Institutions — 7 May 2019 (42nd Legislature, 1st Session)
CI 2019-05-07
Quebec — Committees
(Dix heures quatre minutes)
Le Président (M. Bachand) : À
l'ordre, s'il vous plaît! Bienvenue.
Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la Commission des institutions ouverte. Je vous souhaite la bienvenue encore une fois. Et je demande, bien sûr,
à toutes les personnes présentes dans la salle de bien vouloir éteindre la
sonnerie de leurs appareils électroniques.
commission est réunie afin de procéder aux consultations particulières et auditions publiques sur le projet de loi n° 21,
Loi sur la laïcité de l'État.
Avant de débuter, Mme
la secrétaire, y a-t-il des remplacements?
La Secrétaire :
Oui, M. le Président. M. Lévesque (Chapleau) est remplacé par M. Skeete
(Sainte-Rose); M. Martel
(Nicolet-Bécancour) est remplacé par M. Lévesque (Chauveau); Mme Anglade
(Saint-Henri—Sainte-Anne)
est remplacée par Mme David (Marguerite-Bourgeoys); M. Fontecilla
(Laurier-Dorion) est remplacé par M. Zanetti (Jean-Lesage); et
M. LeBel (Rimouski) est remplacé par M. Bérubé (Matane-Matapédia).
Le Président (M. Bachand) : Merci beaucoup. Ce matin, nous allons débuter par
les remarques préliminaires, et par
la suite nous entendrons l'organisme Pour les droits des femmes du Québec, et
également, après, nous entendrons Mme Benhabib et
Mme Mailloux.
Comme la séance a
commencé à 10 h 5, y a-t-il consentement pour poursuivre nos travaux
au-delà de l'heure prévue, soit jusqu'à 12 h 5, s'il vous plaît?
Consentement. Merci.
J'invite maintenant
le ministre de l'Immigration, de la Diversité et de l'Inclusion à faire ses
remarques préliminaires. M. le ministre, bienvenue. Vous disposez de
5 min 34 s. M. le ministre, s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Merci, M. le Président. Chers collègues députés,
membres du public qui assistent à nos travaux, il me fait plaisir
d'entamer aujourd'hui avec vous les consultations particulières sur le projet
de loi n° 21,
Loi sur la laïcité de l'État. Il s'agit d'une étape importante, au cours de
laquelle nous aurons l'occasion d'entendre des organismes, des groupes, des citoyens et des experts dont les
points de vue seront variés. Nous aurons l'occasion d'entendre 36 groupes
sur six jours, six journées. Certains seront
favorables; d'autres, défavorables. Certains trouveront que le projet de loi va
trop loin; d'autres, pas assez.
gouvernement, nous estimons qu'il s'agit d'un projet de loi équilibré et
modéré, et c'est dans cet esprit que nous
allons accueillir les différents points de vue. Nous avons cependant la volonté
ferme de respecter nos engagements pris
envers les Québécois et les Québécoises. Ces engagements se retrouvent dans le
projet de loi n° 21 : inscrire dans nos lois le
principe de laïcité, et donc séparer l'État des religions; interdire le port de
signes religieux pour certaines personnes en position d'autorité, y compris les
enseignants et les directeurs d'école; faire en sorte qu'au Québec les services
publics soient donnés et reçus à visage découvert.
Québec est rendu là, à inscrire formellement dans ses lois que l'État et les
religions, c'est séparé. Cette laïcité repose
sur quatre grands principes : la séparation de l'État et des religions, la
neutralité religieuse de l'État, l'égalité de tous les citoyens et
citoyennes et la liberté de conscience et la liberté de religion.
J'aimerais profiter
de ces remarques préliminaires pour poser quelques-uns des éléments qui, selon
moi, devraient orienter nos discussions.
Tout
d'abord, je crois qu'il y a lieu d'insister sur le fait qu'il s'agit d'un
dossier important pour tous les Québécois et les Québécoises, peu importent les allégeances politiques. À preuve, au
cours des 10 dernières années, sept projets de
loi sur les rapports entre
l'État et les religions ont été déposés par des députés représentant les quatre
formations politiques actuellement
présentes à l'Assemblée nationale. Je pense donc que tous les partis sont
d'accord pour dire que c'est de notre
responsabilité, en tant que législateurs, de décider de quelle manière les
rapports entre les religions et l'État doivent être organisés au Québec.
Comme
je l'ai mentionné lors du dépôt du projet de loi, il revient au gouvernement du
Québec d'assumer notre caractère distinct et de faire respecter nos
choix collectifs. L'Assemblée nationale, plutôt que les tribunaux, est donc le
lieu approprié pour faire un choix de société aussi fondamental que la laïcité
de l'État. C'est dans cette logique que s'inscrit
le recours aux dispositions de dérogation. Ces dispositions sont prévues dans
les chartes des droits, et le projet de loi respecte les balises qui y
sont associées.
Ensuite,
ce débat ne date pas d'hier. Depuis plus de 10 ans, nous débattons de
cette question, au Québec. Ce débat a
été très long, et différentes positions ont pu se faire entendre, se faire
valoir. Mais il vient un moment où les élus doivent prendre leurs
responsabilités, et c'est ce que propose le projet de loi n° 21.
La nation québécoise a
choisi l'action dans le dossier de la laïcité et des signes religieux lors des
dernières élections générales. En effet, le
choix de la nation québécoise, le 1er octobre dernier, a démontré
clairement la volonté de changement
et de procéder aux réformes qui s'imposent. Votre gouvernement respecte donc sa
parole et répond aux aspirations légitimes des Québécois et des
Québécoises en matière de laïcité de l'État.
J'insiste sur
l'importance de l'action du gouvernement du Québec dans ce dossier. Ce projet
de loi, pour la première fois de notre histoire, inscrit officiellement
la laïcité de l'État dans nos lois et notamment dans la Charte des droits et libertés de la personne. Ce projet de loi est le
résultat d'un parcours historique, d'un processus évolutif propre au Québec.
La laïcité de l'État est la suite logique de la Révolution tranquille et de la
déconfessionnalisation du système scolaire québécois.
Le Québec est distinct du Canada et du reste de l'Amérique du Nord. Ce projet
de loi n° 21 établit un modèle typiquement québécois de la laïcité qui définit
les rapports entre l'État et les religions. Le Québec est une nation. Plus
personne ne conteste cette réalité et notre
droit fondamental de décider de notre avenir et des orientations de notre
société.
Le gouvernement
du Québec est convaincu d'avoir
trouvé un juste équilibre entre les droits individuels et les droits collectifs. Cet équilibre est aussi le reflet de
notre évolution des 50 dernières années. Ce projet de loi concerne un
nombre limité de personnes, soit les
personnes en position d'autorité, et prévoit accorder un droit acquis pour les
individus concernés. Ainsi, une
personne actuellement en poste pourra continuer à porter un signe religieux
tant qu'elle conserve le même poste dans la même organisation.
J'invite tous
les parlementaires à faire preuve d'ouverture comme l'a fait d'emblée le gouvernement. Au cours des 15 dernières années, les gouvernements
précédents n'ont pas réussi à traduire et à mettre en oeuvre la volonté du
peuple québécois d'établir un cadre
laïque pour l'État. Les Québécoises et les Québécois peuvent être fiers de ce
projet de loi, car il permettra de tourner la page sur ce dossier.
M. le
Président, chers collègues députés, je nous souhaite de bons débats, de façon
sereine et dans le respect de toutes les opinions. Merci, M. le
Président.
Président (M. Bachand) :
Bien, merci beaucoup, M. le ministre. J'invite maintenant la porte-parole de
l'opposition officielle et députée de Marguerite-Bourgeoys à faire ses
remarques préliminaires, pour une durée de 3 min 43 s. Mme la
députée, s'il vous plaît.
Mme David :
Merci beaucoup, M. le Président. Alors, oui, nous entamons aujourd'hui, et le
ministre l'a dit, un mandat très délicat, très, très délicat, un mandat
essentiel. Essentiel à quoi? Essentiel au vivre-ensemble, essentiel à
l'inclusion. Ce n'est pas qu'au Québec qu'il y a ce problème et cette réflexion
sur comment, comment inclure le vivre-ensemble
dans la société. On se la pose, au Québec, on a, oui, une société distincte,
mais on se la pose partout dans le
monde. Et vous ne serez pas surpris que je dise que la réponse du projet de loi
doit être une réponse humaine, humaine avant tout. Ce sont des êtres
humains à qui on va enlever des droits fondamentaux.
Alors, la
question du vivre-ensemble est au coeur, le ministre est d'accord. Le seul
problème, c'est que nous n'avons pas la même réponse à cette question du
vivre-ensemble.
Notre population est de plus en plus riche de
cultures diverses. Les sociétés sont vieillissantes. Les villes s'agrandissent
et se diversifient. Alors, la vision du vivre-ensemble du gouvernement
s'incarnera, pour le Québec, à travers ce
projet de loi. C'est sa vision. Plusieurs visions sociales et politiques de
l'inclusion s'opposeront, au cours des prochains jours, c'est vrai et c'est
normal, il y a beaucoup de visions du vivre-ensemble. C'est l'histoire de
l'humanité, le vivre-ensemble. Il faut être conscient que ce sont des
discussions menées partout sur la planète.
Au Québec, on a une identité forte, on a un
héritage francophone très fort, on a une histoire qui est bâtie sur l'addition
des forces, l'addition dans la diversité et dans l'inclusion. Au Parti libéral
du Québec, nous ne sommes pas d'accord avec
le projet de loi du ministre. Des questions fondamentales sont en jeu dans
celui-ci, nous nous assurerons de les protéger jusqu'au bout.
Et nous aussi...
Depuis le début, je plaide pour que ce débat se fasse dans la sérénité, dans le
calme. En même temps, le ministre dit : Il faut que le projet de loi soit
rassembleur. Nous le voulons tous, qu'il soit rassembleur, parce qu'on parle
du vivre-ensemble. Le danger, c'est que ce
projet de loi, et on le voit jusqu'à maintenant, divise plus, malheureusement,
qu'il ne rassemble.
La deuxième
chose, il faut qu'il soit applicable. Quand on dit un projet de loi applicable,
et j'ai posé beaucoup, beaucoup de
questions au ministre, notre parti est celui qui, de loin, a posé le plus de
questions jusqu'à maintenant par rapport
à ce projet de loi, applicable, pour l'instant, on a beaucoup plus, disons-le,
de questions que de réponses. J'espère qu'à
travers les échanges qu'on aura avec les différents groupes on pourra justement
avoir un certain nombre de questions posées et un certain nombre de
réponses qui seront apportées.
Et la
Coalition avenir Québec dit que le projet de loi est modéré. Alors, quand on
regarde dans la définition du dictionnaire,
et qu'on a quelqu'un d'aussi important, unanimement, je pense, estimé au Québec,
c'est Gérard Bouchard, et qui dit lui-même,
et il viendra le redire, que le projet de loi est radical, je ne pense pas
qu'il y ait aucun dictionnaire ni au
Québec ni dans le reste du monde qui dise que le mot «radical» est synonyme du
mot «modéré». Alors, il va peut-être falloir se décider. Ou c'est un
projet de loi radical, tel que le dit M. Bouchard, ou c'est un projet de
loi modéré.
Alors, je
pense qu'à travers les gens qui viennent nous écouter, à travers les gens qui
viennent nous parler, à travers tous
les journalistes qui vont en parler, à travers le travail de parlementaires
essentiel, de quelque côté qu'on soit de cette Chambre, il va falloir
travailler avec beaucoup de rigueur, beaucoup de professionnalisme et être
conscients que nous
sommes tous et toutes ici dans un lieu absolument privilégié d'élus
démocratiquement, élus pour regarder ensemble une grande
partie de
l'avenir du Québec, c'est-à-dire le vivre-ensemble.
Alors,
c'est normal qu'il n'y ait pas unanimité, il n'y a pas une société où il y a
unanimité par rapport à ça, mais je
pense qu'au Québec on peut se montrer, comme on s'est souvent montré, rassembleurs, on peut se montrer
dans l'inclusion des nouveaux
arrivants puis on peut se montrer comme une grande société,
qui a fait beaucoup, beaucoup de chemin
depuis 100 ans, j'oserais dire, qui continue à en faire. Mais nous aurons
forcément des questions importantes à poser quant au projet de loi n° 21.
Alors,
je nous souhaite à tous et à toutes des débats constructifs, des débats très riches
de contenu et des débats dans la sérénité. Merci beaucoup.
Président (M. Bachand) : Merci
beaucoup, Mme la députée. Je cède maintenant la parole au député de Jean-Lesage, porte-parole du deuxième
groupe d'opposition, pour ses
remarques préliminaires, d'une durée de 56 secondes. M. le député.
M. Zanetti : Ce projet
de loi là n'est pas dans la suite
logique de la Révolution tranquille et de l'histoire du Québec. Les Lesage, les René Lévesque, les
Jacques Parizeau n'auraient jamais joué dans ce film-là.
1975, on a fait quelque chose qui a marqué notre identité, une action
collective, on a mis sur pied, bien avant le Canada, la charte
québécoise des droits et libertés de
la personne. On y a inscrit nos valeurs, on y a inscrit notre
identité. Tout le monde était d'accord avec, tous les partis à l'Assemblée
nationale, ça ne faisait pas de débat.
aujourd'hui, cette charte-là, on est en train de la renier,
de trahir ses fondements et ses principes. Et ça n'a rien à voir avec la
suite de quelconque révolution que ce soit. Merci.
Le Président (M. Bachand) : Merci. M.
le député de Matane-Matapédia, je vous invite à faire vos remarques préliminaires, pour aussi
une durée de 56 secondes. M. le député, s'il vous plaît.
M. Bérubé : Merci, M.
le Président. Le Parti québécois est en faveur de la laïcité de l'État sans ambiguïté, de façon
assumée. C'est une décision qu'un État prend de façon confiante.
Le gouvernement de la
première ministre Pauline Marois a été le premier à vouloir légiférer avec le projet
de loi n° 60. J'étais membre de ce gouvernement, et c'était une initiative importante. Aujourd'hui, un autre gouvernement propose une loi
pour aller dans le sens de la laïcité. Nous assurons au gouvernement notre collaboration pour adopter la meilleure pièce législative possible. Tel est
notre rôle de parlementaires.
Toutefois,
deux enjeux nous guideront dans nos échanges et dans l'étude de ce projet de loi : la cohérence et le pragmatisme. Pourquoi assujettir les enseignants
à la loi mais pas les éducateurs et éducatrices en service de garde? N'est-ce pas là des personnes en autorité? Pourquoi
assujettir le réseau public scolaire mais pas le réseau public privé, qui compte, en plus, des écoles confessionnelles?
Ça fait
partie des questions qu'on va poser et des amendements
également.
Pragmatisme.
Une loi, pour qu'elle soit bonne et efficace, doit être applicable dans le
réseau scolaire, dans les commissions
scolaires et avec l'État. Il nous
tarde de connaître les règles d'application de cette loi. Le succès sera mesuré
ainsi.
Alors, en conclusion,
dans ce printemps de la laïcité, nous souhaitons contribuer positivement à
adopter la meilleure loi possible d'ici la fin de la session parlementaire.
Le Président (M. Bachand) : Merci
beaucoup, M. le député. Nous allons débuter, maintenant, les auditions. Je souhaite donc la bienvenue aux représentantes de l'organisme Pour les droits des femmes du Québec.
Je vous rappelle que vous disposez de
10 minutes pour votre exposé, puis nous procéderons à la période d'échange
avec les membres de la commission. Je vous invite donc à vous présenter
puis à commencer votre exposé. Encore une fois, bienvenue.
Mme Guilbault
(Diane) : M. le Président, Mmes et MM. les parlementaires. Donc, je
suis Diane Guilbault, présidente de Pour les
droits des femmes du Québec. Et je suis accompagnée par Leila Lesbet, qui est
membre du conseil d'administration
et membre fondatrice de PDF Québec. Elle est également intervenante en
milieu scolaire.
PDF Québec est un organisme féministe, mixte, non
partisan et en faveur de la laïcité. Plus de 600 personnes d'une
grande diversité d'origines font
partie de notre organisation.
C'est
chaque fois un honneur que d'être invités dans cette enceinte, au coeur de
notre démocratie. L'adoption de lois est un processus noble qui exige de
la hauteur et de la rigueur, et c'est dans cette perspective que s'inscrivent
nos commentaires sur le projet de
loi sur la laïcité.
D'entrée de
jeu, disons que PDF Québec appuie ce projet de loi, projet de loi attendu,
annoncé pendant la campagne électorale et souhaité par une forte majorité de
Québécoises et de Québécois de toutes origines. Je le souligne et je le répète,
les femmes et les
hommes qui appuient ce projet sont soit nés ici soit nés ailleurs, croyants,
incroyants, pratiquants ou non pratiquants.
Bref, la majorité qui appuie ce projet de loi est une parfaite représentation
de ce que signifie le concept de majorité dans une démocratie.
Quant à nous,
à PDF Québec, une des motivations importantes derrière notre engagement en
faveur de la laïcité, c'est le droit
à l'égalité des femmes. Ce droit à l'égalité, gagné tout récemment et de haute
lutte, ne peut exister dans un contexte
de loi religieuse. C'est en s'émancipant des pouvoirs religieux que les femmes
ont eu droit à l'égalité, un droit qui
s'est construit pas à pas, et chaque fois contesté par le religieux. Je fais
quelques rappels : la modification de la capacité juridique de la femme mariée en 1964, la reconnaissance du mariage civil
célébré par un officier laïque en 1968 et l'égalité des époux en 1980,
la décriminalisation de la contraception en 1969 et la décriminalisation de
l'avortement en 1989.
L'inclusion
du principe d'égalité entre les hommes et les femmes dans la Charte des droits
et libertés est toute récente, 2008.
Le droit à l'égalité des femmes est un droit fragile, sans cesse remis en question,
et, quand il est remis en question au nom de la religion, on dirait que
l'État, les tribunaux, les institutions n'osent plus l'affirmer et préfèrent appuyer le dogme religieux. Je donne des
exemples : le scandaleux accommodement dit raisonnable qui a été accordé à la Société
d'assurance automobile eu égard à sa directive qui propose des modalités
alternatives à ceux qui refusent de faire
affaire avec une femme. La ségrégation raciale est interdite, Dieu merci, mais,
en vertu de cet accommodement endossé par
la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse en 2009,
la ségrégation sexuelle devient acceptable. Autres exemples : la Fédération des médecins spécialistes du Québec
a rapporté qu'il est parfois devenu impossible pour un médecin d'exercer son métier puisque sa seule
présence provoque l'ire d'un mari, ce qui favorise la ségrégation sexuelle;
la Cour suprême qui a jugé que la demande de
garder en cour le voile intégral, le niqab ou la burqa, pouvait être recevable
dans certains cas. Et enfin un autre exemple
récent : une femme qui, avant même d'être citoyenne canadienne, a contesté
la loi pour finalement gagner le droit de prêter serment de citoyenneté à
visage couvert avec son niqab.
Il est
consternant de voir que des dogmes religieux contraires au droit à l'égalité
des femmes soient ainsi reconnus par
l'État et même par des organismes de défense des droits de la personne. C'est
dire que ces dogmes religieux font encore
partie de l'État et que la séparation du pouvoir religieux du pouvoir
démocratique n'est pas achevée. Une
loi sur la laïcité est donc nécessaire, et nous nous réjouissons des
modifications à la charte québécoise des droits et libertés de la personne
qui incluent dorénavant la laïcité.
Le projet de
loi n° 21 répond donc à de nombreuses attentes de la société québécoise,
mais il devrait être renforcé par
quelques modifications. Concernant les accommodements religieux, nous sommes
d'avis que les critères actuels pour dire
qu'un accommodement est raisonnable sont inadéquats quand il s'agit
d'accommodements religieux qui remettent en question des règlements, des lois qui ont fait l'objet d'un processus
démocratique. Le problème, avec les demandes d'accommodements religieux, c'est qu'elles sont basées sur des lois
religieuses qui viennent en contradiction avec des lois humaines démocratiques.
Les requérants invoquent leur loi divine, qui aurait préséance sur nos lois.
Or, ces lois démocratiques sont des choix de
société, et, comme le rappelait, en 2013, l'ancien ministre libéral
M. Benoît Pelletier, on peut se
demander dans quelle mesure on ne devrait pas mieux évaluer le fait qu'une
demande d'un individu, au nom de sa liberté religieuse, puisse remettre
en question des choix de société.
Prenons
l'exemple des demandes de certains sikhs à l'effet d'être exemptés de
l'obligation du casque de sécurité en
vertu du Code de la route ou en vertu de la
Loi sur la santé et sécurité au
travail. Ces lois obligeant le port de casque sécuritaire sont, en fait,
un contrat social. S'il y a un accident, toute la société s'engage à soutenir
financièrement la victime ou à soutenir ses
héritiers. En contrepartie, les citoyens et les citoyennes s'engagent à
respecter des règles minimales de
sécurité pour prévenir des accidents graves. Pourquoi un tel contrat social
pourrait-il être modifié sur la seule demande d'une personne qui invoque
sa liberté religieuse?
Les choix de
société peuvent être remis en question, mais on peut légitimement se
questionner sur le fait qu'une personne
puisse s'en exempter automatiquement sur la seule foi de sa croyance. De plus,
ces demandes faites au nom de la
religion, quand elles sont acceptées pour une personne en particulier, sont
automatiquement accordées aux personnes appartenant au même groupe
religieux. Ce sont pourtant les individus qui ont des droits, mais les accommodements
religieux sont devenus une façon détournée
de reconnaître des droits à des groupes, même si ceux-ci n'ont aucun droit
en tant que groupe.
Une loi
sur la laïcité ne peut avoir de sens si elle permet encore que des règles
religieuses puissent arbitrer les rapports de l'État avec ses citoyennes
et citoyens. La loi n'est malheureusement pas claire à ce sujet, les femmes
restent donc particulièrement vulnérables.
C'est pourquoi PDF Québec souhaite que la
Loi sur la laïcité de l'État
spécifie qu'aucun accommodement religieux ne peut être accordé s'il
enfreint le principe de laïcité, le principe de séparation de l'État et des religions, le principe de l'égalité des
citoyens et des citoyennes et le principe de la neutralité religieuse de
l'État.
Mme Lesbet
(Leila) : Pour l'école, nous
demandons à ce que la loi soit plus cohérente. La responsabilité de l'école
est de former les futurs citoyennes et
citoyens et non pas des croyants. Le Québec a demandé un amendement
constitutionnel pour faire en sorte
que les élèves ne soient plus, d'abord, considérés comme des catholiques, des
protestants, des Juifs, des
musulmans, des sikhs, des non-croyants mais des citoyennes et des citoyens. Cet
idéal citoyen ne peut se réaliser avec une équipe-école où chaque
confession religieuse s'affiche.
Il est important de rappeler que la présence du
crucifix dans une classe a été jugée attentatoire à la liberté de conscience des enfants. Si le caractère
attentatoire du crucifix a été reconnu par les tribunaux, que dire alors du caractère
attentatoire d'un symbole religieux porté par l'enseignant, avec qui l'élève a une relation affective, il doit
regarder constamment, et qui, de plus, incarne l'autorité?
Ce constat
est au moins aussi vrai pour les enfants dans les services de garde, confrontés
à des éducatrices et des éducateurs portant des symboles religieux
ostentatoires. Les jeunes enfants et les élèves sont pris en charge sur une longue durée et
apprennent à vivre ensemble à un âge où ils sont perméables et sujets aux
influences et pressions extérieures. En
principe, l'école existe pour leur apprendre à développer leur esprit critique,
à acquérir certains outils intellectuels qui leur permettront de forger une idée personnelle sur le monde.
L'expression des convictions religieuses des adultes qui en ont la
responsabilité ne doit pas leur être imposée et être admise dans ce contexte.
Compte
tenu de tout cela, nous comprenons difficilement que l'ensemble de
l'équipe-école ne soit pas soumise aux
exigences de neutralité. Il y a là un manque de cohérence évident. PDF Québec
croit qu'il faut que l'obligation de neutralité
s'applique à toute l'équipe-école et, pour les mêmes raisons, devrait être
étendue aux éducateurs et aux éducatrices dans les CPE.
en deuxième point, s'il veut être cohérent, le gouvernement ne peut pas
continuer de soutenir un double discours, un favorable à la laïcité et un autre
qui considère que la laïcité est une forme de racisme. C'est pourtant ce
qu'entendent depuis 10 ans nos
enfants dans le cadre du cours ECR, Éthique et culture religieuse, plus
précisément dans sa
partie dite culture religieuse. Les intentions du
cours sont sans doute bien bonnes, mais le réel dément ces intentions. On
trouve en effet dans les manuels approuvés
par le ministre un cumul de stéréotypes sexistes et une folklorisation des
pratiques religieuses. Le problème ne
tient pas seulement aux manuels scolaires, mais au fait que le programme
lui-même interdit de critiquer ou de
commenter les pratiques religieuses ou culturelles, même si elles sont
inacceptables, comme la banalisation du
mariage de petites filles de huit ans. Les pratiques les plus fondamentalistes
sont ainsi perçues comme fréquentes ou normales.
Et, en tant que femme musulmane, je m'objecte également de tout mon être contre
le fait que les fillettes et les femmes
musulmanes soient toujours représentées portant le hidjab, voire même, dans
certains cas, le niqab. PDF Québec croit qu'il faut éliminer dès la
rentrée scolaire 2019 le volet culture religieuse du cours ECR.
Mme Guilbault
(Diane) : Pour conclure, plusieurs
décisions politiques ont façonné le Québec d'aujourd'hui de façon déterminante, qu'on
pense à la nationalisation de l'électricité, à l'adoption
de la Charte de la langue française, à la création
des CPE. Pour nous, la loi n° 21 s'inscrit dans cette volonté de modernisation de l'État québécois pour le bien commun. L'ex-premier ministre M. Jean Charest répétait souvent : Les trois
valeurs fondamentales du Québec sont l'égalité entre les hommes et les femmes, la primauté du fait français
et la séparation entre la religion et l'État. C'est cette dernière valeur que la loi n° 21 vient confirmer. Merci.
Le Président (M. Bachand) : Merci
beaucoup. Vous êtes très bonnes, vous
êtes très efficaces, 10 minutes juste, juste, juste. Bravo!
Alors,
je cède maintenant la parole à M. le ministre pour une période d'échange de 17 min 30 s. M.
le ministre, s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette :
Merci, M. le Président. Mme Guilbault, Mme Lesbet, bonjour, bienvenue
à l'Assemblée nationale. Je vous remercie pour la présentation de votre mémoire.
Écoutez,
d'entrée de jeu, à la lecture de votre mémoire,
on constate que vous êtes favorables au projet
de loi, vous souhaitez qu'on
apporte certaines modifications, mais je voudrais vous entendre sur les modifications
qu'on apporte à la Charte des droits et libertés de la personne. Pourquoi, selon vous, c'est important
d'inscrire la laïcité, un, dans nos lois mais aussi dans la Charte
des droits et libertés de la personne?
Mme Guilbault
(Diane) : Bien, en l'incluant dans la charte, on affirme une valeur fondamentale,
et ça peut devenir un critère lorsqu'il
y aura éventuellement des plaintes, ou des remarques, ou des
contestations de projets de loi
qui sont... parce que la charte est quand même
au-dessus, d'une certaine façon, au-dessus, philosophiquement, des autres
lois. Alors, c'est une affirmation concrète
de la laïcité comme valeur fondamentale de l'État québécois.
Alors, oui, c'est un grand plus pour nous.
M. Jolin-Barrette : Parce
qu'on l'inscrit à deux endroits dans
la charte. Dans un premier temps, on va l'inscrire dans le préambule et on utilise un considérant, on dit :
«Considérant l'importance fondamentale que la nation québécoise accorde
à la laïcité de l'État», et, deuxièmement, on vient l'inclure à l'article 9.1,
également, de la charte comme... En fait,
c'est un outil d'interprétation. Après «valeurs démocratiques», on dit «de la laïcité de l'État». Donc, les droits et libertés fondamentaux
vont s'interpréter, désormais, à la lumière de la laïcité de l'État.
Ça, vous pensez que
c'est approprié de le faire dans le cadre de notre société?
Mme Guilbault
(Diane) : Tout à fait. D'ailleurs, c'était une des recommandations du Conseil du statut de la femme dans son mémoire sur la question de la
laïcité et le droit à l'égalité des femmes. Effectivement, c'est, pour nous,
une garantie supplémentaire, une protection
supplémentaire, que les droits soient interprétés à la lumière de
cette charte qui maintenant va inclure la laïcité.
M. Jolin-Barrette : Quand vous citez le premier ministre Charest, vous faites référence aux trois piliers de la société
québécoise, notamment la laïcité de l'État. Et, dans le présent débat que nous
avons, j'ai entendu beaucoup d'intervenants dans la sphère publique nous dire à quel point, bien, l'État québécois
ou l'État canadien, il était déjà laïque, mais pourquoi on fait le projet de loi n° 21,
c'est notamment pour répondre à ça, parce que
ça n'a jamais été écrit dans aucune de nos lois, à la fois québécoises et à la fois dans les lois canadiennes
aussi. Donc, ce qu'on fait, c'est qu'on vient le cristalliser vraiment
dans nos lois. Donc, vous pensez que c'est pertinent de le faire?
Mme Guilbault (Diane) : Ah! c'est essentiel. Hier, par exemple, j'ai reçu copie d'un courriel qui a été envoyé par le bureau du premier ministre canadien
à l'ensemble du personnel pour souhaiter un joyeux ramadan au personnel
et aux employés, j'imagine, de culture musulmane. Je ne sais pas si c'est
adressé, ce message, à tous les employés catholiques pour le carême, à tous les employés... bon, peu importent les fêtes religieuses. Il me
semble qu'un État neutre, à tout le moins, ne devrait pas s'insérer comme ça
dans la gestion des fêtes religieuses. Même si c'est très sympathique,
ce n'est pas le rôle de l'État.
ce n'est pas écrit, et on a une Constitution canadienne qui commence sous
la suprématie de Dieu et la primauté du droit. Donc, on a un problème,
au Canada, avec cette reconnaissance de la neutralité, de la laïcité.
quand la Cour suprême a statué dans la cause de MLQ et Saguenay, elle a
plus ou moins fait entendre qu'il
n'y avait pas de
loi sur la laïcité. On pouvait parler de neutralité, mais ce
n'était pas clairement établi.
Alors,
une
loi sur la laïcité vient vraiment confirmer, incarner avec des précisions qu'on est
un État laïque, qui est différent
d'un État multiconfessionnel. L'Angleterre est un État multiconfessionnel
dirigé par une reine qui est chef de l'Église anglicane, mais le Québec
se veut une société laïque.
cette laïcité, elle s'inscrit... elle est enfin nommée, après plusieurs
années et plusieurs décennies où, entre autres, en 1997, on a
déconfessionnalisé le système scolaire, et c'est une opération par laquelle les
catholiques et les protestants du
Québec ont renoncé à leurs droits constitutionnels, renonciation qui n'a pas
été faite dans les autres provinces, il
n'y a qu'au Québec qu'on a fait ça. Pourquoi?
Pour ouvrir l'école à tous les enfants, peu importe leur appartenance
religieuse, et donc pour faire en sorte que l'école n'ait plus à gérer cette question du religieux. Ça ne
concerne pas l'école. Ça concerne les églises, les synagogues, les
mosquées, mais ça ne concerne pas l'école.
Donc,
on a voulu faire ce grand pas en avant, qui était quand même
une opération qui a duré sur plusieurs années et
qui est, je pense, un grand acquis du gouvernement québécois et de la société
québécoise. Par contre,
on a laissé réentrer le religieux de
façon différente, et maintenant la laïcité prononcée, établie, clarifiée permet, je pense,
de terminer un travail qui est amorcé depuis la Révolution tranquille.
M. Jolin-Barrette :
Sur la question de l'utilisation des clauses dérogatoires — dans
le projet de loi, on y fait référence pour la Charte des droits et libertés de
la personne ainsi que la charte des droits et libertés — qu'est-ce
que vous pensez de cette utilisation-là que le gouvernement en fait?
Mme Guilbault
(Diane) : Alors, écoutez,
nous... Des juristes, il y en a qui ont dit : Ce n'est pas nécessaire,
d'autres que c'est nécessaire.
Nous, je pense que, comme décision, affirmation politique,
c'était une très bonne chose parce que ça montrait la détermination du Québec
d'aller de l'avant.
Ceci
dit, la clause dérogatoire, elle fait
partie de la Constitution, et je suis
très étonnée quand on la démonise, on la diabolise de cette façon, comme si c'était quelque chose qui était complètement illégal. Elle existe, cette clause, et en plus
elle a servi notamment dans des lois comme...
Par exemple, protéger l'identité des enfants mineurs devant
les tribunaux, il a fallu quand même passer outre le droit du public de
savoir ce qui se passe dans les tribunaux. Il y a eu d'autres situations, par exemple, je pense,
la Loi de protection du consommateur, où on n'a pas le droit à l'avocat, on a donc
passé outre un droit fondamental des citoyens. Et pourquoi? Parce que le
bien commun l'exige, et à ce moment-là les droits individuels peuvent céder le
pas aux droits pour le bien commun.
enfin, je rajouterais, les droits fondamentaux dont on parle, je dirais, par exemple le droit à la liberté d'expression, il est constamment restreint
par vous tous ici, dans cette enceinte. Quand vous respectez la ligne du parti,
c'est une restriction à votre liberté
d'expression, il n'y a personne qui est allé à la Cour suprême ni à l'ONU pour
s'en plaindre. Ça fait
partie du
travail. Quand on a des responsabilités quelconques, surtout dans les services
publics, mais, peu importe, un
employé a toujours des restrictions à sa liberté d'expression qui
viennent avec son emploi, parce que, quand on a un emploi, on des obligations, tandis que les
libertés de citoyen, de citoyenne, elles sont totales, parce que le citoyen n'a
pas ces obligations qu'un employé a, et encore plus un employé des
services publics.
Alors,
je pense que les gens vivent très bien les restrictions sur l'expression de
leurs convictions politiques, qui est un droit aussi fondamental que
l'expression sur les convictions religieuses. Et de neuf à cinq c'est dans le
cadre du travail, et je pense que, dans le
cadre du travail, si tout le monde y réfléchit comme il faut, il y a toujours
des restrictions à la liberté d'expression.
M. Jolin-Barrette : Je voudrais vous entendre également
sur l'étendue du projet de loi. Nous, ce qu'on a fait, c'est que, conformément à la position qu'on a depuis 2013 et à l'engagement qu'on a
pris en campagne électorale, on vise les personnes en situation
d'autorité, donc juges, policiers, agents correctionnels, procureurs.
Également, on ajoute les enseignants, les
directeurs d'écoles. Mais je crois comprendre, par le biais de votre mémoire,
que vous souhaitez qu'on élargisse
davantage. Donc, vous dites : CPE, membres de la fonction publique.
Pourquoi élargir davantage, vous souhaiteriez que le gouvernement
élargisse davantage le projet de loi?
Mme Guilbault
(Diane) : Bien, parce que, là, l'État va être partiellement laïque, un
petit peu laïque. Alors, moi, je
pense que la laïcité, ça devrait être un tout. Et je comprends par contre très
bien le côté pragmatique du projet de loi, la volonté peut-être d'y aller de façon consensuelle, de façon plus
lente, moins rapide, moins drastique, mais, logiquement, si l'État est laïque, l'État est laïque. Si l'État
est neutre, l'État est neutre. Et c'est un peu dommage de voir que, finalement,
ce sont les gens qui ont affaire à la justice qui vont avoir leur liberté de
conscience protégée, puisque ce sont les personnes
qui ont affaire avec les policiers, les juges, les gardiens de prison, donc
c'est les gens qui sont en lien avec la justice. Mais l'État, ce n'est pas que la justice, il y a un ensemble
d'activités qui sont sous la responsabilité de l'État, et idéalement nous, on pense que tous les citoyens
devraient bénéficier de ce respect par rapport à leur liberté de conscience.
rapport aux écoles, ce qui est un grand plus, une grande avancée, et Leila
pourra en parler plus longuement, mais
on pense que, logiquement, il n'y a pas de raison que ce soient seulement les
enseignants, tout le personnel dans les écoles est un modèle pour les
enfants, et y compris dans les services de garde. Et il faut qu'il y ait une
cohérence à l'intérieur des écoles, et il ne nous semble pas logique d'exclure
les services de garde ou les orthopédagogues.
Et, par
rapport aux écoles, on comprend aussi le côté pragmatique de ne pas vouloir
bousculer trop les choses et de
permettre aux gens qui affichent leurs signes religieux actuellement de
continuer à le faire, mais, en contrepartie, il faut garantir la liberté de conscience des parents et des élèves, elle
est tout aussi importante, et il faudra trouver un mécanisme pour que les parents qui voudraient
avoir accès à un enseignant neutre puissent le faire sans avoir besoin de
recourir aux tribunaux. La liberté de
conscience qui est au coeur du projet de loi, au coeur de la laïcité, c'est la
liberté de conscience des citoyens et des citoyennes, des élèves et de
leurs parents, et je pense qu'il faut donner aux citoyens et aux citoyennes la garantie que leur liberté de
conscience va être protégée et même dans un contexte où on permet à des gens
de passer outre leur obligation de neutralité.
M. Jolin-Barrette : O.K. Sur la question de la définition de la
laïcité qu'on a inscrite au projet de loi, à l'article 2 on
dit : «La laïcité de l'État repose sur les principes suivants :
«1° la séparation de l'État et des religions;
«2° la neutralité religieuse de l'État;
«3° l'égalité de tous les citoyens et
citoyennes;
«4° la liberté de conscience et la liberté de
religion.»
Est-ce que
cette définition-là est conforme à l'esprit... à l'opinion que vous vous faites
de la laïcité de l'État qui doit être appliquée au Québec?
Mme Guilbault
(Diane) : Tout à fait. En fait, on s'est réjouis dès qu'on a vu ces
mots dans la loi. Je pense que ce
sont les grands principes philosophiques qui définissent la laïcité et qui
permettent d'avoir une vision globale de la laïcité. Alors, oui, on est
tout à fait d'accord, et on approuve et on applaudit cette définition.
M. Jolin-Barrette : Parfait. Bien, écoutez, je vous remercie. Je sais
que j'ai des collègues qui veulent poser des questions. Je pense que la
députée de Les Plaines et la députée de Bellechasse veulent poser des
questions.
Président (M. Bachand) :
Merci beaucoup, M. le ministre. Mme la députée de Les Plaines, s'il vous plaît.
Mme Lecours
(Les Plaines) : Merci beaucoup, M. le Président. Tout d'abord, je
tiens à vous remercier d'être ici aujourd'hui. Je pense que c'est
important qu'on puisse entendre tous les points de vue.
Je ne vous
apprends rien en disant que le Conseil du statut de la femme a produit, en
2011, un avis selon lequel il appuyait
une interdiction de porter des signes religieux pour les agents de l'État et
recommandait de modifier la Charte québécoise
pour, justement, consacrer la laïcité
de l'État. En fait, vous dites justement,
dans vos propos, que ce serait partiel, là, un État partiellement laïque. Moi, ce que j'aimerais... le sujet sur
lequel j'aimerais que vous nous entreteniez davantage, c'est justement les avancées des droits des femmes en lien avec
l'affirmation de la laïcité. Est-ce qu'on va assez loin?
Mme Guilbault
(Diane) : Si la laïcité
est inscrite dans la charte, je pense qu'effectivement on a un gain.
C'est sûr que la laïcité, ce n'est pas la seule condition pour arriver à
l'égalité entre les hommes et les femmes, on s'entend là-dessus, mais c'est une condition essentielle parce que les
règles religieuses de plusieurs religions, des grandes religions, sont souvent
discriminatoires à l'égard
des femmes, et, si ces règles ont droit de cité dans l'espace civique, dans les
interactions de l'État avec ses citoyens, il y a un problème, et les
femmes ont un problème en particulier.
Alors, pour
nous, c'est pour ça que notre appui à la laïcité date de bien plus longtemps,
là, que même 2008, bon, parmi nous,
on a des militantes en faveur de cette séparation plus stricte, parce qu'on
regarde, par exemple, à Ottawa,
on voit les groupes évangélistes qui ont fait des pressions énormes sur le gouvernement
Harper pour recriminaliser l'avortement, pour enlever des subventions à des organisations
qui font des services d'avortement ou des services de contraception. Ça, ce n'est pas acceptable dans un État démocratique comme nous. Et, si l'État canadien était laïque, ces pressions ou ces règles religieuses ne pourraient
pas avoir droit de cité. Alors, c'est vrai pour le Québec,
c'est vrai aussi pour l'ensemble du Canada.
Mais, au Québec — nous,
on est ici — si
on a déjà cette avancée que nous donne notre État québécois,
on va être rassurés, parce que c'est quand
même une prise qu'on aura pour
défendre les droits des femmes face à des revendications
religieuses qui voudraient être mises de l'avant plutôt que des droits démocratiques.
Mme Lecours
(Les Plaines) : Petite question
additionnelle avant de laisser la parole à ma consoeur. Vous parlez de
600 membres, c'est ce que je comprends, du PDF?
Mme Guilbault (Diane) : Oui. Un
petit peu plus, oui.
Mme Lecours (Les Plaines) : Qui
sont répartis à quel endroit?
Mme Guilbault
(Diane) : On est un peu
partout au Québec. C'est sûr qu'il y a plus de membres à Montréal,
mais on en a dans toutes les régions
du Québec. Il y en a plusieurs qui sont ici, dans
la salle, aujourd'hui. Et ce sont surtout... je tiens
à le dire, parce qu'on a fait des capsules vidéo qui permettent d'ailleurs de
le voir, on a des membres de toutes les
origines, de toutes les confessions, des pratiquants, des non-pratiquants. Et
on se rend compte que... Leila pourra
en parler un petit peu plus, mais on
se rend compte que l'appui à la laïcité, il est très fort chez les gens qui ont
vécu sous des lois religieuses, notamment au Maghreb. Et ces gens
comprennent le problème que ça cause à la démocratie, quand la séparation entre
l'État et le religieux n'est pas accomplie. Peut-être quelques mots, Nadia...
Leila, je m'excuse.
Mme Lesbet (Leila) : Justement, j'aimerais rajouter qu'en fait, venant...
Nous représentons des minorités. Donc, quand j'entends parler de
minorités, qu'on est en train de bafouer les droits des minorités, je me
demande de quelles minorités il s'agit, sauf
si on fait aussi ici un classement par ordre : Cette minorité doit avoir
ses droits, l'autre non. Je fais
partie de cette minorité, et les multiples minorités que nous formons, nous
sommes tous, justement, pour que la laïcité soit enchâssée dans la charte des droits ici, au Québec. Pourquoi? Parce
que nous venons justement de pays où il n'y avait pas de laïcité, et cela, justement, opprime le
droit des femmes, et c'est toujours l'aspect religieux qui est mis de l'avant.
Donc,
ce que nous avons constaté, malheureusement, avec les quatre années du
précédent gouvernement, c'est que
nous avons été niées pendant quatre années, on n'a pas parlé de nous, on nous a
rendues tout à fait invisibles, totalement invisibles. Lorsqu'on parlait des
femmes musulmanes, il fallait que ces femmes musulmanes portent des signes
ostentatoires, pour le dire
clairement, qu'elles portent le hidjab, il n'y avait pas, dans le précédent
gouvernement, quelqu'un qui parlait de
ces femmes musulmanes. Ce n'est pas parce qu'on est musulmane qu'on a d'autres
aspirations que toutes les femmes de
la planète. Nous demandons aussi nos droits, nous demandons à exister et nous
demandons à être vues, même si on n'est
pas voilées. Donc, c'est ce qui s'est passé. Et cela, justement, à l'intérieur
de la communauté musulmane, il y a eu certaines
régressions, certaines pressions qui ont été faites sur ces femmes, dans cette
communauté, et c'est ainsi qu'ici, au Québec, nous avons vu des femmes
musulmanes être obligées de porter le voile.
ce que je regrette profondément, c'est que le précédent gouvernement avait une
femme musulmane parmi ses députés et
qui était... On ne peut pas qualifier Mme Houda-Pepin d'extrémiste ou de
radicale. C'était la sagesse même, c'était
la cohérence même. Qu'est-ce qu'on a fait à cette députée qui nous
représentait, et on se sentait représentées? On lui a montré la porte.
C'est
ce que nous déplorons grandement, et c'est pour ça, les minorités qui sont ici,
au Québec, disent bravo au projet de loi n° 21, qui
nous permet d'exister, de respirer et de ne plus être considérées en tant que
musulmanes mais en tant que citoyennes à part entière. Je suis fière
d'être citoyenne québécoise.
Le Président (M. Bachand) : Merci
beaucoup. Je cède maintenant
la parole à la députée de Marguerite-Bourgeoys
pour une période d'échange de 11 min 40 s. Mme la députée, s'il
vous plaît.
Mme David : O.K. Merci
beaucoup, M. le Président. Bonjour, mesdames. Bonjour à ceux et celles qui vous accompagnent.
Merci de votre implication dans le projet de loi.
Maintenant,
on a un certain nombre de questions à vous poser. Je vais commencer par la page 4
de votre mémoire, quand vous dites — et
vous y revenez beaucoup, alors, c'est pour ça, je pense que, pour vous, c'est très important :
«Mais, tant et aussi longtemps
que des règles religieuses peuvent
s'immiscer dans la gestion de l'État, les femmes sont à risque de voir s'éroder [ce droit].» Donc, j'aurai une
question sur ce que vous voulez dire par «règles religieuses qui peuvent s'immiscer dans la gestion de
l'État».
Mais vous donnez des exemples, après, dans cette même
page 4, qui remettent en question la séparation de l'État et de la religion :
«Voici des exemples éloquents...» Alors là, on parle du tribunal de la charia
en Ontario, on parle de la polygamie interdite au Canada,
on parle de recriminaliser l'avortement, on parle de modalités alternatives à
ceux qui refusent de faire affaire avec une femme, etc. Alors, je me
disais : Mon Dieu, en quoi le projet de loi n° 21 vient vous rassurer sur ces questions-là? Parce que je ne
vois pas tellement le lien, en tout respect, entre le projet de loi n° 21 et la charia,
la polygamie, les modalités alternatives, recriminaliser l'avortement. Donc, vraiment,
là, je me demandais comment vous situiez votre mémoire et le projet de
loi n° 21 dans cette question-là.
Mme Guilbault
(Diane) : Alors, parfait, je vais essayer de répondre du mieux que je
peux.
Alors,
écoutez, par exemple, quand on a fait les demandes à la Société de l'assurance automobile pour ne pas faire affaire avec des femmes, c'était... les gens ont évoqué : Dans ma
religion, c'est interdit qu'un homme parle avec une femme qui n'est pas de sa famille, et ça a été accordé.
Ça s'appelle de la ségrégation. Dans nos sociétés, on ne choisit pas le
sexe de l'intervenant... je ne parle
pas, évidemment, des soins de santé, on s'entend, là, mais à la Société de l'assurance automobile on fait affaire avec un fonctionnaire, avec une
fonctionnaire et on n'a pas le droit de dire : Moi, je ne veux pas
travailler avec une femme, tout comme on n'a pas droit de dire : Je
ne veux pas travailler avec une personne asiatique ou une personne d'une autre race. Mais, quand on
dit : Au nom de ma religion, je ne veux pas faire affaire avec une femme,
ça s'appelle de la ségrégation et ça
ne devrait pas être admis. Et, si on a la loi qui sépare très bien la religion
de l'État, l'État dit : Mais c'est peut-être bien chez vous, mais
moi, je ne peux pas appliquer cette règle-là, ici vous ne pouvez pas ségréguer sur la base du sexe, vous devez
respecter homme ou femme, il y a un droit à l'égalité, et vous ne pouvez pas
discriminer sur cette base-là.
Par rapport aux... les tentatives des groupes religieux, les groupes religieux
s'opposent à l'avortement, on le sait, de très nombreux groupes
religieux s'opposent à l'avortement, et, si l'État se laisse influencer et
ouvre la porte à ces pressions religieuses
au nom de la religion, eh bien, on bafoue le droit des femmes à l'accès à la
contraception. Il y a des groupes
qui ont perdu leurs subventions à cause de ces pressions qui étaient basées sur
la religion, qui interdit l'avortement.
Donc, ce sont
deux exemples que je peux vous donner. Évidemment, la polygamie, c'est au
niveau du mariage, ça relève du
fédéral, mais on est encore dans un contexte canadien. Alors, heureusement,
heureusement, le tribunal a fini par retrancher, mais ça avait déjà été
tranché, il a fallu réintervenir pour dire que, après plusieurs appels, c'est
parti de la Colombie-Britannique et c'est monté, donc, jusqu'à la Cour suprême... pour
restatuer que la polygamie était illégale. Et, en plus, pendant longtemps,
les tribunaux de Vancouver et de la Colombie-Britannique ont hésité à porter la cause devant les tribunaux parce qu'ils étaient certains que la
Cour suprême allait pencher en faveur de la reconnaissance de la liberté
religieuse des polygames de la région du sud de Vancouver.
Président (M. Bachand) : Merci, Mme Guilbault. Mme la
députée, s'il vous plaît.
Mme David : Merci
beaucoup. Merci beaucoup, madame. Écoutez, à la page 6, quand vous dites : «...nous
voulons redire notre grande satisfaction [à] voir que le
législateur a reconnu le droit des élèves d'être dans des écoles qui ne
seraient pas soumises à des dogmes religieux» — vous
y revenez beaucoup, à cette question-là — de former — à
la page 10 — des
futurs citoyens et citoyennes
et non pas des croyants, alors là j'essaie de comprendre l'articulation
intellectuelle, je pourrais dire, ou
le rationnel entre des dogmes religieux puis des écoles où des professeurs pourraient effectivement avoir un signe religieux. C'est comme si vous faisiez clairement
le lien entre être croyant et être dans la question du prosélytisme, je crois
que c'est bien ça que je dois comprendre.
Mme Guilbault
(Diane) : Hier, à la conférence de presse, il y a un intervenant qui
est arrivé avec son tee-shirt, c'était
écrit : Dieu n'existe pas, et il me posait la question : Est-ce que
je pourrais me présenter en classe avec ça? Je pense qu'il y a beaucoup de parents qui rouspéteraient,
ils ne seraient pas contents, et avec raison. Mais, quand on met un autre
signe religieux qui affiche la préférence
religieuse de la personne, qui dit, passivement, mais c'est un message tacite
et à la fois très explicite :
Moi, ma religion préférée, c'est celle-ci, celle que j'affiche, alors, si c'est
quelqu'un qui met un grand crucifix, si c'est quelqu'un qui met un
voile, quelqu'un qui met un turban, il affiche, elle affiche ses préférences religieuses, on ne peut pas parler de neutralité.
C'est comme l'enseignant qui arrive avec un tee-shirt «Dieu n'existe pas»,
on ne peut plus parler de neutralité.
donc on envoie... l'enfant reçoit un message, et il le reçoit quotidiennement,
ce message, sur les préférences religieuses de son enseignant ou de son
enseignante, et on pense qu'à l'école ce n'est pas la place, tout comme
on n'aimerait pas que nos enfants soient
soumis au discours politique de son enseignant ou de son enseignante.
Actuellement, tout le monde reconnaît le bien-fondé de la restriction de
la liberté d'expression en matière de convictions politiques. Eh bien, tout simplement, la même chose doit
s'appliquer pour les convictions religieuses, un devoir de réserve pendant
l'exercice de ses fonctions face aux élèves, dont on doit respecter la liberté
de conscience et qui n'ont pas à interpréter, à juger, à mesurer, à
critiquer les préférences religieuses de leur enseignant ou de leur
enseignante.
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup. Mme la députée,
s'il vous plaît.
Mme David :
Alors, on continue un peu sur ce sujet-là, la question de la neutralité. Vous
savez, peut-être que ma déformation
de professeure de psychologie pendant des années... C'est très complexe, la
question de neutralité, parce qu'il y
a la neutralité affichée puis il y a la neutralité entre les deux oreilles,
comme on dit. Alors, quelle différence vous faites entre la neutralité supposée existante d'un enseignant... Qui
peut être homophobe, qui peut être misogyne, qui peut être pro ou antiavortement, mais ça ne paraît pas
ostentatoirement. Alors, comment vous faites la différence? Et pourquoi
la neutralité visible est-elle tellement plus importante que la neutralité dite
invisible?
Mme Guilbault
(Diane) : On a tous la liberté de conscience, la liberté de penser ce
qu'on veut. On n'a pas à appliquer tout ce
qu'on pense. Par exemple, un enseignant homophobe n'a pas le droit de tenir des
propos homophobes, hein, on s'entend.
Donc, il peut le penser. S'il le pense, puis que personne ne le sait, qu'il le
pense, il n'y a pas de problème. S'il l'affiche par une caricature, par
un dessin, ça aussi, c'est inacceptable.
Donc,
il faut que l'enseignant laisse la place à l'élève pour, lui, réfléchir, puis
lui donner des outils pour réfléchir. Et il va de soi qu'un enseignant
qui tiendrait des propos... Bien, à ce moment-là, s'il tient des propos
homophobes ou misogynes, il n'est pas
neutre, il ne respecte pas son devoir de neutralité, son obligation de
neutralité. Donc, il faut que ce soit tant verbalement que tacitement,
que cette neutralité s'exerce et que ce devoir de réserve s'exerce.
Président (M. Bachand) : Mme la députée.
David : Alors, pour continuer — merci, M. le Président — dans ce sens-là, vous faites automatiquement
le lien entre le... Parce que vous le dites,
page 10 : «La responsabilité de l'école est de former les futurs
citoyens et citoyennes et non pas des
croyants.» Et c'est donc comme si vous disiez, à ce moment-là : La
neutralité n'existe pas à partir du moment où il y a un signe ostentatoire,
disons-le comme ça, un port d'un signe religieux, alors qu'on peut vérifier que
la neutralité existerait très bien. Et c'est une obligation du milieu de
l'enseignement que cette neutralité face à l'avortement ou face à la misogynie ou autres exemples dont on
parlait. Là, à ce moment-là, il pourrait y avoir des sanctions contre le professeur qui ouvertement afficherait des
propos, disons, homophobes. Alors, pourquoi le fait d'avoir un hidjab serait
automatiquement le fait qu'il y a du prosélytisme et qu'on forme des
croyants — je
trouve que l'affirmation est assez forte — et que, le fait qu'il n'y ait plus de signe
religieux, il n'y aurait plus ce... donc, il y aurait cette apparence totale de
neutralité? Je ne comprends pas la différence.
Mme Guilbault
(Diane) : Alors, quand on affiche ses préférences, on n'est pas
neutre, c'est aussi simple que ça. L'affichage
a de l'effet. Si l'affichage n'avait aucun effet, il n'y aurait plus
d'affichage sur les routes, puis vous n'auriez pas mis d'affiches pendant la campagne électorale,
parce que, si ça ne sert à rien, ça ne sert à rien. Alors, l'affichage sert
à quelque chose. Il module, il banalise, il
présente une image. Et afficher ses préférences, c'est le contraire de la
neutralité.
Ceci dit, quand on
parle de former des croyants, on inclut aussi la dimension du cours de culture
religieuse, qui est déficient pas dans ses
intentions mais dans sa forme et dans ses outils. Peut-être que tu peux glisser
quelques mots là-dessus, toi qui travailles à l'école.
Mme Lesbet (Leila) : Oui. Malheureusement, depuis que ce cours a été mis en place, d'abord, dans sa façon d'être
appliqué, vous savez, autant que les élèves
et l'enseignant ont le droit de discuter du côté... sur le cours
éthique, mais, quand il s'agit de
religion, les enfants sont là, ils s'imprègnent de ce qui est écrit dans les
textes et surtout des images. Et, pour des enfants qui sont dans le
primaire...
Président (M. Bachand) : En terminant, s'il vous plaît, parce
qu'il ne reste pas beaucoup de temps.
Mme Lesbet (Leila) : ...les images sont vraiment parlantes. Et, dans
ce cours, justement, on valorise la religion, et, quand on valorise la religion, il n'y a
pas d'égalité des sexes. Pas plus tard qu'il
y a deux jours, la collègue
donnait un cours sur la religion et
elle parlait justement de tous les rites dans les différentes religions,
et ces rites très valorisants ne concernaient que les garçons et...
Voilà.
Le Président (M. Bachand) : Merci. Merci
beaucoup. Excusez-moi, là, parce que
le temps file de façon très rapide. Mme la députée de Marguerite-Bourgeoys,
s'il vous plaît.
Mme David :
Je laisserais la parole à ma collègue, s'il vous plaît, de Bourassa-Sauvé.
Président (M. Bachand) : Il vous reste une minute. S'il
vous plaît, Mme la députée de Bourassa-Sauvé.
Mme Robitaille : Je vais essayer de faire vite. Bonjour à tous.
Moi, mon comté, c'est Bourassa-Sauvé, Montréal-Nord, il y a beaucoup
de jeunes femmes qui ont décidé, par choix, et des femmes plus vieilles aussi
qui ont décidé, par choix, de porter le voile. À la commission scolaire
Pointe-de-l'Île, ils n'ont eu aucune plainte à l'endroit de ces femmes qui
enseignent là-bas, qui enseignent et qui portent le voile. Je vous écoute puis
je me dis : Est-ce que ce n'est pas un peu doctrinaire puis même réactionnaire d'avoir une position comme celle-là
qui dicte aux femmes comment s'habiller? Et ce n'est pas aussi un peu
antiféministe, si je puis dire, puisque ça les marginalise?
me demandais qu'est-ce que vous répondez à ces femmes dans mon comté qui
portent le voile, et qui étudient, et
qui sont sur le point d'aller sur le marché du travail, et qui seraient de très, très
bonnes enseignantes. Il y a une pénurie d'enseignants dans Montréal-Nord,
dans mon coin. Qu'est-ce que vous leur répondez, à ces femmes-là qui, par
choix, portent le voile et font très, très bien leur travail?
Le Président (M. Bachand) : Malheureusement, c'est tout le temps qu'on avait pour l'opposition officielle. Je me tourne
maintenant vers le
député de Jean-Lesage, s'il vous plaît, pour une période de 2 min 55 s. M. le député, s'il vous plaît.
M. Zanetti : Merci, M.
le Président. Est-ce que
vous avez des statistiques sur le nombre de conversions à l'islam au
Québec par année?
Mme Guilbault
(Diane) : Non.
M. Zanetti : Est-ce
que vous avez une preuve quelconque
que l'exposition à un symbole religieux non accompagnée d'un discours
religieux pousse à la conversion à quelconque religion que ce soit?
Mme Guilbault
(Diane) : Ce n'est pas là le but, ce n'est pas là le but. Le but, c'est
d'offrir et de respecter la liberté de conscience des enfants et des élèves.
neutralité politique, hein, est-ce
qu'on a des preuves qu'on a converti des gens à Québec solidaire dans la
classe? Non. On comprend qu'un
professeur ne portera pas son chandail de Québec solidaire, ou du Parti
libéral, ou de la CAQ en classe, on
accepte ça, pas parce qu'on a peur que les enfants deviennent du parti
politique, parce qu'il y a une obligation de neutralité des convictions
politiques. On demande exactement la même chose pour les convictions
religieuses.
M. Zanetti :
Évidemment, il y a une grosse différence entre l'expression d'idées politiques,
par exemple, et la pratique d'une religion, c'est deux choses qui sont
complètement différentes. On peut pratiquer une religion sans être prosélyte. Si on est en campagne électorale, on
veut promouvoir des idées. Par ailleurs, on peut aussi très bien appuyer
un parti politique sans le dire à personne. Ce n'est pas des choses qui vont
ensemble de la même façon.
Maintenant,
est-ce que, selon vous, là, l'interdiction... Bien, en fait, est-ce qu'on a eu
besoin ou est-ce que c'est l'interdiction du voile des religieuses
catholiques dans les écoles, qui n'a pas eu lieu, là, qui a fait reculer la
pratique religieuse au Québec? Parce qu'on
sent derrière votre idée qu'essentiellement vous n'êtes pas uniquement pour la
neutralité, vous voudriez voir un
recul de la pratique et la croyance religieuses de façon généralisée dans la
société, et il vous semble, vous me corrigerez, là, il vous semble que ce
projet de loi là va dans la bonne direction et va contribuer à ça. Donc, est-ce
que, selon vous, là, il a fallu ou il aurait fallu interdire le voile aux
religieuses catholiques durant la Révolution tranquille?
Mme Guilbault
(Diane) : Je vais effectivement vous corriger, notre mémoire
ne parle absolument pas de faire reculer
les religions. Le mémoire parle de la nécessité de bien séparer les pouvoirs
religieux de l'État et d'empêcher les intrusions
de la religion dans l'État. Jamais on ne parle de restreindre la liberté de
pratique des citoyens et des citoyennes, quelle que soit leur religion. Alors, je ne sais pas qu'est-ce que vous
avez lu, mais je pense que vous n'avez pas bien lu.
M. Zanetti :
Est-ce que vous considérez que les religions sont essentiellement sexistes?
Président (M. Bachand) : En cinq secondes.
Mme Guilbault
(Diane) : Essentiellement sexistes? Pas essentiellement. Sexistes,
oui. Elles ne sont pas que ça, mais les grandes religions le sont.
Le Président (M. Bachand) : Merci beaucoup. Je cède maintenant la parole au
député de Matane-Matapédia pour une période de 2 min 55 s.
M. le député, s'il vous plaît.
M. Bérubé :
Merci. À mon tour, je veux discuter avec vous de vos recommandations, d'abord
celle d'éliminer, dès la rentrée
scolaire de 2019, le volet culture religieuse du cours ECR. Ce n'est pas lié au
projet de loi, mais je veux que vous sachiez que c'est une volonté affirmée du
Parti québécois, qu'on a fait le débat en Chambre, qu'on a amené une
motion et qu'on a un engagement du ministre de l'Éducation de mettre fin à
cette
partie ou, à tout le moins, de la réformer.
Alors, si cet appel que je lance à travers nos échanges peut permettre au
ministre de préciser sa pensée, il me semble
que ça irait dans le sens de la cohérence que le gouvernement doit avoir dans
ce printemps de la laïcité. C'est le premier élément. On est d'accord
là-dessus. Sur plusieurs points, d'ailleurs.
question que je veux vous poser : Pouvez-vous nous expliquer en quoi il
serait pertinent, outre les enseignants et enseignantes, d'assujettir les
éducateurs et éducatrices en service de garde, en CPE et dans les services
subventionnés?
Mme Guilbault
(Diane) : Bien, pour les mêmes raisons, parce que les éducateurs et
les éducatrices passent beaucoup de
temps avec les enfants et sont des modèles. Elles sont des modèles, elles sont
des références, et le rapport avec l'enfant ne doit pas être basé sur
l'appartenance religieuse. Même si on dit qu'il ne parle pas, un symbole, c'est
un discours. On dit qu'une image vaut
mille mots. Un symbole, ça porte un discours. Et ce n'est, je pense, pas le
lieu, dans le CPE, pour faire ces discours. Même s'ils sont tacites, ils
sont quand même, des fois, explicites.
exemple, quand on parlait, tout à l'heure... Dans les CPE, on l'a vécu, on a
des membres qui l'ont vécu. Il y en a
qui sont venus nous le dire même ici, à la commission parlementaire. Quand une
éducatrice, avec les enfants, enlève son
hidjab et elle le remet quand ça frappe à la porte, quand c'est le papa qui
arrive, quel message on envoie à l'enfant, jour après jour, tous les jours, jusqu'à tant qu'il rentre à l'école?
Elle est très gentille, son éducatrice, on n'enlève pas les qualités de son éducatrice, elle est charmante,
mais elle envoie un message à l'enfant que, devant un homme, une femme
doit se cacher les cheveux.
M. Bérubé :
La liberté de conscience, hein, je pense, ça doit nous animer tout au long de
ces débats. Cette liberté de conscience doit s'appliquer aux élèves au primaire
et au secondaire à travers la relation avec les enseignants et enseignantes. Je comprends que vous êtes d'avis
que la même logique devrait s'appliquer aux services de garde en CPE, en milieu scolaire et au-delà, parce qu'il
pourrait y avoir d'autres personnes significatives à l'école qui exercent une
autorité.
vais donner l'exemple, par exemple, d'une personne qui est un psychologue ou
quelqu'un qui a un rôle significatif
auprès de l'élève. Nous, on avait proposé les directions d'école, le
gouvernement a décidé de l'inclure dans sa loi. Pouvez-vous terminer notre
intervention en nous disant comment on doit assurer une cohérence dans un même
milieu, le milieu scolaire, entre des
personnes qui vont se croiser à la salle des professeurs puis autour de l'école
et où on enverrait des messages croisés, différents auprès de la même
clientèle?
Président (M. Bachand) : Très, très, très rapidement, s'il
vous plaît. Merci.
Mme Guilbault
(Diane) : Je vais donner rapidement l'exemple des filles Shafia. Vous
savez, le drame qui est arrivé à la
famille Shafia, le premier signalement qui a été fait, c'est par l'école, une
enseignante qui a... ou une psychologue, je ne me souviens plus, mais en
tout cas une personne de l'école qui a reçu les confidences d'une des enfants
et qui a signalé le problème, les tensions
qui existaient dans la famille, au directeur de la protection de la jeunesse.
Si cette personne avait porté un
signe religieux, la jeune fille ne serait pas allée se confier parce qu'elle
aurait été coincée entre son désir de ne pas se faire imposer un voile
et l'enseignante qui en faisait la promotion.
Le Président (M. Bachand) : Merci beaucoup. Cela termine cette
partie des
travaux. Merci beaucoup pour votre contribution.
vais suspendre les travaux quelques instants afin de permettre au prochain
groupe de prendre place. Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à
11 h 4)
Président (M. Bachand) : À l'ordre,
s'il vous plaît! La commission reprend ses travaux. Je souhaite la bienvenue à Mme Benhabib et Mme Mailloux.
Je vous invite à débuter votre exposé pour une période de 10 minutes.
Après ça, nous allons faire une période d'échange avec les membres de la commission. Alors, bienvenue. La parole est à vous.
Mme Mailloux (Louise) : Merci, M.
le Président. Alors, M. le Président, M. le ministre, Mmes, MM. les députés, bonjour.
Nous
accueillons favorablement ce projet
de loi, nous, du Collectif citoyen
pour l'égalité et la laïcité. Bien que minimaliste et encore trop timide par rapport à ce qui se joue
au Québec, ce projet
de loi constitue une avancée
significative par la protection juridique qu'il va apporter à la laïcité,
par l'exigence du respect de la séparation de l'État et des religions, mais surtout par celle du nécessaire
respect de la liberté de conscience des élèves en interdisant le port de signes
religieux chez les enseignants des écoles publiques.
incluant les enseignants, ce projet
de loi souligne que l'école n'est pas
une institution publique comme les autres et atteste de l'importance de la laïcité
scolaire pour l'avenir de notre société. L'école, en plus de transmettre des
connaissances, joue un rôle
idéologique capital dans la transmission des valeurs et la socialisation des
individus. Elle est aussi la seule institution dont la fréquentation est obligatoire et
s'échelonne sur plusieurs années. On peut, sa vie durant, éviter l'hôpital, les
tribunaux, la prison, mais tout le
monde passe par l'école, d'où l'importance
d'accorder à la liberté de conscience des élèves une protection toute
particulière en interdisant toute forme de prosélytisme religieux comme celui
du port de signes religieux par les
enseignants. Préserver la liberté de conscience, telle est la mission
fondamentale d'une école laïque, que l'État a la responsabilité
d'assumer.
Cette
importance accordée à la laïcité scolaire témoigne également
de notre parcours historique. La Révolution tranquille a initié un vaste élan de laïcisation. La santé, la culture, les services sociaux et l'éducation,
aucun domaine ne fut épargné, sauf
les écoles publiques, qui demeurèrent les chasses gardées des catholiques et
des protestants. Commissions scolaires,
écoles, enseignement et manuels scolaires, tout était confessionnel et sous le
contrôle du clergé. Les religions avaient
évidemment compris qu'il était préférable de se tenir à l'école plutôt que dans
les hôpitaux. C'est alors qu'un fort mouvement en faveur de la
déconfessionnalisation des écoles publiques s'est enclenché; syndicats,
féministes, laïcs et progressistes, tous unis en faveur de la laïcité
scolaire, avec à la clé un argument central, le respect de la liberté de conscience des élèves. Voilà pourquoi on a
décroché les crucifix des murs de nos écoles et voilà aussi pourquoi nous
devons aujourd'hui interdire le port de signes religieux aux
enseignants.
Cette
mesure n'a rien d'arbitraire. Depuis le rapport Parent, tous les efforts en
faveur de la laïcité se sont concentrés sur la laïcisation des écoles publiques, et l'interdiction des signes
religieux chez les enseignants s'inscrit tout naturellement dans la
suite de notre histoire.
Certains prétendent
que nous n'avons pas d'étude mesurant l'impact des signes religieux sur les
élèves. Mais avions-nous des études lorsque
nous avons décroché nos crucifix? Non. Le signe signifie. C'est tout simple.
C'est d'ailleurs pourquoi certains s'entêtent à la porter, justement
parce qu'il signifie.
Rien n'est
insignifiant. Des études? Quand on va chez l'opticien, on ne choisit pas la
première monture du bord, on choisit l'image que l'on veut envoyer aux autres,
et une référence à une religion n'a pas sa place à l'école.
C'est sans compter le
sexisme du voile. Il y a 40 ans, on a retiré toute référence au sexisme
dans les manuels scolaires. Depuis ce temps
existe au sein du ministère de l'Éducation un bureau d'approbation du matériel
didactique chargé d'évaluer les
ouvrages destinés aux élèves, avec pour exigence l'absence de discrimination et
de stéréotypes selon l'apparence physique
ainsi que la tenue vestimentaire des personnages. Et il faudrait maintenant
accepter un symbole sexiste porté par les enseignantes? M. le ministre,
il est temps d'agir, agir où c'est nécessaire.
C'est
pourquoi nous recommandons l'adoption du projet de loi n° 21,
l'élargissement de l'interdiction des signes religieux aux enseignants de niveau préscolaire et aux éducateurs en
garderie et en CPE, l'application de l'interdiction à l'ensemble des
employés en contact avec les enfants dans les écoles...
Le Président (M. Bachand) : Mme Mailloux... Excusez-moi,
Mme Mailloux, je suis vraiment désolé, c'est parce que je veux juste être certain qu'on comprenne que
la période d'exposé totale pour les deux est de 10 minutes. Alors, je
ne sais pas si madame... si vous avez un échange. Alors, je m'excuse, la parole
est à vous.
Mme Mailloux
(Louise) : D'accord. Je suis rendue à combien de minutes?
Président (M. Bachand) : Il reste quatre minutes. Ça va
très vite, 10 minutes. Je suis désolé.
Mme Mailloux
(Louise) : Bon. Alors,
l'arrêt du financement des écoles privées confessionnelles, un contrôle plus strict de ces écoles, l'abolition du cours
d'éthique et de culture religieuse, l'introduction d'un cours obligatoire sur
la laïcité pour les futurs enseignants et
ceux qui occupent des postes de responsabilité dans les écoles, la création
d'un référent laïcité dans les écoles
et la modification de la
Loi sur l'Assemblée nationale de sorte que les élus
puissent y régir le port d'un signe religieux. Merci.
Mme Benhabib (Djemila) : Merci.
Après cette présentation spécifique à la laïcité dans le milieu scolaire, permettez-moi d'élargir la focale à quelques
éléments qui me paraissent fondamentaux pour justifier l'adoption du projet
de loi, que je salue grandement et vous félicite, M. le ministre, pour vos
efforts.
Le rapport de
notre société à la laïcité. La laïcité vue comme un principe fondateur de la
démocratie, garant de la séparation
des pouvoirs et de la souveraineté populaire, en mesure de créer du commun à
une époque de repli identitaire et religieux,
avec leur corollaire, le communautarisme, sont en progression partout dans le
monde. C'est parce que nous vivons dans
un monde de plus en plus fragmenté, individualiste, consumériste que la laïcité
est redevenue un référent commun pour
un grand nombre de nos concitoyennes et concitoyens, qui y voient comme moi,
comme nous, le meilleur ciment pour lier notre communauté politique,
c'est-à-dire notre nation.
Certes, nous
sommes différents les uns des autres, notre société regroupe des croyants et
des non-croyants, dans certains cas
des personnes appartenant à des univers éloignés les uns des autres. Pour
autant, nos institutions publiques sont
garantes du bien commun, c'est-à-dire qu'elles doivent veiller à nous
rassembler toutes et tous à travers un postulat très simple qui est celui d'imposer deux normes à ses
représentants : la neutralité politique, qui existe déjà, et la neutralité
religieuse, qui est l'objet de notre discussion.
Il n'est
nullement question de violation de droits fondamentaux mais plutôt d'une
restriction raisonnable dans le cadre
d'une société libre, démocratique et pluraliste, car, contrairement à ce que
véhiculent les détracteurs du projet de
loi n° 21, il n'existe pas un droit à l'exhibitionnisme
religieux dans la fonction publique. La liberté de religion n'est pas un
droit de religion. Elle n'est surtout pas un droit à l'intégrisme religieux.
Il est d'ailleurs troublant de constater des
alliances totalement improbables entre des intégristes notoires et certains de nos intellectuels et de nos députés
qui font front commun contre le projet de loi. Je citerai deux exemples :
une conférence organisée le 14 avril
sous l'égide d'Ali Sbeiti, qui est l'imam du Hezbollah du centre communautaire
de Montréal, la frange khomeyniste de
l'islam politique, avec la participation de Charles Taylor, Ruba Ghazal,
députée QS, et Frantz Benjamin, député du PLQ; une autre conférence organisée
le 20 avril par le Centre communautaire Laurentien, le paravent de la MAC,
Muslim Association of Canada, qui se revendique de l'idéologie de Hassan
al-Banna, le fondateur de la confrérie des Frères musulmans, à laquelle
participait Charles Taylor.
Céder un
pouce de nos institutions étatiques aux pressions des intégristes revient à
fragiliser notre État. Or, jouer d'une façon absolutiste les droits
individuels contre les droits collectifs crée les conditions de notre échec
collectif.
Pourtant, la
laïcité n'est rien d'autre qu'un espace d'émancipation individuelle et
collective. Il n'est nullement question
de sacrifier l'un au détriment de l'autre mais de garantir un juste équilibre
entre les deux. La laïcité, c'est d'abord et avant tout une nette distinction entre trois espaces, privé, public
et civique, et deux sphères, la sphère publique et la sphère privée.
Chacun des espaces, chacune des sphères revêt ses propres exigences.
Ce que le
Québec s'apprête à mettre en application s'inscrit dans une tradition civiliste
du droit ayant pour fondement
philosophique l'universalisme des Lumières et comme attribut politique la
république. À
titre d'exemple, des démocraties
telles la France, la Belgique, la Suisse, certains länder, en Allemagne, imposent
déjà l'interdiction des signes religieux aux enseignants. À l'instar de
ces grandes démocraties, le Québec peut-il encore choisir pour lui-même?
La question
se pose aujourd'hui avec une intensité soutenue compte tenu du fait de deux
modèles antagoniques qui
caractérisent le Canada, avec le multiculturalisme, qui n'est rien d'autre
qu'une forme de multiconfessionnalisation de l'État, et le modèle du Québec, porteur d'une expérience unique et
singulière en matière de rapports entre la religion et l'État dans toute l'Amérique du Nord. Certains
tendent à nous le reprocher. Pour ma part, j'y vois une forme d'affirmation
politique vis-à-vis d'un système canadien qui reconnaît le religieux, voire
l'accommode. Notre histoire est différente, assumons-la.
Je finirai
par attirer votre attention sur un appel intitulé Avec le peuple québécois
pour la laïcité de l'État! , signé par
un certain nombre d'intellectuels, d'hommes politiques, de femmes politiques
européens, dont le philosophe de la laïcité Henri Pena-Ruiz, dont la philosophe
et l'historienne Élizabeth Badinter, dont plusieurs autres, qui regardent avec
un grand intérêt le débat qui se fait
aujourd'hui et qui ont exprimé à travers cet appel, que nous allons publier
probablement dans des journaux
européens dans les quelques jours qui suivent, eh bien, leur plus grande
solidarité avec le peuple québécois pour la laïcité. Merci.
Président (M. Bachand) :
Merci infiniment. Je cède la parole, maintenant, à M. le ministre, s'il vous
plaît.
M. Jolin-Barrette : Oui.
Combien de temps, M. le Président?
Le Président
(M. Bachand) : 15 minutes.
M. Jolin-Barrette : O.K. Mme Benhabib, Mme Mailloux, merci
d'être présentes en commission parlementaire pour venir nous présenter
vos observations sur le projet de loi n° 21.
souhaiterais commencer avec les derniers propos de Mme Benhabib
relativement au fait de garantir un juste équilibre pour le projet de loi n° 21. Vous avez parlé que c'est un
équilibre entre les sphères publique, privée et civique. Notamment, on inscrit dans la Charte des droits et libertés
de la personne le principe de laïcité de l'État et on l'inclut également à l'article 9.1. Est-ce que, pour
vous, le juste équilibre, ça fait
partie notamment du fait de l'inscrire dans
la charte, le principe de la laïcité de l'État?
Mme Benhabib
(Djemila) : Oui, bien entendu. Je veux dire, aujourd'hui, au Québec,
on est forcés de constater que
formellement, juridiquement, il n'y a pas d'inscription de la laïcité sur aucun
document officiel, et ce caractère, donc, va offrir la possibilité au juridique de s'appuyer sur un texte de loi,
sur une charte, sur un référent qui est important et qui va garantir autant des libertés individuelles...
Car, encore une fois, je suis extrêmement attachée aux libertés individuelles,
mais ces dernières ne peuvent pas gommer les
libertés et le destin collectif de tout un peuple. Donc, il y a un équilibre
à avoir entre les deux, entre l'individu, son émancipation, mais aussi le
peuple, notre nation et son émancipation.
M. Jolin-Barrette : Et donc on utilise les dispositions de dérogation
notamment, dans le projet de loi, pour réaliser, un, cet objectif-là, mais aussi pour s'assurer que ce soit à l'Assemblée
nationale, que l'organisation du modèle de la société québécoise, de la séparation entre l'État et les
religions, soit définie par les parlementaires plutôt que par les tribunaux.
Je voudrais savoir qu'est-ce que vous pensez
de l'utilisation des dispositions de dérogation par le gouvernement dans le
cadre du projet de loi n° 21.
Mme Mailloux
(Louise) : Nous considérons que c'est une très bonne chose, que c'est
un geste d'affirmation politique qui est
nécessaire dans le contexte actuel. Si on remonte juste dans les
15 dernières années, je ne sais pas, en 2004, il y a eu un jugement de la Cour suprême, il y en
a eu un en 2006 avec le kirpan, il y en a eu deux autres en 2012, il y a
2015, Saguenay, et, en 2017, le projet de
loi des libéraux, trois semaines après, l'article 10 sur la question du
voile intégral était amené devant les
tribunaux. Alors, la clause dérogatoire, elle est nécessaire pour pouvoir
préserver la souveraineté parlementaire et éviter que le projet de loi...
que la loi prenne le chemin des tribunaux et que ce soit la Cour suprême,
ultimement, qui décide plutôt que les gens que nous avons élus le
1er octobre dernier.
Alors,
c'est une question de souveraineté politique, et je pense qu'il est très
légitime de pouvoir le faire. D'ailleurs, c'est la prérogative aussi et le privilège de tout Parlement provincial
à l'intérieur du Canada. C'est constitutionnel, en plus.
M. Jolin-Barrette : O.K. Vous avez fait référence, Mme Mailloux,
au projet de loi n° 62 relativement au fait que la disposition visant la prestation et la
réception de services à visage découvert était suspendue. Dans le projet de loi
n° 62... Bien, en fait, ce qu'on
fait, dans le projet de loi n° 21, c'est que notamment on vient
circonscrire cette disposition-là, on vient
la réintégrer, notamment pour des questions de sécurité et d'identification.
Pour que ce soit applicable, on utilise notamment la disposition de dérogation à ce niveau-là. Mais plus
largement, sur le 62, on parlait de neutralité religieuse de l'État; nous, on parle plutôt, dans le projet
de loi, de laïcité de l'État. Alors, est-ce que vous trouvez ça pertinent qu'on
parle davantage de laïcité que de neutralité?
Mme Mailloux
(Louise) : Oui, parce qu'au nom de la neutralité on peut aussi inviter
toutes les religions à se manifester, et
n'en privilégier aucune, et demeurer neutre, alors que, si on inclut le premier
principe de la laïcité, qui est celui
de la stricte séparation de l'État d'avec les religions, à ce moment-là c'est
une neutralité qui est, en quelque sorte, d'abstention, c'est-à-dire
qu'il n'y a aucune invitation à accommoder ou aucune invitation pour le
religieux dans les institutions publiques, alors que le projet de loi n° 62, c'était vraiment... Il créait une ouverture maximale
à toutes les religions et il donnait même la
possibilité d'un accommodement à l'article 10, c'est-à-dire pour le voile intégral. Alors, en termes d'ouverture, c'était
incroyable.
Mme Benhabib
(Djemila) : Le boulevard.
Mme Mailloux
(Louise) : Oui.
M. Jolin-Barrette :
Pardon, excusez-moi, je n'ai pas... Le boulevard? En termes d'ouverture?
Mme Mailloux
(Louise) : Bien, vous ouvrez un boulevard à tout le monde, y compris
les pires intégrismes.
M. Jolin-Barrette : Je comprends. M. le Président, je sais que
j'ai des collègues qui veulent poser des questions. Je reviendrai par la
suite, mais je crois que la députée de Bellechasse veut poser des questions.
Président (M. Bachand) : Mme la
députée de Bellechasse, s'il vous plaît.
Mme Lachance :
Merci, M. le Président. Merci, mesdames, d'être là.
vous ai bien entendues lorsque vous avez parlé de l'importance de la laïcisation de l'école puis que vous avez mentionné qu'elle avait été initiée par le rapport
Parent. J'aimerais approfondir un petit peu cette importance-là mais plus
spécifiquement en traitant de l'importance
que vous accordez à l'interdiction des ports religieux par les enseignants.
Dans le fond, ce que je veux savoir,
c'est : Pourquoi estimez-vous que c'est si important d'éliminer le port de
signes religieux chez les enseignants?
Mme Mailloux (Louise) : Parce que le signe religieux, de «signe»,
autrement dit, signifie et que la religion, en quelque sorte, n'a pas sa place dans les classes, dans les salles de
cours. Ce n'est pas le message qu'il faut envoyer aux élèves dans une
école laïque.
Alors, la responsabilité de... En
fait, le signe religieux, il n'est pas chez lui dans les écoles. L'école, c'est
l'État, c'est une institution
publique, et l'État, il est chez lui et il est tenu de protéger la liberté de
conscience des élèves et de faire,
donc, respecter la neutralité, le devoir de réserve chez les enseignants.
Alors, c'est une des raisons, la raison principale : protéger la
liberté de conscience des élèves.
Mme Benhabib
(Djemila) : Oui. Et, si je peux me permettre de compléter, en fait,
l'école n'est pas une institution banale,
l'école véhicule un choix de société. Et le choix de société que nous avons
fait, au Québec, voilà quelques années déjà,
c'est celui de la distanciation vis-à-vis du religieux mais aussi celui de
l'égalité entre les femmes et les hommes. Donc, par souci de cohérence, comment accepter des symboles sexistes
dans une école qui a pour mission de véhiculer l'égalité entre les femmes et les hommes? Si l'État veut être cohérent,
la mission qu'il doit donner à l'école, c'est celle, bien entendu, de véhiculer à tout instant, eh
bien, cette assise fondamentale de la démocratie qui est celle de l'égalité.
Donc, si vous voulez, il y a un souci
de choix de société, mais il y a aussi un souci de cohérence vis-à-vis de la
mission que l'on donne à l'école.
Président (M. Bachand) : Mme la députée.
Mme Lachance :
Merci, M. le Président. Merci, mesdames.
Président (M. Bachand) : M. le député de Saint-Jean, s'il
vous plaît.
M. Lemieux :
Merci beaucoup, M. le Président. Bonjour, mesdames.
Mme Benhabib,
je n'ai pas pu m'empêcher de remarquer qu'à la fin, pressée par le temps, vous
avez quand même insisté pour parler
de la réaction européenne, entre autres, à ce qui se passait ici, au débat qui
était courant au Québec, et ça
m'intéresse, ça m'interpelle, même, parce que l'image du Québec, autant à
l'étranger qu'au Canada, est importante, d'autant plus que je connais bien le reste du Canada et leur vision du
Québec, et ça bouge beaucoup ces temps-ci. Je ne veux pas être nombriliste, et puis j'ai retenu ce que le ministre a dit
aussi, là, on n'a pas besoin de la permission de personne, des autres
provinces, pays pour faire ce qu'on va faire, mais leur réaction et leur vision
des choses, c'est intéressant.
Sans
me faire une revue de presse, puisque vous êtes toutes les deux des gens qui
publiez et qui sont très au fait de ce qui se passe ailleurs parce que
vous interpelez... Mme Mailloux parce que vous êtes essayiste, entre
autres, et Mme Benhabib parce que vous
êtes conférencière et vous êtes un peu partout avec votre travail de
journaliste, sans me faire une revue
de presse, comment vous percevez, comment vous lisez ce qu'on pense et ce qu'on
dit de ce qu'on est en train de faire
ici? Et dans quelle mesure ça vous interpelle, cette vision du reste... des
autres sur ce qu'on est en train de décider?
Mme Benhabib
(Djemila) : Moi, je vis depuis pratiquement 10 ans entre le
Québec et l'Europe et j'interviens sur
les questions de la laïcité. Cela signifie que je rencontre des députés, des politiques, des intellectuels, des journalistes qui sont curieux de notre singularité québécoise
parce qu'ils y voient une façon, évidemment,
particulière de séparer le politique et le religieux, mais ils y voient
aussi une expérience unique vis-à-vis du multiculturalisme et vis-à-vis du communautarisme. Et les discussions que j'ai eues
avec un certain nombre, évidemment, d'intellectuels et de philosophes dont la
question principale est la laïcité, c'est que véritablement ils soutiennent
notre action et qu'ils se soucient de ce qui se passe ici, au Québec. Je
vais probablement rendre compte, évidemment, de tout ce qui s'est dit pendant
toute cette semaine. Je prends l'avion ce soir pour l'Europe et j'aurai des
discussions autour de ce projet de loi.
J'ai
intervenu au Parlement de Genève concernant la question spécifique des
accommodements raisonnables, et, bien entendu, ma recommandation était à
l'effet que, surtout, il ne fallait pas aller dans ce sens, dans la direction
des accommodements raisonnables. Ce qu'on voit en Europe depuis un certain
nombre d'années, c'est une montée du communautarisme,
c'est une montée aussi fulgurante du fondamentalisme religieux musulman qui
brise des familles, qui détourne des
enfants, qui les propulse dans le djihad. Et donc c'est pour ça que tous ces
débats de société que nous avons autour
de la laïcité, c'est-à-dire autour de cette question de faire du commun,
comment faire du commun, comment nous lier les uns les autres... Et ça,
ça va se faire véritablement indépendamment des religions. Les religions ne
sont pas le ciment de la vie politique. Les
religions, il faut les tenir, évidemment, à l'écart de la cité, dans le respect
des croyants, il ne s'agit pas du
tout de monter une croisade contre les croyants, absolument pas. La laïcité
accueille avec bienveillance de la même façon les croyants et les
non-croyants.
Donc,
juste pour résumer, ce qui se passe ici, au Québec, maintenant, est quelque
chose d'historique à l'échelle du monde parce que c'est une première en
Amérique du Nord.
Président (M. Bachand) : Autres interventions? M. le
ministre, s'il vous plaît. Merci.
M. Jolin-Barrette : Oui, certainement. Écoutez... Je ne sais pas, la
députée de Les Plaines... O.K. Vous faites une série de recommandations, notamment le fait d'élargir le projet de loi,
notamment, aux enseignants de niveau préscolaire et aux éducateurs de garderie, en CPE. Pourquoi vous faites cette
proposition-là d'élargir davantage le projet de loi pour l'interdiction
du port de signes religieux?
Mme Mailloux
(Louise) : Bien, le préscolaire
et les CPE, c'est l'antichambre de l'école publique. Alors, les jeunes, ils sont vraiment fragiles, ils sont vraiment...
il n'y a évidemment pas d'esprit critique de développé, alors je pense qu'il
est important, à ce
moment-là, d'interdire et d'éviter la banalisation des signes religieux,
surtout, par exemple, un signe qui
est sexiste. On n'a pas à envoyer le message aux jeunes que les femmes doivent
se couvrir les cheveux, les oreilles, le
cou et que les femmes doivent être davantage pudiques que les hommes. Alors, ce
n'est pas ce qu'on veut faire, ce n'est pas l'éducation qu'on a souhaité donner, au Québec, depuis les
années 70. Et je pense que l'éducation, elle commence aussi dans
les CPE et au niveau préscolaire, d'où l'importance d'agir.
M. Jolin-Barrette : Est-ce que vous faites une distinction entre le
réseau public et le réseau privé? Quand vous formulez cette
recommandation-là, est-ce que vous dites : On devrait viser uniquement les
CPE?, ou on devrait viser également les garderies privées, privées
subventionnées et les établissements d'enseignement privés également?
Faites-vous une distinction?
Mme Mailloux (Louise) : Idéalement, il faudrait viser les deux, mais nous
sommes bien conscientes qu'on ne peut
pas tout faire d'une première fois. Alors, il faut peut-être y aller par
étapes. Comme a déjà dit M. Legault, et c'était une formule assez frappante, un éléphant, ça se
mange par tranches. Alors, allons-y avec cette tranche-là. Si c'est possible
d'agrandir un peu le steak, ce serait bien.
Président (M. Bachand) : Mme la députée de Les Plaines,
s'il vous plaît.
Mme Lecours
(Les Plaines) : En fait, ce que je voulais savoir, j'ai posé la même
question à vos collègues qui étaient
juste avant vous : En quoi est-ce que l'affirmation de la laïcité de
l'État va faire en sorte que les femmes... le droit des femmes va prendre du
galon, en fait, l'avancée des droits des femmes va être plus importante? Parce
que c'est quand même concentré sur les gens qui sont en autorité.
Mme Mailloux (Louise) : Bien, déjà, d'éviter d'avoir comme figure d'autorité... Et
pas rien que d'autorité. Les enseignants, la première chose qu'un enseignant fait,
dans une salle de cours, et peu importe le niveau... Moi, j'ai enseigné pendant 35 ans au niveau
collégial, et la première chose à installer, dans une salle de cours, c'est un
niveau de confiance avec les étudiants, avec les élèves, c'est la première
chose à faire. Et c'est la raison pour laquelle on stresse tant, d'année
en année, dès la rentrée ou à la première semaine de la rentrée, parce qu'on
sait que, si on n'a pas cette confiance-là, c'est difficile, c'est plus
difficile par après de procéder.
Alors,
les jeunes, ils sont très vulnérables, et les tout-petits encore plus. Ils sont
dans une relation de confiance avec le professeur, et, à ce moment-là,
ils sont, comment je dirais, comme des éponges et ils peuvent tout gober.
le message d'une école laïque, ce n'est pas un message où les professeurs
peuvent porter des signes religieux. L'école laïque, ce n'est pas
l'Expo 67, il ne faut pas confondre.
Président (M. Bachand) : ...il reste
une minute.
Mme Benhabib
(Djemila) : Si je peux me permettre quelques éléments...
Président (M. Bachand) : Oui.
Mme Benhabib
(Djemila) : D'abord parce que
l'éducation, certes, elle est verbale, mais, dans la petite
enfance, elle est non verbale, donc il y a beaucoup
de choses qui se font à travers l'image. Et ça, je pense que c'est extrêmement important de le considérer,
que les premières années sont des années extrêmement importantes,
sont des années décisives pour
l'individu. Et de pouvoir banaliser des symboles qui véhiculent des valeurs
rétrogrades, des valeurs sexistes, eh bien, ça hypothèque la suite, ça hypothèque l'avenir, ça formate, d'une
certaine façon, le schème de pensée, eh bien, de ce petit être qui est
en face de nous.
discussion que nous avons sur la laïcité aujourd'hui au Québec mais partout dans le monde, elle se fait dans un
contexte politique, et ce contexte-là, il est marqué par la montée des
intégrismes religieux. Les intégrismes religieux s'attaquent d'abord aux femmes
à travers des restrictions dans leurs corps, à travers la restriction de la
contraception, à travers l'interdiction de
l'avortement. Bref, la première victime de la montée des intégrismes religieux,
ce sont les femmes, et donc...
Le Président (M. Bachand) : Merci. Merci
beaucoup. Pardon, désolé. Mme la députée de Marguerite-Bourgeoys, s'il vous plaît. Désolé.
Mme David : Merci
beaucoup. Bonjour, mesdames. Merci de
vous prêter une nouvelle fois à l'exercice, parce que ce n'est pas la première fois que vous parlez de ces
notions-là. Et c'est intéressant d'en discuter, alors j'apprécie l'échange que
je vais avoir avec vous.
Vous m'amenez sur des
terrains où je ne pensais pas aller ce matin, mais vous m'avez, quand même,
avec le manifeste, je
crois, vous appelez ça comme ça, le manifeste que vous avez déposé... On va peut-être
parler un peu d'identité puis on va peut-être parler de Jacques Lacan, puisque vous avez parlé
d'Élizabeth Badinter, que je connais par
ailleurs. Et, s'il y a
des gens qui ont parlé d'identité, de signifiant, c'est bien les lacaniens, en
France. Alors, puisque vous allez souvent en Europe, vous aurez l'occasion
peut-être d'avoir ces discussions-là avec eux.
Quand
on parle de signifiant, quand on parle... Et non pas insignifiant, attention,
là. Le signifiant lacanien est une notion
qui a révolutionné la psychanalyse. Puisque j'en suis une, je pense que je connais un peu
les théories. Vous savez, le signifiant, ça définit l'identité. Vous avez parlé,
Mme Mailloux, de l'identité et vous avez parlé de gens qui s'entêtent
à porter... Et, dans le mot «entêtent», il y a
le mot «tête», hein, et c'est évident que vous faites référence au port du
hidjab chez des femmes, et vous
dites : Elles s'entêtent à le porter. Donc, si elles s'entêtent à le
porter, c'est peut-être parce
que c'est un signifiant extrêmement important pour elles, c'est peut-être parce que
nous sommes tous porteurs de nos propres signifiants. Je vous vois, je nous vois, je vois tout le monde, on se lève le matin, on s'habille d'une telle façon, on s'affiche
d'une telle façon, on porte des... on
choisit des vêtements qui nous ressemblent et qui signifient quelque chose. Et, quand on parle de religion, évidemment, c'est encore un
signifiant beaucoup plus profond.
Alors, évidemment qu'il
y a des gens qui reprennent politiquement... Et ça se peut qu'il y en ait qui
aient des messages signifiants très importants par rapport à des valeurs politiques.
Vous
parlez de valeurs rétrogrades. Je pense qu'il y a beaucoup
d'écrits qui ont dit que ce n'était pas que des valeurs rétrogrades, de porter
un signe ostentatoire, surtout que, là, on va interdire les signes religieux invisibles, j'ai posé plusieurs
questions à mon collègue là-dessus.
Alors,
moi, je voudrais vous entendre beaucoup plus sur l'aspect que moi, j'identifie un peu
comme péjoratif de cette question
d'identité. Comment vous pouvez soutenir qu'on s'entête à porter quelque chose alors que, justement, ce signifiant-là
donne un sens à notre vie? Il y a une éditorialiste, une chroniqueuse qui a
dit : C'est le sens qu'on donne à notre vie qui se traduit, entre
autres, par des signifiants.
Mme Mailloux (Louise) : Bien, il
y a un entêtement, il y a
une intransigeance, pour certaines et certains — quand on
parle de la tête, on peut parler de la kippa aussi — donc
des gens qui s'entêtent à vouloir porter leurs signes religieux. Et il y
en a même qui vont jusqu'à
dire : Ou je porte mon signe religieux ou je quitte mon travail,
j'abandonne mon travail. Alors, quand
on est rendu là, à défendre une identité religieuse à ce point-là, je ne sais
pas, on pourrait peut-être se poser des
questions, il y a peut-être, des fois, une dimension politique.
Est-ce qu'on est toujours dans la religiosité, est-ce qu'on est toujours
dans la spiritualité, quand on réagit de la sorte?
Pensez,
par exemple, à... Depuis Vatican II, les catholiques ont
abandonné d'eux-mêmes, le gouvernement n'a pas
eu à légiférer, ont abandonné d'eux-mêmes leurs signes religieux justement
pour mieux s'intégrer à la société
civile, ils ont adopté l'habit laïque.
Alors,
écoutez, on est au Québec, nous avons une histoire. Depuis, même, la Révolution
tranquille, on a fait des bonds
incroyables en termes de laïcité. On ne veut pas régresser, on ne veut pas
retourner en arrière. Alors, il faut que certaines personnes qui s'entêtent... ce n'est pas toutes, hein, mais,
certaines personnes qui s'entêtent, il va falloir qu'elles comprennent qu'elles sont au Québec et que la
laïcité, c'est quelque chose d'important. Ça fait aussi
partie de, appelons
ça, notre identité, c'est ce qu'on veut.
Président (M. Bachand) : Mme la députée, s'il vous plaît.
Mme David :
On ne va peut-être pas passer tout le temps à parler de s'entêter, mais je
trouve ça extrêmement intéressant
d'avoir deux positions qui forcément nous différencient un peu sur la notion
d'entêtement parce que, pour moi, l'entêtement,
ça peut être qu'on croit en un certain nombre de choses, et que ça fait
partie
de nous, et que ça ne se met pas à la
porte d'une classe, et que ça... parce qu'on pourrait dire que, dans
l'entêtement, il y a aussi l'entêtement interne et pas seulement
externe, c'est-à-dire nos croyances, qui ne sont pas ostentatoires mais qui
pouvaient être encore plus dommageables.
Parce que vous prenez pour acquis que c'est dommageable d'avoir un signe
ostentatoire. Moi, je posais la question
au groupe précédent. D'être homophobe, d'être misogyne, d'avoir... d'être pro
ou antiavortement, ça peut être extrêmement pénalisant, même si ce n'est
pas un signe ostentatoire.
vais aller vers une phrase que je trouve quand même importante dans votre
manifeste : «La laïcité tend à unir les citoyens et citoyennes au-delà de leurs croyances et convictions en
s'appuyant sur ce qui les unit et non sur ce qui les différencie.» Est-ce que je pourrais vous faire la
proposition inverse, en tout respect, qu'on pourrait être beaucoup plus unis
dans la tolérance, et dans l'humanisme, et
dans la différence que d'être unis en homogénéisant tout le monde? C'est une
question philosophique importante que cette question-là, il me semble.
Mme Benhabib
(Djemila) : Oui, je peux répondre? En fait, je pense que l'exercice que
nous avons à faire ici, c'est aussi
un exercice pédagogique, c'est-à-dire expliquer qu'est-ce que la laïcité. Et,
quand j'entends un député exprimer la phrase suivante : On va interdire
les symboles religieux, certes, pour moi, c'est une phrase incomplète. Oui, on
va interdire dans l'espace civique,
on va interdire pendant les heures de travail à des représentants de l'État.
Ça, ce serait une phrase qui est beaucoup plus complète et qui
traduirait la complexité de ce qu'est la laïcité.
Donc,
encore une fois, faire la distinction entre l'espace public, l'espace privé,
l'espace civique mais aussi faire la distinction entre l'individu, c'est-à-dire
ce qui relève du particulier, du singulier, la croyance, la non-croyance,
et l'État, l'État qui est au-dessus de tous
les individus, l'État qui est au-dessus de tous les particularismes, l'État qui
est au-dessus de toutes les
religions, l'État qui est au-dessus de toutes les philosophies. Et donc c'est
pour ça que la laïcité, qui n'est ni une
option idéologique ni une option politique, mais qui est un cadre philosophique
d'abord et ensuite qui offre un cadre politique
et juridique, regroupe des individus qui sont différents dans leur conception
de voir la vie, de voir les choses, mais
qui, par ailleurs, acceptent de transcender leurs croyances, comme le disait le philosophe Pena-Ruiz, pour le
bien commun. Il y a quelque chose de plus grand que moi, il y a quelque
chose de plus grand que vous, et ce
quelque chose, c'est l'État, c'est
l'État du Québec, qui réunit toutes les Québécoises et tous les
Québécois et qui cimente l'ensemble de notre nation.
Le Président
(M. Bachand) : Merci. Mme la députée, s'il vous plaît.
Mme David : Alors, dans le projet de loi, justement, le
ministre insiste beaucoup pour dire qu'on parle de laïcité
collective, de la laïcité de l'État. En quoi la laïcité de l'individu a-t-elle
un lien à voir avec la laïcité de l'État?
Mme Benhabib
(Djemila) : En fait, la
laïcité de l'individu, Mme la députée, ça n'existe pas, en tout respect, quoi.
Il n'y a que la laïcité de l'État, qui existe, il n'y a que sur la laïcité de
l'État que des intellectuels, des philosophes, des universitaires écrivent parce que ça concerne les institutions de l'État,
ça concerne des représentants de l'État. Donc, il faut bien savoir de
quoi on parle. On parle de l'État et on parle des représentants de l'État, des
fonctionnaires.
Président (M. Bachand) : Mme la
députée, oui.
Mme David : Je ne sais pas si j'ai bien compris. Vous avez
dit : La laïcité, il n'existe que de laïcité étatique et non pas de laïcité individuelle. Or, tout le débat ici
porte sur cette question de laïcité individuelle. Le port de signes religieux,
les laisser à la porte de la classe, par exemple, ça réfère directement à toute
cette question de laïcité individuelle, c'est-à-dire d'avoir une apparence de
neutralité. Et c'est ça que vous parlez, là.
Quand
vous parlez de valeurs rétrogrades, par exemple, du port d'un signe religieux,
ce n'est pas très gentil pour tous les Québécois francophones dits de souche
qui portent une croix donnée, comme j'ai dit au ministre, par leurs grands-mères il y a 30 ans, et qui le portent
à leurs cous, et qui devront l'enlever pour rentrer dans la classe. Alors, ça
veut dire qu'on est beaucoup, beaucoup de rétrogrades dans la société québécoise. Et j'aimerais vous entendre
sur le fait que peut-être, je ne sais pas, moi, 70 %, 80 % des
gens sont donc rétrogrades, à votre point de vue.
Mme Mailloux (Louise) : Mme David, la laïcité individuelle, c'est
quelque chose... ça n'a aucun sens. La laïcité, c'est la définition des rapports juridiques et
politiques entre l'Église et l'État, et ça vient du XVIIe siècle, d'un
philosophe britannique, John Locke, qui a trouvé, si vous voulez, la recette
miracle pour mettre fin aux conflits religieux en Europe. Il a dit : J'ai la solution, il faut séparer
la religion de la politique. Et, en faisant ça, ce que ça fait, ça fait que,
contrairement à ce qui se passait précédemment, aucune religion, à ce
moment-là, n'est imposée par l'État, et ça crée une ouverture maximale pour les individus. Ça donne, ce qu'on
appelle, à chacun la liberté de conscience, c'est-à-dire de choisir d'avoir
ou non une croyance, de choisir d'en changer ou de l'abandonner.
Alors,
il n'y a pas de laïcité individuelle, c'est un non-sens sur le plan
philosophique, et en plus ça mélange tout le monde.
Président (M. Bachand) : Mme la députée, s'il vous plaît.
Mme David :
Alors, oui, il y a des philosophes qui ont une tout autre position.
Mais
je reviendrais quand même sur les valeurs rétrogrades, parce que c'est un mot
que j'ai noté, que, je pense, c'est Mme Benhabib qui a mentionné ça.
Alors, est-ce que le port de signes religieux catholiques, la petite croix en
dessous de la veste, est un signe religieux rétrograde qu'il faut bannir, même
s'il est invisible, même si, par ailleurs, il n'y aura pas de fouille à nu,
comme a dit le ministre? Comment on gère ça? Et que pensez-vous, dans le fond,
de la position que ça... de l'option ou de
l'opinion que ça donne sur l'ensemble des Québécois qui peut-être portent ce
signe religieux parce qu'il y a un lien affectif et identitaire?
Président (M. Bachand) : Très, très rapidement, s'il vous
plaît.
Mme Benhabib
(Djemila) : Oui. Encore une fois, je pense que Mme David,
sincèrement, ne comprend pas véritablement ce qu'est la laïcité. C'est
dommage.
réalité, la laïcité réunit des croyants et des non-croyants. Il y a deux formes
de laïcité, et, si vous voulez, les grands
débats qui ont cours en ce moment, c'est autour d'une laïcité de reconnaissance
des religions, c'est-à-dire le type canadien,
et une laïcité d'indifférence vis-à-vis des religions. Voilà où se situe la problématique.
La laïcité, ce n'est pas la
stigmatisation des croyants, ce n'est pas véhiculer, disons, des idées qui sont
erronées à l'égard des croyants. La laïcité, ce n'est pas la chasse aux
croyants. La laïcité, c'est le respect des croyants et des non-croyants.
Président (M. Bachand) : Merci. Merci beaucoup. M. le
député de Jean-Lesage, s'il vous plaît.
M. Zanetti :
Oui. Alors, Mme Mailloux, je pense que vous êtes professeur de philo,
n'est-ce pas?
Mme Mailloux (Louise) :
Oui, tout comme vous l'étiez.
M. Zanetti : Et donc vous savez ce que c'est qu'une fausse
analogie. Il y a quelque
chose dans votre discours où
vous dites : Pas besoin d'étude pour enlever les crucifix, pas besoin
d'étude pour enlever les signes religieux sur les personnes, mais il s'agit
d'une fausse analogie parce qu'il y a une immense différence entre les deux, on
ne peut pas comparer les deux choses, parce
qu'enlever des signes religieux sur les personnes, ça porte atteinte aux droits
de la personne.
passe sur cette parenthèse. On pourrait aussi parler de pente fatale, mais je
ne veux pas utiliser tout mon temps pour
ça. J'aurais une question à Mme Benhabib : Selon vous, les femmes qui
portent le hidjab, est-ce qu'elles sont des intégristes?
Mme Benhabib
(Djemila) : (Interruption). Pardon, excusez-moi. Oui, les femmes qui
portent le hidjab, ça dépend de
quelles femmes on parle... (Interruption) Pardon, excusez-moi, je pense que
j'ai forcé sur la voix. C'est comme tout à l'heure je disais. Pour ma part, nous avons un exercice complexe à
faire et nous devons apporter des nuances. Et, lorsque nous prenons la parole, eh bien, je considère
qu'il est sain de poser une question peut-être complexe : De quel type de
femme on parle? Parle-t-on de la femme qui porte le hidjab dans la rue et qui
accepte d'enlever son hidjab pour aller enseigner
ou pour aller travailler? Cette femme, elle est visiblement une citoyenne à
part entière, une laïque qui a compris la séparation entre les pouvoirs politiques
et les pouvoirs religieux. Par ailleurs, les femmes qui portent le hidjab
et qui considèrent que la loi de Dieu est
au-dessus de la loi de la cité, qui ne souhaitent faire aucun compromis dans la
société à laquelle elles
appartiennent, qui exigent de l'État à ce qu'il les accommode à tout prix, qui
portent le hidjab de façon ostentatoire
et qui exercent un certain chantage émotif en disant : Non, je n'enlèverai
pas mon hidjab, eh bien, celles-ci, oui, je considère qu'elles sont
intégristes.
Le Président
(M. Bachand) : M. le député de Jean-Lesage, s'il vous
plaît.
M. Zanetti :
Vous avez dit quelque chose tout à l'heure, bon, vous parlez d'alliance
improbable pour invalider la position
des gens qui s'opposent au p.l. n° 21. Très récemment, il
y a un groupe nationaliste canadien d'extrême droite appelé Storm Alliance qui a manifesté son appui
vigoureux envers le p.l. n° 21. Est-ce que vous jugez que cet appui-là
improbable et peut-être peu recommandable et peu fréquentable nuit à la
légitimité du projet de loi n° 21?
Le Président
(M. Bachand) : ...s'il vous plaît.
Mme Benhabib
(Djemila) : Oui. Oui, encore là, ce que je voulais souligner, c'est,
en effet, la nature, d'abord, des
alliances qui est improbable parce que, pour moi qui suis de gauche, la lutte
contre les intégrismes religieux, la lutte pour la laïcité, ça fait
partie de l'ADN de la gauche, historiquement,
historiquement c'est la gauche qui a consacré ce combat...
Le Président
(M. Bachand) : Allez-y, madame. En terminant.
Mme Benhabib (Djemila) : ...qui
a consacré ce combat, et donc...
M. Zanetti :
Storm Alliance, Storm Alliance. Vous en pensez quoi?
Président (M. Bachand) :
Merci. C'est tout. Alors, je cède la parole au député de Matane-Matapédia. S'il
vous plaît, M. le député.
M. Bérubé :
Merci, M. le Président. Je compléterais en disant qu'il y a des groupes
éminemment discutables et peu fréquentables qui contestent la loi n° 21, et peut-être qu'on pourrait en faire état ici, ça
ajouterait au débat.
Alors, je
pense qu'il faut que les radicaux ne soient pas au centre du débat et que les
gens qui sont modérés et qui ont
envie de débattre et d'échanger dans le cadre du parlementarisme soient au
centre des débats. Et en ce sens j'ai vu également des personnes peu recommandables et des groupes avec des
intentions à peine voilées contester fortement le projet de loi n° 21 qui va être discuté et adopté démocratiquement à l'Assemblée nationale du Québec. Ça mérite d'être dit.
Ceci étant dit, dans vos recommandations, évidemment, on se rejoint sur le cours d'éthique et culture
religieuse, j'ai eu l'occasion
d'échanger avec vous déjà là-dessus. Vous en proposez l'abolition; à tout le moins,
nous, des changements sur la
partie culture religieuse. Et je réitère
que le ministre de l'Éducation devrait préciser son intention et donner un
échéancier avant la fin de nos échanges, avant qu'on puisse voter sur le projet
de loi n° 21. Ça, c'est important.
Je veux vous
donner du temps pour nous parler d'un phénomène important au Québec, c'est les écoles
privées confessionnelles. Votre
compréhension, l'application de la loi, potentielle, pourquoi
ce serait important que ça aille là? Tout
à l'heure, vous disiez : On ne
peut pas tout avoir, à la fois appliquer dans le secteur public et dans le
secteur privé. Moi, je crois que oui,
je crois que c'est le moment pour le faire. Il y a l'attention nécessaire,
il y a une loi. Pourquoi accepter que le privé ne serait pas
assujetti aux lois, d'autant plus qu'on finance fortement les écoles privées au
Québec?
Alors, je
vous laisserais le soin de nous expliquer pourquoi vous croyez qu'il faut
avoir une attention particulière aux écoles privées confessionnelles et
qu'elles doivent être assujetties également à la loi.
Mme Mailloux
(Louise) : Bien, ce qu'on
demande, dans nos recommandations, c'est l'arrêt du financement des écoles
privées confessionnelles, parce qu'un État laïque ne peut pas utiliser l'argent
de M. et Mme Tout-le-monde, l'argent public, pour financer des croyances
particulières. Or, on sait qu'au Québec c'est le cas, à l'heure actuelle, le
gouvernement finance à hauteur, je pense, de 60 %. C'est sûr que... Alors,
de ce point de vue là, il faudrait arrêter de financer
des écoles privées confessionnelles. Les gens ont le droit, il y a une liberté
religieuse, ils ont droit à leurs écoles privées confessionnelles, mais
ce n'est pas à l'État à payer pour la transmission de ces connaissances
particulières.
M. Bérubé : Donc,
l'État finance des écoles...
Mme Mailloux (Louise) :
Publiques.
M. Bérubé :
Publiques pour qui l'enseignement de la religion est au centre du projet
éducatif à bien des égards, non?
Mme Benhabib
(Djemila) : Non. En fait, il y a deux types d'école confessionnelle.
Il y a des écoles confessionnelles privées...
M. Bérubé : Qui
sont privées. C'est à celles-là auxquelles je fais référence.
Mme Benhabib
(Djemila) : ...qui sont
financées par le gouvernement, et il y a des écoles confessionnelles privées qui ne sont pas financées par le gouvernement. Donc, je pense qu'il y
a aussi une distinction à apporter
entre ces deux types d'école.
Et, pour ma
part, pour revenir à notre développement que nous avons tenu à faire sur l'importance primordiale de l'école, c'est
d'ailleurs pour ça que nous avons commencé notre exposé avec l'école, eh bien,
il y a une attention particulière à avoir parce que l'école véhicule les
valeurs d'une société. Et d'abord arrêter le financement des écoles
confessionnelles privées, ça, il serait temps, donc, de le faire, mais aussi
d'avoir un véritable débat de société sur le financement
des écoles privées de façon générale. Je pense qu'on est dus aussi pour avoir
une discussion à cet égard-là.
Le Président
(M. Bachand) : Merci beaucoup.
Mme Benhabib
(Djemila) : Et je voudrais saluer, cher Pascal Bérubé, tous vos
efforts aussi et les efforts du Parti québécois pour la laïcité.
Président (M. Bachand) :
Bon, alors, sur ces bons mots au député de Matane-Matapédia, je vous remercie
de votre contribution.
Et la commission suspend ses travaux jusqu'après
les affaires courantes. Merci infiniment.
(Suspension de la séance à 11 h 58)
Président (M. Bachand) : À l'ordre, s'il vous plaît! Bienvenue. La Commission des institutions
reprend ses travaux. Je demande, bien sûr,
à toutes les personnes présentes dans la salle de bien vouloir éteindre la
sonnerie de leurs appareils électroniques, vous connaissez les règles.
Nous
poursuivons donc les consultations
particulières et auditions publiques
sur le projet de loi n° 21, la Loi
sur la laïcité de l'État.
Cet après-midi,
nous entendrons le mouvement national
des Québécois et Québécoises, l'Association québécoise des
Nord-Africains pour la laïcité et MM. Charles Taylor et Jocelyn Maclure.
Alors, je
souhaite la bienvenue aux gens du mouvement national des Québécois. Vous
connaissez les règles. Vous disposez de 10 minutes pour votre exposé, et
par après nous allons procéder à une période
d'échange avec les membres de la commission. Alors, je vous
invite donc à vous identifier et à débuter votre exposé. Encore une fois,
bienvenue.
M. Boucher
(Etienne-Alexis) : Je vous remercie beaucoup, M. le
Président. Eh bien,
bonjour à tous et toutes. Pour commencer, permettez-moi de saluer le député
de Richmond et président de la Commission des institutions, M. André Bachand, M. le député
de Borduas, ministre de l'Immigration, de la Diversité et de l'Inclusion et
leader parlementaire du gouvernement, M. Simon Jolin-Barrette, de même que
vous, Mmes et MM. les parlementaires.
Au nom du
Mouvement national des Québécoises et des Québécois, je tiens à vous remercier
de recevoir, dans le cadre des consultations particulières et auditions
publiques portant sur le projet de loi n° 21, les représentante et représentants de notre organisme, soit M. Yves
Bergeron, trésorier du Mouvement national, Mme Sarah Déry, professionnelle
responsable de l'animation politique et des commémorations, et moi-même,
Etienne-Alexis Boucher, président de l'organisme et directeur général par
intérim.
Vous donnez ainsi au mouvement l'opportunité de
contribuer directement et concrètement à un grand débat québécois comme nous le
faisons depuis maintenant plus de 72 ans, un débat qui se révélera avec le
temps, j'en suis convaincu, un moment
fondateur de notre histoire, un peu comme l'adoption de la loi 101. Parce
que, oui, l'adoption du projet de
loi sur la laïcité de l'État, ce n'est pas juste un
enchaînement d'étapes liées au processus législatif en vigueur dans cette Assemblée. Non, il s'avère plutôt être
l'aboutissement d'un mouvement, d'un consensus social et culturel qui plonge ses racines dans notre histoire, dans ce
parcours unique qui est le nôtre, creuset d'un mariage réunissant des
traditions et des coutumes provenant de tous les continents.
Nous
n'étudions donc pas ici un projet de
loi qui vient, par exemple, corriger
des lacunes administratives générées par
l'évolution des technologies mais bien un projet de loi qui se veut être
un véritable geste d'affirmation nationale, qui rappelle que le Québec
est encore capable, au XXIe siècle, de décider pour et par lui-même des
grands principes qui régissent le
mieux-vivre, le vivre-ensemble dans notre société, évidemment tout ça au grand
dam de celles et ceux qui malheureusement et, je dirais, faussement
considèrent que l'existence même d'une identité nationale distincte pour le Québec, foyer historique de cette nation francophone et
nord-américaine dont nous sommes issus, est une menace à l'intégrité du Canada
ou encore à leurs droits et libertés individuels.
Humblement,
je pense qu'il y a là une
partie de l'explication pour comprendre la violence
et l'exagération des réactions des
opposants à ce projet de loi. Bien sûr, son contenu touche à un débat très
sensible et un peu sans fin, parce que
chaque côté peut se réclamer de bons arguments et que, puisque nos sociétés
évoluent constamment, toujours il est nécessaire d'entretenir un
dialogue sur ce type d'enjeu. Non, ce qui, à mes yeux, peut le plus expliquer
les dérapages auxquels nous avons assisté depuis la présentation du projet de
loi n° 21, les uns parlant de nettoyage ethnique
pacifique — il
faut quand même le faire! — les
autres appelant à la désobéissance civile, traçant un dangereux parallèle entre ce projet de loi modéré et des
régimes inhumains, honnis, racistes tels que l'apartheid, en Afrique du Sud,
ou les lois ségrégationnistes du sud états-unien, eh bien, c'est que cette loi
vient remettre en question un dogme de l'identité
canadienne, le multiculturalisme, ou plutôt ce modèle de non-intégration
sociale et communautaire qui en vient, au
nom d'une soi-disant diversité, c'est-à-dire un mot fourre-tout, sans véritable
signification, qui est notamment utilisé pour diaboliser les opposants de l'orthodoxie canadienne... eh bien, on
en vient à encourager les citoyennes et les citoyens à limiter au possible leur
adhésion et donc leur contribution à un tronc national commun et spécifique à
un territoire donné.
D'ailleurs,
le premier ministre Justin Trudeau en personne se réclame de cette absence
d'une quelconque identité nationale pour le Canada et il l'a clamé haut et fort
à de multiples reprises : Mesdames et messieurs, le Canada est le premier État postnational au monde, vaste
programme, alors que le concept d'État national est encore aujourd'hui et pour
longtemps la pièce maîtresse, le fondement
des relations internationales et des institutions qui encadrent ces dernières
telles que l'Organisation des Nations unies,
l'Organisation mondiale du commerce ou encore des sommets internationaux,
tels que ceux portant sur le climat.
Maintenant,
revenons au projet de loi n° 21. Est-ce que cette loi est parfaite? Bien sûr
que non. Est-ce qu'elle viendra régler
à elle seule l'ensemble des débats en lien avec l'identité québécoise, avec
l'équilibre fragile entre les droits individuels et collectifs, avec l'évolution de la hiérarchisation des libertés
actuellement en cour au Canada, le procès intenté à l'égard de la clause dérogatoire — ou encore clause «nonobstant» — ou encore ce que signifie pour le Québec
concrètement et quotidiennement d'être