés là-dedans vont
pouvoir exercer au tribunal spécialisé. Tout est dans tout. On avance et on
améliore l'état de la justice au Québec
pour les personnes victimes.
Mme Melançon : Mme la Présidente,
j'inviterais le ministre à aller revoir l'entrevue que le premier ministre a donnée à nouveau le vendredi, donc, deux jours
suivant... le lendemain du budget. Je l'invite vraiment à aller regarder.
Le premier ministre était vraiment, vraiment
fâché. D'ailleurs, ça a amené même des collègues à aller à Tout le monde
en parle pour expliquer un peu la situation, puis il y avait un peu,
beaucoup d'oublis dans tout ça. Ceci étant dit, revenons à nos moutons.
La Présidente (Mme Proulx,
Côte-du-Sud) : ...Mme la députée.
Mme Melançon : Oui, bien sûr. Je
crois qu'ici on doit nommer que ce ne sera pas uniquement le ministre qui
pourra offrir les services adaptés, mais que le ministre et... puis on
pourrait... sans les nommer, sans faire du nommément, mais il faut qu'on
souligne que ce sera un travail d'équipe, parce qu'il y a des groupes là-dedans
qui vont dire : Bien, moi, je fais de l'accompagnement, mais clairement,
et/ou mon ministre ne le sait pas, puis je n'ai pas de sommes supplémentaires
budgétées pour pouvoir offrir l'accompagnement. Et hier je demandais d'ailleurs
qu'on puisse nommer les mesures d'accompagnement pour que ce soit clair et pour
qu'on puisse, bien sûr, voir quels sont ces groupes qui vont faire, dans le
fond, les mesures d'accompagnement pour que ce soit clair pour tout le monde.
Merci, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme Proulx,
Côte-du-Sud) : S'il n'y a pas d'autre intervention, je proposerais
qu'on passe au cinquième paragraphe. Oui, Mme la députée de Joliette.
Hivon : En tout
cas, je veux juste réitérer que, selon moi, ce serait beaucoup plus prudent
d'inscrire les responsabilités de chacun, parce que tout ça découle d'une
entente actuelle d'un ministre qui nous dit que tout ça va baigner, que tout ça
va être parfait, que ça va se faire sans heurts, alors qu'on sait que, souvent,
les ressources et les budgets sont limités et que, là, s'il n'y a pas d'imputabilité,
puis il n'y a pas de responsabilité, puis il n'y a pas de rôle de défini pour
les autres intervenants qui sont au coeur de l'instauration du tribunal
spécialisé dans certaines de ses facettes... Et ce n'est pas pour rien que,
quand on a déposé le rapport, on n'est pas juste allés voir le ministre de la Justice, mais on est aussi allés voir la ministre
de la Sécurité publique, le ministre délégué aux Services sociaux, parce qu'ils
sont directement interpelés.
Donc, moi, je mets en garde... le fait qu'à
l'usage il n'y a rien qui garantit que tout ce beau monde là va parfaitement
collaborer, que toutes les sommes vont être au rendez-vous, que tous les
services vont se déployer correctement, parce que, là, on a un seul ministre
qui va devoir tout le temps rappeler à l'ordre ses collègues, qui ont leur
pleine indépendance dans leurs champs respectifs d'activité à la tête de leur ministère.
Donc, je ne trouve pas que c'est optimal comme organisation. D'ailleurs, je
viens de me rappeler que, dans les notes qui ont été déposées par Julie
Desrosiers et Elizabeth Corte, elles demandaient de spécifier les rôles et responsabilités
de chacun. Je pense que c'est une demande tout à fait fondée.
Et j'aimerais ça que le ministre
nous dise alors, puisqu'on doit lui faire confiance sur le fait que tout ça va
être parfaitement arrimé puis qu'il va assumer la responsabilité, y compris
celle qui provient des autres ministères, quels sont les montants qui sont
prévus chez ses collègues, parce qu'il nous dit qu'il va être responsable, mais
ce n'est pas lui qui va avoir les sommes. Donc, c'est les collègues qui vont
avoir les sommes. Donc, quelles sont les sommes qui sont dégagées à la Sécurité
publique, aux Services sociaux et à la Justice pour les services adaptés puis
les mesures d'accompagnement?
La Présidente (Mme Proulx,
Côte-du-Sud) : Est-ce que vous voulez réagir, M. le ministre?
M. Jolin-Barrette : Ce qui est important,
là, Mme la Présidente, là, c'est qu'on a une obligation légale d'offrir aux personnes victimes des services
adaptés à leurs besoins, lesquels doivent inclure des mesures d'accompagnement
à la coordination des dossiers. Les collègues
disent : Écrivez-nous le budget dedans, écrivez-nous chacun des ministères,
la responsabilité, ce qu'ils vont faire, tout ça. Moi, je vous dis,
ça rentre sous le parapluie du tribunal spécialisé, et c'est le ministère
de la Justice qui est responsable de coordonner le tout et d'offrir les
services, et les services... On a une obligation légale d'offrir les services
adaptés aux personnes victimes. C'est ça qu'on fait, hein? Actuellement, les
policiers reçoivent des formations. Le DPCP reçoit de la formation. Tout le
monde travaille ensemble. Alors, dans le texte législatif, la responsabilité
légale incombe au ministre de la Justice. Il n'y a pas d'enjeu à ce niveau-là.
Hivon : Puis la
réponse pour les montants qui ont été déterminés?
M. Jolin-Barrette : Bien, les
montants qui vont être...
Hivon : Je n'ai
jamais prétendu qu'on écrirait les montants dans la loi, là. C'est une question
de compréhension commune.
M. Jolin-Barrette : Bien, les
budgets nécessaires seront accordés pour la formation des intervenants.
Hivon : Puis ces
budgets-là sont déjà existants, déjà provisionnés. À quelle hauteur ils sont
pour chacun des ministères?
M. Jolin-Barrette : Bien, moi, je ne
peux pas avancer des chiffres avant la mise à jour économique ou avant le dépôt du budget. Je ne peux pas dévoiler le
contenu des sommes qui sont consacrées avant que le ministre des Finances
fasse son annonce, mais je peux vous dire que les sommes sont là pour le faire.
Hivon : Il n'y
aurait aucun problème à ce que le ministre dise que ça va être tant de sommes,
que c'est... les coûts estimés sont de tant pour chacun des ministères puis que
c'est une demande en ce sens-là qu'on espère obtenir.
M. Jolin-Barrette : Il y a déjà des
budgets également dans les ministères en termes de formation aussi.
Hivon : Pardon?
M. Jolin-Barrette : Il y a déjà des
sommes, à l'intérieur des ministères également, qui peuvent être utilisées. Le principe de base, là, c'est que les
intervenants qui viennent au tribunal spécialisé sont formés, et l'obligation
légale, elle est là, d'offrir cette formation-là à tous les
intervenants.
Hivon : Donc, le
ministre nous dit qu'il va être responsable, qu'on n'a pas besoin de parler des
autres ministres qui vont être responsables d'offrir des services et de la
formation — on
va y revenir, à la formation, elle est... 6° — que ce n'est pas lui, par ailleurs,
qui va avoir le contrôle des budgets, mais il va avoir la responsabilité, donc, qu'il va travailler fort avec ses collègues,
dans certaines circonstances, pour que l'argent pour tous ces services-là
dont il n'est pas responsable dans son
ministère, mais, dans la loi, dont il est responsable... Donc, il va avoir à
travailler fort avec eux.
M. Jolin-Barrette : L'imputabilité,
là, elle est sur la tête du ministère de la Justice dans le cadre du tribunal spécialisé. Donc, le ministère de la Justice, par
le biais du ministre, va offrir les services adaptés aux besoins des personnes
victimes.
Hivon : Puis le
ministre n'accepte pas de nous donner l'ordre de grandeur des montants qui vont
être associés à chacune des missions des ministères pour le déploiement du
tribunal spécialisé.
M. Jolin-Barrette : Notamment, là,
on commence par les projets pilotes, et donc ça va être en mesure... On va être
en mesure aussi, après l'expérience des projets pilotes, de s'assurer du
montant des coûts associés à cela. Les projets... On débute par les projets
pilotes. On s'assure de former tous les intervenants. Donc, c'est l'obligation
que nous avons.
Hivon : Mais j'imagine qu'il y a des évaluations qui ont été
faites du coût du déploiement du tribunal spécialisé
à la grandeur du territoire du Québec à terme, puis ce serait intéressant de le
connaître ici en toute transparence.
Jolin-Barrette : Je comprends votre demande.
Présidente (Mme Proulx, Côte-du-Sud) : Est-ce qu'il y a d'autres interventions concernant le quatrième
paragraphe?
Hivon :
Puis est-ce que le ministre hier avait dit qu'il préciserait par amendement la
demande de la collègue de Sherbrooke, notamment sur les espaces? Donc, ça, on
s'attend à ce que ça va venir plus tard, dans une nouvelle mouture?
Jolin-Barrette : Ce que j'ai dit, c'est que je le prenais en délibéré.
Là, si on peut compléter l'article 3 avec toutes vos demandes... Puis je
suis en train de consolider le tout, mais on n'est pas rendus au paragraphe 6°,
puis ensuite il y a un autre alinéa ensuite. Donc, un coup que tout ça sera
fait, on sera en mesure de revenir.
La Présidente (Mme
Proulx, Côte-du-Sud) : Donc, s'il n'y a pas d'autre intervention, je
nous suggérerais de passer au cinquième paragraphe pour échanges et
discussions. Est-ce qu'il y a des interventions sur le cinquième paragraphe?
Oui, Mme la députée de Joliette.
Hivon :
Alors, au cinquième paragraphe, le ministre, encore une fois, c'est lui, donc,
qui prend la responsabilité de la poursuite qu'on appelle verticale, qui veut
dire que c'est le même procureur qui est responsable de toutes les étapes. Pour quelle raison le ministre
se donne la responsabilité plutôt que ce soit le DPCP? Est-ce que c'est
parce qu'il va le faire par orientation puis
il veut que ça lui incombe? Parce qu'on aurait pu penser que le DPCP aurait
aussi une responsabilité à assumer là-dedans, dans l'opérationnalisation des
choses.
Jolin-Barrette : La responsabilité du tribunal spécialisé est sur la
tête du ministre de la Justice. Donc, les obligations légales, l'imputabilité
retombe sur le ministre de la Justice. Donc, très clairement, avec le DPCP, on
l'a annoncé qu'il y a poursuite verticale autant en VS qu'en VC. Donc, on a
annoncé ça au mois de mai. Puis, quand Me Michel
est venu, il a dit qu'il était en train de combler les derniers postes, je
pense, rattachés à violence sexuelle...
Jolin-Barrette : ...conjugale, pardon, violence conjugale. Alors, moi,
ma responsabilité comme ministre, c'est de m'assurer que ça se fasse. Quand on
dit : «Le ministre privilégie le traitement par un même procureur», dans le fond, c'est la poursuite verticale, mais pourquoi
c'est indiqué de cette façon-là? Ça peut arriver, comme je vous le disais
hier, que supposons que la procureure au dossier tombe en congé de maternité ou
un procureur tombe en congé de maladie, bien, bien entendu, dans le cadre du
dossier, on ne pourra pas avoir le même procureur du début à la fin s'il est
absent, mais ce qu'on dit, c'est qu'on instaure la poursuite verticale,
violence sexuelle, violence conjugale, sous réserve de certaines exceptions
associées à la réalité du travail.
Hivon :
Est-ce que ça veut dire... En ce moment, évidemment, ça existe dans certaines circonstances,
la poursuite verticale, et, il me semble, je ne me souviens pas, entre les
orientations puis les directives... Le ministre, lui, il parle au DPCP par orientation
ou directive puis le...
Jolin-Barrette : Par orientation.
Hivon :
...orientation, puis le DPCP, lui, il parle par directive sur les équipes.
Est-ce qu'en ce moment, quand la poursuite
verticale est de mise, ça provient du ministre, d'une orientation du ministre,
ou c'est davantage une directive du DPCP?
Jolin-Barrette : Alors, en matière de violence sexuelle, actuellement,
c'est une directive, et on va faire une directive également pour violence
sexuelle... violence conjugale.
Hivon :
Donc, c'est des directives du DPCP?
Jolin-Barrette : Du DPCP ou de moi? Du DPCP?
Jolin-Barrette : Du DPCP.
Hivon : Mais vous
voyez juste un peu l'incohérence, là, mais, je veux dire... parce qu'au sens de
la loi c'est le ministre, mais, dans les faits, le ministre n'émettra même pas
une orientation. C'est le DPCP qui, lui, va faire des directives à ses équipes.
Donc, je me questionne à
savoir si on est au bon niveau de responsabilité quand on dit que c'est le
ministre qui est responsable de ça, s'il n'a pas le pouvoir ou même l'intention
d'émettre une orientation à cet égard-là. C'est le DPCP qui va parler là-dessus,
puis le ministre ne parlera pas, là-dessus, au DPCP, par orientation?
M. Jolin-Barrette : Bien, le
ministre parle au DPCP parce que le ministre est allé chercher l'argent pour faire en sorte qu'à la grandeur du Québec il y ait
poursuite verticale en matière de violence sexuelle et violence conjugale.
Ils sont en embauche. Donc, moi, je vous
dirais, la responsabilité vient du ministre de la Justice, puis il existe déjà
une directive du DPCP.
Hivon : Moi, je vais laisser
le ministre se débrouiller dans toutes les responsabilités de chacun, qui sont,
selon moi, drôlement définies dans le projet de loi, là, autant avec la cour,
avec le DPCP, avec les autres ministères. C'est lui qui, ultimement,
s'il veut ça comme ça, va se débrouiller là-dedans, mais je ne trouve pas que,
par souci de cohérence, de prévisibilité, de transparence, de bon
fonctionnement à long terme, c'est optimal, ce qu'on est en train de faire
aujourd'hui, là, dans les différents libellés qu'on voit.
M. Jolin-Barrette : Moi, je vous
dirais qu'à partir de moment, là, où, à 5°... que «le ministre privilégie le
traitement par un même procureur de toutes les étapes d'une poursuite»... Moi,
si j'étais dans l'opposition, j'aimerais bien mieux que le ministre soit
responsable, parce que ça émet l'imputabilité sur sa tête, puis qu'à tous les
mardis, mercredis, jeudis vous pouvez questionner le ministre sur sa
responsabilité là-dessus. Le DPCP, il vient une fois par année aux crédits...
puis que, si jamais ce n'était pas respecté, peu importe le ministre de la
Justice, j'aimerais ça que soit sur la tête du ministre.
La Présidente (Mme Proulx,
Côte-du-Sud) : Est-ce qu'il y a d'autres interventions concernant le
cinquième paragraphe? Si ça vous allait, on pourrait passer au sixième
paragraphe. Est-ce qu'il y a des interventions? Mme la députée de Sherbrooke.
Mme Labrie : Merci, Mme la
Présidente. Dans le sixième paragraphe, il est question seulement de formation.
Je me demande si on ne devrait pas préciser... de formation continue, parce
qu'ailleurs on a eu quand même cette discussion-là assez longuement sur le fait
que ce n'est pas juste une formation une fois, là, qui allait faire le travail,
mais bien la formation continue. C'est déjà ça, l'intention du ministre, de toute
façon, et il l'a nommée. Moi, je le préciserais ici, là : Le ministre
offre de la formation continue sur les réalités relatives à la violence
sexuelle et à la violence conjugale.
Puis j'aimerais aussi entendre le ministre à
savoir... Quand c'est inscrit : Les personnes susceptibles d'intervenir au
tribunal spécialisé, est-ce que ça inclut aussi toutes les personnes qui font
de l'accompagnement de niveau psychosocial, pas nécessairement juste des
intervenants du judiciaire?
M. Jolin-Barrette : Bien, c'est sûr
que, la formation, c'est une formation continue qui est évolutive, effectivement,
au sens où on l'entend. C'est sûr que le tribunal spécialisé, là, il démarre,
là, puis, dans 15 ans... Vous avez
suivi votre formation... Supposons, là, ça démarre, là, cette année, là, avec
le projet pilote, en 2021, puis là vous êtes rendus en 2041, et l'objectif,
c'est d'être formé au fur et à mesure aussi par
rapport aux nouvelles réalités, effectivement.
Mme Labrie : Oui, je sais que c'est
ça, l'objectif du ministre. On s'en est parlé beaucoup, beaucoup, là, mais est-ce
qu'on peut l'inscrire juste pour s'assurer que ce soit explicite dans la loi?
M. Jolin-Barrette : Je le prends en
délibéré avec la consolidation de tout.
Mme Labrie : Merci. Puis ma question ensuite,
c'était : quand on parle de personnes susceptibles d'intervenir au
tribunal spécialisé, est-ce que ça inclut aussi les personnes qui font de l'accompagnement
psychosocial, pas seulement des personnes du volet social?
M. Jolin-Barrette : Oui, effectivement.
Mme Labrie : Ça inclut tout le monde?
M. Jolin-Barrette : Ça inclut tous
les intervenants.
Mme Labrie : Tous les intervenants.
La Présidente (Mme Proulx,
Côte-du-Sud) : Mme la députée de Verdun.
Melançon : Merci, Mme la Présidente. Bien,
justement, juste pour éclairer, parce qu'on... cette question-là, à savoir
les personnes susceptibles d'intervenir au tribunal spécialisé, encore une
fois, je me permets... en disant que ça
demeure un peu flou, parce que j'ai besoin de savoir... Puis, pour nous, là,
qui avons travaillé sur le rapport, on sait qu'il y a plein de gens qui
peuvent, justement, accompagner, intervenir au tribunal spécialisé. Est-ce
qu'il ne serait pas intéressant de définir, justement,
qui sont ces personnes susceptibles d'intervenir pour que ce soit très clair,
pour ne pas qu'il y ait de surprise?
Jolin-Barrette : Bien, le
terme «toute personne»... «aux personnes susceptibles d'intervenir»... Une
personne susceptible d'intervenir, bien, c'est très, très large puis ça
couvre toutes les personnes qui sont susceptibles d'intervenir.
Melançon : Pouvez-vous me
donner des exemples, M. le ministre, de personnes susceptibles d'intervenir à
ce moment-ci, là, si, demain matin, le projet de loi voyait le jour?
M. Jolin-Barrette : Bien, vous avez
les policiers, les enquêteurs, les patrouilleurs. Vous avez les procureurs de
la couronne, les avocats de la défense qui interviennent, les greffiers, les
traducteurs, les interprètes. Donc, les gens qui interviennent... Donc, moi, je
ne souhaite pas voir de liste limitative. Je ne souhaite pas avoir de liste
parce qu'avec le temps ça peut évoluer
aussi. Donc, en ayant un libellé large comme ça, ça fait en sorte de couvrir le
spectre le plus large possible.
Mme Melançon : Parce que la formation
continue... Je vais le dire... Je vais déjà l'introduire, la formation continue, pour les réalités de toutes ces
personnes, encore faut-il que celles qui sont visées sachent qu'elles sont
visées. Et c'est à ce moment-là où moi, j'ai peur qu'il y ait un peu de... qu'il y ait
le côté plus nébuleux, en disant : Ah oui? Moi, je ne pensais pas que la formation...
je devais, bien sûr, être incluse à l'intérieur de la formation
puis de devoir la suivre.
Donc, je trouve que, si on ne nomme pas ceux et
celles qui peuvent recevoir cette formation-là, il y en a qui vont dire :
Bien, je ne le savais pas, tout simplement. D'après moi, si je pose la question
aux collègues, aux différents collègues, je
suis sûre qu'entre nous on va oublier plein de gens, puis il y a
des gens qui vont dire : Je ne savais même pas que j'étais visé par ça.
M. Jolin-Barrette : Je comprends. On
met la mise en place du tribunal spécialisé, notamment avec des projets
pilotes, puis, quand on va les implanter, comme je vous le disais, tout le
monde va... tous les acteurs vont travailler ensemble. Donc, tous les
différents intervenants vont travailler ensemble. Donc, la responsabilité du
ministre, c'est d'offrir de la formation aux intervenants susceptibles
d'intervenir.
La Présidente (Mme Proulx,
Côte-du-Sud) : Mme la députée de Sherbrooke.
Mme Labrie : Est-ce qu'on pourrait
préciser : susceptibles d'intervenir au tribunal spécialisé ou auprès
d'une victime?
M. Jolin-Barrette : Le tribunal
spécialisé, c'est le continuum de services. Donc, nécessairement, dans le cadre
du continuum de services, c'est avec la victime, ce n'est pas juste l'instance
judiciaire, ce n'est pas juste la division. Parce que, tu sais, quand on est
venu définir le... en haut, là, à 83.0.1, alinéa un, c'est le tribunal, ça fait
que du début à la fin.
Mme Labrie : Je comprends que le
tribunal spécialisé, c'est le parapluie. Je pense qu'on devrait quand même
ajouter «ou auprès des victimes». Notamment, on a eu l'exemple, là, plus tôt
cette semaine, d'une victime dont l'accusé serait mineur. On m'a répondu que ça
ne se passerait pas dans le tribunal spécialisé, à ce moment-là, que ça devrait
se passer... Tribunal de la jeunesse. Le ministre m'a dit : Bien là, les
services vont être disponibles pour cette
personne-là, on va transposer tout ça dans le Tribunal de la jeunesse dans un
cas particulier comme celui-là. Mais
moi, juste... ne serait-ce que pour cet exemple-là, moi, ça m'incite à me
dire : On devrait être encore plus précis, puis, en plus de
«susceptible d'intervenir au tribunal spécialisé», j'ajouterais «ou auprès
d'une victime».
Jolin-Barrette : Non. Ce
qu'on vise, là, c'est dans le cadre
du tribunal spécialisé. Pour ce qui est de l'enjeu avec la chambre de la jeunesse, dans le fond,
l'accompagnement va être transféré également à la chambre de la jeunesse, pour
la personne victime qui va se retrouver à la chambre de la jeunesse.
Mme Labrie : C'est ce que le ministre
m'a dit hier. Mais est-ce que c'est possible d'inscrire quand même que ce n'est
pas juste les personnes qui vont intervenir au tribunal spécialisé, mais c'est
les personnes qui vont intervenir auprès d'une victime? Parce que ça se peut
que ça soit en dehors du tribunal spécialisé aussi, qu'elles interviennent
auprès d'une victime.
M. Jolin-Barrette : Là, on est... Tu
sais, une personne victime, c'est très, très large, là, une personne victime. Ça veut dire que, là, vous n'êtes plus dans le
processus du tribunal spécialisé, vous êtes comme partout ailleurs dans la société, là. Tu sais, ce
que je veux dire, là... L'objet du projet de loi, là, c'est l'accompagnement
dans le processus judiciaire. Mais là, si on
prend votre formulation, on sort de ça, là, on se retrouve dans la société
civile, là. Ça fait que moi, je ne
peux pas offrir une formation dans la société civile à tout le monde qui
rencontre une victime, là. C'est plus ça, l'enjeu.
La Présidente (Mme Proulx,
Côte-du-Sud) : Mme la députée de Joliette.
Hivon :
Oui. Je vais avoir plusieurs questions sur cet alinéa-là. Mais précisément sur
l'énumération ou les personnes qui sont
ciblées, là, moi, ça m'apparaît vraiment essentiel. On pourra mettre un
«notamment» devant, là. Mais on a comme quatre ou cinq articles sur les
juges, les juges de paix magistrats, les juges des cours municipales, les juges
de la Cour du Québec puis les juges qui sont à la retraite, qui reviendraient.
On spécifie tout ça puis là, quand on arrive pour tous les autres intervenants
qui sont concernés, on ne les nomme même pas.
Je ne comprends pas ce deux poids, deux mesures.
Je ne comprends pas quel signal on envoie, quand on met tout ce monde-là qui
sont des acteurs importants, qu'on pense aux policiers, qu'on pense aux
procureurs du DPCP... Est-ce que le ministre a en tête aussi les avocats de la
défense qui vont aller au tribunal spécialisé? Les intervenants psychosociaux,
c'est lesquels? Est-ce que c'est l'ensemble des groupes communautaires qui sont
concernés? On a besoin d'éclairage là-dessus, parce que c'est fondamental,
c'est au coeur de l'idée d'avoir un tribunal spécialisé avec des gens formés et spécialisés. Donc, moi, je
pense que ça, c'est vraiment incontournable. Moi, je me serais même attendue
à ce qu'on ait quelque chose pour chaque
groupe, pour vraiment envoyer un message clair. Puis là je veux comprendre... Ça,
c'est le premier élément.
Deuxième élément : intervenir au tribunal.
Le ministre, il ne définit pas clairement, dans son projet de loi, ce qu'est le tribunal spécialisé. Quand il nous dit
la réalité parapluie, le processus, quand la victime s'engage dans le processus
judiciaire et qu'elle arrive face à un
policier qui prend sa déposition, est-ce que... On envoie le message
qu'évidemment qu'il faut que le
policier soit formé et spécialisé. Ça commence là, c'est fondamental. Est-ce
qu'avec le libellé actuel ça comprend ça? Moi, je pense que certains
pourraient avoir un questionnement.
Donc, j'aimerais savoir c'est quoi, la vision du
ministre par rapport à ça. Est-ce que ça, c'est compris dans «au tribunal spécialisé», quand la victime frappe
à la porte du corps policier puis qu'elle fait sa déposition? Est-ce que
c'est clair? Moi, je pense que c'est très
clair qu'il faut que le policier soit formé et spécialisé, mais est-ce que,
comme c'est écrit là, ça le comprend? Donc, vous voyez un peu, je pense
qu'il y a du travail à faire sur cet alinéa-là pour envoyer les bons messages,
savoir de qui on parle, dans quel contexte on en parle.
Puis je vais revenir sur le ministre, là. Je ne
comprends pas encore comment le ministre peut offrir... il ne dit même pas qu'il est responsable, il dit qu'il offre
la formation. Ça fait que lui, c'est le ministère de la Justice qui va être
responsable d'offrir la formation aux corps
de police, offrir la formation aux intervenants psychosociaux des CALACS.
Ça fait que ça, c'est un autre élément. Mais
on peut peut-être les prendre un par un puis commencer par la liste, là. Est-ce
qu'on pourrait savoir, par une liste, avec
un «notamment», parce que ça
peut évoluer, qui est touché par cette obligation-là?
La Présidente (Mme Proulx,
Côte-du-Sud) : M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : O.K. Oui. Là, on
fait une loi. Dans le fond, pourquoi est-ce qu'on vise les juges de paix magistrats, pourquoi est-ce qu'on vise les juges de cour municipale, pourquoi est-ce qu'on vise les juges de la Cour du Québec, nommément? Parce qu'il y a déjà
une loi en place, hein, la
Loi sur les tribunaux judiciaires, qui vient définir
les différentes catégories de juges. Pourquoi est-ce qu'on agit par voie légale
sur les différents juges, hein? Parce que,
si on veut modifier, dans le fond, et inviter le Conseil de la magistrature à
développer des formations, on n'avait pas le choix de venir... y aller par voie légale. Parce que je vous
rappellerais quels ont été les propos de certaines personnes, à la
magistrature. Ça a été de dire : On est déjà des spécialistes, hein, il y
a déjà de la formation qui est donnée. Alors,
il y a nécessité d'agir sur ce point-là, parce qu'en raison de l'indépendance
judiciaire le législatif parle au judiciaire, par la voie légale, pour
manifester l'importance, pour la société québécoise, que les magistrats soient
formés aux réalités en matière de violence sexuelle et conjugale. Premier
argument, qui est légaliste.
Ensuite, les autres intervenants relèvent de
l'État. Je vous ai entendue, dans le cadre des discussions que nous avons eues relativement à l'importance de la
formation, relativement au fait qu'il fallait inscrire, dans la loi, la
formation pour les différents intervenants. C'est ce que je fais. Alors, on
dit : On offre une formation à tout intervenant qui intervient au tribunal
spécialisé. Alors, les gens qui sont susceptibles d'intervenir au tribunal
spécialisé se verront offrir la formation. Et, dans le continuum de services, bien entendu que, dans les formations
qui sont offertes aux gens qui traitent ce genre de dossiers là, bien entendu, on souhaite qu'ils aient une formation. D'ailleurs,
dans les différents services, ils disposent déjà d'intervenants
spécialisés centrés sur les besoins des personnes victimes et de leurs enfants.
On parle notamment des services
de police, des services médicaux dans les centres désignés, les lignes
centrales en référencement en matière de
violence conjugale, en agressions sexuelles, les intervenants des CAVAC, des
CALACS, les maisons d'hébergement pour hommes agressés sexuellement.
Donc, ça, c'était à la page 187 du rapport.
Donc, en résumé, je vous ai entendue pour faire
en sorte d'offrir une formation à toutes les autres personnes, mais le tribunal spécialisé, bien entendu que les
gens qui interviennent... Et c'est pour ça que l'article est là, pour faire en
sorte que ceux-ci se voient offrir une formation.
Hivon : Je sais
que mes autres collègues veulent parler, là. Mais le résultat, c'est qu'on n'a
pas le mot «policier» nulle part, on n'a pas
le mot «procureur» nulle part, on n'a pas... en lien avec la formation. Et donc
le message, là, quelqu'un pourrait lire ça puis dire : O.K., ça,
c'est juste pour les policiers qui vont aller témoigner ou qui vont être dans les ultimes étapes du processus
judiciaire avec une victime. Parce que moi, je cherche... il n'y a pas de
définition du tribunal spécialisé parapluie, là, dans le projet de loi,
c'est quoi, ce processus-là.
Nous, on en
parle tous, on a fait un rapport puis on comprend notre rapport, mais on ne l'a
pas, la délimitation, dans la loi, de c'est quoi, le tribunal spécialisé. Je
pense que ça serait aidant. Parce que, là, on utilise ça, puis on nous met des
phrases comme ça, supergénérales, puis on n'est même pas capables de savoir où
il commence, le processus, puis où il finit. Donc, comment les intervenants,
dans chaque catégorie, vont pouvoir savoir qui ça concerne? Puis moi, oui, je pense
que c'est essentiel de voir les mots, dans le projet de loi, de «policier»,
de «procureur», d'«intervenant
psychosocial» en lien avec la formation.
M. Jolin-Barrette : Oui, et déjà
les procureurs sont déjà formés, les gens qui ont ce type de dossier là. Les enquêteurs
spécialisés aussi ont déjà ces formations-là, mais on vient le rajouter qu'ils doivent
recevoir... que le ministre offre une formation à ces personnes-là. Le tribunal spécialisé, je
l'ai indiqué, et vous avez le début également, «est créé afin de réserver aux poursuites qui impliquent un contexte de violence
sexuelle et violence conjugale un cheminement particulier qui
suppose...»
Alors, l'objectif,
c'est, à partir du moment où la personne victime, elle
s'adresse à la police, que tous les intervenants
dans le processus judiciaire, qui vont l'accompagner, aient reçu une formation
en lien avec les violences sexuelles et les violences conjugales.
Mme Hivon : J'ai
deux commentaires là-dessus, Mme la Présidente. Le...
M. Jolin-Barrette : Et, si je
peux compléter, dans le fond, il n'est pas nécessaire de le mettre dans la loi,
mais je le mets dans la loi, à votre
demande, pour dire que le ministre offre cette formation-là. Mais tous les
acteurs qui agissent avec les personnes victimes, hein, tout le monde en
est conscient que leurs employés doivent être formés. Au DPCP, ils en sont conscients,
dans les corps de police également.
La Présidente (Mme Proulx,
Côte-du-Sud) : Mme la députée.
Mme Hivon : Oui,
deux éléments. Le ministre dit : Ça se fait déjà, il y a déjà de la formation.
Je veux juste lui dire que c'est exactement l'argument que la Cour du Québec
nous dit aussi : Pourquoi vous le mettez dans la loi, on le fait déjà, la formation.
Ça fait que ça, je pense qu'on s'entend tous que c'est un argument au-delà
duquel il faut aller puis qu'il faut le préciser dans loi.
M. Jolin-Barrette : ...tout à
fait la même chose.
Mme Hivon : Puis
l'autre chose, c'est la question... je reviens, là, moi, je suis convaincue
qu'il faut nommer les intervenants. Juste les avocats, quels avocats? Est-ce
que c'est juste ceux du DPCP? Est-ce que c'est tout avocat qui va aller devant le tribunal? Est-ce que c'est
tout avocat qui n'est même pas criminaliste, mais qui... Comme on nous a
fait la démonstration que, pour les juges, c'était essentiel, qu'importe où ils
siégeaient, d'avoir cette sensibilité-là de base, la formation de base, est-ce
que c'est aussi les avocats qui vont être en chambre de la famille, en
protection de la jeunesse? Parce qu'il va y
avoir une coordination judiciaire dans certains dossiers. On n'en a aucune
idée. Donc, on ne définit pas du tout vers où on s'en va.
Puis je pense aussi qu'il va falloir définir le
tribunal spécialisé, où il commence. Moi, je pense que oui, il doit commencer
dès que la victime fait le choix d'envisager d'aller dans le processus judiciaire.
Et ça, il faut que ça soit écrit quelque
part, il faut que ça soit clair. Parce que, là, c'est écrit «au tribunal
spécialisé», puis il y a des gens qui vont plaider que, quand tu es au poste de police, ce n'est pas un tribunal,
ça. Donc, ils vont nous dire : Bien là, ça n'inclut pas ça. Je comprends qu'ici on s'entend tous, puis,
dans le rapport, c'est clair, mais la loi, ce n'est pas ça qu'elle dit, puis
c'est la loi qui va rester. Donc, je pense que, là, on a deux enjeux
importants, là.
La Présidente (Mme Proulx,
Côte-du-Sud) : Voulez-vous réagir, M. le ministre?
M. Jolin-Barrette : Ça va. Merci.
Présidente (Mme Proulx, Côte-du-Sud) : Ça va? Est-ce qu'il y a
d'autres interventions? Oui, Mme la députée de Verdun, vous voulez...
Allez-y.
Mme Melançon : J'essaie de
comprendre pourquoi le ministre est très fermé à cette idée-là, parce que...
M. Jolin-Barrette :
Sommairement...
Mme Melançon : Je vais terminer, je
vais... on va vous demander la même chose, on va terminer notre idée. À partir
du moment où il y a un rapport dans lequel, pour nous, là, c'était
excessivement clair, les gens ne vont pas dire :
On va se référer au rapport Rebâtir la confiance pour savoir qu'est-ce
qu'il y a exactement, quelle est la véritable volonté du législateur. Ce
ne sera pas ça. Je crois qu'on doit, bien sûr, définir ici, clairement, de qui
il est question et, je vais faire un peu de pouce sur ce qu'a dit la collègue
de Joliette, de déterminer à l'intérieur du parapluie du tribunal spécialisé, parce qu'on ne l'a pas fait.
Je suis allée relire, dans le fond, les articles précédents, où est-ce que ça
commence et où est-ce que ça fini. Il faut clairement l'indiquer.
On l'a dit ici, là, qu'on est en train de faire
les bases d'une nouvelle culture pour l'accompagnement des victimes. À partir
du moment où on est en train de refaire complètement cette base-là, il faut
qu'on soit clairs, il faut déterminer à qui est-ce que nous parlons, dans ce
tribunal spécialisé. Et c'est complètement flou, tel que présenté actuellement. Et je pense, et on l'a dit hier dans
le micro, qu'avec un «notamment» on est capables de faire des indications
pour s'assurer,
justement, d'avoir une définition de qui il est question. Puis là on est sur le
sixième alinéa, Mme la Présidente, mais
c'est aussi le cas, un peu, précédemment. Cet article-là, l'article 3, vient asseoir les bases du
tribunal spécialisé, mais on est dans le flou total.
Alors, moi, ce que je demande au ministre, c'est
qu'il nous explique pourquoi est-ce qu'on n'irait pas là. Parce que, je le
répète, ce n'est pas... les gens, là, qui vont vouloir se référer n'iront pas
chercher le rapport Rebâtir la confiance , ne diront pas : Ah oui!
je me rappelle, là, à la recommandation numéro... Bien non, ils ne feront pas
ça, puisqu'on a là un projet de loi. Il faut
pouvoir introduire... il faut qu'il y ait un maillage entre le rapport et le projet de loi pour que les gens puissent
bien suivre de quoi il est question.
Présidente (Mme Proulx, Côte-du-Sud) : M. le ministre. J'ai aussi Mme la députée de Sherbrooke, par la suite.
M. Jolin-Barrette : J'entends bien mes collègues, mais le fait de
venir désigner et de nommer, ça fait en sorte qu'on risque peut-être
d'en échapper. Alors, moi, je suis très à l'aise avec le libellé que j'ai, «aux
personnes susceptibles d'intervenir au tribunal spécialisé».
La Présidente (Mme Proulx,
Côte-du-Sud) : Mme la députée de Sherbrooke.
Mme Labrie : Merci, Mme la Présidente. Je veux juste
renchérir sur ce que viennent de dire mes deux collègues. C'est d'autant
plus important, ce qu'elles viennent de dire, que, dès le début de
l'article 3, dans le premier alinéa, les deux paragraphes, il est question
de poursuite. Il est vraiment juste question de poursuite. Or, il se passe bien
des choses avant qu'on se rende à une poursuite, puis c'est clair dans le rapport
qu'il faut que toutes ces choses-là en amont
de la poursuite soient adaptées pour bien accompagner les victimes. C'est clair
dans ce qu'on s'est dit entre nous ici.
Mais, quand on parle de tribunal spécialisé, on
ne parle que de ce qui se passe à partir d'une poursuite, on dirait, au premier
alinéa. Où est-ce qu'on va l'inscrire que ça concerne aussi le moment du dépôt
d'une plainte au poste de police? On ne voit
pas ça du tout. Moi, je vais vous dire, là, je ne suis pas juriste, là, mais ma
compréhension citoyenne du mot «poursuite», c'est que c'est après que le DPCP a
décidé de déposer des accusations. Je pense que c'est comme ça que c'est
compris par une personne moyenne, là. Donc, moi, je lis ça puis ce que je me
dis, c'est que le tribunal spécialisé, ça commence à partir du moment qu'il y a
une accusation de déposée. Sauf que ce n'est pas ça qu'on veut. Ce n'est pas ça
que le rapport dit, ce n'est pas ça que le ministre dit puis ce n'est pas ça
qu'on veut.
Ça fait qu'il va falloir être plus clair que ça.
Il va falloir écrire dans le projet de loi que ça commence bien avant, que ça
commence dès le moment où la personne met le pied, même, dans un poste de
police, même si elle décide de ne pas porter plainte. Parce qu'elle n'est pas
obligée, non plus. Mais le moment où elle met le pied dans un poste de police,
en lien avec de la violence conjugale, de la violence sexuelle, il faut déjà
que ça commence à ce moment-là. Puis, en ce moment, moi, ma lecture, c'est que
le projet de loi dit quasiment le contraire, parce qu'il sous-entend... dans le
premier alinéa de l'article 3, les deux paragraphes, ça sous-entend que
c'est juste à partir de la poursuite.
La Présidente (Mme Proulx,
Côte-du-Sud) : Voulez-vous réagir, M. le ministre?
M. Jolin-Barrette : La réponse à
cette question-là, c'est non. Et d'ailleurs on y a fait référence à
l'article 0.1, à la suggestion de la députée de Sherbrooke, quatrième
alinéa : «Elle vise à ce que soient considérés les besoins particuliers
des personnes victimes de violence sexuelle ou de violence conjugale tout au
long de leur cheminement, y compris pendant le processus judiciaire.»
Labrie : En tout respect pour le ministre, l'article 0.1, c'est
juste des objectifs. Ce n'est pas les moyens. Ce n'est pas les moyens.
M. Jolin-Barrette : Bien, écoutez,
on n'aurait pas dû, d'abord, faire les objectifs puis mettre chacune des
mesures, là.
Mme Labrie : On a bien fait de le
faire.
M. Jolin-Barrette : Bien non,
c'est...
Mme Labrie : Mais ça ne nous donne
pas les moyens pour y arriver.
M. Jolin-Barrette : C'est dans la
loi. La loi, là, c'est un tout, c'est cohérent. Donc, oui, la personne qui est victime, là... Les policiers, désormais, là,
reçoivent la formation en matière de violence sexuelle ou violence conjugale.
Est-ce qu'il peut y en avoir davantage? La réponse, c'est oui. Donc, les
policiers qui accueillent la personne victime, les enquêteurs spécialisés, sont
formés pour recevoir la plainte de la personne.
Mme Labrie : Mais il est où,
l'article, M. le ministre, qui va faire l'équivalent de ce qui est écrit ici?
Parce que, là, à l'article 3, ça
dit : «Le tribunal spécialisé en matière de violence sexuelle et de
violence conjugale est créé afin de réserver aux poursuites qui
impliquent un contexte de violence sexuelle ou de violence conjugale un
cheminement particulier qui suppose...» puis là il y a
tout le reste. Il est où, l'article qui va préciser ce qui se passe en amont
d'une poursuite?
Jolin-Barrette : Donc, ce que j'entends de votre part, là, c'est que
vous souhaitez qu'il soit écrit : dès le dépôt d'une plainte?
Mme Labrie :
...nommé avant même le dépôt d'une plainte, le moment où la victime met le pied
dans un poste de police, en lien avec de la violence sexuelle ou de la violence
conjugale, parce qu'elle n'est pas obligée de déposer une plainte tout de
suite, à ce moment-là, non plus. Elle peut aller chercher de l'information, elle
peut vouloir rencontrer un policier puis décider plus tard de déposer sa
plainte. Mais, avant même la plainte, ça, c'est assez clair dans tout ce qui a
été dans le rapport qu'il faut que ça soit avant même la plainte que ces
services-là soient disponibles. C'est même écrit dans le rapport qu'on voudrait
que la personne puisse rencontrer une intervenante psychosociale avant de
s'asseoir avec un policier. Puis je pense que ça va prendre un
article pour ça
aussi.
Jolin-Barrette : Bien, je suis en train de réfléchir à votre
proposition.
La Présidente (Mme
Proulx, Côte-du-Sud) : Voulez-vous suspendre quelques instants? Ça va?
Jolin-Barrette : Non, je le prends en délibéré, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme
Proulx, Côte-du-Sud) : Parfait.
Labrie : Ça délibère beaucoup dans l'esprit du ministre. J'ai hâte de
voir le résultat, parce qu'honnêtement
ça va prendre une espèce d'article, je vais dire miroir, ce n'est peut-être pas
le bon mot, là, de celui-là. Parce que celui-là, l'article 3, ne
concerne que ce qui se passe à partir du moment où des accusations sont
déposées par le DPCP. Moi, ça, c'est ma lecture, là.
Jolin-Barrette : Non, non.
Mme Labrie :
Bien, on parle de poursuite.
Jolin-Barrette : Le tribunal spécialisé, c'est à partir du moment où
les gens rencontrent les policiers qu'ils sont dans le processus judiciaire.
Mme Labrie :
«Le tribunal spécialisé en matière de violence sexuelle et de violence conjugale
est créé afin de réserver aux poursuites qui impliquent un contexte de violence
sexuelle», blablabla. Il manque un morceau.
Jolin-Barrette : Je vous entends.
La Présidente (Mme
Proulx, Côte-du-Sud) : S'il n'y a pas d'autre intervention sur le
sixième paragraphe, moi, je nous inviterais peut-être à... Oui, Mme la députée
de Joliette.
Hivon :
Non, non, moi, je pense qu'il y a vraiment, en tout cas, d'autres interventions,
là. Là, ça, c'est un gros enjeu, c'est quoi, le tribunal spécialisé, puis où ça
commence, et jusqu'où ça va. Le deuxième, c'est de dire qui sont les intervenants.
Puis moi non plus, je ne m'explique pas, là, le refus du ministre de les
nommer. Un «notamment» fait très bien le travail, on voit ça abondamment dans
la législation puis on met les principaux acteurs qui sont concernés. Je pense
que ça, c'est fondamental.
Puis je me répète,
là, mais je ne comprends pas comment on peut avoir un deux poids, deux mesures,
de prendre tellement soin... Je veux dire, on ne serait même pas obligés de
faire cinq articles sur les juges, si on suit la logique du ministre. Les intervenants,
ça comprend les juges. Je veux dire, on pourrait plaider ça, ça comprend tout
le monde, donc pourquoi on se met à faire quelque chose pour les juges puis
qu'on ne nomme même pas les autres? Donc, dans toute la réflexion que le ministre
va faire sur l'heure de la pause, j'imagine, j'espère qu'il va réaliser l'importance
de nommer les différents acteurs que l'on a en tête.
L'autre question,
c'est la formation. Le ministre offre une formation. Donc là, c'est le ministre
qui offre une formation à tous les intervenants spécialisés. C'est comme ça que
c'est écrit. Est-ce que c'est la même formation? Est-ce que tout le monde va
avoir la même formation? Est-ce qu'ils vont avoir, je l'espère, des formations
adaptées au type de travail et d'intervention qu'ils font? Évidemment, il y a
la notion de continue, mais je ne reviendrai pas, ma collègue en a parlé.
Donc là, le ministre
vient nous redire : Oui, oui, mais là c'est écrit, «le ministre offre une
formation», mais ce n'est pas moi qui vais offrir la formation, ce n'est pas
mon ministère, c'est les ministères concernés. Enfin, j'espère que ça va être
Sécurité publique, pour les policiers. Les avocats de la défense, si on estime
qu'ils sont compris, qui va être responsable de cette formation-là? J'imagine
que ça ne sera pas le ministère de la Justice, ça va être le Barreau du Québec. Je ne le sais pas. Donc,
comment le ministre... Puis les intervenants psychosociaux des CALACS,
c'est le ministre qui va être responsable, même s'ils ne relèvent aucunement de
lui, de la formation des intervenants de ces organismes communautaires là.
Donc, moi, là, je trouve
que c'est vraiment... Tu sais, je comprends que, là, il nous plaidait fort,
fort, fort que, pour les autres, c'est lui, puis c'est sa responsabilité
ultime, puis tout ça, mais là on parle de formation puis on n'ira pas inscrire
de qui relève cette responsabilité-là. Il me semble que, minimalement, là, on
devrait dire : «Qui s'assure que tous les ministères et organismes offrent
la formation». Là, ça donne vraiment l'impression que le ministre et son ministère
sont responsables d'offrir les formations à chacun. Le ministère va offrir la
formation aux policiers, aux intervenants psychosociaux, puis ça, bien,
évidemment, ça ne tient pas la route parce qu'on veut une formation qui est
adaptée à chaque réalité. Donc, il me semble que, là, il y a aussi un
changement à faire.
M. Jolin-Barrette : Alors, Mme la
Présidente, sur le dernier commentaire de la députée de Joliette, elle, ce
qu'elle souhaite, c'est : Le ministre s'assure que les différents
partenaires et les ministères, les organismes offrent la formation en lien avec
les personnes susceptibles d'intervenir au tribunal spécialisé. Est-ce que je
résume bien sa pensée? Donc, je vais juste répéter : Le ministre
s'assure...
Hivon : ...est
responsable de s'assurer, mettons, ou s'assure, là...
M. Jolin-Barrette : O.K. Le ministre
est responsable...
Hivon : ...que tous les ministères et organismes
concernés par le travail ou, enfin, du tribunal spécialisé, là, offrent
une formation...
Hivon : Oui, ça va
être de la formation continue.
Hivon : Non, mais
vous le comprenez, là, ce qu'on veut dire.
M. Jolin-Barrette : Non, non, je
comprends très bien.
Hivon : Parce que
le ministre ne se mettra pas à donner la formation aux policiers, là.
M. Jolin-Barrette : O.K. Continuons,
continuons. Donc, si on reprend : Le ministre...
Hivon : ...est
responsable de s'assurer, là...
M. Jolin-Barrette : ...ou s'assure
d'offrir...
Hivon : ...que
tous les ministères et organismes concernés offrent...
M. Jolin-Barrette : ...de la formation
continue et adaptée...
Hivon : ...et adaptée relative à la violence sexuelle et à la violence conjugale aux personnes susceptibles d'intervenir au
tribunal spécialisé, notamment, tac, tac, tac.
M. Jolin-Barrette : Pas de
«notamment» par contre, pas de «notamment».
Hivon : On peut
séparer les deux débats, mais il va falloir que le ministre nous explique
pourquoi il ne veut pas les nommer, parce que moi, ça ne me rentre pas dans la
tête.
Jolin-Barrette : Pourquoi?
Parce que ça peut varier avec le temps, hein? Ça peut varier le temps, il y
aura différents intervenants, il y aura différents... Dans l'avenir, là,
là, on va avoir des coordonnateurs judiciaires, hein? Ça, c'est nouveau, là, ça n'existait pas, là, c'est nouveau. Moi, je ne
sais pas, dans cinq ans, dans 10 ans, le prochain ministre de la
Justice ou la prochaine ministre de la Justice, où le système de justice va
être rendu dans 15, 20 ans. Je ne suis pas un devin, je n'ai pas de boule
de cristal.
Alors, moi,
je veux avoir une obligation qui est large pour justement s'assurer que les personnes
qui interviennent aient reçu la formation. Je ne veux pas avoir
d'ambiguïté là-dessus, là.
M. Jolin-Barrette : Non, mais
on ne liste pas.
Mme Hivon : Bien,
j'ai une question au ministre. Les avocats, là, est-ce que, dans son esprit,
les avocats de la défense sont inclus ou juste les procureurs? Est-ce que les
avocats en famille, en protection de la jeunesse, est-ce que
tous les avocats sont inclus? Est-ce que le Barreau va avoir une obligation de
s'assurer que tous les membres de l'ordre aient une formation? C'est une grosse
question, quand même.
M. Jolin-Barrette : La
bâtonnière, Me Claveau, est venue nous dire qu'ils allaient modifier leur
règlement de formation continue à cet effet-là, leur règlement de formation
obligatoire.
Mme Hivon : ...le
ministre le met dans la loi?
M. Jolin-Barrette : Le «tous
les intervenants», ça inclut tous les intervenants. Donc, tous les
intervenants, à ce que je sache, un avocat de la défense, c'est un intervenant
au tribunal. Là, c'est sûr, les intervenants, ça n'inclut pas l'accusé, par
exemple, on s'entend.
Hivon : On ne lui
donnera pas une formation.
M. Jolin-Barrette : Non, non,
mais je veux juste être clair, je ne peux pas forcer l'accusé à suivre la
formation, là. On va juste mettre ça clair dans le respect des droits de tous
et chacun, là. Ça, ça ne marchera pas, là. Vous ne voulez pas que le projet de
loi soit contesté? Je vous dis, si je mets ça, le projet de loi va être
contesté.
La Présidente (Mme Proulx,
Côte-du-Sud) : Mme la députée de Verdun.
Mme Hivon : Aïe!
C'est plate, c'était mon amendement central.
M. Jolin-Barrette : Pardon?
Mme Hivon : J'ai
dit : C'est plate, c'était mon amendement central.
M. Jolin-Barrette : Bien, je
fais juste vous informer, je suis vraiment transparent avec vous. Je vous le
dis, comme procureur général, je ne vous recommande pas ça.
La Présidente (Mme Proulx,
Côte-du-Sud) : Mme la députée de Verdun, c'est à vous.
Mme Melançon : Merci beaucoup,
Mme la Présidente. Moi, quand j'ai entendu le ministre dire : On ne
peut pas commencer à en lister, on va en
échapper, bien, c'est l'inverse. Qu'on commence à faire la liste, avec un «notamment», on n'en échappera pas, mais on va
pouvoir nommer. C'est comme si je vous
disais, Mme la Présidente : Bien, on va faire une liste, on va
leur dire qu'ils sont maintenant responsables, mais on va inviter des gens,
tous ceux qui peuvent venir à la prochaine commission, mais on ne va pas faire
de liste pour être sûrs de ne pas en oublier. C'est complètement l'inverse.
Moi, je veux
que ce soit clair. On l'a dit, on amorce quelque chose de tout à fait nouveau.
Il faut que, le message, il soit clair et entendu à qui on s'adresse. C'est
nouveau. On pose des questions au ministre... Oui, lui, peut-être. Oui, mais c'est oui ou c'est non?
Imaginez-vous dans la place de la personne qui dit : Est-ce que moi, je
suis visée? Voici... Au moment où on va écrire voici qui sont visés, avec un «notamment»,
bien, il faut envoyer ce message clair là quant à la formation. Sinon, on passe
complètement à côté de l'objectif. Et je veux juste dire au ministre que
d'avoir ajouté le 0.1, avec les objectifs, non seulement c'était nécessaire,
mais ça aurait dû être là au début du processus.
Donc, je suis ravie que nous ayons pu indiquer
les objectifs, mais là, après les objectifs, il faut qu'on ait l'ordre de marche. Qui? Il faut
le nommer, qui, et avec raison, et je le répète, là, il n'y a
personne qui va dire : Ah oui! Le législateur...
on va reprendre Rebâtir la confiance , là, puis on va aller chercher,
pour les personnes victimes, à travers le... Aïe! Je tombe sur le
chapitre en
plus, là. Au
chapitre 6, pour mieux soutenir les personnes victimes à
travers le système de justice criminelle, il y en a, là, une liste, qui
est amorcée. Est-ce qu'on peut la passer ensemble?
Si le ministre veut de l'aide, on est là pour
ça. On était là dans la rédaction. On a suivi le comité. Moi, ça ne me dérange
pas qu'on le fasse ensemble, puis on va le prendre, le temps. On est là en
train de faire une loi qui va, bien sûr, survivre à notre passage à l'Assemblée
nationale. Et ce qu'on veut, c'est que, justement, ce projet de loi, en plus de ne pas être contesté, puisse mettre des
bases importantes pour les victimes. Alors, moi, j'invite le ministre
et je ne comprends pas pourquoi on dit : Bien, si je fais une
liste, on risque d'en échapper. Bien, l'inverse est pas mal plus vrai. Si on ne
fait pas de liste, là, on est sûrs d'en échapper.
La Présidente (Mme Proulx,
Côte-du-Sud) : Mme la députée de Sherbrooke, ça va? M. le ministre,
voulez-vous réagir?
M. Jolin-Barrette : Non, je
pense qu'on a fait le tour, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme Proulx,
Côte-du-Sud) : Donc, s'il n'y a plus d'intervention sur le paragraphe
6°...
Mme Hivon :
...Mme la Présidente, sur une énumération des intervenants, là. Donc, si le
ministre reste sur sa position, on va faire le dépôt.
M. Jolin-Barrette :
Moi, ce que je vous suggérerais, là, parce que, là, on est rendus à 5°... à 6°?
Oui, on est rendus à 6°. Je vous proposerais
de terminer avec le dernier alinéa, puis, dans le fond, ce que je vais faire en
lien avec les discussions qu'on a eues tout à l'heure... Dans le fond,
on va déposer un nouvel amendement qui va reprendre, dans le fond, là où je suis prêt à aller en fonction des commentaires
que vous avez formulés depuis hier, comme on avait dit. Et là, suite... parce que pour qu'on ait la
bonne base de travail, là... suite à ça, je proposerais que vous fassiez votre
sous-amendement en lien avec ce que vous suggérez. Comme ça, au moins, on
aurait un texte actualisé en fonction des commentaires qu'on a eus.
La Présidente (Mme Proulx, Côte-du-Sud) :
Mme la députée de Verdun.
Melançon : Bien, si c'est la volonté du ministre d'y aller comme ça,
ça veut dire qu'on va pouvoir reprendre alinéa par alinéa pour reprendre
les discussions, parce que moi, ce que j'entends du ministre depuis hier dans
les discussions : Je prends ceci en
délibéré. Mais je n'ai jamais de réponse. Moi, je prends ceci en délibéré,
là... Moi, j'ai peur qu'on oublie plein de choses. Je le dis en toute
transparence puis là, bien, je vais constater, sur le banc, qu'est-ce qui aura
été pris en délibéré, ce sur quoi il aura été... Donc, si on revient comme ça,
on va reprendre alinéa par alinéa.
M. Jolin-Barrette : Là, ça va être
un nouvel amendement. On va y aller avec 20 minutes par amendement, et vous pourrez sous-amender, puis, par votre
sous-amendement, vous avez 20 minutes par sous-amendement. À un moment
donné, là, je fais beaucoup de modifications au projet de loi pour essayer de
vous rejoindre. Comme je l'ai dit dès le départ, j'ai une grande ouverture, une
grande flexibilité.
Par contre, il y a certains éléments avec
lesquels je tente de vous rejoindre, mais ce n'est pas vrai, parce que je ne
donne pas en intégralité ce que vous souhaitez, que ça ne veut pas dire qu'on
ne fait pas un pas dans votre direction. Mais, à un moment donné, j'essaie de
trouver des voies de passage. C'est ce que je vous dis, comme je vous écoute,
je regarde ce qu'il est possible de faire. Des fois, je dis oui. Des fois, je
dis non parce que ce n'est pas possible. Là, dans cette circonstance-là, je vous
dis : Non, ce n'est pas possible, je ne listerai pas les gens visés par la
formation parce que je veux avoir un
article général qui vise tout le monde.
O.K.? Ça, c'est ma position. Donc, je vous
annonce déjà que je vais voter contre l'amendement, puis c'est correct de
présenter votre sous-amendement, puis c'est tout à fait légitime, mais
je vous informe, dans le souci de la bonne marche des travaux, que voici...
Alors, moi, je continuerais sur le 6°. Après ça,
ce que je vous propose... on a largement débattu, là, de tout ça. Ce que je vous propose, c'est qu'ensuite je
vais déposer un nouvel amendement. Un nouvel amendement, ça va avoir 20 minutes parce qu'on a fait
article par
article... Si vous ne voulez pas, vous pouvez amender sur cet amendement-là,
faire des sous-amendements. Je n'ai pas
d'enjeu si vous pensez qu'on allait être plus efficaces, par contre. Mais ce je
vous suggérerais, là, c'est de faire 6°, puis ensuite, si vous n'acceptez pas ma
proposition avec le nouvel amendement, bien, on peut revenir à 5°... à 6° pour que Mme la députée de Joliette fasse son amendement. Mais je vous
informe que je vais voter contre.
Présidente (Mme Proulx, Côte-du-Sud) : Mme la députée de Joliette, vous voulez toujours prendre la parole?
Hivon : J'avais
aussi annoncé que j'aurais des amendements pour le deuxième... le paragraphe 2°
du deuxième alinéa. Donc, ça, c'est... Puis là, je veux dire, je comprends ce
que le ministre fait, mais il est en train de... avec déférence, là, mais de
changer les règles du jeu dont on a convenu, qui étaient...
M. Jolin-Barrette : Ce que j'ai dit
hier, j'ai dit : Pour cet amendement-là, c'est ça.
Hivon : Tout à
fait, exact, tout à fait.
M. Jolin-Barrette : On en discute
largement, largement. Je suis de bonne foi, mais là, comme on en a vraiment beaucoup
discuté... Là, moi, je m'adapte parce que je veux avoir un
article consolidé
pour vous produire quelque chose en fonction de ce que vous m'avez demandé aussi.
Je vous l'ai dit dès le départ, ce ne sera pas 100 %, mais j'essaie de trouver
le plus possible des voies de passage.
Alors, ce que je vous dis, c'est que vous seriez
mieux de faire votre sous-amendement sur le nouveau texte que je vais vous
proposer. Comme ça, probablement qu'il y a des choses que vous allez voir, qui
vont être dans le sous-amendement, qui vont
vous satisfaire aussi. Donc, en termes d'optimisation de travail, je pense, ça
serait préférable.
Hivon : Ce n'est
pas la fin du monde, là, de fonctionner comme ça. La seule chose que je veux
faire ressortir, c'est qu'évidemment, ici, on a la latitude de l'entente qu'on
a prise, du 20 minutes par alinéa, qu'on n'a pas épuisé. Il n'y a pas une
fois qu'il y a quelqu'un qui s'est fait dire qu'on avait épuisé notre
20 minutes. Ça fait que je fais juste dire ça, là. Puis là, si on change
la manière de faire, ce que ça va faire, c'est que, si on a besoin de plus de
temps, vous savez c'est quoi, il va falloir déposer les amendements... Ça fait
que moi, je trouve que c'est beaucoup plus
lourd, là, en termes de fonctionnement fluide, que de continuer avec la même
règle de flexibilité du temps. Personne n'en abuse ici.
Le ministre dit : Moi, voilà ce que je vous
dis. Il comprend aussi que nous, comme membres de l'opposition, il y a des
batailles qui nous apparaissent vraiment importantes à mener au nom de tout le
travail qui a été fait par le comité transpartisan, le comité d'experts, et
aussi au nom des victimes. Donc, c'est ce qu'on fait tout simplement, notre travail sur certaines choses, de vraiment, vraiment
travailler pour que ça se retrouve dans le projet de loi parce que c'est
essentiel. Ça fait que je pense qu'on fait notre travail tout à fait
correctement.
M. Jolin-Barrette : Je n'ai rien
contre le travail qui est fait, Mme la Présidente, mais, comme ministre, là, ma
responsabilité, là, c'est que le projet de loi fonctionne et que j'aie les
outils pour que ça fonctionne. Alors, si on met un carcan puis ça ne fonctionne
pas, les victimes ne seront pas plus avancées, Mme la Présidente. C'est mon
message. Alors, je vous suggère qu'on aille à 6°. Je vous dépose ensuite ce qui
est consolidé, puis ensuite vous faites vos sous-amendements. Je pense que ça
serait le plus efficace.
La Présidente
(Mme Proulx, Côte-du-Sud) :
Je proposerais une suspension pour permettre, là, la préparation du sous-amendement.
M. Jolin-Barrette : Là, bien...
Présidente (Mme Proulx, Côte-du-Sud) : Ah! il y avait... J'avais la députée de Sherbrooke.
Oui, vas-y... allez-y, M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Juste pour... parce
que, là, on a fini 6°, mais il restait le dernier alinéa. Ça fait que je ferais
le dernier alinéa, puis là, si mes collègues veulent sous-amender tout de suite
sur ça, faisons la suspension à ce moment-là, mais, si elles préfèrent voir ce
qu'on a à leur produire, je leur enverrais, puis ensuite elles pourraient
sous-amender, si elles le souhaitent.
Présidente (Mme Proulx, Côte-du-Sud) : Donc, oui, nous pouvons compléter avec le dernier alinéa pour qu'on
puisse après suspendre pour votre proposition, mais j'avais la députée
de Sherbrooke qui voulait prendre la parole.
Mme Labrie : Avant d'aller sur le
dernier alinéa, parce que c'est en lien avec la discussion qu'on a sur le paragraphe 6°,
moi, je veux juste rappeler au ministre que ça va être très important, quand il
va nous arriver avec son projet de nouvel amendement, qu'il tienne compte de ce
qui a été dit sur la question du fait que le tribunal spécialisé commence à la
poursuite, au début de l'article 3, là.
Moi, je voudrais au moins que le premier alinéa
de l'article 3 soit modifié pour que ce soit plutôt inscrit : Le tribunal
spécialisé en matière de violence sexuelle et de violence conjugale est créé
afin de réserver aux victimes de violence
sexuelle et conjugale un cheminement particulier qui suppose... puis là d'avoir
un paragraphe qui touche tout ce qui se passe bien avant la poursuite.
Puis ensuite, ça continue avec ce qui concerne la poursuite, mais il va falloir
que, dès le début de l'article, ce soit clair que le tribunal spécialisé,
contrairement à ce que dit le premier alinéa, ça ne commence pas juste aux poursuites puis qu'il y ait un paragraphe qui
le nomme aussi. Moi, je m'attends de voir ça tantôt quand il va nous revenir avec son nouvel amendement. Puis je
pense que, comme le ministre veut être efficace, ça aurait avantage à
s'y trouver, parce qu'on va en discuter très longuement, sinon.
Présidente (Mme Proulx, Côte-du-Sud) : Donc, est-ce qu'il y a d'autres
interventions sur le... M. le ministre, vous voulez réagir aux propos de
la députée de Sherbrooke?
M. Jolin-Barrette : Non, ça va.
La Présidente (Mme Proulx,
Côte-du-Sud) : Donc, si ça vous convenait, je vous demanderais s'il y
a des interventions sur le dernier alinéa. Oui, Mme la députée de Joliette.
Hivon :
Oui, bien, juste avant ça, moi, je veux dire que... Moi, le deuxième paragraphe
du deuxième alinéa, là, c'est un enjeu
majeur, ce dont on a discuté hier. Ça fait que je veux juste que le ministre en
soit très, très conscient, toute la question de sa discrétion, d'établir le
tribunal dans les seuls districts judiciaires... qui va déterminer par arrêté,
après un projet pilote qu'il nous a annoncé qu'il aurait une durée jusqu'à
trois ans, pour moi, c'est vraiment un enjeu majeur dont j'ai discuté hier
aussi avec plusieurs groupes qui n'avaient pas vu ça, qui ne comprennent pas
ça. Donc, c'est quelque chose qui laisse dans le flou l'avenir du déploiement
du tribunal spécialisé au sens de la loi. Donc, je l'ai plaidé abondamment
hier. Je veux juste réitérer au ministre que, pour moi, ça, c'est vraiment un énorme
irritant.
Pour le dernier paragraphe, donc, quand le ministre
va réserver, donc, son... toute sa reddition de comptes, en fait, sur l'offre
de formation, je veux juste m'assurer que ça va être adapté, c'est-à-dire qu'on
se comprend qu'il n'est pas l'organe
responsable de la formation de tous les acteurs impliqués. Donc, comment ça va
se déployer? C'est-à-dire
qu'il va répertorier toutes les formations qui se font dans les différents organismes
et ministères responsables puis il va l'inclure dans son rapport?
Jolin-Barrette : Bien, en
fait, c'est l'offre de formation, oui. Alors, on va indiquer l'offre de
formation qui est offerte pour différents acteurs. Puis, en fait, vu que
le libellé change, là, avec votre suggestion, que le ministre s'est assuré...
Hivon : Le ministre
quoi?
Jolin-Barrette : Vous m'avez suggéré, là : Le ministre s'assure
d'offrir... tout ça. Donc, on va faire le recensement de ça.
Hivon :
Le ministre est responsable de s'assurer... Enfin, le ministre, il est vraiment...
O.K. Donc, on va s'assurer de ça, que tout soit intégré dans le rapport du
ministère. C'est ça que le ministre nous dit. Donc, ça, il n'y a pas d'enjeu. Il n'y a pas de... Tous les
ministères peuvent collaborer pour donner toute l'information au ministre,
puis ça ne sera pas dans chacun des rapports de chacun des ministères et
organismes.
Jolin-Barrette : Oui. Non, c'est mieux que ça soit consolidé.
Hivon :
Oui, je suis d'accord. Je veux juste être sûre qu'il n'y a pas d'enjeu à cet
égard-là.
Jolin-Barrette : Il n'y aura pas d'enjeu.
Hivon :
O.K. Puis, pour revenir à ma question sur la formation, est-ce que... Dans
l'esprit du ministre, est-ce qu'il fait une distinction entre formation de base
et spécialisation? Je comprends que, là, on va passer déjà de formation à
formation continue, en tout cas, si j'ai bien compris ce qui mijotait dans
l'esprit du ministre. Je réitère que je
pense que ce serait un plus aussi. Mais est-ce que cette distinction-là, entre
formation et spécialisation, va apparaître quelque part?
Je m'explique, parce
que, là, encore une fois, on ne détermine pas les rôles et responsabilités de
tous les ministères et organismes. Donc, d'avoir des procureurs spécialisés,
d'avoir des policiers spécialisés, d'avoir des intervenants spécialisés, il n'y a rien qui indique ça nulle
part. On y va par la formation continue, qui est un élément pour arriver à la
spécialisation et qui n'est pas nécessairement le seul. Donc, est-ce qu'on va
faire référence à ça quelque part?
Jolin-Barrette : Bien, c'est sûr qu'à partir du moment où il y a une
formation puis une formation continue, nécessairement, c'est une formation en
lien avec les interventions qu'il y aura à faire au tribunal aussi. Donc, c'est
une actualisation de la formation. Je comprends que la députée de Joliette nous
dit : Bien, c'est des équipes... Dans le fond, il faut que ce soit
spécialisé, mais les équipes qui, supposons, sont des enquêteurs, qui
travaillent avec des infractions de nature sexuelle, les formations qu'ils
reçoivent en lien avec leur travail, ce sont des formations, supposons, qui
sont continues, mais qui sont en lien avec le sujet. Donc, le «spécialisé» ne
m'apparaît pas nécessairement nécessaire à partir du moment où vous avez de la formation
puis de la formation continue.
Hivon :
Mais il y a une distinction, puis on en a parlé quand on a parlé des juges, là.
On en a parlé aussi avec certains groupes. Il peut y avoir un double souhait,
un souhait de formation générale à tous nos acteurs potentiellement concernés, qui est écrit par «susceptibles de», puis il
peut y avoir une volonté d'avoir une spécialisation. Évidemment, on veut
que tout le monde soit sensible et ait une formation de base à ces réalités-là,
mais ensuite on veut aussi des gens qui vont être dans une trajectoire de
spécialisation, tout ça.
Ça fait que je pense
qu'on se comprend sur les distinctions. Par exemple, si on assujettissait tous
les avocats, on peut s'imaginer que tous les avocats, qu'importe leur domaine,
devraient suivre une formation de base comme qu'importent les juges dans leur
domaine, même les juges de paix magistrats, mais, par ailleurs, on va
s'attendre à ce qu'il y ait des procureurs qui soient spécialisés. Même chose
pour les policiers. Il nous a dit : Ah! à Nicolet, on offre ou on va offrir une formation de base. On se
comprend que ce n'est pas ça qui va faire la spécialisation. Ça fait que je me
demande juste : Cette réalité-là, est-ce qu'on la traduit quelque part?
Jolin-Barrette : Bien, je donne un exemple, là. Tu sais, quand vous
devenez, là, supposons, enquêteur, ça fait que, dans les corps de police, là,
c'est un grade de sergent-détective. Là, bien, le sergent-détective qui est aux
enquêtes, supposons, contre la personne pour
crime sexuel, là, premièrement, il y a une formation aux enquêtes. Il y a différents blocs à Nicolet sur les formations. C'est quand
même long, la formation aux enquêtes à Nicolet. Ils y vont une couple de fois.
Je pense, c'est sur deux ans, là, puis, avant ça, il y a les examens d'enquête,
tout ça. Puis ensuite, au fur et à mesure,
ils suivent des formations continues, notamment sur... S'ils sont
dans l'équipe spécialisée contre les crimes contre la personne, dans
l'équipe, également, de violence sexuelle, les agressions sexuelles, leurs formations
qu'ils suivent, notamment, sont avec... là-dessus.
Donc, c'est sûr que
c'est différent, supposons, que l'enquêteur qui est au crime organisé.
L'enquêteur qui est au crime organisé, ce n'est pas le type de formation qu'il
suit quand il va à Nicolet, là, puis les formations qui sont données par les corps de police aussi. Donc, bien
entendu, l'employeur, quand il forme son personnel, il le forme en lien avec
son champ de pratique, là. Ça fait que je comprends que la députée
de Joliette, elle dit : Il devrait être écrit
«spécialisé».
Hivon :
Bien, on peut se dire, comme le ministre l'a dit, que c'est une évidence. Le
fait est que, jusqu'à ce jour, c'était loin d'être une évidence. Puis parlez
aux victimes... Puis je le sais que le ministre parle aussi à des victimes. Il
le sait que c'est loin d'être tous les postes de police où une victime
s'adressait qu'il pouvait y avoir un
policier spécialisé. On se comprend. Puis il y a la réalité des plus
petits centres, mais là on veut donner une impulsion pour que, partout, il y ait des gens qui aient
une spécialisation, même chose au DPCP, dans les plus petits bureaux de DPCP
en région, qu'il y en ait qui soient spécialisés, pas juste... bon. Donc...
M. Jolin-Barrette :
...ils ont la poursuite verticale. Puis, dans le fond, tout le monde est formé
en lien avec ces réalités-là, là, dans l'attribution des dossiers avec les
procureurs.
Mme Hivon : Bien,
je ne comprends pas ce que le ministre... oui?
La Présidente (Mme Proulx,
Côte-du-Sud) : Permettez-moi, Mme la députée de Joliette, j'ai la
députée de Verdun qui veut prendre la parole.
Mme Melançon : Bien, c'est en
droite ligne avec ce que la députée de Joliette mentionnait. D'ailleurs, on l'a
introduit à l'article 0.1, lorsqu'on parle qu'«elle vise à ce que l'accompagnement
des personnes victimes implique des intervenants spécialisés et dédiés et que
la spécialisation de ceux-ci...» Donc, il y a la spécialisation. Elle est à
l'intérieur des objectifs. Donc, je crois qu'on doit aussi le mentionner.
Et je vais aller plus loin pour le bénéfice du ministre.
Au
chapitre 6 de Rebâtir la confiance, la recommandation 33,
puis ça, on en avait longuement parlé, les trois collègues ensemble, avant de
sortir le rapport, là, il est marqué
ceci : «Offrir des formations spécialisées en matière d'enquêtes et violence conjugale aux
patrouilleurs — là,
on ne parle pas uniquement des enquêteurs spécialisés, là, elle est là, la
distinction à faire, et c'est important qu'on puisse la faire à ce moment-ci,
donc — aux
patrouilleurs qui se voient confier ce type d'enquête ou font
partie de
celle-ci.»
Donc, oui, il y a une formation qu'on disait un
peu, hier, plus générale, puis il y a une formation spécialisée, et c'est
pourquoi je crois vraiment qu'à ce moment-ci on va devoir l'indiquer. Et ce
n'est pas pour rien, tout à l'heure, que j'ai dit «adapter». Je sais que j'ai
fait sourire le ministre, mais elle doit être adaptée selon... J'invite le
ministre à retourner voir, là, à l'intérieur du
chapitre 6, il y en a une,
liste pour de la formation, là, qui avait été déterminée,
donc les équipes — pardonnez-moi,
je fais juste m'étirer le bras — les équipes d'enquêteurs, d'enquêtrices
spécialisés en matière de crimes sexuels, la formation spécialisée, donc, pour
les patrouilleurs. Il y a... pour les équipes
d'enquêteurs spécialisés en violence conjugale. Il y a, bien sûr, des... Puis
il faut qu'on fasse la distinction entre la violence conjugale puis les
violences sexuelles aussi, parce que, là, on est sur deux pans complètement
différents.
Il y en a une liste, là, puis là on parle de
recommandations, 32. Puis je vous le dis, là, le
chapitre 6 était assez
costaud, là, jusqu'à, donc, la recommandation 69. Il faut qu'on puisse faire la
distinction entre cette formation-là qui sera continue, adaptée, parfois
générale, parfois spécialisée... et de savoir à qui est-ce qu'on s'adresse. Je
continue à croire que nous avons besoin de
cette liste-là. J'ai entendu le ministre nous dire : Bien, ça va être non,
qu'il fermait la porte. Mais, s'il est vrai qu'on veut pouvoir offrir
les bonnes formations aux bonnes personnes, et que c'est le ministre de la
Justice qui prend la formation et à la fois des patrouilleurs, et à la fois des
procureurs, et à la fois des avocats, puis des avocats de la défense, ça ne
sera pas les mêmes formations qui seront offertes à chacun de ces
intervenants-là. C'est pourquoi je crois sincèrement que nous devons, à ce
moment-ci, dans l'article 3, identifier clairement... Puis c'est pour ça
que je fais le point, parce que, si on ne le fait pas là, je ne sais pas à quel
moment on va pouvoir le faire.
La Présidente (Mme Proulx,
Côte-du-Sud) : M. le ministre.
Jolin-Barrette : Oui, bien, écoutez,
j'ai entendu bien tous les arguments de mes collègues. Je me demandais
si on pouvait fermer l'article 3 avec le dernier alinéa pour faire en
sorte que je puisse consolider tout ça puis revenir à 14 h 30... à 14 heures avec la proposition que je vais vous
soumettre. Et, par la suite, si vous avez des commentaires ou des
sous-amendements, on pourra procéder ainsi, mais là j'ai entendu pas mal tout.
La Présidente (Mme Proulx,
Côte-du-Sud) : Il reste quelques minutes. Je vais prendre le droit de
parole de la députée de Joliette puis j'aimerais qu'on puisse peut-être prendre
aussi, là... vous demander le consentement si on retire l'amendement pour revenir... que le ministre puisse revenir avec
un nouvel amendement pour qu'on en rediscute. Donc, je vais prendre le
droit de parole.
Hivon : Bien, moi,
je suggère qu'on ne retire pas tant qu'il n'y a pas un nouvel amendement de
déposé, premièrement, parce que, là, on va être un peu dans un... J'aime mieux
qu'on ait l'amendement toujours déposé, là, pour travailler sur cette base-là.
M. Jolin-Barrette : Mais on n'aura
pas le choix de le retirer.
Hivon : Pardon?
M. Jolin-Barrette : On n'aura pas le
choix de le retirer.
Hivon : Oui,
tantôt, mais j'aime mieux qu'on fasse ça après qu'on ait un nouvel amendement.
Jolin-Barrette : Trust, but verify.
Hivon : Exact, le ministre
a bien compris. Tout le monde applique ce principe ici pour un travail optimal.
Jolin-Barrette : Faites-moi confiance.
M. Jolin-Barrette : Faites-moi
confiance.
Hivon : Oui, oui,
on entend ça beaucoup. Je veux juste dire qu'il y a quelque chose qui saute aux
yeux aussi, là, quand on relit, c'est qu'en
fait on offre une formation, mais il n'y a pas comme le pendant qu'on exige que
les gens soient formés. La manière que c'est formulé, on se comprend,
c'est le ministre qui, peut-être, éventuellement, est responsable de s'assurer qu'il offre de la formation, fort bien,
mais oui, l'obligation d'être avec des corps de police, par
exemple, des bureaux du DPCP, qui ont des procureurs non seulement formés, mais
spécialisés, c'est comme si, en fait, il y a un peu un... Il me semble qu'il y
a un peu un vide ici de ce côté-là, parce que c'est comme si la seule obligation
qui revient à l'État, c'est d'offrir de la formation, mais l'obligation d'être
sûr que, partout au Québec, il va y avoir des gens spécialisés pour rencontrer
les victimes, faire cheminer, ce n'est pas... ça, ce n'est pas écrit.
Donc, je reviens avec le fait qu'il me semble
que tous les ministères devraient avoir l'obligation de s'en assurer que le
déploiement qui va être fait des services... que les budgets vont être là, que
l'offre va être là et qu'on va avoir la
résultante, qui n'est juste de dire qu'on offre une formation. C'est assez...
Il n'y a aucune obligation là-dedans, là.
Jolin-Barrette : Bien, oui, il y a
une obligation. Il y a l'obligation de s'assurer de... et l'obligation également d'en rendre compte.
Il y a l'obligation d'en rendre compte également publiquement sur les
formations. Et l'enjeu associé à ça également, c'est de faire en sorte que le
tribunal fonctionne aussi. Ça fait que, si jamais il y avait un intervenant,
pour x, y raison, il n'avait pas reçu la formation, on n'empêchera pas le
processus judiciaire non plus de fonctionner
aussi. Ça, c'est important aussi. Ça peut arriver dans des situations, pour x,
y raison, qu'il y ait une personne... Supposons,
là, si je retiens votre suggestion, là, que la personne n'aurait pas reçu, au
jour x, la formation spécialisée, là, bien,
que ça fasse en sorte que ça gèle la cause, que ça ne puisse pas avancer, tout
ça, ça fait qu'il faut juste faire attention à ça également. Donc, c'est
ce souci-là, là.
Hivon : ...la
préoccupation, je la comprends, mais ce n'est pas ça... Ça fait que ça, je
comprends que la formation... On ne se mettra pas à exiger que tout le monde
partout ait suivi la formation à tel moment, même si c'est ça, le souhait, mais l'exigence, c'est de
s'assurer qu'il va y avoir des gens formés, spécialisés, qui vont donner les
services, partout au Québec, dans les différents secteurs d'activité,
policiers, DPCP, puis tout ça, mais ça, on ne l'a pas. Ça ne se reflète pas dans notre article, parce que tout ce que ça dit puis tout ce
dont le ministre va rendre compte, c'est son offre de formation. Il va peut-être nous dire il y en a
combien qui l'ont suivi, bon, tout ça, mais on ne saura pas la résultante
de ça puis ce que ça veut dire sur le Québec.
Alors, ce
n'est pas individuellement que je prends l'exigence d'avoir la résultante,
c'est collectivement, aux yeux de la victime, qu'on puisse lui assurer, à la
face même de ce qu'on va écrire dans la loi, que cette idée de formation
et spécialisation, elle est garantie.
La Présidente (Mme Proulx,
Côte-du-Sud) : Mme la députée de Verdun.
Melançon : Bien, juste pour
continuer à faire du pouce... Je vous rappelle qu'à l'article 1, 33.1 :
«Toute personne qui se porte candidate à la fonction de juge doit
s'engager à suivre», hein, c'est de ça dont on parlait hier. Puis le ministre
nous a même dit : Bien, le juge s'engage sur son honneur. Mais je pense
que, pour chaque personne visée par les
formations, on doit avoir un engagement minimal de suivre les formations, donc, que je
pense au Barreau ou que je
pense aux policiers. Puis est-ce que ça va devenir la même chose... Je pose la
question, là. Je n'ai pas la réponse, mais un policier qui est patrouilleur
puis qui décide de vouloir devenir enquêteur spécialisé se verra-t-il obligé
d'avoir suivi la formation spécialisée pour devenir enquêteur? C'est une vraie
question.
M. Jolin-Barrette : Toute personne
qui intervient au tribunal se voit offrir la formation. Je vais m'assurer
d'offrir la formation.
Mme Melançon : Mais on va devoir, Mme
la Présidente, faire la distinction entre la formation dite générale, je le répète ici, là, et la formation spécialisée,
parce qu'on l'a nommé préalablement qu'il y avait une distinction entre les deux, et on va devoir, donc, dire : Bien
oui, un policier qui veut aller, par
exemple, aux enquêtes spécialisées en
crimes sexuels, bien, il va devoir
avoir suivi les formations adéquates. Bien, ça, il n'y a rien actuellement, il y a un silence radio. J'invite
le ministre et son équipe à pouvoir aussi, bien sûr,
réfléchir en ce sens-là quant aux formations, à qui elles sont offertes,
et si c'est une formation spécialisée, générale...
Jolin-Barrette : Je
comprends. Alors, j'ai entendu mes collègues, Mme la Présidente. Est-ce
qu'on peut fermer l'article 3 pour pouvoir revenir avec un amendement?
Mme Melançon : Bien, il nous manque
le dernier paragraphe.
M. Jolin-Barrette : Bien, on vient
de le faire sur la reddition de comptes.
La Présidente (Mme
Proulx, Côte-du-Sud) : Oui, on était sur le dernier alinéa.
Mme Melançon : Les collègues, je ne
sais pas si...
Présidente (Mme Proulx, Côte-du-Sud) : On a une question ici. Est-ce
qu'on a le consentement pour fermer l'article 3?
M. Jolin-Barrette : Pour que je
puisse...
Hivon : Dans le
fond, on suspend.
Présidente (Mme Proulx, Côte-du-Sud) : Ça fait que, donc, on ne déposera pas... Il n'y a
pas de consentement pour
retirer... pour qu'on dépose le nouvel
article 3.
Hivon : Non, on ne
peut pas retirer.
La Présidente (Mme Proulx,
Côte-du-Sud) : Donc, je vais vous remercier de votre collaboration.
On va suspendre, compte tenu de l'heure, puis on
reprend à 14 heures.
(Suspension de la séance à 13 h 01)
La Présidente (Mme Proulx,
Côte-du-Sud) : Alors, ayant constaté le quorum, je déclare la séance
de la Commission des institutions ouverte.
M. Jolin-Barrette : Alors, ici, la
partie gouvernementale est assise en commission parlementaire avec le quorum
pour tenir les travaux parlementaires pour adopter un important projet de loi,
celui du projet de loi n° 92. Et je constate, Mme la Présidente, qu'il n'y a
absolument aucune opposition qui est présente pour débattre du projet de loi présentement. Je trouve ça extrêmement déplorable, parce que le temps de la commission est important,
et je souhaite, Mme la Présidente, que nous puissions, pour les
personnes victimes, faire en sorte qu'elles puissent avoir un tribunal spécialisé permanent le plus rapidement
possible. Et donc, depuis le début, je fais des compromis. Je tends la main aux
oppositions.
Or, c'est la politique
de la chaise vide. Présentement, il n'y a absolument personne des oppositions
qui sont là. Ils préfèrent faire un point de presse durant les heures
des commissions parlementaires, alors que tout le monde est prêt à étudier le projet de loi. Je trouve ça extrêmement malheureux, Mme la Présidente. Et nous pourrions, actuellement, adopter chacun des articles
du projet de loi, parce que le gouvernement est d'accord avec le projet de loi.
Et même, j'ai dit aux oppositions,
avant de suspendre, Mme la
Présidente : Écoutez, je vous
reviens, sur l'heure du midi, on travaille pour adopter... pour préparer un amendement qui pourra répondre
aux demandes que vous m'avez faites, en partie, durant l'étude de ce
matin et hier également.
Alors, on est très patients. Mais qu'est-ce que
les oppositions préfèrent faire, Mme la Présidente? C'est d'aller faire faire un point de presse, Mme la Présidente, alors que j'allais leur soumettre une proposition d'amendement en lien avec leurs demandes. Malheureusement,
qu'est-ce que les oppositions décident de faire? C'est d'aller faire de la TV, Mme
la Présidente, plutôt
que d'exercer leur rôle de législateurs et de travailler sérieusement ici, en commission parlementaire,
pour aller faire une clip, Mme la Présidente, pour aller faire une clip. Et
j'ai très bien entendu leurs propos, qui ne
reflètent pas les discussions qu'on a eues ici, en commission parlementaire, juste pour passer dans le journal, juste
pour passer à la TV. Vous ne pouvez pas savoir, Mme la Présidente, à quel
point, comme parlementaire, ça me choque. Plutôt
que de travailler ensemble, les oppositions disent : Ah! on est de façon
transpartisane... Non, ce n'est pas vrai, pas du tout, Mme la Présidente. La démonstration, moi, en tant que
ministre, je travaille pour répondre à leurs demandes, à leurs besoins,
et qu'est-ce qu'elles font? Elles décident de s'absenter de la commission
parlementaire.
Donc, à ce stade-ci, Mme la Présidente, ça
fait déjà 10 minutes que nos travaux auraient dû être débutés. Je vous...
Je ne sais pas comment considérer tout ça, Mme la Présidente, à savoir
est-ce qu'on continue avec l'étude du projet de loi, est-ce qu'on adopte les
articles, parce que moi, je suis très à l'aise avec les articles que j'avais,
Mme la Présidente. Voyez-vous, il n'y a aucune opposition. Est-ce que vous
croyez que, pour notre démocratie, c'est sain que
les oppositions, plutôt que de venir travailler sérieusement en commission parlementaire, ce qu'elles souhaitent faire, c'est
uniquement des conférences de presse, uniquement des points de presse, au lieu
de travailler constructivement en lien avec
le projet de loi? Je me pose énormément de questions, Mme la
Présidente, et, à ce stade-ci, et je regarde le recherchiste du Parti
libéral, je pourrais faire adopter tous les articles actuellement. Je ne pense
pas que c'est ce qui est souhaité.
La Présidente (Mme Proulx,
Côte-du-Sud) : M. le ministre...
M. Jolin-Barrette : Alors, parce que je respecte le Parlement,
Mme la Présidente, je vais vous proposer de suspendre.
Présidente (Mme Proulx, Côte-du-Sud) : Oui, M. le ministre. Donc,
je vais suspendre les travaux pour attendre les oppositions.
(Suspension de la séance à
14 h 11)
Présidente (Mme Proulx, Côte-du-Sud) : Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la Commission des institutions ouverte.
La commission est
réunie afin de poursuivre l'étude détaillée du projet de loi n° 92, Loi
visant la création d'un tribunal spécialisé en matière de violence sexuelle et
de violence conjugale et portant sur la formation des juges en ces matières.
est 14 h 20. On vient de suspendre les travaux pour
20 minutes parce qu'aucune opposition n'était présente. C'est un projet de
loi majeur, un projet de loi prioritaire pour les hommes et les femmes qui
souffrent au Québec. On n'a
pas pu faire l'exercice démocratique pendant 20 minutes. Il y a des règles
parlementaires qui sont informelles et qui sont formelles, de respect de la
procédure parlementaire, qui n'a pas été respectée. C'est mon baptême comme
présidente d'Assemblée aujourd'hui, comme présidente de commission, et je
trouve ça déplorable, ce que je suis en train de vivre comme présidente.
Donc là, on va
reprendre les travaux. Je vais demander à tout le monde de faire preuve de
bonne foi, d'ouverture, de sensibilité pour les gens pour qui on doit faire ce projet
de loi là, le projet de loi n° 92. Donc, je vais demander à tout le monde
de participer, d'être ouvert et de faire avancer les travaux de bonne façon, s'il
vous plaît. Donc, M. le ministre, je vous passe la parole.
Jolin-Barrette : Merci, Mme la Présidente. Écoutez, je suis
profondément déçu et choqué de l'attitude de mes collègues d'opposition, la
députée de Verdun, la députée de Sherbrooke et la députée de Joliette. Moi,
depuis le début, M. le Président... Mme la Présidente, depuis le début du
tribunal spécialisé, c'est un projet de loi qui est important et c'est la
concrétisation de beaucoup de travail de beaucoup de personnes. Depuis le début
que j'ai déposé le projet de loi, il y a beaucoup de gens qui sont contre. Il y
a beaucoup de gens qui souhaiteraient que ça ne voie pas le jour, cette loi-là, plusieurs intervenants dans
différents milieux. Je me tiens debout pour les personnes victimes. J'exerce
mon rôle à travers les différentes tempêtes qui sont alimentées parfois par les
collègues des oppositions, mais ça fait
partie de la politique, hein? Ça fait
partie de la politique, parfois, d'ajouter de l'huile sur le feu à des
situations qui n'en méritent pas, mais il y
a différentes façons de faire de la politique. Ça appartient aux oppositions,
puis les Québécois jugeront un
jour. Je n'en suis pas là-dessus.
Dans le souci de la
flexibilité, puis que les travaux avancent bien, et qu'on puisse adopter le projet
de loi, la semaine dernière, suite aux
consultations, on avait une séance de prévue jeudi. Les collègues d'opposition m'ont dit : Simon, il faut
que tu amendes le projet de loi, il y a des choses à rajouter dedans, alors on
ne veut pas siéger jeudi. Parfait, j'ai débranché jeudi. On n'a pas siégé jeudi
dernier. Tout à l'heure, avant la pause, j'écoute les collègues, je leur
dis : Je vais revenir avec un
amendement, tout ça. Première chose que j'apprends, ils font un point de
presse, point de presse qui empiète sur les travaux parlementaires de
20 minutes.
Tout à l'heure, j'ai
ouvert la commission, à témoin le recherchiste du Parti libéral. J'ai dit
certains éléments que je ne trouvais pas ça acceptable, pas admissibles, par
respect pour tous les collègues qui sont là, de décider de faire de la politique à la TV plutôt que de venir
travailler sur son rôle de législateur ici, d'autant plus que ce qui est plaidé
par les oppositions, hein, on y travaille, puis je vous ai dit avant de partir
qu'on consolidait tout ça dans un amendement.
Alors,
je vous partage ma grande déception. Je vous partage également que je
tente de trouver des voies de passage et des
voies de solution, mais je ne trouve pas ça acceptable. Puis ce que je ne
trouve pas acceptable non plus, c'est l'attitude puis surtout les
demi-vérités qui sont dites au micro, en dehors d'ici, relativement à certains
éléments du projet de loi. Vous pouvez être en désaccord. Vous pouvez exprimer
des craintes.
La Présidente (Mme
Proulx, Côte-du-Sud) : ...s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette :
Oui, oui. Vous pouvez exprimer votre désaccord, tout ça. Moi, mon objectif,
c'est d'avoir un tribunal spécialisé pour les personnes victimes dans les
meilleurs délais. Alors, il y a différentes façons de travailler. Moi, je vais
continuer à travailler comme j'ai travaillé depuis le début, en vous écoutant,
en faisant en sorte de pouvoir apporter des bonifications, si nécessaire, dans
le cadre du projet de loi. Mais je peux vous dire que je ne viens pas du tout d'apprécier l'épisode qui vient de se produire.
Puis je tiens juste à vous dire aussi que le projet de loi, si j'avais
voulu, là, durant votre absence, là, j'aurais pu le faire adopter puis j'aurais
pu faire adopter des articles. J'ai décidé de ne pas faire ça par respect pour
le travail des parlementaires, O.K.?
Ça fait que, là, ce
que j'ai fait durant la pause, j'ai déposé un
article consolidé devant vous,
avec les modifications qu'on a surlignées en rouge pour faciliter votre travail
avec les équipes du ministère de la Justice, pour justement que ça fonctionne bien, la commission parlementaire, pour
essayer de trouver des voies de passage. Mais, à un moment donné, quand on veut
marquer des points politiques pour des peccadilles, pensez aux personnes
victimes.
La Présidente (Mme Proulx,
Côte-du-Sud) : ...vous rapporter... ramener à l'ordre. Je vais vous
demander de revenir sur l'article n° 3, s'il vous
plaît.
M. Jolin-Barrette :
Alors, avec votre consentement, Mme la Présidente, puisque j'ai déposé à
mes collègues la nouvelle proposition
d'amendement, je vous demanderais la permission de retirer l'ancien amendement
à l'article 3 pour pouvoir en déposer un nouveau qui prend en
compte les commentaires de mes estimés collègues.
Présidente (Mme Proulx, Côte-du-Sud) : Est-ce qu'il y a consentement
pour retirer l'article? Excellent. Nous repartons sur des bases nouvelles
à partir du nouvel
article 3.
M. Jolin-Barrette :
Article 3. Remplacer l'article 83.0.1 de la
Loi sur les tribunaux
judiciaires proposé par l'article 3 du projet de loi par le suivant :
«83.0.1. Le tribunal
spécialisé en matière de violence sexuelle et de violence conjugale est créé,
partout au Québec — on
ajoute "partout au Québec" — afin de réserver aux
poursuites qui impliquent un contexte de violence sexuelle ou de violence
conjugale, et ce dès la plainte, un cheminement particulier qui suppose :
«1° que toute
poursuite qui implique un contexte de violence sexuelle ou de violence
conjugale est entendue par la division spécialisée en matière de violence
sexuelle et de violence conjugale;
«2° qu'à tout moment
du cheminement d'une telle poursuite, les besoins particuliers des personnes
victimes de même que le contexte singulier dans lequel elles se trouvent sont
considérés.
«Aux fins de
l'établissement du tribunal spécialisé :
le gouvernement peut, par règlement, déterminer les types de poursuites
entendues par la division spécialisée en
matière de violence sexuelle et de violence conjugale lesquels peuvent varier
en fonction de toute distinction jugée utile, notamment en fonction des
districts judiciaires;
le ministre de la Justice peut toutefois, par arrêté, déterminer les districts
judiciaires dans lesquels le tribunal est graduellement établi et
conséquemment où la division spécialisée en matière de violence sexuelle et de
violence conjugale peut siéger;
le Directeur des poursuites criminelles et pénales doit identifier, à la
lumière des faits et des circonstances d'un
dossier, si l'infraction criminelle alléguée implique un contexte de violence
sexuelle ou de violence conjugale et, le
cas échéant et sous réserve du règlement prévu au paragraphe 1°, soumettre le
dossier à la division spécialisée en matière de violence sexuelle et de
violence conjugale;
«4° le ministre offre
aux personnes victimes des services intégrés et adaptés à leurs besoins
lesquels doivent inclure des mesures
d'accompagnement, l'aménagement des lieux physiques afin qu'ils sécuritaires et
sécurisants et la coordination des dossiers;
«5° le ministre
privilégie le traitement par un même procureur de toutes les étapes d'une
poursuite;
le ministre est responsable de s'assurer que les ministères et organismes
concernés offrent de la formation continue,
de base et spécialisée, sur les réalités relatives à la violence sexuelle et à
la violence conjugale aux personnes susceptibles d'intervenir au
tribunal spécialisé.
«Le ministre inclut,
dans son rapport préparé en vertu de l'article 16.1 de la
Loi sur le
ministère de la Justice (chapitre M-19), une
section relative à son offre
de formation sur les réalités relatives à la violence sexuelle et à la violence
conjugale, au cours de l'année précédente.»
Alors, Mme la
Présidente, comme je l'ai dit tout à l'heure, dans le fond, j'ai écouté mes
collègues, au cours des deux derniers jours, relativement à leurs
demandes, à leurs préoccupations, et voici ce que je peux tenter comme voie de passage. On a beaucoup réfléchi avec les
équipes, et ça reprend les demandes qui ont été faites par les collègues
des oppositions. Est-ce qu'il y a tout? La réponse, c'est non, mais c'est là où
je peux aller, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme
Proulx, Côte-du-Sud) : Est-ce que j'ai des interventions? Mme la
députée de Verdun.
Mme Melançon : Juste pour éclairer, donc, pour la suite des
travaux, tout à l'heure, on a convenu qu'on y allait... On n'est
pas obligés de suivre l'ordre, mais on y va comme si c'était un amendement...
M. Jolin-Barrette :
Un amendement, 20 minutes par amendement.
Mme Melançon :
Parfait. Merci beaucoup.
La Présidente (Mme Proulx, Côte-du-Sud) : Donc, est-ce
que j'ai des interventions? Quelqu'un
veut commencer sur l'article, les modifications? Mme la députée de Joliette,
à vous la parole.
Mme Hivon :
Oui. Alors, comme j'ai dit, le ministre ne sera pas surpris de m'entendre sur
cet élément-là dont on a débattu hier, qui est le deuxième... le paragraphe...
le deuxième paragraphe du deuxième alinéa, qui dit que le ministre de la
Justice peut, donc, par arrêté, déterminer les districts judiciaires où le
tribunal, là, va se déployer. Donc, je note
les petits changements qui ont été faits. C'est quelque chose qui avait été
dit hier, là, qu'il pourrait ajouter le mot «graduellement», mais, en ce
qui nous concerne, ça ne répond pas à la demande parce qu'il y a vraiment deux
irritants majeurs ici. Ça a été soulevé.
Ça a été soulevé, notamment,
par les coprésidentes du comité d'experts, là, Mme Corte et
Mme Desrosiers, eux... Le seul fait,
pour elles, que le ministre se donne le pouvoir de déterminer les districts
judiciaires pouvait comporter un
enjeu sur l'indépendance, parce
qu'il en revenait, je dirais, de
manière sous-jacente, à un peu forcer la main de la cour, à savoir où les
juges seraient assignés, parce qu'évidemment on choisit certains districts. Je
ne fais que rapporter cet argument-là qui nous a été fait par des personnes qui
ont une connaissance assez pointue. Puis d'ailleurs le ministre, je pense, à bon droit, a référé à certaines des propositions
de Mme Corte et Mme Desrosiers. Donc, je pense qu'il pourrait aussi
les entendre sur ce point-là.
Et, au-delà de cette
question-là de l'indépendance institutionnelle puis d'un certain questionnement
qui existe par rapport à ça, je trouve que le grand irritant de cet alinéa-là,
c'est vraiment de ne donner aucune garantie dans le projet de loi que l'ensemble du territoire va connaître l'implantation
du tribunal spécialisé dans l'ensemble des districts judiciaires. Et c'est pourquoi, Mme la Présidente,
je vais déposer un amendement, qui, je pense, vous a été envoyé ou va
vous être envoyé, qui est, en fait, un sous-amendement, qui se lit très
simplement :
Retirer le paragraphe
2° du deuxième alinéa de l'article 83.0.1 introduit par l'amendement de
l'article 3.
Donc, c'est très
simple, peut-être que... On aura le temps qu'il apparaisse sur Greffier, mais le
but de l'amendement, c'est tout simplement de retirer, de supprimer ce
paragraphe du deuxième alinéa. Puis je trouve ça vraiment important de... Le
ministre, hier, est resté sur sa position. J'ai encore espoir qu'il bouge
là-dessus. Il a bougé sur plusieurs éléments, depuis le début de nos travaux,
il nous dit même, des fois, qu'il comprend notre point de vue et le respecte,
donc c'est un début pour trouver un moyen de progresser. Et je dois dire qu'en
ayant retourné ça de tous les sens, hier soir, d'avoir parlé à des groupes,
d'avoir parlé à des experts, les gens ne comprennent pas pourquoi le ministre
veut absolument se garder une porte ouverte de pouvoir déterminer que ça va
s'appliquer uniquement dans certains districts, peut-être au fur et à mesure dans
d'autres, et ça, même s'il tient mordicus, puis on aura le débat tantôt, à ses
projets pilotes.
Donc, la logique qui
est en train d'être mise en place, c'est que le ministre veut faire des projets
pilotes. L'idée derrière ça, c'était de dire... de la manière dont il a plaidé
auprès des groupes, notamment, c'était de dire : On fait des projets pilotes, comme ça, on va savoir
comment ça va, où on s'en va, qu'est-ce qui marche, puis on... ensuite
ou va pouvoir l'étendre partout. Mais là le problème, c'est que, malgré le fait
qu'il procède de cette manière-là qui n'était pas la manière recommandée dans
le rapport Rebâtir la confiance, qui n'est pas non plus notre manière de
prédilection, là, de ce côté-ci de la
Chambre, même après ça, il va se donner le droit de ne pas l'implanter à la
grandeur du Québec puisqu'il se garde cette fameuse porte ouverte.
Alors, hier, le
ministre, quand je lui ai posé des questions, la seule chose, ultimement, qu'il
ma répondue, c'est : Oui, mais, si des districts ne sont pas prêts, si des
districts, par exemple, n'auraient pas les ressources? Et vous aurez compris,
Mme la Présidente, que, plutôt que de me rassurer, cette réponse-là m'a
inquiétée. Parce que le ministre n'arrête pas de nous dire, et puis on l'a
questionné là-dessus, qu'il est le responsable, qu'il est le responsable de
tout, il est le responsable parapluie, c'est lui qui va se tourner vers ses
collègues, Sécurité publique, Services sociaux, évidemment, services
judiciaires, qui relèvent de lui, et qu'il va voir à la bonne marche de tout
Mais,
quand on lui dit : Pourquoi, alors, ne peut-il pas garantir et enlever
cette espèce de porte qui vient atténuer tout l'effet et créer potentiellement
deux catégories de victimes, au Québec, celles qui vont bénéficier du tribunal
spécialisé et de la division spécialisée, parce qu'elles vivent dans un
district judiciaire où ça va exister, versus
celles qui vont vivre dans un district où ça n'existera pas... Et la
réponse qu'il m'a faite, c'est : Tout d'un coup qu'il y a un problème, tout d'un coup qu'on n'a pas les ressources,
donc, je ne peux pas. Or, il est le responsable des ressources.
Et il nous dit : Quand on a des enjeux de pérennité puis qu'on dit :
Oui, mais là il faudrait le préciser, parce que peut-être que le ministre
ne sera pas ministre de la Justice pendant 50 ans, peut-être
aussi qu'il va y avoir d'autres gouvernements un jour... il nous dit : Non, non, non,
puis il essaie d'évacuer ces craintes-là qui m'apparaissent vraiment
légitimes. Parce que, quand on fait un projet de loi, c'est pour maintenant,
c'est pour demain, c'est pour un bon bout de temps.
Alors, cette explication-là,
je trouve qu'elle ne peut pas cadrer avec la réalité d'un ministre qui nous
dit, par ailleurs : Je suis responsable de tout, je vais déployer
toutes les ressources, puis qu'ensuite son argument pour nous dire
qu'il doit garder une porte ouverte, le seul qu'il nous a fourni, c'est de
dire : Bien, s'il n'a pas les ressources? Bien, on a devant nous la personne qui est responsable des ressources
et qui va institutionnellement en être responsable, donc je ne
vois pas comment on pourrait échapper l'affaire et tolérer qu'on n'envoie pas
un signal clair, dès aujourd'hui, en
adoptant cet article-là, que toutes les victimes aux Québec
vont être considérées sur le même pied et que ce ne sera pas certains
districts versus d'autres qui vont voir le tribunal s'implanter.
Donc, j'aimerais que
le ministre prenne en compte que, pour nous, c'est quelque chose qui est vraiment
fondamental. Pour plusieurs
des groupes à qui j'ai parlé hier... je n'ai pas eu le temps de faire tout le
tour, mais il y a un message, là-dedans, qui est vraiment, je dirais,
irritant, de voir que ça pourrait ne pas se déployer partout.
La Présidente (Mme
Proulx, Côte-du-Sud) : Donc, il y a le dépôt de...
Présidente (Mme Proulx, Côte-du-Sud) : Oui? Là, donc, il y a un dépôt de sous-amendement sur
l'article 3. Est-ce qu'on suspend pour la lecture?
On va suspendre
quelques instants.
(Suspension