Transportation and the Environment — 6 October 2015 (41st Legislature, 1st Session)
CTE 2015-10-06
Quebec — Committees
Alors, je
souhaite la bienvenue à nos invités d'ENvironnement JEUnesse. Vous avez
10 minutes pour faire votre présentation. Par la suite, nous aurons
un échange avec les membres de la commission. Je vous demanderais de vous
présenter et de présenter la personne qui vous accompagne pour les fins
d'enregistrement. Vous avez la parole.
Mme Gauthier (Catherine) : Merci, M.
le Président. Mon nom est Catherine Gauthier, je suis présidente
d'ENvironnement JEUnesse et je suis accompagnée par Jean-François Veilleux,
vice-président de l'organisme.
Je vous
remercie de nous avoir invités à cette importante consultation sur la question
des changements climatiques et des cibles de réduction de gaz à effet de
serre pour le Québec.
Juste un mot
sur ENvironnement JEUnesse. C'est une organisation qui a été créée en 1979 et
qui est un organisme, en fait,
d'éducation relative à l'environnement qui vise à conscientiser les jeunes du
Québec aux enjeux environnementaux, à
les outiller à travers ses projets éducatifs mais aussi à les inciter à agir
dans leurs milieux. Un de nos objectifs, c'est aussi de participer à des consultations, à des audiences
publiques sur les enjeux environnementaux pour y promouvoir la place de
la jeunesse et de l'éducation relative à l'environnement comme nous le faisons
aujourd'hui.
Veilleux (Jean-François) :
Aujourd'hui, dans le cadre des consultations particulières et auditions
publiques sur le document de consultation Cible
de réduction d'émissions de gaz à effet de serre du Québec pour 2030 , on
présente notre mémoire intitulé Top chrono — Réduire
les émissions du Québec d'ici 2030 .
Dans un
premier temps, nous verrons qu'une cible de l'ordre de 37,5 % sous le
niveau de 1990 pour le Québec en 2030
est insuffisante. De plus, nous croyons que le Québec doit se doter d'une cible
à mi-chemin et que la province n'a d'autre
choix que de mettre en oeuvre une décarbonisation dans les différents secteurs
de son économie pour atteindre cette cible.
Dans un
deuxième temps, nous identifions un obstacle majeur à la mise en oeuvre des
actions pour lutter contre les changements climatiques, soit celui du
manque de financement des groupes communautaires et environnementaux.
D'abord, on tient à rappeler que le délai entre
l'annonce de cette consultation et le début des consultations est beaucoup trop court. Cette consultation, on se le
rappellera, a été annoncée le 17 septembre 2015 par voie de
communiqué. Nous avons reçu un avis de
convocation le 23 septembre, et les consultations ont débuté le
30 septembre. En d'autres mots, nous
avons eu à peine 20 jours pour se préparer à cette consultation. Ce n'est
pas la première fois qu'ENJEU déplore des délais aussi serrés, et on espère que cette remarque sera prise au
sérieux dans les prochains processus de consultation.
Gauthier (Catherine) :
Maintenant, pour se pencher sur le document de consultation, comme le
document même l'admet, l'objectif de limiter le réchauffement climatique global
à 2 °C peut encore être atteint, mais, plus que jamais, le temps presse. Pour y parvenir, des réductions drastiques sont
nécessaires. C'est dans ce contexte que le Québec s'est doté de cibles
de réduction des émissions de gaz à effet de serre.
Québec a pour objectif de réduire ses émissions de GES de 20 % sous les
niveaux de 1990 d'ici 2020 et de 80 % à 95 % d'ici 2050. Or, bien que le Québec ait annoncé des objectifs
ambitieux, il se lance dans des projets à fortes émissions de GES, une approche qu'on tient à souligner parce
que c'est tout simplement incohérent avec des objectifs ambitieux de
réduction des émissions de gaz à effet de serre. ENJEU est plutôt d'avis que la
cible pour 2030 devrait être de l'ordre de
50 % par rapport à 1990. Avec un objectif, à l'horizon de 2050, de
80 % à 95 % de réduction, le Québec doit atteindre des réductions
importantes, et ce, le plus rapidement possible pour ne pas compromettre ses
objectifs à plus long terme. En
effet, plus on tarde à réduire les émissions, plus les émissions de GES
s'accumulent dans l'atmosphère et contribuent au réchauffement
planétaire.
Par ailleurs, nous
sommes d'avis que le Québec devrait également établir des cibles sectorielles
et des cibles précises dans des domaines
névralgiques pour concrétiser la volonté du gouvernement de réduire les
émissions de GES. À cet effet, nous recommandons au gouvernement du
Québec d'adopter un objectif de réduction de la consommation d'hydrocarbures, puis, pour reprendre les mots du
ministre, «l'urgence d'agir appelle à des transformations profondes de notre économie et de notre société. [...]Nous
entrons dans une période de transition vers une société sobre en
carbone, avec les défis qu'implique toute
période de changements majeurs.» À notre avis, afin de réaliser les
transformations profondes de notre
économie et de notre société, tous les secteurs doivent être mobilisés. La
cible de réduction d'émissions de GES pour 2030 doit donc avoir des
impacts dans tous les ministères.
Dans
le but d'accélérer la mise en oeuvre des actions de réduction des émissions de
GES, ENJEU considère que le Québec doit amorcer une décarbonisation de
l'ensemble de ses secteurs économiques.
M. Veilleux (Jean-François) : Au vu des plus récentes statistiques sur les
émissions de GES du Québec, nous sommes
inquiets. Si les derniers chiffres montrent que le Québec a réduit ses
émissions de GES de 6,8 % entre 1990 et 2012, tout n'est pas gagné d'avance. Dans l'inventaire 2012, les
émissions de GES liées au transport routier ont connu une hausse de
32 % entre 1990 et 2012, puis, selon l'inventaire fédéral, les émissions
du Québec étaient à la hausse entre 2012 et 2013, atteignant
83 mégatonnes, alors qu'elles devraient plutôt diminuer rapidement.
données démontrent que l'atteinte des cibles annoncées du Québec nécessite une
transformation profonde de nos modes de vie et de nos économies. Les
changements de comportement ne peuvent se faire qu'en impliquant les
communautés et les groupes environnementaux, et ce, à toutes les échelles.
Selon
ENJEU, le manque de mobilisation des groupes communautaires et environnementaux
pourrait constituer un obstacle majeur freinant la mise en oeuvre de
l'action climatique. Les organismes comme ENJEU représentent une courroie de
transmission essentielle auprès des jeunes, des professeurs, des écoles, des
cégeps et, plus largement, des citoyens. Par
ses projets et programmes éducatifs, ENJEU permet une réduction à la source des
émissions de GES. En effet, l'organisme contribue à transformer nos
modes de vie en sensibilisant le public à consommer autrement, à opter pour des
modes de déplacement à faibles émissions de GES, à créer des emplois verts,
etc.
Depuis plus de 35 ans,
ENJEU s'est avéré être l'organisme en éducation environnementale de référence
au Québec. En dépit de son expertise et de ses efforts soutenus, le financement
par projets est insuffisant. Il nous amène aujourd'hui au constat que, si le
soutien à la mission des groupes environnementaux nationaux n'est pas renouvelé
cette année, nous devrons fermer nos portes.
Pour l'année en cours, rien n'indique que le financement à la mission
sera versé aux groupes environnementaux
pourtant qualifiés. En plus d'être vécue comme un désaveu du gouvernement
envers des groupes qui agissent dans
l'intérêt du Québec, du ministère, des citoyens en général, cette situation est
catastrophique pour la survie des groupes et doit être corrigée dans les plus
brefs délais.
Mme Gauthier (Catherine) : À l'heure actuelle, la situation précaire d'ENJEU
mais aussi de plusieurs groupes environnementaux ou communautaires
menace leur existence même.
Or, l'action des
organismes comme ENJEU est essentielle à la lutte contre les changements
climatiques et à l'atteinte des cibles du
gouvernement du Québec. Sans groupes environnementaux pour créer des projets
qui impliquent la population, les jeunes dans le cas d'ENvironnement
JEUnesse, les cibles sont vaines, car elles ne seront pas mises en application à travers des projets bien implantés
dans les communautés. En somme, les politiques du gouvernement du Québec sabrent dans des subventions aux organismes
au nom de la rigueur budgétaire et soi-disant pour réduire le fardeau fiscal dont hériteront les prochaines générations,
mais pourtant, en menant à la fermeture des organismes, on hypothèque
les capacités des générations futures à
s'adapter aux changements climatiques et à lutter efficacement contre le
réchauffement planétaire. On laisse ainsi
une dette aux générations futures bien plus importante encore que celle qu'on
prétend éviter.
En conséquence, ENJEU
émet les recommandations suivantes au gouvernement du Québec :
premièrement, adopter une cible de réduction
d'émissions de GES de l'ordre de 50 % sous le niveau de 1990 pour le Québec en
2030; deuxièmement, adopter un objectif de
réduction de la consommation d'hydrocarbures pour la province en
complément d'une cible globale de réduction
d'émissions de GES et que cet objectif soit inscrit dans un plan crédible comme
le plan sur les changements
climatiques; troisièmement, s'engager dans une décarbonisation de l'économie
québécoise, et ce, dès maintenant, pour une décarbonisation totale à
l'horizon de 2050; et, quatrièmement, signer rapidement une nouvelle entente
avec les groupes qualifiés au Programme de soutien à la mission des organismes
nationaux pour l'année en cours, de relever
les fonds alloués à la mission des groupes environnementaux et de maintenir un
financement adéquat à plus long terme. Je vous remercie.
Président (M. Reid) : Merci. Alors, nous allons passer
maintenant à une période d'échange. Nous commençons par le côté
gouvernemental. M. le ministre, vous avez la parole.
M. Heurtel : Merci, M. le Président. Bonjour, Mme Gauthier.
Bonjour, M. Veilleux. Merci pour votre présentation. Pouvez-vous, relativement à votre cible proposée
de 50 %, nous donner des exemples concrets de moyens qu'on devrait
mettre en oeuvre?
Gauthier (Catherine) : Comme
on l'évoque, un des moyens concrets, c'est d'effectuer un virage
vraiment à 180 degrés et d'aller vers une décarbonisation de l'économie.
le sait, mon collègue M. Veilleux l'a expliqué, les émissions de gaz à effet de
serre continuent d'augmenter, en particulier dans le secteur des
transports, et pourtant on n'a pas de mesure suffisamment robuste jusqu'à
présent pour freiner la hausse des émissions
dans ce secteur. Donc, une des mesures, ce serait effectivement de s'attaquer à
ce secteur, notamment en faisant la
promotion du transport en commun, de mettre en place des infrastructures. Un de
nos projets-phares, c'est aussi un projet de vélo, donc, à l'année, de roues
quatre saisons, donc, d'encourager également les
transports actifs, donc pas seulement l'offre de transport en commun, mais de
mettre en place les infrastructures au niveau
de l'urbanisme, par exemple, pour accueillir un transport qui ne fait peut-être
pas une aussi grande place à l'auto en solo, là, comme c'est le cas actuellement.
M. Heurtel : Voulez-vous ajouter quelque
chose?
M. Veilleux (Jean-François) : Non,
j'abonde dans le même sens.
Heurtel : C'est rassurant. Parce que
le Plan d'action 2006‑2012
sur les changements climatiques ainsi que le PACC 2013‑2020 comprennent des mesures sur chaque point, je crois,
que vous venez de mentionner. Alors, je conviens avec vous que c'est clair qu'il faut aller plus loin tant pour atteindre
une cible de 37,5 % tel qu'il est proposé ou même pour se rendre à
50 %.
Alors, ce que
j'aimerais savoir, que ça soit en... parce que vous parlez qu'il faut des
mesures suffisamment robustes, il
faut une transformation profonde, il faut décarboniser, oui. Alors, concrètement,
qu'est-ce qu'on doit faire, selon vous, là? Des mesures concrètes, parce
que toutes les mesures que vous m'avez don