CRC — 16 February 2016 (41st Legislature, 1st Session)
CRC 2016-02-16
Quebec — Committees
(Neuf heures cinquante-trois
minutes)
Le Président (M. Picard) : À
l'ordre, s'il vous plaît! Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la Commission des relations avec les citoyens ouverte. Je vous souhaite la bienvenue et je vous
demande de bien vouloir éteindre la sonnerie de votre téléphone
cellulaire.
La commission est réunie afin de poursuivre les consultations
particulières et auditions publiques sur le projet de loi n° 77,
Loi sur
l'immigration au Québec.
Mme la secrétaire, y a-t-il des remplacements?
Secrétaire : Oui, M.
le Président. Mme Lavallée (Repentigny)
est remplacée par M. Jolin-Barrette
(Borduas).
Président (M. Picard) :
Merci. Ce matin, nous recevons le Conseil
du patronat du Québec et, par la suite, la Fédération canadienne de
l'entreprise indépendante.
Comme nous avons débuté avec quelques minutes de
retard, j'ai besoin d'un consentement pour qu'on puisse poursuivre au-delà de
l'horaire prévu. Consentement? Merci.
Je souhaite
la bienvenue au Conseil du patronat. M. Yves-Thomas Dorval, je vous invite à
présenter la personne qui vous accompagne. Vous disposez de
10 minutes, vont s'ensuivre des échanges. Vous êtes un habitué. Allez-y.
M. Dorval
(Yves-Thomas) : Merci, M. le Président. Merci aux membres de la commission de
nous accueillir ce matin. Alors, pour
fins d'identification, mon nom est Yves-Thomas Dorval, et je suis président-directeur général du CPQ, Conseil
du patronat du Québec. Et je suis
accompagné, à ma gauche, de Mme Norma Kozhaya, qui est vice-présidente à la recherche et
économiste en chef au sein du CPQ.
Alors,
mesdames messieurs, merci de nous accueillir ce matin. Nous avons eu l'occasion
de vous faire parvenir un bref mémoire
sur nos commentaires par
rapport au projet de loi n° 77, alors je vais entrer tout de suite dans le coeur du sujet.
Comme acteur
économique et social soucieux d'optimiser l'apport de l'immigration au
développement de notre société, le
CPQ considère que cet exercice revêt une grande importance, étant donné
notamment le contexte démographique et économique actuel au Québec.
Alors, petite
précision. Même si on nous connaît bien, je rappelle que le CPQ, le Conseil du patronat du Québec, est une confédération d'associations d'employeurs et
regroupe aussi les principaux employeurs au Québec. On représente
soit directement ou indirectement plus de 70 000 employeurs, soit au
sein des associations qui sont membres soit des corporations enregistrées directement, et ce, des employeurs qui sont
dans tous les domaines — transformation, ressources naturelles, services — et
autant dans le secteur privé, coopératif, même économie sociale et secteur
public. Alors, on s'intéresse à
l'immigration en particulier sous l'angle économique — vous comprendrez que c'est l'objectif, et
c'est ce que nos membres nous
demandent de faire en termes de représentation — même
si on reconnaît que cette question est beaucoup plus large. D'ailleurs, en pourcentage, quand on regarde : plus de 50 000 immigrants en moyenne au Québec depuis quelques années, dont les deux tiers sont
constitués de l'immigration économique, mais il y a quand même un tiers que ce sont pour des raisons plus humanitaires. Et,
même dans l'immigration économique, le pourcentage des applicants, premiers applicants, c'est quand même un petit
nombre, parce qu'on inclut dans les applicants, bien sûr, toute la
famille.
Donc,
lorsqu'on parle au nom des employeurs, vous comprendrez qu'un de nos sujets
d'intérêt, bien sûr, c'est au sujet
de la main d'oeuvre, ce qui ne nie pas tout l'intérêt et toute l'importance de
l'ensemble du dossier de l'immigration, et ça, vous le comprendrez bien.
La disponibilité d'une main-d'oeuvre qualifiée représente l'un des principaux
enjeux préoccupant les employeurs du Québec
que nous représentons, et l'immigration constitue sans contredit une, pas la réponse la plus importante, mais
une des réponses pour solutionner les préoccupations d'avoir accès à une main-d'oeuvre
de qualité et disponible. Mais c'est une composition quand même... une
composante importante.
D'emblée,
nous accueillons favorablement — on
va le dire d'entrée de jeu — la
vision et les principes directeurs du
nouveau projet de loi, d'autant plus qu'il s'agit d'un renouvellement de fond
d'une loi qui date quand même de 1968 et
qui a été modifiée à plusieurs reprises depuis. En même temps, nous rappelons
que le projet de loi n° 77 constitue également un premier jalon dans la réforme du système
d'immigration au Québec. Nous avons déjà participé à une consultation pour une politique
en matière d'immigration ici — et évidemment ce que nous avons dit à ce
moment-là vaut toujours — on est cohérents — et
peut être utilisé dans les remarques pour les membres de l'Assemblée ici, de la
commission — une
nouvelle politique d'immigration qui devrait
être présentée en principe par le gouvernement, et également
une consultation à venir sur les
nouveaux seuils d'immigration qui aura lieu prochainement, et nous invitons le
gouvernement, évidemment, à se doter d'une
politique ambitieuse à long terme. Ce n'est pas pour rien que le CPQ a amorcé,
en 2015, une vaste campagne pour la prospérité au Québec. Nous croyons qu'il
faut avoir de l'ambition si on veut être en mesure de générer le développement
économique nécessaire pour avoir une qualité de vie et un niveau de vie
satisfaisants pour l'ensemble des Québécois.
Alors, le CPQ a toujours
contribué au débat sur l'immigration au Québec au moyen de mémoires et de
prises de position mais aussi de
conférences, et on s'est impliqués aussi au niveau de la promotion et
du dialogue. Il ne se passe pas une période, un trimestre sans que j'aie
à participer à des rencontres avec différents groupes, différents organismes,
différents secteurs. Pas plus tard qu'il y a quelques semaines, j'étais avec le
regroupement des entrepreneurs et professionnels d'origine africaine au Québec,
le REPAF, et c'est comme ça à tous les trimestres au moins, j'ai des
interventions avec soit des groupes communautaires, des institutions, le
gouvernement ou des groupes provenant de l'immigration eux-mêmes.
Alors,
en plus du mémoire que nous avons déposé, nous vous invitons également à
parcourir, bien sûr, une étude importante
que nous avons publiée en décembre 2015, donc c'est tout récent, M. le
Président, une étude qui s'est faite dans la campagne de prospérité que j'ai mentionnée tout à l'heure. C'est pour
témoigner de l'importance que nous accordons à la question de l'immigration économique, puisque
c'est la troisième d'une série de 10 études que nous allons publier
sur la prospérité, et dont le
titre est L'immigration
économique, un riche potentiel de prospérité pour le Québec . C'est donc
dire que nous accordons une grande importance à cela. Et à l'intérieur de cette
étude, d'ailleurs, on a conduit plusieurs recherches.
Donc, je vous invite également à parcourir cette étude et à regarder également
la liste des recommandations que nous avons mise en
annexe du mémoire
que nous vous avons déposé et qui sont tirées de cette étude.
Nous
avons noté que plusieurs recherches ont démontré les répercussions positives de
l'immigration de travailleurs qualifiés
et à plusieurs égards, notamment sur les activités d'innovation. On sait qu'au
Québec c'est un enjeu majeur en termes de développement économique, puis
c'est vrai aussi pour le Canada. Et, sur l'entrepreneuriat, c'est aussi un élément majeur. Lorsqu'on parle d'immigration
économique, bien sûr, on va parler beaucoup ici des travailleurs
qualifiés qu'on veut aller chercher pour rencontrer les besoins des employeurs,
mais c'est beaucoup plus vaste que ça, puisque l'immigration économique peut
également nous amener des entrepreneurs immigrants, des investisseurs
immigrants également. Et, plus encore, le
comportement même de plusieurs de ces immigrants-là peut contribuer à
l'entrepreneuriat, au développement économique, à l'esprit d'innovation, à la
diversité dans les entreprises.
revanche, un mauvais appariement des besoins économiques avec les types
d'immigrants reçus peut être néfaste aussi
bien pour ces immigrants, donc c'est dans leur intérêt, que pour le pays qui
les reçoit. Une politique novatrice en matière
d'immigration devrait être combinée à des politiques visant l'intégration
socioéconomique des immigrants afin qu'ils
puissent contribuer à l'économie à leur plein potentiel et que leurs
qualifications soient reconnues à leur juste valeur.
D'ailleurs,
dans l'étude que j'ai mentionnée, M. le Président, on a fait trois exercices de
recherche, de sondage auprès de
clientèles différentes et, dans le cadre de cette étude, on a pu circonscrire
un ensemble d'opinions qui touchent les
questions reliées à l'immigration économique, alors je vous invite à les
parcourir, mais, dans notre mémoire, on parle notamment du sondage qu'on
a fait auprès des membres du CPQ, dont les résultats ont été publiés, et la
majorité des entreprises a jugé les
initiatives suivantes comme les plus avantageuses pour leur organisation en
matière d'immigration économique :
premièrement, améliorer l'arrimage entre les compétences des nouveaux arrivants
et les besoins du marché du travail;
deuxièmement, faciliter l'intégration des nouveaux arrivants au marché du
travail au Québec; et, troisièmement, accélérer les procédures
d'obtention des statuts d'immigrant — on parle notamment de
résidence permanente et de la citoyenneté. Donc, on a déjà... Et vous avez des
sous-recommandations sur ces aspects-là de façon plus spécifique, mais ce sont des choses, évidemment, qu'on doit
mettre en place. On a fait plusieurs, donc, recommandations générales et
spécifiques, et vous les retrouvez de façon, je dirais... en file les unes
après les autres à la fin de notre mémoire.
Alors,
pour revenir au projet de loi, rappelons qu'au Québec, malheureusement, le taux
de chômage des immigrants arrivés
depuis moins de cinq ans est trois fois plus élevé par rapport à celui des
personnes nées au Québec... au Canada, alors
que le ratio est moins de deux fois et demie en moyenne au Canada. Et
rappelez-vous que le ratio canadien inclut le Québec. Donc, si on est déjà dans une situation où on n'a pas un très bon
score, excusez-moi l'expression, vous comprendrez qu'on affecte aussi le
score canadien, donc, dans le fond, l'écart est encore plus grand.
Nous
appuyons donc la volonté du gouvernement exprimée dans le projet de loi de
mettre en place un nouveau système
d'immigration basé sur la déclaration d'intérêt. En plus de permettre
d'identifier les candidats qui répondent le mieux aux besoins du marché
du travail, ce système a le potentiel d'être plus transparent au regard des
candidats, de réduire les délais de
traitement des demandes d'immigration — un des éléments que nous avions mentionnés,
d'ailleurs, et qui sont, en ce moment, un
important irritant — et
d'éviter la constitution d'inventaires de dossiers, ainsi que de
favoriser une intégration en emploi plus rapide des travailleurs qualifiés
sélectionnés.
CPQ souligne aussi que les besoins de main-d'oeuvre reflètent la réalité
économique en constante évolution dans
laquelle les entreprises évoluent. Il est donc important de se doter de
stratégies plus flexibles afin de mieux répondre à ces besoins qui
peuvent concerner aussi parfois les entreprises, les secteurs spécifiques.
Et d'ailleurs, le
projet de loi, et je vais conclure là-dessus, M. le Président, en donnant au
ministre le pouvoir d'élaborer de nouveaux programmes d'immigration économique
à partir de la mise en oeuvre de programmes... de projets pilotes d'immigration temporaire et permanente, on appuie ça.
Toutefois, une question se pose quant à la raison pour laquelle les quotas sont fixés par la loi et non
par règlement, ce qui est plus facile à amender lorsque c'est par
règlement. Et, de plus, le nombre maximal de
ressortissants étrangers pouvant être sélectionnés dans le cadre de programmes
pilotes risque d'être probablement insuffisant.
Vous
comprendrez, M. le Président, que ce n'est que quelques éléments dans le
mémoire que nous avons abordés ici,
et de toute façon la prochaine période de questions et réponses pourra
permettre soit d'aller plus en détail ou de répondre à vos questions
plus précises. Et vous avez devant vous l'ensemble des recommandations que nous
faisons. Merci.
Et un petit mot pour terminer, et j'ai déjà eu
l'occasion de le dire lors d'une occasion récente, au niveau des réfugiés. Vous
savez, l'immigration économique et l'ensemble de l'immigration, c'est gagnant,
gagnant, gagnant, au Québec. C'est gagnant
pour l'individu qui fait le choix du Québec, pour poursuivre sa vie et réussir
sa vie, c'est gagnant pour les
employeurs, qui peuvent avoir accès à une main-d'oeuvre de qualité selon les
critères qui seront évoqués, et c'est gagnant
pour la société ensemble, parce que la richesse d'une société, c'est aussi
d'avoir une société qui compte sur la diversité de ses citoyens et qui
compte surtout sur l'intégration optimale de toutes ses forces ensemble pour
réussir la prospérité qu'on recherche tous. Merci, M. le Président.
Le Président (M. Picard) :
Merci, M. Dorval. Nous allons débuter la période d'échange avec la
partie
ministérielle. Mme la ministre, pour un maximum de 17 min 30 s.
Mme Weil :
Oui. Bienvenue, M. Dorval,
Mme Kozhaya. Grand plaisir de vous avoir ici avec nous pour parler
d'un enjeu bien important.
On va commencer peut-être par... Améliorer
l'arrimage, évidemment, c'est l'objectif de ce projet de loi, qui reprend le projet de loi de notre
ancienne collègue Diane De Courcy par rapport à cette méthode de sélection, la déclaration d'intérêt, mais ce qu'on a rajouté, c'est tout ce qu'il y a
alentour, c'est-à-dire des projets
pilotes, faire la transition
plus rapidement des travailleurs temporaires aux travailleurs permanents, et la
politique qui vient combler avec la vision derrière
ce nouveau système de déclaration d'intérêt;
c'est tout le travail qu'il faut
faire en amont pour avoir un consensus des acteurs principaux, incluant
la Commission des partenaires du marché du travail, avec des portraits
régionalisés. Ça, c'était vraiment
une faiblesse du système avant, on n'était pas capable d'avoir un portrait
régionalisé. Donc, le projet de loi n° 70, il faut le voir dans cet
aspect-là, comme complémentaire au projet de loi n° 77. Et évidemment,
dans la politique, toutes les mesures d'inclusion, vous avez évoqué
notamment les réfugiés, le programme PRIIME, et on
était ensemble pour faire l'annonce de ça, puis la réponse, elle a été très,
très bonne, des entreprises, qui veulent jouer un rôle. Évidemment, ça cible tous les réfugiés et tous ceux qui sont
sous-représentés sur le marché du travail et qui ont des problèmes
d'intégration. Donc, c'est tous les immigrants.
Alors, je
veux vous amener sur ces différentes façons, parce qu'«arrimage», c'est un mot
peut-être technique, mais, pour faire
l'arrimage, ça prend beaucoup d'éléments, selon moi, pour que ça réussisse.
Alors, le portrait régionalisé, ça commence
avec ça, pour qu'on puisse amener les gens directement dans les régions qui ont
besoin de main-d'oeuvre, alors, ça,
je voulais voir... Bon, pour vous, ce projet de loi répond à ce besoin non
seulement par la déclaration d'intérêt, mais, j'imagine, aussi par le fait qu'on aura des portraits régionalisés, mais
il y a aussi... nous, on a l'intention aussi de mettre les acteurs économiques en amont, pour qu'ils soient
consultés, et les élus. Pour qu'eux puissent faire
partie de la solution,
il faut qu'ils fassent
partie de la solution en amont, avant même la sélection,
donc que tout le monde se sente interpellé puis
qu'on travaille tous ensemble. Donc, la Commission des partenaires du marché du
travail, la plupart des acteurs sont là, alors je voulais voir, vous, comment vous voyez votre rôle à cet égard.
Parce que moi, comme vous, je trouve que c'est absolument essentiel, c'est fondamental pour que ce système fonctionne
et que les délais... Comme vous le savez, les gens seront choisis selon
leur profil, on les invite à déposer leur candidature. Juste un mot là-dessus,
sur cette façon de fonctionner, c'est-à-dire
par la consultation en amont, et ensuite on a le portrait des besoins
régionalisés et on sélectionne à partir
de ça... pas uniquement à partir de ça, la grille de sélection va toujours
s'appliquer pour les autres, comment dire, qualités de la personne, là,
si on veut, du candidat.
M. Dorval
(Yves-Thomas) : Merci, M. le
Président. Je dirai d'entrée de jeu qu'évidemment on était ici aussi
pour discuter, récemment, du projet de loi
n° 70, qu'on a appuyé dans ses grands principes et dans plusieurs des
recommandations, et notamment le fait de constituer des plans de besoins
de main-d'oeuvre régionaux. Alors, la jonction entre le projet de loi
n° 77 et 70 se fait très bien dans ce sens-là.
Je vous informe également que je siège à la
Commission des partenaires du marché du travail, donc je suis impliqué également dans les démarches de
discussion d'adéquation formation et main-d'oeuvre, qui comprend
différents éléments mais y compris la
question des immigrants au niveau de la main-d'oeuvre et la nécessité de mettre...
d'intégrer le plus rapidement sur le marché du travail les immigrants, les
nouveaux arrivants.
Il y a plusieurs façons. Il y a des données
techniques que le gouvernement travaille avec la Commission des partenaires,
avec Emploi-Québec, avec les différentes autres institutions. Il y a ces
portraits régionaux qui sont très importants également. Et ça, c'est très
important. Un des points, dans tout ça, c'est que, si on veut prendre de bonnes
décisions, ça prend de la bonne information.
Et on a encore du millage à faire au niveau de l'information, et c'est
vrai pas juste au Québec, hein, c'est vrai au plan canadien. Il y a peu,
actuellement, d'intégration d'information à la grandeur du Canada, donc on
n'est pas tout seuls de ce côté-là, mais c'est un enjeu important.
Mais ce n'est
pas tout que d'avoir de l'information, c'est comment on l'utilise par la suite.
Et c'est toute, là, la pertinence de la discussion, c'est qu'on peut
avoir cette information-là; si on ne réussit pas à l'utiliser adéquatement,
bien on ne s'aide pas beaucoup.
des enjeux qu'on a, c'est que ça prend du temps avant de collecter de
l'information, et souvent le portrait qu'on peut retirer d'une recherche
en matière de besoins de main-d'oeuvre, alors que les besoins de main-d'oeuvre
peuvent être très volatils... Vous savez,
par exemple, on pourrait avoir un grand, grand besoin de main-d'oeuvre dans
l'aéronautique parce qu'on est en carnet de commandes, et deux, trois ans,
quatre ans plus tard il y a un ralentissement du carnet de commandes,
puis on a trop de gens dans le secteur de l'aéronautique. Puis là, en même
temps, dans le secteur de l'aéronautique, on peut avoir 400 mises à pied
puis 400 postes qui ne sont pas comblés.
Donc,
toute cette question-là de besoins de main-d'oeuvre,
ce n'est pas facile, c'est complexe, c'est volatil, des fois c'est dans
une très courte durée de temps, alors l'un des enjeux qu'on a avec les systèmes
d'information, c'est d'aller chercher rapidement, collecter une information,
mais qu'elle soit à jour, parce qu'entre le moment où on la collecte, le moment de la digérer, de l'amener dans un portrait
puis après ça de déclencher des processus de sélection, notamment au niveau de l'immigration, vous comprendrez qu'il se
passe déjà un délai et que parfois on est déjà en dehors de la période
des besoins.
Donc, il ne faut pas,
quand même, penser qu'on va répondre à toutes les questions là-dessus, c'est un
enjeu important, mais on a besoin de ça
parce qu'il y a quand même des tendances lourdes. On sait, par exemple, que
l'économie se tertifie, hein, on s'en va de
plus en plus dans le domaine des services, dans le domaine des postes à haut
savoir, et ainsi de suite. Donc, il y
a des tendances, quand même, qu'on peut obtenir avec ça. Mais ce n'est pas vrai
dans toutes les régions du Québec, et
il y a des besoins très spécifiques non pas pour des universitaires de haut
savoir, dans certaines régions, mais pour
des gens qui ont des professions de métier, de technicien ou même de manoeuvre
ou d'opérateur. Donc, ce n'est pas nécessairement
une qualification qui est la même pour l'ensemble du Québec. Et Montréal a un
taux de chômage quand même assez élevé, on parle de plus de 10 %, mais,
dans certaines régions du Québec, on pense à Québec, ici, ou dans la
Beauce-Appalaches, on a pratiquement le plein emploi, donc on a d'autres
besoins de main-d'oeuvre.
Donc,
la collecte, c'est important, il y a des enjeux par rapport à ça. Et, pour
faire cette collecte-là, évidemment, il faut qu'au premier chef... non pas parce qu'on veut avoir un
traitement particulier, mais c'est les employeurs qui doivent, dans le
fond, fournir les détails sur les besoins de main-d'oeuvre.
Donc,
toute cette question d'employeur, vous savez, encore là il y a
différents niveaux d'employeur. Vous avez des employeurs avec une masse critique suffisante pour avoir des ressources humaines... des ressources spécialisées pour faire, par exemple, des projections en matière de besoins de main-d'oeuvre, ce qui n'est pas le cas de tous les employeurs du Québec.
Et, comme on sait, la majorité des employeurs, c'est quand même
de la PME, au Québec, et ils ont besoin d'aide, ces employeurs-là, pour être en mesure de
contribuer de façon efficace à ça. Elles ont des associations, on en est une,
on est une association spécifiquement d'employeurs, d'autres se sont présentées
ici ou se présenteront juste après nous pour parler
des besoins des employeurs, mais une des choses qui est très importante,
c'est que, sans mécanisme d'aide pour les aider à identifier correctement leurs besoins... Parce qu'en
partant, juste un petit exemple, M.
le Président, un employeur
peut très bien identifier des qualifications beaucoup trop importantes que la
réalité de ce qu'il peut retrouver sur le marché
du travail, et il n'y aura pas
d'adéquation entre les qualifications recherchées puis la main-d'oeuvre disponible. Donc, ça prend de l'aide un peu pour ajuster ça,
pour dire : Écoutez, il ne faut pas non plus que vous rêviez en
couleurs, parce que vous n'obtiendrez jamais votre résultat non plus. Donc, ça
prend de l'aide, de l'appui pour ça.
Cela
dit, j'arrive au terme de mon point là-dessus, c'est que, les employeurs
possédant cette information-là, c'est nécessaire, c'est même primordial que l'État,
et pas nécessairement seulement le ministère
de l'Immigration, puisqu'il y a la Commission des partenaires pour le faire, etc., puisse être
en mesure de mettre à contribution les employeurs et les associations qui les représentent, dont nous, pour
faire la communication. Et la communication, c'est dans les deux sens, c'est-à-dire : Voici les enjeux, les besoins, les priorités
mais, au niveau du gouvernement, des possibilités sur le marché international
au niveau de l'immigration, parce qu'on est en concurrence, et, d'un autre
côté, collecter les besoins, les
commentaires des employeurs pour les acheminer au gouvernement. Et on est très bien placés pour faire ça. Encore faut-il qu'on
ait aussi les moyens pour le faire.
Weil : Vous avez
parlé, dans votre sondage, donc, qu'il faut... Le sondage, les résultats de vos
membres, de l'opinion de vos membres, c'est
améliorer l'arrimage, donc, on a parlé de ça, faciliter l'intégration,
faciliter l'obtention de la permanence. Donc, je vais vous amener sur
ces deux autres enjeux. Faciliter l'intégration, on le fera en dernier lieu.
Donc,
faciliter l'obtention de la permanence, nous, on voit la voie temporaire vers
la permanence comme nettement une des voies les plus intéressantes, ça
donne de l'expérience. Tout le monde, d'ailleurs, lors de la consultation sur
la politique, était d'accord avec ça. Plus ça va, plus tout le monde est
d'accord avec ça, c'est une bonne façon. Québec International nous a fait vraiment un bon portrait de comment ils font
pour bien préparer la personne pour la permanence. Alors, c'est souvent des gens qui avaient déjà en
vue d'immigrer au Québec, et là, donc, ils prennent des cours de
français en milieu de travail même pour
qu'ils puissent passer le test après les quatre ans. Il y a évidemment des
changements au niveau fédéral, on
aura des discussions avec le gouvernement fédéral à cet égard, donc c'est
important qu'on en discute, mais
essentiellement, cette voie-là, on la voit comme une façon d'améliorer
l'arrimage, justement, parce que l'employeur aura pu choisir la personne
requise.
Ce qui nous amène un peu au français
en milieu de travail et faciliter l'intégration. Donc, faciliter
l'intégration, surtout l'implication, je
vous dirais, des acteurs économiques
en amont, quant à nous, ça va faciliter aussi l'intégration, parce que, je pense bien, il y a des études qui le
montrent, plus les employeurs et le secteur économique est un acteur
dans le débat, la discussion puis la vision,
ils vont se sentir interpellés aussi pour l'intégration. Mais, je voulais
signaler, je ne sais pas si vous avez
les chiffres, suite à l'appel concernant le PRIIME, le programme PRIIME, il y a
eu 179 entreprises qui ont répondu à l'appel du gouvernement, pour
869 emplois. Donc, ça montre à quel point, avec des programmes comme
PRIIME et autres programmes, on serait capables, tous ensemble, de faire en
sorte qu'on trouve des emplois pour ces gens-là.
D'ailleurs, j'ai les nouveaux chiffres de 2015 concernant les immigrants, les
nouveaux immigrants de moins de cinq
ans. En fait, c'est 7,6 % pour les natifs et 18 % pour les moins de
cinq ans, donc un peu plus du double, pas tout à fait le tiers. Mais il y a quelques années c'était le
tiers, là, ça s'améliore petit à petit. Et, pour tous les immigrants, c'est
10,7 %. On le sait, les études montrent
qu'au cours de 10 ans... Mais ce n'est pas satisfaisant, et c'est pour ça
qu'on change le système, vous le comprenez, là, mais quand même il ne
faut pas arrêter de faire des efforts comme avec le PRIIME.
Donc,
je voulais voir avec vous, en parlant de comment améliorer l'intégration en emploi,
les stratégies que vous trouvez
gagnantes, au-delà du PRIIME, là. Et peut-être nous parler du français en
milieu du travail. Quelles seraient les possibilités pour les
entreprises et la volonté des entreprises d'offrir le français en milieu de
travail, qui permet à la personne... qui est
soit là de façon temporaire mais qui voudrait la permanence ou qui a besoin de
monter les échelons, si on veut, au sein de l'entreprise?
M. Dorval (Yves-Thomas) : Je vais
demander d'abord à Mme Kozhaya peut-être de répondre à quelques-uns des
éléments de votre question et je terminerai, puisqu'elle est celle qui a
coordonné la recherche et la rédaction de notre étude. Alors, Mme Kozhaya.
Le Président (M. Picard) :
Allez-y.
Kozhaya (Norma) : Merci.
Oui, tout d'abord, donc, comme vous l'avez mentionné, PRIIME, rappelons juste que c'est financé par le programme
Immigrants investisseurs, donc c'est une raison de plus que c'est de l'argent
des immigrants eux-mêmes qui sert à financer
d'autres types d'immigrants pour assurer une meilleure... Et je crois que
c'est effectivement une voie à privilégier. C'est des stages, ça établit un
premier contact, donc ça permet à l'employeur de prendre contact avec la
personne, et vice versa, et souvent ça aboutit à une embauche, dans plusieurs
cas, donc c'est intéressant. Malheureusement, le seul désavantage, c'est que ce
n'est pas très connu, et donc des initiatives comme les conférences de presse
qui ont eu lieu récemment, ça fait connaître davantage ces programmes-là.
Pour les
autres programmes, effectivement, je parlais avec des entreprises la semaine
passée, un peu en préparation de
cette commission, et effectivement, les programmes de francisation en milieu de
travail, que c'est quand même... c'est en général l'entreprise qui... même si la formation en tant que telle est
assumée, par exemple, par la commission scolaire ou autres, c'est
l'entreprise qui libère aussi l'employé pour suivre cette formation, donc elle
assume les coûts. Mais elles reconnaissent
en même temps que c'est important pour elles, et donc c'est pour ça qu'elles le
font. Et c'est quelque chose qu'elles vont continuer à faire en général.
Sur les
autres points, oui, effectivement, on observe une certaine amélioration au
niveau des taux de chômage récemment, c'est une bonne nouvelle. Donc, on
s'en va un peu dans la bonne direction.
C'est sûr
qu'il reste beaucoup de chemin à faire dans ce sens-là, et on espère... on
pense que ce projet de loi, c'est quelque chose... Parce qu'il y a
l'intégration après l'arrivée, mais aussi il y a la sélection en amont. Et ce
projet de loi travaille en
partie sur la
sélection en amont, et c'est quelque chose qu'on a toujours dit qu'il serait
important de réaliser.
M. Dorval
(Yves-Thomas) : M. le Président,
deux réponses à votre question. La première des choses, il existe déjà des programmes d'aide pour la francisation en
milieu de travail. Il y a eu des... il y a des enjeux quand même par rapport au retour, l'évaluation des résultats, et
ainsi de suite, parce qu'on peut financer des programmes... Et je pense
que la commission Robillard a fait état de
plusieurs des problématiques ici à ce niveau-là dans le sens où on a des
programmes, on ne mesure pas l'efficacité,
le rendement. Alors, il ne s'agit pas ici d'avoir des programmes pour avoir des
programmes, il s'agit de regarder quelle est
la performance de ces programmes-là et voir les résultats, et ça, c'est un
manque, actuellement.
On finance beaucoup plusieurs programmes
partout, et, en parlant de la francisation, il y en a qui viennent de différentes sources, soit dit en passant. Il y a
la CPMT, il y a Emploi-Québec, il y en a qui sont... la commission
scolaire; d'autres, c'est l'Office de la langue française, et ainsi de suite.
Alors, juste en partant, vous avez une dispersion de programmes, et, dans la majorité des cas, il y a peu d'évaluation de
résultat réelle. Donc, avant de dire comment on peut appuyer davantage
ou faire davantage, il faut d'abord savoir quels sont ceux qui fonctionnent le
mieux, comment ça peut être fait, et ainsi de suite.
On a toujours
un problème avec la question des programmes, non pas parce qu'il n'en faut pas,
des programmes. On a dit que les
employeurs avaient besoin d'aide. Ce qu'on a comme problème, c'est que vous avez
déjà au gouvernement un coffre à
outils extraordinaire, il y en a, des outils, et le principal problème qu'on
a : les gens ne les connaissent pas bien et les utilisent donc peu.
Encore là, c'était une remarque que la commission Robillard a faite à ce
sujet-là.
Pour la
francisation, moi, je vous ramènerai sur la séance de la commission du jeudi
29 janvier 2015 où nous avons témoigné ici. En réponse notamment à
des membres de la commission ici, on avait fait état de la position très claire
et cohérente du CPQ à l'effet que le
français, c'est une priorité au Québec, que la langue de travail, c'est le
français, et qu'une façon d'intégrer, évidemment, le mieux, c'est que
les gens puissent parler le français. Et il y a beaucoup d'employeurs qui ne
choisiront pas un candidat s'il ne possède pas le français, mais ne nous
méprenons pas sur le propos, c'est aussi
vrai pour d'autres types de langage, par exemple les besoins, dans certains
cas, de l'anglais ou de d'autres langues.
Alors, de ce côté-là, c'est clair. Mais ce qu'on dit, c'est qu'il faut pondérer
les critères. Le français, c'en est un, mais les qualifications aussi. Si on a quelqu'un qui possède la maîtrise du
français puis qui ne possède pas les qualifications recherchées par les
besoins du marché du travail, on n'est pas avancé, la personne ne se trouvera
pas un emploi, alors... Et donc c'est pour
ça qu'il faut avoir une certaine pondération, un certain équilibre entre ces
critères-là. Et, lorsque la personne ne possède pas suffisamment le
français, ça ne veut pas dire qu'elle ne peut pas être intéressante pour
l'immigration économique...
Le Président (M. Picard) : En
conclusion, s'il vous plaît.
M. Dorval
(Yves-Thomas) : ...mais il faut, à ce moment-là, l'accompagner
pour améliorer son français, pour que son
français devienne fonctionnel et pour qu'elle puisse opérer au Québec et
s'intégrer. Et, ces programmes-là, comme je l'ai dit tout à l'heure, M. le Président, bien, il
faut faire une étude sur la rentabilité de ces programmes-là, et viser
ceux qui font le mieux, et surtout faire la promotion des programmes qui
existent.
Le Président (M. Picard) :
Merci. Je cède maintenant la parole à M. le député de Bourget pour une période
de 10 min 30 s.
M. Kotto :
Merci, M. le Président. M. Dorval, Mme Kozhaya, soyez les bienvenus.
Merci pour votre contribution à cet exercice.
Je reste un peu sur le sujet du français.
Pensez-vous, dans l'absolu, que les entreprises, notamment dans la perspective de la francisation en milieu de
travail, devraient, disons, assumer plus de responsabilités quant au suivi
de la formation des immigrants ne maîtrisant
pas le français? Je pose la question parce que certaines personnes qui vous
ont précédés ici souhaitaient voir assouplir
les exigences en matière de français en mettant l'emphase sur les
compétences, et ce, dans la mesure où la
personne, une fois dans l'entreprise, sur le plancher du travail, apprendrait
le français. Est-ce que vous pensez que les entreprises devraient, de
façon tangible, jouer un rôle plus engagé, disons?
M. Dorval
(Yves-Thomas) : En fait, M.
le Président, en réponse à la question, il faut comprendre qu'il y a eu
un changement à la loi qui amenait une question reliée à la maîtrise du
français dans l'ordre des critères, en termes de pourcentage, et, les gens d'affaires, les employeurs, leur préoccupation...
Oublions le mot «gens d'affaires», parce que les employeurs, ça peut se retrouver dans tous les domaines, y compris le
secteur public. Les employeurs, ce qu'ils disent, c'est essentiellement : Moi, si j'ai besoin d'une
ressource humaine avec telles qualifications, préférablement le français,
mais pas nécessairement la maîtrise du
français, parce que ça dépend de mon besoin. Il n'y a pas de réponse uniforme.
Ce que les employeurs veulent, c'est
de la flexibilité, dans la vie. Pourquoi? Parce que chaque besoin est
différent. Et des employeurs me diront, par exemple, que, si vous
m'amenez une personne immigrante qui ne possède pas le français
pour aller travailler à, je ne sais
pas, moi, Saint-Pacôme, par exemple, au Québec, il y a de fortes chances que, la personne, inquiétez-vous
pas qu'elle va apprendre le français
très rapidement parce
qu'elle va être plongée dans une
immersion francophone, alors ce n'est
pas le rôle seulement de l'employeur, c'est aussi la société
d'accueil, alors que la même personne immigrante, par exemple, si elle
demeure à Montréal, au sein d'une communauté culturelle d'origine similaire, et
qui ne parle pas suffisamment en étant
immergée dans le français, bien elle n'apprendra pas nécessairement
le français aussi rapidement.
De la même
façon, un employeur peut avoir des exigences parce qu'il faut que la
personne puisse, par exemple, comprendre les consignes, et les consignes doivent
être en français. Donc, à quelque part, il faut
que... ça dépend du contexte de
l'employeur en question. Bien, il y aura un plus grand besoin ou moins grand
besoin de la maîtrise du français
selon le type de travail que la personne va faire dans son contexte.
Alors, il y a plusieurs éléments. Ce que le
milieu, les employeurs veulent, c'est de la flexibilité, ce qui n'est pas en
contradiction avec ce que des collègues ont dit précédemment, tout en
reconnaissant que, la langue du travail, il
y a une loi au Québec
qui fait que la langue du travail, c'est en français, et c'est une bonne
chose qu'on ait la possibilité de travailler
en français. Mais en
même temps quel est le rôle de
l'employeur? Il est partagé avec la société, il n'est pas le seul responsable de ça, surtout qu'au Québec
on s'est donné un système d'éducation centralisé public. À partir du
moment où vous avez un environnement de formation professionnelle et technique de base, et ainsi de suite,
qui est dispensée par beaucoup, pas seulement, parce
qu'il y a du secteur privé, mais beaucoup
par le secteur public, il faut comprendre
que les employeurs vont souvent, à ce moment-là, se référer au secteur public
pour être un partenaire important dans la responsabilité, etc.
Et, en même temps, l'employeur, dans son
contexte à lui, surtout les petites et moyennes entreprises n'ont peut-être pas les ressources financières pour
encadrer ça, donc, la responsabilité, vient aussi l'obligation d'avoir...
Quand vous parliez tantôt de mesurer, ainsi
de suite, ce n'est pas vrai que tous les employeurs peuvent faire ça, d'où
l'importance d'avoir différents mécanismes
qui interpellent à la fois le secteur public, des institutions, comme le
secteur de l'éducation, également le
gouvernement à travers ses différents groupes, comme la Commission des
partenaires ou autres, mais c'est un ensemble.
L'employeur ne peut pas avoir plus de responsabilités que ce qu'il peut faire
lui-même avec les ressources qu'il a dans un système qu'on a basé, au
Québec, comme étant un système centralisé public.
M. Kotto :
O.K., je vous entends bien, je comprends très bien ce que vous exprimez ici,
mais vous n'êtes pas sans savoir...
Et là je me mets dans la perspective de ce qui a motivé le gouvernement du
Québec d'aller négocier une
partie des pouvoirs en matière d'immigration
au fédéral. Initialement, c'était pour justement renforcer le filet
linguistique, en l'occurrence le français,
au Québec. Or, le projet de loi que nous avons sur la table, ce n'est pas une
critique en soi, a une orientation économique très prononcée, certains
parlent même d'utilitarisme quant à l'approche que suggère le projet de loi. En
somme, c'est un projet de loi taillé sur mesure pour le patronat.
Ce n'est pas un procès d'intention. Il y a
d'énormes avantages que d'arrimer l'immigration aux besoins en emploi, considérant les réalités que nous
connaissons en termes de chômage. Vous en avez parlé, quand on ne cible
pas les personnes en fonction des besoins,
la plupart se retrouvent sur le carreau une fois ici. Montréal recèle, la
grande région, 80 % de cette
immigration, tournant autour de 50 000 par année, et il y a
malheureusement plusieurs... un pourcentage substantiel de ces
immigrants qui sont au chômage. C'est des drames familiaux, c'est des ruptures,
des décrochages, même, avec la société,
relativement aux secondes générations, le sentiment de non-acceptation par
rapport à la société francophone, francophone.
Et c'est ce
qui m'amène à vous poser cette question. Vous parlez de responsabilité
collective, pas seulement une responsabilité des entreprises. Or,
jusqu'à date, et on l'a vu avec certaines entreprises que je ne nommerai pas, une
fois que l'immigrant
qui ne maîtrise pas le français rentre dans le circuit, une fois qu'il est dans
la machine, il n'a aucune obligation d'apprendre le français, de toute
façon, de par la loi, contrairement à certains pays comme l'Allemagne, les Pays-Bas, l'Autriche, la France, l'Italie, la
Flandre et pleins d'autres où il y a une obligation, au risque même de perdre le
statut qui lui est dévolu quand il intègre le pays.
Les entreprises, qui vont être, disons, les
premières bénéficiaires de ce projet de loi, pour ma part, devraient jouer un
rôle plus actif dans le suivi de la formation ou de l'apprentissage de la
langue de leurs nouveaux employés, nouvellement arrivés. C'est ça, ma lecture.
Maintenant, je vous entends, j'entends un
discours affaires, pour ne pas dire business, j'entends un discours économique,
mais notre préoccupation, c'est aussi cet équilibre qu'il faut
créer entre les compétences et la maîtrise... et la connaissance de la
langue, pour ne pas utiliser un terme qui vous semble a priori trop exigeant.
Le Président (M. Picard) : Il
reste deux minutes.
M. Dorval (Yves-Thomas) : M. le
Président, les compétences, il y a des compétences de base puis il y a des
compétences spécialisées, il faut avoir un bon équilibre entre les deux. Dans
les compétences de base, il y a des compétences
très simples, la possibilité de communiquer, et dans plusieurs
endroits le français est donc une priorité, et dans d'autres ce
l'est moins, parce que les besoins sont peut-être moins là.
La même chose, dans les compétences de base, on
doit être en mesure aussi de répondre à la résolution de problème. Ça, ça fait
partie des compétences de base.
Donc, la communication, c'est important, et le français peut être important, mais toujours
dans le contexte d'une entreprise, d'un employeur et dans le fonctionnement,
et je pense que...
M. Kotto : ...juste une
parenthèse. Vous parlez de domaines dans lesquels la maîtrise du français ou la
connaissance du français
n'est pas nécessaire versus les compétences, mais l'entreprise
s'inscrit dans la société québécoise,
l'entreprise emploie cet individu qui participe à la société
d'aujourd'hui et celle de demain. Donc, à partir du
moment où il gonfle le chiffre de celles et
ceux qui ne la maîtrisent pas, cette langue, au bout du compte, dans la
perspective de l'histoire, et tous les indicateurs, toutes les études
nous montrent cela, c'est le français qui, à terme, recule.
Le Président (M. Picard) : ...
M. Dorval (Yves-Thomas) : Oui, M. le
Président. Deux choses. La première, c'est que les employeurs sont pragmatiques, et c'est clair que, s'ils ont besoin
d'avoir une amélioration du français, ils vont le faire avec leurs employés, ils vont le faire, ils vont le suivre, parce que
ce sont des gens très pragmatiques et ils ont une raison d'être, c'est qu'il faut que les choses fonctionnent dans l'établissement. Et je répète
que la communication fait
partie d'une des compétences de base
essentielles dans l'organisation. Donc, je n'ai pas de crainte de ce côté-là.
l'employeur ne décide pas qui vient comme immigrant, on ne peut pas non plus le
rendre responsable, après ça, de l'obligation de faire des choses. Il y
a un système public aussi pour faire certaines responsabilités.
Puis le
troisième élément, et je vais terminer là-dessus, les employeurs ont aussi la responsabilité sociale à coeur, il n'y a aucun doute là-dessus. Moi, j'en
rencontre quotidiennement, des gens qui... des entrepreneurs, des chefs d'entreprise,
des membres de direction qui font leur travail de façon extrêmement responsable
et professionnelle.
Mais, je vous
l'ai dit aussi, si on pouvait amener, par
exemple, les immigrants nouvellement
arrivés vers les emplois en région, par exemple, où est-ce qu'on en a besoin, je vous le dis, le problème
ne serait plus là. Alors, on ne peut pas rendre responsables tous les
employeurs du Québec par rapport à une situation...
Puis ce qui
est intéressant là-dedans, c'est qu'on parle beaucoup de mesures puis on
dit : On pourrait peut-être
forcer ou quoi, ça n'a pas été énoncé ici,
là, mais moyens coercitifs, là, et, de mon côté, je vous dirai simplement que
c'est un langage qu'on dirait qu'il est toujours à double sens, parce que j'ai
assisté à une conférence... pas une conférence, une commission parlementaire ici même où le gouvernement voudrait arriver avec certaines mesures de
coercition, puis on dit : Non,
non, non, c'est volontaire, c'est volontaire, puis là, quand c'est l'employeur,
bien peut-être que l'employeur devrait avoir, lui, de la
coercition. Alors, c'est comme s'il y a un déséquilibre total.
En fait, il y a
une responsabilité de tous les individus, il y a
une responsabilité des individus, des employeurs et de la société en
général. Moi, ce que j'entends de la
part des employeurs, c'est que c'est des gens pragmatiques, puis les
gens veulent faire une bonne job, puis ils veulent être responsables...
Le Président (M. Picard) : ...s'il
vous plaît.
M. Dorval (Yves-Thomas) : ...et ils
veulent faire en sorte que ça fonctionne dans leurs établissements. Et le français
fait
partie des compétences de base pour lesquelles, dans plusieurs cas, c'est
essentiel.
Président (M. Picard) : Merci. Je
cède la parole à M. le député de Borduas pour une période de sept minutes.
Jolin-Barrette : Merci, M. le Président. Mme Kozhaya, M. Dorval, bienvenue à l'Assemblée nationale. Merci pour votre participation à la commission.
J'aimerais
qu'on aborde la page 10 de votre mémoire au
niveau des immigrants investisseurs. Peut-être
pour les gens qui nous écoutent, là, l'ancien Programme d'immigrants
investisseurs, de la façon dont il était conçu, c'était un investissement de 800 000 $ de
l'immigrant investisseur, il devait avoir 1,6 million de dollars dans ses
capitaux propres, et il y avait une obligation de maintenir
l'investissement de 800 000 $ pendant cinq ans.
Bon, tout à
l'heure, on a entendu Mme la ministre nous informer que le 800 000 $
de l'immigrant investisseur était prêté
au gouvernement du Québec et, par le biais de cet investissement-là, il est
envoyé, dans le fond, dans le programme PRIIME et dans d'autres investissements pour soutenir des projets
d'entrepreneuriat d'immigrants investisseurs et autres programmes.
Cependant, ce qu'on a observé, c'est que, supposons, entre 2003 et 2012, il y a
seulement 22,8 % des immigrants
investisseurs qui sont demeurés au Québec. Dans le fond, concrètement, c'est de
l'achat de citoyenneté, ce programme-là.
L'argent qui est prêté au gouvernement du Québec, bien, il ne demeure pas au
Québec, les immigrants quittent par la suite, donc on se retrouve dans
une situation où, la clientèle que l'on va rechercher, où l'on souhaite aller chercher ces gens-là pour qu'ils démarrent
des entreprises, pour qu'ils investissent dans l'économie du Québec,
bien, on les perd au bout d'un certain nombre de temps, à partir du moment où
le contrat est terminé.
Et là je
constate dans votre mémoire qu'on devrait mettre des mesures en place pour
assurer la rétention de ces immigrants investisseurs là. J'aimerais vous
entendre un peu là-dessus.
M. Dorval
(Yves-Thomas) : Alors, M. le
Président, justement, dans notre mémoire... pas dans notre mémoire mais dans notre étude, on fait état de plusieurs des
recommandations dans ce sens-là. Je vais laisser Mme Kozhaya, qui a
préparé...
Le Président (M. Picard) :
Allez-y, madame.
Kozhaya (Norma) : Merci. Il
faut dire que, même si l'immigrant quitte, l'argent reste pendant la période
et il est utilisé au Québec, donc pendant
cinq ans, effectivement. Donc, déjà, je veux dire, déjà il y a des gains pour
le Québec avec ce qu'on utilise,
comme ça a été mentionné, que ce soit pour PRIIME ou pour d'autres aides à des
PME qui sont des fois aussi en région, donc il y a un gain.
Et, nous, ce
que nous préconisons, c'est essayer de retenir davantage ces immigrants
investisseurs, parce qu'effectivement
on aurait encore plus de gains. Si ces gens-là restent, achètent, par exemple,
une propriété au Québec, envoient leurs enfants à l'université, à
l'école au Québec, c'est sûr qu'il y aurait encore plus de gains.
Comment faire
pour les retenir? Dans différents pays, il faut dire que ces immigrants-là, ils
ont quand même le choix, et c'est
plusieurs pays, que ce soit les États-Unis ou d'autres, qui ont des programmes
pour attirer ces gens-là, parce que
c'est des gens qui ont des fonds et que... Donc, aux États-Unis, par exemple,
il y a d'autres critères pour l'acceptation. Dans d'autres pays, l'argent
n'est pas remboursable. Donc, il faut mesurer un peu les mesures qu'on peut
faire pour retenir ces gens-là sans pour
autant les décourager, parce que, si on a des exigences aussi trop hautes, bon,
ces gens-là vont s'en aller ailleurs
aussi, mais peut-être par des mesures d'accompagnement, plus de réseautage avec
les gens d'affaires ici, peut-être
les encourager davantage à s'acheter une maison, il y a différentes mesures.
Mais, en partant, il y a des gains pour le Québec, mais regarder comment
on peut augmenter encore ces gains-là.
M. Dorval (Yves-Thomas) : M. le
Président, en fait, la somme n'est pas nulle ni négative, elle est positive, quand on regarde aussi la consommation, les achats
qui sont faits par les immigrants investisseurs ici, que ce soit dans
des immeubles, dans des dépenses de
consommation ou autres. Donc, il y a quand même un impact positif, alors on
n'est pas à perte, là. Tout ce qui est un gain, normalement, devrait
être accueilli.
Il y a des
endroits, par exemple, aux États-Unis, pas loin de nous, les États de la
Nouvelle-Angleterre ont réussi à attirer des immigrants investisseurs
qui ont financé des investissements de remise à jour, de modernisation de tous les équipements de station touristique, notamment
dans le domaine du ski, etc. Ils sont en train de nous dépasser. Ils ont
réussi à attirer les immigrants
investisseurs pour faire des investissements du côté d'infrastructures qui en
nécessitaient et pour lesquelles l'État n'avait pas nécessairement la
possibilité d'aider, ni les investisseurs locaux.
Alors, il y a
un potentiel plus grand que ce qu'on a. On a déjà une contribution positive. Et
là ce qu'on dit, c'est de travailler à faire en sorte que ce
potentiel-là soit augmenté davantage pour le réaliser pleinement.
M. Jolin-Barrette : En mars 2015, nous avons proposé une réforme du
processus d'immigration notamment au niveau
des immigrants investisseurs. On proposait, dans le fond, que les montants
soient décaissés en fonction du nombre d'années de présence de la
personne. Qu'est-ce que vous en pensez, de ça?
Kozhaya (Norma) : Bien,
comme j'ai dit, c'est qu'en même temps il faut voir est-ce que... il faut
mesurer un peu. Comme je l'ai dit, ailleurs
l'argent n'est pas remboursé, mais c'est un choix. Et il faut voir aussi à
l'origine pourquoi ces gens-là
choisissent d'immigrer, pourquoi ils choisissent le Québec, par exemple. En
général, ces gens-là vont rechercher une
bonne qualité de vie, une certaine sécurité pour leurs enfants, un meilleur
avenir pour leurs enfants. Donc, il faut voir, un peu faire la part des choses entre l'attrait du
Québec en général, qui a quand même un bon attrait, et le Canada en
général, et les conditions, comparé à
d'autres pays et d'autres endroits qui peuvent aussi être intéressants pour ces
mêmes personnes.
M. Jolin-Barrette : Mais, juste pour
les gens qui nous écoutent, c'est vraiment clair que ce n'est pas un investissement net. Dans le fond, c'est un prêt qui est fait au gouvernement du Québec, donc le prêt est remboursable. Donc, ultimement, je comprends ce que vous nous
dites, les gens vont consommer, vont s'établir, vont peut-être acheter des propriétés, mais ultimement, au bout de cinq ans, l'investissement est remboursé. Donc, ça ne veut pas dire que l'individu va continuer à participer à l'économie
du Québec parce
qu'il y aura rétention, dans le fond, de son capital investi, il y aura remboursement. Donc, de ce côté-là, pour
s'assurer vraiment, là, que le capital soit investi... Et surtout ce qu'on
disait tout à l'heure avec le programme PRIIME,
supposons, et le programme d'entrepreneurs immigrants, ça sert à financer, mais
la
partie de l'État québécois aussi pour démarrer au niveau de
l'entrepreneuriat avec les immigrants, elle est absente, elle manque
cruellement pour donner un coup de pouce aux immigrants.
Mme Kozhaya (Norma) : Effectivement,
l'argent est remboursé, mais tous les rendements qui ont été faits pendant ces
cinq ans, c'est ce qui est utilisé. Et puis on a certains chiffres, dans notre
étude, sur le nombre d'emplois qui ont été créés ou maintenus grâce à ce
programme-là, le nombre d'utilisations, les fonds utilisés pour le programme
PRIIME. Donc, c'est quand même plusieurs dizaines de millions de dollars qui
ont été investis, quand même. Même si l'argent a été remboursé, mais le
rendement sur cet argent-là reste dans l'économie.
Et, bien sûr, il faut voir... C'est sûr que, si
on arrivait à garder davantage ces gens-là, il y aurait encore plus de gains. En
termes d'importance, le programme entrepreneurs, c'est aussi un programme sur
lequel il faut travailler. Ce n'est pas les
mêmes critères, évidemment, dans les deux cas. Dans un cas, c'est plus avoir un
projet d'affaires, dans le cas de
l'immigrant entrepreneur; dans le cas de l'immigrant investisseur, c'est plus
apporter des fonds, comme c'est le cas dans d'autres pays.
M. Dorval (Yves-Thomas) : Mais,
peut-être pour compléter, finalement, c'est une étude de sensibilité.
C'est-à-dire est-ce qu'en modifiant le programme tel qu'il est proposé ici on
réussit à attirer encore les immigrants investisseurs de la même façon? C'est
tout ça qu'il faut qui soit étudié de façon plus approfondie, puis c'est une
étude de sensibilité.
Et là-dessus, à notre avis, tout ce qu'on peut
faire pour bonifier, il faudrait le faire, parce que c'est un ajout extrêmement intéressant, c'est un potentiel
intéressant, mais, encore là, on ne peut pas présumer, on ne peut pas faire
un changement... Le Canada fait des
changements, on a fait des moratoires, à un moment donné, sur d'autres
programmes, ce qui fait en sorte que l'un
des enjeux majeurs qu'on a maintenant, c'est plutôt la non-prévisibilité des
programmes, plutôt que... Alors, ce
qui nous inquiète, puis on le dit dans notre mémoire, c'est qu'il faut arrêter
de jouer avec ça. Puis là-dessus le Canada
lui-même, là, a joué, malheureusement, avec ça puis sous un constat qui était
particulier, qui disait : Bien, ça ne contribue pas nécessairement
aux revenus d'imposition...
Le Président (M. Picard) : En
conclusion, s'il vous plaît.
M. Dorval (Yves-Thomas) : ...à
l'imposition sur le revenu, parce qu'il y a des revenus qui sont à l'extérieur du pays. Oui, mais, c'est la réalité d'un
immigrant investisseur, là. Il faut regarder la somme nette, et la somme nette,
elle est positive, puis le potentiel est plus grand.
Et, pour faire davantage, il faut savoir est-ce
qu'on est capable de modifier le programme pour avoir plus de retombées tout en
ayant l'attractivité pour l'avoir. Et ça, là-dessus, inquiétez-vous pas, on va
être en appui à toute mesure qui vise, justement, à essayer de trouver des
façons de livrer le potentiel qu'on a là-dedans.
Le Président (M. Picard) :
Merci. Je vous remercie pour votre contribution aux travaux de la commission.
Et je suspends quelques instants afin de
permettre au prochain groupe de prendre place.
(Suspension de la séance à 10 h 43)
Président (M. Picard) :
Nous reprenons en recevant la Fédération canadienne de l'entreprise
indépendante. Mme Martine Hébert est la
représentante. Je vous invite... Vous disposez de 10 minutes, tout simplement, va s'ensuivre une période
d'échange. Comme M. Dorval, vous êtes une habituée, donc allez-y.
Mme Hébert
(Martine) : Merci, M. le
Président. Mme la ministre, M. le Président, distingués membres de la commission, je tiens d'abord à vous remercier de
nous donner l'opportunité de discuter avec vous du projet de loi
n° 77,
Loi sur l'immigration, dont évidemment nous appuyons les objectifs.
Comme vous le
savez, la FCEI, on regroupe 109 000 PME au Canada, dont 24 000
sont au Québec. Nos membres
sont dans toutes les régions et dans tous les secteurs économiques sur le territoire
québécois.
Vous vous en
doutez bien, M. le Président, les enjeux liés à la main-d'oeuvre sont très présents dans les PME. Je vous dirais que l'évolution démographique et économique fait en sorte que plusieurs entreprises se retrouvent avec des difficultés à trouver la main-d'oeuvre dont elles ont besoin. En fait, selon nos dernières estimations, en
fait les dernières données qui ont
été fournies par nos membres à l'échelle du Québec, il y aurait, à ce
moment-ci, là, environ 66 000 postes qui sont à pourvoir dans les PME québécoises. Et je vous dirais
que les difficultés de recrutement des PME ne se trouvent pas nécessairement dans un seul secteur mais se retrouvent dans plusieurs
secteurs d'activité et dans plusieurs
régions. À
titre d'exemple, par exemple, les
restaurateurs du Bas-Saint-Laurent et de la Côte-Nord, les employeurs de l'industrie du
camionnage ou encore les PME de la Beauce en quête de machinistes et de
soudeurs rapportent tous avoir à affronter de grands défis pour pourvoir les
postes nécessaires à leurs opérations.
Quand on regarde le problème
de façon plus globale, et qu'on regarde en 2016, là, ce qui va se passer, et
qu'on demande aux employeurs : Est-ce que vous avez l'intention
d'embaucher au cours de la prochaine année?, près de trois PME sur quatre du Québec
nous ont dit qu'elles prévoyaient embaucher des travailleurs. Environ le tiers
vont chercher du personnel de production ou de corps de métier, le quart des
PME vont avoir besoin de professionnels de la vente, 20 % veulent avoir du
personnel administratif ou technique, et seulement environ 8 % vont
rechercher des cadres ou des gestionnaires.
Il apparaît donc clairement,
M. le Président, de ces données-là, premièrement, qu'évidemment l'immigration
représente une des réponses aux besoins de main-d'oeuvre criants de nos PME — mais
ce n'est pas la panacée, évidemment — mais, deuxièmement, que les besoins en
main-d'oeuvre de nos PME ne sont pas uniquement pour des emplois qualifiés, et en ce sens je pense qu'il
faut que nos politiques en matière d'immigration tiennent compte de
cette réalité-là. Autrement dit, M. le Président, le Québec n'a pas juste
besoin de diplômés universitaires, mais on a aussi besoin de manoeuvres, de main-d'oeuvre moins qualifiée, et
malheureusement, quand on regarde les statistiques, ce n'est pas ça qu'on semble avoir accueilli en majorité,
au Québec, au cours des 12 dernières années. En effet, entre 2004 et
2013, à 45 % le niveau de compétence
des personnes immigrantes était des compétences de gestion et professionnelles.
Alors, je vous l'ai dit tantôt, là, ce n'est
pas ce que nos PME, qui représentent, soit dit en passant, 99 % des
entreprises du Québec, ont besoin
comme main-d'oeuvre. Seulement 20 % des personnes qu'on a accueillies
étaient des techniciens ou encore, 0,2 %,
des manoeuvres. À cet effet, M. le Président, on pense que la nouvelle
Loi sur
l'immigration devrait faire explicitement
référence à la volonté de remédier à cette situation-là, et cela rejoindrait
d'ailleurs les propos qu'a tenus la ministre
de l'Immigration, disant souhaiter, par cette loi, cibler, parmi les personnes
qui déposent une déclaration d'intérêt, celles dont le profil répond le
mieux aux besoins de notre marché du travail partout sur le territoire
québécois.
Dans
le même ordre d'idées, M. le Président, je pense qu'il faudrait que, dans la
planification pluriannuelle de l'immigration,
la ministre tienne compte des besoins du marché du travail. Cela s'inscrirait
d'ailleurs en cohérence avec les dispositions du projet de loi
n° 70, qui prévoit que dorénavant la Commission des partenaires du marché
du travail, à laquelle on siège, je siège, à
la FCEI, aura un pouvoir de recommandation aux divers ministères, dont le MIDI,
en vue de répondre aux besoins du marché du travail. Et j'étais contente
d'entendre tantôt la ministre dire qu'effectivement le projet de loi n° 77 s'inscrivait dans la continuité du projet de
loi n° 70. Je pense que ça devrait peut-être être inscrit de façon plus explicite, peut-être, dans le projet de
loi, de façon à ce que, dans quelques années, si jamais on change de
ministre ou si jamais il y a d'autres
orientations qui sont prises, ce soit clairement enchâssé dans la loi que cette
planification-là devra tenir compte
des recommandations, là, qui seront présentées par la Commission des
partenaires du marché du travail.
Maintenant,
parlons de l'immigration temporaire, qui est aussi importante au Québec comme
ailleurs au Canada. Et je profite de
l'occasion, M. le Président, pour remercier vivement la ministre pour tout le
soutien, au cours des dernières années,
là, dans notre combat à l'égard du Programme des travailleurs étrangers
temporaires, pour essayer de
renverser la décision, là, du fédéral, qui a
fait mal à plusieurs PME à l'échelle canadienne, dont au Québec.
On a été à même de constater les
dommages causés par les changements qui ont été apportés au Programme
des travailleurs étrangers temporaires du gouvernement
fédéral. Pour nous, il s'agissait clairement là d'une réaction hypocondriaque à
une maladie imaginaire puisque les
changements, qui ont été apportés à la suite d'allégations parues dans les
médias et qui portaient sur des cas très
spécifiques, n'ont pas été constatés, d'une part, au Québec, et même ailleurs
au Canada la très, très grande majorité des PME qui utilisaient ce programme-là l'utilisaient à bon escient. Alors,
c'est un fait quand même, il y a eu ces changements-là, ça a fait mal, mais il n'en demeure pas moins
que les PME ont et continueront
d'avoir besoin de travailleurs pour occuper des emplois moins qualifiés dans des secteurs comme la restauration,
l'hébergement, le commerce de détail, la transformation alimentaire, le manufacturier. En fait, même, je
vous dirais même que la diversité économique de plusieurs des régions dépend de cette possibilité, pour les employeurs,
d'accéder à la main-d'oeuvre dont ils ont besoin pour exploiter leurs
entreprises, que ce soit sur une base permanente ou temporaire.
a d'ailleurs noté avec satisfaction, M. le Président, qu'à l'article 16 le ministre pourra dorénavant mettre en
place des programmes pilotes d'immigration
temporaire. C'est sûr qu'on aurait aimé qu'ils soient plus longs, que la durée
soit plus longue, et que les quotas aussi,
là... Je pense, c'est 400 par année. On trouve que ce n'est pas
suffisant. Peut-être que ce n'est pas nécessaire non plus de mettre ça dans la loi, on pourrait peut-être
fixer ça par règlement pour plus facilement, là, pouvoir les
augmenter.
vous dirais aussi que... On parlait tantôt d'ouverture à l'immigration permanente. On pense, d'ailleurs, c'est d'ailleurs une proposition qu'on a faite, à la FCEI — vous
savez, on est un organisme pancanadien — donc
qu'on a faite au gouvernement fédéral,
d'avoir une espèce de visa
d'introduction au Canada, et ça peut être la même chose au Québec,
parce qu'on estime que la participation à un programme comme ça, temporaire,
devrait permettre d'ouvrir la voie à l'immigration permanente, et ce, de façon accélérée. Je pense
que la ministre a exprimé ça tantôt, avec les interlocuteurs
précédents, et on est tout à fait d'accord avec ça. C'est d'ailleurs une des propositions que nous avons faites au fédéral, où on parlait du visa d'introduction au Canada, donc, qui permettrait
à une personne, un travailleur étranger temporaire, de pouvoir accéder à l'immigration permanente. Donc, on invite donc les membres de la commission à
évaluer la possibilité de rendre cette proposition possible en
intégrant, là, des dispositions à cet effet dans le projet de loi.
M. le Président, un
petit sujet qu'on aime beaucoup, beaucoup, à la FCEI : la paperasse. Donc,
maintenant, l'article 15 prévoit que les employeurs, là, devront répondre
à des conditions établies par le ministère et obtenir une évaluation positive
du ministère concernant leur offre d'emploi, là, pour les postes temporaires.
On se questionne à savoir, premièrement, ça va être quoi, ces conditions-là, et
quelles seront les formalités administratives à remplir à cet effet-là. On recommande fortement d'apporter
des précisions à cet égard-là dans le projet de loi et de porter une
attention particulière aux formalités qui seront exigées afin que ça ne prenne
pas un doctorat en paperasserie gouvernementale pour avoir droit au programme.
Enfin, M. le Président, juste un petit
mot en conclusion sur la déclaration d'intérêt. On était contents de voir
ça. C'est un système qui est similaire au
fédéral aussi, que nous avons appuyé à la FCEI. Il faut cependant être bien
conscient que ce n'est pas la panacée, parce
que, même si les critères appliqués à la déclaration d'intérêt permettraient
d'inclure, par exemple, la main-d'oeuvre
moins qualifiée, dont on a aussi grandement besoin dans nos PME québécoises, il
demeure une réalité que, ces candidats-là,
il est moins probable qu'ils s'inscrivent à ce système de déclaration d'intérêt
là, pour moult raisons, parce qu'ils
n'ont pas nécessairement la capacité au niveau de l'écriture ou encore des
connaissances, là, suffisantes pour pouvoir s'inscrire. Donc, je pense
qu'il va être important de porter une attention particulière à cette
possibilité-là dans le suivi qui sera effectué dans la mise en place du nouveau
système.
En conclusion, M. le
Président, je pense que l'immigration, pour une société, est synonyme
d'enrichissement collectif, culturel et
économique, mais, de façon à bien intégrer les personnes issues de
l'immigration et pour leur permettre de
contribuer à l'épanouissement de la société à la hauteur de leur potentiel, il
est névralgique d'assurer le meilleur arrimage possible entre les caractéristiques recherchées par les employeurs et le
profil des personnes que nous accueillons, et on encourage donc les
parlementaires à considérer nos recommandations dans ce sens-là, de façon à
assurer que notre système d'immigration puisse permettre d'accueillir aussi des
travailleurs qui sont moins qualifiés mais dont nous avons grandement besoin au Québec. On partage tous le même objectif d'un
Québec plus ouvert et plus prospère. Merci.
Le Président (M.
Picard) : Merci, Mme Hébert. Je cède la parole à Mme la
ministre.
Weil : Merci. Bonjour, Mme Hébert. Merci beaucoup de votre
participation aujourd'hui. C'est l'occasion de vous poser des questions
pour bien comprendre votre vision mais surtout votre expérience sur le terrain.
D'abord, je voudrais vous dire, c'est 400 par projet, et
il n'y a pas de limite de projets. Non, mais c'est intéressant
pour les régions, je pense
que c'est intéressant pour tout
le monde. Alors, l'idée, c'est que ça
nous permet de tester des idées, parce que
le marché de l'emploi, c'est quelque
chose d'important, de fragile, il faut préserver, donc, l'intégrité du marché du travail, l'emploi, évidemment, des
Québécois, des natifs, donc c'est toujours... Évidemment, ça, ce n'est
pas ma responsabilité, c'est la
responsabilité du ministère de l'Emploi, du Travail aussi, et, nous, c'est
l'apport des immigrants, donc 16 %, 16 % du marché, donc
l'immigration contribue à peu près à la hauteur de 16 % nos besoins.
Donc, le souci de
protéger, justement, alors on a vécu ensemble les réformes du programme des
travailleurs temporaires. Il y a eu une
motion, à l'Assemblée nationale, unanime. Ça, évidemment, c'était vraiment
intéressant. Tous les élus étaient
d'accord pour dire qu'il faut amener des changements. Les discussions démarrent
actuellement sur comment ajuster ce programme-là, alors c'est bien, ça.
Donc, juste vous dire que ça permettrait...
Donc, peut-être vous
amener sur ce sujet, avant de vous parler généralement de vos constats par
rapport aux pénuries que vous voyez venir ou
qui existent actuellement, qui ne peuvent être comblées par des natifs
québécois puis nos programmes de
formation chez nous, pour que les Québécois puissent combler ces... Parce que
cet enjeu va quand même rester un enjeu pour tout le monde. Alors,
commençons par ces projets, ce que vous pouvez entrevoir, parce qu'il n'y a pas de... on parle tout simplement de
personnes, là, qui viendraient, d'immigrants, de nouveaux arrivants sans
qualificatif, donc on pourrait voir là des gens qui ne seraient peut-être pas
nécessairement le profil qu'on sélectionne actuellement,
évidemment, ce seraient des gens qui, comme vous le dites, répondent aux
besoins du marché du travail. Comment vous verriez, vous, votre...
Comment ça pourrait fonctionner dans différentes régions, selon vos constats?
Et comment ça pourrait aider à combler ces besoins-là?
Mme Hébert (Martine) : Bien, écoutez, c'est sûr qu'il y a un besoin criant
pour ce type de travailleurs là. On l'a vu, d'ailleurs. Pourquoi le Programme des travailleurs étrangers temporaires était aussi populaire dans plusieurs secteurs d'activité, c'est parce qu'il permettait de
répondre à un besoin criant de main-d'oeuvre des PME. Puis il y a une
réalité, il y a une réalité démographique, au Québec. Si vous êtes sur la
Côte-Nord, bien, je m'excuse, mais, vous avez beau chercher des travailleurs, dans certains secteurs il n'y en a pas, je veux
dire, il n'y en a pas. Alors, c'est sûr qu'il y avait, si vous voulez... ça permettait vraiment à plusieurs
employeurs... Puis même dans la région ici, là, rappelez-vous, on a vu des cas médiatisés, Vegpro, hein, l'entreprise,
là, Rotobec qui disait : Je vais
être obligée de refuser des contrats parce que je n'ai pas la main-d'oeuvre,
à laquelle j'ai accès. Il y a des limites, il y a des limites à la fluidité du marché
du travail. Puis ce n'est pas vrai, parce que
dans une région il y a 10 % ou 12 % de chômage, que nécessairement les personnes qui sont en chômage peuvent occuper les emplois
disponibles. Je donne toujours l'exemple à la blague, mais c'est une réalité : Il y a des limites à convertir un bûcheron en femme de chambre. Si tu
es dans un établissement d'hébergement, puis que c'est de personnel pour faire les chambres et pour travailler dans
l'hôtel que tu as besoin, puis que, dans la région, bien, c'est les travailleurs de la forêt qui sont
en chômage, bien, comprenez-vous qu'il y a une limite à cette fluidité-là
du marché du travail?
pense qu'on peut espérer, sur le marché du travail... Il y a des choses qu'on a
pu faire pour améliorer, justement, et
inciter davantage les personnes qui sont sans emploi à occuper les emplois qui
sont disponibles lorsque les qualifications vont ensemble. Et, comme société, aussi, on a beaucoup, beaucoup misé
hein, sur l'éducation, tout ça, puis il n'en demeure pas moins, quand même, qu'il y a des emplois non
qualifiés et qui ne sont pas moins nobles, M. le Président, je tiens à
le préciser, là. Une personne qui nous sert dans un restaurant, ce n'est pas moins noble
qu'une personne qui est architecte ou qui
offre des services professionnels. Je
pense qu'on aura toujours
besoin de ces travailleurs-là, et il
faut que les mécanismes...
en ce sens-là, Mme la ministre, je suis contente de voir dans votre projet de
loi la question... ces projets pilotes là, je suis contente de vous entendre dire que c'est 400 par projet et non
pas que c'est limité à 400, là, par année pour tout le Québec. J'espère
que ces programmes-là aussi seront rattachés, là, aux plans régionaux de
besoins de main-d'oeuvre, là, qui seront
dessinés par la Commission des partenaires du marché du travail, ça va être
important de faire l'arrimage entre les deux. Mais il y a un besoin
criant, c'est clair.
Mme Weil : Donc, pour revenir à cette question de l'équilibre du marché du travail, votre expérience, donc là on voit, dans des régions éloignées... Honnêtement,
nous aussi, on a des appels, justement, de gens qui... c'est vraiment des besoins criants, et soit l'entreprise
ou... devra fermer parce qu'ils ne trouvent pas ces personnes, donc on est dans
le PTET, on est dans la réforme, on est dans
la sélection, on est dans tout ça pour essayer de trouver des solutions. On
est vraiment rendus là, avec une pénurie qui va s'aggraver au fil des années,
donc là on cherche toutes les solutions, mais
il y a cette flexibilité aussi — c'est
ça, ces projets pilotes — pour
ne pas déséquilibrer non plus le
marché du travail.
Alors,
c'est de voir, parce qu'évidemment, les gens qui sont peu qualifiés, le souci a
toujours été la vulnérabilité de la
personne, d'une part, hein, de s'assurer que, si jamais la personne perd son
emploi, cette personne pourra se replacer rapidement. Ça, c'est fondamental dans le système d'immigration, c'est
comme dans d'autres pays qui font la sélection. Aussi, il y a la question des natifs. Donc, dans certains cas, comme une
grande ville comme Montréal, il semblerait que la main-d'oeuvre devrait
être là, normalement, puis on devrait former des gens pour combler ces besoins.
Alors,
dans votre cas, à quelles conditions est-ce que vous encouragez la sélection
permanente de travailleurs peu qualifiés? Comme l'exemple que vous avez
donné peut-être des régions éloignées où c'est impensable de trouver la
main-d'oeuvre localement, hein, parce que c'est localement, je pense que c'est
ça qui est l'enjeu, pas quelqu'un qui viendrait
de Montréal pour combler le besoin, c'est ce qu'on a vu avec les soudeurs en
Beauce, là. Donc, juste si vous êtes capable
de voir quelles seraient les conditions. Mais aussi comment ça se fait qu'on
n'est pas capable, dans certains cas, là, dans des grandes villes comme Montréal ou d'autres grandes... des
métropoles, de trouver localement des candidats pour ces postes-là?
C'est quoi, votre vécu, vos constats?
Mme Hébert (Martine) : Bien, écoutez, comme je disais tantôt, c'est
parce que la main-d'oeuvre, par exemple, qui est en chômage ne correspond peut-être pas nécessairement aux
besoins des employeurs. Si vous êtes en chômage, vous avez un
baccalauréat en sociologie, puis que, dans votre région, bien, c'est les
restaurateurs puis les hôteliers qui cherchent
de la main-d'oeuvre, bien c'est sûr que ça ne fera pas l'affaire. Mon exemple
de convertir le bûcheron en femme de
chambre, je veux dire, c'est... Il y a des limites, puis les limites ne sont
pas juste à ces égards-là mais à plusieurs égards.
Donc, vous avez parlé
de la vulnérabilité de la personne. Je veux dire, moi, j'entends et je
comprends bien la préoccupation, puis je pense qu'on doit l'avoir, cette
préoccupation-là, mais il ne faut pas, au nom de ça, surtout dans une société comme le Québec, où nous avons un
paquet de lois du travail, là, qui donnent des droits aux travailleurs,
nous avons un paquet de groupes, aussi,
communautaires très engagés auprès de ces personnes-là qui font un excellent
travail... Donc, il ne faut pas, au nom de
ça, là, avoir une réaction, excusez-moi, mais hypocondriaque, là, et donc
refuser l'accès à des personnes, qui
sont dans une situation de vulnérabilité souvent beaucoup plus grande dans leur
pays d'origine que... il ne faut pas
éviter de les accueillir au Québec, là, pour ces raisons-là alors que notre
système comporte déjà les paramètres et les balises qui font en sorte que ces personnes-là, en arrivant ici, ont
des droits, sont protégées au même
titre que les autres, et d'autant
plus qu'elles peuvent avoir aussi du soutien, comme je vous dis, là, de
nombreux intervenants sur le terrain. Alors, moi...
Par contre, on a
déjà, Mme la ministre... bon, et je serai très ouverte à discuter de tout ça au
comité de votre ministère, là, sur lequel on
siège, on a déjà proposé, même, à la FCEI, d'avoir un code d'éthique pour les
employeurs qui ont recours, par
exemple, à la main-d'oeuvre étrangère temporaire, auquel ils pourraient
s'engager, par exemple, et, si jamais
ils enfreignaient ce code d'éthique là, d'avoir des sanctions, par exemple de
ne plus pouvoir accéder aux programmes ou à la main-d'oeuvre temporaire pendant un certain nombre d'années. Donc, je
pense qu'il y a moyen d'en rajouter. Mais je vous dirais qu'avant d'en
rajouter, là, disons-nous qu'au Québec, là, on a les balises nécessaires pour
protéger ces travailleurs-là, nous avons les
outils, les intervenants en place aussi, les lois, les règlements. Donc, je
pense qu'il faut arrêter, là, de s'en faire avec tout ça et de se dire...
de faire confiance.
Puis,
vous savez, Mme la ministre, là, moi, je représente 24 000 PME au
Québec, 109 000 au Canada, là, puis je me promène à travers le Canada au complet, j'en rencontre, des chefs
d'entreprise, puis je n'en connais pas un, pas un qui se lève le matin,
là, puis qui se dit : Aïe! aujourd'hui, là, comment est-ce que je ferais
bien, donc, pour exploiter mes travailleurs
ou mes travailleurs étrangers temporaires? Ce n'est pas ça qu'il se dit, le
chef d'entreprise, quand il se lève le matin. Il se dit : Comment
est-ce que je fais pour faire croître mon entreprise, offrir des meilleures
conditions à mes travailleurs pour pouvoir les garder puis continuer à faire
prospérer à la fois mon entreprise puis mes employés? C'est ça qu'il se pose
comme question.
Weil : Donc, Mme Hébert, on aura l'occasion, une fois que
la loi est adoptée, le projet de loi est adopté, de regarder cette
question des projets pilotes, on aura l'occasion d'en parler aussi en
commission parlementaire quand on va faire l'article par article. Donc, ça
pourrait être une voie pour tester des idées mais de façon, comment dire,
judicieuse et prudente.
Il y a aussi le
passage — et
ça peut se lier — le
passage du temporaire au permanent. Donc, ces personnes pourraient arriver, dans un projet pilote, temporaires, mais on favorise
le passage au permanent, hein, à l'immigration permanente. Ça aussi,
c'est un facteur de protection, on l'a bien dit.
Alors, ce qui m'amène à la question
de la langue française ou l'apprentissage de la langue en milieu de travail. Évidemment, ça prendrait le
concours et la collaboration des employeurs pour permettre à cette personne...
Le ministère aussi, par ses
différents cours, l'offre de francisation, on va annoncer, dans la politique,
des voies d'avenir, là, pour tout ça, mais,
pour que tout ça fonctionne, il faut vraiment appuyer le candidat ou la personne qui est ici
avec un statut temporaire ou permanent pour que la... Permanence, ça
veut dire qu'il aurait déjà acquis les connaissances en français, mais,
temporaire, il va falloir s'adresser à cette question-là.
Est-ce que vous vous êtes penchés sur cette
question-là pour voir comment on pourrait appuyer en milieu de travail ces
personnes? Ça se fait, ça se fait déjà pour des gens qui sont peu qualifiés,
parce qu'ils sont déjà... c'est des Québécois, c'est des nouveaux Québécois qui sont
soit de la filière regroupement familial ou des réfugiés, il y a
beaucoup de gens qui ne sont pas qualifiés qui sont ici, qui prennent des
cours. Mais j'aimerais bien vous entendre là-dessus.
Mme Hébert
(Martine) : Écoutez, je vais
vous répéter la même chose que M. Dorval vous a dite tantôt, je
pense que les employeurs, oui, jusqu'à un
certain point, ont une responsabilisation par rapport à la francisation. Je
pense que les programmes de francisation en entreprise sont
intéressants, sont importants.
Maintenant, ce n'est pas la responsabilité seule
des employeurs de voir à la francisation, et c'est sûr que l'immersion... Je
vais reprendre mon exemple de la Côte-Nord. Si vous êtes sur la Côte-Nord, dans
un village de la Côte-Nord, et que vous travaillez dans un établissement
d'hébergement, par exemple, puis que vous êtes issu de l'immigration, c'est clair que votre immersion en français, là, elle va
se faire, en tout cas, de façon assez rapide. Je pense que le défi,
c'est de s'assurer d'avoir sur l'ensemble du territoire, là, accès aux
ressources, que ce soit via Internet... Maintenant, on a la technologie, on a
un paquet de technologies, vidéoconférence, peu importe, des didacticiels de formation, etc., puis je ne suis pas spécialiste
en francisation, là, mais on a tellement d'outils technologiques,
maintenant, qu'on peut utiliser, s'assurer de déployer les ressources à la
grandeur du Québec.
Quand on
parle de la responsabilité des employeurs, maintenant, ramenons-nous aussi à
c'est quoi, l'économie du Québec,
puis c'est qui, nos entreprises au Québec. Il faut cesser de penser, là, que
nos entreprises, au Québec, c'est juste des Bombardier puis c'est juste des Rio Tinto Alcan puis des grandes
entreprises comme ça. 95 % de nos entreprises, au Québec, ont moins de 50 employés, le trois
quarts en ont moins de 10, et la moitié en ont moins de cinq. Ça fait que
ce n'est pas des entreprises qui ont un gros
département de ressources humaines, qui sont capables de mettre en place
des programmes de francisation dans
l'entreprise puis de donner de la formation à leurs employés, là. Donc, je
pense qu'il faut se ramener à notre
réalité économique au Québec puis à la réalité de ce que c'est, la composition
de notre économie québécoise, lorsqu'on aborde cette question-là de la
francisation.
Et malheureusement on a accordé... et «malheureusement»
dans le sens de, oui, on a accordé beaucoup de pointage, parce que, oui, le fait français est important au Québec, je
pense que ça demeurera... Tout le monde s'entend là-dessus, c'est unanime, le fait français est important, mais le
problème, avec nos politiques passées, c'est qu'on accordait une
importance très, très grande dans le pointage pour l'accueil des personnes, et
ça ne permettait pas nécessairement d'accueillir
d'autres personnes qui auraient pu très, très bien faire l'apprentissage du français,
de façon assez rapide, et devenir... et intégrer, finalement, les
emplois qui étaient disponibles.
Alors, nous,
ce qu'on prône, c'est que, pour qu'il y ait... On pense qu'il y a des
technologies qui existent, on pense qu'il y a des mesures qui existent.
Les employeurs sont prêts à collaborer dans la mesure où on respecte aussi leur
réalité, là, hein? Avec le trois quarts des entreprises qui ont moins de
10 employés, il faut quand même être réaliste dans les attentes qu'on a.
Mme Weil :
Donc, ce serait une offre adaptée, et évidemment le gouvernement serait un
partenaire là-dedans, parce que nous,
on a beaucoup de cours, hein, on a le français en ligne qui est disponible,
donc c'est beaucoup une question de promotion,
d'adaptation. Donc, moi, je pose des questions pour voir la volonté, puis
évidemment ça va être en partenariat qu'il va falloir offrir un peu ces
possibilités.
Je n'ai pas d'autre question, M. le Président.
Merci beaucoup.
Le Président (M. Picard) : Ça
va? M. le député de Bourget.
M. Kotto :
Merci, M. le Président. Alors, Mme Hébert, bonjour. Merci d'être là et
toujours aussi dynamique, merci pour la contribution à ces travaux.
Sur la
question du français, je rebondis là-dessus, certaines personnes qui vous ont
précédée, j'en parlais avec vos prédécesseurs ici ce matin, souhaitent
assouplir pour certains profils de métier le niveau de maîtrise du français
dans la grille de sélection que vous
évoquiez, et plus spécifiquement ils souhaiteraient revenir au niveau 6
qu'on avait instauré dans les années 2010‑2011. C'est en 2012 qu'il est
passé au niveau 7.
Dans l'hypothèse où il y aurait une ouverture à cette demande de la part du ministère,
est-ce que vous conviendrez d'accorder,
à ce moment-là, considérant l'urgence de cette main-d'oeuvre, l'urgence d'intégrer cette main-d'oeuvre
dans le milieu du travail... est-ce que vous
conviendrez que l'on attribue un statut provisoire à ces nouveaux arrivants là
jusqu'à ce qu'ils atteignent le niveau
requis initialement — c'était le niveau 7 — et,
une fois validé, à ce moment-là, on leur accorde un CSQ permanent?
Mme Hébert
(Martine) : Écoutez,
votre question est intéressante, M. le
député. Je vous dirais cependant que, 5, 6, 7, 8, là, je ne suis
pas spécialiste de ces chiffres-là dans le système de pointage qui est utilisé.
Je pense que ce qu'il est important de se dire,
c'est que, quand on regarde les chiffres, regardons : Ça a-tu
marché, ce système-là, ou ça n'a pas marché?
En termes de dire, ces personnes-là, au niveau de l'intégration, de l'arrimage
entre les personnes qu'on accueille et les besoins du marché du travail, est-ce
que c'était bien arrimé ensemble, la réponse est clairement non. Ça fait que ça veut dire que le système, il n'était
peut-être pas tout à fait au point et que c'est le temps, là, là,
maintenant, de le modifier pour faire en sorte que les personnes que nous
allons accueillir puissent s'intégrer à la société québécoise et puissent
pleinement participer à la société québécoise.
Et comment on fait? Par quoi ça passe? Ça passe
par un emploi d'abord et avant tout. Et l'apprentissage de la langue, je ne dis
pas qu'il n'est pas nécessaire, il est... on doit le faire, mais est-ce qu'on
doit lui accorder autant d'importance en
amont ou est-ce qu'on ne devrait pas réviser ça et profiter de l'occasion que
nous avons tous pour réviser ça et faire en sorte qu'on accueille les personnes,
mais qu'on leur fournisse les outils pour pouvoir faire l'apprentissage
de la langue une fois qu'elles sont ici et
une fois qu'elles ont intégré un emploi? Qui, soit dit en passant, est une
excellente façon d'apprendre la
langue, hein? Moi, je me souviens, j'avais pris des cours d'anglais au
secondaire, puis tout ça, puis j'étais dans
une très bonne école, j'avais un anglais pas pire, mais ce qui m'a permis de
devenir presque parfaitement bilingue, en fait, ça a été mes études universitaires, où je n'avais pas le choix,
les livres étaient tous en anglais. Donc, quand tu es plongé dans un milieu ou quand tu es plongé dans une
réalité qui fait en sorte que tu dois faire l'apprentissage de la langue,
bien cet apprentissage-là se fait, et je pense qu'on peut miser là-dessus aussi
au Québec.
M. Kotto :
Sur un autre ordre d'idées, celui de la pénurie de la main-d'oeuvre,
M. Boyer, le président de la FTQ, nous
a servi une bonne mise en garde ici relativement à la pénurie des travailleurs
moins qualifiés. Il prenait l'exemple des soudeurs. Il dit, et je le
cite : «Un cours de soudure[...], ça ne demande pas une technique, puis ça
ne demande pas un bac, puis ça ne demande pas une maîtrise...» «Il y a
41 000 emplois à combler au Québec — vos chiffres divergent relativement à ça, ils sont plus importants — il y a 340 000 chômeurs au Québec.
[...]J'entends parler, à la Commission des partenaires du marché du
travail[...], qu'il manque de soudeurs depuis [tout] près [de] 100 ans au
Québec.» C'est une image. «La problématique
des soudeurs[...], c'est rendu quasiment une caricature, on en entend parler.
Mais pourquoi on n'inscrit pas des gens, des jeunes dans des cours de
soudure?»
Pourquoi n'inscrit-on pas des jeunes dans des
cours de soudure? Et quelle réponse pouvez-vous apporter à cette interrogation?
Mme Hébert
(Martine) : C'est une
question intéressante et très importante. Pourquoi est-ce qu'on n'inscrit
pas des jeunes au cours de soudure? Je n'ai pas la réponse.
M. Kotto : Ils parlent de
susciter de l'intérêt pour eux, parce que la masse de chômeurs est quand même
conséquente.
Mme Hébert
(Martine) : Je pense qu'il y
a deux choses. Quand j'ai dit, au début, là : On a des problèmes,
on a besoin de main-d'oeuvre et de main-d'oeuvre avec des compétences, là, soit
de manoeuvre ou encore, là, de type secondaire,
professionnel ou quelque chose comme ça, au Québec on en a beaucoup besoin. Et
je pense que malheureusement on a
très, très, très peu valorisé aussi ces métiers-là. Je suis venue le dire,
d'ailleurs, avec l'étude du projet de loi n° 70, qu'on a valorisé beaucoup, beaucoup les études
supérieures, l'université, tout ça, et c'est bien, dans une société, je ne
dis pas que ce n'est pas bon, sauf qu'il y a
quand même une réalité... Puis d'ailleurs les chiffres qu'on a vus hier, là,
nous le démontrent. Ce n'est
peut-être pas fait pour tout le monde, l'université, puis ce n'est peut-être
pas tout le monde qui a ni envie puis qui... ou même qui est capable ou
qui veut aller à l'université, donc, et on n'a peut-être pas assez valorisé,
justement, ces postes-là.
Maintenant,
cela étant dit, il reste quand même qu'il y a une réalité démographique, au
Québec, où dans certaines régions,
même si on avait des programmes où on rentrait à la pochetée, là, à la tonne
des étudiants dans les programmes de soudure
au niveau professionnel, il y a peut-être... il y a certaines régions où il va
demeurer quand même des pénuries, parce qu'il y a une réalité démographique, il y a un exode des jeunes, la
population est vieillissante, etc. Et vous donnez l'exemple des soudeurs, mais c'est comme ça dans plusieurs
secteurs d'activité, c'est comme ça dans le manufacturier, c'est comme
ça dans l'agriculture. On l'a vu, à quel
point l'agriculture a un besoin criant aussi des travailleurs étrangers. Bon,
heureusement, ils n'ont pas été touchés par
les modifications au Programme de travailleurs étrangers temporaires,
mais c'est comme ça dans l'hébergement, dans
la restauration, dans le commerce de gros, dans le commerce de détail, donc
dans une foule de secteurs d'activité où on a besoin, et le fait est que le
Québec n'a peut-être pas la démographie, la réalité démographique, là, pour
combler ces postes-là.
M. Kotto :
O.K. Je reviens sur la question de la langue et de la francisation en milieu de
travail. Pensez-vous que, dans la perspective de cette nouvelle loi,
dans la mesure où l'assouplissement demandé par certains de vos collègues et
d'autres pour faciliter l'intégration en milieu de travail de nouveaux
arrivants qui ont des compétences pour les métiers
à combler... pensez-vous qu'il y a lieu d'envisager un partenariat plus
structuré entre l'État et les entreprises dans la perspective du suivi de l'apprentissage du
français en entreprise? Pensez-vous... Parce que, pour l'instant, il n'y a
aucune reddition de comptes, il n'y a aucun
indicateur tangible pour suivre l'apprentissage de ces personnes, de ces
nouvelles personnes en entreprise,
contrairement à certains pays européens où c'est vraiment très structuré. Je
citais tout à l'heure l'Allemagne, la
France, l'Autriche et d'autres, c'est très rigoureux. Il y a chez nous comme un
laisser-aller de ce côté-là. Quand la personne est plongée dans le
milieu du travail, c'est terminé, on l'oublie, elle est abandonnée à elle-même
très souvent, très souvent.
Mme Hébert
(Martine) : Je vous dirais
que, dans le commerce de détail, dans la restauration, dans
l'hébergement, c'est assez difficile de ne pas en venir, à un moment donné, à
parler français, parce que l'emploi le nécessite...
M. Kotto : ...pas de suivi,
il n'y a pas de reddition.
Mme Hébert
(Martine) : Oui, mais est-ce
que ça prend une reddition de comptes pour chaque, chaque, chaque chose? Moi, en tout cas, je ne pense pas. Je pense...
Et, quand on parle de structure, là, justement, on parle souvent de règlements, de paperasse, de ceci, de cela. Et,
comme je vous dis, ramenons-nous à la réalité de c'est quoi, nos
entreprises au Québec, là? Comme je disais tantôt, la
ministre m'a donné l'occasion de bien le spécifier, la réalité de l'économie québécoise, là, c'est que les employeurs sont de
petite taille, ils n'ont pas le département de ressources humaines, là,
pour remplir les papiers, puis la reddition de comptes, puis tout ce à quoi
vous... Ça va-tu aider quelqu'un, ça?
Moi, je pense
que ce qu'on est mieux de faire... Parce que le défi, M. le député, vous avez
raison, on a des défis par rapport à
nos programmes, la ministre l'a dit aussi tantôt, on a des défis en matière
d'information. Est-ce que les employeurs connaissent les programmes qui existent? Est-ce que c'est facile de les
connaître aussi, d'accéder à l'information alors qu'ils sont éparpillés partout? Des programmes de
francisation, là, il y en a dans tous les ministères et organismes. Nous-mêmes
qui pataugeons dans les structures
gouvernementales à longueur d'année, on a de la misère à s'y retrouver.
Imaginez, là, le petit garagiste à
Saint-Pie-de-Bagot, là, qui se dit : Moi, je veux bien embaucher un
travailleur étranger temporaire, mais là...
ou une personne immigrante, mais les programmes de francisation, c'est quoi?,
puis qui commence à essayer de se démêler
dans tout ça. Alors, je pense qu'il faut mieux outiller, centraliser
l'information, s'assurer que... Nous, on s'engage, d'ailleurs, comme groupe. On s'est engagés, avec
l'accueil des réfugiés syriens, aussi à divulguer, à donner de
l'information à nos membres, à mieux les
informer, à les informer sur les programmes qui existent, le programme PRIIME,
par exemple, qui était très, très peu
connu, qui l'est encore, qui l'est un petit peu moins, mais quand même qui est
un bon programme. Donc, je pense, le premier défi qu'on a, en matière de
programmes, là, c'est ça.
Le deuxième
défi que nous avons, M. le député, puis ça vaut pour les programmes de
francisation, c'est l'accès à ces programmes-là. Comme j'ai dit tantôt,
si ça prend un doctorat en paperasserie gouvernementale pour avoir accès à
l'aide, c'est sûr que ça ne marchera pas. Donc, les défis qu'on a, là...
Le Président (M. Picard) : En
terminant, s'il vous plaît.
Mme Hébert (Martine) : ...c'est de
s'assurer que c'est accessible, que les gens les connaissent et qu'ils sont
accessibles.
M. Kotto : Donc, il faut...
Le Président (M. Picard) : M.
le député, c'est terminé.
M. Kotto : Oh! Pardon.
Le Président (M. Picard) :
Merci. Je cède maintenant la parole à M. le député de Borduas.
M. Jolin-Barrette : Merci, M. le
Président. Mme Hébert, bonjour. Bienvenue à l'Assemblée nationale.
Dans votre
mémoire, vous évoquez la notion de prospérité. Dans vos recommandations, à l'article 8, vous dites : On ne veut pas être exclus, on ne veut pas qu'il y
ait des domaines de travail, d'entrepreneuriat qui soient exclus.
Pouvez-vous nous en parler davantage?
Mme Hébert
(Martine) : Bien, parce que,
quand on dit, dans le projet de loi, je
pense, que ça devra contribuer
à prospérité du Québec,
là, moi, je dis : Il faut faire
attention de ne pas devenir élitiste dans la définition que nous avons
de la prospérité du Québec ou de contribuer à la prospérité, parce que ce n'est
pas parce qu'on n'est pas dans un secteur de haute
technologie, par exemple, qu'on ne contribue pas à la prospérité du Québec. Je
pense qu'il faut se rappeler que le Québec, ce sont nos petites
entreprises, que le petit restaurateur ou le petit garagiste de
Saint-Pie-de-Bagot contribue à la prospérité du Québec et à la prospérité de sa
collectivité tout autant que n'importe quelle autre entreprise, là, de haute
technologie.
Donc, c'est à
ça qu'on faisait allusion et qu'on voulait... Dans le fond, on ne voulait pas
avoir de discrimination ou de ségrégation au niveau des secteurs
d'activité économique, parce qu'il y a des secteurs d'activité économique qui
ont grandement besoin de main-d'oeuvre et qui participent, comme j'ai dit, à la
diversité économique de chacune des régions du Québec.
Jolin-Barrette : O.K. Vous
proposez, dans le fond, qu'on prenne en compte les besoins du marché du
travail avec les immigrants qu'on souhaite
accueillir au Québec, en fait qu'il y ait une adéquation, puis le projet de loi
va en ce sens réellement, mais vraiment qu'au moment où on va
sélectionner les immigrants on regarde c'est quoi, les besoins du marché du
travail concrètement. On parle d'emplois moins qualifiés, où on n'a pas besoin
de Ph. D. en philosophie.
d'ailleurs, cette approche-là, on constate qu'elle n'est pas nécessairement
gagnante, en fonction de la grille de sélection,
en fonction des immigrants qu'on a accueillis au cours des années. Tout à
l'heure, Mme la ministre l'a souligné, 18 % de taux de chômage chez
les immigrants de moins de cinq ans, ensuite 10 % pour plus de cinq ans,
et ensuite 7 % pour les natifs.
Avant même de
s'adresser sur le plan de l'immigration, il n'y aurait peut-être pas lieu, pour
les membres de votre fédération, de
regarder parmi le bassin de gens disponibles qui se retrouvent sur le chômage
et d'avoir des programmes de formation pour accrocher ces gens-là qui
ont de la difficulté à trouver un emploi?
Mme Hébert (Martine) : Le problème,
c'est que souvent, dans la majorité des cas, et c'est pour ça que le Programme de travailleurs étrangers temporaires,
d'ailleurs, était si populaire, c'est qu'ils avaient essayé, dans 80 %
des cas, de trouver de la main-d'oeuvre au
niveau local puis ils n'avaient pas été capables de la trouver. Je pense qu'il
y a des mesures
qui ont été mises en place par le gouvernement, le projet de loi n° 70 en
est une, de ces mesures-là pour s'assurer que les personnes qui sont disponibles à l'emploi et qui correspondent
aux qualifications qui sont réclamées de la part des employeurs puissent
intégrer ces emplois-là, je pense que les nouveaux pouvoirs de la Commission
des partenaires aussi vont nous permettre de
répondre en
partie à certains des défis que nous avons par rapport aux travailleurs
locaux, là, qui pourraient occuper des
emplois locaux, mais il faut bien se dire que, comme je disais tantôt, ce n'est
pas vrai que les travailleurs locaux
vont tous pouvoir occuper les emplois qui sont disponibles, hein? Dans
certaines régions, comme j'ai dit tantôt,
puis je reviens toujours à mon exemple, bien, il y a des limites à convertir un
bûcheron en femme de chambre. On aura
beau mettre n'importe quel programme qu'on veut sur pied, de formation ou peu
importe, pour essayer de faire en sorte, mais il y a une limite à la
fluidité, si vous voulez, là, sur le marché du travail. Il y en aura toujours.
Jolin-Barrette : O.K. Sur la
question de la francisation en entreprise, tout à l'heure, mon collègue de
Bourget a abordé la question du certificat
d'accompagnement transitoire sur le fait, dans le fond, de lier la connaissance
du français au statut permanent de
l'immigrant, au niveau du travailleur temporaire, supposons. Est-ce que vous
avez l'impression que, pour vos membres, lorsqu'on parle de francisation
en entreprise, tout ça, le gouvernement ne joue pas son rôle d'accompagnement dans la mise en place de
programmes? Parce que, réellement, ce qui est arrivé, au cours des
dernières années, c'est que l'État québécois
n'a pas assumé ses responsabilités en matière de francisation. On a délégué ce
pouvoir-là, on s'est désinvesti puis
on a dumpé ça dans la cour de plusieurs partenaires. Donc, pour vous, qu'est-ce
que ça prendrait pour assurer une francisation?
Mme Hébert
(Martine) : Moi, je pense
que c'est sûr que nos politiques... Comme les exigences en matière de connaissance du français étaient quand même
relativement assez élevées, je pense que, comme je disais tantôt, on a
un défi de s'assurer que les ressources en
matière de francisation sont disponibles sur l'ensemble du territoire.
Heureusement, aujourd'hui, nous avons les
nouvelles technologies qui nous permettent de faire ça. Comme je disais tantôt, deux défis :
l'information, donc de s'assurer que ces ressources-là sont connues de la part
des principaux intéressés, à la fois des personnes
qui immigrent au Québec et à la fois aussi des employeurs qui vont accueillir
ces personnes-là au sein des postes dans
les entreprises, et, deuxièmement, au niveau de l'accès. Donc, quand je parlais
de l'accès, c'est non seulement l'accès au niveau du territoire, mais l'accès aussi au programme sans que ce
soit, là, trop complexe en matière de paperasse à remplir et de
conditions, là, à remplir pour pouvoir accéder au programme, parce que c'est
sûr que, si vous avez un programme avec un
formulaire à remplir de 35 pages, puis 350 conditions qui sont
rattachées à ça, puis 18 rapports qu'il faut produire, les petits employeurs, là, ils n'iront pas vers le
programme, ils ne seront pas intéressés à ce programme-là. Alors, je
pense qu'on a un défi de continuer à travailler dans ce sens-là.
Mais moi, je
suis convaincue, je suis convaincue que le meilleur moyen de s'intégrer dans
une société, à la fois au niveau
culturel et linguistique, ça demeure de par un emploi. Et je pense qu'il faut
faire confiance que, si on assure une meilleure
adéquation, justement, entre les personnes qui sont issues de l'immigration
avec les besoins des employeurs dans toutes les régions du Québec... je
pense qu'on va être surpris des résultats, et agréablement surpris.
Jolin-Barrette : Et
concrètement, pour vos entrepreneurs, pour vos membres... Vous parlez beaucoup
de la question de la paperasse, formulaire en 35...
Le Président (M. Picard) : ...une
minute, M. le député.
M. Jolin-Barrette : ...en
35 copies, tout ça. C'est quoi, la réalité véritable de ça? Est-ce que...
La lourdeur, pouvez-vous nous donner un aperçu de la lourdeur, concrètement?
Mme Hébert
(Martine) : 8 milliards
par année, c'est le coût que les PME du Québec, là, paient pour se
conformer à l'ensemble de la réglementation qui est en vigueur.
35 millions de formulaires par année qui sont envoyés juste au
gouvernement du Québec par les PME québécoises. 8 milliards,
35 millions.
M. Jolin-Barrette : Je vous
remercie.
Le Président (M. Picard) :
Merci. On vous remercie pour votre contribution aux travaux de la commission.
Et je suspends les travaux jusqu'après les
affaires courantes, soit vers 15 h 30, où la commission poursuivra
son mandat.
(Suspension de la séance à 11 h 27)
Président (M. Picard) :
À l'ordre, s'il vous plaît! La commission reprend ses travaux. Je demande à toutes
les personnes dans la salle de bien vouloir éteindre la sonnerie de leurs téléphones
cellulaires.
J'aurais besoin d'un consentement pour permettre
à la députée de Montarville de remplacer la députée de Repentigny de
15 heures à 17 heures et de permettre au député de Deux-Montagnes
d'effectuer le remplacement de 17 heures à la fin de la séance de cet après-midi.
Consentement? Merci.
après-midi, nous entendrons le Regroupement des jeunes chambres de
commerce du Québec,
Place aux jeunes en région et la Fédération des chambres de commerce du
Québec.
Je débute en
souhaitant la bienvenue au Regroupement des jeunes chambres de commerce du Québec.
Je vous invite à vous présenter ainsi
que la personne qui vous accompagne et à faire votre exposé. Vous disposez de
10 minutes, vont s'ensuivre des échanges avec les parlementaires. La
parole est à vous.
M. Derraji (Monsef) : Merci, M. le
Président. Donc, je me présente : Je m'appelle Monsef Derraji, je suis le président-directeur
général du Regroupement des jeunes chambres de commerce du Québec. Et je suis
accompagné aujourd'hui par M. Sergio Escobar, qui est membre du bureau de
direction et entrepreneur.
Je tiens en premier lieu à féliciter le gouvernement par
rapport à ce projet de loi, et on donne notre appui au projet de loi, surtout qu'il
privilégie une immigration qui correspond aux besoins du marché du travail. Nous soulignons aussi le modèle
de la déclaration d'intérêt, donc, surtout qu'il souligne le fait que
l'immigrant doit faire un effort, avant de venir, de répondre à la question :
Qu'est-ce que je peux faire et qu'est-ce que je veux venir faire au Québec?
Notre exposé,
aujourd'hui, se résume en six points : le premier point,
c'est l'encadrement structurel des jeunes gens d'affaires immigrants et leurs investissements; le deuxième point, c'est la cartographie des besoins et les
opportunités d'affaires en région; troisième
point, faciliter l'installation permanente avec le programme Visa Start-Up;
quatrièmement, emploi en région et arrimage formation-emploi; francisation et
la déclaration d'intérêt.
Avant de
commencer, je veux juste prendre un 30 secondes pour présenter le
regroupement. Le Regroupement des jeunes chambres de commerce, c'est un
réseau de 37 jeunes chambres, 10 000 membres répartis à travers
toute la province, et au sein du regroupement nous avons 11 jeunes
chambres de commerce culturelles. Nos partenaires, le regroupement siège au
niveau de la Commission des partenaires du marché du travail et peut compter
sur plusieurs partenaires, notamment les carrefours jeunesse-emploi ainsi que
Startup Canada.
Par rapport
au projet de loi, au premier point, par rapport à l'encadrement structurel des
gens d'affaires immigrants et leurs investissements, dans le cadre de la
mise en oeuvre d'un projet pilote, le regroupement recommande au gouvernement de consulter le milieu des affaires
pour établir ensemble les critères de sélection des investisseurs et des
modalités de leur accompagnement sur le sol québécois. Ce qu'on souhaite, c'est
rendre les critères de sélection à l'immigration
clairs et accessibles tant en ce qui concerne les secteurs d'activité que les
conditions pour investir du capital de
manière sûre et rentable pour les immigrants. Le choix pour investir ou démarrer
une nouvelle entreprise au Québec ou le
repreneuriat, il s'agit là de choix et de démarches différentes, qui font appel
à des parcours différents. L'accompagnement de l'une ou de l'autre des démarches appelle à un encadrement et à un
processus d'immigration qui doit être soigneusement documenté,
accompagné et préparé.
Au niveau du deuxième point, la cartographie des
besoins et les opportunités d'affaires en région, nous, ce qu'on dit, c'est que, oui, on va commencer à
sélectionner selon une base bien établie et des critères bien établis, mais
ce qu'on... pour maximiser le succès, c'est avoir une cartographie réelle des
régions, de leurs secteurs économiques en expansion
ainsi que des opportunités d'affaires à y saisir. Une telle cartographie
permettra de faire une adéquation entre les besoins, la présence de gens
d'affaires pour les régions, les opportunités d'investissement ainsi que
l'immigration économique. Ce qu'on
recommande dans ce sens, c'est que le MIDI s'adjoigne les efforts d'acteurs
communautaires et privés à l'effet de
mettre en place une cartographie d'opportunités d'affaires en région avec des
données accessibles et claires à
l'appui. Celles-ci seront mises à la disposition des immigrants pour permettre
le choix en connaissance de cause, notamment dans le cadre de la
déclaration d'intérêt.
Le troisième point, c'est au niveau de Visa
Start-Up. On sait que ce programme a été déjà testé au niveau canadien. Je pense que le Québec a la chance de
voir pourquoi le programme n'a pas marché ailleurs et comment on peut
utiliser ce programme pour soit le bonifier ou saisir l'opportunité d'une
nouvelle vague d'immigration qu'on voit présentement
et l'adapter au contexte québécois. Donc, nous sommes conscients que le
programme a été essayé et testé ailleurs, mais ce qu'on dit, c'est que...
donnons-nous les moyens d'avoir cette catégorie d'entrepreneur.
Le quatrième
point : emplois en région et arrimage formation-emploi. Encadrer l'accueil
des immigrants par le biais de programmes de jumelage et de mentorat
dans un cadre structuré. Nous avons eu l'occasion de voir et d'entendre plusieurs groupes qui ont vanté le mérite de
plusieurs programmes qui poussent... ou qui aident, plutôt, à avoir un
arrimage entre les milieux de travail et les nouveaux arrivants.
Sensibiliser
les employeurs en région à la nécessité de s'ouvrir à cette manne ouvrière. Une
formation interculturelle des
employeurs doit être envisagée pour permettre une telle ouverture. Il faut
considérer l'opportunité de faire la promotion, pour les régions, des
atouts et des services socioéconomiques et culturels qu'ils offrent.
S'ouvrir à
une main-d'oeuvre professionnelle et technique moins qualifiée, veiller à mieux
cibler les immigrants. Donc, il
serait plus envisageable de proposer des formations d'appoint qui permettront
aux travailleurs qualifiés d'avancer au sein de ces organismes.
Au niveau de
la francisation, nous sommes tous conscients de l'importance de la langue
française pour le Québec. Ce qu'on
souhaite, c'est que le MIDI commence à réfléchir sur une stratégie qui
permettrait aux immigrants d'acquérir la langue française, que ce soit
en milieu de travail ou par d'autres moyens.
Dernier point, au
niveau de la déclaration d'intérêt. Avoir de l'intérêt, le déclarer manque de
la notion de décision prise en connaissance
de cause. On entend par «cause» environnement social, culturel, économique et même... et même
économique. Il faut que l'immigrant soit mis au courant de manière réelle des
défis liés à son intérêt, notamment une connaissance claire de ce que cela implique de
ne pas pouvoir travailler dans son domaine d'activité — je fais allusion aux médecins,
juristes et autres ordres professionnels — identifier les métiers qui
requièrent un retour aux études, d'expliquer
la durée, d'expliquer les coûts, et ainsi l'immigrant va être mis au courant de
toutes ces déclarations avant de prendre
la décision d'accepter de venir et de vivre avec nous. Le RJCCQ recommande au
ministère de l'Immigration, de la Diversité et de l'Inclusion de
développer en amont un véritable contrat de confiance en mettant à la
disposition du candidat à l'immigration,
dans le cadre de la déclaration d'intérêt, l'ensemble des éléments qui lui
permettront de décider en connaissance de cause de l'intérêt réel
d'immigrer. Merci.
Le Président (M.
Picard) : Merci. Nous débutons notre période d'échange par Mme
la ministre.
Weil : Oui, bonjour.
Alors, bienvenue, M. Derraji et M. Escobar, M. Latreille n'est
pas là avec vous. Alors, merci beaucoup
pour votre présentation. Toujours intéressant d'avoir la voix des jeunes, qui sont notre
avenir, et des jeunes qui sont
intéressés au développement des régions aussi; des villes, évidemment,
des grandes villes aussi, la capitale et la métropole, mais aussi des
régions.
Et on parle beaucoup maintenant
d'immigration en région et ce nouveau système de déclaration d'intérêt qui nous permettrait d'identifier les besoins
régionalisés, je ne sais pas si vous êtes au courant du projet de loi n° 70, qui est connexe
par rapport au rôle de la Commission des partenaires du marché du travail, qui
pourra identifier des besoins régionalisés,
donc ça va être une première, qui va être un guide pour nous. Mais on parle
aussi, dans ce nouveau système de déclaration
d'intérêt, de faire en sorte de consulter les acteurs du milieu pour valider,
si on veut, les choix. D'ailleurs, ce matin aussi, les groupes qui sont
venus ont parlé de l'importance de cette consultation.
Alors,
vous, dans votre cas, quel rôle vous voyez jouer en amont dans la sélection?
Puis après ça je vous poserai une question sur la reconnaissance des
acquis, parce que je sais que c'est un dossier que vous connaissez bien, mais
juste comment consulter le milieu pour nous
assurer qu'on sélectionne vraiment des gens qui vont être capables de
répondre à ces besoins mais aussi vouloir, comme vous le dites, vivre dans les
régions qui sont désignées, là où il y a les besoins.
M. Derraji (Monsef) : Bien, en fait, le regroupement siège au niveau de la Commission des
partenaires du marché du travail. Et sérieusement je vois un lien très
logique entre la politique que nous sommes en train de discuter et celle envisagée au niveau de la Commission des partenaires
du marché du travail, et, je dirais, c'est encore mieux si on va avoir un pont, un pont entre les deux. C'est très
important qu'on écoute ce que notre marché a besoin en termes de main-d'oeuvre,
en termes d'immigration qualifiée et aussi par rapport au bassin ou par rapport
aux immigrants qu'on veut ramener.
qu'on veut ramener aujourd'hui sur la table, et c'est pour cela, je suis
accompagné par mon collègue Sergio Escobar, qui est un entrepreneur et
aussi très impliqué au milieu des start-up, c'est que donnons-nous le moyen de voir... Parce que je sais qu'au niveau des visas
start-up ça n'a pas marché, au niveau Canada, mais donnons-nous le
moyen, parce qu'on veut se doter d'une politique de l'innovation, on veut avoir
les meilleurs talents. Et, je dis, au lieu qu'on cible juste une immigration par rapport à ramener juste des employés,
mais est-ce qu'on ne peut pas élargir le bassin et dire : Écoutez, il y a quelque chose qui se passe au
niveau mondial avec un phénomène de plus en plus présent, que ce soit en
Europe ou même chez nous, et on peut avoir une adaptation québécoise à ces gens
qu'on veut ramener ici?
là je fais allusion directement au programme Visa Start-Up, et on a des cas
concrets, des cas concrets que mon collègue peut expliquer, que, faute
de statut, on les a perdus. Et c'est des gens qui créent de l'emploi, c'est des
gens qui nous aident au niveau de
l'innovation et c'est des gens qui peuvent enrichir notre savoir, au Québec. Et
c'est pour cela qu'aujourd'hui, nous,
ce qu'on propose, c'est qu'au lieu d'avoir juste un focus qu'on ramène juste
des employés ou de l'immigration qualifiée, qu'on s'ouvre aussi, dans
notre façon de voir et de sélectionner, à des entrepreneurs, qu'on peut aider à
avoir une installation chez nous.
Weil : Bien, il y a le programme Immigrants entrepreneurs qui
est en révision actuellement, donc ce serait le temps peut-être de vous entendre, M. Escobar, pour voir les types
de recommandation que vous feriez. Au-delà de la reprise de certaines entreprises où il n'y a pas de
succession, si je comprends bien, ça, c'est un enjeu, un vrai enjeu dans les
régions, mais, par ailleurs, qu'est-ce qui vous a inspirés? Il faut dire que,
oui, en effet, le programme Start-Up Visa ou Visa Start-Up n'a pas donné les résultats souhaités par le gouvernement
fédéral, donc on regarde bien ça pour nous assurer de ne pas avoir un
programme qui va reprendre les mêmes éléments. Alors, peut-être nous...
Escobar (Sergio) : Merci, Mme la ministre, M. le Président. Moi-même,
je gère un accélérateur de start-up. C'est
un programme qui vient de Silicon Valley qui s'appelle le Founder Institute, on
est présents dans 50 villes dans le monde...
100 villes actuellement. Et, comme le leitmotiv de l'accélérateur
technologie, c'est globaliser Silicon Valley, donc, on démarre, on fait
des écosystèmes de société technologique un peu partout dans le monde.
Moi-même, j'ai décidé
de démarrer ce programme-là ici, à Montréal, au Québec, c'était la première
ville canadienne, on a aussi Toronto et
Waterloo, justement parce que j'ai décidé de vivre au Québec à cause du
français. Tout comme moi, il y en a
plein, de francophones et francophiles qui souhaitent bâtir des sociétés
technologiques ici, au Québec. De mon
expérience qu'on a passé déjà... plus de 24 start-up qu'on a démarrées
ici, au Québec, plus de la moitié, c'est des entrepreneurs qui ne sont pas Canadiens, en fait, qui viennent ici juste
parce qu'ils sont attirés par le fait de démarrer une entreprise en
français en Amérique du Nord, sans perdre leurs racines culturelles ou leurs
racines linguistiques, mais tout en ayant la proximité d'être à une heure en
avion des principaux marchés tels que New York, Boston, Toronto. Un accès
incroyable des fonds de capital de risque, ça, c'est notre richesse.
Malheureusement... Et
je dis ça, «malheureusement», parce que le programme de Start-Up Visa n'a pas
axé aux réalités actuelles du marché. Je
veux dire, malgré que dans le reste du Canada le programme Start-Up Visa
fonctionne, cela prend
plus de six mois, donner les papiers à un entrepreneur pour qu'il rentre au
pays. Moi, comme investisseur que je suis
en train de donner 1 million, 10 millions de dollars à une start-up
pour qu'elle grossisse, moi, j'ai besoin de prendre une décision dans des semaines, deux semaines,
trois semaines. Pourquoi? Parce que nous sommes dans une compétition
internationale. Si moi, je n'attire pas cet investisseur pour le faire venir
ici, à Montréal, j'ai 10 individus, 10 fonds d'investissement de
Silicon Valley, à New York, qui sont intéressés pour les faire déménager
là-bas.
Et c'est le cas d'une
société... en fait d'un Suisse qui a démarré une compagnie avec moi, Logger,
système intelligent biométrique de remplacement de mot de passe avec des
empreintes digitales à biométrie, qui a démarré la compagnie ici, à Montréal,
entrepreneur suisse francophone qu'on a présenté à tous les fonds
d'investissement d'ici, incluant des fonds
de fonds tels que M. Jacques Bernier, de fonds de fonds Teralys, qui
s'époustouflaient parce qu'on ne pouvait
rien faire pour le retenir parce qu'on n'était pas capable de trouver une façon
de lui donner un visa pour qu'il puisse démarrer sa compagnie ici, alors qu'il y avait des fonds à New York, à
Boulder, Colorado, à Silicon Valley qui lui offraient tout pour qu'il déménage et crée des emplois payés...
bien rémunérés et dans la haute technologie dans leurs respectifs États
américains, du fait que...
Moi,
je crois que, oui, il faut aller de l'avant dans le cadre d'un projet pilote
bien réfléchi; non seulement inclure les fonds de capital de risque, mais également le réseau d'incubateurs et
d'accélérateurs de technologie, qu'eux autres font leur travail de
dénicher les meilleures opportunités dans le monde.
Weil : On a eu quelques cas comme ça, justement, où il y avait
un start-up, puis la personne clé pour faire avancer le dossier se retrouvait en Suisse, par exemple, et il fallait
que la personne arrive rapidement, donc avec un visa temporaire, essentiellement, c'est ça que vous
dites. Moi, ce qu'on m'a expliqué, souvent, le blocage, c'est à ce
niveau-là, c'est des gens qui doivent venir
pour renforcer le start-up et qui ne sont peut-être pas toujours destinés à une
immigration permanente, mais il y aurait
quand même l'entreprise qui resterait au Québec. Donc, c'est ce mélange de visa
temporaire que... sélection de personnes à
titre permanent, donc on a besoin de beaucoup plus de flexibilité dans nos
façons de voir. C'est des
consultations qu'on a menées, justement, avec des gens du milieu comme vous. En
tout cas, ça fait
partie d'une autre discussion, mais c'est intéressant,
c'est important. Les consultations se poursuivent, là, pour la refonte de ce
programme.
J'aimerais vous amener sur les projets pilotes, d'ailleurs, peut-être c'est une façon de... aussi. On parle beaucoup
de projets pilotes parce que, dans les
régions, cette idée de projet pilote, évidemment il y a une application très
variée qu'on pourrait imaginer, dans
toutes sortes de domaines, mais aussi dans le domaine, justement, des start-up
et en région. Je ne sais pas si vous avez regardé cet aspect du projet
de loi n° 77 sur les projets pilotes. Des fois, donc, il pourrait y avoir
une combinaison, soit ce serait un projet
pilote simplement avec des travailleurs temporaires, ou permanents, ou une
combinaison des deux. Le plafond,
c'est par projet, ce n'est pas au total. Donc, quand on parle d'un plafond de
500, je pense que c'est bien 500 ou
400, 400 pour le temporaire, 500 pour le permanent... c'est par projet, mais on
peut faire une combinaison des deux. Est-ce que vous avez eu l'occasion
de peut-être regarder cet aspect des projets pilotes? Sinon, si vous avez des
idées là-dessus...
M. Derraji (Monsef) : Bien, en fait, je pense que c'est une excellente idée. La question
qu'on se pose, c'est juste... On va
imaginer un projet pilote réel. On est devant une concurrence internationale.
Si on veut mobiliser 400 ou 500, il faut avoir des machines, et c'est
des machines pas juste de recherche des talents, de détecter les talents,