Institutions — 25 September 2015 (41st Legislature, 1st Session)
CI 2015-09-25
Quebec — Committees
C'est
curieux, mais nos fédéralistes, à travers le Canada et au Québec, disent
respecter la Constitution. Ils en ont un
tel respect qu'ils veulent à peine y toucher mais ils sont parfaitement
incapables de la respecter. Chaque fois qu'ils ont une occasion, il semble qu'ils aient un besoin
irrépressible de contourner la Constitution. Puis on va avoir l'occasion
de parler plus tard également du pouvoir fédéral de dépenser.
Donc, devant
cette multiplication de propositions des partis politiques fédéraux
d'empiétements dans les champs de
compétence du Québec, il m'apparaissait important que nous ayons l'occasion
ici, à l'Assemblée nationale, le gouvernement,
l'opposition officielle et manifestement le deuxième groupe d'opposition, de
discuter ensemble des incidences, pour
le moment, à long terme pour le Québec de ces propositions d'empiétement dans
les champs de compétence québécois.
Il y a un
certain nombre de modifications du paysage politique depuis un certain nombre
d'années. Et, au nombre de ces
modifications du paysage politique, on a, à Québec, un gouvernement dont le
premier ministre, curieusement... et
ça, je crois que c'est le premier premier ministre depuis longtemps à s'en
remettre presque aveuglément aux députés fédéraux pour défendre les
intérêts du Québec. Les députés fédéraux qui sont élus au Québec, c'est à eux,
nous a dit à quelques reprises dans cette Chambre le premier ministre, de
défendre les intérêts du Québec.
Alors, c'est
d'autant plus important, dans ce contexte où le premier ministre s'en remet aux
députés fédéraux du Québec pour
défendre les intérêts du Québec, de savoir quelles sont les intentions des
futurs députés fédéraux du Québec, quelle que soit leur formation politique, en
matière de défense des intérêts du Québec. C'est d'autant plus important
de savoir quelles sont les visions qu'ils
ont, quelles sont leurs orientations par rapport aux intérêts du Québec. Alors,
on s'en va dans quelle direction?
Donc, je croyais qu'il était important que nous prenions quelques instants ici,
à l'Assemblée nationale, pour réfléchir aux propositions des partis
fédéraux et voir peut-être à dégager des consensus.
Vous savez,
la formule de l'interpellation est une formule intéressante dans la mesure où
elle permet, du moins théoriquement,
d'approfondir une question. À chaque vendredi, on a l'occasion d'interpeller un
ministre du gouvernement pour
approfondir une question. Évidemment, la formule de l'interpellation, telle
qu'elle existe, a ses avantages mais nous réserve aussi beaucoup de frustrations parce qu'on a souvent
l'impression que ce n'est pas une interpellation, que c'est une série de monologues. Alors, on monologue
chacun de notre côté pendant un certain temps, puis après ça, bien, on
laisse l'autre monologuer, puis après ça on revient puis on monologue un petit
bout de temps aussi.
Alors, la
formule de l'interprétation, bien sûr, nous réserve un certain nombre de
frustrations. Mais pourquoi ne pas espérer?
Espérer qu'aujourd'hui elle nous donne l'occasion de parvenir à un certain
nombre de consensus, de consensus qui
pourraient, d'ici la fin de cette campagne interminable, qui sait, influencer
les prises de position des différents partis puis influer sur le cours
des choses non pas sur le résultat parce qu'évidemment je n'ai pas la
prétention que cette interpellation pourrait avoir une grande incidence sur les
résultats de l'élection fédérale, mais peut-être les partis politiques fédéraux auront-ils la sagesse de
prêter attention à ce que nous dirons ce matin par rapport à cette campagne
qui a cours présentement. Et peut-être les
partis politiques fédéraux voudront se montrer plus respectueux des compétences
du Québec.
Et je
pourrais reprendre la lettre qui a été adressée par le premier ministre aux
partis politiques fédéraux et dire à
quel point le Québec est tout à fait capable de prendre ses décisions dans ses
champs de juridiction sans qu'un parti politique fédéral ait la
tentation d'essayer d'orienter les choses. Alors, c'est la raison pour
laquelle, un peu à la blague — mais je
pense qu'à quelque part dans toute blague il y a une part de vérité — je disais que je tendais la main au ministre
des Affaires intergouvernementales et
j'aurais aimé qu'il vienne me joindre. Mais peut-être qu'on pourra, comme on
l'a fait au début de cette interpellation, se serrer à nouveau la main
pour sceller cette...
On a des visions différentes sur l'avenir du Québec,
l'avenir politique et constitutionnel du Québec. Je pense qu'à sa face même
c'est une évidence. Le ministre des Affaires intergouvernementales croit que
l'avenir du Québec passe par sa participation au régime fédéral canadien. Je
pense que la preuve est faite, de mon côté, que le Québec est toujours voué,
de frustration en frustration, à ne pas
pouvoir s'épanouir pleinement à l'intérieur de la fédération canadienne. Mais,
au-delà de cela, le fait est que,
dans le cadre constitutionnel actuel... C'est dans ce cadre que nous opérons et
c'est dans ce cadre que nous allons opérer pendant encore quelques
années. Je ne prévois pas de changement. Je le dis tout de suite, là, s'il y en a qui s'attendent à des changements
avant 2018, je n'en prévois pas. Alors, c'est d'autant plus étonnant de voir
le premier ministre revenir sur cette
question presque tous les jours à l'Assemblée, mais, quoi qu'il en soit, je ne
prévois pas de changement d'ici 2018.
Conséquemment, d'ici
2018, est-il possible que nous puissions faire en sorte de défendre correctement,
convenablement, la capacité du Québec de
faire ses choix, particulièrement dans ses champs de compétence? On pourrait
avoir... Ça vous apparaît long, M. le
ministre? Alors, j'entendais nos amis du deuxième groupe d'opposition dire
qu'on allait réclamer de nouveaux
pouvoirs. Bien, nous en sommes, mais, au moins, dans les champs de compétence
que nous avons déjà, est-il possible de s'assurer que nous puissions
préserver la capacité d'agir du Québec et faire en sorte d'amener les partis politiques fédéraux, qui sont
présentement en campagne mais qui auront un certain nombre d'élus d'ici
peu au Québec, à prendre en considération le respect des compétences
québécoises?
Alors, on aura l'occasion, dans les prochaines minutes,
d'aborder non seulement les demandes faites par le premier ministre, qui, j'ai déjà eu l'occasion de le dire,
m'apparaissent pour le moins timorées par rapport à des demandes qui ont été formulées par un précédent premier
ministre libéral, mais, ceci dit, on va revenir sur ces demandes, sur les
réponses, mais on va revenir
également sur des engagements pris par les partis politiques fédéraux dans des
champs de compétence du Québec. Et je
l'espère et je le dis bien sincèrement : J'espère que cette interpellation
n'en sera pas une de confrontation mais
nous pourrons ensemble trouver peut-être des consensus qui pourront, je
l'espère, influencer les partis politiques fédéraux qui sont
présentement en campagne.
Le Président (M. Bérubé) : Merci, M. le
député de Verchères. Maintenant, la parole est au ministre, également
pour 10 minutes.
M. Fournier : Merci, M. le Président. Je
salue nos collègues, les gens qui nous accompagnent. Et je dois dire d'entrée de jeu, puisque mon collègue de Verchères
le ramène avec le sourire : Pour ceux qui n'ont pas vu le point de presse
auquel il s'est adonné tantôt, il a eu la gentille amabilité de m'inviter à le
rejoindre pour refaire une scène vraiment mémorable.
Mais je ne veux pas me faire une expertise dans le «hijacking» des points de
presse. Alors, je me garde une petite réserve.
Ceci étant dit, il y aurait eu de la place pour le faire
parce que, dans le fond, ce que le député de Verchères a dit à ce moment-là et ce qu'il redit aujourd'hui, c'est
que, devant les positions que le premier ministre du Québec a présentées,
les demandes qu'il a présentées, il nous
tend la main pour rejoindre ces demandes-là, pour appuyer ces demandes-là. Et
je crois que j'aurais donc pu aller lui donner la main pour dire :
J'accepte la main qui vient rejoindre les demandes que nous avons faites. Puis on va les aborder tantôt
parce que, tantôt au point de presse, notre collègue notait le pouvoir fédéral
de dépenser, qui est une question fort
importante, relevait la question aussi de la santé, on va en discuter très
certainement, et plein d'autres enjeux qui ont été soulevés.
Et je dois dire que, sauf erreur, dans toutes les démarches
qui ont été faites historiquement à l'égard d'un premier ministre du Québec qui, au nom des Québécois,
faisait entendre les priorités qui intéressaient les Québécois dans le cadre
d'une campagne électorale — à
ma connaissance, mais je peux me tromper, là — je pense que c'est la
première fois qu'il y a une réponse écrite de tout le monde. Alors, il y a déjà
là quelque chose de significatif, je crois, ou il y a une reconnaissance, de la part de ceux qui oeuvrent
sur la scène fédérale, que la question du Québec est importante et qu'ils
doivent la respecter. Alors, c'est sur la
forme, je dirais. Sur le fond, on peut argumenter et voir les choses
différemment.
Puis moi, je suis
bien intéressé à ce qu'on procède justement à un échange important parce que,
lorsque notre collègue parle de la défense de nos compétences, j'en suis tout à
fait. D'ailleurs, les 125 députés qui sont ici le sont, généralement. Alors, ce ne
sera pas une surprise de ce côté-là.
Et d'ailleurs bon nombre des demandes qui sont faites, et ne serait-ce que celle du pouvoir fédéral de
dépenser... est probablement celle qui est la plus structurante à l'effet de
parler du respect des compétences. On aura l'occasion d'y revenir.
Évidemment, il y aura toujours des échanges de
vues. Mon collègue l'a dit tantôt, sa lecture à lui, c'est que le Québec ne
progresse pas dans le Canada et progresserait à l'extérieur du Canada. Je pense
que l'histoire des bientôt 150 dernières
années atteste facilement le contraire, c'est assez évident, en termes de
qualité de vie, de progrès social, économique.
Enfin, même des gens qui oeuvrent dans la formation souverainiste reconnaissent
que ce n'est pas le goulag et que,
contrairement, le Québec a avancé. Par contre, pour des questions identitaires,
croient-ils, il y a d'autres façons de voir
ça. Et donc il allait jusqu'à dire que, selon lui, le premier ministre actuel
était celui qui se désintéressait de la chose et laissait aux députés fédéraux le soin de faire la représentation du
Québec. Alors, évidemment, il fait une connotation, là, une lecture, je dirais,
partisane de sa lecture. Et c'est correct, tu sais, c'est correct. Nous, des
partis politiques, il ne faut pas avoir peur de ça. La lecture qu'il
fait est à cet effet-là. Moi, personnellement, je suis tout à fait au
contraire.
Je vais
donner un exemple pour attester ce que je suis en train de dire. Parlons de la
santé, justement. Alors, la position
du Québec, c'est que le gouvernement fédéral devrait hausser sa contribution en
matière de santé à la hauteur de
25 % de ce que sont les fonds qui sont investis en matière de santé et
surtout de les lier à la démographie parce qu'on sait que l'âge a un impact dans les coûts qui sont dépensés, investis par
les provinces. Alors, le premier ministre du Québec a tissé des alliances et, lorsqu'on dit qu'il ne
s'intéresse pas à ce qui se passe à l'extérieur de nos frontières québécoises,
a tissé des alliances — on reviendra sur beaucoup d'alliances avec
l'Ontario — mais
notamment en matière de santé avec l'ensemble des autres provinces et
territoires dans le Conseil de la fédération. Évidemment, sur la carte
d'affaires du premier ministre, ce n'est pas
marqué : «Gouvernance souverainiste». C'est marqué : Nous, on veut
participer, on veut faire avancer nos
intérêts avec les autres. Alors, forcément, dire, comme mon collègue l'a dit,
que le p