Institutions — 23 September 2020 (42nd Legislature, 1st Session)

CI 2020-09-23

Quebec — Committees

Institutions — 23 September 2020 (42nd Legislature, 1st Session)

CI 2020-09-23

Quebec — Committees

Maintenant,

j'enchaîne avec le consentement. La ligue rejette l'idée d'un consentement

implicite et favorise le modèle du consentement actif, «opt-in». Les

lois de protection des données devraient aussi énoncer clairement qu'un renseignement qui n'est pas nécessaire ne peut être recueilli même avec le

consentement de la personne concernée. Par son projet de loi, le

gouvernement dit vouloir redonner aux citoyens le plein contrôle de leurs

renseignements.

Pourtant, il

libéralise l'utilisation et la communication des données personnelles sans

consentement des personnes, ce que

nous déplorons. Il permettra l'utilisation d'un renseignement sans consentement

à des fins compatibles avec celles pour

lesquelles il a été recueilli, lorsque c'est manifestement au bénéfice de la personne,

à des fins d'étude, de recherche si dépersonnalisé.

La communication,

elle, sera autorisée sans consentement dans le cadre d'une transaction

commerciale, d'un incident de

confidentialité, si cette communication est nécessaire à l'exercice d'un mandat

ou à l'exécution d'un contrat d'entreprise ou au bénéfice d'un conjoint ou d'un

proche parent décédé. Il permet, en outre, l'échange de renseignements sans consentement entre organismes publics. Tous

ces changements contredisent l'idée même d'un meilleur contrôle du

citoyen sur ses renseignements.

Destruction ou

anonymisation. Le consentement est en lien avec une fin précise. Une fois

celle-ci réalisée, le renseignement doit

être détruit. Le projet de loi altère substantiellement ce principe de base en

permettant de conserver indéfiniment un renseignement en l'anonymisant.

Nous nous opposons à un tel changement. À quelles nouvelles fins seraient utilisées ces données? Seraient-elles

vendues, utilisées par leurs dépositaires ou par des tiers pour des recherches

de toutes sortes? Cela apparaît d'autant plus inadmissible que l'anonymisation

est un procédé faillible.

Profilage.

Le projet de loi introduit quelques éléments de transparence dans l'utilisation

de technologies permettant d'identifier,

de localiser ou de profiler les individus. C'est bien. On informe les gens. Il

faut aller plus loin, selon nous, et s'assurer que ces systèmes seront

désactivés par défaut et ne fonctionneront qu'avec le consentement de la

personne concernée. Il faut aussi interdire le profilage discriminatoire.

Quant aux décisions

fondées sur un traitement automatisé, il était essentiel de pouvoir s'opposer à

ce type de traitement là et d'assurer aux gens qui y seront... qui accepteront

de s'y prêter un droit de contestation.

Études,

recherches et statistiques. Actuellement, la communication de renseignements à des fins d'études est sous contrôle de la CAI. On abolit cette permission-là,

ce pouvoir d'autoriser, pour le remplacer par un modèle d'entente entre

l'organisme et le chercheur, et, là aussi on s'objecte à cette modification. On

veut que le rôle de la CAI soit préservé.

Notification

obligatoire d'incident de confidentialité. Il y a beaucoup de très bons éléments là-dedans. On hausse de façon importante

les sanctions pénales. On ajoute des sanctions administratives, un pouvoir d'ordonnance provisoire. Mais ça répond quand même en

partie seulement au

problème dans la mesure où ça laisse sans indemnisation les personnes

qui sont victimes de fuites et de vol

d'identité. Alors, on suggère qu'on envisage des méthodes d'indemnisation pour

les gens qui sont victimes de fuites de renseignements. Dominique.

M. Peschard (Dominique) : Oui. Une autre préoccupation que l'on a face aux

renseignements personnels, c'est la décision

récente du gouvernement de faire appel au secteur privé pour la gestion de

données d'organismes publics et de ministères. On pense que cela

comporte des risques pour des renseignements qui sont très sensibles. Ces

risques sont particulièrement élevés si les entreprises en question sont

étrangères.

La protection, dans

le projet de loi, c'est que ce serait protégé par une entente contractuelle.

Or, ces ententes contractuelles n'ont aucune

valeur face à des lois nationales d'autres pays, en particulier aux États-Unis,

qui seraient, un lieu privilégié,

compte tenu des entreprises, pour ce genre d'opération. Avec les lois

américaines, le CLOUD Act, le PATRIOT Act, et tout ça, le gouvernement

américain peut saisir n'importe quelle donnée que détient une de ces compagnies

dans le plus grand secret.

autre préoccupation en termes de protection de la vie privée, c'est le

développement des technologies biométriques,

en particulier de la reconnaissance faciale. C'est une technologie qui est

extrêmement abusive, sur laquelle il

y a présentement peu de contrôle, comme l'ont démontré l'expérience de

Clearview et le fait que les forces policières, malgré des... sont très

peu transparentes, par exemple, sur l'utilisation de cette technologie.

commissaires à la vie privée du Canada et de plusieurs provinces, d'ailleurs,

se penchent là-dessus parce qu'ils jugent que c'est très important.

Alors, nous, en attendant d'avoir des balises claires et des... pour contrôler

l'usage de cette technologie, nous demandons qu'il y ait un moratoire sur

l'utilisation de la reconnaissance faciale.

projet de loi aborde aussi la question du déférencement et du droit à l'oubli.

C'est une question très... assez complexe,

et les délais de ce projet de loi, là, de consultations, ne permettent pas

d'aborder correctement cette question. Ce n'est pas juste une question individuelle, des préjudices de

l'information que... des informations... des préjudices qu'un individu pourrait avoir face à des informations

dans les... publiques. C'est aussi... Ça concerne le droit à

l'information en général, la liberté d'expression. Et donc nous n'avons pas de

position... Nous n'avons pas eu le temps d'élaborer une position complète sur

cette question-là.

Cependant,

nous sommes fermement opposés à ce

que la décision de retirer des informations du domaine public soit laissée aux entreprises comme Google et

Facebook, qui n'ont aucun compte à rendre au public sur la manière dont

elles prennent ces décisions. Pour

l'instant, on serait prêts à admettre qu'un droit à l'oubli devrait être

accordé aux enfants. On pourra revenir là-dessus à la période des

questions.

Finalement, et c'est

peut-être le point principal, c'est que le projet de loi passe à côté peut-être

de ce qui est l'essentiel dans la

conjoncture présente. Le problème de la protection des renseignements

personnels, vie privée, ce n'est plus

un problème de protéger l'individu dans une relation contractuelle avec une

entité publique ou privée, comme ça pouvait

l'être dans les années 80. On est passés à une société où les entreprises

privées ont... des grandes entreprises privées ont établi un système de surveillance des populations et où tous les

objets, téléphones, objets connectés, etc., servent à amasser des

données sur tous les aspects de notre vie.

ces données sont ensuite utilisées dans des algorithmes qui sont tout à fait

opaques pour profiler et cibler des populations. Elles sont aussi

utilisées dans un... à des fins de contrôle béhavioral comme... et pas seulement

dans le domaine de la consommation. On l'a

vu, avec l'affaire Cambridge Analytica, comment ce genre de système pouvait

être utilisé pour manipuler des électeurs et influencer le résultat

d'élections.

Donc,

il y a là des enjeux collectifs qui dépassent le cadre des discussions qu'on

avait habituellement autour de la vie privée, renseignements personnels,

il y a 30 ans. Il y a ici des enjeux collectifs. Il faut discuter des

actions de ces grandes corporations par

rapport... dans le domaine des données. Il faut exiger de la transparence dans

l'utilisation des algorithmes, et qui sont utilisés pour faire ce genre

d'opération.

Alors,

on pense que, malheureusement, le projet

de loi n° 64 puis le cadre de la

consultation ne permettent pas d'aborder

correctement ces grands enjeux de société et de démocratie qui sont causés

présentement par ces pratiques et cet état de fait. Merci.

Le Président (M.

Bachand) : Merci beaucoup pour votre exposé. M. le ministre,

s'il vous plaît.

Jolin-Barrette : ...M. le

Président. Madame, monsieur, bonjour. Merci d'être présents en commission

parlementaire aujourd'hui.

J'aimerais

qu'on revienne sur la question du consentement. Vous, vous souhaitez

véritablement, là, un consentement individualisé,

si je peux dire. Et puis, à chaque fois qu'on partage une donnée personnelle,

il faudrait consentir. Il y a

des groupes, hier, qui sont venus nous

dire : Bien, on devrait avoir soit des consentements en bloc ou pas

nécessairement des consentements sur

chacune des données qui sont transmises. On parlait d'un préjudice à la donnée,

supposons, à catégoriser l'importance

de la donnée. Qu'est-ce que vous pensez, là, de tout ça, là? Parce que, les

intervenants qu'on a entendus hier, ils sont à un bout du spectre, et

vous, vous êtes à l'autre bout du spectre. Alors, je voudrais vous entendre

là-dessus.

Mme Pineau

(Anne) : Merci. On comprend,

là, que, dans le projet de loi, on ajoute la notion, là, de renseignements sensibles, qui était déjà prévue à la loi, à des fins, là, de sécurité des

données. Donc, on avait des obligations

éventuellement plus grandes en fonction de

la sensibilité du renseignement. Ici, donc, on veut distinguer des types de

renseignements, renseignements sensibles

puis les autres, mais le problème, c'est qu'on parle d'un consentement qui doit

être manifeste, et on vient nous dire

que, dans le cas du renseignement sensible, il faut qu'il soit exprès, et, de

ça, on peut tirer l'idée qu'il pourrait y avoir des consentements

implicites, manifestement implicites ou...

En tout cas,

on trouve qu'on ouvre la porte à cette sphère de consentement qui soit plus ou

moins démontrable. Et un des exemples qu'on donne ici... Si vous

naviguez sur Internet et que vous aboutissez sur un site que vous voulez

consulter, on va souvent vous dire, et on le voit de plus en plus : Si

vous continuez sur ce site, nous collecterons des données. Et, de plus en plus, ce qu'on voit, c'est «accepter», et sinon

c'est écrit en dessous «paramétrer» ou ça va être écrit — encore plus, disons, difficile à

comprendre — «en

savoir plus». Alors, vous cliquez sur «en savoir plus», et là vous avez

la liste de tout ce qui est collecté, et là on va vous demander si vous refusez

ou si vous acceptez.

Or, on est

dans un système où, si vous n'avez pas fait ça, si vous n'êtes pas allé voir

«en savoir plus», vous allez vous ramasser avec plein de données qui

vont être collectées. Vous ne serez pas allés voir derrière ça. Et ce qu'on

estime nécessaire, c'est d'inverser ce processus-là, c'est de dire : Pour

ce qui n'est pas nécessaire, par défaut, si je continue sur ce site, vous ne devriez pas collecter aucune autre donnée,

à moins que moi, j'accepte d'aller cocher que, oui, ça, ça va, ça, ça va, profilage ou... C'est dans cette optique-là

qu'on parle d'un système où, par défaut... et qui semble rejoindre l'article 9.1 qu'on intégrerait à

la loi privée, qui est de concevoir des systèmes qui prévoient une

confidentialité par défaut. Alors, je ne sais pas si ça répond à votre

question.

M. Jolin-Barrette : Donc, on change le paradigme. Vous êtes en faveur de changer le paradigme pour

dire : On ne récolte pas de

données, puis, si on en récolte... Le principe général, c'est : On ne

récolte pas de données. Ça va en opposition complètement avec ce qu'on

nous disait hier, et on nous disait : Bien, écoutez, on va récolter des

données puis, lorsque ça sera nécessaire, on va demander le consentement

ou on va l'avoir par bloc. Donc, je comprends que c'est à l'opposé.

Restons un

peu dans ce domaine-là, là. Vous avez abordé la question du droit à l'oubli, notamment

avec les moteurs de recherche importants. Comment est-ce qu'on devrait

l'encadrer adéquatement, là, ce droit à l'oubli là, ce droit au déférencement?

Peschard (Dominique) : Bien,

premièrement, on peut concevoir que... Bon, on distinguerait,

premièrement, la situation des enfants et des mineurs... Puis là ça reste à déterminer éventuellement,

une limite d'âge où le droit à l'oubli devrait

être reconnu de facto. On conçoit que des jeunes sont des personnes en

évolution qui n'ont pas la même responsabilité

par rapport à des gestes ou des paroles qu'ils ont posés que des adultes, c'est

reconnu dans d'autres domaines du

droit, donc, qui ne devraient pas... Un individu ne devrait pas traîner toute

sa vie le stigmate de choses qu'il aurait pu faire dans sa jeunesse.

Bon, l'autre...

Maintenant, pour des personnes adultes, on est... Bon, je répète ce que j'ai

dit tantôt. On n'a pas eu le temps,

compte tenu des délais, à la Ligue des droits et libertés, de prendre une

position globale sur toute cette question-là, qui, comme je l'ai dit

tantôt, est très complexe. Ce qu'on peut dire pour l'instant, c'est qu'on

trouve... on est... très problématique,

c'est le moins qu'on puisse dire, que l'on confie aux entreprises qui

accumulent toutes ces données-là et les

rendent disponibles le soin de décider qu'est-ce qui va être retiré sur la

simple demande d'une personne. Ces entreprises n'ont pas l'intérêt public à coeur, c'est leurs propres intérêts. Elles veulent

se faciliter la vie. Le plus simple, c'est de retirer l'information si

ça leur pose des difficultés.

Alors, nous,

on... S'il y a un mécanisme éventuel

pour retirer des informations, il faut qu'il y ait des balises claires

et il faut qu'il y ait des instances qui

sont habilitées, en fonction de l'intérêt public, à décider ce qui peut être

retiré ou pas. Et c'est tout ce débat-là qu'on n'a pas eu le temps de

faire dans le cadre du projet de loi qui nous est présenté puis des délais qui

sont impartis.

M. Jolin-Barrette : Je comprends que

vous n'avez pas eu le temps de faire le débat, mais je voudrais juste comprendre, là. Sur votre dernière intervention,

vous dites : Nous, on a une crainte que, lorsqu'il y a une demande de

retrait, de droit à l'oubli qui est formulée

par une personne physique... que l'entreprise ou le moteur de recherche dise :

Bien, moi, O.K.,

vous faites une demande, donc j'enlève tout. Donc, vous craignez qu'il y ait

une disparition de l'ensemble des informations. Est-ce que c'est bien

M. Peschard (Dominique) :

Effectivement, on pense que ces entreprises-là sont devenues les instruments d'information de la population. On voit bien la difficulté qu'ont les médias

traditionnels à faire concurrence... Donc, de leur laisser le soin de

décider qu'est-ce qui va être retiré ou pas, on trouve cela très problématique.

M. Jolin-Barrette : Le rôle de la

Commission d'accès à l'information, comment le voyez-vous?

M. Peschard (Dominique) : Pour...

M. Jolin-Barrette : À la recommandation que vous avez dans votre

mémoire, vous souhaitez vraiment, je crois, lui confier davantage de

pouvoirs de surveillance. Vous souhaitez véritablement qu'elle soit renforcée.

M. Peschard (Dominique) : Oui.

M. Jolin-Barrette : O.K., de quelle manière? Est-ce que les

dispositions qu'on a dans le projet de loi sont à votre satisfaction ou

vous voulez qu'on aille encore plus loin?

Mme Pineau

(Anne) : Merci. Bien, une

chose essentielle pour nous, c'est toute la question de la

supervisation des demandes de recherche,

études et statistiques. Le pouvoir d'autorisation de la Commission d'accès à l'information, selon nous,

doit être conservé. On comprend qu'il

y a des critiques qui ont été émises

par des chercheurs, notamment, à cause des délais que pouvait prendre la commission à autoriser des demandes de recherche. Et on est

très conscients qu'effectivement des

délais de plus d'un an, c'est sans doute inadmissible, mais je pense qu'il y a

des modifications qu'il est possible d'apporter.

Depuis 2002, déjà, la

Commission d'accès avait évoqué l'idée qu'on en vienne à un

guichet unique en matière de demandes de recherche, études, statistiques.

C'est-à-dire qu'actuellement le procédé consiste à faire une demande d'autorisation à la commission, mais ensuite l'organisme intervient aussi, ce

qui allonge de beaucoup les délais, d'autant que l'organisme peut refuser, qu'il bénéficie d'une discrétion.

Ensuite, il y a une

partie des délais qui sont dus au

temps que va prendre l'organisme pour extraire les données. Donc, je pense

qu'on peut jouer sur ces variables-là, mettre plus de financement pour assurer qu'il

y ait la supervision de la commission,

mais... Donc, ça, pour nous, ça demeure un outil important, qu'il y ait

une supervision de ce qui est permis comme donner des renseignements personnels nominatifs à des fins de recherche.

Maintenant,

pour ce qui est de ce que prévoit le projet

de loi, on le dit, on est très

contents qu'il y ait des pouvoirs d'ordonnance

provisoire qui soient accordés à la commission. Qu'il y ait des pouvoirs, pour la commission, d'entreprendre elle-même des poursuites pénales, c'est un

avancement. C'est important aussi qu'on ait aussi les sanctions pénales,

qu'on prévoie aussi des sanctions administratives, des pouvoirs aussi

d'intervention, là, dans un cas de fuite ou d'incident de confidentialité. Donc, il y a des bons éléments, mais on ne doit pas,

selon nous, retirer l'aspect autorisation en matière de recherche.

M. Jolin-Barrette : Bien, je vous

remercie. M. le Président, je pense, je vais céder la parole à mes collègues

qui veulent intervenir.

Le Président (M.

Bachand) : M. le député de Vachon.

Lafrenière : Merci beaucoup. Merci pour votre présentation. Je vais

vous avouer, je vais faire du pouce sur l'intervention du ministre tout à l'heure, je suis un petit peu surpris

pour le déréférencement. Puis là je vais y aller dans le pointu un peu. Présentement, on est sur une

commission spéciale sur l'exploitation sexuelle de mineurs. On a traité

aussi le volet adulte. Et je dois vous

avouer que nous, on voyait ça très positivement, la capacité, pour des

victimes, de retirer des vidéos qui ont été référencés, exemple, sur

YouTube ou des endroits comme ça.

Alors, je

comprends votre position. J'ai bien entendu ce que vous avez dit tout à

l'heure. Vous comprenez pourquoi j'étais

surpris, cependant, parce que je voyais ça vraiment comme une possibilité

incroyable, pour nos victimes, pour faire en sorte que ces vidéos-là qui

les hantent longtemps... Tantôt, vous avez fait référence à des mineurs. Je

vous dirais qu'il y a même des adultes pour

qui ces vidéos-là restent dans le temps, et ça devenait difficile pour elles de

les faire retirer.

Ça fait que

je sais que vous nous avez dit tout à l'heure que vous n'avez pas vraiment eu

la capacité ou le temps de faire

votre recherche là-dessus. Je veux vous avouer, bien honnêtement, j'ai été

surpris de votre commentaire. Là, je le comprends un peu mieux, mais j'ai été surpris. Mais vous ne trouvez pas

que, pour des victimes, même, adultes, c'est une capacité de justement

retirer ce qui peut leur nuire pendant très longtemps...

Mme Pineau

(Anne) : Si vous me...

merci. Écoutez, il faut voir que, justement, ça met en lumière la

complexité de la question. Vous avez tout un

mouvement qui a eu lieu cet été, de dénonciation d'agressions, #metoo. Ça

aussi, il y a des gens qui estiment

qui sont victimes d'une atteinte à la réputation dans ce contexte-là, et ils

pourraient s'adresser... utiliser ce mécanisme-là pour faire cesser les

vagues de dénonciation.

Donc, vous

voyez qu'il n'y a pas qu'un seul côté de la médaille. Et c'est ce pour quoi on

estime que c'est un débat essentiel. C'est un débat qui porte sur la

liberté d'expression et aussi sur le droit à la vie privée et la dignité. Il y

a des enjeux énormes.

Et on estime qu'il faut entendre tous les points de vue pour se faire une idée

correcte de la situation avant de

décider qu'on importe totalement ce modèle-là ici. Et c'est ça que ne permet

pas actuellement le dépôt d'un projet de loi. Vous avez tellement de matières et des choses complexes, des choses qui sont discutées en Europe depuis au moins

2012, et, tout à coup, on nous dit : Bien,

voilà... Puis on est dans un cadre de commission particulière. Ce n'est même

pas une commission générale où les gens pourraient tous venir

dire : Non, mais voici comment...

Donc, on comprend tout à fait ce que vous dites,

et c'est ce pour quoi on ne ferme pas la porte. Nous, on dit : Prenons le temps de faire ce débat-là à fond,

d'entendre tous les points de vue, et on se positionnera à ce moment-là. Mais, pour le moment, ce

n'était pas possible pour nous, parce qu'il ne faut pas oublier qu'il y en a

aussi, de la dénonciation du côté des...

Lafrenière : Mais vous

comprenez aussi mon point de vue que, dans cette commission-là, on a entendu

des gens, on a entendu des choses horribles.

Et le déréférencement, c'est une chose. Le droit à l'oubli, du côté européen,

c'est une chose complètement différente. On va beaucoup plus loin. Mais, pour ces victimes-là, elles se

rattachaient sur cette possibilité-là d'un jour faire cesser l'intimidation qui est

faite aussi par les vidéos, parce qu'il faut comprendre que, pour des proxénètes, utiliser ces vidéos-là, de faire

chanter les victimes en disant : On va les rendre publics, bien qu'elles

soient adultes, ce sont des conséquences qui

sont incroyables. Ça fait que j'entends votre point de vue. Je pense que vous

comprenez le mien aussi.

Mme Pineau

(Anne) : Oui, si je peux me

permettre, c'est sûr aussi que, bon, il y a quand même tout un

arsenal d'autres actions possibles, là. Il y

a des recours au niveau civil. Il y a des recours au niveau même de la

rectification de dossiers. Il y a des

recours aussi au niveau criminel. Donc, c'est tout ça qu'il faut mettre en

balance pour voir quelle est la meilleure solution, et c'est pour ça

qu'on n'estimait pas possible de...

Le Président (M.

Bachand) : M. le député de Vachon, oui.

Lafrenière : Juste sur ce

que vous venez de dire très précisément, j'ai fait des démarches avec YouTube.

Après trois ans, je n'ai toujours

pas eu de réponse. Ça fait que juste vous dire... Peut-être que ça existe, mais,

dans les faits, ça ne s'applique pas beaucoup. Merci beaucoup de votre

témoignage aujourd'hui.

Le Président (M.

Bachand) : M. le député de Saint-Jean,

s'il vous plaît.

M. Lemieux : Merci beaucoup, M. le

Président. Pour combien de temps encore?

Le Président (M.

Bachand) : Deux petites minutes.

Lemieux : Oupelaïe! D'accord, merci. Mme Pineau, vous... Je

trouve la formule très belle : C'est trop, et c'est trop peu, mais

encore...

Parlons

justement de ce qui se passe en Europe, ce qui s'est décidé en Europe et des

lois qui ont été adoptées en Europe.

Je vous amène à la page 15 de votre mémoire, point 6 :

«Communication de renseignements personnels à l'extérieur du Québec.» Je fais la parenthèse pour dire que je comprends

très bien vos réserves par rapport à l'hébergement des données au Québec, là, nuagique,

éventuellement, mais, nonobstant ce problème-là que vous identifiez, pour ce

qui est des communications de renseignements

personnels à l'extérieur du Québec, il me semble que ce n'est pas une

copie conforme, mais ça va dans le sens et

dans l'esprit de ce qui n'est pas juste discuté, mais décidé en Europe aussi.

Là-dessus, vous êtes d'accord, sauf, comme je le disais, sur où on

héberge quoi, là.

Mme Pineau

(Anne) : Bien, si je peux me

permettre, effectivement, il faut voir que le modèle du régime juridique équivalent... Quand on

sait que les gros joueurs, pour faire du «cloud» ou, tu sais, du stockage

nuagique, c'est des entreprises américaines,

bien, je veux dire, les craintes qu'on entretient quant au fait qu'on va

utiliser des entreprises qui vont

être assujetties aux lois américaines... et là l'Europe vient de dire :

Bien, le bouclier, oubliez ça, là, ça ne fonctionne plus.

Lemieux : Ce que j'essayais

de dire, c'est qu'on est plus du côté européen de la vision et de la façon de

faire. Pour le reste, ce n'est pas un autre

débat, mais c'est un débat parallèle, disons-le comme ça. Et je voulais vous

demander aussi... Par rapport à cette vision de ce tiers pays sûr, appelons-le comme ça, là, par rapport aux données personnelles, c'est une belle analogie que vous faites, d'ailleurs, là-dedans,

ce n'est pas évident au départ, là, c'est... Il y a comme un saut dans le vide avec ça, parce qu'une fois qu'on établit ça, c'est à revoir

constamment, c'est à réévaluer constamment. C'est un peu se donner de

l'ouvrage, dans le fond, et d'en imposer beaucoup à beaucoup de monde, là, mais

vous y tenez, à ce bout-là? C'est ça que je voulais savoir.

Le Président (M.

Bachand) : S'il vous plaît, oui, M. Peschard, oui.

Peschard (Dominique) : Non.

Bon, premièrement, on ne sait pas quels seront les pays qui seront jugés

tiers pays sûrs dans le cadre du projet...

de l'application du projet de loi, mais on juge que c'est très problématique.

Je ne vois pas un grand pays sûr

présentement, je pense. Notre position, c'est que les données détenues par...

les données colligées par les organismes publics et les ministères

devraient être gérées au Québec par le gouvernement, point à la ligne.

Le Président (M. Bachand) : Merci beaucoup. M. le député de LaFontaine, pour

13 min 36 s, s'il vous plaît.

M. Tanguay :

...M. le Président. Alors, merci pour votre présence, Mme Pineau, M.

Peschard. Merci beaucoup. J'aimerais souligner également...

D'entrée de

jeu, Mme Pineau, vous avez dit qu'effectivement ça aurait mérité peut-être

plus qu'un projet de loi. Moi, j'ai

toujours vu le dossier comme étant trois pans, le public, le privé et la Loi

électorale, les partis politiques, un débat essentiel — vous

avez dit — un débat

complexe. Vous avez même dit, M. Peschard, que vous auriez aimé avoir plus

de temps pour aborder des questions de

droits et libertés... pour vous mentionner qu'hier on a souligné le fait que...

excusez du peu, mais la Protectrice du

citoyen, le Barreau du Québec, la commission des droits de la personne et de la

jeunesse ont tous trois dû se désister parce

qu'ils manquaient de temps pour pouvoir venir nous éclairer. Alors, je tiens à

reprendre la balle au bond et à vous souligner effectivement que c'est

excessivement préoccupant.

Donc, projet

de loi qui aborde énormément d'angles, de sujets, d'impacts, et tout ça en un

seul projet de loi, en 165 articles.

J'aimerais que vous expliquiez rapidement le danger, sous l'angle perte de

contrôle, du CLOUD Act, puis du Foreign

Intelligence Surveillance Act, et du PATRIOT Act. Quel est... Si vous avez... À

celles et ceux qui nous écoutent à la maison,

en quelques... en peu de temps, si vous aviez à exprimer en quoi, de façon

tangible, il y a un danger là de perte de contrôle si on envoie nos

données se faire stocker aux États-Unis, par exemple...

Peschard (Dominique) : Bien,

je veux dire, ces lois sont assez explicites. D'ailleurs, ça, c'est de la

surenchère d'une loi à l'autre parce qu'elles se démultiplient, mais

essentiellement le gouvernement américain s'est doté des pouvoirs de saisir dans la... en anglais, c'est «any

tangible thing», toute chose tangible. Donc, ils ont le pouvoir de saisir toute

donnée détenue par une entreprise américaine, point à la ligne. Donc, c'est sûr

que, pour des individus et des institutions, ça représente un réel problème.

Je veux donner un exemple. Par exemple, Google

s'est imposé dans la gestion des données, par exemple, des universités, et l'association canadienne des

professeurs d'université a essayé de mettre un frein à ça parce que cela

veut dire que les données sur le personnel

des universités, les recherches par les universités, tout ça est hébergé par

Google et tout ça est accessible au

gouvernement américain sans restriction, avec les conséquences que ça peut

avoir sur des personnes. On connaît les profilages qui ont eu lieu

envers certaines communautés.

Donc, c'est

tout ça qui est en jeu. Alors, c'est une menace autant pour les individus,

quand ils confient leurs données à

Google, que pour les institutions. Alors, à tout le moins, on demande au

gouvernement du Québec de prendre les mesures appropriées pour mettre

les données qu'il détient sur les Québécois à l'abri de ce genre de saisie.

M. Tanguay :

Sur ce débat-là, faisons un pas en avant et allons sur l'angle qui a lancé un

débat et a mis, je pense, en face de tout le monde un risque tangible

dans ce contexte-là. Oui, on parle de stockage, mais on parle aussi...

ultimement, qui dit stockage, perte de contrôle, utilisation...

«...déclaration

récente du ministre de l'Économie et de l'Innovation [...] disant vouloir — et vous le citez, ouvrez les guillemets — "attirer quelques pharmas pour venir

jouer dans nos platebandes" — fermez les guillemets — a suscité de vives réactions et mis à

jour la nécessité et l'urgence d'un large débat de société sur le partage des

données et la recherche au service du bien commun.»

Donc, on ne

parle pas ici de perte de contrôle non volontaire, ce qui est le risque que

vous venez d'étayer, mais, ici, que, carrément, le gouvernement

l'envisage sans qu'il n'y ait une réflexion, et vous soulignez et vous

proposez : «Un chantier de réflexion s'impose sur cette nouvelle économie

des données.» J'aimerais vous entendre là-dessus, sur l'importance, la nécessité de faire ce chantier de réflexion là, de un,

et, de deux, si vous pouviez aussi déborder sur les risques de

discrimination, s'il vous plaît.

Peschard (Dominique) : Bon,

bien, effectivement, ça réfère à une intervention qu'Anne a faite.

Présentement, on pense que ces données-là,

ce sont des données qui sont, en fait, une propriété collective des Québécois,

qui... et dont l'utilisation est

sensible. Et c'est pour ça qu'on pense qu'elles pourraient être accessibles à

la recherche, tout à fait, mais sous contrôle

de la Commission d'accès à l'information. Donc, ce n'est pas que l'on exclut

l'utilisation de ces données-là, mais elles

doivent être... elle doit... L'utilisation doit être faite dans l'intérêt des

Québécois, et sous un contrôle d'un organisme qui juge de la validité de l'utilisation qui va en être faite, et

qu'elle sera faite conformément à la protection qu'on s'attend.

M. Tanguay :

Est-ce qu'il faudrait avoir... Je pose la question pour avoir votre opinion,

là. Je ne suis pas en train d'émettre

une opinion personnelle, mais est-ce que vous iriez jusqu'à dire que l'on ne

devrait pas permettre l'accès à des entreprises

qui ont des fins commerciales exclusivement? Est-ce que vous iriez jusqu'à dire

qu'on ne devrait carrément pas leur

donner accès à ces données-là parce que, par exemple, certains pourraient

prétendre qu'une compagnie d'assurance pourrait

décider de modifier ses couvertures de risque basées sur des analyses

populationnelles ou même des pharmaceutiques pourraient décider, parce que le jeu n'en vaut pas, économiquement, la

chandelle, de faire tel type de médicament basé sur des analyses populationnelles? Diriez-vous...

Parce que je veux préciser... Je veux connaître votre pensée. Quand vous

dites : Sous contrôle du chien de garde de la Commission d'accès à

l'information, est-ce que ça irait jusqu'à limiter ou interdire — je

veux vous entendre là-dessus — l'accès à des entreprises qui ont

vocation de faire du profit?

Mme Pineau

(Anne) : Bien, écoutez,

nous, là, on reprend notamment ce que M. Quirion, le Scientifique en

chef, disait dans le cadre, là, d'une

réforme sur comment accélérer l'accès aux données de recherche. Il parlait de

changer la culture pour une plus grande ouverture à la recherche

publique, encadrée par les comités de pairs et d'éthique. Pour nous, cette recherche-là,

en fonction du bien commun, oui, pas une recherche fondée sur le profit et...

Donc, effectivement, on parle d'une recherche encadrée éthiquement par

des chercheurs financés publiquement. C'est de ça qu'on parle.

M. Tanguay : Et ça, cette

balise-là, la retrouvez-vous dans le projet de loi n° 64?

Mme Pineau (Anne) : Non, pas du

tout.

M. Tanguay :

O.K. Et j'aimerais... Merci. Je fais un pas en arrière, sur les dangers de

perte de contrôle de stocker des

renseignements à l'extérieur du Québec. Comment jugez-vous... Dans le projet de

loi, puis je vais vous en faire

la lecture, vous n'avez pas besoin d'y aller

si vous n'avez pas le texte sous la main, à la page 19 du projet de loi, l'article 27 qui

introduit l'article 70.1 à la loi... accès aux documents, organismes

publics, et je cite : «Avant de communiquer à l'extérieur du Québec un renseignement personnel, un organisme public

doit procéder à une évaluation des facteurs relatifs à la vie privée.» Là, il en nomme quatre :

sensibilité du renseignement, finalité de son utilisation, mesures de

protection dont le renseignement

bénéficierait et le régime applicable dans l'État où ces renseignements

seraient communiqués. Ça, trouvez-vous

suffisant cette autorégulation-là de l'organisme public, qui procéderait à

l'évaluation, qui jugerait puis qui le ferait ou qui ne le ferait pas en

bout de piste?

Mme Pineau

(Anne) : Bien, c'est un peu

comme pour la recherche. L'évaluation, là, des facteurs de vie privée,

s'il n'y a personne qui contrôle comment

c'est fait, dans quel... avec quel souci, avec quel sérieux on fait ces

évaluations-là, pour nous, c'est un problème

majeur, c'est laisser, au fond, en fonction du sérieux que tel ou tel organisme

voudra bien mettre à... et de

l'entreprise voudra bien mettre à faire son exercice... Il nous semble qu'il

faut prévoir un contrôle extérieur pour s'assurer que ces évaluations-là

seront faites, effectivement qu'elles seront faites dans les règles de l'art et

que...

Souvent, on

peut penser que plusieurs de ces entreprises-là n'ont même pas l'expertise pour

faire une évaluation des facteurs de

vie privée, parce que ce n'est pas quelque

chose qui est nécessairement si simple qu'on le croit. On a ça pour la recherche. On remplace la Commission d'accès par une évaluation des facteurs de vie

privée, mais, je veux dire, comment ça

sera fait, cette évaluation-là? Qui va s'assurer... On peut penser qu'éventuellement, s'il y a un problème, la commission finira par être avisée, mais il sera trop tard à ce moment-là, parce

qu'à ce moment-là les renseignements seront dans la nature.

M. Tanguay : Et, ici, considérant qu'on parle des organismes

publics, trouvez-vous, basé sur votre évaluation du projet de loi n° 64, que l'on serait suffisamment transparents

quant à l'organisme concerné, le type d'information dont on parle et son évaluation? Trouvez-vous, de un, que

vous adhériez au principe que la plus grande transparence, rendre

publics ces éléments-là, devrait être mise de l'avant? Et trouvez-vous que le projet

de loi y pourvoie suffisamment?

Peschard (Dominique) : Bien,

comme Anne a mentionné, ça prend une expertise puis ça prend un regard

indépendant. Un organisme a beau être public, on sait, par exemple, qu'il peut

y avoir des intérêts de financement de certaines

recherches, des choses comme ça, qui font que le recul et, disons, entre

guillemets, l'objectivité nécessaire par rapport à l'évaluation de

transmettre ces renseignements-là n'est peut-être pas ce qu'elle devrait être.

Donc, ça prend absolument un regard

indépendant et expert pour juger du caractère approprié du transfert ou non des

renseignements. C'est ça qu'on essaie de...

M. Tanguay : Merci. J'aimerais maintenant que l'on parle de la notification

obligatoire d'incident de confidentialité des données. Vous dites que vous... «Cela [étant] dit, le projet de loi

comporte une réserve importante. Une personne concernée par l'incident n'a pas à être avisée tant que cela

[sera] susceptible d'entraver une enquête en vue de détecter ou réprimer

le crime[...]. [...]L'enquête sur une fuite

ou un vol de renseignements peut s'avérer longue : priver les personnes

intéressées du droit d'être informées est difficilement justifiable.»

Ça, c'est une

réserve importante, donc, du projet de loi. Vous, voyez-vous des réserves

justifiables, quelconques, à la notification obligatoire? Est-ce qu'il

peut y avoir des réserves justifiées, selon certains cas que vous pourriez

m'identifier ou non, que, dans tous les cas d'espèce, il faudrait notifier

obligatoirement dans les cas de fuite?

Peschard (Dominique) : Bien,

disons qu'on est... La manière dont c'est mis dans le projet de loi, que...

nuire à l'enquête, je n'ai pas les mots

exacts, là, c'est très vague. Dans toutes sortes de domaines, entre autres,

policiers, les informations ne sont

pas données sous prétexte que l'enquête est en cours. C'est un argument qui est

trop... trop facilement être invoqué

pour retarder d'aviser la personne du bris de confidentialité face à ses

données. Alors, on peut comprendre qu'il

se peut que, dans des cas très spécifiques, ça puisse... on puisse retarder la

divulgation de l'information, mais il faut que ce soit l'exception. Puis la manière dont c'est fait dans... dont

c'est formulé dans le projet de loi ne nous rassure pas quant au fait

que cette disposition puisse ne pas servir de manière un peu abusive,

dire : Bon, bien, il y a une enquête en cours, donc on n'a pas divulgué

l'information.

M. Tanguay : Et j'ai peut-être deux questions en rafale, vous

dites... pour moins que la minute qu'il me reste. «Le législateur

devrait songer à établir un mécanisme d'indemnisation des victimes...» Et vous

proposez, je pense, à même le fruit des

amendes, du côté pénal... Donc, vous plaidez pour un régime public

d'indemnisation, le cas échéant, des victimes de fuite de données

personnelles, de vol d'identité, ainsi de suite. Je vous ai bien compris?

Le Président (M.

Bachand) : ...s'il vous plaît. Merci.

Pineau (Anne) : Oui, effectivement. Écoutez, là encore, on n'a pas eu le temps, là,

d'élaborer. On a juste voulu mettre en lumière le fait que, des amendes

et des sanctions administratives, ça n'amène pas, pour les victimes, une

indemnisation.

M. Tanguay : O.K., merci

beaucoup.

Le Président (M.

Bachand) : Merci. M. le député de Gouin, s'il vous plaît.

Nadeau-Dubois : Merci, M. le Président. Bonjour, monsieur, madame. Merci d'être ici avec

nous en commission aujourd'hui.

Je veux

revenir sur la question du déréférencement ou du droit à l'oubli, parce

qu'il y a peut-être un... Je

crois percevoir, peut-être,

une incompréhension ou un malentendu quant à votre position. Si je lis bien

votre mémoire, il n'y a aucune opposition, par principe, à la Ligue des droits et libertés, à cette idée qu'il

puisse exister, dans certaines circonstances, un droit au déréférencement ou un droit à l'oubli. Ce que je lis, par contre,

dans votre mémoire, c'est que vous ne souhaitez pas que ce soient des entreprises privées, notamment

Google ou Facebook, par exemple, qui

soient les juges de ce qui doit être oublié puis de ce qui ne doit pas

l'être, ce qui doit être référencé et ne doit pas l'être.

Moi, ce que

je lis dans votre mémoire, c'est une invitation à aller plus loin puis à

réfléchir à ce que ce soit un tiers indépendant,

par exemple, une cour de justice, qui puisse trancher cette question-là,

parce que je comprends

l'exemple du député de Vachon, qui nous dit : Une victime d'exploitation

sexuelle, il faudrait être capable de lui reconnaître ce droit-là. Moi, je n'ai pas l'impression que c'est ce genre

de déréférencement-là que vous souhaitez empêcher, mais plus... Puis je vais prendre un autre exemple

hypothétique, un P.D.G. d'une grande multinationale qui serait indisposé

par un billet de blogue d'un groupe

citoyen qui vient mettre en cause ses pratiques corporatives, on ne voudrait

pas qu'un acteur comme celui-là puisse appeler son bon ami chez Google

ou Facebook pour dire : Aïe! T'enlèverais-tu ça, ça ne fait pas mon affaire. Ce que vous voulez protéger, c'est la

liberté d'expression, la liberté de circulation de l'information puis

trouver un équilibre entre cette liberté-là puis le droit à la vie privée. Est-ce

que je comprends bien l'essence de votre position?

M. Peschard (Dominique) : C'est exactement

ça, mais ce qui reste à discuter, c'est les modalités qui fassent comment...

c'est ça, qu'on n'a pas eu le temps de faire adéquatement...

Nadeau-Dubois : C'est ce que

j'avais compris de votre position. Donc, ce n'est pas une opposition

à la notion qu'on puisse faire

retirer quelque chose, par

exemple, d'une recherche sur le Web,

mais plus qui va être le juge de ce qui doit être retiré puis de ce qui ne doit pas être retiré. Puis vous

dites : Attention de ne pas donner ce pouvoir-là, qui est un grand pouvoir, hein, à l'ère d'Internet,

de décider ce qui circule ou pas comme information. L'avertissement que vous

nous faites, c'est attention de ne

pas donner ce grand pouvoir, qui est, au fond, pratiquement un pouvoir de

censure, là, à des entreprises privées qui ont des intérêts commerciaux.

Peut-être qu'il y a d'autres acteurs, dans la société, mieux placés pour faire

l'équilibre coût-bénéfice de ce qui doit circuler ou non comme information.

Je veux vous

amener sur un autre sujet, parce que vous avez dit : Il y a

la question du consentement, mais vous nous invitez à aller au-delà de

la question du consentement. Puis c'est madame qui disait : Au-delà de ce

qu'on peut consentir ou non à donner... à transmettre comme données personnelles,

il faut peut-être réfléchir à mettre des limites objectives à ce que les entreprises peuvent même demander comme données

personnelles. Êtes-vous capables d'aller plus loin dans cette idée-là

puis de nous donner des exemples concrets de ce dont pourrait avoir l'air une

limite comme celle-là qu'on viendrait inscrire

dans le projet de loi? Quel type de limite il faudrait mettre à la capacité des

entreprises de même récolter des données personnelles?

Président (M. Bachand) :

...manquer du temps. Alors, écoutez, je veux juste vous remercier de votre participation

en commission.

Président (M. Bachand) :

Oui, mais c'est ça... mais, rapidement,

si vous voulez donner une réponse

rapide, s'il vous plaît.

M. Nadeau-Dubois : De consentement

pour une réponse brève, oui.

Mme Pineau

(Anne) : Bien, merci. Écoutez,

nous, ce qu'on réclame, c'est un débat justement,

parce qu'est-ce qu'on peut se permettre de tout collecter? Je vous

donne un exemple. Il y a eu, là, l'an passé ou l'année d'avant, la question

des jouets connectés. Or, on apprenait qu'il y avait

des jouets, O.K., qui récoltaient plein d'informations, qui écoutaient les enfants

et qui récoltaient tout ça, ces informations-là., et les gens étaient heureux de donner ça

sous l'arbre de Noël, mais ils ne

savaient pas que, pendant ce temps-là, la poupée Barbie récoltait de l'information qui était envoyée sur les réseaux

ou sur les... les gens qui vendent ces produits-là. Et, bon, si vous me

dites : On peut les déconnecter, O.K., mais est-ce que c'est suffisant?

Est-ce qu'on

devrait permettre ce genre de jouet là, qui, d'une façon ou d'une autre, va

permettre de collecter des informations auprès des enfants? On a des

lois qui interdisent la publicité aux enfants, mais on permet que des jouets comme ça soient sur le marché pour collecter ce

type d'informations là, pour en faire quoi? Et ça pose aussi la

question de qu'est-ce

qu'on fait ensuite avec ces données-là du côté des entreprises

qui utilisent ces données-là. C'est toute la question des algorithmes qui sont utilisés, de la transparence nécessaire, le fait de s'assurer qu'il n'y a pas de biais tendancieux ou discriminatoire dans les algorithmes

qui sont utilisés. C'est ça, le genre de débat...

Le Président (M.

Bachand) : Merci beaucoup, Mme Pineau,

parce que...

Mme Pineau (Anne) : Ah! excusez-moi.

Le Président (M.

Bachand) : Merci infiniment de votre participation.

La commission suspend ses travaux jusqu'à

15 heures. Merci.

(Suspension de la séance à 13 heures)

Le Président (M. Bachand) : À

l'ordre, s'il vous plaît! Merci beaucoup et bon début d'après-midi. La Commission

des institutions reprend ses travaux. Comme

vous le savez, je demande à toutes les personnes présentes dans la salle

de bien vouloir éteindre la sonnerie de leurs appareils électroniques.

La commission

est réunie afin de poursuivre les auditions publiques dans le cadre des

consultations particulières sur le

projet de loi n° 64, loi modernisant des dispositions légales en matière de protection des

renseignements personnels.

après-midi, nous allons recevoir l'Office de la protection du consommateur, le

Pr Vincent Gautrais, et quelqu'un

qui était avec nous il n'y a pas tellement longtemps, au mois d'août, alors,

M. Steve Waterhouse, qui était ici pour un autre dossier. Alors, vous connaissez les règles :

10 minutes de présentation; après ça, échange avec les membres de

la commission. Merci d'être ici cet après-midi. La parole est à vous. Merci.

M. Waterhouse (Steve) : M. le Président, merci. Membres députés, merci beaucoup

de l'invitation.

Le gouvernement du Québec est bel et bien en

voie d'accomplir sa mise à niveau technologique, accompagnée des aspects

judiciaires plus que maintenant nécessaires. Le présent projet de loi devrait

motiver aussi l'entreprise privée à emboîter

le pas dans la prévention de fuites de données, devenue un enjeu sérieux au

XXIe siècle, comme tout le monde a été témoin récemment.

Le rapport

d'IBM sur le coût des brèches de données de 2020 précise que 52 % des

brèches sont causées par des attaques

malicieuses, 23 % par des erreurs humaines et 25 % par des erreurs

système. 80 % des incidents impliquent des compromissions

d'informations personnelles nominatives. Le Canada, dans ce rapport, s'affiche

au troisième pays qui a eu le plus de brèches déclarées, au moment... au

montant de 4,5 millions U.S. par incident à régler en moyenne.

Et, quand je

dis, j'emphase là-dessus, «déclarées», il y a beaucoup d'incidents qui ne sont jamais

déclarés pour toutes sortes de

raisons, ce qui fait en sorte que l'interprétation d'un chiffre de

4,5 millions, c'est vraiment petit, quant à moi et d'autres dans l'industrie. Donc, l'industrie

qui est la plus perdante... sont le secteur des soins de la santé, comme

qui est... présente situation, présentement,

en COVID, envers les chercheurs et les hôpitaux, suivi du secteur de

l'énergie, des finances et des pharmas.

Afin d'éviter

ces situations, les entreprises, les fonctionnaires et les particuliers

seraient avantagés de développer et adopter

une culture de la sécurité de l'information qui se veut d'être définie comme

suit : un, intégrer une culture d'entreprise plus large composée d'actions quotidiennes

encourageant les employés à prendre des décisions réfléchies et

conformes aux politiques de sécurité; deux,

exiger du personnel qu'il connaisse le risque de sécurité et les processus

permettant de l'éviter, là, on peut

voir ça dans de la sensibilisation; et, trois, mettre en place et appliquer un

processus de fonctionnement des tâches qui

assure la sécurité de l'entreprise soit par des rétroactions ou des exercices

dirigés d'équipes bleues, d'équipes rouges, appelées, dans le jargon,

«blue team, red team».

Cette approche

culturelle implique une combinaison de saines connaissances et du suivi des

tâches quotidiennes. Découlant d'une

solide évaluation des menaces et de risques, qui est souvent la base qui mène

justement à sécuriser les organisations

correctement, mais qui est souvent négligée, les priorités de travail sont

établies par l'importance accordée aux manquements

à corriger et sont mises de l'avant tout en gardant en vue les menaces

émergentes. Cette façon de faire est certainement

plus accessible pour les grandes entreprises et les gouvernements par accès à

du personnel dédié, alors que les PME typiques sont... se doivent

d'engager des consultants externes, si ce n'est d'improviser un tel support,

qui, souvent, laisse plus de vulnérabilité.

J'ai été témoin de cette approche gagnante lors

d'une visite en Israël en début de 2020. Quoique ce pays soit constamment sur le qui-vive de menaces

terroristes, les autorités ont apporté cette philosophie constante

d'anticipation de la menace dans un monde

informatique. Bien sûr, le marchand de légumes du coin ne s'en fait pas trop

parce qu'il n'accepte pas les

paiements en argent... que les paiements en argent, pardon, mais les autres entrepreneurs autour le sont certainement... contre la fraude, mais

aussi la perte de données, qui pourraient se retrouver dans les mauvaises

mains.

Avec le RGPD, le règlement

général de la protection des données personnelles, l'Europe a débuté, depuis deux ans, une intensive promotion de la protection

des renseignements personnels avec l'utilisation des technologies afin de protéger les échanges même par

courrier électronique en encourageant l'utilisation de courriels chiffrés,

comme avec le leader

mondial Proton Mail, et donc ça, ça se veut d'utiliser, donc, une ressource

extérieure que des ressources gouvernementales... qui sont fiables et

éprouvés.

Donc,

les exigences du présent projet de

loi apporteront des défis importants

afin d'adresser la conformité de ces PME,

ce qui, selon moi, laissera des vulnérabilités dans la mise en pratique de la loi. Tous les

entrepreneurs avec qui j'ai conversé

récemment, et je converse sur le sujet de fuites de données, sont unanimes.

Tous sont pour une bonne vertu, mais signifient qu'il y a des limites à

combien qu'ils dépenseront pour la protection des données personnelles. C'est

mon interprétation qu'ils éclipsent l'impact réel des fuites d'information, souvent, en l'absence de connaissance des menaces en cours contre le vol d'informations personnelles

versus les dépenses de conformité qu'ils doivent engager et maintenir,

sans compter la mise en place d'une possible réserve de fonds en cas

d'incident.

n'en demeure pas moins que les entreprises et les organismes publics possédant

un nombre élevé, qui serait à déterminer comme nombre élevé qu'on veut dire ici, d'informations

personnelles qui, selon... qu'il leur soit obligatoirement exigé une journalisation des accès et transferts

de données sur les systèmes d'entreposage de données, tel que proposé

dans la norme ISO 27001. Avec un système

de surveillance en bonne et due forme, cette mesure aidera grandement à

prévenir la consultation non autorisée des données et leur exfiltration

telle qu'observée en 2019, lors de la fuite massive d'informations

client chez une importante institution financière au Québec.

Tous

gardent espoir qu'au moment où une inévitable fuite de données frappe les

services policiers sauront être disponibles

à prêter assistance, documenter le cybercrime et à réussir à traduire en

justice les cyberbandits. Comme j'en fais état dans le mémoire, c'est un travail en voie de développement, mais le temps presse et les corps policiers doivent rattraper le temps perdu à reconnaître le cybercrime dans

son importance et former rapidement une relève solide de cyberenquêteurs et de patrouilleurs à l'affût de la réponse à

apporter aux citoyens et aux entreprises aux prises avec des

cyberincidents.

Merci à nouveau pour

cette opportunité. Je suis maintenant disponible à répondre à vos questions.

Président (M. Bachand) : Merci infiniment. M. le ministre,

s'il vous plaît.

M. Jolin-Barrette : Oui, bonjour, M. Waterhouse. Merci d'être présent aujourd'hui

pour témoigner devant la commission.

D'entrée

de jeu, là, peut-être que j'aimerais qu'on puisse bénéficier de votre

expertise, là, pour expliquer un peu aux

gens qu'est-ce qui arrive à partir du moment où il y a une fuite d'information,

où il y a une brèche dans un système. C'est

quoi, les conséquences potentielles? Qu'est-ce que les gens qui récupèrent ces

données-là peuvent faire? Qu'est-ce que

ça a comme impact concret dans la vie des gens? Puisque vous être un expert

dans ce domaine-là, juste expliquer pour la population, savoir qu'est-ce qui arrive, là. À quoi ils sont sujets,

potentiellement? Une fuite de données personnelles, à quoi ça peut

servir?

M. Waterhouse

(Steve) : Un contexte de fuite de données débute généralement sans que

ceux et celles qui possèdent ou entreposent

les données le sachent, qu'ils ont été infiltrés. Infiltrer, ça veut dire qu'il

y a des gens qui ont accès à un

ordinateur, ont pu se connecter, ont pu gagner l'entrée à l'intérieur d'un

système ou d'une organisation et ont pu, à ce moment-là, mettre en place

des moyens techniques pour être capables de capter l'information et l'extraire

à l'extérieur pour l'amener sur le marché noir et potentiellement aller la

revendre, cette information-là.

Bien

souvent, aussi, sans être possible de la revendre, ça peut être exploité pour

créer des fausses identités et aussi peut-être des stratégies ou de la

propriété intellectuelle, comme c'est souvent le cas avec des États-nations

comme la Chine, qui viennent en pays ici,

ramassent l'information colligée ou bien travaillée, documentée par nos

chercheurs, et ramènent ça, eux

autres, dans leurs économies. Et c'est nous qui en sont perdants, parce que

c'est souvent des brevets qui ne sont pas mis en exploitation, et c'est

eux qui en ont la récolte.

pour le particulier, bien, c'est, encore une fois, des données personnelles qui

sont exploitées. Les vols d'identité, des

fois, on en voit. Il y en a... J'en ai eu beaucoup qui sont venus me voir comme

clients et qui ont eu de la difficulté. Ils ont une perte de cellulaire, perte d'informations financières,

dédoublement d'identité, tout ça dans un avenir assez rapproché... qu'ils vont avoir de la difficulté à pouvoir

récupérer de ça, si ce n'est jamais, pour la simple et unique raison que,

dans cinq ans, 10 ans d'ici, il y en a toujours un qui va remettre la main

sur l'information qui a déjà fui et pouvoir s'en servir à s'identifier au nom d'une autre personne, contracter des

services et biens. Et, à ce moment-là, la personne qui en est victime, bien, c'est elle qui a le fardeau à

toujours présenter la preuve que c'est toujours bel et bien elle

physiquement, la vraie personne, et non pas celle qui a contracté le bien

fraudé.

M. Jolin-Barrette : Il y a des gens qui sont venus nous dire hier, surtout des

regroupements d'entreprises... qui nous

ont dit : Écoutez, il ne faut pas que ça soit trop lourd pour les entreprises,

là, l'encadrement, là, nous, on se sert des données, mais il ne faut pas donner un fardeau

supplémentaire aux entreprises. À la lumière de ça, les conséquences pour les

citoyens sont quand même importantes. Donc,

vous nous invitez à faire quoi, à écouter davantage les regroupements

d'entreprises nous dire... ne pas rajouter

de fardeau supplémentaire ou plutôt de dire : On devrait renforcer la loi

pour la protection des données pour s'assurer que, bien, les citoyens

soient pleinement protégés?

M. Waterhouse (Steve) : Je dirais, les deux, M. le ministre, parce

que c'est une responsabilité autant individuelle que collective. L'individu a toujours le choix de donner de

l'information ou pas. Souvent, ça va être : s'il ne donne pas l'information requise pour consommer biens et

services, il n'y a pas accès. Ça fait que les gens obtempèrent à l'effet

qu'ils n'ont pas de deuxième choix.

Sinon, aussi,

l'entreprise, bien, il faut qu'elle... Et les lois sont écrites comme ça, et,

surtout, j'espère que le projet de

loi n° 64 va emphaser là-dessus, c'est-à-dire de demander qu'un minimum

d'information, et non pas de l'information complémentaire, comme on voit souvent le cas...

dans un but de faire une collecte et, après ça, s'en servir à d'autres

fins, de marketing et, si ce n'est pas... donc, de revente aussi

d'informations.

Maintenant,

quand on va, après ça, avec les grandes entreprises, les gros «data» de ce

monde, bien, eux, ils s'en servent

justement pour faire de la modélisation, pour faire, encore une fois, de

l'analyse comportementale d'achats, si ce n'est d'aller qu'à l'épicerie du coin avec la carte fidélité, qui, à ce

moment-là... est analysé les habitudes de consommation. C'est tout ça que, les gens, il faut qu'ils

prennent conscience, donc, comme citoyens, à quoi servent ces cartes

fidélité là. Ça sert à vous documenter,

premièrement. Et, s'il y a fuite d'information, comme qui est arrivé récemment

avec IGA, bien, c'est là que vos

informations personnelles, bien, encore une fois, sont compromises. Est-ce que

vous aviez le choix de ne pas les

déposer et d'utiliser ça? Il y en a qui vont dire : Bien non, je n'avais

pas le choix, parce que, sinon, je n'aurais pas la petite surprise, à la

fin de la semaine, qui vient avec.

Bien, ça, c'est, encore une fois, un choix, et,

souvent, les gens ne sont pas bien éclairés sur les conséquences potentielles en donnant leurs informations

personnelles. Mais il revient aussi à l'entreprise de montrer patte blanche

et de dire : Avez-vous pris toutes les

mesures et les dispositions nécessaires pour protéger cette information-là?, ce

qui n'est pas le cas. Et il n'y a pas

personne, justement, qui est présentement affecté à venir valider quelles sont

les dispositions de sécurité pour protéger cette information

personnelle.

M. Jolin-Barrette : Donc, dans

chacune des entreprises, oui à l'utilisation de ces données-là s'il y a un

libre consentement et un consentement

éclairé du consommateur, ce qui, manifestement, n'est pas tout le temps le cas, parce qu'on voit... Il

y a beaucoup... En fait, on nous

demande tout le temps notre consentement. Puis il y a...

bien, en fait, pour la majorité des

gens, moi y compris, quand on va sur une page Web ou quoi que ce soit, on ne

lit pas tout le contrat. On ne lit pas tous les caractères associés,

puis on dit «j'accepte», puis la transaction se poursuit ou l'information

se poursuit.

Alors, sur la question du consentement, là,

vous, vous êtes dans une approche de dire : Bien, on ne doit pas permettre de récolter les renseignements qui ne sont pas nécessaires. Mais, sur le consentement lui-même, est-ce que vous feriez des consentements en bloc ou un consentement à chaque fois qu'on

demande une information de nature personnelle?

Waterhouse (Steve) : Les

choses telles qu'elles sont présentement, autrement

dit, les lois, de la façon

qu'elles sont écrites... Je veux dire, on le

voit, il y a beaucoup d'études qui l'ont prouvé, les gens ne liront pas

avant de se commettre à utiliser un

service. On prend une nouvelle application qui sort, un nouveau logiciel. Ils

sont... Les gens, ils ont l'engouement de s'en servir, l'installent.

Après ça, il y aurait 25 pages de petits caractères à lire pour, justement,

comprendre dans quoi ils s'embarquent.

Et c'est là

aussi que ça devrait être révisé et exigé des compagnies, et je crois qu'il y a

beaucoup de groupes, à travers le monde, à caractère de défense du droit du citoyen, qui en

font la demande aux compagnies de réduire ce fardeau-là aux consommateurs, de pouvoir être capables de

résumer ça en quelques paragraphes essentiels pour qu'ils comprennent justement

qu'est-ce que ça prend et qu'est-ce que ça comporte, se servir du bien ou du

service, et, après ça, ça devient l'éclairage nécessaire...

Mais, le citoyen, il ne faut pas qu'il se

dédouane en disant : Je n'ai pas eu le temps de lire, ce n'est pas de ma

faute, etc., alors qu'il y a une responsabilité que, tous et chacun, on se doit

de prendre connaissance dans quoi on s'embarque.

Ça fait qu'à votre question, c'est encore une fois un travail des

deux parties pour qu'elles soient capables à ce moment-là de... que les deux démontrent que, un, il y a une bonne foi

qui est démontrée d'un côté, mais, de l'autre, la personne, à ce moment-là, prend le temps nécessaire

de s'éduquer, et je dis bien le mot «s'éduquer», sur la technologie

qu'elle va utiliser.

M. Jolin-Barrette : Puis quel

devrait être le rôle de la Commission d'accès à l'information là-dedans?

Waterhouse (Steve) : Un rôle

présent, parce que ça fait 26 ans que la Commission d'accès à l'information, c'est un organisme, quant à moi, qui est fantôme et qui ne fait pas le

travail nécessaire pour aviser, si ce n'est pas d'éduquer, la population quant à quoi est la sécurité de

l'information. C'est eux qui sont supposés être les gardiens, au Québec, de ce service-là. Au Canada, on a le commissaire à la commission

de la vie privée, mais, pour le Québec, c'est le rôle de la CAI. Et la CAI reste renfermée sur ses positions, a un

très mauvais site Web pour amener les gens à aller le consulter.

Pourtant, il y a beaucoup de ressources très intéressantes, mais le site Web

est tellement mal fait que ce n'est pas attrayant d'aller lire l'information

là-dedans.

Ça fait que,

si la CAI doit être mise à contribution à travers de ça, et j'en répète souvent

son rôle à travers mon mémoire, bien,

c'est d'en faire un... d'un rôle d'éducateur à la population tant qu'à

l'entreprise, et si ce n'est pas aussi de composer des ressources pour être capable de faciliter à l'entreprise à

contribuer justement à rapporter les incidents. Je vous mets au défi, M. le ministre, d'aller

chercher le formulaire pour faire... pour rapporter un incident de sécurité sur

le site de la CAI. Vous allez avoir besoin d'une journée de congé au

complet pour juste trouver ça, sérieux.

Jolin-Barrette : O.K. Je

vous remercie, M. Waterhouse. Et je sais que j'ai des collègues

qui veulent intervenir.

Le Président (M.

Bachand) : Le député de Saint-Jean, s'il

vous plaît.

Lemieux :

M. Waterhouse, vous avez utilisé l'exemple de la carte fidélité pour

exprimer et illustrer un peu comment,

dans le fond, il faut protéger le citoyen ou le consommateur de lui-même plus

qu'autre chose. Il y a plein de monde

qui voudrait mettre la main sur ces données, mais le consommateur ou le citoyen

les laissent aller assez allègrement. On n'a qu'à penser aux concours dans lesquels on

s'inscrit. C'est écrit gros comme ça qu'ils vont faire ce qu'ils veulent

avec nos données, mais on y va, des fois qu'on gagnerait un chapeau.

Bon, alors,

il y a un peu de ça dans la discussion. Et pourtant l'industrie s'ajuste. Pas

plus tard que cette semaine, un des

gros fournisseurs de services, Apple pour ne pas le nommer, a installé son

nouvel IOS, l'IOS 14, puis là on a vu toutes sortes de boutons apparaître. C'est comme s'ils

nous aidaient à nous défendre, mais on ne comprend pas nécessairement.

La loi va faire ça? Ce que vous voyez, ce que vous lisez, là, on va aider le

consommateur, le citoyen à se protéger, d'abord, de lui-même aussi ou, ça, on

ne sera jamais capables quoiqu'on fasse?

Waterhouse (Steve) : J'ai malheureusement à vous dire que ça n'arrivera pas si les gens ne s'aident pas.

Et ça, ça passe encore une fois par le terme

«éducation». Dans n'importe quoi... On demande à nos jeunes de faire de

l'école, présentement, à distance, à partir

de chez eux, mais ils ne savent même... les professeurs ne savent même pas, en

général, comment opèrent et quels sont les

intrants et tenants de l'interface avec lesquelles ils utilisent... Puis, après

ça, on l'a vu, maints exemples qu'il y a des intrus qui s'insèrent

là-dedans puis mettent le bordel.

Bien, tout ça

pour dire que ça revient justement à être encore une fois informés

correctement, c'est quoi, l'outil, comment

qu'il fonctionne. Mais, après coup,

la loi, de la façon que je la vois, aidante, bien, c'est justement de faire

réaliser aux deux parties, parties, encore

là, entreprenantes versus consommateurs, qui, à ce moment-là... Les deux ont

des responsabilités. Et, les gens, ce

n'est pas vrai qu'ils vont toujours s'en sortir en disant : Je m'en sers,

mais je m'en sers juste en le prenant et ne considérant pas autre chose.

C'est

toujours le choix de la personne de dire : J'accepte les risques et je

prends le temps de m'en servir, de telle application ou outil, peu importe. Mais, si jamais les gens prenaient le

temps de lire, ils verraient qu'il y a des conséquences au moment où est-ce qu'ils vont dire... ils vont

déclarer... Et ils ont le pouvoir, après ça, d'affronter... pas affronter,

mais questionner cette entreprise-là et

demander le retrait d'informations qui sont cumulées à son insu ou en

connaissance de cause. Mais les gens,

malheureusement, ne savent pas ces droits qu'ils ont et que ça n'a même pas

rapport avec la loi n° 64 encore. Mais j'espère juste que cette loi, le

projet de loi n° 64, va amener en avant-plan et emphaser ces

droits-là du citoyen.

M. Lemieux : C'est bon d'entendre

ça. Revenons-y, au projet de loi n° 64. Il y a un

principe derrière ça qui, malheureusement,

est en anglais ou en latin, mais je ne suis pas certain, c'est d'être capables

de penser qu'on est, par défaut, confidentiels, là, quand... Ils appellent ça «privacy

by default».

M. Waterhouse (Steve) : «Privacy by design», oui.

Lemieux : Ça, c'est un principe. Est-ce que vous appréciez la façon

dont le p.l. n° 64 nous présente la carte avec laquelle on

travaille pour protéger les données et protéger la vie privée? Est-ce que les

principes sont bons?

M. Waterhouse

(Steve) : Bien, oui, parce

qu'il y a sept principes fondamentaux, puis le premier de ces principes-là,

c'est être proactif et non réactif. Ça fait que, si, dans tout l'ensemble de la

philosophie du «privacy by design», donc, conception

par confidentialité... qui est appliquée vraiment dans son essence, bien, ça va

être : Wow! Mais il faut que tout le

monde embarque, par exemple, dans ce projet-là. Même affaire pour le deuxième,

la confidentialité, donc, «privacy», par réglage, par défaut. Si on met

tout ça en avant-plan et non pas après coup que tout un projet a été fait et

ficelé à 98 % puis il reste un 2 %...

Il faut

penser à la sécurité puis à la protection des données. C'est là que ça déraille

puis ça ne marche pas, parce que, là,

ça devient une composante à part du processus complet et c'est souvent là que

se retrouvent les vulnérabilités, alors que programmeurs ou peu importe

le... que concepteurs ou bien bâtisseurs de quoi que ce soit, s'ils mettent la

sécurité à l'intérieur... Puis parlons-en

d'un point de vue construction. Si on pense à des moyens de protéger le

bâtiment ou mettre des matériaux qui

sont inflammables puis, après ça, on pense juste à ça à la fin, il va falloir

déconstruire beaucoup d'étapes dans

ce projet de construction là. Donc, dans cette étape-là, je vous le dis, le

«privacy by design», il va faire en sorte que ça devrait aller dans la

bonne direction par après, oui.

M. Lemieux : Aidez-moi, M. le

Président. Il y en a d'autres, oui?

Le Président (M. Bachand) :

Oui. M. le député de Vachon, s'il vous plaît.

M. Lafrenière : Merci, M. le

Président. Merci, M. Waterhouse, pour votre présentation.

Moi, je vais

y aller sur un autre volet qui est les bases de données. De ce que j'ai lu dans

votre position au niveau du nuagique,

malgré le fait que ce soit hébergé à l'extérieur, vous sembliez favorable à ça.

Il y a un groupe, ce matin, qui sont venus

nous voir, qui nous ont parlé, selon eux, du danger du PATRIOT Act, par exemple. Je voudrais savoir quelle est votre position, parce que je l'ai

lue puis j'ai vu que vous étiez favorable, mais qu'est-ce qui vous amène à être

favorable à ça comparativement à ce qui a été fait avant ça, dans les

différents ministères, d'avoir ces données-là qui étaient archivées à différents

endroits?

Waterhouse (Steve) : Bien, premièrement, il faut prendre en considération qu'il n'y a pas beaucoup d'outils de bureautique, aujourd'hui, qui ne vont pas

en infonuagique. Je prends en exemple la suite Microsoft O 365. Il y

a encore une portion qu'il est

possible de garder localement, mais la majorité de la plateforme, elle est

désignée pour être en mesure de tout stocker en infonuagique. Basé

là-dessus, la façon de travailler, le chiffrement impliqué pour garder

l'information confidentielle, elle

est telle que ça peut garder l'information, justement, confidentielle pour les

besoins de tous les jours de bureautique.

Quand on

parle d'informations plus croustillantes, à caractère plus confidentiel, comme

secrets d'entreprises, etc., là, on

pourrait prendre des moyens plus spécifiques, puis là, à ce moment-là, ça

devient un produit à part que de la suite bureautique Office. Gardant ça en esprit, de stocker ça en infonuagique,

ça permet justement d'avoir un point central, mais, en même temps, les normes qu'ont les entreposeurs,

si je peux utiliser ce terme-là, donc, pour être capables de stocker l'information, ils ont des normes très strictes,

internationalement reconnues et qui, eux... Je n'ai aucun doute, de

stocker de l'information chez un fournisseur d'infonuagique, que ça va être

sécuritaire.

La

partie non

sécuritaire va être, moi, quand je la mets dedans, est-ce que c'est de l'information que, si jamais elle fuit,

parce qu'il faut toujours se garder ce scénario-là en tête... va avoir un

préjudice grave pour moi, l'organisation, ma réputation?

Et, si c'est le cas, bien, il y a des moyens de chiffrer l'information avant de l'envoyer chez cet hébergeur-là puis garantir que c'est

juste moi qui y a accès.

Quand on

parle du PATRIOT Act, oui, depuis 2001, les États-Unis se sont donné une

loi. Évidemment, on pense aussi que

tous les hébergeurs de grosses organisations,

on parle de Gmail, Apple, Microsoft,

puis tout ça, ils ont tous leurs centres de données principaux aux États-Unis. Donc, sur une...

Ce n'est pas, encore là, sur un

«figment» imaginaire, que les autorités

ont accès à cette information-là. Il faut qu'ils documentent le besoin, et,

après ça, oui, avec moins de difficultés judiciaires, ont accès à cette information-là

entreposée aux États-Unis. Ça, ça va de soi.

Puis, après

ça, le CLOUD Act, aussi, est venu rectifier quelques lignes pour être capable

d'amener les autorités à comprendre qu'il y a

des informations internationales qui s'y rapprochent, mais ce

n'est pas... Encore là, il ne faut pas croire

que les autorités vont toujours aussi montrer patte blanche en disant :

Regardez, on va vous aviser, demain matin, on s'en va dans votre compte puis on a reçu une demande du FBI pour

aller faire une enquête. Ils ne le diront pas. Ça garde certains secrets parce que c'est des secrets

d'enquête. Et, à ce moment-là, si jamais c'est les autorités canadiennes

qui font la même demande, on ne le saura pas plus.

Ça fait que

ce n'est pas nécessairement un problème américain... plus qu'un problème

judiciaire de la façon qu'il a été, quant à moi, préparé. Et, en même temps, si les services sont toujours

donnés selon l'entente, mais, encore là, il faut lire ces ententes-là, dans quoi on s'embarque, parce que c'est

légalement décrit qu'ils peuvent donner, sous mandat, accès au système d'information

sans qu'on soit, nous, consommateurs ou clients, avisés de cette demande-là.

M. Lafrenière : Question très

courte. Donc, puis sans vous prêter de réponse, si je compare à ce qui se fait présentement

dans les différents ministères, est-ce que vous jugez que c'est aussi

sécuritaire de le mettre dans le nuagique, de ce que vous connaissez?

M. Waterhouse (Steve) : De l'information

de niveau qui peut causer un préjudice grave à la personne, c'est sécuritaire de le faire, mais, aussitôt que ça va

tomber dans... Il faut mesurer deux choses. Il faut mesurer justement la sensibilité de l'information qui est mise dans le nuage, mais aussi, après

coup, l'impact. Comme je disais, donc, dans le cas d'une fuite d'information,

quel est l'impact.

Ça fait que,

si on dit qu'on met tout l'ensemble de la liste électorale ou, peu importe, de

l'information collective des citoyens dans l'infonuagique,

et qu'il y a une fuite d'information, que c'est... évidemment, ce ne sera jamais la faute de

personne, mais que, l'information, elle a fui quand même, bien, c'est quoi,

l'impact? Est-ce qu'à ce moment-là c'est récupérable

ou pas? Les données ne sont pas récupérables. Mais est-ce que les gens vont

avoir un impact, encore là, suite à d'autres

fuites d'information qu'ils vont vivre, avec ce résultat-là, le restant de

leurs jours? C'est là qu'il faut mesurer, donc, est-ce qu'il faut mettre tous nos oeufs dans le même panier ou

non. Et, si oui, est-ce qu'on peut rajouter une couche de confidentialité, donc, de sécurité, par de la

cryptographie pour protéger cette information-là? La réponse, pour moi,

c'est oui. En mettant d'autres mesures comme ça, ça va assurer que

l'information n'ira pas dans les mauvaises mains.

M. Lafrenière : Merci beaucoup.

Le Président (M.

Bachand) : Mme la députée de Notre-Dame-de-Grâce, s'il

vous plaît.

Le Président (M.

Bachand) : Vous avez du temps, minimum 13 minutes.

Mme Weil : O.K., plusieurs

questions. Bonjour, M. Waterhouse, plaisir de vous avoir avec nous.

Alors, le

Québec compte 1 131 municipalités qui ont des systèmes informatiques

qui contiennent beaucoup d'informations

personnelles des citoyens, et, cette année, par exemple, Châteauguay a été

victime d'un piratage informatique. Selon vous, est-ce que nos

municipalités du Québec sont bien équipées pour protéger les renseignements

personnels de leurs citoyens?

Waterhouse (Steve) :

Mme la députée, moi, j'ai pour dire que n'importe qui... on peut... tant

qu'il n'arrive pas d'incident, se

croit justement à l'abri de tout... de n'importe quoi qui peut leur arriver. Il

y a beaucoup de municipalités, des commissions

scolaires, des universités, des cégeps qui en sont victimes sur une base quasi

régulière. Ils apprennent avec le temps,

et corrigent la situation, et ils espèrent évidemment que ça ne revient pas. Et

ça, c'est partout sur la planète. Ce n'est pas juste un cas, comme on

sait, là, local, ici. C'est propre, c'est inhérent à la technologie.

À votre question, je me dis :

Tant qu'encore une fois il n'y a pas d'incident, les gens ne font pas de

vérification. Autrement dit, les

municipalités, tout comme les gouvernements, font rarement des exercices pour

valider si jamais la sécurité est bonne ou mauvaise. À

titre d'exemple,

quand on était plus jeunes, à l'école primaire, à chaque mois de septembre ou octobre, il y avait l'exercice

d'incendie, d'évacuation, pour savoir, un, c'est quoi, le signal d'alarme,

deux, par où sortir, trois, se rassembler dehors, etc.

On ne le fait pas

avec l'informatique. Ça fait que, donc, quand il n'y a pas d'exercice pour être

capable de déterminer c'est quoi,

l'incident, comment ça peut se passer... Comme, souvent, des fois, je donne un

type d'exemple, un mandat que j'ai

déjà eu, on veut vérifier s'il y a de la redondance... Donc, on va être

capables de continuer à travailler, mais avec un lien d'un autre fournisseur de télécommunications. Est-ce qu'on

est... Avec le client, j'ai dit : Quand vous êtes prêts, vous me le dites. On a signé les papiers légaux.

On est prêts, 3-2-1, j'ai débranché tout simplement les modems, il a dit :

Qu'est-ce que vous faites là? Bien, je ne

vois pas de batterie de secours. On simule une panne électrique. Plus rien ne

marchait.

Donc, c'est dans cet

ordre d'idées là que, si on ne simule pas des situations pour être capables de

se préparer, ça va arriver.

Mme Weil :

Selon vous, est-ce que ça prendrait, donc, comment dire, un genre de programme

pour toutes les municipalités qui ont un

modèle quand même semblable, hein, pour tout le Québec? Parce que, j'imagine,

surtout les petites municipalités,

elles seraient vraiment mal équipées, un peu comme les PME, puis ça sera

peut-être une autre question si j'ai le temps. Ils demandent de l'aide

pour être capables de jouer le rôle qu'ils ont, l'obligation qu'ils ont de

protéger les renseignements personnels. Ils

sont vraiment mal équipés, mal informés. C'est une course contre la montre, là,

pour être capables, de, hein, rester à flot dans ce domaine-là.

Pensez-vous que ça

pourrait être utile, donc, pour les municipalités qui... Quand on y pense,

bien, c'est un gouvernement, et, partout,

ils détiennent des renseignements personnels sensibles, importants, comme le

Directeur général des élections nous en a parlé hier. Comme les partis

politiques détiennent des informations très personnelles, l'âge et résidence, l'adresse, etc., pensez-vous que ça

pourrait... Comment verriez-vous une stratégie pour faciliter la tâche

aux municipalités?

M. Waterhouse (Steve) : Bien, ça découle, premièrement, d'une stratégie

de cybersécurité au niveau national, donc,

comme c'est déjà commencé. Et, après coup, il faut que ça découle dans les organisations subordonnées. Puis je peux faire

très facilement la relation que... Lorsque j'étais à la Défense nationale, ça

partait évidemment d'une entité du Conseil du trésor

et, après ça, à chaque ministère, descendait jusqu'après ça à l'unité de réserve

dans chacune des localités qu'il y a

ici, au Québec, par

exemple, et, après coup, n'ont pas

les ressources pour le faire, mais c'est le quartier général supérieur

qui s'en occupait.

Donc,

je verrais très bien les MRC, qui auraient des ressources nécessaires, parce

qu'ils ont des budgets supérieurs aux municipalités, et qui, après ça, pourraient voir les

différentes municipalités sous leur chapeau... à venir en aide

avec ces problématiques-là... pas

problématiques, mais avec la prévention qu'ils peuvent faire, que ça soit de

l'éducation pour le personnel, après

ça de la vérification de conformité. Et ça, ça pourrait rentrer facilement dans

un programme de certification et d'accréditation,

permettant, à ce moment-là, à chaque municipalité de montrer patte blanche,

qu'elles ont fait le minimum nécessaire.

s'il arrive malencontreusement un incident de sécurité, bien, ça part d'une

base commune avec laquelle ils vont

pouvoir faire les vérifications, parce que, très souvent, je vais voir de la

clientèle et la première affaire que je leur demande à leur documentation : Donnez-moi une topologie de votre

réseau, et elle date de voilà 10 ans. Ça fait que, donc, c'est pour faire face justement

à connaître qu'est-ce qu'il en est... des choses réelles, et, après ça, ça va

être facile... que ça soit aussi, là,

les sites Web des municipalités, qui sont souvent hébergés chez l'ami de

l'ami, après ça, qu'ils ont eu un bon prix

pour le faire, mais que l'architecture en arrière est déficiente, ça fait peur.

Bien, c'est de cette façon-là que, s'il y a des normes minimales, oui,

ça aiderait les municipalités.

Weil : Tantôt, vous parliez de l'importance de la Commission

d'accès à l'information puis le rôle

qu'ils pourraient jouer... et de travailler à éduquer la population sur les enjeux

de protection de renseignements personnels. Il y a quelques années, la CAI a

mené une tournée sous l'impulsion de notre ex-collègue Rita de Santis, et la

tournée s'appelait Ce que tu publies,

penses-y , afin de conscientiser les jeunes dans les écoles à la réalité. Il

y avait une tournée, dans toutes les

écoles, bien, beaucoup d'écoles, sur la réalité et les dangers des médias

sociaux. Selon vous, est-ce que l'on devrait y aller de façon beaucoup

plus présente et active, avec les moyens qui devront suivre, évidemment, pour

que la CAI joue ce rôle beaucoup plus proactif?

M. Waterhouse

(Steve) : Vous souvenez-vous de quelle année que cette tournée-là a

été faite?

Mme Weil :

C'était en 2016, à peu près, 2015‑2016.

Waterhouse (Steve) : Bien, c'est drôle. J'étais

président d'un comité de parents à l'école secondaire de ma fille. Je

n'ai jamais entendu parler d'un tel programme. Ça vous montre à quel point que

la CAI travaille en vase clos et n'informe

pas de façon grandiose la population. Et c'est ça que je dénonce de plus en

plus, c'est que c'est un organisme qui est

pourtant mature. Après 26 ans, j'espère qu'ils savent qu'est-ce qu'ils

font. Bien, moi, je peux vous dire qu'ils ne l'ont pas, le côté communication. Ça fait qu'il faudrait

qu'ils se rééduquent de ce côté-là, qu'ils se rééquipent de ce côté-là,

puis, après ça, qu'ils fassent une autre tournée de ce type-là, aller éduquer

autant la jeunesse... mais que les parents qui sont en arrière, pour, après ça,

répondre aux questions des jeunes, parce qu'il n'y en a pas.

Cependant, ils vont se ruer... Bien,

les gens ne se rueront pas à leurs réunions parce que les gens, souvent,

pour les rejoindre, bien, ils sont submergés

de tâches et ils arrivent le soir : Ah non! Pas une réunion à 7 heures

à soir avec la CAI. Ça fait que quand

est-ce que serait le bon moment d'aller interpeler le parent? Ça, c'est l'autre

question qui serait quand même assez

intéressante à débattre, parce qu'il y a le besoin... Le parent veut savoir

comment aider son jeune. Le professeur veut

en savoir davantage. Mais, en même temps, le jeune, il est capable de figurer

bien des affaires. Cependant, il faut l'éduquer

aussi sur les conséquences d'aller s'afficher sur une plateforme de média

social et comprendre, des fois, qu'il y

a des pas fins en arrière, puis voici comment qu'ils se présentent, pour qu'ils

réalisent que ça leur arrive au quotidien.

Mme Weil :

Donc, vous êtes d'accord qu'une initiative importante, mais beaucoup plus...

bien, profonde, et élargie, et constante...

M. Waterhouse

(Steve) : Présente, oui.

Mme Weil :

...mais avec les moyens, évidemment, pour le faire... J'imagine que les moyens

étaient limités à ce moment-là.

C'était un genre de projet pilote pour commencer... mais, comme vous dites, ce

n'était pas en continu. Puis, finalement,

c'est un projet qui a duré un certain temps, publication d'un petit livre, et

puis, après ça, bon, je ne sais pas ce qui s'est produit.

M. Waterhouse (Steve) : Vous apportez un point important, Mme la députée,

et c'est... Qu'est-ce qu'on parle aujourd'hui,

surtout le projet de loi n° 64, j'espère que tous... est conscient que ce

n'est pas quelque chose qui est immuable une fois qu'il sera adopté, c'est quelque chose... La technologie dans

laquelle on baigne, les médias sociaux, etc., c'est en mouvement constant. Mais juste cette semaine, là,

je pense, tout le monde a réalisé aussi que la plateforme Facebook vient

de changer, là. Personne n'a été avisé, par exemple, que ça leur tentait de

changer ça.

fait que la journée que les grosses plateformes comme ça changent leur modèle,

changent leurs façons de faire, ils

n'avisent personne, et c'est qui, encore une fois, qu'il faut qu'ils

réapprennent à s'en servir? Bien, c'est tous et chacun, alors qu'on est pris à déjà maîtriser cette

base-là. Après ça, il faut aller plus loin et comprendre les changements qui

viennent d'être apportés et comprendre, des

fois, d'autres nouvelles fonctionnalités, mais qui, souvent, vont ouvrir des

brèches. Et c'est là que le problème est toujours répétitif.

fait que c'est pour ça que je vous rejoins en disant : Il faut que la CAI,

dans son rôle d'éducation, bien, qu'ils le fassent de façon cyclique. Et, le mois d'octobre, c'est le mois de la

cybersécurité. Je n'ai rien vu encore de préparé pour ça.

Mme Weil : Il me reste encore un peu de temps. Hier, on a eu

des échanges avec des organismes qui... représenter le milieu des entreprises. Le défi que

représente... tous d'accord, évidemment, sur l'importance de protéger les renseignements personnels, mais que les PME,

surtout, et une collègue avait parlé de PPME, n'ont vraiment

pas les moyens pour s'occuper ou engager un expert en la matière pour

qu'ils puissent respecter la loi. Ils ont évoqué les peines qui sont prévues

dans la loi, etc.

Donc, ils ont parlé d'accompagnement, et sans

donner trop de détails, mais qu'eux auraient besoin d'accompagnement.

Moi, il me semble que cette notion d'accompagnement, évidemment, pour aider

tous ceux qui devront absolument se conformer à la loi, là, il n'y aura pas de

choix. C'est un enjeu tellement sérieux, tellement important, mais on peut comprendre qu'ils n'ont pas les moyens.

Connaissez-vous des modèles de ce genre où il y a vraiment

un accompagnement d'entrée de jeu ou peut-être

même un partage de ressources humaines et technologiques pour faire en sorte

que plusieurs puissent bénéficier de cette... sans avoir l'expertise

eux-mêmes, mais compter sur quelqu'un qui s'assure que... Oui, il y a des consultants,

là, mais je pense que, même pour eux... C'est quel modèle vous verrez pour les

aider?

M. Waterhouse (Steve) : Il existe ce que vous mentionnez, des compagnies

qui vont être capables d'avoir des ressources

humaines, comme moi je le fais, pour

être en mesure de venir assister peu

importe le type d'organisation, OSBL, entreprise, peu importe le niveau, pour être capables de se débrouiller puis pour comprendre

aussi l'aspect de qu'est-ce qu'ils ont à faire, que ce soit un aspect

d'installation, de nouvelles façons de faire, de comprendre la suite Office,

comment elle fonctionne, etc. Il y a

plusieurs compagnies au Québec qui ont l'expertise de le faire, et, tous et

chacun, on est débordés tellement qu'on est peu à rencontrer le besoin.

y a des gens, là, que... J'ai une liste d'attente avec laquelle, là... je les

appelle pour leur dire : Je ne vous ai pas oublié, je vais vous rappeler. Puis ça prend des mois parce qu'on est

peu. Et, après ça, les problèmes se multiplient plus vite que se multiplie le nombre d'experts ou de

compétents... de gens compétents dans le domaine, et ça... On a les

universités qui ont des programmes de... qui, tranquillement, pas vite, sont

matures pour former les gens à ce qu'ils aient les connaissances minimales, mais ça n'apporte pas automatiquement

l'expérience nécessaire pour être capables de faire le travail, et il y

en a besoin. L'expérience joue pour beaucoup justement dans ces

interventions-là.

Alors, le modèle

qu'on jase ici, bien, ça en est un, oui, de service-conseil, mais il faut qu'il

soit, encore là, un service-conseil

abordable. Puis, malheureusement, quand je vous dis : De l'expérience et des connaissances, bien, souvent, dans le marché, c'est des connaissances de pointe

qui sont quand même relativement dispendieuses. Malheureusement,

il faut souvent aller s'exproprier aux États-Unis, dans le sens que... pas s'exproprier, mais s'expatrier, pour être

capable d'aller chercher la connaissance,

alors que, bien, il y a... l'industrie n'est pas... voulu de l'offrir ici à prix égal.

Ça fait que c'est pour ça que c'est

malheureux, mais il n'y aura pas de... S'il y a des connaissances à

rabais dans ce domaine-là, il faut questionner... parce qu'il y a...

Quand c'est trop beau pour être vrai, peut-être que ce n'est pas vrai aussi.

Mme Weil : M. le

Président, est-ce que j'ai le temps pour...

Président (M. Bachand) : Oui, bien sûr, bien sûr, allez-y.

Mme Weil : Hier, on a beaucoup parlé... Puis vous

avez beaucoup de connaissances en la matière. Alors, je

pense que vous serez une bonne personne pour

répondre à la question. Ils ont aussi amené un dilemme, c'est-à-dire que... bien, un souhait ou

une recommandation que le gouvernement attende, que le gouvernement fédéral apporte

ses modifications à sa propre

loi et aussi que certaines provinces, aussi, amènent des modifications à leurs lois. Ils ont dit que, si on a une panoplie de lois qui vont dans des sens différents, ça va

être extrêmement difficile pour nous. Il n'y a pas de frontière

dans le travail qu'on fait. Normalement,

le Québec n'attend pas. Le système fédéral n'est pas fait

comme ça. On s'inspire des uns des autres,

mais on n'attend pas que l'autre juridiction aille de l'avant quand on a une obligation,

hein, de protéger nos propres citoyens. Qu'est-ce

que vous dites par rapport... Je dois vous dire... Je n'ai jamais vraiment

trop saisi... Je peux comprendre les

complexités, mais, en même temps, il faut avancer. On n'est pas comme l'Europe. Ce

n'est pas l'Union européenne, la fédération canadienne. Comment vous

voyez ça?

Waterhouse (Steve) : Bien,

je vois ça... que, les élus, ils ne font pas le travail nécessaire

pour donner les pouvoirs qui sont

requis par les commissaires à la vie privée. M. Therrien, comme commissaire à la vie privée du Canada, maintes

et maintes fois, année après année, demande des pouvoirs et des façons de faire qui vont être, à ce moment-là,

plus coercitifs, pour ne pas dire qui vont

lui donner le pouvoir nécessaire et surtout l'autonomie nécessaire

pour être capable d'enforcer qu'est-ce qui est le respect de la vie privée et

surtout d'être capable d'accuser si nécessaire... Moi, c'est de même que je le verrais, son rôle, au même

titre qu'ici,

au Québec, la CAI pourrait bénéficier de cette même confiance-là de la

part des élus pour qu'ils aient un rôle

complètement indépendant et qu'ils puissent à ce moment-là faire le travail

d'usage, parce que...

Je donne

comme exemple toujours l'enquête sur les caméras de reconnaissance faciale. On

attend toujours, après deux ans, un

rapport du commissaire à la vie privée de l'Alberta et du Canada sur

l'utilisation des caméras de reconnaissance faciale en milieu public. Et

là ça se multiplie, ça, à une vitesse grand V. On en retrouve partout. Tout le

monde veut utiliser cette technologie-là, mais il n'y a pas de ligne

directrice. La CAI a émis des lignes directrices ici, au Québec, fantastique, mais les rapports... Elle est

inspirée de bonnes pratiques, mais les rapports de l'Alberta et du Canada ne

sont toujours pas sortis. Alors, pourquoi,

s'ils n'ont pas assez de ressources, ils ne sont pas capables de produire

rapidement un résultat d'enquête qu'on a besoin là et non pas dans trois ans

d'ici, alors que ça va être étendu partout et ça va être quasi impossible à

retirer?

Le Président (M.

Bachand) : Merci beaucoup. M. le député de Gouin, s'il vous

plaît.

M. Nadeau-Dubois : Merci, M. le

Président. Pouvez-vous me...

Le Président (M. Bachand) :

3 min 24 s

M. Nadeau-Dubois :

3 min 24 s? Bonjour, M. Waterhouse, toujours un plaisir de

discuter avec vous en commission

parlementaire. J'ai raté votre

présentation puis les premiers échanges. Donc, vous m'excuserez si je

pose des questions que vous avez abordées.

Mais j'ai bien lu votre mémoire puis je trouve intéressant que vous

reconnaissez d'entrée de jeu quelque

chose que je pense que tout le monde reconnaît ici, c'est-à-dire que, si on modernise, comme on souhaite le

faire, le cadre légal qui protège les

renseignements personnels, ça va représenter des responsabilités

supplémentaires pour les entreprises.

Certains disent un fardeau, certains disent de la paperasse. Moi, je préfère

dire des responsabilités supplémentaires.

J'aimerais

vous entendre en tant qu'expert en matière de sécurité sur un argument qui nous

a été présenté hier. Hier, il y a

certains représentants qui, on va se le dire, viennent du milieu des affaires,

qui nous ont dit, grosso modo : Faites attention, si vous êtes trop sévères, si vous êtes trop exigeants, si

vous êtes trop stricts au niveau de la protection de la vie privée, vous

allez faire fuir des entreprises dans le domaine de la technologie, vous allez...

ou rendre les entreprises québécoises moins

compétitives dans ce marché-là. Et on nous a invités, parfois directement, parfois indirectement, à, disons,

niveler vers le bas les protections, à rendre... On nous a dit : Il faut

rendre les données accessibles, quand

même, il faut... mais il faut les rendre accessibles quand même.

Donc, il y

avait tout un discours qui nous incitait à peut-être diminuer les exigences pour ne pas, disait-on,

brimer l'innovation. Vous êtes dans le domaine depuis longtemps.

Vous êtes un expert de la sécurité. Qu'est-ce que vous pensez de ce discours-là? Est-ce que vous êtes d'accord?

Êtes-vous pas d'accord? Qu'est-ce que vous pensez de ces arguments-là

qu'ils nous ont présentés et qui nous invitent, nous, les législateurs, disons,

à baisser les exigences par rapport à l'état actuel du projet de loi?

Waterhouse (Steve) : Bien,

j'ai pour dire qu'il n'y a pas de demi-mesures en sécurité, parce qu'aussitôt que vous abaissez

certaines normes... et, les normes, il faut les établir, et il faut y aller

avec les normes les plus strictes, et peut-être

les adapter, mais de dire : Il faut réduire... Après ça, il y a des

exigences pour satisfaire certains besoins. Ça va être contre-productif et ça va jouer doublement contre

les entrepreneurs en province. Pourquoi? Parce que, si, à l'extérieur du

pays, les normes sont plus élevées, bien,

ici, pour satisfaire une certaine... un certain marché, pardon, certains

marchands, il faut les mettre plus basses, bien, ils ne seront pas compétitifs

à l'extérieur parce que, là, il va falloir qu'ils redoublent d'efforts

lorsqu'ils vont aller à l'extérieur pour faire affaire.

Donc, c'est

dans cet ordre... dans cet aspect-là que je ne suis vraiment pas d'accord avec

cette évaluation-là, et, pour que ça soit réaliste, bien, il faut qu'on

se mette aussi à un niveau mondial. Est-ce qu'on veut juste faire aussi du marché local ou on veut

aller à l'extérieur? Si c'est l'extérieur, comme je parle... beaucoup

d'entrepreneurs veulent faire, expandre

leurs marchés, bien, il faut aller à ce moment-là à parts égales, au même

niveau d'échange avec le restant de la communauté

et de s'assurer qu'on soit aussi avant-gardistes, parce que, si on est toujours

à la remorque du minimum, bien,

désolé, il y en a qui vont prendre davantage sur ceux qui sont en avant et qui

sont justement avant-gardistes sur le marché, avec leurs nouvelles

normes.

Le Président (M.

Bachand) : ...

M. Nadeau-Dubois : Oui, très

rapidement, vous parlez de la nécessité de l'accompagnement. Je pense qu'on y est tous. Qu'est-ce que vous pensez des amendes?

Vous nous parlez, dans votre mémoire, beaucoup de la carotte, aider les

entreprises. Pensez-vous que c'est aussi nécessaire qu'il y ait un fort volet

punitif?

M. Waterhouse (Steve) :

Malheureusement, l'humain étant l'humain, c'est nécessaire pour être capable de

comprendre jusqu'où les gens peuvent aller...

utiliser d'une certaine liberté ou d'une certaine latitude. S'ils voient

qu'il n'y a aucune conséquence comme c'est

le cas présentement... On le voit, il y a des organismes qui ont eu... Ils ont

fait fi d'un minimum d'efforts à mettre en

place pour protéger l'information personnelle qu'ils avaient dans leurs

responsabilités, et, résultat, ils ne sont

pas punis, puis «life goes on», la vie continue. Alors, oui, il faut qu'il y

ait, à ce moment-là, coercition pour être en mesure de faire respecter

malheureusement, comme on le voit avec le RGPD depuis deux ans, il y a des cas

types qui se sont dessinés. Il y a

des grosses amendes qui ont été versées pour, souvent, des incidents de fuite

d'information qui avaient de l'air bénins. Puis, là-dessus, je pense à

British Airways, qui ont eu une amende de 300 millions de dollars pour des

centaines de milliers de dossiers de

clients. C'est quand même disproportionné. Il y en a qui vont dire : Mais

il y a quand même des normes qui

commencent à s'établir. Il y en a qui vont dire : Bien, ça va être

1 000 $ du nom, ça va être l'amende ou ça va être un montant

global, basé sur les revenus annuels, etc.

Ça fait que,

oui, il faut qu'il y ait des paramètres sur lesquels s'aligner, parce que,

sinon, s'ils n'ont pas cet acte de droit là sur lequel savoir jusqu'où

qu'ils peuvent tasser, bien, tout le monde va pogner le clos à un moment donné.

Le Président (M.

Bachand) : M. Waterhouse, merci beaucoup de votre

contribution aux travaux. Vous êtes toujours le bienvenu à la Commission des

institutions.

Alors, sur ce, je suspends les travaux quelques

instants. Merci beaucoup.

(Suspension de la séance à 15 h 44)

Le Président (M.

Bachand) : À l'ordre, s'il vous plaît! La commission

reprend ses travaux.

Alors, il

nous fait plaisir d'accueillir les gens de l'Office de la protection du consommateur. Alors, vous connaissez les

règles, un petit 10 minutes de présentation, échange avec les membres par après. Alors, je

vous invite à débuter, d'abord, en vous présentant. Puis merci d'être

ici cet après-midi.

Mme Champoux

(Marie-Claude) : Alors,

bonjour. Mon nom est Marie-Claude Champoux. Je suis présidente de l'Office

de la protection du consommateur. Et je suis accompagnée de Marjorie Théberge,

qui est vice-présidente de l'office. Alors,

je vous remercie de me permettre de m'adresser à vous aujourd'hui relativement au projet de loi

n° 64.

Tout de suite, avant d'aller plus loin, je tiens

à vous rappeler que le rôle de l'Office de la protection du consommateur consiste, entre autres, à veiller à l'application de la

Loi sur la protection du consommateur. Cette loi régit les relations consommateurs-commerçants. En tant que

présidente de l'organisme, je souhaite préciser que nous ne sommes pas, à l'office, des spécialistes de la

Loi sur la

protection des renseignements personnels dans le secteur privé, soit l'une des lois

que viendrait modifier le projet de loi n° 64. C'est évidemment

la CAI qui a la responsabilité de surveiller l'application de cette loi.

Il reste que,

malgré tout, plusieurs consommateurs s'adressent à nous en ce qui

concerne la protection des renseignements personnels, et même si la question ne relève pas de nos

lois. Nous en profitons, donc, pour les guider quand l'occasion se présente, car plusieurs

situations de tous les jours, dans la vie d'un consommateur,

peuvent l'amener à fournir ses renseignements personnels. Je pense à des choses qui nous semblent aussi

banales que s'inscrire à un programme

de récompenses ou faire un achat sur Internet.

À l'office,

nous agissons en prévention. Nous invitons les consommateurs à faire preuve de

prudence. Protéger adéquatement le NIP de sa carte de crédit, se méfier des

courriels non sollicités et vérifier son dossier de crédit de temps à autre afin de voir si les renseignements qui s'y trouvent sont exacts et à jour sont des exemples

de nos interventions en amont.

Relativement

à la protection des renseignements

personnels, nous sommes aussi

confrontés à ce que j'appellerais des

appels à l'aide. Nous sommes bien au fait qu'une fuite de données peut avoir

des répercussions majeures dans la vie d'un

consommateur. Nous savons particulièrement quelles peuvent en être les conséquences sur son

dossier de crédit. Je peux l'affirmer avec certitude, quand ce dossier comporte une

inscription qui ne devrait pas s'y trouver, le consommateur fait face à

des difficultés vraiment importantes. J'y reviendrai.

Bref,

je tenais à rapidement mettre en lumière ce que nous faisons au

quotidien à l'office, parce qu'aujourd'hui, dans le contexte de la consultation, je vais m'en tenir à des commentaires généraux sur des modifications qu'il est proposé d'apporter à la

Loi sur la protection

des renseignements personnels dans le

secteur privé. Les différents spécialistes

qui ont été invités à participer à cette consultation pourront sans doute y

apporter un éclairage plus précis.

Mais,

juste avant, j'aimerais revenir sur la participation récente de l'office à la consultation particulière dans le cadre des travaux sur le projet de

loi n° 53,

projet de loi qui vise notamment à mieux protéger les consommateurs dans un

contexte où ils risquent de faire l'objet

d'un vol d'identité. La consultation sur le projet

de loi n° 53

a été, pour nous, à l'office, l'occasion

de démontrer à quel point, dans la vie d'un consommateur, aussi bien de le

dire, dans la vie de tous les Québécois, le dossier de crédit est un

élément fondamental.

J'ai

glissé un mot à ce sujet tout à

l'heure et je le répète, une note

défavorable au consommateur, une inscription qui se trouve à tort dans son dossier de crédit peut lui nuire énormément.

Demander une carte de crédit, emprunter de l'argent ou obtenir du financement pour un achat

devient alors plus que compliqué. Le consommateur peut se retrouver avec

des conditions moins avantageuses, un prêt à

un taux de crédit plus élevé, notamment. Dans le pire des cas, il pourrait aussi

faire face à un refus, pas d'accès au financement, ce qui voudrait aussi dire,

si nous transposons le tout dans une situation concrète, pas de voiture pour se

rendre au travail.

Lors de cette

consultation, le 25 août dernier, je me suis permis de faire des

suggestions à propos de certaines mesures de

protection. Je pense notamment au gel et à l'alerte de sécurité. J'ai mis de

l'avant plusieurs propositions qui, à notre

avis, à l'office, favoriseraient l'efficacité

de ces mesures de protection. L'office a, entre autres, suggéré un accès

continu et sans frais au dossier de crédit et l'envoi, aussi, gratuitement de

notifications aux consommateurs.

effet, il demeure primordial, du point

de vue de l'office, que le

consommateur puisse être informé sans délai quand certains événements se produisent dans son dossier de crédit, comme

la baisse de sa cote ou l'inscription d'une nouvelle créance. Ainsi, le consommateur est non seulement en mesure de constater rapidement qu'une anomalie figure dans son dossier de

crédit, mais il peut aussi agir rapidement.

Devant la commission,

j'ai aussi partagé les préoccupations de l'office à l'égard du fardeau qui pèse

sur le consommateur quand vient le temps de contester une note à son dossier de

crédit s'il est victime d'un vol d'identité, notamment, une note qui, même contestée, a une incidence

sur la cote de crédit d'un consommateur, et ce, jusqu'à ce qu'il fournisse des preuves. Une telle démarche de

contestation se révèle ardue pour le consommateur et, j'oserais dire,

frustrante, quand nous savons qu'un commerçant, de son côté, peut inscrire une

note dans un dossier de crédit sans même avoir à démontrer qu'elle est justifiée.

souhaitais revenir brièvement sur tout cela parce que je comprends que le projet de loi n° 64 vient protéger... compléter, pardon, le projet de loi n° 53. Les mesures qu'il contient pourraient

contribuer à éviter la survenance d'incidents ayant des conséquences graves sur les consommateurs, comme les

fuites que nous avons connues dans la dernière année. Et, dans les cas

où ces situations malheureuses auraient tout de même eu lieu, le projet de loi

n° 64 viendrait en limiter les conséquences.

Dans

le contexte numérique dans lequel nous évoluons aujourd'hui, avec toutes les

technologies de l'information que

nous connaissons maintenant, et par lesquelles nos renseignements transitent,

la protection de ces données est de plus en plus d'actualité. Les différents épisodes que nous avons connus dans les

derniers mois démontrent, selon moi, l'importance d'agir pour protéger les renseignements personnels

des consommateurs, des renseignements que recueillent, utilisent et

communiquent les organismes publics et les entreprises.

projet de loi n° 64 propose d'introduire de nouvelles mesures qui

responsabiliseraient davantage les entreprises en matière de protection des renseignements personnels, ceux qu'elles

détiennent sur les consommateurs. Les mesures concernent, entre autres, les incidents de confidentialité. Elles

exigeraient que les personnes concernées par un incident soient avisées quand il présente un risque de

préjudice sérieux. Un tel ajout serait sans doute susceptible de

contribuer à ce que les consommateurs

concernés aient l'information rapidement. Conséquemment, ils pourraient, dans

les plus brefs délais, utiliser les

mesures de protection relatives à leur dossier de crédit dont il est question

dans le projet de loi n° 53.

(Interruption) C'est un

chat, ce n'est pas la COVID. Nous notons également que des modifications

seraient apportées aux sanctions auxquelles s'exposent les contrevenants. Ces modifications

nous paraissent être un incitatif efficace pour amener les entreprises à

agir en tout respect des règles.

Nous

constations, de plus, que des modifications apportées à la

Loi sur la

protection des renseignements

personnels dans le secteur privé concernent

le consentement. Le consentement est un élément central dans la

Loi sur la protection du consommateur. Il l'est tout autant en matière de protection des renseignements personnels. La

Loi sur la protection des renseignements personnels dans le secteur privé s'intéresse, en effet, au

consentement du consommateur à la cueillette de renseignements

personnels, à leur utilisation et à leur communication.

propos de la cueillette, une entreprise qui recueille des renseignements personnels auprès d'un consommateur doit lui livrer plusieurs informations, dont les

raisons pour lesquelles ces renseignements sont recueillis. Ces

informations doivent être fournies au moment de la collecte. Ayant à l'esprit

l'approche retenue dans la

Loi sur la protection du consommateur, nous nous

demandons si les informations nécessaires à un consentement éclairé ne

devraient pas être fournies au consommateur

de façon préalable, soit avant la collecte. Nous nous demandons même si la

façon de fournir ces informations de

la plus haute importance au consommateur ne devrait pas être davantage

encadrée. Nous pourrions ainsi nous assurer qu'elles sont portées

expressément à la connaissance du consommateur d'une façon claire, nette et

sans équivoque. Elles sont, après tout, indispensables dans sa prise de

décision.

Par ailleurs, de nos jours, des renseignements

peuvent être recueillis grâce à des moyens technologiques. Le projet de loi

prévoit que le consommateur serait, au préalable, informé du recours à une

telle technologie, ce qui nous semble tout à fait

souhaitable. Toutefois, le consommateur saurait-il, au préalable, quels

renseignements à son sujet pourraient être recueillis? Je me permets de poser

la question car le projet de loi semble flou à ce propos.

Le projet de loi prévoit également qu'une entreprise pourrait utiliser un renseignement personnel à une fin différente de celle pour laquelle elle l'a recueilli. Une

telle utilisation serait admissible dans certains cas en l'absence du

consentement du consommateur, notamment si l'entreprise est d'avis que cette

autre utilisation est manifestement au bénéfice du consommateur. À l'office, il

nous semble que cette exception laisse une grande discrétion à l'entreprise.

J'aborde la

communication des renseignements maintenant. La loi actuelle prévoit des exceptions qui

permettent à une entreprise de communiquer des renseignements personnels à un

tiers sans que le consommateur y ait consenti. Je comprends que le projet de

loi vient ajouter d'autres circonstances où un tel partage d'information serait

autorisé, par exemple si la communication

est nécessaire à l'exécution d'un contrat de services que

l'entreprise confie à un tiers. Cette entreprise

serait alors tenue de conclure une entente avec ce tiers. Elle préciserait les

obligations du tiers relatives à la protection

des renseignements personnels qui lui sont communiqués. Une question nous est

venue à l'esprit. Quelles seraient les

sanctions applicables si l'entreprise, elle, respecte son obligation de

conclure une telle entente, mais que le tiers, lui, ne respecte pas les

termes de l'entente?

Le projet de loi suggère aussi d'éliminer la possibilité qu'une entreprise utilise sans

le consentement des personnes concernées

une liste nominative à des fins de prospection commerciale ou qu'elle

communique cette liste à un tiers. Je salue cette initiative. La

modification nous apparaît être une amélioration des règles actuelles.

Je poursuis,

juste avant de terminer, en parlant du fait que certaines décisions des entreprises sont rendues sur la base d'un traitement automatisé des renseignements

personnels. Le projet de loi aborde cet aspect. Il est prévu que l'entreprise informe les personnes concernées

lorsqu'une décision est fondée exclusivement sur un tel traitement.

Cette mesure a suscité quelques questions au sein de notre organisation. Je les

partage avec vous.

Nous nous

demandons pourquoi cette obligation d'information se limite-t-elle aux cas où

la décision est fondée exclusivement

sur un traitement automatisé. Le consommateur pourrait être informé dès que ses

renseignements personnels sont utilisés

pour prendre une décision, peu importe le type de traitement qui en est fait.

Le consommateur ne devrait-il pas aussi

être informé si l'utilisation de ses renseignements personnels fait en sorte

que des conditions moins favorables lui sont proposées? Enfin, selon nous, la façon dont l'information est

fournie à la personne concernée aurait avantage à être encadrée afin

qu'elle soit portée à sa connaissance de façon appropriée.

J'aborde un

dernier point avant de conclure. Nous notons que des modifications ont été

apportées à des articles qui s'intéressent

à l'accès des personnes à leurs renseignements. Il semble bien que des frais

puissent continuer à leur être exigés pour

la transmission de leurs renseignements personnels. Nous réitérons donc le

commentaire formulé dans le cadre des travaux

relatifs au projet de loi n° 53. À notre avis, le consommateur devrait pouvoir

accéder à son dossier sans frais et en tout temps. Les renseignements

qui s'y trouvent lui appartiennent.

J'espère sincèrement que les commentaires que

j'ai partagés et que les questionnements que j'ai soulevés ici contribuent aux travaux de la commission. Des

règles en matière de protection des renseignements personnels fondées

sur la transparence ne pourront que mieux protéger les consommateurs québécois.

Je vous remercie.

Le Président (M.

Bachand) : Merci beaucoup, Mme la Présidente. M. le ministre,

s'il vous plaît.

M. Jolin-Barrette : Merci, M. le Président. Mme Champoux,

Mme Théberge, bonjour. Merci d'être à l'Assemblée nationale aujourd'hui au nom de l'Office de la

protection du consommateur pour témoigner. Je pense que vous êtes en

terrain connu aussi avec la députée de Notre-Dame-de-Grâce, aussi, que je crois

que vous connaissez.

Alors, bien,

écoutez, d'entrée de jeu, je... peut-être vous poser des questions

opérationnelles, là, pour l'OPC. Le consommateur,

là... Quand il y a des fuites de données, là, j'imagine qu'il y en a beaucoup

qui cognent à la porte de l'Office de la protection du consommateur pour

dire : J'ai eu un vol de données, qu'est-ce que je fais?, et puis ils

doivent s'adresser à vous.

Mme Champoux

(Marie-Claude) : Ça arrive, effectivement. C'est sûr que nous ne

sommes pas responsables de l'accès à

l'information puis la protection des renseignements personnels. Donc, ce n'est

pas... Souvent, on peut les référer à la

CAI, mais aussi en amont. Comme je le disais un petit peu plus tôt, on essaie

de bonifier notre information. On a parlé de sites Web un peu plus tôt. Le site de l'office est très, très, très

fréquenté. Alors, souvent, on y va question-réponse puis on essaie, en

amont, de donner l'information au consommateur.

M. Jolin-Barrette : Mais, exemple, là, sur le plan gouvernemental, là...

parce que, pour connaître tous les rôles, là, de la CAI puis l'OPC, le citoyen, là, pour lui, sa première réaction, ça

peut être l'OPC. Comment est-ce que vous pensez qu'on pourrait, comme, au niveau

de l'État, là, faire de la pédagogie avec les citoyens pour dire : Si

vous avez une problématique, ça va

être à la Commission d'accès à

l'information puis pas à l'OPC? Et est-ce qu'il y aurait lieu d'avoir des liens à développer entre l'OPC et la Commission

d'accès à l'information?

Champoux (Marie-Claude) : Effectivement, il n'y a pas vraiment de lien, puis ça pourrait être tout à fait intéressant de développer des liens. C'est certain que, si, à la suite

de l'adoption du projet de loi, il y a des outils d'information qui sont

développés par la CAI ou par le secrétariat, ça nous ferait plaisir, nous, d'en

faire la promotion, de les mettre sur notre

site, puis effectivement de... parce

qu'on n'aime pas ça référer, là, les

consommateurs. Quand on est capables de leur répondre directement puis

de leur donner de l'information, ne pas les envoyer un peu partout au sein de

l'appareil, certainement, ces collaborations-là peuvent être développées, là.

Jolin-Barrette : ...que, dans le fond, le citoyen qui a des informations

dans des entreprises privées, des entreprises

commerciales, bien souvent, c'est parce

qu'il est un consommateur. Dans le

fond, que ça soit dans les institutions

financières, que ça soit les données qu'on donne, on va s'acheter un

ordinateur, on remplit la garantie, toutes les informations de nature

personnelle qu'on donne, bien, c'est intrinsèquement lié aussi un peu en sa

qualité de consommateur.

Puis ce n'est

pas la même chose que lorsqu'il donne des données à l'État, supposons, où, là,

c'est, supposons, des données de

nature fiscale ou des données de nature personnelle, relativement à l'entièreté

de la donnée que l'État détient sur le

citoyen, le chapeau est un petit peu différent aussi. Ça fait que ce serait peut-être

intéressant de vous intégrer dans la réflexion

avec la Commission d'accès à

l'information pour voir comment est-ce qu'on peut faire les ponts entre les deux.

Est-ce que...

Puis peut-être vous ne pourrez pas me répondre là-dessus

parce que l'accès à l'information, c'est la Commission d'accès, sauf que, dans les pratiques que vous observez au niveau,

là, des affaires, des commerces, est-ce

que vous voyez que les pratiques

commerciales font en sorte de récupérer beaucoup de données, beaucoup

plus que ce qui est nécessaire à l'exercice de l'activité commerciale

des entreprises?

Champoux (Marie-Claude) : On

n'a pas fait d'étude là-dessus. Je n'ai pas de données précises là-dessus. J'aurais tendance à vous dire : Oui, intuitivement, là, on peut

penser qu'effectivement il y a beaucoup d'information

qui est demandée au consommateur qui n'est peut-être

pas toujours nécessaire dans les circonstances. Mais on n'a pas de

données là-dessus, là. Je ne peux pas vous donner une opinion éclairée.

Jolin-Barrette : Puis,

souvent, avec l'OPC, ce qu'on constate, puis je sais... où vous intervenez,

c'est quand il y a une pratique abusive, supposons, une pratique

commerciale abusive, et où le consommateur se retrouve un peu dans une

sorte de contrat d'adhésion, puis les clauses sont là, puis il y a un débalancement,

puis là, bon, l'OPC peut intervenir, conseiller,

tout ça. Est-ce que vous pensez qu'en matière de protection des

renseignements personnels ou de... En fait, le fait de donner ces renseignements, c'est un peu la même pratique, où est-ce que

le consommateur, dans le fond, quand il veut acheter son bien ou quand il veut accéder au service qui est offert

par l'entreprise... Bien, dans

le fond, il ne consent pas vraiment,

là. Il clique «oui», il clique «j'accepte», puis ce n'est pas nécessairement

un consentement éclairé. Est-ce qu'on peut faire le parallèle entre ça puis le consentement qui est donné en matière de consommation, bien, en fait, le

contrat d'adhésion, là, si on peut dire?

Mme Champoux (Marie-Claude) : Je vais

demander à Me Théberge de vous répondre si ça vous va.

Théberge (Marjorie) : Si

vous me permettez, je ferais peut-être un parallèle. Au dernier projet de

loi sur lequel on a eu le privilège de travailler, on avait encadré un peu, par rapport

à la capacité de remboursement du consommateur,

les informations que le consommateur ou le commerçant devait

requérir. Donc, par le biais de notre loi et de notre compétence, on essaie de circonscrire ce que le commerçant peut

exiger, des éléments importants et essentiels pour arriver au but qu'il souhaite, et puis, d'un autre

côté, par rapport au consommateur, qu'il en soit bien informé et de

savoir ce qu'il doit donner et non pas nécessairement qu'il est obligé de le

faire. Donc, on croit encore que, oui, un cadre légal peut bien aider, mais la

pédagogie, l'éducation demeureront quand même un outil essentiel pour le

consommateur.

M. Jolin-Barrette : Puis la notion

de consentement, là, avec la LPC, tout ça, là, comment est-ce qu'elle... pouvez-vous nous renseigner sur comment est-ce

qu'elle est... elle est abordée comment? Comment est-ce qu'on exprime un consentement valide en matière de droit de la consommation? Peut-être ça pourra nous inspirer pour rendre

accès...

Théberge (Marjorie) : On va

souhaiter l'obtenir au moment de la conclusion du contrat. Bien entendu,

le tout doit être expliqué et déterminé, et

le consentement doit être valide, donc, et éclairé. On ne peut

pas le déduire. Le consommateur doit

l'exprimer de manière... qu'il en soit bien informé et que ce soit... qu'il

l'ait bien exprimé au moment où il contracte.

Jolin-Barrette : Puis les

groupes qui vous ont précédés nous ont dit souvent, là : Bien, tu sais, le

consommateur, il ne prend pas le

temps de lire les différents éléments puis il coche, là, quand même, là. Dans le fond, c'est un consentement, théoriquement, exprès parce qu'il y a une

manifestation positive. Ça, qu'est-ce que vous en pensez?

Théberge (Marjorie) : Bien,

c'est surtout... On essaie... Encore là, il y a un volet, beaucoup, d'éducation. On essaie de mentionner au consommateur : Oui,

c'est bien beau, dans un endroit où on arrive pour conclure un contrat...

Donc... peut-être quelques domaines. On peut parler de l'automobile, on peut

parler de vente itinérante, mais que le consommateur

ait le choix de réfléchir, il n'est pas obligé de consentir dans l'immédiat.

Donc, c'est important qu'il le sache.

Bien entendu, il y a certaines situations où il peut avoir

une certaine pression, mais on essaie que le consommateur soit bien au

fait de ses droits.

Jolin-Barrette : O.K.

J'aimerais ça qu'on revienne sur les dossiers de crédit. Dans le fond, vous dites : Bon, bien,

l'entreprise qui a pour objet le prêt d'argent, elle, dans le cadre de la loi qu'on a déposée,

elle a certaines obligations. Mais

vous dites : Il y a plein de gens qui vont ou plein d'entreprises qui vont

consulter le dossier de crédit, donc, puis qui vont récolter des renseignements de nature personnelle. Donc, vous

dites : Eux aussi devraient être visés par l'article de la loi, là,

je pense, l'article 19.

Théberge (Marjorie) : On souhaiterait que, tout comme... Bien, c'est

surtout que le consommateur puisse y

avoir accès et soit informé immédiatement quand il y a un changement à son

dossier de crédit. Souvent, le commerçant peut y ajouter des informations, et le consommateur ne le sait pas

nécessairement, et c'est pourtant lui qui aura, après ça, à se débattre

et à chercher à faire corriger si l'information qui a été inscrite est

inexacte.

Jolin-Barrette : O.K., donc,

qu'il soit avisé en temps réel de l'inscription à son dossier de crédit, parce

que, dans le fond, supposons qu'il arrive un

litige avec un commerçant ou quoi que ce soit, le commerçant peut inscrire

un message défavorable sur la cote de

crédit, sur le dossier de crédit, et là le consommateur, lui, il n'a pas

nécessairement de notification. Il l'apprend

deux, trois ans plus tard, lorsqu'il fait un prêt, un contrat de crédit ou

quelque chose comme ça.

Mme Théberge (Marjorie) :

Exactement.

Champoux (Marie-Claude) : Si

vous me permettez, plus encore, le consommateur, s'il considère que cette indication-là est injuste, il faut qu'il se batte

pour essayer de la faire enlever. Puis, pendant ce temps-là, sa cote de

crédit est quand même influencée négativement même s'il conteste

l'indication, alors que le commerçant, lui, n'a pas à se justifier. Il

l'a tout simpleme

Document details

CollectionQuebec — Committees
CitationCI 2020-09-23
Typecommittee
Volume / chapterfr travaux-parlementaires commissions ci-42-1 journal-debats CI-200923
Languageen
Formathtml
SourcePROVINCIAL
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