Culture and Education — 17 August 2010 (39th Legislature, 1st Session)

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31e législature, 4e session (6 mars 1979 - 18 juin 1980)

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27e législature, 2e session (21 août 1963 - 23 août 1963)

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(13 janvier 2009 au 22 février 2011)

Le mardi 17 août 2010 - Vol. 41 N° 31

Mandat conféré par une loi - Entendre les dirigeants des établissements d'enseignement de niveau universitaire

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Table des matières

Auditions (suite)

Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR)

Document déposé

Université du Québec en Outaouais (UQO)

Documents déposés

Intervenants

M. Pierre Marsan, président

Mme Danielle St-Amand

Mme Marie Malavoy

Mme Stéphanie Vallée

Mme Noëlla Champagne

M. Yves-François Blanchet

M. Émilien Pelletier

* M. Ghislain Bourque, UQTR

* Mme Lucie Guillemette, idem

* M. André Paradis, idem

* M. Claude Arbour, idem

* M. Jean Vaillancourt, UQO

* M. Denis Dubé, idem

* M. Yves Dupont, idem

* Témoins interrogés par les membres de la commission

Journal des débats

(Neuf heures trente-six minutes)

Le Président (M. Marsan): Ayant constaté le quorum, je... Attendez, on me dit d'attendre une seconde. Voilà.

Alors, à l'ordre! Ayant constaté le quorum, je déclare la séance ouverte. Je demande à toutes les personnes dans la salle de bien vouloir éteindre la sonnerie de leurs téléphones cellulaires.

Je rappelle le mandat de la commission, qui est de tenir des auditions publiques afin d'entendre les dirigeants des établissements d'enseignement de niveau universitaire en application de la

Loi sur les établissements d'enseignement de niveau universitaire.

Mme la secrétaire, y a-t-il des remplacements?

La Secrétaire: Oui, M. le Président. Mme Malavoy (Taillon) remplace M. Curzi (Borduas).

Auditions (suite)

Le Président (M. Marsan): Alors, pour notre ordre du jour ce matin, nous recevons l'Université du Québec à Trois-Rivières. Et ça nous fait plaisir de vous accueillir. Vous aurez une période d'environ 30 minutes pour nous exposer la situation de l'Université du Québec à Trois-Rivières, et par la suite il y aura des échanges pour une durée maximale de 2 h 30 min entre les formations politiques.

Je voudrais, dans un premier temps, saluer... c'est M. Bourque, qui est le recteur de l'Université du Québec à Trois-Rivières. Et, M. Bourque, j'aimerais vous demander de nous présenter les gens qui vous accompagnent.

Université du Québec à

Trois-Rivières (UQTR)

M. Bourque (Ghislain): Oui. Je vais procéder... D'abord, merci, M. Marsan. Et je vais procéder de ma gauche vers la droite. M'accompagnent Mme Lucie Guillemette, qui est vice-rectrice aux études supérieures et à la recherche; tout près de moi, sur la droite, M. André Paradis, qui est vice-recteur ce que l'on appelle au premier cycle et aux affaires académiques; ensuite, M. Martin Gélinas, qui est vice-recteur aux ressources humaines; et enfin M. Claude Arbour, qui est vice-recteur aux finances et à l'administration.

Le Président (M. Marsan): Alors, je vous remercie. Comme je le mentionnais plus tôt, vous avez une période de 30 minutes pour nous exposer la situation de votre université.

M. Bourque (Ghislain): Très bien, merci. Donc, bonjour à... je devrais dire, à tous et à toutes puisque les femmes sont en très grande majorité sur cette commission. Nous allons faire des efforts pour la parité, nous autres aussi, dans les années qui vont venir; on n'y est pas tout à fait présentement. J'aimerais vous dire que je vais prendre appui sur la documentation qui vous est parvenue, de même que le dernier document concernant ce qu'on pourrait appeler l'aspect un peu plus éditorial concernant l'Université du Québec à Trois-Rivières.

Mes premières pensées vont vers cet état, ce constat que l'Université du Québec à Trois-Rivières, selon nous, est une université en croissance, elle est en croissance selon plusieurs facteurs ou selon plusieurs paramètres: d'abord, au niveau des effectifs étudiants, c'est une université qui, depuis les années environ 2002, 2003, a accru sa clientèle de plus de 30 %; du côté des programmes académiques, puisque nous avons une organisation académique ou, à tout le moins, un portefeuille académique qui s'est, je dirais, très élargi au fil des dernières années; au niveau de la recherche, qui est plus ciblée, prenant appui sur le plan stratégique 2004-2009 -- j'en dirai quelques mots tout à l'heure; au niveau des pratiques pédagogiques aussi, en particulier en raison des cours en ligne, nous avons élargi les pratiques pédagogiques; collaboration diversifiée et renforcée au niveau des partenariats de notre milieu; offre de formation plus vaste sur un territoire, je dirais, mieux desservi, nous travaillons avec plus de neuf communautés différentes; et, bien entendu, au niveau des infrastructures puisque nous avons maintenant un pavillon véritablement dédié à la santé.

** (9 h 40) **

Rajoutons à cela qu'il y a un certain nombre de leaderships très affirmés, dont celui sur la santé, puisque maintenant l'Université du Québec à Trois-Rivières accueille le tiers de ses étudiants en santé, donc le tiers aussi de son corps professoral et de ses programmes sont portés au compte de la santé. Et, lorsque l'on parle de santé à Trois-Rivières, on parle beaucoup de périmédical. Je vous dirai tout de suite des choses peut-être que vous savez.

C'est que, quand on parle de périmédical, on parle de disciplines telles chiropratique, sage-femme, podiatrie, bientôt orthophonie, ergothérapie, etc., et sans oublier, bien entendu, sciences infirmières, psychologie, psychoéducation et kinésiologie. Donc, nous avons donc identifié... nous avons une signature particulière qui est portée au compte de la santé, et cela nous permet aussi de déterminer que, s'il y a le tiers des effectifs qui maintenant campent du côté de la santé, il y a aussi... toutes les nouvelles chaires de recherche ont pratiquement été déployées au niveau de la santé.

Et, bien entendu, la santé représente pour nous un secteur pour lequel on travaille de façon interdisciplinaire, c'est-à-dire où se regroupent les gens de diverses disciplines pour essayer de transformer ce qu'on pourrait appeler les habitudes de travail en santé.

Rajoutons à cela que l'Université du Québec à Trois-Rivières possède plusieurs foyers intellectuels. Outre celui de la santé, j'aimerais porter à votre attention que nous avons, au cours des dernières années, établi ce qu'on pourrait appeler un principe de différentiation à l'Université du Québec à Trois-Rivières. C'est-à-dire que nous avons identifié des projets rassembleurs qui permettraient de cibler un petit peu plus nos activités de recherche.

Parmi ces projets rassembleurs, je vous signale l'écologie aquatique, donc tous les écosystèmes évidemment concernant les eaux douces plus particulièrement sont ici étudiés. Ça regroupe à la fois des biologistes et des géographes. Ça travaille évidemment sur les bassins versants et, bien entendu, ce qu'on pourrait appeler un territoire qui s'étend des Grands Lacs jusqu'à la zone estuarienne du fleuve.

Et il y a aussi comme autre projet rassembleur l'enfant et la famille, où sont couvertes cette fois des dynamiques concernant, bien entendu, la parentalité, l'enfance, la maltraitance, la négligence, la conjugalité, la vie familiale. Donc, c'est un pôle rassembleur pour notre université.

Ensuite, quelque chose dont vous entendez parler de temps à autre, j'imagine, l'hydrogène, énergie alternative. C'est un pôle extrêmement important pour nous puisque nous y travaillons à la fois sur le stockage, la sécurité et la production de l'hydrogène et que Trois-Rivières est la tête de réseau canadien pour cette filière d'énergie alternative.

Ensuite, les PME. Nous avons, en PME, un regroupement interdisciplinaire très important qui parle de la gestion, sciences comptables, génie et mathématiques, informatique, où sont traitées des problématiques telles que la succession en entreprise, la productivité des PME et aussi le passage à l'international, qui sont des dynamiques, là, très importantes à l'heure actuelle pour l'économie régionale.

Pâtes et papiers, où il y a eu des difficultés un petit peu plus nettes, puisque vous savez peut-être ce qu'il en est au niveau des ressources, de la ressource forestière à l'heure actuelle, son utilisation. Toutefois, nous avons un centre intégré en pâtes et papiers qui travaille fort sur un renouvellement des problématiques de la ressource forestière et qui travaille beaucoup aussi sur le développement des technologies pour exploiter la biomasse.

Je ne vous cacherai pas que la Mauricie a ce trésor enfoui, là, que l'on appelle les résidus forestiers qui ne sont pas utilisés et par lesquels nous pourrions développer beaucoup la problématique de biomasse et, bien entendu, d'énergies alternatives.

Enfin, je porte à votre attention aussi cet autre projet rassembleur que sont les études québécoises où sont étudiés les principes d'évolution de la société québécoise et où on travaille en particulier sur un atlas historique du Québec, ce qui regroupe plus de 200 chercheurs à l'heure actuelle.

Tous ces projets, tous ces projets, qui différencient l'Université du Québec à Trois-Rivières et qui ciblent un petit peu plus nos actions du côté de la recherche pour éviter le plus d'éparpillement possible, ce qui ne veut pas dire qu'on ne fait pas de place à d'autres projets, mais ceux-ci sont un petit peu des dénominateurs dans certains domaines, tous ces projets, je dirais, ont des impacts environnementaux, bien sûr, économiques, sociaux.

Et j'aimerais vous signaler qu'au niveau, par exemple, économique le travail sur les PME, sur les énergies alternatives et les pâtes et papiers sont cruciaux pour la région. Aux niveaux sociaux, la santé, bien entendu, l'enfance et la famille et les études québécoises sont aussi porteurs d'impacts. Et, aux niveaux environnementaux, évidemment l'écologie aquatique et les énergies renouvelables sont des éléments primordiaux pour évoluer dans notre société présentement.

Je vais passer à un autre point que l'on appelle chez nous une région universitaire pour vous expliquer un petit peu le cheminement qu'a fait l'Université du Québec à Trois-Rivières au fil des années, cela, en partant du fait que l'installation d'une université dans une région a permis un certain nombre d'évolutions non seulement de la région, mais aussi de ce qu'était comme structure l'université.

Bien entendu, au point de départ, l'Université du Québec à Trois-Rivières, à l'instar de plusieurs autres, était une université régionale, c'est-à-dire une université qui s'enracinait dans une région, qui avait une desserte régionale et qui avait une vision portée, je dirais, par les limites de son territoire. C'était un petit peu enclavé, mais je pense que toutes les années soixante-dix ont surfé sur ce principe, sur ce modèle-là.

Au tournant des années quatre-vingt, quand sont arrivées en particulier les implantations de recherche à l'Université du Québec à Trois-Rivières -- ça n'a pas commencé là, mais c'est devenu, je dirais, une dominante dans les années quatre-vingt -- on est passés à un concept un peu différent, c'est devenu une université en région. Pourquoi en région plutôt que régionale? Pour des raisons d'expansion, au sens où la recherche a mis en place un système, je dirais, de travail ou de pensée qui a fait en sorte que c'est le savoir qui était devenu un peu plus le territoire, si on veut, de l'université. Et c'est un peu normal.

Donc, ça ne voulait pas dire qu'on n'était plus enracinés dans la région, mais ça supposait que cet enracinement devait, je dirais, se déployer outre les frontières de la région. Et donc, à ce moment-là, on a compris, par les différents pôles de recherche qui se sont installés, qu'il y a eu une diversification des problématiques et que l'université, pour ne pas être à l'étroit dans ce qu'on pourrait appeler un concept régional, est devenue une université qui travaillait en région et qui portait les problématiques régionales à un niveau national et international.

Donc, partant de là, le déploiement a été plus large et nous a amenés jusqu'à un autre concept que nous développons présentement, qui est celui de région universitaire. L'enracinement est toujours là, le travail avec la communauté est toujours là, le savoir fait toujours partie... le savoir diversifié et le plus expansionné possible fait toujours

partie des préoccupations de l'université mais avec un modèle structurant en ce qui regarde les interactions de l'université et des acteurs régionaux. Ce que l'on cherche à développer en particulier, c'est l'idée que l'université est un vecteur de développement. Ce n'est pas le moteur de développement au sens économique, par exemple, au sens social, mais c'est un vecteur de développement: un vecteur parce qu'elle est à la disposition de toute une population pour la formation qu'elle offre, donc les besoins rencontrés par la population, mais aussi pour la recherche et pour les services aux collectivités.

Et, dans ce cadre-là, nous tentons de développer toujours un petit peu plus les partenariats en rapport avec l'utilisation que l'on peut faire de l'université pour mieux servir la collectivité. Et c'est pour ça qu'on parle, à ce moment-ci, d'une université vectorielle, d'une université carrefour, qui accueille les besoins et qui cherche à développer sa communauté dans le sens de la compétitivité, dans le sens de la société du savoir, dans le sens de l'économie du savoir et des relations tant régionales que nationales et internationales.

Donc, cela a des impacts. Ça favorise évidemment les échanges et les transferts, tant en formation qu'en recherche, et ça nous oblige, d'une certaine façon, à moduler un petit peu notre offre en fonction non seulement de notre territoire, mais de la compétitivité mondiale. Dans ce cas, on peut dire qu'on articule les initiatives avec les besoins et que ce qui est un petit peu notre objectif le plus préoccupant et à la fois le plus prioritaire, c'est d'avoir une région plus instruite, plus prospère, mais aussi plus innovante, bien sûr, puisque les trois marchent ensemble.

Troisième point, j'aimerais vous parler de l'équilibre auquel notre université est arrivée, hein, a réussi à atteindre au fil des années. J'aimerais vous signaler que c'est un équilibre précaire, c'est un équilibre qu'on cherche à préserver. Mais, pour autant, je tiens à vous signaler de quelle sorte d'équilibre on parle ici.

En fait, en 2004, l'Université du Québec à Trois-Rivières avait un déficit accumulé de 25 millions, 24,5 millions de dollars, sur un budget annuel d'environ 96 millions, ce qui était énorme. L'intérêt de la dette, je dirais, là, nous empêchait de nous développer. Et, à toutes fins pratiques, nous avions un déficit aussi de crédibilité au sens premier du terme, c'est-à-dire que, tant l'université dans son travail que l'administration dans sa manière de fonctionner avaient beaucoup de difficultés à établir une saine cohérence et de la cohésion, là, à travers, je dirais, les divers membres du personnel.

Donc, le travail, il s'est fait à partir de 2004, où on s'est efforcés de rencontrer nos obligations mais aussi de rembourser la dette, ce qui nous amène, en 2010, à un déficit de zéro puisque, cette année, nous allons rembourser le dernier 1,5 million à peu près, là, qu'il nous reste à rembourser. Cela, grâce au travail évidemment des gens qui ont oeuvré à

titre de vice-recteurs aux finances. Là, je pense à M. René Garneau et je pense à Claude Arbour, qui est avec nous aujourd'hui. Donc, ça a été un travail patient mais très méticuleux, et ce travail, évidemment, il s'est fait au prix de certains sacrifices, sacrifices administratifs.

J'aimerais vous signaler que, même si on a augmenté de plus de 30 % notre clientèle au fil des années, l'administration n'a pas grossi, au sens premier du terme, c'est-à-dire qu'on a gardé le même nombre de cadres -- et là-dessus je vous prie de croire que nous avons probablement le ratio le plus petit en termes de cadres par rapport au nombre d'étudiants et au personnel que nous avons -- mais aussi, du côté professoral, 30 % d'augmentation... 32 % d'augmentation de clientèle, mais 15 % d'augmentation au niveau du corps professoral.

Donc, il y a eu aussi des efforts qui ont été consentis à tous les niveaux, au niveau professionnel, au niveau du soutien, au niveau des professeurs, pour que l'on puisse redresser la barre à ce niveau-là.

Et j'aimerais vous dire que là-dessus nous avons fait nos devoirs et nous sommes assez fiers du résultat que maintenant nous avons obtenu, puisque je pense que nous avons ouvert pour cette université beaucoup plus de disponibilités de développement que nous en avions en 2004-2005. Et là-dessus j'aimerais simplement vous signaler que c'est grâce à l'effort de l'ensemble de la communauté universitaire.

Et j'aimerais aussi rajouter une petite note à ça. Vous savez sans doute que la loi n° 100 va frapper les universités, va les frapper, je dirais, de façon pas trop dure, mais suffisamment toutefois pour peut-être déséquilibrer certaines universités. Nous, la rationalisation, on l'a faite -- c'est ça que je veux vous dire -- on l'a faite pendant les six dernières années, et donc nous avons peu de marge de manoeuvre pour rajouter à cette rationalisation.

Nous allons faire nos devoirs parce que la loi n° 100 implique la collaboration de tous et de toutes, et nous ne sommes pas exclus de la société, nous allons faire nos devoirs aussi là-dessus, mais nous sommes très prudents et nous sommes très sensibles aux efforts qui devront être portés pour ne pas retomber dans ce que nous avons corrigé dans les six dernières années.

** (9 h 50) **

Le dernier point est plus éditorial, ça concerne un

titre que j'ai laissé pour le document qui vous a été envoyé, c'est L'université, un monde à risque . J'aimerais vous signaler que ce qui distingue l'université de l'ensemble des autres paliers d'éducation, c'est la recherche, c'est la recherche et c'est aussi l'obligation qu'ont les universités de constamment développer des programmes qui avivent la compétition mais qui répondent à des besoins qui ne sont pas que des besoins régionaux ou nationaux, qui sont aussi des besoins qui prennent forme sur la scène internationale.

Pourquoi je vous dirais que l'université est un monde à risque? C'est un monde à risque parce que, à partir du moment où nous entrons dans une filière de recherche, nous ne pouvons déterminer quel sera le succès de cette filière, nous ne pouvons mesurer les impacts de cette filière autrement que par ce qu'on pourrait appeler une certaine popularité, par exemple, aux études de cycles supérieurs, autrement aussi que par un encouragement qu'on peut obtenir de la part des grandes sources de financement pour pouvoir continuer nos travaux sur l'une ou l'autre des problématiques dans lesquelles on s'est engagés.

Mais cela nous dit: On ne peut pas être tout à fait gouvernés comme les autres établissements de l'éducation parce que ce risque, nous devons le prendre, et la société souhaite qu'on le prenne. Pourquoi souhaite-t-elle qu'on le prenne? Eh bien, simplement parce que maintenant nous sommes de plain-pied dans une société du savoir. Notre économie dépend de la création, de l'inventivité et de l'innovation que cela peut provoquer.

L'innovation, elle ne se fait pas nécessairement chez nous. Vous savez, les études... la recherche fondamentale, la recherche appliquée sont des modes par lesquels on peut activer l'innovation. Et l'innovation, normalement, ensuite, qui va en découler, sera portée par les entrepreneurs de la société, par les gens de service, qui comprennent que les modèles d'organisation doivent évoluer, que la productivité doit évoluer et que, somme toute, c'est par là que notre pays, notre État va se positionner un petit peu mieux sur la scène internationale, va générer de l'emploi.

Donc, j'aimerais vous signaler que nous faisons des redditions de comptes assez régulièrement, ou bien à l'interne, ou bien aujourd'hui devant vous, où on peut signaler comment est-ce qu'on utilise l'argent public. Et c'est correct. Et je pense qu'on doit avoir une gestion responsable et qu'on doit expliquer correctement et le plus précisément possible, par des paramètres, au moyen d'indicateurs et de paramètres, là, qui sont inscrits souvent dans les formulaires que l'on reçoit, donc on se doit d'expliquer qu'est-ce que l'on fait.

Mais cela, c'est une reddition de comptes plutôt normée, parce qu'on est capables de dire exactement le taux de diplomation, on est capables de dire l'occupation de nos espaces, on est capables de signaler, je ne sais pas, moi, la clientèle que l'on reçoit, et rajoutons, là, toutes les indications qu'on doit apporter pour signaler que, dans le fond, on ne fait pas du si mauvais travail. Cela, c'est une reddition de comptes, je pense, requise pour justifier l'utilisation de l'argent public.

Mais, dans ce que l'on pourrait appeler le risque que l'on doit prendre, le risque que nous donne, que nous autorise la société à prendre, et qui passe par la recherche, et qui passe par le développement de nouveaux programmes, pour ça, on n'est pas capables à l'heure actuelle de vous dire quelle est notre productivité. On est capables de vous donner quelques chiffres, mais on n'a pas d'étude d'impact. Et on n'est pas questionnés sur ces impacts-là.

Et c'est ce pour quoi je vous dirais qu'il manque à cette reddition de comptes cette dimension qui fait que l'université permet à notre société d'évoluer comme elle évolue, d'évoluer peut-être différemment de ce qu'elle fait, compte tenu des concurrences internationales, et qui ne peut pas s'évaluer, et qui est difficilement mesurable à l'instant même où nous enclenchons un certain nombre, je dirais, d'initiatives au niveau de la recherche et au niveau des nouveaux programmes.

Nous, nous allons comprendre peut-être dans cinq ans ce qui a été, je dirais, intéressant pour le Québec en hydrogène, mais on sait qu'on peut développer et qu'on doit développer l'hydrogène. Mais on ne peut pas vous donner d'étude d'impact sur l'hydrogène maintenant parce que la problématique des énergies renouvelables, c'est dans cinq et dans 10 ans qu'on va en comprendre les impacts véritables. Or, là-dessus, on doit, je dirais, prendre le pari qu'on investit en hydrogène, qu'on embauche en hydrogène, qu'on ouvre un petit peu plus le secteur, et, pour ça, on a besoin d'aide, mais, pour ça, la reddition de comptes n'est pas appropriée.

Et c'est ce pour quoi j'ai inscrit dans mon intervention, je dirais, ce questionnement qui est, oui, la reddition de comptes au niveau des normes, on est d'accord, on la fait, et je pense qu'on y répond correctement -- mais peut-être que vous êtes d'un autre avis, et vous nous le signalerez -- mais je pense qu'il faut, pour une reddition de comptes correcte et qui dit véritablement le travail et qui essaie d'expliquer les retombées de l'université, les impacts de l'université sur l'évolution de notre société, tant au niveau social que culturel et économique... pour ça, on est complètement démunis, mais on sait par ailleurs que ça a un impact.

On sait que ça a un impact quand on forme, dans une région, par exemple, comme la Mauricie, quand on forme 12 500 étudiants et étudiantes, ça a un impact. On sait que, lorsqu'on forme des professionnels dans une région et qu'on attire des étudiants dans une région où la démographie n'est pas favorable, ça a un impact.

Et bien sûr, là-dessus, j'aimerais beaucoup qu'à un moment donné on se penche sur l'impact des universités et leur productivité à la fois économique et sociale, parce qu'à l'heure actuelle je pense qu'on est un peu laissés à nous-mêmes, bien sûr avec des moyens qui nous permettent d'arriver dans une reddition de comptes normée mais pas toujours dans une reddition de comptes qui serait de productivité, où la concurrence et la compétition internationales ont leur place.

Donc, je m'arrête là-dessus. Et je ne doute pas qu'il y aura des questions ultérieures. Merci.

** (10 heures) **

Le Président (M. Marsan): Alors, vous allez me permettre de vous remercier bien sincèrement pour l'excellente présentation que vous nous faites de l'Université du Québec à Trois-Rivières. Nous allons immédiatement poursuivre avec la période d'échange, et je vais reconnaître la députée de Trois-Rivières, de votre région. Mme la députée, la parole est à vous.

Mme St-Amand: Alors, merci beaucoup, M. le Président. Dans un premier temps, comme on débute cette commission, vous me permettrez de saluer mes collègues, vous saluer vous-même et toute l'équipe, que je retrouve avec plaisir après quelques semaines de congé.

Évidemment, M. le Président, permettez-moi de saluer très, très, très chaleureusement M. Bourque, Mme Guillemette, M. Paradis, M. Gélinas ainsi que M. Arbour. Ce sont des gens... d'excellents collaborateurs. L'Université du Québec à Trois-Rivières, c'est une très, très belle fierté évidemment pour le comté de Trois-Rivières mais pour toute la région de la Mauricie, des gens très impliqués, des gens qui sont partenaires à plusieurs niveaux dans le développement socioéconomique de Trois-Rivières. Et vraiment c'est important de souligner le travail exceptionnel de la direction de l'université, aussi de toute la communauté universitaire, qui vraiment font un travail très, très précieux.

Je ne peux pas m'empêcher de souligner, M. le Président, que je suis une diplômée de l'UQTR. Ma fille en est une également, et mon fils y étudie toujours. Alors, vous comprenez qu'il y a une grande

partie de mon coeur qui est là aussi.

Le Président (M. Marsan): Alors, vos intérêts sont déclarés.

Mme St-Amand: Mes intérêts sont déclarés, et très fièrement aussi. Alors, M. Bourque, on parle évidemment d'une hausse d'étudiants qui est vraiment marquante, une hausse de clientèle qui est marquante. Ma question aura deux volets. En même temps, on sait qu'il y a eu des efforts considérables au niveau financier. J'aimerais d'abord... Comment on fait pour réussir à rattraper un déficit comme vous en aviez un et accroître sa clientèle? Alors, j'aimerais ça que vous élaboriez sur les deux points, peut-être une

partie pour la clientèle, une

partie aussi au niveau financier.

M. Bourque (Ghislain): Oui. Il n'y a pas un seul facteur, il y en a plusieurs. Premièrement, lorsqu'on parle de redressement financier, on parle évidemment de mesures de rationalisation. Quand on parle de rationalisation, on ne parle pas beaucoup de développement, en général. Même si on essaie d'attacher le mot « développement » à ça, ce n'est pas toujours le cas. Donc, ce sont des mesures qui ont pris au plus court les dépenses de l'université pour essayer de faire en sorte qu'on pourrait à chaque année gagner un peu de terrain là-dessus.

Si nous n'avions pas eu d'augmentation de clientèle, le redressement aurait été beaucoup plus long, c'est ce qu'il faut comprendre aussi, parce que l'augmentation de clientèle qui est apparue à l'Université du Québec à Trois-Rivières -- ça ne veut pas dire que ce n'est pas une université qui n'était pas courue, mais elle est apparue de façon plus distincte dans les dernières années -- nous a permis non seulement de rationaliser, mais de maintenir vraiment l'académique à un très bon niveau, puisque, si vous regardez les derniers rapports de l'ACPAU en particulier, ils disent très clairement qu'à Trois-Rivières nous sommes une des universités qui a mis la plus forte proportion de son budget dans l'académique et la plus faible proportion de son budget dans l'administration.

Donc, nous ne sommes pas en déficit véritable par rapport à l'académique. C'est un choix que l'on a fait. Et c'est un choix qui nous a permis de redresser les choses.

Mais j'aimerais aussi signaler la part des étudiants à l'intérieur de ce petit succès. On se pète un peu les bretelles ce matin, mais c'est un petit succès qui nous dit que Trois-Rivières est encore une université que les étudiants recherchent parce que, cette année, là, nos derniers chiffres nous signalent 10 % d'augmentation, là, pour la rentrée. Ce ne sera peut-être pas ça, le vrai chiffre, mais ça ne sera pas en bas de 7 %. On est certains que ça ne sera pas en bas de 7 % parce qu'on a les chiffres qui nous disent que ça va être au moins 7 %.

Donc, si c'est 10 %, je vais vous dire, ça veut dire qu'il y a une confiance que les étudiants ont mise dans le travail qui se fait à Trois-Rivières et à tous les niveaux. Et cela, j'aimerais le signaler, parce que nous avons des liens cordiaux et très collaborateurs avec les associations étudiantes. Et je pense que ça, c'est aussi un secret, parce que somme toute le recrutement dans les universités, il se fait beaucoup par les étudiants, et il se fait beaucoup par les étudiants après leur premier trimestre, lorsqu'ils rencontrent leurs amis qui sont allés ailleurs ou qui n'ont pas encore choisi d'université.

Et je pense que nous profitons beaucoup de l'aide, de la collaboration, de la complicité des organisations étudiantes à Trois-Rivières.

Autre point, nous avons initié, dans les deux dernières années, un programme de réussite des études. Et, si ça ne touche pas les étudiants, ça touche les parents. Pourquoi? Parce que c'est une entreprise à risque aussi, étudier, et donc c'est un placement, c'est un investissement qu'il faut faire dans sa vie.

Et, dans ces conditions, je pense que, le travail qui a été mis en place pour accueillir les étudiants, pour bien faire comprendre ce que veut dire le passage à l'université et les obligations et les devoirs que ça entraîne, pour bien faire comprendre ce que veut dire réussir aussi au niveau académique, nous avons non seulement mis en place toute une structure d'accueil et d'encadrement des étudiants qui étaient plus à risque, mais nous avons aussi travaillé parallèlement sur la pédagogie universitaire.

On s'entendra pour dire que réussir ses études, ça peut dépendre de la méthode de travail de l'étudiant ou de l'étudiante, mais ça peut dépendre aussi de la pédagogie qui est en cause, c'est-à-dire du travail de notre corps professoral.

Et donc, comme le milieu universitaire n'était pas très... je dirais, très proche de ce qu'on peut appeler la pédagogie comme telle, étant donné qu'on embauche des professeurs qui ont fait des études très hautes et qui ont fait des recherches très élevées aussi mais qui ne sont pas nécessairement rompus aux méthodes pédagogiques, on a tenté d'accueillir tous nos nouveaux professeurs avec des formations en pédagogie universitaire. Et le mélange des deux fait que maintenant peut-être la clientèle ou en tout cas les effectifs étudiants...

C'est toujours délicat de les appeler des clients parce que ce sont des clients quand ils arrivent, mais, quand ils sortent, les clients, c'est ceux qui les embauchent, hein? Donc, on pense toujours que nous avons affaire à des clients, mais on a plus affaire à des effectifs étudiants. Et ces effectifs peut-être portent plus leur confiance maintenant dans ce qu'on pourrait appeler un cadre d'apprentissage pour lequel ou dans lequel... au sein duquel la réussite est une composante essentielle. Et je dirais, je dirais de façon intuitive, là, que c'est un des facteurs qui nous amène des clients ou des effectifs à la hauteur de ce que nous avons aujourd'hui.

Mme St-Amand: Merci. Alors, vous nous dites qu'évidemment ça n'a pas permis un aussi grand développement probablement que vous l'auriez voulu. J'aimerais quand même aborder tout le développement au niveau de la santé, puisqu'on sait qu'au cours des dernières années, en plus du partenariat avec l'Université de Montréal pour l'enseignement médical via le CHRTR et les hôpitaux de la région, il y a aussi plusieurs facultés, il y a aussi plusieurs formations qui se sont ouvertes au niveau de la santé. Est-ce que vous êtes capable de nous parler de ce volet-là qui, je crois, a un impact quand même important sur les résultats de notre université?

** (10 h 10) **

M. Bourque (Ghislain): J'aimerais saluer à tout le moins l'initiative qui a été prise par l'Université de Montréal d'amener dans notre région une formation en médecine. C'est une formation qui passe un peu par l'UQTR aussi, puisque nous accueillons, nous, ce qu'on appelle la prémédecine, la première année des étudiants qui sont sélectionnés et qui font une année à l'UQTR. Et donc, après cette formation, ils sont pris en charge véritablement par la formation médecine.

Et cela nous a permis en même temps de développer des liens avec l'Université de Montréal au niveau de l'anatomie. Nous avons, à l'heure actuelle, au Québec, probablement le plus grand laboratoire d'anatomie humaine. Et ça permet à des étudiants de l'Université de Montréal, non seulement ceux qui viennent chez nous, ou du moins en Mauricie, se former en médecine, mais tous les autres étudiants qui sont à l'Université de Montréal en médecine, ça leur permet de venir, pendant l'été, fréquenter nos laboratoires d'anatomie.

Vous savez peut-être que nous avons le procédé de plastination, qui est un procédé qui maintenant permet plus et mieux aux apprentis médecins de comprendre ce qu'est le corps humain, puisqu'on avait, pendant une certaine période, passé à une instrumentation plus électronique pour cet apprentissage. Or ça, c'est un des effets très intéressants. Ça nous permet d'agrandir notre laboratoire, de mieux l'équiper mais de recevoir des clientèles jusqu'à 80 personnes, là, pendant l'été, qui sont des futurs médecins qui viennent se former dans nos laboratoires.

En ce qui regarde les autres secteurs santé, vous avez pris soin de parler des développements, là, qui s'en viennent, parce que nous avons évidemment... Avec ergo, avec ergothérapie, avec chiropratique, avec sage-femme, avec psychologie, podiatrie, nous sommes en train de structurer ce que l'on appelle des cliniques interdisciplinaires, ce qui veut dire des diagnostics à plusieurs. Prenez simplement l'exemple d'une femme enceinte qui se présenterait avec des maux de dos.

Bien, évidemment, sage-femme, chiropratique, ergo pourraient définir un diagnostic important -- même podiatrie, dans ces conditions-là -- pourraient partager un diagnostic pour aider cette femme à avoir, je dirais, une posture plus adaptée, plus adéquate ou à prévenir un certain nombre de problèmes. Et nous travaillons fort pour qu'évidemment médecine fasse

partie de cette clinique interdisciplinaire, puisque souvent les diagnostics se doivent d'être pleinement médicaux.

Et donc le travail qui se fait n'est pas un travail, je dirais, distant de ce qui devrait se faire dans chacune des disciplines mais qui cherche à faire évoluer chacune des disciplines en rapport avec des complémentarités possibles chez les autres. Et, bien entendu, la nouvelle que nous avons eue en ce qui regarde, dernièrement, là, les infirmières praticiennes est une excellente nouvelle, parce que les infirmières sont au coeur de cette clinique interdisciplinaire.

Mme St-Amand: O.K. Vous avez parlé tantôt de la loi n° 100, des efforts qui ont été faits déjà à l'université. J'aimerais ça vous entendre comment vous entrevoyez -- parce qu'évidemment ça sera dans les prochains mois -- comment vous entrevoyez le fonctionnement de l'université avec la loi n° 100.

M. Bourque (Ghislain): Bien, on sait que la loi n° 100 va toucher principalement l'aspect administratif, donc ne touchera pas l'aspect académique comme tel, et que, chez nous, l'aspect administratif, il a été resserré, là, vraiment de façon importante, et que nous étions à réouvrir un petit peu plus, donc à donner un peu plus de souplesse à l'administration pour maintenant combler quelques postes, là, qui étaient importants. Parce que, vous savez, il y a un petit peu d'usure ou d'exténuation aussi à l'intérieur d'un processus semblable, là, après cinq, six ans.

On sait qu'il y a des gens qui ont fait plus de travail que ce que permettaient ou prévoyaient leurs fonctions. Donc, il va falloir être encore un peu plus patients, regarder mieux comment est-ce qu'on peut appliquer la loi n° 100 et avec le moins d'effets inhibants possible sur l'évolution de notre administration.

Écoutez, il n'y a pas de... on n'entre pas dans un processus de victimisation, là. On a fait le travail qu'on devait faire lorsqu'on a pris conscience qu'on avait un déficit énorme et qu'on perdait de la crédibilité. Donc, on a rétabli les choses.

La loi n° 100, on va s'y plier, puis je pense qu'il n'est pas question, là, d'être délinquants par rapport à cette mesure-là, mais toutefois ce que je vous dis, c'est que, pour nous, ce sera peut-être plus difficile que dans certaines autres universités ou établissements d'enseignement où le travail de rationalisation n'a peut-être pas été aussi... bien, peut-être parce qu'ils gèrent mieux, à toutes fins pratiques, que nous, mais qui n'a peut-être pas été aussi sévère que ce que l'on a fait chez nous.

Et c'est simplement pour ça que je vous dis que c'est une loi qui s'impose probablement mais qui, pour nous, sera plus difficile à rencontrer qu'ailleurs.

Mme St-Amand: Je pense qu'on pourrait aborder... cinq minutes, ce ne sera pas assez long, mais quand même commencer à aborder le développement via l'hydrogène. Parce qu'évidemment on le sait que, pour Trois-Rivières et pour la région de la Mauricie, ça va vraiment passer dans le développement économique de notre région aussi. Alors, pour l'université, évidemment, dans les prochains mois, dans les prochaines années, comment vous entrevoyez le projet via l'hydrogène?

M. Bourque (Ghislain): Comme je le disais tout à l'heure, c'est un laboratoire de recherche, c'est un institut de recherche qui s'est déployé à partir de trois axes particuliers: le stockage, la sécurité de l'hydrogène et la production de l'hydrogène. On comprend très bien que ce qui est, à l'heure actuelle, la préoccupation générale, c'est de plutôt passer -- et lorsqu'on regarde les transports en particulier -- à une énergie renouvelable qui s'appelle l'électricité. Mais on connaît très bien aussi les limites de l'électricité, et c'est le stockage de l'électricité à l'intérieur des batteries.

Et on en est à peu près tous au même constat, c'est qu'une batterie stocke à peu près 5 km. Donc, si vous voulez de l'autonomie à raison de 500 km, multipliez le nombre de batteries que ça va prendre dans une auto. Et c'en est là, c'est là qu'est le blocage de cette révolution du transport par l'électricité.

Or, il faut combiner l'électricité à une autre source qui s'appelle l'hydrogène pour pouvoir avoir des batteries plus performantes et pour pouvoir concevoir une autonomie, je dirais, au niveau du transport, qui soit adéquate. C'est ce pour quoi notre équipe travaille sur les batteries, travaille sur aussi ce qu'on peut appeler l'énergie dans des milieux éloignés. Et ça, c'est important, hein? On sait ce que peut coûter l'énergie électrique qu'on amène dans des milieux éloignés, que ce soit, par exemple, l'île d'Anticosti, les Îles-de-la-Madeleine ou le Nord-du-Québec. Et, à ce moment-là, il faut savoir combiner des énergies comme l'éolien, l'électricité avec ce avec quoi on peut la stocker.

Et donc toute l'énergie perdue par l'éolien quand on n'en a pas besoin, toute l'énergie perdue par l'électricité quand les rivières sont pleines mais que la demande n'est pas très forte peut être stockée en hydrogène, peut être transformée en hydrogène. Et l'hydrogène, à ce moment-là, on l'utilise quand on en a besoin. Et on pense que ce principe-là devrait être un principe conducteur pour le développement des énergies renouvelables, c'est-à-dire trouver une forme par laquelle on est capable de stocker ce que l'on perd de toute façon quotidiennement en énergies non renouvelables, intermittentes.

Et c'est vraiment le credo de nos chercheurs en hydrogène que de pouvoir travailler avec les gens qui sont dans les batteries, de pouvoir travailler avec les gens qui sont dans l'éolien, qui sont dans l'électricité, de manière à combiner nos forces. Et bien sûr la biomasse peut en faire

partie aussi.

Le Président (M. Marsan): Je vous remercie. Nous allons poursuivre nos échanges, et je vais céder la parole à la porte-parole de l'opposition officielle en matière d'enseignement supérieur, Mme la députée de Taillon.

Mme Malavoy: Merci beaucoup, M. le Président. Bonjour, M. Bourque. Je salue également les personnes qui vous accompagnent. Je suis très heureuse de vous entendre parce que j'apprécie, je dirais, la hauteur de vos propos. Vous ne nous entretenez pas, je dirais, de détails ou simplement de données factuelles. Vous partagez avec nous la vision de ce qu'est votre université et son avenir mais, je dirais, aussi de ce qu'est une université, de ce que doivent être les universités.

Et, même, ce qui est rare, honnêtement, c'est que vous nous dites presque... puis je reviendrai là-dessus un peu plus tard, mais vous nous dites presque: Vous ne nous en demandez pas assez sur ce que nous devrions faire comme reddition de comptes, et dans un sens très large, hein, c'est-à-dire, finalement, quelle est l'utilité des universités dans une société, à quoi doivent-elles servir, comment mesurer leur productivité. Puis on sait que ce sont des choses extrêmement complexes et que ce n'est pas parce qu'on annonce cela qu'on sait forcément par quels indicateurs y arriver. Mais honnêtement j'ai apprécié beaucoup que, dans votre présentation, vous nous situiez à ce niveau-là.

J'aimerais peut-être commencer par des questions qui tournent autour d'une chose que vous avez dite assez rapidement dans votre présentation, cette idée que vous êtes passés d'une université régionale, on pourrait dire une antenne, hein, du réseau Université du Québec à Trois-Rivières à une université en région. Et là vous nous avez indiqué un certain nombre d'éléments qui expliquent ce passage et qui caractérisent ce passage. J'aimerais revenir un peu là-dessus. C'est-à-dire, j'aimerais que vous me disiez quel est l'impact sur un certain nombre de choses de cette orientation, ou réorientation, ou en tout cas ce développement.

Par exemple, est-ce que cela a un impact sur la stratégie de recrutement de vos professeurs? Je vais préciser. On peut penser qu'une université, mettons que je l'appelle encore régionale, a plus de mal pas forcément à recruter mais à conserver et qu'une fois arrivés à maturité les professeurs soient chipés, excusez-moi l'expression, mais par d'autres universités dans de plus grands centres. Puis c'est une préoccupation que vous pouvez avoir, que d'autres universités peuvent avoir également.

Et j'aimerais savoir si cette orientation de votre université, telle que vous la décrivez maintenant, a un impact, entre autres, sur votre recrutement de corps professoral, qui est de toute façon un défi important pour les prochaines années.

** (10 h 20) **

M. Bourque (Ghislain): J'aimerais vous dire, a priori, il n'y a pas d'impact sur le recrutement au sens premier du terme. L'impact sur le recrutement va se faire sentir beaucoup plus à partir des grands projets rassembleurs.

Je veux dire, on a un certain nombre de lignes qui identifient la recherche, qui différencient l'université des autres universités sur certaines problématiques de recherche, et ce sont ces pôles rassembleurs qui vont, d'une certaine façon, infléchir parfois le recrutement, c'est-à-dire faire en sorte que les personnes que l'on recrute, qui sont toujours les meilleures, puissent intégrer des équipes de recherche plus facilement. Puis ça, c'est une vertu qui s'est développée avec le dernier plan stratégique.

En ce qui regarde l'effet club-ferme, il existait. L'effet club-ferme, c'est celui qui ferait que, par exemple, les universités un petit peu plus âgées, un petit peu plus anciennes, un petit peu plus développées dans certains pôles de recherche pourraient venir piger dans notre corps professoral de temps en temps. C'est une tendance qui s'est résorbée il y a à peu près cinq, six ans. Et elle s'est vraiment résorbée. On a des chiffres là-dessus qui nous disent que, dans le fond, on emprunte autant aux autres que les autres empruntent chez nous pour des qualifications et des compétences très comparables.

Donc, vous savez que maintenant les échanges -- on pourrait peut-être appeler ça comme ça -- qu'il y a dans le monde universitaire sont beaucoup portés au compte de la situation travail-famille. Il est très difficile d'embaucher quelqu'un qui tout de suite va s'installer et dont le conjoint ou la conjointe va pouvoir s'installer aussi de la même façon que c'était avant, avant cette embauche, dans le cas où le conjoint ou la conjointe avait déjà un travail ailleurs dans une autre ville.

Donc, c'est beaucoup plus des problématiques travail-famille, là, qui, je dirais, nous empêchent d'avoir tout à fait les candidats ou les candidates qu'on souhaiterait. Mais ça joue pour toutes les autres universités, les plus avantagées étant les universités des grands centres parce que les conjoints, conjointes trouvent plus facilement à trouver du travail dans ces milieux-là.

Mais j'aimerais vous dire que le concept -- et, je pense, là-dessus vous avez tout à fait raison -- le concept d'université régionale était un petit peu enclavé, un petit peu confiné au territoire et ne faisait pas toute la place qu'il fallait à la diversification du savoir. Et j'aimerais, en faisant un peu image, vous dire que ce qui est le territoire d'une université, c'est le savoir. C'est le savoir. C'est vraiment notre territoire. Maintenant, ce savoir peut avoir des racines.

Donc, vous remarquerez que la biomasse, c'est une racine pour notre université, qui est dans une région où on a travaillé beaucoup en pâtes et papiers, où la ressource forestière est importante. Même chose pour les eaux douces. L'éolien est devenu une racine, ce qui ne veut pas dire que l'air n'existe pas partout, mais cette ressource, qui n'était à peu près pas exploitée auparavant, est devenue une ressource naturelle.

Or, je dis souvent aux étudiants puis aux parents: Nous avons une seule ressource naturelle commune ici, c'est une ressource naturelle et personnelle. Nous, on travaille avec la curiosité des gens, et cette curiosité, elle doit aboutir sur le savoir. Elle peut se traduire en indiscrétion ou en effronterie, comme souvent on le voit dans les revues à potins, mais, nous, on la travaille de façon à ce qu'elle aboutisse dans le savoir. Et c'est un peu notre devoir que d'aller chercher le plus possible le savoir mis à notre disposition pour faire grandir notre communauté.

Et, lorsque l'on parle d'un concept d'université régionale, le danger, c'est de se satisfaire d'un savoir régional. Or, le savoir n'est pas régional, il est universel. Et c'est avec ça qu'on peut imaginer la diversification de notre université.

Maintenant, on ne coupe pas dans nos racines, parce que le concept de région universitaire maintient l'idée de savoir et notre territoire mais applicable avec, je dirais, les intérêts et les besoins de nos partenaires. Et, dans ce cas-là, on travaille autant avec la chambre de commerce qu'avec les représentants de la santé, qu'avec les organismes communautaires. Et j'aurais beaucoup d'exemples. Et les PME en particulier ont travaillé fort dans ce sens-là. Enfin, notre institut a travaillé fort dans ce sens-là. Et donc on peut dire que notre université cherche véritablement à être un vecteur de développement.

Et ça ne change pas la vocation première des professeurs, qui sont tous embauchés en fonction de ce qu'ils peuvent faire comme enseignement, ce qu'ils peuvent porter comme innovation en formation ou en recherche. Simplement, ils entrent dans des créneaux et ils entrent dans une communauté aussi en même temps.

Mme Malavoy: Je poursuis un peu parce que je trouve que ce que vous évoquez, c'est très intéressant pour mieux comprendre peut-être la transformation de ce que sont les universités. Vous dites -- je l'ai noté, là, je trouve que c'est une phrase très intéressante: Le territoire d'une université, c'est le savoir. Quand on dit ça, d'une certaine façon on délocalise, c'est-à-dire c'est le savoir, en fait le savoir n'a pas de frontières.

Et, si effectivement vous arrivez à attirer des professeurs dans un domaine comme l'hydrogène ou comme les sciences de la santé parce que vous avez des pôles d'enseignement et de recherche intéressants, c'est leur territoire et, peu importe que l'on soit à Trois-Rivières ou ailleurs, il se trouve que c'est chez vous, et tant mieux, mais ils vont trouver de quoi développer leur potentiel et vont être intéressés à y vivre.

En même temps, vous dites -- puis j'avais bien noté ça -- vous dites: On est en partenariat avec le milieu. C'est-à-dire, il y a cette notion du savoir qui est universelle, d'une certaine façon, et en même temps un ancrage, des racines dans un milieu.

J'aimerais que vous me précisiez cet arrimage entre les deux, c'est-à-dire quels sont les ponts, les passerelles ou les moyens que vous avez pour justement être liés à vos racines régionales tout en gardant une perspective vraiment très large et très universelle de ce qu'est le savoir.

** (10 h 30) **

M. Bourque (Ghislain): Je porterais à votre attention certainement deux exemples, l'un qui passe par la chambre de commerce, où nous avons des attaches sur un certain nombre de projets qu'on partage avec eux, qui sont non seulement des... par exemple, des projets d'exposé de la part de nos chercheurs, on appelle ça les déjeuners de la recherche. Nos chercheurs rencontrent des hommes et des femmes d'affaires pour expliquer ce qu'ils font en recherche et quelles sont les opportunités que ça peut ouvrir. Puis ça, c'est un exemple qui crée le lien, je dirais, organique pour qu'il y ait une compréhension mutuelle.

Mais aussi tout ce qu'on peut appeler les stages, les projets qu'il y a dans le milieu. Il y en a plusieurs.

Je vous dirai qu'avec la chambre de commerce on fait beaucoup plus que ça. On met même en place une structure qui permet la réussite des étudiants. Donc, on a des liens avec la chambre de commerce qui dictent que les employeurs ne doivent pas donner plus de tant d'heures de travail à nos étudiants pour ne pas qu'ils perdent le fil de leurs études, par exemple, parce que vous savez que beaucoup d'étudiants travaillent en même temps qu'ils étudient.

On a aussi un type de cours qui s'appelle les projets d'intervention communautaire, qui ne s'adresse pas nécessairement à la chambre de commerce mais maintenant aux organismes communautaires, où nous définissons des problématiques au sein desquelles trois étudiants, pas toujours de la même discipline -- ça peut être sciences infirmières, psychologie, comptabilité -- vont intervenir dans un champ communautaire pour essayer de régler une problématique particulière. Et ça, ça tient sur six crédits, c'est encadré par les étudiants... par les professeurs, pardon.

Du côté santé, beaucoup de choses aussi sont faites avec l'agence de santé puisque... Vous savez peut-être que nous ne disposons pas d'un hôpital universitaire à Trois-Rivières. Donc, ça nous a obligés, pour bien desservir nos programmes santé, d'établir tout un chapelet de cliniques pour accueillir des gens du public pour qu'ils viennent se faire traiter et qu'en même temps ce soient des lieux de formation pour nos étudiantes et nos étudiants.

Et, dans ce cas-là, avec l'agence de santé, on a travaillé beaucoup non seulement avec eux, mais aussi avec d'autres organismes de santé pour bien affiner le principe de cliniques, bien orienter les clientèles et ainsi être complémentaires des services qu'eux-mêmes offraient à différents niveaux.

Donc, c'est toujours dans cette dynamique qu'on essaie de travailler avec les partenaires et qu'on essaie de développer les éléments qui peuvent répondre à des besoins préoccupants au niveau de la région. Et ça va être la même chose pour l'orthophonie quand on aura l'orthophonie, parce qu'il y a un manque criant d'orthophonistes, et donc on va s'asseoir avec les commissions scolaires et on va travailler avec eux autres pour essayer de bien comprendre quels sont les besoins et, en même temps, comment on peut canaliser la formation. Et, s'il y a de la recherche, c'est un petit peu le même principe.

Ça se joue à hauteur de l'hydrogène aussi. Parce que vous savez qu'il y a peu d'entreprises, de petites entreprises qui s'occupent d'hydrogène. Mais maintenant ça se développe. Depuis qu'on a créé des liens avec certains entrepreneurs se développent des entreprises plus fines qui, soit dans le stockage, soit dans la sécurité, soit dans la production, s'intéressent à l'hydrogène. C'est toujours sous cet angle-là et des divers stages -- puisque nous avons une université qui donne au-delà de 1 200 stages par année -- des divers stages aux étudiants que ce principe se développe.

Mme Malavoy: Dans le domaine de la santé, vous avez beaucoup, je dirais, de programmes, de disciplines, beaucoup de ressources qui sont mises à contribution, mais vous avez évoqué vous-même que vous n'aviez pas d'hôpital universitaire. Est-ce que c'est un désir, est-ce que c'est un projet? Qu'est-ce qui freine cette possibilité-là? Je ne connais pas la réalité régionale. Je vois mes collègues qui sont de la région, qui sourient. Moi, je ne connais pas cette réalité régionale, mais je trouve que la question se pose parce que vous avez quand même des ressources en santé, manifestes, et cet aspect-là est manquant. Donc, peut-on l'expliquer? Est-ce que vous souhaiteriez que ce soit différemment?

M. Bourque (Ghislain): En peu de mots, j'espère avoir les bons arguments, mais en peu de mots, je pourrais vous dire qu'un hôpital universitaire, en général, se définit avec une formation en médecine, avec une faculté de médecine, en général. Nous sommes dans le périmédical, donc ça se définit moins avec sage-femme, avec chiropratique, avec podiatrie et avec d'autres disciplines qui ne sont pas médecine. Et, dans ces conditions, nous ne faisons pas

partie nécessairement... enfin, nos diplômés ne font pas nécessairement

partie du plan d'effectif de l'hôpital, et ce qui, par exemple, nous a empêchés de bien développer pendant un certain temps sage-femme jusqu'à ce qu'il y ait les maisons d'accouchement... de maternité... de naissance, oui. Et donc, dans ces conditions, vous voyez, nos diplômées ou nos étudiantes dans le programme sage-femme n'avaient pas beaucoup de points d'accueil en termes d'hôpitaux.

Et ça, c'est une problématique qu'on a rencontrée tout de suite parce que nous n'avions pas médecine, il n'y avait pas d'hôpital universitaire, il n'y avait pas de recherche associée à médecine. Et donc ce n'est pas à nous de régler ça, véritablement, c'est plutôt à l'Hôpital de Trois-Rivières. Mais on espère qu'à un moment donné ça va arriver et que nos étudiantes, nos étudiants auront aussi la possibilité de faire

partie des différents plans d'effectif, que ce soient les infirmières praticiennes, que ce soient les sages-femmes, que ce soient d'autres intervenants dans ce qu'on appelle les domaines périmédicaux.

Mme Malavoy: Parce qu'il y a des régions qui n'ont pas de facultés de médecine mais qui sont associées à des régions qui en ont, comme par exemple, sur la Rive-Sud, l'Hôpital Charles-Le Moyne, qui est associé à l'Université de Sherbrooke et qui, donc, a tout un développement qui est lié à ce statut. Donc, ce n'est pas quelque chose que vous refuseriez, là, c'est juste...

M. Bourque (Ghislain): Non, non, pas du tout, et d'autant qu'on a déjà, là... Ma vice-rectrice me passe un mot, là, puis à juste titre. On a développé un institut universitaire avec le centre de déficience intellectuelle à Trois-Rivières. Donc là, il y a vraiment de la formation et de la recherche, il y a des échanges qui se font, et nous avons une chaire de recherche dans ce domaine, et les gens travaillent en très étroit partenariat. Et c'est le premier centre de recherche en déficience intellectuelle en région, il n'y en a jamais eu auparavant. Et ça fédère plusieurs régions à la fois, et ça se passe en Mauricie.

Mme Malavoy: Il existe depuis quand?

M. Bourque (Ghislain): Deux ans.

Une voix: 2008.

M. Bourque (Ghislain): 2008.

Mme Malavoy: 2008. Donc, il est encore nouveau...

M. Bourque (Ghislain): Oui.

Mme Malavoy: ...encore récent. Est-ce qu'il me reste du temps, M. le Président, ou...

Le Président (M. Marsan): 2 min 30 s, trois minutes.

Mme Malavoy: Trois minutes. Bon. Alors, je ne vais pas aborder un autre bloc, je vais rester sur ces questions-là. Vous avez un développement manifeste de nouveaux programmes et donc vous êtes en développement. Toujours avec ma préoccupation de comprendre votre arrimage avec votre région tout en ayant cette perspective, l'âge d'une université du savoir, comment se décide ou comment se fait l'émergence de nouveaux programmes? À partir de quoi est-ce qu'à un moment donné vous dites: Bien là, pour les prochaines années, on veut aller dans tel ou tel sens?

M. Bourque (Ghislain): Toujours en fonction de certains besoins qui se présentent. On pense à la santé en particulier. Donc, former des gens professionnels en santé, je pense que c'est un besoin. Et il s'agit de consulter, à ce moment-là, les différents ordres professionnels pour constater qu'il y a des déficits non pas au niveau des ordres, mais au niveau justement des professionnels en santé, il y a des carences dans certaines disciplines et dans certaines régions. Et, à partir de ce moment-là, si on a la bonne assise... Parce que, dans le périmédical, on a la bonne assise. Ça a été difficile au début.

Et je pense qu'il faut saluer les gens qui ont fondé chiropratique, par exemple, et qui ont fondé sages-femmes, parce qu'ils ont établi les bases organisationnelles qui ont permis ensuite de penser d'autres disciplines comme ergothérapie, orthophonie. On aura l'évaluation cet automne, mais on pense, là, qu'on a ce qu'il faut pour développer orthophonie.

Et on s'assoit aussi avec nos partenaires. Je pense à l'École nationale de police avec laquelle on a développé la sécurité publique. On n'est pas les seuls, mais, je veux dire, on est la tête de pont. Et on est en train de développer criminalistique, qui est un programme de formation d'enquête scientifique, là. Comme on le sait, il y a plusieurs programmes à la télé qui en font état. Donc, on est avec l'Université de Lausanne et avec l'École nationale de police pour développer ce secteur parce que l'École nationale de police est de l'autre côté du fleuve, est avec nous, et on travaille avec eux.

Et, dans ces conditions, on pense être capables de développer un programme qui va répondre à certains besoins et certaines attentes.

Donc, on choisit nos programmes de façon à ce qu'ils soient le plus durables possible. On n'essaie pas beaucoup de combiner nos programmes, de faire des combinaisons de programmes pour faire apparaître tout d'un coup un programme neuf. On pense qu'il faut aller chercher des nouveaux programmes et il faut avoir des programmes durables. Il n'est pas nécessaire d'en ouvrir 10 par année, il suffit d'en avoir quelques-uns, peut-être seulement un et d'avoir une durabilité pour ce programme. C'est un peu la ligne qu'on a adoptée, et, jusqu'à présent, disons que ça nous a bien servis.

Mme Malavoy: Merci.

Le Président (M. Marsan): Je vous remercie. Nous allons poursuivre nos échanges, et je vais céder la parole à la députée de Gatineau.

Mme Vallée: Merci.

Le Président (M. Marsan): Mme la députée.

** (10 h 40) **

Mme Vallée: Alors, messieurs dames, merci. Merci beaucoup pour votre présentation. Bienvenue à l'Assemblée nationale. C'est toujours une étape quand même assez importante, cette étape où on y va de la reddition de comptes. J'ai bien aimé, comme ma collègue de Taillon, votre intervention sur la question des indicateurs de performance en matière de recherche. Par contre, vous comprendrez que, lorsqu'il est question de fonds publics, on doit tenter de trouver aussi une façon de rendre compte même si le sujet dont on doit rendre compte est parfois difficilement palpable, difficilement chiffrable.

Vous avez échangé avec ma collègue. Est-ce que vous avez des idées? Parce qu'hier, avec nos collègues de l'Université Concordia, vos collègues de l'Université Concordia, on a échangé sur peut-être le besoin d'une mise en place, au niveau du Québec, de normes plus homogènes de reddition de comptes, de sorte que l'exercice que nous faisons actuellement puisse permettre d'évaluer des comparables et en fonction de facteurs comparables, parce que chaque université y va un petit peu d'une interprétation de ce qui est demandé et fournit à l'Assemblée nationale, fournit aux membres de cette commission tout plein de données mais qui parfois deviennent difficiles à comparer.

Dans le contexte de la recherche, vous déployez... vous faites un travail extraordinaire, j'y reviendrai plus tard, là, j'ai plein de questions sur certains programmes sur lesquels vous travailliez dernièrement. Mais, dans le domaine de la recherche, il y a d'autres universités aussi qui s'y mettent très fort, est-ce que vous avez eu la chance de réfléchir sur une façon de quantifier, une façon d'évaluer de manière objective les travaux?, tout en sachant évidemment que ce qui se fait aujourd'hui, en 2010, ne donnera pas nécessairement un résultat palpable le 31 décembre 2010, on s'entend.

Mais vous devez tout de même avoir une idée de l'évaluation de la pertinence d'un travail de recherche, d'une chaire.

Si vous choisissez, vous, comme université, de vous investir dans un domaine de recherche, vous avez, en partant, des critères objectifs qui vous incitent ou non à aller de l'avant avec un projet qui vous est soumis. Donc, est-ce qu'il est possible... Comment pouvons-nous importer ces critères-là au niveau... et les amener peut-être à évoluer dans un cadre de mise en place d'indicateurs de performance pour permettre à cette commission d'évaluer, dans quelques années, les travaux de recherche sur une base un petit peu plus homogène? Est-ce que c'est possible? Puis qu'est-ce qu'on pourrait faire?

M. Bourque (Ghislain): C'est possible. Le malheur est que tous les indicateurs sont des indicateurs d'impact internes. À l'heure actuelle, en grande partie, ce sont des indicateurs d'impact internes. Par exemple le nombre de subventions qu'une université reçoit, le nombre d'étudiants en deuxième et troisième cycles, ensuite les différents prix, les brevets, ce sont des impacts internes qui disent: Voici la performance d'une université en matière de recherche.

Mais la question que je pose, c'est: Y a-t-il des impacts externes? Comment les universités peuvent arriver à, je dirais, franchir cette barrière qui est qu'on peut s'évaluer à l'interne, et en général les gens s'organisent pour être bons... On est tous très bons à l'interne. On ne vient pas ici vous dire qu'on a mal fait les choses, on essaie de trouver la bonne manière de présenter notre université, puis je pense que c'est à juste titre.

Toutefois, les indicateurs externes existent... n'existent pas, on peut dire qu'ils n'existent pas. C'est-à-dire quel impact a telle recherche, quel impact a une université qui oeuvre dans un milieu régional par rapport à une autre région qui n'a pas d'université, tout ça, là, ce n'est pas documenté, ce n'est pas organisé.

Et je pense que ce qui nous permettrait de mieux comprendre ce que font les universités, les moyens dont elles disposent, les besoins qu'elles ont, ce serait d'être capables de documenter quels sont les impacts externes, quels sont les indicateurs les plus intéressants qu'on peut mettre en place pour témoigner de la recherche fondamentale, pour témoigner de la formation professionnelle, pour témoigner de la recherche appliquée et effectivement de la valorisation de ce qui se fait à l'université.

Il est très clair dans mon esprit, puis j'espère que ça l'est aussi dans le vôtre, que le travail des universités est essentiel pour la société et que ce travail intuitivement est bon si vous êtes... est bon, dans le sens où il est important dans une région comme la Mauricie, au

titre même qu'il serait très important dans une autre région qui n'en a pas, d'université. Et je pense qu'il faudra s'attarder bientôt... Parce que, quand on parle de société du savoir, on ne parle pas de ce qui se passe essentiellement à l'intérieur de l'université, là, on parle de la société. Quand on parle de société ou d'économie du savoir, il faut parler d'indicateurs qui sont externes. Or, ça, je vous dis, on ne les a pas. Je vous le dis très sincèrement, là, on ne les a pas, puis peu de gens les ont.

De temps en temps, on voit apparaître une étude sur la productivité que permettent les universités, mais elles ne remportent pas l'enthousiasme de tous et de toutes parce qu'elles ne sont pas suffisamment communiquées puis elles ne sont pas reprises en charge par d'autres organismes.

Dans mon esprit, si on veut parler de productivité, la productivité universitaire, elle n'est pas définie. À l'interne, oui, par les normes, elle est définie, mais, par rapport à son travail porté à l'externe, elle n'est pas définie. Est-ce que c'est essentiel de la définir? Ça dépend de ce que pensent les élus de ce que l'on fait. Mais il me semble important de comprendre que les universités ont et doivent avoir un impact sur l'évolution de nos sociétés. Et cet impact, depuis, je dirais, la crise économique mais probablement un peu avant, cet impact maintenant fait

partie de la concurrence mondiale.

Mme Vallée: ...lorsque vous dites: On doit trouver une façon d'évoluer... d'évaluer, pardon, la productivité universitaire, vous, à l'interne, face aux travaux de recherche qui sont menés à l'UQTR, vous êtes à même, j'imagine, d'identifier l'impact de ces travaux-là et de ces recherches-là. Non? Vous n'êtes pas en mesure de... Parce qu'il doit y avoir un suivi qui a été fait. Non?

M. Bourque (Ghislain): Bien, comme je vous dis, on est capables d'en évoluer... en évaluer, pardon, l'impact interne, à savoir est-ce qu'on a plus d'étudiants qui choisissent des lignes de formation qui mènent à une maîtrise ou à un doctorat dans ce domaine-là, est-ce que nous attirons de meilleurs professeurs, des professeurs internationaux dans ce secteur, parce que c'est devenu une problématique importante, est-ce que le subventionnement de recherche grandit. Mais ça, c'est interne.

Si vous me demandez: Avez-vous une étude d'impact sur les retombées de l'hydrogène par rapport à nos travaux à nous, là? Je vais vous dire non. Il y a des études d'impact sur la situation de l'hydrogène au niveau international, ça ne fait aucun doute, on sait quels sont les pays qui investissent le plus là-dedans et on sait quelles sont les meilleures avenues en rapport avec les découvertes qui se font, mais je ne peux pas vous dire si nos travaux de recherche en hydrogène ont un impact sur la société québécoise à l'heure actuelle. Peut-être dans 10 ans, oui.

Comme, sur la génétique, il y a eu des travaux importants qui ne semblaient pas avoir d'impact pendant à peu près 10, 15 ans, puis subitement les généticiens, subitement la médecine, etc., ont pris charge de ça pour mieux comprendre de quelle médecine on allait se servir dans les années prochaines.

Mme Vallée: Je ne suis pas du milieu universitaire, donc peut-être que mes questions vous semblent un petit peu

sommaires, là, mais j'aurais... Et je croyais, par exemple, qu'une recherche ou que des travaux de recherche mis de l'avant par une université pouvaient être utilisés ou pouvaient servir dans certains domaines. Bon, développement régional, parce que vous disiez tout à l'heure que vous aviez des liens très étroits avec la communauté d'affaires, avec la communauté régionale pour permettre de faire un lien entre l'offre de formation, et le développement régional, puis, j'imagine, le défi démographique auquel fait face la région de la Mauricie.

Mais aussi, dans le domaine des affaires, dans le domaine industriel au Québec, j'imagine qu'il doit y avoir ou qu'il a dû y avoir par le passé puis il doit toujours y avoir des gens intéressés, pas nécessairement en Mauricie, mais des gens intéressés par ce qui se fait chez vous, par les travaux qui sont menés, des industries, des régions, des chambres de commerce.

Alors ça, est-ce que vous êtes à même de compiler les demandes qui sont faites à l'université pour... les intérêts portés, l'intérêt porté vers les travaux de recherche, les demandes de soutien... Parce que ça... En fait, là, on commence, on sort à l'extérieur. Je comprends lorsque vous parlez des indicateurs internes, c'est-à-dire du nombre d'étudiants, et tout ça, ça, je vous suis complètement. Mais, à l'externe, même si ce n'est pas tout à fait ce qu'on recherche, on doit avoir quand même une idée de l'impact ou de l'intérêt porté pour les travaux de recherche qui sont menés par une université.

** (10 h 50) **

M. Bourque (Ghislain): C'est ce que je vous dis. Je vous dis: On sait intuitivement que ça a de l'impact à l'externe. Prenez simplement la formation, ça a de l'impact parce que vous montez d'un cran. La plus haute distinction que vous donnez à l'université, c'est le doctorat, et votre région va toujours se développer à la hauteur de votre plus haute distinction. Donc, si vous n'avez pas d'université dans votre région et que la plus haute distinction, c'est le collège, bien, vous voyez un peu, ça va former des gens extraordinaires, mais le rehaussement ensuite des services, le rehaussement des produits, de l'organisation, etc., ne se fera pas à la même hauteur.

Et ce que je vous dis, c'est qu'on est certains qu'il y a des impacts externes, mais ils ne sont pas documentés, on n'est pas instrumentés pour les documenter. On est certains que la recherche fondamentale qui a permis de développer, je ne sais pas, moi, les transistors, les téléphones intelligents, n'importe quoi, ça a démarré, là, à l'université, en général, ces recherches-là, ça a un impact fantastique, le micro-ondes ou peu importe, mais on n'est pas documentés, on n'est pas instrumentés pour évaluer ces impacts-là, et ça nous échappe complètement. Pourquoi?

Parce que ces innovations qui arrivent ensuite dans la société sont complètement détachées de l'université. Même si leurs racines sont dans les recherches universitaires, elles sont complètement détachées, et ça ne nous dit pas quel type de productivité nous donnons à notre société ou nous amorçons pour notre société. C'est simplement ça que j'ai dit.

Mais par ailleurs je suis persuadé que nous avons un impact. Et la recherche fondamentale, qui est à peu près impossible à mesurer sur un espace de 10, 15 ans, peut devenir extraordinairement productrice dans sa 20e, 25e année parce qu'il y a des choses qui ont été découvertes qui ne sont pas utilisées à l'université, mais qui ont été prises en charge par une entreprise, puis, tout d'un coup, là, ça devient un changement fondamental de la vie sociale. Et, quand je parle d'impact, je pense qu'il faut parler d'impact scientifique, technologique, social.

Les impacts sociaux sont difficiles à mesurer parce que souvent c'est une invention ultrascientifique qui permet de changer la vie des gens, dont le téléviseur, par exemple, ça a changé complètement la vie des gens, mais, à l'origine, c'est une recherche qui n'est pas sociale. Si vous voulez une recherche sociale qui a changé la vie des gens, ça a été les Casques bleus. Les Casques bleus, c'est ça, c'est un changement social, c'est une innovation sociale, ça a changé la vie des gens parce que ça a changé complètement le paradigme des forces militaires. Mais il y en a d'autres, là, il n'y a pas que ça, mais ça, c'est un exemple.

Mme Vallée: C'est complexe, mais il y aurait possibilité de trouver...

M. Bourque (Ghislain): Ah oui! Bien sûr, bien sûr.

Mme Vallée: ...des points de référence pour permettre d'évaluer les différentes... la pertinence de certaines recherches, la pertinence...

M. Bourque (Ghislain): Oui.

Mme Vallée: ...le besoin d'investir davantage dans certains secteurs. Il y aurait possibilité de le faire.

M. Bourque (Ghislain): Puis permettez-moi de vous dire, de redire que l'université est une entreprise à risque parce que ses impacts ne font pas mouche... c'est-à-dire ses recherches ne font pas mouche à tous les coups. Hein? Vous pouvez avoir, de temps en temps, une recherche qui arrive à éclosion sur le plan de son exploitation, mais ça ne fait pas mouche à tous les coups.

Donc, il y a de la formation. Nous, on fait de la recherche pour former les étudiants, ce n'est pas pour faire de l'argent dans la société, c'est pour former les étudiants et les étudiantes, qui ensuite vont devenir des entrepreneurs, vont devenir des gens de services, des gens de... des artistes, etc., et qui vont produire. Et, dans ces conditions-là, il y a parfois des filières qui arrivent à fructifier plus que d'autres. Et c'est pour ça que je vous dis: L'université, c'est une entreprise à risque sous cet angle-là.

Ce qu'elle entreprend sous l'angle de la recherche, qu'elle soit fondamentale ou appliquée, n'arrive pas toujours à porter exactement les mêmes fruits d'une université à l'autre ou d'un projet à l'autre. Et parfois il faut trois, quatre, cinq, six efforts dans un domaine avant d'arriver à quelque chose qui véritablement, là, répond à un besoin ou crée un besoin particulier, un besoin nouveau.

Mais je n'ai aucun doute que c'est possible de s'instrumenter pour évaluer ça. Mais, nous, on est sollicités pour évaluer ce qu'on fait à l'interne, et c'est très difficile, et on n'est pas vraiment instrumentés pour évaluer l'impact que ça a à l'externe. Mais je redis de façon intuitive que, oui, ça a des impacts à l'externe.

Mme Vallée: Est-ce que les outils que vous avez actuellement pour l'évaluation de ce qui se fait à l'interne sont suffisants ou est-ce qu'il y aurait lieu peut-être de mettre en place des indicateurs plus précis pour évaluation, pour les exercices tels que l'exercice d'aujourd'hui?

M. Bourque (Ghislain): Dans ce qu'on peut appeler l'aspect quantitatif, c'est assez proche parce que, dans le fond, la meilleure façon d'évaluer ce qu'on fait à l'interne, c'est de mesurer ce que l'on fait avec les budgets qu'on nous donne, qui font partie, je dirais, des impôts de tout un chacun dans la société, et ça, c'est tout à fait correct. Et on a à le faire, on a à montrer qu'on fait une bonne gestion et que l'argent que l'on utilise, on essaie de l'optimiser, on essaie de trouver la meilleure façon possible à la fois de le dépenser et d'investir, là, selon l'angle d'attaque. Mais je ne vois pas...

Quantitativement, là, il me semble que c'est un cadre tout à fait correct, ça nous dit à peu près... ça dit à tout le monde ce que l'on fait. Sous l'angle qualitatif, c'est autre chose, parce qu'il y a une prise de risque à l'université, puis ça, ce n'est pas du quantitatif, c'est souvent du qualitatif. C'est les compétences professorales. C'est le modèle d'organisation. C'est les problématiques qu'on décide d'investiguer. Ça, c'est du qualitatif. C'est une nouvelle approche, donc c'est plus délicat d'évaluer ce genre de chose, je dirais, quantitativement. Et voilà.

Ça pourrait nous en dire un petit peu plus à l'interne, mais... Tu sais, le nombre de griefs, par exemple, qu'il y a, ça pourrait être aussi une manière de dire: Est-ce que votre université entretient des relations au niveau relations humaines, au niveau des ressources humaines, au niveau du climat, etc.? Ça pourrait être un élément aussi. Mais je ne sais pas, là, si ça ferait l'affaire des gens d'apprendre que, dans un milieu, il y a plus de griefs, dans un autre, il y en a moins. Pour vous donner quelques exemples, là.

Mme Vallée: Je vous remercie.

M. Bourque (Ghislain): Ça me fait plaisir.

Le Président (M. Marsan): Alors, je vous remercie. Avant de poursuivre la prochaine période d'échange avec l'opposition officielle, nous allons faire une courte pause de cinq minutes.

Alors, je suspends nos travaux pour cinq minutes.

(Suspension de la séance à 10 h 58)

(Reprise à 11 h 6)

Le Président (M. Marsan): Alors, à l'ordre, s'il vous plaît! Nous reprenons nos travaux.

Document déposé

Je voudrais d'abord déposer le rapport transmis à la commission parlementaire de l'Éducation de l'Assemblée nationale de la part de l'Université du Québec à Trois-Rivières. Alors, le dépôt est maintenant officiel.

Et je voudrais poursuivre nos travaux en commençant cette période d'échange avec la porte-parole officielle de l'opposition officielle en matière d'enseignement supérieur, Mme la députée de Taillon. Mme la députée, la parole est à vous.

Mme Malavoy: Merci, M. le Président. Je partagerai cette période en

partie avec mes collègues, mais j'ai envie de poursuivre sur ce qu'on a entamé comme discussion. Je ne m'attendais pas à ce qu'on aborde ces questions-là à ce point. Je me suis fait une liste de questions, mais je veux revenir là-dessus parce que je trouve qu'on touche quelque chose qui est important et, ma foi, qui est questionnant aussi. Et on est là pour ça, pour essayer de s'éclairer les uns les autres.

Il y a un élément, M. Bourque, dans ce que vous dites, qui m'inquiète un peu, je vais vous le dire comme ça. Je comprends très bien que l'université soit un monde à risque, mais, en même temps, j'ai l'impression qu'il faut que cela soit ainsi et que, si on veut trop diminuer le risque ou si on veut trop mesurer les impacts absolument, on risque d'orienter la création et on risque aussi de perdre quelque chose qui fait

partie du risque mais fait

partie aussi du beau risque.

Autrement dit, dans le domaine de la recherche -- puis vous êtes un universitaire, ça a accompagné aussi une grande

partie de ma vie, ce milieu-là -- on ne peut réussir vraiment que si on accepte une part de risque, d'incertitude, de flou. Vous savez ce que c'est qu'au moment de démarrer vraiment une recherche que cet étalage de choses autour de soi et qu'on se demande: Par quel bout je vais le prendre? Comment je vais m'assurer qu'il y ait une certaine logique? Comment je vais développer des hypothèses, sur quelles bases, etc.? Donc, il y a une part de risque mais qui fait

partie de la création. Parce que la recherche, c'est une forme de création, et le processus de création, il a besoin de liberté pour s'exercer.

Alors, je ne nie pas du tout qu'il faille que les universités aient des indicateurs de performance, qu'il y ait des comptes à rendre, qu'on se demande si ce qu'on fait est utile, mais je sais que, dans le domaine de la recherche, il y a aussi parfois des voies qui s'avéreront sans issue, mais il fallait les prendre même si elles s'avèrent sans issue, ne serait-ce que pour le savoir. Et il y a, à d'autres moments, des choses absolument extraordinaires qui apparaissent, que n'avaient peut-être pas mesurées les chercheurs au départ, mais dont ils se rendent compte en cours de route.

Et donc j'aimerais qu'on poursuive à l'instant la discussion sur cet élément-là, parce que je trouve que vous touchez à des choses qui sont vraiment dans l'essence même de ce qu'est la mission universitaire.

** (11 h 10) **

M. Bourque (Ghislain): Tout à fait. L'idée... Puis je regrette si ça vous a fait penser que d'être dans ce monde à risque excluait un petit peu l'administration. Ça n'exclut pas le travail que l'on fait. Au contraire, c'est une prise de conscience que notre définition se fait à partir de ce risque-là, la définition d'une université, d'un universitaire se fait à partir de cette dimension qui est le risque qui est convié par la recherche, le risque qui est convié par de nouveaux programmes et, parfois même aussi, par du service à la collectivité.

Ce que j'essaie de... Évidemment, ce que je vous dis là, ce n'est pas tout théorisé, hein? On joue, on joue le jeu aussi d'échanges qui essaient de construire un petit peu plus dans ce domaine-là. Mais ce qui est au fondement de cette idée que nous travaillons dans un monde à risque, c'est que la société attend de nous que nous prenions charge de ce risque-là et elle attend de nous que ce risque se confirme en valeur ajoutée, donc en innovations possiblement, par le biais d'inventions, par le biais de créations, par le biais de recherches nouvelles.

Et ça passe, comme je le disais tantôt, principalement par la recherche fondamentale pour ensuite transiter vers la recherche appliquée lorsque la recherche fondamentale a pu développer, là, ce qu'il fallait.

Donc, dans ces conditions-là, nous allons... ce que j'essaie de convenir avec vous, c'est que nous assumons ce risque-là. Les universités doivent assumer ce risque parce qu'elles se définissent dans cette prise de risque. Comparativement à ce qui se passe, par exemple, au collège ou ce qui se passe dans les commissions scolaires, il faut dire que les universités ont une plus large part de risque à assumer. Et, faisant cela, ce qu'il faut être capable de définir à l'intérieur de ce mandat que nous avons, c'est quels sont les moyens que nous avons pour bien répondre à la société dans cette prise de risque.

Alors, ce que je vous dis d'une certaine façon, c'est: Ce que l'on nous demande en reddition de comptes, ça ne tient pas compte de la prise de risque. Et, pour en tenir compte, il faut évidemment regarder jusqu'où on est compétitifs mondialement, jusqu'où on est concurrentiels mondialement dans cet élément moteur qui est l'âme des universités, qui est le risque à prendre par la recherche et par la formation.

Mme Malavoy: En même temps, vous convenez qu'on n'a pas véritablement, actuellement, les outils pour faire l'exercice que vous nous recommandez. Mais je comprends que c'est une piste que vous souhaitez que l'on investigue et que l'on poursuive.

M. Bourque (Ghislain): Parce que la pression est portée sur nous, la pression est portée sur les universités pour que ce risque se prenne, compte tenu qu'on est dans ce qu'on pourrait appeler la société du savoir et que les sociétés se définissent à l'intérieur de la société du savoir. Donc, les sociétés qui vont réussir le mieux sont celles qui innovent et qui ont pris des risques. Or, moi, ce que je vous dis, notre situation à nous, elle peut être confortable, normée, ou elle peut tenir compte, dans son financement, dans son modèle d'organisation, de la prise de risque.

On le fait, mais disons qu'on n'est pas à égalité avec ce que plusieurs autres font ou ont comme instruments ou comme moyens.

Mme Malavoy: En même temps, il y a des questions qui se posent concernant, par exemple, en ce moment, la réorientation des fonds de recherche. Et j'y vais encore un peu de mes questionnements.

À partir du moment où on a un projet de fusion de nos fonds de recherche au Québec et qu'on va mettre, avec ce qui relève des sciences naturelles et du génie, ce qui relève de la culture et de la société, donc, des sciences humaines, des sciences sociales, qu'on les met ensemble, il y a un certain danger, me semble-t-il -- en tout cas, j'aimerais vous entendre là-dessus -- pour que certaines disciplines n'y retrouvent pas véritablement leur profit.

Et, si on ajoute des préoccupations comme celles que vous avez, qui sont légitimes, mais une reddition de comptes sur la prise de risque, est-ce qu'on ne pourrait pas finalement se retrouver avec un mauvais jugement et une perte de moyens pour des recherches et des secteurs de recherche dont, malgré tout, la société a besoin mais qui sont peut-être moins évidents dans leur application immédiate que des secteurs, par exemple, de sciences appliquées plus pointus?

M. Bourque (Ghislain): Ce sera à l'usage, hein, qu'on sera capables de porter véritablement un regard critique ou qu'on sera capables de constater que cette manière de fédérer les fonds aura été positive ou négative. On ne le sait pas.

À l'heure actuelle, ce que l'on peut dire, c'est qu'il y a peut-être, il y a peut-être des avantages qui peuvent se dessiner dans cet exercice, qui sont que les fonds en question ou les personnes qui gèrent ces fonds peuvent se parler un peu mieux parce qu'ils peuvent être plus complémentaires, en faisant

partie d'une même table. Mais, comme vous le dites, il se pourrait que ça finisse par, je dirais, homogénéiser un petit peu la pratique et mettre un petit peu de côté certaines disciplines ou certains domaines de recherche qui, jusqu'à présent, étaient assez bien financés.

Mais, moi, là, pour l'instant, je vais vous dire, c'est une nouvelle structure d'organisation, et j'attends de voir si cette nouvelle structure d'organisation sert mieux la recherche ou, au contraire, est un prétexte à peut-être amortir un certain nombre de champs de recherche qui pour autant sont intéressants et importants pour la société. Mais là je n'ai pas de jugement particulier. Si ma vice-rectrice -- en fait, ce n'est pas la mienne mais celle de l'université -- ...

Des voix: Ha, ha, ha!

M. Bourque (Ghislain): ...veut bien... veut commenter, je n'ai pas de...

Mme Guillemette (Lucie): Bon, il est certain que, lorsqu'on pense à cet arrimage et ce regroupement pour les fonds des organismes subventionnaires, la question que l'on se pose d'emblée est la suivante: Est-ce que ça aura un impact percutant sur les enveloppes qui sont dévolues à nos chercheurs et particulièrement à ceux qui évoluent à l'UQTR, donc?

Et bien sûr, au moment où l'on se parle, on ne peut pas statuer là-dessus, mais on ne peut qu'espérer que la recherche en sciences humaines, en sciences sociales notamment, autant que la recherche en sciences naturelles -- puisqu'on a signalé à maintes reprises l'importance de la recherche en hydrogène chez nous, je pourrais vous parler également de la recherche en sciences sociales et en sciences humaines qui est aussi importante -- devraient continuer à être financées et être davantage financées, puisqu'on vous a parlé de pôles structurants, de créneaux d'excellence qui sont porteurs et qui permettraient de renforcer à un premier niveau la cohérence scientifique mais aussi le tissu social.

Donc, c'est important de voir comment ce regroupement-là aura une incidence ou non sur les enveloppes à proprement parler.

Mme Malavoy: Je me permets juste de préciser que... Puis je vous comprends, vous le prenez pour acquis, mais le projet de loi n'a pas été discuté et voté. Donc, c'est dans les intentions ministérielles, c'est dans le discours du ministre, mais ce n'est pas encore chose faite. Et donc, si on voulait questionner ce regroupement, on peut le faire. Tout au moins, nous, on va être vigilants de ce point de vue là, parce qu'on ne le prend pas pour acquis comme étant un bien absolu, là. Et on verra ça en temps et lieu. D'accord? Je vais laisser ma collègue de Champlain...

Le Président (M. Marsan): Mme la députée de Champlain, la parole est à vous.

** (11 h 20) **

Mme Champagne: Merci, M. le Président. M. Bourque, madame, messieurs, alors, autant que ma collègue de Trois-Rivières puisqu'on est de la même région, on est fiers de vous avoir ce matin. Et les résultats, à la lecture du document que vous nous aviez fourni, parlent d'eux mêmes. Trois-Rivières se démarque de plusieurs façons, Trois-Rivières se démarque de belle façon à l'Université du Québec à Trois-Rivières, et ce n'est pas de la flatterie que je fais là. Oui, c'est vrai qu'on est fiers de notre coin, hein, n'est-ce pas, collègues de Trois-Rivières? Mais les chiffres parlent.

Alors, tout à l'heure, on parlait de résultats, de performance. Vous faites une reddition de comptes. Je l'ai vécu avec vous autres, d'ailleurs, en 2006, vous étiez présents. Et c'était, je pense, au début, dans votre arrivée, et j'ai apprécié le discours simple, clair, net, de communication. Et c'est un exercice, pour moi, de communication plus que tout autre chose. Qu'on me donne une série de chiffres, on pourrait être même envahis -- j'en ai deux cahiers semblables, là -- ce que j'aime, c'est d'aller chercher les résultats effectivement qu'on peut mesurer, dont des impacts dans la société.

Et j'arrive à ma question tout de suite, parce que j'en ai une ou deux. C'est sur la persévérance scolaire. Je sais qu'il y a deux organismes qui m'interpellent, dont j'ai entendu aussi parler beaucoup de par des gens qui sont à l'université, c'est le Centre d'études interdisciplinaires sur le développement de l'enfant et de la famille. Je sais qu'il y a un impact beaucoup avec les écoles, avec les familles, un bon travail qui se fait là-dessus. J'aimerais ça vous entendre sur l'évolution de ce centre-là.

Et également sur la formule pédagogique, qui est le PICOM, qui, là également, a un impact au niveau de notre communauté, et ça, je ne dirais pas que c'est tangible mais pas loin. Et, avec les commissions scolaires ou autres, on fait un effort énorme. Même, la commission parlementaire s'est déplacée pour parler de persévérance scolaire. Et c'est un tout. Et, hier, justement, l'université qui était là, Concordia, nous disait qu'un de leurs souhaits, c'est qu'on travaille encore plus avec les collèges, avec les commissions scolaires, et autres. Et je sais que, chez nous, ça se fait.

Donc, j'aimerais vous entendre là-dessus parce que, moi, ça m'interpelle, et toute la communauté trifluvienne également.

M. Bourque (Ghislain): Sur cette problématique-là... Je vais aussi demander à M. Paradis peut-être de rajouter sur l'information concernant le travail qui se fait à l'Université du Québec à Trois-Rivières au niveau de la persévérance et de la réussite.

En ce qui regarde le travail conjoint de notre table d'éducation en Mauricie, donc, où sont les commissions scolaires publiques et privées, disons... commissions scolaires, c'est public, mais quelques écoles... quelques tenants d'écoles privées, les collèges et l'université, il y a effectivement une prise en charge de cette problématique de persévérance et de réussite. Ce n'est pas la même au primaire ou au secondaire que celle que l'on rencontre au collège et celle que l'on rencontre à l'université, il y a des écarts assez importants puisqu'à l'université, vous le savez, les étudiants sont...

Tu sais, c'est un libre marché, l'université, donc les problématiques de réussite sont associées beaucoup à l'emploi, et ça change un peu la dynamique. Donc, là-dessus, nous avons travaillé très, très fort pour essayer de bien identifier les actions que l'on pouvait porter à l'université mais en même temps des actions que l'on devait porter sur le plan régional pour possiblement amener de plus en plus d'étudiants à imaginer... d'élèves à imaginer qu'ils pourraient accéder à l'université.

Les actions qui ont été définies chez nous, je vais demander à M. Paradis d'en faire état, puisqu'elles sont quand même assez larges. Et elles ont aussi des résultats, même si ça fait à peine deux ans, là, que ce bureau, le Bureau de la réussite et de la persévérance a vu le jour. Si vous permettez.

Le Président (M. Marsan): M. Paradis, la parole est à vous.

M. Paradis (André): Oui. Merci beaucoup. Voici, comme le disait le recteur, au début de l'année 2008 l'Université du Québec à Trois-Rivières s'est penchée sur la réussite étudiante puisqu'évidemment notre mission, c'est de faire de la formation universitaire mais aussi de faire en sorte que nos étudiants, les étudiants que l'on reçoit réussissent, et de mettre en oeuvre donc tous les mécanismes, tous les moyens pour favoriser cette réussite-là. Une fois qu'on s'est attaqués à ce problème, on a regardé, dans la documentation, les bibliographies, les recherches existantes, et un certain nombre de constats, là, s'est révélé à nous.

Le premier constat, c'est que l'étudiant est responsable de sa réussite. Il faut qu'il y ait de la part de l'étudiant une prise en charge de sa propre réussite. La réussite, ce n'est pas l'affaire des professeurs, ce n'est pas l'affaire des administrateurs, c'est au premier chef l'affaire de l'étudiant. Donc, une prise en charge.

Une deuxième chose qu'on a pu constater, c'est qu'il n'était pas nécessaire de mettre une batterie de moyens à la disposition des étudiants pour qu'ils réussissent mieux, mais plutôt de sélectionner les meilleurs moyens qui favorisent la réussite. Et il y a beaucoup de documentation à ce chapitre, là, qui a été à notre portée.

Et donc, dans ce contexte, l'université a mis trois mesures, seulement trois mesures à la disposition des étudiants. La première mesure, c'est un cours qui s'appelle Réussir ses études. C'est un cours dans lequel on amène l'étudiant à prendre conscience de sa responsabilisation face à la réussite et dans lequel on le prépare aux études universitaires. Il y a quand même un saut important entre les études collégiales et les études universitaires, particulièrement au niveau de la liberté que possèdent les étudiants, hein?

Les étudiants entrent en classe, suivent des cours et, à un moment donné, après sept semaines ou huit semaines, ils ont un examen. Donc, on ne les suit pas par la main pour leur dire à chaque soir: Bien, il faut que tu étudies, il faut que tu fasses tes travaux, etc. Alors donc, c'est un cours où on instrumente l'étudiant sur toutes sortes de moyens qui lui permettent d'appréhender, de vivre cette difficulté, là, de l'appropriation du monde universitaire, comment prendre des notes de cours, comment gérer son agenda, etc., donc réussir ses études.

Une deuxième mesure qu'on a mise en place, une mesure de mentorat, un mentorat assuré auprès des étudiants par des étudiants, donc des étudiants du même programme qui sont des personnes ressources pour des nouveaux étudiants qui entrent et qui vivent toutes sortes de difficultés. Et on a mis en place un mécanisme pour former ceux qui vont jouer le rôle de mentor.

Et une troisième mesure qu'on a mise en place, c'est une mesure pour tenir compte de la diversité des disciplines. Il y a des disciplines particulières, on a des disciplines scientifiques, des disciplines de sciences humaines, littérature, et tout ça. Donc, chaque discipline a ses particularités. Et on a laissé l'opportunité aux disciplines de nous présenter des projets, des mesures de réussite, et on a appuyé ces mesures-là de manière financière pour que ces mesures puissent se réaliser, de sorte qu'à l'automne 2008 le plan a été mis en place.

Et j'insiste pour dire que c'est quand même, pour l'université, un investissement considérable, de l'ordre de un demi-million par année, pour mettre en place ces mesures-là. Et, même si on les mise en place simplement à l'automne 2008, déjà on commence à mesurer les résultats de ces mesures.

Alors, par exemple, le taux d'abandon, le taux de réinscription ou, si vous aimez mieux, le taux de réinscription des étudiants après un an d'études universitaires a augmenté de 1,7 %. Donc, simplement après deux ans, ces trois mesures-là, sur une base libre -- sur une base libre, il ne faut pas forcer les étudiants -- on a réussi à augmenter le taux de réinscription de 1,7 %. Et, nous, on est persuadés qu'après cinq ans on pourra augmenter ce taux-là de 3 % à 5 %, ce qui fera en sorte que le programme complet va s'autofinancer. Alors ça, c'est pour les mesures de la réussite.

Vous avez parlé, dans votre intervention, des projets d'intervention communautaire. Alors, ce sont des projets qui nous sont soumis par le milieu communautaire de notre région. Ces projets-là sont reçus et des équipes de professeurs regardent ces projets-là et mettent en présence des étudiants de différentes disciplines qui peuvent aider à résoudre ces projets-là.

Pour 2009-2010, on a eu 45 projets qui ont impliqué 256 étudiants qui ont été impliqués dans des projets qui touchaient directement le monde communautaire. Je vais vous donner simplement deux titres, là, qui vont vous permettre de mieux comprendre.

Élaboration d'une trousse visant à préparer les enfants de milieux défavorisés à l'entrée à la maternelle. Voilà un projet qui a été réalisé par trois étudiants qui sont au programme de baccalauréat en enseignement, en adaptation scolaire et sociale, et qui ont réalisé ce produit-là qui est, comme ça, maintenant à la disposition des familles défavorisées.

Un autre projet: Dépistage et interventions curatives auprès des populations qui n'ont pas les moyens financiers d'obtenir des services podiatriques. Donc, 24 étudiants du programme de doctorat de premier cycle en podiatrie se sont attaqués à ce problème-là avec concept. Et donc on a eu accès... on a pu offrir à des gens qui n'ont pas les moyens de venir se faire traiter pour les pieds, de venir à l'université tout à fait gratuitement et de recevoir des soins.

Le Président (M. Marsan): Alors, je vous remercie. Je vous remercie bien. Ceci termine cette période d'échange avec l'opposition officielle. Nous revenons avec la poursuite de nos travaux. Et il me fait plaisir de vous adresser cette question, M. le recteur.

J'aimerais que vous nous parliez davantage de l'impact régional de l'université. Moi, je viens d'une région, la région de Montréal, l'Ouest-de-l'Île de Montréal, et c'est sûr, lorsqu'on parle... on pense aux universités, on pense surtout aux impacts qu'il peut y avoir au niveau provincial, au niveau national, au niveau international, mais c'est très rare qu'on s'attarde à dire qu'est-ce que ça fait au niveau d'une région proprement dite.

Alors, ma question a deux volets: d'abord, l'organisation comme telle, c'est assez gros, là, comme organisation, mais aussi la dispensation du savoir, que vous faites très, très, très bien, et les impacts que ça peut avoir sur l'ensemble des partenaires que vous avez, aussi bien privés que publics. Alors, j'aimerais ça vous entendre sur l'utilité d'une université dans une région.

** (11 h 30) **

M. Bourque (Ghislain): Je vais en faire un petit bout, puis on aura un exemple plus concret avec les PME, dont vous parlera ma collègue. En fait, l'impact régional, il se définit par les diplômés. L'université maintenant a plus de 60 000 diplômés, ce qui veut dire qu'on a augmenté la scolarisation de notre région en particulier.

Ça veut dire aussi une desserte territoriale. Nous avons neuf points de chute, ce qui veut dire des centres hors campus et donc des projets de formation qui répondent à des besoins qui nous sont manifestés autant à Shawinigan qu'à Drummondville, Victo, Sorel-Tracy. Et ça va jusqu'à Québec et Longueuil aussi, en passant par Saint-Hyacinthe, Valleyfield.

Donc, il y a là, pour le travail que l'on a à faire, ce qu'on pourrait appeler des obligations, auxquelles nous répondons et que nous faisons évoluer. Et ça, c'est important de le comprendre. On les fait évoluer dans le sens que le modèle de desserte territoriale n'est pas un modèle figé. Il peut très bien se transformer, ne serait-ce que par des pédagogies plus électroniques ou encore par des mesures plus particulières qui parlent de formation mais qui peuvent parler de recherche aussi.

Par exemple, à La Tuque, nous ne desservons pas sous l'angle de la formation mais sous l'angle de la recherche, oui, parce que biomasse, et on a un projet impliquant la biomasse dans ce secteur-là. À Louiseville, on n'y va pas du côté formation, mais on a une chaire de recherche sur le meuble, et ainsi de suite. L'école à Nicolet, on ne fait pas de formation, mais on est associés avec l'École nationale de police.

Donc, il y a, je dirais, une géométrie assez variable en ce qui regarde les services que l'on peut rendre et les modèles d'approches qui concernent les différents centres hors campus. Et on sent que c'est appelé à se développer, parce que certains revendiquent maintenant des titres de pôle universitaire, et on peut accompagner ces secteurs-là aussi.

En ce qui regarde les impacts plus directs, j'aimerais que Mme Guillemette vous donne, vous fasse un petit peu le tableau de ce qui est le pain et le beurre de l'Institut de recherche en PME.

Le Président (M. Marsan): Mme Guillemette.

Mme Guillemette (Lucie): Oui, merci. Donc, comme nous le mentionnions, l'Université du Québec à Trois-Rivières compte un institut de recherche sur les petites et moyennes entreprises. Il importe de noter que cet institut regroupe 80 personnes, dont des chercheurs professionnels, étudiants aux études de cycle supérieur, puisque nous comptons des programmes dans ce domaine.

L'originalité, si je peux dire, de cet institut, c'est que le champ de recherche concerne nommément les très petites entreprises et les petites et moyennes entreprises, qui constituent quand même au-delà de 70 % de la main-d'oeuvre au Québec. Et nous avons élaboré... nos chercheurs de l'institut ont élaboré des outils d'analyse de performance de ce type d'entreprises, petites et moyennes entreprises, de façon à accompagner des entreprises qui éprouvent des difficultés sur différents plans: gestion des ressources humaines, produits qui gagneraient à être exportés ou non.

Donc, on a un véritable laboratoire avec des outils qui sont mis à contribution auprès des entreprises pour parvenir, dans un proche avenir, à libérer davantage de croissance économique, puisqu'on aura résolu certaines difficultés plus ponctuelles, et, dans un avenir plus éloigné, de voir comment on pourrait étendre à une échelle plus large ces outils d'analyse de performance des entreprises. Donc, il y a déjà des incubateurs qui sont en place et un véritable laboratoire d'analyse de performance des entreprises.

Vous évoquiez également l'impact. C'est un impact important. Mais, dans l'implantation des chaires de recherche de notre université, depuis 2006, on compte maintenant 23 chaires de recherche, 14 chaires de recherche publiques et neuf chaires de recherche dites privées, avec partenaires de la région ou de régions avoisinantes.

Nous parlions tout à l'heure de la persévérance scolaire. Nous avons une chaire privée sur la persévérance scolaire en éducation et des chaires de recherche qui ont été implantées en vertu du soutien de partenaires industriels en technologies vertes, sur la biotechnologie environnementale.

Donc, cet impact régional est patent, puisque ces chaires ont un effet structurant sur la recherche qui se déroule à l'UQTR, donc de par les travaux des étudiants et de par la légitimation des travaux de nos chercheurs dans ces domaines. Donc, l'impact régional de la recherche se traduit à la fois à travers les pôles, dont les petites et moyennes entreprises, et la création de chaires de recherche avec partenaires publics et privés, qui, ces chaires, ont augmenté, comme je le mentionnais, d'au-delà de 40 % depuis 2006.

Le Président (M. Marsan): Vous nous avez dit tantôt que vous avez des partenariats, un partenariat particulièrement avec l'Université de Montréal. Vous faites la prémédecine et toute l'interaction, là, entre les deux universités. Est-ce qu'il y a d'autres universités avec lesquelles vous avez des partenariats également?

M. Bourque (Ghislain): Oui. En fait, ces partenariats souvent sont attachés à des projets de recherche plus précisément. Maintenant, les équipes de recherche sont interinstitutionnelles. C'est très peu fréquent, là, qu'on puisse considérer qu'un pôle de recherche est bâti essentiellement à partir de ressources internes. Donc, on peut considérer que nous avons des projets de recherche, nous participons à des projets de recherche où à peu près toutes les universités, ou peu s'en faut, sont représentées en général. Ce sont des réseaux de profs.

Et il y a, bien entendu, des liens parfois plus étroits qui se font avec d'autres établissements du réseau de l'UQ, de l'Université du Québec, mais, en général, il faut quand même considérer qu'un projet de recherche naît -- comment dire? -- des connaissances qu'ont les professeurs qu'ils partagent avec d'autres professeurs québécois mais de tout autre pays. On a des liens avec une université française qui s'appelle Chambéry.

On est à même de bâtir progressivement, étant donné que nous sommes en hydrogène et eux sont dans le solaire, on est en train de bâtir, là, des projets de recherche qui pourraient nous définir conjointement. De même pour l'écologie aquatique, ils travaillent beaucoup sur à la fois les bassins versants et sur les eaux douces, et nous aussi, donc.

Et ça vaut aussi pour des projets de recherche qui se définissent au sein de la communauté québécoise, là, entre les universités. En général, presque tous les projets sont des projets multi-institutionnels. Donc, il n'y a pas... Il y a quelques projets de programme, là, qui sont définis avec Chicoutimi. Je pense à psychologie, on a un programme de psychologie qui est aussi défini de la même façon à Chicoutimi, c'est un partenariat. Il y a des programmes de doctorat en éducation avec l'UQAM et avec d'autres universités. Mais somme toute, là, c'est beaucoup par la recherche que ça passe.

Le Président (M. Marsan): Peut-être une dernière question de ma part. Vous êtes un recteur qui réussissez très, très bien avec l'Université du Québec à Trois-Rivières. Et, si on vous demande où sera rendue ou quel est l'avenir de l'Université du Québec à Trois-Rivières dans cinq ans, dans 10 ans, avec toute l'expérience que vous avez, pouvez-vous nous parler du futur de l'Université du Québec à Trois-Rivières?

** (11 h 40) **

M. Bourque (Ghislain): Bien, ça comprend plusieurs facettes. Je vous dirai, par prudence, qu'on peut difficilement prévoir l'avenir mais qu'on peut le permettre. Et c'est un peu ce à quoi on s'attaque, c'est-à-dire établir tout ce qu'il faut pour que l'avenir soit permis à l'Université du Québec à Trois-Rivières et que cet avenir soit permis en fonction des forces que nous aurons. C'est pour cela que l'environnement de recherche a été regardé et qu'il y a eu un recentrement de recherche avec les pôles rassembleurs dont je vous ai parlé tout à l'heure.

Et je pense que, dans ces pôles rassembleurs, l'interdisciplinarité en santé, ça va grandir, l'hydrogène, les PME, ça va grandir, et plusieurs autres pôles aussi, l'écologie aquatique. Donc, il y a beaucoup d'avenir pour l'université à l'intérieur de ça.

Maintenant, aussi, par prudence, je vous dirai que, comme nous avons renouvelé notre corps professoral à plus de 50 % depuis l'an 2000, ce qui définit l'université, c'est beaucoup les problématiques de recherche que portent les nouveaux professeurs. Et, avant qu'elles arrivent à maturité, ça prend souvent cinq, 10, 15 ans. Et c'est de cela surtout que sera... c'est à partir de cela que l'université sera définie. Donc, pour nous, l'intérêt, ce n'est pas de les choisir au sens thématique du terme, c'est d'essayer d'avoir les meilleurs professeurs possible, parce qu'on sait que l'université, si elle vit grâce à ses programmes, elle se définit par la recherche.

Et donc, dans 10 ans, je vous dirai que cette université que nous essayons d'établir, je dirais, là, avec le plus de précaution, le plus d'attention possible sous l'angle administratif, il n'en demeure pas moins qu'elle va se définir beaucoup sous l'angle académique par les profs, par les étudiants et par les efforts de toute la communauté. Et, dans ces conditions, on peut espérer que l'université, peut-être dans un avenir rapproché, atteindra les 15 000 étudiants.

On peut espérer que ses pôles de recherche seront des pôles très bien réseautés sur le plan international, comme l'hydrogène l'est présentement, comme les PME aussi le sont. Et donc, à partir de ce moment-là, ces leaderships vont grandir. Et on peut imaginer que les étudiants qui viendront à l'UQTR, là, ils viendront à l'UQTR pour la bonne cause.

Le danger que j'y vois -- et c'est un petit peu la tendance internationale, disons -- c'est que les filières de formation comme les filières de recherche, ce que l'on a vu s'organiser dans les filières de recherche, c'est-à-dire les grands réseaux, les filières de formation risquent aussi de devenir de grands réseaux, c'est-à-dire que ce ne soit plus une université qu'on choisit mais un réseau d'universités pour se former. Et ça, ça peut se présenter dans les 10, 15, 20 prochaines années, parce qu'on se rend compte que des universités deviennent extrêmement ciblées dans les programmes de formation.

Donc, il se pourrait que, dans 10, 15 ans, nos petits-enfants... Puis je parle un peu pour nous, peut-être pas pour tout le monde. Martin, ça va être ses enfants.

Des voix: Ha, ha, ha!

M. Bourque (Ghislain): Oui. Nos petits-enfants, nos enfants choisissent une filière de formation qui se fait dans trois, quatre universités différentes. Ça peut arriver. Donc, il se préparer aussi en fonction de ça.

Le Président (M. Marsan): Je vous remercie bien. Je vais maintenant céder la parole à notre collègue la députée de Gatineau.

Mme Vallée: Alors, j'ai noté que votre effectif étudiant étranger était à 5,2 % à peu près et je me questionne beaucoup sur les démarches qui sont faites par les différentes universités pour recruter des étudiants à l'international, pour attirer des jeunes vers les universités québécoises et surtout pour retenir ces jeunes-là une fois leurs études complétées, leur formation complétée, pour les retenir et les amener à devenir des joueurs importants, compte tenu du défi démographique auquel on fait face au Québec.

Alors, je me demandais où s'inscrit l'université dans ce contexte-là. Qu'est-ce que vous faites comme démarches pour recruter des étudiants étrangers? Quelle est votre clientèle type? Quels sont vos défis? Bref, j'aurais le goût de vous entendre un petit peu là-dessus, parce que je sais, lorsque vous êtes venus en 2006 -- je n'étais pas élue à l'époque, mais j'ai quand même fait mes devoirs -- vous aviez présenté un petit peu votre volonté de participer à la recherche d'étudiants étrangers. Ça faisait

partie de vos objectifs de développement. Vous avez une croissance au niveau de l'effectif étudiant, donc j'imagine qu'il y a eu probablement une croissance aussi au niveau de l'effectif étudiant international. J'aimerais vraiment voir où vous vous situez dans ce contexte-là.

M. Bourque (Ghislain): Au niveau des étudiants internationaux, nous sommes plus proches de 10 % que de 6 %. Mais, au niveau des étudiants étrangers, c'est-à-dire ceux qui s'inscrivent sous ce statut, c'est bien les chiffres que vous avez énoncés, ce qui veut dire que le statut peut changer en cours de route. C'est ça que je veux vous signaler.

Or, il y a des actions qui ont été entreprises depuis. Effectivement, nous avons restructuré tout le bureau de l'international chez nous. Et Mme Guillemette est porteuse de ce dossier. Ce bureau se fonde sur, c'est-à-dire, trois... quatre actions différentes: le recrutement, la mobilité étudiante, donc celle de nos propres étudiants en particulier, la recherche et puis la délocalisation de pro

Document details

CollectionQuebec — Committees
CitationCCE 2010-08-17
Typecommittee
Volume / chapterfr travaux-parlementaires commissions cce-39-1 journal-debats CCE-100817
Languageen
Formathtml
SourcePROVINCIAL
Identifier26272e957b74691e85bbd5ca1b3912ce5dd865be

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