Health and Social Services — 30 October 2020 (42nd Legislature, 1st Session)

CSSS 2020-10-30

Quebec — Committees

Health and Social Services — 30 October 2020 (42nd Legislature, 1st Session)

CSSS 2020-10-30

Quebec — Committees

Je vais me permettre juste de prendre quelques exemples

pour qu'on soit tous clairs sur l'ampleur de ce qui est devant nous et sur l'importance

des réponses concertées, alimentées de débats, une recherche transparente assortie du diagnostic et des données

probantes et assurées par une évaluation les dépenses appropriées et le

déploiement du personnel approprié.

Quand on parle de l'ampleur du problème, on

entend chaque jour qu'il y a quelque 60 % de nos jeunes qui sont en

détresse, 34 % de nos enseignantes et enseignants qui songent quitter

cette profession tellement importante, M. le Président, dû aux circonstances

actuelles et le stress qu'ils vivent, 70 % des psychologues qui voient le

retour de leurs anciens clients — ce n'est pas d'hier, les difficultés de

santé mentale, on va en convenir, mais des gens qui reviennent avec des

problèmes et des problèmes de l'ordre assez majeur. Ce n'est pas sans

signification d'apprendre qu'il y a une

augmentation de 20 % des demandes d'antidépresseurs. Premièrement, ce

n'est souvent pas la bonne solution, mais la demande indique des

problèmes majeurs. Ça serait probablement beaucoup plus élevé s'il n'y avait pas

la liste d'attente pour avoir les médecins de famille et de voir les médecins,

surtout en période de pandémie. Il y a des études, maintenant, qui démontrent

que les nouveaux arrivants, les travailleurs, travailleuses de première ligne,

ainsi que les Québécois d'expression

anglaise qui démontrent des taux... le double d'anxiété, détresse, de penser au

suicide, que la population en

générale, pour ne pas parler de nos aînés qui vivent, en quelque part, toujours

un quasi-confinement, M. le

Président, et qui l'auraient vécu pour des mois, au total, comme plusieurs

autres, et ce que ça signifie pour quelqu'un, souvent, atteint

d'Alzheimer ou autonome, mais pas en mesure de voir leurs petits enfants. Je

tiens à noter que les femmes sont surreprésentées dans toutes ces catégories

que je viens d'identifier. Alors, l'étendu du problème devrait être... et est de plus en plus évident. Donc,

est-ce qu'on va commencer, de façon structurée, à impliquer tout le monde

dans les solutions?

Premièrement, et je

comprends qu'on va parler des initiatives de prises, M. le Président, par le

ministre et son équipe et le ministère, sont-ils, dans un premier temps, à la

taille? Est-ce qu'ils répondent aux délais? Nous avons des

questions sur les listes d'attente. Il y avait des constats de faits, mais pas

tout à fait à l'appui de la documentation, de toute façon, la documentation

connue et distribuée. Les délais, j'en ai plusieurs, lettres, qui parlent d'une

grande inquiétude là-dessus. À

titre d'exemple, Charles Roy, président de

l'Association des psychologues, lors d'une correspondance

avec moi, a dit, et je le cite : «Pour l'instant, la population est

grandement pénalisée. [À

titre d'exemple] il faut parfois plus d'un an

d'attente afin de consulter un psychologue. Ces délais entraînent trop souvent

des conséquences graves et parfois

irréversibles [telle une tentative] de suicide, [de la] violence envers les

enfants, [l'anxiété] qui empêche d'apprendre ou de travailler, [le]

développement d'une dépendance, etc. [...]lorsque la personne réussit à

rencontrer un psychologue, elle doit souvent faire le constat que le suivi est

raccourci...»

Bon, alors, il y a

des délais, et je veux prendre une seconde, on va en parler plus. Oui, oui,

moi, je vais parler souvent des psychologues. Je comprends et je respecte le

voeu du ministre d'assurer que les gens sont répondus quand ils ont un problème

et que la solution soit à la taille. Et j'en conviens, j'en conviens, ce n'est

pas toujours un psychologue qui est indiqué, mais, quand on parle des problèmes

majeurs, oui, c'est souvent le cas. Et je trouve ça inquiétant qu'on n'en parle

pas trop souvent, des psychologues. Il y en a plein qui aimeraient se

rebrancher au secteur public, mais il faut que les conditions soient à la

taille. Nous avons assez de psychologues, il faut qu'ils soient déployés de la

bonne façon.

Le ministre, par ses

actions, et sa bonne foi, et son expertise, m'indique qu'il comprend qu'on est

devant un enjeu énorme. En même temps, il n'était pas prêt, l'autre jour, à

qualifier ce qui est devant nous comme une crise. Il parlait des premiers pas quand il parlait de son programme

d'intervention de 25 millions de dollars. Oui, nous sommes devant une crise, et

j'espère que le ministre responsable va rectifier le tir en tout ce qui a trait

à ça.

Quand on parle d'une

crise, et je veux revenir là-dessus et je vais en parler davantage, hier, les

députés de la CAQ, évidemment sur les instructions de leur leader, ont refusé

notre main tendue pour un mandat d'initiative, devant cette commission, avec

l'idée non partisane d'assurer que les experts, les chercheurs, les

intervenants, les usagers, les parlementaires soient au rendez-vous pour

accompagner ce gouvernement et ce ministre dans les gestes à poser. La réponse

a été non. Et la réponse, «non», n'était pas juste offerte à moi, au député de

Gouin, au député des Îles-de-la-Madeleine, qui étaient là, ça a été offert,

pour commencer, aux 43 ordres, des psychologues, pédiatres, travailleurs

et travailleuses sociaux, infirmiers, infirmières, qui m'ont écrit avec des

lettres publiques pour dire comment c'était important d'aborder cette question

de façon systémique. En tout cas, nous, on ne va pas lâcher, mais je tiens à

noter qu'on a été très déçus par la réponse.

Bon, l'autre chose,

et on va en parler, nous avons une proposition structurante et structurée pour

l'accès à la psychothérapie universelle publique, et on va en parler, et on va

être à la recherche des réponses, M. le Président, parce que ce n'est pas la

panacée, mais les gens sont en crise, et nous sommes à la recherche des

réponses. Le premier ministre nous invite, il nous donne le défi d'avoir des

propositions claires et nettes. En voilà deux : notre mandat d'initiative,

qui a été refusé, deuxième, cette proposition pour l'accès universel à la

psychothérapie. On va être à la recherche des réponses ce matin. Merci.

Le Président (M.

Provençal)

: Merci, M. le député. M. le

ministre, je vous donne un droit de réplique.

M. Carmant :

Oui. Merci beaucoup, M. le Président. Bonjour, tout le monde. Je tiens à saluer

le député de D'Arcy-McGee, qui nous invite ce matin à une belle discussion, et

j'apprécie le ton, et je vais faire de même, son collègue de Nelligan aussi,

toujours un plaisir, député de Gouin, coleader, enchanté, Mme la députée de

Roberval, plaisir de vous revoir ici ce matin, merci de m'accompagner, députée

de Charlevoix, merci d'être là, et le député de Beauce-Sud, je vous remercie

d'être là, ainsi que les gens du ministère qui nous accompagnent.

Oui, le problème

d'accès aux soins en santé mentale, M. le Président, c'est un problème majeur.

C'est un problème qui m'interpelle beaucoup. C'est un problème qu'il faut

réussir à régler. Ce qu'il est important de savoir, c'est : Le problème d'accès aux soins, d'où vient-il? Puis, si on veut trouver des solutions, il faut

comprendre le problème.

Le gouvernement

précédent a fait une révolution de structure dans le réseau de la santé. Moi,

j'ai accepté l'appel du premier ministre pour faire une révolution de culture

dans le réseau de la santé. Puis ce que j'aimerais vous parler, pour répondre à

la première question du député de D'Arcy-McGee, c'est un concept qu'on appelle

l'interdisciplinarité, un concept que le Parti libéral a toujours ignoré.

Comment on est

arrivés à des listes d'attente aussi importantes? Moi, je pense que la première

chose... et, si la santé mentale était si importante, moi, je

pense qu'il faut regarder les investissements qui ont été faits au fil des ans en santé mentale. 2015‑2016, après le Plan d'action en santé mentale 2015‑2020, aucun

investissement, M. le Président, zéro, pas un sou. Quand même

particulier. Quand on dit que le tiers des consultations sont pour des

problèmes de santé mentale, comment, en une année, un gouvernement peut décider

de ne pas investir un sou en santé mentale? Je suis tombé de ma chaise, quand

j'ai vu ça, vraiment tombé de ma chaise.

2016‑2017,

30 millions de dollars pour des places en santé mentale, ça, c'était

intéressant, 50 millions l'année suivante et un 25 millions en

2018‑2019. Et là-dedans, il y avait un 15 millions qui était investi pour

les jeunes, pour l'accès aux psychologues pour les jeunes.

Là-dedans aussi, il y avait un projet qu'ils

ont... que je vais revenir un peu plus tard dans le cours de mes discussions,

qui s'appelle le PQPTM. C'est important de le positionner, le PQPTM. À

l'époque, ça s'appelait le plan québécois de psychothérapie pour les troubles mentaux, et le but,

c'était vraiment d'offrir des services en psychothérapie pour ceux qui avaient des troubles de santé

mentale. Un petit peu ce qu'ils vont nous proposer aujourd'hui à un coût de

300 millions de dollars. Ce qu'il faut

noter, c'est que, quand ça avait été proposé par les libéraux, à l'époque,

l'investissement prévu était de 35 millions de dollars. Donc,

comment concilier ces deux... ce qu'ils nous proposent aujourd'hui avec ce

qu'ils avaient budgété auparavant?

Donc,

moi, le travail que je me suis mis... ce que j'ai décidé de faire, puis j'ai

pris mon expérience de clinicien quand j'étais neurologue à l'Hôpital

Sainte‑Justine, c'est l'interdisciplinarité. Moi, quand j'ai commencé mon

travail, je m'occupais des enfants avec des épilepsies très sévères, qu'on

devait opérer pour contrôler leurs crises d'épilepsie. Puis j'ai remarqué, après 15 ans de pratique, que, oui, les enfants étaient guéris de leur problème

épileptique, mais ils étaient pris avec des lourds problèmes de santé

mentale, de très lourds problèmes. 35 % à 50 % des patients

épileptiques ont des problèmes de santé mentale.

Je me suis mis à

réfléchir à comment on peut améliorer ça, et la façon qui était la plus

intéressante, c'était de créer des équipes

multidisciplinaires, donc avec de nombreux spécialistes qui peuvent aider au

niveau de la santé mentale, mais qui

travaillent ensemble, pas une personne qui fait tout puis qui décide tout, des

intervenants, des travailleurs sociaux, des psychologues, des

psychoéducateurs, des éducateurs spécialisés, des infirmières, des infirmières

spécialisées qui travaillent ensemble. Et chacun a son rôle dans l'équipe,

chacun voit le fameux... le bon patient au bon moment. Donc, c'est ça qui est

important pour améliorer le service et pour améliorer l'accès aux soins pour

ces gens qui ont des problèmes de santé mentale.

Alors, quand on est

arrivé et qu'on a voulu améliorer le réseau pour les patients qui ont des problèmes

de santé mentale, on a voulu voir quelle est la liste d'attente pour introduire

ce changement de mentalité. Bien, quand on a

ouvert la porte, on a trouvé 28 000 personnes en attente de services

en santé mentale, 28 000. C'est spectaculaire. Comment est-ce

arrivé? Par manque d'investissement, M. le Président. Par manque

d'investissement au cours des années précédentes. Alors, d'entrée de jeu, et

ça, ça montre notre intérêt pour la santé mentale, dès le premier forum qui a

été effectué, on a investi un 20 millions de dollars pour s'attaquer à

cette liste d'attente là.

Et je suis très

heureux de dire qu'on a réussi à la diminuer, mais elle est encore beaucoup

trop longue. Elle est rendue à

16 millions... 16 000 personnes sur la liste d'attente. Mais

qu'est-ce que l'on veut faire pour complètement l'éliminer? Alors, c'est ce changement-là qu'on veut introduire,

l'interdisciplinarité. Ce qu'on dit, c'est qu'actuellement 70 % des

gens qui sont sur les listes d'attente en santé mentale sont en attente pour un

service en psychologie ou en psychiatrie. Donc, c'est pour ça que les délais

d'attente sont si longs pour le psychologue ou pour le psychiatre. Les gens avaient créé les guichets d'attente en

santé... les guichets d'accès en santé mentale, mais les portes ou les

différentes options thérapeutiques sont relativement minimes.

Donc, nous, ce qu'on

veut, c'est introduire cette interdisciplinarité-là, ajouter des gens dans les

équipes de santé mentale pour qu'ils

puissent voir les patients le plus rapidement possible. On veut inverser ce

ratio de 70 %-30 % pour que 70 % des gens aient des

services rapidement en première ligne. Et c'est pour ça qu'on a modifié le

fameux PQPTM, un programme québécois pour les troubles mentaux, qui va nous

permettre de vraiment donner un accès beaucoup plus rapide à toutes les

personnes qui désirent avoir des services en santé mentale.

Maintenant, c'est sûr

que la pandémie, c'est quelque chose qui nous a affectés et qui a augmenté les

besoins, comme l'a si bien souligné le

député de D'Arcy-McGee, mais, d'entrée

de jeu, comme je vous dis, nous, on

avait déjà investi 20 millions de dollars en

santé mentale la première année, en 2019‑2020, et, cette année, on a fait un investissement dans notre budget régulier

de 90 millions de dollars, un investissement significatif. Donc, en deux

ans, on a investi plus que lors des quatre des années précédentes.

Même ma collègue, qui

est maintenant ministre de l'Éducation supérieure et qui est travailleuse

sociale de carrière, elle avait vu venir le coup de l'impact de la pandémie sur

la santé mentale des Québécois. Elle l'avait bien vu venir. Donc, d'emblée, dès le 6 mai 2020, elle avait déposé un

plan d'action pour la santé mentale dans un contexte de pandémie. Et ce

plan d'action là était soutenu d'un budget de 31,1 millions de dollars, M.

le Président, ce qui nous a permis de

recruter 320 ressources interdisciplinaires en santé mentale : des

travailleurs sociaux, des infirmières, des psychologues, des psychoéducateurs,

toute la panoplie de gens qui sont requis pour soigner rapidement

les Québécois.

En plus, on a investi

dans les lignes d'accès téléphoniques, le 8-1-1, Info-Social, Tel-Jeunes, les

ressources importantes, parce que

ce ne sont pas les troubles mentaux qui sont accrus par la pandémie, c'est la

détresse psychologique, et l'anxiété, et le stress, donc des choses dont

on a besoin d'avoir de l'aide rapidement, et ces ressources-là, rapides, sont disponibles au téléphone pour tous les Québécois,

et l'accompagnement se fait suite à ces appels, soit à Tel-Jeunes,

soit à la ligne Info-Social, 8-1-1.

Par exemple, pour Tel-Jeunes, on a spécifiquement investi 1,4 million de dollars

depuis le début de la pandémie. Pour les femmes et pour le réseau de la

santé, on a investi 14 millions de dollars pour la santé psychologique des

travailleurs du réseau de la santé, en augmentant l'accès au plan d'aide aux

employés, en augmentant les séances de cinq à huit et, encore une fois, je le

redis, les ressources sont disponibles, il faut que tous les Québécois se

sentent à l'aise de les utiliser. N'attendez

pas, si vous sentez de la détresse, si vous connaissez quelqu'un qui ressent de

la détresse, dites-leur d'utiliser

ces ressources-là, dites-leur d'appeler le 8-1-1, Info-Social, dites-leur

d'appeler Tel-Jeunes, dites-leur de regarder au niveau des plans d'aide

aux employés. Nous avons commencé à investir et nous allons continuer à

investir. Et là on a fait une mesure ciblée pour les jeunes parce qu'on a pris

un certain retard pour améliorer la condition des jeunes.

Le Président (M.

Provençal)

: Merci, M. le ministre. Je me

dois de céder maintenant la parole au député de D'Arcy-McGee.

M. Birnbaum :

Merci, M. le Président. Bon, écoutez, le ministre responsable a pris quelques

minutes pour faire le procès de l'ancien gouvernement. Je ne vais pas

embarquer. Je serais très fier de le faire, mais on est ici pour regarder de

l'avant. Je me permettrai deux seuls commentaires, que les racines du programme

très prometteur qu'on propose ont été semées de façon assez rigoureuse lors de

notre mandat. Et on peut regarder toutes nos actions et trouver des racines de

données probantes d'un genre de processus scientifique, ce qui est souvent

absent dans les réponses, qui sont un petit peu à la pièce, actuellement. Mais

on va rester sur ce qui est devant nous, parce que la question est trop

sérieuse.

veux juste faire quelques autres allusions à l'étendue du problème, parce

que quelques-uns des programmes dont

le ministre responsable parle sont sûrement

importants et nécessaires, mais, une autre fois, est-ce qu'il s'adresse... Trois choses. Est-ce qu'il s'adresse à

ce qui est de plus en plus une réalité triste, c'est ce que nous sommes, devant

une pandémie qui va perdurer? Deuxièmement, sont-ils conçus suite à un

diagnostic avec deux caractéristiques : étendues et claires, et transparentes

et disponibles aux experts, pour ne pas dire aux parlementaires? Nous avons

quelques questions là-dessus. Et il faut se rappeler que la raison pourquoi on

pose ces questions, M. le Président, c'est parce que ça commence à être

difficile de voir du monde touché par la crise sanitaire, c'est-à-dire...

presque 5 millions de Québécoises et Québécois, qui ne sont pas à la fois

touchés par la crise de santé mentale.

M. le Président, je

vais convenir avec le ministre que c'est primordial de faire un triage. Oui,

des lignes 800, des Tel-Jeunes, ces

services de même sont d'une importance capitale, et je n'aurai rien de mal à

dire, c'est très important. Mais, deux

choses, le suivi, à l'autre bout du

téléphone, est-ce que c'est évident? On parle d'avoir à rejoindre

325 000 personnes. Au bout du téléphone, est-ce que le suivi est documenté?

Est-ce qu'il y aurait des délais très dangereux pour faire en sorte que ces

gens ont des risques de voir leur condition s'empirer? Voilà les questions. Et

voilà pourquoi on cherche une réponse globale et à la taille de cette crise,

comme je dis, qui va être avec nous pour long terme.

Ce n'est pas anodin,

quand on voit les témoignages chaque jour qui touchent aux gens qui sont des

piliers de notre société. Juste cette

semaine, dans La Presse , et je cite : «Devant des

statistiques troublantes sur la santé mentale et le suicide chez les

policiers, l'une des plus importantes associations policières du Québec exige

que le gouvernement [...] mette en place au plus vite une réforme afin d'offrir

une aide psychologique adéquate à ses membres.» C'est la Fédération des

policiers et policières municipaux du Québec, et ça regroupe quelque

5 000 personnes.

Un expert en santé

mentale d'Université McGill, et je le cite : « Au-delàde l'impact

traumatique sur les familles dans les populations les plus touchées par le

nouveau coronavirus, aînés, personnes souffrantes de maladie chronique,

population en situation de précarité, les mesures de confinement des derniers

six mois ont entraîné une perturbation sans précédent de la vie de tous les

jours de nos citoyens. L'isolement, la peur, la polarisation et, pour beaucoup

de Québécois et de Québécoises, la perte des moyens de subsistance, du support

de leurs proches, de leur liberté de mouvement et du cadre de signification et

fierté que leur vie leur apportait doivent être considérés comme une véritable urgence de santé publique dont

l'ampleur surpasse de très loin la menace de la maladie. Dans ce contexte,

il est d'une importance cruciale de déployer

des ressources, du personnel, de la recherche et des campagnes d'information

publiques pour remédier à la détresse de nos concitoyens.» Et ça continue,

c'est Samuel Veissière.

Le Président (M.

Provençal)

: Merci. Merci, M. le député.

Alors, M. le ministre, à vous la parole.

M. Carmant :

Oui, merci beaucoup. J'aimerais alors expliquer un petit peu à tout le monde

ici qu'est-ce qu'on veut faire comme changement avec ce Programme québécois

pour les troubles mentaux, et ça va faire du sens avec ce que je viens de vous

expliquer.

Donc, on a un budget

de 35 millions de dollars. On a beaucoup de personnes à voir. On a des

délais d'attente. Comment on peut améliorer les choses? Alors, on parle de

données probantes. Ce que les données probantes et la recherche ont montré en

santé mentale, c'est que beaucoup des problèmes peuvent être réglés par ce

qu'on appelle des autosoins. Beaucoup d'individus ont en eux des... malgré les inquiétudes

ou malgré la détresse qu'ils ont, ils ont en

eux beaucoup, très souvent, la solution pour répondre à leurs problèmes

de santé mentale. Et, pour ça, il faut apprendre à

travailler sur ses forces et à changer son approche face aux problématiques que

l'on vit dans notre vie quotidienne.

Donc,

ça... Donc, des programmes d'autosoins ont été développés, et nous, on veut les

mettre de l'avant comme première étape de la prise en charge des

problèmes de santé mentaux. Et, en plus, on a développé également des

applications, des applications d'autosoins, qui sont disponibles. D'ailleurs,

on a profité de la pandémie pour mettre la première sur notre site Web, qui

s'appelle Aller mieux à ma façon, qui permet justement de reconnaître nos

forces et de travailler dessus pour améliorer nos problèmes de santé mentale.

Donc, avec ça, on pense qu'on va déjà régler une bonne proportion des problèmes

que les gens vivent actuellement.

Ensuite,

la deuxième étape, ça devient la thérapie individuelle ou de groupe, qui ne

nécessite pas nécessairement des psychologues. Ça peut être fait par des

travailleurs sociaux, ça peut être fait par des psychoéducateurs, ça peut être

fait par des éducateurs spécialisés, des infirmières en santé mentale, des

infirmières praticiennes également. Donc, on a un gros bassin de professionnels

qui peuvent venir nous aider à régler les problèmes de santé mentale. Puis

c'est évidemment... Je me suis informé à propos des thérapies de groupe.

Malgré

la pandémie, plusieurs ont transformé ces thérapies de groupe là en séances

virtuelles, et ça fonctionne très bien. On a des données probantes claires

là-dessus.

Et là, en

troisième étape, arrive la psychothérapie. Et là, effectivement, on a besoin de

l'aide des psychologues. D'ailleurs, je me suis fait un devoir de

contacter Mme Grou, la présidente de l'Ordre des psychologues, et je lui

ai expliqué ça. Je lui

ai dit : Deux choses que je veux voir avec vous. Pourquoi les psychologues ne se joignent pas au réseau

public? Qu'est-ce que je peux faire

pour vous aider? Et ensuite comment vous allez nous aider à vider cette liste

d'attente, qui, je l'avoue, est beaucoup

trop longue? Mais, sur 16 000,

il y en a peut-être juste 5 000 qui ont besoin de psychologues. Pas 15 séances pour tous les Québécois, M. le

Président, là. 15 séances pour tous les Québécois, c'est... je veux dire,

moi, je vais être le premier à me

mettre en ligne si c'est offert, là. Mais ce qu'on veut, c'est vraiment aider

ceux qui en ont besoin, avec les bonnes caractéristiques du soignant.

Donc, j'ai parlé à Mme Grou. On va

travailler ensemble. Ce qu'on a décidé, c'est que, un, on allait... Elle m'a beaucoup parlé du manque d'autonomie des

psychologues dans le réseau de la santé. Puis ça, je l'avoue, je l'ai vu

moi-même quand j'étais neurologue, souvent,

il se font imposer des approches, ils se font limiter leur liberté professionnelle, et moi, je suis d'accord

avec elle, c'est quelque chose qu'on doit changer. Et je leur ai demandé de

travailler sur une requête pour avoir accès aux services de psychologie dans le

réseau public.

L'autre chose aussi, je leur ai dit qu'on allait

travailler également pour les intégrer, incluant les psychologues qui sont dans

le réseau privé, pour nous aider avec le programme PQPTM. D'ailleurs, le

premier geste que j'ai fait — elles avaient offert un certain nombre

d'heures pour nous aider avec le dépistage et la vaccination dans le contexte de la COVID — je leur ai dit, encore une fois : Ce n'est

pas la meilleure façon d'utiliser vos caractéristiques et votre éducation. Nous, ce qu'on veut, c'est que vous veniez nous

aider dans la santé mentale, et on s'est entendus là-dessus également. Donc, ça va être deux

choses très importantes pour le déploiement du PQPTM au cours des prochains

mois et parce que c'est un changement de culture qui va se faire sur à peu près

une période d'un an ou deux.

Maintenant,

juste pour aborder, parce que le temps passe vite, l'aspect «travailler

ensemble», moi, M. le Président,

j'ai été le premier à travailler avec les oppositions. Sur tous mes dossiers,

on avait des rencontres régulières pendant la première vague et, tout

récemment, on a eu un appel avec les différents membres de l'opposition pour

parler du plan d'action interministériel en santé mentale. C'est ce qu'on avait

débuté avec les forums et c'est ce qu'on va continuer tout le monde ensemble.

J'ai mentionné mes objectifs, et je veux qu'on continue à travailler ensemble.

Le Président (M. Provençal)

: Merci. Je dois céder, maintenant, la parole au député

de... Beauce-Sud, excuse-moi, pour la première intervention.

M. Poulin : C'est vous, M., le

député de Beauce-Nord.

Le Président (M. Provençal)

: Beauce-Sud, s'il vous plaît.

Poulin : Mais, vous savez, c'est une grande Beauce, plus de

40 municipalités, deux comtés fort intéressants. Content de vous retrouver, chers collègues. Je

veux saluer, évidemment, M. le ministre, les gens qui l'accompagnent...

la personne, en fait qui l'accompagne, son directeur de cabinet, Mme la députée

de Roberval, Mme la députée de Charlevoix—Côte-de-Beaupré, les gens qui nous

accompagnent. M. le député de D'Arcy-McGee, merci pour cette demande de nous

réunir. M. le député de Nelligan, M. le député de Gouin, très content d'être

avec vous aujourd'hui, effectivement, pour parler d'un sujet dont on a trop peu

parlé au cours des dernières années à l'Assemblée nationale.

Et j'entendais le député de Gouin, ce matin,

parler de fast-food de la santé mentale, qu'il attribuait au précédent

gouvernement, et, effectivement, on n'a pas suffisamment abordé cette

question-là au cours des dernières années,

et on se trouve dans une situation, aujourd'hui, comme nouveau gouvernement,

parce que, oui, après deux ans, on

demeure quand même un nouveau gouvernement, de mettre en place toutes les

balises afin de s'assurer qu'on puisse répondre aux besoins criants en

matière de santé mentale au Québec.

Aujourd'hui, il y a deux circonstances qui sont

assez importantes. Tout d'abord, vous savez, nous sommes la première journée

précédant le jour du Souvenir, où les vétérans, nous leur rendons, de façon

assez importante hommage. Alors, ça, je

tiens à le souligner, M. le Président, parce

que, lorsqu'on parle, évidemment, de santé mentale, de choc

post-traumatique, de l'impact... qu'on peut avoir vécu certaines choses dans

notre vie et qui nous suit par la

suite, eh bien, nos vétérans, M. le Président — et je

sais que vous êtes très près de votre légion également — sont

des gens assez exceptionnels qui font beaucoup

pour nos militaires ayant vécu des troubles dans différentes missions à

l'étranger, ou autres. Alors, je tiens à saluer tout d'abord nos

vétérans et nos militaires, et notre gouvernement, et je sais que le gouvernement

fédéral aussi souhaitent être à leur écoute sur leurs besoins, surtout des gens

qui ont combattu pour nos droits et libertés. Alors, ça, c'est un des premiers

volets.

L'autre

volet, bien, évidemment, on le sait, on est dans une pandémie mondiale assez

importante, et la jeunesse québécoise a évidemment, comme nos aînés mais comme l'ensemble de la population,

été extrêmement touchée par cette pandémie, peut-être pas

au niveau du virus qu'est la pandémie, mais évidemment au niveau de la détresse

et de l'anxiété.

Le souhait que les jeunes puissent trouver leur

place dans la société québécoise, M. le Président, est un souhait qu'on doit

tous partager, à la fois au niveau de l'éducation, à la fois au niveau du système

de santé, et si l'anxiété a monté chez la jeunesse québécoise au cours des

dernières années et que la pandémie vient exacerber ça, c'est qu'on doit

davantage guider nos jeunes vers l'atteinte d'objectifs. Et, vous savez, je

suis adjoint parlementaire au premier ministre, responsable des dossiers jeunesse — on déposera un plan dans les prochains mois — et,

lorsque je rencontre les jeunes, la

question qui revient souvent, c'est : Qu'est-ce que je veux faire

dans la vie? C'est quoi, mon rêve? C'est quoi, mon objectif?

Est-ce qu'on a suffisamment de modèles pour nos jeunes à travers le Québec? Est-ce qu'on sait exactement

ce qu'ils veulent faire dans la vie? Et tout ça amène une anxiété et une détresse

si on n'est pas capable très tôt, et parfois

même dès l'école primaire ou dès l'école secondaire, comme on dit, d'aligner

nos jeunes dans la vie, donc, et les

jeunes nous disent : Comment voulez-vous que je fasse un choix de carrière

en cinquième secondaire quand je ne me connais même pas? Et je trouve ça

assez probant et assez important.

Alors, c'est pour ça qu'il faut mettre un

climat, des outils autour de la jeunesse québécoise très tôt face à

l'intimidation, face à la cyberintimidation, face au harcèlement que nos jeunes

vivent, parce que, vous savez, il y a longtemps, l'intimidation à l'école, ça

se terminait à 15 heures, 15 h 30, aujourd'hui ça se poursuit

après 15 heures, après 15 h 30, et toute la soirée, et très tôt

le matin. Je voyais récemment un humoriste qui disait : On devrait fermer

Twitter à minuit. Je trouvais l'idée tout de même pas mauvaise de dire :

On devrait se déconnecter le plus souvent possible. Et d'ailleurs mon collègue

le ministre a fait un forum, justement, qui porte sur la santé mentale chez les

jeunes mais aussi sur tout l'enjeu de déconnexion des jeunes, qui est aussi

important et qui nous permet de nous rééquilibrer dans la vie, et ça, c'est

important de le rappeler.

Le ministre

y a fait allusion, Tel-Jeunes, je les ai rencontrés, l'été dernier, et j'ai

visité leurs bureaux, une équipe exceptionnelle. Le ministre a ajouté

500 000 $ lors de la première vague. On vient d'ajouter un autre

900 000 $. Ce sont des professionnels à l'écoute, qui détiennent des

données importantes pour les jeunes du Québec. On doit les appeler, on doit faire appel à eux. Et un service

qui est peu connu, c'est la ligne info-parents. Parce que, quand les jeunes

ont de l'anxiété, très souvent aussi les parents se posent des questions

sur... comment agir, comment être à l'écoute, quoi faire. Alors,

j'invite vraiment les gens à aller faire un tour sur le site Internet de

Tel-Jeunes. On les supporte, on met les sommes financières au rendez-vous pour

pouvoir les aider. Merci, M. le Président.

Le Président (M. Provençal)

: Merci, M. le député. Alors, M.

le député de D'Arcy-McGee.

M. Birnbaum : Merci, M. le Président.

Le ministre responsable a parlé d'avoir tendu la main, qu'on a acceptée. Nous avons un briefing, une discussion,

mais pour que le ministre de la Santé, en période

de questions, m'offre ça et

suggère, précis, comme réponse à notre demande, comme je dis, appuyée par toutes

sortes d'intervenants pour le mandat

d'initiative pour nous assurer que nos réflexions globales, y compris avec les

parlementaires, sont à la taille du problème, de répondre qu'il y avait

un appel très apprécié, et j'espère qu'il y en aura d'autres, constructifs,

j'en conviens, ce n'est pas une réponse à notre demande. J'espère qu'il y aura

d'autres opportunités de même. Mais de là, de là à impliquer du monde pour

aider ce gouvernement à trouver les bonnes solutions à ce qu'il soit

transparent, ça nous interpelle tous. Alors, je reste très déçu de la réponse

de la CAQ contre un mandat d'initiative, surtout quand je me permets de citer

le ministre responsable dans une autre intervention en Chambre.

Oui, il a

noté que les conséquences psychosociales spécifiques à la pandémie de la

COVID-19 sont actuellement inconnues. Premièrement, il y a de plus en

plus de recherches là-dessus, mais est-ce que ce n'est pas un constat que nous avons la responsabilité, tous, de se mettre à

l'oeuvre pour avoir les solutions qui vont toucher les gens en région, les

agriculteurs, les entrepreneurs, dont va parler mon collègue tantôt? Y a-t-il

des réponses systématiques? Le ministre responsable parlait de ces

discussions, à juste titre, avec Mme la Présidente de l'Ordre des psychologues.

Il faut... Il n'y a pas... Qu'on s'entende, et je ne suis pas ici pour livrer

la marchandise pour des psychologues, je suis ici, comme est notre responsabilité, pour voir comment on peut être au rendez-vous pour les Québécoises et les Québécois

en détresse.

Mme Grou a constaté publiquement que l'initiative

annoncée par le ministre responsable cette semaine n'était pas assez et probablement trop tard. Donc, c'est un départ. Oui, c'est un

départ, mais elle-même a constaté que ce n'était pas une réponse étendue

et complète. On ne cherche pas des résultats miracles chaque matin, mais on

cherche à savoir que chaque geste est fait de façon systémique, réelle

et réaliste.

Et ça va

coûter de l'argent. On parle du 31,1 millions de dollars qui a été, en

quelque part, annoncé ou réannoncé le 6 mai par la vice-première

ministre et ensuite redéfini et encadré dans les mois qui suivaient. Et, comme

je dis, on parlait d'un objectif atteint de

joindre quelque 325 000 personnes, mais de quelle façon, par qui?

J'entends le ministre. J'entends le

ministre, je ne veux aucunement dénigrer la qualité, le professionnalisme et le

rôle à jouer des travailleurs, travailleuses

sociales, des intervenants de première ligne, même les gens sensibles et

bénévoles au sein de leur communauté qui sont à l'autre bout du téléphone,

mais, quand on est devant de plus en plus d'exemples de dépressions majeures,

il y a des réponses qui s'imposent. Pas nécessairement 15 sessions de

psychothérapie — souvent,

oui — mais

que cette personne en crise soit identifiée et suivie de façon importante.

Des dons qui... des subventions qui ont été

données à Tel-Jeunes, justement, très important, pour les maisons d'hébergement

pour les femmes victimes de violence, très important, mais nous entendons sans

arrêt des délais énormes. La ligne de Montréal, d'urgence, constate une

augmentation de clientèle de 260 %. Ils parlent des délais de plus qu'une

heure pour avoir une réponse au téléphone. Quand nous sommes en détresse, M. le

Président, ce n'est pas suffisant. Donc, une autre fois, est-ce qu'on peut

identifier les mesures de façon pérenne et nécessaire qui vont avoir leur

étendue partout au Québec?

Le Président (M. Provençal)

: Merci, M. le député. M. le ministre.

M. Carmant :

Merci, M. le Président. Peut-être... J'aimerais quand même dire deux petits

points de correction ou d'ajustement, là. Je comprends ce que le député de D'Arcy-McGee a dit, mais il y a également des organismes

communautaires qui nous ont demandé d'aller de l'avant et de continuer ce qu'on

avait débuté l'an dernier pour arriver avec un plan

d'action interministériel le plus rapidement possible. Puis, à la rencontre

qu'on avait eue avec les oppositions, j'avais clairement établi c'est quoi,

le... Parce qu'ils nous disent toujours... ils nous disent souvent qu'on n'a

pas de vision à long terme, qu'on y va coup par coup ou petit bout par petit

bout, mais la vision, elle est là. Et ce qu'on veut vraiment, c'est trois

grandes choses : améliorer l'accès aux soins pour tous les Québécois en santé

mentale, puis je vous ai expliqué un peu comment on voyait ça, à travers le

PQPTM, intégrer, et c'est ça, l'aspect interministériel qui est si important,

mieux intégrer les gens qui ont des problèmes de santé mentale dans toutes les

sphères d'activité de la vie, et ça, ça va demander vraiment beaucoup de

travail entre nous, et le troisième point, qui était très important pour moi, également,

c'était l'aspect de déstigmatisation des problèmes de santé mentale, surtout en

tenant compte de la composante ethnoculturelle, qui fait que beaucoup des gens

des différentes communautés n'osent pas consulter pour des problèmes de santé

mentale.

Maintenant, pourquoi avoir fait une action

spécifique cette semaine, ciblée pour les jeunes? Encore une fois, il faut

regarder les chiffres et voir qu'au cours des dernières... de la dernière

année, nous avons diminué la liste d'attente de façon significative, comme je

disais, de 28 000 à 16 000, mais la grande

partie de cette diminution

des listes d'attente s'est faite dans la clientèle adulte, où ça a reculé de

près de 48 %. Malheureusement pour les jeunes, l'amélioration est plus

d'autour de 20 %. Donc, nous, ce qu'on voulait, c'est vraiment entraîner

un rattrapage très rapide de l'accès aux services pour les jeunes. Donc, il

fallait vraiment ajouter des professionnels dans ces équipes-là pour, encore

une fois, donner plus facilement l'accès aux services à tous les jeunes que

l'on peut rencontrer avec des problèmes de santé mentale, qui vont du trouble

d'attention jusqu'à la dépression, comme on a mentionné.

Puis l'autre chose qui était superimportante

pour moi et puis qui n'est pas mentionnée dans l'investissement en santé

mentale, parce que

c'est plus un investissement en santé publique, c'est l'aspect éducatif sur la

santé mentale. Moi, je pense que... Puis un des objectifs

que j'avais dans ce changement de culture dont on parle, c'est d'apprendre à

nos jeunes à mieux gérer leur santé mentale, leur apprendre c'est quoi, les six

émotions de base, leur apprendre comment interagir avec les autres jeunes ou

avec les adultes, leur apprendre à reconnaître ce qui est des signes

temporaires d'avoir... de tristesse versus des signes plus permanents de

dépression, leur apprendre à améliorer leur estime de soi, qui est quelque

chose de superimportant pour nos jeunes si on veut lutter contre les problèmes

de santé mentale, leur apprendre leurs droits à certains aspects fondamentaux

de la vie.

Donc, c'est pour ça qu'avec le ministre de

l'Éducation on travaillait depuis deux ans sur un plan, qui a finalement été

approuvé cette année, de 30 millions de dollars pour amener des

intervenants psychosociaux et des intervenants en dépendance dans toutes les

écoles publiques et privées du Québec. Et pourquoi les deux aspects santé mentale et dépendance? C'est parce que c'est deux

aspects qui sont extrêmement interreliés, M. le Président. Beaucoup de

nos jeunes font de l'autosoin, quand ils ont des périodes difficiles, avec...

en consommant des substances, et beaucoup

de... bien, pas beaucoup, mais un nombre significatif de jeunes qui consomment

très tôt vont avoir des problèmes de santé mentale. Donc, on voulait vraiment

avoir un impact sur les deux aspects, et là je pense que, pour le long terme,

ça regarde très bien pour nos jeunes. On compte déployer les services le plus rapidement

possible, d'ici la fin de l'année scolaire ou, au pire, au début de la

prochaine année scolaire, mais on veut vraiment avoir un impact sur la santé mentale de tous nos jeunes, donc leur

apprendre à mieux comprendre ce qu'ils vivent à tous les jours et à combattre

cette détresse qu'ils ressentent.

Donc, à ce niveau-là, c'est un gain significatif

pour moi, et, encore une fois, je pense qu'on veut inclure les psychologues

dans la lutte contre les délais d'attente pour les jeunes.

Le Président (M. Provençal)

: Merci, M. le ministre. Je vais céder la parole à la députée

de Charlevoix—Côte-de-Beaupré.

Mme Foster : Merci, M. le Président.

Très heureuse de vous retrouver, chers collègues, ce matin. Salutations au

ministre et à son chef de cabinet. Salutations également à la députée de

Roberval, le député de Beauce-Sud, les personnes qui accompagnent, également

les collègues de l'opposition, donc député de Nelligan, M. le député de

D'Arcy-McGee, qui nous permet ce matin, là, de se réunir pour parler du sujet

très important qu'est la santé mentale, et M. le député de Gouin.

Vous savez, l'importance de l'interpellation ce

matin, c'en est une, bon, qui parle de la santé mentale, mais, vous savez,

pendant longtemps, là, les problèmes de santé mentale, là, ça a été tabou. Et,

là-dessus, je rebondis sur ce que le ministre

disait tout à l'heure, la déstigmatisation, parce que, vous savez, pendant

longtemps, ça a été tabou, mais, encore aujourd'hui, tous les combats ne sont

pas gagnés. Il suffit d'avoir quelqu'un... d'avoir une expérience personnelle,

d'avoir quelqu'un dans nos proches, quelqu'un qu'on voit s'enfoncer, quelqu'un

qu'on voudrait aider, mais qui ne veut pas consulter, pour toutes sortes de

raisons... Ce ne sont pas des situations humaines qui sont nécessairement faciles. Ce n'est pas toujours

facile de parler de sa détresse. Ce n'est pas toujours facile, parfois,

d'admettre qu'on a besoin d'aide. Ce n'est pas toujours facile.

Vous savez, comme gouvernement, on est très,

très sensible à la santé mentale. M. le ministre a eu l'occasion de vous

décrire toutes les actions qu'on pose. On est dans le concret pour aider les

gens. Mais je veux vous parler aussi de santé mentale avant de rebondir sur ce

qu'on fait comme gouvernement.

L'Institut national

de santé publique, au Québec, estime qu'il y a 12 % de la population qui

est aux prises avec des troubles, des

problèmes de santé mentale. C'est quand même un chiffre important. À

l'international, l'OMS, l'Organisation mondiale de la santé, estime

qu'il y a une personne sur quatre qui est aux prises avec des problèmes de

santé mentale. Et les problèmes de santé mentale se retrouvent, là, dans les

principales causes de morbidité, d'incapacité,

entre autres pour le travail, à l'échelle planétaire, et ces chiffres-là, c'est

en temps normal. Alors, imaginez maintenant, dans

le contexte de la COVID, avec l'isolement qui est généré par les mesures de

confinement, ce n'est pas toujours évident. Encore là, comme je le disais, ce

n'est pas unique au Québec, là, c'est une situation qui est internationale. Donc,

on peut imaginer que les proportions peuvent être encore plus importantes suite

à cette pandémie. Ça ne crée pas des conditions favorables, on va se le dire, à

la santé mentale. D'ailleurs, selon l'OMS toujours,

là, ils ont fait une enquête sur 130 pays, puis la pandémie, là, ça a

causé des perturbations ou une interruption de services en santé mentale

dans 93 % des pays, donc c'est quand même assez important. Mais à une

échelle plus micro, c'est-à-dire dans nos comtés, on le sent, on le sent, ça,

ce sont des chiffres nationaux, internationaux, que je vous ai cités, mais on

le sent dans nos comtés, ce n'est pas évident, on sent la détresse chaque jour.

Je pense que chaque collègue ici a

certainement des exemples en tête, qui nous viennent en tête, bon, des gens

atteints de schizophrénie qui voient, par exemple, leur situation se

détériorer, qui refusent d'ajuster la médication, des femmes, aussi, qui sont

aux prises avec des problèmes de violence conjugale et qui ne savent pas

comment contrer l'isolement, des jeunes, également,

sans antécédents, qui réussissaient bien, mais qui sombrent dans la dépression.

Mon collègue de Beauce-Sud, tout à l'heure, a eu l'occasion de parler de

la santé mentale chez les jeunes. Alors, ce sont des enjeux... Des gens qui nous

appellent avec des idées noires, qu'on réfère à des centres de prévention du

suicide, malheureusement, donc des gens, également, qui ont des attitudes plus

agressives qu'à l'ordinaire. La pandémie crée des situations qui ne sont pas

évidentes.

j'en profite au passage parce que, pour moi, c'est bien important, avant de

rebondir sur ce qu'on fait comme gouvernement, je veux vraiment saluer mes gens

sur le terrain, dans la circonscription de Charlevoix—Côte-de-Beaupré : La Marée, à

La Malbaie, L'Éveil Charlevoisien, qui est à Clermont et à

Baie-Saint-Paul, le Centre de prévention du suicide

de Charlevoix, Libre Espace, sur la Côte-de-Beaupré, à Sainte-Anne-de-Beaupré.

Bravo à toutes ces équipes-là qui se

dévouent, parce que c'est vraiment exceptionnel. On leur parle régulièrement.

Bien sûr, comme députés... comme gouvernement, on donne des sous, mais

comme députés, également, nous avons des montants de soutien à l'action

bénévole, qu'on leur octroie, parce que c'est important de pouvoir les

soutenir. Et bravo, chapeau à ces gens-là qui, dans ma circonscription, se

dévouent tous les jours. Votre travail est extrêmement précieux, il est très,

très, très précieux. Continuez votre beau travail.

Vous savez, tous ces

organismes-là de ma circonscription me le disent, la COVID, ça a amené... bon,

ça a amené des... ça a amené une exacerbation de tout ce qui est problèmes de

santé mentale, et, comme gouvernement, on a réagi. On avait déjà fait des

investissements avant la pandémie, comme le ministre l'a bien décrit. Il y a eu

un 90 millions dans notre budget normal. Le 6 mai dernier, on a

déposé un plan d'action en santé mentale. Il y avait un 31 millions qui

était soudé, là, cette enveloppe-là, au plan. On peut rehausser l'accès aux

services psychosociaux et en services de

santé mentale avec ça. On a annoncé cette semaine un 25 millions pour la

santé mentale pour les jeunes. Il y a un plan interministériel qui est

en cours. On a une vision. Alors, comme gouvernement, on agit. On sait que la

détresse, la santé mentale... la pandémie, ça a augmenté la détresse chez les

gens, la détresse psychologique. Et on agit, comme gouvernement.

Le Président (M. Provençal)

: Merci, Mme la députée. Je cède maintenant la parole au député de la

deuxième opposition, le député de Gouin.

Nadeau-Dubois : Merci, M. le Président. Je veux remercier d'abord le

député de D'Arcy-McGee, qui a pris le leadership de convoquer cette

interpellation ce matin. Je suis capable, c'est bien connu, d'être très critique

des décisions de sa formation politique par le passé, mais il faut donner au

député ce qui revient au député. D'initier ce débat aujourd'hui, à l'Assemblée

nationale, c'est une bonne idée. Je suis content d'y prendre part.

Je remercie, bien

sûr, l'ensemble des députés présents, et le ministre, bien sûr, un ministre à

qui je reconnais d'entrée de jeu qu'il est sensible à la question de la santé

mentale. Je sens que c'est important pour lui. Par contre, je remarque un

gouffre entre son niveau de sensibilité pour l'enjeu et les moyens qu'il prend,

et c'est de ça dont je veux lui parler aujourd'hui. Je sens qu'il trouve ça

important, d'un point de vue personnel, mais je constate que les actions qu'il

prend pour atteindre ses objectifs sont absolument insuffisantes. Je pense

qu'il faut être capable de nommer nos désaccords clairement sur cette

question-là.

Le ministre a

annoncé, plus tôt cette semaine, 25 millions de dollars d'investissement

en santé mentale pour les jeunes. C'est une annonce que j'ai pris la peine de

souligner, en disant que c'était une bonne nouvelle et que c'était une première

réponse, une première étape. Ce dont je veux lui parler aujourd'hui, c'est des

prochaines étapes. Parce que je suis convaincu qu'il est d'accord avec moi que

cet investissement-là, à lui seul, ne réglera pas la crise historique de santé

mentale qu'on vit actuellement au Québec. Sinon, il ne serait pas en train de

préparer un plan d'action pour l'année prochaine s'il croyait que cet investissement-là

réglerait tous les problèmes. Ça fait que je prends pour acquis qu'on est

d'accord là-dessus et qu'on convient ensemble que c'est un geste intéressant,

mais qu'il faut continuer, puis qu'il faut continuer à faire des annonces, puis

qu'il faut continuer à poser des gestes.

Et la prochaine

étape, selon nous, selon ma formation politique, c'est de s'assurer que, quand

on annonce des sommes pour embaucher des gens dans le réseau public, puisque

c'est ce qu'il a fait plus tôt cette semaine, bien, qu'on prenne les moyens

pour qu'on embauche réellement ces gens-là et qu'on prenne les moyens pour que

ces gens-là restent dans le réseau public, parce qu'entre 2008 et 2018 on a

perdu des gens. Sous la gouverne libérale, là, on estime à, à peu près, 450 psychologues qui ont quitté le réseau

public. Donc, il ne suffit pas de réouvrir des postes, il faut se poser

la question : Pourquoi les gens qui sont partis sont partis, puis

qu'est-ce qu'on fait pour les ramener et les garder cette fois-ci dans notre

réseau public?

Et quand on tend l'oreille, quand on écoute ce

que les psychologues et tous les professionnels de la santé mentale nous

disent, ils nous nomment deux choses, deux facteurs importants pour les ramener

dans le réseau public puis les garder dans le réseau

public. Le premier facteur, c'est les salaires. Il y a un écart de 30 % en

ce moment entre les psychologues qui pratiquent au public et ceux qui

pratiquent au privé, qui est un écart trop grand. Et ça tombe bien, les

conventions collectives sont ouvertes en ce moment.

Alors, ma première

question, c'est : Qu'est-ce que va faire le ministre pour sensibiliser sa

collègue du Conseil du trésor à l'importance d'écouter les revendications des

professionnels de la santé mentale d'améliorer leurs salaires pour que, pour le

dire très simplement, le secteur public soit plus attractif pour les

psychologues et les professionnels de la santé mentale au Québec? Comment on

fait pour les ramener? Bien, il y a les salaires, puis moi, je veux savoir, de

la part du ministre, puis je pense qu'une interpellation doit servir à répondre

à nos préoccupations respectives, qu'est-ce qu'il va faire pour améliorer les

salaires.

L'autre enjeu, c'est

l'autonomie, l'autonomie professionnelle, et je suis content qu'il en ait parlé

lui-même. Qu'est-ce qu'il va faire pour améliorer l'autonomie professionnelle

des psychologues et des professionnels de la santé mentale? Deux propositions

que je lui fais, puis j'aimerais ça qu'il prenne la peine de me répondre

là-dessus. D'abord, les limites de séances. On impose aux psychologues et aux

professionnels de la santé mentale des limites de séances. On leur dit :

Après 10 séances, après 15 séances, ton patient, il est censé être

correct, tu fermes le dossier, puis, souvent, c'est très difficile d'obtenir une

prolongation. Il faut argumenter, il faut justifier. Pourquoi ne pas respecter

l'autonomie professionnelle et laisser les professionnels décider quand la

psychothérapie est terminée?

Deuxième

proposition : les quotas de patients. Ça aussi, c'est un héritage du règne

libéral. Dans certains CLSC, on impose aux psychologues de prendre plus

de 80... là, moi, on m'a indiqué, dans certains milieux, 82 nouveaux patients à chaque année. Est-ce qu'il est prêt,

lui, à rompre avec cette logique du fast-food de la santé mentale? Est-ce

qu'il est prêt à ce qu'on sorte de cette

logique où on met la pression sur les professionnels de la santé mentale comme

s'ils étaient sur une chaîne de montage? On parle de services sociaux, pas de

fabrication de voitures. Est-ce qu'il est prêt à sortir de cette logique-là?

Le Président (M.

Provençal)

: Merci. M. le ministre.

M. Carmant :

Oui. Alors, bien sûr que je vais répondre aux questions. Ça me fait plaisir

d'être là pour répondre à toutes vos questions. Puis moi aussi, je vois que le

député de Gouin a une grande sensibilité à la cause de la santé mentale de la

population.

La raison pourquoi je

n'ai pas dit qu'on était en crise, c'est que je pense qu'il faut voir à plus

long terme. Actuellement, comme j'ai

mentionné, on est en train de rattraper les listes d'attente. Les choses sont

en train de s'améliorer, malgré une croissance de la demande. Et ce

qu'il faut prévoir, c'est que la demande, elle va continuer à croître pendant

quelque temps. Ça s'est vu après toutes les autres catastrophes naturelles

qu'on a vues au cours des dernières années,

que la demande en santé mentale continue à croître jusqu'à deux ans après la

fin de l'événement. Donc, effectivement, l'investissement qu'on a

annoncé cette semaine ne peut pas être le dernier parce qu'il faut continuer à

prévoir qu'il va y avoir de plus en plus de besoins.

Maintenant, je pense

qu'il faut y aller... ça, c'est peut-être mon côté médical, là, mais il faut y

aller de façon ciblée. Chaque chose doit avoir son intention, puis c'est ce

qu'on a montré dans d'autres dossiers. Si je peux vous rappeler qu'avec le

dossier de la protection de la jeunesse, votre collègue nous avait demandé un

investissement de 270 millions dès le début, là, nous, on a préféré y

aller point par point pour améliorer les choses. Puis, effectivement, on a

réussi à faire un rattrapage majeur au niveau des listes d'attente. Et c'est

pour ça qu'ici on vise vraiment la problématique des jeunes en premier parce

que c'est là où le principal problème est.

Maintenant, comment

on ramène les psychologues? Très bonne question. Moi, je pense que l'aspect que

j'ai approché beaucoup avec la présidente de l'ordre, c'est l'aspect de

l'autonomie. Puis moi, comme directeur du service de neurologie, dans mon

ancienne vie, c'était quelque chose qui était très important pour moi. On doit

leur permettre de faire l'intervention qui est adéquate selon leur sens

clinique, comme vous dites, et ne pas nécessairement l'arrêter après un nombre

fixe de séances. On doit également leur permettre de voir les bons patients.

Mais, encore une fois, vous seriez... on serait... M. le Président, on serait

surpris de voir, quand on leur donne le choix, de voir le nombre de patients

qui nous disent : Ah! mais ça, ce n'est pas pour moi. Ça, ce serait plus

approprié d'être vu par la travailleuse sociale.

Ça, ce serait plus approprié d'être vu par le psychoéducateur, pour des troubles de comportement, par exemple. Donc, c'est pour ça que le

gros attrait qu'on veut mettre dans le système public, c'est cet aspect de multidisciplinarité

et d'interdisciplinarité. Puis la bonne nouvelle ou la nouvelle qui m'encourage

un petit peu, c'est qu'avec cette approche-là,

parmi les 320 personnes qu'on a recrutées avec l'investissement du 31 millions, il y

en a quand même 30 qui sont

des psychologues, à peu près 10 %, donc c'est quand même encourageant,

certains même qui sortaient... qui sont revenus du privé vers le public.

Bon, le dernier point

qu'on mentionne, c'était au niveau de l'apport salarial, et ça aussi, j'en ai

parlé avec Mme Grou. C'est un enjeu qui

est très important, là, je pense que la disparité est significative. Mais je

pense que notre... Comme je vous dis, le réseau public a quand même un

certain attrait pour les psychologues, et la preuve, c'est qu'un des endroits

où le recrutement se passe bien, c'est dans les centres hospitaliers

universitaires, où la clientèle est... où le travail multidisciplinaire,

interdisciplinaire est plus établi, où les problématiques sont plus ciblées, où

chacune des intervenantes, peut-être, trouve

mieux son rôle, et c'est ce qu'on veut étendre à tous les CISSS et les CIUSSS

disponibles.

Maintenant, quant à

la négociation, je ne veux pas commencer à négocier sur la place publique, mais

j'ai extrêmement confiance que la présidente du Conseil du trésor se rend

compte de cette disparité-là et qu'elle va travailler

pour s'assurer que... bien, d'avoir une solution équitable pour tous les

membres de... pour tous les professionnels du réseau de la santé, puis

c'est quelque chose qui va être important pour nous pour la suite des choses.

Donc, je pense qu'en

général on a un plan sur le long terme. On vient de régler la problématique

pour les jeunes. Il reste beaucoup de choses à faire pour les aînés et pour les

professionnels autres que ceux du réseau de la santé, et on compte regarder les

choses à partir de maintenant selon l'évolution de la pandémie, évidemment, parce

que ça pourrait changer d'un moment à l'autre, et c'est difficile de prédire la

suite des choses. Mais, clairement, on veut faire plus d'investissements en

santé mentale puis on veut améliorer le réseau à long terme.

Président (M. Provençal)

: Merci, M. le ministre. Je vais maintenant céder la parole à la députée de

Roberval.

Mme Guillemette : Merci, M. le

Président. Salutations au collègue le député de Taillon et ministre délégué à

la Santé et Services sociaux, un homme de coeur, une personne véritablement

investie pour améliorer la qualité de vie concrète dans la situation en matière

de santé mentale au Québec, puis je me considère très chanceuse de pouvoir

collaborer avec ce collègue-là. Il a une vision à long terme qui va nous

permettre de défaire les silos dans lesquels les gens sont habitués de

travailler sur le terrain directement et qui va aussi motiver les gens dans

leur travail.

J'aimerais aussi prendre un petit moment pour

saluer mes collègues, député de Beauce-Sud, députée de Charlevoix—Côte-de-Beaupré,

ainsi que les gens qui nous accompagnent, les collègues de l'opposition, député

de Gouin, député de Nelligan et député de D'Arcy-McGee, très agréable d'être

ici avec vous ce matin, M. le Président, Mme la secrétaire.

Donc, j'aimerais vous dire, suite à des choses

que j'ai entendues ce matin, que le gouvernement est déjà en action. On a un

groupe de travail interministériel qui a déjà rencontré une vingtaine de

groupes, puis ça, ce n'est pas terminé. Pour ce qui est des agriculteurs, on a déjà

investi 300 millions en décembre... 300 000 $ en décembre 2019, et 400 000 $ en juillet 2020, et ce

400 000 $ là est récurrent, M. le Président. Donc, oui, on est là.

Oui, on est sur le terrain.

Vous savez, les soins de santé mentale sont un

sujet qui mérite qu'on discute franchement, qu'on s'y attarde, surtout avec la situation qu'on vit présentement.

Comme vous tous, j'ai passé une

partie de mon printemps et l'entièreté de

mon été dans ma circonscription, dans Roberval, et j'ai demandé à mon équipe

pour être sur le terrain — et

ce, dans les règles de la santé publique — de me concocter une tournée.

C'est ce qui m'a permis de discuter avec les gens de mon terrain et de bien

saisir les enjeux de la santé mentale qu'on vit présentement en contexte de

pandémie.

Donc, M. le Président, les troubles de santé

mentale, là, ça ne vient pas avec la pandémie, on les vit depuis longtemps. La

dépression, l'anxiété, les troubles obsessionnels compulsifs, le stress

post-traumatique, les troubles d'adaptation, et j'en passe, tout le monde, tout

le monde ici est à risque un jour d'en souffrir. Un divorce, une perte

d'emploi, la perte d'un être cher, un accident, une surcharge de travail,

plusieurs facteurs peuvent influencer notre santé mentale, peuvent influencer

notre équilibre.

Ça m'amène à vous parler de promotion et de

prévention en santé mentale. C'est une avenue importante pour faire diminuer

les listes d'attente aussi. En passant, depuis notre arrivée au gouvernement,

comme l'a dit tout à l'heure le collègue, les listes d'attente ont diminué

significativement, et on continue notre travail. Mais revenons à la promotion

et la prévention. C'est des outils très importants. La promotion, c'est la

capacité des individus et des collectivités de se prendre en main et

d'améliorer leur santé mentale, c'est d'accroître les forces, les ressources et

les connaissances en santé mentale. La prévention, elle vise à réduire et

composer avec la présence de certains facteurs de conditions de vie.

J'aimerais vous ramener sur le terrain, sur ce

que je connais bien et vous présenter deux organismes en santé mentale. Donc,

les organismes que... Et ces organismes-là, M. le Président, ils sont soutenus

par du personnel de qualité et dévoué, si je ne pense qu'à Revivre, au niveau

de l'organisme... le programme de J'avance! au niveau de l'organisme Revivre,

qui a un programme d'autosoin, de gestion de l'anxiété, de la bipolarité et de

l'estime de soi et qui est offert via des organismes communautaires. Si vous

voulez avoir plus de détails, vous pouvez aller sur le site

javance.revivre.org. Vous voulez plus de renseignements sur la promotion, la

prévention? Je vous invite à visiter Mouvement Santé mentale Québec, un organisme

communautaire qui fait de la promotion et de la prévention sur les territoires

Et, en terminant, M. le Président, j'aimerais

terminer en vous rappelant que c'est important d'écouter, parce que tout le monde, ici, on est à risque de santé

mentale, qu'il est important d'en

parler. Il est important de parler de notre santé mentale, de la nôtre, de

celle des autres et de la vôtre. Le temps où demander de l'aide était tabou,

bien, c'est révolu, ça. Aujourd'hui, je souhaite encourager tout

le monde, ceux et celles qui en

ressentent le besoin, à demander de l'aide. On a rien à gagner à jouer

au plus fort. Donc, aujourd'hui, là, vous, vous êtes...

Président (M. Provençal)

: Merci. Merci, Mme la députée. Je cède la parole au député de

Nelligan maintenant.

M. Derraji : Merci, M. le Président.

Je salue M. le ministre. Je salue aussi mon collègue pour son leadership. Je

salue l'ensemble des collègues, que... je suis convaincu qu'on partage tous la

même préoccupation par rapport à la santé mentale de nos concitoyens,

concitoyennes québécois.

C'est mon

premier face-à-face avec le ministre. Je sais que c'est un homme de science, je vais

baser beaucoup mon intervention sur

la science, et j'interpelle le neurologue en lui. Les faits sont les suivants,

et je tiens à dévoiler l'angle mort

que nous avons en face nous. Il le sait, M. le ministre, M. le Président, que

je suis porte-parole des PME, et, pour moi, la situation des entrepreneurs

me préoccupe énormément. Même chose pour mon autre dossier, emploi et travail,

la santé mentale de nos travailleurs et nos travailleuses est aussi très

préoccupante.

En 2015, quatre

chercheurs de l'Université de Berkeley, Stanford et de la Californie à Los

Angeles se sont intéressés à la question de la santé mentale des fondateurs de

start-up. Pour ce faire, ils ont comparé un échantillon de

240 entrepreneurs avec un autre échantillon de 93 personnes choisies

au hasard. Les résultats, sans conteste : les problèmes de santé mentale autodéclarés étaient présents chez 72 %

des entrepreneurs de l'échantillon, une proportion considérablement plus

élevée que celle observée dans le groupe comparatif. Pour les entrepreneurs,

49 % ont rapporté avoir vécu au moins un problème de santé mentale au

cours de leur vie, pas besoin de vous le dire, il le sait, M. le ministre, 30 % beaucoup plus

susceptibles de rapporter un épisode de dépression, TDAH, 29 %, abus de

drogues, 12 %, troubles

bipolaires, 11 % que leur groupe témoin. M. le Président, ça, c'est les

faits. C'est une étude scientifique, utilisée par qui? Le ministère de

l'Économie du Québec. Un autre fait. Devant l'ampleur du problème, le ministère

de l'Économie a lancé un appel à projets de l'ordre de 150 000 $.

M. le Président, nos

entrepreneurs souffrent, même avant la pandémie. La revue de presse, elle est

énorme. On parle beaucoup de détresse psychologique au niveau de nos

entrepreneurs. Nos PME ferment. Moi-même, j'ai vu beaucoup d'appels, sur les

réseaux sociaux, de détresse de plusieurs entrepreneurs.

Je salue l'initiative

du ministre, qui était un bon pas, un bon premier pas, mais, M. le Président,

ce que je demande aujourd'hui, c'est une vision humaine à la problématique, la

problématique de la santé mentale, et non pas une vision comptable. Quand je

dis «une vision humaine», c'est que je sais que le ministre, il est sensible,

et je le dis sincèrement. Je le sens dans ses paroles, je le sens dans la façon

avec laquelle il traite la question, mais il y a des angles morts, M. le

Président. Aujourd'hui, avec l'annonce qu'il a annoncée cette semaine, on

répond probablement à un groupe particulier, les jeunes en bas de 25 ans.

Mais, M. le Président, la détresse, elle est très présente chez nos

entrepreneurs. Et ça date d'avant la pandémie, mais elle s'est exacerbée après

la pandémie.

Un autre fait, M. le

Président, et ça, j'en suis sûr et certain, que M. le ministre le sait, c'est

l'utilisation des antidépresseurs. Ça a augmenté. Je vais chercher le chiffre

exact. C'est 11 % à travers tout le pays, je parle au niveau du Canada, mais on parle de 20 %,

l'augmentation du nombre de réclamations pour antidépresseurs effectuées auprès

d'assureurs privés au Québec entre janvier et août 2020.

Donc, on peut faire

des comparaisons avec le passé. C'est un homme de science. Quand on compare, on

compare des choses comparables. La pandémie est factuelle, elle est présente en

2020. Est-ce qu'on s'est donné les moyens pour aider nos entrepreneurs et

accompagner ceux qui créent la richesse au Québec? M. le Président, vous m'avez

vu, depuis le retour dans cette session, me lever, parler au nom des

entrepreneurs. Ce que nous entrepreneurs vivent, au Québec, est une réelle

détresse. J'ai entendu la collègue parler, tout à l'heure, du programme pour

les agriculteurs. C'est excellent, c'est très bien, mais ça, encore une fois,

c'est un exemple concret qu'il y a un problème, parce que, s'il n'y a pas un

problème, on ne va pas mettre de l'argent et d'une manière récurrente. Mais

est-ce qu'on répond à 100 % à leurs doléances? Non. Et c'est là où

j'interpelle l'homme de science mais aussi le ministre à avoir plus d'humanisme dans le traitement de cette

question et non pas uniquement une vision comptable. Et je sais qu'il y a

plusieurs demandes, et je sais que l'ampleur, elle est énorme, la

pression est énorme sur nos finances publiques, mais je pense, M. le Président,

le temps, il est venu de prendre en considération que la pandémie a des effets,

qu'il y a des angles morts au niveau de la santé mentale, et l'angle mort que

je vois aujourd'hui, c'est la détresse psychologique de nos entrepreneurs.

Merci, M. le Président.

Le Président (M.

Provençal)

: Merci, M. le député. M. le

ministre.

M. Carmant :

M. le Président, j'apprécie les commentaires du député de Nelligan et son

inquiétude pour les entrepreneurs qui, je l'avoue, sont habitués à vivre un

grand stress, quand on démarre une entreprise, c'est vraiment quelque chose, et

qui actuellement sont effectivement en train d'avoir une augmentation de ce

stress-là. Mais, M. le Président, parmi

cette liste d'attente dont je vous parlais tantôt, qui était, à notre arrivée,

de 28 000, il y a probablement des

entrepreneurs là-dedans, des pères de famille, des gens qui font

partie de

cette liste d'attente, et qu'il est important pour nous de voir le plus

rapidement possible.

Puis, encore une

fois, outre... ce n'est pas des considérations mercantiles qui nous animent

ici, c'est vraiment une façon de modifier l'approche de l'offre de services et

de permettre l'accès aux soins aux plus de Québécois possible. Parce qu'on

s'entend que tout simplement offrir de la psychothérapie, on sait qui vont être

les premiers servis, pas nécessairement ceux qui en ont le plus besoin. Nous,

on a une sensibilité particulière pour les populations vulnérables, et c'est

souvent les derniers qui ont accès à ce type de service là.

Donc, moi, encore une

fois, je pense que l'approche que l'on a est la bonne. Ces gens-là vont pouvoir

avoir accès à tous les programmes d'autosoins qu'on est en train de mettre sur

pied, à toutes les applications d'autosoins qu'on est en train de mettre sur

pied. C'est souvent des gens performants et, comme on mentionnait tantôt, qui

sont craintifs du stigma associé avec la santé mentale.

Et c'est pour ça

qu'on a investi, également, dans les organismes communautaires,

17,6 millions de dollars pour les aider à traverser l'augmentation de

demandes qui viennent avec la pandémie. En fait, les chiffres sont assez marquants. On dit que 50 % des gens qui

présentent de la détresse seulement vont oser consulter. Et c'est pour ça que, depuis

le début, je le répète encore et encore, qu'il faut ne pas hésiter à consulter,

utiliser les outils qui sont disponibles, incluant la ligne 8-1-1,

Info-Social, et Tel-Jeunes pour nos plus jeunes.

Maintenant, ce qui

est important aussi, c'est de voir comment on peut aider à plus long terme ces

individus et changer la donne sur le réseau. Puis là, c'est... je pense qu'on

rentre dans notre fameux plan d'action interministériel en santé mentale. Et, encore

une fois, je compte poursuivre les discussions avec le député de D'Arcy-McGee,

avec le député de Gouin, avec le député des Îles-de-la-Madeleine. Notre ministère

a rencontré une vingtaine de groupes de représentants de patients, on a rencontré les différents

experts lors des deux forums précédents. Et ce qu'il faut, c'est trouver

des solutions robustes qui vont permettre d'offrir un accès rapide à tous les

individus qui en ont besoin à travers... quelle que soit leur situation.

le Président, un autre point que j'aimerais mentionner, également, à ce

moment-ci, parlant d'étude, c'est les travaux du Dre Généreux, qui est la

spécialiste en santé publique qui a géré la crise du Lac-Mégantic. Et les

quatre points qu'elle nous a soulevés, qu'elle nous a demandé de regarder,

parce qu'on a demandé au ministère de la contacter

et de travailler avec elle, c'est de déployer des équipes spécialisées en santé mentale au sein de la population, c'est de mieux outiller les services de

première ligne, c'est de renforcer le soutien communautaire et d'adapter les

services de base en implantant des mécanismes pour répondre aux besoins

psychosociaux des groupes en situation de vulnérabilité. M. le Président, je

pense que c'est exactement sur ces quatre points-là que nous focussons. C'est

exactement ces quatre points-là que nous voulons remplir. En aucun temps ne

mentionne-t-elle le besoin d'ajouter un programme

universel d'accès à la psychothérapie. Moi, je pense que l'important, c'est de

donner l'accès, à la population, aux psychologues au bon moment et pour

le bon patient.

Le Président (M.

Provençal)

: ...députée de Charlevoix—Côte-de-Beaupré.

Mme Foster :

Merci beaucoup, M. le Président. Dans ma dernière intervention, j'ai eu

l'occasion, un peu, de vous jaser de la situation en santé mentale au Québec,

ailleurs dans le monde, dans ma circonscription, également, également, un

peu... J'ai fait état rapidement de quelques mesures que notre gouvernement

avait mises en place pour la santé mentale. Maintenant, j'aimerais m'attaquer

un petit peu plus au vif du sujet de l'interpellation, donc, à savoir la

nécessité de mettre en place une couverture publique de santé mentale.

C'est

évident que, depuis le début de la pandémie, on l'a tous mentionné ici ce

matin, les sources d'anxiété se multiplient. La détresse psychologique est en

hausse chez les Québécois. Il y a un sondage, cette semaine, de l'Ordre des

psychologues qui a révélé que, bon, il y a près de 86 % des psychologues

qui ont noté une hausse de la détresse chez

leur clientèle, il y a 70 % qui disent avoir revu d'anciens clients

qui reviennent en raison de la pandémie. Il n'y a personne ici qui est

surpris de ces chiffres-là qui sont évoqués dans ce sondage. On sait tous que

le contexte qu'on vit en ce moment, il n'est pas évident, et que tous les

changements apportés par la pandémie peuvent forcer les gens à vouloir consulter, et ça augmente la détresse également.

Mais, si on se permet de lire aussi entre les lignes, en observant le

deuxième chiffre, on va constater quand même qu'il y a la volonté de plusieurs Québécois

à vouloir utiliser des ressources d'aide psychologique pour les accompagner

dans le traitement des maux dont ils souffrent. C'est quelque chose quand même

qui est positif, selon moi, parce qu'on parlait tantôt de la déstigmatisation,

ça fait qu'il faut que les gens puissent admettre leur détresse et demander de

l'aide.

C'est certain qu'en

premier lieu on s'interroge sur les services qui devraient être rendus à la

population. Bon, la réponse immédiate de

notre gouvernement, ça a été de commencer par augmenter la disponibilité, comme

le ministre le disait, de certains services qui sont déjà offerts pour

répondre à la hausse de la demande qui avait été observée. Bon, par exemple, lors de la première vague, on

nous rapportait qu'il y avait un nombre plus élevé d'appels reçus aux

lignes téléphoniques comme Info-Social 8-1-1, Tel-Jeunes, on en discutait

tantôt, la ligne info-parents également. Bon, ça avait augmenté de façon

considérable, soit près de 35 %. On a donc alloué un demi-million de

dollars à ces deux organismes-là pour prévoir des ressources humaines

supplémentaires, maintenir l'accessibilité du service.

Il y a une attention

particulière qui a été accordée aux organismes communautaires également, parce

que c'est la première ligne. J'en discutais tout à l'heure, c'est une ligne

très importante, que nos services communautaires offerts, dans notre

communauté, aux gens. Ils sont sur la ligne de front. Donc, il y a une aide de

17,6 millions qui a été prévue pour ces organismes-là, puis ça répond à

une cible qu'on s'était fixés, d'ailleurs, dans le plan d'action en services

psychosociaux et services en santé mentale en contexte de COVID-19.

Les lignes

téléphoniques, vous savez, ça agit un peu à

titre de soupape, si on peut dire,

pour les individus qui vivent un moment difficile. Les lignes téléphoniques,

c'est là pour écouter les gens, leur donner du réconfort, des conseils mais

aussi, lorsque nécessaire, référer les individus en détresse à des organismes

communautaires ou aux organisations adéquates pour leur situation. Donc, les

organismes communautaires possèdent des expertises variées pour aider ceux qui

font appel à leurs services à faire face à des situations spécifiques.

Maintenant que la

disponibilité de ces services-là a été augmentée, on peut se poser des questions

sur la possibilité d'inclure de nouveaux services dans la couverture publique

de la santé mentale. Est-ce qu'on devrait, par exemple, fournir des services de

psychothérapie à la population? Dans le sondage de l'Ordre des psychologues, je

mentionnais plus tôt, là, bien, il était avancé que si un vaste plan d'aide

psychologique public financé par le gouvernement venait à voir le jour, bien,

une majorité de psychologues accepteraient de travailler encore plus pour

soutenir la population. C'était le cas de 51 % des psychologues du réseau

public, 58 % des psychologues du réseau privé. Bon, cette possibilité-là,

on pourrait en débattre longtemps, j'espère qu'on aura l'occasion de le faire

dans le futur, mais, dans le contexte de la pandémie du moment, ça semble être

difficile à envisager dans un futur proche. Comme

le ministre le disait, on vise davantage une vision avec des

actions ciblées. Notre vision : augmenter l'accès aux soins, intégrer les

gens avec les problématiques santé

mentale dans toutes les sphères de la

vie. Également, déstigmatiser les problèmes de santé

mentale et mettre des sous pour que les gens aient accès immédiatement à des

services.

Vous savez, la santé

mentale, c'est notre capacité vraiment à pouvoir ressentir, à penser, à agir de

manière à améliorer notre aptitude à jouir de la vie et relever les défis.

C'est aussi notre capacité à tracer des lignes pour éviter d'en donner plus que

ce qu'on est capable de donner, mais aussi à se relever quand la vie met sur

notre chemin des obstacles qui ne sont pas toujours faciles à contourner. Donc,

vous savez, la santé mentale, c'est quelque chose qui concerne tout le monde,

ce n'est pas juste ceux qui concernent... qui passent des mauvaises périodes de

leur vie.

Comme gouvernement, on va continuer d'être

sensible à ça et on est vraiment en action, avec le plan d'action interministériel qu'on est en train d'élaborer et également

avec les sommes qu'on met de l'avant pour augmenter les services.

Le Président (M.

Provençal)

: Merci. Je cède maintenant la

parole au député de la troisième opposition, le député des Îles-de-la-Madeleine.

M. Arseneau : Merci beaucoup, M. le

Président. Alors, je remercie mon collègue de D'Arcy-McGee de nous donner l'opportunité,

encore une fois, d'aborder le dossier de la santé mentale.

Ça fait plusieurs fois qu'on en parle au cours

des dernières semaines, et heureusement, parce qu'on l'a dit à plusieurs

reprises, c'est un peu l'angle mort de la pandémie, à l'heure actuelle. Et je

pense qu'on n'en parle jamais suffisamment. Parce que, contrairement à l'évolution

de la situation dans le cas de la COVID, on ne peut pas chiffrer le nombre de personnes

qui sont atteintes, on ne peut pas chiffrer à chaque jour l'évolution du nombre

de personnes qui s'ajoutent soit sur les listes ou dont la détresse

psychologique s'accentue. Alors, c'est important d'en discuter, c'est important de trouver des solutions. Et j'apprécie la

présence du ministre ici pour en discuter encore une fois, pour essayer de dégager

des pistes de solution.

Alors, oui,

on est d'accord, au Parti québécois, avec la mise sur pied d'une couverture

publique la plus complète possible, la plus accessible, également, en

santé mentale. Et j'en profite pour souligner également aujourd'hui, là, en

plus de saluer mes collègues qui collaborent aussi à l'exercice, souligner la

grande résilience des Québécois et des Québécoises en ces temps difficiles, extrêmement

anxiogènes et incertains.

Alors, je pense qu'il faut admettre qu'il y a

beaucoup de signes à l'heure actuelle qu'il existe véritablement une crise en santé mentale au Québec. Elle est

perceptible dans différents secteurs, que ce soit dans le secteur évidemment

de l'éducation, tant chez le personnel enseignant que chez les étudiants, dans

le milieu hospitalier, bien entendu, qui sont évidemment au front depuis des

mois, tout le domaine de l'entreprise, particulièrement celles qui sont

touchées en zone rouge par des fermetures,

les entrepreneurs qui voient l'ensemble, finalement, de leur investissement en

temps et en argent, le capital d'une

vie qui est menacé. Alors, il y a tout un contexte qui amène évidemment de

l'inquiétude, de l'anxiété et qui suscite également, malheureusement,

là, des périodes de déprime ou de dépression.

Donc, on a mis en place des moyens, on le

reconnaît, que ce soit les fonds qui ont été investis pour permettre aux gens

d'avoir accès à des lignes téléphoniques d'urgence, d'aide, de soutien,

d'écoute, c'est bien. Les 25 millions qui ont été annoncés encore cette

semaine, c'est un pas dans la bonne direction, mais je pense qu'il faut,

au-delà de ça, admettre que le problème, il est très vaste et qu'on ne peut pas

non plus strictement, là, à partir d'indicateurs comme les listes d'attente, dire que les choses sont sous contrôle,

parce que ça lance, à mon point de vue, un message qui consiste un peu à

nier la réalité des gens qui sont touchés par la situation qu'on décrit

aujourd'hui. Donc, il faut voir plus loin que ces listes. Et d'ailleurs, moi,

j'aimerais qu'on puisse vérifier, là, combien de gens ont quitté les listes

parce que l'attente était trop longue, par exemple. C'était le cas déjà avant

la pandémie et c'est sûrement le cas encore aujourd'hui. Et, quand on dit que

les listes se sont réduites, quel genre de traitement leur a-t-on offert? En

discussion avec certains psychologues, on m'a dit que la psychothérapie qui

était offerte aujourd'hui était un peu une espèce de campagne à rabais qui

visait effectivement à voir le plus de monde possible dans le moins de temps

possible, mais avec des résultats assez aléatoires. Et il faut avoir une

qualité de service aussi qui soit disponible pour l'ensemble des Québécois, et

ça ne se fait pas du jour au lendemain, mais il faut pouvoir y travailler.

La question du délestage aussi, dont on entend

parler de temps en temps, elle doit être abordée, et on doit lancer le message

que soigner les gens dans leurs problèmes physiques, c'est une chose, mais dans

leurs problèmes de santé mentale, c'est tout aussi important. Il faut

travailler sur les deux fronts, déployer les équipes des deux côtés. Et je pense qu'il est important

de tendre la main aux Québécois avec des services efficaces, rapides, les plus

complets possible et évidemment couverts. Et on a proposé certaines

solutions. Des escouades d'intervention psychosociale dans des milieux à

risque, on pense que c'est encore une bonne solution. Si on peut déployer ce

genre de moyens, ce serait certainement apprécié des Québécois les plus

vulnérables.

Je vois que mon temps est écoulé, c'est bien ça?

Le Président (M. Provençal)

: C'est terminé.

M. Arseneau : Ça a passé tellement

vite! Mon préambule étant terminé, je vais vous céder la parole.

Le Président (M. Provençal)

: M. le ministre.

M. Carmant : Bien, écoutez, merci

beaucoup pour les commentaires, cher collègue. Je tiens à vous rassurer, on en

a discuté, puis je vais revenir là-dessus, la qualité des services, c'est un

enjeu primordial pour nous. On veut redonner plus d'autonomie aux psychologues

pour, justement, les attirer dans le réseau public. Je pense que c'est une des

grandes plaintes qu'elles ont, et on est très sensibles à cet aspect-là, à leur

donner plus de place à leur jugement clinique,

à leurs décisions cliniques. Et c'est le but de les intégrer dans des équipes

interdisciplinaires où chacun, au mieux de ses connaissances, pourra

influencer sur le... voir le bon patient au bon moment.

Un autre point sur lequel je tiens à vous

rassurer, c'est l'aspect du délestage. Encore une fois, dès que j'ai su qu'on envisageait d'utiliser les gens... les

psychologues dans le privé pour faire... pour offrir des services en santé

publique, que ce soit la vaccination ou le dépistage, j'ai retiré les

psychologues, les psychoéducateurs et autres intervenants en santé mentale de l'arrêté ministériel, parce que nous, on les veut... S'ils viennent

dans le réseau public nous donner un coup demain, il faut que ce soit

pour la santé mentale. Ça, c'est primordial.

Puis, encore une fois, je pense que le message

d'aujourd'hui que je veux passer, ce qu'on veut, c'est modifier la façon dont

les soins en santé mentale sont offerts. Puis je vais vous donner un autre exemple

de cette modification que

l'on veut amener, puis le député de D'Arcy-McGee va être heureux, parce que c'est un modèle que le

Parti libéral avait commencé à

implanter, les aires ouvertes. Ça, c'est un modèle pour les ados de 12 à 25

ans. Une des grandes problématiques, M. le Président, c'était qu'à l'âge de

18 ans, souvent, il y avait une interruption dans les services pour les gens en santé mentale. Parce que,

quand on a une problématique adolescent, souvent, elle ne disparaît pas quand

on devient... à l'âge de 18 ans, et on

a besoin d'un suivi plus prolongé de cette clientèle-là. Donc, quand on est

arrivés, il y avait un projet pilote en cours dans trois régions pour

une période de trois ans, et c'est des projets conçus par les jeunes, pour les jeunes. Donc, c'est eux qui

choisissent le lieu, c'est eux qui choisissent l'approche qui est faite. Il y a

des pairs aidants, qui sont des jeunes de 12 à 25 ans, qui

accompagnent d'autres jeunes qui ont des problèmes de détresse psychologique ou

de santé mentale, santé sexuelle, également, qui sont souvent abordés par nos

jeunes.

Puis ça, ça a été vraiment un modèle coup de

coeur, et on a accéléré le déploiement de ces aires ouvertes là. D'emblée, dès la première année, on a rajouté

quatre autres sites. On a fermé l'aspect pilote et on veut l'implanter à

travers la province. Donc, il y en avait un au nord de Montréal, il y en

avait un à Sept-Îles et il y en avait un troisième... en tout cas, j'oublie, ça

va me revenir, mais on a ajouté quatre autres projets pilotes... trois, quatre

autres projets qui devraient ouvrir sous peu en Montérégie, en Gaspésie...

bon... Attendez-moi, là, je m'excuse, un blanc de mémoire. Mais, en tout cas,

on a ajouté quatre autres projets, d'emblée, pour le déployer, et on a envoyé

des ressources pour que ce soit national,

pour nationaliser le projet des aires ouvertes, parce que c'est exactement

ce que les jeunes demandent et ce qu'on veut leur offrir.

Sur place, quand ils se présentent aux heures

d'ouverture, ils trouvent des psychologues qui sont présents sur place, ils

trouvent des intervenants psychosociaux qui sont présents sur place. Et le

fameux syndrome de la porte close disparaît. Donc, dès qu'ils arrivent, dès

qu'ils ont besoin, ils trouvent de l'aide. Puis c'est vraiment le modèle qu'on

veut mettre sur pied pour les jeunes adultes et pour les plus vieux.

D'ailleurs, j'aime beaucoup le point que vous

avez mentionné, c'est un petit peu le point que Mme Généreux mentionne, d'envoyer des équipes sur le terrain.

Parmi les équipes d'Info-Social qu'on a déployées avec l'investissement au début de la pandémie, une

équipe, vraiment, ressort du lot, c'est celle de Mauricie—Centre-du-Québec,

puis il y a eu beaucoup d'articles sur cette

équipe-là, qui vont justement sur le terrain, interagissent avec les

communautés, que ce soient les personnes vulnérables dans les parcs, qui

vont dans les différents centres pour rencontrer les...

Président (M. Provençal)

: Merci. Merci, M. le ministre, je dois céder la parole au député de Beauce-Sud.

Poulin : J'aurais laissé

continuer M. le ministre, mais malheureusement je ne peux pas vous céder mon droit de

parole. Merci, M. le Président.

Il y a beaucoup de choses qu'on a dites, quand

même, depuis le début de l'interpellation, et je pense que ce qu'on peut retenir, c'est que la santé mentale ne

dépend pas seulement... les enjeux de santé mentale ne dépendent pas

seulement du ministère de la Santé et des Services sociaux, c'est

interministériel, tout comme la jeunesse, ce n'est pas seulement l'affaire du

premier ministre, ce n'est pas seulement l'affaire du ministre à la Santé ou le

ministre de l'Éducation, ça concerne

éventuellement la Santé publique, l'Environnement, la Culture, parce que

l'enjeu de santé mentale, il déborde les salles de classe, il déborde le

réseau de la santé. Et je pense à des professionnels, entre autres, la Sûreté du Québec, qui sont très présents sur notre

territoire, et qui ont à intervenir souvent dans des situations de santé

mentale, et qui travaillent avec le CLSC de l'endroit puis avec les

différents intervenants du réseau de la santé. Et on ne réussira jamais à

avancer dans la lutte... je dis la lutte à la santé mentale... peut-être pas le

meilleur mot, mais la lutte à ces problèmes-là

si on n'a pas de travail qui se fait en amont mais aussi de travail de

collaboration avec les forces de l'ordre et également, les différents

professionnels du réseau de la santé qui travaillent ensemble.

Et j'inclus

le réseau de l'éducation, également. Ma collègue de Roberval, qui est issue du

milieu communautaire puis qui a

travaillé, j'allais dire toute sa vie ou presque, dans le réseau communautaire

le sait très bien : quand un organisme communautaire appelle la Sûreté du Québec parce qu'il y a une urgence,

parce qu'il y a un état de crise, il doit y avoir quelqu'un au bout de

la ligne qui répond. Alors, le mandat que nous avons, qui n'a pas été fait dans

les dernières années, c'est aussi celui de l'interministériel et de travailler

ensemble.

Évidemment,

on parlait des projets en prévention, en postdépendance, en milieu scolaire,

c'en est un où on fait appel à

l'interministériel. 17,6 millions pour les organismes communautaires,

3 millions pour les ressources communautaires ou privées offrant de l'hébergement en dépendance,

ça fait aussi

partie des outils pour pouvoir se sortir des problèmes de santé mentale. J'ai été sur le conseil

d'administration, M. le Président, vous connaissez bien La Croisée des chemins,

à Saint-Georges, qui est un organisme qui existe depuis plusieurs années, qui

vise justement à remettre, entre autres, les gens atteints de toxicomanie ou

d'alcool sur le droit chemin. Je salue Maryo Larouche, qui fait un travail

exceptionnel depuis des années. 240 000 $ pour le programme spécial

pour soutenir les personnes endeuillées, parce que, et mes collègues en parlaient tout à l'heure, par moment, il y a un

choc dans notre vie qui fait en sorte qu'on développe un problème de

santé mentale et auquel on ne s'y attendait pas. Alors, c'est important

également de prendre en compte tous les gens

qui sont autour des personnes endeuillées. J'ajouterais 2,5 millions pour

les maisons d'hébergement pour femmes victimes de violence conjugale

aussi, parce qu'on a eu des drames épouvantables au Québec au cours des

derniers mois et des dernières années qui touchaient la violence conjugale et

le rôle que jouent ces maisons d'hébergement là auprès des femmes du Québec,

et, encore une fois, en collaboration avec la Sûreté du Québec, parce qu'on sait qu'ils sont des alliés dans l'objectif des mandats des

maisons de femmes victimes de

violence conjugale, alors, l'interministériel, ce 2,5 millions là

est important.

Et un sujet

qui me tient énormément à coeur, et je sais, vous aussi, M. le Président, c'est

le dossier des banques alimentaires du Québec où, encore une fois, notre

collègue, le ministre, a annoncé 2 millions de dollars pour les banques alimentaires. C'est bien vous, hein, M. le ministre?

Oui. O.K., c'était juste pour être certain, parce que... pour vous démontrer à quel point le dossier

alimentaire mais le dossier de la santé mentale est important chez les jeunes,

chez les jeunes mais chez notre gouvernement en général. Et quand on a une

famille qui vit des moments difficiles et qui n'est pas capable de s'alimenter,

M. le Président, c'est la base, on ne pourra pas régler nos problèmes de

santé mentale, on ne pourra pas avoir accès

à un psychologue et être prêt à accueillir ce que les professionnels ont à nous

dire si on n'est pas en mesure

d'avoir de la nourriture sur la table pour nourrir notre famille. Et le réseau

des banques alimentaires, qui est dans toutes les régions du Québec, qui

supporte également d'autres organismes, des Saint-Vincent-de-Paul ou autres,

qui permet d'avoir de la nourriture sur la table, et, pendant la pandémie, on

sait que les demandes ont été plus élevées

au niveau des banques alimentaires, surtout à cause de la situation économique,

bien, je peux vous dire une chose, M. le Président, le gouvernement

demeure à l'écoute de la suite des choses au niveau des banques alimentaires.

Vous comprenez qu'actuellement l'économie n'est pas la même que lors de la

première vague. Les fermetures ne sont pas les mêmes, mais on reste attentif

aux besoins qui se retrouvent dans toutes les régions du Québec. Puis je veux

saluer les banques alimentaires parce que ce sont des bénévoles qui sont à

l'écoute également des familles et qui peuvent détecter des problèmes de santé

mentale à l'intérieur même des familles.

Et je sais que le ministre a également

énormément à coeur le dossier de la DPJ, des centres jeunesse. Là aussi il y a un travail à faire afin d'accompagner nos

jeunes qui ont des problèmes de santé mentale. Merci, M. le Président.

Le Président (M. Provençal)

: Merci, M. le député. M. le député de D'Arcy-McGee, deux

minutes.

M. Birnbaum :

Oui. Merci. Bon, les contraintes frustrantes de nos règles parlementaires, je

n'ai que deux minutes. Je veux bien

vite saluer le constat très clair du ministre responsable sur le délestage, là,

une garantie que les gens en place vont rester en place. C'est important

et apprécié.

Je me permets d'utiliser le peu de temps pour

reposer quelques questions sur les listes parce que ça continue à me troubler.

Je cite le ministre délégué. En Chambre, premièrement, ce qu'on a annoncé ce

matin, c'est basé sur les listes d'attente,

il y a des données claires qui montrent qu'au niveau de la population adulte

les listes d'attente en santé mentale

sont en train de diminuer malgré l'augmentation de la demande, ont diminué de

50 % depuis la dernière année, 20 % depuis le début de la

pandémie.

Je veux comprendre comment on aurait pu venir à

ce constat pour trois raisons. Dans un premier temps, la Vérificatrice

générale, dans son rapport, a noté qu'il n'existe actuellement aucun système

d'information permettant d'avoir une vue

complète de tous les services de santé mentale reçus par un même patient, et

donc de suivre son cheminement. Deuxièmement, il n'y a pas une liste qui

a été dévoilée sur le statut des chiffres en 2019. Alors, ces comparaisons se font comment? Troisièmement,

d'être enlevé de la liste signifie quoi? Est-ce que c'est aussitôt qu'on aurait

fait appel à 8-1-1 ou à Tel-Jeunes? Est-ce que c'est une fois qu'on est

soulagé? Est-ce que c'est une fois qu'on aurait consulté tout simplement un site Web? Est-ce que c'est une

indication qu'on a eu de l'aide sérieuse et compréhensive? Comment se

confectionnent ces listes? Et comment le ministre est capable de faire son

constat qu'ils sont réduits par 50 % dans le contexte actuel?

Le Président (M. Provençal)

: Merci, M. le député. M. le ministre, votre conclusion,

10 minutes.

Carmant : D'accord. Dernier droit de parole? C'est vrai? O.K. Bien,

écoutez, je vais commencer par répondre aux questions du député de

D'Arcy-McGee. Effectivement, quand on a demandé... quand on a ajouté le

20 millions au budget de 2019‑2020, on

s'est rendu compte qu'il n'y avait pas de liste d'attente centralisée en santé

mentale. Les listes d'attente étaient dispersées à travers les

différents guichets d'accès en santé mentale. Donc, on a dû centraliser toute

l'information au niveau du ministère pour obtenir une liste d'attente

centralisée et fiable. Donc, on reçoit cette liste d'attente depuis un an de façon mensuelle, et c'est ainsi que ça nous

permet de suivre, sur une base mensuelle, l'impact de nos interventions sur les problèmes de santé

mentale. D'ailleurs, c'est à se demander comment on faisait pour les suivre

auparavant.

Maintenant, comment les gens sont retirés de la

liste d'attente? C'est effectivement quand leur dossier est pris en charge.

Puis, en fait, le député de D'Arcy-McGee soulève un bon point, est-ce que

toutes ces interventions entraînent une résolution de la problématique, et je

ne peux pas le garantir. Je vais être très transparent là-dessus. D'ailleurs,

la chose que j'ai demandée à plusieurs CISSS et CIUSSS, c'est de fusionner deux

directions, qui sont celle de la santé mentale avec celle des services sociaux

généraux. Parce que la porte d'entrée est souvent via les services sociaux généraux, et on a besoin de

savoir quel pourcentage sont résolus à ce moment-là ou quel pourcentage

ont besoin d'un suivi en santé mentale. Malheureusement, actuellement, les

données sur une base informatique sont très difficiles et j'ai demandé à notre

direction générale des TI de pouvoir nous permettre de faire ce suivi-là pour

qu'on sache effectivement si on résout le problème à la première étape ou si on

doit aller plus loin. Évidemment, c'est dans

cette deuxième étape-là qu'il y a des délais d'attente au guichet d'accès en santé mentale dont tout le monde

parle depuis ce matin. Je pense que ça répond à vos questions.

Deuxième

point que je voulais faire, je voulais m'excuser, là, de l'oubli tantôt. Donc,

le troisième site des aires ouvertes qui est disponible, c'est celui de

Laval, qui a été le premier, qui fonctionne très bien, et ceux qui sont en train de venir, il y en a

un qui va être au Saguenay, à Jonquière, et puis un en Estrie également, en

plus de la Gaspésie et de la Montérégie,

mais, comme je vous dis, c'est un concept qu'on veut étendre dans toutes les

régions.

Donc,

pour conclure, ce que j'aimerais vous dire, c'est que le problème de la santé mentale, c'est un problème qui nous préoccupe depuis le tout début de notre

mandat. C'est un problème qu'on veut... pour lequel on veut une approche

vraiment non partisane, parce que tout le monde est affecté par ce problème

dans chacun de nos comtés. Tout le monde veut des solutions qui sont durables et robustes

pour tous les Québécois, quelle que

soit leur localisation, quel que soit leur statut.

Peut-être

un... (Interruption)... excusez-moi, peut-être un groupe dont on

n'a pas parlé ce matin, c'est nos plus vulnérables,

les personnes en situation d'itinérance. Moi, j'ai deux dossiers qui... trois

dossiers, en fait, qui sont un peu interconnectés par la santé

mentale : la protection de la jeunesse, l'itinérance et la santé mentale.

Puis il ne faut pas voir ces dossiers de

façon séparée, parce que chaque intervention consolide l'autre, et le plus bel

exemple, je pense, c'est nos efforts qu'on a annoncés hier pour trouver

des refuges pour les personnes en itinérance, mais, à plus long terme, ce qu'on

veut, c'est vraiment de trouver des logements supervisés pour la proportion qui

sont en état d'itinérance, mais qui ont également un problème de santé mentale.

Je travaille très fort avec ma collègue à l'Habitation pour trouver des

logements abordables, trouver des logements sociaux pour ces gens en situation

d'itinérance et pour leur permettre, avec une supervision minime souvent, de

pouvoir contribuer de façon optimale à notre société.

autre chose qui est importante aussi pour ces personnes itinérantes, c'est le

syndrome des portes tournantes en

santé mentale, une autre chose dont on n'a pas parlé beaucoup aussi. Puis on le

voit tout le temps dans nos journaux,

là, trop souvent, malheureusement, des gens

qui ont consulté, par exemple, à l'urgence, et qui sont retournés chez eux,

et qui n'ont pas de services ou n'ont pas rapidement les services par la suite.

Donc, ça aussi, c'est quelque chose qu'on veut collaborer entre le réseau de la

santé et les organismes communautaires pour s'assurer que ces portes tournantes

là disparaissent, que quand quelqu'un consulte pour un problème de santé

mentale, qu'il soit pris en charge rapidement, dès sa sortie de nos salles

d'urgence. Donc, ça également, ça va demander une réflexion et un partenariat qui est important, un travail

interdisciplinaire, qui est le mot clé de ce matin pour moi, qui va être important.

Un autre aspect

également, au niveau de l'itinérance puis des portes tournantes, c'est la

collaboration que l'on commence à voir s'établir et que j'aime beaucoup dans le

réseau des CISSS et des CIUSSS entre la sécurité publique et nos intervenants

psychosociaux. Je pense que les patrouilles mixtes qui s'étendent, là, qui ont

commencé à Montréal, qui sont dans mon comté à Taillon, à Longueuil en général,

et qu'on voit dans de plus en plus de régions, c'est un autre bel exemple de

collaboration qui peut nous aider à résoudre des problèmes. Le chef de police

de la ville de Longueuil m'expliquait que 70 % des appels qu'il recevait

étaient pour des problèmes de santé mentale, que souvent ses officiers sont mal

équipés pour répondre à ces situations-là. Donc, plaçons nos intervenants au

bon endroit, en compagnie de ces

patrouilleurs de la sécurité publique, et eux pourront intervenir au bon moment

et s'assurer qu'au niveau des portes tournantes on puisse prendre en

charge le patient pour le besoin qu'il ressent, qui n'en est pas nécessairement

un de sécurité publique, mais plutôt de santé mentale.

Donc, pour conclure,

moi, je reviendrais sur l'interdisciplinarité. Donc, ce qu'on veut, à long

terme puis à court terme également, c'est d'établir ce programme qui va

permettre de donner des soins par étape, qui va permettre de renverser la

tendance qui veut qu'actuellement 70 % des gens soient vus par des

psychologues ou des psychiatres, alors qu'on est en pénurie des deux, du moins

dans le réseau public, parce que j'avoue qu'il y a suffisamment de psychologues

au Québec en général. Et, pour ce faire, on va vraiment prioriser les autosoins

en premier, que ce soit par des applications... et vous allez voir qu'on veut

travailler sur un site Web du ministère qui va mettre en évidence ce type

d'application, qui va mettre en évidence les endroits où on peut aller chercher

les soins de façon adéquate au niveau du

CLSC ou de différents... ou d'autres institutions,

qui va mettre en évidence tous les liens que l'on peut faire pour avoir

des services en santé mentale.

deuxième étape, les thérapies individuelles. On a parlé beaucoup des

psychologues pour la psychothérapie, mais il y a d'autres professionnels

de la santé qui peuvent donner de la psychothérapie. Mais, avant ça, il y a

d'autres professionnels qui peuvent donner des soins individuels ou des soins

de groupe, et beaucoup de données probantes montrent

que la situation peut se stabiliser, s'améliorer et même arrêter de façon

terminale à ce niveau-là. Puis ce que ça

va nous permettre de faire pour la problématique que l'on veut discuter

aujourd'hui, vraiment, ça va nous permettre de donner vraiment les soins appropriés, la psychothérapie aux individus

qui en ont le plus besoin et le plus rapidement possible, et là on

pourra pleinement mettre en valeur le service de nos psychologues au Québec, de

qui je reconnais tout à fait la compétence. Et d'ailleurs, lors de notre

conversation avec Mme Grou, Mme Grou me disait : Oui, mais les

psychologues peuvent aider au niveau de l'infosocial, les psychologues peuvent

aider avec la psychothérapie en première

ligne. Oui, je le comprends, elles ont toutes les compétences pour le faire,

mais on veut vraiment s'en servir là où elles vont être le plus utiles

au réseau de la santé, c'est-à-dire à cette étape de psychothérapie. Puis on

pense que c'est de cette façon-là qu'on va

pouvoir diminuer la consommation de médicaments, d'anxiolytiques ou autres par

les Québécois. C'est un problème

important. Mais je comprends nos médecins de famille qui, souvent, face aux

délais, préfèrent prescrire des médicaments.

Donc, pour nous, la

clé, encore une fois, et je terminerai là-dessus, c'est le bon soin au bon

moment par le bon professionnel, M. le Président.

Le Président (M. Provençal)

: Merci beaucoup, M. le ministre. La dernière intervention appartient

maintenant à M. le député de D'Arcy-McGee, pour 10 minutes.

M. Birnbaum : Merci, M. le

Président, et merci, M. le ministre responsable. Je n'ai aucun doute sur la

sincérité ni le sérieux de vos réponses, et c'est apprécié. Vous allez comprendre

que je ne reste quand même pas tout à fait satisfait des réponses.

Dans un premier temps, je veux qu'on s'entende

sur une évidence, c'est-à-dire que c'est une crise devant nous. C'est important, les mots sont importants,

et il y a des choses qui en découlent, c'est-à-dire des dépenses importantes

de l'État. Il y en a... Je faisais

partie d'un gouvernement. Il y a des

demandes sans fin et des limites sur les ressources de l'État. Mais, quand on

appelle une chose par son nom, une crise, il y a des choses qui en découlent et

des gestes importants et à la taille de cette crise-là.

Des éléments de cette crise qui ont besoin de

réponses? Des délais raisonnables, et j'ai toujours quelques questions là-dessus.

Une offre de réponse à la taille de l'ampleur de la crise. Une offre de réponse

avec des détails sur la disponibilité des ressources appropriées en région,

pour les agriculteurs, les entrepreneurs, pour les aînés, oui, pour les jeunes,

dont on a un geste structurant et sérieux de la CAQ cette semaine, pour les

femmes, pour ne pas mentionner les cibles qui ont été identifiées cette semaine

comme plus à risque, c'est-à-dire des Québécois de langue anglaise, des

nouveaux arrivants, des femmes, des communautés autochtones, pour en parler, de

quelques-uns, les travailleurs et travailleuses de première ligne, et tout

ainsi.

Nous sommes devant une annonce cette semaine,

comme d'autres annonces qui ont été faites à la semaine, de 25 millions de

dollars pour les jeunes — à

juste titre, les jeunes sont en crise, il y a toutes sortes de données à

l'appui. Mais cette annonce-là les adresse et n'adresse pas les autres

populations. Les autres dépenses qui s'ajoutent se chiffrent, en quelque part,

à peut-être 125 millions de dollars, les dépenses annoncées par la CAQ.

Intéressantes et importantes, mais, une autre fois, je ne sais pas si c'est à

la taille du problème, et on va en parler dans les quelques minutes qui restent. Ce que nous proposons, pas

une panacée, mais une solution majeure qui, même dans son implantation,

donnerait le signal aux Québécoises et Québécois que nous les avons compris

quand ils parlent de leur détresse, exprimée de toutes sortes de façons.

L'autre dépense du gouvernement, bon, quelque

31 millions suite au programme pour les troubles de santé mentale. Et, à plusieurs reprises, le ministre

parle d'un virage pour assurer une approche multidisciplinaire. D'accord,

d'accord, dans une crise, il faut que tout le monde soit mis à l'oeuvre et que

les gens avec une capacité soient invités de l'exploiter. Nous... Je ne suis

pas... Comme j'ai dit, je ne suis pas le porte-étendard des psychologues, mais,

si les problèmes sont majeurs, il faut que

l'expertise soit majeure, et disponible, et au rendez-vous, et souvent,

souvent c'est des psychologues.

En ce qui a trait à la... multidisciplinarité de

l'affaire — vous

me comprenez, je n'ai toujours pas eu le mot — un

psychologue qui serait invité à diagnostiquer, selon notre proposition, pas

juste un médecin avec tous les délais, là. Un psychologue a la capacité

de décortiquer le problème. Je crois que le ministre responsable va en convenir

avec moi, si on constate que la personne à l'autre bout du téléphone ou, suite

à une consultation, a les deux pieds sur terre, a des ressources autour de lui ou elle, est capable de se débrouiller

avec des ressources, oui, multidisciplinaires et d'une haute qualité, tout

de suite, qu'on le fasse, tout de suite, qu'on le fasse, mais que, comme je

dis, une solution globale soit à la taille des grandes difficultés devant nous.

Et je tiens à noter qu'actuellement, en ce qui a

trait à la psychothérapie, qui est indiquée quand on parle de la dépression

majeure qui se manifeste partout, qui est indiquée quand on parle de

l'augmentation de la toxicomanie, qui est indiquée quand on parle des femmes

violentées qui sont devant des crises qui s'amplifient dans la pandémie actuelle, il faut que cette réponse sérieuse soit

à une seule vitesse. Tous les groupes que je viens d'énumérer, il y en a une

petite portion qui ont la chance d'avoir de l'assurance, de chercher de l'aide

au privé, mais là on parle actuellement d'un système, dans ce cas-ci, qui est à

deux vitesses.

La crise n'est pas moins amplifiée pour les gens

qui ont des... certains moyens. Le besoin d'aide n'est pas plus amplifié parce

que, oui, on a accès aux services privés. Il faut que ça soit à une seule

vitesse, et, pour le faire, le ministre y a fait quelques allusions, il y a du

travail à faire pour rapatrier les professionnels aptes au secteur public. En bonne foi, ils sont... ils vont être au rendez-vous si les conditions de l'exercice sont améliorées, et les lacunes là-dessus sont présentes depuis longtemps.

We've had an important exchange, and I respect and accept

the seriousness and the sincerity of the answers the Minister responsible has

offered, but we're before a crisis, and the Minister was not quite prepared to

call it that, a mental health crisis. And

that requires, M.

le Président, clear and

long standing and permanent solutions. We've put one forward, which is for universal access to

psychotherapy. Yes, it's expensive. It would cost an estimated

$300 million a year. All of the measures put together — and

they're being kind of piecemeal in our estimation — from the CAQ are about 125 million. This is a crisis. Our independent workers,

our small businesses, women under stress and facing conjugal violence,

seniors, young people, there are deep, deep needs and deep indications of

widespread depression, and anxiety, and other mental illnesses. And the

response has to be at the level of that crisis.

Notre deuxième demande

très concrète, on répond présent. On n'avait pas besoin du premier ministre

pour nous inviter de le faire, mais on répond présent avec des propositions

concrètes, concrètes dans ce dossier ainsi que dans les autres.

L'autre proposition concrète, et je tiens à le

souligner en concluant, c'était pour une enquête en commission, un mandat d'initiative appuyé par les formations

de l'opposition et, à juste titre, appuyé par les ordres des

psychologues, des pédiatres, des travailleurs sociaux, par tout le monde

afin que, devant cette crise qui risque d'être présente pour longtemps, on évoque l'expertise, dans un premier

temps, je me permets de le dire, les parlementaires, les psychologues, les chercheurs, les

usagers dans une discussion transparente et structurante, pas à fins

partisanes, pour équiper comme il faut le ministre responsable et son

équipe avec la meilleure des pratiques, avec les données probantes, avec les

outils pour avoir une évaluation, un diagnostic étendu à chaque reprise, et de

le faire en toute transparence, parce que c'est nécessaire pour avancer et

faire avancer le dossier.

Écoutez,

M. le Président, je me permets l'arrogance, au nom de mes collègues

des formations de l'opposition,

de dire que, peut-être à ce côté de la

Chambre, nos interventions, depuis un mois et demi, ont renforcé et vont

renforcer la main du ministre responsable lors de ces discussions avec

le premier ministre du Québec, lors de ses interventions au Conseil des

ministres pour que les réponses à cette crise, et je suis confiant que le

ministre est capable, pour que les réponses à cette crise soient à la taille

des attentes des Québécoises et des Québécois qui nous écoutent. Merci.

Le Président (M. Provençal)

: Merci beaucoup, M. le député. Merci à tous.

Compte tenu de l'heure, je lève la séance. Et la

commission, ayant accompli son mandat, ajourne ses travaux sine die. Je vous souhaite un bon retour en

circonscription puis un bon week-end. Merci de votre collaboration et de votre

contribution.

(Fin de la séance à 12 h 01)

Document details

CollectionQuebec — Committees
CitationCSSS 2020-10-30
Typecommittee
Volume / chapterfr travaux-parlementaires commissions csss-42-1 journal-debats CSSS-201030
Languageen
Formathtml
SourcePROVINCIAL
Identifier2d6502199138f1d986238d97fedc6575cb7ba2de

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