Labour and the Economy — 20 August 2020 (42nd Legislature, 1st Session)

CET 2020-08-20

Quebec — Committees

Labour and the Economy — 20 August 2020 (42nd Legislature, 1st Session)

CET 2020-08-20

Quebec — Committees

Alors,

M. le ministre, nous allons avoir plusieurs blocs d'intervention. Dans ce premier bloc, je veux vous

parler un petit peu des choses un peu plus... de façon générale, un peu

plus macroéconomiques. Nous nous sommes... nous avions parlé de ça un peu lors de nos premières commissions

parlementaires virtuelles au mois de mai, je pense, c'était ça, et, à ce moment-là, bon, on était encore en

pleine urgence sanitaire, l'avenir était quand même encore très brouillé,

on ne savait pas trop, trop comment on

allait s'en sortir, de tout ça. Et, à ce moment-là, je vous avais posé la

question : Qu'est-ce que vous... comment vous voyez l'évolution des

choses dans un contexte très incertain, mais quand est-ce que vous pensiez que le Québec, le Canada seraient

revenus à une situation qui ressemblerait un peu plus à ce qu'on avait au mois de février? Vous m'aviez dit, à ce

moment-là, que bien sûr qu'il y avait de l'incertitude, mais que vous pensiez

que, quelque part à la fin 2020, premier trimestre de 2021, on serait de retour

plus ou moins là où on était. Est-ce que c'est toujours votre appréciation des

choses? Est-ce que vous pensez toujours que, disons, rendu à mars 2021, on va

être rendus là où on était en février en termes d'activité économique, d'emplois,

etc.?

M. Fitzgibbon :

Bien, effectivement, j'avais dit que... moi, je pensais, j'avais dit, en fait,

qu'on serait probablement de retour

au PIB de la fin 2019 quelque part dans l'été 2021. Évidemment, je n'ai pas la

boule de cristal, comme personne, ici,

dans la salle. Je regarde les indicatifs, que je suis de très près, au niveau

des entreprises. Je suis aussi, évidemment, ce qui se passe dans le reste du monde, bon, on peut apprendre ce qui se

passe. Notre ministre des Finances a mentionné, lui, qu'il prévoyait, à

la fin 2021, qu'on pourrait être de retour à un niveau de PIB semblable à la

fin 2019.

Écoutez,

à ce moment-ci, ce qui me rend confortable, relativement confortable... Je

regarde le niveau d'emploi, parce

qu'évidemment tout est relié, il y a deux éléments importants : la

productivité de nos entreprises, d'une part, et, d'autre part, la

confiance des consommateurs. Bon, quand on regarde, dans le monde, ce qui se

passe, je suis favorablement étonné de voir

la liquidité, hein? On l'a vu dans le dossier du Cirque du Soleil, par exemple,

où on pensait, au mois de mars, qu'il

y aurait probablement un acheteur, il y en a eu six qui se sont présentés. Il y

a beaucoup d'argent dans le système. Les gouvernements, comme vous savez

très bien, se financent à des taux historiquement bas. Donc, ça, c'est

précurseur de ça, c'est qu'il y a une confiance de la part des consommateurs.

On le voit, d'ailleurs, comment les consommateurs

veulent revenir où ils étaient après

l'intermission qu'on a eue pendant quelques mois. Alors, il y a

un bon esprit de ce côté-là.

Au niveau de l'emploi, nous sommes aujourd'hui... à la fin juillet, là — je

n'ai pas les chiffres du mois d'août encore, de toute évidence — on

est à 244 000 emplois de moins que nous avions en février 2020. Ça,

pour moi, c'est un très bon indicateur. On était

quasiment à 800 000 de déficit. Alors, moi, je pense qu'on voit un retour.

Alors, moi, je suis encore confiant qu'à quelque part à la fin 2021 on

devrait revenir où nous étions.

La problématique,

évidemment, c'est qu'il y a des secteurs qui vont être beaucoup affectés, qui

vont... plus longs : le

tourisme, la culture et l'aéronautique, les trois principaux, eux autres, ça va

être plus tard que ça, mais la construction, la pharmaceutique est déjà dans une situation de surplus. Alors, moi, je

pense qu'il faut faire attention aux moyennes, mais je suis encore

confortable que 2021 va être l'année où on devrait revenir où nous étions.

M. Leitão : Très bien, merci.

O.K., vous avez mentionné plusieurs choses, justement, là où je voulais y

aller, donc on va continuer.

Juste rapidement, et ce n'est pas un sujet que

je veux élaborer longuement, mais vous avez mentionné le Cirque du Soleil. Juste pour vous dire que, tout

dernièrement, l'échéance du 17 août est passée, il n'y a pas eu d'autres

acheteurs qui se sont présentés, donc il n'y

a pas tellement d'engouement de la part d'autres opérateurs pour le cirque.

Mais ce n'est pas de ça que je vais parler ici aujourd'hui.

Vous avez mentionné emploi et confiance. Tout à

fait d'accord avec vous, la clé de tout... enfin, la clé de l'économie, dans un système comme le nôtre, la

clé, c'est la confiance — confiance des consommateurs, confiance des investisseurs,

confiance de tout le monde — et

la confiance dépend en grande

partie de l'emploi. Si on a un très haut taux de chômage, bien, la confiance ne va pas être

très forte. Alors donc, tout revient... enfin, pas tout, mais en grande

partie revient à l'emploi. Vous avez mentionné,

avec raison, que, rendu au mois de juillet, c'étaient les derniers chiffres

qui ont été publiés au début du mois d'août,

le niveau de l'emploi au Québec, maintenant à 4,1 millions d'emplois,

c'est 240 000 quelques de moins

qu'au sommet du cycle en février. Et vous et votre collègue le ministre des

Finances, parce qu'on en a parlé, de ça aussi, lundi dernier, vous

trouvez que c'est une très bonne performance, qu'on a récupéré 70 % des

jobs perdues en mars et avril et qu'il ne nous reste que 240 000. Et,

comme j'avais dit à votre collègue des Finances, il ne reste que 240 000,

mais 240 000, c'est beaucoup, là. Et, quand l'économie, au Québec, roule

de façon normale, 2011, 2012, 2013, 2014,

2015, la question de l'emploi, annuellement, au Québec, on est dans les

30 000 jobs par année. Donc, pour récupérer les

240 000 qu'il nous manque, juste pour arriver là où on était, ça ne

se fera pas... ce n'est pas si facile que ça, en temps normal. En temps normal,

même si certains secteurs vont très bien, dans une bonne année, on va créer 50 000 jobs, c'est une bonne année.

Donc, ça prendra du temps, là. C'est pour ça que je pense que, le gouvernement, votre collègue des Finances,

vous, le premier ministre, je vous trouve un petit peu optimistes en

pensant qu'on peut arriver, d'ici la fin 2021, à une situation où on

était. Mais, bon, vous êtes optimistes, tant mieux.

Alors, la grande question, c'est : Mais

comment? Quel est le plan? Comment est-ce qu'on va y arriver, là? Les 240 000 jobs qu'il nous manque, ça

ne va pas arriver automatiquement et rapidement. Alors donc, vous devez avoir

un plan, vous devez avoir une approche pour soutenir la création d'emplois. Je

sais que c'est une question très vague, vous pouvez y aller pendant une

demi-heure, ce n'est pas ça l'objectif. Plus ou moins rapidement, si vous

pouvez nous parler un peu de quel est votre plan pour soutenir la création

d'emplois dans les prochains six mois.

M. Fitzgibbon : O.K. Un commentaire, juste d'emblée, vous avez

dit quelque chose au début, je veux corriger, vous avez dit qu'il n'y a

pas beaucoup d'engouement pour le Cirque du Soleil. Vous êtes dans l'erreur, il

y a eu six parties prenantes qui se sont

présentées avec des offres. Par contre, Catalyst a mis sa créance, 1,2 milliard.

Donc, effectivement, personne d'autre, incluant le gouvernement, n'a voulu

participer, mais c'est faux de dire qu'il n'y a pas d'intérêt. Il y

avait un intérêt énorme pour le cirque, c'est Catalyst qui a réussi à l'avoir

pour 1,2 milliard, un chiffre assez exorbitant.

Pour les emplois, écoutez, je ne banalise pas.

Vous avez raison, là, 240 000 emplois qui... est en déficit par

rapport au mois de février. Définitivement, on est focalisés sur ça. Je vais

donner une petite fleur au gouvernement, on est la province du Canada qui a eu

le plus gros taux de réduction du chômage, hein? On a été... on a eu un taux

très élevé au début parce qu'on a fermé beaucoup d'entreprises, mais on est un

des taux les plus bas, maintenant. Donc, je pense qu'on peut être fiers de ce

que le gouvernement a fait pour déconfiner.

Maintenant,

ce qui reste, pour donner des chiffres, là, il reste encore

57 000 personnes sur le 244 000 qui proviennent de l'industrie

de l'hébergement et de la restauration. La plupart viennent des grands centres.

La première affaire qu'il faut faire, là, il faut retourner le monde dans les bureaux.

Le jour où on va retourner le monde dans les bureaux — je

parle de la ville de Montréal — vous allez voir 20 000,

30 000 qui vont revenir automatiquement. Et ça, c'est un de mes focus principaux, il faut que le monde travaille dans

les bureaux, parce que sinon, si tout le monde reste chez eux, à Terrebonne,

puis dans les Laurentides, puis partout, bien, le centre-ville de Montréal, on

a beau faire de la magie... je n'ai pas de bâton magique pour que les restaurants de Montréal repartent. Alors, ça, c'est

la première chose que le gouvernement focalise. Il faut garder,

évidemment, l'équilibre entre retourner le monde dans les bureaux et,

évidemment, la pandémie puis la deuxième crise qu'on pourrait avoir. De toute

évidence, mon collègue M. Dubé est en train d'évaluer les pour et les

contre, mais, au niveau économique, numéro un, le monde dans les bureaux, ça va

aller bien.

Après ça, il y a le côté innovation. Vous vous

rappelez qu'un des créneaux, développement économique de la province de Québec, c'était de rendre nos sociétés

plus productives, parce qu'elles sont sous-productives, présentement. Alors, heureusement, dans le budget, tout ce qui

touche l'innovation... Puis hier on avait une station PME innovation, mais, malheureusement... parlé du Cirque du

Soleil... surpris de voir qu'on ne parle pas d'innovation, là. Moi, j'aurais

aimé parler de ça, mais on va en parler à matin. Alors, l'innovation, là, nous,

on est focalisés sur ça et on va mettre de

l'argent dans nos entreprises pour qu'elles soient plus productives. Si elles

sont plus productives, elles vont pouvoir mieux exporter, puis, dans certains cas, on va importer moins. Alors,

moi, je suis très confiant. Ça va être du travail, et le plan, c'est de mettre de l'argent dans les

entreprises pour qu'elles soient plus productives. Ça, c'est le plan numéro un.

ça, il faut ajouter les secteurs stratégiques pour le Québec. On parle de

l'aérospatiale, l'aéronautique. Définitivement,

c'est un des secteurs, comme la culture et le tourisme, qui est très affecté.

On travaille à lancer des programmes d'appels d'offres d'innovation pour que

nos ingénieurs retournent travailler et fassent des projets futuristes pour l'industrie. On travaille beaucoup avec... au

niveau aérospatial. On a des dossiers, là, qui vont être probablement

annoncés bientôt, qui vont donner un peu d'engouement de ce côté-là.

Sciences de

la vie, on a, comme vous savez, perdu beaucoup de momentum. Là, on est en train

d'en reprendre, puis merci au Mila, merci à la médecine personnalisée. On

est focus sur l'innovation, en sciences de la vie.

L'aluminium,

on travaille beaucoup avec la transformation de l'aluminium. Évidemment, ça

fait 10 ans qu'on en parle, il est temps qu'on agisse. Et, quand on

regarde, avec ce qui se passe avec les douanes, qu'on a présentement, avec...

de toute évidence, faire des commodités, ça

ne marche plus, il faut améliorer ça. On a un plan, on travaille avec

l'industrie pour ça.

Et je

rajouterais à ça la filière d'électrification du Québec, une filière qui va être,

j'espère, le legs du gouvernement, un dossier qui accapare beaucoup de

mon temps.

Alors, je

pense qu'il y a beaucoup de programmes qui vont être en place pour stimuler

l'emploi, puis en même temps, bien, retournons le monde dans les

bureaux, puis ça va aller bien.

M. Leitão : Très bien, merci.

Parfait. Vous avez vraiment couvert des choses que je voulais en parler, en

tous les cas, alors, bravo! On va y aller parce que, vous avez raison, ce sont

tous des éléments très importants, et je pense que notre avenir collectif, en

grande partie, va dépendre de notre succès à adresser ces questions-là. Alors,

on va y aller, probablement, dans le bloc

prochain aussi, parce que... Il me reste combien de temps, cette fois-ci,

madame?

La Présidente (Mme IsaBelle) :

Il vous reste huit minutes.

M. Leitão : Ah! on a encore du

temps, mais je pense qu'on va déborder dans le prochain bloc aussi.

Très bonne liste, mais, à mon avis, il me

manque... il nous manque un gros secteur, dans cette liste, sur les PME, et surtout les PME des secteurs fragiles,

fragilisés par la COVID. Vous avez

mentionné hébergement, restauration, j'ajouterais à ça tout ce qui est

divertissement, culture, spectacle, et c'est un très gros secteur en termes

d'emplois, là, c'est très gros puis ça emploie beaucoup de personnes. Ils ont

été parmi les premiers à tomber — et tourisme aussi, on met tout ça

là-dedans — ils

ont été parmi les premiers à tomber, à être affectés par la récession,

confinement, récession, et seront pas mal les derniers à s'en sortir.

Alors, c'est très bien,

vous avez toutes sortes de plans très... on en parlera, aérospatiale, «life

sciences», aluminium, parfait, là,

mais ces secteurs, disons, secteurs mous, sont peuplés par des petites

entreprises et des petites, petites entreprises, cinq employés et moins,

souvent. Et ça, il me semble, depuis le début de la crise, que ce segment-là de

l'économie, c'est un peu l'angle mort de ce gouvernement. Vous — quand

je dis «vous», ce n'est pas vous personnellement, c'est vous, le gouvernement — ne

semblez pas être capables d'avoir une vision à plus long terme pour ces

secteurs très fragilisés. Parce que moi, je

prétends que la COVID crée aussi un nouveau choc structurel pour l'économie

québécoise. Ces secteurs-là ne vont

pas revenir d'eux-mêmes. Vous avez mentionné que, si on remplit le centre-ville

à nouveau, ces petits magasins vont revenir. Pas sûr. Pour qu'ils

puissent revenir, il faut qu'ils restent en vie, ça peut prendre un peu de

temps.

Alors, qu'est-ce que vous avez comme mesures,

comme programmes, comme initiatives pour pouvoir garder ces entreprises fragiles sur le respirateur artificiel? Je comprends

bien, là, c'est... mais est-ce que c'est quelque chose que vous regardez

ou vous gardez vos programmes et vos interventions pour les entreprises qui

pourraient être rentables et celles qui,

malheureusement, ne vont pas survivre, ne vont pas survivre? Comment est-ce que

vous allez adresser la question des petites, petites PME, surtout dans

ces secteurs très à risque?

M. Fitzgibbon :

Écoutez, je ne suis pas en désaccord avec vous. Permettez-moi d'être un peu

cynique, peut-être, au début, là, mais ce n'est pas personnel, parce que

je vous aime beaucoup, de se faire dire par le Parti libéral que le

gouvernement n'est pas... l'angle mort du gouvernement, c'est la PME, je trouve

ça très paradoxal, en passant. Alors, je

pense qu'au contraire nous avons démontré que nous sommes un gouvernement qui

promouvoit l'entrepreneuriat, les PME, surtout en région. Alors, je

prends objection à votre commentaire.

Ceci étant

dit, ce n'est pas facile effectivement. Et vous avez raison, il y a plusieurs

PME du Québec, présentement, 50 000,

60 000 qui sont en difficulté, aucun questionnement sur ça. Moi, je pense

que ce n'est pas le rôle du gouvernement, de faire l'intervention spécifique dans les petites entreprises. Il y en

a trop, on n'est pas capables, on n'a pas les ressources pour pouvoir choisir les gagnants, les perdants.

Donc, conséquemment, trouver des programmes qui sont plus holistiques,

par exemple, on parle de... parlons de l'aérospatiale. Il y a des programmes

qu'on met en place, il y a des choses qui se produisent. Dans la chaîne

d'approvisionnement de l'aérospatiale, il y a plusieurs PME.

Donc, il y a beaucoup de PME qui vont être

capturées par des programmes plus généraux — l'aluminium, l'intelligence artificielle — il y a beaucoup de sociétés qui vont

bénéficier de ça. Donc, ces sociétés-là qui sont grappées dans les

secteurs stratégiques, j'ai assez confiance qu'ils vont pouvoir passer à travers.

Les autres, effectivement, les restaurants, les bars, les petits commerces,

c'est très difficile. Alors, c'est pour ça que la position du gouvernement, la position que moi, j'ai défendue à mes collègues

puis qu'on a approuvée, c'est de dire : Intervenons pour mettre de la

liquidité.

Hier, on a

passé beaucoup de temps à parler de ça avec votre collègue le député de

Nelligan, puis moi, je crois que

c'est un bon programme, où on a mis beaucoup de liquidités dans le système. On

s'entend, trop de dettes pour une entreprise...

quand on va sortir du marasme pandémique, il y a des sociétés qui ne pourront

pas payer cette dette-là, 100 %

d'accord, mais, à court terme, moi, je me dis : On gère l'argent de la

population du Québec, avant d'envoyer de l'argent d'un bord puis de l'autre puis de dire : Est-ce qu'il va

arriver?, on fait des prêts, donc, techniquement, ces prêts-là vont être

remboursables. Donc, on n'impute pas le public avec la dette additionnelle que

M. Girard va emprunter, qui va être payée par 8,3 millions de

personnes, mais en même temps on va voir qu'est-ce qui va se passer.

Puis, quand je

disais, hier... puis le député de Rosemont m'a mal cité dans son tweet, tu

sais, je disais : On va attendre, les

entreprises ont de l'argent, présentement, ils ont accès à de l'argent, ils ont

accès aux 40 000 $ du fédéral, ils ont accès au FLI, ils ont

accès au PACTE, alors attendons de voir ce qui va se passer. Une

partie de

cette dette-là va être remboursée et doit

être remboursée. Une

partie de la dette va être convertie en équité. Il y a des

sociétés qui sont mal capitalisées,

et ce n'est pas vrai qu'on va donner des subventions. On va prendre de

l'équité, à la place, puis, dans cinq ans, quand ils vont se sortir, ils

nous le rachèteront.

Et, dans d'autres

situations, dans les FLI, les petites entreprises, il est possible,

effectivement, qu'on réalise que ces petites

entreprises là ne pourront pas repayer. Puis, de l'équité, on n'en veut pas, on

ne va pas être actionnaires d'un bar,

là, ou d'un restaurant, ça n'a pas de bon sens pour le gouvernement. Donc,

peut-être qu'il y aura des perdants, à ce moment-là. Moi, je pense qu'on

est dans une très bonne position. Et d'ailleurs la FCEI, je pense, je me trompe

peut-être, a mis un rapport sur le nombre de faillites qu'il pourrait y avoir

et, en proportion des entreprises totales des provinces, on est un des

meilleurs, le Québec est bien positionné, en pourcentage. Est-ce qu'il y a trop

de faillites qui vont arriver? Oui, il y en

a trop. On parlait de 15 000, 25 000, on ne connaît pas le chiffre,

ça va être un chiffre dans cette envergure-là,

on ne veut pas ça. En même temps, il y a certaines entreprises qui ne pourront

pas survivre, mais, entre-temps, la liquidité est disponible.

La Présidente

(Mme IsaBelle) : Il reste 1 min 45 s.

M. Leitão :

Alors, on va continuer dans le prochain bloc, c'est certain, parce que c'est important.

Oui, c'est très difficile de soutenir ces

secteurs fragiles de l'hébergement, restauration, bars, divertissement, tout

ça. En même temps, ils emploient

beaucoup de personnes. Ce n'est pas de leur faute, qu'il n'y a pas

d'achalandage dans leurs commerces, et cet

achalandage va revenir seulement une fois que l'économie aurait revenu...

serait revenue à un rythme de fonctionnement un peu plus normal, une fois que les gens soient revenus au bureau, au

centre-ville. Ça risque de prendre du temps — c'est juste pour donner un exemple — et donc moi, je pense que c'est absolument

essentiel de soutenir ces secteurs-là. Oui, ça coûtera de l'argent,

mais, comme vous avez dit aussi, les taux d'intérêt n'ont jamais été aussi bas,

et l'État peut faire cet effort additionnel, et je pense que l'État doit faire

cet effort additionnel. Et ce n'est pas avec la dette, pour ces entreprises, c'est avec de l'aide directe, des

subventions. Et des fois ce n'est pas beaucoup, là, des fois une petite

subvention ou un prêt non remboursable de 10 000$,

15 000 $, 20 000 $, ça va faire toute la différence et ça

va les garder en vie jusqu'à ce que les clients reviennent. Et de là dépend

vraiment la vitalité...

La Présidente

(Mme IsaBelle) : En conclusion.

M. Leitão :

...la vitalité de nos collectivités, parce que ces commerces de proximité sont

ce qui fait la vie urbaine intéressante. Merci.

Présidente (Mme IsaBelle) : Merci, député de Robert-Baldwin. Nous

allons maintenant avec le deuxième groupe d'opposition. Député de

Rosemont, vous avez 13 minutes.

M. Marissal :

Merci, Mme la Présidente, rebonjour. Désolé de mon léger retard. M. le

ministre, rebonjour. Je ne crois pas vous

avoir mal cité, et j'y reviendrai, parce qu'il y a eu des développements depuis

hier. Certains journalistes sont

retournés aux sources puis ils se sont fait dire la même chose qu'on s'est fait

dire depuis le début quant aux aides du

gouvernement sous forme de prêts. Je vous ai bien entendu dire : En

attendant, on va attendre que le fédéral continue, on serait fous de s'en priver, mais on ne fera pas un

débat sémantique, là, puis je ne voudrais pas vous inscrire dans le club

des mal cités non plus.

Mais j'ai quelques

sujets et peu de temps. On a parlé de Medicom, hier, qui, en soi, est une bonne

nouvelle, parce qu'on va être capables de

s'approvisionner en masques, là, notamment le N95, au Québec, là, si j'ai bien

compris. Tant mieux, tant mieux,

parce que c'est un peu honteux, de faire venir des Antonov de Chine puis de se

faire voler notre équipement sur certains tarmacs aux États-Unis. C'était mal

parti au début, alors tant mieux si on est capables de les faire ici,

là, d'autant que ce n'est pas «rocket science», comme on dit, là, c'est des

masques.

Sauf

que vous avez publié un décret... en fait, un décret a été publié dans la Gazette officielle le 30 juin dernier, et on y apprend, dans ce

décret, que, pour la fourniture des masques N95 par AMD Medicom, vous êtes

passés par un système qui est parfois

controversé, un contrat de gré à gré pour 10 ans. Là, il ne faudrait pas

qu'on tombe dans l'inverse, là, à cause de la pandémie, puis qu'on panique,

puis qu'on baisse la garde, puis qu'on baisse nos balises de saine gestion,

là. Un contrat de gré à gré de 10 ans, c'est

inusité, hein? Pourriez-vous d'abord nous détailler ce contrat et nous donner un peu les balises qui vous ont amené à

faire un contrat de gré à gré sur 10 ans?

M. Fitzgibbon :

Bien, premièrement, si on avait à le refaire, on referait la même chose. C'est

une initiative, je pense, qu'il faut saluer. Il faut se remettre dans le contexte

de la psychose des équipements médicaux, c'est un dossier... je dois

avouer que je n'étais pas directement impliqué, mais mon ministère l'était, et

je suis 100 % solidaire avec les décisions qui ont été prises.

D'ailleurs, dans le contrat gré à gré...

Parce que, si on était en appel d'offres, on serait encore, aujourd'hui, à

faire un appel d'offres, on n'aurait

pas de masques. Ça fait qu'à un moment donné, dans la vie, il faut être capable

de prendre des décisions, puis notre gouvernement, je pense qu'on prend les

bonnes décisions quand c'est requis. Parce que vous n'étiez pas là, là,

mais, quand... ceux qui étaient là, là, on regardait les équipements, en

mars... on peut questionner pourquoi, là. Alors, très bonne décision.

Maintenant,

au niveau du prix, le prix, je ne l'ai pas dans la tête par coeur, là,

évidemment, là, mais le prix était très faible par rapport au prix que nous

payions depuis un bout de temps. Et, deuxièmement, il y a des clauses

d'ajustement au niveau des prix.

Alors, dans le temps, c'est 10 ans, effectivement. Il y a quatre lignes de

production, je pense qu'il y en a deux pour le Québec, deux pour le Canada. Le

fédéral a fait la même chose, on a fait ça conjointement avec le fédéral, et

je suis très fier de ce que le ministère de

l'Économie a fait. Et on a mis des balises, quand même, parce que, vous avez

raison, dans le gré à gré, il faut faire

attention parce qu'il faut qu'il y ait la qualité, il faut qu'il y ait aussi

une balise par rapport au marché du

masque, mais, honnêtement, le marché du masque, depuis six mois, le «benchmark»

n'est pas fort. Alors, je suis très fier de cette décision-là.

M. Marissal :

Est-ce qu'il y a eu d'autres contrats, à votre connaissance, de ce type conclus

dans l'urgence et dans ce cadre-là?

M. Fitzgibbon :

Non. Pour la période de 10 ans, non, mais c'est sûr que... D'ailleurs, mon

collègue à côté de moi, là, je vais parler

pour lui, là, parce qu'il ne peut pas parler, je pense, là, mais on a créé une

cellule de crise, et, pour tous les appareils d'équipement médical, pour tous

les appareils médicaux, si on pouvait les faire au Québec, les visières, on a

une compagnie de Saint-Jérôme... je ne sais pas... ce n'est pas public, je ne

peux pas le dire, là, mais une compagnie de Saint-Jérôme... connaître

qui en fait, on a encouragé fortement la production québécoise. Il n'y a pas eu

de contrat de 10 ans, mais on va

commencer à regarder ça, par contre, parce que je peux vous assurer que la

prochaine pandémie, là, on ne sera pas dépendants des avions

d'Air China qui n'atterriront pas à Dorval. Alors, on va continuer comme

dans ce temps-là, il n'y a aucun doute, en

respectant des règles. Mais à un moment donné il faut être pratiques puis il faut être réalistes sur ce qui

nous entoure comme environnement.

M. Marissal : Donc, je comprends que la réponse est non, il n'y

a pas d'autres contrats de ce... Est-ce

qu'il y en a d'autres à venir? Est-ce qu'il y en a d'autres?

M. Fitzgibbon :

Je ne suis pas un futuriste, là, mais...

M. Marissal :

Non, non, mais sans être futuriste, des contrats qui...

M. Fitzgibbon :

Je n'en ai pas sur mon bureau, là.

M. Marissal :

O.K., c'était la question. Très bien. Vous comprenez mon point là-dessus, que

de dire que les contrats gré à gré,

ça devrait être l'exception et non pas la règle, mais je comprends comme vous

l'urgence. Puis la mascarade des masques, puis le vol des... le bal des avions

à Mirabel, effectivement, je serai d'accord avec vous que c'était un peu

ridicule, mais je...

M. Fitzgibbon :

...utilisation.

M. Marissal :

...oui, je vous invite à la prudence, néanmoins, parce que, dans l'urgence puis

dans la panique, parfois, la nature

humaine étant ce qu'elle est, certains voudraient profiter d'un gouvernement

qui dépense trop facilement. Ça, vous le savez comme moi.

Revenons, donc, sur

l'aide aux entreprises. Mon collègue de Robert-Baldwin vous en a parlé un peu,

on en a parlé hier. On va se garder du temps

pour l'innovation, parce que moi, j'avais quelque chose dont je voulais vous

parler là-dessus.

M. Marissal :

Mais non, il n'y a pas de... on est ouverts, il faut être flexibles, M. le

ministre, il faut être flexibles, le monde a changé.

Parlons de l'aide aux

entreprises. Ce qu'on vous dit, en fait, essentiellement, puis ce n'est pas

tous les jours que je serai à ce point

d'accord avec mes amis libéraux, mais mon collègue — «strange bedfellows», comme on dit — mon collègue

de René-Lévesque était pas mal à la même place aussi, puis je serai court,

là-dessus, là, l'aide que vous offrez, c'est essentiellement des reports

et des prêts.

Il y a un

article ce

matin, dans Radio-Canada, par Mathieu Dion, il cite Stéphane Drouin,

directeur général du Conseil québécois du

commerce de détail, et je le cite : «"Le défi de nos membres, c'est

la capacité d'emprunt qui est assez

limitée ou de soutenir une dette additionnelle", croit [...] Stéphane

Drouin, qui explique que l'aide de Québec n'est pas adaptée au contexte

de pandémie "où les revenus sont considérablement réduits".»

ce n'est pas moi ou mes collègues qui le disons. Puis, Stéphane Drouin, je

pense, ça serait plus un allié naturel de

vous que de moi, quoique je suis de tout coeur avec eux, et avec les

commerçants, et surtout les petits commerçants. Qu'est-ce que vous lui

répondez, à M. Drouin?

M. Fitzgibbon :

Ce que je vous ai répondu, et je vais répondre aux deux questions, M. le député

de Robert-Baldwin n'a pas eu le temps... je n'ai pas eu le temps de lui

répondre, je vais lui répondre en même temps, écoutez, je vais me répéter, là,

je suis très confortable avec l'approche que nous prenons où, via les FLI...

j'ai dit hier, que, les gens qui vont prendre le PACTE avec l'Investissement

Québec, fort probablement que la dette excédentaire va être convertie en équité

parce que ce sont des entreprises qui peuvent prendre de l'équité. Dans le cas

des FLI, où on fait des interventions de 50 000 $ et moins...

d'ailleurs, je ne suis pas en désaccord avec le député de Robert-Baldwin, que,

souvent, ces entreprises-là, ça peut être un 10 000 $,

15 000 $, mais l'important... ça prend des liquidités dans le système

pour que les gens puissent survivre. Alors, il n'y a aucune PME,

aujourd'hui, qui n'a pas accès à ces fonds-là.

Alors, il faut qu'on mette de l'argent dans le

système, et attendons de voir quel est le plan de redressement. Il n'y a

personne dans la salle, ici, qui sait à quel moment donné il va y avoir un

point d'inflexion où on va redevenir profitables dans ces différents canaux là.

On ne le sait pas et on navigue dans le brouillard. Alors, moi, je pense que la

force d'un gouvernement... pas la force d'un gouvernement, la mission d'un

gouvernement, c'est de mettre de la liquidité et s'ajuster aux besoins. Quand

je disais, hier, «attendre», je ne disais pas «attendre qu'ils meurent pour les

réanimer», je disais «attendre de voir

comment est-ce qu'on va recapitaliser le prêt», alors je ne vous dirai pas la

même chose que j'ai dite hier, puis c'est une approche qu'on va

conserver.

M. Marissal : Bien, Mme la

Présidente, malheureusement, il y en a qui vont mourir et il y en a qui meurent

tous les jours. Là, votre programme, c'est un peu un Kinder Surprise, là,

vous dites : Prenez ça, cassez le coco, puis peut-être que vous allez

avoir un bonus à la fin puis que vous n'aurez pas à rembourser. Vous le dites à

nous, ce n'est pas connu par les

entreprises. Moi, les entreprises de mon comté, ils ne le savent pas, ça. En ce

moment, tout ce qu'on leur offre, c'est un report ou un prêt. Ils sont

déjà endettés, ils ne savent pas quand est-ce qu'ils vont pouvoir reprendre.

Prenez les restaurants, là, ils sont à un clic

de refermer : contamination qui repart, Horacio qui fait une conférence de presse, et c'est fini, puis ils sont

refermés probablement jusqu'en janvier, peut-être même février, peut-être

même mars, alors d'où mon analogie aux

Kinder Suprise. On ne peut pas opérer une business puis être dans l'incertitude

comme ça.

Et en plus on nous dit que vos programmes sont

mal connus, sont mal communiqués. Ça, c'est peut-être un problème, tout simplement, de communication, là,

qui pourrait se régler assez facilement. Alors, est-ce qu'on peut considérer, à un moment donné, que ces gens-là

vous envoient des «flares», là, dans tout le ciel du Québec en disant :

On a besoin d'aide là, maintenant?, pas : Peut-être qu'on va vous faire un

prêt qui va virer en subvention après. Mettez-vous dans la place, là... à la

place, là, d'un restaurateur, là, qui vit avec ça.

M. Fitzgibbon : Moi, je pense

que, avec tout le respect que je vous dois, vous méconnaissez la fibre d'un

entrepreneur. Un entrepreneur, là, qui a sa business, là, puis, woups! il lui

manque un 10 000 $, 15 000 $, là, pour arriver, puis il va aller emprunter, il va figurer

après ce qui va se passer. Ce n'est pas vrai, de dire que de ne pas avoir de

subvention normée, présentement, va faire

qu'un entrepreneur n'ira pas emprunter le 40 000 $ du fédéral ou le

50 000 $ du FLI parce qu'il ne sait pas s'il va leur prêter.

Ce n'est pas vrai. Un entrepreneur va foncer jusqu'au bout.

Et la plupart des entrepreneurs à qui je parle — mais

je ne parlerai pas à tout le monde, il y en a 250 000 — les

liquidités sont là, ils sont satisfaits de ça. Et je suis d'accord avec tout le

monde, de dire : Est-ce que la plupart... quel pourcentage va pouvoir repayer leur prêt? On ne le sait pas, on n'a

aucune idée parce que ça va dépendre... le redressement de l'économie. S'ils peuvent repayer leur prêt,

ils vont le repayer. Moi, je ne suis pas prêt à donner des subventions de l'argent du public, d'emprunter de l'argent. Même si l'argent est

disponible, c'est quand même... il y a 8,3 millions de personnes

qui vont payer pour ça. Si une entreprise a des problèmes de liquidités et elle

ressort du tunnel dans deux, trois, quatre ans, elle doit repayer cet

emprunt-là.

Ceux qui ne peuvent pas, deux choses qui vont

arriver : ils vont fermer, malheureusement — j'espère que ça n'arrivera pas parce qu'on a mis de l'argent

dedans — ou on

verra comment est-ce qu'on aménage le remboursement. Moi, je pense qu'un

entrepreneur est prêt à accepter ça, parce qu'on travaille dans l'inconnu. Et,

moi, ma difficulté avec tout ce qu'on

discute, c'est juste qu'on met des programmes... Il y a, quoi, 25 000,

50 000 entreprises, au Québec, qui sont dans des situations difficiles, puis il y en a peut-être

25 000 qui vont mourir, 15 000, on ne sait pas le chiffre, là. On va faire quoi? On va mettre

50 000 fois 50 000 $ de subventions? Non, je ne suis pas

prêt à faire ça, ce n'est pas rigoureux de la part du gouvernement.

contrepartie, j'accepte qu'il faut que les entreprises survivent. Alors, moi,

je pense, le programme qu'on a, de

liquidités dans les FLI, on a mis 100 millions. Il y a un autre 150

qui est là. Le problème des... L'enjeu des communications, on ne communique jamais trop, alors on va mieux

communiquer. Ça, je ne suis pas en désaccord avec vous, mais je serais surpris,

aujourd'hui, qu'une entreprise ne sait pas qu'il y a des programmes qui

existent au fédéral, au provincial.

Mais, si c'est le cas, il faut corriger ça, ça, vous avez absolument raison,

puis c'est encore temps pour le faire.

La Présidente (Mme IsaBelle) :

Il reste 1 min 35 s.

M. Marissal : Vous avez raison

de dire que je ne suis pas entrepreneur et je ne l'ai jamais été. Par contre, j'ai passé 25 ans de ma vie à faire du

journalisme, alors je suis capable d'écouter, je suis capable de synthétiser ce

que les gens me disent, puis ce que les gens du milieu me disent, ça ne

correspond pas exactement avec votre vision.

Je vous ai...

puis j'en parlerai peut-être dans la deuxième vague, pas aujourd'hui, pas

maintenant, mais tout à l'heure, je

vous ai remis un article, hier, concernant une belle entreprise québécoise,

Reacts, dans le domaine de la télémédecine, qui s'est lancée à force de

jus de cerveau. Et, pour faire une histoire courte parce que je n'ai plus

beaucoup de temps, finalement,

cette entreprise a été vendue à Philips, des Pays-Bas, pour 40 millions de

dollars, en télémédecine, précisément ce

dont on a besoin en ce moment, entre autres. C'est plus un commentaire qu'une

question, je trouve ça malheureux, de

voir ces entreprises-là partir, et je sais que vous avez une préoccupation pour

ça. Moi, j'appellerais ça le syndrome du dragon, tu sais, comme

l'émission Les dragons , là, on va vendre quelque chose, et puis on a un

succès immédiat, puis on... mais on ne le garde pas ici. Est-ce qu'il y a un

plan pour les détecter, les attirer, les retenir ici, ce genre d'entreprises? D'autant que, dans la nouvelle

économie, une entreprise comme Reacts serait parfaite, elle serait parfaite,

c'est une espèce de «poster boy» de ce qu'on a besoin, au Québec.

La Présidente (Mme IsaBelle) :

Malheureusement, il ne reste que six secondes, alors la réponse viendra

probablement prochainement ou... Alors, la parole est maintenant au député de

Robert-Baldwin.

M. Leitão :

...merci beaucoup. Alors, on reprend, M. le ministre, et on va continuer dans

la même voie qu'on avait. Et, vraiment, là, il commence à y avoir une

convergence PLQ-QS. Je ne sais pas qu'est-ce qui se passe, il y a quelque

chose dans l'air. Ça doit être la pandémie, je ne sais pas.

M. Leitão : Excusez-moi. Donc,

on va rester avec les PME, parce que, là, je pense qu'il y a probablement un enjeu de, peut-être, communication ou... je ne

sais pas, mais je pense qu'on ne parle pas des mêmes choses. M. le ministre,

quand vous parlez des PME, vous parlez de la

fibre entrepreneuriale, vous parlez des PME qui s'ajustent, qui s'adaptent, qui

sont agiles, qui trouvent les moyens d'aller chercher du financement. Et c'est

vrai, les PME québécoises sont très, très

débrouillardes, et les gouvernements du Québec et Canada ont toutes sortes de

programmes qui facilitent les choses. Donc, ça, c'est un autre enjeu, et on en

parlera aussi après, mais ici on est surtout dans le secteur manufacturier,

quand on parle de ça.

Ce dont on

parle, moi et le collègue de Rosemont, ce sont les PME, surtout les petites,

petites PME, cinq employés et moins,

dans les secteurs fragiles, dans les secteurs qui ont été touchés durement par

cette récession. Et ça, c'est différent, ce qui se passe maintenant est très différent. Je sais que tous les

économistes vous disent ça : «This time, it's different», mais,

vraiment, cette fois-ci, c'est vraiment différent parce que, dans des

récessions précédentes, dans des cycles économiques, on pouvait toujours

compter sur l'économie de proximité, les restaurants, les commerces, les bars,

tout ça, c'étaient toujours les premiers à

repartir parce que le gouvernement injectait des liquidités, les gens allaient

dépenser, et la roue repartait avec la construction. Cette fois-ci, ces

secteurs-là ont été frappés durement, et c'est structurel. Et, s'ils ferment,

ils ne vont pas réouvrir après, la fermeture sera permanente. Et donc, pour

utiliser un terme que je pense que vous êtes

bien au courant, on en parlait beaucoup dans votre milieu et le mien en 2007‑2008,

les entreprises «too big to fail», trop grosses pour qu'elles puissent

faire faillite, ici, je vous soumets que ce secteur-là, le secteur dans son entièreté est «too big to fail». On ne

peut pas les laisser tomber parce que, si on les laisse tomber, c'est la

vitalité même de nos grandes et petites villes aussi qui va être

affectée.

Donc, je pense que vous, gouvernement, vous

devez... ça coûterait cher, je n'en doute pas, mais on devrait mettre en place un programme d'aide directe à ces petites entreprises pour qu'elles

puissent s'en sortir. Est-ce que cela se ferait à travers vous, à travers le ministère de l'Économie, ou est-ce

que ça serait avec Revenu Québec? Je ne sais pas, on pourrait en

discuter longuement, mais je pense qu'on... que le gouvernement devrait aller

dans cette direction parce que c'est vital pour la vitalité de nos villes et

villages. Je ne sais pas si vous voulez commenter là-dessus ou...

M. Fitzgibbon : Bien, je vais

me répéter, je pense... je ne suis pas en désaccord que la fibre

entrepreneuriale du Québec est essentielle

au succès et création de richesse que nous avons établis quand on est arrivés

en poste. Maintenant, les moyens pour

y arriver, vous et moi, on a des vues différentes. Vous et Québec solidaire,

vous êtes parties prenantes de ça. Je pense que — encore

une fois, je me répète — la

liquidité est importante. Le programme fédéral de la PCU, subvention salariale, c'est un très bon programme

aussi. Le rôle du provincial, du Québec, c'est de se... de complémenter

les programmes qui existent.

Vous parliez des entreprises de cinq employés et

moins. Je vais vous dire que, dans beaucoup de situations, certaines de ces entreprises-là sont peut-être

mieux de temporairement se fermer sur elles-mêmes, apprendre le nouveau

monde dans lequel on va être... parce qu'il ne faut pas oublier que, là, il

faut apprendre de redéfinir les entreprises. Une

entreprise de trois personnes, où on a un bon programme de filet social, bien,

peut-être que c'est mieux de fermer, puis réouvrir dans six mois, puis,

avec l'aide du gouvernement, pouvoir faire de l'innovation.

On n'est pas pour commencer à intervenir, donner

des subventions spécifiques à des entreprises. Alors, ce que nous, on fait,

c'est qu'on fait des programmes sectoriaux, puis beaucoup de ces PME là, «by

the way», vont être capturées par des programmes sectoriaux.

Dans d'autres situations, on est la seule

province... Il faut comprendre, les PME ont deux coûts importants : les

salaires, le loyer. On est la seule province au Canada qui a un programme où on

rembourse 50 % de la perte des propriétaires

immobiliers. On fait des choses énormes. En fait, quand on regarde ce que le

Québec fait par rapport aux autres provinces, on est numéro un. Alors, moi, je

suis très fier de ce qu'on fait comme assistance. On a une différence,

vous et moi, sur la sémantique de ce qu'on va faire. Il n'y a... Le

gouvernement en place est très proentrepreneur, c'est juste qu'on n'est pas

d'accord sur comment on va intervenir. Et on a encore du temps, on en a encore

pour un an et demi dans le marasme où on

est, alors, si on se met à faire des programmes à droite puis à gauche, des

milliards d'un bord puis de l'autre,

c'est irresponsable comme gouvernement, et on est un gouvernement responsable.

Mais on ne laissera pas tomber l'infrastructure, parce qu'en bout de piste, je vais conclure

sur ça, le rôle du gouvernement, c'est : l'infrastructure du Québec

doit être en place quand on va reprendre l'économie. Là, il faut définir c'est

quoi, l'infrastructure.

M. Leitão :

Très bien, mais je vous soumets que

le coût de ne pas faire ce que je propose... et d'autres, je ne suis pas le seul, là, ce coût-là, qui est substantiel,

est quand même moins élevé que le coût de ne pas le faire, qui semble être

l'approche que votre gouvernement suit maintenant. Parce qu'une vague de

faillites, et c'est à ça qu'on... écoutez, on fait...

on va faire face à ça. Maintenant, c'est l'été, tout le monde est content, tout

le monde est dehors, il y a des fêtes, il y a des partys, il faut faire attention, là, pas plus de

10 personnes, bon, les restaurants, ça roule, les bars sont ouverts, plus

ou moins, les spectacles recommencent un peu,

mais qu'est-ce qui va arriver, là, au mois d'octobre, novembre? Il va faire

trop froid pour que les terrasses soient ouvertes.

Vous

avez parlé des bureaux, les tours à bureaux, à Montréal, à Québec. Est-ce que

les employés vont revenir? Pas sûr, moi. Je ne suis pas sûr que les

entrepreneurs, que les entreprises... pas sûr que les banques, par exemple,

ou les grands sièges sociaux, les

entreprises qui ont maintenant développé des processus de télétravail qui

fonctionnent... pas sûr que tout le

monde va revenir au bureau. Donc, les centres-villes de Montréal, de Québec, de

Sherbrooke, de Trois-Rivières,

les centres-villes vont avoir un défi

énorme. Et je pense que le gouvernement doit soutenir ça, soutenir ces

centres-villes-là, les commerces de proximité, jusqu'à ce que la

situation revienne à un peu plus normale, et ça va prendre du temps, ça va prendre d'ici jusqu'à la fin 2021. On

peut être un an et demi, et ça va coûter probablement très cher. Et, encore une

fois, ne pas le faire, finalement, nous coûtera plus cher.

n'est pas seulement moi qui le dis ni Québec

solidaire, mais je finis avec ça, là,

juste ici, un

article que j'ai trouvé

intéressant, de Tim Geithner et Glenn Hubbard, ce sont des Américains — il

n'y a pas plus capitaliste que ça — et,

justement, qu'ils maintiennent que le «support for small business» est

essentiel, surtout ces petites entreprises dans ces secteurs-là.

Bon, on a parlé de

ça, là, ça va. On a du temps, mais, quand même, le temps est limité, j'aimerais

maintenant passer à un autre sujet. Si vous voulez commenter brièvement,

allez-y, sinon on passe à un autre sujet. O.K.

Vous

avez mentionné que, dans votre liste, tantôt, il y avait, bon, six composantes,

dont une était l'aérospatiale. Et,

très bien, en effet, l'aérospatiale est un des secteurs clés stratégiques au

Québec, à Montréal, au Québec. Et vous aviez dit que, bon, il y a des choses intéressantes qui s'amènent. Est-ce que

vous pouvez nous parler un peu de ce qui s'en vient? De toute évidence, vous travaillez là-dessus, donc vous avez une idée de comment on

va faire ça. Alors, quel est votre

plan? S'il y a des choses que vous ne pouvez pas dévoiler, là,

on n'est pas ici pour dévoiler des secrets, mais, de façon générale,

c'est quoi, votre approche pour l'aérospatiale?

M. Fitzgibbon :

Bien, écoutez, effectivement, c'est un secteur qui est tellement stratégique

pour le Québec, pas seulement en termes d'emplois bien rémunérés, mais aussi la

notoriété que nous avons gagnée au fil des ans dans le monde, hein? Moi, je réclame

que le Québec, et après Toulouse, puis après Seattle, c'est la place de choix

pour les entreprises aérospatiales. Une des raisons, c'est que le Québec,

depuis plusieurs années, a mis en disponibilité des fonds de recherche, des appels

d'offres et innovations, et on continue dans ce sens-là. C'est des programmes qui avaient été

bien établis, que je considère adéquats, et on songe à les rehausser. Vous vous

rappelez que l'énoncé budgétaire de mon collègue le ministre des

Finances... on a alloué, dans notre budget, des argents pour la relance

économique, et, je pense, c'est le genre d'initiative, d'innovation qu'on doit

mettre en place si on veut garder notre position stratégique.

Je suis déçu que le

fédéral n'est pas au rendez-vous, je dois avouer, et je n'ai pas renoncé à ce

qu'il soit là, parce que je parle

régulièrement à mon collègue... mon homologue à Ottawa, M. Bains, et je

pense que c'est important pour le Canada de maintenir ça. Alors, à

défaut d'avoir le fédéral, nous allons mettre de l'argent là-dedans. On est en train de finaliser. Je ne vais pas vous lancer des

chiffres comme ça, au hasard, parce qu'il faut les négocier avec les Finances,

mais je pense que M. Girard et M. Legault réalisent tous qu'on doit

supporter cette industrie-là.

même temps, heureusement, pendant que l'aéronautique va plus ou moins bien, puis que, je pense, ça va être difficile pour plusieurs

années, c'est pour ça qu'il faut compenser, mais, moi, ce qui m'inquiète le

plus, c'est que nos ingénieurs, nos talents en aéronautique s'en aillent dans

d'autres secteurs. Je ne veux pas ça, parce que je veux qu'on maintienne le

momentum là-dedans, sinon ça va être dur à reconstruire.

Alors

donc, l'autre élément qui est important, c'est l'aérospatiale... le côté

spatial, l'espace, et ça, je dois avouer... bien, il y a des choses qui ont

déjà été annoncées, là, on a parlé de

NorthStar, on a parlé de... Il y a des projets... qui s'en vient, et on est très actifs, M. Bahan et

moi, M. LeBlanc, d'Investissement

Québec, pour attirer au Québec

et pour créer des positons dans le domaine de l'espace. Et, je pense, ça

va être à court... bien, à court terme... c'est relativement à court terme parce que c'est un secteur qui

va bien, contrairement à l'aéronautique. Alors, moi, je considère que l'espace

puis l'aéronautique traditionnelle, là, ça va comme ensemble.

Alors,

écoutez, moi, je pense que, d'ici quelques mois, là, on va faire des annonces, parce que

c'est impératif pour le Québec de maintenir notre avantage comparatif qu'on a

gagné au fil des ans, là. Ça fait plusieurs années qu'on est là-dedans,

il ne faut pas qu'on perde ce momentum-là. Alors, il y a des choses

intéressantes, je ne peux pas en dire plus

maintenant, mais aussitôt que ça va être annoncé, je vais être heureux de

pouvoir en parler. Mais on va mettre de l'argent là-dedans, là. Le gouvernement

doit être agressif, entre guillemets, là, en respectant une certaine rigueur.

Puis d'autant plus... Tu sais, on revient aux PME, je me répète, là, mais il y

a des PME, beaucoup, dans la chaîne d'aéronautique, hein? Le Québec, là, les

«tier 1», on en a cinq, là, mais il y a beaucoup de PME là-dedans. Alors, c'est sûr que ces grands donneurs d'ordres là,

quand on leur donne de l'argent pour faire de l'innovation, bien, ça percute

en bas. Alors, moi, je pense que ça... on peut atteindre deux objectifs en même

temps.

M. Leitão :

Ah! tout à fait. Quand on parle des PME dans l'aérospatiale, ce n'est pas la

même chose que les restaurants et les bars, mais je vous soumets que les

restaurants et les bars, c'est aussi important pour la vitalité des... parce

que, ces ingénieurs-là, après le travail, il faut qu'ils aillent quelque part,

mais bon...

M. Fitzgibbon :

...à Montréal.

M. Leitão :

Mais donc deux choses : le soutien à ce secteur-là va se faire à travers

des programmes d'incitation à la recherche,

si j'ai bien compris, donc, des crédits d'impôt, je présume. On va élargir un

peu ces critères-là ou...

M. Fitzgibbon :

Bien, non, en fait, des crédits d'impôt, je pense qu'on veut limiter un peu

cette enveloppe-là, mais par contre

la nouvelle mouture d'Investissement Québec, là, qu'on a mise en place avec le

p.l. n° 27... Vous avez vu les décrets passer, là,

plusieurs, d'ailleurs. On regarde beaucoup, maintenant, des situations... Il y

en a qu'on n'avait pas... Ah! il

n'est pas encore décrété, je ne peux pas en parler, là, mais une société bien

connue à Montréal, on fait des prêts pardons. Alors, il y a la subvention, mais

le pardon se fait a posteriori. Créez-moi 50 jobs à 100 000 $,

je vais vous pardonner 10 % du prêt. Alors, c'est la nouvelle

mouture d'Investissement Québec.

Et l'autre mouture

qu'on a, c'est de faire des prêts pas d'intérêt, à redevances. Alors, si on

considère que l'entreprise veut un coût en capital négligeable, un PSRI, là, un

prêt pas d'intérêt, on va dire : Parfait, bien, quand tu vas faire de

l'argent plus tard, on va en faire aussi. Alors, il y a des moyens financiers,

et à date, bien, on a un certain succès avec ça. La subvention déguisée, c'est

sûr, on ne paie pas d'intérêt sur une subvention. Et par contre il y a une

redevance. Ça fait que, si ça marche, on fait de l'argent. Puis un prêt pardon,

bien, moi, je suis prêt à pardonner un prêt a posteriori si vous créez

50 jobs à 100 000 $. Puis il y a une formule mathématique, là,

M. Bahan, qui vient des Finances, il a

sa boîte noire qui dit : Voici le chiffre qu'on peut donner, et je pense

que c'est ça qu'on doit utiliser, puis on le fait relativement bien.

M. Leitão :

Très bien. Écoutez, ce sont des pistes d'intervention que je trouve

intéressantes. Est-ce que vous seriez prêts

aussi... encore une fois, vous, au gouvernement, seriez prêts aussi à prendre

des participations directes, donc être actionnaires?

M. Fitzgibbon :

Oui, c'est un débat, ça, hein, c'est un gros débat parce que... On va parler du

Cirque du Soleil, là, 30 secondes, là,

c'est un sujet que tout le monde aime, là. Dans ce cas-là, je n'ai pas voulu

qu'on soit actionnaires, je voulais

qu'on soit prêteurs. Sauf que la différence, c'est qu'il y avait

200 millions de prêts, pas d'autre prêt, donc. J'aime autant être prêteur

sénior sécure que dans l'actionnariat. Je ne pense pas que c'est le rôle du

gouvernement d'être dans l'actionnariat, sauf sur une situation

temporaire, qu'il faut faire... mais il faut se faire racheter après. Ce n'est

pas le rôle du gouvernement, de détenir des

entreprises. Alors, moi, je suis généralement allergique à prendre des

participations directes. Par contre, ce qu'on fait, c'est qu'on prend

les participations des devantures... tu sais, des instruments où on a un risque d'équité, donc il y a

une corrélation avec le risque qu'on prend, mais on n'est pas dans

l'actionnariat pur. Je pense, c'est

une erreur du gouvernement, de faire ça. Mais, dans des situations

où la compagnie est en difficulté, bien là, il faut intervenir, là. Des fois, on peut... dettes, mais, s'il y a

trop de dettes, on va rentrer dans le capital. Il faut protéger le capital,

mais d'emblée la mission d'Investissement Québec n'est pas de détenir des entreprises.

M. Leitão :

Très bien, mais ça peut arriver temporairement pour une raison spécifique, mais

ce n'est pas l'objectif ultime d'Investissement Québec d'être actionnaire,

d'avoir un portefeuille de...

M. Fitzgibbon :

Absolument, puis de la Caisse de dépôt aussi.

La Présidente

(Mme IsaBelle) : Il reste quatre minutes à l'échange.

M. Leitão : Très

bien. Merci, Mme la Présidente. Vous avez mentionné des choses qui sont intéressantes, et je

vous soumets que ça pourrait s'élargir à d'autres secteurs. Vous avez parlé des

prêts pardons. Bon, les prêts pardons, c'est

quelque chose qui... le concept pourrait être quelque chose comme ça, aux entreprises plus petites, dans les secteurs fragiles.

Je comprends qu'il y en a pas mal, ça serait plus difficile à gérer, là, parce

qu'on parle de milliers de petites unités,

mais ça pourrait aider, puisque, pour une entreprise très fragile, à ce moment-ci, un prêt, ce n'est pas nécessairement la meilleure chose, mais, s'il y a

cette partie-là de prêt pardon, ça pourrait être intéressant. Très bien.

Donc,

pour ce secteur-là, vous avez un plan, vous avez une vision, vous voulez y

aller, c'est un secteur clé pour notre

économie, très

bien. Juste une petite question

comme ça : Est-ce que... dans ces évaluations-là, quand vous

regardez ces transactions-là, ces interventions-là, est-ce que vous — vous,

encore une fois, le gouvernement, là, vos équipes — faites une analyse environnementale? Est-ce

qu'on discute d'enjeux d'émissions de gaz à effet de serre? Les avions ont tendance à être des appareils qui consomment des

hydrocarbures, alors est-ce que... Comment vous voyez ça, là? Comment...

M. Fitzgibbon :

La réponse, c'est oui. Je pense que... On a, d'ailleurs, vous vous rappelez

peut-être, le programme d'appel à

l'innovation, un projet public, je pense, avec Bombardier, pour l'avion

électrique, là. Donc, on investit des sommes relativement importantes

pour promouvoir une innovation, évidemment, qui va respecter nos objectifs de

lutte aux changements climatiques.

Quand... Tous les projets

qui passent au MEI ou à IQ, il y a différents critères qu'on regarde. Le

premier, évidemment, c'est la création de

richesse, hein, vous savez que le gouvernement, on est un peu obsédés par ça.

Donc, quand on me présente un projet

où on rehausse la moyenne salariale d'une

entreprise, ça m'excite, donc on a tendance à être plus généreux dans ce

contexte-là.

Il y a toujours

une évaluation environnementale qui est faite aussi. Est-ce qu'on va toujours refuser les projets qui génèrent des

émissions? La réponse, c'est non, dans la mesure que l'atténuation peut être

faite ailleurs.

Alors, oui,

c'est un critère. Et d'ailleurs je pense qu'il y a... mentionner un

pourcentage, là, mais il y a peut-être

un 30 % de nos projets qu'on regarde

qui touchent l'environnement, parce

que, tu sais, on est rendus, maintenant...

J'ai toujours dit que l'environnement est une courroie de transmission

de l'économie, je le crois réellement. J'ai trois, quatre projets qui me viennent en tête qu'on regarde présentement, qui

vont adresser des enjeux environnementaux tout en créant de la richesse. Ça

fait que, là, évidemment, ça, c'est gagnant-gagnant. Ces projets-là, on les

aime beaucoup.

D'autres projets qui sont négatifs au niveau des

GES, il y en a. Il faut malheureusement les accepter, mais on essaie du mieux

qu'on peut de voir s'il y a une atténuation qui peut être faite.

La Présidente (Mme IsaBelle) :

Il reste une minute.

M. Leitão : Très bien. Et c'est

là où je voulais aller un peu maintenant, dans ma fin de deuxième et puis début de troisième bloc qui viendra après, c'est

cette question environnementale. Vous savez très bien — ou,

si vous ne le savez pas, je vous le

dis — hier,

nous avons eu une bonne discussion avec votre collègue le ministre de l'Environnement. Il y a plein de choses qui se passent, au ministère de l'Environnement, plein de changements de nature structurelle,

puis qui s'amènent à ce ministère-là.

Vous venez de

dire, et je vous crois, que vous regardez certains projets. Vous, Investissement Québec regardez plusieurs projets, maintenant,

dans le domaine de l'environnement, des projets intéressants, et je suis sûr

qu'il y en a plusieurs, projets très intéressants. Ma question

est : Un entrepreneur dans ce secteur-là, des gens des «cleantech» ou

des choses comme ça, à qui ils s'adressent? À vous? À Investissement Québec? Au

ministère de l'Environnement? Au ministère de l'Énergie? On a déjà dit à la blague, mais

avec raison, que le problème du Québec, c'est qu'on a beaucoup trop de guichets

uniques.

La Présidente (Mme IsaBelle) :

C'est tout, donc la réponse sera donc au prochain bloc. Alors, on y va avec, maintenant,

le député de René-Lévesque. Vous avez 13 minutes.

M. Ouellet : Merci beaucoup, Mme

la Présidente. Hier, M. le ministre, vous nous avez indiqué que vous aviez fixé

une liste, en 2018, d'entreprises qui méritaient intérêt de votre part et de la

part du gouvernement. Bon, évidemment, j'ai tenté d'obtenir cette liste, mais

vous ne nous l'avez pas donnée, puis c'est bien correct. Mais je vais fonctionner différemment, je vais vous nommer des

entreprises, dites-moi si elles sont sur votre liste, puis on va parler

de ces entreprises-là : Nemaska. Est-ce que Nemaska faisait

partie de

votre liste des 25 entreprises à surveiller ou à monitorer?

M. Fitzgibbon : Non, mais elle

l'est devenue par après.

M. Ouellet : Il se passe quoi

avec Nemaska Lithium?

M. Fitzgibbon :

Bien, il y a une

partie qui est judiciarisée, là, il faut faire attention, le

juge est en train de revoir les différentes initiatives. C'est un dossier qui

est très triste. C'est un dossier qui

me chagrine beaucoup parce que je détiens présentement... puis,

quand je dis «je», là, je parle au nom du gouvernement, là, nous détenons, 8,3 millions

de personnes du Québec, 80 millions de dollars qui a été investi par Investissement Québec dans une patente qui ne marche pas, et je suis très peiné de ça parce que cet

argent-là, il est perdu. Ça me fait de la peine parce que ça a été fait... malheureusement, c'était un projet qui a été

excessivement mal ficelé, un projet qui a vu... après avoir levé de l'argent des particuliers, on a découvert qu'il y

avait 400 millions de montants excédentaires qu'il fallait investir,

d'une part. D'autre part, moi, j'ai

découvert qu'il y avait des actionnaires, pour ne pas le nommer, SoftBank, qui

était actionnaire au même

titre que nous, Investissement Québec, mais

eux, ils avaient 20 % de la production qu'ils pouvaient acheter à escompte. En plus, il y avait un financier américain,

qui s'appelle Orion, lui, il avait 5 000 tonnes de carbonate de

lithium qu'il achetait à 60 % d'escompte sur le prix. C'est une

patente à gosses. Et là, aujourd'hui, on s'est ramassés, le 23 décembre

2019, là, l'arbre de Noël, il a disjoncté, il n'y a plus de lumières. Triste,

très triste.

Alors, où on

est rendus aujourd'hui? Bien, cette patente à gosses là ne fonctionne plus, il

faut qu'elle soit refaite. Moi, étant

donné que j'avais 80 millions d'argent des Québécois, chaque Québécois a

10 $ dans cette patente à gosses là, alors moi, j'ai... on a donné un

mandat : regarder dans le monde. Moi, je suis allé en Asie au mois de

décembre 2019, entre autres, pour la

filière électrique, qui incluait, évidemment, Nemaska, parce que la patente à

gosses, elle est importante, là, on

parle du minerai jusqu'à la batterie, on parle du recyclage, on parle des

voitures électriques, là, les trois affaires qui sont dans notre champ

de tir, et la mission, c'est-à-dire : Qui dans le monde est prêt à venir

investir dans la patente à gosses? Personne ne s'est présenté. Aucun financier

ne s'est présenté.

Alors, il est arrivé ce qui est arrivé, l'arbre

de Noël a disjoncté, le juge a écrit un processus pour voir comment est-ce qu'on prend cet actif-là puis on en

fait quelque chose avec. Et là on va savoir, dans les prochains jours, je pense, qu'est-ce qui va arriver. Alors, je ne

peux pas spéculer parce que, premièrement, je ne le sais pas. Le gouvernement

du Québec... moi,

c'est un dossier qui m'intéresse beaucoup parce que ça s'insère dans la

Stratégie d'électrification. C'est un morceau parmi tant d'autres, c'est un

projet qui va coûter 10 milliards, probablement, là, à un moment donné,

alors je me trouve... il faut que je trouve

des partenaires, là, on ne fera pas ça tout seul. Alors, Nemaska, c'est très,

très, très triste, comme situation.

M. Ouellet : C'est très triste

parce qu'il y a des créanciers, des citoyens qui ont cru en l'histoire, qui ont

investi argent, fonds de retraite et qui se retrouvent devant rien. Et, dans la

restructuration, vous me corrigerez, M. le ministre,

mais eux non plus n'auront rien. Dans la réflexion qu'il y a, actuellement,

tous les petits actionnaires qui étaient dans Nemaska vont se retrouver,

suite à la décision, à avoir tout perdu, est-ce que je me trompe?

M. Fitzgibbon : Écoutez, c'est

une possibilité. Je ne le sais pas parce que ça n'a pas été annoncé. Tout ça

est judiciarisé, il y a un juge, là, de la

cour, qui regarde, présentement, les différentes offres. Je ne sais même pas

c'est quoi, les offres. Alors, vous

avez peut-être raison, probablement raison. Puis je ne peux pas vous le

confirmer, on va le savoir, probablement, d'ici 48 heures.

Mais, tu sais, ce qui est triste là-dedans... je

suis d'accord avec vous, là, puis moi, j'ai 80 millions sur le bilan

d'Investissement Québec, la même affaire, là, chaque Québécois a 10 $ dans

cette affaire-là, alors je trouve ça désolant.

Une statistique qui a été triste... quand l'émission... il y a eu une émission

de l'action qui a été faite, hein, une IPO — vous savez c'est quoi,

hein? — on

l'a rendue publique quand l'émission s'est faite, il y avait à peu près

70 % d'institutions financières, donc, des caisses de dépôt... je dis

«caisses de dépôt», d'autres, là, qui ont acheté le stock, puis 30 % qui s'en vont dans le «retail»,

qu'on appelle. Quand le management a annoncé la surcharge, là, de

375 millions, là, c'est quelque

part... Q2 2019, là, la chaîne du bicycle a débarqué, hein? Puis

savez-vous, aujourd'hui, à ce moment-là, c'est quoi, la portion des

actionnaires? Il n'y a plus d'institutions, ils ont tout vendu. Qui a acheté?

Les particuliers. C'est triste, triste.

Ça, c'est

arrivé avant, là... on arrivait au pouvoir, là, on est arrivés... on a été

élus, quoi, au mois d'octobre, ça, c'est

arrivé au mois de février, là. Le stock a baissé, les institutions financières

ont vendu le stock, puis les particuliers ont jeté le stock. Ça vous dit

quoi, aujourd'hui, ça? Patente à gosses. Ça a été très, très, très mal.

Et là vous

allez me poser la question : Pourquoi on ne sauve pas la Nemaska des

actionnaires? Il y a 1,1 milliard qu'il

manque dans la patente, là, pour la finir. Pour la mine, pour l'usine

d'hydroxyde ou de carbonate — ils vont faire les deux,

probablement — c'est

1 milliard. Si on garde la structure actuelle — on va le voir, là,

mais j'espère que je me trompe — il n'y a personne qui va investir. Est-ce

que le gouvernement du Québec va mettre 1 milliard dans la patente parce qu'on est les seuls qui vont le faire? La

réponse, c'est non. Au même

titre que... je disais à M. le député de Rosemont,

hier, qui n'a pas tout compris ce que je lui

disais, que le Cirque du Soleil, 1,3 milliard, je n'étais pas intéressé

non plus. À un moment donné, là, le gouvernement, on est rigoureux.

Alors, dans le cas de Nemaska... puis

malheureusement on a tout fait pour sauver la compagnie, puis je peux vous garantir que le 80 millions, sur le

bilan d'Investissement Québec, qui aurait toffé, là, il aurait fait un...

complet, là, ça a fait mal au coeur.

Mais à un moment donné il faut voir l'évidence. Si, seuls, on avait mis

1 milliard dans la patente, on aurait pu la conserver. Est-ce que c'est

rigoureux pour le Québec, pour nos 8 millions de personnes? Non, alors on ne le fait pas. D'autres vont vous le faire... Si

d'autres vont le faire, j'espère pour nous et pour vous qu'il y a des gens qui

vont investir des milliards puis qui vont garder la structure, mais ce n'est

pas nous autres.

La Présidente (Mme IsaBelle) :

Il reste six minutes à l'échange.

Ouellet : Pour terminer

là-dessus, M. le ministre, je veux vous citer, dans un

article de La Presse ,

je crois, de mars 2020 :

«Nemaska Lithium est un "actif stratégique" pour le Québec, a affirmé

au mois de novembre le ministre de l'Économie[...]. Il a rencontré le président

du fonds d'investissement. "Pallinghurst et le gouvernement sont alignés

quant à ce qu'on veut faire avec notre lithium."»

C'est quoi, cet alignement-là avec Pallinghurst?

Puis, pour le bénéfice de nos téléspectateurs, c'est qui, ça, Pallinghurst? Puis est-ce qu'il représente la clé,

un peu, d'une solution possible à... je ne veux même pas dire une relance,

mais un démarrage adéquat à Nemaska?

M. Fitzgibbon : J'espère que

oui. Pallinghurst, c'est un fonds britannique qui est financé par plusieurs

fonds souverains — comme la Caisse de dépôt — dans le monde, des fonds asiatiques, des

fonds des pays scandinaves, ils ont une

expertise dans le domaine minier et transformation primaire. Le projet de

société qu'on a établi pour le Québec pour l'électrification des

transports passe par — je

vais parler du premier bloc, là — du minerai aux batteries, puis on a

engagé McKinsey pour nous aider, parce qu'on a un plan très, très clair.

Moi, je suis

allé vendre le plan, au mois de décembre. Ça, ça va coûter 7 milliards. Le

gouvernement du Québec, je pense qu'on doit mettre, là-dedans, une couple de

milliards. C'est un projet qui va être tellement structurant pour le Québec, parce que, contrairement à des

projets comme Stornoway, là, où on fait des diamants, puis on les amène

à la bourse, puis on les vend, puis on espère qu'on va avoir un bon prix, ici

on peut s'en aller loin dans la chaîne d'approvisionnement. Tout seuls, on ne

peut pas faire ça, impossible, ça nous prend de l'expertise. L'expertise va venir... ceux qui font les anodes, les cathodes,

l'électrolyte et ceux qui vont faire la conversion. Alors, Pallinghurst, c'est

un fonds qui se spécialise là-dedans.

Alors, eux devaient regarder Nemaska dans sa

structure actuelle. Quand ils ont regardé puis ils ont ouvert le sac, là, ouf! ils n'investissent pas, ils ne

veulent pas toucher à ça. Nous, on les a pris et on a dit : O.K., voici

notre projet, là. Parce que le commentaire que vous avez dit, j'y crois énormément. Le

lithium... le prix du lithium... malheureusement, aujourd'hui, le

spodumène, là, qu'on extrait du terroir, le prix d'extraction du spodumène est

moins cher que le prix du marché parce qu'il y a un surplus sur le lithium.

Donc, pour une couple d'années, là, la mine... ça n'arrivera pas, cette

mine-là, il faut la convertir. Alors, moi, j'aime mieux qu'on bâtisse une usine

pour faire du carbonate ou de l'hydroxyde de lithium puis qu'on l'achète spot

du marché, puis un jour on repartira la mine. Alors, Pallinghurst est un

partenaire comme d'autres qui veulent travailler avec nous autres dans ce plan

macro là. Alors, j'espère qu'on va être

capables. Bien, si ce n'est pas Nemaska, on prendra un... elles sont toutes

dans le trouble, les compagnies de lithium, là. Ça fait qu'on va en

prendre une, mais on va le faire comme il faut.

Ces projets-là, là, pour conclure, ça prend de

l'équité. Puis, pour parler de Nemaska, c'est un arbre de Noël qui a été mal

dessiné, c'est un désastre financier. On ne fera pas l'erreur deux fois.

M. Ouellet : Vous parlez de...

je veux reprendre vos propos, ça pourrait coûter 7 à 8 milliards pour

structurer la filière batterie, c'est ce que

je comprends, et non pas 7 milliards pour uniquement un seul projet

d'entreprise. Là, je veux juste bien comprendre. Cette filière-là, vous

cherchez à la structurer avec... peut-être avec le fonds Pallinghurst, mais avec d'autres partenaires, pour qu'il y ait

d'autres entreprises au Québec qui s'y greffent, c'est ce que j'ai compris?

M. Fitzgibbon : Vous avez

raison. Bien, entre autres, là, je dis rapidement, là, mines, on fait... on

extrait le spodumène, on fait de l'hydroxyde

du carbonate de lithium, on fait du matériel qui va aller dans la cathode,

l'anode ou l'électrolyte, puis il y a la batterie au bout. C'est une

chaîne assez longue.

M. Ouellet : Est-ce que l'entreprise Mason Graphite pourrait effectivement s'insérer aussi dans cette stratégie? Parce qu'on est au même endroit,

ce n'est pas la patente à gosses de Nemaska, comme vous l'avez dit, mais Mason

Graphite a fait face à des défis. Ils ne sont toujours pas installés chez

nous, ils ont décidé de mettre le «hold» sur la mine, d'importer leur minerai et de faire la transformation, en tout cas, du moins sur le territoire du Québec, mais tout près de Montréal. Quelle est votre vision pour Mason Graphite? Est-ce

qu'on peut penser qu'ils pourraient s'intégrer, oui, à la filière, mais que, tôt ou tard, on aurait des véritables

retombées, pas juste du côté de l'usine de transformation, mais aussi dans

la deuxième et troisième transformation, qui

était le plan visé par Mason Graphite, notamment dans ma circonscription?

M. Fitzgibbon : Vous avez

raison. Et en fait l'élément de vente... Parce qu'au Québec, là, dans les

mines, là, on a baissé pas mal, hein? Voilà quatre, cinq ans, on était le

numéro quatre au monde pour les investisseurs, on est rendus 16e. Ce n'est pas

facile, au Québec, pour toutes sortes de raisons, puis je ne veux pas rentrer

là-dedans.

Maintenant, quand on regarde... quand on fait le

pitch de vente, là, aux grosses compagnies, là, que c'est qu'on vend? On vend du cobalt, du nickel, du graphite,

du lithium. Ça, c'est «winner». C'est cher, produire au Québec, par

contre. Nemaska, là, le prix était beaucoup

supérieur à ce que ça devrait être pour toutes sortes de raisons. Alors, c'est

ça, le point de vente, puis le point de vente, c'est de dire aux

équipementiers : Je ne pense pas que Tesla va venir faire des chars au Québec, mais moi, je pense qu'on est capables de

se rendre loin dans la chaîne. Puis une batterie... si on est capables de faire

quelque chose avec nos véhicules électriques, des transports,

des camions, autobus, pourquoi ne pas avoir une usine de batteries? Mais

ça, c'est le bout de la ligne, là.

Alors, l'avantage concurrentiel que le Québec a,

c'est qu'on a quatre produits importants dans le... pour faire les anodes, cathodes, électrolytes. On va être

agressifs pour mettre de l'argent, pour faire les usines de conversion, parce qu'on

parle de beaucoup d'argent, là, et je pense que c'est ça qui va nous

faire... Je suis... Ça, c'est mon projet. C'est mon projet, là, le numéro un,

là, de livrer ça, là, dans les prochaines années. Et je pense que c'est avec

des Mason Graphite, des Nouveau Monde

Graphite, c'est avec Glencore, qui a

du cobalt, nickel... j'oublie le nom, là... en tout cas, on travaille

avec tout ce monde-là, là, puis leur

dire : Prenons le matériel, là, convertissons-le dans les régions, évidemment,

là, pour revitaliser. Les batteries, ils vont les faire, probablement, à Montréal, là, mais... ou les cathodes, là. Moi, je pense

que ce que vous dites, c'est le... c'est ça qui est important pour qu'on soit

compétitifs.

M. Ouellet : Intéressante discussion, M. le ministre. Cette réflexion-là, cette structuration-là va-t-elle apparaître dans un plan? Est-ce qu'elle sera présentée, là? Parce

qu'on sait qu'au gouvernement du Québec il y a différents plans. Cette filière-là, est-ce

qu'elle va se décupler? Parce que,

là, je vous entends, là, j'ai l'impression que c'est tout dans votre tête ou dans la boîte noire de votre

directeur qui vous accompagne et qui vous aide là-dedans, mais, concrètement,

M. et Mme Tout-le-monde, là, les Québécois et Québécoises, pour prendre confiance en la filière et

prendre confiance en cette

volonté-là, est-ce que ça sera connu, déterminé? Je ne vous demande pas

un PowerPoint de 30 pages, là, mais...

M. Fitzgibbon : C'est un bon

point. Non, je vais vous rassurer, c'est...

La Présidente (Mme IsaBelle) :

...secondes seulement.

La Présidente (Mme IsaBelle) :

Vous avez 20 secondes.

M. Fitzgibbon : Bien, je suis d'accord avec vous. C'est dans

ma tête, là, mais il y a d'autres têtes aussi, là, puis on a engagé

McKinsey. On a un pitch, là, qu'on fait dans le monde, là, qui est très bien

fait. Alors, je vais me faire... En fait, quand on va

voir Nemaska, ce qui va arriver, là, on va le savoir dans les prochains jours.

Je vais profiter, peut-être, de Nemaska, parce qu'il y a beaucoup

d'émotions, Nemaska, là, de toute évidence, ça serait important de... à ce

moment-là, puis je prends note de votre point d'expliquer le plus clairement

possible la vision du gouvernement.

Présidente (Mme IsaBelle) : Merci, M. le ministre. Alors, nous allons avec le troisième et dernier

bloc de l'opposition officielle, avec un 20 minutes.

M. Leitão :

Merci, Mme la Présidente. Dernier de ce matin...

La Présidente

(Mme IsaBelle) : Oui, oui, de ce matin.

M. Leitão : ...on continue l'après-midi. Et, juste pour

compléter un peu avec ce que le collègue... dont vous parliez

avec notre collègue, ça serait bien, oui,

que ce pitch que vous allez faire, qui est maintenant dans votre tête,

bien, qu'il puisse être présenté un

peu à tout le monde, les parlementaires, ici, mais à tout le monde. On n'a pas besoin d'un PowerPoint de 30 pages, mais peut-être

un PowerPoint de 10 pages, ça pourrait être utile pour savoir un peu

dans quelle direction on va aller.

Juste un petit commentaire

aussi, vous avez mentionné une des entreprises avec qui vous pensez peut-être trouver des alliances ou faire des affaires, c'est

Glencore. Je ne sais pas, moi, je resterais un peu loin de Glencore.

Glencore, c'est aussi... ils sont eux

aussi derrière les tarifs d'aluminium, mais, bon, ça, c'est une autre... enfin,

la filiale américaine, ça, c'est une autre histoire.

Revenons

au guichet unique. Donc, pour les entrepreneurs québécois,

les entreprises québécoises qui auraient des projets, qui auraient des idées,

qui auraient des initiatives dans le secteur des technologies propres ou autres

secteurs liés de près ou de loin à l'environnement, à qui ils s'adressent, Investissement

Québec, Environnement, Énergie?

M. Fitzgibbon : C'est une bonne question. Premièrement, je pense que vous connaissez l'environnement gouvernemental.

Le MEI, slash, Investissement Québec, on a les FDE, les fonds propres d'Investissement Québec, on a ça dans un tout. C'est nous qui est

responsable pour faire les initiatives financières des entreprises.

Mais qu'on parle de

culture, qu'on parle de tourisme, qu'on parle environnemental, qu'on parle

d'une mine, dans tous les cas, l'avis

sectoriel est requis. Je ne ferai jamais un programme pour faire une usine de recyclage du plastique

sans que le ministère de l'Environnement nous confirme que c'est conforme avec

leurs objectifs.

Alors, dans le cas de

l'Environnement, c'est encore plus lié parce que... je dis «30 %», je n'ai

pas les chiffres exacts, là, mais il y a

beaucoup de projets qui sont reliés à l'Environnement. Le triage est un enjeu

important au Québec, présentement. Le recyclage, la décontamination pour

le recyclage, c'est au coeur de notre économie, présentement. Alors, c'est sûr que ces projets-là, je ne

pourrais même pas aller au Conseil des ministres si mon collègue

M. Charette ne serait pas supporteur du projet. Ça, ça ne serait

pas réaliste ni rigoureux de notre part.

Mais,

juste pour répondre à votre question,

s'il y a une demande financière, généralement, pour un prêt, de l'équité, ils vont venir chez Investissement Québec, MEI,

mais c'est nous, à ce moment-là, directement, qui implique l'Environnement pour être

sûrs qu'on soit conforme.

M. Leitão : Très bien. Et l'enjeu a toujours été... et ce

n'est pas d'aujourd'hui, ça a toujours été qui est le porteur du ballon, parce que ça peut facilement se perdre

dans la bureaucratie gouvernementale quand il y a plusieurs ministères,

nécessairement, d'impliqués.

Moi, ce que je vous

suggère fortement, ce que je demanderais même de faire, c'est que ça soit vous,

que ça soit Investissement Québec qui soit

le porteur du ballon. Parce que moi, j'ai... je suis candide avec vous aussi,

moi, j'ai une grande crainte qu'avec les réformes qui se préparent au ministère de l'Environnement, la disparition de Transition énergétique Québec, le rapatriement de ses mandats, de

ses fonctions à l'intérieur du ministère de l'Environnement, à l'intérieur du ministère de l'Énergie, que ça

devienne extrêmement bureaucratique. Et donc l'agilité qu'on avait, on

risque de la perdre, et qu'accorder

de l'aide financière à ces entreprises-là, ça peut devenir extrêmement compliqué. Il faut que vous soyez là, il faut qu'Investissement

Québec soit à la table.

Après

ça, vous discutez avec vos collègues, certainement, mais il faut que l'initiative passe par Investissement Québec ou par le ministère

de l'Économie, parce que, dans ce domaine, le défi qui nous attend en termes de

transition énergétique est énorme,

les sommes qui sont requises sont colossales. Le gouvernement, qui qu'il

soit... ici comme ailleurs, les gouvernements n'ont pas les moyens, tout seuls, de financer

cette transition-là, il faut être capables de mobiliser le capital privé. Et, pour ce faire, l'expertise au sein du gouvernement du Québec est chez vous et pas à l'Environnement. Donc,

moi, j'ai une grande crainte qu'on rate le

bateau si des analystes d'IQ ne sont pas présents. Pas seulement présents, mais

que...

M. Fitzgibbon :

M. le député, je suis d'accord avec vous, je suis totalement d'accord avec

vous. D'ailleurs, si on regarde la réforme

du p.l. n° 27, c'est un peu ça, hein? On voulait que le

fameux guichet unique... je n'aime pas le mot «guichet unique», c'est un peu galvaudé, mais c'est ce qui se passe.

Puis, honnêtement, dans le cas de l'Environnement, avec

M. Charette, on a une relation tellement forte, parce qu'ils n'ont pas

l'expertise de faire l'investissement, mais ils

ont quand même l'expertise de savoir qu'est-ce qui est valable ou non pour la

lutte aux changements climatiques. Alors, je peux vous rassurer que ça,

c'est l'intention, puis c'est pas mal ce qui se passe déjà, mais il faut

effectivement que l'entonnoir sur la gestion financière des projets, l'addition de

partenaires... C'est la même chose dans le cas du lithium, là, c'est exactement la même chose. Il fallait trouver

des partenaires, sinon... on ne peut pas le faire tout seuls. Alors, je suis

d'accord avec vous. Je ne peux pas élaborer plus que ça, là, vous avez raison.

M. Leitão :

Très bien. Et donc non seulement l'expertise n'est pas... l'expertise

financière n'est pas dans ces ministères-là,

mais en même temps ils ont de l'argent, là, il y a le Fonds vert. Le Fonds

vert, c'est au moins 4 milliards pour les prochains six ans, c'est beaucoup de sous. Il faut bien voir

comment cela va être déployé, il faut avoir une vision d'ensemble,

comment tout ça va s'arrimer avec le reste des interventions de l'État.

Encore une

fois, avant, il y avait des organismes indépendants qui... Conseil de gestion

du Fonds vert, TEQ, qui étaient dans le portrait. Là, maintenant, ça va

être dévolu au ministère, et je suis très préoccupé par ça. C'est quand même

4 milliards, dans le Fonds vert, c'est de l'argent.

M. Fitzgibbon :

Écoutez, règle générale, là, l'Environnement n'est pas différent des autres. Ce

qu'on voit dans le fonctionnement du

gouvernement que... moi, je suis très à l'aise avec ça, c'est que la

partie

subventionnée... Écoutez, si le

Tourisme veut subventionner des organismes, c'est eux qui ont l'expertise pour

faire ça. Dans l'Environnement, pour la

subvention de projets porteurs pour les changements climatiques,

environnementaux, je pense qu'ils ont l'expertise aussi. Mais aussitôt qu'on rentre dans la

structure financière pour faire un investissement quelconque en prêts, c'est là

qu'Investissement Québec... Alors, je pense

qu'il y a une ligne qui sépare où le côté subventions est fait par les

ministères concernés, que ça soit

l'Agriculture, que ça soit l'Environnement ou ailleurs, puis aussitôt qu'on

rentre dans la structure financière,

ça rentre chez nous — «chez

nous», slash, Investissement Québec, MEI. Je pense, c'est la bonne démarcation.

Bon, là, la

question du déploiement du Fonds vert, du 4 milliards, Benoit n'a pas

encore annoncé son programme, mais il

va le faire bientôt. J'en connais une grande partie, mais je pense qu'on va

être confortables avec comment l'utilisation va être faite. Mais, vous

avez raison, c'est 4 milliards qu'il faut qu'il soit bien dépensé, puis on

en est conscients.

M. Leitão : Et pas seulement qu'il soit bien dépensé, mais qu'on l'utilise

comme levier pour aller chercher d'autres fonds, parce que, encore une fois, les sommes requises pour accomplir notre nécessaire transition

écologique, ces sommes-là sont colossales. L'État n'a pas ces moyens-là,

il faut être capables de s'arrimer avec les autres.

Et une chose

qui se fait déjà et que je pense qu'on devrait faire beaucoup

plus que ça, c'est l'appariement, donc l'État

met une partie, puis on va chercher des fonds privés, et je pense que le réseau

de contacts pour pouvoir bien déployer ces mesures-là se trouve dans

votre ministère. Alors, je vous incite fortement à prendre une place plus

active dans ce domaine-là parce qu'on a besoin de cette expertise et on a

besoin de bien faire notre transition écologique.

O.K., là,

j'aimerais qu'on continue un petit peu dans les six axes d'intervention que

vous avez mentionnés au tout début.

Il y avait, bon, l'aérospatiale et puis il y avait aussi les sciences de la

vie. Qu'est-ce que vous voyez dans ce secteur-là qui a beaucoup changé, hein? Ça a beaucoup changé dans les derniers

cinq, 10 ans. On a toujours une... c'est toujours un secteur important au Québec, mais il est pas mal

différent du passé, et, justement, il y en a beaucoup, de PME, maintenant, qui se trouvent dans ce secteur-là.

Alors, comment vous voyez le rôle de votre ministère, d'Investissement Québec

dans cette grappe d'activités là?

M. Fitzgibbon :

Disons que je pense que, dans l'ancien temps, là — puis, à l'époque, j'étais conseiller

financier pour les entreprises — on avait le phénomène des

biotechs, hein, on avait un médecin, une molécule, puis on faisait une IPO, on

avait une compagnie de biotech. Les pharmas avaient, à ce moment-là, délaissé

la recherche, l'avaient transférée aux biotechs puis ils achetaient les

biotechs après, quand ils avaient réussi. Puis ce modèle est un peu révolu

parce que... on voit de plus en plus dans la santé, les gens focaliser sur les...

sur ce qu'on appelle la médecine personnalisée.

Je m'explique. Je pense qu'au Québec, depuis quelques années, qu'on pense à

l'Institut de cardiologie, qu'on pense aux cellules souches à

Maisonneuve-Rosemont, qu'on pense aux neuros à McGill, le Québec a

développé une très bonne notoriété sur la

médecine spécialisée faite par les hôpitaux universitaires, et je pense que

c'est ça, le coeur, le noeud gordien qu'il faut défaire pour que les pharmas,

les pharmaceutiques puissent revenir au Québec parce qu'il faut accepter

qu'ils sont partis du Québec.

Quand moi, j'ai gradué à l'université, tout le

monde était ici avec des chercheurs, puis là, woups! on a des vendeurs de pilules, là. C'est méchant, là, mais

c'est ça qu'on a, au Québec, là. Alors, il faut changer le modèle de vendeurs

de pilules puis de refaire de la recherche.

Mais la recherche, ça ne se fera pas comme elle se faisait dans l'ancien temps,

alors moi, je pense qu'il faut capitaliser

sur nos hôpitaux universitaires, puis Maisonneuve-Rosemont, celui qui... mais

Maisonneuve-Rosemont, j'ai passé plus de

temps sur celui-là pour mieux le comprendre parce que je ne le comprenais

pas. Puis je me suis dit : Wow! Là, on

a quelque chose, là, où on a des médecins, M. Sauvageau, M. Roy, qui

excitent les pharmas parce que c'est live.

Deuxièmement,

merci à Mila et Ivado, l'intelligence artificielle, parce que, en bout de

piste, les algorithmes qu'on

peut faire avec les données qu'on a dans les hôpitaux vont faire en sorte qu'on

va être plus efficients pour avoir des médicaments qui vont être plus ciblés.

Alors, moi,

je pense que... on a l'intelligence artificielle, on a la médecine spécialisée.

Éventuellement, quand on va régler

l'accès aux données, on a les données de la RAMQ, puis les données de la RAMQ,

là, c'est une mine d'or. Je sais que

c'est un sujet, là, très controversé, puis je ne rentrerai pas là-dedans tout

de suite, là, j'ai des vues très précises sur ça. Mais le jour où on peut se

rendre confortables de donner accès à nos données de santé aux compagnies

pharmas, qui vont venir dans les hôpitaux

universitaires qui sont très performants, puis qu'on a Mila à côté qui fait

l'algorithme, ou Imagia, c'est

«winner». Alors, la stratégie du gouvernement, c'est carrément de vouloir

attirer les pharmas, quelques pharmas,

de venir jouer dans nos platebandes, profiter de ça, et je pense qu'on a une

chance incroyable, là, d'y arriver.

M. Leitão : Très bien. Écoutez, je vous encouragerais

à bâtir sur ce que notre ancien collègue, l'ancien ministre

de la Santé, avait déjà commencé à faire dans ce domaine-là, je pense qu'il y a

là une bonne piste. Pour ce qui est des données de la RAMQ, je comprends le potentiel puis

je comprends aussi les enjeux d'informations personnelles, mais il faut trouver un

moyen de naviguer ça.

Maintenant,

dans le contexte présent de la pandémie, et donc de la recherche d'un vaccin,

on a vu le gouvernement fédéral,

canadien, qui s'est impliqué dans ce processus-là. Est-ce que le Québec

participe aussi, ou c'est quelque chose que, pour l'instant, ce n'est

pas dans nos cartons?

M. Fitzgibbon :

C'est selon nos moyens. Écoutez, on a créé une cellule... je ne dirais pas de

crise, mais une cellule, avec Paul

L'Archevêque, qui est maintenant au Bureau de l'innovation, au MSSS, Rémi

Quirion, le Scientifique en chef, et,

au ministère, on a Hughes Beaulieu, Mathieu Gervais, on a une équipe qui... on

a fait... je regarde David, là, on a fait à peu près 25 projets

d'innovation, on a alloué des fonds pour la recherche.

C'est

sûr que c'est une course au vaccin. Est-ce qu'on va gagner la course? Peut-être

pas, mais on a fait un projet, il est allé en décret la semaine passée, je

pense, là, une société québécoise, un peu comme Medicago, qui fait des

vaccins, puis on a mis de l'argent là-dedans parce que... idéalement, ils vont

trouver le vaccin, mais, s'ils ne le trouvent

pas, ils peuvent le faire, le vaccin, parce que le problème des vaccins...

Comme on sait, à un moment donné, il va se découvrir un vaccin. Là, comment est-ce qu'on le fait? On va-tu

attendre l'avion d'Air China qui amène le vaccin? Non, on veut le faire

ici.

Alors, on a une

stratégie, les moyens sont illimités. On a peut-être mis... En tout cas, on a

mis, peut-être... à peu près une dizaine de

millions qu'on a mis, durant la pandémie, dans les projets spécifiques de

recherche. Évidemment, on veut gagner la course au vaccin, mais on veut aussi

être capables de réagir quand le vaccin va être là. Alors, je pense qu'on a une bonne stratégie pour ça. Puis c'est

sûr que Rémi Quirion, que j'ai vu hier, regarde tout le côté pandémique

largement défini. Dans les trois Fonds de recherche, on est

en train de revoir comment est-ce qu'on va peut-être avoir un petit «boost» au

niveau de l'argent qu'on peut dédier à ça, parce qu'il n'y a aucun doute pour

moi que, dans cette relance économique

là, oui, il faut faire des projets court terme pour sauver les restaurants, là,

c'est sûr qu'il faut aider les restaurants, mais il faut aller plus loin que

ça, là, il faut investir dans la recherche fondamentale, parce que c'est ça qui

va nous amener, dans quelques années, avec des projets structurants pour

le Québec. Alors, je pense qu'il faut naviguer des deux côtés.

M. Leitão :

Très bien, merci. Vous avez mentionné avant, quand on parlait de

l'aérospatiale, le type d'intervention qui... avec lequel vous êtes à l'aise,

les prêts pardons, les prêts à redevances, donc une certaine conditionnalité

dans les mesures d'investissement. Cette

conditionnalité, il me semble que c'est une très bonne piste, et on devrait

l'élargir à d'autres... avec d'autres paramètres, et un de ces paramètres-là,

ce serait l'écoconditionnalité, et, de ça, le Commissaire au

développement durable avait déjà mentionné qu'une chose qui manquait au gouvernement

du Québec en général, c'était d'user de

cette technique-là d'écoconditionnalité de façon plus structurante dans ses

interventions. Alors, est-ce que

vous... et peut-être une question qu'on pourra discuter cet après-midi avec

Investissement Québec, est-ce que vous êtes

prêts, dans les interventions d'Investissement Québec, à inclure aussi des

paramètres d'écoconditionnalité? C'est-à-dire, on...

M. Fitzgibbon :

Je n'ai pas la réponse à votre question, mais... je ne le sais pas, mais on est

ouverts à ça. Je pense que le concept...

En fait, le concept d'Investissement Québec, quand on retourne un peu en

arrière, c'est de prendre plus de risques, mais d'être rémunéré pour le risque

soit avec le retour sur une redevance ou soit avec du pardon parce qu'il

y a des créations d'emplois intéressantes.

Alors, si l'écoconditionnalité... il y a des projets qui sont intéressants,

pourquoi pas? Mais je n'ai pas de réponse spécifique, là. Ce n'est pas sur mon

agenda, là, tu sais, l'éconditionnalité, mais... On va apprendre c'est

quoi, là, mais on est ouverts à des projets.

Tu sais, tantôt — je

vais prendre la balle au bond — vous avez dit... Votre collègue au

Tourisme, là, je pense qu'elle n'avait pas

compris ce qu'on a fait, parce qu'hier elle a blâmé ma collègue

Mme Proulx. On a fait le prêt pardon pour les hôtels, alors, tu

sais, Investissement... c'est le Tourisme qui a fait son programme, mais on a

travaillé avec eux autres. On a dit,

tantôt : Investissement Québec doit être au centre des décisions

financières. Câline! On va faire un programme, puis on a fait un prêt

pardon, 400 000 $, 100 000 $ de prêt pardon, c'est très

structurant.

Alors, je pense qu'on

est capables, Investissement Québec, de s'ajuster. Alors, si

l'écoconditionnalité devient le «trend», bien, on va en faire, absolument.

La Présidente

(Mme IsaBelle) : Juste préciser que Caroline est la ministre du

Tourisme, tout comme, tantôt, Benoit était le... est le ministre de

l'Environnement. Merci, M. le ministre. Alors, il vous reste

2 min 40 s.

M. Leitão :

Très bien. Alors, Mme la Présidente, bien, écoutez, je pense que

l'écoconditionnalité, c'est un peu plus... beaucoup plus que juste une «trend». Moi, je pense

que ça doit être le... ça doit devenir notre façon de faire, parce que,

encore une fois, si on ne le fait pas... L'État du Québec intervient quand même

beaucoup dans l'économie, et je ne dis pas ça de façon péjorative du tout, et

donc on peut utiliser ce pouvoir d'intervention comme levier pour accélérer notre transition écologique, et, dans ce

cas-là, l'écoconditionnalité est importante. Ça peut poser des questions

qui sont, des fois, déchirantes, qu'est-ce qu'on fait avec l'aérospatiale, justement, avec les avions, mais je pense qu'on doit

réfléchir à ces enjeux-là.

Écoutez, je pense que

je vais arrêter ici, parce que j'aimerais rentrer dans un tout... un autre

domaine, et puis ça ne sert à rien de faire ça pendant 30 secondes, et

puis... Voilà, j'arrête ici.

La Présidente (Mme IsaBelle) :

Parfait, merci.

M. Leitão :

Je ne sais pas si le ministre a quelque chose à ajouter, mais sinon moi,

j'arrêterais ici.

M. Fitzgibbon :

Je vais apprendre le mot «écoconditionnalité» puis je vais vous revenir avec...

M. Leitão : Très

bien. Et je vous suggère de... dans

votre temps libre, s'il y a du temps libre, je vous suggère de lire le rapport... le dernier rapport du

Commissaire au développement durable, de mai 2020, où cet aspect a été couvert,

et je pense que c'est... Nous avons d'ailleurs

tous... tous ceux qui nous écoutent... c'est un très bon rapport à aller

examiner, voilà.

Présidente (Mme IsaBelle) : Merci. Nous donnons maintenant la parole à la députée de Marie-Victorin. Vous avez 2 min 30 s.

Mme Fournier : Merci, Mme

la Présidente. Bonjour, tout le monde. Je suis contente d'être ici. Je n'étais pas là hier parce que

je participais à une autre commission parlementaire, mais je voulais quand même

prendre le temps, ce matin, de sensibiliser

le ministre à l'importance du déploiement rapide, en fait, des zones d'innovation

dans les différentes régions du Québec.

Il y en a une, chez nous, qui a été déposée en juillet, celle de l'intelligence

numérique industrielle, puis il y a déjà 83 entreprises, en

fait, qui ont soumis une lettre d'engagement pour en faire partie. Donc, je

crois que c'est très important.

Puis aussi une initiative

très intéressante, à Longueuil, qui va être aussi, éventuellement, là, intégrée

à la zone d'innovation, qui est le Centre

d'expertise industrielle, aussi appelé Digifab, que je sais que vous

connaissez parce que vous l'avez déjà appuyé financièrement... mais sachez aussi qu'on

va avoir besoin de davantage d'aide, parce qu'il y a tellement d'entreprises qui font des demandes. Alors, ça aussi, ça va,

je pense, devoir contribuer activement à la relance.

question concerne toutefois, là, plus précisément le programme

audit 4.0. On sait qu'auparavant la contribution gouvernementale était de 80 %. Elle a récemment été

abaissée à 50 %, là, ce qui m'apparaît assez incohérent, quand on

veut assurer le virage numérique des entreprises. Alors, dans le contexte de la

relance, je me demandais si vous aviez l'intention de rehausser la contribution

et de la remettre à son point de 80 %.

M. Fitzgibbon :

Bien, premièrement, pour la question des zones d'innovation, je peux vous

confirmer que mon patron, c'est lui qui l'a

inventé, le concept. Alors, à toutes les semaines, il me rappelle à l'ordre, de

savoir... Alors, il y a beaucoup de pression positive pour qu'on y arrive,

parce que c'est un modèle qui, effectivement... que j'aime beaucoup

parce que c'est un modèle où on peut regrouper, dans un lieu géographique et

thématique, grands donneurs d'ordres, les PME, la recherche et l'éducation. Alors,

pour moi, c'est un dossier qui est important. On a 53 demandes présentement en analyse, et j'espère qu'on va

pouvoir en annoncer quelques-unes, parce que c'est un projet qui va être

porteur pour le Québec.

Pour votre question

spécifique, écoutez, je n'ai pas la réponse, si on va monter de 50 % à

80 %. La réponse que j'ai, par contre,

c'est que l'audit 4.0 se veut un catalyste pour que les entreprises

puissent accélérer leurs investissements en innovation. Ce qu'on fait

présentement, c'est qu'on a des programmes de... pas de la subvention, mais du

prêt pardon ou du prêt... En fait, il y a

beaucoup de prêts pardons dans ces cas-là. On est prêts, nous, à dire à

l'entrepreneur qui veut, par exemple, s'acheter un robot : Bien, on

va payer une plus grande

partie du robot que dans le passé, parce que les banques ne veulent pas prêter pour

l'innovation, nécessairement, dépendant des profitabilités. Alors, nous, on est

prêts à prendre le risque, on va être

insérés en dessous des banques, on va financer le robot puis on va dire à

l'entrepreneur : Paie-nous pas tout de suite, mais, quand le robot

va amener de la rémunération ou de la profitabilité, je vais dire, on va se

payer.

Alors,

je vais regarder, parce qu'honnêtement je n'étais pas familier avec le détail...

Là, je vais regarder, mais il faut voir

l'ensemble. Et, c'est clair, l'innovation... audit 4.0 s'insère dans tout le côté innovation,

on veut être plus agressifs. Puis je

pourrai vous revenir, là, mais, d'emblée, là, je ne pense pas qu'on veut nécessairement monter de 50 % à 80 %.

Si on ne le fait pas, on peut le faire différemment.

La Présidente

(Mme IsaBelle) : Merci pour l'échange. Alors, je vous rappelle

qu'à 16 h 15 le ministre sera accompagné des représentants d'Investissement

Québec lorsqu'on fera notre deuxième séance, cet après-midi.

Compte

tenu de l'heure, la commission suspend ses travaux jusqu'à 15 heures. Je

vous invite d'arriver à l'heure, du moins un petit peu à l'avance.

(Suspension de la séance à

11 h 11)

La Présidente

(Mme IsaBelle) : Alors, bonjour. Nous allons reprendre nos

travaux de ce matin.

Je vous rappelle que

la commission est réunie afin de poursuivre l'étude du volet Économie des

crédits budgétaires du portefeuille Économie et Innovation pour l'exercice

financier 2020‑2021.

Alors, nous sommes maintenant

à un bloc d'intervention de l'opposition officielle. M. le député de Robert-Baldwin,

la parole est à vous.

M. Leitão :

Très bien, très bien. Merci beaucoup, Mme la Présidente. Alors, chers

collègues, c'est un plaisir de vous revoir pour cette deuxième

partie de notre

commission.

Alors, M. le

ministre, je vais commencer avec un sujet, un enjeu qui ne relève pas de vous,

mais je vous annonce ça à l'avance, mais, je pense, c'est important

qu'on vous entende là-dessus et qu'on en parle un petit peu, et c'est la grève au port de Montréal. Évidemment, le port de

Montréal est névralgique pour l'économie du Québec, de l'Est du Canada, de

l'Est de l'Amérique du Nord, et là le port est paralysé depuis déjà un certain

nombre de jours, et il ne semble pas...

n'est pas proche, il me semble, de régler ça. Alors, je sais bien que ce n'est

pas sous votre juridiction, mais comment est-ce que vous voyez cet

enjeu-là?

M. Fitzgibbon : Écoutez, je

suis, je pense, plus inquiet de la fermeture du port que de la pandémie. Je

pense que le port de Montréal, c'est le

centre nerveux du Québec. Je suis extrêmement soucieux de ça. Je pense que

plusieurs sociétés québécoises ont déjà fait... J'ai eu plusieurs

communications verbales et écrites avec des exportateurs, des importateurs

aussi. Évidemment, c'est très problématique. J'ai eu plusieurs discussions avec

le fédéral.

C'est sûr que c'est mon collègue au ministère du

Travail qui est responsable de ça. M. Boulet favorise la collaboration et la discussion. Le fédéral a été

clair hier, ils ont dit qu'ils ne voulaient pas intervenir aujourd'hui parce

qu'ils voyaient d'un bon oeil une

conciliation, et je suis d'accord avec le principe, mais je pense qu'il va

falloir mettre des échéanciers très court terme parce que je suis

soucieux.

Écoutez, mon collègue au Travail partage mon

opinion. Évidemment, lui, il est dans la... Il oeuvre dans le segment de

concilier, discussions avec les syndicats, donc c'est sûr qu'il veut prendre

une approche plus coopérative, peut-être, que

moi, je peux avoir. Je suis coopératif aussi, mais c'est un équilibre qu'il

faut avoir, la balance des inconvénients,

comme on dit, mais c'est clair qu'on ne peut pas laisser cette guerre-là

continuer, ça va être néfaste pour le Québec.

M. Leitão : Je suis tout à fait

d'accord avec vous et je pense que c'est un enjeu majeur. Il y a non seulement

l'impact immédiat, donc la paralysie du port, et donc les marchandises qui ne

rentrent pas et qui ne sortent pas, mais il

y a aussi le dommage que ça peut

faire à plus long terme sur la réputation du port de Montréal.

Si des entreprises trouvent des alternatives parce qu'ils n'ont pas le

choix, bon, ça se peut qu'une bonne

partie du volume d'affaires ne revienne pas non plus, donc il y a un risque important.

Et le transport, en général, est vraiment... On parlait, ce matin, de l'aérospatiale,

industrie stratégique pour le Québec,

mais les transports, une industrie aussi très stratégique pour la région de Montréal...

D'ailleurs, la ville a été fondée... Vous parlez de l'histoire, mais sa position

géographique, le transport, le fleuve, tout ça, plus tard les chemins de fer, donc le transport est très important,

et il ne faut pas le mettre à risque. Donc, je partage aussi vos préoccupations.

Oui?

M. Fitzgibbon : ...je pense que

la stratégie... même si la stratégie maritime ou la stratégie portuaire est de juridiction fédérale, je peux vous dire qu'au ministère de l'Économie on est très impliqués.

Heureusement, il y a d'autres ports,

mais c'est sûr que le port de Montréal, c'est le coeur, le noyau dur. Mais, je

pense, ça prouve que, peut-être, ça prend une résilience en

termes portuaires, puis c'est clair que c'est au coeur des préoccupations du

MEI.

M. Leitão :

Tout à fait. Et, dans une autre époque pas si lointaine que ça, il y avait un

gouvernement qui parlait beaucoup des pôles industriels ou portuaires, qui...

Oui, c'est un vecteur de développement économique important, et, comme

vous le savez très bien, le port de Montréal avait des plans d'expansion.

Bon, au mois

de mars, avant la pandémie, votre ministère avait autorisé des modifications au

programme Essor, à ce moment-là, pour appuyer et pour aider les

entreprises touchées par les blocus ferroviaires. Bon, il semblerait que ça n'a pas été vraiment utilisé parce

qu'entre-temps, là, ça a été réglé, et, bon... Est-ce que vous pouvez

considérer quelque chose de semblable pour les entreprises touchées par

le blocus du port?

M. Fitzgibbon :

Écoutez, on n'a pas, à ce moment-ci, voulu segmenter le programme Essor,

ce qu'on appelle PACTE, maintenant. Tu sais, Essor a eu le blocus, il y a eu

les droits douaniers du bois d'oeuvre, il y a eu la pandémie. On

l'appelle PACTE, mais c'est clair qu'il y a des sociétés qui sont déjà venues

nous voir, là, depuis quelques jours, puis

on va les inclure par défaut dans le

PACTE COVID. Mais c'est clair qu'on ne laissera pas tomber des sociétés qui

ne peuvent pas exporter temporairement et

qui sont pénalisées financièrement, c'est sûr qu'on va les aider, c'est le rôle

du gouvernement. Puis, à savoir s'il va falloir créer un sous-programme Essor

pour la grève du port, j'espère que ça va se régler avant, mais

entre-temps nous sommes présents pour les entreprises.

M. Leitão : Très bien, merci.

J'aimerais maintenant parler un petit peu de... Vous allez voir, cet

après-midi, je vais aller un peu partout,

plusieurs sujets, et pas nécessairement une suite très, très logique, mais il y

a toujours une logique dans ma tête, mais des fois elle n'est pas

apparente pour tout le monde.

J'aimerais revenir un peu à l'enjeu dont on

avait parlé tantôt, de la fabrication locale, donc, qu'un des enjeux que vous

surveillez, dans le contexte de la pandémie, ce serait de voir qu'est-ce qu'on

peut produire localement pour remplacer les

importations. Alors, je présume qu'il y a peut-être une liste ou vous

travaillez sur identifier certains secteurs où ça pourrait se faire.

Est-ce que vous pouvez partager ça avec nous, où vous êtes rendu dans cette

réflexion-là?

M. Fitzgibbon :

Écoutez, oui, c'est un sujet qui est très important. Mon patron me la demande à

tous les jours, la liste, aussi.

Alors, c'est clair qu'on a été très clairs, comme gouvernement... Puis, si on

remonte avant la pandémie...

passant, moi, le deuxième chantier de développement économique sur lequel nous

voulons mettre beaucoup d'efforts, c'est de réduire le déficit

commercial que j'appelle international. Juste pour vous mettre les chiffres en

perspective, nous avons, au Québec, à la fin de 2019, 23 milliards de

déficit international et 9 milliards de surplus interprovincial, donc, net, moins 14, mais c'est moins 23,

international. Et c'est clair, pour moi, que... Bon, l'équilibre, est-ce

qu'il va être atteint? Peut-être un jour. Ça va prendre, pour moi, une

génération avant qu'on arrive là, mais entre-temps il faut réduire l'écart.

Comment on réduit l'écart? De deux façons :

on augmente les exportations ou on réduit les importations. Il est clair que, postpandémie ou dans la sortie de

la relance économique, le côté géopolitique mondial fait en sorte que les

communautés veulent être plus autosuffisantes — on n'est pas les seuls — donc

il est clair que l'achat local devient encore

plus important. Et, dans le programme de développement économique,

heureusement, on avait des mécanismes pour favoriser l'innovation. Comme

vous savez, on est sous-productifs au Québec, règle générale. Donc, moi, je

suis très confortable qu'on est capables d'y arriver.

Sur le point précis que vous demandez, David, à

ma droite... on travaille depuis quelques mois sur la liste des produits que

nous importons, qu'on pourrait faire au Québec. Il faut faire attention, parce

qu'on ne peut pas tout faire au Québec, on est 8 millions. On pense aux

achats stratégiques, ça va de soi. On a parlé des masques ce matin, je suis heureux de dire qu'on devrait être relativement

autosuffisants en masques dans la prochaine pandémie. On regarde le côté

alimentaire, le côté médicaments. On a

identifié, effectivement, une liste de secteurs où nous pourrions, soit,

stratégiquement, au niveau des coûts,

être compétitifs. Évidemment, quand le coût de main-d'oeuvre est une

partie

importante de la production, c'est plus difficile au Québec. Mais il y a

beaucoup de secteurs où la main-d'oeuvre est 10 %, 15 %... alors, quand

même qu'on serait plus chers, on peut

compenser par le côté technologique.

Il y a une liste, et on travaille sur ça présentement, et là on est à

identifier non seulement les secteurs, mais les entreprises, quelles sont les

entreprises du Québec qui vont pouvoir produire plus, produire à un meilleur

coût pour qu'on puisse moins dépendre du

côté importation. Alors, bon, la liste n'est pas «PowerPoint ready», là, mais

elle existe, et on travaille sur ça présentement, au même

titre qu'on

travaille sur augmenter les exportations.

M. Leitão :

Très bien, deux choses là-dessus. Moi, je vous encourage à vraiment, vraiment,

vraiment travailler sur le côté des

exportations. Pour ce qui est... et on va y arriver, aussi, dans nos

discussions, pour ce qui est du remplacement des importations, je pense qu'il faut être prudents. Je ne dis pas que

ça ne devrait pas se faire, mais il faut être prudents. Ce sont des stratégies qui ont été essayées par

d'autres pays dans d'autres circonstances, ça n'a pas toujours été un grand

succès. Et surtout le secteur manufacturier québécois, de façon générale, est

un secteur qui est orienté vers l'exportation, donc l'accès aux marchés extérieurs est crucial, et donc il ne faudrait

pas compromettre l'accès aux marchés extérieurs si on devient trop... je ne vais pas utiliser le mot «protectionnistes»,

mais si on met trop d'emphase sur l'achat local. C'est important là où

ça peut se faire, mais tout ce que je veux dire, c'est qu'il faut être

prudents. Et surtout, aussi, que, dans le manufacturier, comme vous le savez

très bien, il y a une énorme... les chaînes d'approvisionnement sont très complexes, et un produit qui est importé

aujourd'hui, bon, il est réexporté plus tard, et donc prudence, de ce côté.

C'est intéressant de voir qu'est-ce qu'on peut fabriquer ici, qu'est-ce

qu'on remplacer, mais il faut être prudents.

Pour donner un exemple de ce dont je parle,

revenons aux masques, justement, au matériel médical et aux dépenses qui ont

été faites rapidement en mars, avril, et c'est très bien, et les incitatifs

qu'il y a en place pour faire que la

production locale démarre, avance, et tout ça. Mais là il y a deux enjeux, il y

a deux questions que j'ai pour vous. La

première, c'est que ce secteur-là, le secteur de l'équipement médical, c'est

quand même un secteur important au Québec, pas seulement les masques,

mais l'équipement médical, c'est un secteur qui est orienté à 90 % vers

l'exportation, donc il me semble qu'il faut faire un peu attention à comment on

positionne ce secteur-là. Ça, c'est un côté.

Et la

deuxième

partie de ma question, et vous l'en avez fait un peu allusion ce

matin, peut-être indirectement : Qu'est-ce

qui va se passer dans trois ans, par exemple? Parce que, là, maintenant, faire

des masques, produire des masques et des blouses, des trucs comme ça, au Québec,

c'est très bien, même si ça coûte un peu plus cher, il y a tout l'aspect

sécurité d'approvisionnement, tout ça, mais qu'est-ce qui va se passer dans

trois ans, quand on va constater qu'une cargaison de masques et de blouses

faites, je ne sais pas moi, au Vietnam coûte peut-être 1/10 de ce qu'elle peut

coûter ici? Est-ce qu'à ce moment-là on va laisser tomber les producteurs

québécois qui, entre-temps, se sont lancés dans cette production et on va revenir à l'achat extérieur? Dans trois ans, dans

cinq ans, les gouvernements changent, les personnes changent, donc

comment est-ce qu'on peut mieux délimiter ce risque-là?

M. Fitzgibbon : Bon,

premièrement, je pense qu'il faut faire attention, quand je dis qu'on veut

réduire les importations, il y a un côté stratégique puis il y a un côté

tactique.

Côté tactique, vouloir faire des tee-shirts au

Québec, alors que le coût de main-d'oeuvre est important... on va laisser le Vietnam faire des tee-shirts, il n'y

a pas de doute. Il y a beaucoup de produits de valeur ajoutée où le taux

de main-d'oeuvre est peu élevé. Les sociétés

québécoises qui peuvent produire, on va les encourager, via Investissement

Québec, pour qu'elles soient productives,

parce que les gens veulent acheter Québécois, mais pas à tout prix. Les gens

vont avoir... Il y a un seuil auquel on ne

veut pas dépasser... Alors, je pense, le côté tactique, on est assez bons

là-dedans pour trouver quels sont les secteurs où on peut être plus

performants et être compétitifs au niveau international. Écoutez, on a 23 milliards d'écart de

déficit, quand même qu'on... On a trouvé 5 à 6 milliards de secteurs où on

pense qu'on est capables d'être

productifs. Si on réussit à en faire la moitié, l'impact économique au Québec

va être magistral.

L'autre côté, stratégique...

Écoutez, les masques, vous avez entièrement raison. Puis le dossier de Medicom,

qu'on a regardé, là, on a regardé les

masques, par rapport à ce qu'on payait, la différence de prix qu'on pourrait

avoir avec le Vietnam, là, elle est de minimis. Il n'est pas question

que le Québec se ramasse dans une autre pandémie, attende

de voir si l'avion d'Air China va atterrir à Dorval, ça n'arrivera pas. Alors,

quand même que le masque coûterait 15 %, 20 % plus cher, on s'en

fout, on va le faire pareil. Il faut être prudents, parce que, si on dit ça à

tout, évidemment, on va créer de l'inflation

qui n'est pas requise. Votre ancien collègue ministre de la Santé m'avait

questionné sur ça en Chambre, puis je lui avais dit : Il faut faire

attention quand on regarde le coût de la santé, de 43 milliards,

quand même qu'on paierait 2 millions de

plus pour des masques N95, savez-vous quoi, on s'en fout, on va le faire

pareil. Alors, je pense qu'il faut être prudents.

Je vais donner un

exemple, là. Vous avez dit : C'est un secteur d'exportation. Vous avez

raison.

La société... je peux en parler

parce que c'est public, la société Bauer, à Saint-Jérôme, ils ont fait des

visières, durant la pandémie, qu'on a achetées et qu'on a vendues aux

autres provinces. Le «CEO» de Bauer, aux États-Unis, m'a appelé... nous a

appelé il y a quelques mois : Peut-être

qu'on devrait créer Bauer Médical au Québec. J'ai dit : Parfait, si vous

faites ça, on va vous aider. Alors, je pense qu'on peut être

stratégiques. Les respirateurs, CAE ont participé aussi.

Alors,

moi, je pense qu'il faut faire attention. Vous avez raison, il

ne faut pas être autosuffisants avec une inflation, il y a des secteurs stratégiques : alimentaire,

médical, médicaments. Médicaments, on n'a pas parlé de ça, médicaments, c'est important aussi. Le vaccin, là, ils vont le

trouver, à un moment donné, à quelque

part, là, mais il faut pouvoir le

faire au Québec.

C'est pour ça qu'on a financé deux compagnies, Medicago et l'autre. Je pense

qu'il faut être stratégiques, mais, vous avez raison, il faut être

prudents, puis, d'autres secteurs, il faut être à bas coût.

M. Leitão : Et, dans cette stratégie-là, on pourrait peut-être

aussi y inclure un élément d'intégration régionale, c'est-à-dire que... peut-être

que... on parle beaucoup de mondialisation, peut-être que l'échelle

d'approvisionnement était beaucoup trop longue. Tout le monde s'est rendu

compte, soudainement, aux mois de mars, avril, mai, qu'on dépendait — «on dépendait», ça veut dire beaucoup d'économies d'Amérique

du Nord et de l'Europe de l'Ouest — de

quelques fournisseurs en Chine, par exemple. On était très vulnérables de ce

côté-là.

Donc, on pourrait peut-être

penser à des alternatives régionales. Québec, c'est 8,5 millions de

personnes, mais l'Amérique du Nord dans son ensemble, il y a quand

même un peu plus. Alors, moi,

j'ajouterais à cette stratégie de produire localement ce qui est capable... ce

qu'on... ce qui est faisable, mais d'ajouter cet élément avec nos

voisins, nos voisins canadiens, nos voisins

américains. Un jour, l'administration américaine changera. Bon, on ne va pas

partir ce débat-là non plus, mais, je pense, c'est important de

maintenir les liens et même de renforcer les liens avec nos voisins américains.

M. Fitzgibbon :

On parlait de Medicom hier, j'étais heureux de voir ce projet-là, M. Bahan

l'a fait avec son homologue fédéral. Donc, on a aidé le fédéral et le

provincial, au Québec, à bâtir une usine de masques puis on vend les masques au

Canada. Vous avez raison, le Canada peut être utilisé.

M. Leitão :

Très bien. Alors, puisqu'on est en train de parler de commerce, Mme la

Présidente...

La Présidente

(Mme IsaBelle) : Il vous reste trois minutes.

M. Leitão :

Trois minutes? On va commencer et puis on reviendra. L'autre

partie du

commerce, c'est, bien sûr, les exportations.

Et, comme on avait dit, le Québec, l'économie québécoise, le secteur manufacturier surtout, sont orientés vers l'exportation. Nous avons

relativement peu de très grandes entreprises, donc des joueurs de calibre

mondial qui dominent dans leur secteur.

On en avait déjà eu un dans

l'aérospatiale, bon. Donc c'est un

peu plus complexe, parce qu'il nous manque ces champions nationaux, alors

on doit être un peu plus agiles. Comment est-ce que vous voyez, donc, l'évolution

de la politique d'exportation du Québec? C'est très facile à dire, «on va

promouvoir l'exportation», tout le monde veut promouvoir l'exportation, mais comment est-ce qu'on va le faire dans un monde qui est de plus en plus complexe, où il y a quand même toujours

quelques très grosses multinationales qui ont un très gros pouvoir de marché?

Comment est-ce que nous, au Québec, on va être capables de tirer notre épingle

du jeu?

M. Fitzgibbon : Comme j'ai dit, effectivement, réduire le

déficit commercial international est le deuxième chantier de développement économique

que nous avons mis en place en 2018. Et

d'ailleurs vous vous rappellerez, dans le p.l. n° 27,

ce que nous avons décidé de faire, c'est de joindre l'équipe d'Export Québec,

qui était au MEI... a été transférée chez M. LeBlanc,

à Investissement Québec. Nous avons nommé M. Hubert Bolduc, qui était à

Montréal International, qui est maintenant le responsable des efforts

internationaux pour Investissement Québec.

Et on travaille

encore plus étroitement avec le ministère des Affaires internationales, parce

que nous avons un avantage comparatif

incroyable. Nous sommes la seule province canadienne qui a une représentation

dans 33 bureaux, si je me rappelle bien, à l'extérieur du Québec.

Et M. Bolduc, justement, est en train de finaliser... Je suis sûr que

M. LeBlanc a vu le rapport, mais on est en train de revoir comment on va

bonifier le support à l'exportation, parce que,

traditionnellement, le MEI, avec Export Québec, on payait pour des voyages dans

les foires puis dans les missions étrangères,

ce qui était correct. Là, premièrement, on ne voyage plus, on ne peut plus

faire ça, donc il faut avoir des nouvelles façons de travailler.

Alors,

moi, je suis très, très heureux de voir que la relation du MRIF, le ministère

des Affaires... des Relations internationales et de la Francisation, et de MEI...

travaillent étroitement, parce que le corridor est à deux dimensions,

donc autant on va dépister des étrangers qu'on va aider les compagnies. Donc,

IQ International, posez la question, tantôt, à M. LeBlanc...

M. Leitão :

Oui, c'est dans ma liste, on va y arriver. Mais, pour terminer ce bloc-ci, je

mentionne un moyen de vraiment

réduire notre déficit commercial. Il y a un moyen qui serait extrêmement

positif pour nous tous, et je suis certain que mon collègue de Mercier

va apprécier...

M. Leitão :

...de Rosemont, excuse-moi, de mon collègue de Rosemont, excuse-moi, non, donc,

mais sa collègue de Mercier aussi va apprécier, c'est de diminuer nos

importations de pétrole, par exemple.

Présidente (Mme IsaBelle) : Désolée, c'est tout le temps que vous

avez. Vous aurez l'opportunité, dans la prochaine... au prochain tour...

Maintenant, la parole est au député de Rosemont. Vous avez

11 min 10 s.

M. Marissal :

Merci, Mme la Présidente. À ne pas confondre, je ne suis pas de la république

autonome du Plateau, je suis de celle de Rosemont, à côté. Il ne faut

pas confondre.

M. le ministre, rebonjour, pour la dernière fois

aujourd'hui et jusqu'à ce qu'on se revoie en Chambre. Je ne peux pas ne pas revenir sur quelque chose que vous avez dit ce matin, en toute fin de séance, aux questions de

mon collègue de Robert-Baldwin. Je suis surpris, d'ailleurs, de voir qu'il ne

l'a pas repris, parce que, moi, ça m'a écorché le tympan, puis, pour ne pas me faire accuser de mal vous

citer, je vais vous lire, on ouvre les guillemets : «...les algorithmes

qu'on peut faire avec les données qu'on a dans les hôpitaux vont faire

en sorte qu'on va être plus efficients pour avoir des médicaments qui vont être

plus ciblés.»

Je continue : «...je pense que... on a

l'intelligence artificielle, on a la médecine spécialisée. Éventuellement, quand on va régler l'accès aux données, on a les

données de la RAMQ, [et] les données de la RAMQ, [...]c'est une mine

d'or. Je sais que c'est un sujet [...] controversé, [...]je ne rentrerai pas

là-dedans tout de suite, [...]j'ai des vues très précises sur ça. Mais le jour où on peut se rendre confortables de

donner accès à nos données de santé aux compagnies pharmas, qui vont

venir dans les hôpitaux universitaires qui sont très performants, puis [là] on

a Mila à côté qui fait l'algorithme, ou

Imagia, c'est "winner".» Et vous rajoutiez : «Alors, la stratégie du

gouvernement, c'est carrément de vouloir attirer les pharmas, quelques pharmas,

de venir jouer dans nos platebandes, [et] profiter de ça, et je pense qu'on

a une chance...» Fin de la citation.

Je vais lire

aussi une question pour être bien sûr qu'on se comprenne bien, là : Est-ce

que tout ce que je viens de lire, c'est une réflexion du gouvernement de

mettre à profit les données de la RAMQ pour attirer les investissements de la

part des pharmaceutiques?

M. Fitzgibbon :

Écoutez, il est clair que l'avantage comparatif du Québec pour l'intelligence

artificielle réside à plusieurs

endroits,

Document details

CollectionQuebec — Committees
CitationCET 2020-08-20
Typecommittee
Volume / chapterfr travaux-parlementaires commissions cet-42-1 journal-debats CET-200820
Languageen
Formathtml
SourcePROVINCIAL
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