Labour and the Economy — 20 January 2021 (42nd Legislature, 1st Session)
CET 2021-01-20
Quebec — Committees
(Neuf heures trente et une minutes)
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Alors, bonjour tout le monde. Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de
la Commission de l'économie et du travail ouverte.
La commission est réunie virtuellement afin de
procéder aux consultations particulières et aux auditions publiques sur le projet
de loi n° 59, Loi modernisant le régime de santé et de sécurité du
travail.
Mme la secrétaire, y a-t-il des remplacements?
La Secrétaire : Oui, Mme la
Présidente. Mme Richard (Duplessis) est remplacée par M. Roy
(Bonaventure).
Présidente (Mme IsaBelle) :
Merci. Ce matin, nous entendrons par visioconférence les groupes suivants :
la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec,
la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse et la Centrale
des syndicats démocratiques.
Nous
commençons. Et je souhaite, donc, la bienvenue aux représentantes de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec. Je vous rappelle que vous disposez de
10 minutes pour faire votre exposé. Avant de commencer, je vous
demande de bien vous présenter, et ensuite vous pourrez débuter votre exposé.
Alors, Mme Lapointe, je vous invite à bien allumer votre micro.
Mme Lapointe (Linda) : Mon nom est
Linda Lapointe. Je suis vice-présidente à la FIQ, responsable du secteur SST. Et je suis accompagnée de
Me Hélène Côté, qui est conseillère à l'équipe SST, à la fédération,
également.
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Merci. Alors, vous pouvez commencer votre exposé.
Mme Lapointe (Linda) : Bonjour. Mme
la Présidente, M. le ministre, Mmes et MM. les parlementaires, merci de nous
accueillir aujourd'hui à cette commission parlementaire virtuelle. Alors, on
vient de se présenter. Je suis effectivement à l'exécutif de la FIQ comme
vice-présidente et responsable du secteur SST, et Hélène Côté, ma compagne,
procureure à l'équipe SST.
Tout d'abord, nous souhaitons saluer la volonté
du législateur de réaliser enfin cette modernisation du régime de santé et de
sécurité du travail québécois. Les attentes sont grandes, et force est de
constater que le projet actuel ne répond pas totalement à celles-ci.
Notre mémoire contient plus d'une quarantaine de
recommandations et nous ne pourrons pas, dans le temps alloué pour cette
allocution, les expliquer une à une. Nous aborderons avec vous quelques-unes
d'entre elles sans pour autant minimiser
l'importance des autres recommandations que l'on retrouve dans notre mémoire.
La fédération, depuis sa création, représente ses membres devant les
différentes instances de la CNESST et les tribunaux. Les nombreuses
modifications proposées par le projet de loi afin de modifier la LATMP nous
interpellent grandement.
D'emblée, nous tenons à saluer l'introduction du
règlement en place et lieu de l'annexe I de la loi actuelle. Ce dernier
pourra être modifié plus aisément pour tenir compte de la science et de
l'évolution des changements survenant au sein de nos milieux de travail. La
reconnaissance du stress post-traumatique dans ce règlement mérite également
d'être soulignée. De plus, nous saluons la protection offerte aux stagiaires.
Nous tenons également à préciser que nous soutenons les mesures favorisant un
retour au travail à la suite d'une lésion, à la condition que la santé et la
sécurité de la travailleuse soient la considération la plus importante pour
déterminer ce retour et les modalités qui l'encadrent.
Par ailleurs, nous considérons que certaines
dispositions de la LATMP modifiées par le projet de loi doivent être bonifiées
ou carrément retirées. Outre le stress post-traumatique, nous croyons que
l'ajout de diagnostic de maladie psychologique au règlement remplaçant l'annexe
I est un incontournable. Plusieurs de nos professionnelles en soins sont
confrontées à des conditions de travail difficiles et sont plus à risque de
développer des maladies professionnelles de nature psychologique, telles que le
trouble de l'adaptation et la dépression. La surcharge de travail, les ratios
professionnels en soins-patients insuffisants ne sont que quelques-unes des
nombreuses causes d'épuisement des infirmières, infirmières auxiliaires,
inhalothérapeutes et perfusionnistes cliniques.
Normalement, le travail des professionnelles en
soins implique déjà une charge émotive significative puisqu'elles dispensent
des soins à des personnes vulnérables et côtoient la mort quotidiennement.
Depuis le mois de mars dernier, cette charge émotive a atteint un niveau
rarement vu. Un énorme sentiment d'impuissance est ressenti face aux
conséquences de cette pandémie pour les patients et les patientes à qui elles
dispensent des soins. Au-delà de la pandémie, nous
estimons qu'il faut prendre en compte la difficile réalité de ces milieux de
travail, qui perdure depuis de nombreuses années, afin de bien mesurer l'impact
de cette réalité sur l'intégrité psychologique des professionnelles en soins.
Nous recommandons par conséquent que le règlement remplaçant l'annexe I de la
loi inclue davantage de maladies professionnelles de nature psychologique.
Par ailleurs, nous
croyons que la modification de la définition d'emploi convenable crée un
préjudice pour les travailleuses. En modifiant l'expression «de la capacité
d'exercer l'ensemble de ses tâches» par celle «de la capacité d'exercer les
tâches essentielles», le législateur dénature l'emploi convenable. De plus, ce
changement compromet la réalisation de l'objectif souhaité, soit celui de
déterminer un emploi qu'une travailleuse pourra raisonnablement occuper alors qu'elle conserve des limitations
fonctionnelles qui l'empêchent de reprendre son emploi prélésionnel.
Également, nous
sommes extrêmement préoccupées par le retrait de la prépondérance de l'opinion
du médecin traitant dans plusieurs dispositions du projet de loi. Ce constat
s'applique autant dans les dispositions entourant la réadaptation
professionnelle que dans celles traitant de l'évaluation par un membre du
bureau du BEM.
Par exemple, le
projet de loi octroie des nouveaux pouvoirs importants à la CNESST lui
permettant d'ordonner des mesures de réadaptation professionnelle sans même
obtenir l'avis du médecin traitant, alors que certaines de ces mesures
pourraient venir en conflit avec les soins et traitements proposés par le
médecin de la travailleuse et compromettre la santé de celle-ci. Pour les
fédérations, cette perte de prépondérance de l'opinion du médecin traitant est
clairement préjudiciable à la travailleuse.
Nous terminerons cette
partie d'allocution en précisant aux législateurs que l'on ne doit pas perdre
de vue que l'objet de la loi est la réparation des lésions et des conséquences
qu'elles entraînent pour les travailleuses et qu'en aucun temps les
considérations financières liées au coût du régime ne doivent avoir préséance
sur cet objet.
En matière de retrait
préventif de la travailleuse enceinte ou qui allaite, nous saluons
l'uniformisation du niveau provincial des protocoles visant l'identification
des dangers et des conditions qui y sont associées. Cependant, nous estimons nécessaire
que le principe de précaution soit à la base de l'élaboration de ces nouveaux
protocoles et que les meilleures pratiques appliquées dans les différentes
directions régionales jusqu'à maintenant se retrouvent également dans ceux-ci.
De la même façon que
pour certaines dispositions de la LATMP, nous déplorons la perte de
prépondérance de l'opinion du médecin qui effectue le suivi de grossesse dans
le traitement de la demande de retrait préventif, et plus particulièrement dans
la détermination des dangers. Au-delà du contenu des protocoles, nous croyons
que le médecin de la travailleuse est à même d'identifier les particularités
des conditions de travail de celle-ci et d'en tenir compte dans l'évaluation de
la demande de retrait préventif.
Nous saluons l'introduction
de l'obligation pour les employeurs de prendre des mesures pour assurer la
protection des travailleuses vivant des situations de violence physique ou
psychologique, incluant la violence conjugale ou familiale. Nous considérons cependant
que, pour respecter cette obligation, les employeurs auront besoin d'une formation
spécifique à ces enjeux et que celle-ci devrait être basée sur l'expertise
développée par les groupes de femmes qui ont l'expertise en matière de violence
conjugale et familiale.
En ce qui concerne la
prévention, nous demandons depuis de nombreuses années que les mécanismes de
prévention s'appliquent au secteur de la santé et des services sociaux et nous
déplorons qu'il ait fallu attendre aussi longtemps pour en bénéficier. Nous
sommes convaincues que l'application de ces mécanismes aurait contribué
grandement à diminuer le nombre de lésions professionnelles subies par les
membres que nous représentons.
Le projet de loi
actuel vient enfin remédier à cette aberration. Dans le cadre de la mise en
oeuvre des mécanismes de prévention, nous souhaitons que soit déterminée par
entente entre l'employeur et les syndicats et non de façon unilatérale la
désignation des regroupements d'établissements qui exercent des activités de
même nature ainsi que la possibilité de ne former qu'un seul comité pour ces
mêmes regroupements.
Par ailleurs, nous
accueillons positivement l'inclusion des risques psychosociaux au travail
pouvant affecter la santé des travailleuses dans le programme de prévention.
Nous estimons toutefois qu'il est essentiel que les membres du comité santé et
sécurité ainsi que les représentants en santé et sécurité puissent recevoir une
formation afin d'être en mesure de bien les identifier et d'en faire l'analyse.
De plus, nous demandons que cette responsabilité liée à l'identification et à
l'analyse de ces risques soit clairement mentionnée dans les fonctions du
comité et dans celles du représentant.
Nous tenons à exprimer
notre profond désaccord avec l'évaluation par niveau de risque établie à
l'annexe I du règlement sur les mécanismes de prévention. Il est étonnant de
constater que les hôpitaux généraux et ceux de soins chirurgicaux sont classés
de risque faible étant donné l'ampleur des problématiques que l'on y rencontre
et les dangers que l'on y observe pour la santé et la santé des professionnels
en soins. L'impact de cette classification est considérable puisqu'elle
détermine l'ampleur donnée aux mécanismes de prévention ainsi que le délai pour
les appliquer. Nous demandons donc le retrait de cette classification et le
déploiement rapide des mesures uniformes... des mécanismes uniformes de
prévention pour tous les secteurs du réseau de la santé et des services sociaux.
Nous nous
interrogeons sur la capacité de la CNESST à jouer son double rôle de contrôle
et de surveillance avec celui de l'indemnisation. Nous croyons que
l'application des mécanismes de prévention requerra des ressources
supplémentaires importantes. En effet, beaucoup de nouvelles responsabilités en
matière de prévention dans les milieux de travail émergeront et un grand nombre
d'employeurs seront maintenant assujettis aux mécanismes de prévention. Le
projet de loi n° 59 ne répond pas à nos inquiétudes à
cet égard.
En tant qu'organisation représentant près de
90 % de femmes, nous sommes préoccupées par la faible représentation des
secteurs d'emploi à prédominance féminine au sein du conseil d'administration
de la CNESST. Près de la moitié des emplois au Québec
sont occupés par des femmes. Dans l'objectif de mieux refléter cette réalité,
nous estimons qu'une représentation des secteurs à prédominance féminine au
sein du conseil d'administration est nécessaire.
Nous estimons que les modifications touchant la
prévention contenues dans le projet de loi doivent s'appliquer dans un avenir
beaucoup plus rapproché. Le réseau de la santé ne peut plus se permettre
d'attendre. C'est pourquoi nous souhaitons que les dispositions du projet