Culture and Education — 26 March 2013 (40th Legislature, 1st Session)
CCE 2013-03-26
Quebec — Committees
La Présidente (Mme Richard,
Duplessis) : Bonjour. Ayant constaté
le quorum, je déclare la séance Commission de la culture et de l'éducation
ouverte. Je demande à toutes les personnes dans la salle de bien vouloir
éteindre la sonnerie de leurs téléphones cellulaires.
mandat de la commission est de poursuivre les auditions publiques dans le cadre
de la consultation générale sur le projet de loi n° 14, Loi
modifiant la Charte de la langue française, la Charte des droits et libertés de
la personne et d'autres dispositions législatives.
Mme la secrétaire, y
a-t-il des remplacements?
Secrétaire :
Oui, Mme la Présidente. Mme Charbonneau (Mille-Îles) sera remplacée par
M. Reid (Orford) et M. Sklavounos
(Laurier-Dorion), par Mme Rotiroti (Jeanne-Mance—Viger).
Présidente (Mme Richard, Duplessis) : Merci. Pour ce qui est de l'ordre du jour, cet
avant-midi, nous allons débuter par des
auditions de M. Michel Paillé et M. Irwin Raporport... Rapoport,
je m'excuse. Cet après-midi, nous entendrons le Conseil canadien du commerce de
détail, le Comité des enseignants de français langue seconde des collèges du Québec et le Mouvement Montérégie
français. Finalement, ce soir, nous poursuivrons avec l'opposition de la
ville de Longueuil et la Centrale des syndicats du Québec. Bonjour,
M. Paillé.
M. Paillé
(Michel) : Bonjour.
Présidente (Mme Richard, Duplessis) : Je vais vous demander quand même, même si je vous ai présenté, de vous
identifier. Vous allez disposer d'un temps, pour faire votre présentation, de
10 minutes. Vers la fin, je vous ferai signe quand il vous restera une minute. Et, par la suite, il y aura un échange
avec les parlementaires. La parole est à vous, monsieur.
M. Paillé
(Michel) : Alors, merci, Mme la
Présidente. Je suis démographe, un ancien fonctionnaire de la fonction publique
ici, à Québec. J'ai travaillé 25 ans pour les organismes de la loi 101 et j'étais
souvent délégué ici comme observateur pour
le Conseil de la langue française sur des questions de langue de migration et
de famille. Je suis donc un habitué ici, et ça me fait toujours plaisir
de revenir. Je veux d'abord remercier la ministre et les membres de cette
commission de m'avoir invité et même d'avoir insisté pour que je vienne.
n'aurai le temps que d'aborder trois aspects très brièvement : la
francisation des immigrants adultes, la
promotion du français et le contexte démographique dans lequel tout ça s'insère.
la francisation des immigrants adultes, je reconnais qu'au fil des décennies le
Québec a réussi à attirer de plus en plus d'immigrants qui savaient... qui
connaissaient le français en arrivant ici. Ce n'était que 36 % en 1997, c'est
maintenant plus de 63 %. Cependant, j'ai
remarqué que c'est en sélectionnant de plus en plus d'immigrants bilingues qu'on
est arrivés à ce résultat parce que le nombre d'immigrants qui
connaissent également l'anglais a lui aussi augmenté, passant de 32 % jusqu'à 53 %, 55 %. Et, parmi
ceux qui ne connaissent pas le français, de 40 % à 45 % connaissent déjà
l'anglais, et il est donc très important de les franciser rapidement.
Ce que j'observe, c'est
que traditionnellement le Québec ouvre des classes de français quatre fois par
année seulement, hein : de février à
avril, d'avril à juillet, de la fin août à novembre et de novembre à février
avec deux semaines de relâche au
temps des fêtes. Ce n'est pas suffisant à mon sens. J'ai déjà proposé un
calendrier beaucoup plus complexe. J'ai proposé qu'on mette sur pied une
agence de la francisation qui ne s'occuperait que de ce mandat-là.
exemple, si on se donnait pour objectif d'ouvrir des classes de français… Avec
50 000 immigrants par année comme
actuellement, si on ouvrait des classes de français pour tous ceux qui ont
besoin de cours de français… à chaque semaine, on invite les immigrants arrivés
la semaine précédente, il faudrait ouvrir 19 classes. Si on faisait ça trois
fois par mois ou à tous les 10 jours, ce seraient 28 nouvelles classes. Et, si
on attendait aux deux semaines pour procéder, il faudrait 39 nouvelles classes.
C'est beaucoup, c'est gros, j'en conviens, et j'ai noté que le budget d'un tel
organisme qui s'occuperait seulement de ça serait plus gros que l'organisme...
que le budget réuni des organismes de la loi
101. Évidemment, ce ne serait pas des nouveaux montants; il faudrait tenir
compte de ce qui est déjà payé... ce qui est déjà investi dans le
domaine... dans le secteur.
Donc,
il me semble que d'attendre sept jours, 10 jours ou 15 jours avant d'avoir
des cours, ce serait beaucoup mieux que de lire, dans le rapport annuel du ministère,
que 86 % des immigrants ont commencé des cours de français 65 jours
ouvrables après être arrivés. Alors, c'est un objectif trop faible.
Le deuxième aspect que je veux traiter, c'est
la promotion du français. J'ai comme l'impression qu'on s'est relâchés de ce côté-là. Vous savez qu'en 1977,
quand Camille Laurin a présenté son projet de loi, il a fait de
nombreuses conférences avant la loi et après la loi. Le 2 mai, il s'adressait à
une association de manufacturiers et il disait ceci : «Il appartient aux non-francophones, dans les
situations de contact, d'utiliser la langue de la majorité pour permettre
la communication.» Alors, fin de la citation.
nos jours, je pense que Camille Laurin réaliserait, 35 ans plus tard, qu'il
devrait remplacer les mots «aux non-francophones»
par «à tous». Il faudrait dire : Il appartient à tous, y compris les
francophones, de parler français aux autres.
Et c'est là où le bât blesse, à mon sens. 35 ans plus tard, il y a... non
seulement beaucoup de francophones s'adressent spontanément en anglais à d'autres, surtout des personnes qui semblent
venues d'ailleurs, mais ça fait très prestigieux de parler l'anglais. Et même je soupçonne qu'un bon
segment de la population francophone du Québec est hostile à parler
français. Pour eux, le français, c'est resté une langue de porteurs d'eau,
comme on disait à une certaine époque.
J'ai
reçu, à l'automne 2010, un courriel d'une Ontarienne, hein, une Anglo-Ontarienne
qui s'est installée à Montréal, qui a appris
le français et qui me demandait comment il se faisait que... Quatre fois dans
son courriel, elle me dit : Personne ne veut me parler français à
cause de mon accent. On me parle en anglais. Je lui ai répondu : Madame,
insistez, vous êtes mieux placée que moi pour forcer ces gens-là à vous parler
en français.
Le 26 août 1977, quand la loi 101 a été
adoptée, Camille Laurin, dans son discours, disait ceci : «Ce n'est pas au nom d'une vénération inconditionnelle pour la langue
française prise comme une abstraction que le Québec se donne maintenant cette
loi[…]. […]ce qui est important, ce n'est pas de sauver la langue française,
mais bien de sauver ceux qui la parlent.» Eh
bien, ça, c'est encore vrai. Je dois reconnaître que, dans le contexte, Camille
Laurin parlait de... les différences de
revenus selon la langue parce que les francophones, à cette époque, comme l'a
montré la commission Gendron, étaient les
moins bien payés. Mais c'est vrai également... ça reste vrai aujourd'hui sur le
plan de l'identité, de la fierté de la langue. Il faudrait reprendre le
bâton du pèlerin pour inciter les francophones à parler français.
J'ai donné, dans mon mémoire, l'exemple d'Impératif
Français, qui, à même ses dons — c'est un organisme, une ONG, en quelque
sorte — fait de la publicité à la télévision et dans les journaux pour
inciter les francophones à parler français. Et
je note que, dans le projet de loi n° 14, il est écrit qu'on veut
«promouvoir la possibilité pour […] ceux qui le désirent de vivre en français».
Moi, je réécrirais ça dans ces termes suivants : en veillant à promouvoir
l'usage du français en tout temps et en tous lieux par quiconque sait le
parler. Ça serait beaucoup plus clair que les termes «possibilité» et «le
désirent».
Bon, là, je vois le temps filer. Pour le
contexte démographique, j'avais deux points. Rapidement, je vais traiter la sous-fécondité chronique. C'est très important
de traiter cette question-là. Voici notre portrait. C'est ce que nous avons l'air. J'ai imprimé cette pyramide des âges
assez contrastée pour que vous la voyiez. Remarquez qu'en bas de 40 ans
on a trois creux et trois pointes, mais que, dans l'ensemble, les pointes sont
de moins en moins importantes. Ça, c'est l'effet de notre sous-fécondité des 40
dernières années.
La question que je pose est la
suivante : Si ça dure encore 10 ans, 20 ans, 30 ans, 40 ans, la question
qui se pose : Est-ce que notre avenir
démographique est assuré? La réponse est carrément non. Tôt ou tard, il faudra
bien que la fécondité remonte
substantiellement. Depuis 30 ans, elle n'est jamais remontée, malgré les
pointes qu'on a eues, n'est jamais remontée à 1,75 enfant par couple.
chaque fois que j'aborde cette question-là, on me regarde d'un œil… on me
regarde des fois de travers, en laissant...
on a l'impression que je fais un discours pour le retour des femmes au foyer.
Moi, je vous dirai bien franchement que,
quand je tiens ce discours-là, je m'adresse surtout à certains hommes. Et je
trouve la réponse dans Horloge biologique , un très beau
film paru en 2005, un film de Ricardo Trogi. Vous avez là-dedans trois couples
qui sont à différentes étapes de leur
vie : un couple, la femme veut un enfant, le mari n'en veut pas, le
deuxième couple, la dame est enceinte, et la troisième a déjà un enfant, alors… Et ça finit en catastrophe au
moment où les trois femmes découvrent l'hypocrisie de leurs conjoints. Et
j'ai des témoignages dans mes proches, ma parenté, de gens qui... de femmes qui
n'ont pas trouvé, qui ont mis du temps à trouver un conjoint qui ne partait pas
en peur quand elles parlaient progéniture. Bon.
Pour l'immigration, j'en parlerai dans... pendant
les réponses. Je dirais simplement, pour résumer pour l'immigration, que non pas fixer l'immigration en fonction
de ce qu'on appelait jadis la capacité d'accueil ou, un peu plus tard, la volonté d'accueil, mais je dirais
plutôt accueillir les immigrants en fonction de notre capacité d'investir
pour leur intégration linguistique, économique, sociale et culturelle. On est
braqués sur le linguistique, mais il y a les trois autres qui sont de beaucoup
plus importants.
La Présidente (Mme Richard, Duplessis) : Merci beaucoup, M. Paillé. Nous
allons commencer les échanges, et je reconnais
maintenant Mme la ministre responsable de la Charte de la langue française. Mme
la ministre, vous avez la parole.
De Courcy : Bonjour, M. Paillé. Bonjour
aux collègues aussi. D'abord, vous remercier comme citoyen d'avoir choisi de
venir présenter un mémoire, même si vous n'êtes pas un citoyen ordinaire, parce
que vous y avez beaucoup travaillé dans le passé, à ces différentes lois. Je
vous ai lu aussi, vous participez et vous commettez certains écrits sur
Internet aussi, que j'ai suivis.
J'aurais deux questions. On a souvent, dans
les différents écrits ou ce que j'entends, et particulièrement dans les... certains
représentants de la minorité d'expression anglaise, des inquiétudes quant à l'exode
des personnes anglophones qui pourraient, par inquiétude ou par,
peut-être, dans certains cas, mauvaise compréhension de ce qui est sur la
table, soit pour la loi 101 ou le tout nouveau projet de loi n° 14… On
nous indique que des gens pourraient nous quitter, laisser le Québec, être très
découragés de cette affaire.
Et je sais que vous avez
fait — je ne dis pas qu'il faut qualifier de
recherche — sans doute des recherches à ce
sujet-là qui donnent un autre son de cloche. J'aimerais ça vous entendre
là-dessus.
la deuxième question que j'aimerais vous poser, si nous avons le temps, c'est
autour des indicateurs gouvernementaux. Je l'ai dit quand j'ai présenté le
projet de loi, j'ai été très surprise qu'il n'y ait pas d'indicateurs
gouvernementaux présentés à l'Assemblée nationale annuellement ou à tous les
deux ans, donnant un état de santé de la
langue et que ces données-là puissent être partagées par l'ensemble des
parlementaires pour éviter justement des fois des apprentis sorciers ou des gens qui émettent toutes
sortes de données et qui deviennent une vérité que tout le monde croit.
Alors, j'aimerais ça vous entendre sur la
question d'indicateurs gouvernementaux qui pourraient être présentés à l'Assemblée
nationale. Mais, avant toute chose, la question de l'exode des personnes d'expression
anglaise, potentiel, et dite par plusieurs intervenants.
Présidente (Mme Richard, Duplessis) :
Merci, Mme la ministre. M. Paillé.
M. Paillé (Michel) : Merci, Mme la ministre.
Effectivement, on remarque que, depuis très longtemps, bien avant la loi 101, bien avant la Révolution tranquille, le
solde migratoire des anglophones du Québec était négatif par rapport aux autres provinces canadiennes. Mais il y a eu
une pointe peu après l'avènement, l'élection du Parti québécois en 1976
et dans les années qui ont suivi, au moment
où on discutait de la loi 101. On est restés figés à ce tableau-là, mais
ça ne s'est pas reproduit; malgré que ça
reste toujours négatif, quoique ça a beaucoup diminué, on est resté marqués par
ça. Et ce que j'ai fait observer, c'est que,
au moment du référendum de 1995, il n'y a pas eu de... cet engouement vers
les autres provinces canadiennes. Ce n'est pas si simple que ça de quitter le
Québec pour trouver un nouvel emploi ailleurs, dans les autres provinces
canadiennes. Chez les anglophones du Québec, il y a tout de même un attachement
avec le territoire, avec la communauté, les communautés anglophones du Québec.
Concernant les indicateurs, effectivement on
publiait… à une certaine époque, c'était la mode... au Conseil de la langue française, on publiait des indicateurs
régulièrement sur la question linguistique, qui venaient de partout, de sondages, des recensements, des fichiers administratifs,
comme la langue d'enseignement, la langue des immigrants, et, en cette
matière, plus on a d'indicateurs, mieux c'est. Ça se faisait, à l'époque, au
Conseil de la langue française. Je pense que
le Conseil supérieur de la langue française n'a plus les ressources parce que c'est
devenu un très petit organisme, n'a plus les ressources pour continuer
cette oeuvre.
Mais,
vous avez raison, Mme la ministre, de parler des apprentis sorciers. Je ferais
même un cadeau à la commission
parlementaire : j'ai photocopié deux articles, que j'ai fait paraître en
2011 et en 2012, sur un indice de vitalité linguistique, dont certains ont exagéré la signification. Cet indice-là,
plusieurs de mes devanciers, à différentes époques, ont fait des mises
en garde et, malgré ces mises en garde là, j'ai dû intervenir en 2011 et j'ai
dû revenir à la charge en décembre dernier.
Cet indicateur-là... J'ai bien aimé... J'ai vu par Internet la présentation de
M. Curzi, et elle est très bonne, sauf
qu'il a commencé avec ça en insistant sur la difficulté que le français avait à
pénétrer au Québec à l'aide de cet indice-là. Dans le premier des textes
que j'ai soumis à la commission, je fais remarquer que, si on compare la
situation de l'anglais au Québec avec la
situation de l'anglais des autres provinces, on a l'impression que l'anglais se
porte mieux au Québec qu'ailleurs au
Canada. Si on procède par ville, si on compare Montréal, Toronto, Winnipeg,
Vancouver, etc., on a l'impression,
avec cet indice-là, que l'anglais se porte mieux à Montréal que dans ces autres
grandes villes canadiennes. Ça n'a aucun bon sens. Je préfère m'en
remettre, par exemple, à des projections au débat linguistique comme celles de Marc Termote, par exemple; il en est rendu à trois
ou quatre exercices. Le modèle est rendu à l'Institut de la statistique
du Québec, on pourrait continuer à le faire
là, mais semble-t-il qu'on manque de ressources pour poursuivre le travail de
ce côté-là. Donc, une brochette d'indicateurs.
fait, ça me fait penser à la réponse de M. Sabourin, qui accompagnait M. Curzi.
M. Sabourin disait : Il n'y a pas qu'un...
on ne peut pas trouver un seul indicateur qui règle tout, qui lit tout en un
chiffre; c'est une brochette de chiffres qu'il nous faut. Gardons-nous
de faire la même erreur qu'en 1999. Le Conseil de la langue française, à la demande de la ministre, avait publié un indice de
langues diverses publiques, en 1999, et on avait lancé cet indice-là
comme si c'était l'indice magique qui allait
tout résumer en lui, et ça a été un flop monumental. Et cet indice qui devrait
être refait régulièrement ne l'a jamais été parce qu'on n'a jamais su
comment l'auteur avait calculé son indice, ce que... Un de mes collègues, au
Conseil de la langue française, avait baptisé ça «le secret de la Caramilk».
La Présidente (Mme Richard, Duplessis) : Merci, M. Paillé. Je veux juste vous
dire que nous avons accepté le dépôt de vos
documents et il sera sur le site de l'Assemblée. Merci. Oui.
Mme De Courcy : Mon collègue Daniel Breton va
poursuivre. Je voudrais vous remercier de ces précisions-là. Et un dossier comme
celui-ci demande de la nuance, ce que vous mettez de l'avant, et qui m'apparaît
très rassurant pour la communauté d'expression
anglaise, à savoir que c'est… quand on travaille pour la progression du
français, on n'est pas en train de travailler contre la progression de l'anglais.
Merci.
Présidente (Mme Richard, Duplessis) :
Merci, Mme la ministre. Maintenant, la parole est au député de Bonaventure.
M. Roy : Merci, Mme la Présidente. Je salue la ministre, je vous
salue, Mme la Présidente, et mes collègues, je nous souhaite une bonne semaine.
M. Roy : Oui, sainte, bien sûr. Bonjour, M. Paillé. Très
intéressant, votre exposé. J'aurais le goût de vous demander, en tant que
démographe, comment on fait pour augmenter le taux de natalité en passant de
1,75... Mais je pense qu'on en aurait pour quelques heures et quelques jours,
ça fait que je vais me rabattre un peu sur le sujet.
Donc,
en lisant votre mémoire, on voit à certains endroits que vous suggérez de
veiller «à promouvoir l'usage du français en
tout temps et en tout lieu par quiconque sait le parler». Donc, quelles
seraient, selon vous, les mesures de promotion susceptibles de produire l'effet
que vous nous suggérez? J'aimerais vous entendre là-dessus.
Paillé (Michel) :
Bon, alors, pour l'indice de fécondité, évidemment, on a plein d'exemples de
sociétés où dans l'une on a fait un effort,
dans l'autre on n'a rien fait, puis les deux ont monté en même temps ou sont
restées très basses. Il n'y a pas de solution magique.
que je regrette, c'est que le Québec en ce domaine-là a comme baissé les bras.
J'ai remarqué qu'au cours de trois décennies
trois gouvernements distincts se sont penchés sur cette question-là et n'ont
abouti nulle part. Dans les années 70,
Robert Bourassa avait parlé d'un ministère de la Population et avait commandé
un rapport sur notre démographie justement
à cause de la dénatalité qui venait de se produire et qui venait de défoncer le
plancher du 2,1 enfants nécessaire. Et c'est resté sur les
tablettes.
Dans
les années 80, le gouvernement du Parti québécois a fait la même chose :
il a recommencé moult travaux et ça n'a pas
abouti non plus.
Dans
les années 90, le nouveau gouvernement Bourassa est revenu à la charge, il a
confié la mission au ministre Claude Ryan. Claude Ryan a commandé des études, j'y
ai participé, parce que, rendu là, j'étais dans la fonction publique. Et
Claude Ryan n'a pas aimé les rapports qu'il
a reçus, et il ne les même pas publiés, il les a envoyés carrément sur les
tablettes.
Mais,
depuis ce temps-là, qu'est-ce qu'on fait? On s'est rabattus sur la langue.
Alors, il y a eu le... un rapport, au milieu des années 90, il y a eu la commission
Larose. Et là finalement j'ai comme l'impression qu'on a littéralement
laissé tomber la question de la famille.
Vous avez raison, M.
le député, de souligner le fait que c'est très complexe. On parlait à une
certaine époque de garderie en milieu de travail pour éviter le transport... le
triangle entre la maison, la garderie et le milieu de travail. On a parlé d'horaire
de travail fixe, etc., toutes sortes de mesures... Et on n'est pas allés au
bout de nos moyens là-dedans.
J'avais des collègues, moi, dans la fonction
publique, qui se penchaient sur cette question-là, et ils recommençaient...
à chaque changement de ministre, ils
devaient toujours recommencer à zéro, parce qu'ils devaient toujours refaire à
peu près le même type d'analyse. Mais ça n'aboutissait
pas. C'est... ça... On dirait que ça n'a jamais été pris très, très au
sérieux.
Votre deuxième
question, je ne l'ai pas notée, mais c'était...
Roy : Eh bien, c'est
concernant, bon, un énoncé que vous avez fait dans votre mémoire. Vous dites
que vous suggérez
de veiller «à promouvoir l'usage du français en tout temps et en tout lieu par
quiconque sait le parler». Donc, c'est
une question très simple : Quelles seraient, selon vous, des mesures de
promotion susceptibles de produire l'effet que vous escomptez?
Paillé (Michel) :
Bien, il y a d'abord une chose que j'aimerais savoir, moi, c'est que... combien
de milliers de francophones bilingues, surtout
à Montréal, se comportent comme des anglophones dans le milieu public? Il y a à
peu près trois semaines, à Tout le monde en parle , il y avait une
animatrice télé qui est venue dire, comme ça, tout bonnement, qu'elle était pour l'aménagement linguistique, elle était
pour la promotion du français, mais, parce qu'elle habite dans l'Ouest-de-l'Île de Montréal, elle
fait tout en anglais. Il y en a combien, des gens comme ça? Si c'est
juste 10 000, ce n'est pas grave. Mais,
si c'est 150 000, 200 000, 300 000 francophones qui se
comportent comme s'ils étaient des anglos au Québec, bien, là il y a un
gros problème.
J'ai
donné l'exemple de Québec... de Impératif Français, qui fait de la promotion.
Ce serait à l'État québécois de faire la promotion, un peu comme on fait la
promotion... par exemple, le programme J'arrête, c'est sûr qu'on ne peut
pas interdire à quiconque de fumer, mais on fait de la promotion.
Présidente (Mme Richard, Duplessis) : Merci beaucoup, M. Paillé. Je suis désolée de vous interrompre, le temps qui était
alloué au gouvernement est maintenant terminé. Nous allons maintenant du côté
de l'opposition officielle. Je reconnais M. le député de LaFontaine,
porte-parole de l'opposition officielle pour la Charte de la langue française.
M. le député, la parole est à vous.
Tanguay : Oui,
bon matin, merci beaucoup, Mme la Présidente. C'est vrai, on ne doit plus dire
«bon matin», on doit dire «bonjour». Alors,
vous voyez, c'est très formateur, cette commission. Merci beaucoup, M. Paillé,
pour votre présence, merci, comme le
soulignait la ministre, à
titre de citoyen, mais également à titre, ne nous
gênons pas des mots, d'expert du
domaine, que vous avez beaucoup étudié, et vous nous faites bénéficier aujourd'hui
de votre réflexion, qui est très importante.
il y a deux choses, entre autres, moi, que je note en particulier, beaucoup d'autres,
mais deux choses que j'aimerais soulever. Évidemment, vous notez d'entrée de
jeu que l'importance de l'épanouissement du français peut passer, certes, par
la charte, par la loi, par des modifications législatives, mais, s'il n'y avait
que cela, ce ne serait pas suffisant. Autrement dit, il y a nécessité de mettre
en oeuvre d'autres moyens, tels que la réglementation, tels que des politiques, tels que des programmes. Et également j'ajouterais,
à la lumière des travaux que nous menons depuis maintenant deux semaines — c'est notre troisième semaine, à
moins que je me trompe — également développer ce que j'appellerais des partenaires, des gens qui font en
sorte qu'au jour le jour, face aux défis, entre autres, vous parlez de la
francisation des nouveaux arrivants, bien, fassent en sorte, ces gens qui
oeuvrent auprès des nouveaux arrivants, de leur enseigner le français et de
bien le faire.
Et ça m'apporte ma première question, mon
premier volet, ça m'amène vers cette première question-là au niveau d'une agence que
vous proposez. Nous avons rencontré vendredi dernier le Regroupement des
organismes en francisation du Québec, et, de mémoire, ils regroupent 56
entités, 56 organismes communautaires, qui sont partout au Québec, beaucoup à Montréal, beaucoup dans les grands
centres, mais qui sont partout sur le territoire, sur le territoire
québécois. Ils nous ont parlé de leur réalité. Et vous savez mieux que moi qu'une
personne qui arrive au Québec et qui a besoin d'apprendre à mieux parler ou à
parler le français, à l'écrire, à le comprendre, a également d'autres besoins.
Et c'est là-dessus que j'aimerais vous entendre. Ne voyez-vous pas là, pour ces
organismes communautaires qui accueillent littéralement les nouveaux arrivants,
un espace, un moment, un lieu, je dirais même une expertise très importante de personnes qui vont les aider à se franciser, mais également
qui vont répondre à une foule de besoins, que ce soient des besoins
tangibles de tous les jours, lorsqu'on est citoyen canadien, au niveau de, bon,
bien, comment se trouver un loyer, un
logement, comment payer ses taxes, et ainsi de suite. Vous ne voyez pas là un
carrefour de réponses à des besoins, dont
la francisation, qui est très importante? Et vous ne voyez pas là un risque
dans votre proposition — puis ce n'est pas un jugement, c'est
une question qui fait appel à votre commentaire — où
le fait d'isoler dans une agence, et,systématiquement, les cours de francisation,
peut-être que l'on perdrait là un premier contact qui m'apparaît peut-être
des plus efficaces? Mais j'aimerais vous entendre là-dessus.
Présidente (Mme Richard, Duplessis) :
Merci, M. le député. M. Paillé.
Paillé (Michel) : Merci, M. le
député. La question est très large. Et effectivement l'idée d'une agence de francisation, ça pourrait être plus que ça. J'ai
parlé de quatre types d'intégration; on est braqués sur la langue, mais
on oublie le reste. En Ontario, il n'y a pas
de problème d'intégration linguistique, mais les autres problèmes sont
là : social, culturel, économique. Et, cette agence-là, je l'ai
appelée agence de francisation, on pourrait l'appeler l'agence de l'insertion
ou… et ça serait plus englobant, ça irait très loin. Mais, au moins, il
faudrait régler certains problèmes.
Il y a un livre récent, que j'ai apporté ici,
de Tania Longpré, Québec cherche Québécois pour relation à long terme , il y a beaucoup là-dedans, il y a des remises en
question, il y a plusieurs boulons qui sautent, et il faut revoir toute
cette politique d'enseigner le français aux
immigrants. Et, en même temps, on le sent dans le livre… Un livre qui se
mériterait un prix, mais des prix, c'est écrit dans un langage très clair, à l'opposé
de la langue de bois. Alors, cet ouvrage-là déboulonne des choses sur le plan
culturel, sur l'image que l'immigrant se fait avant d'arriver ici. Il découvre
des choses comme, par exemple... Une
étudiante demande à Tania Longpré : Si tu n'es pas mariée, où est ton
père? Alors, dans l'esprit de bien
des immigrants, si on ne vit pas avec un mari, il faut vivre avec son père. On
ne peut pas être entre les deux. Alors, il faut au moins... Et ça
démontre très bien, ici, là, qu'il y a plus que la langue, il y a la culture
qui est liée à tout ça.
C'est
vrai qu'il faut encourager les partenaires. Vous parlez de 56 associations. Je
suis très conscient que ces choses-là existent. Mais, évidemment, ça coûterait
très cher de leur donner tout ce dont ils auraient besoin, ce dont ils seraient capables d'appliquer. Et ça revient à la
fameuse question d'ajuster nos objectifs d'immigration selon notre
capacité d'investir dans le social, le culturel, le linguistique, etc.
Présidente (Mme Richard, Duplessis) :
Merci, M. Paillé.
Présidente (Mme Richard, Duplessis) :
Oui, allez-y.
M. Tanguay : Oui, merci, Mme la Présidente. M.
Paillé, j'aimerais vous entendre... Dans le comment faire, dans les outils, dans
les moyens, vous êtes un observateur privilégié. Que pensez-vous de ce qu'a été
l'oeuvre et les résultats des COFI, les centres d'orientation et de
formation des immigrants? Quel est votre regard sur ces COFI, qui n'existent
plus aujourd'hui?
M. Paillé (Michel) : Moi, je me souviens qu'on parlait
souvent, là, d'évaluer tout ce domaine-là. Et, à
chaque fois, il y avait comme une espèce de blocage. Ça n'a pas été vraiment
très analysé. Bon, on a remplacé les COFI par des carrefours d'intégration. Ça n'a pas duré longtemps, ça a été déplacé
dans les commissions scolaires, dans les cégeps.
Je demeure, moi, à trois kilomètres d'ici. Je
vois, sur mon coin de rue, là, beaucoup d'immigrants qui reviennent du cégep de
Sainte-Foy, là, leurs cours de français, et qui changent d'autobus pour
retourner chez eux. Alors, effectivement, ne reçoivent-ils que des
cours... dans ce cégep-là, ne reçoivent-ils que des cours de français, ou s'il
y a, en plus, une formation culturelle, sociale? C'est un fait que l'immigrant
est un peu perdu lorsqu'il arrive ici. Vous avez parlé, là, ouvrir un compte bancaire, se trouver un loyer,
etc. Il y a beaucoup à faire sur ce plan-là. Et je rêve de trouver, là,
une enquête qui ferait la mise au point là-dessus. Ça fait
partie des comment.
M. Tanguay : Merci beaucoup, M. Paillé. Dernière question avec le temps
qui nous est alloué. Vous parlez de l'amélioration
de la qualité du français, qualité parlée, qualité écrite du français.
Avez-vous des moyens à suggérer? Ou parmi... Je suis persuadé que la réponse est
oui, mais, parmi ces moyens-là, sur lesquels aimeriez-vous attirer notre
attention? Souvent, souvent, ça fait
partie des conversations que le manque de
qualité du français parlé et écrit. Et là la
question est extrêmement vaste, en partant de nos élèves sur les bancs d'école
jusqu'à... en passant par nos animateurs, parfois, à la radio et tous les intervenants et également dans notre vie
professionnelle. Alors, j'aimerais vous entendre là-dessus, s'il vous
plaît, M. Paillé.
Paillé (Michel) :
Oui, sur la question, là, de... On parle plus, de nos jours, de la maîtrise du
français que de la qualité. Les linguistes, terminologues insistent là-dessus. Et, d'ailleurs,
je vous ferai remarquer, les chiffres que j'ai donnés, là, sur le nombre de classes qu'il faudrait créer
à chaque semaine ou à chaque quinzaine, ça, c'est appliqué uniquement à
ceux qui déclarent ne pas connaître le français en arrivant ici.
Mais on sait que, pour
les professionnels, pour exercer une profession, ça prend une qualité de
français écrit beaucoup plus poussée. Et ça, il faudrait pousser plus loin les
cours en milieu de travail qu'il faudrait donner à ces gens-là. C'est un fait
qu'il y a un problème là, et qu'il faudrait investir davantage.
Mais, malheureusement,
c'est quelque chose d'assez flou parce qu'on... dans les statistiques, on voit
quelle personne n'a pas été évaluée, ne sachant pas parler français en
arrivant. Mais, parmi ceux qui connaissent le français, il n'y a pas d'échelle, on ne peut pas faire ça. Ce n'est pas possible d'établir
une échelle, même si, dans la grille de sélection, il y a un nombre de
points qui est alloué, hein. Je ne sais pas si c'est 17 ou 19 points maintenant
que c'est rendu.
temps que j'étais au conseil, j'avais demandé des données pour pouvoir analyser
cette échelle-là, mais on m'a imposé tellement de règles à suivre que j'ai
laissé tomber parce que je perdais... mon employeur perdait le contrôle
sur l'étude en question. Alors, c'est
dommage. Et personne... À ma connaissance, personne n'a analysé au moins les
ressources qu'on a dans nos statistiques pour tenter de déterminer une échelle
quelconque du degré de connaissance du français.
M. Tanguay : Tout à fait. Et effectivement je ne sais pas si vous avez
des études en particulier à nous recommander, mais je pense qu'une dernière
étude que j'avais regardée sur Statistique Canada, ou à laquelle participait Statistique Canada sur la littératie,
où la difficulté pour un adulte… Et les proportions sont assez, je vous
dirais, préoccupantes, et on ne parle pas d'une personne qui n'est pas capable
de lire un court
article de journal. Mais lire et comprendre sont souvent deux
choses. Et, lorsqu'on parle entre autres d'une posologie, être capable de
reconnaître, dans un paragraphe de 80 mots, à quelle fréquence doit-on
administrer le médicament, pour une bonne
partie de la population, c'est un
défi, ce n'est pas évident. Et, lorsqu'on parle de littératie, je crois qu'il s'agit
là également d'une préoccupation. Et,
là-dessus, je ne sais pas si vous avez une réflexion particulière, des études
auxquelles vous aimeriez nous référer.
Et ça, évidemment, on touche les gens qui sont nés au Canada mais également les
nouveaux arrivants également, là.
La Présidente (Mme
Richard, Duplessis) : M. Paillé.
Paillé (Michel) :
Oui, c'est un fait. On parlait d'un analphabétisme fonctionnel; les gens savent
lire et ils savent parler, mais ils ne
comprennent pas nécessairement le discours qui est rattaché à ça.
Moi,
je viens d'une famille où les gens, mes oncles, mes tantes, mes parents n'avaient
pas d'instruction; quelques-uns avaient un
métier, et, grâce à la Révolution tranquille, et tout ça, on a évolué. Mais
cependant je remarque que ce n'est pas tout
le monde qui a suivi et qu'il y a encore des milieux... des difficultés très,
très grandes. Moi, mon père était en affaires, et, quand il avait une
lettre à écrire, il me la faisait corriger parce que... Il m'arrivait avec
quelque chose de trois pages, je résumais ça
en trois paragraphes, puis tout était là. Alors, c'est le problème de la
littératie; effectivement, il y a des gens qui ont un niveau très bas.
s'est aperçu d'ailleurs, avec le temps, dans l'immigration, que, par exemple,
la loi 101 originelle ne s'adressait qu'à des enfants. Mais on s'est aperçu par après,
avec les années 80, 90, qu'il y avait beaucoup d'adultes, 18, 19, 20
ans, qui arrivaient et qui n'avaient pas terminé leurs études secondaires, et
qui, eux, étaient libres de choisir leur langue d'enseignement parce qu'ils
sont arrivés adultes. Alors, c'était un des problèmes, on n'avait pas prévu
que, venus de l'étranger, il y aurait des gens, des adultes qui n'avaient pas
terminé leurs études secondaires et... Mais on n'a pas résolu ce problème-là
encore, on le traîne toujours finalement.
Présidente (Mme Richard, Duplessis) : Merci. Malheureusement, c'est tout le temps qui était
disposé pour l'opposition
officielle. Nous allons maintenant vers le deuxième groupe d'opposition, et je
reconnais Mme la députée de Montarville,
qui est porte-parole pour le deuxième groupe d'opposition en matière de
culture, de communication, de la Charte
de la langue française et de l'éducation. Vous disposez d'un temps, Mme la
députée, de 3 min 20 s. La parole est à vous.
Mme Roy
(Montarville) : Merci beaucoup, Mme
la Présidente. Bon début de semaine tout le monde. M. Paillé, merci, merci beaucoup pour votre mémoire. C'est un
plaisir de voir et d'entendre ce que vous nous dites avec votre regard de démographe, et je trouve que c'est
d'une logique pratiquement implacable. Vous nous dites, et j'ai
cité : Accueillir dans notre capacité d'investir nos nouveaux immigrants…
Et ça, c'est quelque chose qui nous rejoint, nous
sommes tout à fait d'accord avec vous. Vous dites qu'il faut augmenter les
investissements en francisation des immigrants, nous pensons tout comme
vous que c'est là que tout commence. Et vous nous écrivez — et ma question arrive : «Ensuite, l'immigration
internationale a fait l'objet d'une forte augmentation ces dernières décennies
sans un véritable débat de société.» Alors, j'aimerais vous entendre là-dessus
pour le temps qu'il reste : Que suggérez-vous, à quoi pensez-vous toujours avec cette citation que vous nous avez faite
à l'effet qu'il faille accueillir nos nouveaux arrivants dans notre
capacité d'investir? Alors, comment pourrait-on y arriver, selon vous?
M. Paillé (Michel) : Bon. Pour donner une image, là, de
notre passé récent, si on prend globalement les
années 70 et 80, donc une période de 20 ans, deux décennies, on avait, en
moyenne, par année, 22 400 immigrants. Et, avec les années 90, sans
débat — il n'y a pas eu de débat
dans les années 90 — on a augmenté l'immigration
de 57 %, pour atteindre 35 600.
Durant les années 2000, on a augmenté à près de 42 000 par année, pour une
augmentation, toujours par rapport aux années 70 et 80, là, globale de
87 %. Et là, si on maintient 50 000 par année pendant toute la
décennie 2010, on aura augmenté, en trois
décennies, de 123 % le nombre de nos immigrants qu'on reçoit, en moyenne,
par année.
C'est
beaucoup, et surtout qu'on a parlé d'étendre nos immigrants à travers toutes
les régions. Sauf que Montréal demeure toujours le lieu... Moi, j'ai fait des
calculs en gardant uniquement 65 % des immigrants dans l'île de
Montréal. On est loin de ça encore, c'est
toujours plus que ça. Ça déborde à Laval, ça déborde un peu sur la Rive-Sud.
Évidemment, il en vient plus à Québec. J'en
remarque à Sherbrooke, à Gatineau. Mais c'est parce que le nombre a augmenté,
ce n'est pas parce que vraiment ils s'étalent plus.
Il y a également, dans
tout ça, ce que Raymond Breton, un éminent professeur de sociologie à l'Université
de Toronto, qui est un Fransaskois… qui a démontré l'effet domino de l'immigration.
C'est que, dans toute grande société d'accueil,
c'est normal que, dans une grande ville, la population... les jeunes
générations s'étalent en banlieue. Il se fait un étalement urbain. Mais
l'immigration, quand elle est trop fortement concentrée dans un centre urbain,
elle a un effet domino, elle pousse
davantage vers les banlieues. Alors, vouloir retenir un bassin de population
francophone à Montréal tout en accueillant autant d'immigrants à
Montréal...
vous signale, en passant, que, depuis l'an 2000, on accueille à Montréal
beaucoup plus d'immigrants qu'on compte de
naissances dans l'île de...
Présidente (Mme Richard, Duplessis) : Merci beaucoup, M. Paillé. Ce fut fort intéressant. Malheureusement, le
temps qu'on disposait pour votre intervention est maintenant terminé.
J'invite
maintenant M. Irwin Rapoport à prendre place,
et nous allons suspendre quelques instants. Merci.
(Suspension de la séance à
10 h 43)
La Présidente (Mme
Richard, Duplessis) : À l'ordre, s'il
vous plaît! Nous allons reprendre nos travaux. Bonjour, M. Rapoport. Nous allons vous demander de vous présenter, et
vous allez disposer d'un temps de 10 minutes. Par la suite, suivra un
échange avec les différents groupes parlementaires. Donc, la parole est à vous.
M. Rapoport
(Irwin) : OK. Good morning and thank you for hearing me. I
hope this discussion leads to a common solution.
Bill
14 will pass with CAQ help, a party that will soon join the PQ and give them a
majority. So the only way to stop Bill 14 is for all 1,7 million
non-Québécois to demand that Ottawa disallow Bill 14 which... and this… as it's
created, to protect our community from the tyranny of the French Canadian
majority.
only here because you, the Québécois, are trying to pass another language law.
When I say "the
Québécois", I mean people who are white, catholic and a French-Canadian
descent. It's clear that 99 % of French Canadians in Québec support language laws and nationalist
policies and they give their consent by their votes for the PQ,
Liberals, CAQ and Québec solidaire. It's
also clear that 99 % of the non-Québécois people support and consent to
the language laws via their votes for the Liberals and CAQ. In the last
election, Robert Libman, William Johnson publicly endorsed the CAQ. And many leaders from the, quote, anglo
community supported the Liberals as well. The Gazette, CBC,
CJAD , all editorially support Bill 101
and language laws and their impact on our community, which is negative. Hence
Jack Jedwab, a good friend, an
apologist for Bill 101 and Québec nationalism can say what he does and Julius
Gray, a major supporter of Bill 101 who says that it should not be
touched, agree with new liberal leader, Pierre... Philippe Couillard in that it's
balanced and necessary.
since the English community is full of, I would say, quislings to support the
language laws, and the community
votes for them repeatedly, and you will not repeal Bill 101 or any language law
which has become the third rail of Québec
politics, there's only one solution : the creation of a language law free
zone that would extend from the Ontario border to the mostly Eastern Townships, western Laurentians, two-thirds
of Montréal, half of Laval and a fair amount of the North Shore and the
South Shore. Thus we would be left alone and free of language laws and your
tyranny. You would benefit because
businesses and people would come back to the Greater Montréal region and you
could collect taxes from an improved economy and the creation of new
jobs. People and businesses would feel comfortable to return and invest in this
province. Your zone would be more French, your schools would be full of people
wanting to learn French and the quality of French instruction would improve.
You can be as racist and xenophobic as you desire. And I'm not the only one saying that about language laws in their fact and
their intent. So, for us, we are left alone in peace. Our community will start to rebound and attain its old
numbers, we will grow yet again, our school... our public schools...
will grow again, within a few years reach the 250 000 mark that it had in
1973-1974. Our various community institutions will
be secured, be they hospitals, public service groups, churches, synagogues,
associations, etc. The benefits for all are a de facto end to language politics division and a need for a, quote,
social or language peace. The Québécois would have their own area and that would
be 97 % French or more. The two groups would be separated by a virtual law
and no longer feel the need to worry about nationalism, upsetting each
other.
Some history. The original
plan for Confederation was to divide the province of Canada into three parts: Ontario, Québec and central Canada, from
Kingston to Montréal. This was proposed by John Sandfield Macdonald, the first premier of Ontario. If this had been adopted,
there'd be no need for Bill 101 and Bill 14 because we wouldn't be
worried about it, you wouldn't be worried about it, we would be left alone.
Christopher Duncan, an English MP from Eastern Townships, along with three other MPs, voted against Confederation
because he rightly predicted that the tyranny… the French Canadian majority would pass legislation
against our community and institutions. This allowance was supposed to protect us from bills 22, 101, and 178, and 14.
Neither Trudeau nor Mulroney used it and most likely Harper will not
defend us either. So basically Bill 14 will go ahead.
We do not need the PQ and
CAQ to hate and despise our community as Liberals and their Bourassa, Charest and Couillard
do an excellent job of it. Already by their support for 101, 178 and bills 103
and 104… had stolen an additional 500 hundreds students per year from
our schools. The Liberals see Bill 101 as necessary and balanced. They've never
repealed existing language laws and only strengthened them to demonstrate their
nationalist credentials. Thus the English
community is definitely guilty of supporting its own demise, although it has
been abandoned by Ottawa, the Liberal Party and its own leaders. And
they agree to language laws and nationalist policies. Sadly, it's divided, weak
and ineffectual, and many will vote Liberal
rather than stand up for their rights. And basically the community will
only get its rights and freedoms back if we stand up and fight back
appropriately and effectively.
So, in conclusion, let's
agree to live together in peace and harmony. Give us our language law free zone
and you will still collect our
taxes, enjoy economic growth and free us from the tyranny of the
French-Canadian majority. Your supporters include the Victor Goldblooms, Est-ce que ce pourrait être Will (William) Tetley? -
guylaineBill Tapleys, Julius Greys, Alex Patersons, Anne Lagacé-Dowsons,
Yolande James's, Kathleen Weils, Geoff Kelleys,
Lawrence Bergmans and many others. You can have them, it's no loss to
our community. They support laws which are creating our demise.
97% of the MNAs who vote
in favor of language laws are, alas, French Canadian, and you also bring them in, so it is
clearly your program. You're attacking our community. You support the notion of
collective rights and legislation to protect and promote the French
language by violating individual rights and freedoms and believe that it's the
duty of all Quebeckers to protect and
promote the French language and culture. And so free us from that and free
yourselves from us, and all will be better off.
You do not need to act like the people of
France when they persecuted the Huguenots in the 17th century or other von Bismarck's government, in the 1870s,
when he persecuted the German catholic community and attacked his own.
The Huguenots were driven away from France, France ceased to industrialize — when
it should have — it suffered grievous disasters and warfare.
And, you know, you're
driving our community out of Québec. It's very sad. My family's been here since 1905. I'm fifth generation. I love this
province, the people are great, except, when it comes to language, something
goes very wrong.
So, I'd like to thank you
for the time you've given me to present and I definitely look forward to your questions, unless I have a minute or two to
still speak.
La Présidente (Mme Richard,
Duplessis) :
Merci beaucoup. Nous allons débuter les échanges, et je vais maintenant du côté du gouvernement. Mme la ministre, la
parole est à vous.
De Courcy : Alors, merci, monsieur,
de vous être présenté à cette commission parlementaire. Je salue toujours le
fait que des citoyens décident de venir nous parler de leurs préoccupations.
Nous n'aurons pas d'autre commentaire. Je vous remercie.
Présidente (Mme Richard, Duplessis) :
Allez-y, monsieur, oui.
M. Rapoport (Irwin) : But, you know, it's really
important. Our community has been here since the 1700s. We love Québec, we've helped build this province. If we're
equal citizens, then why is it that you need language laws? If we're all
Québécois, why do you have access to English schools provisions that are based
on how you determined someone to be white in South Africa under apartheid and
how you determined who was a Jew during the Nazi era? It was based on who your parents were and a blood
test. If we're all citizens and we're all equal, there is no need for
people to be denied access to a publicly
funded institution that everyone pays for. Why is it... And please explain to
me that: Why people should not be allowed to attend English public
schools if that's the wishes of their parents?
And the Minister of Justice in Québec, under
the PQ, said: We believe in freedom of choice when it comes to marriage and
whether one wants to live... or whether one wants... two people who just live
together without being married, or have a
marriage. So if you believe in freedom of choice for couples to live together
without being married how come you
cannot agree to allowing parents, be they French Canadian, be they English, be
they immigrant, because the law is
not... access to English schools is not based on your language, it's based on
who your parents are. So why can't people be free to choose? I'd like to
know... I think myself and many others in the community would like to know
that.
La Présidente (Mme Richard,
Duplessis) :
Merci. Nous allons maintenant du côté de l'opposition officielle. M. le député de LaFontaine, vous avez la parole.
M. Tanguay : Merci beaucoup, Mme la Présidente. First of all, Mr. Rapoport,
thank you very much for your time,
for having taken the time to draft your brief and to presented it to us this
morning. I think on many issues we're not sharing the same approach, the same
analysis. But, that being said, I think that it's important to hear all the
voices, obviously, it's about democracy, it's about this process and it's
important to see what are the differences and where everyone stand.
That being said, vous me permettrez,
M. Rapoport, de réaffirmer le fait que la loi n° 101 est une loi importante qui, au fil
des années, a su maturer, au fil des années, nous a permis d'atteindre nos
objectifs, je crois, collectifs, qui étaient l'épanouissement du français, et, en ce sens-là, la loi n° 101 nous
permet aujourd'hui d'avoir un équilibre, ce que nous appelons un
équilibre linguistique. Et, dans la mesure où nous ne sommes pas dans l'état de
nature, dans la mesure où Rousseau nous a enseigné qu'il était important d'avoir
des lois qui balisent de façon raisonnable et équilibrée le comportement de tout un chacun, sans être trop
philosophique — mais c'est peut-être vos
commentaires sur les Huguenots et Bismarck qui
m'auront inspiré Rousseau — je
crois qu'il est important de reconnaître cet objectif collectif là qui est important et également de faire en sorte que l'on
puisse atteindre cet objectif-là, mais en respectant toujours un
équilibre entre, d'une part, l'objectif
collectif d'épanouissement du français et, d'autre part, le respect des
libertés individuelles, ou — je devrais le dire
plus précisément — le fait de ne pas
trop empiéter dans les libertés individuelles, de manière raisonnée et équilibrée. Alors, c'était le
commentaire que m'inspirait votre présentation et votre mémoire. Merci
beaucoup.
Rapoport (Irwin) : ...respond.
Présidente (Mme Richard, Duplessis) :
M. Rapoport (Irwin) : But if you don't want us
and you feel the need that our presence is a threat to you, what is wrong with giving us a zone where there
are no language laws? We would flourish, you get the tax dollars, we're left alone, you don't have to oppress us, you don't
have to look bad in the rest of the country, in the rest of the world, and
you have your area which is primarily French
Canadian. I don't understand why you feel the need to attack us. Jean-François
Lisée recently spoke and said that he wants English speaking Quebeckers and
non-Québécois to feel like they want to be
in. We actually are in, we've been here for a long time. We just want to be
left alone and treated equally. But can you please explain why we can't have our particular area where we'll be
free to flourish and just enjoy individual rights? Cause you said you believe in individual rights
but you don't because you're using a law to tell people that they cannot
access publicly funded institutions for the education of their children.
La Présidente
(Mme Richard, Duplessis) : Merci, M.
Rapoport. Oui, allez-y, M. le député.
M. Tanguay : …commentaires, Mme la Présidente.
Alors, là-dessus, je vous remercie beaucoup, M.
Rapoport, et, sans vouloir me répéter, c'est
en termes d'équilibre qu'il faut aborder, je crois, la question. Alors, je vous
remercie, ça complète, et je vais laisser ma collègue vous poser des questions.
Merci beaucoup.
Présidente (Mme Richard, Duplessis) :
Merci. Nous allons maintenant du côté du deuxième groupe d'opposition. Mme la
députée de Montarville, vous avez la parole.
Roy (Montarville) : Merci beaucoup,
Mme la Présidente. Merci, monsieur, merci pour votre mémoire, que j'ai lu, que je trouve audacieux, il y a des
choses surprenantes là-dedans, votre zone «free law»… Mais j'aimerais savoir comment, selon vous... puisque, pour nous,
il faut protéger la langue française, mais il faut aussi protéger la
minorité anglophone, alors comment faire, selon vous, pour protéger la langue
française dans ce Québec, où il y a davantage d'immigration et où il faut
toujours, toujours faire en sorte, s'appliquer... pour faire en sorte que la
langue française justement puisse survivre
dans cette marée anglophone qui est autour de nous? Comment faire pour protéger
la langue française puisque, tout au tour de vous, c'est une marée
anglophone? Alors, vous ne perdrez pas votre anglais, mais, nous, comment faire
pour nous protéger?
M. Rapoport (Irwin) : I don't buy that argument
that you're in a sea of English; the Dutch are in a sea of many languages in Europe, they still speak
Dutch, the Swedes still speak Swedish. Why should immigrants be forced to join your community? I don't understand that. They're
coming to Canada. But more importantly is there any reason why the French Canadian population is not having as many
children as it used to in the past? Why would you want people to join your community against their will when you can
bring people in who do want to join your community? I mean my father
spoke Yiddish, my grandparents spoke Yiddish, I do not, my father did not teach
it to us, it's our loss. It was done via the family without any government
interference.
You have an opportunity to
improve the French language, to make sure that it has a future. But, the actual fact, it's not really threatened, and the only
languages threatened in Québec are the First Nations languages. But this
argument that you're in a sea of English… OK, let's say I buy that. Give us our
area, which is southwest Québec, and you have the rest of the province. We won't
have to speak to each other except at work or in... We're not...
Well, I don't like language laws, I don't
like... I believe in a primacy of individual rights protecting all. I've got a
feeling you believe in collective rights and imposing a desire and a need to
protect and strengthen the French language on everyone. In the English-speaking world, that's not the way
we do things. We fought very hard and very long for individual rights and freedoms in the 17th century. That's the basis
of western democracy. And the fight for that was key which means that the rights we have in Québec, aside from language
laws, are very important. Habeas corpus goes back to the Magna Carta in
1215. And I would say that the right of the individual to be protected from a
state is far stronger in the British
tradition than in the French tradition where, until recently, you were presumed
guilty and had to prove yourself innocent,
whereas in the English
tradition, you're innocent until proven guilty. And our rights and freedoms go
back to 1215 and the Magna Carta...
La Présidente
(Mme Richard, Duplessis) : Merci
beaucoup.
Rapoport (Irwin) : OK.
La Présidente (Mme Richard, Duplessis) : Merci beaucoup, M. Rapoport. C'est
maintenant tout le temps qui nous était
alloué.
Maintenant,
nous devons suspendre nos travaux jusqu'après les affaires courantes. Donc, bon
après-midi à tous et à toutes.
(Suspension
de la séance à 11 h 3)
Présidente (Mme Vien) : Bon
après-midi, mesdames messieurs, et bienvenue pour les auditions de cette commission parlementaire qui porte sur le projet
de loi n° 14, Loi modifiant la Charte de la langue française, la
Charte des droits et libertés de la personne et d'autres dispositions
législatives.
Alors,
nous sommes prêts maintenant à entendre notre groupe prévu pour cet après-midi,
il s'agit du Conseil canadien du commerce de
détail. Bonjour et bienvenue. Alors, vous aurez 10 minutes pour présenter l'essentiel
de votre mémoire, après quoi suivront des discussions entre vous et les
parlementaires ici présents. Alors, on vous écoute.
Mme St-Pierre (Nathalie) : Parfait. Merci. Alors, Mme la
Présidente, Mme la ministre, Mmes, MM. membres
de la commission. Alors, mon nom est
Nathalie St-Pierre, je suis vice-présidente pour le Québec du Conseil canadien
du commerce de détail et je suis accompagnée
aujourd'hui de M. Jean-Guy Côté, directeur de relations
gouvernementales et affaires publiques.
Alors, j'aimerais d'abord vous remercier de
nous donner l'opportunité de présenter nos positions dans le cadre de ce projet de loi. Comme vous le savez, le Conseil
canadien du commerce de détail représente et défend les intérêts évidemment du commerce de détail partout à travers
le Canada pour quelques 45 000 établissements qui sont situés à
travers le Canada et dont le plus du quart sont situés ici au Québec. On
regroupe tous types de commerce : grands magasins, nationaux, régionaux,
aussi des indépendants, librairies, commerçants en ligne. Nous sommes également
la voix des représentants... de la distribution et du détail en alimentation du
Québec.
L'activité économique du commerce de détail,
c'est 20 milliards de dollars au Québec, 6,5 % du produit intérieur brut. L'industrie
a généré près de 1,5 milliard de dollars en investissements en 2011. Et,
vous le savez, le commerce de détail
emploie près d'un demi-million de Québécois et de Québécoises, dont quelques
120 000 dans l'industrie alimentaire seulement.
D'entrée
de jeu, je tiens à vous souligner que nos membres appuient le gouvernement dans
ses efforts pour défendre et promouvoir le
français. Pour un commerçant, c'est une question de respect de sa clientèle et
de prospérité en affaires. Nos membres ont donc tout un intérêt à servir
leurs clients en français partout au Québec. Ils s'efforcent aussi de les
servir dans d'autres langues quand c'est pertinent, par exemple, dans certains
quartiers ou dans des zones touristiques évidemment. Mais l'importance de
satisfaire la clientèle est au coeur du métier d'un commerçant.
Afin
de bien comprendre notre secteur en termes de main-d'oeuvre, quelques mots sur
sa composition. Évidemment, le secteur du
commerce de détail est de plus en plus multiculturel. De 9 % à 23 % des
personnes qui y travaillent proviennent des communautés, et ce,
certainement beaucoup des nouveaux arrivants également. La main-d'oeuvre est majoritairement féminine, à
58 %, et composée beaucoup de jeunes entre 15 et 24 ans. Près du
tiers de la main-d'oeuvre qui est à temps
partiel… et donc, comme vous pouvez le voir, ça pose des défis, et le secteur
expérimente en ce moment des difficultés à
recruter du personnel. 26 % des entreprises trouvent ça difficile de
trouver des personnes pour travailler
dans le commerce de détail. La clientèle est changeante et c'est souvent une
porte d'entrée évidemment pour des personnes d'entrer dans le commerce
de détail, éventuellement de transférer dans d'autres secteurs d'activité.
Les entreprises dans le commerce de détail
sont 96 % des entreprises qui ont peu moins de 50 employés. 72 % comptent moins de 10 employés, dans le commerce
de détail, et seulement 52 % des magasins ont un service de ressources
humaines. Alors, je pense que ça met un peu la table.
Évidemment, on ne veut pas faire un débat de
chiffres, ce qu'on souhaite présenter ce matin, c'est trois éléments... cet après-midi, pardon, trois éléments qui, d'après
nous, méritent l'attention de la commission. Et pour atteindre les objectifs…
Donc, l'accompagnent des entreprises, la transparence dans les règles d'application
et d'interprétation et la réglementation.
Alors, en matière d'accompagnement, à notre avis, on pense
que le nœud, c'est évidemment... dans le projet
de loi, c'est l'article ou les articles qui
font en sorte qu'on retire certains privilèges ou certaines pratiques qui se
sont instaurées plutôt… d'accompagner
les entreprises. On remet en principe cet accompagnement-là, par exemple, en
retirant la question de mise en
demeure préalable au dépôt d'une plainte. On pense aussi que l'octroi d'un
pouvoir, comme celui de saisir immédiatement des items pour pouvoir
constater les infractions, pose aussi un problème et lance un signal qui, à notre avis, est assez problématique. Évidemment,
ces mesures aussi ajoutent un fardeau excessif pour les petites
entreprises, qui sont plutôt contraignantes que des mesures d'accompagnement,
et on souhaite qu'on révise et puisse adopter des pratiques qui seraient plus facilitantes pour les entreprises. On a
proposé d'ailleurs, dans notre mémoire — je
pense que vous l'avez constaté — soit des suggestions de guides, d'infolettres ou de
moyens pour pallier à ça.
Évidemment,
ce qu'on souhaite au niveau des mesures qui touchent les règles d'application
et d'interprétation, je pense, qui, pour nous, étaient le coeur de notre
présentation de notre mémoire, on a constaté, au fil des ans, qu'il y
avait quand même beaucoup d'arbitraire dans l'interprétation. Et je pense que,
Mme la ministre, on a été très satisfaits d'entendre
qu'il y avait une révision du fonctionnement, une modernisation de l'office
et... incluant les règlements, et évidemment
on souhaite vous offrir toute notre collaboration à cet effet. Et,
effectivement, pour nos membres, il avait été souvent difficile de savoir à quoi réellement s'attendre, soit pour l'obtention
du certificat de francisation pour la gestion d'une plainte. Avoir en main toute l'information pertinente et
accessible et aussi disponible en anglais serait essentiel, à notre avis. Nous avons donné, par exemple, l'exemple
de la commission des droits de la personne et de la jeunesse, qui offre
de tels documents, qui les rend publiques, qui explique ses processus d'enquête,
de plainte, et on pense que ces éléments-là seraient intéressants, qu'on puisse
les retrouver au niveau de l'office et pour faciliter l'application. Alors, on souhaite donc travailler à réduire le degré de
subjectivité et on pense qu'à ce stade-ci il y a des choses qui
pourraient être améliorées dans le projet de loi qui est déposé.
On pense qu'il n'est
pas nécessaire d'imposer des évaluations de besoins linguistiques dans les
entreprises de moins de 50 employés puisqu'en
général, évidemment, avant d'embaucher, vous faites déjà le tour de la question
pour pouvoir embaucher les bonnes personnes. On pense qu'il faut aussi retirer
l'obligation qui est faite aux entreprises d'adopter des mesures de
francisation dans la mesure où, pour les petites entreprises, ça reste du rôle
de la société en général et de l'État de franciser et non pas à l'entreprise,
au commerce de détail, au détaillant de le faire.
Évidemment,
on se questionne, et, je pense qu'on l'a souligné dans notre présentation, sur
quelle base on jugera qu'est-ce qu'est le français... qu'est-ce qu'un bon français dans le
commerce de détail. Donc, si vous vous présentez dans un commerce et que
quelqu'un vous dit : Bien, écoutez, on pense que ce n'est pas... vous ne
parlez pas le bon français, sur quelle base
l'office pourrait juger? Donc, on trouve que les dispositions à cet effet ne
sont pas nécessairement claires et, compte tenu qu'on l'a vu
dernièrement, que l'interprétation peut parfois amener certaines
problématiques, on souhaite que ces dispositions-là soient évidemment
éclaircies.
Enfin,
le dernier point, c'était au sujet de la réglementation à venir. Donc, on
constate effectivement que le projet de loi laisse beaucoup de place à la
réglementation qui sera développée au suivi de l'adoption. Et, compte tenu en
plus de la modernisation qui doit se faire, il va sans dire que, de notre côté,
nous souhaitons que chaque règlement qui sera développé
puisse faire l'objet de discussions et de consultations préalables, notamment
avec l'industrie. Et évidemment à ce moment-là
on pourrait s'assurer de donner soit des... de mettre en place de la
réglementation qui est efficace et qui n'alourdit pas le fardeau des
entreprises.
Alors, bien que le
conseil et ses membres renouvellent leur appui au gouvernement dans ses
démarches pour protéger et promouvoir la
langue française, nous aurions souhaité que ces objectifs soient appuyés par un
encadrement qui est pratique et équitable,
et, dans ce sens, il nous apparaît que certains aspects du projet de
loi n° 14 dans sa version actuelle demeurent imparfaits et
doivent être retirés ou révisés pour les raisons suivantes.
augmente la charge administrative sans clarifier les problématiques existantes
ou améliorer les pratiques, ce qui pourrait avoir un impact négatif sur les
ventes au détail au Québec. Quand on parle d'ajouter 23 millions, c'est
quand même… dans une période où, l'économie étant ce qu'elle est, il faut faire
attention d'ajouter des coûts pour toutes les entreprises.
Plusieurs des
dispositions peuvent notamment résulter à des mesures pénales, qui... et il y a
plusieurs des dispositions qui manquent
aussi de précision et qui laissent trop de latitude soit à l'office, soit à la
réglementation à venir.
Comme
on l'a mentionné au départ, il remet en question le principe d'accompagnement
des entreprises mis de l'avant depuis des
décennies et le remplace par des mesures coercitives comme un pouvoir de saisie
et l'abolition de la mise en demeure au
préalable avant le dépôt d'une poursuite pénale, qui, à notre avis, était un
élément quand même intéressant qui permettait de travailler avec les
entreprises.
Enfin,
le projet de loi ne propose malheureusement pas d'amélioration pour les lacunes
que nous avons observées dans l'application. Et, à notre avis, ajouter
des millions de dollars en frais pour les entreprises dans un contexte où
les détaillants québécois subissent déjà une très forte concurrence, de la part
des États-Unis notamment, du commerce en
ligne et que, dans les régions frontalières, avec les augmentations de tarifs
qui permettent aux gens d'aller magasiner à l'extérieur du Québec,
évidemment, ça met beaucoup de pression. Et il faut donc s'assurer de ne pas
réduire la marge de manoeuvre d'un secteur, quand même, économique important et
surtout si on considère qu'à la demande de leur clientèle et par respect pour
elle les détaillants font les efforts nécessaires pour se conformer à la
charte, travailler et servir leur clientèle en français. Merci.
La Présidente (Mme
Richard, Duplessis) : Merci à Mme
St-Pierre. Nous allons débuter les échanges, et je reconnais maintenant Mme la ministre responsable de la Charte de la
langue française. Mme la ministre, la parole est à vous.
Mme De Courcy : Alors, bonjour, Mme St-Pierre,
monsieur. D'abord, merci beaucoup d'avoir pris la peine de faire un travail
aussi fouillé, précis et très aidant pour la commission parlementaire, mais
surtout pour la bonification du projet de loi. Je rappelle que c'est un
projet de loi, donc, dans ce contexte, je vois toute l'attention que vous y
avez mise et je trouve très intéressantes
plusieurs, plusieurs des propositions que vous avez mises de l'avant, qui vont
dans le sens de précisions, qui vont dans le sens aussi de ce projet de loi là,
auquel, manifestement, à mon avis, vous souscrivez à l'intention des
législateurs ou du législateur qui est derrière ce règlement... ce projet de
loi.
Alors, je vais vous demander un certain
nombre de clarifications, par ailleurs, sur des choses que vous voudriez voir précisées.
La première sera sans doute la question de la mise en demeure. L'intention
derrière ce qui était mis de l'avant lors de l'écriture du projet de loi, c'était à partir des chiffres que nous
avions, qui étaient quand même assez éloquents. On va les retrouver, là,
pour me l'indiquer, que je vous les donne. On constatait un certain nombre de
choses et on a voulu, d'une certaine façon, simplifier — simplifier — et non pas provoquer
la réaction que vous mettez de l'avant.
Alors, on se disait que, s'il fallait
attendre une mise en demeure pour bien se comprendre, c'est que le mécanisme probablement
d'enquête… auparavant, les étapes n'étaient pas suffisamment claires,
manifestement. Et, dans le processus papier que nous avions eu, bien, on
pouvait considérer en effet que c'était une étape à sauter.
Maintenant, on sait... les dernières semaines
nous ont indiqué que ce processus-là méritait d'être regardé à nouveau. Et j'aimerais
comprendre, quand on est dans des étapes d'accompagnement, de discussion, etc.,
ce que vous souhaitez et ce qui est prévu dans le processus actuel, et,
comme je l'ai annoncé dans la modernisation, qui sera résolument dans ce contexte-là... Oui, je vais vous donner la
statistique. En 2010‑2011, il y a 97,6 % des dossiers qui ont été réglés
sans qu'il y ait envoi d'une mise en
demeure. C'est donc dire que, dans la majorité des cas, l'office convient avec
l'entreprise d'un correctif approprié
et c'est pour ça que cette étape-là, elle jugeait que, franchement, tu sais, ce
n'était pas utile d'avoir cette mise en demeure par la suite.
Comment concilier une approche comme celle-là
en se disant... Bon, on parle, là, de 96 %, 97 % pour faire un chiffre rond.
Comment concilier cela avec le fait qu'il reste peut-être, dans certains cas,
un 3 %, 4 % qui, manifestement, après la mise en demeure, ne changera pas non plus son fusil d'épaule,
et ça devra être judiciarisé? Je vous demanderais de me répondre brièvement. J'ai d'autres questions à
éclaircir avec vous, mais ce sujet-là me préoccupe plus
particulièrement.
Mme St-Pierre (Nathalie) : Alors, à notre avis... et on comprend
davantage, là, ce qui était derrière ça, mais,
bon, ça visait à simplifier le travail de l'office
et non pas le travail, finalement, des entreprises, là. C'est sûr qu'il y a
toujours des récalcitrants puis il faut aller jusqu'au bout de la démarche. Et
on le voit bien, là, quand même, 97 %, 98 % près des gens collaborent.
Donc, pour le reste, est-ce que c'est
nécessaire de retirer? C'est que le signal et la perception que ça donne dans l'industrie actuellement de retirer ça, c'est comme
le dernier rempart. Et là c'est de dire : Bien, finalement, est-ce que ça ne sera pas même avant qu'on ait fini les
discussions, avant qu'on sente qu'il y ait un ultimatum ou qu'on est
rendus au bout de la démarche, et l'office
ne pourrait pas déposer directement, donc, au niveau des poursuites pénales?
Alors, c'est sûr que ça crée un malaise, compte tenu peut-être aussi des
pratiques qui n'étaient pas très claires, effectivement.
Donc, je pense que le noeud est là. Et, si,
pour les gens, on dit : Il y a quand même une démarche qui est claire, et on sait
jusqu'où va aller, à ce moment-là, je pense que la mise en demeure, s'il y en a
pour 4 %, bien, ce n'est pas si...
Mme De Courcy : Pas tellement nécessaire, c'est ça.
Bien, je vous avoue que je suis… Et je prends tout de suite la balle au bond
en vous disant que je suis très contente de savoir que vous êtes disposée à
travailler sur l'amélioration du processus d'enquête. Et ça, nous allons
vous relancer le plus rapidement possible parce que c'est important d'avoir
votre son de cloche à cet égard.
Vous, dans... J'ai dénombré, là, au moins un,
deux, trois, quatre, cinq, six, six bonifications
que vous mettez de l'avant. Vous avez évoqué beaucoup les outils ou les mandats que vous
souhaiteriez voir exercés par les comités sectoriels de main-d'oeuvre,
auxquels je crois beaucoup. Nous croyons beaucoup aux comités sectoriels de
main-d'oeuvre.
Alors, pouvez-vous, pour le bénéfice de l'ensemble
des parlementaires, juste me préciser quels outils vous souhaitez que les comités sectoriels de main-d'œuvre…
travaillent avec la collaboration, dans leurs champs qui sont donnés, qui leur
sont propres… Quels outils vous souhaitez que les entreprises obtiennent d'eux?
St-Pierre (Nathalie) : Alors, ce qu'on
a proposé, évidemment, à ce niveau-là, bien, d'abord, c'est dans la mesure où on considérait qu'ultimement il faut
réglementer ou légiférer dans ce domaine puisque c'est sûr qu'a priori
on souhaiterait davantage qu'il n'y ait pas d'imposition de procéder à des
diagnostics, des évaluations, etc., pour les entreprises de moins de 50.
Mais par ailleurs, bon, si c'était la
direction qui était choisie, effectivement, ce qu'on souhaite, c'est qu'il y ait des modèles qui soient développés, que ce soit dans l'ensemble,
là, de ce qui sera attendu, pour qu'on puisse faciliter le travail des petites
entreprises. Comme on l'a dit tout à l'heure, il y a quand même 52 % de
ces entreprises-là dans les commerces de
détail qui n'ont pas de département de ressources humaines, alors ils ne sont
pas aptes à faire ça, à faire ces outils-là,
à poser des diagnostics, alors c'est très difficile à ce moment-là pour eux d'évaluer
si l'emploi, quand on est soit caissière
dans un commerce ou qu'on est vendeuse sur un plancher ou vendeur, d'évaluer si
le poste doit être bilingue ou non.
Je veux dire, ce n'est pas très compliqué, là, mais, après ça, une fois que c'est
fait, ça devrait être fait pour longtemps, bon, mais les diagnostics qui
viennent… Donc, il y a beaucoup de choses qui pourraient être confiées, donc, à
ce niveau-là, au CSMO pour pouvoir aller de l'avant.
De Courcy : Je vais vous poser la
question directement parce que je trouve ça important qu'on le sache. Votre
commentaire et ce que j'ai pu lire à travers votre mémoire ne m'indiquent pas
que vous doutez de la confiance ou de la pertinence des
comités sectoriels de main-d'oeuvre pour conseiller les entreprises. Est-ce
que, ça, vous êtes d'accord avec cette affirmation-là?
St-Pierre (Nathalie) : Oui, oui, tout
à fait.
Mme De Courcy : Ah! Bien, je suis bien contente de
vous entendre parce que c'est un instrument
gouvernemental, mais c'est d'abord un instrument de l'industrie et de ses
partenaires, hein, qui fonctionne très bien.
Un peu plus tôt, vous parlez... vous posez la
question, posez la question : Existera-t-il un examen de base public pour la qualité ou la connaissance de la langue
officielle? Est-ce que je dois comprendre que c'est une demande, une question
qui a une réponse sous-entendue ou c'est simplement une boutade disant :
Allez-vous le faire? Je n'ai pas bien saisi votre intention dans...
St-Pierre (Nathalie) : Je dirais que
c'est de l'ordre plus, peut-être, effectivement, de la boutade envers l'office, qui est... Parce que, vous savez, c'est
éminemment complexe de... Les plaintes vont arriver. C'est ce qu'on dit.
C'est certain, on le sait. Et donc, si
quelqu'un se présente dans un commerce, il dit : Ah! Bien, moi, j'estime
que ce n'est pas un langage français — je ne sais pas, on
ne parle pas correctement — qui va évaluer ça?
Alors, qu'est-ce qu'on va faire? On va faire passer un test? Qui va faire ça? L'office?
Nous, à notre avis... on soulevait cette
question-là pour peut-être qu'on prenne conscience que par ailleurs on donne des droits et on
va dire... ou on va pouvoir faire une plainte à la Commission des droits de la
personne. Mais la personne, elle,
elle essaie de s'intégrer, là, dans le milieu du travail, d'apprendre le
français, puis, si les gens commencent à se plaindre que son français n'est pas adéquat puis qu'ils
font des plaintes à l'office, je pense que... on rate la cible, là, à notre
avis.
Donc, ce n'est pas qu'on souhaite qu'il y ait
un test, ou un examen, plutôt, pour les... Ce n'est pas ça du tout. On veut juste qu'on constate que l'office aura des
difficultés majeures d'appliquer une telle règle puis de permettre qu'il y ait
des plaintes pour évaluer le niveau de français de quelqu'un dans un
établissement.
Mme De Courcy : Bon. Je comprends le sens, là, de
votre intervention, le niveau de connaissance exigé aussi, bon, par rapport… sur les postes, etc. Mais on
comprend que, ça, le comité sectoriel de main-d'oeuvre pourrait en faire un bon
bout, là, en termes d'application.
C'est
sûr que, quand j'ai lu dans votre mémoire une phrase qui indiquait une
affirmation qui parlait de la connaissance
de l'anglais des personnes immigrantes... La connaissance de l'anglais des
personnes immigrantes faisait en sorte
que, bien, dans le commerce, il ne fallait pas s'étonner, là, que ce soit
largement utilisé. C'est sûr que ceci m'a bien indiqué que... une preuve par l'absurde, là, hein, une espèce de preuve
par l'absurde que le niveau de connaissance du français doit être maîtrisé et qu'à cet égard-là vous n'êtes pas en
désaccord avec le fait qu'il y ait une connaissance accrue du français,
mais que par ailleurs vous ne voulez pas que ça repose sur l'entrepreneur, la
responsabilité de franciser davantage. Est-ce que, ça, je vous traduis bien
quand je traduis ça?
Mme St-Pierre (Nathalie) : Tout à fait. Actuellement, dans
certains secteurs, il est très difficile de recruter déjà, mais il est
difficile aussi de recruter des gens qui parlent français. Et donc
effectivement on entrevoit, dans certains quartiers, dans certains
secteurs, qu'il y aura des difficultés à ce qu'il y ait, par exemple, quelqu'un
qui parle adéquatement le français — encore
là, je fais attention — mais en tout temps. Mais on
pense que, pour une petite entreprise, comme
je disais, qui a beaucoup d'employés à temps
partiel, beaucoup d'étudiants qui sont à l'école, qu'on ne peut pas mettre
en place des mesures de francisation comme
dans une entreprise ou dans un secteur où les gens sont permanents, à temps
plein, et pour lesquels... une entreprise pour laquelle ils vont travailler
pendant plusieurs années, ce qui n'est pas le cas dans le commerce de détail.
Mme De Courcy : Je vais citer la phrase qui est en
page 10 de votre mémoire, qui dit que, et c'est l'avant-dernier paragraphe, «étant donné qu'une large part des
immigrants ont déjà [eu] une connaissance de base de l'anglais à leur arrivée au Québec et puisque le secteur du
service à la clientèle leur permet d'entrer sur le marché du travail, il
est prévisible qu'une large part de cette
population se retrouve dans le commerce de détail de la grande région
métropolitaine». Vous avez tout à fait
raison dans cette affirmation-là, ce qui me conforte dans le fait de
dire : Bien là, il faut vraiment qu'on s'en occupe, qu'on s'en
occupe bien puis qu'on épaule tout à fait les entrepreneurs qui ont une large
part, hein, du marché, large part du marché du travail.
Je vais... Pour le bénéfice de l'ensemble des
membres de la commission parlementaire et pour vous aussi, pour vous aussi, j'ai voulu lever une ambiguïté autour de
la question de la francisation des entreprises de 26 à 49 employés en me posant des questions que, je dirais, que M. et
Mme Tout-le-monde peuvent se poser sur le fait d'ajouter de la
lourdeur administrative, etc. Je vais donc déposer officiellement ce
document-là à la commission pour que vous puissiez en prendre connaissance. Il s'agit d'un bloc de six questions, réponses, et
ça permet d'encercler la chose. Puis je vais demander à la commission de diffuser... donc déposer et
diffuser ceci, et à vous, bien sûr, et je demanderai qu'on le fasse à
chaque fois qu'on a des représentants des 26
à 49 employés. On a d'autres fédérations, là, qui vont venir, alors je vais
demander à ce que ça soit déposé à chaque fois.
trouve ça important que vous sachiez que l'intention est très claire. Les
bonifications que vous apportez, pour moi, sont très précises puis méritent d'être
regardées une par une, bien sûr, avec vous et avec tous les autres qui partagez ces interrogations dans votre secteur. J'ai
eu l'occasion de rencontrer la Fédération québécoise des entreprises de commerce du détail, et je vous avoue qu'un certain
nombre de propositions rejoignent aussi ce que vous mettez de l'avant.
Je voudrais juste
savoir le nombre de minutes qu'il me reste, si c'est possible.
La Présidente (Mme Richard, Duplessis) : Il vous reste quatre minutes exactement.
veux juste vous préciser, si vous me permettez, Mme la ministre, que j'accepte
le dépôt de votre document et qu'il sera diffusé.
De Courcy : Merci beaucoup, Mme la
Présidente. J'apprécie beaucoup.
J'aimerais, si vous le permettez, dans ce contexte-là,
parce que c'est revenu aussi lorsque j'ai rencontré l'autre fédération, je ne vous mets pas en compétition les
uns, les autres, là, ce n'est pas du tout mon intention, mais on m'a beaucoup parlé du registre des entreprises, comme
quoi c'était un élément que... Et vous la reprenez, cette question-là.
Parlez-moi de ça un peu : Le registre des entreprises, comment vous
voudriez qu'on l'utilise?
St-Pierre (Nathalie) : Alors, en
fait, le registre, c'est un acte qui est accompli annuellement par les entreprises et qui serait très facile d'utiliser
et d'y rajouter quelques lignes qui permettraient peut-être de satisfaire
aux besoins pour l'office, par exemple, de connaître qui est le responsable,
par exemple, des questions de la langue pour cette entreprise-là ou pour
justifier ou informer l'office qu'ils sont... qu'ils s'estiment conformes.
Donc, on pourrait fonctionner à partir d'une
autodéclaration, une autoévaluation. Et ce n'est que lorsqu'il y aurait une
plainte, par exemple, fondée, à ce
moment-là, qu'ils pourraient permettre à l'office d'aller voir, vérifier,
effectuer les vérifications, et d'identifier la personne responsable et
de pouvoir entrer en communication avec cette personne-là.
Donc,
le registre pourrait servir de point de départ, mais tout en étant facile et en
étant une obligation que les entreprises ont
déjà à remplir annuellement, ce qui fait qu'on n'ajoute pas de nouveau
formulaire. Et on n'ajoute pas non plus
à l'office de gérer des formulaires que ce n'est peut-être pas nécessaire de
faire puisqu'il y a déjà un registre central.
Mme De Courcy : D'accord. Et puis, un dernier
élément, j'aimerais connaître votre avis sur une disposition que j'ai prise, une décision
que j'ai prise récemment pour l'Office québécois de la langue française en
installant un répondant pour les
entreprises. L'autre association... L'autre fédération aussi m'en avait parlé
en disant : Il faut qu'on ait comme un point de contact parce qu'actuellement
on n'est pas dans des eaux qui nous permettent la conciliation ou une meilleure
compréhension de notre dossier, où on est rendus, etc.
Est-ce
que vous pensez que cet ajout demeurerait nécessaire, même dans n'importe
quelle révision? Et, en présumant qu'on
appliquerait un certain nombre des fondements du projet de loi n° 14,
est-ce que vous pensez que cette mesure-là doit devenir moins que
temporaire, devrait même être permanente?
Mme St-Pierre (Nathalie) : C'est certain que, dans un contexte
où les entreprises pourraient disposer par
exemple d'une personne référence dans ce
dossier-là, dans tous les dossiers avec l'office, je pense que c'est absolument
nécessaire. Là où, pour nous, il y a quand même des choses encore à évaluer ou
à améliorer, c'est entre ces personnes-là, qui sont répondantes pour des entreprises, pour qu'elles aient la même
interprétation et la même application. Donc, ce n'est pas parce qu'on...
C'est bien, d'avoir un répondant. Mais, si j'apprends que mon répondant me
permet ou ne me permet pas de faire ça et que le répondant de l'autre
entreprise lui impose des choses différentes, vous comprendrez que...
De Courcy : ...madame, ce n'est pas à
ce répondant-là que je fais allusion. C'est à une espèce de... Actuellement, on a mis en place un poste qui
permet aux entrepreneurs de dire : Bon, je suis en contact avec des
répondants de l'office, mais je ne comprends pas ce qui se passe. Je... Bon.
St-Pierre (Nathalie) : ...parler de conseiller
spécifique. Vous parlez...
De Courcy : Exactement, exactement.
St-Pierre (Nathalie) : Pardon.
De Courcy : C'est ce bout-là qui...
Comme si on avait un bureau des plaintes, là. C'est assez dur de le nommer
comme ça parce que, comme on est dans le royaume des plaintes, là, à l'Office
québécois de la langue française, j'hésite à utiliser l'appellation.
Présidente (Mme Richard, Duplessis) :
Merci, Mme St-Pierre. Maintenant, nous allons aller du côté de l'opposition officielle.
M. le député de LaFontaine, vous avez la parole.
M. Tanguay : Merci beaucoup, Mme la Présidente.
Merci, Mme St-Pierre, et M. Côté également, d'avoir pris le temps de
rédiger avec votre groupe, les gens qui ont sûrement dû vous aider à rédiger ce
mémoire, qui est très, très, très étoffé,
étayé, qui est une excellente réflexion sur les impacts du projet de loi
n° 14. Et merci d'être ici présents aujourd'hui pour nous permettre
de vous poser quelques questions et de vous entendre plus amplement.
Moi, ce qui m'a beaucoup marqué d'entrée de
jeu, ce sont évidemment vous, le Conseil canadien du commerce de détail. Je
pense qu'il est utile de revenir sur des statistiques qui parlent énormément.
Vous représentez grosso modo un chiffre
d'affaires de 20 milliards pour le Québec, soit 6,5 % du PIB
québécois. En ce sens-là, je pense qu'il est excessivement important de
prendre la mesure de ce que vous nous dites et de ce que vous écrivez.
Et, en ce sens-là, je pense que, d'entrée de
jeu, ce qui parle beaucoup, et j'en suis aux pages 4 et 5 de votre mémoire,
lorsque vous dites… Et vous établissez très clairement votre position :
«Force est de constater, selon les études
menées par l'Office québécois de la langue française […] et par le Conseil
supérieur de la langue française, que la loi actuelle produit les effets recherchés.» Fin de la citation.
Autrement dit, l'épanouissement du français, vous y en êtes. Nous en sommes tous. Et c'est un objectif qui peut
être atteint soit en modifiant la loi, les règlements, les programmes,
les politiques gouvernementales, en créant
de nouvelles ententes pour avoir des partenaires comme vous l'êtes, des
partenaires. Et, en ce sens-là, je pense que
cette phrase, cette citation, est très claire : «La loi actuelle produit
les effets recherchés».
Plus loin dans votre mémoire, vous précisez,
il remet en question... Vous parliez du principe
d'accompagnement des entreprises, qui est un
principe — je suis au haut de la page 5 — excessivement important d'accompagnement des entreprises. Vous
citez des mesures où, là, on remet carrément en question ce principe d'accompagnement
des entreprises mis de l'avant par le
gouvernement depuis des décennies ici en proposant des mesures coercitives,
comme un processus de mise en demeure qui serait retiré et un pouvoir de
saisie, mesures qui nous semblent injustifiées.
Moi, je pense, Mme St-Pierre et M. Côté, que
vous avez soulevé des éléments extrêmement préoccupants que nous également, de
l'opposition officielle, nous avons soulevés et que nous aurons l'occasion de
continuer à soulever. J'entendais la ministre un peu plus tôt parler au
passé de cette modification à l'article 177 de la Charte de la langue française. Est-ce que la ministre reculera sur cet
aspect-là? Je pense qu'il faudrait, sur cet aspect-là. Et on a eu l'occasion
de vous entendre, comme d'autres groupes
également, sur l'importance, lorsque l'on s'en va vers une judiciarisation
d'un processus, d'avoir une étape de mise en
demeure qui dit — et en ce sens-là le Code civil
du Québec le dit même dans nos rapports privés — avant
de poursuivre : Vous devez envoyer une mise en demeure qui dit clairement
ce qui est à faire, donne un délai imparti
pour le réaliser. Et, en ce sens-là, je pense que c'est la moindre des choses
si on ne veut pas judiciariser à outrance. Mais malheureusement c'est ce que
fait le projet de loi n° 14, et là la ministre commence à en parler
au passé.
L'autre
élément également que vous soulevez, dans notre mémoire, il s'agit des pouvoirs
d'enquête qui non seulement... puis encore
là, pouvoirs d'enquête de l'Office québécois de la langue française, la
ministre a déjà reconnu que l'office
était tout à fait indépendant et faisait un travail d'enquête qui était
nécessaire, mais se l'octroie également au niveau politique. La ministre
pourrait nommer des enquêteurs et donc aurait un pouvoir de saisir des
documents pour une PME, une entreprise. Qu'est-ce
que cela, dans le tangible, dans le concret, ça voudra dire? Et quels seront
les impacts? Et qui dit saisir des documents
veut dire, bien, il faut se préparer pour bien répondre à la ministre parce
que, dans la mesure où la demande est faite, là, l'entreprise doit
répondre de façon claire, nette et précise, ne rien oublier, et ça, ça ajoute
des coûts, de la paperasserie et, je vous dirais, de la tracasserie également.
En ce sens-là, donc, pouvoir d'enquête
politique que la ministre se donne de nommer des enquêteurs, de un, et, de deux, il y a tout l'aspect discrétionnaire :
Quelles en seront les balises? Et, sur cet élément-là, là, aussi, vous en
faites la liste comme étant un des éléments qui vous préoccupent énormément.
Également, au niveau de l'évaluation des
postes, moi, j'aimerais ça vous entendre là-dessus, Mme St-Pierre et M. Côté. On a déjà
entendu, entre autres, le Conseil du patronat du Québec et d'autres
intervenants nous dire qu'il relevait du niveau de gestion, de la
discrétion d'un propriétaire d'une PME ou d'une entreprise, de déterminer dans
son contexte très particulier que personne d'autre
ne connaît mieux que lui ou elle, et qui est un contexte, bien souvent,
comme vous l'avez dit… au niveau du transfert des postes des politiques de
transfert et de mutation, ce sont pour des petites entreprises des éléments qui
sont connus du gestionnaire, bien souvent du propriétaire, et qui ne sont pas
par écrit. Bien là, au niveau des politiques
de mutation, il faudra les mettre par écrit, s'assurer qu'au niveau de la
francisation ça rencontre les critères. Quels critères? Évidemment, nous
sommes également là dans le discrétionnaire ou dans le flou artistique, mais
également au niveau de justifier les postes, chacun des postes qui exigerait de
l'anglais.
Moi, là, je serais excessivement troublé si j'avais
à établir les critères dans votre cas. Vous avez une entreprise qui vend de
la vaisselle, vous avez 15 employés, vous exigez de l'anglais pour une personne
qui tantôt va parler... tantôt sera sur le plancher des ventes, tantôt sera dans l'administration. Comme
employeur, moi, vous ne m'aiderez pas, et je ne serai pas un partenaire de la francisation si vous me
demandez de mettre par écrit une justification de bilinguisme. Et en
vertu de quels critères? Puis est-ce que ça va satisfaire l'office?
Alors, j'aimerais vous entendre là-dessus — et je me résume, sur ce point-là, mais il y en a
tellement d'autres — au niveau de ce pouvoir
de gérer son entreprise tout en était prêt à être un partenaire de la
francisation. Mais ici la méthode employée n'est pas la bonne, elle est
davantage lourde et alourdit donc le fardeau de ces gens-là, et en bout de
piste je pense que ce ne serait pas du tout efficace. J'aimerais vous entendre
là-dessus.
St-Pierre (Nathalie) : C'est certain
que, dans le contexte du commerce de détail, qui est différent peut-être d'une PME au sens strict de la chose,
mais, dans le contexte où on est en service à la clientèle en tout
temps, dans les activités, l'évaluation des
postes, la justification des postes, vous comprendrez que c'est très difficile
parce qu'on parle de commerces de
petite taille, puis, comme je le disais, beaucoup de gens à temps partiel et de
jeunes. Donc, d'avoir à faire un profil d'une entreprise dans le
commerce de détail et de dire que, par exemple, j'ai besoin uniquement de deux
postes dans lesquels il y aura des gens qui
ont une capacité d'être bilingues, par exemple, que le reste des postes n'a pas
besoin d'être bilingue... Mais ce n'est
peut-être pas comme ça parce que là, woup, il faut que je comble des périodes.
Les fins de semaine, le soir, il faut
que j'aie de la disponibilité, donc je dois avoir, par exemple, je ne sais pas,
sur les 12 employés, je dois en avoir
10 qui doivent parler anglais, par exemple, pour avoir la capacité de parler
anglais puisque, selon les plages horaires qu'ils vont occuper dans l'entreprise,
dans le commerce, c'est les moments où j'aurai besoin qu'il y ait en tout temps
au moins un employé qui parle anglais, par exemple. Bon, c'est sûr qu'ici on
parle dans la grande région de Montréal. Si
on est ailleurs, on n'a pas besoin de faire ça, donc on n'a pas besoin de faire
nécessairement d'évaluation non plus. Donc, à ce moment-là, je pense qu'il
n'y a pas d'évaluation à faire.
Mais c'est certain que,
dans certains secteurs, dans certains commerces, la justification des postes
pourrait être extrêmement difficile pour le commerce de détail, compte tenu, comme je
vous l'ai dit, de toutes les... que c'est un secteur quand même
atypique.
Par exemple, à Noël, vous ajoutez... dans la
période des fêtes, vous le savez, on ajoute du personnel. Comment on va évaluer?
Est-ce que ça va faire
partie de l'évaluation? Est-ce qu'on va devoir les
compter comme des employés qui se rajoutent? Donc, ces questions-là, à
notre avis, doivent aussi être élucidées, là, avant de pouvoir définitivement
dire si c'est quelque chose qui est réaliste, mais... Oui.
Côté (Jean-Guy) : Juste...
Présidente (Mme Richard, Duplessis) :
...ajouter quelque chose, M. Côté?
Côté (Jean-Guy) : Oui.
Présidente (Mme Richard, Duplessis) :
Oui, allez-y.
M. Côté (Jean-Guy) : Il faut comprendre aussi que, quand
on touche des entreprises de 26 à 49... Bon, c'est sûr que, dans les bonnes écoles de gestion, on nous
enseigne que la gestion des ressources humaines doit faire
partie du
portefeuille de l'entrepreneur, du dirigeant en termes de préoccupations, mais
les vrais gestionnaires de ressources humaines
existent dans les grandes entreprises. Les définitions de poste, les
définitions de mutation, les procédures de mutation, ce n'est pas le propre de petites entreprises de 26 à 49, qui,
de toute façon, fonctionnent très bien de la manière où elles fonctionnent actuellement. Elles ont un
esprit un peu plus familial, un peu plus proche, donc... Et la définition
de poste, c'est peut-être une charge de travail qui n'est peut-être pas appropriée
pour ce type d'entreprise.
Présidente (Mme Richard, Duplessis) :
Merci. M. le député de LaFontaine.
M. Tanguay : Mme la Présidente, également, au
niveau des... Donc, on vient de résumer, là, plusieurs, plusieurs écueils que ferait naître le projet de
loi n° 14 si d'aventure il était adopté. Également, au niveau de l'importance
que vous accordez à la francisation mais par
des mesures d'accompagnement, avez-vous des exemples de programme? Vous
dites : Cet exemple-là, là, ce n'était pas une modification à la charte,
là, mais c'était un programme qui nous a permis d'aider... Ou comment vous, vous voyez l'action du gouvernement, de l'Office
québécois de la langue française en ce sens-là?
Qu'est-ce qui serait, pour vous, de véritables mesures qui donnent des
résultats, parce que vous êtes sur le terrain à tous les jours, qui seraient de véritables mesures d'accompagnement par
opposition à dire : Bien, voici toute la paperasserie que vous
devez produire?
Puis
j'ouvre une parenthèse. Si vous en produisez... Vous avez 45 000 membres,
je crois, dans... Si vous en produisez
davantage, de la paperasserie, à l'autre bout, là, pour ce qui est de l'Office
québécois de la langue française, ça va prendre beaucoup de personnes
pour la lire, l'analyser, l'évaluer puis vous revenir là-dessus. Alors, on n'est
pas sortis de l'auberge.
Alors,
mesures d'accompagnement, pouvez-vous nous citer des exemples auxquels vous
pourriez référer?
Mme St-Pierre (Nathalie) : Alors, dans le contexte, par exemple,
des démarches pour l'obtention d'un certificat
de francisation ou le renouvellement des
certificats de francisation, c'est une étape importante pour une entreprise,
qui est toujours un peu... Bon, lorsque c'est
la première fois, évidemment, ça rend un peu craintif, alors je pense que là c'est
une étape où l'accompagnement est extrêmement important et, comme on l'a
mentionné dans notre mémoire, où des documents informatifs pourraient être
disponibles et des avis quant à quelles sont les attentes précises, ça, ce
serait extrêmement facilitant.
Dans
d'autres cas, par exemple, c'est, lorsqu'il y a effectivement une plainte, on a
constaté, sur le terrain, qu'il y a des
façons de procéder différentes, et donc on aimerait... on est plus en train de
se dire qu'il faut régulariser, avoir plus
de stabilité, que ça soit plus prévisible dans l'accompagnement pour que le
commerçant puisse savoir que, lorsqu'il y a eu une infraction, eh bien,
il y a des... tout le monde va être traité de la même façon. Je pense que c'est
ce sur quoi on voudrait miser.
Présidente (Mme Richard, Duplessis) :
Oui, M. Côté.
M. Côté (Jean-Guy) : Oui. On le mentionne dans notre
mémoire, une mise à jour des guides déjà présents sur les sites Internet — certains datent de 2002 — simplement expliquer comment faire affaire au Québec en français,
c'est déjà une bonne étape, et la moderniser.
Et nous, on voulait aussi ajouter aussi qu'il
ne faut pas avoir peur aussi de communiquer, dans un monde qui est très mondialisé au niveau du commerce, de le
communiquer en anglais, parce que ça éviterait aussi la barrière de la langue. Donc, comment faire affaire en français au
Québec, je pense que c'est déjà une bonne démarche que l'office pourrait
entreprendre dès le départ.
Présidente (Mme Richard, Duplessis) :
Merci. M. le député de LaFontaine.
M. Tanguay : Oui. Merci, Mme la Présidente. Je suis à la page 20 de
votre mémoire, et vous faites référence à l'article
45 du projet de loi n° 14, qui, lui-même, ajouterait notamment un
article 151.5. Et vous parlez — j'aimerais vous entendre là-dessus — d'un nouveau pouvoir discrétionnaire de l'office et
qui serait remis ou dévolu à l'office. On y
lit, à l'article 151.5 nouveau : «L'entreprise visée à l'article 151 — ça,
c'est les 26-49 employés — sur demande de l'office,
lui rend compte du bien-fondé du diagnostic posé sur sa situation linguistique,
de la pertinence des mesures de francisation
identifiées, de leur mise en oeuvre et du suivi donné à celles-ci au sein de
son organisation.» Fin de l'article.
Vous dites : «Cet
article ajoute encore
une fois un pouvoir discrétionnaire à l'office, qui pourra cibler les entreprises qu'elle veut bien cibler. Nous parlons aussi d'entreprises
dont la capacité administrative ne ressemble en rien à celle des entreprises de plus grande taille.» Vous dites
même, en conclusion, en caractères gras : «S'il doit y avoir une
reddition de comptes à l'office de la part des entreprises, celle-ci ne devrait
se faire qu'à la suite d'une plainte fondée.»
J'aimerais
vous entendre là-dessus par rapport à ce commentaire que vous avez émis.
Présidente (Mme Richard, Duplessis) :
Madame... oui, allez-y.
Mme St-Pierre (Nathalie) : Alors, bien, évidemment, ça fait
référence à l'approche qu'on souhaite, qui est
de permettre à l'entreprise de faire une
autodéclaration de conformité et que, par la suite, lorsqu'il y aurait
effectivement une plainte fondée, que l'on puisse aller obtenir les
informations et non pas... Évidemment, il faut se remettre dans le contexte que
ça, ça a été fait... la production de notre mémoire… la rédaction de notre
mémoire, pardon, a été faite il y a quelque
temps déjà. Et donc, avec l'annonce de la modernisation, c'est sûr qu'on pourra
voir à ce moment-là comment tout ça
pourrait se mettre en place. Mais effectivement qu'on était très craintifs,
dans l'industrie, des pouvoirs discrétionnaires de l'office, et que c'est
ce qu'on tentait de baliser ici en disant : Bien, attendons une plainte
fondée et demandons, à ce moment-là, à l'entreprise
si elle a pris ou elle a mis les mesures en place, et, sinon, qu'est-ce qu'il
y a à faire, et non pas demander toutes
sortes de diagnostics avant ou sur le bon vouloir de l'office sans qu'il n'y
ait derrière ça une raison justifiant la demande.
Présidente (Mme Richard, Duplessis) : M. le député.
M. Tanguay : Oui. Vous avez parlé d'une réalité à
laquelle vos membres doivent faire face qui est, bien souvent, lorsqu'un nouvel arrivant arrive, par définition,
au Québec, souvent, vos membres seront son premier employeur. Donc, vous avez à faire face à cette réalité-là.
On a rencontré des représentants des organismes communautaires qui
offrent des cours de francisation. On a eu l'occasion
de parler de, jadis, des COFI, de leur oeuvre, donc, de tout, je vous
dirais, le réseau de francisation des nouveaux arrivants. Vous, vous êtes, bien
souvent, une première carte de réussite vers l'intégration, entre autres l'intégration
économique, mais également l'intégration, je dirais, sous l'aspect linguistique
de cet élément-là.
Comment le gouvernement pourrait-il
réellement vous aider dans cet objectif-là, qui, vous, évidemment, est votre objectif, d'avoir
une entreprise qui soit rentable? Vous devez avoir des bons employés qui
répondent bien aux clients et qui
savent bien fonctionner, d'une part, mais, d'autre part, vous faites oeuvre
utile pour la société. Comment le gouvernement pourrait vous aider de
manière tangible?
St-Pierre (Nathalie) : Alors, comme
on l'a suggéré, on pense que les efforts doivent être déployés au niveau de la
francisation des nouveaux arrivants, effectivement, et non pas dans le contexte
des entreprises de moins de 50 employés,
mais plutôt, effectivement, soit par le biais, là, des mécanismes qui existent
déjà ou... On a parlé des CSMO tout à l'heure, bon. Mais, donc,
effectivement, il y a eu une stratégie, il y a un besoin — je pense qu'on l'a bien noté dans notre mémoire — de main-d'oeuvre dans le secteur
du commerce de détail. Il y a eu une stratégie qui a été déployée de tenter de recruter des immigrants... des
nouveaux arrivants, parce que c'était un secteur où c'était peut-être une porte
d'entrée, effectivement.
Mais il faut les soutenir, puis,
effectivement, on reconnaît qu'il faut les soutenir, tout à fait. Mais on dit
que ce n'est
pas le rôle de l'entreprise, à ce stade-ci, surtout que, dans le commerce de
détail, le roulement est important. Ce sont des jeunes, ils sont déjà sur les bancs d'école, il y a d'autres moyens
de les rejoindre que par le biais de l'entreprise. Alors, je pense que l'important,
c'est la francisation au départ, tout à fait.
M. Tanguay : Et vous aviez, je crois — corrigez-moi,
si je me trompe, mais je pense que vous l'avez même abordé verbalement un peu plus tôt — le fameux mode de calcul, beaucoup de... 30 % de
vos membres ont des employés, dans une
proportion de 30 %, qui sont à temps partiel. Alors, le fait de calculer,
par exemple, 50 employés ou 40 employés, dont 30 % de ce 40 là, 13, 14 seraient à temps partiel… mais ça
vous fait quand même 40 employés et non pas 27 employés à temps plein.
Alors, ça, avez-vous des commentaires plus spécifiques à cet effet-là?
Présidente (Mme Richard, Duplessis) :
En quelques secondes.
Mme St-Pierre (Nathalie) : Tout ce qu'on souhaite en fait, c'est
que ça soit précisé sur quelles bases se fera
le calcul puisqu'il y a de nombreux employés
qui sont à temps partiel. Et, comme on le disait aussi, c'est cyclique,
pendant la période des fêtes, etc., donc il faut voir comment ça...
Présidente (Mme Richard, Duplessis) : Merci. Nous allons maintenant vers le deuxième groupe d'opposition. Mme la députée de Montarville, vous avez la
parole pour un temps de 4 min 30 s.
Mme Roy (Montarville) : Merci beaucoup. Merci beaucoup,
madame, monsieur, merci pour votre rapport. Au
risque d'être redondante et de répéter ce
que mon collègue de la première opposition a dit, votre rapport est très bien
fait, précis et amène des pistes de
solution, et ça, ça fait plaisir à entendre quand on veut être constructifs
comme nous voulons l'être. Je suis d'accord
avec vous, et nous sommes d'accord avec vous, la deuxième opposition, qu'il ne
faut pas alourdir le fardeau administratif de nos petites entreprises 26
à 49 employés. Nous sommes tout à fait d'accord avec vous.
y a une sur laquelle j'aimerais vous entendre parler cependant, puis vous n'en
avez pas parlé encore, le 12 mars dernier, lors de l'ouverture des travaux de la
commission, la ministre nous a donné, a déposé un document, une étude du
CIRANO sur les impacts financiers de l'application
du projet de loi n° 14 tel qu'il est là chez les entreprises. Vous
êtes là, c'est à vous que ça s'adressait. On
parlait d'environ 24 millions de dollars pour 12 000 à 13 000
entreprises de plus qui seront
soumises à la loi. J'aimerais vous entendre parler et élaborer là-dessus :
Que pensez-vous de cette étude et dans quelle mesure cela vous
handicaperait?
La Présidente (Mme
Richard, Duplessis) : M Côté.
Côté (Jean-Guy) :
Effectivement, l'étude, pour l'avoir visitée et relue, est très solide dans son
analyse. On considère
qu'elle représente un assez bon portrait de la réalité de l'impact financier.
Je mettrais simplement un bémol : on estime, dans l'étude, un taux de roulement qui est plus bas que le taux
de roulement réel que nous, on rencontre dans notre industrie. Le taux
de roulement, dans l'étude, est de 34.6 %, c'est un taux moyen, le taux de
roulement des employés. Dans l'industrie du service, c'est beaucoup plus élevé.
Au service à la clientèle, on est plus à 37 % et, pour les temps partiels, à 44 %. Donc, c'est sûr que l'impact
du taux de roulement pour le commerce de détail va être plus élevé qu'il
est estimé dans l'étude actuellement. C'est
le seul bémol qu'on ajouterait. Cependant, on présume que l'étude est un
portait assez réaliste de l'impact économique. C'est sûr qu'on peut considérer
que c'est un poids supplémentaire dans une industrie qui est très
concurrentielle, qui est la nôtre. Donc, voilà.
Roy (Montarville) : Dans quelle mesure justement cela handicaperait l'industrie,
dérangerait l'industrie ou causerait des
problèmes?
St-Pierre (Nathalie) : O.K. Dans certains secteurs évidemment, là, les marges de profit sont extrêmement minces, et
un ajout de quelques réglementations… et d'autant, là, on parle des petites et
moyennes entreprises, donc l'impact est
assez important, surtout si c'est… Les mesures de francisation doivent être
mises en place dans les entreprises, ça, ça aurait un impact majeur et ça serait extrêmement difficile. Et, à mon
avis, il pourrait y avoir un risque malheureusement que ça soit une barrière à l'embauche des personnes
qui pourraient nécessiter d'être accompagnées dans la francisation. Donc, ça...
St-Pierre (Nathalie) : Bien, s'il y a des entreprises qui, par exemple, verraient des charges additionnelles, des
obligations de francisation, il pourrait arriver qu'elles choisissent de ne pas
embaucher ces personnes-là parce que ça va ajouter des coûts. Donc, il
faut faire attention pour pas... C'est la nature humaine, c'est… Il faut gérer,
les marges sont très minces. Dans certains secteurs, c'est extrêmement
difficile. C'est très concurrentiel. Comme je l'ai dit tout à l'heure, il y a le commerce électronique, il y a
le commerce transfrontralier, les gens cherchent les meilleurs rabais,
la marge de manoeuvre... Le portefeuille du consommateur, il n'est pas
élastique, et on le voit tous les jours, donc les gens cherchent les meilleurs
rabais. Alors, c'est sûr qu'une entreprise qui fait face à ça va faire des
choix et pourrait, s'il y a des mesures trop
contraignantes, bien, évidemment, choisir ses batailles et peut-être aussi s'assurer
qu'il n'y ait pas des coûts excessifs
de francisation, par exemple. Donc, il faut faire attention.
Malgré la pénurie
de main-d'oeuvre dans le secteur, c'est déjà difficile, je pense qu'il
faut avoir un équilibre pour offrir les services.
Roy (Montarville) : …très peu de temps, quel est le principal irritant de cette loi, si on
n'en avait qu'un à mettre le doigt dessus,
pour les entreprises? En 20 secondes.
St-Pierre (Nathalie) : Alors, pour nous, c'est le maintien et la bonification de l'accompagnement.
Et les mesures qui sont coercitives dans le
projet, pour nous, viennent diminuer cette vision-là qu'on avait puis qui a été
négligée dans les dernières années, malgré, là, ce qu'on a vu.
Présidente (Mme Richard, Duplessis) : Merci beaucoup, Mme St-Pierre, M. Côté, pour votre présentation. J'invite maintenant le Comité des
enseignants de français langue seconde des collèges du Québec à prendre place.
Nous allons suspendre
les travaux durant quelques minutes.
(Suspension de la séance à 16 h
Présidente (Mme Richard, Duplessis) :
À l'ordre, s'il vous plaît! Nous reprenons nos travaux. Bonjour, messieurs, bonjour, madame. Je vous demande de
bien vouloir vous identifier, d'identifier les gens qui vous
accompagnent également. Vous aurez 10 minutes pour faire
votre exposé. Par la suite suivra un échange avec les membres de la commission.
Donc, la parole est à vous.
M. Gagné (Philippe) : Alors, Mme la ministre, Mme la
Présidente, Mmes et MM. les parlementaires, nous tenons tout d'abord à remercier la commission
pour avoir convoqué les enseignants de français langue seconde du réseau collégial à ses audiences. Nous sommes
trois à les représenter aujourd'hui. Colette Noël et Alexandre Limoges sont respectivement coordonnatrice et
coordonnateur des départements de français langue seconde du collège
Champlain, Saint-Lambert, et du cégep
John-Abbott. Je m'appelle Philippe Gagné, j'enseigne au cégep Vanier et je suis
responsable du comité des enseignants de cette discipline dans le secteur
anglophone du réseau collégial.
Mme Noël rappellera d'abord la naissance de
la discipline en tant que matière obligatoire au milieu des années 90 jusqu'à l'abandon du projet de standards de
sortie par les collèges au milieu des années 2000. Je parlerai ensuite de la création de l'épreuve de langue seconde des
collèges du Québec avant de passer la parole à M. Limoges, qui abordera
la proposition d'offrir quatre cours de
français dans les cégeps anglophones, au même
titre que dans le secteur
francophone. Je conclurai ensuite brièvement notre présentation.
Présidente (Mme Richard, Duplessis) :
Merci, allez-y.
Noël (Colette) : Mesdames messieurs.
Alors, c'est la deuxième fois que je me retrouve ici, devant une commission
parlementaire pour traiter de l'enseignement du français langue seconde au
collégial. La première fois, c'était en
novembre 1992 devant la commission parlementaire sur la réforme de l'enseignement
au collégial. À l'époque, le mémoire
des enseignants de notre discipline proposait que les cours de français langue
seconde deviennent obligatoires. En effet,
jusque-là, seuls les élèves qui le voulaient bien prenaient des cours de
français en cours complémentaire. Or, le constat était qu'une proportion non négligeable des élèves issus des collèges
anglophones n'était pas en mesure de vivre et de travailler en français au Québec. La réforme qui a été instaurée en
septembre 1994 a permis de faire le changement en question et il est indéniable que cela a
représenté une avancée importante. La réforme instaurait deux cours
obligatoires de français pour tous les
étudiants dans les collèges anglophones. Étant donné la diversité des niveaux
de compétence des élèves, on a décidé
de créer trois niveaux de cours tout en prévoyant un niveau transitoire pour
les élèves qui n'étaient pas aptes à
suivre le premier niveau prévu. Ce niveau était sensé disparaître en 1997. La
période de trois ans se voulait une transition permettant aux écoles
secondaires de mieux préparer les élèves à entrer dans le niveau 1.
Sans s'étendre sur les événements qui ont
suivi, disons que le niveau transitoire n'est pas disparu en 1997 comme prévu. Le programme est donc sur quatre niveaux de
cours plutôt que trois encore aujourd'hui.
2001, Jacques L'Écuyer, alors président de la Commission d'évaluation de l'enseignement
collégial, commentait dans une entrevue le
rapport synthèse sur l'évaluation de la composante formation générale des
programmes d'étude, rapport qui venait juste
d'être publié. À la question portant sur le rehaussement des standards en
langue seconde, M. L'Écuyer signalait
que le mémoire recommandait au ministre de fixer, et je cite, «un standard
minimal pour l'obtention du DEC, car les seuils actuels sont trop bas,
étant donné les besoins qui se manifestent dans le monde aujourd'hui». Fin de
la citation.
même année, donc toujours en 2001, on pouvait lire ce qui suit dans le rapport
de la Commission des états généraux sur la
situation et l'avenir de la langue française au Québec, aussi connue comme la
commissionLarose, je cite : «La
maîtrise du français est particulièrement importante dans le cas des étudiants
du secteur technique[…]. Ils doivent
impérativement à la fin de leurs études posséder le vocabulaire français de
leurs domaines. La commission y voit une
condition essentielle pour réaliser la francisation des entreprises. Plus
largement, pourquoi le niveau collégial québécois, unpeu à l'image du Québec de demain, ne
deviendrait-il pas un lieu de maîtrise du français[…]? Le collégial offre la
possibilité exceptionnelle de créer un nouveau lieu d'appartenance linguistique
et culturelle, ouvert sur le monde.» Fin de la citation.
Dans la foulée des recommandations du rapport
Larose, un sous-comité du ministère de l'Éducation, dont je faisais partie, s'est mis au travail et a recommandé, en
2005, de créer un standard de sortie pour tous les étudiants du niveau collégial, en français comme en anglais. Le
standard s'alignait, à peu de choses près, sur le niveau 2 de nos cours
réussis. Malheureusement, cette recommandation, bien qu'ayant été parrainée par
le Comité-conseil de la formation générale auquel siègent entre autres des
représentants du ministère de l'Éducation, ne s'est pas concrétisée.
M. Gagné (Philippe) : Après l'abandon du standard de sortie,
les recommandations de la Commissiond'évaluation de l'enseignement collégial et de la
commission Larose demeuraient. Il fallait y donner suite autrement, et nous avons développé un instrument de mesure pour
situer les élèves sur une échelle de niveau de maîtrise en FLS. Donc, on utilisera souvent l'acronyme FLS pour français
langue seconde. Cette pratique d'évaluation est en phase avec ce qui se
fait ailleurs dans le monde en évaluation des langues secondes.
L'objectif
était de donner une idée précise de ces niveaux de maîtrise à chaque élève à la
fin de son dernier cours obligatoire, et ce, dans les quatre habiletés
langagières : écrire, parler, lire et écouter. Ces résultats, chiffrés de
1 à 12, 1 représentant le niveau le plus bas et 12 le plus élevé, devaient être
imprimés dans le bulletin, et nous avons d'ailleurs
eu le temps de le faire au moins une fois en 2011, mais le projet a ensuite été
mis en veilleuse. Pour reprendre les mêmes mots de Colette un peu plus
tôt, malheureusement, cette épreuve, bien qu'ayant été parrainée par le
Comité-conseil de la formation générale, auquel siègent entre autres des
représentants du ministère de l'Éducation, ne s'est pas concrétisée.
La Présidente (Mme Richard, Duplessis) : M. Limoges.
M. Limoges (Alexandre) : Merci. À mon tour, j'aimerais parler
d'un aspect crucial du mémoire que nous avons présenté, c'est-à-dire l'augmentation de l'offre
de cours obligatoires au collégial. Puis-je me permettre de rappeler à
la commission qu'en FLS il y a, au total,
deux cours obligatoires de 45 heures? C'est ce que doivent suivre les
étudiants dans les cégeps anglophones. Si on compare avec l'anglais langue
maternelle, il y a quatre cours de 60 heures, donc deux cours de 45 heures par rapport à quatre cours de 60 heures
obligatoires. Et, évidemment, nous recommandons que l'offre de cours
soit la même en français langue seconde et en anglais langue maternelle.
Nous ne sommes pas les seuls à faire cette
recommandation. C'est notamment la position de la Commission de l'éducation en langue anglaise. C'est aussi la position
du Conseil supérieur de la langue française, et je cite ici leur mémoire, intitulé La langue d'enseignement au
cégep , qui a été produit en 2011. «Quant à l'enseignement de la
langue seconde, les cégeps anglais et les
cégeps français ont actuellement la même obligation : les étudiants sont
tenus de réussir deux cours de français langue seconde de 45 heures
chacun, peu importe le niveau. Cependant, à notre avis, la langue française ne peut être mise sur le même pied qu'une
langue seconde au cégep anglais; elle est aussi la langue officielle du
Québec et la langue d'usage public commune. À ce titre, il est souhaitable qu'on
lui consacre davantage d'heures obligatoires
dans le cursus et que, conséquemment, les exigences linguistiques en français
soient renforcées. Pendant leurs études
collégiales, tous les étudiants, peu importe leur langue maternelle, seraient
ainsi amenés à améliorer leur maîtrise ou leur connaissance du
français.»
Dans les quelques minutes qui nous sont
allouées, je voudrais citer les arguments principaux qui appuient une telle mesure. D'abord,
et il s'agit d'une raison majeure, permettre aux étudiants qui sont au niveau
un, qui commencent au niveau un au
collégial d'atteindre le seuil recommandé, tel qu'on en a parlé ici. Sinon, on
établirait un seuil sans offrir les coûts
qui permettraient de l'atteindre. Or, avec une offre de cours obligatoires de
quatre cours de 60 heures, nous avons bon espoir qu'un étudiant pourrait
Évidemment, l'augmentation du nombre de cours
obligatoires ne serait pas bénéfique qu'aux étudiants de niveau un, hein, j'insiste,
mais à l'ensemble des étudiants, notamment au cours de leur cheminement. Quatre
cours permettraient d'accorder une
attention soutenue à toutes les compétences énoncées dans le devis ministériel,
les quatre compétences étant compréhension orale, compréhension écrite,
production orale et production écrite.
Un autre objectif de l'augmentation serait de
valoriser et de promouvoir la langue et la culture française auprès des anglophones et allophones de manière continue,
ce qui est impossible avec les maigres 90 heures de cours de français exigées à l'heure actuelle. Si je peux me
permettre de le mentionner, il peut s'écouler parfois jusqu'à trois,
quatre, cinq semestres, dans le cadre d'une formation technique, entre le
premier cours de français et le deuxième cours de français, de sorte qu'il n'y a pas... si vous voulez, l'étudiant n'est
pas en contact... le contact est très ténu, hein? Donc, voilà pourquoi
on insiste.
autre aspect important : introduire les étudiants anglophones à la culture
de l'expression francophone, à laquelle ils ont accès grâce à une maîtrise
fonctionnelle de la langue française, parce que les cours de français n'ont pas pour seul et unique objectif l'acquisition d'un
niveau linguistique minimal, mais également la pleine participation à la
société et à la culture québécoise. Le seuil
dont on parle est bel et bien un niveau plancher, non un niveau de
maîtrise, qu'on pourrait qualifier d'idéal.
Il est nécessaire que les étudiants qui sont en mesure de pousser plus loin
leur connaissance de la langue et de
la culture québécoise d'expression francophone le fassent. Ainsi, les cours de
niveau supérieur sont-ils tout aussi
importants que les cours de niveau inférieur en ce qui constitue l'horizon vers
lequel la formation en français langue seconde, de l'école primaire
jusqu'au collégial, doit tendre.
Et je termine en citant les mémoires du
Conseil supérieur de l'éducation, à la Commission des états généraux sur la situation et l'avenir de la langue française au
Québec : «Le conseil a fait valoir […] l'importance cruciale de la
maîtrise du français tant comme f