Health and Social Services — 20 October 2015 (41st Legislature, 1st Session)
CSSS 2015-10-20
Quebec — Committees
Alors, l'amendement déposé donne au
ministre un outil, hein, pour négocier avec les médecins l'inclusion des frais accessoires dans la rémunération, ce qui
fait en sorte que les patients n'auront plus à payer des frais avec leur
carte de crédit ou leur carte de guichet. Et
puis les médecins, contrairement à ceux qui... En fait, contrairement à
ceux dans les centres hospitaliers qui n'ont
pas à payer, ça deviendrait dans l'entente négociée, ce qui donnerait
l'accessibilité aux patients d'une façon beaucoup plus juste, je dirais, sans
l'imposer directement aux médecins.
On pense que
c'est une proposition tout à fait raisonnable qui repose sur des propositions
de plusieurs experts qui se sont
prononcés au fil des années, qu'on pense à la Protectrice du citoyen, M. Claude
Castonguay, Me Ménard. Je trouve ça surprenant, en fait, à ce moment-ci
le silence des fédérations médicales, que nous aurions aimé entendre lors de
consultations publiques.
Alors, nous avons un nouveau gouvernement
fédéral qui a parlé de santé au cours de la campagne électorale. Alors, il a dit qu'il allait s'asseoir avec les
provinces pour négocier le transfert en santé, alors ce qui pourrait être une
belle avenue pour le ministre de s'asseoir... et puis ça pourrait faire
partie
des négociations qui pourraient financer les frais accessoires. Alors, c'est
une avenue possible que le ministre pourrait saisir.
Alors, c'est l'amendement que nous avons déposé.
Je ne sais pas si mes collègues...
Le Président (M. Tanguay) : Merci
beaucoup. Alors, chers collègues, y a-t-il d'autres interventions sur le sous-amendement? Alors, s'il n'y a pas d'autre
intervention, nous allons procéder au vote, mais, évidemment, je ne veux
pas surprendre la bonne foi de personne.
Alors, chers collègues, je ne vois pas d'autre intervention. Le sous-amendement
du collègue de Lévis est-il adopté?
Le Président (M. Tanguay) : Vote par
appel nominal. Oui, M. le secrétaire.
Le Secrétaire :
Donc, pour, contre ou abstention. Mme Soucy (Saint-Hyacinthe)?
Le Secrétaire : M. Barrette
(La Pinière)?
Le Secrétaire : Mme Tremblay
(Chauveau)?
Le Secrétaire : M. Giguère
(Saint-Maurice)?
Le Secrétaire : M. Polo
(Laval-des-Rapides)?
Le Secrétaire : M. Iracà
(Papineau)?
Le Secrétaire : Mme Simard
(Charlevoix—Côte-de-Beaupré)?
Le Secrétaire : Mme Lamarre
(Taillon)?
Le Secrétaire : M. Rochon
(Richelieu)?
Le Secrétaire : Mme Richard
(Duplessis)?
Le Secrétaire : M. Tanguay
(LaFontaine)?
Le Président (M. Tanguay) :
Abstention.
Le Secrétaire : Rejeté.
Le Président (M. Tanguay) : Alors,
le sous-amendement est rejeté. Chers collègues, nous revenons donc à l'objet du débat, qui est l'amendement du collègue
de Rosemont qui introduit l'article 25.4. Y a-t-il des interventions?
Collègue de Taillon, la parole est à vous.
Lamarre : Oui, M. le Président. Alors, juste pour relire, si vous
permettez, l'amendement pour qu'on puisse bien se remettre dans l'esprit. Alors, notre amendement vise à insérer,
après l'article 25.3, introduit par l'article 1 du projet de loi, l'article
suivant :
«25.4. Les
frais facturés conformément au règlement pris en vertu de l'article 25.2
seront, à compter de 2016, inclus à même les enveloppes de rémunération
des médecins.»
Donc, l'objet de cet amendement étant de
dire : Pour l'année en cours, il y a un contexte particulier, mais on
donne quelques mois de transition pour envoyer un message très clair à l'effet
que les frais accessoires doivent être pris à même les enveloppes de
rémunération des médecins.
À notre dernière
intervention, il y a une semaine, mon collègue le député de Richelieu faisait
état des rémunérations, qui comportaient
déjà des frais de cabinet. Alors, c'est assez clair, il y a des... vraiment...
En ophtalmologie, par exemple, qui
est un secteur où les gens se souviennent d'avoir payé certainement des frais
accessoires, c'est-à-dire le 100 $,
le 200 $ de plus pour les gouttes après une chirurgie de cataracte, alors
le revenu moyen, pour les ophtalmologistes, est de 620 000 $,
auquel on ajoute un 88 044 $ par année pour les frais de cabinet.
Alors, c'est dans ça et dans cette répartition de l'ensemble de l'enveloppe des
médecins spécialistes que nous disons, tout comme le regroupement des médecins pour un régime public d'assurance maladie... nous
disons donc, plusieurs groupes, qu'il est possible d'aller chercher le
50 millions sur le 7 milliards de dollars que constituent les
enveloppes des médecins actuellement.
c'est tout à fait réaliste — dans les autres provinces, c'est comme ça
que les gens fonctionnent — parce que... Et on l'a
vu avec beaucoup de groupes de médecins, il y a beaucoup de groupes de médecins
qui sont conscients que, dans leur enveloppe, il y a de la place pour ce
genre de rémunération là, que c'est l'esprit de la Loi de l'assurance maladie
qui va dans ce sens-là.
ministre a répliqué à ça qu'il fallait revoir le panier de services. Le panier
de services, il n'a pas à être revu, il est inclus, et il est possible d'aménager, tout simplement, la répartition
des sommes pour... Si un ophtalmologiste, 88 000 $ par année, pour, je vous dirais, amortir ses frais de
bureau, ce n'est pas assez, bien, il est possible de dire : À ce moment-là, on va en prendre un petit
peu à un autre groupe, puis on va le réallouer différemment si les technologies
sont si importantes. Mais le principe que le
ministre fait adopter actuellement, c'est qu'il permet à ces spécialistes d'acquérir
des technologies sur lesquelles on ne pourra
pas évaluer nécessairement si ce sont les plus pertinentes, les plus
appropriées.
L'autre argument de
base qui va dans le soutien de notre amendement, puisque nous, on dit : Il
faut que ces sommes-là... Ce n'est pas les
patients qui ont à les payer, c'est déjà inclus dans les enveloppes des
médecins, et il faut, tout
simplement, qu'à l'intérieur de ces enveloppes-là les médecins réallouent
correctement les sommes. Si, effectivement, certains spécialistes ont des frais exceptionnels, bien, que ce soit
réalloué, réparti mieux, correctement. Mais on rappelle qu'il y a quand même, pour les ophtalmologistes,
un revenu annuel de 620 000 $ et 88 000 $ pour les frais
accessoires qui sont déjà accordés dans
l'entente actuelle. Donc, il nous semble qu'il y a de l'espace pour bien
aménager tout ça.
Mais,
si on reprend l'exemple du ministre au niveau du panier de services et au
niveau également des équipements, on
est dans un contexte où on a des choix difficiles à faire, c'est vrai. Il y a
des économies que le ministre pourrait faire, entre autres au niveau de l'acquisition des médicaments génériques, et qui
ne sont pas faites actuellement. Mais, au-delà de ça, je veux juste dire que les équipements dont il est question et
que le ministre voit dans sa vision à lui que ce soient les citoyens qui doivent payer ces équipements-là
dans des bureaux privés de médecins, eh bien, ces équipements-là, ils sont disponibles dans les hôpitaux, ils sont
disponibles à beaucoup d'endroits, mais ils sont disponibles, et il faudrait
que les gens puissent y aller le soir et les fins de semaine.
Et l'AQESSS, qui est
l'Association québécoise des établissements de santé et de services sociaux,
avait, dans un document qu'elle a déposé
avec des recommandations pour faire des vraies économies dans notre système de
santé... elle avait offert... et dit que les équipements qui sont disponibles
pour faire un scan, pour faire une échographie, pour faire différent tests, c'est disponible à l'hôpital. Les Québécois ont
payé pour ça. Pourquoi est-ce que c'est utilisé seulement de 8 heures, le matin, à 4 heures,
l'après-midi, alors que, le soir, les fins de semaine, on a des disponibilités?
Puis même les gens trouveraient ça probablement plus accommodant, le
soir et les fins de semaine, avoir recours à ça.
Alors,
quand on parle d'économies, quand on parle d'une austérité, il y a des choix qui
ne sont pas faits. Le choix qui est fait, c'est d'équiper des cliniques
privées avec des équipements de haute technologie aux frais des citoyens du Québec. C'est ça, le choix qui est fait
actuellement par le ministre, alors qu'optimiser l'usage des équipements,
s'assurer que nos hôpitaux vont recevoir les ressources pour se mettre à jour
dans les nouveaux équipements... Parce qu'il faut bien comprendre que, si on fait payer les équipements modernes,
nouvelles technologies dans les cliniques privées, bien, les hôpitaux, eux, en même temps qu'on dit ça, on
les prive, on leur dit : On vous enlève 450 millions, puis on vous
en enlève un autre, 400 millions.
Alors, on tord vraiment le budget au niveau des hôpitaux et on va faire payer
aux patients des équipements pour les
cliniques privées. Alors, si on reprend l'argument de l'AQESSS, donc on
pourrait utiliser mieux les
équipements qui sont disponibles dans les hôpitaux le soir, les fins de semaine
et on pourrait optimiser cet usage-là. Et ça, ce serait vraiment des gains, et ce serait vraiment une meilleure
utilisation des ressources du public québécois pour son système de
santé.
C'est un peu comme si
les gens avaient une auto puis qu'actuellement ils l'utilisaient seulement de
8 heures à 4 heures les jours de semaine,
et, les fins de semaine, là on disait : Écoutez, il faut que vous louiez
une voiture supplémentaire avec un chauffeur parce qu'on a décidé que, ces équipements-là, les
soirs, les fins de semaine, on ne voulait pas nécessairement les rendre disponibles parce qu'on n'a pas de
disponibilité de médecins à ces heures-là ou on n'est pas capables de garantir, là, que vous allez avoir ce
service-là. Alors, quand on parle d'une saine gestion, je pense qu'il y
a des choix qui sont faits et qui ne vont
pas dans le sens d'utiliser au maximum les ressources qui sont disponibles
actuellement dans notre système de santé et
qui ont des effets indirects graves, puisqu'ils font que ces cliniques privées
là vont devenir mieux équipées aux frais des citoyens, qui, déjà, ont
payé pour des équipements.
Alors, moi, je trouve
que notre amendement, dans ce contexte-là, fait beaucoup de sens : «Les
frais facturés conformément au règlement pris en vertu de l'article 25.2
seront, à compter de 2016, inclus à même les enveloppes de rémunération des médecins» et à l'intérieur de notre système de santé
public. De cette façon-là, on protège un accès égal à tout le monde. Il n'y aura pas de passe-droit, il n'y aura pas de
gens qui vont avoir des rendez-vous plus vite que les autres parce qu'ils sont capables de payer le
100 $, le 200 $. Si les frais sont illégaux, ce n'est pas en
justifiant un coût précis qu'on les
rend légaux. Ils ne sont pas plus légaux, et ils doivent être insérés dans
l'enveloppe des médecins. C'est vraiment
l'esprit, et il y a beaucoup de médecins — et c'est tout à leur honneur — qui se joignent à cette recommandation-là,
qui l'acceptent, qui la reconnaissent comme étant quelque chose qui protège
notre système de santé public.
Alors,
moi, j'aimerais savoir ce que le ministre voit comme problème à utiliser de
façon optimale les équipements qui
sont dans les hôpitaux actuellement plutôt que de faire payer aux patients des
équipements dans des cliniques privées.
Le Président (M.
Tanguay) : M. le ministre.
Barrette : M. le Président, la députée de Taillon fait un raisonnement
qui ne tient, évidemment, pas la route. Et c'est assez amusant de constater que la députée de Taillon considère
qu'on sauverait de l'argent en faisant fonctionner les appareils, à la limite, 24 heures par jour. Je
dis à la limite, là. Que ce soit 16 heures, ce n'est pas grave, c'est des
coûts supplémentaires. Et, à partir du
moment où on offre plus de services, peut-être qu'on peut optimiser le coût
unitaire de soins. Mais, à partir du
moment où le nombre de services augmente, c'est un coût supplémentaire.
Peut-être plus optimal par unité, mais certainement pas au total. Alors,
c'est sûr que la députée de Taillon utilise des termes qui apparaissent
élégants, mais qui n'ont pas la finalité qu'elle laisse supposer.
Maintenant,
M. le Président, la députée de Taillon a fait des affirmations. J'aimerais ça,
qu'elle nous dépose la documentation
qui nous dit que l'enveloppe de rémunération des médecins spécialistes prévoit
88 000 $, en moyenne, par médecin ophtalmologue pour les frais
accessoires. Je l'ai pris en note, là, elle a dit ça, c'est verbatim :
88 000 $, en moyenne, pour les
frais accessoires. J'indique à la députée de Taillon que, dans l'entente, il
n'y a aucune provision publique pour les frais accessoires. Voilà encore
un élément qui démontre la confusion complète qui règne à l'opposition officielle, M. le Président, et qui est bien
exprimée par la bouche de la députée de Taillon. Alors, j'aimerais qu'elle
nous dépose une documentation qui montre
qu'il y a 88 000 $ de frais accessoires dans l'entente. Elle a
dit : C'est d'ailleurs prévu
dans l'entente, et il n'y a pas de problème, on peut mettre ça là-dedans.
Alors, il y a une incompréhension de la mécanique de négociation, des
faits que sont les ententes, et c'est la même chose pour la construction de son
argumentaire.
L'AQESSS,
M. le Président, avant la dernière élection, invitait les gouvernements à
revoir le panier de services. C'est
ça qu'elle faisait, l'AQESSS, parce que l'AQESSS constatait qu'on arrivait à
notre capacité maximale de donner des services,
compte tenu des capacités financières de la société québécoise. Alors, quand la
députée de Taillon nous dit : Bien, ramenons ça au public, ça va
être optimal, oui, mais c'est parce que ça va coûter plus cher. Maintenant,
c'est un argument qui peut se défendre, ça peut se débattre, mais ce n'est pas
l'objet du projet de loi, c'est un débat qui est ailleurs. Mais, au moins, qu'on utilise un argument qui soit fondé sur
quelque chose de réel, alors que, là, ce n'est qu'un argumentaire fumée qui est là, là, c'est un écran
de fumée : Voici, tout est beau, ça va être facile, puis ça va aller
mieux, puis ça va être optimal. Bien non, ça va coûter plus cher.
Alors,
la députée de Taillon, elle va dans une direction qui n'est pas viable. Et, en
plus, elle nous propose un sous-amendement qui nous ordonne, qui nous
impute, qui nous oblige à avoir un résultat de négociation. Bien là, on est loin, là, du projet de loi, là. Ce que ça nous
dit, ça nous dit : Négociez-le, mettez-le dans les enveloppes, bon, ou encore mieux, la variante : Bien, prenez-le dans l'enveloppe actuelle, ce qui revient à diminuer, évidemment, le revenu par
unité de soins du médecin. Bon, c'est un
choix qu'ils font, ils ont le droit, mais ce n'est pas du tout, du tout, du
tout cohérent avec leur position. Ni
avec leur position politique de 2014, qui était essentiellement la même que la
nôtre, mais non avouée, qui était de revenir à l'équilibre budgétaire.
Alors,
la députée de Taillon, aujourd'hui, nous fait un beau grand raisonnement qui va
coûter plus cher. À la limite qui
pourrait augmenter les impôts ou faire des choix sur les services qui sont
contenus dans le panier de services, mais
elle ne le dit pas comme ça. Bien, M.
le Président, c'est sûr que c'est un amendement
qui n'est pas recevable pour nous. Et je ne vous demande pas de statuer
sur la recevabilité, M. le Président, mais ce n'est pas un argument qui tient
la route.
Le Président (M.
Tanguay) : Collègue de Taillon.
Lamarre : M. le Président, je note que le ministre a, à
plusieurs reprises, dans ses
rencontres médias, dans ses entrevues
médias, reconnu que les frais accessoires étaient illégaux. Il l'a dit, il l'a
répété plusieurs fois encore dans les entrevues qu'il a
faites récemment.
Le Président (M.
Tanguay) : Oui.
Barrette : Elle me prête des
propos que je n'ai pas tenus. Je vais me citer moi-même, M. le Président, là, j'ai dit que certains frais étaient illégaux, et certains
ne l'étaient pas.
Président (M. Tanguay) :
Mais ce n'est pas un motif... Vous pourrez le faire en vertu du droit de parole que vous aurez
tout à l'heure. Alors, collègue de Taillon, la parole est à vous.
Mme Lamarre :
Donc, il y a des frais qui sont illégaux. Alors, quand quelque chose est
illégal, normalement ça veut dire qu'il a
été prévu une façon légale de les gérer, ces frais-là. Or, la façon légale de
les gérer, c'est à l'intérieur des enveloppes des médecins spécialistes,
et j'aimerais ça, que le ministre nous dise en quoi les frais accessoires sont illégaux. Et, s'il dit que certains sont illégaux,
qu'il nous dise lesquels sont illégaux et lesquels sont légaux. Moi,
j'aimerais ça, qu'il me dise quels sont les frais accessoires vraiment légaux
actuellement.
Le Président (M.
Tanguay) : M. le ministre.
Barrette : M. le Président, c'est tout à fait bien connu. Les frais
qui sont légaux, la députée de Taillon y a fait référence à plusieurs reprises elle-même. Elle-même, elle l'a déjà dit.
Alors, je l'invite à s'autoconsulter parce qu'elle sait très bien ce qui
est prévu dans la loi.
Le Président (M.
Tanguay) : Collègue de Taillon.
Lamarre : Alors, puisque le ministre me permet de clarifier ce qui est
légal, ce qui est légal, c'est le prix coûtant
d'un médicament administré dans un bureau de médecin, d'un pansement utilisé
dans un bureau de médecin ou d'un
produit pour engourdir, anesthésier. Ce sont les trois choses légales. On est
loin de ce que le ministre veut actuellement légaliser par son règlement. Il élargit ça aux frais d'équipement d'un
bureau, aux frais de technologies nouvelles et à des frais nécessaires à
des diagnostics, et c'est vraiment un changement complet de ce qui est
actuellement considéré comme légal.
Donc, ce
qu'il veut, c'est légaliser quelque chose qui est illégal. C'est ça. C'est ça,
la vérité, et c'est ça qu'on essaie de
voir avec lui. S'il avait dit, comme mesure : On va strictement,
strictement s'assurer que les gouttes ophtalmiques à 20 $ vont être payées 20 $ et on va
garder seulement les trois éléments qui sont prévus, on aurait pu avoir des
discussions beaucoup plus constructives avec le ministre. Et ça, c'était
vraiment en respect des frais accessoires reconnus depuis l'instauration, dans
le fond, de l'assurance maladie, donc depuis 50 ans, depuis 1970.
Alors, depuis
45 ans, tout le monde au Canada a été capable de s'entendre pour gérer les
enveloppes à l'intérieur de ça. Il y
a eu un glissement, il y a sept ou huit ans, une dizaine d'années, et les gens
ont commencé à déborder, à aller vers l'illégal, et le gouvernement libéral,
à l'époque, n'a pas jugé bon de sévir. Et le ministre lui-même, qui était
président de la FMSQ, à ce moment-là, a
clairement dénoncé, il a dit : Il faut que ce soit régularisé. Quand on
pensait régulariser, on pensait
rendre légal ce qui était légal à ce moment-là, c'est-à-dire empêcher les
frais. Mais non, la vision qu'il avait — et là, maintenant, on la découvre — c'était de permettre aux médecins, mais plus
spécifiquement à certains sous-groupes de médecins spécialistes, de pouvoir facturer des frais de cabinet, des
frais qui sont des frais intégrés dans leur fonctionnement. On ne nie
pas que, dans certaines pratiques de spécialités, il y ait des équipements qui
coûtent plus cher. Mais ces équipements-là,
dans l'ensemble de l'enveloppe, doivent être pris en considération, et, à
l'intérieur des médecins spécialistes,
ils doivent être capables d'allouer, d'attribuer des montants supérieurs qui
vont tenir compte de ça.
Alors, le ministre peut-il, dans ce cas-là,
simplement nous dire quels sont les frais qu'il considère illégaux actuellement?
Le Président (M. Tanguay) : M. le
ministre.
Barrette : M. le Président, j'ai déjà donné l'exemple type, qui est, par exemple, les frais d'ouverture de dossier. C'est un exemple. Alors, je ne pense pas que ce soit le lieu ici, nécessairement, de faire la nomenclature de tout ce qui existe, il y en a probablement
même que je ne connais pas. Mais il y a des tarifs, comme je viens de le dire,
qui sont carrément illégaux. M. le Président, je me suis déjà exprimé clairement
à cet effet-là.
Le Président (M. Tanguay) : Collègue
de Taillon.
Lamarre : M. le Président, ce que les gens vivent, c'est beaucoup plus large que ça. Les frais qui leur sont
facturés sont nombreux et de tout
ordre : ouverture de dossier, mais frais administratifs, administration de médicaments à des tarifs
très élevés, utilisation de technologies, d'appareils. Alors, comment le ministre va déterminer qu'est-ce qui
est illégal? Moi, je pense qu'il devrait
être capable de nous déposer une liste de ce qu'il considère être illégal
actuellement. À ce moment-là, on va pouvoir
voir si on partage la même vision. Mais qu'est-ce qu'il considère illégal
aujourd'hui? Parce qu'ouverture de dossier, là, ça se règle facilement,
ça, on n'a pas besoin de faire un amendement dans un projet de loi. On envoie une consigne très claire aux
médecins, avec un avis au Collège des médecins, en disant clairement : Écoutez, des frais d'ouverture de dossier, dorénavant c'est illégal. Et
on dit à la population : Si vous avez des frais d'ouverture de dossier qui sont marqués sur un reçu, vous envoyez ça au Collège des médecins, et il y aura une enquête qui sera faite.
Alors, c'est très facile de régler ça au lieu
d'ouvrir une boîte de Pandore, de faire en sorte qu'on impose une nouvelle taxe, vraiment, et une taxe
discriminatoire entre les patients qui vont être capables de payer et ceux qui
ne seront pas payés. Et ça, ça a un
impact direct sur l'accès et le non-accès. Déjà, pour une coloscopie, au public
ça prend trois ans. Alors, trois ans
d'attente ou bien trois semaines d'attente quand on peut payer le 500 $ que ça coûte. Mais, si on ne l'a
pas, le 500 $, ça va être combien? Ça va être combien, l'attente? Et ça va
être quoi, les conséquences de ça?
Alors, moi, je pense que le ministre doit être
capable de me donner au moins une dizaine d'exemples de frais accessoires
illégaux pour qu'on puisse voir de quoi on parle puis qu'est-ce qui va être
corrigé par cet amendement-là.
Le Président (M. Tanguay) : M. le
ministre.
M. Barrette : M. le Président,
j'invitais, tout à l'heure — et
je vois que la députée de Taillon évite de répondre
à la question — la députée
de Taillon à déposer les documents qui, selon elle, démontrent que les
ophtalmologues ont, dans les ententes, des
montants, en moyenne, de prévus de 88 000 $ par médecin pour des
frais accessoires. Je l'invite encore,
pour la deuxième fois, à nous déposer sa documentation. Savez-vous pourquoi
elle ne peut pas le déposer, M. le Président?
Parce que ça n'existe pas, ça n'existe pas. Alors, tout l'argumentaire de la
députée de Taillon est basé sur ça, du vent. J'invite encore la députée
de Taillon à nous déposer son document.
Le Président (M. Tanguay) : Collègue
de Taillon.
Lamarre : M. le Président, je pense que, pour les gens, c'est loin
d'être du vent quand ils ont à sortir
leur carte de crédit ou quand ils sont
obligés de renoncer à avoir accès à un examen quand ils en ont besoin. Alors,
le ministre sait très bien de quoi je parle, il s'agit des frais de
cabinet qui sont inclus dans la rémunération, qui sont prévus et qui peuvent être balisés et modulés aussi bien que tout... comme
les gens le veulent, à l'intérieur... Les médecins peuvent s'asseoir ensemble puis dire : Écoute, on va
attribuer un montant de 88 000 $
pour des frais de cabinet, on va t'en donner 90 000 $ ou 100 000 $, puisque tu as des
technologies supplémentaires, nouvelles. Ça s'arrange à l'intérieur de
l'enveloppe, qui est, on le répète, là — et les gens le savent — généreuse.
Et c'est loin
d'être du vent. Je suis très étonnée d'entendre le ministre dire que c'est du
vent parce que, pour les gens... presque toutes les personnes âgées ont
eu à sortir de l'argent de leurs poches, et des montants importants pour lesquels ils n'étaient pas préparés à payer, où
ils se retrouvaient pris en otages, littéralement, dans le bureau du médecin. Alors, c'est loin d'être du
vent.
Peut-être que le ministre n'a pas saisi tout à
fait des difficultés financières que certains patients ont. Moi, j'ai rappelé,
dans ma circonscription, en Montérégie, dans Taillon, on a environ 10 000
personnes ou familles qui ont besoin d'avoir
accès à une banque alimentaire à chaque mois. C'est énorme. Ces gens-là, ils n'auront jamais
le 500 $ pour se payer une coloscopie dans une clinique privée,
jamais, jamais, jamais. Alors, qu'est-ce que le ministre prévoit pour
ces gens-là? Qu'est-ce que le ministre voit comme intervention? Pourquoi ne pas
inciter les médecins à reprendre cet argent-là à
l'intérieur de leurs enveloppes?
C'est ça, l'enjeu. C'est ça, la question. C'est possible, c'est simple, c'est ce que les autres provinces font. Il n'y a
pas de raison, il n'y a pas de justification
de ne pas aller vers cet amendement-là que nous déposons.
Le Président (M. Tanguay) : M. le
ministre.
M. Barrette : Je comprends, M. le
Président, que la députée de Taillon n'a pas de documents à déposer. Donc, elle vient de nous dire qu'il fallait
comprendre que ce qu'elle nous disait, ce n'était pas ce qu'elle nous disait,
c'était autre chose. C'est ça qu'elle vient
de nous dire. Elle vient de nous dire, là, qu'il n'y en a pas dans les
ententes, 88 000 $ par médecin
pour des frais accessoires, il n'y a pas ça. Alors, c'est important que la
population qui nous écoute comprenne que, quand la députée de Taillon
s'exprime, ce n'est pas souvent la réalité, M. le Président.
Je vais vous donner un autre exemple...
Mme Lamarre : M. le Président,
c'est...
Le Président (M. Tanguay) : Oui,
faites juste attention. Une question de...
M. Barrette : Bien oui. M. le
Président, est-ce qu'elle a déposé des documents? La réponse, c'est non.
Le Président (M. Tanguay) : Faites
juste attention pour que le débat, oui, demeure factuel, factuel.
Barrette : Il est serein de mon côté. J'essaie d'être factuel, M. le
Président. Alors, la députée de Taillon affirme des choses qui ne sont
pas vraies. Je lui demande de déposer les documents...
Mme Richard : M. le Président...
Le Président (M. Tanguay) : Oui,
rappel au règlement. Collègue de Duplessis, rappel au règlement.
Richard : M. le Président,
le ministre tient des propos envers ma collègue la députée de Taillon, là,
que je trouve vraiment inadmissibles. Il
sait très bien que la glace est très, très mince. Dans ses propos que j'entends
ce matin, M. le Président, le ministre accuse ma collègue de mentir, et
ce qui n'est pas le cas.
Président (M. Tanguay) : Sans qu'il n'ait dit... Bien, je vais faire
droit à votre rappel au règlement, il n'a pas dit qu'elle mentait. Par
contre, en utilisant les mots «ce n'est pas vrai»... Ils sont à l'index, alors
il faut juste trouver une façon plus parlementaire de s'exprimer. Merci pour
votre collaboration.
M. Barrette : Alors, je ne sais pas
si c'est parlementaire, M. le Président, mais je vais donc dire que la députée de Taillon a exprimé ce qui s'avérait dans
sa bouche comme étant des faits, mais qui ne sont pas soutenus par des
faits que j'ai demandés.
Président (M. Tanguay) : Bien là, là-dessus, par contre, je vous
demande de faire attention, mais je pense que c'était parlementaire dans
la mesure où... Voilà. Alors, vous n'utilisez pas des propos... mais faites
attention, mais poursuivez sur votre...
M. Barrette :
Écoutez, M. le Président, je pense que vous constatez tous les efforts que je
fais pour être parlementaire. Alors, quand
on arrive ici, en commission, et qu'on dit — on le dit, là — que les ophtalmologues ont dans leurs ententes 88 000 $ pour des frais
accessoires par personne, en moyenne, et moi, je réagis en disant : Oui,
mais où sont ces documents? Moi, je
ne les connais pas parce que ça n'existe pas, et que je demande de les déposer,
et là la députée de Taillon, non
seulement ne les dépose pas, mais elle nous dit : Bien, ce n'est pas ça
que je voulais dire, je pense que tout le monde a compris que je voulais dire telle autre affaire, bien non, tout
le monde n'a pas nécessairement compris ce que la députée de Taillon voulait dire en disant ce
qu'elle a dit qui, lui, n'est pas substantié par des faits que j'ai demandé
d'être déposés, mais qui n'ont pas été déposés. Et, quand
je fais le commentaire que, là, c'est confus, bien là la députée de Duplessis me dit que je prête des intentions ou
que j'ai des propos non parlementaires. Bien, M. le Président, je pense
que je suis parlementaire, mais je dis
simplement que, si on est pour avoir un débat là-dessus, on peut-u avoir un
raisonnement qui est basé sur des faits?
Maintenant,
M. le Président, la députée de Taillon nous a dit qu'on attendait trois ans
pour une colonoscopie au Québec.
C'est ça qu'elle a dit, elle vient de le dire. Est-ce que la députée de Taillon
peut nous informer de sa connaissance de l'attente actuellement dans le
public pour la colonoscopie, par exemple dans la grande région de Québec?
Est-ce qu'elle sait ça?
Le Président (M.
Tanguay) : Collègue de Taillon.
Lamarre : M. le Président, ces questions-là, le ministre devrait, lui,
les savoir. Mais quelle que soit la durée de l'attente... Et la durée d'attente, je sais que, pour beaucoup de
gens... En tout cas, en Montérégie, j'ai des témoignages de gens qui
sont très concrets et je suis prête à... Les témoignages, là, on peut très bien
le savoir, dans le régime public actuellement, c'est trois ans d'attente pour
une coloscopie, trois ans d'attente pour des gens qui ont des symptômes.
Maintenant,
je vois que le ministre ne répond pas à mes questions. Je lui ai demandé la
liste des frais accessoires qu'il
considérait illégaux parce que c'est ça qu'on veut régler, là. La raison pour
laquelle ça a été évoqué, la raison pour laquelle le ministre a fait deux amendements, c'est qu'il a trouvé qu'il
y avait des frais accessoires illégaux. À part ouverture de dossier, il a dit qu'il y en avait plusieurs
autres. Moi, j'attends qu'il nous les donne, ces frais-là. Pour ce qui est
des frais, les frais de cabinet qui sont ici sont inclus dans la feuille, et il
la connaît très bien, c'est lui qui l'a négociée, cette entente-là. Alors, je
l'invite à regarder les documents qu'il a négociés, qui prévoient des frais de
cabinet pour les ophtalmologistes. Et il les
connaît très, très, très, bien, il peut même probablement me les dire par
coeur, les frais de cabinet qui ont été négociés pour chacune des
spécialités. Alors, c'est lui qui les connaît.
Alors, il essaie de
distraire, il essaie de ne pas répondre à la question. La question,
c'est : Quels sont les frais accessoires
que le ministre considère illégaux? Qu'il nous en donne une dizaine. S'il n'a
pas la liste exhaustive, qu'il nous en donne une dizaine.
Le Président (M.
Tanguay) : M. le ministre.
M. Barrette :
M. le Président, je n'essaie pas de distraire, j'essaie de démontrer à ceux qui
nous écoutent et à nos collègues parlementaires la faiblesse de l'argumentaire
de la députée de Taillon. On l'a bien démontré, là, elle s'est mélangée dans
ses concepts, elle a dit des choses qui ne sont pas substantiées. C'est
correct, tout le monde a le droit à l'erreur.
Mais
là, M. le Président, je vais informer la députée de Taillon qu'à Québec une
colonoscopie, c'est en dedans de trois semaines. C'est tellement en
dedans trois semaines dans la grande région de la Capitale-Nationale, dans
l'Est du Québec, en Abitibi que les
cliniques qui l'offraient au privé, dans le vrai privé, là — pas le privé public, parce que, dans un cabinet, c'est public, parfois il y a des
activités privées, mais, en majorité, c'est public, payé par la RAMQ — bien,
elles ont fermé, ces cliniques-là, dans la région de Québec parce qu'il n'y a
pas d'attente significative, là. C'est vrai qu'il
y a des endroits où il y a des attentes, c'est vrai, mais ce n'est pas vrai, M.
le Président, ce n'est pas vrai que l'attente au Québec, en moyenne, est
de trois ans. Ce n'est pas la réalité, M. le Président.
Encore
une fois, est-ce que la députée de Taillon pourrait nous déposer un document,
une information qui lui permet d'affirmer que l'attente au Québec — parce
que la députée de Taillon a affirmé ça de façon solennelle — que
c'était trois ans? Est-ce qu'elle peut déposer un document?
Le Président (M.
Tanguay) : Collègue de Taillon.
Mme Lamarre :
M. le Président, vous savez très bien que ces documents-là ne peuvent pas
exister, mais j'invite tous les gens qui
nous écoutent actuellement à nous faire part de leurs témoignages. Parce que
moi, j'en ai des concrets en
Montérégie, et les gens savent très bien de quoi on parle, en particulier pour
la colonoscopie. Alors, j'invite les gens
qui ont eu des délais pour obtenir une colonoscopie à nous en faire part, et
puis on pourra continuer la discussion un peu plus tard dans le cadre de notre étude du projet de loi n° 20.
Mais je n'ai aucune crainte par rapport à cette attente-là et je trouve que le ministre est vraiment déconnecté
du terrain s'il n'est pas conscient qu'il y a des délais d'attente de
cet ordre-là pour beaucoup de citoyens qui n'ont pas d'argent. Ça, c'est vrai,
ils n'ont pas d'argent. Ces gens-là, ils n'ont pas de moyens, ils n'ont pas de réseau de contacts, ils n'ont pas de
façon d'entrer plus vite et, parfois, peut-être qu'ils ont plus de difficultés à circuler dans le réseau de
la santé. Mais clairement il y a des gens qui, actuellement, attendent
très, très, très longtemps, en termes
d'années, des examens qui, normalement, vont devenir maintenant disponibles,
moyennant la modique somme de 500 $, à l'intérieur de trois
semaines.
Et ça génère...
Évidemment, plus on va avoir de disponibilités pour ces tests-là à 500 $,
bien, plus on va avoir une attraction du
côté des médecins à aller faire ces tests-là avec ce montant-là plutôt que de
rester au niveau du système public
puis d'offrir plus de disponibilité pour accélérer le traitement des demandes,
entre autres dans ce genre d'examen là à l'hôpital. Alors, ça crée
vraiment une médecine à deux vitesses, qui était déjà, malheureusement, initiée
par ces frais accessoires illégaux. On pensait que la façon de les régler, ce
n'était pas de rendre illégal légal, mais c'était de dire aux médecins : Écoutez, organisez-vous à
l'intérieur de votre enveloppe, ça doit être couvert à l'intérieur de ça. Il y
a de la place pour ça, il y a des
aménagements qui sont possibles pour ça, faites-le, puis remettez la gratuité,
l'accès universel de tous les Québécois à leur disponibilité, à leur
disposition, c'est un service essentiel.
J'ai fait de l'aide humanitaire dans
des pays, puis l'accès à un système de santé gratuit, c'est la base, c'est
une des premières marches de l'équité au
niveau d'une société, et le ministre ne semble pas réaliser l'accroc énorme, la
déchirure qu'il fait par rapport à
l'assurance maladie que les Québécois et les Canadiens ont depuis 1970. C'est
une déchirure qu'il fait par rapport
à cette accessibilité équitable là. C'est vraiment très grave, ce qui est en
train de se produire. Alors, moi, je demande
encore au ministre quels sont les frais accessoires qu'il juge illégaux, quels
sont ceux sur lesquels il va sanctionner avec son amendement.
Le Président (M.
Tanguay) : M. le ministre.
Barrette : Alors, M. le Président, c'est quand même un avant-midi très
intéressant. Alors là, la députée de Taillon
nous a fait des affirmations très claires sur des montants d'argent,
88 000 $ par individu pour des frais accessoires. Elle nous a dit par la suite que, bon, elle
s'était mal exprimée, j'aurais dû comprendre que ce qu'elle voulait dire,
c'était autre chose. Là, je lui fais
remarquer qu'au Québec ce n'est pas trois ans d'attente pour une coloscopie, et
elle nous répond tout de go et de façon surprenante : Le ministre
sait très bien que ces chiffres-là ne peuvent pas exister.
Alors
là, la députée de Taillon vient de me dire que je devrais savoir que ces
chiffres-là ne peuvent pas exister. Donc,
j'imagine qu'elle sait aussi que ça ne peut pas exister, mais comment peut-elle
affirmer que l'attente — qui n'est pas le cas,
là, ce n'est pas le cas — au Québec est de trois ans et d'argumenter sur cette base-là en me
disant en même temps que ces
chiffres-là ne peuvent pas exister? Mais là je comprends pourquoi, quand je lui
demande de déposer des documents, elle ne
puisse pas en déposer, M. le Président, parce qu'elle me dit elle-même que ces
chiffres-là ne peuvent pas exister. Voilà deux arguments principaux que
la députée de Taillon utilise à répétition qu'elle vient de démontrer comme
étant, disons, difficiles à justifier. C'est quand même extraordinaire.
Maintenant, M. le Président,
nous, on a déposé le projet de loi n° 20, là, le 28 novembre 2014. Ça
fait un an... même pas un an, là, qu'on a
déposé ça. Dans les 18 mois que le Parti québécois a été au pouvoir, il a
fait quoi, le Parti québécois, pour
régler cette problématique-là? Est-ce que la députée de Taillon peut nous
expliquer pourquoi, aujourd'hui, elle
trouve ça si scandaleux, ce que l'on veut faire? Puis ce que l'on veut faire,
c'est quoi? C'est abolir tous les frais illégaux. Je n'ai pas besoin d'énumérer les frais illégaux,
je les abolis, point à la ligne, à la source, au départ. Et je réglemente
les abus, il n'y aura plus d'abus. Qu'a fait
le Parti québécois en 18 mois? Je vais répondre, M. le Président,
moi : Rien. Et pourquoi la députée de Taillon est-elle... comment
peut-elle justifier que, dans son programme électoral de 2014, il y avait l'encadrement des frais accessoires? Ne serait-ce pas parce que le gouvernement du Parti québécois avait constaté dans ses propres livres qu'il
y avait une limite à ce qu'on pouvait payer dans le système public? N'est-ce
pas une façon de protéger le système
public que de faire en sorte qu'il
n'y ait pas d'abus et d'illégalité
pour protéger le système
public? La députée de Taillon peut-elle s'exprimer là-dessus?
Président (M. Tanguay) : Il ne reste, malheureusement, plus de temps. Y a-t-il d'autres collègues
qui veulent... Collègue de Duplessis.
Richard : Merci, M. le Président. Bon matin. M. le Président, j'aimerais
savoir du ministre de la Santé, quand il dit que, bon, lui, il va agir... Il a fait référence aux 18 mois que nous avons passés. Je vous dirais
qu'en 2018 les citoyens du Québec
jugeront du travail du nouveau ministre de la Santé, parce qu'il n'y a pas eu d'améliorations tangibles jusqu'à présent depuis son arrivée en
poste.
Ceci
étant dit, le ministre veut faire un travail, veut rendre les frais
accessoires, qui sont illégaux, où il
y a eu de l'abus... Il se
dit : Je vais faire un ménage, je vais rendre ça légal. Ma collègue la députée
de Taillon lui a demandé à plusieurs reprises... Je vais tenter, une fois, moi
aussi, de bien comprendre, de le suivre, ne pas faire de démagogie. Habituellement,
quand il écoute, on réussit quelquefois à s'entendre. Souvent, il a un petit
peu de patience avec moi, je vais me réessayer ce matin.
le Président, est-ce que
le ministre de la Santé peut me dire, pour moi et les gens qui nous
écoutent, parce qu'on n'est
pas... Moi, je ne suis pas une spécialiste de la santé, je n'ai pas négocié des
conventions collectives avec des médecins
spécialistes, loin de là. Chacun a ses talents. Est-ce qu'il pourrait être assez gentil ce matin pour me dire
quels sont les frais qu'il va abolir? J'ai
souvent donné l'exemple de la petite bouteille de gouttes, là, ophtalmiques.
Est-ce qu'on l'a à 7 $ ou on l'abolit complètement? Moi, je ne veux
pas, là, embarquer dans un débat, puis je ne suis pas ici pour faire perdre le temps du ministre, puis ni le mien, il
est trop précieux. Si le ministre, ce matin, veut bien m'expliquer, là, on
ne gagnera peut-être pas, là, mais, au
moins, j'aurai compris. Sans être d'accord, peut-être, avec la solution qu'il va amener, mais je l'aurai comprise, et j'aime ça,
comprendre. Il joue dans ça, là, dans les frais accessoires. Et, on le sait, si
on parle de ça, c'est parce qu'il y a
eu de l'abus. Puis c'est vrai qu'il y
a des personnes qui n'ont pas les
moyens, puis moi, j'en connais personnellement qui partent de Sept-Îles, qui viennent de la
Basse-Côte à Québec passer des scans parce que ça va plus vite. Si ma mémoire est bonne,
c'est un 500 $.
Je n'embarquerai pas
dans ça, le ministre, il le sait, mais je veux qu'il me dise son plan de match.
Lesquels on élimine complètement? Lesquels
vous gardez, M. le ministre, puis vous dites : Ça, là, ce n'était pas
légal, mais on va discuter, on va le
rendre légal dans un cadre dit normal pour qu'il n'y ait pas d'abus? Donnez-moi
deux, trois exemples, je vais bien
comprendre puis je vais être capable... Quand je vais arriver, là, sur le
terrain, puis qu'on va me dire : Comment ça se fait qu'il y avait une brèche dans les frais accessoires, puis que
certains médecins spécialistes ont abusé, puis que le ministre de la Santé actuel, il disait : Moi,
je vais régler ça, est-ce qu'il l'a réglé?, bien, M. le Président, comme
députée de ma circonscription, je pourrai
dire : Bien, je ne suis pas d'accord avec ce que le ministre a dit, mais,
au moins, je serai capable de
l'expliquer. Parce que, là, à se renvoyer la balle, on n'avance pas bien, bien.
J'attends vos explications, M. le ministre, convainquez-moi.
Le Président (M.
Tanguay) : M. le ministre.
Barrette : Moi, M. le Président, je suis bien disposé à répondre à des questions précises, alors je
vais répondre le plus précisément possible à une question qui est très large. Alors, le plan de match, ce
n'est pas compliqué, la loi va prévoir
l'interdiction de tout frais de quelque nature que ce soit, sauf ceux qui sont permis.
Alors, il n'y a aucun intérêt à lister ce qui est illégal, ils vont tous être interdits par définition,
toutes catégories confondues, sauf ceux qui sont permis.
Maintenant,
ceux qui seront permis seront ceux qui sont permis, liés à un service médical.
Alors, c'est sûr que le citoyen qui paie un frais, actuellement, qui n'a rien à
voir avec le service médical, d'où l'exemple du frais d'ouverture de dossier, de coopérative, de guidis et de hahas, ça
n'a rien à voir avec le service médical, interdit, terminé, merci,
bonsoir, amende au médecin qui le fait,
discipline au Collège des médecins. Dans la loi actuelle, sont permis, contrairement à ce que la députée de Taillon a dit, pas juste les pansements et les
médicaments pour engourdir, là, les anesthésiques, mais sont aussi
permis des médicaments à proprement parler comme de la cortisone. C'est ça qui
est permis. Et il y en a un autre chez les
médecins de famille, le stérilet. C'est ça qui est permis dans la loi depuis
que ça a été mis en place. Ça
va être balisé, balisé au prix coûtant, point, le prix coûtant, là, avec la
gestion de la chose, là, ce qui vient avec.
M. Barrette : Mais non, mais c'est parce
que le prix coûtant, là, à un moment donné, là, il y a des choses qui viennent avec, là. Alors, pour que ce soit clair,
puisque la députée de Duplessis, M. le
Président, me demande un
exemple précis, je vais donner l'exemple
précis. Un endoscope, ça coûte des milliers de dollars, mais ça doit être
stérilisé et ça doit être entreposé. Quand on parle de coûtant, bien, il
y a, évidemment, ce qui vient avec. Bon. Et ça, il n'y aura pas de nouveaux frais accessoires par rapport à la
réalité d'aujourd'hui, il va probablement y en avoir moins, et ils vont tous
être balisés, et ce sont des frais qui doivent, par définition, être reliés au
service. C'est tout. Maintenant...
Le Président (M. Tanguay) : Collègue
de Duplessis...
M. Barrette : Maintenant...
Le Président (M. Tanguay) : Collègue
de Duplessis.
M. Barrette : Oui, je répondrai
après.
Richard : Merci, M. le
Président. Voyez-vous, quand on coopère, bon, on a fait un petit bout. Ça va
bien jusqu'à présent, j'ai compris.
M. Barrette : Bien, M. le Président,
c'est parce que, là, vous avez dit:
Article 35, on me prête des
intentions. Tantôt, vous m'avez dit que,
dans le commentaire que j'ai fait, je disais le contraire qui était la même
chose que... Là, ici, on me dit : Ah! quand on coopère, comme si je
ne coopérais pas. Moi, je dis simplement la chose suivante à la députée de Duplessis, là : Quand on me pose une
question précise qui est en lien avec le projet de loi, qui fait avancer les
choses, il n'y a pas de problème. Quand on fait des éditoriaux, ça, là, c'est
une autre affaire.
Le Président (M. Tanguay) : Collègue
de Duplessis.
Richard : Merci, M. le
Président. Ce que j'ai compris du ministre, les frais qu'on va charger vont
être les frais... Exemple, quand une
patiente va entrer dans un cabinet où elle va avoir un examen pour un suivi
médical, on va tenir compte, bon, du
coût de l'appareil, puis s'il y a de la stérilisation, et tout ça, mais qui va
avec son traitement. Bon. Donc, c'est
dire que tout ce qui est paperasse, et le reste, ouverture de dossier, tout ça,
ça, on ne le compte pas. Genre, si quelqu'un y va... Exemple, l'autre
fois, on avait pris l'exemple sur une vasectomie, bon, bien, ça prend une
anesthésie, ça prend un pansement. Alors, ça, on va les compter. Je comprends
bien? Mais tout ce qui est paperasse, genre l'ouverture du dossier... Ça arrivait dans certaines cliniques
que vous n'êtes pas rentré... D'ailleurs, vous allez faire signer des
papiers, là, pour votre employeur, vous tombez en arrêt maladie... Même dans le
système public, aujourd'hui, là, vous allez voir votre médecin de famille, vous lui dites : Il me manque des papiers
à remplir, tu as oublié... n° 7,
tu n'as pas rempli la case, il peut
te charger 40 $, 50 $. 75 $,
dernièrement, que quelqu'un m'a raconté, parce qu'il est retourné chez son
médecin de famille, parce qu'il avait oublié une petite case à remplir. Puis
ça, c'est fini dans les cabinets privés, oui ou non?
Le Président (M. Tanguay) : M. le
ministre.
Barrette : M. le Président, la question est précise, la réponse va
être précise. Ça, ça s'appelle des services non assurés et qui ont été
prévus comme tels depuis le début de l'assurance maladie. Et ces services-là
non assurés sont chargeables aux patients,
c'était déjà comme ça avant. Ce n'est pas des frais accessoires. Ce n'est pas
des frais accessoires.
Les frais
accessoires, ce sont des frais liés à un service médical pour lequel,
aujourd'hui, il y a des frais chargés aux patients, dû au flou de la
loi, qui passent dans l'item médicaments, mais ce n'est pas le cas. Ces
frais-là sont répertoriés, et ce seront ces
frais-là auxquels on va s'adresser. Les autres, il ne pourra pas y en avoir.
Alors, contrairement à ce que la députée de
Duplessis peut penser au sens tout à fait correct du terme, là, on ne va pas
créer des nouveaux frais accessoires, là, il n'y aura pas de nouveaux frais, il
n'y aura pas ça. Ce qu'on réglemente, c'est les abus et les illégalités. À la fin, ce qui est illégal va être
interdit comme tous les frais. Seront permis seulement les frais
accessoires parmi la liste des frais accessoires qui existent actuellement.
Le Président (M. Tanguay) : Collègue
de Duplessis.
Richard : Merci, M. le Président. Je comprends qu'on va éviter
l'abus, les médecins ne pourront pas charger de frais qui ne seront pas
permis parce qu'ils pourraient être soumis à des amendes. Là, M. le Président,
le ministre... il y en avait une certaine
catégorie, là, de frais accessoires, puis il y a eu un dérapage, puisqu'on en
est rendu là. Là, ce que je veux bien comprendre, ce que le ministre
veut faire, il va regarder tous les frais, là, regarder les frais que certains
médecins spécialistes en cabinet...
M. Barrette : Et médecins de
famille.
Richard : ...bien, les médecins de famille chargent, puis, des
fois, il y a eu des ratés. Mais convenez avec moi qu'en faisant ça, M.
le Président, convenez avec moi qu'en faisant ça le ministre, il ne les élimine
pas complètement, puis, dans cela... C'est juste ça qu'on voulait savoir, dans ceux
que, présentement, là... Si on en discute, c'est parce qu'il y a eu des cas qui n'avaient pas de foutu bon sens, on a voulu...
Pour bien comprendre, il y a sûrement, M. le Président, un exemple que le ministre a vu. Comme des gens du
Québec, comme des citoyens qui fréquentent le système de santé, puis pas
parce qu'ils veulent le fréquenter, il a vu des choses aberrantes. Là, il ne me
donne pas d'exemple, il me dit : Oui,
mais ça, on va tout rendre ça conforme, ça va être légal, on va faire un
ménage. Puis, si les médecins, ils ne respectent pas ça, bien, il va y avoir des amendes, puis on va être très sévères.
Mais, dans tout ce que vous allez vouloir rendre légal, ce qui ne
l'était pas, puis contrer l'abus qu'il y a eu, il y a sûrement...
Et, de par son
expérience, M. le Président, il y a sûrement quelque chose que le ministre de
la Santé a vu, puis il a dit :
Ça, là, ça n'a pas de foutu bon sens. Est-ce que ça a arrivé, M. le Président,
que le ministre, il voie un... dans tout le portrait qu'il a, qui est plus... — moi, je ne l'ai pas, là, je n'ai pas sa
vision, je n'ai pas son expérience — il se dit : Ça, oui, celui-là, je n'ai pas le choix, là, il faut faire
quelque chose — je veux
juste un exemple — je veux
faire quelque chose avec ce frais-là, il n'avait pas de foutu bon sens,
et il faut trouver une façon de le rendre légal.
Et deuxième question... Ça, j'espère, j'ai été
claire, là, je voulais juste, pour bien comprendre... Deuxième chose, même s'il avait trouvé quelque chose qui
était aberrant, puis il va tout faire en sorte pour que les coûts
baissent puis que ce soit plus acceptable
pour le patient puis plus admissible en termes de frais que ça va coûter aux
patients qui vont avoir de ces
services-là, là, en bout de piste il y a quand même des gens, là, qui vont
payer pour ça, là, il y a quand même des gens, là... Vous n'aviez pas le
choix, vous n'avez pas voulu complètement les abolir, là.
Bon, est-ce
que, selon lui, M. le Président, en maintenant cette ligne-là, en maintenant
cette ligne-là... Moi, je serais quelqu'un
qui fréquenterait le système de santé régulièrement, je vais aller rendre
peut-être... Je vais essayer de choisir mes bons mots, là, je vais aller rendre des services qu'on offre en santé,
des soins dans des cabinets où certaines personnes ont eu de l'abus, je veux régulariser ça, là. Mais
moi, je suis une patiente, là, qui a besoin de soins de santé, bien, je vais
encore quand même payer, là, moi, là, je vais quand même payer, moi, M. le
Président, pour ces services-là. Bien, pourquoi j'y vais? Pourquoi je paie, là? Puis, vous le savez, la majorité des
gens qui paient, ils n'ont pas tous les moyens. Pourquoi je vais payer
pareil, même s'il est légal, même si le ministre, avec toute sa bonne foi, il a
décidé de baliser ça? Pourquoi j'ai choisi
d'aller là, payer? Parce que mon système
de santé public, que je paie avec mes
impôts, n'est pas capable de me le donner.
C'est juste ça, puis je vais terminer là-dessus. Mais dites-moi pourquoi, si vous avez vu... Il y a sûrement quelque chose que le ministre a vu dans tous ces frais-là, puis il
s'est dit à un moment donné : Ça n'a pas de bon sens. S'il peut
juste me donner un exemple d'un cas.
Le Président (M. Tanguay) : M. le
ministre.
Barrette : M. le Président, moi, je suis très étonné, très étonné de
l'intervention de la députée de Duplessis parce qu'elle était là, elle, dans les 18 mois au pouvoir du Parti
québécois, elle était là. Alors, est-ce que la députée de Duplessis peut
m'expliquer, m'indiquer précisément où, dans le programme électoral du Parti
québécois, en 2014, à l'élection du 7 avril,
il y avait une mention, une évocation, une suggestion d'éliminer les frais
accessoires? Où? Ce n'est pas là.
Peut-être que j'ai mal lu le programme électoral. Peut-être que ce n'était pas
clair. Alors, où, dans le programme électoral
du Parti québécois, c'était? Ce n'était pas là. Par contre, ce qui était là,
c'était de baliser les frais accessoires, pas de les éliminer. Comment ça se fait, là, qu'en moins de 18 mois le Parti
québécois est parti d'un programme électoral et ne respecte plus sa propre idée à lui? Comment l'opposition officielle
peut-elle critiquer le gouvernement, à toutes fins utiles, d'appliquer
leur propre programme? On fait exactement ce qui avait été proposé dans le
programme du Parti québécois, c'est ça.
Maintenant,
des abus, c'est sûr qu'il y en a eu. Je vais donner... La députée de Duplessis
me demande de donner un exemple. Moi,
là, je connais des endroits où on charge, en médecine de famille, des
vasectomies à 300 $. On le sait, là, que ça ne coûte pas ça. Bien, nous, notre objectif, comme l'objectif du
Parti québécois dans son programme électoral, est de faire en sorte que
les citoyens, lorsqu'ils ont à payer, bien, qu'ils paient le juste prix, pas un
prix abusif.
Ils avaient le même
objectif, M. le Président, le Parti québécois. Et là, aujourd'hui, là, parce
qu'ils sont dans l'opposition, là, soudainement, ils deviennent plus purs que
purs. À un moment donné, ça ne tient pas la route, là, ce raisonnement-là.
J'ai montré tantôt que la députée de Taillon avait des arguments qui étaient
fondés sur des choses non vérifiées, et là
la députée de Duplessis renie son propre programme électoral. Est-ce qu'aller
dans l'opposition, ça veut dire que
ce qu'on a proposé, ce n'était pas ce qu'on voulait faire, ce n'était pas ça,
notre intention? C'est quoi, l'idée, là?
Alors,
nous, notre objectif est de faire en sorte que ce qui est illégal soit
interdit, ce qui est abusif soit réglé dans un contexte qui est celui du Québec, qui est le même que celui du Parti
québécois, qui est : À un moment donné, on a les moyens de payer pour ce qu'on a pour payer, puis
protégeons le système public, protégeons-le. C'est clair, puis ça veut
dire faire des choix, faire des choix quant au panier de services. Et, dans le
panier de services, bien, il y a une zone intermédiaire
qui est celle-là. Pas inventer des nouveaux frais accessoires, empêcher les
abus, interdire ce qui est illégal. C'est très clair, ce que je dis. Et
non seulement c'est clair, c'est exactement ce que, sans le dire précisément,
sans le détailler, ce qu'avait mis le Parti
québécois dans son programme électoral. Alors, ce qui était bon le 7 avril,
soudainement, le 20 octobre, ce n'est plus bon. Bien, comment peut-on recevoir
ça dans le public de l'opposition officielle?
Le Président (M.
Tanguay) : Collègue de Duplessis.
Mme Richard : Merci, M. le Président. Moi, je n'étais pas sur... Vous savez, je dis
toujours : Il faut savoir d'où on vient
pour savoir où est-ce qu'on va aller, puis ça m'arrive assez souvent de
rappeler les ratés du Parti libéral. Moi, mes questions, elles étaient
très claires ce matin. Le ministre veut jouer dans ça? On va jouer.
Pendant les 18 mois
qu'on a été au pouvoir, il y avait un gouvernement qui nous avait précédés, qui
avait été neuf ans, neuf ans... avec un
premier ministre actuel qui était ministre de la Santé, qui devait s'occuper
des débordements à l'urgence, M. le
Président. Vous savez, à un moment donné, là, c'était comme la météo, ça, à
tous les jours, ou bien le trafic sur
la 20, telle autoroute est bloquée, allez-y pas, on avait le palmarès des
urgences. Combien de temps vous attendiez sur civière? Combien de temps vous attendiez avant d'avoir un médecin,
les personnes de 72 ans et plus? Il allait te faire tout un ménage.
C'était ça, là. C'était à toutes les semaines, on avait la liste de tous les
hôpitaux du Québec. Après, bien, ils ont travaillé dans ça, ils ont changé la donne. Ils
ont tellement changé la donne, là, que tu ne sais plus, là, si
c'est 48 heures, 72 heures, les personnes de 72 ans et plus.
Savez-vous
ce à quoi on s'est attaqués en 18 mois? Ça a été phénoménal. Il y avait
eu neuf ans de règne libéral avant.
L'ancien ministre de la Santé, il avait une priorité... Quand tu
arrives... Puis normalement, bien, un gouvernement, c'est sûr que, pour changer les choses, 18 mois,
c'est court. Tu t'attends d'aller au gouvernement, tu t'attends de rentrer majoritaire. Tu t'attends d'être là pour quatre
ans, tu mets des choses en branle. Lui, son objectif à ce moment-là, ça
a été l'aide à domicile, essayer de garder
les gens âgés le plus longtemps à la maison pour être capable, M. le Président... puis leur donner de l'aide
aussi à domicile. Si on veut les garder à la maison, on leur donne de l'aide,
ce qui fait en sorte qu'elles ne se
retrouvent pas à l'urgence à toutes les semaines parce qu'elles n'ont pas
d'aide, elles ont l'insécurité, elles ont des petits problèmes
pulmonaires, ou autres. C'était ça, une des priorités, il a commencé à
travailler là-dessus.
Quand
le ministre dit : Vous n'avez rien fait pour les frais
accessoires, vous vouliez juste les baliser, soit, vous en avez suivi plus que moi là-dessus, vous savez,
moi, j'étais dans le développement nordique. Là, on veut bien tout suivre,
là, on a certaines orientations. Vous êtes
spécialiste en santé, d'autres peuvent l'être en éducation, en justice. Chacun
son dada. On n'a pas eu de projet de loi là-dessus, là, parce qu'on aurait discuté. Il y aurait peut-être
des choses qui auraient évolué parce qu'un parti ouvert, un ministre
ouvert puis un ministre qui va avec un projet de loi en commission
parlementaire, bien, il est supposé d'écouter les gens qui viennent. Ça fait
deux projets de loi que le ministre actuel dépose,
il a entendu des commentaires. Il est dans son monde, le monde de la santé.
C'est son monde, c'est comme... Il a toujours vécu dans ça, il le
connaît très, très bien, on ne peut pas lui enlever ça... qui entend des gens
qui sont plus ou moins d'accord. Ça fait
que, des fois, on se garde une ouverture, on dit : Ça, moi, je pense que
c'est comme ça, mais on va voir comment les gens réagissent, je peux me
réajuster. Il ne s'est pas réajusté beaucoup.
n'était pas là, nous, sur les frais accessoires. Puis je ne reviendrai pas sur
les 18 mois qu'on était là, on a fait ce qu'on a pu dans le contexte
dans lequel nous étions. Mais le ministre, quand il est arrivé, avant les frais
accessoires, il a signé une moyenne belle
entente, signé une moyenne belle entente avec... Si, pour lui, c'était une
priorité, le projet de loi n° 10,
le projet de loi n° 20, puis, pour lui, comparé à l'ancien ministre
péquiste de la Santé, les frais accessoires, c'était extrêmement
important... Parce qu'on paie déjà, là, assez cher en taxes et en impôt pour
notre système de santé, qui est complètement
en déroute... Quand on parle de ça, là, on ne parle pas, là, hein, que la
capacité, en termes de patients par jour,
a augmenté, on ne parle pas, là... Puis je le sais qu'il n'aime pas ça parce
que ça, c'est terrain, hein? On ne parle pas, là, des personnes âgées, là, qu'on fait manger. Des
fois, on est peut-être une, hein... cinq filles, puis je pense qu'ils leur
donnent une bouchée à un, une bouchée à
l'autre, une bouchée à l'autre. Puis réduisez, hein? Ne changez pas trop
souvent de couche. Tu ne peux pas les lever souvent. Puis les tourner
aux heures, oubliez ça. On pourrait en parler, hein?
était sur un projet de
loi sur les animaux. Si on serait sur un projet de loi
sur les personnes âgées, on pourrait s'en
jaser longtemps. Puis ça, j'aime mieux ne pas embarquer dans ça parce que, moi,
c'est mon dada, les personnes âgées. Puis je trouve qu'une société qui ne s'occupe pas de ses aînés puis de ses
enfants, elle fait pitié. Ça n'a pas été sa priorité. Je pourrais lui
rappeler, comme il essaie de rappeler que ça n'a pas été la priorité, les frais
accessoires, de l'ancien ministre péquiste
de la Santé, ah! lui, c'étaient les réformes, c'étaient les nouveaux
CISSS. Les frais accessoires, belle entente
avec les médecins, médecins spécialistes. Il aurait pu le gérer là, il a décidé
qu'il ne le faisait pas. Et là, bien, pour se donner bonne conscience, un coup qu'on a négocié, hein — je vais choisir mes mots — il dit : Bien, moi, je vais régler ça.
Tantôt,
on était bien partis, là. Ce n'est pas moi qui ai ramené le passé. Ce n'est pas
moi qui ai ramené le passé, c'est le
ministre qui a voulu. Ça fait que je vais avoir pris un cinq, six minutes de
mon temps. Ce n'est pas grave, je vous ai
dit ce que j'avais à vous dire par la voie du président. Mais, M. le Président,
on ne gagnera pas, là. On ne gagnera pas, ils sont majoritaires, on passe au vote. D'une façon, au moins, c'est
ça, la démocratie, hein, on dit ce qu'on avait à dire.
Quand il dit : Moi, je m'occupe
des frais accessoires, je lui ai dit : Qu'est-ce qui fait en sorte, M. le
Président, que je vais aller payer
pour un examen? Il avait la chance, la chance ultime de faire quelque chose de
juste, d'équitable pour l'ensemble
des citoyens du Québec qui en paient un foutu paquet en taxes puis en impôt,
qui voient leur système de santé, là,
qui n'est plus sur les rails. Le personnel est désabusé, les médecins, là... Il
y a encore des bons médecins au Québec, il y en a qui ont abusé dans les frais accessoires. Ça, c'est comme en
politique, il y a du bon monde, puis il y en a du moins bon, puis tout
le monde n'y va pas pour les bonnes raisons. C'est dans toutes les catégories
de la société.
Mais
il avait la chance ultime... Puis, vous savez, quand il veut, il est capable,
hein, il est capable de brasser bien du
monde. Puis je lui dis ça en toute amitié. En toute amitié, cher collègue.
Quand il veut, il est capable. Il a choisi de ne pas le faire, puis là
il va me ramener l'ancien ministre de la Santé, que je peux nommer, M. Réjean
Hébert.
Une voix :
...pas le droit de...
Mme Richard : Bien, moi, j'ai le droit. Bon, ancien, j'ai le droit. J'adorais Réjean
Hébert. Je l'aimais comme ministre, il y avait des choses qu'il voulait
mettre en place, puis on n'entendait pas parler tant de ratés. Bien là, hein, vous savez, on parle de frais accessoires, on s'en
vient sur un projet de loi n°10... projet de loi n° 20, qui a été
extrêmement controversé. Entendez-vous
parler des urgences? Entendez-vous parler des personnes qui n'ont pas de place
en CHSLD? Entendez-vous parler des personnes
qui attendent des délais irraisonnables souvent, puis de la radiothérapie, de
la... Pas vraiment. Bon, ce n'est
plus sur leur radar, qu'importe ce que les journalistes ont décidé. Puis là ils
sont sur le 20, ça fait qu'ils ne
seront pas sur autre chose, à moins qu'il y ait un moyen feu qui prenne dans un
hôpital ou qu'il y ait quelqu'un qui a fait quelque chose, là, puis que
le médecin, là, soit accusé.
avait la chance, il ne l'a pas prise, de rendre... ce qui était illégal, là,
dire : C'est illégal, ça suffit, on va le négocier dans cette entente-là. La preuve, c'est qu'il va
le faire. Il va en prendre, puis là il va juger, si vous allez dans un
cabinet puis que vous avez un examen,
l'appareil coûte tant, la stérilisation coûte tant, puis là on va arriver avec
un chiffre. Aïe! on était rendus avec une firme de comptables l'autre
fois. C'est à peu près ça, là, hein?
Mais, quand je lui ai
posé la question pourquoi il ne l'avait pas fait, il ne répond pas. Puis il
sait très bien les questions qu'on pose, hein? Il ne faut pas le sous-estimer,
moi, je ne l'ai jamais sous-estimé. Il sait où est-ce qu'il s'en va, là, il l'a, son objectif. Ce n'est pas le
mien, mais il sait où est-ce qu'il s'en va, puis moi, je ne le sous-estime
pas. Il ne l'a pas fait.
Mais
je voudrais entendre, parce qu'il ne me reste pas beaucoup de temps, juste le
ministre... Il trouve que c'est convenable, M. le Président, d'avoir
rendu... Ce qui était illégal, il le rend légal. Ça ne fait pas que c'est un
plus beau geste, là. Ce n'est pas un plus
beau geste pour les patients du Québec qui vont payer quand même. Puis ceux-là,
là, qui le faisaient vont juste...
les médecins, là, qui étaient délinquants, ils vont juste voir leur
rémunération en frais accessoires diminuée.
Bien, ils ont eu un maudit beau cadeau, parce que ce qu'ils faisaient qui était
illégal, le ministre, il dit : À cette heure, mon ami, là, tu vas en faire un petit peu moins, mais ça va être
légal. Ce que tu faisais qui n'était pas correct, je vais tout
t'organiser ça, ça va être légal.
Puis
la patiente ou le patient, lui, là, bien, il ne les aura pas souvent dans le
système public, les soins qu'il voudrait, l'examen, bien, il va aller
payer un petit peu moins avec ce que le ministre de la Santé actuel, en 2015...
pas durant les 18 mois du gouvernement
péquiste, jusqu'en 2018, on verra bien où est-ce que c'est que ça va nous mener
avec le Parti libéral puis le
ministre actuel. Puis, quand on va parler, on va parler d'avenir. Parce que, le
passé, on pourrait en parler longtemps, puis je ne suis pas sûre qu'il
est très jojo.
Le Président (M.
Tanguay) : M. le ministre.
Barrette : Je pense, M. le Président, que je vais prendre une minute
ou deux, là, juste pour remettre les choses en perspective. Il faut les
remettre en perspective. L'idée, ce n'est pas de ramener le passé pour ramener
le passé; ce n'est pas ça du tout. L'idée, là, ici, M. le Président, c'est de
mettre les choses dans leur juste et honnête perspective. Quelle est-elle? Elle est la même aujourd'hui
qu'il y a 18 mois. L'intérêt du passé, il est juste là, il n'est pas ailleurs.
Le contexte est le même.
Quand,
dans les 18 mois du Parti québécois, le ministre de la Santé précédent, Réjean
Hébert, avait à faire face à la même problématique que nous, il n'y a
juste pas eu d'actions posées, il n'y en a juste pas eu. Mais la problématique était la même. La fameuse assurance autonomie, M.
le Président, elle n'a pas été déployée pour une seule raison, parce que le Parti québécois savait très bien qu'il
n'avait pas les moyens de la payer. Il le savait, là, c'est tout. Il y a des
documents qu'on ne peut pas sortir, là, mais qui le démontrent. Il y en a même
qui ont été coulés à un moment donné dans les journaux,
là, il n'avait pas les moyens. Un gouvernement doit prendre des décisions,
faire des choix. Il y en a qui se font de façon ouverte, nous. Puis il y
en a qui ne se font pas ou qui sont cachés, vous, dans l'opposition.
Mme Richard :
M. le Président...
M. Barrette :
M. le Président, je parle de l'opposition.
Le Président (M.
Tanguay) : Rappel au règlement. Collègue de Duplessis.
Mme Richard :
M. le Président, le ministre sait très bien... Je l'ai dit, il est très, très
habile aussi en tant que négociateur. Il apprend très, très vite, il est très
intelligent, donc il apprend aussi comme politicien, là. «Cachés»,
«l'opposition», là, je lui demanderais un petit rappel à la prudence.
Le Président (M.
Tanguay) : Oui. C'est un mot antiparlementaire, alors...
Barrette : Bon O.K.
Alors, je vais le retirer, M. le
Président. C'est-u correct, ça? Maintenant,
il n'en reste pas moins qu'à la
dernière élection il y a un budget qui a été déposé sans crédits. Quand on
dépose un budget sans crédits, ça veut
dire que la population ne peut pas savoir ce pour quoi on a les moyens
de payer telle, telle chose. Et, comme on a hérité de la même situation...
Je ne fais même pas de jugement, là, je fais juste dire les faits. Il y avait
un problème budgétaire au Québec pour lequel, vous, pendant 18 mois, vous avez
pensé vous y adresser, et il n'y avait pas d'autre chemin possible que de ne pas faire l'assurance autonomie parce qu'elle
coûtait trop cher, vous n'aviez pas les moyens, nous non plus. Et les frais accessoires, votre réflexion vous a menés à
un programme électoral où on les balisait parce que, pour les amener
dans le système public, c'était comme l'assurance autonomie, vous n'aviez pas
les moyens. C'est ça, la réalité.
La réalité,
c'est que nous sommes à notre capacité maximale de payer pour ce qui est des
services. C'est là qu'on est, et, à
moins de mieux gérer, à moins de faire le genre de choses que l'on fait, on ne
s'en sort pas. Et, pour protéger le système public, pour le protéger, il faut prendre des
décisions qui sont de l'ordre de celles que vous avez choisi de prendre dans votre programme électoral sur la même
prémisse de base de la situation budgétaire, qui est celle que l'on prend, nous,
ouvertement en le disant.
C'est clair,
ce qu'on dit. On dit : Actuellement, là, le budget, c'est difficile. La croissance,
dans les prochaines années, il faut la contrôler. Pour faire ça, il faut
faire des choix. Ça, c'est l'opposé de déposer un budget sans crédits, c'est
l'opposé. Nous, on choisit de le faire à visière levée. Vous autres, vous
baissiez la visière. C'est votre choix, et, aujourd'hui, vous vous posez en vertueux : Nous, nous,
nous, jamais... Non, non, nous, ce que l'on dit, là, ce n'est pas compliqué, là, on dit : Voici, il y a
des abus, on va les régler. Il n'y en aura plus, d'abus. Et il y a
des choses carrément illégales, elles
vont être interdites, point. Lesquelles? Ce n'est pas compliqué, à partir du
moment où on fait un projet de
loi qui interdit tous les frais, sauf ceux autorisés, et qu'on dit que ceux qui
sont autorisés ne seront rien de plus et probablement moins que ce qui existe actuellement, bien, par définition, on vient de balayer le plancher des
illégalités. Il n'y a en plus, là, c'est
fini, là. Ce n'est pas en dessous du tapis, là, c'est annihilé, désintégré,
détruit, terminé, bonjour.
Et, les abus,
il n'y en a plus parce que la goutte à 200 $, là, elle va finir probablement à 2 $. Je dis
probablement, ça va peut-être être
2,25 $, là, mais ça ne sera certainement pas 25 $, la goutte, là.
Alors, il n'y en aura plus, d'abus, et ça
va être transparent, et ça va être clair pour tout le monde. Mais nous aurons
eu à faire le choix dans un contexte qui est notre contexte budgétaire, qui est un contexte responsable pour
faire en sorte qu'on maintienne les services publics, les services publics qui sont faits pour les...
évidemment, les soins qui sont, de façon claire, les plus médicalement
requis.
Puis je vais donner un exemple. Puis je vais
vous poser la question, j'aimerais bien entendre la députée de Duplessis là-dessus : Est-ce qu'elle pense
qu'une vasectomie, ça doit être payé par le public? C'est une question que
je lui pose, ce n'est pas une opinion que je
donne, là, hein? Il y a une question qui se pose ici, là, juste comme ça. Bien,
c'est ça, des vrais choix. Et entre,
mettons, là, un médicament moins efficace pour le cancer... est-ce qu'on
devrait les payer, eux, ou payer des vasectomies? Est-ce qu'il y a une
maladie qui s'appelle spermatozoïdes? Bien, c'est ça, la réalité, là, la réalité à laquelle l'opposition officielle, M. le
Président, n'a pas été capable de s'adresser pendant ces 18 mois. Ils
ont réfléchi, par exemple, et ils sont
arrivés... On va les baliser. Ils ont réfléchi, on va baliser dans notre
programme électoral... Mais ils ne
l'ont pas fait, et, aujourd'hui, on nous reproche de le faire en insinuant
qu'on va nuire au système public, que l'on
va protéger, comme on va protéger les citoyens en les empêchant d'avoir à subir
des abus et des frais illégaux. C'est ça qu'on fait et c'est la bonne
chose à faire.
Maintenant, je peux comprendre qu'au Parti
québécois la réalité budgétaire de la société québécoise ou du gouvernement du
Québec, c'est une chose qui est élastique. Je comprends que c'est un concept
qu'on peut changer et adapter. C'est mou,
c'est de la gélatine. Pas nous, nous, c'est quelque chose de ferme sur lequel
on décide de se baser pour prendre nos décisions, qu'on explique le plus
clairement possible, et je pense que les gens qui nous écoutent comprennent ce
que je viens de dire.
Le Président (M. Tanguay) : Collègue
de Duplessis.
Mme Richard : Combien me reste-t-il
de temps, monsieur...
Le Président (M. Tanguay) :
1 min 45 s.
Mme Richard : Bon, il m'en reste
assez pour conclure. Écoutez, le ministre dit qu'il y a des choix qui sont difficiles à faire. Les citoyens
ont des choix difficiles à faire à tous les jours. Quand on est au gouvernement, il y a des choix qui
sont extrêmement difficiles. Le gouvernement libéral a décidé de faire le choix
du déficit zéro à tout prix. Il a décidé de faire des compressions, que ce soit
en éducation, que ce soit en santé. Donc, oui, il y a des choix qui peuvent
être difficiles.
Le ministre a décidé de s'attaquer aux
structures administratives en créant les CISSS, en espérant — en
espérant — que
ces structures feraient peut-être en sorte de diminuer, oui, la bureaucratie,
de diminuer les coûts administratifs. Le
ministre a fait le choix aussi avec le projet de loi n° 20 de vouloir
rendre — parce
qu'il ne sera pas encore appliqué — accessibles les médecins de famille à plus
de citoyens du Québec. C'est louable, c'est très louable. On a vu que ça aussi, ça avait des ratés. Il a fait une
entente avec les omnis pour espérer ne pas mettre sa loi en application. Si
celle-ci s'applique, il était rendu dans des
quotas. Quand il dit : Des choix, est-ce qu'un choix de pratiquer une
vasectomie ou un choix de médicament
cancéreux... Écoutez, on est dans des questions ce matin qu'on ne peut pas
lésiner avec ça. Il y a des hommes aujourd'hui qui doivent subir une vasectomie
pour des raisons médicales, à cause d'un contexte familial, de sa conjointe. Chaque cas est différent, je ne veux
pas embarquer dans ça, là. Mais il y a des choix aussi que le ministre
doit faire, lui aussi, comme ministre de la
Santé. C'est le choix de rendre un système de santé juste, équitable,
accessible à tout le monde, et c'est le choix devant lequel il est avec
le projet de loi n° 20. Merci, M. le Président.
Le Président (M. Tanguay) : M. le
ministre.
Barrette : M. le Président, là, pour un rare moment, là — alors, enregistrez-le, là, parce que ça
n'arrivera pas souvent, là — moi, là, je sympathise
grandement avec mon prédécesseur, pour lequel je n'ai pas la même estime que la députée de Duplessis a, mais je sympathise avec
sa position de ministre. Il avait des idées qui étaient intéressantes,
il avait des intentions qui étaient tout à
fait nobles, s'occuper des personnes âgées, et ainsi de suite. Mais il n'a pas
pu les mettre en application parce
qu'il était dans un gouvernement qui ne le permettait pas, parce qu'à un moment
donné il y a à prendre en
considération la réalité budgétaire d'un gouvernement et, conséquemment, de la
société. C'est beau d'avoir une bonne
idée, c'est une autre chose de la mettre en application quand arrive le temps
de payer la facture. Et c'est pour ça que l'assurance autonomie n'a pas
été mise en application, et c'est pour ça que la réflexion de mon prédécesseur
a mené à un programme électoral qui
prévoyait l'encadrement et le balisage des frais accessoires, parce que la
situation budgétaire l'exigeait. Alors, je comprends très bien, moi,
pourquoi il est arrivé là.
Ce que je ne comprends pas ou je trouve...
plutôt, je comprends très bien, au contraire, mais ce que je trouve déplorable, c'est le débat, là, qui existe depuis
deux, trois semaines, qui nous amène ailleurs, qui nie la réalité
budgétaire, mais qui est basé sur les mêmes
facteurs. La bonne chose à faire, là, pour la société, c'est de protéger le
système public, hein, dans la mesure
où il est circonscrit par notre capacité budgétaire et de faire en sorte que
les citoyens et citoyennes, au
Québec, lorsqu'ils se retrouvent dans une zone grise entre la
partie totalement
publique et la
partie totalement privée, qui ne nous regarde pas, bien, que, là, là, on empêche les abus et les
illégalités. C'est ça qu'on fait. C'est ça qu'on fait dans le contexte
actuel.
Et je termine
sur un élément, M. le Président, que je répète abondamment quand je fais la
tournée des facultés de médecine.
J'invite, d'ailleurs, les oppositions à faire la même chose. Je me présente,
moi, devant les étudiants en médecine, là,
et je leur parle d'un certain nombre de choses du réseau de la santé, mais je
leur dis un fondement : L'État n'a pas de compte de banque. Il n'y a pas un compte de banque magique, là, où
l'argent grandit tout seul dans le sous-sol comme des champignons. On n'a pas ça, le gouvernement,
ni le Parti québécois, ni le Parti libéral. L'argent que le gouvernement
gère vient des impôts, des taxes et redevances
des citoyens et des entreprises. L'argent du gouvernement vient des
citoyens, et on a à prendre nos responsabilités, constater que cette source de
revenus là n'est pas infinie et qu'à un moment donné il y a des choix à faire.
Alors, quand on tient un discours, M. le
Président, comme l'opposition officielle le fait, qui tient de la pensée magique : Tout le temps, tout le temps, tout
le temps, allez, prenez-le là, prenez-le là, prenez-le là, ça ne marche pas
de même parce que ce qui est de même, c'est
qu'il y a une capacité fiscale maximale. Et notre gouvernement fait en sorte que la
fiscalité pour les citoyens, particulièrement la classe moyenne, soit optimalisée et que la
gestion de ces taxes et impôts là qui
viennent de la poche de ceux qui nous écoutent soit gérée correctement. Et,
parmi ces choix-là, il y a de faire en
sorte que les abus et les inégalités auxquels font face les citoyens
et citoyennes du Québec soient éliminés pour ce qui est des inégalités et totalement annihilés pour des
abus. Mais ça demande quand même de faire des choix. Nous, on les fait à
visière levée, de façon transparente, contrairement à ce qui s'est passé en
2014, budget sans crédits.
Le Président (M. Tanguay) : Y a-t-il
d'autres interventions sur l'amendement du collègue de Rosemont? S'il n'y a pas d'autre intervention, nous allons
porter ledit amendement aux voix, nous allons voter sur l'amendement.
Alors, chers collègues, l'amendement du collègue de Rosemont introduisant 25.4
est-il adopté?
Mme Lamarre : ...vote par appel
nominal.
Le Président (M. Tanguay) : Vote par
appel nominal, M. le secrétaire.
Le Secrétaire : Donc, pour,
contre ou abstention. Mme Lamarre (Taillon)?
Le Secrétaire : M. Rochon (Richelieu)?
Le Secrétaire :
Mme Richard (Duplessis)?
Le Secrétaire : M. Barrette
(La Pinière)?
Le Secrétaire :
Mme Montpetit (Crémazie)?
Le Secrétaire : M. Giguère (Saint-Maurice)?
Le Secrétaire : M. Polo
(Laval-des-Rapides)?
Le Secrétaire :
Mme Simard (Charlevoix—Côte-de-Beaupré)?
Le Secrétaire : M. Tanguay (LaFontaine)?
Le Président (M. Tanguay) :
Abstention.
Le Secrétaire : Rejeté
Le Président (M. Tanguay) : Alors,
l'amendement est rejeté. Chers collègues, nous poursuivons donc le débat, et j'aimerais savoir s'il y a
d'autres interventions dans cette
section du projet de loi. S'il n'y en
avait pas, M. le secrétaire,
nous retournerions à 36, je crois...
Le Secrétaire : Oui, tout à
fait.
Président (M. Tanguay) : ...à
l'article 36. Alors, je constate qu'il n'y a pas d'autre amendement.
L'objet du débat est maintenant l'article 36. Vous me le confirmez?
Une voix : Tel qu'amendé.
Le Président (M. Tanguay) : 36 tel
qu'amendé.
M. Barrette : Il n'a pas été... Attendez
une minute parce que je me... C'est peut-être moi qui se mélange, là, il n'a
pas été adopté, lui?
Une voix : Il a été amendé,
mais il n'a pas été adopté.
Le Président (M. Tanguay) : Donc,
36, tel qu'amendé, c'est l'objet du débat. C'est ça, M. le secrétaire?
Le Président (M. Tanguay) : Donc, l'amendement
à l'article 36 a été adopté, et nous sommes rendus à l'article 36 tel
qu'adopté...
Une voix : Tel qu'amendé.
Le Président (M. Tanguay) : ...tel
qu'amendé, pardon, et c'est l'objet du débat. Je peux suspendre quelques
instants, peut-être le temps de...
M. Barrette : C'est juste pour
clarifier, M. le Président.
Le Président (M. Tanguay) : Oui.
Barrette : C'est parce que
moi, je prends des notes, et, moi, ce que j'ai, c'est que l'amendement
a été adopté...
Le Président (M. Tanguay) : Voilà.
Barrette : ...le 29, puis
tel qu'amendé aussi juste après. À moins que j'aie mal noté. J'ai mal noté? Je
ne suis pas un bon secrétaire, hein?
Le Président (M. Tanguay) : On me
dit qu'il faut donc... l'objet du débat est l'article 36 tel qu'amendé.
Barrette : Non, mais c'est pour ça qu'il faut que vous soyez là, M. le
secrétaire.
Le Président (M.
Tanguay) : Alors, sur 36, tel qu'amendé, y a-t-il des interventions?
Alors, je ne vois pas d'intervention sur l'article 36 tel qu'amendé.
Alors, nous allons voter.
L'article 36, tel qu'amendé, est-il adopté?
Des voix :
Adopté sur division.
Le Président (M.
Tanguay) : Adopté sur division. Pour la suite des choses, M. le
ministre.
M. Barrette :
Juste un petit instant, M. le Président, si vous me le permettez.
Le Président (M.
Tanguay) : Alors, nous allons suspendre quelques instants.
(Suspension de la séance à
11 h 34)
Le Président (M.
Tanguay) : Alors, à l'ordre, chers collègues. Nous poursuivons donc
nos travaux. Nous en sommes rendus à l'article 37, et, en ce sens, je cède
la parole à M. le ministre.
Barrette : Alors, merci, M. le Président. Donc, nous sommes à 37. Nous avons un amendement
que nous avons distribué pendant la pause.
Le Président (M.
Tanguay) : Oui. Vous pouvez le lire.
M. Barrette :
Alors, l'amendement se lit comme suit :
Remplacer l'article 37,
proposé par l'article 1 du projet de loi, par le suivant :
L'article 530.53
de cette loi est modifié par la suppression de «et des activités médicales
particulières».
Alors,
ici, M. le Président, là, c'est une question simplement de concordance
avec les modifications que l'on a faites par le projet de loi n° 20. Si on fait référence à l'article 550.53, on fait référence, dans la
partie IV où se trouve
cet article-là, à des dispositions qui sont applicables aux territoires visés par
la
Loi sur les villages nordiques et l'Administration régionale Kativik. Alors, comme dans notre projet
de loi, on exclut ces régions-là, alors, il y a lieu de retirer cet
élément-là de 530.53.
Le Président (M. Tanguay) :
Merci beaucoup. Y a-t-il des interventions? Collègue de Taillon.
Lamarre : Oui, M. le Président, simplement un point de compréhension,
là. On avait compris en 2.1
qu'on excluait le Centre régional de santé
et de services sociaux de la Baie-James du projet de loi n° 20.
Maintenant, l'amendement qui est déposé par le ministre
enlève les mots «et des activités médicales particulières». Est-ce qu'on doit conclure que le fait d'enlever... Puis là je le demande
vraiment comme compréhension, là, est-ce que, si on enlève les activités
médicales particulières, l'idée, c'est que
les activités médicales particulières, pour le CRSSS de la Baie-James, seront
quand même déterminées par une
autorité du gouvernement, et non pas par le CRSSS de la Baie-James? Je veux
juste voir ce que ça change, là,
vraiment dans la compréhension. Autrement dit, les activités médicales
particulières pour le territoire de la Baie-James,
qui va les déterminer? Est-ce que c'est le CRSSS de la Baie-James ou si c'est
le gouvernement au niveau central?
Le Président (M.
Tanguay) : M. le ministre.
Barrette : Si vous vous rappelez, M. le Président, les autochtones sont venus ici nous demander
d'être exclus de ça. Alors, ça, c'est un amendement qui va répondre à la
demande des populations autochtones.
Mme Lamarre :
M. le Président...
Le Président (M.
Tanguay) : Oui.
Mme Lamarre :
...moi, je comprends bien ça, puis je me souviens très bien aussi. D'après moi,
ça, c'était couvert dans 2.1, où on les
excluait vraiment. Mais là l'amendement qui est déposé vient enlever dans... Ce qu'on
voit dans 530.53, c'est : «L'établissement exerce les fonctions de coordination d'une agence visées à l'article 352 à l'égard des activités
des organismes communautaires...» Et le statu quo, ce serait «et des activités
médicales particulières ainsi que celles
visées à l'article 353». Or, en supprimant les mots dans l'amendement que le ministre vient de déposer, «et des activités médicales particulières», ce que j'essaie de
comprendre, c'est est-ce qu'on exclut de l'autorité du CRSSS de la Baie-James
l'autorité sur les activités médicales particulières?
Barrette : Ma compréhension,
c'est que ces établissements-là, actuellement, n'ont pas un régime d'activités médicales
particulières dans les territoires cris, Baie-James et Nunavik. Ils n'ont pas
ça actuellement.
Mme Lamarre :
Ils n'en ont pas?
Barrette : Alors, en les
excluant de la loi, on les remet dans leur situation actuelle, tout simplement. Ils ne font pas ça, là, des activités
médicales particulières, eux autres, là. Alors, si on ne fait pas d'amendement,
c'est comme si on mettait une disposition qui leur demande de faire quelque
chose qu'ils ne faisaient pas, alors
qu'ils nous ont demandé d'être exclus de la loi, là.
Lamarre : Mais la question,
c'est : Pourquoi c'était dans la LSSSS s'ils ne les font pas? Ça y était
déjà.
M. Barrette : Bien, ça, c'est parce
que ça, c'est des ententes convenues avec eux autres.
Mme Lamarre : Mais, si ça y était
déjà, c'est parce qu'il y avait déjà...
M. Barrette : Non, non. Ce qui y
était déjà, c'est qu'ils ne faisaient pas ça.
Mme Lamarre : C'est dans la
section
spéciale qui s'adresse aux territoires cris.
M. Barrette : Exactement.
Mme Lamarre : Donc, ça veut dire que,
si c'était là, dans la LSSSS, ils avaient cette autorité de déterminer
éventuellement des activités médicales particulières. Peut-être qu'il n'y en
avait pas concrètement, mais ils avaient le pouvoir
légal d'en déterminer. Et là l'amendement que vous déposez supprime cette
autorisation-là parce que c'était dans la LSSSS actuellement.
Barrette : C'est-à-dire que, là, il faudrait... Là, je n'ai pas 353
avec moi, là. On va juste revenir au 353, là, que je n'ai pas à la
portée de la main, là.
M. Barrette : ...il n'y en avait,
pas d'activités médicales particulières d'exercées sur le terrain dans ces
territoires-là par les Cris puis les Inuits au Nunavik.
Mme Lamarre : ...je pense qu'il n'y
en avait peut-être pas, mais ils avaient le pouvoir d'en faire, et là
l'amendement vient leur enlever ce pouvoir. C'est-à-dire que, si le CRSSS de la
Baie-James...
M. Barrette : Bien, c'est parce que
c'est ça qu'ils ont demandé.
Mme Lamarre : De pouvoir s'en
attribuer? Moi, je ne pense pas qu'ils ont demandé d'être soustraits de l'ensemble des obligations du projet de loi
n° 20, mais ils n'ont pas évoqué le fait qu'ils voulaient retirer cette
possibilité, cette possibilité de demander des activités médicales
particulières pour leur territoire, là.
Barrette : Bien là, je comprends le point, là, mais eux n'en font pas.
Il n'y a pas ça là-bas, ils nous demandent d'être exclus de la loi. Il y a une référence ici qui faisait référence
à des activités médicales particulières, et, à leur demande, on les laisse comme ils sont aujourd'hui. Là, moi,
je ne suis pas vraiment prêt à aller leur imposer une chose qu'ils ne
nous demandent pas, là.
Mme Lamarre : M. le Président?
Le Président (M. Tanguay) : Oui.
Lamarre : Alors, je pense que ce n'est pas une question d'imposer ce
qu'ils ne nous demandent pas, mais ce n'est pas non plus une question de
s'ingérer dans ce qu'ils ne nous demandent pas de supprimer. Et ils ne
demandent pas de supprimer cet
article de la
LSSSS, ils demandent, tout simplement, d'être soustraits du projet de loi
n° 20 au niveau de
l'article 2.1. Et ça le fait très bien avec l'article 2.1, alors que,
là, avec la LSSSS, on leur laisse la latitude de choisir s'ils décident ou non éventuellement de pouvoir imposer
des activités médicales particulières, ce qui me semble être tout à fait
logique. Et c'est ça qu'ils sont venus nous
dire, ils ont dit : Ne touchez à rien, statu quo, alors que, là, on
exclut, on leur retire un privilège qu'ils avaient.
M. Barrette :
Mais là c'est parce qu'on n'a pas la même interprétation de la réalité, là. Si
on n'enlève pas ça, notre loi va s'autocontredire, là. Ils nous
demandent de sortir, puis là on garderait une provision qui les garde.
Mme Lamarre : Non, c'est parce
que... M. le Président.
Le Président (M. Tanguay) : Oui.
Lamarre : L'interprétation qui est faite, c'est que les activités
médicales particulières sont l'essentiel du
projet de loi n° 20. Ce n'est pas le cas, le projet de loi n° 20
comporte plusieurs éléments. Ils ont demandé à être exclus de la somme de tous ces éléments-là, mais ils
n'ont jamais dit : En particulier, nous, on ne veut pas jamais pouvoir
demander aux médecins qui travaillent sur notre territoire des activités médicales
particulières. Ils veulent avoir le contrôle sur les activités médicales particulières qu'ils pourraient imposer à ces
médecins-là, ils ne veulent pas qu'elles soient édictées par le projet de loi n° 20, mais ils veulent
quand même préserver cette prérogative-là. En tout cas, ils n'ont jamais
exprimé le fait qu'ils ne voulaient pas être
dispensés de toute possibilité d'imposer des activités médicales particulières.
Ils ne veulent pas les activités
médicales particulières qui sont en train d'être prévues par règlement dans le
projet de loi n° 20, mais ils peuvent
quand même vouloir garder cette latitude de pouvoir en choisir qui leur
conviendront. Ils pourraient en choisir d'autres que celles du ministre.
M. Barrette :
M. le Président, si vous me le permettez, je passerais la parole... Parce que,
là, ici, ce n'est pas une question de leur donner ou de leur enlever des responsabilités ou droits, là. Ce n'est pas ça, du tout, du tout, du tout, là, c'est une question de concordance. Ce n'est
pas un
article qui vise à donner ou enlever quoi que ce soit, là. Si vous me le permettez, M. le Président, s'il
y a consentement, je vais passer la parole à... voyons...
M. Barrette :
Non, non, ce n'est pas ça... Me Lapointe.
Le Président (M.
Tanguay) : Oui. Alors, nous allons...
M. Barrette :
Le «maître» ne venait pas à ma bouche.
Président (M. Tanguay) :
Non. Mais c'est bien, merci beaucoup. Alors, y
a-t-il consentement pour
donner la parole à Me Lapointe? Oui, il y a
consentement. Alors, Me Lapointe, peut-être préciser votre nom, fonction, titre, et la
parole est à vous.
M. Lapointe (Simon) : Bonjour, M. le Président. Simon Lapointe, Affaires juridiques, ministère de la Santé et des Services
sociaux. Ce que, dans le fond, on fait dans la LSSSS actuellement, c'est qu'on
remplace tout le régime des AMP, les activités médicales particulières,
par les contenus normatifs, notamment les activités médicales aux
articles 6 et suivants dans
l'article 1 du projet de loi n° 20. De sorte que, du fait qu'on
abroge par l'article 32, édicté par l'article 1, on abroge les articles 360 à 366.1., tout le
régime des activités médicales particulières est abrogé. On le sort de la
LSSSS, il n'y en a plus. Donc, on fait une concordance qui tient compte de ça,
premièrement.
Deuxièmement, comme
le disait le ministre, les communautés autochtones ont fait des représentations
pour qu'elles soient particulièrement exclues du nouveau régime, sachant qu'il
n'y en aurait plus non plus dans celui de la LSSSS, il n'y a plus d'activités
médicales particulières dans la LSSSS. De sorte qu'on ne peut... la loi va
devenir incohérente si on maintient toute mention
dans les articles, puis on a déjà commencé à faire le ménage, et on
continue ici le ménage. Ça deviendrait incohérent parce que ça ne
correspondrait plus à rien, parce que toutes les dispositions qui définissaient le régime des activités médicales particulières,
360 à 366.1, sont déjà abrogées. Autrement dit, ce n'est plus une réalité juridique de la LSSSS, les activités
médicales particulières. Donc, on n'a pas le choix de l'abroger. On
continue à faire le ménage qu'on fait.
Mme Lamarre :
Mais concrètement pour, par exemple, les gens du CRSSS de la Baie-James, s'ils
ont des problèmes de pénurie de médecins,
ils ne pourront pas se prévaloir des obligations du projet de loi n° 20 et
ils ne pourront pas non plus se prévaloir de certaines demandes qu'ils
pourraient exprimer ou de certaines balises qu'ils pourraient avoir au niveau
des activités médicales particulières.
Le Président (M.
Tanguay) : M. le ministre...
Mme Lamarre :
On crée un vide, là, il y a un vide qui...
M. Barrette :
Bien, moi, je ne le pense pas, là, parce que, là, on fait un lien... Là, il
faut voir la réalité de ces endroits-là, là. Ici, on est dans les endroits où,
quand les médecins vont là, ils vont dans des dispensaires. Ils vont au Nunavik, là, dans les deux centres hospitaliers
qui sont là. Le projet de loi, là, tel qu'il est édicté actuellement, ce
n'est pas ça qui va régler le problème de
pénurie, là. Ça, c'est un autre univers. Maintenant, quand les gens vont là,
les établissements gardent une certaine autorité pour ce qui est de
l'organisation, mais les activités médicales particulières, ce n'était pas là. C'est juste une question de cohérence, là.
Là, si on bloque là-dessus, on va recommencer notre débat au début, là.
Là, ici, on est dans la cohérence. On ne
donne pas, on n'enlève pas un droit, on maintient la réalité telle qu'elle est
aujourd'hui et telle qu'ils nous ont demandé.
Le Président (M.
Tanguay) : Collègue de Duplessis.
Mme Richard : Merci, M. le
Président. Juste pour une question de précision. Parce que moi, je me souviens,
quand les Cris étaient venus, qu'ils avaient demandé d'être soustraits à
l'application du projet de loi n° 20, j'avais eu une
discussion avec le ministre en lui parlant des particularités de la Basse-Côte-Nord,
des Naskapis au nord de Schefferville, parce que, là aussi, c'est des
dispensaires, ils vont...
M. Barrette : Bien, ils sont dans
cette loi-là.
Richard : Bien, c'est parce
que, là, on ne le spécifie pas pour ces communautés-là. Mais, juste une
question de précision, ça s'applique ou il faut le spécifier davantage? Parce
qu'eux aussi...
M. Barrette : C'est à
l'annexe I, là. C'est Côte-Nord, Basse-Côte-Nord, Minganie, Naskapis, et
le dernier, c'est Hématite.
Mme Richard : O.K. Merci.
Président (M. Tanguay) :
Merci beaucoup. Y a-t-il d'autres interventions sur l'amendement à
l'article 37?
Mme Lamarre : Je comprends que c'est
un avis de concordance, mais, en même temps, je considère que le fait qu'on ait soustrait les gens de la Baie-James
à cette activité-là et qu'on l'enlève, ça crée un vide. Et, quand on
l'avait prévu dans la LSSSS, dans la
section
qui concernait les Cris et la Baie-James, bien, c'est parce qu'il devait y
avoir une possibilité. Si on avait,
par exemple, une situation où aucun médecin ne veuille faire des accouchements,
par exemple, ou ne se sente à l'aise
pour faire des accouchements, je pense qu'il faudrait pouvoir prévoir quelque
part dans la loi un endroit où le
CRSSS de la Baie-James pourrait revendiquer
à juste
titre la présence d'un médecin qui veuille faire des
accouchements et que ce soit dans ses obligations.
Le Président (M. Tanguay) : Merci.
Alors, y a-t-il d'autres interventions sur l'amendement du ministre à l'article 37?
S'il n'y en a pas — et
je n'en vois pas — nous
allons procéder au vote. L'amendement est-il adopté?
Mme Lamarre : Sur division.
Président (M. Tanguay) : Adopté sur division. Alors, l'article 37, tel
qu'amendé, devient l'objet de
notre débat. M. le ministre, y a-t-il des remarques particulières?
Le Président
(M. Tanguay) : Y a-t-il des interventions sur 37 tel qu'amendé? Je
n'en vois pas. Alors, nous allons procéder aux voix sur
l'article 37 tel qu'amendé. Est-il adopté?
Mme Lamarre : Sur division.
Le Président (M. Tanguay) : Il est
adopté sur division. M. le ministre, pour la suite des choses.
M. Barrette : 38. Nous n'avons pas
d'amendement à déposer à 38.
Le Président (M. Tanguay) :
Pouvez-vous nous en faire la lecture, s'il vous plaît?
M. Barrette : Alors, l'article du projet
de loi, c'est :
L'article 530.57 de cette loi est abrogé.
Alors, on
fait toujours référence à LSSSS. À 530.57, initialement — que
l'on abroge — on
faisait référence aux dispositions des articles 360 à 366.1. Ça se
lisait comme suit :
«Les
dispositions des articles 360 à 366.1 sont applicables. À cette fin,
l'établissement établit une liste d'activités médicales particulières selon les règles prévues aux articles 361
et 361.1 et exerce les autres attributions d'une agence; en outre, l'expression "le département régional
de médecine générale" désigne le conseil des médecins, dentistes et
pharmaciens de l'établissement.»
Alors, évidemment,
comme, précédemment, on a abrogé les références à 360 à 366.1, c'est de la
concordance, tout simplement. C'est le même principe que précédemment.
Président (M. Tanguay) :
Merci. Y a-t-il des interventions sur 38? Je n'en vois pas.
Alors, nous allons procéder aux voix sur l'article 38. Est-il adopté?
Mme Lamarre : Sur division.
Le Président (M. Tanguay) : Il est adopté
sur division. M. le ministre, pour la suite des choses.
Barrette : Alors, à 39, nous
avons un très court amendement à proposer qui est un amendement qu'on vous distribue à l'instant, qui est de nature purement
linguistique.
Le Président (M. Tanguay) : Merci.
Alors, nous allons... Il est...
M. Barrette : C'est très court, M.
le Président, là.
Président (M. Tanguay) :
Oui. Alors, le page est en train de le distribuer. Alors, je vous en prie, de
nous en faire la lecture et quelques commentaires.
Barrette : Alors, à 39, on
tombe dans un nouveau chapitre, le
chapitre V, qui traite des dispositions diverses et transitoires. Et, à 39, nous déposons un amendement,
l'amendement suivant :
Modifier l'article 39, proposé par l'article 1 du projet
de loi, par le remplacement, dans le
texte anglais, de «may not» par «cannot».
Alors, on comprendra que «may not», c'est une possibilité,
alors que «cannot», c'est une obligation.
Le Président (M. Tanguay) : Parfait.
Y a-t-il des commentaires sur cet amendement?
Mme Lamarre : Je prends juste le
temps de bien lire l'ensemble de l'article, M. le Président.
Le Président (M. Tanguay) : Oui.
Alors, chers collègues, compte tenu de l'heure,
la commission suspend ses travaux jusqu'après les affaires courantes, vers
15 heures. Merci.
(Suspension de la séance à 11 h 59)
Le Président (M. Tanguay) : Alors, à
l'ordre, s'il vous plaît! La commission reprend ses travaux.
Je vous
rappelle que le mandat de la commission est de poursuivre l'étude détaillée du projet de loi n° 20, Loi édictant
la Loi favorisant l'accès aux services de médecine de famille et de médecine
spécialisée et modifiant diverses dispositions
législatives en matière de procréation assistée. Je demande à toutes les personnes présentes dans la salle de
bien vouloir éteindre la sonnerie de votre téléphone cellulaire.
Avant la suspension de nos travaux, nous étions
rendus à l'amendement déposé par le ministre à l'article 39 introduit par l'article 1. Le ministre
avait eu l'occasion d'en faire la lecture. Y a-t-il
des interventions? À moins que, M. le ministre, vous aviez des
choses à ajouter?
M. Barrette : Pendant que nos collègues lisent la version
anglaise qu'on vient de distribuer, là, je vais peut-être lire la phrase qui, théoriquement, pourrait être trop
faible... bien, pas faible, c'est juste une question de sémantique en anglais, là. Je vais lire la phrase. O.K.? «...certain amendments to the terms and conditions of remuneration
applicable to physicians would improve
access to insured services within the meaning of that act and that an agreement
may not be reached on the amendments
with the representative organization...» «May not», c'est «cannot», là, ici,
là, qu'on change. On enlève «may not» par «cannot».
Et, si on va à la version française, où c'est
peut-être plus facile à suivre, là, je vais relire le 39 en français :
«Malgré l'article 19 de la
Loi sur
l'assurance maladie (chapitre A-29) et toute disposition d'une entente visée à
cet article, lorsque le ministre est
d'avis que certaines modifications aux conditions et modalités de rémunération
applicables aux médecins [permettant] d'améliorer l'accessibilité aux
services assurés au sens de cette loi et que ces modifications ne peuvent être
convenues avec l'organisme représentatif concerné dans un délai qu'il estime
[raisonnable,] il peut apporter ces modifications, avec l'approbation du Conseil
du trésor.»
Alors, en
français, ce que ça dit, là, que ça ne peut pas, là, ça ne marche pas, alors
qu'en anglais, dans la version, «may
not», c'est «ne pourrait pas marcher». Alors, il faut laisser de la place à la
négociation. Puis, quand la négociation, c'est clair que ça ne marche pas, bien là, avec l'approbation du Conseil
du trésor, on peut poser le geste. Alors, en anglais, on laissait une
porte ouverte à peut-être des excès qui est fermée avec «cannot» plutôt que
«may not».
Le Président (M. Tanguay) : Merci
beaucoup. Y a-t-il d'autres interventions? Collègue de Taillon, la parole est à
vous.
Lamarre : Bien, ma lecture de l'article 39 me dit que le ministre
aurait la possibilité d'introduire les frais accessoires à l'intérieur
d'une négociation imposée...
M. Barrette : Non, non, ça, ce n'est
pas ça.
Le Président (M. Tanguay) : M. le
ministre.
Lamarre : Il aurait cette latitude-là s'il le voulait.
Barrette : Non, pas du tout. Pas du tout. Alors là, M. le Président,
je vais quand même donner quelques points de clarification parce que c'est vrai que ça peut être plus difficile,
là. Ici, on parle de l'article 19 de la Loi d'assurance maladie. Donc, on parle de la rémunération des
médecins, et la rémunération des médecins est le résultat d'une
négociation. C'est ça, la Loi d'assurance
maladie, il y a une négociation. Et l'article 39, c'est ça, sa finalité. Si on
veut négocier un changement qui, dans
certaines circonstances, pourrait aider la question de l'accessibilité et que
la négociation traînait — la négociation, pas les frais accessoires — cet
article-là permet au ministre d'arriver puis de dire avec l'approbation du
Conseil du trésor : Voici, je fais un remaniement dans la masse. Je ne
négocie pas la masse, je fais un remaniement dans la masse, je recommence.
Actuellement,
il y a une entente. Ce qu'on négocie, les gouvernements, avec les fédérations
médicales, c'est une masse. Cette
masse-là, elle est distribuée selon les activités cliniques de spécialité ou de
médecine générale. Admettons, là, que, du jour au lendemain, là, on
constate que, pour améliorer l'accès, par exemple, c'est un exemple, on décide
de dire : Bien là, déplacez donc votre
argent de telle place à telle place dans la même masse. Pas dans une masse
nouvelle, dans la même masse. Bien là, il y
a une négociation. Et, s'il advenait que cette négociation-là était butoir,
qu'il n'y ait pas de résolution
possible, l'article 39 permet au ministre de faire un remaniement à l'intérieur
de la masse déjà négociée. Voilà.
Alors,
ce n'est pas du tout un
article qui permet d'imposer des frais accessoires, ou
de ne pas en imposer, ou de faire ceci, de faire cela.
Le Président (M.
Tanguay) : Collègue de Taillon... Ah! collègue de Lévis.
M. Paradis (Lévis) : M. le Président, je comprends donc que c'est une redistribution de
l'argent déjà disponible en fonction, par exemple, d'une accessibilité
accrue.
Barrette : Je vais donner un exemple, un exemple pratique sans nommer
personne. Si on déterminait qu'il y a
un problème d'accès lié à la rémunération d'une spécialité, par exemple, et
que, là, on disait à une des deux fédérations, un secteur d'activité en médecine de famille, là, là... Puis je vais
prendre un exemple simple, les soins à domicile. S'il advenait qu'on
dise : Bien là, les soins à domicile de fin de vie ne sont pas assez bien
payés, puis ça, c'est tellement mal payé
parce que les choix de la fédération ont été mauvais, puis les médecins n'y
vont pas, faute de rémunération, bien, avec
cet article-là, un ministre pourrait arriver puis dire : Bien là, c'est
bien plate, là, mais la masse, elle ne bouge pas, mais on remanie à l'intérieur de la masse, et je prends
dans le trop-perçu, et on le distribue, mettons, aux soins à domicile de
fin de vie, puis c'est ce que ça fait.
Le Président (M.
Tanguay) : Collègue de Lévis.
M. Paradis
(Lévis) : M. le Président, je comprends, là, et je me questionne... Je
vais un petit peu plus loin puis je devance
peut-être un peu, mais on me le dira, mais on est dans 39, puis, bon, 40 va
aussi se rapporter à ça, mais, cette fois, ça dans... on va... échelonné
dans le temps. Pourquoi jusqu'en 2020?
Barrette : O.K. Et ça, je vais donner la réponse tout de suite, M. le
Président. Ça, 39, c'est un
article que je pourrais qualifier
d'exception. Alors, ça, ça donne... Disons, dans la catégorie pouvoirs extrêmes,
là, c'est le pouvoir extrême. Ça veut dire
qu'avec cet article-là un ministre peut tout gérer, décider où va l'argent en
fonction de... et peut-être exposer une multitude de travail. C'est un
grand pouvoir, 39.
Alors,
en ce qui me concerne, ce pouvoir-là doit être limité dans le temps, d'où la
date butoir en 40. C'est pour ça. Et je vais être très franc, là, entre
de mauvaises mains, l'article 39 peut causer beaucoup de désordre. Ce n'est pas
un
article à être utilisé abondamment, c'est
un
article à être utilisé de façon exceptionnelle. Alors, si on me pose la
question : Avez-vous des idées, M. le ministre?, oui, j'en ai, puis je
vous en ai donné une, par exemple les soins à domicile pour les soins de fin de
vie. C'est tout.
11789 Le Président (M. Tanguay) :
Collègue de Lévis.
M. Paradis (Lévis) : M. le Président, vous comprendrez que, pour fins de compréhension
davantage, je comprends qu'il y a toujours cette notion avec
l'approbation du Conseil du trésor. Moi, je comprends bien, c'est parce
qu'on...
M. Barrette :
Bien, parce qu'à partir du moment où on touche à des dollars...
M. Paradis
(Lévis) : Mais, à la limite, dans un cas d'espèce, malgré la volonté
du ministre de... en tout cas, redistribuer la masse en fonction de besoins
dans un secteur spécifique, le conseil pourrait dire :
Malgré le fait
qu'on note une faiblesse dans
l'accessibilité, le conseil pourrait dire, à toutes fins utiles : Non, M.
le ministre, on n'accepte pas. Je veux dire, le Conseil du trésor a le
dernier mot sur cette redistribution-là.
M. Barrette :
Notre système parlementaire fait que, dès qu'il y a des dollars, il y a une
approbation du Conseil du trésor.
M. Paradis
(Lévis) : Même sur la redistribution? Parce qu'il n'y a pas d'argent
neuf.
M. Barrette :
Il n'y a pas d'argent neuf, il n'y a pas d'argent nouveau. Mais, comme c'est de
la circulation d'argent, c'est comme ça que ça marche dans notre système.
Le Président (M. Tanguay) : Collègue
de Taillon.
Mme Lamarre : Oui. Bien, je trouve
ça très intéressant parce qu'on arrive vraiment au choc de nos visions, qui
sont complètement différentes, mais qui pourraient très bien... Ce que le
ministre nous dit dans 39, c'est que, jusqu'au
31 mars 2020, il aurait la possibilité de demander un remaniement
dans la masse salariale des médecins pour faire en sorte que ce soit intéressant pour eux d'offrir des services
quand même dans les cliniques privées sans que ce soient les patients
qui paient.
Je rappelle
que les frais accessoires, pour l'instant et jusqu'au moment où on aura
approuvé le projet de loi n° 20, sont illégaux, ils n'existent pas
légalement. Ils n'existent pas légalement, ces frais accessoires là. Donc, ce
que nous demandons depuis le début des
échanges sur les frais accessoires, ce que l'Association médicale du Québec
propose, ce que l'association des médecins pour un régime public, ce que
les organismes demandent, c'est justement ce dont le ministre nous dit qu'il a le pouvoir de faire dans l'article 39,
c'est-à-dire imposer un remaniement à l'intérieur de la masse monétaire
qui a été négociée du côté des fédérations pour améliorer l'accès. On est
exactement, exactement dans la mission et
dans l'objectif qui est prévu. Donc, il y a possibilité pour le ministre de
demander qu'il y ait un déplacement à l'intérieur
de la même masse de certaines sommes qui permettrait aux médecins d'absorber
les frais accessoires, les frais dus aux technologies ou dus à certains
frais de cabinet pour certaines spécialités à l'intérieur de la masse.
C'est vraiment intéressant parce que le ministre
nous dit toujours que c'est autre chose, les frais accessoires, c'est à l'extérieur, les frais accessoires. C'est
à l'extérieur illégalement. C'est une pratique qui a été laissée et qui
s'est répandue dans les dernières années à
cause d'un certain laxisme, et là on a la possibilité clairement de remanier
dans la masse et de dire, par
exemple : Une activité vaut tant de dollars, et, parce qu'il y a des frais
de bureau plus importants pour certains
sous-types d'activités ou certains sous-types de spécialités, eh bien, on
dira : Au lieu d'être 30,30 $, ce sera 30,50 $, ou ce
sera 20,50 $, ou ce sera 10,50 $. Tout cet équilibre-là, le
remaniement de l'argent à l'intérieur de la masse est possible dans 39.
Alors, c'est clair que le ministre refuse de
faire ça parce qu'il a fait le choix non pas d'absorber, comme gouvernement,
les frais — ce
qui peut s'expliquer s'il y a un contexte économique difficile — mais
il refuse de faire absorber ces frais-là à
l'intérieur de la masse monétaire des médecins et il impose aux citoyens de
payer pour ces activités-là qui sont
illégales. C'est illégal, donc il a toute la latitude pour dire : Non, j'arrête
ça, je demande, à l'intérieur des masses, qu'on réattribue les choses
pour qu'il y ait une reconnaissance des frais supplémentaires, mais je ne mets
pas plus d'argent et je ne demande pas aux Québécois de mettre plus d'argent.
Et là, si on
avait cette attitude-là et cette décision-là du ministre, on aurait vraiment un
ministre qui priorise les patients et
qui préserve l'équité dans l'accès. C'est vraiment, vraiment intéressant, et
moi, je trouve que cet article-là, c'est un
article qui mérite d'être bien présenté. Le ministre vient tout juste
de nous le dire, remaniement dans la masse. Il ne peut pas ajouter d'argent neuf, il ne peut pas en
retirer, de l'argent, on est d'accord, mais il peut remanier, il peut
imposer le remaniement dans la masse. Alors,
moi, je pense qu'il y a matière tout à fait à ce que le ministre réajuste
encore, et on l'exhorte à revoir
intensément sa décision au niveau des frais accessoires, et à faire preuve
d'une extrême prudence, et à utiliser
avec parcimonie ce devoir-là. Je vous dirais même qu'actuellement, si on estime
que l'argent, les sommes sont autour de 50 millions, ça pourrait
déjà être plus que ça, mais c'est sûr qu'à partir du moment où on va les
autoriser la tentation que tout puisse être
ajouté dans ça et que plus rien ne soit ajouté à l'intérieur de la masse, elle
est très grande.
On comprend
bien que, là, l'achat de tiges montées va passer dans les frais accessoires,
tout va être susceptible de passer
dans les frais accessoires parce qu'on crée ce précédent-là, on le justifie, on
le légalise, alors qu'historiquement, dans un honoraire de 30 $, bien, si on avait à utiliser des compresses
ou deux gouttes dans les yeux, on n'avait pas à charger deux dollars de
plus nécessairement. D'ailleurs, beaucoup de médecins ne le faisaient pas et
comprenaient que ces frais-là étaient inclus dans leurs frais de cabinet, dans
l'organisation de leur masse salariale globale.
Alors, moi,
j'aimerais que le ministre m'explique c'est quoi, la différence entre les
frais accessoires qu'il impose et le remaniement dans la masse salariale
qu'il est capable, qu'il a le pouvoir, par l'article 39, d'imposer lorsque la négociation ne fonctionne pas. D'abord, est-ce qu'il a demandé... La première étape
qu'on peut se poser, c'est : Est-ce qu'il a demandé aux deux organisations, aux deux fédérations de se pencher sur ça et
d'essayer d'arriver à une solution? On voit qu'il y a beaucoup de médecins qui sont d'accord pour ne pas avoir
de frais accessoires, ne pas être obligés de les imposer à leurs
patients et qui comprennent que ça menace toute la qualité et l'équité à
l'intérieur du système d'assurance maladie qu'on a. Donc, est-ce qu'il a tenté déjà
de leur proposer de réaménager dans leur masse salariale les frais accessoires?
Est-ce qu'il y a eu une demande ferme qui a été faite aux deux fédérations à
cet effet-là?
Le Président (M. Tanguay) : M. le
ministre.
M. Barrette : M. le Président, je ne
m'étendrai pas trop longtemps, mais je vais quand même faire quelques commentaires.
L'article 40, celui qui suit, là, la députée de Taillon
vient de nous faire la démonstration de la raison pour laquelle l'article 40 doit exister, parce qu'entre
certaines mains ça peut avoir des effets délétères et de perturbation du
réseau. C'est trop de pouvoir, et là la députée
de Taillon le démontre. Elle le démontre, elle ne peut pas
démontrer plus clairement là où ça nous mène parce qu'encore une fois
elle prend un argumentaire qui, disons, transforme la réalité pour avoir un argumentaire qui semble cohérent. Il est cohérent, d'ailleurs, mais qui semble
fondé et défendable, mais il ne l'est pas. Et il ne l'est pas pour la raison suivante. Ici, là, ça ne parle pas de frais
accessoires. Ici, ça parle d'une masse négociée avec une redistribution, pour le
même groupe de médecins, de tarifs. À la fin, là, la masse, elle ne change pas.
Il y a une redistribution dans les tarifs pour rééquilibrer les choses
s'il y avait un déséquilibre.
J'ai donné
l'exemple des soins à domicile de fin de vie, là. Moi, je peux vous dire une
affaire puis je l'ai déjà dit à la FMOQ,
si eux ne le font pas, moi, je vais le faire avec 39. Parce que rencontrez
n'importe quel médecin de famille, ils vont vous dire qu'ils ne sont pas payés adéquatement par rapport à leurs collègues
qui sont, par exemple, à l'urgence, qui, eux, sont payés abondamment. Ce n'est pas une critique, c'est un fait. Il y a
des asymétries qui entraînent des problèmes d'accès par un changement de comportement qui, lui, dépend
de la rémunération. C'est ça qui se passe dans la vraie vie. Mettez les
médecins à salaire, là, comme l'opposition officielle voudrait le faire, là, ou
Jean-Pierre Ménard, ou un autre, là, Contandriopoulos,
mettez-les à salaire, là, puis c'est terminé, c'est à... le travail, il n'y a
plus d'accès au Québec parce que c'est
le propre du salariat. Le propre du salariat n'encourage pas la productivité,
la vie est ainsi faite. Ce n'est pas une critique, c'est un constat.
Maintenant,
quand on arrive aux frais accessoires, comme le construit la députée de
Taillon, elle omet de dire que, pour
faire ça, ce n'est pas une redistribution de la masse, c'est de payer à
l'intérieur de la même masse des services, des équipements qui ne l'étaient pas. Donc, ça devient une taxe dirigée
spécifiquement chez les médecins. En français, ça veut...
M. Barrette : Bien oui, mais c'est
comme ça. En français, ce que ça signifie, ça signifie que... Parce qu'un
honoraire technique, ce n'est pas un revenu dans la poche du docteur, là, ça. Ça,
c'est un revenu d'opération, ça n'a rien à
voir. Mais là ça, ça veut dire qu'on dit aux médecins : Voici, là, vous
allez autofinancer le réseau. On va amener, pelleter, pelleter, pelleter des nouvelles affaires puis on va le
prendre dans vos honoraires professionnels. Là, évidemment, là, on tombe dans la philosophie politique de
gauche. C'est un argument je me serais attendu de l'entendre surtout par
Québec solidaire, mais là ça vient par le Parti québécois. Mais ça, ce n'est
pas surprenant, c'est souvent deux poids, deux mesures. C'est comme ça.
Alors, ce
n'est pas la même chose. Remanier la masse, ça ne change rien dans le revenu
global des médecins, zéro. Introduire de nouveaux services, de nouvelles
fournitures payés à même la masse, bien, c'est une diminution, c'est automatique. Et là cet amendement-là, plus on va
dans le sens légalement non fondé et dangereux de la députée de Taillon,
plus on est contestables. Ce n'est pas
négocié, là, c'est une imposition.
C'est une imposition. Ce n'est pas rien, là, ça, là. Ce n'est pas rien, et on peut comprendre les travers
vers lesquels ça peut nous mener. La députée de Taillon, M. le
Président, n'acceptera pas cet argument-là parce que, elle, tous les moyens
sont bons pour ne pas...
Mme Lamarre : M. le Président...
M. Barrette : Bien, j'allais
dire : Je ne pense pas qu'elle va accepter...
Le Président (M. Tanguay) : Juste
attendre qu'il finisse sa phrase, tous les moyens sont bons pour...
Barrette : Pour que les frais accessoires disparaissent et soient
imputés aux médecins. Ça, tout le raisonnement à date a été celui-là.
Bon, ça a été ça.
M. Barrette : Bien oui, mais...
Le Président (M. Tanguay) : C'est
quoi? O.K. Appel au règlement. C'était sur quel motif?
Lamarre : Non, M. le Président, mais la phrase s'enlignait autrement,
je suis contente de voir que le ministre s'est réajusté.
Le Président (M. Tanguay) : Oui,
c'est ça, je voulais juste...
Barrette : Non, mais c'est quand même extraordinaire, j'ai un appel au
règlement sur quelque chose qui n'a pas encore été dit.
Le Président (M. Tanguay) : Non,
mais c'est correct.
M. Barrette : C'est un appel
prémonitoire.
Le Président (M. Tanguay) : C'est
correct. Mais, pour tous les collègues...
Mme Lamarre : Basé sur l'expérience.
Le Président (M. Tanguay) :
...contrairement à la «Bush doctrine», on ne fera pas de frappe préventive.
Alors, attendons...
Barrette : C'est bon. Alors, on comprendra que
l'article 39 doit être accompagné de 40 parce que cet
article-là, entre des mains intempestives,
pourrait être dangereux, à commencer par une contestation. Voilà, c'est tout.
Ça, c'est un article, là, orienté vers le système, mis entre les mains
de, je l'espère, quelqu'un qui a du jugement pour le faire — je
parle de moi, là — et
d'où la date de péremption en 2020. C'est tout.
Le Président (M. Tanguay) : Collègue
de Taillon, la parole est à vous.
Lamarre : Oui. Bien, je trouve que c'est très intéressant encore une
fois cet après-midi parce que le ministre a dit que, s'il imposait le remaniement de la masse des médecins en
incluant les frais accessoires, ça deviendrait une taxe dirigée sur les médecins. C'est ça qu'il dit.
Alors, ce qu'il fait, c'est qu'il met une taxe sur les patients. C'est
exactement ça. Et pourquoi ça ne deviendrait
pas une taxe dirigée vers les médecins? C'est qu'il est encore temps d'arrêter
l'hémorragie en disant clairement que le
50 millions peut s'intégrer dans le 6,8 milliards de dollars. Et mon
collègue Sylvain Pagé, le député des Laurentides, député de...
Mme Lamarre : ...Labelle — merci — donnait
une très belle image. Ça représenterait, là, le 50 millions de frais accessoires, sur le 6,8 milliards de
l'enveloppe totale des médecins, l'équivalent de quelqu'un qui aurait
700 $ dans ses poches et qui
accepterait de prendre 1 $, 1 $ sur les 700 $, pour dire :
On continue et on préserve le fait que les services médicaux, quand on va voir un médecin, ça ne
coûtera pas d'argent supplémentaire aux patients. Équitablement, à tous
les Québécois, on enlève la médecine à deux vitesses. C'est ça