Institutions — 5 February 2020 (42nd Legislature, 1st Session)
CI 2020-02-05
Quebec — Committees
À cet égard, c'est au nom de ce principe de la proportionnalité que nous contestons
de nombreuses dispositions du projet de loi n° 39. En
effet, s'il avait été appliqué comme tel lors de la précédente élection
générale, les conclusions de nos
analyses montrent que la CAQ aurait bénéficié d'une importante prime au
vainqueur. Certes, la députation obtenue par la CAQ aurait été moindre qu'avec le mode de scrutin actuel, mais la
composition de l'Assemblée nationale n'aurait malgré tout pas été pleinement représentative du suffrage exprimé. Dans
le cadre de notre présentation, nous contestons plus précisément trois
éléments du projet de loi n° 39, soit les distorsions
amenées par le nombre élevé de régions électorales, le haut seuil d'éligibilité
aux listes compensatoires et la méthode d'attribution des sièges régionaux.
ce qui a trait aux régions électorales, le projet de loi n° 39
arrime aux régions administratives et porte ainsi à 17... elles comporteront de deux à 20... une
vingtaine, environ, de circonscriptions. Elles seront aussi très disparates
quant au nombre d'électeurs et
d'électrices qu'elles contiennent. Tout ceci va à l'encontre d'une plus grande
proportionnalité, car cette dernière s'exprime au mieux quand les
régions électorales contiennent un nombre équilibré d'électeurs et d'électrices. Autrement dit, trop de régions
déséquilibrent la répartition de l'électorat entre ces dernières. Dans l'idéal,
la CSD propose de réaliser un redécoupage de
la carte électorale du projet de loi n° 39 afin d'en arriver à
un équilibre entre les diverses régions électorales quant au nombre
d'électeurs et d'électrices dans chacune d'entre elles. À tout le moins, nous recommandons
que chacune des régions électorales compte un minimum de deux sièges de région
pour que ceux-ci jouent pleinement
leur rôle de compensation des déséquilibres causés par l'élection des députés
de circonscription, sauf pour les régions d'exception.
Quant au seuil
d'éligibilité pour accéder aux sièges de région, il est prévu à 10 %, ce
qui est beaucoup trop élevé. Un tel seuil empêche l'introduction des partis émergents
ayant obtenu un petit mais tout de même représentatif pourcentage de vote dans
une région. Un tel seuil ne fait que maintenir l'ascendant des partis dotés
d'une forte base électorale sur l'émergence des plus petites formations
politiques. Suivant cela, la CSD recommande d'abaisser ce seuil de 10 % à
2 %.
ce qui a trait à la méthode d'attribution des sièges régionaux, nous rejetons
le paragraphe 2° de l'article 379.1 du projet de loi, où il
est prévu que seulement la moitié du nombre de candidats élus et de candidates
élues comme députés de circonscription soit comptabilisée pour l'attribution de
sièges de région. Une telle méthode d'attribution n'est défendue par aucun
expert, ne trouve écho chez aucun acteur de la société civile. Elle n'est simplement...
elle ne semble, à tout le moins, être simplement qu'une invention du
gouvernement. Ses impacts négatifs, cela dit, sont bien réels. Elle a pour
effet d'avantager tout parti ayant obtenu de forts résultats électoraux en leur
garantissant des résultats artificiellement
plus avantageux dans la répartition des sièges de région. Comme le nombre de
sièges obtenus est réduit de moitié, l'accès aux sièges compensatoires
s'en retrouve augmenté pour des partis n'en méritant pas du fait de leurs
résultats élevés aux suffrages. En ce sens, nous défendons l'abandon du facteur
de division par deux des sièges de circonscription.
Nous sommes, de plus,
critiques face au manque de dispositions fortes à amener la parité
femmes-hommes dans la députation de formations politiques. Le projet de loi est
pourtant l'occasion de faire une pierre deux coups.
Malgré un énoncé de principes pourtant très fort, tout au plus, le
projet de loi prévoit l'obligation des partis de fournir au Directeur
général des élections un énoncé relatif aux objectifs que se fixe son parti en
ce qui concerne la parité entre les femmes et les hommes et une pénalité
financière négligeable pour ne pas soumettre à temps cet énoncé. Une telle
obligation n'est rien d'autre qu'un voeu pieux, et la sanction n'est qu'une
formalité.
S'il est le
moindrement sérieux, le gouvernement doit revoir complètement les dispositions
du projet de loi relatives à la parité et mettre en place des mécanismes
fonctionnels pour y arriver. Nous recommandons d'imposer l'alternance
femmes-hommes sur les listes de candidatures régionales, avec une liste sur
deux commençant par une femme, de proposer
des incitatifs financiers aux partis politiques quand ils font élire au moins
40 % de femmes dans les sièges
de circonscription, que les incitatifs soient accordés en fonction des
résultats électoraux et non des candidatures présentées, sinon la tendance à présenter des femmes comme candidates
dans des circonscriptions qui sont difficilement gagnables risque de
perdurer.
Nous
désirons également nous attarder à la question du référendum en vertu duquel la
population serait interrogée sur l'implantation du nouveau mode de
scrutin au même moment que la prochaine élection générale. Rappelons que 72 %
et un peu plus de 75 % des sièges, lors de l'élection de 2018, ont été remportés par des partis ayant signé
l'entente transpartisane du 9 mai. On peut difficilement demander
mieux que cette double majorité de plus du deux tiers pour aller de
l'avant.
Cela
étant dit, si le projet de référendum est maintenu, nous voulons signaler que le fait
de tenir le référendum le même
jour que celui du scrutin général de 2022 est la recette gagnante pour le
perdre. Saturer l'espace public de deux discours qui, somme toute, ont peu
en commun ne permettra pas à la population de bien participer au dialogue
social. On imagine mal, aussi, que les partis, en pleine campagne électorale,
surtout dans le modèle actuel, mettront leurs activités en arrêt pour
promouvoir la réforme du mode de scrutin.
Nous
déplorons que les dispositions du projet
de loi n° 39 empêchent le premier ministre et le gouvernement de prendre
position en faveur de la refonte du mode
de scrutin, alors que la CAQ s'est
engagée à réaliser, lors de l'élection de 2018, et en signant l'entente
transpartisane... Le message que cela lance n'est certes pas très mobilisant.
Le gouvernement a
défendu le fait de tenir un référendum en même temps que des élections pour
économiser des coûts. Cela dit, une consultation aussi fondamentale, selon les
mots mêmes du premier ministre, ne devrait-elle pas être organisée pour qu'elle
se déroule dans des conditions optimales? Nous croyons que oui et, à cet égard,
nous recommandons que, si le référendum
est maintenu, ce dernier se tienne le plus rapidement possible, soit
d'ici juin 2021, afin de donner le temps au DGE de modifier le mode
de scrutin en cas de victoire du Oui.
Pour conclure,
certains déploreront que la réforme du mode de scrutin rende plus instable la
scène politique et rende plus difficile l'élection de gouvernements
majoritaires. À cela nous répondons que l'objectif du projet de loi ne consiste pas à garantir l'élection de gouvernements majoritaires mais de transformer le système électoral en le
rendant plus représentatif de l'expression du vote de la population québécoise.
Nous voyons d'un bon oeil la possibilité que se mette en place une culture des gouvernements
de coalition, où le dialogue entre les formations politiques et le travail transpartisan occuperont une place de plus en plus importante. Nous y voyons là la preuve d'une maturité
politique, et il ne fait aucun doute, selon nous, que c'est ce que la population
attend plus que jamais.
Quant
à l'argument selon lequel la réforme serait trop compliquée pour la population
québécoise, rappelons que la réforme du scrutin est le fruit de 20 ans de mobilisation, de
recherches, de consultations et de discussions entre divers acteurs de la société civile. Celles et ceux
qui ont travaillé d'arrache-pied pour en arriver où nous sommes aujourd'hui nous proposent une éloquente
démonstration... et comment la population du Québec tient à ses institutions et
vise à leur excellence. Nous vous demandons, mesdames et messieurs, de prendre exemple
sur ces citoyennes et citoyens et d'avoir le courage d'appliquer les
changements requis au mode de scrutin pour un système électoral plus juste et
plus représentatif et de respecter les engagements pris envers la population.
Merci de votre écoute.
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup
pour votre présentation. Mme la ministre, s'il vous plaît.
M. Nadeau-Dubois : M. le
Président.
Le Président (M.
Bachand) : Oui, M. le député de Gouin.
M. Nadeau-Dubois : Si vous me permettez, juste avant qu'on entame, on
m'informe que le collègue de la troisième opposition ne sera pas présent
pour ce premier bloc. Alors, avec le consentement de tout
le monde, je proposerais qu'on
redistribue son temps entre les différentes oppositions pour qu'on ait le temps
d'avoir des discussions en profondeur.
Le Président (M.
Bachand) : Parfait. Consentement? Consentement. Merci beaucoup.
Mme la ministre.
Mme LeBel : Alors, merci,
M. le Président. Merci, messieurs, de
votre présentation. Vous apportez, à l'instar des gens qui sont venus faire des présentations avant
vous ici, un éclairage souvent similaire, souvent différent sur certains
aspects, et je pense que c'est le but de
cette consultation-là, mais vous
faites la démonstration également, je me plais à le dire, du fait qu'on
a... Ce qu'on a tenté de faire, c'est d'avoir un projet de loi équilibré, donc
qui ne sera pas parfait sur tous ses aspects mais qui va permettre, à tout le
moins, d'atteindre un objectif que je crois que nous partageons tous, et vous me corrigerez si je vous prête des
intentions, mais celui d'avoir une plus grande proportionnalité, donc une plus
grande représentativité de la volonté des citoyens à l'Assemblée nationale.
Donc, je pense que c'est l'objectif qu'on poursuit par le projet de loi qui a
été présenté par le gouvernement.
Et merci
d'avoir souligné, effectivement, qu'on se retrouve quand même dans une étape
importante qu'on n'a pas eu
l'occasion d'avoir dans les 40 dernières années, c'est-à-dire une
discussion sur un projet de loi qui est vraiment déposé et qui chemine
présentement à l'Assemblée nationale.
Ceci étant dit, je vais aborder quelques points
avec vous pour vous permettre de... Bon, votre mémoire est quand même
très bien étoffé, mais je pense qu'il y a
quelques petits points que je voudrais peut-être mettre en lumière ou en contexte avec
vous.
Le fait des régions administratives, j'en parle parce
que c'est quand même une
part importante de votre... de points, ça fait
partie
des trois points que vous avez soulignés, d'ailleurs, et vous intitulez votre
chapitre Des régions trop déséquilibrées entre elles . Alors, je ramène
mon argumentaire à l'équilibre, aux différents principes, oui, la
proportionnalité, mais également le poids des régions et la question des
régions administratives. Bon, vous parlez de l'argument de la confusion, mais
l'argument du point d'ancrage important des services gouvernementaux, etc.,
mais surtout de l'identité, et vous faites un commentaire en disant que peut-être
que cette identité-là, elle est une réalité régionale, mais peut-être pas administrative,
que, bon, ce n'est pas une réalité à laquelle les gens doivent s'identifier. On
voit donc pourquoi des régions électorales différentes des régions
administratives sèmeraient la confusion dans l'esprit des électeurs. Mon
collègue de l'opposition, du Parti québécois, qui n'est pas présent, aurait
peut-être des arguments contraires à vous
soumettre. Et vous dites que ce n'est qu'«un prétexte qu'utilise le
gouvernement et il a pour résultat de réduire la proportionnalité du
mode de scrutin».
Je vais m'insurger un petit peu, ici, parce que
ce n'est pas un prétexte qu'utilise le gouvernement pour diminuer la
proportionnalité, c'est une réalité réelle, l'attachement aux régions. Et, oui,
je suis prête, d'entrée de jeu, à stipuler
que 17 régions administratives a un effet proportionnel moindre que neuf,
à
titre d'exemple, mais que... dans un souci d'équilibre, et de
ralliement, et d'obtenir un plus large consensus possible pour que cette réforme-là
passe. D'ailleurs, certains experts nous ont
dit que c'était la voie, la façon de faire, c'est-à-dire d'avoir le plus large
consensus possible. Bien, la raison pour laquelle on l'a fait, c'est
pour protéger le poids des régions. Et de mettre... de découper les régions
selon un poids démographique plus proportionné, ou plus équivalent, ou plus
équitable, peu importe le terme que vous
employez, ferait en sorte que, bien, des territoires plus éloignés des grands
centres, comme la Gaspésie, comme l'Abitibi, comme d'autres — puis
j'ai bien précisé «éloignés des grands centres» et non pas «éloignés» tout
court — auraient
des territoires immenses, on aurait des plus petites régions ailleurs. Bien, je
vous le soumets, là, je pense que ce serait une façon de faire achopper la
réforme, en toute humilité, dans les consultations.
Vous
représentez des membres... vous avez des membres partout sur le territoire.
Est-ce que vous n'avez pas eu cette sensibilité-là régionale? Et c'est
plus qu'un attachement à des lignes administratives. Oui, vous parlez du Saguenay—Lac-Saint-Jean, je suis tout à fait d'accord qu'il
y a deux identités qui sont très fortes et qu'ils revendiquent avec
beaucoup de passion, à bon droit, mais il y a quand même... c'est déjà ça,
donc, de l'exacerber. Et, un autre côté, je ne comprends pas, est-ce que ça
veut dire plus de régions, moins de régions, des régions plus grandes? Il y a quelque chose qui m'échappe, là, dans votre
argumentaire, outre l'argument de la proportionnalité, naturellement, que
je comprends très bien.
M. Pépin
(Normand) : Bien, il y a
quelque chose qui m'échappe aussi dans l'argument des régions administratives,
c'est-à-dire que ce que j'ai tenté... ce qu'on a tenté de démontrer, c'est que,
oui, les gens sont attachés à leur région, ce n'est pas ça qu'on nie. Ce qu'on
nie, c'est que l'attachement se fait envers la région administrative puis que
c'est absolument à ça qu'on doit se rattacher.
Ceci dit, le
territoire du Québec n'est pas le territoire de l'Écosse, la population est
dispersée sur tout le territoire. On
comprend toutes ces contraintes-là. Ce qu'on dit, c'est que, pour compenser,
d'une certaine façon, le trop grand
nombre de régions, il faut absolument avoir deux députés de région dans chaque
région administrative, sauf... on a identifié deux
circonscriptions qui seraient d'exception, pour notre part, de façon à ce que
les sièges de compensation puissent jouer leur rôle, c'est-à-dire
compenser le déséquilibre créé par le mode uninominal à un tour, qui va guider
l'élection des 80 premiers députés... bien, pas premiers, là, excusez, les
80 députés de circonscription.
Mme LeBel :
Quand on aborde la question de la réforme sur un angle purement théorique,
purement puriste... et, dans un monde
idéal, vous avez raison, on devrait découper des régions administratives de façon différente, peut-être en augmenter, peut-être les réduire, avoir plus de
circonscriptions. Ça, c'est pour atteindre une proportionnalité idéale ou, en tout cas, maximale. Sur ça, on est sur le
même terrain. Sauf que cette réforme-là doit être ancrée sur le territoire,
doit être acceptée par les gens, comprise par les gens.
le député... Et, je reviens aux régions administratives, ce n'est pas juste une
question de nombre de personnes qui
votent dans une telle région, ce qu'on entend aussi, c'est l'attachement aux
députés de circonscription, par ailleurs, présentement. On va réduire ce nombre de députés là par le fait même,
parce qu'il faut avoir des députés de liste dans la réforme qu'on fait.
Donc, ce député de liste là doit avoir aussi un ancrage régional. Donc,
l'attachement à la région administrative est plus que des lignes sur une carte,
c'est qu'on veut que le député de région nous représente le plus possible. Et qu'est-ce qui nous représente, comme
citoyens? Là, je vous véhicule les arguments que j'ai sur le terrain, naturellement, pour vous donner l'occasion d'y
répondre. Qu'est-ce qui nous représente, comme citoyens? C'est souvent
notre identité régionale qui nous distingue du fait qu'on a une identité
provinciale, nationale qu'est le Québécois, mais,
à l'intérieur du Québec, nous avons nos identités régionales. Un Gaspésien, ce
n'est pas quelqu'un de l'Abitibi, ce n'est
pas quelqu'un du Saguenay, bon, et je pense que vous le comprenez très bien, je
ne vous explique pas des choses...
Mais
le fait que le député, aussi, régional... Donc, en suivant la proposition que
vous faites, le député régional... les
députés de circonscription, ce serait peut-être moins criant, mais le député
régional, lui, va avoir un territoire qui va être beaucoup plus éclaté,
si on veut, en termes d'identité, que ce soit parce qu'on redivise et subdivise
ou que ce soit parce qu'on fusionne. Est-ce
que vous n'avez pas entendu les commentaires... Et je ne suis pas au niveau de
la théorie, parce que, vous avez raison, théoriquement, c'est mieux, mais,
pratico-pratique, il faut comprendre les sensibilités. Parce que, moi, mon
objectif, c'est que cette réforme-là passe et soit acceptée, donc d'avoir le
plus large consensus possible, trouver ce que j'appelle le point d'équilibre,
la voie de passage. Donc, vous avez dû avoir des échos. Ça doit déranger
certains de vos membres, le fait qu'on fasse éclater ou non, là, les régions
administratives.
M. Vachon (Luc) : En fait, Mme la ministre, ce qui est l'élément le
plus fort auprès des membres consultés — et consultés,
d'ailleurs, en juin dernier au congrès — spécifiquement sur ce sujet-là, ce qui est
le plus grand enjeu et la plus grande préoccupation, c'est vraiment de
se rapprocher le plus possible de la proportionnalité. Alors, c'est ça, la
préoccupation, et c'est ça, l'intérêt qui nous a été signifié par nos membres,
et vous allez retrouver les différentes résolutions qui ont été prises dans le
mémoire, et ça, ça date de juin dernier. Et c'est vraiment une sensibilité à se
rapprocher... Et ça ne sera pas un modèle
parfait, tout le monde en convient, on n'y arrivera pas à 100 %, et le
modèle théorique est une chose, mais comment peut-on faire pour se
rendre le plus près possible d'une proportionnalité en respectant différents
degrés de sensibilité et différentes choses? Mais il y a moyen de trouver, nous
croyons, des zones d'équilibre dans ça.
Mme LeBel :
La dernière position que vous avez sondée chez vos membres date de juin
dernier, donc je comprends que, sur la
théorie d'un mode de scrutin, d'une réforme qui n'était pas encore présentée de
façon pratique, le principe qui motivait vos membres et que vos membres
mettaient de l'avant, c'est celui de la proportionnalité. Je le comprends très
bien.
Maintenant,
est-ce que vous avez eu l'occasion de sonder vos membres maintenant qu'il y a
un projet de loi concret avec des mesures concrètes où on a dû trouver
des points d'équilibre? Parce que chacun des leviers dans le projet de loi,
c'est des vases communicants, hein? Si on joue sur les régions, on joue sur la
proportionnalité, nécessairement. Donc, tout ça, ce sont des vases
communicants. Est-ce que vous avez eu l'occasion de sonder vos membres sur
cette proposition-là d'avoir 17 régions? De la façon dont c'est expliqué,
oui, ça fait en sorte qu'il y a une certaine réduction de la proportionnalité,
mais il y a aussi l'aspect des régions. Donc, il y a, moi, je considère, un
point d'équilibre, mais on peut le contester, naturellement, c'est le but de
l'exercice. Mais, depuis le dépôt d'un projet de loi en octobre, avez-vous eu
l'occasion d'avoir un son de cloche de vos membres sur les modalités précises
du projet de loi?
M. Vachon (Luc) : Est-ce qu'on a consulté de manière spécifique
depuis le dépôt du projet de loi? La réponse, c'est non. Maintenant,
est-ce qu'on ne savait rien du tout, du tout, on n'avait aucune indication de
ce qui pouvait s'en venir dans le projet de loi en juin? Soyons tout à fait
honnêtes, il y avait plein d'éléments que... dans les différentes tribunes
auxquelles nous avons participé, il y avait des éléments qui étaient déjà... ça
n'a pas été totalement un effet de surprise au niveau du projet de loi, là.
Alors, il y avait des éléments qui étaient connus, qui ont été mis au jeu dans
les consultations avant. Alors, bien entendu, le projet de loi n'était pas là,
mais nous avons quand même pu, en juin, consulter les gens sur plusieurs
aspects qui se retrouvent dans le projet de loi.
Mme LeBel :
Parfait. Merci. Vous allez peut-être...
M. Vachon
(Luc) : Et vous le verrez, d'ailleurs... dans les propositions
qui ont été prises, vous allez voir qu'on n'est pas si éloignés.
Mme LeBel :
Parfait. Bon, alors, merci, merci pour ces précisions.
J'en arrive peut-être à un point, un autre point
précis de votre mémoire, la question de la parité. Je comprends très bien l'alternance
hommes-femmes sur les listes, ça a été d'ailleurs proposé par plusieurs et
c'est une des façons qu'on peut, justement, profiter de cette réforme et d'un
nouveau type de mode de scrutin pour injecter une dose de parité. Ça a été
discuté.
Je vais y aller du côté des députés de circonscription.
Vous proposez que la loi propose des effets financiers aux partis politiques...
des incitatifs financiers, pardon, aux partis politiques quand ils font élire
au moins 40 % de femmes dans les circonscriptions, je le comprends très
bien, la question du bonus, mais aussi des pénalités à ceux qui n'atteignent
pas cet objectif. On a vraiment... Mais on a discuté beaucoup, abondamment du
fait que, malgré que je pense que ça peut porter certaines difficultés, je suis
prête à concevoir qu'il est beaucoup plus aisé pour un parti politique de contrôler le nombre de candidats
présentés que de contrôler le nombre de personnes élues. Donc, vous, vous
proposez de récompenser les élues mais aussi de punir les gens qui n'auraient
pas des élues en bas du seuil de 40 %.
J'avoue que
je trouve ça un peu «touchy», parce qu'il y a une... Comment vous vous attendez
à ce que les partis politiques se comportent pour éviter la punition?
Quand on me demande de présenter un nombre de candidates, bien, j'ai des
efforts à faire, comme parti politique, j'ai un certain contrôle, mais, quand
on me parle du nombre d'élues, je veux dire,
rendu là, c'est le choix de la population. Donc, comment vous... de... Quelle
stratégie vous envisagez, pour un parti
politique, pour éviter la... je ne dirais même pas d'aller jusqu'au bonus, mais
d'à tout le moins éviter la punition?
M. Pépin (Normand) : Bon, c'est
sûr que les partis politiques ne contrôlent pas la façon dont la population
vote. Ce que les partis politiques contrôlent, par ailleurs, c'est, je vais
dire, la qualité de la circonscription offerte aux femmes. C'est le parti
politique qui décide si une femme va être dans telle ou telle circonscription,
un homme aussi, là. Donc, ça va être un incitatif, dans le fond, à offrir des
circonscriptions gagnables à des candidates aux élections, c'est... puis
d'avoir ça comme préoccupation au moment de présenter ses listes de candidates.
Mme LeBel :
Mais, si je vous réponds à ça que, dans la conjoncture actuelle, avec quatre
partis officiellement à l'Assemblée nationale, les circonscriptions
gagnables, sûres, prévisibles vont être, dans le futur, de moins en moins
prévisibles et sûres pour les quatre partis... parce qu'il y a, naturellement,
une division des émergences. Donc, à ce moment-là... Et on l'a vu dans la
dernière élection, puis je ne veux pas... je n'en fais pas de la partisanerie,
je fais un constat de faits, il y a des comtés qui étaient des châteaux forts,
qui étaient supposément prévisibles et gagnables, qui se sont avérés ne pas
l'être, au final. Comment, à ce moment-là... dans un futur qui change, un
électeur qui change, un citoyen qui n'a plus le même attachement indéfectible à
un parti politique, mais il va vraiment aller plus peut-être sur les programmes
de chacun, quelle stratégie proposez-vous, si on inclut ce genre de pénalités
là à l'élection?
M. Pépin (Normand) : Quel genre
de stratégie? Une fois que la règle sera établie, ça sera à chaque parti
politique d'établir sa stratégie. S'ils choisissent de présenter 60 % de
candidates pour avoir 40 % d'élues, ça sera leur choix, là, puis
évaluer... De toute façon, moi, j'imagine que tous les partis politiques font
des pointages sur les circonscriptions qui sont gagnables, et ils vont être
obligés de l'évaluer peut-être un peu plus d'avance pour soit obtenir la
bonification, soit éviter le malus, là, la pénalité.
Mme LeBel : O.K., merci. Merci
pour votre éclairage.
Le Président (M. Bachand) :
Merci beaucoup. Mme la députée de Bourassa-Sauvé, s'il vous plaît.
Mme Robitaille : Merci. Merci,
messieurs, d'être là aujourd'hui. Je vais continuer sur la même lancée que la
ministre. Hier, on avait Eric Montigny qui, en fait, disait... sur la
parité, qui disait un peu le contraire de ce que vous dites. Il disait qu'il
fallait laisser la chance au coureur pour vérifier la pérennité des gains en
parité. En fait, il disait : Bien, faisons confiance à la vie, regardons
en avant, on n'a pas besoin de mesures contraignantes. Qu'est-ce que vous, vous
lui répondez? Pourquoi c'est important, selon vous, de mettre, justement, ces
mesures contraignantes là?
M. Vachon
(Luc) : Bien, écoutez, faire
confiance à la vie... puis il peut y avoir deux courants de pensée là-dessus,
là, mais faire confiance à la vie pour faire en sorte que ça va se positionner
seul, écoutez, force est de constater, là, actuellement, qu'il faut quand même
donner un coup de barre et il faut quand même, pour que ça se produise... Je veux dire, prenez tous les éléments
d'équité salariale, prenez tous les éléments d'accession aux différents
postes, actuellement, tous les débats sont autour de comment on met des mesures
qui sont plus que des intentions pour être
capables d'y arriver, parce que sinon, dans 30 ans, on va être encore à
débattre de ces choses-là. Alors, faire confiance à la vie, ça dépend toujours combien de temps on peut... on
espère de vivre, parce que ça va
être long, hein, ça va être
long.
Alors, ce qu'on dit,
nous, c'est qu'il faut introduire des affaires, il faut introduire des choses
et il faut introduire plus que de simples intentions au niveau des
candidatures, puis on se dit : Bon, bien, regarde, on prend un engagement,
on va faire ça, on va mettre un nombre sur la liste, puis après advienne que
pourra. Tu sais, il y a tout un développement au niveau des engagements
officiels, formels qui doit se faire par après. Donc, on parle au niveau des circonscriptions
qui sont plus gagnables aussi, tu sais, pour ne pas qu'on se retrouve à
dire : Bien, moi, j'ai mis une proportion de femmes sur ma liste de
candidatures... de candidates, je suis correct, hein? Bien oui, mais, après, la
résultante finale concrète d'une élection va être quoi? Et c'est la résultante
finale qui est importante, pas ce qu'on a mis au début,
c'est la parité concrète et réelle. Alors, il y a peut-être plusieurs façons
d'y accéder. On ne peut pas dire... je ne dis pas que la nôtre est parfaite. La
nôtre, ce qu'elle dit, c'est qu'il faut plus qu'y penser, il faut qu'il y ait
des mesures réelles, concrètes, fortes qui soient mises en place.
Mme Robitaille :
Là, vous dites : Bon, à ce niveau-ci, dans le projet de loi — en fait,
vous qualifiez ça de «mesurettes», hein? — on devrait aller beaucoup
plus loin que ça, donc encadrer pour avoir la parité pour ce qui est des
candidatures mais aussi des élues, au bout du compte. Comment vous mettez vos
mesures contraignantes pour les candidatures et, en bout de ligne, pour
bonifier la parité au niveau des... après les élections? Est-ce qu'il y a une
différence? Comment vous l'encadrez?
M. Vachon
(Luc) : Ça, je pense qu'on n'est pas allés sur la détermination
de quoi, combien, comment. On...
Mme Robitaille :
Mais vous auriez une zone, hein? En tout cas, à partir de 40, là, il
faudrait...
M. Vachon
(Luc) : Oui, bon, mais là l'idée, c'est de se fixer des
objectifs qui sont atteignables et qui vont générer, après ça, des incitatifs
importants. Bon, alors, comment ça va se traduire? Est-ce que ça va se traduire
de manière progressive? Est-ce que ça va se
traduire... Ce n'est pas à nous d'établir ça. Je pense qu'il y a d'autres
tribunes qui sont plus aptes que nous à faire ça.
Maintenant,
nous, on s'attarde en disant : S'il n'y a pas d'éléments forts et
d'éléments porteurs, bien, le modèle ne changera pas suffisamment. Les
résultats qu'on va obtenir vont être à la mesure des mesures... vont être en
fonction des mesures qu'on va établir. C'est ce qu'on croit.
Mme Robitaille :
...vous suggérez des pénalités plus que des bonifications, pas nécessairement
les deux. On travaille avec les deux.
M. Vachon
(Luc) : On va toujours être plus en faveur de mesures
incitatives que de mesures de pénalité, tout le temps. Ça, on va toujours
croire qu'il faut récompenser plus que punir. Maintenant, il y a quand même un
minimum d'engagement, et, si un parti, par exemple, ne faisait pas les efforts,
bien, il faut qu'il y ait quand même une couple de conséquences qui soient
associées à ça.
Président (M. Bachand) : Mme la députée de Notre-Dame-de-Grâce,
s'il vous plaît.
Mme Weil :
Oui. J'aimerais revenir sur cette question de proportionnalité et les régions
administratives, parce qu'on veut, on
souhaite, donc, la proportionnalité, des mesures pour faire en sorte que, dans
les régions, la voix se porte, la
voix des citoyens soit bien portée, mais l'élément de fonctionnalité, est-ce
que ça pourrait être que le fait d'avoir une région administrative avec
des instances, là, de décision qui fait en sorte que, les députés élus dans les
comtés et les députés de région, il y ait comme un endroit où tout le monde
peut travailler ensemble pour représenter les enjeux de la région? Comment vous
faites la part des choses entre, d'une part, proportionnalité, qui est bien
importante... Je vois, dans régions administratives... je pense comme ça, là,
j'imagine... il y avait les CRE avant, il y a des instances régionales qui sont
très utiles pour aider la démocratie. Est-ce que vous comprenez ce que je dis?
C'est-à-dire que... Voyez-vous qu'il pourrait y avoir des avantages, aussi, de
se coller, si on veut, aux régions administratives ou pensez-vous que... Parce
que vous, vous souhaitez, évidemment, regarder plus l'élément proportionnalité,
juste... J'aimerais vous entendre là-dessus.
Mme Weil :
Le rôle, dans les régions, des municipalités et des instances décisionnelles
administratives, qui sont vraiment, comment dire, un genre de pilier quand on
veut savoir... bon, avoir le pouls des enjeux d'une région, on s'adresse à ces
gens-là, qui permettraient... Parce qu'on voit, partout, les gens sont inquiets
qu'il y ait une division entre les députés de région et les députés des comtés,
ça revient constamment. Est-ce qu'il y a quelque chose qui peut faciliter le
travail qu'ils ont à faire ensemble pour représenter les régions?
M. Vachon
(Luc) : Bien, ça, c'est parce qu'on véhicule cette
catégorisation-là de deux types de députés. Et je pense que le grand défaut
qu'on a, c'est qu'on regarde ça avec les lunettes d'aujourd'hui, sous un modèle
actuel, sur un modèle qui n'a pas muté à répondre à ça. Dans un modèle réformé,
pourquoi il y aurait moins d'efforts, moins d'intentions sur l'une ou l'autre
des catégories de députés?
Nous, on est
convaincus qu'à partir du moment où on va fonctionner avec nos nouveaux
modèles, tous les députés, peu importe la façon dont ils vont accéder, vont
avoir le même attachement, le même intérêt à la région. Et, en même temps, la
population va s'y retrouver, elle aussi, va s'y retrouver. Parce qu'on part de
la prémisse où, à chaque fois qu'on a notre député qui est notre identité, mais
il y a des gens qui n'ont pas voté pour ce député-là ou ce ou cette députée-là,
puis qui ont voté pour l'autre. Et c'est lequel, leur député? C'est lequel?
Alors, à partir de là, moi, je pense que leur rôle va s'adapter et que les deux...
Il n'y aura pas deux catégories, il va y avoir deux façons d'y accéder, mais il
va y avoir des députés. C'est ça qu'il va y avoir. Moi, je pense que c'est ça.
Président (M. Bachand) : Mme la députée de Bourassa-Sauvé, s'il
vous plaît.
Mme Robitaille : Le référendum.
Donc, vous dites, si je comprends bien : Un référendum pas en même temps
que des élections, des élections, d'une campagne électorale. C'est bien ce que
je comprends?
M. Vachon (Luc) :
Tout à fait.
Mme Robitaille :
Et maintenant j'aimerais vous entendre sur la participation des élus à un
référendum comme celui-là. Le bureau de Mme LeBel... je lisais,
dans un article... nous disait : «...on précise qu'il reviendra au premier
ministre de décider si les membres du caucus pourront militer publiquement en
faveur de la réforme.» Vous, quelle place vous attribuez aux élus? Quelle place
ils devraient prendre dans un genre de référendum comme celui-là?
M. Vachon (Luc) :
On n'arrête pas de parler qu'il s'agit là de quelque chose de quasiment
historique. Bon, ça fait très longtemps qu'on en parle. Ça fait une vingtaine
d'années, à peu près, qu'on en parle de manière plus importante. Alors, le
référendum, un des problèmes — j'y vais sur deux volets, là — de le
tenir en même temps que l'élection... Et j'ai entendu certaines remarques qui
disaient : Oui, mais ça se gagne aussi. Il y a des endroits où ils l'ont
fait en même temps que l'élection, et ça a été un Oui. O.K., «good», pas de
problème, c'est vrai, ça existe. Ma question, moi, sur le référendum en même
temps que l'élection, c'est que, si c'est un Oui, il n'y a pas de problème, le
dossier est clos. Si c'est un Non, allons-nous recommencer à en parler pendant
20 ans? Parce que l'élément pour lequel on va encore continuer d'en
parler, c'est le fait qu'on l'a noyé à travers l'élection. Voulons-nous, à ce
tour-là, continuer de générer un débat pour les 20 prochaines années? La
question se pose.
Nous, on pense qu'on est rendus là où...
tellement près qu'il serait dommage, qu'il serait vraiment dommage de faire
achopper une vraie consultation, si on veut en faire une, une vraie
consultation en noyant ça à travers l'élection. Puis, la participation, là...
bien, à mon avis, les partis qui ont signé l'entente transpartisane, ils ne se
sont pas mis en position de neutralité. Alors, pourquoi on va se mettre en
position de neutralité, tout à coup, dans les débats? Pourquoi? Notre rôle,
c'est d'informer la population. C'est ça, le rôle. Notre rôle, c'est de faire
en sorte que la population fasse un choix éclairé? Prenons les moyens qu'il
faut et engageons-nous en fonction des convictions que nous avions lorsqu'on a
pris ces ententes-là. Respectons ça et traduisons ça aussi dans nos actions.
Mme Robitaille :
Donc, les élus devraient s'impliquer, ne devraient pas être gênés de
s'impliquer, puis d'y aller, puis de donner leur point de vue. Puis ça
les touche directement, évidemment.
M. Vachon
(Luc) : Absolument. Mais je
crois que c'est tout à fait légitime et que ça devrait faire
partie du
processus.
Mme Robitaille :
Maintenant, est-ce que le chef du gouvernement, le chef de la CAQ, du
gouvernement de la CAQ pourrait être aussi chef du camp du Oui?
M. Vachon (Luc) :
Il pourrait.
Mme Robitaille : Parce qu'il y
a un
article dans le projet de loi qui l'interdirait, d'une certaine façon.
Vous, est-ce que vous avez des problèmes
avec ça? Est-ce que les leaders des... les chefs des partis devraient aussi se
mouiller, puis choisir leur camp, puis devenir... Oui, allez-y.
M. Vachon (Luc) :
Ils pourraient et ils devraient.
Mme Robitaille : Pourquoi?
M. Vachon (Luc) :
Parce qu'il a été un des défenseurs de l'entente transpartisane, il y a eu des
engagements de pris. Ce n'est pas une position neutre, ça, ce n'est pas une
position neutre. Alors, quand on prend ce genre d'engagement là, c'est parce
qu'on s'engage aussi à le défendre. Et l'entente transpartisane allait plus
loin que ce qui est là sur la table aujourd'hui. Bon, maintenant... on allait
plus loin, on se retire un peu. Bon, c'est correct. On peut comprendre qu'il y
a différentes raisons, là, qui ont provoqué ça, on va vivre avec ça. Mais,
maintenant, est-ce qu'aujourd'hui on peut
adopter une position neutre? Je pense que c'est difficile d'adopter une
position neutre. En tout cas, c'est
un drôle de message qu'on donne à la population lorsqu'on adopte une position
neutre suite à un engagement qu'on a pris. C'est un drôle de message.
Président (M. Bachand) :
Merci beaucoup. M. le député de Gouin, s'il vous plaît. M. le député de Gouin.
M. Nadeau-Dubois : Oui, merci,
M. le Président. Je vous rassure quand même, on a des indications... On a posé
une question au premier ministre en Chambre, qui nous a dit qu'il
s'impliquerait dans la campagne du Oui. En sera-t-il
le chef? Ça reste à voir. Mais on essaie, de notre côté, de convaincre
également le gouvernement et son premier ministre d'être résolument
engagés. Puis, à ce stade-ci, l'information qu'on a, c'est en effet qu'il
s'impliquerait, parce que, là, on est d'accord avec vous que c'est important.
Vous
faites beaucoup de recommandations, certaines qui recoupent des choses qu'on a
déjà entendues, d'autres qui sont nouvelles. J'aimerais vous demander
c'est quoi, pour vous, la principale défaillance, le principal défaut de ce
projet de loi là. Qu'est-ce qui vous dérange le plus, si vous aviez une chose à
changer seulement?
M. Vachon (Luc) :
Bien, oui, si j'avais une chose, moi, au niveau des réflexions qu'on a faites,
qui m'agace le plus, je vais vous dire que la prime au vainqueur, c'est
vraiment problématique. C'est vraiment problématique, parce que c'est comme
venir défaire quelque chose qu'on essaie... Ça ne repose pas sur un principe
qui rejoint, qui correspond à la proportionnalité. Alors, maintenant, je veux
dire, il pourrait y en avoir d'autres, mais, s'il y en avait un pour lequel ça
heurte de manière particulière, ça, pour moi, ça heurte.
M. Nadeau-Dubois : Vous n'êtes
pas le premier à dire ça. On essaie tous de comprendre d'où ça vient, on essaie
tous de comprendre qu'est-ce qui a inspiré ça, on essaie tous de comprendre
quels sont les objectifs, parce qu'on dit souvent, ici, que les législateurs ne
parlent pas pour ne rien dire. Quelle est l'intention, selon vous, derrière
cette disposition-là du projet de loi? On la cherche, aidez-nous.
M. Vachon (Luc) :
Oui. Là, vous me demandez, dans le fond...
M. Nadeau-Dubois : Faire une
hypothèse.
M. Vachon
(Luc) : ...de vous dire
quelle est mon intention, quelle est l'intention derrière des débats auxquels
on n'a pas participé. Mais j'ai l'impression que c'est plus une question
d'interne, au niveau de toutes les incertitudes, un peu de venir réduire les
incertitudes qui peuvent se générer, actuellement, au niveau... plus au niveau
des députés, je dirais, sur la transformation. Il y a une zone d'insécurité. On
comprend que, pour la population, il y a une zone, actuellement, d'insécurité dans le changement, tout changement comporte
une zone d'insécurité. C'est vrai, certainement, à l'intérieur des
partis, c'est vrai. Maintenant, moi, je pense que, si on est capables de
franchir cette chose-là, si on est capables de franchir ça puis de vivre le
nouveau modèle...
M. Nadeau-Dubois : ...d'avoir
cette astuce-là.
M. Vachon
(Luc) : Bien, ça, on n'en a
pas... Écoutez, c'est sous un principe où on essaie de trouver des façons
d'atteindre la proportionnalité. Il y a plein d'éléments qui peuvent se
justifier, là, mettons, puis on peut trouver des arguments pour, des arguments
contre au niveau des régions, au niveau de ci, au niveau de ça, mais celui-là,
celui-là, pas capables d'en trouver, pas capables de trouver... si ce n'est que
de trouver un mécanisme pour venir réduire l'effet de la proportionnalité, mais
on n'est pas capables de trouver d'où c'est porté.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. Mme la députée de Marie-Victorin,
s'il vous plaît.
Mme Fournier : Merci
beaucoup, M. le Président. Merci à vous pour votre présentation. Pour aller
dans le même sens que le collègue de Gouin, en fait, moi, je pense que j'ai une
hypothèse à vous soumettre. En fait, ce que dit
le gouvernement quand il défend la question de la prime au vainqueur, c'est, en
fait, que ce serait pour rassurer la population, hein, parce qu'on
entend beaucoup que la réforme du mode de scrutin entraînerait une plus grande
instabilité de notre système politique, donc de là, selon eux, l'instauration
de la fameuse prime au vainqueur.
Mais, si je
vous disais qu'il y avait également une autre proposition qui permettrait de
réduire ce sentiment de crainte quant
à l'instabilité de la réforme du mode de scrutin qui est l'encadrement des
motions de censure, c'est-à-dire le fait de pouvoir limiter les
possibilités de l'opposition de faire tomber, essentiellement, le gouvernement,
est-ce que vous trouvez que ce serait une bonne solution de rechange à la
question de la prime au vainqueur?
M. Pépin
(Normand) : Bien, oui, tout à fait. Bien, d'ailleurs, c'est dans le mémoire puis... On ne fait pas une
réforme du mode de scrutin pour pouvoir obtenir des gouvernements majoritaires,
pas plus qu'on fait une réforme de scrutin pour absolument obtenir des
gouvernements minoritaires. On fait une réforme du mode de scrutin pour que ça
soit plus représentatif du suffrage exprimé. Quand on rentre dans ça, là, dans
le diviseur par deux, on rentre dans une logique qui, de prime abord, apparaît
incompréhensible, mais elle vise surtout à réduire la proportionnalité. On fait
une réforme du mode de scrutin pour avoir une meilleure représentativité de la
population, on devrait essayer, à tout le moins, de contrevenir à ce
principe-là le moins possible. Puis encadrer les motions de censure, ça nous
apparaît essentiel. Si un parti fait
partie d'une coalition puis il décide de
s'en dégager, bien, qu'il ait l'obligation de négocier puis essayer de former
un autre gouvernement avec quelqu'un d'autre, ça va réduire les motions de
censure frivoles, ça va assurer une meilleure stabilité aux gouvernements
futurs. C'est la voie à suivre, selon nous.
Mme Fournier : Parfait. Merci
beaucoup.
Le Président (M.
Bachand) : Sur ce, merci beaucoup de votre participation aux
travaux de la commission.
On suspend les travaux quelques instants pour
demander au prochain groupe de venir s'installer. Merci.
(Suspension de la séance à 12 h 12)
Président (M. Bachand) : À l'ordre, s'il
vous plaît! Merci. La commission reprend ses travaux. Il me fait plaisir, maintenant,
d'accueillir les représentants de Force Jeunesse à cette commission.
Alors, comme vous savez,
vous avez 10 minutes de présentation et, par après, on aura un échange
avec les membres de la commission. La parole est à vous. Merci d'être ici.
M. Diallo
(Daye) : Bonjour. Merci de nous recevoir. Merci à la commission de
nous écouter, aux élus qui sont présents ici. Je m'appelle Daye Diallo, je suis
le président de Force Jeunesse.
M. Jacques
(Olivier) : Merci de nous
recevoir. Je m'appelle Olivier Jacques, je suis le responsable au contenu
de l'organisme Force Jeunesse.
Mme Racine
(Éliane) : Puis je m'appelle
Éliane Racine, je suis administratrice puis membre du Comité contenu sur
Force Jeunesse.
M. Diallo (Daye) : Excellent. Donc, sans plus attendre, on va
commencer. On sait qu'on n'a pas beaucoup de temps. Je vais quand même commencer à
vous présenter rapidement qu'est-ce que c'est que Force Jeunesse. Certains
connaissent déjà notre organisation.
Ça fait 20 ans
que l'on existe. On est un groupe de jeunes bénévoles issus de la société
civile en emploi, en éducation qui essayons de défendre les intérêts de la
jeunesse québécoise dans les politiques publiques. Donc, on essaie de faire en sorte que les politiques
publiques qui soient adoptées au Québec soient faites sous un angle d'équité
intergénérationnelle qui fait en sorte que les intérêts de la jeunesse québécoise
y sont présents. On est présents dans de nombreux domaines, en santé, le Fonds
des générations, en matière de finances publiques, la représentation des jeunes
sur les C.A. C'est des enjeux sur lesquels on s'est exprimés au cours des
dernières années. Et comment est-ce que l'on fait ça, chez Force Jeunesse? On
le fait de deux manières, soit en rencontrant directement les élus, comme
aujourd'hui, on fait de la représentation politique, ou en faisant en sorte que
les jeunes puissent rencontrer leurs élus dans certains événements que l'on
organise pour pouvoir discuter avec ces élus-là des enjeux qui les concernent.
Donc, rapidement, Force Jeunesse, c'est un peu ça.
Donc, on va embarquer
directement, comme vous pouvez le voir à la page 5, sur la raison qui nous
amène ici aujourd'hui, donc notre position sur la réforme du mode de scrutin au
Québec, donc le projet de loi n° 39. Comme dit... le
projet de loi n° 39 mentionne l'importance d'utiliser
la réforme du mode de scrutin pour accroître la représentation des jeunes. Bien
que Force Jeunesse appuie la réforme du mode de scrutin dans la perspective où celle-ci pourrait améliorer la représentation des
jeunes, nous considérons que le projet de loi ne va pas assez loin pour favoriser cette dite représentation. Force
Jeunesse considère que la réforme du mode de scrutin peut permettre au Québec
d'atteindre deux objectifs : un,
assurer une plus grande représentativité des jeunes dans les institutions
démocratiques; deux, favoriser la prise de décision publique à long
terme pour promouvoir l'équité intergénérationnelle dans les politiques
publiques.
Dans
les prochaines minutes, notre argumentation se fera de telle manière qu'on va
essayer de vous démontrer comment est-ce que les systèmes proportionnels
favorisent la représentation des jeunes et comment est-ce que ces systèmes
proportionnels là favorisent une gouvernance à long terme où l'équité
intergénérationnelle est présente dans les politiques publiques.
Donc,
plus concrètement, en vue de favoriser la représentation des jeunes, Force
Jeunesse propose l'instauration de
quotas de 25 % de candidats de moins de 35 ans sur les listes
compensatoires des partis politiques. Nous proposons aussi d'augmenter
la proportionnalité du mode de scrutin proposé dans le projet de loi n° 39. Force Jeunesse propose d'abandonner la compensation
régionale pour plutôt favoriser une compensation nationale. Tant qu'à faire,
allons-y. Ainsi, la liste des candidats de chaque parti serait regroupée dans
une seule liste nationale plutôt que dans 17 listes régionales. Non seulement cela augmenterait la
proportionnalité du système, mais cela permettrait aux partis d'assurer
un respect des règles de positionnement des jeunes. Il est en effet quasiment
impossible d'imposer un quart de candidatures jeunesse si les régions
compensatoires ne font qu'élire un ou deux députés. Force Jeunesse propose
aussi de diminuer le seuil minimal d'entrée au Parlement de 10 % — je
pense que ça fait consensus assez — à 5 % des votes à
l'échelle nationale.
Finalement,
nous invitons le gouvernement à augmenter le financement public au référendum
et à le devancer. Dans les
perspectives où ces demandes sont acceptées, Force Jeunesse réitère son appui à
la réforme électorale en cours et formule donc les recommandations
suivantes dans le cadre des consultations.
Pour
faire un résumé, notre première recommandation consiste à instaurer un quota de
25 % de jeunes candidats de 35 ans
et moins sur les listes compensatoires des partis politiques; deux, à augmenter
la proportionnalité de la réforme électorale
en faisant passer les régions desquelles sont issus les députés élus par listes
partisanes de 17 à une seule; trois, augmenter
la proportionnalité de la réforme électorale en diminuant le seuil minimal de
votes obtenus à l'échelle nationale pour obtenir des sièges de
compensation de 10 % à 5 %; et, finalement, de devancer la date du
référendum — parce
qu'on en propose un avec cette réforme du mode de scrutin — pour
qu'elle soit au plus tard un an avant la campagne électorale
et aussi d'augmenter le financement public pour les groupes souhaitant faire
campagne pour ou contre la question référendaire. Ce sont les positions de
Force Jeunesse.
Je vais
passer la parole à ma collègue Éliane, qui est juste à ma gauche, pour étayer
un peu plus nos positions.
Mme Racine
(Éliane) : Oui. En fait, je vais vous parler du lien entre la
représentation des jeunes et la proportionnelle, puis ce lien-là a été
établi dans la littérature scientifique puis politique. Puis ce qu'on constate,
c'est qu'il y a plus de représentation de la
population à travers un mode proportionnel, et donc ça veut dire plus de femmes
et plus de jeunes qui sont élus que dans un mode non proportionnel. Là-dessus,
on se base, ici, sur l'étude qui a été faite sur la question de la
représentation des jeunes en fonction du mode de scrutin. Puis ce qu'ils ont
constaté, les auteurs, c'est que le pourcentage de jeunes de moins de
36 ans, pour un mode de scrutin proportionnel, était significativement
plus élevé, à 12,1 % ou 10,6 %, dans une proportionnelle mixte que
dans un mode de scrutin majoritaire, où on passait à 7 %.
Puis les raisons qui peuvent expliquer ce lien
entre le système proportionnel puis la représentation des jeunes sont,
premièrement, que, dans un scrutin majoritaire, les associations locales vont
choisir ou vont élire les candidats, puis ça va avoir tendance à faire en sorte
que les hommes plus âgés provenant de groupes ethnoculturels majoritaires
soient surreprésentés. En ayant un système proportionnel, les listes qui vont
être gérées par les partis vont permettre aussi
d'imposer des règles de positionnement en fonction, par exemple, du genre ou,
dans notre cas, de l'âge. Ensuite, les systèmes proportionnels tendent à
augmenter le nombre de partis élus, puis donc à favoriser la représentation de
partis dans lesquels les jeunes se retrouvent. Puis finalement, dans un système
majoritaire, les partis ont des incitatifs à placer dans chaque comté des
candidats qui ont le plus de chances d'être élus, alors que, dans un système
proportionnel, les partis vont devoir diversifier leur clientèle électorale au
maximum, et donc chercher à attirer les jeunes en mettant de l'avant les jeunes
sur leurs listes électorales. Je vais passer la parole à mon collègue Olivier.
M. Jacques (Olivier) : Merci.
Je voulais conclure en discutant des quotas électoraux. Force Jeunesse croit
fermement que les quotas électoraux liés aux jeunes ont fait leurs preuves et
seraient un excellent mécanisme pour assurer
une représentation des jeunes à l'Assemblée nationale du Québec. L'exemple de
la Suède démontre l'efficacité des
quotas. Avec un quota, dans les listes de partis, qui exigent 25 % de
candidatures de moins de 35 ans, la Suède a beaucoup plus de jeunes
élus que la moyenne, avec 12 % d'élus de moins de 30 ans et plus de
34 % d'élus de moins de 40 ans dans l'Assemblée législative suédoise.
Ainsi, Force Jeunesse recommande d'imposer une règle de positionnement dans les
listes électorales de 25 % de candidatures de moins de 35 ans. Force Jeunesse
propose aussi que les listes alternent un candidat jeune au minimum à chaque
candidature... à chaque quatre candidatures, pardon, pour éviter que les
candidats jeunes ne se retrouvent en bas des listes et aient moins de chances
d'être élus.
La demande de Force Jeunesse concernant les
quotas se limite aux candidats élus par liste régionale, puisque l'autonomie
des associations locales pour la sélection des candidats des circonscriptions
ne devrait pas être limitée. Il faut que ces quotas soient assortis de
punitions et de récompenses qui soient conséquentes et qui dissuadent les
partis à ne pas les respecter, et les quotas doivent être suffisamment élevés
pour avoir un effet. Et il est peu probable que les quotas puissent fonctionner
dans le mode de scrutin proposé par le projet de loi n° 39
actuel parce que le nombre de régions est
trop élevé et le nombre de députés élus par liste régionale est trop faible.
Par exemple, comment s'assurer qu'il y ait des jeunes élus sur les
listes électorales si la majorité des régions n'ont qu'un à trois députés? Par
exemple, une région à trois députés, où trois partis différents feraient élire
son candidat en tête de liste, pourrait n'avoir aucun représentant de moins de
35 ans, malgré l'installation d'un quota.
Donc, pour
que les quotas soient efficaces, on propose... et non seulement pour que les
quotas soient efficaces, mais aussi pour réellement diminuer l'indice de
distorsion du mode de scrutin, puisqu'on est convaincus que la proportionnalité du système électoral favorise la
représentation des jeunes... donc, pour rendre la proposition de quotas
viables et diminuer l'indice de distorsion, le gouvernement devrait éliminer la
compensation régionale et passer à une compensation nationale. Plutôt que
d'avoir 17 régions, le projet de loi n° 39
devrait plutôt considérer le Québec comme une seule région dans laquelle
45 députés seraient élus à partir d'une liste qui servirait à compenser
les distorsions du scrutin nominal à un tour.
M. Diallo (Daye) : Excellent.
Donc, pour conclure, je vous rappelle que Force Jeunesse réitère son appui au
principe d'une réforme du mode de scrutin qui puisse augmenter la
proportionnalité du système électoral québécois et la représentation des jeunes
à l'Assemblée nationale. En effet, la position que l'on vient de vous dire
démontre que la proportionnalité est associée à une meilleure représentation
des jeunes, et cette représentation des jeunes pourrait être bonifiée à l'aide
d'une règle de positionnement dans les listes électorales qui favorise les
jeunes.
Vous savez, en général, les gens ont tendance à
voter quand ils se sentent représentés. Donc, au Québec, nous faisons face à un
enjeu où, d'élection en élection, on se rend compte que le taux de vote chez
les jeunes est sensiblement plus bas, et l'on pense sincèrement que le fait
d'avoir des gens qui les représentent, le fait d'avoir une certaine forme, aussi, de représentativité au
niveau de la représentation hommes-femmes, de la représentation ethnique
va faire en sorte que les gens se sentent plus concernés, qu'il y ait plus
d'idées qui soient représentées au sein des partis politiques et que, de cette
manière-là, on puisse, à long terme, se retrouver, au Québec, dans une
situation où les partis politiques sont beaucoup plus représentatifs de
l'ensemble de la population, et donc arrivent avec des idées et des solutions
qui sont beaucoup plus représentatives. C'est un peu la position de Force
Jeunesse. Merci.
Le Président (M.
Bachand) : Merci infiniment. Mme la ministre, s'il vous plaît.
Mme LeBel : Merci, M.
le Président. Merci, merci, messieurs, merci, madame, de votre présence. Et,
d'entrée de jeu, je veux souligner
l'excellente qualité de votre mémoire. J'apprécie surtout le fait que, dans
votre argumentaire, c'est soutenu.
Vous avez des exemples, vous nous dirigez vers d'autres pays, donc ça illustre
vos propos. On peut être d'accord ou
pas d'accord, mais vous avez une base extrêmement soutenue et vous avez des
exemples pour les illustrer, puis merci beaucoup, ce qui fait en sorte
que je n'ai presque pas de questions, dans le sens où c'est très bien compris.
Mais,
quand même, j'aimerais voir un peu avec vous un point que vous
amenez, et je le comprends, je comprends votre argument au niveau de
la... pas de l'abolition, mais du fait qu'on ne se base pas sur 17 régions
administratives, mais plutôt qu'on se base sur le Québec, donc une compensation
nationale, une liste nationale plutôt que d'avoir des listes régionales, ce qui
fait en sorte qu'on n'a plus à diviser le Québec en régions, selon votre
proposition. Je la comprends très bien. Je comprends très bien le fait, aussi,
qu'au niveau de l'argumentaire de la proportionnalité, bien, on a beaucoup plus de facilité à injecter de la proportionnalité
dans notre Assemblée nationale parce qu'on n'est pas limités par la
proportionnalité par région. Ça, ça me va très bien.
Là, où j'aimerais
vous entendre, parce que c'est un peu silencieux, là, sur cet aspect-là dans
votre mémoire, mais on en a discuté dans les dernières journées surtout, c'est
sur comment on va opérationnaliser ça sur le terrain. Mettons qu'on s'en va dans la direction que vous proposez. À
titre
d'exemple — on
jase — on
accepte d'aller avec une liste
nationale, on prend les 45 députés, puis on les met à la grandeur de la
province du Québec. Beaucoup d'arguments circulent... on peut les
adopter ou non, mais ce qui circule, entre autres, déjà avec la proposition
gouvernementale, c'est qu'il y a un
risque... bon, d'autres y répondent, mais qu'il y a un risque de créer deux
classes de députés, c'est-à-dire un député de circonscription, un député
de région. Il y a des réponses à donner à ces arguments-là, mais c'est quand même une crainte. L'attachement, aussi, aux
régions, c'est une crainte. Quel est le rôle que le député régional va jouer?
Et ce que j'ai entendu aussi, c'est : Comment le député de liste va se
comporter en campagne électorale? Comment va-t-il faire campagne? Je pense
qu'on y répond en divisant le Québec en 17 régions, en disant : Le
député régional... comme la liste est
régionale et la compensation est régionale, bien, le député de liste devra
quand même faire campagne sur le terrain dans la région dans laquelle il
se présente. Mais comment vous proposez, pour les députés nationaux? Est-ce
qu'on ne vient pas exacerber cette impression-là ou cette crainte-là d'avoir
deux classes de députés? Ils vont faire une campagne nationale, un peu comme un
chef de parti? Est-ce qu'on ne vient pas favoriser l'entrée en jeu de candidats-vedettes comme on le craint? Comme vous
n'avez peut-être pas eu l'occasion de le faire dans votre mémoire, je
veux avoir votre tête sur cette façon d'opérationnaliser votre proposition sur
le terrain, surtout du point de vue des citoyens, quel va être l'attachement,
dans ce sens-là. Je comprends l'argument de proportionnalité, là, je veux aller
sur un autre aspect.
M. Diallo
(Daye) : Excellent. Je vais y répondre. Je vais prendre la première
partie de la réponse, et je suis très content de voir que l'argument de la
proportionnalité soit très bien compris et que vous voyez que la nécessité...
Pourquoi est-ce qu'on a demandé à ce qu'il y ait une liste nationale? C'est
qu'on voudrait, effectivement, qu'il y ait de la proportionnelle. On la veut,
cette proportionnelle, faisons-la.
Et donc, pour
répondre un peu plus à votre question sur l'aspect régional, sur comment est-ce
que l'on fait pour essayer de s'arrimer au fait qu'on n'a pas juste les députés
de circonscription et les députés nationaux, c'est là où Force Jeunesse,
d'une certaine manière, a réfléchi à la question, puis, d'une certaine manière,
on compte un peu sur la bonne foi des partis politiques et aussi sur un aspect
pragmatique. Pour ne citer aucun parti, par exemple, il y a certains partis qui
sont beaucoup plus représentés dans certains lieux géographiques du Québec ou
pas. Sur l'île de Montréal, on ne citera pas
ce parti-là, mais il est très représenté sur cette île-là, par exemple, en
prenant cet exemple-là. Donc, ce parti aurait tout intérêt, sur sa liste
nationale, à avoir des députés, dès le départ, qui ont un certain tropisme pour d'autres endroits que la région de Montréal,
disons. Donc, des députés qui viennent, par exemple, de la Côte-Nord,
des gens qui ont un attachement avec la Côte-Nord, par exemple si je ne prends
que cet exemple géographique là, où, sur la liste électorale, on aurait déjà,
dès le départ, un choix de députés qui seraient probablement élus, qu'ils
viennent d'endroits où ces partis-là ne pensent peut-être pas pouvoir élire des
gens issus des circonscriptions. Donc, de cette manière-là, on arrive déjà à
avoir une certaine forme de représentation.
Puis un autre exemple
que l'on a souvent, c'est que les députés à l'Assemblée nationale, ils ont
souvent des portefeuilles. On peut être ministre, on peut être adjoint
parlementaire, par exemple, au Tourisme ou à autre chose. Donc, dès le départ,
ce qu'il faudrait, c'est que les députés qui sont élus sur les listes de
circonscription aient déjà, d'une certaine manière, une affectation, et qu'on
leur dise : Si vous êtes élu, bien, on pense que vous soyez peut-être
plus... vous devriez normalement être plus dans la région de l'Outaouais, par
exemple, puis que les citoyens sachent, de manière très claire, une fois que
les élections se passent, à quels députés ils pourraient, par exemple,
s'adresser s'ils n'arrivent pas à avoir accès à leur député de circonscription.
Et donc ces députés-là, d'une certaine manière, seraient des députés de région
qui remplaceraient, par exemple, les régions administratives. Donc, très rapidement,
ça peut être une réponse à ce que vous dites.
Mme LeBel : Bien, je
comprends ce que vous dites, je comprends l'argument de la bonne foi, mais il peut y arriver des cas, peu
importe le parti, où on n'a pas cet équilibre-là régional dans les députés
nationaux. Où est-ce qu'ils vont s'installer, ces députés-là? Est-ce que ça va
être à leur choix? Quels dossiers ils vont porter? Clairement, c'est plus
difficile de penser... Moi, je pense que ça se décline beaucoup mieux quand on
parle de régions et de circonscriptions,
quand on parle des 17 régions, de penser qu'il va y avoir une organisation
sur le territoire et que, bon, des députés régionaux de circonscription
ou de liste pourront aussi faire des cas de comté, peu importe, et vice versa. Mais on parle de 45 députés nationaux, oui,
la bonne foi, mais une fois... quel va être le rôle de ces députés-là? Est-ce
qu'ils vont faire des cas de comté? Quels comtés?
M. Diallo
(Daye) : En fait, la bonne foi, c'est aussi une question de
pragmatisme. C'est que, comme je vous dis, les partis politiques n'ont aucun
intérêt à concentrer des députés d'un seul coin du Québec dans le cas où c'est
une représentation nationale. Puis aussi, de manière très claire, ce sera aux
partis politiques d'assigner une certaine forme de régionalisation à l'action
de leurs députés. Donc, oui, ces députés-là, s'ils n'arrivent pas... pardon, si
les citoyens n'arrivent pas à entrer en contact avec leur député de
circonscription ou c'est beaucoup plus difficile, il faut que, dans l'information que les partis divulguent
aux citoyens, les citoyens sachent de manière très claire vers lesquels
des députés ils pourraient se tourner s'ils se trouvent, par exemple, dans l'Outaouais.
Donc, ce sera un travail aux partis de le faire,
mais c'est aussi une question de pragmatisme parce que, si un parti politique, sur ces 45 personnes qu'il
met sur la liste nationale... ne sont que dans la grande région de Québec, bien,
le parti se tire d'une certaine manière une balle dans le pied en faisant ça.
M. Jacques (Olivier) : Si je
pouvais rebondir rapidement, je pense que la question de permettre la double
candidature serait assez pertinente dans ce cas-là. On pourrait éviter, là, d'avoir
deux classes de députés. Je pense que ce serait vraiment une bonne réforme à
mettre de l'avant aussi. Et je pense qu'en fait on peut réfléchir au fait que
notre liste nationale permet aux partis, à l'ensemble des partis d'avoir une
forme de représentation dans plusieurs régions qu'ils n'ont pas nécessairement actuellement.
Et donc je ne pense pas que la question de la représentation régionale de
chacun des partis est vraiment problématique avec notre réforme.
Mme LeBel : Peut-être qu'il y a
la question du point de vue du citoyen qui, au moment où il vote, ne saura pas,
lui, qui sera son député régional ou s'il aura un député régional, parce que ce
sera le parti... ça dépendra du pourcentage national du parti, ça dépendra de
qui, sur sa liste, sera sélectionné et ça dépendra du pragmatisme du parti, que
je ne mets pas en doute, qui devra assigner, après coup, peut-être un député à
une région donnée. Donc, le citoyen, de son point de vue, quand il vote...
alors qu'avec la proposition gouvernementale présentement sur la table la liste est fermée, elle est régionale, le
citoyen sait qui est susceptible de le représenter, alors qu'avec une liste
nationale... Du point de vue de la proportionnalité, j'en suis. Quand on
parle d'une proportionnalité maximisée, là, c'est sûr que la liste nationale, effectivement...
Dans les choix qu'on a dû faire dans la proposition, bien, il a fallu sacrifier
une portion de la proportionnalité pour avoir une portion de représentativité
régionale et d'attachement.
Mais je reviens sur un autre point, parce que je
veux être sûre de... pas parce que ce n'est pas intéressant, on pourrait en discuter pendant des heures, puis on
aura peut-être l'occasion de le refaire, mais la question des quotas, et je
vous ramène à la bonne foi des
partis, on a eu un expert qui est venu nous dire : En matière de parité
hommes-femmes, à
titre d'exemple, en
2018, on a quand même eu une année exemplaire de tous les partis confondus, on
a eu une année exemplaire, on a même eu des années exemplaires en termes
d'élection, en termes de représentation à l'Assemblée nationale, en termes de
constitution du Conseil des ministres. Si on prend une photo de 2018, là, on
est en bonne posture au niveau de la parité hommes-femmes.
Malgré tout, les
groupes de femmes viennent nous demander de mettre des quotas et d'être plus
coercitifs dans nos mesures. Certains experts sont venus nous dire : Bien,
ça va bien, il y a une belle tendance, il y a un point de bascule. Voyons voir
la bonne foi des partis, justement, parce que ce sera, ultimement, aux citoyens de juger de l'attitude des partis. C'est un peu
la nature des mesures qu'on a mises, c'est-à-dire vous déclarez vos
intentions, vous déclarez si vous avez rempli vos propres intentions, et le
peuple, en bon français, jugera de votre performance et si vous êtes à côté de
la plaque ou non. Vous me parlez de la bonne foi des partis par rapport à la
distribution nationale, mais vous semblez en douter par rapport à la
représentation des jeunes. Alors, comment concilier tout ça?
M. Diallo
(Daye) : Pour répondre très
rapidement à cette question, c'est que notre mode de scrutin actuel existe
depuis plus d'un siècle, puis, de manière très claire, jusqu'à maintenant, le
nombre de jeunes présents à l'Assemblée nationale n'a jamais été
significativement proche de la réalité qui existe au Québec, et c'est pour
ça... c'est pourquoi on pense qu'il faudrait une mesure très claire, une
mesure, effectivement, très forte pour faire en sorte qu'il y ait plus de
jeunes à l'Assemblée nationale, et ça, ça passe effectivement par le fait où il
faudrait imposer aux partis politiques ce 25 % là, qui est juste une
présence sur les listes électorales, qui ne veut pas forcément dire qu'il y aura
autant de jeunes présents à l'Assemblée nationale, mais en espérant que ça
fasse en sorte que le seuil augmente.
Par exemple, un exemple, à la dernière élection,
en 2018, il n'y avait que 9 % de jeunes de moins de 35 ans à
l'Assemblée nationale, donc il y a très clairement quelque chose à faire
là-dessus. Et c'est pourquoi, on le répète encore,
sur cet enjeu-là, on veut aller au-delà de juste la bonne foi pour faire en
sorte qu'il y ait des balises qui sont très claires pour obliger les
partis à avoir plus de jeunes. Et, comme nous disait tout à l'heure mon
collègue, avec ça, on s'en vient aussi avec des idées pour qu'il y ait des
bonus et des malus en fonction du respect de ce critère-là.
Mme LeBel : Oui, puis vous
faites d'ailleurs une très belle nomenclature des possibilités. Donc, vous
parlez, naturellement, de... votre mesure est d'introduire, par le biais des
listes, si je comprends bien, une certaine forme d'alternance, là, vous la
décrivez très bien dans votre mémoire. Vous faites référence au fait que, dans
d'autres... les mesures punitives, je crois,
n'ont pas nécessairement tout leur impact parce que, souvent, bon, on peut les
contourner. Est-ce que vous favorisez une mesure plus qu'une autre? Vous
parlez du rejet de la liste, vous parlez de bonus, vous parlez de malus, mais
est-ce qu'il y a quelque chose qui, à votre sens... Je comprends que ce sont
toutes des mesures que vous mettez de l'avant, mais, à votre sens, est-ce qu'il
y a une mesure qui est plus efficace qu'une autre quand on parle du respect de
ce quota-là? Parce que, quand on impose un quota, encore faut-il qu'il y ait
une façon de le faire respecter, là, un levier.
M. Jacques
(Olivier) : Franchement, on n'a pas de... il n'y a pas de recette
magique, je pense, mais il faut s'assurer que la punition et la récompense
soient suffisamment élevées pour créer un incitatif très clair pour que les partis respectent ce quota-là. Mais de là à
exclure un parti de la liste électorale d'un parti, je pense que... Par exemple, ce qui se fait, je pense que c'est en Espagne, où la liste est tout simplement rejetée jusqu'à ce que le quota soit rempli, c'est sûr que ça
fonctionne, là, mais, bon, on peut considérer que c'est peut-être un peu
radical, mais ça dépend à quel point on veut absolument que les quotas
fonctionnent.
D'ailleurs,
on veut réitérer qu'on est d'accord avec les groupes qui proposent une
alternance hommes-femmes sur les listes électorales aussi. Ça serait vraiment
plus facile à faire, d'ailleurs, avec une seule liste nationale.
Mme LeBel : Bien, merci
beaucoup. Merci pour votre rapport, très apprécié.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. Mme la députée
de Bourassa-Sauvé, s'il vous plaît.
Mme Robitaille : Merci,
M. le Président. Bonjour à tous les
trois. C'était vraiment un plaisir de lire votre mémoire, et,
comme la ministre, je vous félicite, c'était intéressant.
Et je vais
aller un peu plus loin. En fait, j'écoutais ce que vous disiez à la
ministre, et ça m'intéresse beaucoup. On aura peut-être... En tout cas, le projet de loi nous
dit : On aura 80 députés de circonscription et 45 députés de
liste, et donc 80 députés qui sont élus directement par les gens et
45 députés qui sont, finalement, établis par, en tout cas, les partis,
hein? Ce sera le pouvoir du parti d'établir des noms, d'établir ces listes-là.
Vous dites : Peut-être que... et puis je veux vous entendre là-dessus,
est-ce que j'ai bien compris qu'on a peut-être deux catégories de députés, deux types
de députés, vous, ça ne vous dérange pas? Ça ne vous dérange pas.
M. Diallo (Daye) : Très rapidement,
non, parce que le Québec ne serait pas dans une situation unique au monde. Il y
a des proportionnelles mixtes un petit peu partout à travers le monde. Puis, de
manière claire, non, ça ne nous dérange pas.
Puis, comme on le disait tout à
l'heure, il y a
une manière, quand même, d'attribuer à ces députés-là des fonctions
qui feraient en sorte qu'ils soient beaucoup plus proches de la population,
localement parlant.
M. Jacques (Olivier) : Et
permettre la double candidature, aussi, règle une
partie de ces problèmes-là, parce
que c'est les mêmes candidats qui pourraient se présenter aux circonscriptions
et aux listes.
Mme Robitaille : Alors, comment vous verriez, par exemple, les tâches, les responsabilités du député de liste versus le
député de circonscription?
M. Diallo
(Daye) : Les tâches et
responsabilités, d'une certaine manière, seraient pareilles. On peut déjà
s'inspirer de ce qui se passe au provincial et fédéral, même si ce n'est
pas les mêmes compétences et ce ne sont pas les mêmes actions, mais un citoyen
peut aller taper, sur certains enjeux, autant à la porte de son député
provincial qu'à la porte de son député fédéral, même si, bon, à la limite, l'un
ou l'autre ne pourra pas l'aider sur son problème. Mais l'idée, ce serait vraiment que, oui, avec les circonscriptions qui restent, aujourd'hui, on en parle de 80, que le premier
réflexe du citoyen soit d'aller vers son député de circonscription,
mais, comme on disait tout à l'heure, il est possible que les partis puissent
attribuer de manière très claire aux différents députés, donc aux
45 députés élus de liste nationale, des objectifs
géographiques. Donc, le citoyen saurait, en allant sur un portail, par exemple,
mis en place par le gouvernement, à qui il peut s'adresser si, effectivement,
son député de circonscription n'est pas là pour répondre à sa question ou il
n'est pas satisfait du travail de son député de circonscription. Et, même pour
le parti, électoralement parlant, vous savez,
il peut se faire sanctionner. Si, effectivement, ce citoyen-là n'arrive pas à se faire servir par son député
de liste, aux prochaines élections, il y a fort à parier que ce citoyen-là
s'en rappellera.
Mme Robitaille : Donc, ça serait du cas par cas, ça serait
individuel, ça serait... Bon, c'est ce que je comprends de ce que vous
dites? Mais je vous écoute, là, et puis je me dis : Est-ce qu'on
pourrait... Parce qu'on en a déjà parlé, ça
a déjà été amené comme idée, d'amener un amendement qui préciserait les
rôles de l'un et puis les rôles de l'autre. Est-ce que vous pensez que
ça, ça serait une bonne idée? Non? Monsieur dit non. Pourquoi?
M. Jacques (Olivier) : Vous
semblez en avoir discuté davantage que nous.
Mme Robitaille : Non, mais c'est parce que vous en avez parlé tout à l'heure avec la ministre. Vous me dites ça, je vous entends, je trouve
ça intéressant.
M. Diallo (Daye) : A priori, on
ne serait pas contre parce que, vous savez, nous, on est pour le plus de clarté
possible. Donc, il est très clair qu'en ayant deux types de députés, des
députés de circonscription et les députés nationaux, il faut que ça soit très
clair pour les citoyens. Donc, si ça passe par un amendement qui, dès le
départ, décide d'attribuer des rôles et des responsabilités, on ne serait, a
priori, pas contre, mais il faudrait qu'on le voie, effectivement. Puis l'objectif
derrière tout ça, c'est que, pour le citoyen, in fine, ça soit le plus facile
possible.
Et je tiens quand même aussi à rappeler... C'est
que la raison de cette liste nationale là, c'est qu'aujourd'hui certaines
projections qui ont été faites démontrent que, si, par exemple, le scrutin se
serait tenu avec cette réforme-là, ça n'aurait pas grandement changé, donc la
composition de l'Assemblée nationale, au jour d'aujourd'hui, serait à peu près pareille à celle précédente. Donc, la réforme actuelle
ne règle pas ce problème-là. Oui, il est un tout petit peu plus proportionnel
mais ne répond pas à cet objectif-là où la proportionnalité est un système
électoral qui permettrait d'avoir une
représentativité plus grande à l'Assemblée nationale, autant d'idées politiques
que de catégories de citoyens : jeunes, moins jeunes, diversités
ethniques, femmes, hommes, etc.
Mme Robitaille : Mais je veux
revenir sur ce que vous disiez, donc, juste pour conclure, pas une mauvaise
idée de définir ces types de députés là, en leur donnant des tâches... bien, en
tout cas, en établissant des...
M. Jacques (Olivier) : On est
d'accord avec vous. Nous, par exemple, on priorise vraiment la diminution de
l'indice de distorsion dans la réforme électorale. C'est ce qu'on trouve le
plus important.
Mme Robitaille : Maintenant, vous parlez du référendum puis là vous dites,
vous suggérez... recommandation 4 : «Devancer la date du référendum
pour qu'elle soit au plus tard un an avant la campagne électorale.» Il va
falloir qu'on se dépêche. Donc, 2021, vous pensez que c'est réaliste? Vous
pensez que c'est possible?
M. Diallo (Daye) : Oui, 2021,
c'est réaliste et possible. Et, oui, vous disiez... Vous savez, cette réforme
du mode de scrutin là, on en parle depuis un
siècle, à peu près,
quelque chose comme ça. Oui, on peut se presser, on peut
se dépêcher. Je pense que, si toutes les forces vives autour de la table
étaient d'accord avec ça, en un an, ce serait possible d'organiser ce référendum-là
qui permettrait à la population du Québec de se prononcer. Mais, comme on
disait, chez Force Jeunesse, je tiens quand même à le préciser, c'est qu'on est
pour un référendum. Chez Force Jeunesse, on considère que cette question est
importante et qu'il faudrait que la population se détermine là-dessus, mais ça
ne veut pas forcément dire qu'il faudrait que l'on fasse ce référendum-là un an
avant les élections.
On est aussi d'accord avec l'autre proposition,
qui ferait en sorte que l'on tienne le prochain scrutin en fonction du nouveau
mode de scrutin, puis qu'on l'essaie deux fois, puis qu'ensuite on demande à la
population de se prononcer là-dessus. L'argument, ici, c'est qu'il faut absolument
que les Québécois se prononcent sur le changement de leur mode de scrutin, mais
ça peut se faire avant le scrutin comme ça peut se faire après, mais il faut le
faire.
Mme Robitaille : Bien, donc, mieux vaut tard que jamais. Si ce
n'est pas dans un an, ça peut être dans trois ans. L'important,
c'est qu'on l'ait, c'est ce que vous me dites. Mais l'idée d'avoir un référendum
en même temps que des élections, c'est quoi, votre position là-dessus? Vous
êtes...
Mme Racine (Éliane) : Bien, en
fait, nous, on préférerait que la question du référendum soit séparée des
élections pour ne pas que ça devienne un enjeu dans la campagne électorale
puis, vraiment, que les gens puissent répondre à la question du référendum en
faisant fi de ce qui se passe au niveau politique.
M. Diallo (Daye) : Et
l'histoire, aussi, démontre qu'à chaque fois que la question a été mêlée à une
élection normale, c'est souvent passé au second plan ou, du moins, l'enjeu
était tellement très peu discuté, tellement très mal expliqué à la population
que, bien, ça n'a pas été aussi viable que ce que l'on voudrait. Les gens ont
le droit de se prononcer là-dessus, mais il faudrait que l'information leur
arrive et que l'information normale leur arrive, oui.
Mme Robitaille : On en a parlé, tout à l'heure, au groupe qui
vous a précédé, quel rôle vous voyez
aux députés? Est-ce que les députés devraient s'impliquer directement
dans une campagne référendaire, devraient se mouiller, là, ne devraient pas se
gêner, en fait?
M. Jacques (Olivier) : Ça, là,
ça devient une opinion un peu personnelle, de notre côté, là. Je pense qu'on
n'est pas les mieux placés, là, pour avoir une opinion là-dessus, là, je crois,
franchement.
Mme Robitaille :
Mais vous représentez les jeunes, les étudiants, les moins de 35 ans. C'est quoi, le sentiment? Est-ce que
vous avez... Bien, parce que vous y avez réfléchi. L'implication de vos élus,
par exemple, dans une campagne référendaire...
M. Jacques (Olivier) : Nous, ce
qu'on pense qui est important... C'est une réforme qui est complexe, mais c'est
une question qui est complexe, puis ce qui est important, c'est que les gens
sachent de quoi il s'agit. Si la participation des élus aide, ce qui est
probablement le cas, et, si le premier ministre, le gouvernement en général se
mettent du côté de la réforme électorale, ça aiderait certainement. Nous, on
veut que la réforme passe et on veut que les gens soient informés lorsqu'ils
fassent un vote. Donc, oui, logiquement, ça serait bien que les députés
puissent s'impliquer d'un côté ou de l'autre, ne serait-ce que pour que les
gens soient informés.
Mme Robitaille : Vous dites
aussi : «Augmenter le financement public pour [que] les groupes souhaitant
faire campagne pour ou contre la question référendaire [puissent participer].»
La place des jeunes... Et est-ce que... Bien, comment vous voyez ça s'articuler
et pourquoi c'est important?
M. Diallo (Daye) : La place des
jeunes, elle est importante, effectivement, dans ce débat-là. Vous le savez, il
y a des groupes de la société civile, comme
Force Jeunesse et d'autres qui nous ont précédés ici, Citoyenneté Jeunesse,
l'UEQ, et la FECQ, et d'autres peut-être que j'oublie le
nom, on sera présents dans l'espace public pour pouvoir défendre certaines
idées qui sont en lien avec cette réforme du mode de scrutin là. Comme vous
pouvez le voir dans le mémoire, déjà, dans le cadre des commissions
parlementaires, on propose certains changements qui feraient en sorte que la
représentation des jeunes soit beaucoup plus importante, et d'autres types de
populations au Québec. Mais c'est clair que, durant la campagne, si campagne il
y a lieu, ces groupes de la société civile là essaieront de participer au
débat. Surtout, comme j'ai dit, chez Force Jeunesse, on est là aussi pour
animer le débat public, faire en sorte que des gens qui représentent certaines
idées politiques entrent en contact avec la jeunesse pour leur parler de leurs
idées mais aussi pour faire monter plus haut les idées de ce que ces jeunes-là
pensent, donc c'est comme ça que des groupes jeunes, comme le nôtre, pourront
s'impliquer dans une éventuelle campagne référendaire sur la question.
Mme Robitaille :
Vous dites... Je vais revenir à cette idée de quota, là, de 25 % de jeunes
candidats de 35 ans et moins, donc c'est circonscrit aux listes
compensatoires seulement. Pour ce qui est des candidatures, pour ce qui est des
circonscriptions, vous ne touchez pas à ça, c'est bien ce que je comprends?
M. Diallo
(Daye) : Vous savez, dans un
monde idéal, comme je le disais tout à l'heure, ça devrait être normal
aussi que, dans les circonscriptions, cette question-là soit à l'ordre du jour
au moment de choisir un candidat. Mais, pour l'instant, vous savez... ma
grand-mère disait souvent qu'il faut choisir ses batailles. Pour l'instant, la
première bataille, effectivement, c'est celle des listes nationales, où l'on
pense qu'il est beaucoup plus facile de pouvoir avoir ce genre de quotas là parce que circonscription par circonscription, en
général, c'est beaucoup plus difficile et c'est pour ça qu'aussi la
raison des 17 régions nous semblait un peu compliquée pour avoir des
quotas de jeunes. Donc, dans un mode idéal, on serait aussi pour que, dans ces
circonscriptions-là, les gens aillent de l'avant vers plus de jeunes.
Mme Robitaille : Donc... Oui,
allez-y.
M. Jacques
(Olivier) : Mais c'est qu'en même temps il y a un arbitrage à faire, là. C'est évident que le
fait que les circonscriptions aient une forme d'autonomie, ça diminue la concentration du pouvoir vers le premier ministre, ça crée une démocratie locale qu'on ne veut pas enlever, là.
Donc, on est conscients des arbitrages que la ministre a à faire et donc on ne
veut pas imposer des quotas à ces circonscriptions locales là, mais c'est très
facile de le faire en fonction des listes.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. M. le député de Gouin, s'il vous plaît.
M. Nadeau-Dubois :
Bonjour. Merci d'être ici. Vous semblez avoir comme préoccupation principale la
question de la proportionnalité. C'est une préoccupation qu'on partage.
Et donc je me surprends, amicalement, de ne pas vous avoir entendu parler puis
qu'il n'y ait pas de recommandation dans votre même au sujet de cette fameuse
prime au vainqueur dont on parlait,
justement, avec le dernier intervenant. Est-ce que ce n'est pas là, selon vous,
un des principaux, sinon le principal accroc à la proportionnalité dans
ce projet de loi là?
M. Diallo
(Daye) : On avait
10 minutes pour exprimer nos positions, mais c'est très clair qu'au-delà
de la prime au vainqueur nous pensons
que la réforme proposée actuellement n'est pas adéquate pour augmenter la
proportionnalité voulue à l'Assemblée nationale du Québec. Et
effectivement la notion et la question de prime au vainqueur fait
partie de
l'ensemble de ces petites choses qui font que la réforme proposée actuellement
n'est pas la plus adéquate.
M. Jacques
(Olivier) : Mais prime au vainqueur ou pas, si on garde, là, les listes comme elles le sont, ça va
être difficile d'avoir notre objectif de règles de positionnement qui
favorisent les jeunes sur les listes.
M. Nadeau-Dubois :
Je comprends bien cela. Je veux vous entendre également sur le financement...
En fait, sur la campagne
référendaire, vous parlez de financement public, à votre quatrième
recommandation, vous parlez d'augmenter le financement public pour les
groupes souhaitant faire campagne pour ou contre la campagne référendaire.
Juste pour
bien comprendre votre recommandation,
est-ce que vous parlez là des camps officiels — parce que les amendements déposés par
la ministre instaurent un camp du Oui et un camp du Non reconnus par le
DGEQ — ou
vous parlez des tiers qui, en vertu de ces mêmes amendements-là, pourraient
aussi faire campagne puis auraient une limite
de dépenses? Est-ce que vous demandez qu'il y ait du financement public pour
les tiers ou plus de financement public pour les camps officiels du Oui
et du Non?
M. Diallo (Daye) : Normalement,
chez Force Jeunesse, comme je vous disais, pour un souci de clarté et de
transparence, on serait plus pour un financement officiel des camps du Oui et
du Non, qui seraient officiellement financés, et qui seraient officiellement
étiquetés, et qui auraient une voix claire sur la question pour la transmettre
aux Québécois.
M. Nadeau-Dubois : En ce
moment, c'est un peu moins que 1 million de dollars. Vous, vous
souhaiteriez qu'il y ait davantage d'argent à l'intérieur de chaque camp pour
financer la campagne référendaire.
M. Diallo
(Daye) : Vous avez dit combien?
M. Nadeau-Dubois :
C'est à peu près... un peu moins que 1 million, en ce moment, c'est 850 000 $, à peu près.
M. Diallo
(Daye) : J'avais entendu «8 millions», j'étais... C'est beaucoup
d'argent, ça.
M. Nadeau-Dubois :
Non, c'est un peu moins que 1 million, à peu près 850 000 $.
M. Diallo (Daye) : Non, oui, on serait... On considère que, pour une
question aussi importante pour la vitalité du Québec et du système
démocratique du Québec, 1 million, c'est très peu d'argent pour la
question.
M. Nadeau-Dubois :
O.K. Quelle est votre position sur le nombre de députés? Vous n'en avez pas
parlé. Si, en tentant de trouver ce fameux équilibre que, je pense, on tente
tous de trouver, ici, entre différentes formes de proportionnalité, entre
différents principes démocratiques, une des voies, c'était d'augmenter le
nombre de députés, est-ce que vous y verriez un inconvénient majeur?
M. Jacques
(Olivier) : Pas du tout.
M. Nadeau-Dubois :
Ça a le mérite d'être clair. Merci beaucoup.
M. Diallo
(Daye) : Mais je tiens quand même à préciser qu'il a fallu faire des
choix parce qu'effectivement il y a toute la réflexion portée sur comment
augmenter la proportionnalité du mode de scrutin québécois, puis on a pensé
aussi à la question d'augmenter le nombre de députés, mais on n'a pas,
finalement, choisi cette option-là, mais c'est quelque chose auquel on a
réfléchi et qui serait possible, parce qu'effectivement, si je me rappelle bien
notre statistique, depuis les années 80, le nombre de députés n'a pas
augmenté au Québec, on est toujours à 125 députés, puis il y aurait
peut-être quelque chose à faire là.
M. Jacques
(Olivier) : Puis on ne voulait pas vous proposer un mémoire avec huit
recommandations qui allaient dans tous les sens, donc on en a choisi une, mais
il y a d'autres possibilités, définitivement.
M. Diallo
(Daye) : Il faut choisir ses batailles.
M. Nadeau-Dubois :
Vous avez choisi vos batailles, voilà, c'est ça.
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup. Mme la députée de
Marie-Victorin, s'il vous plaît.
Mme Fournier :
Merci beaucoup pour votre présentation. Merci de ces points si importants que
vous amenez concernant la représentation des jeunes à l'Assemblée
nationale. Vous savez, pour cette législature-ci, nous sommes 17 % de députés âgés de moins de 40 ans,
mais en fait on représente 30 % de la population québécoise, à peu près,
donc c'est vraiment nécessaire. Au-delà de
la question de la réforme du mode de scrutin, à l'instar de certains groupes
de défense des droits des femmes, est-ce que vous êtes en faveur d'une
loi sur
la représentativité des jeunes à l'Assemblée nationale?
M. Diallo
(Daye) : Oui, oui. Comme tout à l'heure... de manière très claire, on
est pour une loi claire pour la représentativité... pour la représentation des
jeunes à l'Assemblée nationale. Puis, comme je le disais tout à l'heure, je
tiens quand même à le répéter, chez Force Jeunesse, on est pour plus de
présence féminine à l'Assemblée nationale,
pour une meilleure représentativité. On n'a pas apporté ces points-là dans
notre mémoire, mais on supporte ces groupes-là qui demandent qu'il y ait
une parité hommes-femmes puis qu'il y ait une plus grande représentation des
différents groupes sociaux du Québec à l'Assemblée nationale.
Mme Fournier :
Merci beaucoup. Maintenant, en ce qui concerne les objectifs plus globaux du
projet de loi, vous avez dit que, pour vous, votre but, c'était de réduire au
maximum l'indice de distorsion dans le projet de loi. Donc, le collègue de
Gouin a parlé de la fameuse prime au vainqueur, qui, effectivement, n'aide pas
à se rapprocher de l'objectif. De la part du gouvernement, on entend que c'est
pour des raisons de stabilité des gouvernements, ce qui est quand même un peu
curieux, considérant qu'il existe la mesure d'encadrement des motions de
censure qu'il serait possible d'utiliser pour arriver aux mêmes fins. Donc,
seriez-vous favorables à l'implantation d'une telle mesure dans le projet de
loi?
M. Jacques
(Olivier) : Oui.
Mme Fournier :
Trouvez-vous que ce serait une bonne solution de rechange aux primes au
vainqueur?
M. Jacques
(Olivier) : Oui.
Mme Fournier :
Très bien. Merci beaucoup.
M. Diallo (Daye) : Ça a le
mérite d'être clair.
Le Président (M.
Bachand) : Alors, sur ce grand degré d'efficacité, merci
beaucoup de votre participation à la commission.
La commission suspend ses travaux jusqu'à
15 heures cet après-midi. Merci.
(Suspension de la séance à 12 h 54)
Président (M. Bachand) : À
l'ordre, s'il vous plaît! Bon après-midi. Bienvenue. La Commission des
institutions reprend ses travaux.
Comme vous savez, je demande à toutes les personnes présentes dans la salle de
pouvoir éteindre la sonnerie de leurs appareils électroniques.
Rappel du
mandat : La commission est réunie afin de poursuivre les consultations
particulières et les auditions publiques sur le projet de loi
n° 39, Loi établissant un nouveau mode de scrutin.
Cet après-midi, nous allons entendre, entre
autres, les personnes et groupes suivants : M. Henry Milner,
chercheur invité au Département de science politique de l'Université de
Montréal, M. Stéphane Rouillon, directeur au Centre de recherche informatique de Montréal, M. Marc-André Bodet, professeur agréé au Département
de science politique de l'Université Laval.
Mais nous avons le plaisir d'accueillir, aujourd'hui,
les représentants d'Élections Québec. Alors, bienvenue, c'est un grand plaisir. Alors, je vous cède la parole pour
10 minutes, et après ça on aura un échange avec les membres de la commission.
Alors, M. Reid, vous avez la parole.
M. Reid (Pierre) :
Ah! bien, M. le Président, Mmes, MM. les membres de la commission, d'abord, je
tiens à vous remercier de m'avoir invité à
participer aux consultations
particulières sur le projet de loi n° 39. Je suis accompagné, cet après-midi, de Me Lucie Fiset, qui est la
directrice du financement politique et des affaires juridiques, qui est à ma
gauche, de Mme Catherine Lagacé, qui
est secrétaire générale, ainsi que M. Jean-François Blanchet, qui est le
directeur des opérations électorales.
Le projet de loi n° 39 propose de remplacer
le mode de scrutin majoritaire uninominal actuel par un mode de scrutin mixte avec compensation régionale. Un tel
changement requiert d'importantes modifications à la Loi électorale et a
des répercussions sur l'ensemble des processus électoraux qui sont sous ma responsabilité.
La Loi électorale prévoit que le Directeur général
des élections peut être consulté par le gouvernement sur toute législation à
caractère électoral. Conformément à un décret pris par le gouvernement en
janvier 2019, mon équipe a fourni, au cours de la dernière année, son expertise
sur les questions liées à l'organisation et à la tenue des élections et sur les
impacts techniques d'un nouveau mode de scrutin ainsi que sur ses délais de
mise en oeuvre.
La fonction que j'occupe exige que mon équipe et
moi fassions preuve d'impartialité et de neutralité. Pour cette raison, les
échanges que nous avons eus n'ont jamais porté sur le choix du mode de scrutin
envisagé par le gouvernement ni sur toute autre question de nature politique.
Le projet de loi n° 39 propose également la
tenue d'un référendum sur le mode de scrutin. Le gouvernement a déposé, en
décembre dernier, une série d'amendements à ce projet de loi qui prescrivent le
cadre légal retenu pour un référendum qui aurait lieu lors de la prochaine
élection générale prévue le 3 octobre 2022, et, là encore, nous avons
fourni notre expertise. La semaine dernière, j'ai transmis à la commission un
mémoire sur le projet de loi n° 39 qui, je le souhaite, nous permettra
d'avoir une compréhension commune des effets des dispositions de ce projet de
loi sur les processus électoraux et sur l'administration des élections.
Ce mémoire décrit, par exemple, le processus de
répartition des sièges de circonscription et de région, et à cet effet mon
équipe a réalisé une simulation de cette répartition entre les régions électorales
en fonction des données de la liste électorale du mois d'octobre dernier. Les
résultats de la simulation sont présentés dans notre mémoire. Le mémoire
illustre également, à partir d'un exemple fictif, la mécanique d'attribution
des sièges aux candidates et aux candidats de régions, ce qui représente le
volet compensatoire du mode de scrutin proposé. Le mémoire précise aussi les principaux changements qu'apporte le projet de
loi n° 39 aux différents volets de l'administration des élections
et plusieurs recommandations concernant la
réforme du mode de scrutin, le cadre référendaire, de même que
l'administration plus générale de notre système électoral.
J'aimerais
vous faire part de mes réflexions quant à certaines dispositions du projet de
loi n° 39 qui concernent les candidatures et la parité entre les
hommes et les femmes. Certaines personnes ayant comparu devant la présente
commission ont soulevé la possibilité de permettre la double candidature dans
le cadre d'une élection tenue selon le nouveau mode de scrutin. Je souhaite
vous sensibiliser aux conséquences d'un tel choix principalement en ce qui
concerne l'encadrement des dépenses électorales.
Il m'importe de rappeler que les grands
principes qui sous-tendent les règles en cette matière sont l'équité et la
transparence, d'où l'importance du contrôle des dépenses électorales et de la
limite devant être respectée, ainsi que l'obligation de
reddition de comptes juste et complète reflétant la réalité. Si la double
candidature est permise, nous devrons nous assurer que ces grands principes
seront respectés afin de garantir l'intégrité du processus électoral. Une
analyse des règles actuelles s'imposerait, et mon équipe est évidemment
disposée à collaborer à cet exercice.
Le projet de loi introduit deux nouvelles
obligations pour les partis politiques : la production d'un énoncé indiquant les objectifs que se fixe le parti quant
au nombre de femmes et d'hommes qu'il entend présenter à l'élection et
la production d'un rapport qui rend compte de l'atteinte de ces objectifs. Ces
obligations s'apparentent à l'une des recommandations que nous avons formulées
dans l'étude Femmes et politique , publiée en 2014. Nous
proposions alors que les partis produisent un plan visant à favoriser une
meilleure représentation des femmes au sein de leurs candidatures et de leurs
élus.
Le projet de loi prévoit notamment que, si un
parti politique ne produit pas l'énoncé ou le rapport dans des délais établis
ou si ces documents ne contiennent pas les informations prescrites, le Directeur
général des élections peut retirer
l'autorisation de ce parti. Si le retrait d'autorisation survenait au cours de
la période électorale, les personnes
candidates de ce parti devraient alors faire campagne comme candidats
indépendants et ils devraient respecter les responsabilités qui y sont
associées en matière de financement politique et de gestion des dépenses
électorales. Si le retrait de l'autorisation avait lieu après la période
électorale, les députés élus sous la bannière du parti politique devraient siéger
comme indépendants à l'Assemblée nationale. Considérant que le retrait
d'autorisation est une sanction liée aux exigences légales touchant le financement
politique, j'estime qu'afin de respecter la cohérence de la Loi électorale le
retrait d'autorisation ne devrait pas constituer une sanction applicable à la
production de cet énoncé et de ce rapport. Je tiens à rappeler que cette
sanction ne concerne pas l'atteinte des objectifs que se fixe le parti
politique quant à la proportion de femmes parmi ses candidatures, il vise
uniquement la production de l'énoncé ou du rapport ainsi que leur dépôt dans
les délais prévus.
Même si le projet de loi n° 39 ne définit
pas d'objectif minimal pour les partis politiques en matière de parité,
j'invite les partis à porter une attention particulière au rang qu'occuperont
les candidates sur leurs listes régionales, sans
négliger les candidates dans les circonscriptions. Plus généralement,
j'encourage les partis politiques à recruter des candidates et des candidats aux profils divers, ce qui peut enrichir les
débats politiques et, ultimement, inciter davantage de personnes à
exercer leur droit de vote.
Concernant le cadre spécifique proposé pour la
tenue d'un référendum sur le mode de scrutin simultanément à une élection générale, je souhaite vous faire
part de mes préoccupations à l'égard du processus de désignation des
camps référendaires et des moyens financiers dont ils disposeraient pour
effectuer une campagne référendaire nationale.
Il m'importe également de vous exposer ma vision quant à l'information aux
électrices et aux électeurs dans ce contexte référendaire.
Le projet de
loi n° 39 prévoit que j'aie la responsabilité de désigner les deux camps
référendaires qui représenteront les
deux options selon certains critères établis. Toujours selon le projet de loi,
une évaluation qualitative des demandes soumises est nécessaire afin de
rendre une décision. Évidemment, nous mettrons tout en oeuvre afin que ce
processus soit le plus transparent possible et qu'il soit réalisé de façon
objective. Toutefois, afin d'éviter toute impression de partialité du Directeur
général des élections dans ce processus, je suis d'avis que le mécanisme de
désignation des camps référendaires devrait exclure toute forme d'évaluation
qualitative des demandes admissibles. Nous sommes naturellement disposés à
participer à une réflexion à cet égard afin de trouver d'autres pistes de
solution.
En ce qui concerne les moyens financiers dont
disposeront les camps référendaires, le projet de loi prévoit un financement public de 850 000 $ pour chaque camp. Les camps pourront
recueillir des contributions d'un maximum de 200 $ par électeur ou
électrice à partir du 1er février 2022. Nous ne pouvons évidemment pas
prévoir les sommes qui seront ainsi recueillies par les camps référendaires,
mais n'oublions pas que ces mêmes électeurs pourront contribuer à un parti politique pour un montant similaire au
cours de la même période. À
titre de comparaison avec le financement qui
a été accordé lors du dernier référendum, en 1995, en considérant également le
montant maximal que pourra dépenser un camp
référendaire, soit 1,7 million de dollars durant une campagne de cinq
mois, je me permets d'affirmer que les moyens financiers des camps
référendaires sont limités. Lors du référendum de 1995, chaque camp avait reçu
une subvention d'un peu plus de 2,5 millions pour une période référendaire
de 29 jours.
L'information est un facteur déterminant de la
participation électorale. Le mode de scrutin est un sujet avec lequel de
nombreux électeurs sont peu familiers. Le fait que le référendum soit prévu en
même temps qu'une élection générale pose un défi additionnel en matière
d'information aux électrices et aux électeurs. Le projet de loi n° 39
prévoit que le Directeur général des élections doit mener une campagne
d'information publique concernant la tenue du référendum sur la réforme du mode
de scrutin et qu'il doit faire toute publicité qu'il juge nécessaire. C'est
pourquoi, dans le cadre de ce référendum, en plus de l'information habituelle
que je communique aux électeurs, par exemple sur les modalités de vote
offertes, et les jours, et les heures pour voter, j'entends diffuser à travers
le Québec une campagne d'information publique qui explique les modalités du
référendum, du mode de scrutin actuel et du nouveau mode de scrutin proposé.
Les électeurs et les électrices doivent avoir accès à une information non
partisane et objective décrivant ces modes
de scrutin. Il appartiendra aux camps référendaires d'exposer les arguments en
faveur et en défaveur du nouveau mode de scrutin soumis au référendum.
En terminant, je souhaite, par les
recommandations présentées dans le mémoire qui vous a été remis, vous fournir
des pistes de réflexion et d'amélioration pour le projet de loi n° 39.
Elles visent à assurer le bon déroulement des opérations nécessaires à la tenue
du référendum qu'il prévoit ainsi qu'à l'organisation d'une élection sous un nouveau mode de scrutin. Plusieurs recommandations
formulées dans ce mémoire ont également pour but d'améliorer le processus électoral, et ce, indépendamment
d'une réforme du mode de scrutin. Je veux m'assurer, avec mon équipe, que les personnes candidates, les partis politiques et les
autres acteurs, par exemple ceux qui seront au coeur de la campagne
référendaire, soient adéquatement informés et outillés pour agir dans le
respect des règles établies. Les électrices et les électeurs étant au coeur de
nos préoccupations, je veillerai, avec mon équipe, à ce qu'ils aient facilement
accès à toute l'information leur permettant d'exercer leur droit de vote de
façon éclairée, que ce soit dans le cadre d'un référendum ou lors des premières
élections tenues sous un nouveau mode de scrutin. Je vous remercie de votre
attention.
Le Président
(M. Bachand) : Merci beaucoup, M. le directeur général.
Mme la ministre, s'il vous plaît.
Mme LeBel : Merci, M. le
Président. Merci d'être présents. Votre rapport est certainement important.
Vous allez être au coeur, naturellement, de l'application de ce nouveau mode de
scrutin, si tant est qu'on y parvienne. Plusieurs... Je vais peut-être... Votre
mémoire est quand même assez bien étoffé, beaucoup de technicalités. Donc, je
ne veux pas aborder les technicalités de façon particulière, je pense que ce
n'est pas l'objectif, et j'ai peu de temps, donc je vais peut-être mettre
l'accent sur certains aspects. Plusieurs groupes qui... pardon. À la page 59
de votre mémoire, entre
autres, vous dites aussi : «Le
cadre référendaire proposé par le gouvernement pour la tenue de scrutins simultanés ne
pose pas d'enjeux majeurs d'application», selon le DGE, naturellement. Vous
mentionnez : «Le fait que la qualité d'électeur soit la même [...] et que
l'exercice du vote se fasse selon les mêmes modalités et lors d'une seule
visite facilite grandement l'administration des scrutins.» Donc, vous ne voyez
pas d'enjeux techniques à tenir un référendum en même temps qu'une élection,
c'est exact?
M. Reid (Pierre) :
Il n'y a pas d'enjeu.
Mme LeBel : Parfait. O.K.
Compte tenu de tout ça, certains groupes nous ont fait part, surtout dans le
cadre d'un référendum et surtout quand on
parle d'un changement de mode de scrutin qui peut quand même être assez... bon,
qui est très important, mais qu'il faut expliquer à la population, il est
prévu, dans le projet de loi, que vous ayez une obligation d'informer,
d'informer de façon objective, naturellement, sur les modalités et non pas de
prendre position, on comprend très bien... je comprends très bien la nuance.
Mais les groupes nous ont parlé de cette importance-là, que l'information, à
tout le moins, sur les deux modes proposés... parce que ce qu'on propose, dans
le fond, c'est de maintenir le statu quo, le
mode actuel, ou d'aller vers un autre mode tel que présenté dans le projet de
loi, et beaucoup nous ont fait part de l'importance de cette
information-là.
Je vais me permettre de citer un
article de La Presse ,
mais je veux voir ce que vous en dites, l'article de Fanny Lévesque, qui dit
que... et elle paraphrase, naturellement, mais je veux un petit peu avoir votre
input là-dessus, elle dit : «Le DGEQ souligne dans son mémoire que la
réforme anticipée "implique plusieurs changements importants" — bon,
je pense qu'on est tous d'accord — et qu'il devra "prendre soin"
de les communiquer adéquatement. Selon lui, la Loi électorale actuelle ainsi
que les changements prévus dans le projet de loi n° 39 "ne sont pas
suffisants pour lui permettre de remplir adéquatement son rôle en matière
d'information". Il réclame "une plus grande latitude" en
proposant que les moyens de communication à sa disposition ne soient plus
précisés dans la loi, ce qui lui offrirait davantage de flexibilité. Selon lui,
la loi actuelle l'empêche "de suivre l'évolution normale" des moyens
de communication.»
Alors, comme on a un souci que vous ayez
l'espace ou la capacité d'informer adéquatement, quels sont... peut-être nous entretenir plus précisément des
modalités que vous voudriez voir modifiées ou qu'est-ce qu'on pourrait
faire pour vous faciliter la tâche en matière d'information.
M. Reid
(Pierre) : En fait, si... il
y a peut-être deux volets. Pour le volet de tenir un référendum et une élection
en même temps, je dirais, il n'y a pas d'enjeu particulier, si ce n'est le
défi, comme je l'ai lu précédemment, de bien informer
les électeurs. Il est vrai que la campagne référendaire va quand même débuter
avant la période électorale, et on mettra tous les... on trouvera tous
les moyens nécessaires pour bien informer les électeurs et les électrices.
L'article auquel vous référez, c'est parce qu'il y a également des
recommandations qu'on a déjà faites et qu'on ferait même en l'absence, là,
d'une réforme du mode de scrutin. C'est que la Loi électorale, elle est très
prescriptive sur les moyens. On doit envoyer une carte d'avis, on doit envoyer
un manuel à l'électeur, elle est très prescriptive. Et ce qu'on demande, c'est
de laisser au Directeur général des élections plus de flexibilité dans les
moyens pour informer autant les partis politiques que les électeurs et les
électrices. En gros, c'était un peu ça, oui.
Mme LeBel : À
titre
d'information, puis pour illustrer, parce qu'on... Vous connaissez très bien
votre travail. Peut-être que, pour les gens, c'est moins concret. Quels sont...
Qu'est-ce que la loi actuelle et même le projet de loi n° 39, avec
les modifications, vous empêcheraient de faire comme campagne d'information ou
comme moyen d'information qui pourrait être approprié dans le cas d'un
référendum?
M. Reid (Pierre) :
Bien, je vais vous donner...
Mme LeBel : À
titre d'exemple,
M. Reid (Pierre) :
Oui, bien, en fait, un référendum, c'est que, si on nous laisse... Dans le
fond, là, s'il n'y a pas de... C'est les moyens qui sont prévus dans la loi.
Et, quand on regarde les recommandations que je propose, on suggère
des choses, de remplacer, de ne pas s'en tenir aux moyens, mais c'est une
obligation d'informer. Je vais citer une recommandation qu'on fait depuis, je
pense, trois ans. En période électorale, et ça, c'est sur le terrain, il y a
des électeurs, des électrices qui m'avaient
formulé cette idée aussi, c'était
d'avoir une vitrine d'information des candidats et des candidates sur notre
site, que les candidats et candidates dans une circonscription puissent
afficher, dans le fond, avec photos et également leurs propres textes sur leurs
projets, leurs engagements afin de faciliter, pour les électeurs et les
électrices, de l'accès à l'information. Parce que, je pense, le sondage qu'on a
réalisé au lendemain de l'élection de 2018, si ma mémoire est bonne, c'est plus
du tiers, si ce n'est pas 35 % des gens, qui se seraient abstenus d'aller
voter par un manque d'information, et déjà... un manque d'information à l'égard
des candidats et candidates de leur circonscription.
C'est un exemple, là, d'avoir une vitrine, de nous permettre ce que la loi ne
permet pas, actuellement.
Mme LeBel : O.K. Donc,
nonobstant la réforme du mode de scrutin, vous pensez que la loi actuelle ne
vous donne pas assez de latitude en termes de communication de l'information,
c'est ça?
Mme LeBel : O.K., parfait.
Merci. Peut-être aller plus précisément dans le mode de scrutin lui-même, une
des recommandations que vous faites, je pense, la première même, est à l'effet
que la Loi électorale ne définisse pas de circonscription, que la CRE ait le
pouvoir de délimiter l'ensemble des circonscriptions. La position que nous
avons choisi d'adopter, c'est qu'on est partis des 17 régions.
Effectivement, si on regarde la philosophie du projet de loi tel que présenté,
je l'ai expliqué à plusieurs reprises, donc, il y a eu des arbitrages à faire,
le poids des régions versus la proportionnalité, mais ce n'est pas là-dedans
que je veux vous amener, là. Je veux vous dire qu'on a décidé de partir des
17 régions administratives, puis, effectivement, le projet de loi demande
à ce que les circonscriptions soient
dessinées à l'intérieur des régions administratives actuelles, ce qui ferait en
sorte que les régions administratives ne bougeraient pas dans le temps.
Ce que vous semblez proposer, je veux juste
simplement comprendre la proposition, c'est donner, donc, plus de latitude à la
CRE pour la définition des 80 circonscriptions avec l'utilisation d'un
quotient provincial plutôt qu'un quotient régional. Et on pourrait penser que
le quotient, l'utilisation d'un quotient provincial, pourrait favoriser, bon,
peut-être l'égalité du vote de l'électeur, effectivement, parce que le poids
démographique des circonscriptions et des régions serait peut-être mieux
balancé, mais ça pourrait faire en sorte que les limites de ces régions-là
ainsi que les limites des
circonscriptions... Puis on connaît les tollés que ça peut soulever ou les
commentaires que ça peut soulever à chaque fois qu'on élimine une
circonscription pour des raisons démographiques ou qu'on change les limitations
d'une circonscription. Je viens, d'ailleurs, de la circonscription de
Champlain, qui, à l'élection précédente, n'était pas la même, et, à l'élection
précédente, on était cinq. Donc, ça fait
partie de ça, et c'est très... ça
devient... c'est toujours un débat qui est assez enflammé, disons-le comme ça.
Mais ce que
vous proposez, donc — est-ce
que je me trompe? — pourrait
faire en sorte que, par des mouvements démographiques, les
circonscriptions changent, mais les délimitations des régions aussi, pour les
fins des députés de région, évoluent au fil de la démographie, là? Je ne veux
pas être simpliste, mais ça semble être ça, là.
M. Reid
(Pierre) : Oui, bien, en
fait, le choix qui a été fait, c'est d'établir, dans la loi, les régions administratives. Et le travail qu'aura à
faire, à ce moment-là, la Commission de la représentation électorale, c'est
que... dans chaque région, ça sera de
dessiner, dans le fond, les circonscriptions électorales, mais à partir d'une
moyenne régionale, donc de la moyenne de la région. Je pense que ce que
vous amenez, je pense, c'est à la fin, là, je pense, du chapitre, là, qui
concerne la carte électorale, c'était de dire : Bien, il y a peut-être la
façon aussi, compte tenu de l'évolution démographique... est-ce que, si on
utilisait la moyenne provinciale, donc, pour assurer une représentation
effective, qu'un vote, par exemple, à Montréal vaut autant qu'un vote en
Gaspésie, bien là, à ce moment-là, ce serait qu'on aurait à délimiter
l'ensemble, là, des 125 circonscriptions et, par la suite, les regrouper
dans un nombre de régions?
Mme LeBel : Mais ce qui
pourrait faire, théoriquement, donner le... ce qui pourrait donner l'effet
théorique que la ligne des régions... Parce que nous, on les a fixées, les
17 régions, ce sont les régions administratives telles qu'on les connaît. Et on demande donc,
effectivement, que la CRE dessine les circonscriptions à l'intérieur des
limites des régions, ce qui éviterait d'avoir, comme on a aussi au
fédéral, une circonscription à cheval sur deux régions ou le contraire, deux circonscriptions dans une région...
voyons, une circonscription qui peut être à cheval... exactement le bon terme... à cheval sur deux régions — je ne sais pas pourquoi je doute de moi-même
comme ça. Mais il pourrait y avoir
aussi une mouvance dans le dessin des régions administratives comme telles,
donc la limite des régions pourrait bouger avec ce que vous proposez,
théoriquement, là.
M. Reid
(Pierre) : Bien, en fait,
c'est deux façons de voir. Dans le fond, avec ce qui est proposé, les régions
sont fixes, sont établies dans la loi. Et, s'il y avait une modification des
régions administratives, bien, administrativement, donc, si le gouvernement
décidait de définir les limites des régions, bien, la loi, il faudrait qu'elle
s'adapte, ou on continuerait de vivre avec les 17.
Mais, dans le fond, l'une ou l'autre, je pense
que ça dépend du choix qui est fait. Pour nous, on est capables de travailler avec les deux modèles, si on peut
dire, là. C'est que l'un... Je veux dire, ce qu'on dit, à un moment donné,
si on a à déterminer l'ensemble des 125 circonscriptions, on va travailler sur
une moyenne nationale ou provinciale comme
on le fait actuellement, et c'est pour ça, d'ailleurs, je pense qu'il y a
quatre ou cinq circonscriptions, au Québec, qui
chevauchent deux régions administratives, à moins que je me trompe. Mais là
n'est... Dans le fond, notre travail, c'est qu'on va le faire à l'intérieur de
chaque circonscription, et ce qui ne nous empêchera pas d'avoir... d'établir
des circonscriptions d'exception. Et je pense que le travail de la
circonscription ne sera pas plus compliqué qu'il peut l'être, actuellement.
Mme LeBel : Merci. Bon, je ne
vous demande pas nécessairement d'être précis à la virgule près, là, mais, de
façon générale, combien coûte une élection?
M. Reid (Pierre) :
Pardon?
Mme LeBel : De façon générale,
combien coûte une élection?
M. Reid (Pierre) :
L'élection de 2018 a coûté presque 94 millions.
Mme LeBel : 94 millions.
Mme LeBel : Parfait. Un
référendum, est-ce qu'on peut anticiper qu'un référendum seul coûte à peu près
la même chose?
M. Reid (Pierre) :
Non. Seul, c'est à peu près 77, 78 millions.
Mme LeBel : Le référendum.
M. Reid
(Pierre) : Le référendum
seul. Puis, si vous le combinez avec l'élection, on ajoute presque
12 millions.
Mme LeBel :
Donc, ce serait... Le coût du référendum, finalement, combiné devient
12 millions au lieu de 77 si on le fait seul, c'est ça?
M. Reid (Pierre) :
En fait, le 12 millions va s'ajouter aux 94 millions.
Mme LeBel : Donc, le coût du
référendum, quand on le combine à une élection, est de 12 millions, mais,
si on le fait à l'extérieur d'une élection, il est de 77 millions, c'est
M. Reid (Pierre) :
C'est ça.
Mme LeBel : Parfait. Merci. À
moins que mes collègues aient d'autres questions, ça va aller pour moi.
Le Président
(M. Bachand) : Ça va, du côté ministériel? Alors,
M. le député de LaFontaine, s'il vous plaît.
M. Tanguay :
Merci, M. le Président. Merci beaucoup. Merci à vous d'être ici pour répondre à
nos questions. J'aimerais que l'on regarde, justement, à la page 11
de votre mémoire, j'ai trouvé un extrait particulièrement intéressant. Puis l'objectif de la commission
parlementaire, ici, dans les auditions, justement, c'est de prévoir le travail
qui est en amont lorsqu'on sera en
article par article. C'est important de savoir
c'est quoi, les défis, les écueils, les drapeaux rouges. Si on ne le sait pas,
on pourrait faire fausse route.
Page 11, à partir du deuxième paragraphe,
je vais prendre le temps de citer les deux paragraphes : «Le mécanisme de
répartition a tendance à allouer un nombre de sièges plus élevé aux régions peu
populeuses par rapport à leur poids électoral. C'est le cas, notamment, des
régions de l'Abitibi-Témiscamingue, de la Côte-Nord et du Centre-du-Québec,
qui, selon les données de la liste électorale permanente, obtiennent chacune un
siège de plus que leur poids électoral. À l'inverse, la méthode tend à allouer
moins de sièges aux régions plus populeuses, telles que [...] Montréal et [...]
Montérégie, qui obtiennent respectivement trois et deux sièges de moins que
leur poids électoral.»
Le deuxième paragraphe, là, je le cite, il est
particulièrement important : «Toutefois, précisons que toute méthode de
répartition aurait pour effet d'avantager ou de désavantager certaines régions,
notamment parce que le projet de loi prévoit
que les sièges sont répartis entre des régions électorales fixes dont la
population varie de manière importante.» Fin de la citation.
Autrement dit, ce que vous proposez, et
j'aimerais ça que vous l'expliquiez, qui est une autre façon de fonctionner et
qui nous permet de diminuer cet écueil-là — on sait qu'il n'y a pas de
système parfait, là, mais il y a quand même un écueil dans ce qui est proposé
dans le projet de loi n° 39 — ce
serait, plutôt que de s'encarcaner, j'utilise... puis ce n'est pas
nécessairement péjoratif, là, de se limiter dans les 17 régions
administratives, de faire l'exercice par la Commission de représentation
électorale, la CRE, d'établir les 20 circonscriptions, et après ça de
regrouper les circonscriptions à travers d'entités régionales, ce qui ferait en
sorte qu'on pourrait mieux respecter les critères de l'établissement d'une
circonscription, à savoir les données sociologiques, et ainsi de suite, là.
M. Reid (Pierre) : En fait, ce que vous dites, c'est qu'il y
aurait... Dans le fond, là, on déterminerait les régions administratives
une fois qu'on aurait établi les circonscriptions.
M. Tanguay : Oui. Ça
pourrait être une approche, selon vous?
M. Reid
(Pierre) : Oui, bien, c'est
un choix. Ici, dans le fond, le choix qui a été fait dans le projet de loi, c'est que... Puis c'est pour ça, quand on dit que le mécanisme
de répartition a tendance à allouer un nombre de sièges plus élevé aux régions peu populeuses... C'es