Public Finance — 10 September 2015 (41st Legislature, 1st Session)
CFP 2015-09-10
Quebec — Committees
Quand je
parlais tantôt de la GRI, Fondaction, avec la dernière génération des
indicateurs de performance de la GRI,
qui date de 2013, Fondaction a été la première institution financière en
Amérique du Nord à s'y être conformée. D'autres,
bien sûr, s'en viennent, mais c'est quand même une référence qui nous semble
pertinente par rapport à notre engagement,
qui est dans notre loi, tourné vers les enjeux du développement durable, de
l'économie sociale, et du soutien, et de l'accompagnement de la PME
québécoise.
engagement de Fondaction aussi dans la lutte aux changements climatiques, ça
s'inscrit dans des initiatives qu'on peut retrouver... de développement
durable, notamment le lancement récemment de la Coop Carbone, qui va permettre à des organisations qui le souhaitent
d'explorer les conditions à réunir pour réduire leurs coûts de
consommation de carburant mais aussi leurs
émissions de gaz à effet de serre; l'engagement aussi, avec le gouvernement du
Québec, dans la mise en route du Fonds
Biomasse, qui va permettre de financer les projets de conversion
d'installations de chauffage en utilisant la biomasse forestière
résiduelle, une source énergétique qui est renouvelable.
Fondaction représente aussi un levier privilégié
d'épargne-retraite. En avril 2013, le rapport D'Amours... on sait les considérations qui ont été apportées dans
le rapport D'Amours. Je vous dirai que la majorité des actionnaires de Fondaction sont des petits et moyens épargnants
aux revenus modestes, qui sont inférieurs à 50 000 $. Une majorité
des souscriptions reçues proviennent de la
retenue sur le salaire, mais on est accessibles à l'ensemble des citoyens
payeurs de taxes, et une cotisation
annuelle... la cotisation, elle est autour de 2 500 $, c'est-à-dire à
peine la moitié, hein, du maximum qui
serait admissible. Et ça permet aux cotisants de profiter immédiatement de
déductions fiscales sur leur salaire et de réduire l'impact sur leur
salaire net à chaque paie.
Fondaction,
au 31 mai, c'était un actif de près de 1,4 milliard,
128 732 actionnaires. Et, si on regarde les investissements de Fondaction et de Filaction...
Parce que Filaction, c'est 100 % de l'argent de Fondaction qui
intervient dans des plus petits projets, et,
si on met ça ensemble, on est présents directement dans autour de
200 entreprises. Et, quand on
ajoute les entreprises financées par la cinquantaine de fonds spécialisés et de
fonds privés spécialisés qui investissent directement dans des
entreprises, il y a de l'argent de Fondaction dans à peu près
850 entreprises au Québec.
investissements sont ceux d'un fonds diversifié, on est axés sur la PME puis
l'innovation. Les investissements directs qui sont réalisés sont centrés
sur les plus petites entreprises et les moyennes. Une analyse du portefeuille
avait démontré il y a quelque temps que
93 % des entreprises dans lesquelles Fondaction est investi avaient moins de
200 employés et 87 % de nos
investissements directs en entreprise sont de moins de 2 millions. Alors,
des légendes urbaines qui
prétendraient que les fonds de travailleurs ou, en tout cas, Fondaction aussi
sont autre chose que du soutien à la PME, je vous dirai qu'il faut y
regarder quelques fois avant de dire ça.
Fondaction
participe avec le gouvernement du Québec à plusieurs projets, au financement
aussi de fonds spécialisés, de fonds
en capital de risque pour appuyer le développement d'entreprises innovantes. On
s'inscrit en complémentarité, hein,
aussi, avec ces fonds-là, plutôt qu'en concurrence, autant, donc, par
l'approvisionnement de fonds spécialisés que par le co-investissement avec ces fonds, à côté de ces fonds-là. On a
ceci de particulier que notre espérance de... on n'est pas... Le fonds est pérenne, de telle sorte qu'il
y a moins de contraintes dans la durée pour son investissement qu'un
fonds qui doit se liquider dans sept ou cinq
ans... ou sept ans. Alors, ça, c'est quelque chose qui nous semble important et
qui est complémentaire à ce qui existe, et
c'est pertinent dans la chaîne de financement de pouvoir répondre à différentes
catégories de besoins des entreprises et de fournir des outils de financement
qui sont diversifiés.
Alors,
Fondaction a des impacts positifs sur
l'économie, qui ont été démontrés par une étude d'impact qui
a été confiée à l'IREC, à l'Institut de recherche en économie contemporaine.
Et je vous dirais que, si on regarde les revenus fiscaux et parafiscaux qui découlent de nos interventions, en prenant le
modèle économétrique d'Investissement Québec, en travaillant avec l'Institut de la statistique, l'IREC a démontré que,
pour un coût du crédit d'impôt à 25 %, qu'il était l'an dernier, pour un coût du crédit d'impôt de
48 millions, c'est 82,6 millions qui a été encaissé. Et cela porte
seulement sur une
partie de nos activités, parce qu'on n'a pas été calculer
notre portion des impacts fiscaux et parafiscaux des investissements par les
fonds privés de capital de risque, uniquement pour les investissements directs
Fondaction et Filaction. C'est en faisant
porter la totalité du coût du crédit d'impôt. Ça veut dire que, pour chaque
dollar dépensé par le gouvernement du
Québec, il est rentré l'an dernier 1,72 $ découlant de nos
investissements. L'IREC calcule aussi que ça a conduit à maintenir et à créer, cette fois-là en faisant une
prolongation sur les fonds spécialisés, environ
30 937 emplois.
Fondaction souhaite investir davantage dans
l'économie québécoise grâce à la croissance de son actif, tout en maintenant sa diversification à un moment où sa
taille optimale n'est pas encore atteinte. Le modèle fonds de
travailleurs, pour atteindre sa taille
raisonnable, c'est autour de 3 milliards, et là il faut avoir atteint ça
avant d'être rendu à maturité, je veux
dire par là : Avant que les sorties correspondent aux entrées. Il faut
avoir plus d'entrées que de sorties, et ça, c'est important, à ce
moment-ci de notre histoire.
Fondaction
est satisfait que le rapport Godbout reconnaisse l'impact positif des fonds
fiscalisés. Par contre, on reviendra
sur l'aspect de l'écart du crédit d'impôt actuel pour Fondaction, qui est
extrêmement important et qui n'est pas en relation avec ce qui peut
arriver avec le crédit d'impôt fédéral. Fondaction estime donc que c'est
nécessaire d'avoir ça. Ça a à voir avec ses
frais d'opération, mais aussi et surtout avec la diversification de son
portefeuille puis la profondeur du portefeuille.
Bon, le
rapport Godbout recommandait de hausser la norme d'investissement et le
pourcentage des investissements admissibles
à 70 %, et le budget du ministre Leitão l'a placée, progressivement sur
cinq ans, de 1 % par année jusqu'à 65 %. Si Fondaction estime
qu'on peut assumer progressivement cette hausse jusqu'à 65 %, toute
augmentation supplémentaire représenterait un défi d'application extrêmement
important. Parce qu'on doit demeurer... On n'est pas un capital... On n'est pas un fonds de capital de risque
spécifiquement et entièrement dédié. Alors, la
partie capital risqué, qui doit être calibrée avec une
partie
présente sur les marchés financiers pour stabiliser les rendements, on
respecte et on va suivre la décision du ministre des Finances, mais on trouve
que jusqu'à 70 %, c'est trop haut par rapport à l'équilibrage d'une épargne-retraite de monde qui n'ont pas des salaires
à tout casser. Alors, ça, il nous semble important.
finalement, concernant la durée minimale de détention des actions dans un fonds
de travailleurs, là, de passer ça de
deux à cinq, nous, on trouve que c'est passer à côté de... c'est ne pas tenir
compte de la véritable nature d'un fonds de travailleurs. Parce que le fonds de travailleurs, là, ce n'est pas comme
un REER que vous pouvez racheter quand vous voulez. Le fonds de travailleurs, il est acquis jusqu'à la prise de
retraite, sauf quelques dispositions d'exception. Alors, si on veut... Et donc il y a une durée longue que ça
implique, à moins d'adhérer à deux ans de la retraite, là. Quelqu'un qui
découvrirait Fondaction à l'âge de 63 ans, bon, ça se peut, mais je vous
dirai que ce n'est pas la majorité, quand même,
là. On fait notre travail autrement. Alors, si on veut prolonger la durée de
détention, peut-être qu'il pourrait y avoir un alignement, compte tenu que l'âge de la retraite se déplace vers 67,
quand on pense au Régime de pensions du Canada, peut-être que vous pourriez permettre que l'admissibilité au crédit
d'impôt fonds de travailleurs soit permise jusqu'à 67 ans. Alors,
pour le REER, elle l'est jusqu'à 71, on le sait, bon. Donc, ça, ça... Et en
maintenant la durée minimale.
Voilà, ça résume, M. le Président. On a voulu
faire porter notre intervention sur ces recommandations-là et commenter celles du rapport Godbout. Pour le
reste, vous recevez plusieurs intervenants très compétents en matière de
fiscalité qui, sans doute, vous apporteront un éclairage très pertinent.
Président (M. Bernier) : Merci, M. Beaulieu. Effectivement,
vous faites valoir les éléments sur lesquels vous êtes le plus
spécialisés. C'est fort intéressant. M. le ministre, la parole est à vous.
Leitão : Très bien. Merci, M. le Président. Alors, merci beaucoup, Mme
Morin, M. Beaulieu, M. Chenard. Merci
d'être venus, de nous faire part de vos commentaires sur le rapport Godbout,
mais aussi d'autres questions un peu plus générales.
J'en conviens
très bien avec vous que... l'importance de Fondaction dans l'économie
québécoise, et des fonds des travailleurs en général. C'est quelque
chose qu'on tient en considération et qu'on apprécie beaucoup.
Pour ce qui
est, donc, des règles et les 70 % qui étaient recommandés par le rapport
Godbout, au budget on a choisi une autre route. Nous n'avons pas
intention de rechanger ça à nouveau. Donc, de ce côté-là, si ça peut vous
rassurer, soyez rassurés.
Maintenant, juste quelques petites questions
avant de passer la parole à mes collègues. Peut-être deux choses, deux sujets
que je trouve intéressants. En termes, donc, de promouvoir l'épargne, c'est
parce que c'est nécessaire de promouvoir
l'épargne. Comme vous avez mentionné, beaucoup des personnes qui investissent
dans Fondaction sont des petits
investisseurs, des petits épargnants. Alors, pensez-vous qu'un redosage du
régime fiscal, tel que proposé, de façon générale, par Godbout, un tel
redosage qui, théoriquement, contribuerait à augmenter l'épargne... Est-ce que
vous pensez que c'est une avenue à suivre? Voilà.
Le Président (M. Bernier) :
M. Beaulieu.
Beaulieu (Léopold) : Je vous dirais que, pour l'ensemble des
travailleuses et des travailleurs, plus d'épargne, ça suppose être au travail. Et une fiscalité... De
façon générale, la recherche d'une fiscalité qui soit équitable entre les
plus petits puis les plus grands,
entreprises et revenus des personnes, et qui soit suffisante aussi... sont
certainement des préoccupations qui sont portées par l'Assemblée
nationale, et par nos dirigeants, et par le Conseil des ministres, et le
ministre des Finances. Alors, ça, ça me
semble quelque chose de fondamental, et donc ça veut dire que, quant à moi
personnellement, j'estime que, la fiscalité,
que ce soit vers les entreprises, il y a peut-être des correctifs, des
ajustements qui sont requis en termes d'équité la meilleure, mais,
globalement, elle ne met pas le Québec en dehors de la mappe. Je ne crois pas.
Par ailleurs,
c'est plus du côté aussi, à la fois,
du travail et du développement des entreprises, et préserver... Et je vous soumets qu'il
est important de préserver, dans la refonte de la fiscalité... de préserver... ou
dans la révision de la fiscalité, de
préserver un espace d'intervention soit d'encouragement... soit qui est
pénalisante ou qui est encourageante, pour
impulser les axes prioritaires du développement
économique du Québec. Parce qu'il y a derrière ça du succès
pour les entreprises, et il y a derrière ça du développement de marchés, et il
y a derrière ça de l'emploi. Alors, c'est à ça que je voudrais parler.
Quant à
l'encouragement à l'épargne-retraite, nous existons pour ça. Et on a ceci de
particulier que ça permet... et c'est un double avantage qui est assez
exceptionnel, c'est celui de pouvoir encourager à l'année, hein, la
constitution d'épargne-retraite, ça fait
prendre l'habitude de l'épargne-retraite, c'en fait la promotion de sa
nécessité — et on
sait que c'est pertinent ici
aujourd'hui — et ça
permet aussi de soutenir, sur une base qui sort des conjonctures plus
difficiles ou moins difficiles... ça permet de continuer à soutenir les
entreprises, parce qu'on est avec une croissance et appelés à réinvestir régulièrement. Ceci, ce sont deux éléments qui sont fondamentaux, déterminants pour
la pertinence et l'intelligence du gouvernement du Québec d'avoir choisi
de créer, de mettre en place les fonds de travailleurs, les fonds fiscalisés et
de continuer à les soutenir.
Le Président (M. Bernier) :
Merci. M. le ministre.
Leitão : Merci. Sur un autre
sujet, que je trouve aussi intéressant et que vous avez... Fondaction est
impliqué là-dedans depuis un certain temps,
même un des pionniers au Québec en termes de développement durable, c'est
le rôle de l'écofiscalité dans le développement durable. Alors, pensez-vous que la fiscalité a un rôle à jouer dans le processus de contribuer à changer les
comportements, d'essayer de nous rendre un peu plus actifs sur ce point-là?
Le Président (M. Bernier) :
M. Beaulieu.
Beaulieu (Léopold) : De l'écofiscalité... Il y a un certain nombre de
mesures qui seraient à effet neutre, pour lesquelles on n'est pas les seuls à avoir fait un certain nombre de recommandations.
Je sais qu'il y a des organisations qui s'en soucient puis avec lesquelles on participe et avec lesquelles on
collabore. Je crois que Fondaction, dans sa propre raison d'être, c'est incontournable pour nous, ça fait
partie de la génétique de Fondaction que d'avoir cette ouverture pour y
tenir.
Alors donc,
on a, à la fois dans notre sélection de placements sur les marchés financiers,
à tenir compte de ces préoccupations-là. Hein, on parlait des PRI
tantôt, mais, dans nos investissements directs et dans le choix des fonds
spécialisés dans lesquels on souhaite investir ou on accepte d'investir, cette
préoccupation-là est présente, et il y a un certain
nombre d'innovations, là, auxquelles on contribue, là, à Fondaction. Donc, ça
fait carrément
partie de notre raison d'être
depuis que l'Assemblée nationale a voté une loi créant Fondaction, en
juin 1995, puis on a ouvert les portes, en 1996, avec une mission
dont pas un seul mot n'a été changé et qui témoigne de cet engagement dans le
développement durable, pas en termes
d'expressions fourre-tout, mais très concrètement sur la conjugaison des
impacts de nos partenaires et des entreprises.
Alors, le
travail à faire pour investir avec pertinence dans des entreprises qui vont
être en énergies renouvelables, dans des entreprises qui développent des
technologies innovantes qui sont moins productrices de gaz à effet de serre, Fondaction est présent à Écotech Québec, qui est
la grappe sur les technologies propres, depuis le début qu'on est là.
Alors, on est très impliqués, et ma réponse est, sans ambages et sans
hésitation, oui, M. le ministre...
Président (M. Bernier) : Merci. M. le ministre.
M. Leitão :
Merci beaucoup.
M. Beaulieu
(Léopold) : ...là-dedans. Votre prédécesseur, M. Nicolas Marceau, le
sait.
Le Président (M.
Bernier) : Merci, M. Beaulieu. M. le député de Pontiac.
Fortin (Pontiac) : Oui. Merci, M. le Président. Merci, M. Beaulieu, M.
Chenard, Mme Morin, c'est un plaisir de
vous avoir. Je vais revenir sur la question initiale du ministre. Parce que
j'ai bien entendu sa question, j'ai entendu votre réponse et je ne suis pas certain d'avoir
nécessairement entendu les éléments auxquels, moi, je m'attendais. Donc, je
veux revenir sur la question comme telle.
que le rapport Godbout propose en lien avec la fiscalité pour les particuliers,
c'est-à-dire, de façon générale, là, la diminution du taux d'imposition
et l'augmentation des taxes à la consommation, pour vous, pour Fondaction, qu'est-ce que ça veut dire par rapport à vos
épargnants, aux gens qui investissent? Pour ces gens-là, est-ce que vous
croyez que ça leur permet davantage d'épargne, une fonction comme ça, une
proposition comme ça?
Le Président (M.
Bernier) : Merci. M. Beaulieu.
Beaulieu (Léopold) : C'est possible que ce soit démontrable. Nous, on
n'a pas... je n'ai pas la prétention... on n'a pas trouvé, on n'a pas vu d'impact positif nécessairement. Il y a
des inquiétudes là-dedans. L'effort d'avoir un impact nul, neutre,
suppose que la fiscalité serait déjà satisfaisante et suffisante. Et par
ailleurs, quand tu fais 200 000 $ par année, l'épicerie a beau coûter
plus cher, elle ne coûte jamais aussi cher dans la proportion que l'épicerie
coûte à une famille qui gagne
60 000 $, 70 000 $ par année. Alors, je parle du salaire
d'un individu par rapport à un salaire familial. Alors, voyez-vous, il y a certainement, avec la série de prises en
compte et d'exemptions, une complexité là-dedans pour garder une équité qui fait que... pour nos actionnaires,
ceux qui souscrivent, qui épargnent à Fondaction et qui, comme je vous le disais tantôt, gagnent moins de
50 000 $ par année, là. S'ils sont deux, ça fait 100 000 $,
c'est tant mieux s'ils sont deux à l'ouvrage. Puis il y a aussi le
système des garderies qui doit être incitatif, et pour qui. Alors, il y a
beaucoup, beaucoup à étudier et à regarder non seulement globalement, mais dans
chacune de ses parties, l'ensemble des recommandations de la commission.
Le Président (M.
Bernier) : M. le député de Portneuf.
Matte : Merci, M. le Président. Bon matin et bienvenue à la Commission
des finances publiques, M. Beaulieu, et ainsi qu'à vos accompagnateurs.
Dans votre préambule, vous avez mentionné, puis je ne suis pas sûr d'avoir bien
compris, c'est pour ça que je reviens, vous avez mentionné qu'en considérant
qu'il y avait une déduction fiscale de 25 %
il y avait un impact fiscal, là, monétaire de 48 millions qui procurait un
avantage, là, de 82 millions. J'aimerais ça, là... Est-ce que c'est
ça que j'ai compris ou... J'aimerais que vous puissiez revenir sur votre
exposé.
Le Président (M.
Bernier) : M. Beaulieu.
Beaulieu (Léopold) : D'accord. Alors, oui, c'était 25 % et, dans
le dernier budget, ça a été diminué à 20 %. Mais le calcul pour l'année qui vient de se terminer, il est sur
25 %. Alors, le calcul d'impact est de retour — il est sur cette période où c'était
25 % — depuis
quelques années déjà.
Alors, le coût a été
celui que je vous mentionnais, et c'est l'IREC, avec lequel le travail... Vous
voulez savoir comment le calcul est effectué?
M. Beaulieu
(Léopold) : Bon. Alors, on prend le modèle économétrique de mesures
d'impact et de revenus fiscaux ou
parafiscaux d'Investissement Québec. Alors, ça, c'est quelque chose qui a été
prouvé, qui est en route depuis des années.
On prend aussi... Bien sûr, on a besoin de l'Institut de la statistique pour
faire les transpositions et on a confié à l'IREC le soin, qui est un
tiers par rapport à nous, d'établir le calcul des retombées.
Alors,
on est présents dans des fonds spécialisés, une cinquantaine de fonds
spécialisés, c'est facilement 650 entreprises
là-dedans, là, mais on n'a pas fait le calcul, parce que ce serait très
fastidieux à faire, on n'a pas fait le calcul de l'impact sur les
investissements de ces fonds-là dans les entreprises et la
partie qui
correspond à l'argent de Fondaction. On n'a
pas fait ce calcul-là. On a fait tout porter le fardeau du coût du crédit
d'impôt sur les investissements directs
à l'entreprise de Fondaction et de Filaction. Et, en appliquant le modèle — on n'a rien inventé — en appliquant le modèle, ça fait en sorte que le retour a été,
l'équivalent pour un dollar dépensé, de 1,72 $. Mais, en réalité, je ne
sais pas combien ça nécessiterait d'efforts pour arriver à faire le
calcul complet, mais ce serait plus, hein?
Le Président (M.
Bernier) : M. le député de Laval-des-Rapides.
M. Polo : Merci beaucoup, M. le
Président. M. Beaulieu, Mme Morin, M. Chenard, bonjour. Ça fait grand plaisir de vous voir ici. Effectivement, M. Beaulieu, vous êtes à même de savoir que je connais quand même quelques personnes chez Fondaction, et notamment Filaction, effectivement. Vous nous avez
beaucoup parlé, puis je comprends votre inquiétude et celle de vos
membres associés, là, au crédit d'impôt.
Ceci dit, la
semaine dernière, M. Godbout et ses collègues nous ont non seulement présenté
leur rapport, mais nous ont expliqué
de quelle façon leur réforme touche également les sociétés. Et j'aimerais vous
amener un petit peu plus à ce
niveau-là, parce qu'une des statistiques qu'ils nous ont présentées, justement,
c'était l'impact de réduire la dépendance aux... si on peut dire, réduire l'imposition des sociétés et augmenter,
si on peut dire... et faire une révision des dépenses fiscales.
Notamment, à travers les bienfaits, on parle, par exemple au niveau de la
compétitivité améliorée pour les sociétés, de faire justement... ça aiderait le
Québec à la compétitivité de nos entreprises. Et notamment une réduction
proposée ferait passer le taux de 2,7 % à 1,6 % pour toutes les PME,
O.K., à ce niveau-là, autour... l'imposition par rapport aux secteurs
primaires, manufacturiers et autres secteurs également.
Vous, de votre perspective, parce que je sais
que vous l'avez mentionné, vous êtes très présents au niveau de l'économie
québécoise, et notamment au niveau des PME, et même certaines PME dans certains
secteurs plus avant-gardistes, à cause
justement de la couleur que
Fondaction et Filaction ont lorsqu'ils analysent les dossiers
d'entreprises, comment vous analysez ça pour
le bienfait de vos clients, si on peut dire, là, des entreprises que vous
soutenez ou de celles que vous souhaiteriez appuyer dans le futur?
Le Président (M. Bernier) :
Vous avez une minute, M. Beaulieu. Il nous reste une minute au temps du gouvernement.
M. Beaulieu (Léopold) : O.K. Une
minute? Deux minutes?
Le Président (M. Bernier) :
Une minute.
M. Beaulieu (Léopold) : Parfait.
Alors, l'impact d'une réduction du fardeau fiscal se traduit directement en rémunération des actionnaires, et les entreprises
qui ont les moyens investissent sur les marchés financiers, et, pour qu'elles réinvestissent
dans leur développement, ça prend des perspectives de marché. Alors, nous, on
travaille à essayer d'accompagner nos PME pour que justement elles
soient en mesure d'avoir des débouchés de marché, parce qu'elles existent pour ça, pour faire du... pour agir. Et
on essaie de choisir nos PME qui sont avec un impact positif sur les
enjeux du développement plus vert de notre économie.
Le Président (M. Bernier) :
Merci beaucoup. M. le député de Rousseau.
M. Marceau :
Oui, merci. Merci, M. le Président. Alors, bonjour, M. Beaulieu, Mme Morin, M.
Chenard. Bien, merci pour votre mémoire. J'ai quelques questions
concernant les recommandations précises de M. Godbout et des gens qui l'ont aidé. Tout d'abord, j'aurais voulu
vous poser des questions sur la durée minimale de détention d'actions,
là, une recommandation que vous suggérez de
ne pas retenir, d'une certaine manière, et puis vous suggérez, en fait, d'augmenter l'âge d'admissibilité au crédit
d'impôt de 65 à 67 ans. Peut-être nous expliquer votre position. Puis
je vous poserai aussi quelques questions plus précises par la suite, si
vous permettez.
Le Président (M. Bernier) :
M. Beaulieu.
Beaulieu (Léopold) : Oui. La durée minimale de cinq ans, c'est parce
qu'un REER, de façon générale, vous pouvez
retirer ça quand vous voulez, de façon générale. Quand vous épargnez dans un
fonds de travailleurs, vous épargnez, et les sommes que vous épargnez à
Fondaction ou au Fonds de solidarité, là, au fonds de travailleurs, c'est
jusqu'à la retraite, jusqu'à la prise de retraite, et c'est clair que la durée
de détention chez nous, elle est bien plus que cinq ans. Mais l'impact est...
Si on veut
s'adresser à des institutions d'autre nature, qu'on précise ça, mais pas sur
les fonds de travailleurs, qui, eux,
ont déjà l'épargne que la personne ne peut pas retirer, sauf situation
exceptionnelle, et qu'elle doit conserver jusqu'à sa prise de retraite. Et, étant donné... Et, si c'est
pour une durée d'allongement de la période de détention, eh bien, peut-être
que ce serait intéressant de pousser jusqu'à
67, parce que c'est de plus en plus... la prise de retraite se dirige vers
ça davantage.
Mme Morin (Geneviève) : Si je peux
peut-être...
Le Président (M. Bernier) :
Oui, Mme Morin.
Morin (Geneviève) : ...juste ajouter un peu. Dans le fond, c'est que
les souscriptions qu'on recueille, c'est essentiellement par la retenue sur le salaire, donc dans les milieux de
travail, et c'est l'ensemble des travailleurs ou un grand... un large groupe de travailleurs qui
contribuent. Il faut convaincre ces gens-là de souscrire, de choisir
Fondaction comme REER collectif. Et les
contraintes qui existent sont déjà connues, les gens savent que c'est pour la
retraite, etc., et d'allonger, d'ajouter à ces contraintes-là pourrait
diminuer un peu l'attractivité dans les marchés. Et surtout ce n'est pas nécessaire, en termes de capacité de garder
l'épargne à Fondaction, que les gens ne retirent pas leurs REER à cause
du fait que c'est pour la retraite. Et, au
contraire, ce qu'on voit qui commence dans les milieux de travail, c'est que
les gens travaillent maintenant jusqu'à... plus tard, et donc ils ne...
et à un moment donné ils ne peuvent plus souscrire ou ils deviennent à
l'extérieur du groupe, alors que ça se continuerait avec tout le monde. Comme
ça, ils pourraient aussi rester. Parce que, tant qu'ils souscrivent, ils ont une tendance à ne
pas racheter leurs actions, ils ne peuvent pas... ils ne peuvent plus
souscrire ensuite. Alors, c'est dans ce sens-là qu'on propose plutôt
d'augmenter l'âge pour l'arrimer avec l'âge de retraite.
Beaulieu (Léopold) : Et le souci très légitime de faire en sorte que
la dépense en crédit d'impôt... Parce que le REER, ça, c'est de l'impôt reporté. Je ne sais pas si, dans la
comptabilité des finances publiques, c'est pris en compte, mais c'est de l'impôt reporté, le REER. Mais, la
partie crédit d'impôt, si c'est pour s'assurer qu'elle ait été dépensée
de manière pertinente et durable, bien, justement, dans les lois constituant
les fonds de travailleurs, il y a cette durée obligatoire
qui est celle de la prise de retraite. Donc, il nous semble... Et vous avez vu
combien ça prend de temps pour rentrer
dans son argent pour le gouvernement du Québec. Alors, on croit qu'on rendrait
mieux service à la population, aux salariés si on prolongeait plutôt
l'âge au cours duquel on peut acquérir des actions.
Le Président (M.
Bernier) : Merci. M. le député de Rousseau.
M. Marceau :
Oui. En réponse à votre question, les rentrées futures de revenus ne sont pas
prises en compte. Évidemment, la dépense
fiscale annuelle est prise en compte, elle, là, mais les rentrées futures...
Alors, le flux de revenus qu'on aura
dans cinq ans, dans 10 ans, comme ça dépend de beaucoup de comportements
individuels, ce n'est pas, non, pris en
compte. Et des estimés de ça fluctuent de façon importante. Enfin, j'imagine
que vous vous en doutez, parce que vous-mêmes, vous ne faites pas face à
des retraits qui sont très, très... enfin, qui peuvent fluctuer à travers le
temps. Alors, évidemment, ça correspond au flux de revenus pour l'État.
O.K.
Parfait. Merci pour votre réponse. Je voulais juste être certain de bien
comprendre le sens de votre position. Puis
je comprends... Parce que je comprends que vous... Dans le fond, vous nous
dites : Ça va réduire l'attractivité de notre produit. Et puis,
bon, vous croyez que, pour continuer votre croissance, c'est important de
maintenir l'attractivité. Si on résumait, ça serait un peu ça.
veux juste revenir à une question qui a été posée, je pense, par mon
collègue... enfin, je ne sais plus lequel des... mais je pense que c'est
Laval-des-Rapides, sur la taxation des petites entreprises, puis j'aimerais
bien entendre votre point de vue, parce que
vous êtes évidemment quelqu'un... Fondaction investit dans beaucoup de petites
entreprises. Il y a une proposition du rapport Godbout qui était de
faire sauter le taux plus faible pour les PME... le taux de taxation plus faible pour les PME pour celles qui sont plus
petites que cinq employés. Le gouvernement a retenu plus petit que trois. Il y a des groupes de différents horizons
qui sont venus nous dire que, bon, ça pouvait poser des problèmes.
J'aimerais juste avoir votre opinion, chez Fondaction, sur ce genre de mesure.
Le Président (M.
Bernier) : M. Beaulieu.
Beaulieu (Léopold) : Bien, c'est un peu dans le sens que je répondais
tantôt. Il y a la baisse pour quelles sortes d'entreprises, combien de temps? Globalement, le fardeau fiscal, il faut
qu'il soit regardé globalement aussi, c'est bien sûr, puis il faut préserver la capacité du gouvernement
d'encourager ou de décourager... Dans le sens, tantôt, d'écofiscalité dont on parlait, il y a peut-être des
préoccupations d'équité pour le régime, mais il faut garder une marge de
manoeuvre pour que le gouvernement, dans ses
dépenses fiscales, soit capable de conserver la capacité de certains
encouragements dans certains secteurs pour
des périodes données, ou pour des secteurs donnés, ou pour des catégories
d'entreprises données. Ça, ça nous
semble bien important. Et l'espèce de mesure ou de conversion à la baisse pour
tous, je pense, même si elle avait un
effet neutre, enlèverait à l'État des moyens d'impulser du développement, et
c'est ce que j'essayais, tout à l'heure, d'indiquer, voyez-vous?
Le Président (M.
Bernier) : M. le député de Rousseau.
Marceau : Je pense que les Anglais disent : Avec 1 $
de mesures particulières, on a plus de «bang for the buck» qu'avec des
mesures d'application générale. Je suis un peu... Ça revient peut-être plus à
ça. O.K. Parfait.
la norme d'investissement, donc le 60 % à 65 %, le 70 %...
enfin, Godbout proposait 70 %, le gouvernement a retenu 65 %, peut-être expliquer à la
commission les raisons pour lesquelles c'est compliqué pour vous d'atteindre
le 60 % ou le 65 %. C'est quoi, les contraintes qui font que c'est
difficile pour vous?
Le Président (M.
Bernier) : M. Beaulieu.
Beaulieu (Léopold) : Oui. C'est parce que, bon, déjà, le gouvernement,
il a étiré la chose, là, en plaçant ça de manière progressive,
heureusement, jusqu'à 65 %. Le fonds de travailleurs recueille l'épargne
du monde ordinaire, là, hein? Même que c'est
un maximum de 5 000 $ par année. Alors, même si quelqu'un voudrait en
mettre 50 000 $, il ne peut pas. Et ça doit nécessairement
demeurer une épargne diversifiée pour que le risque global reste endurable, et
le crédit d'impôt vient, existe pour compenser, justement, pour soutenir ça.
Mais il faut qu'on reste un fonds diversifié, il faut qu'on soit capables
d'investir du capital risqué, hein, non garanti, pour une majorité de notre
actif et que ce capital, sous différentes
formes, mais non garanti, que ce soit en participation au capital, au
capital-actions, en débentures, en
obligations, peu importe, en prêts non garantis, peu importent les produits...
qu'ensemble ça fasse pour l'épargnant que le crédit d'impôt vienne. Alors là, le crédit d'impôt diminue, hein, le fédéral l'a baissé, et on nous augmente le
risque.
Alors,
ce qu'on soumet, c'est que c'est un fonds d'épargne pour la retraite qui
conjugue à la fois cette capacité de solliciter
de l'épargne puis en même temps d'investir dans le développement économique du Québec, en se plaçant, et c'est important, je pense, en se plaçant dans
l'écosystème de réponse à divers besoins de financement et qui fait que,
pour la provenance, ça peut être de
l'épargne... ça peut être de l'investissement plus patient, mais il y a une limite au pourcentage,
là, et le 65 %, il n'était pas... ce
n'était pas ce qu'on espérait. Il a été décidé, on va vivre avec, mais, de
grâce, arrêtez ça là.
Le Président (M.
Bernier) : M. le député de Beauce-Nord.
Spénard :
Merci, M. le Président. À mon tour de vous souhaiter la bienvenue, M. Beaulieu,
Mme Morin, M. Chenard. Pour faire suite au
député de Rousseau, je comprends un peu plus de 60 % à 65 %, parce qu'il faut bien
se dire que Fondaction est avant tout, et
vous l'avez mentionné à plusieurs reprises, un fonds de retraite pour les
petits épargnants. Donc, je commence à comprendre un peu plus de se
garder un peu plus capitalisé qu'investir.
Maintenant,
est-ce que vous avez mesuré l'impact ou avez-vous déjà un impact de la
réduction d'impôt... des crédits d'impôt,
c'est-à-dire de 5 % au fédéral et de 5 %, ce qui fait 10 % en
tout, pour l'année 2015-2016, qui est débutée, là, qui a six mois de passé pratiquement? Est-ce que vous
avez mesuré un impact suite à cette diminution des crédits d'impôt par
les deux ordres de gouvernement?
Le Président (M.
Bernier) : M. Beaulieu.
Beaulieu (Léopold) : Il y a deux sortes d'impact, si ça continuait de
baisser, qu'on pourrait constater. D'abord, l'épargne-retraite coûterait
plus cher pour le montant investi, hein, coûterait plus cher à acquérir, parce
que le crédit d'impôt vient diminuer le coût d'acquisition, bon, les gens ont
des moyens qui sont limités, de telle sorte qu'ils épargneraient moins pour la retraite. Parce qu'ils ont de la place
jusqu'à 5 000 $, puis ils sont à 2 500 $, en moyenne,
là, chez nous. Alors, ça, l'impact, il serait là.
D'autre
part, les entreprises québécoises subiraient un contrecoup de ça important,
parce que, nécessairement, pour
compenser la diminution du crédit d'impôt, il faut se positionner dans une
offre de financement avec plus de chances de rendement. Ça veut dire qu'il y a certaines participations à des
fonds spécialisés qui sont à l'amorçage ou qui sont ailleurs, qui sont strictement dans des cash-flows négatifs,
qui investissent dans des entreprises pas encore en
précommercialisation. Alors là, vous allez créer tout un vide, parce que ça va
nécessiter un repositionnement de l'offre, pas un changement d'orientation.
Fondaction va rester, de toute façon, déterminé,
dédié aux enjeux du développement durable puis au développement d'une
économie plus verte. Ça, c'est clair, ça fait
partie de notre raison d'être.
Mais là, au degré, là, d'évolution où se trouvent
les entreprises avec lesquelles on accepte de faire des investissements, ça va
nous forcer à repositionner l'offre de financement,
mais c'est au détriment des PME, hein? Parce que, selon la provenance du
capital... Ce n'est pas une question de
vertu ou autrement, là, ce n'est pas... il n'y a pas de mérite, là. C'est parce
que celui qui est capable d'investir avec la plus longue période de
temps, parce qu'il est le premier bénéficiaire, doublement, en réduisant ses
dépenses d'aide sociale puis aussi en percevant des taxes et des impôts, c'est
l'État. Ça ne veut pas dire qu'il investit n'importe où, n'importe comment. Le plus patient, c'est l'État... (panne
de son) ...structurant. Après, selon la provenance du capital... Nous,
c'est de l'épargne pour la retraite, donc on
est plus patients qu'un fonds de capital de risque, qui, lui, intervient avec
un retour sur son investissement qui est attendu rapidement. Or, c'est
cet écosystème-là non seulement de nos investissements directs en entreprise, mais aussi de nos contributions à
des dizaines de fonds spécialisés avec des équipes spécialisées dans des
segments... Vous savez, quand on parle d'innovation puis de nouvelles
technologies, là, on est avec des équipes très spécialisées, qui vont en
souffrir.
quand on voit comment, dans d'autres provinces du Canada, la cessation de
soutenir, par les crédits d'impôt, les
fonds de travailleurs, ce que ça a donné, ça n'a pas été remplacé. Et, quand on
sait les représentations que l'organisme pancanadien du capital de risque a faites auprès du gouvernement pour
faire la démonstration des conséquences de ça et quand on regarde
aujourd'hui ce que ça a donné, il ne faut pas aller là-dedans.
Le Président (M.
Bernier) : M. le député.
Spénard : O.K. Merci. L'autre chose que j'ai vue dans votre
rapport, la moyenne, c'est 2 500 $ de cotisation et, la grande
majorité, c'est par retenue sur la paie.
M. Beaulieu
(Léopold) : Oui.
Spénard :
Mais je m'aperçois qu'il y a 37 % du monde de 55 ans et plus qui
cotisent, c'est-à-dire entre 50 et
59 ans, 20 %, 20,5 %, et 60 ans et plus, 16,5 %. Est-ce que
ce monde-là cotise... Est-ce que la majorité de ce monde-là ne le voit pas plutôt comme un mécanisme de
placement intéressant, étant donné qu'il y avait 40 % d'impôt d'enlevé
en partant, puis on donne 5 000 $,
puis ça ne coûte pratiquement rien, puis on peut le retirer dans deux ans?
Est-ce que vous avez fait une pondération sur les 55 ans et plus? Est-ce
que c'est une shot, 5 000 $, et puis... Parce que c'est là que tu
commences à avoir de l'argent, 55 ans et plus, là, tu sais, les dettes sont
moins importantes, etc. Moi, j'aimerais... Avez-vous des statistiques
là-dessus?
Beaulieu (Léopold) : Oui. La majorité de ceux qui retirent leur
épargne, ils la retirent au moment de la prise de retraite, et ils ont une période de détention
beaucoup plus longue que cinq ans. Alors, s'il y a des conseillers en
planification financière qui disent à leur
ami, à leur client : Fais ça juste pour deux ans, tu vas voir comment
c'est intéressant, ce n'est pas... Nous, on priorise la retenue sur le
salaire.
Spénard :
C'est ça. Mais je m'excuse, mais il y a...
Beaulieu (Léopold) : Alors, on est ouverts. Et bien sûr les citoyens,
ils peuvent adhérer, les contribuables, ils peuvent adhérer...
Spénard : C'est ça.
Mais...
M. Beaulieu (Léopold) : ...mais ce
n'est pas l'effort de recrutement qu'on fait.
Spénard :
Non, je le sais, mais avez-vous des statistiques là-dessus, comme quoi qu'à
55 ans on est plus près de la
retraite qu'à 40 ans, là? Alors, je vois qu'il y a 37 % du monde,
dont 17 % cotisent à 60 ans et plus. Ils ne doivent pas travailler jusqu'à 75, là. Alors, moi, je me
dis : Est-ce que, pour eux... Avez-vous des statistiques là-dessus, si
pour eux c'est un placement de retraite avantageux de mettre 5 000 $
là parce qu'il y a 45 % de déduction? Et quel va être l'impact si ça tombe
à 30 %?
Mme Morin (Geneviève) : Une chose
qui sûre, là : si des...
Le Président (M. Bernier) :
Mme Morin, oui.
Mme Morin
(Geneviève) : ...si les gens des... les conseillers en finances
personnelles qui disent : Ah! des fonds de travailleurs, achète ça, tu es proche de la retraite, parce qu'il y a le
crédit d'impôt... plus le crédit d'impôt est petit, plus tu es mieux de
l'acheter proche de la retraite. Donc, il faut garder un crédit d'impôt d'une
certaine taille pour être capable de
convaincre... Je répète, tantôt, c'est les gens, par retenue sur le salaire,
qu'on cherche à faire souscrire, c'est deux tiers des souscriptions, chez nous, qui viennent par retenue
sur le salaire, et c'est comme ça qu'on rajeunit l'actionnariat, parce
qu'on se permet... à ce moment-là, on a une population large.
La statistique que nous avons, c'est
essentiellement que les gens qui souscrivent par montant forfaitaire sont en moyenne plus âgés que ceux qui souscrivent par
retenue sur le salaire dans leur milieu de travail. Et c'est pour ça que
tous nos efforts vont sur la retenue sur le
salaire. C'est dans notre intérêt, c'est dans l'intérêt de nos actionnaires
aussi. Parce que 65 %, bientôt, de notre actif est investi dans des
entreprises québécoises pour des durées de sept à 10 ans. On ne veut pas
des gens qui rentrent puis qui ressortent leur argent au bout de deux ans, ce
n'est pas notre intérêt. Maintenant, la solution
pour ça, ce n'est pas nécessairement d'augmenter la durée de détention, mais
plutôt de favoriser que la retenue sur le salaire soit plus facile à
déployer dans les entreprises, le plus possible.
Président (M. Bernier) : Merci beaucoup, les gens de Groupe
Fondaction. Merci de votre participation à la Commission parlementaire
des finances publiques.
Je vais suspendre quelques instants afin de
permettre aux gens de Fonds de solidarité FTQ de prendre place. Je suspends.
(Suspension de la séance à 10 h 20)
Le Président (M. Bernier) :
Nous reprenons nos travaux. Donc, nous avons le plaisir de recevoir
M. Gaétan Morin et M. Mario
Tremblay, du Fonds de solidarité FTQ. Bon matin à vous deux! La parole est à
vous pour une dizaine de minutes pour votre présentation.
M. Morin
(Gaétan) : Merci, M. le
Président. Alors, M. le Président, M. le ministre, Mmes, MM. les députés, membres de cette commission,
alors la commission Godbout a traité en profondeur de l'ensemble du système
fiscal québécois. De par notre mission, vous comprendrez que nous
nous sommes vraiment concentrés sur nos grands objectifs, soit l'épargne-retraite et l'investissement en entreprise. C'est ainsi que, dans notre mémoire, nous avons exposé
comment le Fonds de solidarité FTQ contribue
à deux des principaux objectifs des grandes politiques publiques québécoises :
l'encouragement à l'épargne, bien sûr,
et la conversion de cette épargne en capital d'investissement non garanti
pour les entreprises du Québec.
Le fonds apporte une contribution unique à
l'économie du Québec en transformant l'épargne-retraite de ses 610 000 actionnaires
en capital d'investissement risqué, non garanti et investi dans les entreprises
d'ici, dont la très grande majorité compte
moins de 100 employés et dont plus de 72 % sont situées à l'extérieur
des principales régions urbaines du Québec.
complémentarité avec les deux autres fonds fiscalisés du Québec, le fonds a
créé, avec cette épargne, une source de
capital investissement que nul autre investisseur ne comblerait en son absence.
Dans le passé, le retrait du crédit d'impôt aux actionnaires des fonds de travailleurs par le gouvernement de
l'Ontario a entraîné un déclin prononcé de l'investissement privé dans
cette province. En fait, les autres investisseurs n'ont tout simplement pas
occupé l'espace laissé vide.
fonds a toujours été un partenaire privilégié du gouvernement du Québec.
L'annonce, dans le premier budget du
ministre Leitão, de la création d'un nouveau fonds de fonds de
375 millions, en partenariat entre le gouvernement du Québec, le fonds et la Caisse de dépôt, dédié au
capital de risque ainsi que la recapitalisation du fonds Anges Québec, auquel participera le fonds, constituent des exemples récents. J'ajoute aussi l'engagement
du Fonds de solidarité à investir 100 millions dans les pôles
logistiques liés à la Stratégie maritime.
Comme l'ont
démontré plusieurs études, le coût à court terme, pour les gouvernements, résultant de l'octroi d'un crédit
d'impôt aux actionnaires du fonds doit être considéré davantage
comme un investissement fiscal plutôt que d'une dépense fiscale. En effet, et sur la base de la
dernière étude préparée en 2010 par la firme Secor, le gouvernement du Québec non seulement
récupère son coût à l'intérieur d'une période de trois ans, mais il bénéficie
ensuite des effets positifs pendant plusieurs années par l'action économique
et les retombées fiscales que les investissements du fonds génèrent, puisque les
actionnaires du fonds doivent y conserver leurs investissements jusqu'à la
retraite.
Ce fait n'est
certainement pas étranger à l'appui que reçoit le fonds de la
commission Godbout. Nous sommes très
satisfaits que la commission reconnaisse le rôle stratégique joué par nos fonds dans l'appui et le soutien aux
investissements des PME et qu'elle recommande ainsi le maintien de ce soutien
fiscal.
Nous sommes
aussi très satisfaits que soit reconnu notre rôle dans l'épargne-retraite des
Québécois. Nous avons contribué
depuis 30 ans à créer véritablement une culture de l'épargne chez les
travailleurs québécois. Les actionnaires du fonds sont sensibilisés à l'importance d'épargner pour la retraite, de
diversifier leurs avoirs et de cotiser régulièrement tout au long de
leur vie active. Ainsi, plus du tiers de nos actionnaires ont investi dans un
REER pour la première fois en souscrivant à
des actions du Fonds de solidarité FTQ. Plus de 75 % des actionnaires du
fonds détiennent un REER dans une
autre institution financière, versus 44 % pour l'ensemble des détenteurs
des REER au Québec. Année après année, enfin,
le pourcentage des actionnaires du fonds qui cotisent à leurs REER est
supérieur à la moyenne des autres Québécois. Il était de 77 % en
2013, versus 62 % pour l'ensemble des détenteurs de REER au Québec.
Il est
important de rappeler que les recommandations surviennent dans un contexte bien
particulier, puisque le gouvernement
Harper a annoncé dans son budget déposé le 21 mars 2013 l'élimination
graduelle du crédit d'impôt de 15 % qu'il accorde aux actionnaires
des fonds de travailleurs en très grande partie, et, je le souligne, en très
grande
partie issus de la classe moyenne.
Depuis le
dépôt de ce budget, le fonds a été appuyé par plus de
110 000 contribuables québécois qui ont signé la pétition demandant au gouvernement fédéral de
revoir cette mesure qui se traduit en fait par une hausse d'impôt pour
ceux qui ont acquis au fil du temps de bonnes habitudes d'épargne. Le fonds a
été appuyé par la communauté d'affaires de partout au Québec. Plus d'une quarantaine
de mémoires positifs à l'égard de l'implication des fonds de travailleurs québécois ont été déposés par des entreprises et
associations d'affaires de partout au Québec. Ça inclut notamment des
organismes comme le Conseil du patronat, la Chambre de commerce du Montréal
métropolitain et la Fédération des chambres
de commerce du Québec. Le fonds a été aussi appuyé — et je vous en remercie — par une résolution unanime de
l'ensemble des partis politiques présents à l'Assemblée nationale demandant au
gouvernement fédéral qu'il renonce à sa décision de mettre fin au crédit
d'impôt.
Vous savez, il y a trois perdants avec cette
mesure du gouvernement Harper : premièrement, les épargnants québécois de la classe moyenne, parce qu'ils
perdent un incitatif fiscal qui leur permet de mieux se préparer pour la
retraite. Deuxième grand perdant, c'est
l'ensemble de l'économie québécoise, parce que la suppression du crédit d'impôt
va réduire nos entrées de fonds, ce
qui aura pour conséquence une diminution de notre capacité à investir dans les
entreprises du Québec. Et,
troisièmement, troisième perdant, c'est l'ensemble de l'industrie du capital de
risque au Canada, parce que nous n'aurons pas le choix, avec moins
d'argent à investir, avec la disparition de la prime de risque que nos
actionnaires touchaient à travers le crédit
d'impôt fédéral, nous n'aurons pas le choix que de diminuer nos investissements
en capital de risque et dans notre rôle de fonds de fonds.
Heureusement,
le modèle d'affaires du fonds demeure viable, malgré la diminution appréhendée
des souscriptions dû à l'élimination du crédit d'impôt fédéral en 2017.
conclusions d'une analyse de KPMG-Secor sont rassurantes pour les actionnaires
épargnants du fonds puisque l'étude
confirme que l'élimination du crédit
d'impôt fédéral pour fonds de travailleurs n'affectera ni la capacité du Fonds de solidarité FTQ de
chercher à générer un rendement raisonnable ni celle de respecter — et
ça, c'est important — les
demandes éligibles de rachat de ses actionnaires,
puisque ses actifs sont éminemment liquides. Toutefois, les conclusions
de l'analyse de KPMG-Secor confirment l'effet perturbateur de la décision
fédérale pour le financement des entreprises québécoises, puisque cette
décision, évidemment, du gouvernement causera une baisse des investissements
créateurs d'emplois dans l'économie du Québec.
Dans les
faits, nous croyons qu'il importe, avant de se prononcer sur les
recommandations 35 et 36 de la commission
Godbout, de clarifier la situation des crédits d'impôt au niveau du
gouvernement du Canada. Nous sommes très satisfaits que les leaders du Parti libéral du Canada et du NPD aient
déclaré publiquement vouloir rétablir le crédit d'impôt fédéral accordé aux actionnaires épargnants de ces
fonds s'ils étaient élus. Dans les faits, quel que soit le parti
finalement élu, nous demandons au
gouvernement du Québec de soutenir les fonds de travailleurs dans leurs
démarches auprès du gouvernement du Canada afin de s'assurer du
rétablissement des crédits d'impôt, et ce, le plus rapidement possible. Je vous
remercie, M. le Président.
Le Président (M. Bernier) :
Merci, M. Morin. M. le ministre.
Leitão : M. le Président, merci. M. Morin, M. Tremblay, merci beaucoup
d'être là. Juste vous confirmer, comme
vous le savez, bien sûr, mais vous confirmer que vous avez toujours tout notre
soutien dans cette démarche-là, le dernier point que vous venez de mentionner.
Oui, le gouvernement du Québec fera tout ce qu'il peut pour essayer de convaincre nos collègues fédéraux de revenir sur
cette décision-là. Et nous comprenons l'ampleur de cette décision-là sur
le fonds et sur les Québécois.
Peut-être,
juste avant de poursuivre, pour que ceux qui nous écoutent puissent se faire
bien une idée, l'actif total du Fonds de solidarité, on parle de combien
de milliards?
M. Morin (Gaétan) : Près de 11,1 milliards.
M. Leitão : 11,1 milliards,
donc ce n'est pas un petit fonds. Et évidemment tout le monde au Québec est
bien conscient du rôle que ce fonds-là joue,
et certainement, au gouvernement
du Québec, oui, nous vous voyons comme
un partenaire privilégié et nous allons continuer dans cette direction-là.
Maintenant,
juste deux questions, avant de passer la parole à mes collègues,
mais qui m'intéressent beaucoup. Vous
avez parlé de, donc, la culture de l'épargne au Québec et le rôle que vous
avez joué là-dedans. Et, en
effet, c'est un rôle très important pour promouvoir la nécessité d'épargner. Maintenant,
comment vous voulez... comment vous voyez... quelle est, selon vous, la relation entre, donc, le développement de l'épargne et les taux d'imposition de l'impôt sur le revenu
des particuliers? Donc, est-ce qu'en réduisant l'impôt sur le revenu... est-ce
qu'on pourrait contribuer à accélérer l'épargne ou... Enfin, quel est votre
point de vue là-dessus?
Le Président (M. Bernier) :
M. Morin.
M. Morin
(Gaétan) : Je pense qu'on a
tellement de retard. Quand on compare les taux d'épargne des Canadiens, des Nord-Américains, et quand on se compare à ce
qui se fait en Europe ou au Japon, on a tellement de retard à rattraper
là-dedans qu'il faut constamment rappeler, rappeler, répéter, répéter
l'importance de l'épargne auprès des Québécois, et particulièrement auprès des plus jeunes, je dirais, des plus jeunes
Québécois. Et c'est pour ça qu'on met beaucoup d'efforts, depuis plusieurs années, à stimuler nos jeunes de
notre société, les jeunes travailleurs, à épargner davantage. Vous
l'avez vu probablement, nos publicités sont très axées vers une clientèle plus
jeune, et on réussit, on est fiers de ça, on réussit. En fait, lors de notre dernière campagne de souscription, environ
50 % des nouveaux actionnaires entrant au Fonds de solidarité ont
moins de 40 ans.
Donc, on a
tellement de retard à rattraper à ce niveau-là, et il faut mettre dans... Tout
n'est pas fiscal. Je pense que c'est
une question d'éducation aussi. Puis là on est dans un cadre beaucoup plus
large, mais je pense que, si on
regarde la génération qui nous suit, ils ont été moins stimulés à épargner. Il
y a une question culturelle là-dedans, mais il y a une question d'éducation. Je pense qu'on devrait réinstaurer dans le système
scolaire les fameux cours d'économie. Et on fait aussi nos efforts à ce
niveau-là avec le... On fait beaucoup
de formation économique dans les entreprises partenaires pour que les gens comprennent leur importance dans l'ensemble des coûts de
production de leurs entreprises, mais aussi on profite de ça pour encourager, stimuler l'épargne-retraite, évidemment,
surtout au niveau de l'épargne-retraite. Donc, tout n'est pas fiscal, mais je pense qu'il y a
beaucoup une question culturelle de la génération qui nous suit,
particulièrement. Donc, il faut revoir aussi
est-ce qu'il y aurait lieu de réinstaurer dans nos écoles les
fameux bons cours d'économie
pour sensibiliser les jeunes à l'économie, particulièrement les jeunes.
Le Président (M. Bernier) :
Merci. M. le ministre.
Leitão : Très bien.
Oui, en effet, je partage entièrement votre point de vue, qu'on a du
travail à faire en termes
d'éducation surtout et aussi en termes de surconsommation. Ce n'est pas
seulement les jeunes qui surconsomment, beaucoup de personnes de notre âge
aussi, mais on a... Il y a du travail à faire là-dessus.
Une question que j'ai posée à Fondaction, qui
est venu avant, je suis aussi intéressé à avoir votre avis sur des questions d'écofiscalité. Donc, pour essayer de
changer les comportements, pour essayer de nous rendre dans une économie
qui serait moins... où la consommation de
carbone serait moins élevée, est-ce que vous voyez un rôle pour
l'écofiscalité, là, dans cet ajustement? Quel est votre avis?
Le Président (M. Bernier) :
M. Morin.
M. Morin
(Gaétan) : J'aime bien le terme
«écofiscalité», parce que ça induit l'importance aussi de la fiscalité
dans le cadre des grandes politiques que
doit prendre un gouvernement. Donc, l'écofiscalité s'imbrique très bien dans
cette philosophie-là que doit avoir une
fiscalité. La fiscalité est aussi au service du développement économique, la
fiscalité est aussi au service
d'avoir un avenir meilleur, dans le fond. Et, pour moi, le fait de réfléchir à
cette écofiscalité-là, donc d'avoir une
modulation différente avec des produits qui sont un peu plus polluants... Mais
il faut s'assurer que l'usufruit de cette fiscalité différentielle là serve justement à propulser, à stimuler, à
développer des énergies vertes. Ça serait mon seul bémol.
Le Président (M. Bernier) :
Merci.
Leitão : Une dernière question — les collègues, excusez-moi, là — une dernière question, parce que je
trouve ça intéressant, et, encore là, pour le bénéfice de tous ceux qui nous
écoutent, je pourrais...
Leitão : Oui, oui, j'en suis sûr. Et, si vous pouvez élaborer un peu
là-dessus, mais sans trop élaborer, parce que mes collègues veulent
parler aussi, mais vous avez mentionné qu'une des conséquences du changement...
de l'élimination par le gouvernement fédéral des crédits d'impôt, il y avait
les trois points, les trois considérations, et la dernière étant que ça a un effet néfaste sur l'industrie du capital de
risque au Canada. Est-ce que vous pourriez élaborer un petit peu
là-dessus? Je suppose que ça serait intéressant que tout le monde comprenne un
peu ça.
M. Morin (Gaétan) : Absolument. Et
ce n'est pas une surprise que beaucoup de fonds de capital de risque canadiens nous aient supportés, nous, au Québec
quand il y a eu cette décision du gouvernement Harper, parce que nous avons aussi investi dans des fonds canadiens avec
une obligation de leur part de réinvestir ce capital-là au Québec, bien sûr. Mais, pour nous, l'écosystème du capital de
risque passe aussi par des investissements dans des fonds étrangers
avec, bien sûr, une obligation de leur part de réinvestir ici. C'est en
travaillant ensemble, je pense, qu'on va propulser l'économie du Québec à un
autre niveau, particulièrement au niveau des nouvelles technologies qui sont
tellement intenses en termes de capital.
Vous savez,
dans une société, on s'entend pour dire qu'il devrait y avoir entre 0,9 %
et 1,5 % du PIB qui devrait être
consacré en termes de dollars à l'investissement en capital de risque. Nous
avons contribué... et le Québec est à 0,9 %, donc on n'est pas dans le haut de la marge, là, et
nous avons contribué, dans le 0,9 %, au tiers de ce montant-là.
Donc, vous voyez encore une fois l'effet que pourrait avoir la coupure du
crédit d'impôt fédéral.
Le Président (M. Bernier) :
Merci. Mme la députée de Bourassa-Sauvé.
Mme de Santis : Je crois
que...
Le Président (M. Bernier) :
Oui, M. Tremblay, vous vouliez ajouter?
Tremblay (Mario) : J'aurais seulement ajouté une statistique
intéressante. Nous avons fait une recherche, et je pense qu'on peut en être fier, de ce qu'on a développé au Québec avec
les fonds de travailleurs, nous avons isolé le territoire du Québec
comme s'il était un territoire de l'OCDE pour des fins statistiques. Et ce que nous avons découvert, c'est que le Québec se classerait, ratio capital de risque versus le
PIB, comme le troisième territoire des pays de l'OCDE, juste après les États-Unis
et l'État d'Israël. Donc, c'est extrêmement intéressant. C'est une statistique
qui ne sort pas beaucoup, mais ça, ça veut dire qu'on a développé au Québec un
écosystème de capital de risque dont nous envie, on pourrait dire, le reste du Canada anglais. Certains pourraient même dire que c'est peut-être
même à l'origine de la décision du gouvernement fédéral de couper le crédit d'impôt, parce
qu'ils ont vu que Montréal,
notamment, a développé... la ville de Québec, du
capital de risque très fort. On est les leaders au Canada.
Alors, ça,
c'est extrêmement important de le dire et c'est pourquoi
Réseau Capital, et l'ensemble du monde du capital de risque au Québec, est à notre défense. Et on est même... Nous, on a
investi en dehors du Québec aussi, on a même investi dans le reste du Canada, dans des fonds de capital de risque, et aux États-Unis,
et ces gens-là ont ouvert des bureaux à Montréal. Donc, il y a toute
cette activité de capital de risque absolument fondamentale à préserver.
Le Président (M. Bernier) :
Merci, M. Tremblay. Mme la députée de Bourassa-Sauvé.
Mme de Santis :
Merci, M. le Président. Merci de votre mémoire et de votre présentation
aujourd'hui. Je vous félicite quant
aux investissements dans le capital de risque, mais j'aimerais prendre un peu,
maintenant, le point de vue de celui
qui investit pour son REER. D'après votre communiqué de presse à la fin de
l'année dernière, au 30 novembre 2014, vous aviez un actif net de 10,5 milliards de dollars avec un
rendement 12 mois de 7,4 %. Je regarde ça et je me demande comment le 7,4 % est évalué vis-à-vis
d'autres réseaux de REER ou de rendement. Je sais que, quand j'ai investi
moi-même mes premiers argents dans les REER, on remonte à 30 ans environ,
j'ai investi 6 000 $. Aujourd'hui, ça vaut moins de 10 000 $ après presque 30 ans. Mais ce qui était
important pour moi à l'époque, c'était ce crédit d'impôt, parce que ça
me donnait de l'argent, à ce moment-là, pour faire autre chose dont j'avais
besoin.
Alors, je
pose la question parce que je crois que, pour les gens qui ont un revenu
moindre, ce crédit d'impôt leur permet
d'utiliser de l'argent dont ils ont besoin aujourd'hui, même si le rendement
sur leur investissement soit un petit peu moindre sur les
30 ans — ça
m'a donné quelque chose dont j'avais besoin à l'époque. Est-ce que vous pouvez
peut-être confirmer ce que je dis, ou expliquer?
Le Président (M. Bernier) :
M. Morin.
M. Morin
(Gaétan) : Et ce que vous
dites met très bien en relief la double mission du Fonds de
solidarité, une double mission qui est d'abord de stimuler l'épargne, et
les crédits d'impôt servent aussi à ça, de stimuler l'épargne. N'eut été de ce crédit d'impôt là, les gens qui
investissent et qui ont investi chez nous pendant sept, huit, 10, 12, 13,
14 ans, bien, ces gens-là n'auraient
pas souscrit une première fois à un REER, ils n'auraient pas par la suite
investi dans d'autres REER, dans d'autres institutions financières.
Parce qu'il y a tout un aspect d'éducation à l'épargne par rapport à ça.
Maintenant,
quand vous parlez de comparaison de ces rendements-là, c'est là qu'on voit
aussi l'importance de la prime que
les gouvernements nous accordent en fonction du risque qu'on prend et sur une
période de temps très longue. Notre durée moyenne d'investissement dans
les entreprises est de sept, huit ans. Il y a des partenaires au Fonds de solidarité
qui sont partenaires avec nous depuis 30 ans. Pourquoi? Parce que ce sont
des entreprises qui continuent à créer des emplois, qui continuent à créer de la valeur, qui continuent à
se développer, première raison. Et, deuxième raison, et encore une fois
la notion de double mission, ces entreprises-là, vu qu'elles performent, bien,
elles nous donnent un rendement attrayant pour nos actionnaires. Parce qu'on a
un grand rôle de fiduciaire. C'est un jeu d'équilibre entre le développement
économique et le rôle de fiduciaire qu'on a envers nos actionnaires.
Le Président (M.
Bernier) : Merci. M. le député de Sainte-Rose.
Habel : Merci beaucoup, M. le Président. À mon tour de saluer les
invités qui sont avec nous aujourd'hui. Vous avez touché la portion des particuliers et aussi la portion du
crédit d'impôt qui vous touche directement. J'aimerais qu'on parle un peu de l'aspect du rapport Godbout
qui touche la réforme des sociétés, parce que vos clients sont aussi les
sociétés. Avec la baisse sur la taxe de la masse salariale des PME, avec aussi
la prémisse du rapport Godbout qui dit que c'est à coût nul, j'aimerais savoir un peu votre point de vue sur l'aspect de la compétitivité et l'enjeu principal qui est la
réforme globale, là, sur la réforme des sociétés.
Le Président (M.
Bernier) : M. Morin.
M. Morin
(Gaétan) : Merci. La compétitivité, c'est un thème qui est tellement
important. Et je vais partager quelque chose avec vous. J'ai eu l'occasion, j'ai eu le grand
bonheur de faire le tour du Québec et, dans chaque région que j'ai faite au cours des 12 derniers mois,
j'ai demandé à rencontrer en huis clos des entrepreneurs, un peu comme on
le fait aujourd'hui, là, donc d'échanger un peu sur les enjeux qu'ils
ont. Et bien sûr la compétitivité revenait en tête de liste,
mais, si on décortiquait avec les
entrepreneurs un peu, bon : Qu'est-ce
que ça veut dire pour vous, la
compétitivité... Et ce n'était pas nécessairement l'aspect fiscal qui
revenait en premier lieu. On me parlait beaucoup de la non-disponibilité, dans certaines régions, d'une main-d'oeuvre qualifiée. Ça, ça revenait dans à peu près toutes les régions
du Québec, et même des régions comme la Beauce. Je me souviens qu'il y a des entrepreneurs
qui m'ont dit : Écoutez, M. Morin, nous avons une pénurie de main-d'oeuvre qualifiée en
Beauce, on a de grandes difficultés. Et, quand on parle de compétitivité, là,
quand on a un problème de disponibilité de main-d'oeuvre qualifiée, on a un
grand problème.
m'a parlé aussi beaucoup de... le fait de conquérir des nouveaux marchés, l'importance de l'exportation. Le marché
du Québec, le marché canadien, c'est un marché plutôt
limité, donc il faut conquérir d'autres marchés et non pas uniquement
les États-Unis, mais l'Europe, les pays émergents, et tout ça,
tout l'aspect de la concurrence. Et là je me fais leur porte-parole,
puis je m'étais engagé à le faire envers eux.
m'a parlé aussi beaucoup... les entrepreneurs m'ont parlé beaucoup
aussi de — et ça vous interpelle comme gouvernement — l'importance de leur simplifier la tâche. Et
je suis content de partager ça avec vous, parce que je leur avais fait
une promesse, alors j'ai l'occasion de le faire. Les gens me disaient :
Écoutez, ça devient de plus en plus compliqué
de faire affaire avec les gouvernements. Puis je salue l'initiative du
gouvernement de vouloir simplifier ces choses-là.
Tu sais, on m'a imagé en disant : Mais, écoutez, moi, le lundi, j'ai des
gens du ministère de l'Environnement; le mardi, les gens de santé et sécurité. J'image, là, mais on me disait : C'est du temps. Et nos clients,
ce sont des PME, ce ne sont pas des
grandes entreprises. Donc, le temps que doivent accaparer les
dirigeants de nos PME, au Québec, à ça est devenu trop important.
Donc, il faut
continuer à leur simplifier la tâche, et qu'ils aient plus de temps, et qu'ils
dédient plus d'énergie justement à conquérir des nouveaux marchés, investir dans
leur propre entreprise. Et, vous aussi, comme gouvernement, je pense qu'il faut se poser la question : Est-ce qu'on peut en faire davantage pour leur assurer... Parce que,
si on est en pénurie de main-d'oeuvre dans certaines régions, imaginez dans cinq ans, dans 10 ans, dans
15 ans. Avec la démographie du Québec, imaginez les problèmes qu'on
aura à ce moment-là. Ça sera tragique.
Le Président (M.
Bernier) : Merci, M. Morin. M. le député de Rousseau.
Marceau : Oui. M.
Morin, M. Tremblay, bonjour. J'ai une question qu'on pourrait qualifier de
philosophie économique à vous poser, mais,
avant, tout simplement sur le rôle du fonds dans le passé, vous me
confirmez que vous êtes venus à la
rescousse d'entreprises qui étaient en difficulté, vous avez permis à
des entreprises de survivre, qui seraient autrement...
qui auraient autrement fermé, n'est-ce pas?
Le Président (M.
Bernier) : M. Morin.
M. Morin
(Gaétan) : Vous savez, et je reviens sur la première question du ministre
des Finances, le fonds a maintenant une
taille... on parle de 11,1 milliards de dollars. Moi, je pense que, comme
Québécois, on doit être fier de ça. On
s'est donné un outil, un levier important, et particulièrement quand arrivent
des moments plus difficiles. Vous savez, M. Marceau, notre record d'investissement? 1,3 milliard de dollars
d'investissement dans une année, 2009.
Alors que l'ensemble du financement était complètement gelé, on a mis
sur pied des programmes pour stimuler les petites et moyennes entreprises, on l'a
fait. Mais, à notre grande surprise, des entreprises comme Bombardier,
comme Transcontinental sont venues cogner à notre porte, puis on a
déployé des centaines de millions de dollars pour ces entreprises-là, pour leur
assurer un financement adéquat. Donc, voilà, ça illustre très bien
le fait et aussi l'importance
de s'être doté d'un outil de cette taille-là, qui peut réagir en développement
économique, bien sûr, mais aussi dans des conjonctures un peu plus difficiles.
Le Président (M. Bernier) :
Merci. M. le député.
Marceau : Oui, merci. Très bien, très bien. Puis je ne me
rappelais pas du fait qu'en 2009 vous aviez atteint des records. C'est tout à votre honneur et ça
montre toute l'importance que vous avez. Puis je pense que ce qui est
sous-jacent à ça — puis là je vais arriver à ma question — c'est que, dans le fond, il y a des coûts à
des fermetures d'entreprise, il y a
des coûts humains, il y a des coûts financiers, il y a des coûts à ce qu'on
pourrait appeler des mutations industrielles qu'on observe un peu partout. Puis je dis ça parce que, bon, de toute
évidence, ce que vous êtes en train de me dire, c'est... Puis moi, je le crois profondément, même s'il y a
des limites à ce que je vais raconter, mais, si vous prenez une
entreprise de 100 employés qui oeuvre, par exemple, dans le secteur du
meuble dans la région A puis que vous en ouvrez une deuxième... en fait, celle-là ferme, puis qu'il en
apparaît une autre, 100 employés, mais celle-là dans les produits
métalliques, mettons, dans la
région B, bien, ce n'est pas automatique que les 100 travailleurs
vont se retrouver dans celle qui est à côté,
dans la région B, dans un autre secteur. Il y a du monde qu'on va échapper
à quelque part. Il y a des coûts à ça. Et je pense que c'est une
partie de l'explication de votre intervention, du
fait que les travailleurs se sont approprié des moyens d'assurer la
pérennité d'une entreprise dans laquelle ils oeuvrent.
Puis je dis
tout ça parce que — là, je
reviens à la réforme qui est proposée, à la réforme Godbout — vous savez, on passe donc... ce qui est suggéré puis qui est un peu sous-jacent puis
implicite, c'est qu'on passe d'une fiscalité qui appuie certains secteurs économiques, certains
comportements, certaines régions... On propose de réduire ces appuis
spécifiques puis de remplacer ça par un taux
plus faible. Puis évidemment le fait de passer d'un mode de taxation à l'autre,
ça va faire en sorte qu'il y a du
monde qui vont mourir puis que d'autres vont naître ailleurs. Il va y avoir une
mutation... il y a une mutation
sous-jacente à ça, il y a des transformations économiques, des transformations
sectorielles qui sont... Évidemment, la
conséquence de ça, il y a des entreprises, dans certaines régions, qui vont
perdre de l'appui. Il y a des entreprises, dans certains secteurs, qui vont perdre un appui qui était crucial. Il va
donc y avoir des changements. Mais, dans la réforme puis dans la discussion qui a eu lieu jusqu'à ce jour,
il n'y a personne qui parle des coûts de transition, des coûts humains
qui vont... des travailleurs qui vont perdre
leur emploi, et qui ont 55 ans, dans un secteur... puis qui ne trouvera
pas une job équivalente dans sa région ou dans son secteur.
Alors, je
vous ai dit que c'était une question de philosophie économique, évidemment. Puis
moi, je comprends qu'on ne peut pas
dire : La fiscalité est gelée pour l'éternité, puis on ne va jamais rien
changer parce qu'on veut s'assurer que
personne n'évolue. Puis en même temps il faut être prudent quand on décide de
jouer dans les appuis qu'on offre à certains secteurs, parce que ça peut
avoir des conséquences réelles sur du vrai monde.
Alors, je
vous laisse commenter ce que je viens de dire, mais je pense que vous comprenez
un peu le sens dans lequel je vais, surtout un intervenant comme le Fonds
de solidarité.
Le Président (M. Bernier) :
M. Morin.
M. Morin
(Gaétan) : Merci. Et je
reviens sur votre exemple d'une entreprise A qui ferme et est-ce que
l'ensemble des travailleurs vont avoir cette
compatibilité à aller travailler dans l'usine B. Il y a des microcycles
là-dedans, il y a des longs cycles,
puis je vais vous donner un exemple : le secteur minier, par exemple, le
secteur minier qui est un secteur qui est
très cyclique. Je me souviens, dans le passé, où on se disait, puis c'est correct
en soi : Bien, il va falloir stimuler la migration des emplois du côté minier vers le forestier et vice et versa,
hein? Quand les cycles ne sont pas nécessairement compatibles, là, il y a un certain temps de
réaction à tout ça. Et effectivement la fluidité entre les secteurs n'est pas
complète, évidemment, question d'âge, une
question de volonté, question de mobilité géographique aussi de nos gens en
région. Il faut voir que, quand on habite en
Abitibi puis qu'il y a des opportunités qui s'offrent dans le secteur forestier
plus dans le Lac-Saint-Jean, au Saguenay, cette mobilité, là, et c'est
compréhensible, c'est humain, là, elle n'est pas complètement fluide non plus.
Puis je
comprends la réflexion derrière la commission Godbout, puis je le disais, puis
je reviens un peu à toute la question de l'écofiscalité, les mesures
fiscales doivent aussi être, je pense, cohérentes avec de grandes politiques gouvernementales, de grandes philosophies à moyen
et long terme que peut avoir un gouvernement. Ça peut servir, par exemple,
à développer un nouveau secteur d'activité. Mais peut-être qu'il faut se
reposer la question, puis c'est peut-être
un peu le signal, je ne veux pas mettre les mots dans la bouche des
membres de la commission Godbout, mais peut-être qu'à l'occasion il faut se poser la question :
Est-ce que cette mesure fiscale là, elle est toujours acceptable? Est-ce
qu'elle est toujours de mise? Ça ne veut pas dire que la réponse est
positive ou négative, mais de temps à autre de se remettre en question. Est-ce que le secteur qu'on vise avec
une fiscalité différentielle, est-ce qu'elle... Quel sera l'effet d'une
diminution de l'attrait, par exemple, de...
ou de la fiscalité? Il faut se poser la question s'il y a des effets induits.
Est-ce que ça vient crever un peu une
expectative où on voulait développer? Est-ce qu'on coupe les ailes à une
industrie qui est encore en plein envol?
Il faut se poser ces questions-là aussi. Puis je peux comprendre un peu le
raisonnement, si je pousse un peu, là, des membres de la commission
Godbout.
Le Président (M. Bernier) :
M. le député de Rousseau.
M. Marceau :
Oui. Merci pour votre réponse. Et puis peut-être qu'un élément de réponse, en
tout cas de mon point de vue, c'est
que, lorsque l'économie est en croissance puis qu'elle croît bien, la mutation
se fait par la croissance et non pas par la destruction, et donc les
coûts de transition sont moindres.
Cela étant,
je pense qu'il faut réfléchir à ces éléments de transition, et puis peut-être
que j'invite le gouvernement à y
réfléchir aussi, là. S'il y a des secteurs qui sont voués à la disparition à la
suite d'une réforme qui pourrait être envisagée, parce que les appuis disparaissent, bien, il faudra s'assurer
qu'effectivement les travailleurs puissent se... puis les régions en
particulier puissent aussi renaître ailleurs de façon adéquate.
Je veux juste terminer, moi, sur la
question des recommandations spécifiques de la commission Godbout vous concernant. J'ai posé les questions à vos
prédécesseurs sur la question de la norme d'investissement et puis sur la
question de la durée de détention. Dans votre mémoire, vous semblez aller dans
le même sens que Fondaction.
Le Président (M.
Bernier) : M. Morin. Vous avez une minute environ.
M. Morin (Gaétan) : Merci. Effectivement, on est sur la même longueur d'onde à ce
niveau-là. Vous savez, la gestion des
actifs du fonds, c'est un grand équilibre risque-rendement avec une perspective
à long terme. Donc, le fait de repousser
la règle de 60 % à 70 %, ça met en cause l'équilibre de tout ça.
65 %, je pense qu'on peut y arriver par étapes, puis c'est ce qu'on a répondu, c'est ce qu'on
pense aussi. On peut y arriver, on peut faire un effort supplémentaire
tout en conservant cet équilibre-là qui est
nécessaire. On n'est pas une caisse de retraite complètement, mais on l'est
beaucoup quand même. Notre rôle premier, c'est de faire l'investissement au
Québec. On est, entre guillemets, surexposés au Québec par rapport à une caisse de retraite conventionnelle, puis c'est
correct, puis c'est pour ça qu'on a un crédit d'impôt, puis on accepte
ça. Maintenant, il faut quand même conserver un certain équilibre, une certaine
diversification de cette exposition du Québec.
Le Président (M.
Bernier) : Merci, M. Morin. M. le député de Beauce-Nord.
Spénard : Merci. Bienvenue, MM. Morin et Tremblay, à cette
audience. J'ai bien aimé votre mémoire un peu politique, là, il faut dire, vous avez appris de votre grand frère.
Cependant, moi, il y a quelques questions qui m'interpellent dans ce fonds-là. Vous abordez... vous dites que
les Québécois n'épargnent pas beaucoup, il faut les éduquer à épargner, etc.,
mais moi, je vois ça un peu comme un vase communicant : plus tu es taxé,
plus tu es imposé, moins tu as d'argent pour
épargner. Et on est l'État québécois... on est l'État le plus taxé en Amérique
du Nord, tout État américain et toute province confondus. Alors, je me
dis qu'il doit sûrement y avoir une corrélation entre le taux d'épargne et le
niveau de taxation du Québécois. Ça, il me semble que c'est l'enfance de l'art.
Puis vous abordez très peu la fiscalité des particuliers dans votre mémoire.
Considérez-vous
ça constructif que le rapport Godbout veuille augmenter la taxe de vente tout
en diminuant les impôts, que ça serait à coût nul pour le gouvernement?
Quelle est la position du Fonds de solidarité là-dedans, sur l'ensemble du
rapport Godbout? D'après vous, d'après le fonds, est-ce que ça va susciter plus
d'épargne?
Le Président (M.
Bernier) : M. Morin.
M. Morin
(Gaétan) : Merci. Comme je le disais d'entrée de jeu, on a focalisé
notre réflexion sur l'aspect du développement de l'épargne, développement de
l'économie. Maintenant, en ce qui concerne toute la question de l'augmentation des taxes versus, bon, l'impôt sur
le revenu, même si on n'a pas approfondi ça, néanmoins il y a un certain
équilibre à avoir dans tout ça. Il faut
s'assurer que ces mouvements-là... et là je pense aux plus pauvres, aux moins
favorisés de notre société, il faut
s'assurer qu'en jouant avec ces deux grandes colonnes d'eau là, si je peux
m'exprimer ainsi... qu'on s'assure que les gens qui ont eu le moins de
chance aient la même capacité à subvenir à leurs besoins.
Le Président (M.
Bernier) : M. le député.
Spénard : Une autre chose : dans le fameux capital de
risque, au Québec, bien souvent... on dit souvent qu'au Québec il n'y a pas assez d'institutions qui
offrent du capital de risque aux entreprises. Mais, d'un autre côté, on
voit, il y a trois fonds, là, qui font du
capital de risque, plus la Caisse de dépôt, plus les différentes institutions
financières, peut-être un peu moins.
Est-ce qu'il y a un risque, entre les différents fonds, qu'il y ait une
compétitivité, disons, que j'appellerais un peu malsaine en ce qui
concerne la fourniture du capital de risque au Québec?
Le Président (M.
Bernier) : M. Morin.
M. Morin (Gaétan) : On parle beaucoup de complémentarité entre l'ensemble du système
financier, je vais vous le dire comme
ça, et on doit s'assurer, comme institution, qu'un entrepreneur, une
entreprise, du démarrage jusqu'à la mise en bourse, ait le capital disponible. Je vous donne un exemple... Puis,
vous avez raison, si jamais on a beaucoup d'impulsion, d'énergie vers le
démarrage puis qu'on ne se soucie pas qu'à une étape ultérieure on ait le
capital aussi disponible, de développement,
je parle de capital de développement, bien, nos efforts, notre énergie qu'on
aurait mis dans le démarrage va faire
que ce sera de l'argent qu'on aura dépensé, investi inutilement, puisqu'il
n'aura pas la capacité d'aller plus loin. Donc, tout ça est complexe, mais on doit s'assurer collectivement que
l'ensemble des étapes de vie d'une entreprise sont bien comblées en
termes de finances, bon.
reviens aussi sur la préoccupation qu'on doit avoir que chacune des
institutions, chacun des grands groupes d'investissement au Québec ait aussi sa niche. Et là j'entends «du
financement complètement garanti», parce que tout ça fait
partie d'un
tout, donc il faut s'assurer que chacun joue son rôle à l'intérieur même de
cette grande aventure qu'est le développement d'une entreprise. Donc, il faut
s'assurer que tout ça soit vraiment en équilibre.
la Caisse de dépôt a son niveau de risque, Investissement Québec doit avoir son
niveau de risque aussi, et les banques, les fonds de démarrage, etc. Et
je pense qu'on n'est jamais complètement en équilibre, mais je pense que, maintenant... et je n'aurais pas pu vous dire ça
il y a 20, 25 ans, mais maintenant il y a une certaine conscience
globale que l'ensemble des institutions
financières, l'ensemble des investisseurs, dans le fond, on est au service des
entrepreneurs.
Le Président (M.
Bernier) : Merci. M. le député Beauce-Nord.
Spénard :
Vous voulez dire qu'il doit y avoir plus de complémentarité entre les fonds,
c'est-à-dire que vous pouvez vous
entendre avec un autre fonds fiscalisé pour dire : Écoutez, si on investit
à deux, on diminue le risque, mais il y a quand même du capital de
risque si on investit à trois. Est-ce que ça se passe comme ça ou...
M. Morin
(Gaétan) : Écoutez, on
travaille en compétition, nous sommes en compétition, puis c'est correct
comme ça aussi, mais, dans certaines situations
où le montant nécessaire pour conclure une transaction... bien, il faut se
mettre ensemble. Et ça, quand je parle de maturité, les Américains ont compris
ça depuis longtemps, là.
Je vais vous donner un exemple tout récent :
une entreprise du Québec, à Saint-Damien, IPL, n'eut été de l'action du fonds il y a quelques années,
l'entreprise serait partie. L'entreprise a grandi. L'entreprise aurait pu être
menacée il y a quelques mois d'être vendue à
des étrangers, mais on a su, en se mettant ensemble, conserver une base
d'actionnaires.
Donc, oui, il
y a des investissements étrangers, puis c'est correct aussi, mais il y a une
base d'actionnaires qui est là, du Québec, donc Investissement Québec
est là, ainsi de suite, la caisse, ainsi de suite. Donc, il faut...
Manac, un
exemple récent aussi. Manac était coté en bourse, aurait pu passer dans des...
les grands compétiteurs sont Américains, là, dans cette industrie-là.
Et, encore une fois, on s'est mis ensemble, les grandes institutions, pour
s'assurer de conserver au Québec le siège social, une décision...
Président (M. Bernier) : Merci, M. Morin, merci, M. Tremblay, de votre participation à la Commission des finances
publiques.
Je vais suspendre quelques instants afin de
permettre à l'Union des producteurs agricoles du Québec de prendre place.
(Suspension de la séance à 11 h 6)
Président (M. Spénard) :
Alors, je souhaite la bienvenue à nos invités. Pour les fins de l'enregistrement, je vous demande de bien
vouloir vous présenter, s'il vous plaît.
M. Groleau (Marcel) : Alors,
bonjour, mon nom est Marcel Groleau, président de l'Union des producteurs agricoles du Québec, et je suis accompagné de
M. Marc St-Roch, qui est fiscaliste pour l'Union des producteurs
agricoles.
Président (M. Spénard) : Et je vous rappelle que vous disposez d'un
temps de 10 minutes pour votre exposé. Par la suite, nous procéderons à la période d'échange avec les membres de
la commission. Donc, la parole est à vous, messieurs.
M. Groleau
(Marcel) : Merci beaucoup,
M. le Président, M. le ministre, MM. et Mmes les députés. Alors, tout
d'abord, l'agriculture au Québec occupe une place importante dans l'économie.
Les producteurs agricoles mettent en marché pour 8 milliards de dollars
par année de produits agricoles, et 70 % de cette production-là est
transformée au Québec, ce qui en fait le
secteur le plus important au niveau des emplois. Le secteur est aussi composé
d'une multitude d'entreprises,
petites et moyennes, certaines plus grosses, mais on peut parler de petites et
moyennes entreprises au niveau agricole, donc on parle d'un réseau
d'entrepreneurs de 29 000 entreprises.
Alors, notre
mémoire va adresser des questions très spécifiques à notre secteur et à ce type
d'entreprises là. Et on va aussi,
pour le... étant donné que le temps est limité, s'arrêter aux points sur
lesquels on a des commentaires et donc... Mais, globalement, on est
assez d'accord avec une très grande proportion des recommandations faites par
la commission.
Alors, la
révision de l'imposition des gains en capital. Donc, lorsqu'un producteur
quitte l'agriculture et dispose de la
ferme, des gains en capital sont généralement réalisés. Une fois les dettes
remboursées, l'impôt payé, le solde restant sera la principale source de
capital pour sa retraite. L'exonération des gains en capital permet au
producteur de conserver l'intégrité des sommes récupérées. Le
2 décembre 2014, le ministre des Finances a annoncé une augmentation
du plafond d'exonération des gains en
capital à 1 million de dollars, en mentionnant que, pour de nombreux
agriculteurs et pêcheurs, leurs
entreprises représentent leur principal actif en vue de la retraite. Donc, la
proposition de la commission de remplacer l'exonération des gains en
capital par une contribution spéciale à un REER ne réglera évidemment pas le problème de liquidités et ne fera que reporter le
fardeau fiscal au moment du retrait des REER. Donc, naturellement, on
est contre cette proposition-là.
En ce qui
concerne la proposition de considérer le gain obtenu de la vente d'un bien
comme tout autre revenu, c'est-à-dire étant imposable à 100 % si la
durée de détention du bien est de moins d'un an, l'union croit que la jurisprudence a déjà établi des critères qui
permettent d'évaluer la nature d'un gain. Donc, rendre automatique,
imposable à 100 % tout gain à court terme nous paraît trop arbitraire.
Troisièmement,
bon, la recommandation de la commission de mettre fin à l'admissibilité à l'exonération
des gains en capital sur les biens
agricoles dès qu'ils ne sont plus d'usage agricole nécessiterait certains
critères pour s'appliquer. On doit considérer que, quelquefois, un producteur peut cesser la
production sur sa ferme pour certaines raisons mais que la génération suivante peut reprendre la
production après un certain temps. Donc, on considère également qu'il y a
des critères qui devraient être associés à cette mesure-là.
Pour
les travailleurs agricoles, alors, abolition de la déduction pour les
travailleurs agricoles étrangers. Alors, vous savez que, dans le secteur agricole, on emploie beaucoup de travailleurs
étrangers saisonniers. Ça a été mentionné plus tôt, l'absence de
main-d'oeuvre ou de disponibilité de main-d'oeuvre pour plusieurs entreprises,
mais c'est encore plus criant pour les
entreprises qui ont besoin de travailleurs saisonniers. Alors, il y a une
déduction de 50 % de leurs revenus d'emploi gagnés au Québec, ce
qui rend le fardeau fiscal d'un travailleur étranger agricole comparable à
celui d'un même travailleur en Ontario. Alors, l'abolition de cette déduction
augmentera l'impôt que les travailleurs étrangers paieraient au Québec comparé aux autres provinces, et on est contre
aussi cette mesure-là pour des raisons d'attraction de ces travailleurs-là sur nos territoires, et
surtout de s'assurer que les mêmes travailleurs reviennent d'une année à
l'autre, ce qui est très important pour la performance des entreprises.
réduction du taux d'imposition pour
les sociétés. Alors, la commission recommande une
réduction du taux général d'imposition des sociétés à 10 %, alors
que la mise en place de la prime à concurrence pour les PME, qui diminuerait
leur taux, et la mise en place d'une prime à la croissance, qui diminuerait
leur taux d'imposition à 4 %... La
recommandation prévoit que seules les sociétés ayant au moins cinq employés
pourront bénéficier de la prime à la croissance,
et ce, pour les revenus imposables situés entre 100 000 $ et
500 000 $. Un grand nombre d'entreprises agricoles québécoises font appel principalement à de la
main-d'oeuvre familiale et embauchent donc moins de cinq employés. De plus, pour beaucoup, le seuil de
100 000 $ de revenus imposables n'est pas atteint. C'est donc dire
que, pour ces entreprises, la prime
de croissance ne sera pas accessible, et, en plus, leur taux d'imposition
passera de 8 % à 10 %. L'union considère que le régime présenté lors du budget du
26 mars 2015, donc 4 % au secteur primaire, sans critère de
revenus minimums et nombre d'employés, doit être retenu plutôt que celui
recommandé par la commission.
autre point important, l'abolition de la réduction des taux de taxe spécifique
à l'égard des boissons alcooliques vendues
par les producteurs. Alors, cette réduction vise à améliorer... donc, la
réduction, actuellement, ou l'exemption de taxe pour un certain volume, jusqu'à 150 000 litres. Cette
réduction vise à améliorer la capacité concurrentielle des petits producteurs de bière, de cidre, et de vin, et de
toute autre boisson alcoolisée vis-à-vis des grands producteurs.
L'abolition de cette réduction augmentera les frais de fonctionnement de ces
petits producteurs et les rendra vulnérables à la compétition. D'ailleurs, ce matin, j'avais un appel de M. Jodoin,
des cidriculteurs du Québec, qui tenait absolument à ce qu'on fasse état de cette difficulté-là qui les
guette si jamais vous... cette exonération-là où cette exemption-là était
levée.
L'augmentation de la
taxe sur les primes d'assurance. Alors, rapidement, au niveau agricole, la
valeur des équipements, la valeur des
investissements est importante, les coûts d'assurance sont assez élevés. Donc,
d'augmenter la taxe sur les assurances de
9 % à 11 % va entraîner des coûts supplémentaires, d'autant plus que
cette taxe-là... et ça, on questionne,
bon, le pourquoi. Alors, nous, on croit que cette taxe-là devrait être traitée
au même
titre que la TVQ et être remboursable pour les entreprises.
L'augmentation des
tarifs d'électricité. Alors, la commission fait des recommandations,
donc : augmentation de 0,08 $ le
kilowattheure du bloc patrimonial, l'imposition d'une taxe sur la
surconsommation d'électricité dans le secteur résidentiel et l'engagement d'une réflexion à plus long terme concernant
la tarification variant selon la période de la journée. Alors, concernant le premier point, l'augmentation
proposée revient à une hausse des tarifs d'électricité de 12,6 %
pour la clientèle au tarif D, qui est
le... bon, plusieurs producteurs agricoles sont sur ce tarif-là. La
consommation de cette clientèle agricole
est souvent aussi en deuxième tranche et celle-ci augmente plus vite que la
première depuis 2006. Les producteurs agricoles
ont dû faire face à une hausse moyenne de 20 % entre 2007 et 2015. En ce
sens, l'union a proposé un tarif agricole à la commission au
printemps 2015.
mise en place d'une taxe à la surconsommation de l'électricité excédant
80 kilowattheures par jour en moyenne équivaut à une troisième
tranche pour les producteurs agricoles, qui consomment de l'énergie dans toutes
les strates et qui seraient encore plus
défavorisés par une telle mesure. La proposition concernant la tarification
différenciée, qui ferait varier le coût de l'électricité consommée en
fonction de la période de la journée, désavantage encore les producteurs
agricoles, car il y a une inélasticité de leur consommation due en grande
partie au besoin de conjuguer les opérations avec
les cycles naturels de la production ou du travail. Donc, l'union n'est pas
favorable à la mise en place de ces tarifs pour le secteur agricole.
services Internet. Alors, taxer, donc, les services Internet résidentiels. On
veut porter à votre attention que, dans les secteurs ruraux, il y a peu de compétition et il y a peu de
services, d'ailleurs. Donc, de taxer ces services-là nous apparaît, pour nous, dans nos secteurs, encore une fois
inéquitable, puisque l'absence de compétition fait qu'on paie en moyenne
plus cher pour nos services Internet qu'en milieu urbain.
Pour le transfert des
entreprises. Alors, un parent peut vendre directement les actions de son
entreprise à son enfant et être admissible à
l'exonération. L'enfant doit toutefois financer personnellement cette acquisition
à même des fonds et des emprunts personnels. Par contre, un parent ne
peut vendre les actions de son entreprise et avoir droit à l'exonération si la
vente est effectuée à une société ayant un lien de dépendance avec le parent.
Pour les parents, le montant de la vente est traité comme un dividende plutôt
qu'un gain en capital, alors... Toutefois, une vente de cette nature est cependant admissible à l'exonération si elle est effectuée
à une société sans lien de dépendance. Comme les
transactions en milieu agricole... les
transactions d'entreprise en milieu agricole se font souvent entre
apparentés, cette mesure défavorise ces transferts-là.
Lors
du budget du 26 mars 2015, le gouvernement du Québec a donné suite à la recommandation de la commission
et il permettra l'utilisation de l'exonération des gains de capital lors de
transferts qui seront jugés admissibles selon certains critères. L'union est
donc...
Président (M. Spénard) : En conclusion. En conclusion, M. le président.
M. Groleau
(Marcel) : En conclusion, donc, on va soumettre des critères au gouvernement
pour ce type de transaction là pour qu'il soit conforme aux principes de la
loi.
dernier point, rapidement, ça concerne les taxes foncières agricoles. Ça
n'a pas été adressé directement
par le rapport Godbout, mais c'est
questionné actuellement, et on veut porter à votre attention que les coûts de
remboursement des taxes foncières agricoles
par le MAPAQ, qui sont versés aux municipalités du Québec, sont importants pour
le secteur agricole. Il y a plusieurs
années... ça fait plusieurs années qu'on propose des modifications à ce
régime-là, et on n'a pas été entendus encore. Alors, avant de tirer la
conclusion que ce programme-là...
Président (M. Spénard) : M. le président, je dois vous interrompre,
parce que vous avez dépassé votre temps. Alors, ça sera... peut-être que
vous pourriez expliquer votre point de vue lors d'une question.
M. Groleau
(Marcel) : D'accord. O.K., merci.
Le Président (M.
Spénard) : Alors, je passe la parole maintenant au ministre. À vous,
M. le ministre.
Leitão : Merci, M. le Président. Alors, bonjour, MM. Groleau et
St-Roch. Merci d'être là et de nous faire part de vos réactions à la commission Godbout. En effet, le secteur agricole
est plus vaste. Le secteur agroalimentaire, c'est un secteur extrêmement important et dans beaucoup de
régions, incluant la région de Montréal. C'est un secteur qui est très
important dans notre tissu économique, le secteur de l'alimentation et la
transformation alimentaire. Donc là, on est d'accord avec ces... c'est
important.
Juste quelques
petites, petites remarques. Par exemple, quand vous mentionnez, et, je pense,
avec raison, la question de l'exonération de
gains en capital, en effet la commission avait fait certaines propositions.
Comme vous avez aussi constaté, ces propositions-là n'ont pas été... on
n'a pas poursuivi ça dans le budget, on n'a pas été dans cette direction-là. La commission elle-même mentionne que de tels changements se feraient éventuellement, mais c'est à long terme, et ça demanderait aussi des meilleurs
arrimages avec ce qui se passe à l'extérieur, dans les autres provinces,
ou au gouvernement fédéral. Donc, ce n'est pas du tout à l'agenda, ce type de
changements, c'est plutôt des réflexions d'éventuels changements à très long
terme. On n'y est pas, là, maintenant, du tout.
d'ailleurs, en termes de fiscalité aux entreprises, ce qui inclut bien sûr les
fermes, les exploitations agricoles, nous,
ici maintenant, on essaie surtout de mettre un peu plus l'accent sur la
fiscalité aux particuliers. Pour ce qui est de la fiscalité aux entreprises, dans le budget on a
donné suite à certaines propositions de la commission, mais, pour
l'instant, on n'a pas l'intention d'aller
plus loin dans ce domaine-là. Et, par exemple, vous avez mentionné, à juste
titre, le transfert d'entreprise et
donc toute la problématique qu'il y a liée à ça. Dans le budget, nous avons
avancé certaines propositions. Vous allez donc soumettre aussi vos
propositions, on va certainement les recevoir avec attention.
Je vous demanderais
peut-être d'élaborer un peu plus là-dessus, donc, cette question de transfert
d'entreprise. Pourquoi est-ce que, dans votre domaine... Bien, ça se manifeste
partout, dans tous les secteurs, mais quelle est la particularité, dans le
domaine agricole, qui rend ce transfert d'entreprise complexe?
Le Président (M.
Spénard) : M. le président.
M. Groleau (Marcel) : Bien, en fait, la valeur des actifs à transférer est importante en
rapport aux revenus qu'elle génère.
Donc, déjà là, il y a un... on est le secteur qui demande le plus de
capitalisation par dollar de revenus générés. Alors, vous comprendrez que les transferts agricoles
impliquent des sommes importantes mais
que les revenus pour assumer le rachat
de ces actifs-là... n'est pas suffisant. Donc, il y a une
partie importante
de ces transferts-là qui doit se faire par un don des parents aux enfants. Et il faut
s'assurer que les mesures fiscales de l'État favorisent les transferts entre
apparentés, puisque la majorité des
transferts en agriculture se font entre apparentés, et c'est ce qui permet
de maintenir nos entreprises agricoles d'une génération à l'autre.
Alors,
actuellement, les mesures en place favorisent, d'un point de vue fiscal, les transferts entre non-apparentés. Alors, c'est pour
ça qu'on est d'accord, tout à fait d'accord avec vous, qu'il faut trouver une
façon d'assurer que ces transferts-là entre apparentés auront des traitements
préférentiels équivalant à s'ils étaient faits entre non-apparentés.
M. Leitão :
Très bien. Merci beaucoup. Je laisserais la parole à mes collègues maintenant, M.
le Président.
Le Président (M.
Spénard) : Alors, M. le député de Pontiac, à vous la parole.
Fortin (Pontiac) : Merci, M. le Président. Bonjour, M. Groleau, M. St-Roch. Je
vais commencer par vous remercier de
nous avoir rappelé l'importance du secteur, comme vous le faites à chaque fois
que vous êtes en commission parlementaire. Je pense que c'est important, et ça fait
partie
d'un argument qu'il faut toujours continuer de rappeler à nos collègues plus urbains, l'importance du secteur agricole. Et, à ce
niveau-là, je veux vous féliciter
pour... vous souhaiter bonne chance, que dis-je, pour la journée portes ouvertes que
vous avez en fin de semaine, qui s'en vient très vite. Chez nous, on fait la ferme en ville plutôt que la
porte ouverte, c'est une belle initiative qui permet aux gens de la ville
d'un peu mieux comprendre le secteur agricole.
Ceci étant
dit, retournons au rapport de M. Godbout. Je veux revenir sur la
recommandation, qui est le quatrième point
que vous faites pour les recommandations à modifier ou à ignorer, basée sur le
taux d'imposition pour les sociétés. Je comprends
que vous avez des réticences par rapport à ce que M. Godbout proposait
dans son rapport mais que ce que le ministre
proposait, là, ou a mis de l'avant lors de son dernier budget en 2015 était
beaucoup plus favorable pour vous,
c'est-à-dire de réduire le taux d'imposition pour les PME du secteur primaire
de 8 % à 4 %. Ce que vos membres en disent, ce que les producteurs en disent, en avez-vous beaucoup écho
jusqu'à maintenant? Est-ce que c'est quelque chose qui revient souvent?
M. Groleau
(Marcel) : Bien, ces
mesures-là, prévues au dernier budget, vont s'appliquer graduellement,
elles ne sont pas encore en... Elles ne s'appliquent pas maintenant, mais c'est
sûr que tous nos centres de fiscalité et de comptabilité... Parce que l'UPA,
nos fédérations régionales offrent des services, à nos producteurs, de
fiscalité et de comptabilité. Alors, eux,
par l'entremise des informations que leur transfère Marc St-Roch, ils sont déjà
au courant que cette mesure-là pourra
s'appliquer. Donc, nos entreprises, au fur et à mesure qu'ils vont faire leurs
déclarations fiscales, vont être
mises au fait de ces mesures-là, mais ils l'ont entendu par les journaux et
principalement par les médias lors de l'annonce du budget,
naturellement.
M. Fortin (Pontiac) : O.K. Je veux
revenir, si vous permettez, M. le Président, vous... les mesures qui sont peut-être plus problématiques, et souvent, dans le
monde agricole, c'est un petit peu plus technique, là, les mesures qu'on
met de l'avant, mais vous élaborez quand même
de façon assez importante pour les mesures qu'on peut considérer plus problématiques ou pour lesquelles vous voulez des
modifications. Mais vous dites que vous êtes en accord avec la majorité des recommandations du rapport Godbout et là vous
faites une liste de certaines recommandations, un certain maintien qui pourrait être proposé. Est-ce qu'il y en a, dans
cette liste-là... Et là je vois une liste de sept, huit dans votre rapport,
de maintien de crédit d'impôt, différents
calculs, ou ainsi de suite. Est-ce qu'il y en a qui sont des incontournables?
Est-ce qu'il y en a que vous dites,
là : Si on joue dans, tout ce système-là, là-dedans... là-dessus, il ne
faut pas toucher absolument?
St-Roch (Marc) : En
fait, oui, principalement la mesure qui permet de faciliter les transferts par
enfant ou intrafamiliaux. Il y a une
règle qui permet, justement, comme M. Groleau le disait, compte tenu des
valeurs importantes des entreprises agricoles et la capacité de paiement
des gens qui reprennent la ferme... Il n'y a pas toujours une contrepartie qui est versée égale à la valeur des
actifs qui sont transférés. Et la loi permet donc, à ce moment-là, aux
parents de transférer ces biens-là pour une
partie sans qu'il y ait
d'imposition. Et, compte tenu de l'ampleur des valeurs actuellement en jeu, qui ne cessent
pas d'augmenter, cette règle-là doit demeurer pour permettre, pour faciliter
ces transferts-là pour la
partie qui est comme... on dit, nous, une
partie qui est un don des parents aux enfants, là. Donc, sans cette disposition-là,
il y aurait des difficultés importantes au niveau liquidités, parce qu'il y
aurait des impôts importants à payer, alors qu'il n'y a aucune ressource
financière pour les couvrir de la part des entreprises.
Le Président (M. Spénard) : M. le
député de Portneuf avait demandé la parole avant. Alors, allez-y, M. le député
de Portneuf.
M. Matte : Merci, M. le Président.
Bienvenue à vous deux. M. Groleau, lors de votre présentation, de votre préambule, le temps ne vous a pas permis de nous
parler de la fiscalité foncière qui s'applique aux lots boisés. Puis
j'ai lu aussi dans votre mémoire, mais
j'aimerais ça vous entendre... C'est-u possible de pouvoir nous vulgariser un
peu, là, ce que vous entendez par rapport à la fiscalité des lots
boisés?
M. Groleau
(Marcel) : Ce qu'on propose
pour les lots boisés, c'est qu'il y ait un crédit ou un congé d'impôt en
autant qu'il y ait un réinvestissement par
les propriétaires, sur les lots, d'un certain montant annuellement. Donc,
c'est une façon... Parce qu'il faut
comprendre que, dans un lot boisé, lorsqu'on fait une coupe de bois, on peut
vendre pour une année une quantité importante de bois. Alors là, on est
imposé cette année-là sur nos revenus, mais, pour plusieurs années subséquentes,
ce lot-là ne générera pas de revenus.
Alors, ce
qu'on demande, c'est qu'on puisse par des investissements sur nos lots avoir
une certaine forme de congé d'imposition pour justement favoriser ces
réinvestissements-là dans le secteur forestier. Alors, ça, c'est... Je ne sais
pas si c'est...
St-Roch (Marc) : Oui.
En fait, là, on parle de... Vous avez dit : La taxation foncière... Comme
disait M. Groleau...
St-Roch (Marc) : Oui.
Les travaux qui sont faits par les producteurs permettraient d'avoir une
réduction des taxes foncières. Puis
je crois aussi que la demande des producteurs forestiers était aussi quant à la
méthode d'évaluation des lots, aussi,
parce qu'ils ne font rien, puis les arbres grossissent, donc la valeur augmente,
et puis il y a une spéculation. Et, pour
ces gens-là, les taxes ne cessant de monter sans qu'il y ait de revenus...
comme on le disait tantôt, les revenus sont plutôt disparates étant
donné que les coupes de bois ne se font pas à chaque année nécessairement.
Donc, il y
avait des attentes quant au maintien des crédits pour les taxes foncières et
également, un peu à l'instar des producteurs agricoles aussi, une
tarification, un taux de taxation adapté à une réalité des producteurs
forestiers ou détenteurs de lots boisés.
Le Président (M. Spénard) : M. le
député de Portneuf.
M. Matte : O.K., mais vous
ne spécifiez pas, là, la superficie des lots, là, tu sais, quand vous
dites : Pour le faire... Mais je pense qu'il serait peut-être bon
aussi, là, de spécifier sur la grandeur des lots, parce qu'on voit qu'il y a
une dichotomie entre de petits lots puis de grands lots... Si vous me
permettez... Est-ce qu'il me reste du temps?
Le Président (M.
Spénard) : Il vous reste 2 min 30 s.
Matte : O.K. J'ai trouvé une
dimension intéressante que vous mentionnez dans votre mémoire, c'est
lorsque vous parlez du régime d'épargne...
d'investissement en sylviculture, O.K., que M. Groleau en a
effleuré tout à l'heure. Je trouve ça intéressant, sauf que j'aimerais savoir... Parce que, là, on
a un régime épargne-études, régime ci, régime là. Donc, comment vous
voyez ça que ça pourrait fonctionner? C'est de dire qu'on peut mettre de côté
des sommes d'argent, et, lorsque je fais des travaux sur des lots à bois, je
peux le sortir. Mais est-ce qu'il y a un crédit d'impôt affecté à ça?
M. St-Roch (Marc) : En fait, l'idée, c'est que c'est... Lorsqu'il y
aura des revenus qui seront gagnés de la vente du bois comme tel, il sera permis à la personne, au producteur
forestier, de prendre une
partie ou la totalité
du revenu qui est tiré de cette
vente-là et de l'investir dans le régime sylvicole de façon à reporter
l'imposition. Parce que, comme les coupes de bois se font de façon importante puis sur plusieurs années... sur
quelques années, pardon, donc le revenu est important à un moment donné, puis après on n'en a pas pendant
10 ans. Donc, en ayant ce régime-là, ça va permettre de reporter le
revenu, dans le fond, sur plusieurs années
en réinvestissant dans des travaux sylvicoles, là, qui seront faits à partir de
ces montants-là. Donc, c'est un report, en fait, de l'imposition, mais associé
à des travaux qui seront faits.
Le Président (M.
Spénard) : M. le député de Portneuf.
Matte : Mais, dans votre mémoire, vous ne spécifiez pas, là, la durée. Je pense qu'il faudra peut-être,
là... Je trouve le principe intéressant, mais il y a peut-être
une faiblesse, à savoir il faudrait peut-être
le quantifier dans le temps, là, pour
éviter que des gens puissent en profiter puis que ça se transfère après
25 ans ou 30 ans à leur génération ou qu'ils vendent. Je pense
que ça serait important de spécifier, là, une durée dans le temps.
Président (M. Spénard) :
Alors, il vous reste 30 secondes. Est-ce
que Mme la députée de Bourassa-Sauvé veut poser une question
vite?
de Santis :
Très vite. O.K. Alors, dans le... Bonjour. Dans le mémoire,
vous dites qu'une augmentation
de la taxe sur les primes d'assurance n'est pas souhaitable, mais aucune augmentation
de taxe n'est souhaitable, donc la déclaration est... Et vous dites aussi que l'abolition de la
déduction quant aux travailleurs agricoles étrangers augmenterait l'impôt que les travailleurs agricoles
paieraient au Québec, et cela
inciterait moins de personnes de venir au Québec. Mais je me demande combien de personnes postulent pour ces
postes. Parce que nous avons beaucoup de personnes qui aimeraient venir
travailler. Est-ce que vraiment il y aurait une diminution de personnes qui
viendraient travailler dans ce secteur au Québec?
Président (M. Spénard) : Merci, Mme la députée. La réponse viendra
plus tard, parce que je dois passer la parole aux députés de l'opposition.
Alors, M. le député de Rousseau, à vous la parole.
Marceau : Oui. Merci, M. le Président. Alors, bonjour,
messieurs. Peut-être, tout d'abord, vous poser une question sur la taxation des gains de capital,
question que vous examinez aux pages 4 et 5. Vous dites
essentiellement que vous demandez le
maintien du système actuel et puis, donc, vous rejetez, d'une certaine manière,
les propositions qui sont faites dans le rapport.
Il y a une dimension,
dans le rapport, sur laquelle j'aurais aimé vous entendre, c'est la question de
l'inclusion partielle des gains en capital.
Vous savez que, présentement, le taux d'inclusion est de 50 % et que ce
que la commission propose, c'est
essentiellement de mesurer plutôt l'inflation qui a eu cours entre le moment de
l'acquisition du bien puis le moment
où on le liquide, ce qui est un meilleur reflet de la valeur... de la
détérioration de la valeur du bien qui est causée par l'inflation. En
tout cas, il y a une logique économique, mettons, mais évidemment il y a des
conséquences. Il y a des gagnants et des
perdants, et ainsi de suite. Puis peut-être qu'il y a des aspects spécifiques,
dans le secteur agricole, là, qui mériteraient que vous élaboriez
là-dessus. Alors, peut-être nous dire ce que vous pensez de ça spécifiquement.
Le Président (M.
Spénard) : M. Tremblay.
St-Roch (Marc) : C'est moi. Oui, c'est beau. En fait, nous, on
considère que l'aspect de l'augmentation du
taux d'inclusion en fonction de la durée plus courte, plus d'imposition, plus
d'inclusion puis, au fil du temps, on se ramène, j'imagine... on n'a pas... Dans le rapport de la commission, on
ne voit pas l'évolution qui est proposée, on dit juste qu'on devrait y réfléchir. Mais actuellement, de toute façon, la
position des producteurs agricoles, c'est à l'effet que les gains en capital devraient... comme ils sont
admissibles à l'exonération pour gains en capital sur les actifs
d'entreprise, on ne voyait pas l'importance
de mettre cette progression-là comme telle. Ce n'était pas dans le... Ça n'a
pas été analysé, si vous voulez,
parce que ce n'était pas... Je veux dire, on allait contre ce principe-là en
partant. Donc, ça n'a pas été analysé. Parce
qu'on voulait maintenir le système comme il était là. Déjà, avec les plafonds,
il y a déjà des règles qui sont là, et la plupart du temps les gens maintiennent ou conservent les biens sur une
longue période. Ça se transfère à l'interne, donc ce n'était pas un
élément qui était, si on peut dire, regardé comme tel.
Puis, pour revenir à ça, il y a une
mention qui dit : Les biens détenus à court terme... On parlait... La
proposition dans le rapport disait que
c'était... moins d'un an, on devrait taxer à 100 %. On considère que la
jurisprudence actuelle au niveau
fiscal permet de déterminer si un bien est détenu pour spéculation ou si c'est
pour un investissement, et, dans les cas de spéculation, si l'intention,
c'est d'acheter pour revendre, c'est 100 % d'imposition déjà qui est
prévue. Ça fait qu'on considérait que les règles en place étaient déjà
satisfaisantes à cet égard. Donc, c'est pour ça qu'on ne l'a pas abordé plus
que ça.
Le Président (M.
Spénard) : Alors, c'était M. St-Roch au lieu de M. Tremblay. Pardonnez
mon erreur. Député de Rousseau.
M. Marceau :
Oui, merci. Tout de même, je me permets de dire que, précisément parce que la
détention des biens agricoles est
habituellement, je dirais, plus longue que celle d'autres placements, le fait
de mesurer l'inflation pourrait être
avantageux, là. Le 50 %, c'est une espèce de chiffre un peu arbitraire,
qui vient de nulle part, justement pour protéger les gens du fait qu'il y a eu de l'inflation. Mais, quand une terre
agricole a été détenue pendant 50 ans, il y a fort à parier que
l'inflation est bien au-delà du 50 %, là. Et donc la personne, elle serait
gagnante.
tout cas, écoutez, je vous dis ça de même, il me semblait que, dans votre
secteur à vous, il y avait peut-être un avantage à aller dans cette direction-là, mais, bon, je suis d'accord
avec vous qu'il y a d'autres aspects du traitement des gains en capital,
là, qui sont aussi importants, puis vous les avez déjà abordés.
le tarif électrique agricole, j'aimerais juste que vous élaboriez un peu
là-dessus. Bon, on a eu des représentants, de mémoire c'est de la FCEI, qui nous disaient, bon : Il y a une
inéquité, il y a un interfinancement de certaines catégories de consommateurs, entre autres les petites
entreprises qui paient plus que leur part et d'autres qui ont moins que leur
part. Je veux simplement vous entendre sur
comment vous voyez les choses, sur quelles bases on devrait établir le tarif
agricole. Et puis je me demandais aussi, là... Vous parlez de la tarification
qui fluctuerait à travers la journée... juste que vous élaboriez encore
là-dessus, s'il vous plaît.
Le Président (M.
Spénard) : M. le président.
M. Groleau (Marcel) : En fait, cette demande-là d'avoir un tarif pour l'agriculture
correspond au fait que, pour plusieurs régions, c'est la seule source
d'énergie disponible, parce qu'on n'a pas le gaz naturel, donc il faut utiliser
l'électricité. Et, lorsqu'on a des demandes
importantes en électricité pour une entreprise, il n'y a pas de tarif
spécifique à notre secteur. On a un tarif
spécifique pour les alumineries, on a un tarif spécifique pour, par exemple,
d'autres secteurs, de gaz, par
exemple, mais, pour nous, on n'a pas de pouvoir de négociation d'un tarif
aussi... selon l'usage qu'on en fait.
Et, pour les périodes
de la journée ou les saisons, on n'a aucune flexibilité. Les producteurs
agricoles qui font leur traite à l'heure où
la consommation est importante, parce que les gens reviennent à la maison entre
6 et 7, ils n'ont aucune flexibilité par rapport à ça. Donc, on
considère qu'il y aurait lieu... puis on n'a pas proposé quel tarif devrait être le tarif agricole, mais on croit qu'il y a
lieu de se questionner sur... compte tenu de l'apport du secteur agricole
dans l'économie et son importance, est-ce qu'on n'est pas rendu maintenant...
et compte tenu de la consommation qui augmente
aussi, puis des besoins, est-ce qu'on n'est pas rendu à déterminer un tarif
pour l'agriculture au Québec? On le fait pour d'autres secteurs
économiques ou industriels.
Marceau : Je comprends puis, par exemple, je me rappelle bien
de discussions qu'il y avait eu au sujet des producteurs en serre, là,
et qui faisaient une demande... Parce qu'eux, évidemment, ils ont un usage très
intense de l'électricité, encore plus
peut-être qu'une ferme laitière ou que quelqu'un qui fait de la grande culture,
mais il n'en demeure pas moins... J'entends très bien ce que vous dites,
puis moi, je trouve qu'il y a un caractère très raisonnable de ce que vous
suggérez, là.
M. Groleau (Marcel) : ...évidemment aussi pour les investissements en région, naturellement,
je pense que c'est important aussi
de... Parce qu'on est les investisseurs les plus importants en région. On
réinvestit entre... 700 millions et plus par année sur nos entreprises agricoles, donc c'est quand même
substantiel. Alors, ça pourrait... Et ça pourrait aussi toucher le secteur production, transformation, là, parce
qu'aussitôt qu'un producteur agricole fait de la transformation, bien,
il n'est plus admissible au tarif D. Là, il
tombe sur le tarif, bon, commercial. Il y a plusieurs questions qui pourraient
être associées à cette... À quel moment est-ce qu'un producteur qui fait de la
transformation devrait transférer au tarif commercial?
Parce que c'est des coûts importants pour la ferme. Donc, toutes ces
questions-là devraient être soulevées.
Puis
la commission de l'énergie ou celle qui se penche sur les tarifs, à moins
d'avoir une... Parce que moi, j'avais même
rencontré à l'époque M. Vandal, le président d'Hydro-Québec, pour discuter avec
lui de cette approche-là, qu'il trouvait
très intéressante. Mais lui, il me disait : Si ce n'est pas une volonté
politique, c'est la commission qui établit les tarifs. Donc, ça doit
partir d'une volonté politique pour pouvoir se réaliser.
Marceau : Regardez, moi, évidemment, je ne connais pas bien la
question, mais moi, je serais bien ouvert, et puis j'imagine que mes collègues aussi, à lire une documentation
produite par vous, en tout cas, nous informant des enjeux de la consommation électrique dans les fermes du Québec. Là, je dois vous
avouer qu'il y a beaucoup d'éléments qui me manquent présentement pour bien comprendre, mais je peux admettre qu'il y a
des spécificités dans votre cas qui militent en faveur d'un traitement
particulier.
M. Groleau (Marcel) : La distribution également est défaillante. Plusieurs
secteurs n'ont pas accès à ce qu'on appelle
le 550 volts, qui permet une réduction aussi au niveau des équipements nécessaires
pour faire fonctionner avec un régime de 550 volts, donc ce n'est
pas disponible partout. Alors, encore là, il y a des choses à améliorer.
Président (M. Spénard) : Merci, M. le député de Rousseau. Alors, je
passerais la parole maintenant au député de Granby, de la seconde
opposition.
Bonnardel : Merci, M. le Président. Bon matin, messieurs.
Une question qui m'interpelle, parce que je sais que c'est un dossier, un sujet qui avait été mis de l'avant par la
Fédération des chambres de commerce, et c'est celui du transfert d'entreprise qui est plus facile à une
personne qui n'a pas de lien. J'ai vu des exemples qui étaient complètement
aberrants, là, de savoir que c'était
fiscalement plus difficile de vendre à ses enfants que de vendre à son voisin
d'à côté. Vous dites, dans votre
mémoire, à la page 10, là... vous semblez d'accord avec le fait que, bon,
dans le dernier budget, il y aurait des
critères de qualification qui seront rendus public. Ça, vous semblez être
d'accord là-dessus. Je voudrais juste que vous nous donniez un petit
portrait, un exemple, là, pour ceux qui nous écoutent. Et, quand vous parlez de
contexte de transfert progressif des
entreprises, là, c'est un... lorsque l'entreprise a cédé... expliquez-nous un
petit peu comment un transfert progressif des entreprises se fait et
pourquoi on devrait ajouter ce transfert dans les...
Le Président (M.
Spénard) : M. Groleau.
M. Groleau
(Marcel) : Moi, je suis moi-même dans cette situation-là, là. On est
deux frères sur l'entreprise chez nous, et
c'est mon neveu qui va prendre la relève, donc il y aura un transfert de...
donc, ce n'est pas mes enfants, ce seront
mes neveux. Donc, il y a un transfert de ma propriété vers mon frère ou mes
neveux, mais, comme ce sont des gens qui
sont apparentés, ils ne peuvent pas constituer une compagnie qui rachèterait
mes actions. Ils doivent les acheter en nom propre, et donc ça prend beaucoup plus de revenu, qui est imposable
de façon importante, puisque ce sont des individus qui rachètent les
actions. Alors, ça, c'est...
si c'était un étranger, il pourrait procéder par création d'une compagnie qui
achèterait mes actions, donc le taux d'imposition serait moins
important. Ça fait que ça fait une différence énorme pour les transferts
d'entreprise entre apparentés. Ça oblige les
dons, il faut faire des dons plus importants, et les dons entre apparentés ne
sont pas toujours non plus non imposables. Alors, c'est sûr que ça...
Mais je vais laisser M. St-Roch, peut-être...
Le Président (M.
Spénard) : Oui. M. le député.
Bonnardel :
C'est quoi, c'est-u un coût de 10 %, 15 %, 20 %, 25 % plus
cher dans ce cas-ci?
M. St-Roch (Marc) :
En fait, on...
Le Président (M.
Spénard) : M. St-Roch.
M. St-Roch (Marc) : Oui, excusez. En fait, l'obligation...
Parce que le vendeur ou la personne qui quitte souhaiterait profiter de
son exemption pour gain et capital, donc pour ce faire, compte tenu que, la
compagnie qui détient les actions, il y a
un lien de dépendance, l'imposition, si on l'a payée par... donc, c'est les
autres actionnaires qui doivent
l'acheter directement, et, eux, l'argent va provenir de l'entreprise,
donc ils doivent se verser des salaires ou des dividendes, payer des impôts et ensuite payer le vendeur. Donc, on parle
de 30 % à 40 % de coût d'impôt supplémentaire.
Alors
que la personne qui n'a pas de lien de dépendance, elle n'a qu'à créer une
compagnie, l'argent est versé de la
ferme à cette compagnie-là sans impôt, puis la compagnie qui vient d'acheter
verse l'argent au vendeur. Il n'y a pas d'impôt dans le système, donc on a une économie de 40 % de
financement. Donc là, on parle de, par
exemple, 500 000 $, quelqu'un qui va quitter puis qui va être
payé sur plusieurs années, de là l'idée progressive, là. C'est que ça va être
payé... Mais, ces personnes-là, ce n'est pas 500 000$ qui... ça va leur
prendre 800 000 $ ou 900 000 $ pour donner
500 000 $ au vendeur, alors qu'un étranger va avoir seulement à payer
500 000 $.
Donc,
il y a un fardeau beaucoup plus importa