CAT — 3 June 2025 (43rd Legislature, 1st Session)
CAT 2025-06-03
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Accueil > Travaux parlementaires > Travaux des commissions > Journal des débats de la Commission de l'aménagement du territoire
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32e législature, 3e session (9 novembre 1981 - 10 mars 1983)
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32e législature, 1re session (19 mai 1981 - 18 juin 1981)
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31e législature, 5e session (24 octobre 1980 - 24 octobre 1980)
31e législature, 4e session (6 mars 1979 - 18 juin 1980)
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31e législature, 2e session (8 mars 1977 - 22 décembre 1977)
31e législature, 1re session (14 décembre 1976 - 23 décembre 1976)
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30e législature, 1re session (22 novembre 1973 - 22 décembre 1973)
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28e législature, 3e session (20 février 1968 - 18 décembre 1968)
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27e législature, 4e session (21 janvier 1965 - 6 août 1965)
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(29 novembre 2022 au 10 septembre 2025)
Cette version du Journal des débats est une version préliminaire : elle peut donc contenir des erreurs. La version définitive du Journal, en texte continu avec table des matières, est publiée dans un délai moyen de 2 ans suivant la date de la séance.
Pour en savoir plus sur le Journal des débats et ses différentes versions
mardi 3 juin 2025
Vol. 47 N° 113
Consultations particulières et auditions publiques sur le projet de loi n° 97, Loi visant principalement à moderniser le régime forestier
Aller directement au contenu du Journal des débats
Heures
10 h
10 h 30
11 h
11 h 30
15 h
15 h 30
16 h
16 h 30
17 h
17 h 30
18 h 30
19 h
19 h 30
20 h
Journal des débats
10 h (version non révisée)
(Dix heures quatre minutes)
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
bon matin à tous. Ayant le quorum, je déclare la Commission de l'aménagement du
territoire ouverte.
Alors, je vous rappelle que la
commission est réunie afin de poursuivre les consultations particulières et auditions
publiques sur le projet de loi n° 97, Loi visant principalement à
moderniser le régime forestier.
Alors, juste aussi vérifiez vos appareils
téléphoniques, qu'ils soient bien fermés. Mme la secrétaire, est-ce que nous
avons des remplaçants?
La Secrétaire : Oui, M. le
Président. Mme Blais (Abitibi-Ouest)
est remplacée par Mme Tardif
(Laviolette—Saint-Maurice); M. Gagnon (Jonquière), par M. Bernard
(Rouyn-Noranda—Témiscamingue); Mme Jeannotte (Labelle), par M. Rivest
(Côte-du-Sud); Mme Poulet (Laporte), par Mme Guillemette (Roberval); M. Ciccone
(Marquette), par M. Fortin (Pontiac); Mme Setlakwe
(Mont-Royal—Outremont), par Mme Dufour (Mille-Îles); et Mme Labrie
(Sherbrooke), par M. Fontecilla (Laurier-Dorion).
Le Président (M. Schneeberger) : Merci
beaucoup. Alors, ce matin, nous entendons l'Assemblée des Premières Nations
Québec, Labrador et la Fédération québécoise des municipalités.
Alors, je salue les représentants des
Premières Nations. Bonjour à vous. Alors, dans un premier temps, je vous
inviterais à vous présenter à tour de rôle et, par la suite, enchaîner avec
votre présentation. Vous avez un 10 minutes total, et, par la suite, nous
allons débuter un échange avec les députés et la ministre. Vous avez la parole.
M. Bacon St-Onge (Jérôme) : Bonjour
à tous et merci de nous recevoir. Moi, c'est Jérôme Bacon St-Onge, je suis vice-chef
au Conseil des Innus de Pessamit sur la Côte-Nord Nitassinan...
M. Verreault-Paul (Francis) : Kuei
kassinu. Bonjour, tout le monde. Francis Verreault-Paul, chef de l'Assemblée
des Premières Nations Québec, Labrador.
M. Wababonick
(Lucien) : Kwe kakina. Lucien
Wababonick, chef anishnabe de Lac-Simon. Merci de nous accueillir ici.
M. Gill-Verreault (Jonathan) :
Kuei kassinu. Jonathan Gill-Verreault...
M. Gill-Verreault (Jonathan) : ...vice-chef
de la première nation des Pekuakamiulnuatsh de Mashteuiatsh. Merci beaucoup.
Le Président (M. Schneeberger) : Bonjour.
Vous pouvez débuter.
M. Verreault-Paul (Francis) : «Kuei»,
tout le monde. Tout d'abord, je tiens à remercier le territoire non cédé des
Premières Nations sur lequel nous sommes. Je m'appelle Francis Verreault-Paul,
chef de l'Assemblée des Premières Nations, Québec, Labrador. Je suis également
accompagné par plusieurs grands chefs, chefs élus et, à cette table, les chefs
et vice-chefs qui viennent de se présenter.
La mission de l'APNQL est d'appuyer les
élus des 43 Premières Nations sur le plan politique, dans la défense et la
reconnaissance du
titre et de leurs droits ancestraux par les autres
gouvernements.
Notre présence aujourd'hui en tant que
gouvernement des Premières Nations doit être reçue par cette commission comme
une démonstration de bonne foi et de respect envers ses travaux. Elle ne doit
cependant pas être considérée comme une consultation.
Nous attendons de cette commission qu'elle
respecte l'autonomie et la souveraineté de chacune des Premières Nations.
Contrairement aux 22 autres participants, nous ne sommes pas des parties
prenantes, nous sommes détenteurs de droits ancestraux et du titre.
La gestion de la forêt doit s'effectuer
dans une cogestion réelle entre votre gouvernement et les gouvernements des
Premières Nations afin d'assurer un avenir durable et profitable pour tous.
D'ailleurs, ce que nous recherchons est un réel équilibre entre le développement,
la pérennité des forêts, la protection de la biodiversité et de nos modes de
vie.
Le respect des droits ancestraux des
Premières Nations n'est pas une option à laquelle les gouvernements peuvent
décider d'adhérer ou de se soustraire. Au contraire, ils ont la responsabilité
d'utiliser leur pouvoir législatif afin de reconnaître et de faciliter
l'exercice des droits ancestraux afin d'établir des relations fondées sur le
respect mutuel.
Dans sa forme actuelle, le projet de loi
n° 97 ne comble pas cet aspect incontournable. Ce projet ne favorise pas
une réconciliation législative et sa pleine mise en œuvre. D'ailleurs, les
quelques mentions au droit des Premières Nations dans le texte actuel ne visent
pas une reconnaissance de droits, comme l'expose le mémoire de la ministre des
Ressources naturelles et des Forêts au Conseil des ministres.
Depuis février 2024, nous avons participé
avec le ministère des Ressources naturelles à des discussions sur l'avenir des
forêts. Les Premières Nations ont partagé leurs préoccupations, leurs enjeux et
surtout leurs solutions. Actuellement, un comité des chefs des Premières
Nations a été mis en place pour participer à une table de haut niveau avec la
ministre. Nous espérons que cette ouverture mène à des changements majeurs.
Il est important de souligner que nous
avons été pris par surprise par le dépôt du projet de loi n° 97 et le
processus expéditif imposé pour la réforme du régime forestier. Rappelons que
nous avions en ce sens proposé un rapport... un report du projet de loi et
d'étaler les auditions jusqu'à l'automne.
La politique de consultations autochtones
prévue dans le projet de loi actuelle n'ajoute rien de nouveau et n'engage
aucunement le ministère à un cadre légal clair sur la consultation et l'accommodement.
Ces propositions ne font que rappeler que le processus législatif à lui seul
n'est pas adapté ni propice aux obligations constitutionnelles de consultations
et de consentement.
La Déclaration des Nations unies sur les
droits des peuples autochtones établit des mécanismes assurant le respect de
notre consentement préalable, libre et éclairé. Force est de constater que le
gouvernement du Québec, pour le moment, a décidé de ne pas s'engager pleinement
dans cette direction, et ce, malgré la motion unanime de reconnaissance de la
DNUDPA par votre assemblée en 2019.
Une consultation tenant compte du
consentement préalable, libre et éclairé de nos gouvernements n'est pas
négociable. Je le réitère, la reconnaissance des droits ancestraux et du
titre
des Premières Nations n'est pas une option.
Le gouvernement du Québec a une
opportunité unique de créer un précédent législatif en intégrant ces aspects
incontournables et en s'y engageant pleinement à travers ce nouveau projet de
loi qui touche le cœur de nos nations.
Je me tournerai maintenant vers le chef
Wababonick pour la suite.
• (10 h 10) •
M. Wababonick (Lucien) : «Kwe
kakina», M. le Président. Merci de nous accueillir encore. Mme la ministre, à
l'opposé de ce qu'affirme votre cabinet aux journalistes ou du projet de loi
n° 97, il n'offre pas d'avancées majeures pour les Premières Nations. Bien
au contraire, il imposera des reculs inacceptables quant au respect de nos
droits ancestraux...
M. Wababonick (Lucien) : ...un,
à plusieurs reprises, nous vous avons demandé de collaborer à l'écriture du
projet de loi afin de s'assurer du respect de nos droits. À l'inverse, vous
nous avez refusé l'accès au projet et n'avez retenu aucune de nos solutions,
alors que la révision du régime aurait été l'occasion pour Québec d'emboîter le
pas vers une véritable réconciliation par la cogestion du territoire. J'ai bien
dit «cogestion». C'est à l'industrie que vous avez donné la cogestion et c'est
avec elle que vous avez coécrit le projet de loi.
Deux, le zonage forestier, tel que conçu
au projet de loi, est inacceptable et constitue un acte de dépossession de nos
terres et l'octroi d'un statut légal qui donne primauté à l'industrie
forestière sur un minimum de 30 % de nos territoires ancestraux où les
droits des Premières Nations seront subordonnés aux droits forestiers. Cette
mesure est une provocation directe à nos membres dans le territoire. Ce que
leur dit le projet de loi, c'est : On vous tolère en n'interdisant pas vos
activités traditionnelles, mais vous ne devez sous aucun cas ou prétexte nuire
à l'exploitation forestière, qui a primauté sur vos droits, nos droits
ancestraux. Il n'y a rien de ce projet de loi qui permet d'assurer le maintien
de la qualité de nos territoires nécessaires à la préservation de nos modes de
vie, de nos langues, de nos cultures, tel que nous l'avons demandé à plusieurs
reprises.
Il n'y a rien dans le projet de loi qui
engage le gouvernement à respecter nos droits, à nous consulter véritablement
et à nous accommoder adéquatement, tel que nous l'avons demandé. La ministre
dit elle-même, en page 11 de son mémoire : «L'ajout de droits dans le
projet de loi n'est pas une reconnaissance des droits.» Dans le projet de loi,
ce n'est pas une reconnaissance des droits, c'est ce qu'elle affirme. Elle se
donne de plein pouvoir discrétionnaire en ce qui concerne notre droit à la
consultation et à l'accommodement par l'usage de termes tels que «prise en
compte», «considération», «qui n'engage en rien le gouvernement». Puis, en
étant juge et
partie de ce qu'il y a lieu, entre parenthèses, et de comment
nous accommoder... nous accommoder, ce projet de loi est entièrement contraire
à la demande que nous avons faite d'intégrer le consentement libre, préalable
et éclairé des Premières Nations pour toutes les décisions prises concernant
leurs terres. Peut-être mentionner que cela fait déjà... ça se fait déjà en
Colombie-Britannique. Dans la loi, ça se fait déjà.
Le projet de loi n° 87 est
inacceptable, il ne sera bénéfique pour personne, pas même l'industrie. Mme la
ministre, nous avons partagé à maintes reprises nos craintes à l'effet que ce
projet de loi menacerait la paix sociale en territoire, on le voit déjà, ce
qui, contrairement à l'objectif premier de cette modernisation, compromettrait
la prévisibilité que recherche l'industrie. La crise a déjà débuté en
territoire et s'accentue de jour en jour sans que nous ne puissions rien y
faire devant votre manque d'écoute et de considération des droits. Jusqu'à ce
jour, il n'y a pas eu de véritable dialogue. Vous avez évité nos demandes et
avez écarté nos solutions.
Mme la ministre, avez-vous maintenant
l'intention de travailler avec nous? Au moment où nous devrions chercher à nous
unir pour faire face à l'incertitude climatique et l'incertitude économique
dans laquelle nous plongent les menaces tarifaires de Trump, ce projet de loi
nous divise tous. Ce projet de loi est à refaire dans son entier afin de
permettre de bâtir des ponts et de rétablir un climat social et d'unité. Il
doit être élaboré en co-construction avec nos Premières Nations et tous les
acteurs du territoire, dans un véritable dialogue social et en respect de nos
droits et titres ancestraux. C'est aussi la conclusion à laquelle adhéraient
les intervenants présents au Sommet sur la forêt à Chicoutimi le 20 mai
dernier.
Nous terminons sur la mention que nos
droits et titres ancestraux ne doivent pas être vus comme un obstacle, mais
plutôt comme un tremplin qui permettra de bâtir un avenir meilleur pour tous,
tous et chacun...
Le Président (M. Schneeberger) : Vous
avez terminé?
M. Wababonick (Lucien) : Oui.
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
merci beaucoup. Bien, félicitations, vous êtes dans les temps, donc, merci pour
le respect du temps. Alors, nous allons débuter une période d'échange avec la
ministre. Vous avez 16min 30s.
Mme Blanchette Vézina : Merci.
Kwe! C'est un plaisir de vous voir. Merci de vous être déplacés. Puis je sais
que, pour plusieurs, ça prend de la route. Certains sont juste de l'autre bord
du fleuve, mais d'autres, pour M.... notamment, là, chef... c'est plusieurs
heures de route. Ça fait que je vous remercie d'être présents aujourd'hui, de
pouvoir partager ce que vous avez à dire sur le projet de loi. Ça fait
plusieurs rencontres qu'on a, là, on...
Mme Blanchette Vézina : ...notre
côté, là, 14, pour discuter de différents... différents sujets, au départ les
tables de réflexion sur l'avenir de la forêt, qui ont fait le tour du Québec
mais qui ont eu des consultations en parallèle, des rencontres en parallèle
pour les Premières Nations, parce que je tenais à avoir une vision qui n'était
pas diluée dans le reste des consultations qu'on menait avec les citoyens du
Québec, l'ensemble de la population. Donc, pour moi, c'était important puis
c'est toujours important, là, de faire une place spécifique. C'est en ce
sens-là aussi qu'on a débuté des travaux sur la table de haut niveau, qui était
une demande aussi qui avait été formulée, là, dans le cadre des échanges que
nous avions eus. Donc, sachez qu'au-delà des mots, pour moi, c'est important,
tu sais, de pouvoir avoir cette place de discussion là, où on va pouvoir
poursuivre le travail. Parce que ce que vous m'avez nommé aussi, c'est que le
format en ce moment, c'est-à-dire le format des commissions parlementaires,
pour vous, ça ne permet pas nécessairement de pouvoir vous sentir... sentir que
vous pouvez vous exprimer puis apporter des réels changements. Donc,
l'objectif... l'objectif de poursuivre les travaux avec la table de réflexion,
pas... pardon, la table de haut niveau, c'est justement de pouvoir travailler
ensemble dans un format qui va permettre que vous ayez plus d'espace, plus de
temps puis une place spécifique.
Vous avez nommé que, la rencontre
d'aujourd'hui, vous considérez que ce n'est pas une consultation, que
l'ensemble des 14 rencontres qu'on a eues, des discussions, des échanges, ce
n'est pas des consultations. J'aimerais vous entendre sur qu'est-ce qu'une
consultation, pour vous.
M. Verreault-Paul (Francis) : Merci,
Mme la ministre. Bien, tout d'abord, concernant les éléments que vous avez
énumérés, tout à fait, on a participé de bonne foi, depuis... depuis plus d'un
an, aux tables de réflexion, aux différentes... aux différentes rencontres
qu'il a pu y avoir concernant l'avenir des forêts. On se rappelle également,
l'hiver dernier, une rencontre où, juste avant le dépôt du projet de loi...
qu'une entente de confidentialité nous avait été demandée de signer avant même
de prendre part à cette rencontre. C'est totalement à l'encontre de qu'est-ce
que c'est qu'une consultation et de la transparence et de la gouvernance dans
nos modes de gouvernance envers nos populations en tant que Premières Nations.
On l'a vu, on l'a souligné, on l'a... on a mentionné qu'on n'allait pas signer
cette entente de confidentialité. Il n'y a pas eu d'entente de confidentialité,
finalement. J'ai participé à cette rencontre en compagnie de plusieurs autres
Premières Nations et je vous dirais que c'était une rencontre avec des très, très
grands principes, très larges, où est-ce qu'il n'y avait pas de discussion.
C'était un message qui nous était partagé, encore une fois, qu'il n'y avait pas
de détail sur le futur du projet de loi. Et, lorsqu'on avait des questions, on
nous répondait qu'on allait la prendre en note et nous revenir. Pour nous, ce
n'est définitivement pas le concept d'une consultation et de consentement
préalable libre et éclairé.
Vous savez, là, le consentement préalable
libre et éclairé, ce n'est pas un concept que l'on magasine. Ce que je veux
dire, c'est que ça doit tout d'abord faire
partie en amont, pour revenir à
l'aspect de consultation, c'est l'aspect d'être en amont. Je pense qu'on en a
discuté entre les chefs et vous, Mme la ministre. Il y a le pendant, mais il y
a aussi l'après. Et, dans l'après, actuellement, malgré notre participation de
bonne foi, malgré toutes les recommandations, les solutions qu'on a partagées à
l'ensemble du ministère, actuellement, la mouture actuelle, ces recommandations
n'y sont pas reflétées ou que très peu reflétées.
Donc, pour revenir à l'aspect de
consultation, sans rentrer dans le détail qu'est-ce que c'est exactement
l'aspect de consultation, je pense que l'aspect où est-ce qu'on doit... on doit
définir encore mieux, c'est l'aspect de gouvernement à gouvernement, et c'est
dans cette approche que nous sommes depuis le début et que nous sommes encore
aujourd'hui. Et, bien sûr, je ne parle pas en tant que : l'APNQL est un
gouvernement, mais je parle au niveau de : chacune des Premières Nations
est un gouvernement. Donc, pour le moment... Est-ce qu'il y avait des ajouts?
• (10 h 20) •
M. Wababonick (Lucien) : Oui.
Merci pour la question. Je pense, c'est une question qui est importante pour
tout le monde, qu'il puisse bien comprendre qu'est-ce que c'est que ça veut
dire, ça, ce concept-là de consultation.
Vous savez, les droits sont entérinés dans
la Constitution canadienne, reconnus aussi par la Déclaration des Nations
Unies. Mais la question de consultation, vous savez... je ne sais pas si vous
le saviez, mais je vous l'apprends, c'est que chacun des ministères ont leur
propre modèle de consultation. Il n'y a absolument rien de standard dans les
différents ministères. C'est ce qui crée problème, beaucoup de problèmes. Si je
parle...
M. Wababonick (Lucien) : ...quelqu'un
du ministère de l'Environnement, ils vont lui répondre d'autres choses. Il va
avoir sa façon de faire. C'est ce qui complique beaucoup, beaucoup la chose.
Puis je pense qu'au Québec on est... il y a moyen de travailler
collaborativement puis justement de mettre les choses en place. C'est ce qu'on
a proposé. Nous, on a voulu travailler avec la ministre en disant avoir
commencé par le modèle de consultation qu'on voudrait avoir, à tout le moins
certains éléments ou les principes directeurs, mais ça n'a pas été le cas. Non,
on nous a dit : Ça va se faire après la législation, après cette adoption
de la loi p.l. n° 97. Mais là on met-tu un peu la
charrue avant les bœufs, là, ou... C'est ça, le questionnement, là. C'est quand
même des questions de droits. Les droits des personnes de nos nations, ce n'est
pas un jeu, ce n'est pas une option. Ça doit être respecté partout au pays. On
est quand même un pays de droit, un État de droit. Donc, je vous le rappelle. (S'exprime
dans sa langue)
Mme Blanchette Vézina : Merci.
Puis j'entends que vous voulez travailler de nation à nation, que vous voulez
le processus en amont, là. C'est d'ailleurs pour ça qu'on a un aménagiste
forestier régional, puis on vous a proposé un calendrier de... une séquence de
consultation pour être capable de bien comprendre dans la mesure comment on
peut travailler. Je sais que mon collègue Ian Lafrenière a des travaux qui sont
fait avec vous afin d'harmoniser, là, les processus de consultation. Et
aujourd'hui on parle du secteur forêt, qui est un secteur qui, je sais, est
névralgique pour les communautés autochtones, mais j'aimerais donc m'assurer de
comprendre si les processus, en ce moment, qu'on a utilisés pour le projet de
loi ou pour les tables de réflexion sur l'avenir de la forêt, ne conviennent
pas, comment ils pourraient convenir. Au-delà d'un principe de reconnaissance
de droits, au-delà d'un principe de consultation en amant... en amont, comment,
dans les faits, vous pourriez vous considérer consultés? Puis, vous le savez,
la table, elle est là pour discuter de ça. Là, le projet de loi, si vous
souhaitez qu'on mette sur pause les travaux du projet de loi pour parler de la
politique de consultation, on pourra en rediscuter à la table. On a convenu,
là, qu'on pouvait discuter du projet de loi, de la politique, là. Il n'y a pas
d'enjeu à ce qu'on... à ce qu'on regarde ça en parallèle, l'idée étant de
pouvoir s'assurer de bien respecter vos droits.
Mais, dans ce que vous nommez, j'entends que
ça ne convient pas. Qu'est-ce qui conviendrait comme consultation, comme
processus de consultation?
M. Wababonick (Lucien) : Je
pense qu'on vous l'a déjà dit à quelques fois, moi-même, je l'ai dit devant les
médias, les prémisses dont est fondé ce projet de loi est brisée. Est-ce qu'on
veut continuer à, entre guillemets, patcher un projet de loi qui est déjà brisé
devant les yeux des Premières Nations? Moi, je ne crois pas. Il faut
recommencer avec les bonnes bases, cette fois-ci avec nous les Premières
Nations en coconstruction. C'est ce qu'on vous a proposé. Aller dire qu'on veut
travailler avec vous, oui, on veut, on veut collaborer, mais pas sur les bases
de votre projet de loi. Nous, on le rejette, votre projet de loi. On ne peut
pas recommencer sur les bases qui sont déjà brisées. Il faut recommencer tout
le processus, cette fois avec les autres utilisateurs qui ont des intérêts. Je
peux parler des chasseurs, des pourvoyeurs et autres. On utilise le territoire.
C'est nous qui vivons dans ces territoires-là.
Mme Blanchette Vézina : Bien,
pour les tables de réflexion sur l'avenir de la forêt, c'est exactement ça, là.
On avait un dialogue où vous pouviez participer aux tables de réflexion. Il y
avait les pourvoyeurs, les chasseurs, les pêcheurs, les villégiateurs. Il y
avait les producteurs agricoles, il y avait des gens... des scientifiques. Vous
aviez la possibilité de venir. On vous avait aussi prévu un canal de
communication distinct, avec des tables distinctes.
Je répète ma question parce que c'est
important que tout le monde comprenne la difficulté que nous avons en ce
moment, c'est-à-dire de pouvoir, malgré les processus qu'on met en place, de ne
pas répondre à vos attentes. Ça fait que, moi, aujourd'hui, ma question, elle
est louable, c'est-à-dire je veux pouvoir m'assurer que, si on reprend le
processus, on ne me redise pas à la fin du processus : Ce processus, il
est vicié. Comment on peut faire? Parce qu'on a essayé. Puis, en toute
franchise et en vraie bonne foi avec Ian Lafrenière, mon collègue aux
affaires... aux Relations avec les Premières Nations, on a mis en place un
processus qu'on souhaitait qu'il soit justement celui que vous nommez. Bien là,
aujourd'hui, vous me dites qu'il est vicié. Comment il pourrait, si on reprend
le processus, ne pas être vicié?
M. Gill-Verreault (Jonathan) : Mme
la ministre, en tout respect, c'est la première question que vous nous avez
posée, là, lors des tables de réflexion sur l'avenir des forêts. Je vous ai
répondu par une co-écriture...
M. Gill-Verreault (Jonathan) : ...du
projet de loi. Ce qui est important à rappeler ici aujourd'hui, c'est... vous
avez les enlignements clairs, par rapport au dernier jugement au niveau de la
Cour supérieure du Québec, lorsqu'il y a fort risque d'atteinte aux droits
ancestraux. La cour vous l'a rappelé, pas plus tard que l'année dernière, que
vous devez élaborer une toute nouvelle stratégie, un nouveau projet de loi avec
les Premières Nations. Cependant, c'est votre gouvernement qui refuse de mettre
en application les jugements de la cour. On le vit présentement dans un dossier
similaire, qui est le dossier caribous. Je vous laisse poursuivre.
M. Verreault-Paul (Francis) : Je
vais peut-être ajouter un élément. Mme la ministre, vous nous amenez beaucoup
sur le sujet de... du comment, par rapport à vos questions actuellement, et, en
tout respect, c'est... c'est les fondements du projet de loi actuel, qui a été
déposé il y a quelque temps, qui, comme le mentionnait le chef Wababonick, ne
répond définitivement pas aux attentes. On a... on met en place un nouveau
processus, notamment par la mise en place de la table de haut niveau, mais, je
le rappelle à tous et à toutes, et en toute transparence, on a eu deux
rencontres de cette table et on est aux premiers balbutiements.
Nous, on s'assure d'avoir... que
l'information circule avec l'ensemble des chefs des Premières Nations, mais,
également, cette table, pour le moment, on ne sait pas quel est son avenir,
dans le sens qu'on a simplement jusqu'à maintenant, discuté de la suite. Et,
d'abord et avant tout, avant même la mise en place de cette table, qui a été
demandée par une vingtaine de signataires des gouvernements des Premières
Nations... demandaient à la mise en place de cette table avant même le
projet... le dépôt du projet de loi. Cette table a été mise en place à la suite
du dépôt du projet de loi. Donc, encore une fois, on est mis devant le fait
accompli. Et le pourquoi on demandait la mise en place d'une table de haut
niveau, c'est, justement, pour pouvoir réellement influencer des articles et
des... et des... et les grands fondements de ce projet de loi, qu'on ne
connaissait pas à l'époque donc.
Et, pour revenir à cette table, on a eu
deux rencontres. La première rencontre a été plutôt une rencontre d'échange sur
le projet de loi, qui venait d'être déposé, et, par la suite, vous nous avez
présenté, Mme la ministre, les grands principes du projet de loi, que l'on
avait pris connaissance, et on vous avait demandé de nous présenter un peu les
intouchables. Parce que pourquoi s'engager dans un processus où est-ce que, si
on n'a pas une réelle influence à la fin, des retombées concrètes, on doit se
questionner sur la suite? Donc, oui, il y a un processus en place, mais encore,
c'est les résultats qui comptent, et nous, c'est ce qu'on... c'est ce qu'on
demande.
Et, pour terminer sur ce point, au niveau
de la table de haut niveau, vous nous avez demandé, à la dernière rencontre, de
venir vous présenter les intouchables, nos intouchables, et afin de poursuivre
la table. On vous a également partagé des termes de référence, à votre cabinet,
pour la mise en place de cette table de haut niveau là, à laquelle on attend un
retour par écrit, pour la mise en place de ce processus. Mais, encore une fois,
Mme la ministre, je comprends que vous tentez de vouloir définir l'aspect de
consultations, qui est un devoir constitutionnel, mais je pense que
l'important, aujourd'hui, c'est... c'est... on fait face à un certain résultat,
avec le dépôt du projet de loi, et les fondements sont... on demande que les
fondements de ce projet de loi aient des changements majeurs, sinon, qu'ils
soient retirés et qu'ils soient réécrits avec les gouvernements des Premières
Nations.
Le Président (M. Schneeberger) :
Mme la ministre.
• (10 h 30) •
Mme Blanchette Vézina : Bien,
tu sais, je pense que, pour le bénéfice de tout le monde, si on recommençait...
Puis je reviens à ça, parce que vous me dites que vous ne souhaitez pas avancer
avec ce projet de loi. Si on recommence, qu'est-ce qui me dit qu'on ne
reviendra pas dans le même processus? Vous demandez de co-écrire. Tu sais, moi,
j'en suis, là, de regarder avec vous, puis c'est là l'objectif de la table, tu
sais, puis on va vous revenir, là.
Moi, je vous ai dit qu'on... je souhaitais
qu'on avance rapidement. C'est encore le calendrier que j'ai donné à mes
équipes pour pouvoir aussi avancer sur la politique de consultations. Mais moi,
ce que j'entends depuis mon arrivée en poste, il y a trois ans, c'est toute la
difficulté d'arrimer la façon de fonctionner de l'État québécois avec
l'obligation de consultations. Donc, si on reprenait un processus, il ne
faudrait pas faire... reprendre un processus qui ne fonctionnerait pas. Ça fait
que ma question, elle est légitime. Je veux entendre, j'aimerais comprendre
comment on s'assure, comme État québécois...
Haut de la page
10 h 30 (version non révisé
e) Mme Blanchette Vézina : ...on
respecte le processus de consultation. Si 14 rencontres, des tables, en
parallèle, une table de réflexion sur l'avenir de la forêt, une table nationale
où on peut parler de nation à nation pour regarder des amendements pour le
projet de loi, ça ne convient pas, qu'est-ce qui va convenir?
M. Verreault-Paul (Francis) : Rapidement,
on nous a déjà partagé, à l'intérieur de rencontres avec des gens de votre
gouvernement, qu'une consultation... on peut consulter M. et Mme Tout-le-monde
et, à la fin de la journée, vous retournez, et c'est vous qui écrivez le projet
de loi. Et vous prenez ou non les éléments qui vous ont été partagés, et c'est
beaucoup trop complexe, de prendre l'ensemble des éléments. C'est ce qu'on nous
a dit. Donc, ce n'est pas le... oui, il y a le processus de consultation,
lequel on doit discuter et qui appartiendra à chacun des gouvernements des
Premières Nations de définir quel est son processus de consultation. Mais,
encore une fois, c'est les retombées, Mme la ministre. Vous nous dites :
Comment... Comment on peut s'assurer? Bien, on va s'en assurer si ce qu'on vous
recommande et ce qu'on coécrit ou ce qu'on travaille ensemble soit réellement
écrit, noir sur blanc, à la fin de la journée.
En fait, c'est vous qui avez la solution, Mme
la ministre, pour la suite des choses. Parce que nous, on aimerait l'avoir, la
solution.
Le Président (M. Schneeberger) : En
terminant.
M. Verreault-Paul (Francis) : On
aimerait le tenir, le crayon, avec vous pour la suite. Mais, à la fin de la
journée, c'est vous qui avez le crayon. Donc, encore une fois, la solution, c'est...
c'est à vous. Et, je le mentionnais d'entrée de jeu, on cherche un équilibre.
Et je crois que votre gouvernement a une... a une opportunité unique de créer
un précédent législatif pour la suite des choses. On parle de nos droits
ancestraux et du
titre qui est reconnu dans la Constitution depuis 1982. On est
en 2025.
Le Président (M. Schneeberger) : Merci.
Je m'excuse mais le temps est déjà presque passé d'une minute, alors je dois
vous couper, pour le respect de tout le monde. Nous allons maintenant du côté
de l'opposition officielle. Et j'entends le député de Pontiac pour 10 minutes
24 s.
M. Fortin : Merci, M. le Président. Bonjour, bonjour à vous quatre. M.
le chef Verreault-Paul, M. le chef Wababonick, M. le chef Bacon St-Onge, M. le
vice-chef Gill-Verreault, merci d'être avec nous. Merci de partager... partager
votre point de vue avec nous aujourd'hui, et de le faire, comme vous l'avez dit
d'entrée de jeu, là, de bonne foi et dans le respect du processus qui est le
nôtre ici, à l'Assemblée.
Vous mentionnez ce que vous recherchez d'emblée,
c'est-à-dire un équilibre entre le développement de l'industrie, un équilibre
entre la pérennité... pour la pérennité de la forêt, de la diversité, de la
préservation de votre mode de vie également. Et, tout ce que vous dites, je
veux vous rassurer, là, pour plusieurs d'entre nous à tout le moins, c'est
légitime, c'est souhaitable d'avoir cet équilibre-là et d'arriver à trouver une
façon... une façon d'y arriver.
Cependant, je vous ai déjà entendu, entre
autres, M. le chef Wababonick, au sommet sur la forêt qui a eu lieu il y a
quelques semaines, mentionner... vous parlez de la question des tensions
sociales qu'on vit présentement. Vous l'avez répété d'entrée de jeu ce matin.
Et vous avez mentionné à ce moment-là avoir averti le gouvernement qu'il y
aurait des tensions sociales avec son approche, l'approche qu'il préconise en
ce moment. Pouvez-vous vous expliquer? Est-ce que vous comprenez pourquoi, dans
un contexte comme celui-là où il y a eu des drapeaux rouges qui ont été... qui
ont été levés, des avertissements répétés qui ont été envoyés au gouvernement,
pourquoi on fonce de l'avant quand même, malgré le cœur de vos préoccupations?
M. Wababonick (Lucien) : Oui.
Merci pour la question. Je pense que c'est une question vraiment importante.
Vous savez, on vous l'a dit, on le dit encore, on est de bonne foi. On veut
vraiment sensibiliser les gens, les parlementaires de ce qui se passe sur le
terrain. On n'a pas tout le contrôle sur personne. C'est ça qui rend la chose
vraiment difficile.
On a averti Mme la ministre, pas une fois
ni deux fois, mais trois fois, même par le biais des journaux. On a essayé de
sensibiliser la ministre de ce qui peut arriver. Ce n'était pas notre souhait,
ça. Ce n'est pas le souhait de personne de voir la haine, le racisme ou la
division au sein d'une société démocratique, là. On est une société
démocratique. La démocratie provient des Premières Nations. Nous, quand on
prend une décision, c'est par consensus la plupart du temps. Quand on y arrive,
on est capables d'entendre les autres parties.
Ceci dit, on ne voulait pas...
M. Wababonick (Lucien) :
...nécessairement avoir un dérapage au niveau société. On veut vraiment unifier
les gens puis dire au gouvernement : Bien, votre approche s'en va vers un
mur. Les scientifiques, les forestiers, les syndicats et autres utilisateurs
qui étaient à Chicoutimi ont clairement dit ça : On s'en va vers un mur.
Je le dis mot pour mot, là, c'est ce qui a été dit à Chicoutimi. Donc, nous,
c'est vraiment aviser le gouvernement que, s'il continue à aller dans ce
sens-là, il ne nous rassure pas du tout. C'est plutôt l'inverse.
M. Fortin : Puis j'apprécie votre point de vue, chef Wababonick, là. Et
vous avez raison de dire : Les tensions sociales et la façon que... la façon
que le discours, présentement, a lieu, là, ça, ça n'aide ni les Premières
Nations ni les relations entre le gouvernement et les Premières Nations. Ça
n'aide pas non plus l'industrie forestière, hein, Mme la ministre. En fait, il
n'y a pas grand monde qui se trouve gagnant de la situation, la situation dans
laquelle on se retrouve.
Et peut-être un mot rapide pour la
ministre, là. Quand elle parle des tables de réflexion et qu'elle dit :
Bien, vous savez, il y avait des chasseurs, il y avait des pourvoiries, il y
avait... il y avait des villégiateurs, et vous aviez la chance de venir, je
vous dirais, Mme la ministre, en tout respect, que ce discours-là démontre à
quel point... Je ne suis pas convaincu que le gouvernement a compris
l'importance de la relation avec les Premières Nations puis le... à quel point
il représente le cœur de la discussion qu'on se doit d'avoir ici à l'Assemblée,
autour de l'avenir de la forêt.
Je veux vous entendre sur le... peut-être
sur le fond des principes qui sont énoncés dans le projet de loi, tout de même,
là. Et je comprends, vous dites : Ce n'est pas une consultation, c'est un
dialogue. Mais j'aimerais quand même comprendre le fond de certains enjeux.
Vous avez parlé de... le principe de triade et le fameux 30 % qui est évoqué,
30 % du territoire qui serait réservé de façon, disons, prioritaire à
l'industrie, et vous prenez ça comme une provocation directe. Pouvez-vous nous
expliquer? Est-ce que c'est le principe de triade, est-ce que c'est l'ampleur
du territoire qui est réservé, est-ce que c'est la façon de s'y prendre?
Qu'est-ce que vous considérez comme une provocation directe?
M. Verreault-Paul (Francis) :
Peut-être juste... Merci pour la question. Peut-être juste revenir un peu sur
ce que j'étais en train de terminer précédemment. L'aspect de base, c'est la
reconnaissance de nos droits ancestraux et titres. Les termes sont extrêmement
importants. Depuis 1982, c'est enchâssé dans la Loi constitutionnelle. Et ici,
présentement, comme le mémoire le faisait mention, on parle de droits, mais on
ne fait pas référence à la reconnaissance des droits ancestraux et titres.
Donc, c'est la base fondamentale pour la suite, pour ce projet de loi.
Comme je le mentionnais, je pense que c'est
une opportunité unique au gouvernement du Québec de prendre cette opportunité
puis de l'enchâsser enfin, ces aspects extrêmement importants pour la suite des
choses. Il y a définitivement d'autres éléments, donc je vais laisser les
autres chefs commenter également.
M. Bacon St-Onge (Jérôme) :
Je vais y aller. Pour ma part, j'aimerais peut-être soulever le point que,
quand on parle de dialogue ou sinon d'échange à tenir entre des individus, ça
prend de la bonne foi des deux parties. «Consultation» est un grand mot, mais
moi, je trouve important de soulever le point que ça prend une ouverture pour
intégrer des préoccupations et non pas juste s'échanger sur les préoccupations.
Parce qu'échanger, on peut le faire pendant 10 autres années, mais, sans les
intégrer à même l'écriture d'un projet de loi, je pense qu'on va tourner en
rond puis on va encore favoriser la dégradation de nos forêts qui sont
l'élément central de notre identité au niveau des Premières Nations.
Puis pour revenir à la triade, de ce que
j'ai compris de la communauté scientifique, je pense que c'est important de
comprendre qu'à la base de tout c'est pour préserver, justement, les forêts que
ça a été créé comme tel et non pas pour favoriser l'exploitation forestière.
Donc le 30 %, 30, 30, 30, n'est pas un principe qui est avantageux. Il
faudrait que ce soit plus 60 % de préservation de la biodiversité, en
premier lieu, dans le haut de la pyramide qui constitue la triade. Donc, je
pense essentiel, là, de nous sensibiliser à ça à cet égard-là. La communauté
scientifique est claire à ce sujet, on n'a qu'à lire les articles dans les
journaux qui en parlent. Ça fait que c'est un principe fondamental.
• (10 h 40) •
M. Fortin : Je ne veux pas vous interrompre. Est-ce que vous aviez d'autres
commentaires?
M. Wababonick (Lucien) : Oui,
peut-être une dernière chose. Quand on parle de triade, vous savez que c'est
une privatisation du territoire qui est donnée...
M. Wababonick (Lucien) : …à
l'industrie, puis aucun autre gouvernement ne pourra changer ça. Je ne sais pas
si vous le saviez, mais moi, je vais vous l'apprendre. C'est comme ça qu'a été
écrit ce projet de loi là. Puis on est tout à fait contre ça, nous.
M. Fortin :
Très bien. Je ne pensais pas devoir aller dans cette direction puis peut-être
remettre en contexte, là, l'importance du dialogue de nation à nation, là. Mais
moi, j'ai entendu quelque chose de la
partie gouvernementale, tantôt, la
ministre nous a dit essentiellement : On comprend ça, le dialogue de nation
à nation puis l'importance de la chose, et c'est pour ça qu'on nomme un
aménagement régional, entre autres. C'est tellement loin du principe de nation
à nation que moi, j'ai de la misère à comprendre comment un gouvernement peut
penser comme ça, là. Mais je veux vous donner l'opportunité quand même de
répondre à ça, de ce que vous vous attendez, ce à quoi vous attendez d'un
gouvernement quand on parle de nation à nation. Puis est-ce qu'il y a quelque
chose dans le projet de loi ou dans le discours du gouvernement, autour de ce
projet de loi là, qui vous rassure d'une quelconque façon qu'il y a une
possibilité d'avoir un vrai dialogue sur la question de la forêt québécoise de
nation à nation?
M. Wababonick (Lucien) : O.K.
Je vais répondre. Merci, mes collègues. Moi, je ne suis pas rassuré du tout
avec ce langage-là ni ce comportement-là de ce gouvernement-ci. De là à
déléguer à un aménagiste les droits ancestraux, les droits millénaires sur ce
continent-ci, c'est une insulte à notre intelligence. C'est vraiment une
insulte qui, dans d'autres nations, accepterait ce genre de langage là? Je pose
la question au gouvernement. Personne. Pas une nation qui se tient debout.
Nous, on va se tenir debout. Non, ce n'est pas rassurant du tout pour moi.
M. Fortin : Je vous remercie. Je sais qu'il me reste peu de temps, M. le
Président. Je veux juste vous dire, je pense que c'est possible quand même
d'avoir un réel dialogue pour arriver à une réelle… une réelle construction
d'un modèle qui fonctionne pour tout le monde et pas juste… Je ne veux pas dire
que vous en faites partie. Vous êtes au cœur de cet enjeu-là, de ces
discussions-là et j'espère que… que ce soit ce gouvernement-ci ou n'importe
quel autre, va respecter ça. Je vous remercie.
Le Président (M. Schneeberger) :
Merci beaucoup. Nous allons maintenant du côté de la deuxième opposition et
j'entends le député de Laurier-Dorion.
M. Fontecilla : Merci, M. le
Président. Bonjour, M. le chef et le Grand chef, merci d'être ici. Je réitère,
vous avez fait beaucoup d'efforts pour être ici ce matin. Écoutez, j'aimerais
commencer par la reconnaissance de vos droits ancestraux, il m'apparaît
important, là. Dans la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples
autochtones, qui a été ratifiée par le Canada et dont les principes ont été
reconnus par une motion de l'Assemblée nationale en 2019, à l'article 26,
je prends la peine de le lire, le paragraphe 2 dit que «les peuples
autochtones ont le droit de posséder, d'utiliser, de mettre en valeur et de contrôler
les terres, territoires et ressources qu'ils possèdent parce qu'ils leur
appartiennent ou qu'ils les occupent ou les utilisent traditionnellement, ainsi
que ceux qu'ils ont acquis ».
Dans le mémoire présenté au Conseil des
ministres par la ministre, on lit qu'il est proposé d'ajouter le mot
« droit » aux articles six et sept de la LADTF, de façon à ce que ces
termes s'ajoutent aux éléments pris en compte pendant l'aménagement durable des
forêts, la gestion du milieu forestier. Cela inclurait les consultations et,
s'il y a lieu, les accommodements, s'il y a lieu, des accommodements à
l'endroit des communautés autochtones. Cet ajout ne vise pas une reconnaissance
des droits et n'aura pas pour le fait d'en définir la nature ou la portée.
Est-ce que vous pensez que cette clarification donnée au Conseil des ministres
clarifie, définit la portée de ce projet de loi qui ne reconnaît pas les
droits… les droits tels que définis par la Déclaration des Nations Unies?
M. Verreault-Paul (Francis) :
On en parlait d'entrée de jeu, le fondement de base de ce projet de loi doit
passer par la reconnaissance pleine et entière des droits ancestraux et titres.
Vous avez parlé des articles...
L'article 26, il y a l'article également
19 qui est extrêmement important, où est-ce que les États doivent prévoir le
consentement préalable, libre et éclairé lorsque des législations les
concernant. Et c'est exactement un exemple parfait dans lequel on est
actuellement. Et je crois qu'il y a également un consensus au fait qu'on doit
mettre pleins feux sur cette réconciliation législative où est-ce que
l'ensemble des projets de loi qui sont ici, qui passent par l'Assemblée
nationale, qui ont des impacts sur nos droits, nos territoires, nos langues,
nos cultures… on se doit de jouer un rôle prépondérant…
M. Verreault-Paul (Francis) : …par
rapport à ces différents projets de loi qui ont des impacts sur nos nations.
Donc, vous l'avez mentionné, monsieur, je crois que l'aspect de droits, tel que
défini, d'abord et avant tout, ça a été demandé, via une lettre qui a été
envoyée à la ministre, d'inclure cet aspect de droit à l'intérieur du projet de
loi, et, en contrepartie, on est revenus avec l'aspect de simplement de mention
de droits qui est à définir et qui n'a… et qui n'est pas un aspect de
reconnaissance pleine et entière des droits des Premières Nations. Donc, c'est
un concept qui… actuellement, là, qui est loin d'être satisfaisant au niveau de
la reconnaissance de nos droits.
M. Fontecilla : Vous n'êtes
pas… vous êtes… vous n'êtes pas une
partie prenante comme les autres. Vous êtes
les gardiens de la forêt. Vous avez des droits constitutionnels. Vous appelez à
la coécriture. Qu'est-ce que ça veut dire pour vous, une véritable coécriture?
M. Verreault-Paul (Francis) : Je
tiens d'abord à mentionner… en mentionnant qu'on n'est pas une
partie prenante,
c'est… en tout respect à tous les groupes, organisations et tout le monde qui
participe à cette commission et qui… pour qui la forêt est essentielle et… pour
leurs organisations et pour le futur, pour l'avenir. Vous savez, nous sommes
ici pour… oui, pour le présent, mais également pour assurer une pérennité de la
forêt pour les futures générations. Et je crois qu'il y a définitivement un
consensus de l'ensemble des gens qui passent à cette commission actuellement.
Lorsqu'on parle de… que nous ne sommes pas une
partie prenante, encore une
fois, je reviens à cet aspect de la Loi constitutionnelle où est-ce qu'on a un
statut distinct en tant que première nation, que nous sommes des gouvernements,
et que l'aspect de droits ancestraux, encore une fois, et de titres doit être
pleinement reconnu et surtout mis en œuvre par les gouvernements.
Le Président (M. Schneeberger) : Merci
beaucoup. Alors, nous allons maintenant du côté du député de Matane-Matapédia
pour 2 min 38 s.
M. Bérubé : Merci, M. le
Président. Bienvenue à l'Assemblée nationale. Il y a 40 ans, en mars 1985, le
premier ministre René Lévesque a fait adopter une résolution reconnaissant les
droits ancestraux des Premières Nations, la reconnaissance des peuples, et cela
devait nous guider en toutes circonstances dans l'ensemble de notre action
politique, dans l'ensemble des projets de loi. Je me sens fiduciaire et
héritier de cette motion et je regrette qu'elle ne guide pas ce projet de loi
et d'autres projets de loi. Ce que vous nous dites est troublant, empreint de
vérité. C'est votre volonté de faire respecter le territoire, d'être des
partenaires à part entière, et ce qui se passe dans ce projet de loi se passe
ailleurs aussi. Alors, moi, j'ai une responsabilité, comme parlementaire,
lorsque vous exprimez cela. Ainsi, pour le peu de temps que j'ai, je vous
l'accorde pour continuer à nous expliquer pourquoi ce projet de loi ne convient
pas à cette reconnaissance fraternelle et ces relations de peuple à peuple.
M. Verreault-Paul (Francis) :
Peut-être…
M. Bacon (Jérôme) : Oui, c'est
bon. Bon, quant à moi, je pense que, dans sa forme actuelle telle que
présentée, la refonte du régime forestier est complètement inacceptable. C'est
un recul majeur face à nos droits, à la réconciliation qu'on parle souvent, la
réconciliation législative et économique, et face à une gestion durable de nos
forêts en période d'adaptation aux changements climatiques et au respect des
droits des Premières Nations également. Évidemment, ça entraîne une
dépossession d'une grande
partie de nos territoires au profit, malheureusement,
de l'industrie par l'établissement d'un zonage forestier prioritaire. Je dis
malheureusement parce que ça ne respecte pas les standards en termes de
conservation de la biodiversité et en termes de pérennité de nos forêts. De
toute évidence, si on continue d'aménager le territoire comme ça se fait
présentement, il va y avoir des fermetures d'usines, des fermetures de
chantiers, ou quoi que ce soit, qui vont mener à des pertes d'emplois massives.
Quand il n'y aura plus d'arbres à couper, bien, on va se buter à un mur. C'est
ce qui est malheureux.
• (10 h 50) •
En donnant le le pouvoir de… le plein
pouvoir discrétionnaire à la ministre en ce qui concerne nos droits à la
consultation, à l'accommodement, c'est un danger réel parce que c'est elle qui
va déterminer dans le… s'il y a lieu… Quand on dit «s'il y a lieu», ça, ça va
être de dire : Je vais pouvoir décider que non, je vais pouvoir décider
que, oui, il y a lieu. Alors, c'est un recul majeur. Ça fait, évidemment, au
risque de me répéter, accélérer la dégradation de nos forêts, menaçant encore
notre survie culturelle et la vitalité économique des communautés. On n'est pas
contre le développement économique. On est en faveur d'un équilibre entre la
vitalité économique des régions et la vitalité culturelle de nos Premières
Nations qu'on représente. On est, je le rappelle, des représentants de nos
Premières Nations qui sommes assis aujourd'hui devant vous pour passer le
message qu'on porte haut et fort.
Le Président (M. Schneeberger) : Merci,
mais le temps est déjà écoulé, malheureusement. Alors, je vous remercie pour…
Le Président
(M. Schneeberger) : ...à la commission, nous allons suspendre
quelques instants afin d'accueillir le prochain groupe. Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à 10 h 51)
(Reprise à 11 heures)
Le Président
(M. Schneeberger) : Alors, nous reprenons les travaux. Nous
recevons maintenant les membres de la Fédération québécoise des municipalités.
Alors, juste avant de débuter, j'aurais besoin du consentement pour qu'on
puisse poursuivre nos travaux jusqu'à 11 h 45, étant donné qu'on a
10 minutes de retard. Consentement?
Des voix : Consentement.
Le Président
(M. Schneeberger) : Parfait. Alors, bonjour à vous quatre. Comme
d'habitude, je vous invite à vous présenter à tour de rôle et, par la suite,
enchaîner avec votre présentation.
M. Demers
(Jacques) : Parfait. Merci beaucoup.
Bonjour, Mme la ministre. Bonjour, M. le Président, Mmes, MM. les députés. Au
nom de la Fédération québécoise des municipalités, je vais présenter dans
quelques instants, mais, quand même, vous présenter la fédération. On
représente quand même 1 050 municipalités, l'ensemble des MRC du
Québec. C'est pour ça qu'on est les porte-parole des régions. Je m'appelle
Jacques Demers. Je suis président de la Fédération québécoise des
municipalités, maire de Sainte-Catherine, préfet de la MRC de Memphrémagog. Je
suis accompagné aujourd'hui de M. Luc Simard, préfet de la MRC de
Maria-Chapdelaine et membre de l'exécutif...
Haut de la page
11 h (version non révisé
e) M. Demers (Jacques) : ...de la FQM ainsi que de M. Guy Bernatchez, préfet de la
MRC de Haute-Gaspésie, membre du conseil d'administration et président du
Regroupement des communautés forestières. Aussi, Pierre Châteauvert, notre
directeur des politiques. Derrière, Marie-Hélène est parmi nous quand même
aussi, qui travaille... notre conseillère qui travaille sur ce dossier là,
Marie-Hélène Wolfe.
Ce projet de loi là, c'est annoncé depuis
longtemps. Il y a eu beaucoup de démarches, j'ose dire de consultations. On est...
on s'est promené beaucoup sur le territoire, on a... ça fait des années qu'on
en entend parler. C'est tellement important pour la vitalité de notre
territoire.
Au niveau de la fédération, c'est sûrement
le dossier sur lequel on a fait le plus de mémoires, d'interventions. L'impact
de la forêt au Québec sur notre territoire, c'est essentiel. C'est ce qu'on
essaie d'exprimer aujourd'hui. Puis c'est pour ça qu'à chaque fois qu'il y
avait une consultation, qu'il y avait quoi que ce soit, on est présent, on ne le
fait pas un peu, on le fait. Si vous regardez nos mémoires, si vous regardez ce
qu'on met à l'intérieur, on n'est pas là juste pour s'opposer à des choses, on
est là pour faire des suggestions dans les dossiers. C'est ce qu'on souhaite
faire dans ce dossier-là aussi.
Nous avons organisé trois rendez-vous des
communautés forestières, on a tenu des ateliers, on a dirigé des documents d'orientation,
on a participé aux forums gouvernementaux, on a fait plusieurs propositions
majeures, constructives dans ce dossier. Force est de constater qu'aucune des
propositions n'a été retenue. C'est gros ça, quand on dit... On avait la
semaine passée même la réunion des MRC, l'ensemble du... toutes les MRC du
Québec sont présents. Puis quand on leur donne notre position, on leur explique
ce qui se passe là-dedans, il n'y a personne qui est content de ça. C'est rare.
D'habitude, on peut se diviser. Des fois, des communautés où est-ce qu'ils ont
plus de production sur leur territoire, ils y voient un aspect économique, peuvent
y voir des axes différents, mais là il n'y a personne qui se retrouve. Rarement
vu une telle chose.
Notre mémoire, de toute façon, explique l'entièreté
de ces choses-là. On est en profond désaccord, particulièrement sur un point.
Je vais laisser mes confrères expliquer peut-être les autres, mais
particulièrement celui où est-ce qu'on enlève le pouvoir aux municipalités de
décider sur son territoire. Pourtant, c'est le même gouvernement qui nous parle
d'un comité... d'un gouvernement de proximité qui là nous dit : Non, ce n'est
plus à vous, ça, on envoie ça à la MRC de décider sur notre territoire, là où
est-ce qu'on va planter, à quelle densité, là où on va couper, de quelle façon
on va jardiner nos forêts sont nos terres privées. Vraiment particulier. J'aimerais
vraiment comprendre au moins quel est l'objectif, parce que, sûrement, que l'objectif,
c'est de récolter puis d'avoir une gestion saine, mais est ce qu'on va l'obtenir
de cette façon-là? On va probablement se rendre compte que dans une MRC où
est-ce que tu es 18, 20 municipalités, il y a des variantes. Il y a des fois
des petites municipalités, près de cours d'eau, de lacs d'eau potable qui
disent : Oh non, non, nous autres, c'est important d'être beaucoup plus
sévères. D'autres municipalités où est-ce qu'ils ont plus de forêts qui disent :
Oh! De notre côté, on veut le jardiner, on veut la cultiver, puis il y a des
revenus à aller chercher de ce côté-là. Ça fait qu'il y une variante à l'intérieur
de ces municipalités-là, puis de vouloir amalgamer ça dans des terres privées
puis sur d'une base MRC, on va probablement se rendre compte qu'on va faire une
moyenne des choses, c'est-à-dire celui qui était le plus sévère va devoir être
un peu moins sévère, mais l'autre va le devenir.
En finalité, probablement, qu'il va se
couper encore moins de bois sur ces terres-là si c'était le but d'en couper
plus, parce qu'on va avoir une ligne qui maintenant va être une ligne mrcéenne
et qui ne correspondra pas nécessairement au territoire. Puis, dans ces MRC-là,
il y a des territoires qui sont très grands et des municipalités sont très
différentes des unes des autres. Mais surtout d'enlever un pouvoir ou même de
nous dire : Bon, on aurait pu mettre un ingénieur, on aurait pu mettre quelqu'un
qui va le dire de la façon que ça va se cultiver sur votre territoire. Notre
rôle, c'est l'aménagement de notre territoire.
Je vais laisser M. Simard continuer
de ce côté-là.
M. Simard (Luc) : D'abord, bonjour,
Mme la ministre. Je voudrais saluer aussi Nancy, là, ma députée. On se voit, on
se rencontre souvent, ça fait plaisir.
Je voulais tout d'abord parler, dans le
projet de loi, là, tous les éléments qui, malheureusement, mettent fin au processus
de consultation puis qui évacuent les élus municipaux des processus
décisionnels.
Donc, en premier lieu, le gouvernement
désire mettre fin aux tables GIR qu'on appelle. Donc, on sait que ces tables-là,
il y avait une efficacité quand même un peu inégale par tout territoire, tout
dépendant des régions, mais que cette instance-là doit quand même portait des
fruits... a porté fruit dans bien des régions, mais c'était quand même un lieu
où est-ce qu'on pouvait discuter des enjeux forestiers. Donc, c'est pour ça qu'on...
M. Simard (Luc) : ...questionne
vraiment sur l'abolition de ces tables-là. Parce qu'on le sait que ça peut
dépendre de beaucoup de facteurs, mais c'était une table qui était très, très
appréciée dans les milieux, même si... comme on le mentionnait, que ce n'était
pas parfait.
Donc, le ministère a choisi de retirer de
la loi aussi toute référence au processus de consultation au profit de la
nomination de fonctionnaires, sous la gouverne de Québec, qui seront
responsables de déterminer de façons... de façons d'associer les acteurs
locaux. Nous nous opposons à cette façon de faire qui équivaut à de la
centralisation pure et simple de la gestion du territoire.
Pour les régions, l'approche actuelle a la
qualité d'être inscrite dans la loi. Et il aurait été préférable de s'investir
davantage pour améliorer les processus de consultation et de concertation
actuelle que de faire table rase, comme le prévoit le projet de loi.
Les élus sont vos meilleurs alliés pour
assurer l'acceptabilité sociale des activités forestières sur le territoire. Et
vous comprendrez donc notre incompréhension face au choix de la ministre de
retirer toute description des processus de consultation de la loi. Un
fonctionnaire, quel qu'il soit, ne peut remplacer les élus et assurer la
concertation des acteurs d'un territoire. C'est pourquoi on fait fausse route à
ce sujet.
De plus, comme vous avez pu le constater
dans notre mémoire, nous sommes préoccupés des impacts de ces choix sur
l'indépendance du forestier en chef. Cette institution est primordiale pour la
préservation de la ressource, de cette ressource essentielle aux régions. Et
nous questionnons les propositions contenues dans le projet de loi qui risquent
de limiter son action.
Par ailleurs, les MRC forestières
réclament depuis plus de 10 ans la mise en place d'une politique sur les
forêts de proximité et le lancement d'appels à projets pour les concrétiser.
Force est de constater que, malgré les promesses, la volonté du ministère ne
s'est jamais concrétisée. Aussi, la FQM demande aux membres de cette Assemblée
de modifier le projet de loi afin de favoriser la mise en place de forêts de
proximité et de procéder au redécoupage des unités d'aménagement en ce sens,
selon les demandes du milieu municipal.
Il y a la problématique des chemins
multi-usages qui est abordée aussi dans le projet de loi. C'est un vaste réseau
complexe. Puis c'est une question très, très importante pour l'accès au
territoire, pour les territoires de la MRC. Notre mémoire est également clair
sur cette question. Le financement est complexe et les intervenants se
concertent sur les bases des territoires de MRC pour réaliser les projets.
Aussi, l'approche du ministère doit être revue afin que la planification des
chemins multi-usages soit réalisée sur la base des territoires de MRC et non
des unités d'aménagement.
La forêt appartient à tous les Québécois
et Québécoises et à tous... qui vivent sur ce territoire-là, entre autres dans
les communautés locales, et celle-ci doit demeurer accessible. C'est pourquoi
nous nous interrogeons également sur la proposition de zonage contenue dans le
projet de loi.
Il nous fera plaisir d'aborder ces
questions lors de la période d'échange avec vous. Mais je vais passer la parole
à mon collègue, là, Guy Bernatchez pour la suite de la présentation.
M. Bernatchez (Guy) : Merci,
Luc. Mesdames, Messieurs, nous sommes tous d'accord, nous désirons des
communautés forestières dynamiques et prospères. Dans le contexte actuel, où
les conditions économiques sont décidées ailleurs, ce n'est pas chose simple et
facile. Une intervention législative doit donc de surcroît être bien réfléchie,
s'appuyer sur de réels consensus et la capacité et le rôle des intervenants
pour être porteuse. On s'entend, là, un régime, là, une modernisation, on n'en
fera pas une aux deux, trois ans, on va l'avoir pour 10 à 15 ans, comme le
dernier de 2013, c'est important de bien se positionner pour la suite.
J'ai présidé les trois derniers forums des
communautés forestières à la FMQ, dirigé les travaux qui ont mené à la
publication de nos cinq documents majeurs produits depuis 2022. J'aurais aimé
apporter mon soutien au projet de loi, mais trop de questions demeurent en
suspens pour ce faire, pour toutes les raisons décrites dans notre mémoire.
• (11 h 10) •
Toutefois, je ne jette pas la serviette -
nous sommes des élus constructifs et pragmatiques - et vous indique que nous
accepterons d'emblée toute invitation à nous asseoir pour discuter
d'améliorations à apporter au projet de loi pour le bien du Québec et des
régions. Nous croyons toujours qu'il est possible de s'entendre et de permettre
à tous d'avoir accès à cette ressource et au territoire. À preuve, les
propositions constructives que nous avons faites ces derniers mois.
En effet, soucieux de proposer des pistes
de solutions mobilisatrices, la FQM proposait plutôt cette année de créer des
sociétés régionales d'aménagement forestier pour faire le lien entre les
propositions de la ministre et les intervenants et décideurs locaux. L'Ordre
des ingénieurs forestiers du Québec a repris les grandes lignes de cette
proposition lors de son intervention de la semaine dernière, suggestion qui a
reçu un accueil des plus favorable depuis. Cette société régionale serait
composée d'élus et d'autres partenaires et serait chargée de la concertation et
de la planification des activités. Elle serait également chargée de
l'aménagement forestier, avec l'objectif d'assurer la prévisibilité des
interventions en forêt, une condition essentielle pour les entreprises et
travailleurs...
M. Bernatchez (Guy) : ...en ce
domaine. L'aménagiste régional proposé dans le projet de loi serait
partie
prenante de cette société. Les communautés autochtones pourraient également
participer à cette instance, une nécessité pour assurer la paix et la cohésion
sur le territoire. On en a la preuve en ce moment.
Nous croyons sincèrement qu'il s'agit
d'une proposition porteuse qui nous éloignerait de la centralisation actuelle.
Il ne faut jamais perdre de vue que les élus municipaux sont les plus près des
communautés, des gens qui habitent le territoire. Puis, quand il y a un
problème en forêt, ils n'appellent pas les députés ou les gens du ministère,
mais ils appellent les maires puis les préfets en premier...
Une voix : ...
M. Bernatchez (Guy) : Ils
vous appellent sûrement, mais les maires, mettons qu'on est proches. On est
proches du monde.
Le Québec mérite sans aucun doute un
régime forestier au bénéfice des communautés et des intervenants présents et
actifs sur le territoire. Les défis sont grands, et il est impensable d'imposer
ses vues en 2025. Pour la FQM, les communautés forestières doivent être au
premier plan d'une vraie réforme ancrée dans le territoire. Nous vous
remercions et nous sommes prêts à répondre à vos questions.
Le Président (M. Schneeberger) : Merci
beaucoup. Alors, juste... Vous avez empiété du temps, alors je l'ai mis sur le
temps de la ministre. Alors, Mme la ministre, vous avez 14min 38s.
Mme Blanchette Vézina : ...mais
je pense que c'était important que vous finissiez votre point. Merci d'être là,
à vous quatre. Bien contente de pouvoir poursuivre, effectivement, un dialogue
qu'on a eu en continu, M. Bernatchez, et moi, et d'autres, effectivement.
Et, tu sais, je comprends votre position.
Pour moi, il y a certains objectifs... en fait, les objectifs du projet de loi
m'amènent à difficilement pouvoir donner plus de pouvoirs de manière à ce
que... de la façon dont vous le demandiez, mais... puis ça, on en a eu, des
discussions, là, à ce sujet-là, hors micro, là, puis je ne veux pas prendre
tout le temps, là, pour exposer ces échanges, mais, quand même, pour moi, il
était important de faire de la place aux municipalités.
Puis, d'ailleurs, tu sais, alors que vous
mentionnez que les processus de consultation sont terminés, là... pas du tout,
l'aménagiste forestier va devoir consulter les MRC, là, c'est nommé dans
l'article 17 doit... là, je le cherche, là, 17.2, pour la proposition du
zonage. Pour moi, l'aménagiste forestier régional, tu sais, je tiens à vous
rassurer, là, c'est une réponse à votre demande de régionaliser. L'objectif,
là, c'est vraiment de s'assurer qu'on puisse régionaliser des décisions, que ça
arrête d'être pris par des gens à Québec qui ne connaissent pas vos régions,
qui ne connaissent pas les régions ou les acteurs, ou moins les acteurs sur le
terrain, je devrais dire, pas «pas». Mais donc, pour moi c'est la solution. Et
il devra consulter les MRC. C'est nommément prévu dans le projet de loi.
On a aussi venu... on est aussi venu
solidifier, quand même, les forêts de proximité, à 17.21.1, dans la délégation,
là, des territoires délimités en forêt de proximité. Je sais que c'étaient des
demandes que vous aviez formulées, là, de pouvoir avoir des assises, pouvoir
travailler avec les forêts de proximité. Alors, c'est en réponse à cette demande-là,
à ces discussions-là qu'on a eues qu'on est venu solidifier cet élément, cet
outil qui pourrait être utilisé par des MRC, là, comme vous le savez très bien.
La semaine dernière, on a entendu l'UMQ,
qui, elle, s'est montrée favorable, là, à la création en plusieurs temps, là,
du projet de loi, avait des réserves sur certains éléments, mais, quand même,
mentionnait une position qui est beaucoup plus nuancée quant au projet de loi,
alors qu'ils représentent... vous représentez... vous êtes représentés par des
membres similaires, là, tu sais. Je me questionne, mais, quand même, pour moi,
il était important d'écouter ce que vous avez à dire.
J'aimerais vous entendre, d'ailleurs, sur
la gestion des chemins, parce que... des chemins multi-usages. Pour vous,
c'est, je le sais, un enjeu de sécurité, un enjeu d'accès au territoire. On est
venu, à l'intérieur du projet de loi, proposer un plan de gestion des chemins
dans lequel des partenaires du milieu pourront être impliqués, l'idée étant de
mieux planifier. Puis il y a des choses qui se travaillent en Gaspésie aussi
sur la gestion des chemins, auxquelles on participe, comme ministère, pour
s'assurer d'avoir une meilleure planification, une meilleure gestion des
chemins. Donc, j'aimerais entendre ce que vous avez à proposer, là, pour... par
rapport au plan de gestion des chemins.
M. Demers
(Jacques) : On va peut-être commencer à
répondre dans quelques-unes de vos interventions. Quand vous voulez voir la
différence entre l'UMQ et la FQM, bien, regardez nos nombres de membres. On est
1050 membres, il y a 1108... 1110 municipalités dans l'ensemble du Québec.
Vous leur demanderez le nombre de membres puis vous leur demanderez qui ils
représentent, mais je peux vous dire clairement qui nous, nous représentons,
puis on représente, entre autres, l'ensemble des...
M. Demers
(Jacques) : ...MRC du Québec. C'est ça, le
territoire au Québec. C'est chez nous que la forêt se trouve. C'est pour ça
qu'on sait ce qui se passe. C'est pour ça qu'on a tenu des colloques forestiers
que d'autres organisations ne peuvent pas tenir de la même façon parce que le
besoin n'est pas à la même place. Mais, si, pour vous, ce n'est pas encore
assez clair, la distinction, je pense qu'on peut le démontrer de plein de
façons. Quand on nous dit que, oui, on va avoir quelqu'un encore de plus
régional puis qu'on va nous consulter, c'est peut-être ce qui nous fait peur.
Quand ça fait des années qu'on nous consulte puis qu'on ne garde rien de la
consultation, qu'on nous dise qu'il va y avoir quelqu'un pour diriger au niveau
de nos régions puis qui va nous consulter... On veut être entendus, on veut
être dans les décisions. Ce qu'on nous enlève présentement, c'est notre pouvoir
de décision. D'être consultés, c'est toujours bien agréable, mais, si ça reste
ça, ce n'est pas suffisant.
Je vais vous laisser, messieurs. Vous
connaissez mieux les chemins, et tout ça.
M. Bernatchez (Guy) : Mais je
vais laisser les forêts de proximité à Luc, mais, d'entrée de jeu, oui, la...
nous, on veut... on veut être
partie prenante. On s'en est déjà parlé, Mme la
ministre, les élus, c'est extrêmement important. Je l'ai dit tantôt un peu
maladroitement, là, en lien avec les élus municipaux, qu'on est vraiment près
de nos populations, mais on est redevables envers eux, parce que, quand... Un
bon exemple d'accès au territoire : les chemins, l'entretien des chemins.
Ils appellent aux MRC, aux municipalités, ils veulent aller à leurs chalets,
ils veulent avoir un entretien, un pont... un ponceau coupé ou quoi que ce
soit, ils appellent... ils n'appellent pas l'industrie, là, ils appellent au
bureau du maire ou du préfet puis ils demandent à ce que le chemin soit réparé.
Donc, il faut qu'on soit
partie prenante, au-delà de la consultation, pour la suite
des choses.
Puis, si vous voulez... si vous souhaitez
avoir un minimum d'acceptabilité sociale avec votre projet de loi, il faudra
encore plus impliquer les élus municipaux, c'est incontournable, en lien avec
la gouvernance. Pour les chemins multiusages, il y a beaucoup de zones d'ombre
en ce moment en lien avec l'utilisateur payeur. Qui? Quand? Comment? Où? Quels
chemins? On a beaucoup de questions à ce niveau-là. C'est sûr et certain que,
comme gouvernements de proximité, on a reçu beaucoup de responsabilités au fil
des derniers mois, dernières années. On ne veut pas avoir la responsabilité
d'entretenir les chemins, on veut travailler en équipe, sauf qu'il faut
absolument être... faire
partie de la discussion, à savoir quels chemins et
quels accès seront entretenus puis quels fonds, d'où l'argent va venir. Ça,
c'est la question, la prémisse de base. Puis les gens qui ont les connaissances
pour faire de l'entretien de chemins sont les entreprises forestières. C'est
eux qui ont des ingénieurs, des techniciens, de la machinerie. Donc, il faudra
travailler tout le monde en équipe pour faire en sorte qu'au niveau de la
voirie forestière, puis des chemins multiusages, puis de l'accès à notre
territoire, qui est extrêmement important... que les élus soient concertés pour
la suite.
M. Simard (Luc) : Pour ce qui
est des chemins, il faut qu'il y ait des plans, il faut que ce soit fait à
l'échelle la MRC. Moi, chez nous, dans ma MRC, j'ai 30 associations de
villégiateurs. Il y en a partout, du monde, sur le territoire. Puis on a
peut-être 30 000 à 35 000 kilomètres de chemins forestiers sur notre
territoire. On sait bien qu'on ne sera pas capables d'entretenir ça. Puis ce
n'est pas à l'État d'entretenir l'ensemble de ces chemins-là non plus. Mais, à
tout le moins, il faut qu'on ait un plan par territoire de MRC puis identifier
des axes de pénétration de classe un, de classe deux, où là, oui, le
gouvernement devra s'impliquer avec des sous pour en faire l'entretien, parce
que ça permet de lutter contre les feux de forêt, ça permet... ça permet
d'accéder rapidement au territoire, mais on ne peut pas commencer à entretenir
l'ensemble des chemins. Puis nous, les MRC, on est prêts à travailler avec nos
associations de villégiateurs pour soutenir l'entretien des dernières branches,
des dernières... là, mais on a besoin de soutien, de support puis de sous pour
entretenir, à tout le moins, les chemins de pénétration, surtout avec les aires
protégées, les industriels forestiers viennent de moins en moins. Ils ont
changé leurs opérations aussi dans les dernières années, donc ça fait en sorte
qu'il va y avoir un besoin sur les chemins principaux d'entretien, puis on
devra se faire un plan pour participer avec les MRC pour ces chemins-là.
• (11 h 20) •
Puis il y a des programmes de ponts et
ponceaux aussi. On parle de chemins qui sont là puis qu'on ne veut pas perdre,
parce que, si on n'avait pas ça, là, on aurait au moins 40 % de nos
villégiateurs qui n'auraient plus accès à leurs chalets, je vais vous le dire,
là, bien franchement, là, parce qu'on en remplace. Mais c'est un programme qui
est très bien utilisé, c'est fait par des bénévoles, ça ne coûte pas cher.
Donc, on a des...
On a besoin de support, je ne vous le
cache pas, mais, en même temps, les MRC, on démontre de la bonne foi, parce
qu'on met déjà aussi beaucoup d'efforts à entretenir, à tout le moins, le
réseau plus secondaire, plus tertiaire des chemins. Donc, c'est un partenariat
qu'on veut travailler avec l'État pour l'entretien des chemins forestiers.
Pour ce qui est... On a parlé de forêt de
proximité. Nous, c'est un... Forêt de proximité, là, on a déjà fait nos
preuves. Je pense, ça fait 25 ans qu'on gère les terres publiques
intramunicipales dans les conventions de gestion territoriale, où on a fait...
M. Simard (Luc) : ...puis je
vous dirais que... sur des territoires qui sont entre les municipalités, collés
sur le monde, les territoires les plus forestiers publics, les plus utilisés
qu'il n'y a pas au Québec. Puis, là-dessus, là, je vais vous donner un exemple
chez nous, là. Bien, on a des bases de plein air, on a des sentiers de ski de
fond, on a des sentiers pédestres, on a développé l'entièreté, ou presque, de
notre parc régional, le parc régional de Grande-Rivière, on a des bleuetières,
on a des pistes de motoneige, on a des pistes de quad, puis là-dessus, là, on
récolte notre possibilité forestière quand même. Ça vous donne... Puis on a
planté notre cinq millionième arbre il y a deux ans, 5 millions d'arbres
sur un petit territoire, gros comme rien.
Donc, c'est pour vous démontrer que les
communautés locales, on est capables... puis on est capables d'avoir des
opérations rentables, on est capables de gérer des territoires, on est capables
de travailler des territoires, même en partenariat avec la société civile, chez
nous, avec notre comité multi-ressources, où est-ce qu'on a des gens de
l'environnement, de toutes les sphères. Donc, c'est pour ça qu'on veut en faire
plus. Puis il y a des territoires qui ont besoin d'agrandir ces territoires-là,
parce qu'ils ne sont pas rentables non plus, ils ont des superficies trop
petites, ou ils ont des territoires qui n'ont pas de potentiel ligneux sur
pied, si on peut dire. Donc, on veut avoir une ouverture pour discuter de
l'agrandissement de ces territoires-là, puis c'est l'ensemble des
communautés... de la... des communautés forestières qui vont en bénéficier,
mais aussi l'ensemble de l'État québécois qui va en bénéficier.
Ces territoires-là, on veut expérimenter
des nouvelles façons de récolter. C'est des lieux d'innovation sociale aussi,
de par notre concertation qu'on fait, Il y a plein de bonnes idées qui vont
sortir de ces territoires-là, qu'on va pouvoir faire ailleurs sur le territoire
forestier. Donc, c'est un besoin, là, qu'on a dans l'ensemble des communautés,
de déployer davantage de territoires en forêt de proximité. Mais, actuellement,
on semble vouloir convertir les conventions de gestion territoriale en forêt de
proximité, donc il n'y a aucun gain, là, c'est... c'est un 30 sous pour un
autre 30 sous, là. Ça fait que c'est là, là, qu'on a un questionnement pour ce
qui est de la... de la forêt de proximité.
Le Président (M. Schneeberger) :
Mme la ministre.
Mme Blanchette Vézina : Merci.
On a entendu, la semaine dernière, la Fédération des producteurs forestiers
privés, là, qui mentionnait, là, que c'était important pour elle d'avoir un
environnement d'affaires qui est plus clair, parce que... puis c'est pour ça,
d'ailleurs, là, qu'on en arrive à demander... ou à aller modifier, là, la compétence...
pour envoyer aux MRC, là, la compétence de légiférer sur la question de
l'abattage d'arbres. Depuis que je suis en poste, là, j'ai vu de nombreux
règlements. J'ai constaté aussi, malheureusement, que des municipalités
n'utilisent pas l'expertise des ingénieurs pour pouvoir faire leur
réglementation. C'est une minorité qui utilise, malheureusement, l'expertise
des ingénieurs. Ce qui arrive trop souvent, c'est aussi soit des récoltes qui
font du développement sans avoir de reboisement. Il y a ça aussi qu'on souhaite
pouvoir contrôler, utiliser l'expertise des ingénieurs forestiers qui sont là
pour conseiller les élus municipaux.
Et on le sait que la compétence de la MRC,
elle est importante, en termes de gestion du territoire, et... tu sais, on la
reconnaît, on le sait. Alors, d'avoir une meilleure harmonisation, c'est ce
qu'ils sont venus nous nommer, d'avoir une meilleure harmonisation, considérant
qu'une municipalité, la forêt ne va pas être nécessairement délimitée en
fonction des limites territoriales. Un producteur, même, producteur, un
propriétaire terrien pourrait avoir plusieurs municipalités sur un même lot,
avec des plans de gestion, d'aménagement qui sont plus... qui sont différents
selon une municipalité. Alors, eux ont accueilli très favorablement... On sait
que la forêt privée, c'est une solution à l'approvisionnement des usines, et je
sais que vous avez à cœur, aussi, la vitalité économique des régions, comme
nous.
Ça fait que, quand je vous parlais
d'objectifs communs, nous, on ne veut pas enlever complètement la possibilité
aux municipalités de pouvoir légiférer en terres privées. On veut une meilleure
harmonisation, considérant que le morcellement puis l'expertise ou
l'utilisation des experts ingénieurs forestiers est à géométrie très variable.
On veut s'assurer de pouvoir à la fois avoir un meilleur environnement
d'affaires tout en ayant une possibilité, pour les MRC, donc les municipalités
qui sont sur les conseils de MRC, de pouvoir s'exprimer, de pouvoir décider,
entre eux, d'un règlement qui sera plus uniforme, qui va permettre, là, donc,
d'avoir à la fois une meilleure vision d'ensemble, une meilleure harmonisation
des usages. Alors, c'est pour ça aussi qu'on vient... qu'on vient proposer de
monter aux MRC.
J'aimerais comprendre en quoi... quelles
autres solutions pourraient être envisagées pour atteindre cet objectif-là,
puisque ce que vous semblez me dire, c'est qu'il faudrait garder ça d'un point
de vue municipal. Je prends l'exemple de la MRC de La Mitis, que mon collègue de
Matane-Matapédia connaît bien, 16 municipalités au sein de la MRC, 16
règlements distincts. Bien que j'aie, à plusieurs reprises, tendu la main à la
FQM pour dire : Pouvons-nous parler d'une harmonisation, pouvons-nous
aider les municipalités dans leur façon de réglementer?, malheureusement, la
réponse a été : Bien, c'est municipal, on va laisser ça comme ça. Donc,
pour moi, tu sais... j'aimerais vous entendre sur comment on peut y arriver, à
cette harmonisation ou à cette possibilité d'éviter des dérives, de part et
d'autre, là, des... dans la réglementation...
M. Demers
(Jacques) : ...bout-là. Évidemment,
d'habitude, je serais bien surpris, quand que vous demandez à la FQM des pistes
de solution, qu'on n'en mette pas. À chaque fois, on en trouve. Mais il faut
d'abord connaître l'objectif. Si vous dites que c'est pour uniformiser, c'est
bien, mais uniformiser pourquoi? C'est quoi, l'impact? L'uniformiser, c'est-tu
pour le producteur? Si vous me parlez en terres publiques, c'est une chose,
mais, quand vous parlez en terres privées, c'est une autre chose. Les grands
terrains privés sont plus rares. On ne parle pas de même superficie. Quand on
regarde sur un territoire ce qu'on a à vivre... Puis je suis aussi producteur
forestier, j'en ai, de la forêt que j'ai à gérer, dans une MRC voisine de la
mienne. Les règlements, on est capables. On a nos regroupements forestiers, on
gère ça, puis je pense qu'on le gère de la bonne façon. Je pense plutôt que,
dans certaines... Puis, quand tu as une MRC comme Memphrémagog, celle que je
connais le mieux, c'est la mienne, là, tu as des grands propriétaires qui n'ont
peut-être pas le goût d'en couper, du bois. Ils sont en terres privées. Est-ce
qu'on est en train de dire qu'on va les obliger? Je pense qu'on n'est pas à ce
niveau-là.
Si on regarde ce qui se passe, il faudrait
comprendre l'objectif. Puis ça, on pourrait probablement... Puis je suis un des
premiers, puis je l'ai fait de maintes et maintes fois, d'expliquer à des
municipalités l'importance de jardiner nos forêts, pour plein de raisons. On
est capables. On pourrait en parler longtemps, mais passons d'abord par
l'objectif. Il y a des OGAT au niveau du gouvernement. Quand ils veulent passer
par la bonne porte puis qu'ils nous demandent à nous de trouver des solutions,
des orientations gouvernementales, ça règle des choses aussi, plutôt que de
l'imposition, comme qu'on semble vouloir faire.
Une voix : Si vous permettez,
premièrement...
Mme Blanchette Vézina : Bien,
je tiens à vous rassurer, peut-être avant, M. Châteauvert, il n'y a pas
d'imposition, là, aux MRC. Il n'y aura...
Le Président (M. Schneeberger) : ...Je
veux bien, mais on a... C'est parce qu'on a dépassé... minutes, là.
Mme Blanchette Vézina : Tu
sais, mais je veux juste peut-être rementionner, il n'y a pas d'imposition aux
MRC, là. Tu sais, ce n'est pas... c'est inexact de dire qu'on vient imposer.
Le Président (M. Schneeberger) : Merci.
Alors, on va passer à l'opposition officielle, et j'entends le député... Ah!
députée de Mille-Îles, alors, bonjour à vous, pour 10 minutes 24.
Mme Dufour : Merci beaucoup,
M. le Président. Merci à vous quatre d'être ici aujourd'hui. Vous êtes le
deuxième groupe qu'on entend ce matin, deuxième groupe qui représente des gouvernements
de proximité. Et un constat est clair : les deux, les deux groupes
viennent nous dire que, visiblement, le projet de loi, ils n'ont pas été assez
consultés, il ne répond pas aux préoccupations qu'ils ont exprimées. J'ai
compris avec les Premières Nations qui sont... vous ont précédé que, sans une
réécriture complète en cocréation, il n'y aurait pas de voie de passage pour ce
projet de loi là. Qu'en est-il de votre côté?
M. Demers
(Jacques) : Bien, je n'aurais pas osé dire
qu'on n'a pas été assez consultés. Je pense qu'on a été beaucoup consultés,
depuis des années, dans ce dossier-là, mais on n'a pas été considérés ou on ne
retrouve pas là où on pensait... Probablement, comme les Premières Nations
disaient, c'est souvent de travailler ensemble ces choses-là qu'on fait quoi de
plus solide. Là, il me semble qu'on est arrivés avec des pistes de solution
puis on a des surprises, en finalité, où est-ce qu'on ne se retrouve pas. C'est
vraiment le sentiment qu'on a présentement.
Mme Dufour : Mais est-ce que
vous pensez que... S'il n'y a pas une réécriture, là, globale, vraiment
majeure, est-ce que vous pensez que vos membres adhéreraient au projet de loi?
M. Demers
(Jacques) : Les membres n'adhèrent pas. Je
peux vous dire, là, quand je dis qu'on l'a présenté dans l'ensemble des MRC, ça
donne un bon signal de ce qui se passe sur l'entièreté du Québec. Je pense que
ça, ça nous a beaucoup parlé. C'est pour ça qu'on est ici. Mais, oui, on a de
l'ouverture, on veut... on veut travailler ensemble. On a un devoir de le faire
aussi, puis ça, on va être là. Mais, ce qui est présenté, il y a des choses
qu'on ne peut pas accepter. Puis, quand on décide qu'on enlève des décisions
municipales en disant : On ne l'impose pas, mais, quand on l'enlève aux municipalités
puis on le met à la MRC, pour moi... je n'ai peut-être pas le bon terme, mais
c'est ce que ça signifie.
• (11 h 30) •
M. Châteauvert
(Pierre) : Si vous permettez, un exemple
concret, ce qu'on vient de parler, la réglementation municipale. Le
gouvernement du Québec, les nouvelles orientations gouvernementales en
aménagement, ça fait 25 ans, qu'il n'y en avait pas eu, elles ont été...
elles sont rentrées en décembre. L'objectif 6.2 ou 6.3, Forêt privée, nous
l'avons très bien accueilli. On l'avait commenté, on a dit : C'est
excellent. Et, comme ça, les MRC le reproduisent dans leurs schémas et donnent
des balises aux municipalités. Ça répond exactement à ce que la ministre nous a
dit tout à l'heure, ses objectifs par rapport à normaliser ou, tu sais,
équilibrer l'ensemble des interventions, mais le choix qui a été fait
est : On retire le pouvoir aux municipalités locales. On ne peut pas
comprendre ce choix-là. On vient de décider, le gouvernement... On a passé
quatre, cinq ans à rédiger tous ensemble ces OGAT là...
Haut de la page
11 h 30 (version non révisé
e) M. Châteauvert
(Pierre) : ...travailler, collaborer, et on arrive, décembre,
et là on fait un choix différent et surtout dans le contexte que la réalité...
le bois du privé n'est pas mis en marché à cause du prix, pas à cause de la
réglementation. Tous les spécialistes vont vous le confirmer. Ce n'est pas ça.
Et donc pourquoi on retire... Ah! il y a quelques cas, effectivement, dans le mémoire
on reconnaît quelques cas problématiques, là, mais on ne généralise... Moi, je
suis allée à l'université. On m'a toujours dit il ne faut pas généraliser. Donc,
on ne comprend pas. Et ça, c'est ça qu'il faudrait arriver changer.
M. Simard (Luc) : ... si on
veut que ça fasse l'affaire de nos membres, je pense qu'il faut qu'on ait un
très gros exercice. Parce que, oui, on a été écoutés, mais pas entendus. Donc,
ça prend énormément de travail de vous le mentionner. Puis on ne sent pas la
relation partenariale de gouvernement de proximité. On la sent quand on
travaille avec le ministère des Affaires municipales, mais là on la... on ne la
sent pas, on ne la sent pas du tout. Puis pourtant l'acceptabilité sociale des
projets de mise en valeur des ressources naturelles, ça se fait que les
communautés locales, si on veut aller la chercher. Puis on l'a fait avec l'énergie,
avec tout... tous les derniers... dans les 10, 15 dernières années, les projets
de développement énergétique ont été faits en collaboration puis par les
communautés locales. Puis c'est là qu'on a été chercher l'acceptabilité sociale,
puis ça a bénéficié grandement au Québec. Puis on s'est associés avec les
communautés autochtones dans chacun de nos territoires. Chez nous, on a deux
centrales hydroélectriques où est-ce qu'on est avec... en partenariats avec les
autochtones. On fait des projets de développement éolien en partenariat avec
eux autres. On est prêts à travailler ensemble, mais ça prend une implication
directe. Mais, dans le cas de la forêt, on dirait qu'on n'est pas considérés,
qu'on n'est pas là, qu'on n'existe pas. C'est ça qu'il y a de la difficulté à passer
auprès de nos membres.
Mme Dufour : Donc, je
comprends que ce n'est pas des changements cosmétiques qui vont faire l'affaire.
Puis on va parler peut-être du projet de loi, là, qui vient abolir les tables...
là. Elles n'étaient pas parfaites, mais, bon, ça a amené quand même un dialogue
qui est nécessaire.
Pour vous, là, qu'est-ce qui aurait pu
être modifié à ces tables-là? Et peut-être les mettre en lien avec votre
proposition, là, de faire des sociétés régionales d'aménagement, là. Tu sais, peut-être
les comparer.
M. Simard (Luc) : Bien,
écoutez, oui, les tables... bien, les tables... c'est un... on dirait que c'est
un moindre mot, là. Tout dépendant de qui planifie les opérations forestières,
ça prend une structure de concertation régionale. Si on a une société de
gestion des forêts régionale, ou, tout dépendant, chacun des territoires
régionaux, ça peut être des sous-régions aussi, là, il y a des territoires qui
sont très, très vastes, mais, nous autres, on pense qu'avec... avec des gens,
des élus qui sont présents en grande
partie sur ces conseils d'administration
là... avec des gens multiressources, hein? On n'est pas... On ne veut pas
éliminer le monde de l'environnement. On ne veut pas éliminer les autres
utilisateurs. Puis on veut impliquer les communautés autochtones dans ces
structures-là. Nous, on pense que ça aurait été une bonne façon de faire une
vraie concertation puis une concertation en amont, dès le début du processus de
planification, de prendre en compte l'ensemble des besoins. Puis, même en ayant
des gens du domaine économique, on aurait eu une planification qui aurait été
structurée puis qui aurait amené un aménagement du territoire qui aurait été
sensé, qui aurait pris en compte nos préoccupations.
Donc... Mais, advenant le cas qu'on
n'ait... qu'on n'ait pas cette structure-là, ça prend, de toute façon, une structure
de concertation régionale. Mais il faudrait analyser. Moi, je pense qu'avec ce
qui a été fait, il y a des places ça marchait très très, très bien, là. Je
pense que ça aurait pris une analyse de voir c'est quoi, les recettes de succès
dans les endroits où que ça va bien pour les rapporter ailleurs, de regarder où
ça allait moins bien, pourquoi ça allait moins bien. Des fois, c'est des
échelles territoriales. Des fois, c'est tout simplement des personnes en la
place. Donc, c'est vraiment très, très variable. Mais on ne peut pas non plus
arriver... parce que, oui, on parle, dans beaucoup de places, qu'on va être
consultés, mais là, mettez-vous dans notre peau, on a été consultés, on a
proposé cinq documents dans les dernières années, mais on ne semble pas être
entendus. Donc, les processus de consultation, bien, on vient un peu futés, on
va le dire de même.
M. Bernatchez (Guy) : Puis j'ajouterais,
tu sais, on a un bel exemple concret, là, l'alliance de l'Est avec l'éolien,
les régies de l'énergie. On a des belles concertations entre les élus puis les
différents acteurs du territoire, puis on a réussi à implanter la filière
éolienne, exemple, chez nous, en Gaspésie, puis avec les communautés
autochtones, tout le monde, tous les acteurs du milieu. Puis on est capables. Puis
tout le monde est
partie prenante, puis les redevances deviennent extrêmement
importantes pour les communautés.
Puis quand on parle, encore une fois, de
consultations, s'écouter, discuter, c'est bien beau, mais, à un moment donné,
il faudrait retenir des volets, il faudrait retenir des solutions qu'on
propose. Puis on ne se reconnaît pas dans le projet de loi actuel.
Mme Dufour : Merci. Vous
parlez aussi, dans votre mémoire, de lourdeur administrative liée aux
conventions des gestions... de gestion territoriale, page 7 de votre mémoire.
Est-ce que c'est possible d'avoir des exemples?
M. Simard (Luc) : Bien, la
convention de gestion territoriale n'est pas nécessairement directement touchée,
outre que ça deviendrait des projets de forêts de proximité. On est
actuellement à discuter le renouvellement de ces conventions-là. On a démarré
des comités de négociation pour discuter un peu du renouvellement parce qu'on
veut en faire des outils... des outils vraiment plus modernes, plus souples, où
on aurait plus de facilité à gérer.
Puis, moi, je vous donne un exemple. Nous,
on fait de la foresterie à très très, très petite échelle, là. Puis je dis des «très»,
il faudrait que j'en donne pas mal, des «très», parce que c'est vraiment des
petits...
M. Simard (Luc) : ...les
petits morceaux qu'on récolte à travers des sentiers de ski de fond, mais ça
déroge aux normes. Puis pour être capable de faire ça, il faut que ça remonte à
Québec pour avoir l'autorisation. Ça peut prendre cinq, six mois avant de
revenir chez nous, pour aller récolter un petit morceau, là, de même pas un
hectare ou un demi-hectare. Tu sais, c'est un exemple, là, mais il y en a
beaucoup d'autres. Mais ces conventions-là, on a un processus de négociation
pour renouveler ces conventions-là, mais on veut plus de souplesse. Puis on
veut expérimenter peut-être plus par gestion par objectifs, en responsabilisant
les communautés locales, parce qu'on est des commettants, on est imputables
face à nos citoyens. Si on fait un travail tout croche, on va se faire mettre
dehors. Un peu comme vous autres. On est tous dans le même bateau.
Mme Dufour : Oui, mais pour
avoir été élue municipale, je confirme que vous êtes pas mal plus au fond que
nous. Le concept de forêt de proximité, pourquoi, selon vous... vous en parlez
quand même abondamment, là, pourquoi, selon vous, ça n'a pas été encore mis en
place? Ça semblait prometteur, là.
M. Bernatchez (Guy) : Bien,
on l'entend, là, dans le projet de loi... Tantôt, on a dit : On renforce.
Mais on renforce quoi? Il y en a eu un, depuis 10 ans, en Abitibi, puis c'est
tout. On ne renforce pas grand-chose. On renforce de quoi qui n'a pas été mis
en place, qui était dans le régime de 2013. Ça fait que c'est ça que... on se
désole devant ce constat-là, parce qu'on a démontré l'efficacité.
Vous avez eu le représentant de l'Abitibi,
la semaine passée, qui en a fait mention, qui dit qu'ils réussissent très bien
à gérer leur territoire. Pis là, quand tu te concentres, dans ta MRC puis sur
ton territoire, pour aller chercher une acceptabilité sociale, bien, c'est là
que tu peux jouer, en lien avec les historiques des différentes municipalités.
Il y en a qui sont plus vers le récréotourisme, il y en a où ils ont une usine
de bois dans le milieu de leur village, donc ils sont plus habitués au passage
des camions, exemple. Donc, c'est à ça qu'une MRC avec une forêt de proximité
pourrait s'ajuster, encore plus régional, territorial, en lien avec
l'aménagement de la forêt.
Puis la forêt de proximité, bien, on
s'entend, ce n'est pas juste de l'aménagement forestier, là, c'est plein
d'autres activités. Donc là tu t'ajustes aux différents... visions des
municipalités sur le territoire, puis c'est beaucoup plus facile, je me répète,
d'aller chercher cette fameuse acceptabilité sociale qui est extrêmement
importante. Parce que, du bois, on en aura toujours besoin. On le sait, c'est
un matériau vert, ça combat les GES, etc. Mais il faut le faire de la bonne
manière. Puis on croit qu'avec la grandeur de notre territoire, quand on est
capables de le faire de la bonne manière puis en faisant encore plus régional,
bien, ça devient plus facile.
M. Simard (Luc) : ...c'était le
seul endroit où est-ce qu'il y avait des volumes de bois disponibles. C'est
pour ça qu'il y en a eu là et qu'il n'en a pas eu ailleurs. Tous les volumes de
bois étaient octroyés, donc il n'y avait pas de possibilité d'en développer
d'autres. Mais là, avec l'abolition du BMMB, les garanties... peuvent être
maintenues puis de l'espace pour faire des projets de gestion locale des
territoires forestiers de forêts de proximité, il y en a avec ces volumes de
bois là, Donc, il faut regarder comment on peut les déployer. Nous, on pense
qu'il faut que ça se fasse dans les unités d'aménagement. Il faut peut-être
redécouper, probablement redécouper des unités d'aménagement. On peut se donner
quelques années, mais on veut démarrer un chantier là-dessus pour voir où et
comment on pourrait déployer des projets de forêts de proximité, parce que
c'est important pour les communautés locales. Puis ce n'est pas la majorité du
territoire québécois, hein, c'est des territoires à proximité des municipalités
où est-ce qu'il y a le plus de monde, où est-ce que c'est le plus dur d'aller
chercher l'acceptabilité sociale.
Le Président (M. Schneeberger) : Merci.
Merci beaucoup. Nous allons du côté de la deuxième opposition, et j'entends le
député de Laurier-Dorion.
M. Fontecilla : Merci, M. Le
Président. Bonjour, messieurs, merci beaucoup d'être ici avec nous. Écoutez, on
a entendu plusieurs opinions, pendant ces consultations, dans le sens que ce
projet de loi favorise et a été rédigé pour favoriser les intérêts de
l'industrie forestière, là. Et, moi, la question que je me pose : Est-ce
que le retrait des responsabilités des plus petites... des municipalités... de
transfert vers les MRC, est-ce que ça favorise l'industrie? Est-ce que c'est
un... Ou ce n'est pas sur ce terrain-là que ça se situe, là, c'est vraiment
qu'on dépossède les municipalités de vos prérogatives?
• (11 h 40) •
M. Demers (Jacques) :
Ce qu'on entend, avec la consultation qu'on fait auprès des MRC, des MRC où
est-ce qu'ils ont vraiment beaucoup de terres publiques, souvent, c'est déjà
harmonisé de façon générale. On a deux préfets, ici, que... ça ne semble pas
être un problème. Dans des territoires où est-ce que, là, on parle de terres
privées, oui, là, ça cause une problématique. Puis je ne suis pas sûr, je pense
que... C'est pour ça que je demandais pourquoi qu'on fait ça. Je comprends,
l'harmonisation, mais, l'harmonisation, il y a une raison. Il y a des gens qui
se sentent probablement enfargés par certaines réglementations. Puis il y a des
fois que je suis d'accord avec eux qu'il y a des réglementations municipales,
dans des petites municipalités, qui sont trop sévères. On essaie de convaincre,
de dire : Oh! faites attention.
En même temps, quand on regarde les
superficies qu'ils ont, c'est souvent minime, ça n'aura pas un gros impact.
Puis, où est-ce qu'il y en a plus, bien là, le risque que l'impact soit là mais
que tout le monde le ressert... Ça fait qu'en finalité, la forêt, le monde
forestier n'aura rien gagné à amener...
M. Demers
(Jacques) : ...au niveau de la MRC. Ça va être harmonisé. Mais
si c'est harmonisé exactement à ce que vous ne voulez pas. Est-ce que c'est
l'harmonisation que vous souhaitez?
M. Simard (Luc) : C'est
un faux débat. C'est un faux débat de porter... de faire porter l'odieux du
manque de mobilisation des bois de la forêt privée sur les règlements
municipaux. Le prix du bois n'a pas monté depuis 10 ou 15 ans. C'est le
même prix. Puis souvent, quand tu récoltes, tu te fais, on va le dire comme ça,
tu te fais... tu paies en impôt par après. Les gens étaient futés. Les gens, ce
n'est plus aussi rentable de faire des opérations forestières sur les forêts privées.
Puis il y a aussi un certain phénomène où est ce que des gens s'achètent des
lots pour s'y récréer. Ils ne veulent pas nécessairement récolter du bois.
D'ailleurs, chez nous, le prix des lots a triplé ou quadruplé, là, depuis
10 ans, là, parce que c'est très, très recherché. Donc, il y a beaucoup de
phénomènes qui sont liés à ça, mais on fait porter l'odieux de la sévérité des
règlements d'abattage municipaux, mais c'est vraiment un faux débat. L'enjeu
n'est pas là, là, pour moi, la mobilisation des bois pour l'industrie.
M. Fontecilla : Je vous
ai entendu parler d'acceptabilité sociale, là. J'aimerais comprendre en quoi ce
projet de loi pourrait diminuer l'acceptabilité sociale, là, de l'industrie de
l'exploitation du bois, là.
M. Bernatchez (Guy) :
Bien, il y a plusieurs facteurs. Il y a plusieurs facteurs qui font en sorte
qu'on risque de frapper un mur. Là, on le voit dans les sorties médiatiques des
dernières semaines, combien il y a des groupes qui se positionnent contre le
projet de loi. Nous, on parle pour nous, en lien avec la gouvernance puis la
planification. On veut être autour de la table, les élus, parce qu'on est...
C'est nous qui sommes proches de nos populations. Puis on connaît ce qui... ce
qu'elles désirent sur le territoire. On parle de triade aussi sur la forêt
publique. Nous, on a des doutes aussi en lien avec la manière de fonctionner
sur les différents parterres de coupe qui sont définis, c'est-à-dire la
production ligneuse, le multiusage puis la protection. On se dit où est ce
qu'il y a de la production ligneuse, il y aura de l'aménagement intensif, mais
on a de sérieux questionnements en lien avec ça. Est-ce que l'argent va être
sur la table pour faire justement de l'aménagement intensif et augmenter la
possibilité forestière? Parce que ce serait ça l'objectif d'une triade. Tu
augmentes la possibilité forestière sur un territoire donné, ce qui fait en
sorte que tu peux te donner le luxe de protéger plus de territoire. Mais on a
des sérieux doutes en lien avec ça. Va-t-il y avoir les argents nécessaires qui
seront investis dans ces territoires-là? C'est là que, nous, on est pour le
fait que les entreprises, l'industrie forestière aient plus de prévisibilité
puis la licence de 10 ans et des choses comme ça qui ont été mises sur la
table. Mais l'implication des communautés et de leurs représentants est
incontournable. Et c'est là-dessus où on...
Le Président
(M. Schneeberger) : Merci. Merci beaucoup. Et je suis très lousse
ce matin sur le temps, je peux vous le dire, là. Alors je vous... On s'en va du
côté de Matane-Matapédia.
Bérubé
Merci, M. le Président. D'entrée de jeu, je veux saluer votre organisation, sa
grande représentativité. J'ai 45 municipalités dans ma circonscription.
C'est le record au Québec. Je ne sais pas si elles sont toutes membres de la
FQM. Si c'est le cas, donc, ça inclut Sainte-Luce que la ministre a représentée
comme mairesse. Donc, elle a eu à travailler avec la FQM. C'est important parce
que je connais votre expertise. Je connais même l'expertise personnelle du
préfet de la Haute-Gaspésie dans le domaine forestier. Je connais celle de son
père avant. Il ne parle pas pour ne rien dire. Alors, je veux saluer son
engagement parce qu'il a annoncé qu'il n'allait pas se représenter. Ceci étant
dit, j'ai lu un
article dans La Presse , je pense, où vous
commentez le projet de loi. Vous dites qu'on reviendrait à une époque avant la
commission Coulombe. Ce n'est pas rien. Donc, si ce n'est pas les municipalités
qui sont maître d'oeuvre ou qui sont
partie prenante, qu'est ce que ça pourrait
donner comme phénomène? Est-ce à dire que des grands industriels seraient rois
et maîtres, là, dans nos... dans nos localités et dans nos régions, puis on
reviendrait à une époque qu'on croyait révolue?
M. Bernatchez (Guy) : Ça
ne serait pas bon pour eux... pour elles, pour les entreprises forestières, là.
Elles vont porter l'odieux. Vous dites mes 30 ans d'expérience au niveau
de l'aménagement forestier, M. Bérubé? Je suis propriétaire d'un lot, donc
la forêt privée, je trappe, je chasse, je pêche, je suis, en bon Québécois, un
gars de bois. Donc, je l'ai vue, l'évolution de la forêt au fil du temps. Puis
oui, l'amélioration continue sur notre territoire, ça a eu lieu au fil des
décennies. Puis là on parle de moderniser le régime. Je n'ai pas l'impression
qu'on va le moderniser avec ce qu'il y a sur la table. C'est là que sont nos
craintes.
Bérubé
Vous avez entendu les Premières Nations avant vous. Si ce n'est pas bon pour
les Premières Nations, si ce n'est pas bon pour les municipalités, si ce n'est
pas bon pour la chasse et la pêche, si ce n'est pas bon pour les
environnementalistes, où réside l'intérêt d'adopter un projet de loi comme
celui-là pour le gouvernement selon vous?
M. Bernatchez (Guy) :
Bien, en ce moment, il y a beaucoup de zones d'ombre. Donc, oui, la
prévisibilité pour les entreprises, mais à quel prix? Il faut faire en sorte
qu'on ait une pérennité...
M. Bernatchez (Guy) : ...qu'on
ait un aménagement digne de ce nom de notre territoire pour faire en sorte que
nos entreprises justement aient une prévisibilité, pas juste sur 10 ans,
mais pour des décennies, qu'on puisse continuer d'avoir accès à ce
territoire-là puis de pratiquer tous les loisirs possibles parce que c'est
important. C'est important, la forêt au Québec, là. L'accès au territoire est
extrêmement important. Puis la présence d'industries fait en sorte qu'on a des
chemins qui donnent accès à ce territoire-là, donc il faut trouver le juste
milieu, le juste équilibre en lien avec l'aménagement forestier puis
l'occupation de ce territoire-là.
M. Simard (Luc) : Parce que
l'industrie... De reconfier ça à l'industrie, c'est une perte de confiance du
public, je pense, dans le système forestier, dans le régime forestier. C'est là
qu'il y a un enjeu qu'il faut éviter absolument. Puis c'est pour ça qu'on veut
impliquer les communautés locales. C'est les mieux placés pour faire les choix.
Puis on veut en faire, du développement économique chez nous, je peux vous le
garantir. Puis on veut des entreprises rentables chez nous. Puis on ne veut pas
nuire à cette industrie-là. Mais on veut aussi protéger notre territoire,
l'aménager, développer nos parcs. Donc, c'est pour ça qu'on trouve que de
ramener l'industrie à la planification, bien, on part avec deux prises puis...
avec un enjeu de confiance du public envers... envers le régime. Puis on l'a vu
avec le groupe avant nous, mais on le voit dans plein de groupes dans nos
consultations.
Une voix : Merci.
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
merci à vous quatre pour votre apport à la commission.
Alors, étant donné l'heure, nous
suspendons dans la commission jusqu'à cet après-midi, après la période de
questions.
(Suspension de la séance à 11 h 47)
Haut de la page
15 h (version non révisée)
(Reprise à 15 h 18)
Le Président (M. Bernard) : Bonjour,
bonjour, tout le monde. Donc à l'ordre, s'il vous plaît, là, La Commission de l'aménagement
du territoire reprend ses travaux cet après-midi.
Alors, je demande à toutes les personnes
dans la salle de bien vouloir éteindre la sonnerie de leurs appareils
électroniques, s'il vous plaît. Alors, cet après-midi, nous allons poursuivre
les consultations particulières et les auditions publiques sur le projet de loi
n° 97, Loi visant principalement à moderniser le régime forestier.
Cet après-midi, nous allons entendre trois
groupes. Nous allons commencer avec Unifor Québec, suivi de la Centrale des
syndicats démocratiques et nous terminerons l'après-midi avec la Fédération de
l'industrie manufacturière CSN. Donc, pour tout de suite, donc, je vous
rappelle que les interventions sont de 10 minutes pour… par exposé. Alors,
je vous souhaite la bienvenue, M. Cloutier et M. Lavigne, content de vous revoir,
M. Cloutier. Alors donc, vous disposez d'une période de 10 minutes pour
votre présentation, et par la suite, nous allons procéder avec les échanges
avec les groupes parlementaires. Alors, d'entrée de jeu, je vous invite à vous
inviter et à commencer votre présentation. Merci.
M. Cloutier (Daniel) : Merci,
M. le Président. M. le Président, Mme la ministre, mesdames et Messieurs les
membres de la commission, je vous remercie de nous recevoir aujourd'hui et de
nous donner l'occasion de contribuer à vos travaux entourant le projet de loi
n° 97 et, plus largement, la réforme du régime forestier du Québec.
Je me présente, Daniel Cloutier, directeur
québécois du syndicat Unifor. Je suis accompagné de M. Simon Lavigne,
représentant national au service de la recherche. Unifor est le plus grand
syndicat du secteur privé au Canada. Nous représentons près de 320 000 membres,
dont 55 000 au Québec et près de 14 000 qui œuvrent dans les filières
forestières partout au Québec, de l'Abitibi-Témiscamingue jusqu'à la Gaspésie.
Nos membres travaillent à toutes les étapes de la chaîne forestière, de la
sylviculture aux produits finis, en passant également par les pompiers, pompières
de la SOPFEU. On peut dire sans exagérer que les travaux qui se déroulent ici
aujourd'hui les concernent à plus d'un titre.
• (15 h 20) •
Après plus de 10 ans d'application du
régime actuel et à la lumière des transformations du secteur, Unifor reconnaît
la nécessité d'une réforme du régime forestier. Nous avons salué dès le départ
la volonté gouvernementale de moderniser les dispositions en place dans une
optique de durabilité économique, sociale et environnementale. Nous
reconnaissons également que les entreprises forestières ont besoin d'un cadre
normatif prévisible, stable et cohérent. Sans cela, impossible…
M. Cloutier (Daniel) : …de
planifier, d'investir ou de maintenir des chaînes d'approvisionnement fiables.
La réforme de 2013 avait introduit des
améliorations importantes, notamment sur le plan environnemental, mais la
centralisation accrue de plusieurs fonctions a parfois nui à la cohérence sur
le terrain et a contribué à une hausse continue des coûts qui affectent la
compétitivité du Québec face à d'autres provinces comme l'Ontario et le
Nouveau-Brunswick, pour ne nommer que celles-ci. Les défis économiques aujourd'hui
appellent à une réponse plus large
Nous faisons face à un contexte
difficile, c'est-à-dire faiblesse des prix sur le marché, incertitude
géopolitique, guerre commerciale avec les États-Unis. Dans ce contexte, la
stratégie industrielle forestière doit être repensée. Elle doit intégrer
l'innovation, la diversification et s'appuyer sur des politiques publiques
ambitieuses. Pour nous, ces dimensions sont indissociables de la régime d'un
régime forestier… de la réforme du régime forestier, je m'excuse.
Par ailleurs, les usages de la forêt se
diversifient. Elle ne sert plus seulement à produire du bois. De plus en plus
d'acteurs revendiquent un droit de regard sur sa gestion. Cela appelle à des
mécanismes de concertation renforcés si on veut assurer la prévisibilité et
l'acceptabilité sociale.
Nous faisons également face à des
obligations environnementales croissantes, la réponse du déclin des populations
de caribou, par exemple, les cibles de 30 % d'aires protégées d'ici 2030
et des réglementations internationales plus contraignantes. Aucune réforme ne
peut être crédible si elle néglige ces aspects, et surtout aucune réforme ne
peut être durable sans un engagement sincère avec les Premières Nations. À
défaut, nous verrons se multiplier les blocus, les tensions, les pertes
économiques et une détérioration de la réputation du Québec à l'international.
Nous appelons à une réforme tournée vers
l'avenir, mais qui reconnaît aussi les acquis du passé. Le projet de loi n° 97,
en l'état, nous apparaît déséquilibré. Trop peu de voix ont été entendues dans
sa conception et le processus de consultation, tel que mené jusqu'ici, a
compromis sa légitimité. Face à ce vide, les organisations syndicales ont pris
l'initiative d'agir. Elles ont organisé à Chicoutimi un sommet sur l'avenir du
secteur forestier. Plus de 200 participants y ont pris part : syndicats,
entreprises, Premières Nations, groupes environnementaux, scientifiques,
municipalités. Ce sommet a montré une chose claire. Le milieu est prêt au
dialogue. Il veut contribuer activement à des solutions, mais il manque
aujourd'hui un cadre institutionnel pour que ce dialogue prenne forme.
Notre principal défi à toutes et à tous,
c'est de trouver les voies de passage et, ce faisant, de parvenir à protéger
les emplois de qualité. Certaines mesures contenues dans le projet de loi
peuvent favoriser l'accès à la fibre et alléger les coûts d'opération. Nous en
reconnaissons l'intérêt, mais, si ces mesures ne permettent pas en retour, un,
d'assurer des approvisionnements fiables à moyen et long terme, comme le
mettent en doute de nombreux experts, si elles contribuent à un climat de
conflit avec tous les autres partenaires du milieu forestier et si elles
nuisent à notre capacité de certification qui nous ouvrent des opportunités sur
les marchés internationaux, alors nous ne serons pas plus avancés.
M. Lavigne (Simon) : En ce
moment, nous sommes préoccupés par ce que nous voyons. Le transfert de
responsabilités vers l'industrie comporte des risques, et plusieurs y voient un
recul important par rapport à… le régime actuel. L'affaiblissement des mesures
de consultation et de concertation stratégique, on peut penser à l'abolition
des tables GIRT, laisse entrevoir une dy