Public Finance — 12 February 2025 (43rd Legislature, 1st Session)
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29e législature, 1re session (9 juin 1970 - 19 décembre 1970)
28e législature, 5e session (24 février 1970 - 12 mars 1970)
28e législature, 4e session (25 février 1969 - 23 décembre 1969)
28e législature, 3e session (20 février 1968 - 18 décembre 1968)
28e législature, 2e session (20 octobre 1967 - 20 octobre 1967)
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27e législature, 5e session (22 octobre 1965 - 23 octobre 1965)
27e législature, 4e session (21 janvier 1965 - 6 août 1965)
27e législature, 3e session (14 janvier 1964 - 31 juillet 1964)
27e législature, 2e session (21 août 1963 - 23 août 1963)
27e législature, 1re session (15 janvier 1963 - 11 juillet 1963)
26e législature, 2e session (10 novembre 1960 - 10 juin 1961)
26e législature, 1re session (20 septembre 1960 - 22 septembre 1960)
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25e législature, 2e session (13 novembre 1957 - 21 février 1958)
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(29 novembre 2022 au 10 septembre 2025)
Cette version du Journal des débats est une version préliminaire : elle peut donc contenir des erreurs. La version définitive du Journal, en texte continu avec table des matières, est publiée dans un délai moyen de 2 ans suivant la date de la séance.
Pour en savoir plus sur le Journal des débats et ses différentes versions
mercredi 12 février 2025
Vol. 47 N° 64
Étude détaillée du projet de loi n° 82, Loi concernant l’identité numérique nationale et modifiant d’autres dispositions
Aller directement au contenu du Journal des débats
Heures
11 h
11 h 30
12 h
12 h 30
14 h 30
15 h
15 h 30
16 h
16 h 30
17 h
17 h 30
18 h
Journal des débats
11 h (version non révisée)
(Onze heures quinze minutes)
Le Président (M. Simard) : Alors,
chers collègues, très heureux de vous retrouver. Je constate que nous avons le
quorum. Conséquemment, notre commission peut entreprendre l'étude détaillée du projet
de loi n° 82, Loi concernant l'identité numérique nationale et modifiant d'autres
dispositions. M. le secrétaire, bonjour. Bienvenue. Est-ce qu'il y aurait donc
des remplacements ce matin?
Le Secrétaire
: Oui,
tout à fait, M. le Président. M. Allaire (Maskinongé) est remplacé par M. Lemay
(Masson); M. Beauchemin (Marguerite-Bourgeoys) est remplacé par Mme Setlakwe
(Mont-Royal—Outremont); M. Morin (Acadie) est remplacé par Mme Caron
(La Pinière); Mme Zaga Mendez (Verdun) est remplacée par M. Zanetti
(Jean-Lesage).
Le Président (M. Simard) :
Bien. Alors, bienvenue à ces nouveaux collègues. Comme vous le savez, nous
débutons par des remarques préliminaires. Et sans plus attendre, pour une
période d'au maximum 20 minutes, je cède la parole au ministre.
Caire
: Oui.
Merci beaucoup, M. le Président. Je serai beaucoup plus bref que 20 minutes,
parce que je pense qu'on est tous ici pour échanger sur les articles en
question. Beaucoup de choses ont été dites, M. le Président, dans les consultations
particulières. Je veux quand même revenir sur certains, certains éléments de
cette consultation-là, notamment sur le fait que je pense qu'a été salué le
fait qu'on institue l'identité numérique nationale. Je pense qu'il est reconnu
que c'est une obligation pour un gouvernement au XXIᵉ siècle de procéder ainsi.
Le projet de loi l'institue, oui, mais en plus crée un cadre législatif parce qu'on
comprendra que l'utilisation de cette identité-là doit être encadrée
juridiquement pour avoir la même portée que nos... nos pièces d'identité ou
nous attestations d'identité, pour utiliser le même langage, dans l'univers
physique.
J'attire l'attention des collègues sur
certains autres éléments, M. le Président, du projet de loi, puis notamment
dans le contexte qu'on connaît avec les États-Unis, la nouvelle politique qui
est mise de l'avant, bon, en tout cas pour laquelle il y a des menaces qu'elle
soit mise de l'avant par le président américain, l'élargissement du rôle du
courtier en infonuagique que nous souhaitons être maintenant un courtier en
ressources informationnelles. Alors, il faut comprendre que ça, ça donne des
possibilités au gouvernement, une fois qu'un fournisseur de services s'est
qualifié. Et on aura l'occasion d'échanger avec mes collègues, évidemment, plus
en détail, mais une fois qu'un fournisseur est qualifié, ça donne une
possibilité au gouvernement, après ça, à l'intérieur des fournisseurs
qualifiés, de choisir celui avec qui il veut faire affaire. Et ça, ça donne des
leviers intéressants dans le contexte actuel, avec... en ligne avec les
déclarations que le premier ministre a pu faire sur la souveraineté numérique
et que moi-même j'ai pu faire.
Donc, j'ai hâte de pouvoir en discuter
avec les collègues. On va le voir aussi au niveau des...
M. Caire : ...qualification.
Et d'emblée j'avise cette Assemblée, M. le Président, que mon collègue d'Orford
s'occupera de cet article-là en particulier, là, qui ajoute deux articles, là,
où c'est extrêmement important pour le gouvernement de mandater officiellement
le mais le MCN, parce qu'on le faisait officieusement avec les différents
désavantages que ça pouvait amener, donc de mandater officiellement le MCN pour
être ce fédérateur-là, ce coordonnateur là des infrastructures de communication
du gouvernement du Québec à des fins non commerciales, là, clairement indiquées
dans le projet de loi. Mais encore une fois, je vais laisser mon collègue
d'Orford expliquer l'idée derrière cet article-là, parce que c'est son champ
d'expertise depuis maintenant plus de six ans, et donc d'autres, d'autres
éléments du projet de loi, là, qui vient, je vous dirais, avec l'expérience
qu'on a, le ministère existe maintenant depuis trois ans, qui vient ajuster le
rôle, les fonctions du ministère en fonction de son évolution et de sa mise en
place. Donc, un projet de loi qui est extrêmement important à bien des égards,
sur l'identité numérique, très certainement, mais sur d'autres aspects aussi du
mandat du ministère et des outils qui sont... qui sont très importants pour
nous, pour la suite des choses. Donc, sans plus tarder, M. le Président, j'ai
bien hâte d'échanger avec mes collègues des oppositions. Merci, M. le Président.
Le Président (M. Simard) :
Merci à vous, M. le ministre. Et je cède maintenant la parole à la députée de Mont-Royal—Outremont.
• (11 h 20) •
Mme Setlakwe : Merci, M.
le Président. Bien, ça me fait plaisir de vous retrouver ce matin. On a eu
quelques jours de répit après les consultations. J'étais prise dans un autre
projet loi, mais heureuse de vous retrouver pour qu'on puisse continuer les
échanges concernant ce projet de loi important, le projet de loi n° 82,
qui vise à établir une identité numérique nationale pour les citoyens
québécois, qui constitue un projet de loi très important mais un projet
structurant de société aussi très important et qui aura un impact majeur sur
nous tous. Effectivement, il y a un impact potentiellement très positif lié à
ce projet, car les Québécois s'attendent aux meilleurs services numériques de
la part de l'administration publique. L'identité numérique nationale
deviendrait la seule façon de s'identifier tant dans le monde réel que dans le
monde numérique. Elle vise à permettre aux citoyens de s'authentifier en ligne
pour accéder aux services gouvernementaux de manière sécuritaire. Du moins,
c'est ce que l'on souhaite. Cette identité fonctionnerait comme un substitut
pour les documents d'identité physique qu'on connaît, passeport, permis de
conduire, certificat de naissance, etc.
Donc, ce sont des avancées qui peuvent
être très positives, nous en convenons, mais on parle ici d'un projet loi qui a
aussi le potentiel d'affecter négativement les Québécois au niveau notamment de
la sécurité des données et de la protection de leurs renseignements personnels.
La transparence, la planification, la communication, l'encadrement et le
déploiement de ce projet vont nécessiter la plus grande rigueur, la plus grande
prudence, M. le Président. Nous avons voté pour le principe, car nous
partageons le souhait de moderniser les services de l'État. C'est un projet de
société, je le répète, qu'il nous faut entamer. Et là-dessus, nous sommes
d'accord avec le ministre, c'est un projet structurant. Donc, on ne souhaite
pas mettre un frein à la modernité, mais on est inquiets sur plusieurs volets,
M. le Président.
Donc, l'objectif qui est d'offrir aux
citoyens des services numériques accessibles, sécuritaires et adaptés à leurs
besoins, ça, on ne peut pas être contre cet objectif. On a d'ailleurs accumulé
un retard important dans ce domaine. Il y a toute une panoplie d'experts qui
sont venus en consultation. On les remercie d'ailleurs pour leur contribution.
D'autres n'ont pas pu venir témoigner en commission, mais ont soumis des
mémoires de grande qualité. On en a pris connaissance et on remercie donc tous
ceux qui ont contribué à nos travaux. On a mentionné que ce type de projet
avait été mis de l'avant dans différentes juridictions. Je ne les nommerai pas,
on les connaît. Il y a notamment l'Estonie. Il y en a plusieurs autres. Au
Canada, il y a la Colombie-Britannique qui a mis de l'avant un projet
similaire. Et donc les experts, quand ils se prononcent sur les enjeux, sur les
éléments de préoccupation, bien, ils parlent en connaissance de cause, en ayant
étudié les projets qui ont été mis de l'avant dans d'autres juridictions.
On va s'assurer donc, dans le cadre de nos
échanges, notamment durant l'étude détaillée, que tous les enjeux et que toutes
les préoccupations qui ont été mises de l'avant dans le cadre des consultations
et dans les mémoires soumis soient discutées en cette commission parlementaire.
Je vous rassure, M. le Président, tout au long du processus, comme...
Mme Setlakwe : ...toujours.
Nous, à la position officielle, on va travailler de façon constructive à
l'analyse du projet de loi afin de le bonifier, car nous espérons sincèrement
que cette identité numérique nationale va, oui, faciliter l'obtention des
services publics pour le plus grand nombre possible de Québécois et qu'il
viendra réduire les risques de fraude comme les vols d'identité, l'hameçonnage,
les fuites, etc. Et on va trouver, on l'espère, on va, en tout cas, travailler
très fort pour trouver l'équilibre entre l'efficience administrative, la
protection des renseignements personnels et l'inclusion numérique. Bref, ce
serait un exercice de trouver l'équilibre entre simplicité et sécurité.
Un élément que je me dois de mettre de
l'avant comme un énorme bémol à notre vote en faveur du principe du projet de
loi n° 82, c'est que le projet d'identité numérique nationale, à notre
sens, c'est beaucoup plus que le libellé de cette pièce législative. Le
ministre devra rassurer la population, fédérer les Québécois et mettre de
l'avant un plan et une feuille de route qui assurera le succès de ce projet
structurant. Le ministre de la Cybersécurité et du Numérique, qui a joué un
rôle déterminant, on va le rappeler dans le déploiement de SAAQclic et qui a
admis lui-même en cette Chambre que le déploiement avait été un fiasco,
sera-t-il cette fois-ci réunir les conditions gagnantes pour mener à terme et à
bien ce projet structurant d'identité numérique nationale? Permettez-moi, M. le
Président, de lever le drapeau.
Il y a plusieurs mises en garde qui ont
été énoncées, notamment par la Vérificatrice générale. Je me permets de me
référer à son mémoire brièvement. Elle fait état de trois principaux enjeux
dans son mémoire : la question de la cybersécurité et de la protection des
renseignements personnels, la question de l'accessibilité et de la qualité des
services aux citoyens, et aussi, et c'est très important, la gestion du projet.
Dans son mémoire, elle fait état de ses rapports d'audits passés pour lesquels
elle ramène les recommandations, elle ramène les enjeux, elle ramène les
problématiques qui avaient été soulevées dans le cadre des différents projets.
Et elle nous invite à la prudence. En tout cas, moi, c'est comme ça que je l'ai
reçue. Et, en conclusion, elle mentionne qu'il s'agit d'un projet intéressant,
je le cite, «qui vise notamment à simplifier les échanges entre les citoyens et
l'État, mais qui, cependant, pour obtenir l'acceptabilité sociale ainsi que la
confiance des citoyens et leur adhésion, le MCN devra mettre en place une
gouvernance efficace en garantissant la sécurité des données, en offrant un
service accessible et de qualité ainsi qu'en s'assurant que les données sont
exactes». En outre, bon, elle soulève le fait qu'il y a de nombreuses modalités
qui doivent être fixées par règlement et elle invite le gouvernement à la
prudence dans l'élaboration de ses règlements, etc. Mais elle parle... elle
parle surtout — c'est ce qu'il faut retenir — de la
planification et du déploiement du projet.
Quand je parle de conditions gagnantes, M.
le Président, qui sont nécessaires à la réussite du projet, je parle d'éléments
qui ne se retrouvent pas forcément dans le projet de loi mais qui sont cruciaux
à la réussite du projet. Avant tout, il faut bien communiquer le projet aux
citoyens afin qu'ils voient l'utilité du système et en quoi l'identité
numérique leur offrira une meilleure accessibilité aux services
gouvernementaux. L'importance de bien communiquer avec la population, elle est
primordiale dans ce dossier. Cet élément de la communication, de la confiance,
de l'adhésion, de l'acceptabilité sociale, elle revient, elle est revenue à
maintes occasions, M. le Président, durant les consultations et dans les
excellents mémoires qui nous ont été soumis.
Comment cette identité numérique nationale
va-t-elle simplifier la vie aux Québécois? Est-ce qu'on leur a expliqué? Moi, à
ce jour, je n'ai pas eu connaissance d'une prise de parole de la part du
ministre ni en ayant déposé son projet de loi à la fin de l'année passée ni
dans les semaines qui ont suivi. On s'apprête à étudier un projet de loi, mais
on n'a pas encore communiqué, et il n'est pas trop tard pour le faire,
démontrer un leadership et expliquer aux Québécois ce qui s'en vient, en quoi
ce projet-là sera bénéfique, en quoi il sera utile. Si on s'inspire de la façon
dont les autres juridictions ont mené à bien ces projets, il y a certains...
dans certaines juridictions, ça s'est bien passé, dans d'autres moins bien,
mais quand ça se passe moins bien, c'est parce que l'adhésion de la population
n'y est pas. Alors...
Mme Setlakwe : ...dans ce
cas-là, dans ce cas-là, c'est un échec. Ce qu'on veut, c'est que le plus grand
nombre des Québécois participe. Et c'est, à mon sens, le devoir du ministre de
s'assurer de bien communiquer avec la population. Mais, encore une fois, ce
n'est pas nous qui l'inventons, là, cette importance de bien communiquer, je me
réfère à un des excellents mémoires qu'on a reçus, c'est celui de l'Obvia,
l'Observatoire international sur les impacts sociétaux de l'IA et du numérique,
à sa page 8, il parle des études de cas dans les autres juridictions, «qui
démontrent que l'utilité perçue d'une identité numérique nationale est
essentielle à son adoption, voire à son succès. Pour assurer cette utilité, il
faut impliquer différents acteurs gouvernementaux et privés dans le processus,
ainsi qu'à inclure la population utilisatrice pour développer un système
répondant à ses besoins.»
Encore une fois, on n'est pas contre le
principe. On veut avancer dans le sens de la modernité, mais on veut s'assurer
que les choses se fassent correctement, dans l'ordre, avec la population qui
participe et qui adhère au projet. Les citoyens doivent avoir confiance en
cette identité numérique. L'acceptabilité sociale constitue un enjeu
fondamental et elle se construit inévitablement par la confiance. Dans ce
contexte, je me demande si le ministre n'a pas déjà manqué à son devoir premier
dans ce dossier. Comment se fait-il que, quand il a déposé son projet de loi,
il n'a pas tenu une conférence de presse, il n'a pas informé la population, il
ne se soit pas adressé directement à elle en expliquant les bienfaits de son
projet, les étapes et l'utilité surtout, et l'importance qu'on y adhère en plus
grand nombre possible? Le projet de loi a été déposé dans le contexte de la
mise à jour économique, et ça, M. le Président, c'est étonnant alors qu'on sait
que la façon d'aborder ce projet aura pourtant une incidence sur son taux
d'acceptation et d'utilisation.
• (11 h 30) •
Un peu plus loin dans son mémoire, l'Obvia
mentionne le résultat d'une enquête qu'ils ont menée auprès de 2000 citoyens
québécois, une enquête récente menée à la fin... au printemps de 2024 sur...
«portant sur la confiance, le partage de données et l'identité numérique. Et
cette enquête a démontré que «25 % des personnes interrogées ne sont pas
du tout ouvertes à l'identité numérique. Plus spécifiquement, une grande majorité
de répondants, plus de 86 %, s'est déclarée favorable à l'utilisation de
l'identité numérique si certaines conditions étaient respectées.»
Alors, ce sera bien important, nous, les
parlementaires, de parler de ces conditions gagnantes et de s'assurer qu'elles
soient réunies avant le déploiement de ce projet. Aussi, le projet... le succès
du projet va dépendre des ressources que le gouvernement va y investir. Je
parle ici de ressources humaines et financières adéquates dans le contexte du
déficit record de 11 milliards de ce gouvernement des coupures budgétaires
qu'on observe de la part de ce gouvernement, du manque d'expertise à l'interne
au sein du ministère de la Cybersécurité et du Numérique qui le pousse à
recourir de façon excessive à la sous-traitance et aussi du gel d'embauche, et
ce gouvernement s'est imposé. Il est tout à fait normal qu'on se pose ces
questions, M. le Président, avant d'entamer l'étude détaillée de la pièce
législative et avant de donner notre aval final au projet.
Encore une fois, lors de l'étude, nous
verrons à questionner et à talonner le ministre afin d'être rassuré pour... que
ces conditions soient rencontrées pour le bien des Québécois qui n'ont pas
envie de faire les frais, encore une fois, d'une planification bâclée. Le gouvernement
doit apprendre de ses erreurs et les Québécois peuvent compter sur nous à cet
égard, non pas pour ralentir indument le projet, mais pour soulever des
préoccupations légitimes qui ont été entendues de la part des experts tout au
long des consultations particulières.
Permettez-moi un bref retour sur ces
consultations que se sont tenues les 28, 29 janvier. Encore une fois, merci aux
groupes entendus et à tous ceux qui ont rédigé et déposé des mémoires. Comme je
l'ai mentionné, ce projet soulève plusieurs enjeux importants, je vais en
aborder quelques-uns. La question de la protection des renseignements
personnels et de la vie privée, la Commission d'accès à l'information du Québec
soulève... souligne que l'évolution de l'identité numérique nationale accroît
les risques liés à la protection des renseignements personnels, qu'un
encadrement juridique insuffisant pourrait diminuer la protection de la vie
privée des citoyens et entraîner une perte de confiance envers cette identité
numérique. Il y a la question de la sécurité des données, le Syndicat de
professionnels du gouvernement du Québec...
Haut de la page
11 h 30 (version non révisé
e) Mme Setlakwe : ...il y a
des préoccupations quant à l'hébergement centralisé d'une grande quantité de
données personnelles et confidentielles, soulignant l'importance de mettre en
place des ressources humaines et financières adéquates pour assurer la
cybersécurité du projet. Il y a la question de la collecte des données
biométriques. Cet élément est revenu souvent durant les consultations. M. le
Président, quand on parle de nos données biométriques, c'est vraiment unique à
chaque personne, on parle de notre... de tout ce qui nous distingue au niveau
de nos éléments faciaux, les yeux, etc. Ce ne sont pas des choses, M. le
Président, qu'on peut changer comme un code ou un identifiant. Si ces éléments
extrêmement sensibles et personnels qui nous permettent de nous identifier se
trouvaient entre les mains de personnes aux intentions malveillantes, les
conséquences seraient extrêmement négatives. Alors, cette question, on va
devoir en discuter et en débattre, étant donné que ces données biométriques
sont intrinsèques à la personne et, comme je le disais, ne peuvent pas être
modifiées en cas de compromission. Le syndicat professionnel du gouvernement du
Québec partage cette inquiétude et recommande de se limiter à des données d'identité
simples pour l'accès aux services gouvernementaux.
Quant à l'accessibilité des services, bien
ça, on aura l'occasion d'en parler amplement, M. le Président, la convivialité,
l'accessibilité devront être au rendez-vous. Il sera important de ne pas
laisser de côté tout un pan de la population qui n'est pas dotée d'une
littératie numérique adéquate leur permettant de bénéficier des outils
technologiques. Le Protecteur du citoyen insiste sur la nécessité de maintenir
l'accessibilité des services gouvernementaux par des moyens traditionnels pour
les citoyens qui le préfèrent. Rappelons-nous, dans le cas de SAAQclic, on a
fermé toutes les succursales. Et quand on a réouvert, c'était le chaos. On a
surestimé la capacité de la population à s'adapter rapidement à la nouvelle
plateforme et on a sous-estimé les ressources que le gouvernement devait mettre
à la disposition des citoyens. Il ne faut absolument pas reproduire les mêmes
erreurs, M. le Président.
La question de l'hébergement des données
et de la souveraineté numérique est très importante et elle a été soulevée à
maintes reprises durant les consultations. Nous discuterons avec le ministre de
sa vision à cet égard. Est-ce qu'il va s'assurer que les données soient
entreposées dans une infrastructure nuagique souveraine? Est-ce qu'elles seront
stockées dans une infrastructure gouvernementale? Comment empêchera-t-on que
les données puissent transiter ou être hébergées hors du Québec? Des acteurs
comme Micrologic plaident pour que les données des Québécois demeurent sous
contrôle québécois, recommandant l'intégration du principe de souveraineté
numérique et l'établissement de seuils minimaux de contrats avec des
entreprises locales pour la gestion des données numériques nationales, toutes
des questions fondamentales, M. le Président, pour lesquelles il va falloir
avoir des débats de fond. La question de l'interopérabilité et l'encadrement
juridique, des préoccupations ont été mises de l'avant concernant ces enjeux. l'interopérabilité
avec d'autres systèmes, les risques de dérives si l'encadrement juridique n'est
pas suffisamment étoffé, elle appelle à un débat public transparent et informé
sur l'ensemble du projet, la question de la gouvernance, tous ces éléments-là, M.
le Président, on a beaucoup, beaucoup de questions et d'enjeux à discuter.
L'Institut de gouvernance numérique
souligne quant à lui qu'au-delà de l'interopérabilité et la reconnaissance
mutuelle des identités numériques à travers le pays, ce projet doit également
mobiliser toutes les forces vives, publiques, privées, etc. Est-ce qu'on a ce
plan? Est-ce qu'on a songé à tous ces éléments fondamentaux? Ce sont des
questions auxquelles le ministre devra répondre. La question du profilage,
plusieurs en ont parlé, ça se trouve à la page 10, notamment, du mémoire
de l'Aubevia. Il y aura des croisements entre différentes banques de données.
Comment on va assurer qu'on puisse contrôler l'utilisation des données?
Donc, encore une fois, M. le Président, en
concluant, notre intention n'est pas de retarder indûment le projet. Notre
intention, c'est de s'assurer qu'il y ait un débat sur tous ces enjeux
fondamentaux, puis s'assurer que les facteurs clés de réussite soient réunis,
soient discutés et soient... qu'on puisse cocher les cases de tous ces facteurs-là
pour s'assurer, pour le bien des Québécois, encore une fois, pas pour
satisfaire l'opposition officielle. Quand l'opposition officielle s'exprime, c'est
parce qu'on a entendu des préoccupations. On se base sur le passé puis on
espère...
Mme Setlakwe : ...vraiment que
ce projet structurant puisse être mené à bien correctement et en respectant
tous ces facteurs, ces facteurs clés de réussite. On aura l'occasion d'en
débattre amplement, M. le Président.
Donc, en conclusion, je vous remercie. On
aura l'occasion et on espère donc avoir des échanges constructifs et fructueux
avec le ministre sur sa vision, sur le déploiement, afin d'assurer le succès du
projet. Merci.
Le Président (M. Simard) : Alors,
merci à vous, chère collègue. Dans l'attente de l'arrivée de notre collègue de
Jean-Lesage, d'autres collègues membres de cette commission souhaitent-ils
intervenir? Mme la députée de La Pinière, à vous la parole.
Mme Caron : Merci, M. le
Président. Alors, je vais entrer tout de suite dans le vif du sujet. Le projet
de loi n° 82 qu'on est... qu'on s'apprête à étudier en
article par
article est un projet de loi qui ratisse très, très large pour créer une identité
numérique nationale et qui mise beaucoup, et je dirais beaucoup trop sur la
réglementation pour certains éléments. Je sais qu'on veut faire vite. On ne
veut pas... on veut s'ajuster rapidement par la suite, après l'adoption du
projet de loi, au fur et à mesure de l'implantation, mais c'est tellement
important, ce projet de loi là, parce que tout le monde s'accordait en
commission, en fait, plusieurs groupes sont venus dire que le Québec est
10 ans en retard à ce sujet-là, sur l'identité numérique nationale, et
donc on est... c'est pour ça, ma collègue l'a dit, qu'on a voté en faveur du
principe de ce projet de loi parce que c'est important d'aller de l'avant.
• (11 h 40) •
Mais le travail à faire est énorme. À mon
point de vue, il y a du travail qui resterait à faire. Peut-être qu'on va avoir
une surprise avec beaucoup d'amendements qui vont venir répondre aux
préoccupations qui sont... qui ont été énoncées durant... par les groupes
durant les auditions en commission parlementaire, c'est probablement ce qui va
arriver, et puis on va prendre le temps de les regarder très attentivement.
L'objectif, ici, c'est que le projet de loi soit bonifié, qu'il vienne répondre
aux préoccupations qui ont été exprimées par des experts durant la commission
parlementaire, et qu'on en fasse le projet de loi le meilleur possible pour
réunir les conditions gagnantes pour que ça fonctionne.
Alors, j'aimerais juste rappeler,
peut-être pour les personnes qui suivent les travaux, que les notes
explicatives du projet de loi précisent que l'identité numérique nationale,
c'est un ensemble de moyens dont dispose l'État pour permettre à toute personne
d'avoir un accès sécurisé aux prestations électroniques des services
gouvernementaux ainsi qu'un niveau de confiance élevé lors de ses interactions
avec les organismes publics et dans la collectivité, notamment à l'aide
d'attestations numériques gouvernementales. Et c'est fondamental, ce qui est
inscrit là dans les notes explicatives : un accès sécurisé — tout
le monde veut avoir un accès sécurisé — et un niveau de confiance
élevé. Et ça, quand ma collègue parle de communication, ce n'est pas juste un
exercice de communication pour vendre l'idée du projet de loi ou l'idée de
l'identité numérique nationale, ce qu'il faut, c'est la communication d'où on
s'en va avec ce projet de loi là, en répondant notamment aux préoccupations des
experts qu'on a entendus en commission parlementaire. Ma collègue a utilisé le
terme de feuille de route, c'est également ce que j'ai entendu en parlant aux experts.
Ça prend une feuille de route qui va nous dire là où on s'en va, quels sont les
objectifs de ce projet de loi, justement, pour rassurer la population qu'on ne
s'en va pas dans l'intelligence artificielle pour vous surveiller, Big Brother,
ce n'est pas ça. Mais il va y avoir de l'intelligence artificielle, qu'on le
veuille ou non, qui va être utilisée à certains moments dans la chaîne, dans
les processus. Les experts nous l'ont dit. Donc, il faut baliser cela. Et ça ne
se retrouve pas dans le projet de loi. Alors, dans une feuille de route où on
indique clairement où on s'en va, comment on va baliser certaines choses?
Comment on planifie le tout? Bien, on voit, à ce moment-là, les citoyens sont à
même de voir puis les parlementaires, aussi, de tous les partis que, bon, on a
une vision qui est claire, qu'on partage, et ça va se faire étape par étape, et
il y aura des tests avant de mettre le tout en oeuvre...
Mme Caron : ...et on aura une
confiance et une utilisation. Les gens pourront adhérer à l'identité numérique
nationale. Et ça, on nous a dit, en commission parlementaire, que la
Colombie-Britannique, qui a mis en place un système d'identité numérique, ne
réussit pas, il y a seulement 10 % des personnes qui s'en servent, parce
que cette étape de bien communiquer, de rassurer... Et encore, j'insiste
là-dessus, ce n'est pas qu'un exercice de communication, mais vraiment un
exercice qui permet de montrer à la population où on s'en va, de démontrer
qu'on balise les éléments qui peuvent leur... qui peuvent leur inspirer des
craintes ou sinon des craintes, au moins... qui fait en sorte qu'ils sont un
peu rébarbatifs à utiliser l'identité numérique nationale. Alors, c'est
important... ça va être important de s'y attarder.
Et, dans tout cet objectif-là, donc,
d'identité numérique, objectif qu'on partage, du projet de loi, bien, le hic,
c'est qu'il y a beaucoup... il y a très loin de la coupe aux lèvres en ce
moment. Peut-être, comme je l'ai dit tout à l'heure, qu'on recevra des
amendements à étudier durant la période d'article par article, qui vont venir
répondre aux préoccupations et qui vont bonifier le projet de loi d'une façon
solide, qui nous permettront d'appuyer le tout.
Ma collègue a utilisé le terme de projet
potentiellement très structurant, et c'est vrai, c'est un projet de loi qui
peut... «un projet de loi»... un projet... Le projet d'identité numérique
nationale peut être très structurant, mais encore faut-il que les éléments dont
je viens de parler soient balisés, qu'on ait une feuille de route claire pour
savoir où on s'en va et pour rassurer la population.
Ce qu'on nous a dit en commission
parlementaire, durant les consultations, c'est que le gouvernement n'était pas
du tout prêt, à l'heure actuelle, à légiférer sur ce projet de loi là. Le
ministre nous a dit, durant ses remarques préliminaires, qu'il fallait mandater
le ministère de la Cybersécurité et du Numérique dans le cadre de ce projet-là.
Et, avec le nom du ministère de la... et du Numérique, je me demande bien quel
autre ministère pourrait être mandaté si ce n'est celui-ci. Or, en plus des
nombreux angles morts du projet de loi que les groupes ont fait ressortir,
selon leurs préoccupations, durant les consultations, le ministère de la
Cybersécurité et du Numérique est loin, loin d'être prêt à mener à bien ce
projet, tant au
chapitre des ressources que des compétences nécessaires que de
la vision et de la planification. Le
chapitre de la vision et de la
planification, comme je vous disais tout à l'heure, la feuille de route, elle
est absente. On en a besoin pour savoir où on s'en va. Et, pour ce qui est des
ressources et des compétences nécessaires, bien, on se l'est fait dire très,
très carrément en commission parlementaire, durant les consultations, on n'a
pas, au gouvernement, que ce soit au ministère de la... la Cybersécurité et du
Numérique ou bien ailleurs au gouvernement... on n'a pas à l'interne ces
ressources et ces compétences pour faire ce projet-là.
La Vérificatrice générale du Québec est
venue en consultations également. Ma collègue de Mont-Royal-Outremont y a...
l'a évoqué aussi. Et, quant à moi, la Vérificatrice générale du Québec, elle a
utilisé un mot que je qualifie de talon d'Achille de ce gouvernement, le mot
étant la planification. Le passé étant garant de l'avenir, la Vérificatrice
générale est revenue dans son mémoire sur les résultats de ses travaux passés
pour attirer l'attention sur trois principaux enjeux que ma collègue vient de
nommer, c'est-à-dire la cybersécurité et la protection des renseignements personnels,
le deuxième étant l'accessibilité et la qualité des services aux citoyens, et
le troisième, la gestion de projets.
Si je fais référence au mémoire de la
Vérificatrice générale, aux pages quatre, cinq et six, elle nous rappelle donc
les études sur lesquelles elle a fait des audits et publié des rapports avec
des recommandations. Par exemple, en novembre 2021, dans une étude sur la
cybersécurité auprès de trois entités du gouvernement, elle a mentionné que
«des améliorations étaient nécessaires, notamment pour les accès, les
coupe-feu, les alertes de...
Mme Caron : ...sécurité
automatisée et les tests d'intrusion, ça, c'est particulièrement pertinent pour
un projet d'identité numérique.
En juin 2020, dans un rapport sur la
gestion des identités et des accès informatiques, elle a recommandé d'améliorer
les contrôles et les mesures de sécurité pour le personnel qui a des accès
privilégiés, de réviser périodiquement les accès informatiques de l'ensemble du
personnel et de renforcer la surveillance par les instances de gouvernance.
Encore là, particulièrement important pour un projet d'identité numérique.
La VG nous dit aussi qu'il sera primordial
que le ministère de la Santé... de la Cybersécurité et du Numérique prenne les
mesures nécessaires pour s'assurer de la confidentialité des informations
détenues, autant pour les données détenues par le ministère que celles détenues
par les organismes.
Et, pour protéger ces informations, il
sera également important que les échanges de données entre organismes soient
bien encadrés, que seules les données nécessaires soient partagées avec les
organismes qui en ont vraiment besoin, tout en s'assurant de la protection des
données.
On peut dire que c'est ça qu'on veut
faire, puis je suis certaine que c'est ça qu'on veut faire, mais, si la VG a
pris le temps de noter ça, de nous rappeler ce qu'elle a fait dans ses travaux
d'audit sur d'autres projets, je pense qu'il vaut la peine de s'y attarder,
s'assurer que... Parce que c'est vraiment à la base, là, sur la sécurité
donnée... des données, s'assurer que ces étapes-là vont être faites. Et, dans
une feuille de route, dans une bonne planification de projet et un suivi
ensuite au jour le jour, dans la mise en œuvre et dans l'utilisation par la
suite, ça va être crucial pour la protection de nos données. Alors, il faut
absolument qu'on tienne compte de ces recommandations-là.
• (11 h 50) •
En matière d'accessibilité et de qualité
des services, la Vérificatrice générale avait aussi constaté des lacunes. En
novembre 2023, si je vais aux pages six et sept, elle nous disait que, dans son
rapport sur Services Québec, qui s'est penché sur l'accessibilité et la qualité
des services aux citoyens, elle avait constaté que Services Québec n'était pas
devenu un guichet multiservice d'envergure pour simplifier l'accès aux services
gouvernementaux pour les citoyens. Ici, on veut que ce projet d'identité
numérique nationale simplifie l'accès aux services gouvernementaux pour les
citoyens, alors c'est important de ne pas faire les mêmes... entre guillemets,
les mêmes erreurs ou les mêmes choix que Services Québec a faits puisqu'ils
n'ont pas atteint l'objectif. Ici, on veut absolument atteindre l'objectif.
Et, dans son rapport d'octobre 2020 sur le
Réseau national intégré de radiocommunication, le RENIR pour les intimes, sur
les coûts et la performance, elle a constaté que la qualité des services
offerts aux utilisateurs du réseau n'avait pas atteint le niveau désiré. Alors,
c'est important, c'est... c'est une autre mise en garde de s'assurer que le
projet d'identité nationale numérique ne va pas retourner dans les mêmes
ornières, faire les mêmes... les mêmes erreurs que ces projets-là ont faites,
ou connaître les mêmes pépins. Peut-être que le mot «erreur» est et fort, là,
parce que tout le monde veut travailler le mieux possible, mais de toute
évidence, ces projets-là ont eu des pépins, n'ont pas atteint les objectifs
qu'ils s'étaient fixés. Et, le projet d'identité nationale numérique est
tellement important, et il y a un potentiel d'être vraiment structurant, bien,
on souhaite qu'il réussisse et donc que toutes les mises en garde, toutes les
précautions, toutes les recommandations que la VG a faites sur les autres...
les autres projets qui ont été faits, bien, qu'on en tienne... qu'on en tienne
compte.
En matière de gestion de projet, je l'ai
dit tout à l'heure, le maître mot, c'est la planification. La VG nous dit, en
page 10 de son rapport, qu'une bonne planification est essentielle afin de
limiter les retards et les dépassements de budget. Dans son rapport de juin
2021 sur les projets en technologies de l'information des universités, elle a
constaté que les deux universités auditées avaient dépassé leur budget et
accumulé plusieurs années de retard. C'était surtout en raison de problèmes
dans la planification des projets. On sous-estime parfois la complexité, le
coût des projets. Les processus utilisés pour sélectionner un fournisseur
doivent être adéquats. Alors, encore là, c'est important de s'attarder assez à
ces recommandations de la Vérificatrice générale...
Mme Caron : ...Elle nous
dit aussi dans sa conclusion, la Vérificatrice générale, qu'il s'agit évidemment
d'un projet intéressant et elle nous dit que pour obtenir l'acceptabilité
sociale ainsi que la confiance des citoyens et leur adhésion, le ministère de
la Cybersécurité et du Numérique devra mettre en place une gouvernance efficace
en garantissant la sécurité des données, en offrant un service accessible et de
qualité ainsi qu'en s'assurant que les données sont exactes. En outre, de
nombreuses modalités doivent être fixées par règlement, c'est ce dont je
parlais au début, et elle invite le gouvernement à faire preuve de prudence
dans l'élaboration de ses règlements.
Très important aussi, il ne faut pas
laisser pour compte les personnes qui... Il ne faut pas pénaliser ceux qui ne
veulent pas ou ne peuvent pas avoir un identifiant numérique national ou s'en
servir. La Vérificatrice générale le dit en page 7 de son mémoire, il est
prévu de ne pas pénaliser ceux qui ne veulent pas ou ne peuvent pas avoir un
identifiant numérique national. Il sera important de s'assurer que ce sera
effectivement le cas et que ceux-ci pourront accéder facilement et efficacement
à tous les services gouvernementaux. Cet enjeu d'utilisation ou de
non-utilisation de l'identité numérique est très important parce qu'il y a un
risque d'exclusion qui est rattaché à cette... à ce projet. Je dirais, un
risque d'exclusion que je présenterais en trois volets. Le premier volet, c'est
la littératie, la littératie, point, là, savoir lire ou écrire. Le deuxième
volet, c'est la littératie numérique. Et le troisième volet, c'est la pauvreté.
Alors, le premier volet, c'est un triste
constat que seulement 46,8 % des Québécois et des Québécoises maîtrisent
les compétences en littératie, c'est-à-dire savoir lire, savoir apprendre,
pouvoir agir à partir de ce qu'on a lu, donc, comprendre ce qu'on lit. Alors,
s'il y a seulement 46,8 % des Québécois qui peuvent faire ça, ça veut dire
que 53,2 % des Québécois ne le peuvent pas. Ça ne veut pas dire qu'ils ne
savent pas lire. Il y en a qui ne savent pas lire et il y en a qui savent lire,
mais pas suffisamment pour comprendre le sens d'une phrase. Ils ne comprennent
pas... Ils comprennent chaque mot, mais pas le sens de la phrase, pas
suffisamment pour être capables de savoir ce qu'il faut faire après avoir lu la
phrase. Alors, s'ils sont obligés d'accéder aux services en ligne, bien, ils
ont déjà un obstacle important, là.
Il y a aussi l'autre, la question de la
littératie numérique, c'est-à-dire des personnes qui savent très bien lire, qui
savent très bien écrire, mais qui ont de la difficulté avec l'informatique.
Alors là, il peut avoir une fracture numérique générationnelle, c'est à
celle-là à laquelle... c'est à celle-là à laquelle on pense le plus souvent.
Donc, vous connaissez probablement tous dans vos familles un parent ou un
grand-parent qui utilise un téléphone cellulaire, qui utilise une tablette pour
se divertir. Mais par contre, quand vient le temps de prendre un rendez-vous
sur Clic Santé, ou d'aller sur SAAQclic, ou même de faire des transactions
bancaires, ils sont très, très rébarbatifs, ils sont très réticents parce
qu'ils ont peur de se tromper, ils ne veulent pas se faire arnaquer. Alors,
souvent, bien, c'est un proche qui va les aider, un parent, un enfant, un
petit-enfant. Mais là où je veux mettre le gouvernement en garde, c'est que les
personnes aînées qui subissent de la maltraitance financière. On connaît plein
de cas de fraude, là, on en entend... on en entend parler beaucoup dans les
médias, de la fraude, des fraudeurs qui s'attaquent particulièrement aux
personnes aînées, mais la maltraitance financière, malheureusement, c'est
souvent l'origine, le plus souvent qu'autrement, les statistiques le montrent,
c'est dans la famille. Alors, si pour avoir des services, les personnes aînées
doivent avoir de l'aide de leurs enfants ou petits-enfants, il y a un risque,
là. Et ça, le gouvernement doit en être... doit en être conscient.
Et finalement, la pauvreté. Bien, oui,
malheureusement, au Québec, il y a des gens qui n'ont pas cellulaire, qui...
Mme Caron : ...n'ont pas accès
à un ordinateur, qui n'ont pas accès à une bibliothèque municipale, où il y a
un réseau, ou qui n'ont pas d'argent pour se payer le forfait. Et, un seul
exemple, pour aller au TAL, il faut prendre un rendez-vous en ligne. Le Comité
logement de Rive-Sud me dit que les gens doivent aller les voir pour qu'eux
écrivent au TAL pour obtenir un rendez-vous et, ensuite, reçoive le courriel et
rappelle la personne pour lui dire : Bien, ton rendez-vous est à telle
heure. Ça, c'est la fracture numérique. Il ne faut pas que l'identité numérique
vienne aggraver ça. Il faut que ce soit simplifié, mais il faut conserver les
services en personne, pas à 200 et 300 kilomètres, mais il faut conserver les
services en personne pour ceux qui ne pourront pas utiliser l'identité
numérique nationale. Merci.
Le Président (M. Simard) : Merci
à vous, chère collègue. Y aurait-il d'autres intervenants dans le cadre de ces
remarques préliminaires? Sans quoi, nous allons procéder à l'étude des motions
préliminaires. J'ai été avisé par, bien sûr, mon secrétaire que notre collègue
la députée de Mont-Royal—Outremont souhaitait déposer une
motion, qui se trouve, depuis quelques minutes, sur Greffier, et auquel, donc,
vous pouvez avoir accès. Chère collègue, comme le veut la tradition,
auriez-vous d'abord l'amabilité de nous faire lecture de cette motion pour,
ensuite, en débattre?
• (12 heures) •
Mme Setlakwe : Oui, tout à
fait, monsieur.... Merci. Donc, je vais faire la lecture de cette motion, cette
première motion préliminaire que nous proposons, que nous avons déposée. Donc,
conformément à l'article 244 du règlement de l'Assemblée nationale, je fais
motion afin :
«Que la Commission des finances publiques
entende, dans le cadre de l'étude du projet de loi n° 82, Loi concernant
l'identité numérique nationale et modifiant d'autres dispositions, la ministre
responsable de l'Administration gouvernementale et présidente du Conseil du
trésor, Mme Sonia LeBel.»
Est-ce que j'ai, donc, 30 minutes, M. le
Président, pour fournir nos arguments?
Le Président (M. Simard) : Tout
à fait. Absolument.
Mme Setlakwe : Merci. M. le
Président, je l'ai mentionné dans mes remarques préliminaires qu'on avait
entendu à maintes reprises, durant les consultations, et on a lu également dans
les mémoires, qu'il est essentiel que les conditions gagnantes soient réunies
pour assurer aux Québécois, là, qu'on puisse leur livrer ce service important,
qu'on puisse leur livrer ce projet, qui, on l'espère, va simplifier la façon
dont ils peuvent transiger avec les autorités gouvernementales. Et parmi ces
conditions essentielles qui doivent être réunies, on nous a dit : Ça va
prendre les ressources financières et les ressources humaines pour pouvoir
mener à bien ce projet.
Alors, M. le Président, oui, on a une
pièce législative à étudier, nous y viendrons, mais, à la lumière de ce qu'on a
entendu en commission de la part de plusieurs acteurs... et, en particulier, un
groupe qui a vraiment insisté sur cet élément, là, des ressources humaines
surtout, c'est le Syndicat des professionnelles et professionnels du
gouvernement du Québec. Je pourrai y revenir en détail, à ce qu'ils ont
mentionné durant leur présentation, et ce qu'ils ont mis de l'avant dans leur
mémoire. Mais pour s'assurer, donc, qu'on a les conditions gagnantes, qu'on ait
ces ressources humaines et financières adéquates, à l'interne, au sein du
ministère de la Cybersécurité et du Numérique, ça nous prendrait... M. le
Président, les parlementaires ont besoin d'être rassurés et d'entendre celle
qui est responsable de ce dossier, et, en l'occurrence, c'est la présidente du
Conseil du trésor.
Je vous rappelle que, durant les
consultations particulières, lorsque nous avions... lorsque nous échangions
avec les représentants de la... du SPGQ, donc le Syndicat de professionnelles
et professionnels du gouvernement du Québec, quand eux, ils ont... ils ont mis
de l'avant leurs préoccupations, à savoir : Attention, il y a des
modifications à faire dans la classification des emplois. Attention, on n'a pas
l'expertise interne, il manque de monde, il manque de développeurs. Attention,
on a beaucoup... on dépend beaucoup de la sous-traitance, on utilise des
ressources externes... Tout ça est documenté. Le ministre a répondu quoi? Il a
répondu : Ça, ça relève de ma collègue la présidente du Conseil du trésor,
je ne peux répondre.
On a poursuivi nos échanges, M. le
Président, avec les représentants du SPGQ et on a eu, donc, des éléments...
Haut de la page
12 h (version non révisé
e) Mme Setlakwe : ...très
intéressants et très fondamentaux qui ont été portés à notre attention. Et je
pense qu'il pourrait être extrêmement bénéfique non seulement pour les
parlementaires, mais également pour tous les Québécois, de s'assurer de pouvoir
échanger avec la présidente du Conseil du trésor. Donc, avant de se lancer dans
ce grand projet, posons-nous la question : Est-ce qu'on va encore
davantage avoir recours à des ressources externes, ce qui implique des coûts
importants, ce qui implique de ne pas avoir cette expertise à l'interne?
Permettez-moi l'image suivante, M. le
Président : Est-ce que la maison... est ce que la fondation de la maison
est assez solide pour qu'on puisse envisager d'y ajouter un étage? Parce que c'est
ça qu'on est en train de faire. Déjà, le MCN a plusieurs projets. On a hâte de
voir ces projets se réaliser. Il y a des délais, il y a des coûts importants,
mais on comprend que c'est un jeune ministère, donc on est patients. On a bien
hâte toutefois de voir des résultats pour le bien des Québécois. Mais alors qu'il
y a des retards, alors que les projets débordent, on nous présente ce nouveau
projet structurant d'identité numérique nationale sans savoir, M. le Président,
si on va être capables de le mener à bien, si on a les ressources internes
suffisantes pour pouvoir le réaliser.
Alors, on a discuté durant les
consultations, mais on n'échangeait pas, mais les questions demeurent non
répondues, parce que le ministre a dit : Ça relève de ma collègue. On
comprend comment ça fonctionne dans un gouvernement. Le portefeuille, le
dossier du ministre, c'est la cybersécurité et le numérique, un dossier
extrêmement important. Mais comment peut-il livrer des résultats pour la
population si l'ensemble du gouvernement n'est pas derrière lui, n'est pas
derrière le projet et ne fournit pas les ressources financières et humaines
nécessaires à son bon déploiement? Donc, d'où l'importance de donner suite à
notre demande ce matin, de pouvoir échanger avec la présidente du Conseil du
trésor.
Revenons aux groupes qui ont soulevé ces
éléments importants. Il y en a plusieurs, M. le Président, donc ce n'est pas
nous qui sortons ça de notre chapeau, ça a été dit et répété en commission, ça
a été mentionné dans les mémoires. J'en ai quelques-uns sous les yeux. Celui de
l'Association québécoise des technologies, première page de leur document, il y
a un
sommaire avec les priorités d'intervention et les orientations clés pour
une mise en œuvre efficace. L'élément central, au niveau des orientations clés,
pour une mise en œuvre efficace : stabiliser et valoriser les ressources
humaines. Ils nous disent d'introduire des mesures incitatives pour garantir la
continuité et la stabilité des équipes, assurer que les ressources clés
disposent des moyens nécessaires pour mener à bien le projet. La Vérificatrice
générale, on en a parlé un peu plus tôt, elle a mis de l'avant toutes sortes de
mises en garde, et elle aussi a fait référence à des rapports d'audit passés qu'elle
a soumis. Elle nous suggère fortement de nous y référer, de nous en inspirer et
de s'assurer de ne pas répéter des erreurs du passé. Entre autres, elle
mentionne, à la page 11, de son mémoire : «Le MCN, le ministère de la
Cybersécurité et du Numérique doit s'assurer d'avoir les ressources humaines
compétentes pour réaliser ce projet». Elle continue en disant que «le processus
contractuel pour ce projet ne doit pas rendre le ministère dépendant d'un seul
fournisseur», etc. Donc, ce sont des éléments qui ont été mis de l'avant et qui
ont vraiment suscité une certaine inquiétude de notre part. Et on s'est dit :
Il faut aller au fond des choses, M. le Président, pour ne pas répéter les
erreurs du passé et s'assurer encore une fois que les fondations de la maison
soient assez solides avant d'envisager d'y ajouter un étage.
Le syndicat de la fonction publique du
Québec, dans son mémoire sur l'identité numérique... c'est bien ça le Syndicat
de la fonction publique et parapublique du Québec, à la page 14, parle de
sous-traitance, et je les cite : «Le SFPQ comprend mal qu'alors que le
gouvernement mène des politiques d'austérité et que des projets du MCN tardent
depuis longtemps à voir le jour en raison du manque de personnel, le ministre
dépose ce projet de loi n° 82. En effet — et je continue de les
citer — il importe que l'ensemble des ressources informationnelles
supportant la mise en place d'une identité...
Mme Setlakwe : ...numérique
nationale soient des ressources internes au gouvernement. Il en va de l'intégrité,
de la sécurité et de la pérennité du projet. En effet, comment anticiper que
les données numériques de la population québécoise seront en sécurité, si elles
sont stockées, traitées ou gérées, même partiellement, par l'entreprise privée?
Dans un contexte où une proportion substantielle des postes en informatique au
gouvernement ne sont toujours pas pourvus, on a encore du mal à voir comment le
gouvernement réduira le recours à la sous-traitance pour assurer que l'identité
numérique nationale ne se fasse pas à grands frais et au détriment de la
souveraineté de l'administration publique sur ses propres affaires. Par
conséquent, le SFPQ recommande qu'avant de se doter des outils législatifs
nécessaires à la mise en place de l'identité numérique nationale, le
gouvernement réinvestisse massivement dans ses capacités en informatique afin
de mettre fin à la sous-traitance qui prévaut, entre autres, particulièrement
au MCN.» Voilà. On pourra y revenir, à ce mémoire. Mais ça... je pense que,
quand on ajoute tout ça ensemble, c'est une... c'est de toute évidence une
préoccupation légitime.
Donc, comme je disais plus tôt dans mes
remarques préliminaires, oui, on a une pièce législative qui vaut la peine
d'être étudiée, oui, on va y venir. Mais, avant d'aller de l'avant puis
d'adopter une pièce législative qui propose un projet aussi important,
regardons le contexte général, regardons l'ensemble des ressources dont on a
actuellement à notre disposition, l'ensemble des projets qui sont sur la table
et qui tardent à se réaliser, regardons aussi... tirons les conclusions du
fiasco SAAQclic, où le déploiement a été, rappelons-nous, un réel fiasco. Les
Québécois ont fait les... en font... en ont fait les frais, continuent d'en
faire les frais, parce que ce fiasco a engendré des coûts, des millions
additionnels à ce qui avait été prévu, et d'ailleurs rappelons-nous que la
Vérificatrice générale va soumettre un rapport d'audit par rapport à ce fiasco
dans les prochaines semaines, les prochains mois. Donc, prenons le temps, en
tout respect, de se demander et d'avoir la ministre responsable du dossier,
présidente du Conseil du trésor, venir échanger avec nous pour s'assurer qu'on
ne... qu'on s'en aille dans la bonne direction, s'assurer qu'on ait les
ressources appropriées.
• (12 h 10) •
Juste ce matin, à la... Un petit peu plus
tôt ce matin, à la période de questions, j'entendais le ministre des Finances
répondre à votre ancien collègue, le député de Saint-Jérôme. Il a dit :
«Ma collègue la présidente du Conseil du trésor s'assure d'avoir, et je lui
fais confiance, s'assure d'avoir les ressources disponibles à l'interne pour
que le gouvernement du Québec puisse livrer les services à la population.» Je
pense qu'il référait, bon... éducation, santé. Mais vous voyez ce que je veux
dire. Donc, il... clairement, c'est important pour lui, c'est un... il a parlé
de sa collègue, il a mentionné que c'est elle qui est responsable de s'assurer
que le gouvernement... que tous les projets des collègues reçoivent toute
l'attention et toutes les ressources nécessaires pour le bien des Québécois.
Donc, essentiellement, on va se demander,
avec l'aide de... tous les parlementaires ensemble, on doit se demander et on
doit pouvoir échanger avec la présidente du Conseil du trésor afin de pouvoir
répondre à la question suivante et de rassurer les Québécois : Est-ce que
le MCN a tous les outils pour mener à bien ce projet d'identité numérique
nationale, aussi important soit-il? Je veux bien, là, on a un retard, puis on
ne veut pas, encore une fois, retarder indûment le processus. Mais ce qu'on
veut surtout, c'est de s'assurer qu'on ne se trompe pas encore une fois, puis
qu'on ait les bons outils, puis, si on ne les a pas, bien, qu'on comprenne ce
dans quoi on s'embarque en termes de coûts additionnels, en termes de
dépendance accrue à la sous-traitance, en termes de dépendance à des
entreprises privées. Ce sont pour nous des éléments fondamentaux qu'on va
devoir évacuer et discuter à fond avant d'entreprendre l'étude détaillée du
projet de loi.
Permettez-moi de me référer au fameux
mémoire du Syndicat de professionnelles et professionnels du gouvernement du
Québec. On se rappellera tous de leur passage en commission, ils en avaient
beaucoup à dire, et, durant nos échanges avec eux, ils ont mis de l'avant donc
leurs préoccupations. Je me réfère à la page 5 de leur mémoire. Ils ont dit
que, selon une analyse préliminaire, les constats qu'ils ont faits, c'est que
le ministère de la Cybersécurité et du Numérique gagne en pouvoirs et en
responsabilités supplémentaires au niveau de la gouvernance, de la gestion
centralisée de l'identité numérique nationale de même que...
Mme Setlakwe : ...et en
responsabilités supplémentaires au niveau de la gouvernance, de la gestion
centralisée de l'identité numérique nationale de même que la responsabilité de
fournir aux ministères et organismes les services relatifs, la création d'un
registre de l'identité numérique nationale, le développement d'une vision
globale des infrastructures et des services de télécommunications, le
développement et l'exploitation d'un réseau d'infrastructures de connectivité
en lien avec les services en télécommunications, le pouvoir de rendre
disponibles aux ministères et organismes, en plus des offres infonuagiques,
certains biens et services en technologies spécialisées, l'obligation des
ministères et organismes de recourir au MCN pour réaliser des activités de
cybersécurité, l'obligation d'aviser le MCN lors d'un bris de confidentialité
pouvant causer un préjudice sérieux, le pouvoir de rendre applicable cette
obligation à toute personne et à toute entité propriétaire ou exploitante d'un
système ou d'une infrastructure essentielle», etc.
Oui, on comprend que ce jeune ministère,
donc, a beaucoup de pouvoirs, a beaucoup de responsabilités et, en soi, on
n'a... on n'est pas contre le principe, mais il faut s'assurer que tous ces
engagements, tous ces pouvoirs, toutes ces obligations peuvent être réalisés.
«Globalement, le SPGQ — donc le
syndicat — est favorable à ce que le MCN se voie octroyer des
pouvoirs supplémentaires par le projet de loi n° 82. Se basant sur l'expertise
et l'expérience de ses membres — parce qu'ils ont des membres au
ministère de la Sécurité... Cybersécurité et Numérique — le SPGQ
identifie cependant un certain nombre de facteurs clés de réussite pour la mise
en œuvre du projet de loi n° 82 et l'ensemble des pouvoirs existants que la loi
confère au MCN depuis sa création au début janvier 2022.»
Il y a trois... trois facteurs clés de
réussite qui sont mis de l'avant, on en a déjà parlé, il faut... il faut les
réitérer, M. le Président : «diminuer la dépendance du gouvernement face à
la sous-traitance en technologies de l'information et de la communication;
moderniser rapidement la classification des emplois en technologies de
l'information et de la communication et les conditions de travail pour tenir
compte des réalités du marché de l'emploi en technologies de l'information et
de la communication; procéder à l'embauche de ressources internes pour combler
les postes vacants le plus rapidement possible, notamment des ressources qui
font de la programmation ainsi que de l'analyse et de l'architecture
organiques».
Donc, ces trois points-là, les facteurs
clés de réussite, diminuer la dépendance à la sous-traitance, moderniser
rapidement la classification des emplois en TIC, procéder à l'embauche de
ressources internes pour combler les postes vacants le plus rapidement
possible, tout ça relève de la présidente du Conseil du trésor. Il faut qu'on
puisse échanger avec elle, M. le Président, et c'est... notre demande va dans
ce sens, et nous avons hâte d'entendre la réponse du ministre, à savoir s'il va
donner suite à notre demande.
Allons-y, donc, au niveau de la dépendance
du gouvernement à la sous-traitance. Dans des rapports... plusieurs rapports en
2012, 2014, 2015 et 2018, le VGQ, donc Vérificateur général, «s'inquiétait du
recours important du gouvernement aux ressources externes et à la
sous-traitance en technologies de l'information et de la communication, particulièrement
dans les fonctions stratégiques. Dans son rapport de 2018, le VGQ exprimait ses
préoccupations à l'égard des fonctions stratégiques confiées à des ressources
externes. En fait, les ministres... les ministères et organismes avaient encore
recours au secteur privé pour combler des besoins pour des activités de niveau
stratégique. Le recours fréquent aux ressources externes dans le but de combler
des besoins pour des activités de nature stratégique expose les entités à des
risques liés à l'intégrité du processus de gestion contractuelle. En effet, les
ressources externes sont près des personnes qui prennent les décisions et elles
peuvent influencer, notamment les orientations et les décisions stratégiques.»
C'est assez important, M. le Président, qu'on s'assure d'avoir les...
suffisamment de ressources à l'interne.
Je continue de citer le mémoire du
SPGQ : «Les entités doivent demeurer vigilantes, notamment parce que les
défis de recrutement et de rétention du personnel ayant l'expérience et les compétences
nécessaires dans ce domaine demeurent encore bien présents.
Malgré le fait que
l'ajout d'effectifs supplémentaires ait été autorisé pour diminuer le recours
aux ressources externes et reprendre la maîtrise des fonctions stratégiques, le
VGQ plaidait en faveur que le gouvernement se dote d'un portrait suffisamment
complet lui permettant de suivre et d'apprécier dans quelle mesure les
ministères et organismes détiennent les compétences nécessaires pour mener à
terme leur mission.»
Donc, toute cette question d'avoir un
portrait de main-d'oeuvre en ressources... ici, on parle en ressources
informationnelles et en ressources internes...
Mme Setlakwe : ...et externes,
etc., le nombre de postes vacants, ce sont des données dont dispose le Secrétariat
du Conseil du trésor. Je pense qu'il serait important que nous, parlementaires,
puissions bénéficier d'un inventaire à jour de ces ressources avant d'ajouter
un projet, là, sur la table à dessin du ministère de la Cybersécurité et du
Numérique.
De 2022... de 2020 à 2022, dernière année
de données disponibles, on remarquait que les secteurs public et parapublic, de
même que de la santé et des services sociaux, enregistraient une augmentation
sensible du nombre des ressources externes. Il serait intéressant de voir ce
qui se passe au sein du MCN, d'avoir un portrait à jour.
Le SPGQ a sondé ses membres sur la
sous-traitance en 2023. Voici les principales conclusions de ce sondage. La
sous-traitance, elle est coûteuse. Les taux journaliers moyens demandés par les
consultants peuvent s'élever à près du double ou plus que celui d'une ressource
interne. C'est une question de saine gestion des finances publiques. C'est
l'argent des contribuables, dont on parle ici, donc assurons-nous d'avoir un
portrait juste avant d'ajouter ce projet, encore une fois, à la table à dessin.
«Des étapes névralgiques qui devraient toujours être réalisées à l'interne pour
des raisons d'efficacité et afin d'éviter des conflits d'intérêts, selon le
VGQ, sont effectuées par des consultants. Le transfert d'expertise est souvent
inadéquat et favorise la dépendance envers les consultants. La dépendance
envers les consultants est encore bien réelle et fortement présente.
L'efficience des travaux réalisés en sous-traitance pose souvent un problème en
comparaison avec ceux réalisés à l'interne. Dans plusieurs contextes, les
difficultés de recrutement incitent le gouvernement à faire appel à des
consultants.
«Les membres en technologies de
l'information et de la communication du SPGQ dans les ministères et organismes,
dont le MCN, constatent qu'il y a toujours du budget pour les contrats en
sous-traitance. Cependant, des employés occasionnels en technologies de
l'information seront mis à pied lorsqu'on peine à combler les postes vacants
dans plusieurs secteurs d'expertise. Des contrats de service externes,
habituellement pour des termes de trois ans, sont renouvelés perpétuellement.
Certains de ces contractuels sont présents dans nos milieux de travail depuis
plus de 20 ans. Le non-respect fréquent des budgets et des échéanciers dans les
contrats de sous-traitance en technologies de l'information est un irritant.
• (12 h 20) •
«Les membres, Technologies de
l'information et de la communication du SPGQ, sont préoccupés par les répercussions
financières et sur la capacité du gouvernement à réaliser ses objectifs de la
dépendance de ce dernier aux firmes privées responsables de la création de
services informatiques fermés.» Et là ils ont... ils mettent de l'avant, donc,
toutes ces préoccupations et toutes les répercussions financières liées à cette
dépendance à l'externe. En deux mots, là, c'est... c'est temps et argent.
Le recours aux logiciels... logiciels...
aux systèmes informatiques fermés versus logiciels libres, on aura l'occasion
d'en reparler, mais il mentionne que : «Le SPGQ est d'avis que le recours
aux logiciels libres, l'interopérabilité de systèmes ainsi que la programmation
par des ressources internes éviteraient les situations déplorables, les
irritants liés à la dépendance à l'externe et des systèmes informatiques
fermés.
«Le SPGQ craint que le projet d'identité
numérique national soit victime des mêmes situations s'il est confié au secteur
privé. Les données confiées au privé dans le cadre de ce projet sont très
sensibles.
«Le projet de loi n° 82 donne la
possibilité au gouvernement de faire affaire avec des entreprises nationales et
internationales pour le développement de l'identité numérique.» On pourra
revenir au libellé en question.
Il y a même la question aussi du fait que
le gouvernement sous-traite, donc, les données : «Et, une fois que le
gouvernement a sous-traité les données, il est à la merci des fournisseurs et
parfois sous la juridiction du pays où les données sont stockées.» Ça aussi, on
pourra y revenir, sur l'hébergement des données aux États-Unis.
«Le transfert d'expertise ne se fait pas
même s'il est mentionné dans les contrats. Les entreprises sont déjà en train
de préparer les prochains contrats pour l'entretien des systèmes. On nous dit
que les organismes publics gèrent beaucoup de deniers personnels avec peu de
moyens. Un des facteurs clés du succès du projet de loi n° 82 serait que
le MCN priorise les organismes avec peu de moyens pour implanter les meilleures
pratiques en matière de sécurité et de gestion des données.» Des sujets qu'on
va devoir aborder à fond. Le...
Mme Setlakwe : ...le deuxième
volet du mémoire du SPGQ traite de la modernisation de la classification des
emplois en technologies de l'information. Le SPGQ est d'avis que le
gouvernement du Québec doit moderniser son système de classification des
emplois professionnels, notamment en TIC, technologies de l'information et de
la communication. Pour le Secrétariat du Conseil du trésor, la classification
des emplois... bon, on sait c'est quoi, c'est l'ensemble des règles qui
régissent le classement des personnes selon une structure d'emploi déterminée.
Il serait vraiment intéressant de pouvoir échanger avec elle, M. le Président.
Les emplois professionnels, qui sont généralement liés à la conception, au
développement, à la mise en œuvre de politiques, programmes, etc., bon, ce
sont... bien oui, les emplois professionnels, c'est ça, sont liés à la
conception, à des volets stratégiques. Les connaissances et les habiletés
minimales requises nécessitent des niveaux d'études supérieures. Mais le point
qu'il met de l'avant, c'est que le SPGQ pense qu'il faudrait à la base sortir
les TIC de la classe 108, et donc créer une catégorie pour les analystes
de l'informatique et une autre pour les analystes des procédés administratifs.
Il faut également distinguer les différents types d'emplois en TIC pour offrir
des conditions de travail et de salaire plus concurrentiels par rapport aux
mêmes types d'emplois dans le secteur privé.
Il existe un écart important en ce qui a
trait aux conditions de salaire et de travail en technologies de l'information
au gouvernement du Québec et celles en technologies de l'information des
secteurs privés et autres publics. Et cela a pour conséquence que le gouvernement
n'arrive pas à se doter... à doter certaines catégories de postes, ce qui le
rend vulnérable et dépendant de la sous-traitance.
Donc, tous ces éléments qui sont mis de
l'avant doivent être pris au sérieux et doivent être discutés. On doit pouvoir
entendre la présidente du Conseil du trésor, à savoir elle planche sur quoi.
Est-ce que c'est quelque chose sur lequel elle travaille? Quel sera
l'échéancier? Quelle est sa vision? À quel moment est-ce qu'on pense que les
ajustements nécessaires, le cas échéant, seront mis en place pour qu'on puisse
donc recruter des ressources à l'interne?
On sait très bien qu'il y a des emplois
qui sont prisés, prisés par le public et le privé, notamment les développeurs
ou codeurs, et que le gouvernement peine à les attirer. Mais on doit se
demander quelles sont les pistes de solution, M. le Président. Et la personne
qui va pouvoir nous rassurer, avec qui on va pouvoir échanger, ce serait la
présidente du Conseil du trésor.
L'expertise interne en technologies de l'information
évolue constamment. Tout employeur dans ce domaine devrait tenir un inventaire
minutieux de l'expertise des gens qui travaillent pour lui pour construire des
équipes TIC efficaces et complètes.
Un autre volet important de leur mémoire,
c'est l'embauche de ressources internes, évidemment. Selon le syndicat, si le
gouvernement revoit la classification, il deviendra plus concurrentiel par
rapport aux autres employeurs et sera en meilleure posture pour embaucher de
nouvelles ressources. Il pourra alors substantiellement diminuer son nombre de
postes vacants qui oscillait entre 7,8 % et 16,3 % en 2022,
dépendamment de différents critères. Si le gouvernement devient attractif et
cesse de recourir à la sous-traitance, les consultants actuellement à l'emploi
de firmes privées accepteront des postes au sein du gouvernement. Des équipes
internes qualifiées et maîtrisant la mission gouvernementale pourront ainsi
s'acquitter avec succès des nouvelles responsabilités dévolues au MCN dans le
projet de loi n° 82.
C'est un mémoire qu'on doit absolument
prendre au sérieux. Ce sont des préoccupations qui nous viennent, M. le
Président, d'employés qui sont là, qui sont à l'œuvre, des professionnels, des
ressources précieuses qui, dans le cadre de leur activité quotidienne,
observent des choses, constatent des choses. Ils sont eux aussi des
contribuables. Nous sommes tous des contribuables québécois. On veut tous...
Évidemment, on n'est pas en train de dire qu'il y a une solution miracle, mais
il doit bien y avoir une solution, il doit bien y avoir un plan, il doit bien y
avoir une vision. Et celle qui pourrait nous informer, celle qui pourrait nous
éclairer, celle qui pourrait fournir un apport significatif et essentiel à nos
travaux dans le cadre du projet d'identité numérique nationale, c'est la
présidente du Conseil du trésor. Donc, en tout respect, on soumet qu'il est
essentiel qu'elle puisse participer à nos travaux, encore une fois dans
l'optique de pouvoir rassurer la population qu'on s'en va dans la bonne direction.
On comprend aussi que les choses ne vont
pas se régler du jour au lendemain...
Mme Setlakwe : ...mais
quand j'entends le ministre en consultation dire ça ne relève pas de moi, ça
relève de ma collègue, je ne peux pas vous répondre, je ne peux pas fournir des
réponses, des informations claires et précises aux éléments que vous soulevez,
on va parler d'autre chose, bien, nous, notre devoir, c'est de ramener le débat
sur l'ensemble des enjeux. Puis l'enjeu des ressources humaines au sein du MCN,
c'est un enjeu fondamental, M. le Président.
Je vous laisse sur un autre extrait de cet
excellent mémoire. Ils font... Ils ont fait référence spécifiquement à la
conduite du projet SAAQclic, M. le Président. Les professionnels avaient
demandé de retarder le lancement du projet pour faire plus de tests afin de
s'assurer du bon fonctionnement du programme. On ne les a pas écoutés et on n'a
pas respecté leur expertise. Est-ce que, cette fois-ci, on peut, s'il vous
plaît, les écouter et entendre la présidente du Conseil du trésor? Merci.
Le Président (M. Simard) :
Alors, merci à vous, chère collègue. Est-ce que... Oui. Alors, je vois que la
députée de La Pinière souhaite intervenir, et vous disposez, madame, de
30 minutes.
• (12 h 30) •
Mme Caron : Merci, M. le
Président. Alors, bien sûr, je fais écho, je fais mienne la motion qui a été
déposée par ma collègue, la députée de Mont-Royal—Outremont,
pour qu'on puisse entendre dans cette commission la présidente du Conseil du
trésor. C'est important parce que le projet est d'une telle envergure et un tel
potentiel d'être structurant qu'il faut s'assurer d'avoir les moyens, que ce
soit les ressources à l'interne ou les moyens financiers de le mener à bien.
Alors, la présidente du... En fait le conseil... le Conseil du trésor est un
comité qu'on... un comité permanent du Conseil des ministres, vous le savez,
avec la présidente donc du Conseil du trésor, qui est la ministre responsable
de l'Administration gouvernementale. Et il y a des ministres qui y siègent, qui
sont aussi des ministres très importants. Tous les ministres sont importants,
mais je pense, par exemple, au ministre du Travail, au ministre responsable des
Infrastructures. Je souligne ces deux-là parce qu'on sait que ce sont des...
Les travaux qu'ils font et l'agriculture aussi sont structurants, doivent être
structurants et ont un impact sur, je dirais, sur la vie des gens, oui, mais
sur les ressources dont l'ensemble du gouvernement peut disposer. Et je pense
que, donc, la présidente du Conseil du trésor, puisque le ministre de la
Cybersécurité et du Numérique nous a dit en commission qu'il ne pouvait pas
répondre aux questions relativement aux ressources humaines, aux compétences à
l'interne, je pense que sa présence est un incontournable.
La présidente du Conseil du trésor doit
voir à ce qu'on s'assure d'avoir les ressources à l'interne, autant pour la
planification du projet, et c'est un projet d'envergure, autant pour la
réalisation du projet et pour ce projet. Parce qu'il faudra accompagner les
citoyens dans tout ça. Une fois, là, que le projet va avoir vu le jour, que
tout va avoir été testé, peaufiné à l'interne, on l'espère, que les personnes
dans la fonction publique qui ont à s'en servir vont avoir été formées, vont
être capables de s'en servir au jour le jour sans écueils, il va aussi falloir
que la fonction publique, en fait, les personnes dans la fonction publique qui
sont en... qui sont sur la première ligne soient capables d'accompagner les
citoyens là-dedans. Et j'illustre cette nécessité-là, ce besoin-là
d'accompagner les citoyens par un exemple qui nous a été donné dans le mémoire
du Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec, le SFPQ, en
page 9 de son mémoire, qui nous dit que plusieurs services offerts à la
population impliquent des dossiers complexes nécessitant une intervention
humaine et un accompagnement pour en assurer le traitement adéquat, exemple,
aide sociale, prestations de la CNESST...
Haut de la page
12 h 30 (version non révisé
e) Mme Caron : ...etc. Dans ces
cas, le contact humain est essentiel pour assurer un service de qualité aux
citoyens et répondre à leurs besoins de manière efficace. Un recours accru aux
services numériques propulsé par l'identité numérique nationale s'il n'est pas
suivi d'un accompagnement humain adéquat risque d'être un échec dans plusieurs
cas. La compréhension des droits ainsi que des décisions effectuées dans son
dossier par le citoyen risquent de pâtir de cette dématérialisation. Un tel
projet fait également courir le risque d'une augmentation des erreurs
administratives dans les dossiers complexes. De plus, dans un contexte où les
ministères et les organismes publics devront systématiquement utiliser les
données déjà mises à leur disposition via l'identité numérique nationale, il
existe un risque d'erreur supplémentaire si ces mêmes données venaient à être
modifiées par un événement, comme un changement d'adresse».
Alors, tout à l'heure, je faisais
référence aux personnes qui ne voudront pas ou ne pourront pas utiliser l'identité
numérique nationale parce qu'en raison de difficultés de littératie ou bien de
littératie numérique, je donnais un exemple, l'exemple d'une personne qui a
besoin de prendre rendez-vous au Tribunal administratif du logement et qui est
obligée de passer par un organisme communautaire, parce que cette personne n'a
pas les moyens d'avoir les outils technologiques et le forfait de données ou de
wifi chez elle pour pouvoir prendre le rendez-vous. Mais si en plus la personne
a de la difficulté à bien comprendre ce qu'elle lit, si tout ce qui est... tout
son dossier tout est bien expliqué, même si c'est très bien expliqué sur un
site Web, elle va s'y perdre et elle aura de la difficulté à aller, j'utiliserais
l'expression juridique aller en appel, même si ce n'est pas l'expression la
plus juste ici, mais pour parler à une autre personne, si tout doit se faire,
doit se faire en ligne. Je ne crois pas que l'objectif du projet de loi soit de
tout faire en ligne, on veut, mais il faut maintenir les services en personne. Mais
même si on fait les choses en ligne — et c'est pourquoi j'y fais
référence — on a besoin de ressources humaines pour accompagner les
citoyens et même, je dirais, les utilisateurs dans les autres ministères ou organismes.
Alors, qui peut nous enligner, je dirais, qui peut nous rassurer sur le fait
que les ressources pourront être là, les ressources humaines à l'interne du
gouvernement, aux ministères, et ailleurs? Parce que, dans les autres
ministères aussi, c'est un projet qui va avoir un effet transversal, bien
entendu, sur l'ensemble des ministères et organismes qui vont s'en servir.
Alors, il faudra s'assurer que soit des ressources en place sont formées pour
pouvoir accompagner les citoyens, pour pouvoir s'en servir eux-mêmes dans le
cadre de leur travail, dans le cadre des tâches qu'ils ont à faire, tout comme
au ministère lui-même, de la Cybersécurité et du Numérique, là. Le ministre
nous a demandé, tout à l'heure, dans ses remarques préliminaires... nous a dit
qu'il faut que le... son ministère ait clairement le mandat de ce de ce projet.
Alors, là aussi, il faut avoir les ressources nécessaires. Ce qu'on nous a dit
en commission parlementaire durant les consultations, c'est que les ressources
sont insuffisantes. Ma collègue députée de Mont-Royal—Outremont
nous a d'ailleurs dit que... en référence aux mémoires, que les projets actuellement
sur la table ne peuvent même pas se réaliser. Les projets ne peuvent... ne se
font pas en raison d'un manque de ressources.
Maintenant, on ne sait pas si ces projets
qui ne se font pas est-ce que ce sont des projets qui sont nécessaires pour
pouvoir mettre en place le projet d'identité numérique nationale, ça, on ne le
sait pas. Peut-être que non, mais je me doute que s'il y a des projets informatiques
qui doivent être faits, il y a peut-être un petit lien entre les deux. Dans une
conjoncture, un contexte économique...
Mme Caron : ...où le
gouvernement a accumulé un déficit record de 11 milliards, ça, c'était, en
date, je vous le rappelle, de mars 2024. On est en 2025, près d'un an plus
tard. On va bientôt... Il y aura bientôt, dans quelques semaines, le dépôt d'un
nouveau budget 2025-2026. Est-ce que les sommes seront au rendez-vous pour
réaliser ce projet, ce projet d'identité numérique nationale? On est tous
touchés par Santé Québec qui doit faire 1,5 milliard d'économies, qui doit
trouver des moyens de couper. On essaie... On dit qu'on ne coupe pas dans les
services, mais, tous les jours, tous les jours, on voit, dans des articles,
dans le journal, de personnes qui viennent de perdre leur poste, des personnes
essentielles qui sont sur la première ligne en santé, qui viennent de perdre
leur poste. On va peut-être les mettre ailleurs. Mais les besoins sont tellement
grands en santé si on va couper dans l'essentiel, là, est-ce que c'est parce
qu'on veut sauver de l'argent pour réaliser ce projet-là? J'en doute, là.
N'en demeure pas moins que si, en santé,
on est obligé d'aller couper 1, 5 milliard, considérant qu'on a un déficit
record de 11 milliards et qu'on ne sait pas encore quel sera le déficit qui
nous sera annoncé au budget dans quelques semaines; considérant que le ministre
des Finances a dit également en période de questions, ce matin, qu'il y avait
un plan de redressement des finances publiques... en fait, un plan d'équilibre
budgétaire, évidemment qu'il ne va pas... sûrement pas réaliser en une année,
parce que le déficit est beaucoup trop gros, mais il va sûrement avoir un plan
étalé sur quelques années pour revenir à l'équilibre budgétaire.
Dans ce contexte-là, moi, ce que
j'aimerais savoir, et je pense que c'est ce que ma collègue veut savoir, et
probablement les citoyens aussi, quel est le plan de la présidente du Conseil
du Trésor pour doter le ministère de la Cybersécurité et du Numérique des
ressources nécessaires à l'interne? Et là il ne s'agit pas, dans ce cas-là,
juste de dire: On a besoin... On évalue qu'on a besoin de tant de personnes qui
jouent tel rôle, pendant tant de temps, pour réaliser ce projet-là. Parce qu'on
nous a dit, en commission parlementaire, durant les consultations, qu'on avait
du mal à retenir des analystes, des programmeurs. Le seul
titre qu'on peut leur
accoler, c'est le
titre d'analyste, et que la rémunération n'est pas du tout
compétitive avec ce qu'un programmeur-analyste peut aller chercher au privé,
peut-être qu'on peut en avoir des plus jeunes qu'on forme et qui s'en vont, on
peut les comprendre, travailler ailleurs par la suite.
• (12 h 40) •
Pour un projet d'une importance et d'une
ampleur et d'une envergure comme celui de l'identité numérique nationale, on a
besoin de gens chevronnés. On a besoin des meilleurs pour que le projet soit
bien fait, pour qu'il fonctionne au bout du compte, et qu'il remplisse son
rôle, et qu'il permette au gouvernement, qui nous dépose le projet de loi 82,
d'atteindre son objectif de faciliter, simplifier l'accès aux services à la
population, y compris, comme je l'ai dit tantôt, la population qui ne pourra
pas utiliser le service d'identification numérique. Une des raisons qu'on nous
a dite pour cette incapacité à retenir des programmeurs, c'est l'incapacité de
les rémunérer correctement. Parce que ça fait tellement longtemps qu'on a les
chartes ou les listes d'emploi, avec les titres, et que ça n'a pas été mis à
jour, qu'on ne sait pas trop où les placer.
Alors ça, c'est un c'est un travail
d'envergure. J'imagine que la présidente du Conseil du trésor a déjà commencé à
y travailler depuis le temps qu'elle est dans...
Mme Caron : ...ses fonctions.
Mais ce que j'aimerais qu'elle nous dise en commission parlementaire, dans le
cadre du projet de loi n° 82, c'est où elle en est. Est-ce que ça va être
possible, non seulement, comme je disais tout à l'heure, d'identifier le nombre
de personnes, le type de poste, le type de travail, de rôle que les personnes
seront en mesure de jouer pour réaliser le projet? Et combien ça va coûter, pas
uniquement ça, quoique c'est... c'est... c'est majeur, mais est-ce que ce sera
possible de le faire dans le cadre actuel?
Alors, si le travail... si le travail n'a
pas commencé pour créer ces nouvelles classes d'emploi avec des... avec
lesquelles on peut avoir une rémunération qui concurrentielle pour pouvoir
embaucher les personnes qu'il nous faut, les personnes qu'il faudra au
ministère de la Cybercité et... la Cybersécurité et du Numérique, bien, si le
travail n'est pas fait, quel est l'échéancier pour le faire? Parce que, de
toute évidence, on en a besoin. Et, si le travail est amorcé, ce qui serait une
très bonne nouvelle, bien, il reste combien de temps avant que ça puisse être
mis en place? C'est... C'est majeur. C'est... C'est à la base. C'est... C'est
vraiment... Hein? On ne peut pas... On ne peut pas dire : je vais
construire la maison puis je n'ai personne qui a un marteau pour le faire ou
qui est capable de se servir d'un marteau.
Alors, ici, on a un projet énorme, d'une
grande ampleur, d'une grande importance. Et on comprend, on se l'est fait dire,
si on ne le savait pas, on se l'est fait dire en commission parlementaire, que
le Québec était 10 ans en retard sur d'autres législations par rapport à
ce projet-là. Alors, je comprends que le gouvernement veut aller de l'avant, et
je suis d'accord pour aller de l'avant, mais avons-nous les bases nécessaires
pour le faire? Et, les ressources humaines, bien, c'est absolument essentiel.
Une fois qu'on a dit ça, est-ce qu'on est
capables d'accueillir dans notre système, avec nos classifications de postes,
les personnes qui ont l'expérience et les connaissances et les compétences
nécessaires pour faire le travail? Et, une fois qu'on a franchi cette étape-là,
est-ce que le gouvernement a l'argent nécessaire pour faire ce travail-là, pour
réaliser ce projet-là? Et, comme je le disais tout à l'heure, pas uniquement le
planifier et le réaliser, mais les suites après, là, pour pouvoir accompagner
autant le personnel qui aura besoin de se servir du système que les...
d'accompagner les citoyens qui auront besoin des services publics et qui auront
besoin d'aide dans tout ça.
Alors, la présidente du Conseil du trésor,
puisque la ministre nous a dit qu'il n'avait pas ces réponses-là, bien, je
pense que la présidente du Conseil du trésor est la personne la mieux placée
pour venir... pour venir nous renseigner. Et ce n'est pas un projet qu'on doit
prendre à la légère. Ce n'est pour un projet de loi qu'on doit prendre à la
légère. Il faut avoir toute l'information nécessaire. Et la présidente du
Conseil du trésor pourra nous en fournir un bon... un bon pan.
Pourquoi... Pourquoi on s'attarde à cela
et pourquoi c'est si important d'avoir l'expertise à l'interne? Bien, c'est
justement pour ne pas dépendre d'une entreprise privée, pour ne pas dépendre
d'une entreprise étrangère.
Le gouvernement a, je crois, une très bonne
idée en voulant utiliser le code libre, un code libre pour son système. Mais,
ce qu'il faut savoir, c'est que le code libre, il est mis à jour par la
communauté des utilisateurs du code libre. Et ce serait peut-être bien qu'on
ait à l'interne des membres de cette communauté, des utilisateurs capables de
procéder aux mises à jour du code libre aussi pour que le gouvernement ne se
retrouve pas, du jour au lendemain, à avoir un code libre, oui, mais qui ne
suit pas adéquatement... qui ne va pas assez vite pour les mises à jour dont le
gouvernement aurait besoin. Alors, c'est important d'avoir ces compétences-là à
l'interne.
Aussi, si tout va en sous-traitance, c'est
sûr que si on disait : Bien, pas besoin de la présidente du Conseil du
trésor pour venir nous...
Mme Caron : ...nous parler de
son plan pour intégrer des personnes, des programmeurs qui ont l'expérience, et
les connaissances, et les compétences au sein du ministère de la Cybersécurité
et du Numérique. On veut tout donner en sous-traitance, et là c'est là que
beaucoup de groupes nous ont mis en garde durant les consultations. Si on mise
sur la sous-traitance pour réaliser ce projet là, bien, on n'a aucune expertise
à l'interne au gouvernement. C'est trop important. On parle de nos données, de
nos données personnelles. C'est trop important pour que ce soit confié à
l'externe.
Et ma collègue de Mont-Royal—Outremont
a fait référence à un élément qui a été dit durant les consultations en
commission parlementaire. Dans certains ministères, il y a des externes qui
sont là depuis 20 ans. Je ne sais pas, là, mais des externes qui sont là depuis
20 ans, ça, c'est parce qu'on n'est pas capable de les rémunérer à l'intérieur
de nos systèmes, à l'intérieur de la machine. On ne veut pas répéter ça dans le
cadre d'un système d'identité numérique nationale, qui revêt une telle
importance, parce que nos données personnelles y seront. On veut s'assurer...
hein, on a... il y a eu plusieurs... plusieurs enjeux qui nous ont été amenés
en commission parlementaire. La question des données biométriques, de baliser
correctement les données biométriques. On a parlé de traçabilité, la
traçabilité des transactions, d'être capables que, vous et moi, comme citoyens,
puissions avoir accès... et voir qui est allé consulter nos données, le journal
des transactions, qui est allé consulter nos données. Est-ce que c'est normal
ou est-ce que ce n'est pas normal? Si ce n'est pas normal, il faut... il
faut... pour avoir une possibilité de dire que ce n'est pas... ce n'est pas
normal.
Alors, ça, c'est un des enjeux qui nous a
été amené, l'enjeu des... de la traçabilité dans l'autre sens, c'est-à-dire
qu'on ne veut pas que le gouvernement ou l'intelligence artificielle qui serait
dirigée ailleurs que dans le gouvernement, si tout était en sous-traitance...
on ne veut pas que ça puisse suivre exactement tout ce qu'on fait dans la vie
de tous les jours. Et, j'insiste, ce n'est pas l'objectif, là, du projet de
loi, ce n'est pas l'objectif du gouvernement, mais pour s'assurer qu'il n'y a
pas des gouvernements externes ou des entreprises privées externes qui mettent
la main là-dessus, il faut avoir la maîtrise d'œuvre et d'opérationnalisation,
et le contrôle au sein du gouvernement, et, pour ça, on a besoin des ressources
à l'interne et on a besoin de la présidente du Conseil du trésor pour venir
nous dire ce qu'il sera possible de faire et quel est son plan.
M. le Président, est-ce que j'ai écoulé
mon temps?
• (12 h 50) •
Le Président (M. Simard) : Non,
madame, il vous reste 7 min 42 s, pour être très, très précis.
Mme Caron : D'accord, parce
que je voyais votre regard et, comme je n'ai pas allumé mon chronomètre...
Le Président (M. Simard) : Ah!
non, non, je vous ferai signe.
Mme Caron : ... je pensais
que j'arrivais... j'arrivais au temps...
Le Président (M. Simard) : Je
vous ferai signe lorsqu'il restera une minute.
Mme Caron : D'accord, merci.
Le Président (M. Simard) : C'est
que je suis très attentif à vos propos. Voilà pourquoi.
Mme Caron : Merci, M. le
Président. Alors donc, je reviens sur le fait que le syndicat de... voyons...
le SFPQ, donc le Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec
nous a mis... nous a fait plusieurs mises en garde, donc, sur la
sous-traitance, qui était le sujet où j'étais juste avant, là. Et donc il faut
avoir... il faut avoir les ressources à l'interne, et, pour ça, bien, il faut
que les élus qui sont responsables de cela, notamment la présidente du Conseil
du trésor, puissent nous dire si c'est, effectivement, faisable, et il faut
trouver un moyen de le faire. Il faut que le ministère de la Cybersécurité et
du Numérique ait les coudées franches, je dirais, bien entendu, dans un certain
cadre budgétaire.
Mais il faut que tout le monde qui... dont
on a besoin pour bâtir la maison puisse être là, et qu'il n'y ait pas de
brèches du secteur privé ou de d'autres pays pour avoir un accès à nos données
ou contrôler... tu sais, mettre le gouvernement dans une situation où, bien, il
n'a pas le...
Mme Caron : ...de toujours
payer plus, plus, plus pour... parce qu'il est dépendant de l'externe, du
privé.
L'autre... l'un des autres points qui nous
a été soulevé durant les consultations, c'est la question de l'infonuagique.
Alors, l'infonuagique, bien, il y a... tout le monde connaît AWS, donc
l'infonuagique d'Amazon. On n'aurait pas eu cette conversation-là, peut-être,
il y a six mois parce qu'on faisait confiance que ce soit... que l'infonuagique
soit dans les mains d'une entreprise au Canada ou aux États-Unis. On était...
tout était... notre économie est tellement intégrée, on est des alliés depuis
presque toujours. On n'aurait pas eu cette conversation-là parce qu'on faisait
confiance. Aujourd'hui, on a un éveil un peu brutal, un réveil un peu brutal,
et on se dit qu'effectivement, au Québec, c'est le gouvernement québécois qui
doit nous protéger, c'est le gouvernement québécois qui doit protéger nos
données.
Alors, il faut regarder toute cette
question-là aussi. Avons-nous les ressources, au Québec, pour le faire? Je
conviens que l'infonuagique ne se fera pas à l'interne du gouvernement, là, ce
ne sera pas à l'intérieur du ministère de la Cybersécurité et du Numérique, à
moins qu'on annonce autre chose, mais c'est une question qui est importante
aussi. Puis il faut qu'on ait... si je fais référence à ça, c'est qu'il faut
qu'on ait, au gouvernement, au sein du ministère... il faut aussi avoir des
personnes qui sont des salariés du ministère, qui ont l'expertise de conseiller
du ministère. Donc, ne pas aller... ne pas dépendre de l'externe pour
conseiller le ministère sur ce qui est le mieux à faire pour l'infonuagique,
pour le stockage de nos données, mais bien avoir cette expertise-là à
l'interne. Puis c'est peut-être plate, et c'est comme ça dans d'autres
domaines, en génie, par exemple, mais la façon dont les choses fonctionnent,
tout est balisé, ça doit l'être aussi, mais on a... au gouvernement, on n'a pas
toujours les moyens à l'interne, rarement d'ailleurs, d'avoir des personnes qui
ont des expertises techniques avec une compétence, une expérience de longue
date pour nous protéger, et on va souvent en sous-traitance pour ce genre de
projet là. Ici, c'est trop important, les données sont trop cruciales pour
qu'on se permette de faire ça.
Donc, il faut que le ministère de la
Cybersécurité et du Numérique s'assure d'avoir le budget nécessaire dans le
budget de cette année, mais dans les suivants aussi pour réaliser ce projet là,
pour avoir les ressources à l'interne pour le faire. Puis il faut que la
présidente du Conseil du trésor puisse venir nous dire de quelle manière elle
va s'y prendre pour que le ministère puisse embaucher les personnes qui ont la
compétence, l'expertise, et puis l'expérience pour leur donner des... leur
offrir des conditions de travail, une rémunération globale qui sera compétitive
pour pouvoir les embaucher, pour pouvoir les retenir aussi et que vraiment le
ministère ait la maîtrise d'œuvre de ce projet-là,et qu'on ne soit pas à la
merci d'entreprises privées auxquelles on sera attaché pendant trop d'années et
qu'on puisse s'assurer de bien faire les choses pour les Québécois.
Parce que, comme je l'ai dit depuis tout à
l'heure, comme ma collègue députée de Mont-Royal—Outremont
l'a dit aussi, c'est un projet qui a un très grand potentiel d'être
structurant. On veut qu'il fonctionne, on veut faciliter la vie des Québécois,
mais on veut aussi protéger les Québécois en même temps et protéger leurs
données et s'assurer qu'il y aura toujours des personnes en place au
gouvernement pour assurer le contrôle de tout cela, pour être capable de mettre
en œuvre les recommandations de la Vérificatrice générale du Québec. On
comprend que les vérifications qu'elle a faites... les recommandations
s'adressaient à des projets particuliers dans des ministères particuliers, mais
il y avait beaucoup de points très pertinents qui, si on ne fait pas les
mêmes...
Mme Caron : ...on ne fait
pas les mêmes... on n'a pas les mêmes précautions, les précautions qui
découlent de ces recommandations, bien, si on ne fait pas les mêmes précautions
dans ce projet ci, bien, on risque de ne pas... de manquer le coche,
finalement, et puis de ne pas bien protéger nos données des Québécois et de
bien réussir ce projet. Alors, vivement que la présidente du Conseil du trésor
puisse venir nous exposer son plan. Merci.
Le Président (M. Simard) :
Merci à vous, chère collègue. Y aurait-il d'autres interventions? M. le
ministre, vous disposez de 30 minutes pour ce faire. Pas d'intervention.
Alors, compte tenu de l'heure, il me faut vous partager une information très
importante.
Une voix : ...
Le Président (M. Simard) :
Pardon?
Caire
...d'ici 13 heures. On a le temps de voter la motion.
Le Président (M. Simard) :
Très bien. Alors, nous sommes prêts à procéder au vote sur la motion. Est-ce
que cette motion...
Une voix : ...
Le Président (M. Simard) :
Pardon?
Mme Setlakwe : ...par
appel nominal, s'il vous plaît.
Le Président (M. Simard) :
Très bien. Alors, M. le secrétaire, veuillez procéder, je vous en prie.
Le Secrétaire
: Pour,
contre, abstention. Mme Setlakwe (Mont-Royal—Outremont)?
Mme Setlakwe : Pour. Et
déçue de ne pas avoir eu de réponse de la part du ministre.
Le Président (M. Simard) :
S'il vous plaît, sans commentaires.
Le Secrétaire
: Pour,
contre, abstention. Mme Caron (La Pinière)?
Mme Caron : Pour.
Le Secrétaire
: M. Caire
(La Peltrie)?
Caire
Contre.
Le Secrétaire
: M. Bélanger
(Orford)?
M. Bélanger : Contre.
Le Secrétaire
: Mme Mallette
(Huntingdon)?
Mme Mallette : Contre.
Le Secrétaire
: Mme Abou-Khalil
(Fabre)?
Mme Abou-Khalil : Contre.
Le Secrétaire
: M. Thouin
(Rousseau)?
M. Thouin : Contre.
Le Secrétaire
: M. Poulin
(Beauce-Sud)?
M. Poulin : Contre.
Le Secrétaire
: Et M. Simard
(Montmorency)?
Le Président (M. Simard) :
Abstention. Cette motion est donc rejetée.
Compte tenu de l'heure, je vous avise du
fait qu'évidemment nous sommes mercredi. Et qui dit mercredi, dit motion du
mercredi, motion qui aura lieu cet après-midi en cette Chambre. Conséquemment,
nos travaux seront dans la salle Kirkland à 15 heures. Je suspends donc
nos travaux.
(Suspension de la séance à 13 heures)
Haut de la page
14 h 30 (version non révisée)
(Reprise à 15 h 03)
Le Président (M. Simard) : Alors,
à l'ordre, chers collègues! Nous sommes en ondes. J'aimerais vous souhaiter la
bienvenue.
Comme vous le savez, la Commission des
finances publiques reprend ses travaux afin de poursuivre l'étude détaillée du projet
de loi n° 82, Loi concernant l'identité numérique nationale et modifiant d'autres
dispositions.
Et, avant de débuter, je tiens à saluer la
présence de stagiaires de la Fondation Bonenfant qui sont parmi nous cet
après-midi dans le cadre de leurs travaux. Donc...
Haut de la page
15 h (version non révisé
e) Le Président (M. Simard) : ... Ceci
étant dit, ma collègue députée de Mont-Royal—Outremont m'avait
signifié son intention de nous soumettre une motion préliminaire. Alors, chère
collègue, la parole est à vous. Cette motion se retrouvant déjà sur Greffier.
Mme Setlakwe : Merci, M. le
Président. Donc, je vais en faire la lecture. Conformément à l'article 244
du règlement de l'Assemblée nationale, je fais motion afin que la Commission
des finances publiques, dans le cadre de l'étude du projet de loi n° 82,
Loi concernant l'identité numérique nationale et modifiant d'autres
dispositions, demande au ministère de la Cybersécurité et du Numérique de
transmettre à la commission, dans les plus brefs délais, un état de situation
complet de l'hébergement des données numériques, et ce, pour tous les
ministères et organismes.
Le Président (M. Simard) : Très
bien. Chère collègue, nous vous écoutons.
Mme Setlakwe : Merci. Mais, écoutez,
c'est une question qui est dans l'air du temps. On en parle beaucoup ces jours-ci
avec le contexte politique qui plane aux États-Unis, les menaces qui planent de
la part de l'administration Trump. On doit se questionner. Je ne dis pas que le
gouvernement ne le fait pas, mais le gouvernement doit se questionner sur sa
dépendance et ses liens contractuels avec des entreprises américaines plus
particulièrement, évidemment, dans le... en l'occurrence, c'est la question des
données, de l'hébergement, des données qui nous intéresse, la question de l'infonuagique.
Et puis je pense qu'il serait extrêmement pertinent, M. le Président, qu'on
obtienne un état de situation complet quant à l'hébergement des données avant
qu'on débute l'étude détaillée, parce que la question de l'hébergement local a
été soulevée à maintes reprises et c'est une préoccupation tout à fait
légitime. D'ailleurs, il y a eu beaucoup d'articles de presse récemment. Et les
ministres, le ministre de la Cybersécurité et du Numérique a fait des
déclarations dans l'espace public, le premier ministre également. On comprend
que le gouvernement du Québec réévalue actuellement 179 millions en
contrats avec Amazon. Ça faisait l'objet récemment d'un
article dans Le Devoir,
sous la plume de François Carabin et Marie-Michèle Sioui, où notamment donc on
soulève que le ministre de la Cybersécurité et du Numérique a confirmé que son
gouvernement avait commencé à passer au peigne fin ses contrats actifs avec
Amazon, depuis que l'entreprise appelait décision de fermer l'ensemble de ses
entrepôts québécois. Donc, ça, c'est une nouvelle qui est toute récente et qui,
en fait, n'a fort probablement rien à voir avec les ambitions du président
Trump. Mais ça demeure quand même très pertinent de se poser la question
spécifique par rapport à Amazon.
Je poursuis. Donc, le ministre aurait même
ajouté la volonté de s'émanciper des technologies américaines. Et là, quant au
premier ministre, il avait mentionné précédemment au salon rouge : Il n'y
a rien dont je rêverais de plus que de remplacer Amazon. Québec dénombre une
cinquantaine de contrats d'une valeur de 170 millions de dollars avec
l'entreprise de Jeff Bezos. La plupart avec la filiale Amazon Web Services, qui
fournit des services et des infrastructures d'infonuagique. C'est ce qui a été
expliqué par le ministre de la Cybersécurité et du Numérique. Donc, on se
rappelle encore une fois qu'on est sur le point d'entamer l'étude détaillée de
ce projet d'identité, de la loi qui va prévoir, donc, la mise sur pied, et les
registres, et tous les systèmes entourant donc le déploiement de cette nouvelle
identité numérique nationale. Et la question de l'infonuagique et de l'hébergement
des données dans un contexte d'assurer notre souveraineté numérique, d'assurer
que les données soient bien protégées, d'assurer que le gouvernement américain
ne puisse pas mettre la main sur nos données, y accéder comme ça, selon sa
bonne volonté. D'ailleurs, en vertu des différentes lois, je vais y arriver, c'est
une préoccupation qui nous occupe, c'est une préoccupation, donc, qu'on doit
prendre au sérieux. On doit prendre le temps de faire le point, M. le Président,
et d'avoir un état de situation complet avant d'en rajouter, avant d'aller de l'avant
avec ce nouveau projet qui va forcément impliquer, donc, de l'hébergement de
données.
Rappelons-nous, et ça faisait l'objet de l'article
en question, qu'une entreprise québécoise, Micrologic, ils sont venus ici en
commission et ils sont cités dans l'article du Devoir, je pense qu'ils ont déjà
des contrats avec le gouvernement, mais c'est une entreprise qui aimerait en
faire plus pour le gouvernement. Ils ont comme rêve aussi de remplacer Amazon.
C'est ce qu'ils ont, c'est dans l'espace public. Ça fait 10 ans qu'on...
Mme Setlakwe : ...un cloud québécois",
a dit le président Stéphane Garneau. "On a l'impression de ne pas être
entendus quand on voit les contrats qui sont envoyés aux Américains." Sa
compagnie se spécialise en infrastructures et en centres de données et est plus
que prête, selon le président, à prendre le relais d'Amazon et de Microsoft,
a-t-il attesté.»
Et puis finalement donc : «Le
ministre de la Cybersécurité et du Numérique a dit qu'il souhaite, comme son
premier ministre, que l'État se serve de ces contrats... s'il souhaite, comme
son premier ministre, que l'État se serve de ces contrats, il faudra le faire
chirurgicalement. On le comprend. On fait l'analyse technologique parce qu'on
ne peut pas nécessairement prendre des charges et envoyer ça vers une autre
technologie. C'est ce qui était survenu lors du fiasco entourant sa SAAQclic à
la Société de l'assurance automobile du Québec. Le ministre, c'est ce qu'il
avait rappelé. Donc, on ne veut pas que ça se répète sans aucune
considération.»
Donc, écoutez, c'est pour mettre la table,
là, pour expliquer le pourquoi on demande cet état de situation. On sait que,
de toute façon, le gouvernement est en train de le faire. Le gouvernement se
pose les questions. On comprend que ce n'est pas du jour au lendemain qu'on
peut... qu'on peut changer les choses. On peut... On est liés par des... par
des contrats. Il y a des... Il y a une analyse à faire. Mais on demande que
tous les parlementaires soient informés de cette... des résultats de cette
analyse et que donc l'état de situation complet de l'hébergement des données
numériques pour tous les ministères et organismes soit rendu public.
• (15 h 10) •
Ce n'est pas... Ce n'est pas des caprices
de l'opposition officielle, ce ne sont pas des tactiques, là, pour retarder
indûment le processus. On pense que, vraiment, il faut aller au fond des
choses, M. le Président. Et d'ailleurs, plusieurs experts nous l'ont mentionné
durant les consultations ou dans les mémoires qui ont été soumis, en
particulier... Et je les ai mentionnés ce matin lors de mes remarques
précédentes, l'Observatoire, le OBVIA, qu'on... je n'ai pas le nom complet
sous... Observatoire international sur les impacts, merci, sociétaux de
l'intelligence artificielle et du numérique, OBVIA, qui a fourni un mémoire
fort pertinent et qui était venu en commission, touchent à plusieurs enjeux et
ils posent même des questions dans le mémoire. Puis, quand j'ai lu leur
mémoire, je me suis dit : Mais, ça, ce sont des questions pour le ministre
de la Cybersécurité et du Numérique. «Deux questions demeurent néanmoins... je
les cite, deux questions demeurent néanmoins centrales dans ce débat. Y
aura-t-il un dispositif infonuagique souverain au Québec pour héberger les
données gouvernementales? Qui sera propriétaire des données inférées et des données
d'usage? Ce sont des questions, M. le Président, vous me direz, qu'on pourra en
discuter lors de l'étude détaillée, mais ce sont... ce ne sont pas forcément
des questions qui vont être directement en lien avec un libellé dans le... dans
le... dans la pièce législative. C'est un élément qui est central. C'est un
élément essentiel dont il faut... dont il faut débattre et qui est
absolument... qui est essentiel, donc, au déploiement de ce projet-là, la
question de l'hébergement. Ici, les experts posent la question, nous, les
parlementaires, on doit s'assurer d'avoir les réponses. Et on pense que
l'analyse qui est en cours au sein du gouvernement, elle doit nous être
partagée.
Il y a d'autres experts qui sont venus
parler de l'importance de l'infonuagique et de l'hébergement. L'Association
québécoise des technologies, dans son mémoire, à la première page, parle de
gérer les données dans les règles de l'art. Premièrement, favoriser la
décentralisation des données auprès des organismes responsables et privilégier
l'hébergement local, ils ont bien dit, dans la province du... dans notre
province, donc au Québec, idéalement, mais pas à l'extérieur du pays. Assurer
la résilience des centres de données à travers une redondance exemplaire. Bon.
Mais toute la question de privilégier l'hébergement local a été mise de l'avant
aussi par l'Association québécoise des technologies.
La Ligue des droits et libertés, qui nous
amène toujours à réfléchir à différents enjeux et dont la contribution est
toujours importante dans l'étude des projets de loi, a également évoqué cette
question-là dans son mémoire, que je cherche. Oui, elle est ici. Donc, à la
page six de leur mémoire...
Mme Setlakwe : ...ils
mentionnent que la question se pose, donc, de l'endroit où sont stockées les
données de l'identité numérique nationale. Le projet de loi n° 82 n'indique
rien à ce sujet. Donc, il ne faut pas attendre l'étude détaillée, M. le
Président, là, il faut vraiment échanger sur cette question-là, qui est tout à
fait pertinente et surtout dans le contexte actuel. Eux aussi nous disent qu'il
faut... il faut la considérer.
Je les... Je continue de les citer :
«Le stockage hors frontières ou via des entreprises soumises au contrôle de
gouvernements étrangers, notamment américain, peut compromettre la souveraineté
numérique du Québec sur les données de ses citoyens.» Et ils nous
rappellent : «Rappelons que, depuis 2001, le Patriot Act adopté par... aux
États-Unis autorise les services de sécurité américains à accéder aux données détenues
par des particuliers ou des entreprises et stockées sur le territoire
américain. De plus, depuis mars 2018, le Cloud Act permet à ces mêmes autorités
américaines d'accéder aux données hébergées en infonuagerie par un fournisseur
américain même si ces données sont stockées à l'étranger.»
Donc, on voit ici que ces deux lois qui
touchent les renseignements personnels et qui sont en vigueur, donc, chez nos
voisins du Sud, ont des portées extraterritoriales. Et ce n'est pas pour faire
peur, là, aux Québécois, mais c'est la réalité, nos données, si elles sont...
en vertu de certains contrats, même si elles sont, donc... on pense qu'elles
sont gardées chez nous, peu importe, les lois américaines qui s'appliquent à ce
type de contrats pour ce type de services ont des portées extraterritoriales et
peuvent... et peuvent viser nos données, les données sensibles des Québécois,
M. le Président.
Je poursuis. Encore, je me réfère à
l'excellent mémoire, donc, du Syndicat des professionnelles et professionnels
du gouvernement du Québec, que j'ai eu la chance de citer ce matin... a toute
une rubrique sur la localisation des données. À la page 15 de leur mémoire, ils
continuent de poser des questions très importantes : «Où seront situées
les infrastructures de technologies de l'information liées à l'identité
numérique? Au Québec? Au Canada? Aux États-Unis? En Europe?»
Donc, encore une fois, est-ce que...
quelle est la vision du ministre? Et quel est... Le ministre planche sur quoi
actuellement? Quand il fait son analyse, il analyse les contrats qui sont en
cours, est-ce que... Est-ce qu'on peut avoir un état de la situation? Est-ce
qu'on peut savoir si ces contrats-là... bien, leur durée, les modalités? Est-ce
qu'ils peuvent... Est-ce qu'on peut y mettre fin sans pénalité? Comment ça
fonctionne si on souhaite changer de fournisseur? Quelles sont les garanties
qui sont prévues dans ces contrats-là pour assurer la sécurité des données,
assurer que l'accès puisse être limité aux seules personnes dont l'accès est
nécessaire, etc.? Avant, donc, encore une fois, de mettre de l'avant un nouveau
projet, il faut s'assurer, donc, qu'on aura... il faut qu'on se questionne à
savoir à qui est-ce qu'on va confier l'hébergement de ces données si précieuses
pour les Québécois.
Je poursuis. Donc, dans leur mémoire, le
syndicat des professionnels du gouvernement du Québec mentionne : «Le fait
de confier à des entreprises privées internationales autant d'informations sur
les citoyennes et citoyens en indispose plusieurs. Cela pose, entre autres, le
problème du contrôle des données et de la propriété des renseignements. Si vos
données sont stockées dans un autre pays avec des lois différentes des nôtres,
comment garder le contrôle? Comment s'assurer du traitement sécuritaire de ces
données? Comment exiger des employés en technologies de l'information étrangers
une habilitation de sécurité?» Il nous mentionne que «le problème s'est posé
avec la mise en place de l'infonuagique gou