Health and Social Services — 9 February 2022 (42nd Legislature, 2nd Session)
CSSS 2022-02-09
Quebec — Committees
(Onze heures seize minutes)
Le Président (M. Provençal)
: Bonjour à tous. Ayant constaté le quorum, je déclare la
séance de la Commission de la santé et des services sociaux ouverte. Je vous
souhaite la bienvenue et je demande à toutes les personnes de bien vouloir
éteindre la sonnerie de leurs appareils électroniques.
La commission est réunie afin de poursuivre les
consultations particulières et auditions publiques sur le projet de loi
n° 15, loi modifiant la
Loi sur la protection de la jeunesse et d'autres
dispositions légales.
Mme la secrétaire, y a-t-il des remplacements?
Secrétaire : Oui, M. le
Président. M. Derraji (Nelligan) est remplacé par Mme Weil (Notre-Dame-de-Grâce); Mme Sauvé (Fabre),
par Mme Robitaille (Bourassa-Sauvé); M. Marissal (Rosemont), par
M. Zanetti (Jean-Lesage); et M. Arseneau (Îles-de-la-Madeleine), par M. Ouellet
(René-Lévesque).
Président (M. Provençal)
Merci beaucoup. Ce matin, nous entendrons les personnes et groupes suivants :
la Fédération québécoise des directions d'établissement d'enseignement et
Mme Geneviève Rioux.
Je souhaite,
à ce moment-ci, la bienvenue à la Fédération québécoise des directions
d'établissement d'enseignement. Vous avez 10 minutes pour votre
exposé, après quoi nous procéderons à la période d'échange avec les membres de
la commission. Je vous invite à vous présenter et je vous cède la parole.
M. Prévost
(Nicolas) : M. le Président, M. le ministre délégué à la Santé
et aux Services sociaux, chers députés membres
de la commission, bonjour, je me présente, Nicolas Prévost, président de la
Fédération québécoise des directions d'établissement d'enseignement.
Permettez-moi,
d'abord, au nom des 2 100 membres de la Fédération québécoise des
établissements d'enseignement que nous représentons, de vous remercier
de nous recevoir aujourd'hui afin de vous présenter le fruit de notre réflexion
au sujet du projet de loi n° 15 concernant la protection de la jeunesse.
Tout en sachant très bien que nous ne sommes
pas des spécialistes de la santé et des services sociaux, loin de nous
l'intention de faire des recommandations spécifiques sur les différents
aspects du projet de loi.
Cependant, comme collaborateur de premier plan,
la fédération tient, d'entrée de jeu, à souligner la grande importance qu'elle
accorde à ce projet de loi. Ses membres étant d'ores et déjà engagés dans la
prestation de services éducatifs aux enfants, de leur sécurité et leur
bien-être, tout cela nous tient évidemment bien à coeur. Nous saluons votre
souhait de mettre l'enfant au coeur des actions et des futures décisions.
Nous pensons, toutefois, et c'est là l'essentiel
de nos propositions, qu'une meilleure collaboration entre le réseau de l'éducation et la protection de la
jeunesse pourrait s'avérer très utile à votre projet d'amélioration du système
actuel. Les constats du passé nous démontrent un travail colossal des
intervenants des services sociaux et du réseau scolaire, mais nous notons de trop nombreux constats d'échec quant à
l'aspect collaboratif. Les enfants passant beaucoup de temps à l'école,
le personnel de nos équipes-écoles est en effet bien placé pour détecter tout
changement dans l'attitude ou le comportement des enfants susceptibles de subir
de la maltraitance, et je sais qu'il serait très heureux de pouvoir y
contribuer davantage.
Mais, avant d'aller plus loin, j'aimerais vous
présenter ma collègue, Mme Élizabeth Joyal, secrétaire de la Fédération
québécoise des directions d'établissement.
Mme Joyal (Élizabeth) : M. le
Président, M. le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, chers
députés membres de la commission, bonjour. J'aimerais, moi aussi, vous
remercier de nous recevoir aujourd'hui afin d'apporter notre contribution au
perfectionnement de ce projet de loi si important pour les enfants issus d'un
milieu familial dysfonctionnel et non sécuritaire car la maltraitance peut
évidemment nuire aux résultats scolaires et à la réussite éducative des enfants
qui vivent dans un milieu familial inadéquat. Vous êtes bien placé pour le
savoir. Bénéficiant des compétences nécessaires pour diagnostiquer les
problématiques susceptibles d'affecter la vie des enfants que nous éduquons,
notre position privilégiée de proximité au quotidien peut s'avérer d'une grande
utilité pour celles et ceux qui ont la responsabilité de protéger leurs droits,
mais encore faut-il s'assurer de tirer avantage de cette position privilégiée.
Nous serons heureux de contribuer à l'émergence
d'un système plus efficace de protection de nos enfants en vous avertissant
formellement de toute situation potentiellement problématique que pourraient
vivre les enfants que nous côtoyons dans le cadre de
notre mission éducative. L'école peut, en effet, apporter son soutien aux
enfants en difficulté, ne serait-ce que par l'entremise d'un signalement. Des
points de contact statutaires ou automatiques lorsqu'un enfant change de milieu
familial, par exemple, permettraient également à nos réseaux respectifs
d'assurer une transition plus harmonieuse des enfants vers le nouvel environnement,
incluant le réseau scolaire.
Le meilleur suivi des
enfants que permettrait une plus grande collaboration entre le réseau de
l'éducation et celui de la protection de la jeunesse assurerait, nous en sommes
convaincus, le resserrement des mailles du filet de protection que nous
souhaitons optimiser ensemble tout en maintenant l'enfant au coeur de nos
décisions. Merci.
Le Président
(M. Provençal)
: Merci
beaucoup pour votre exposé. Alors, nous allons débuter cette période d'échange
avec M. le ministre. Alors, je vous cède la parole.
M. Carmant :
Et j'ai combien de temps?
Le Président
(M. Provençal)
: Vous
avez 15 min 15 s.
M. Carmant : Quand même,
15 minutes, O.K., d'accord. Bien, merci beaucoup. Merci pour votre témoignage.
Je dois vous dire que je suis extrêmement touché de votre présence aujourd'hui.
Je pense que ça envoie un message puissant
de l'implication puis des liens qu'il faut tisser entre les services aux jeunes
et les écoles primaires et secondaires.
Moi,
ce que j'aimerais vous dire, c'est qu'une des choses qui me tient vraiment
beaucoup à coeur, c'est qu'on puisse améliorer, d'abord, peut-être, ces liens
qui sont entre les services scolaires et les services de première ligne.
Pendant la pandémie, j'ai parlé quasiment à chaque semaine, là, pendant la
première vague, là, au directeur de la protection
de la jeunesse, et ils ont fait des... ils ont créé des ponts avec le milieu
scolaire, mais je pense qu'il faut également créer des ponts
avec les services de première ligne.
Par exemple, dans mon
comté, il y avait très peu de liens entre les écoles et les services, les
centres de pédiatrie sociale. Les écoles ne connaissent pas les services de
première ligne, les services SIPPE pour les mamans qui sont en difficulté, le service CAFE pour les enfants qui font des
crises ou qui ont des pensées suicidaires, le service négligence pour
les enfants qui n'ont pas de lunch, qui n'ont pas de... qui sont mal habillés,
qui sont mal... tu sais, dont les soins
personnels sont douteux. Puis, comment on peut renforcer ces liens-là, faire
qu'on passe par cette première ligne avant d'aller à l'aide à la
protection de la jeunesse, j'aimerais ça vous entendre là-dessus.
M. Prévost
(Nicolas) : Bien, dans un premier temps, j'aimerais réitérer qu'on est
nous aussi très heureux d'être ici aujourd'hui et de représenter nos directions
d'établissement, parce que c'était effectivement très important. L'enjeu de nos jeunes ressources, la protection de
la jeunesse, là, c'est vraiment un enjeu qui nous tient vraiment à coeur.
Maintenant,
sur les services de... dans le fond, c'est d'être... de travailler en amont, de
travailler en prévention, je comprends bien. Je pense qu'il se
développe, dans les derniers temps, avec l'apparition d'Agir tôt, entre autres,
où il y a eu beaucoup de rencontres qui ont été mises en place et, je vous
dirais, un partage de connaissances entre ces divers réseaux là... Je pense que
le fait de mettre en place Agir tôt et de le mettre de façon plus structurée va
aider le milieu scolaire à justement faire appel à des instances de premier
niveau, de première ligne pour aller vraiment en prévention, ce qui serait
toujours mieux, bien entendu.
Bon, avec l'arrivée
aussi de nos petits de maternelle quatre ans dans les dernières années, je
pense qu'il faut aussi consolider cette présence-là vers des organismes qui
existent déjà. Oui, on y voit là une grande importance. Maintenant, comment le
mettre en action, ça va beaucoup avec des recommandations qu'on a faites, dans
notre mémoire, d'approche collaborative, que les instances puissent se
rencontrer, apprennent à se connaître et connaissent ce qui se passe dans les
différents milieux. Donc, ça, ça peut être un moyen qui va faciliter grandement
comment on pouvoir aller vers les services de proximité.
M. Carmant : Super, merci. En plus, c'est Agir tôt qui vous aide à faire ça. Moi, je
suis extrêmement heureux. Je n'y avais même pas pensé.
M. Prévost
(Nicolas) : Ah! ça ne nuit pas.
M. Carmant :
Super. Bon, maintenant, au niveau de la protection de la jeunesse, l'enjeu
qu'on a puis qu'on vit, puis je pense que c'est un petit peu ce que je lis
quand je lis votre mémoire, c'est que, quand même, 60 % des signalements
ne sont pas retenus. Puis je vais vous dire qu'avec la pandémie les
signalements ont augmenté, mais le taux de rétention, lui, au contraire, il est
en train de baisser. Donc, comment, selon vous, on renforcit ou on clarifie les raisons qui vont faire que la protection de la
jeunesse va intervenir ou quels mécanismes on peut mettre sur pied pour que
tant de signalements ne soient pas rejetés? Puis je dois vous dire que, tu
sais, aux congés scolaires, c'est spectaculaire, là, tu sais, quand
l'école ferme, là, le nombre de signalements baisse drastiquement, là, il faut
se l'avouer, ça.
Donc, qu'est-ce qu'on
peut faire pour s'assurer que les signalements soient pas plus pertinents,
parce qu'ils sont tous pertinents, mais
soient... vont être mieux reçus et ont plus de chances d'être retenus? Parce
que, vous le savez, je suis sûr, chaque signalement mérite du temps
terrain, mérite une enquête, mais, tu sais, même ceux qui ne sont pas retenus
ne sont pas juste : Ah non! On ferme, là. Il y a toujours quelque chose
qui se fait quand la DPJ reçoit un signalement. C'est pour ça que j'aimerais
que ce soit... au moins que ça passe par la première ligne, mais, si on est vraiment inquiets, là, que l'enfant est compromis,
qu'est-ce qu'on peut faire pour clarifier les critères de compromission
qui vont faire qu'un signalement va être retenu?
Mme Joyal
(Élizabeth) : Encore une fois, par des tables où on pourra discuter de
ces critères, où l'école pourrait être
partie prenante, en ce sens que nous
observons des choses sur le terrain qui, peut-être, seraient des indices
supplémentaires s'il y avait un échange, tout d'abord, pour ces indices-là,
parce qu'au moment où un signalement n'est pas retenu, une fois que l'école a
fait le travail, c'est difficile de savoir pourquoi selon l'enquête qui a été
menée, parce que les détails de l'enquête ne sont jamais tous communiqués pour
des raisons évidentes. Donc, à ce moment-là, s'il y a une discussion sur
pourquoi... Par exemple, c'est nommé dans notre mémoire, mais les signalements
que nous avons l'obligation de faire en tant que direction d'école pour les
enfants qui ne fréquentent pas de façon assidue, régulière, c'est souvent un
premier indice important de problèmes à la maison, et, dans cette situation-ci, il y aurait une autre instance qui
pourrait y répondre dans les autres programmes sociaux, là, qui supportent...
Donc, on comprend qu'il peut y avoir beaucoup de
situations qui sont portées à l'attention de la DPJ, mais ça, c'est quand même un drapeau important, la
non-fréquentation, qui est, d'ailleurs, une obligation pour nous, mais qui
n'est pas toujours une priorité du côté DPJ, pour toutes sortes de
motifs qui leur appartiennent puis qui ne me sont pas communiqués, mais, d'un
premier coup d'oeil, cet enjeu-là semble important.
M. Carmant : D'accord. Donc,
ces tables-là ne sont pas monnaie courante, alors?
Mme Joyal (Élizabeth) : Pas du
tout, en tout cas, pas à ma connaissance. Les tables ou les directions, de
façon régionale ou sectorielle, directement... Les directions qui sont
interpelées dans des dossiers directement, non. On est
partie prenante. Une fois qu'un dossier est ouvert, une fois
qu'une enquête est en branle, à un certain point, oui, mais il y a
d'autres choses qui peuvent être faites, oui.
M. Carmant : J'espère que les
changements qu'on apporte à la loi, au niveau de la confidentialité, pourront aider. Ça, c'est un très grand point. Bon,
parlons-en, des absences répétées. Quels sont les critères de non-fréquentation
scolaire qui mènent à un signalement? Parce
que, pendant la pandémie, on a vu une explosion, là, de ces signalements-là.
Est-ce qu'il y a des... C'est quoi, c'est
comme deux jours pas à l'école sans avertir? Comment vous gérez ça ou est-ce
que ça varie d'un établissement à l'autre?
M. Prévost (Nicolas) : Il n'y a
pas de critère, là, écrit ou prescrit par aucune loi ou peu importe, donc c'est
vraiment par la gestion de chaque
établissement scolaire. Bien entendu, bon, ça peut effectivement varier d'un
établissement à l'autre, mais je vous
dirais... Là, il faut... Quand on va faire un signalement au niveau de la
protection de la jeunesse concernant des absences des élèves, c'est
vraiment dans des cas, là, où on a une absence prolongée, là, sans motif raisonnable. Puis là on peut vous parler, là, de
semaines, là, un exemple, un deux semaines ou, encore là, des absences
ponctuelles, tu sais, une à deux journées par semaine, mais qui sont sur une...
tu sais, qui sont sur une durée quand même importante, et surtout avec
des motifs d'absence qui ne nous apparaissent pas justifiés.
Maintenant, il n'y a pas de... il n'y a pas...
Mais je tiens à souligner que c'est effectivement, pour nous, une problématique de... Pour faire un bon... Il n'y a
pas de mauvais ou de bon signalement. Ce n'est pas ce que je veux dire.
Mais, pour s'assurer de faire les choses correctement, il faudrait aussi
connaître les critères, tous les critères qui sont d'office. Là, nous, on y va avec le personnel qu'on a dans nos
établissements, qui ont des connaissances plus fines, nos psychologues,
nos psychoéducateurs, qui nous servent de référents à ce niveau-là, mais on n'a
pas de retour, comme Mme Joyal le disait tantôt, quand ce n'est pas
retenu. Pourquoi? Donc, ça nous aiderait peut-être à comprendre et à mieux... à
faire des signalements de façon différente.
M. Carmant : Puis,
moi, les DPJ me disent que, pendant la pandémie, un des gains qu'on a faits,
c'est qu'on a eu ce rapprochement
entre la protection de la jeunesse et le réseau scolaire. Êtes-vous d'accord ou
il y a encore beaucoup de pas à faire?
M. Prévost (Nicolas) : Oui, il
y a eu un certain rapprochement, mais il y a encore beaucoup de pas à faire, M.
le ministre. Et la pierre n'est pas seulement dans la cour de la DPJ, là. La
pierre est aussi dans la cour du réseau scolaire,
là. On n'est pas sans faute ou sans tache dans tout ça, nous, non plus, là. Des
fois, c'est dans notre propre réseau qu'on
aurait à clarifier et à stabiliser certaines choses pour améliorer cette
collaboration-là, parce que, qui dit collaboration... Ça se fait à deux,
là, ce n'est pas seulement de lancer la pierre dans les réseaux sociaux puis
dire... tu sais. Donc, nous aussi, on a des modifications à faire puis des changements
à faire. Je ne sais pas si, Élizabeth, tu voulais...
Mme Joyal (Élizabeth) : C'est
M. Carmant : Et,
si vous auriez une recommandation, une demande pour faciliter ce rapprochement,
qu'est-ce que ce serait?
M. Prévost (Nicolas) : Bien, on
voit, dans le projet de loi, que le directeur national a quand même un rôle
d'établir des forums, forums de discussion, bon, avec les différents
intervenants aux niveaux régionaux, entre autres, mais nous, on croit qu'il
serait pertinent que quelqu'un du réseau scolaire puisse... parce qu'on voit,
dans le projet de loi, qu'il y a quand même une certaine latitude au directeur
national de choisir les gens qui pourraient être présents. Je pense, ce serait
très pertinent qu'il y ait quelqu'un qui représente le réseau scolaire
justement pour qu'il y ait cet arrimage-là puis une discussion pour qu'on
puisse... que ça se répercute sur le terrain.
M. Carmant :
D'accord, j'ai bien entendu. Est-ce que... Comment on pourrait... Est-ce qu'on
devrait... Mais peut-être qu'ils n'ont pas le temps non plus, là, puis je
comprendrais très bien. Justement, les professionnels dont vous parlez, qui
sont dans les écoles, est-ce qu'ils pourraient contribuer plus? Est-ce qu'il y
aurait moyen de travailler avec eux, quand je parlais de collaboration de
première ligne, milieu scolaire, par exemple, ou...
Mme Joyal (Élizabeth) : Oui. Il
y a toujours façon de collaborer, j'ai envie de dire. Ce n'est pas qu'il y a
une non-collaboration, c'est qu'elle n'est peut-être pas sur une base
suffisamment fréquente. Puis ce qui s'échange, aussi, est très important. Donc,
vous en parliez tantôt, la portion de la confidentialité vient jouer, mais
est-ce qu'on peut impliquer davantage les professionnels? Assurément. Ils sont,
d'ailleurs, impliqués à chaque fois qu'il y a un dossier pour les élèves, ça ne
relève pas entièrement de la direction de l'école. Évidemment, ce sont tous les
intervenants de l'école qui sont impliqués à ce moment-là.
M. Carmant : D'accord. Donc,
les signalements sont... il y a un certain protocole pour signaler. Ce n'est
pas comme : le professeur prend le téléphone, là.
Mme Joyal (Élizabeth) : Ça peut
être le professeur prend le téléphone aussi, mais il y a toujours échange, dans
l'équipe-école, sur une situation pour un élève. Après ça, on détermine qui
doit faire l'appel, là. Mais ça, ça peut varier d'un établissement à l'autre,
ce n'est pas un protocole établi de façon formelle, dans les CSS ou au sein
même des établissements, ça peut varier.
M. Carmant : Parfait. Merci
beaucoup. M. le Président, avec votre consentement, je passerai la parole à la
députée de Soulanges.
Le Président (M. Provençal)
: Oui. Mme la députée, à vous.
Mme Picard : Merci, M. le Président. Le projet de loi prévoit
des mesures de transition et d'accompagnement personnalisé pour les
jeunes sous la protection qui atteignent l'âge adulte. On connaît l'importance
de l'éducation et de la formation
professionnelle pour assurer un avenir à ces jeunes et favoriser leur
autonomie. Quel rôle peuvent jouer les directions d'établissement dans
ces mesures de transition et d'accompagnement personnalisé?
M. Prévost
(Nicolas) : Bien, tout d'abord, il faut souligner que c'est
une bonne nouvelle, maintenant, qu'il y ait cet accompagnement-là qui se
poursuit sur une plus longue période, là, avec les élèves qui sont plus vieux
et qui, oui, fréquentent nos établissements, là, en formation générale
des adultes et en formation professionnelle. Le rôle de la direction
d'établissement va être sensiblement le même, que l'on... même si l'élève est
plus vieux. Il y a quand même un rôle
important d'un suivi à travers ces établissements-là que sont la formation
générale des adultes et de formation professionnelle, de s'assurer quand même
d'un suivi, d'une mise en place des actions qui ont été déterminées par la protection
de la jeunesse et, souvent, des actions qui sont mises en place dans
l'établissement scolaire.
Et ça m'amène... la question est très
pertinente, ça m'amène sur l'enjeu de... collaboratif, encore, mais sur l'enjeu
de... Il y a des plans d'intervention, souvent, dans nos établissements
scolaires et il y a des plans d'action au niveau, souvent, de la protection de
la jeunesse. Et, encore là, souvent, trop souvent malheureusement, il n'y a pas
de concordance entre les deux plans d'action qui devraient se parler, en
quelque part. Parce que les moyens qui sont mis en protection de la jeunesse
devraient se poursuivre dans le milieu scolaire, et ce qui est mis en place
dans le milieu scolaire devrait avoir un certain suivi au niveau familial, au
niveau de la santé et des services sociaux aussi.
Donc, on a deux... tu sais, deux gens qui...
deux instances qui travaillent très, très fort à mettre en place des choses, mais, malheureusement, pas assez souvent,
les deux... il y a croisement dans les plans d'action, et ça se répercute
aussi aux adultes et en formation professionnelle. Parce que, là, ce n'est pas
parce que ces élèves-là sont plus vieux qu'ils n'ont pas besoin d'un suivi et
d'un encadrement de la part... Et c'est le rôle de la direction de s'en
assurer.
Président (M. Provençal)
: Il
reste 20 secondes. Ça va? Alors, merci beaucoup, M. le ministre. Je vais
maintenant céder la parole à la députée de Notre-Dame-de-Grâce pour les
10 min 10 s suivantes.
Mme Weil : Merci, M. Prévost, Mme Joyal. Et, comme
le ministre, je vais vous dire que... très, très contente que vous soyez là. Et vous savez, comme député, on est
sur le terrain, il y a des organismes communautaires et l'école — ...
Mme Weil : ...ça va
mieux, là, comme ça? — et
c'est l'école qui est vraiment le centre de vie dans une communauté. Et j'ai
découvert récemment, puis ce n'est pas le programme provincial, mais c'est un
programme de la ville de Montréal, qui identifie, avec les commissions
scolaires... ce n'est plus des commissions scolaires, mais les centres... je
pense c'était avec les commissions scolaires, mais le programme existe
toujours, pour identifier les familles
vulnérables. C'est comme ça que c'est dit. Et moi, je suis allée visiter ce
centre, je ne connaissais pas le programme. Et donc le centre
communautaire organise des événements pour l'été, ils font un peu de... C'est
surtout beaucoup de jeunes
Noirs, mais plus anglophones. Donc, il y a des cours de français, ils font un
peu d'activité physique. En tout cas, c'est extraordinaire. C'est le centre
Loyola. Et c'est un organisme, vraiment, là, qui a toujours besoin de
financement, etc. Vous savez, tous les organismes communautaires
cherchent de l'argent, mais ça donne des résultats.
Alors... et,
il y a 20 ans, j'étais à la régie régionale... Juste pour vous expliquer
pourquoi je pense que nous deux, le ministre
et moi, et tous ceux qui sont ici, on est content de vous recevoir. Il y a
20 ans, quand on avait de la régionalisation, j'étais à la régie
régionale de Montréal, et on voulait faire, avec la Santé publique, qui était
régionalisée à l'époque, parce qu'on avait identifié les poches de
vulnérabilité partout à Montréal, un «reaching out» vers le système scolaire, parce qu'on se disait : On ne peut pas faire
ça tout seul. Ça n'a pas été possible à l'époque. Donc, vous mettez le doigt
sur quelque chose de bien important, donc comment faire en sorte que...
c'est plusieurs partenaires. Il y a DPJ, mais il y a la prévention, les
organismes communautaires, comme disait le ministre. Comment... Vous allez
peut-être vous répéter, mais je veux bien comprendre. Qui vous voyez à cette table, bien, c'est-à-dire, dans cet effort
pour créer cette société bienveillante, comme la commission spéciale nous
recommande? Et vous êtes au coeur de ça,
hein, vraiment au coeur, vous voyez les enfants et les parents tous les jours.
Qui vous voyez, dans cette... les acteurs qui peuvent faire une différence,
s'ils sont en communication? Vous, vous avez mentionné DPJ, ça, je le
comprends, vous faites des signalements, mais parmi les autres acteurs qui
seraient importants pour vous, au-delà des professionnels.
M. Prévost (Nicolas) : Bien, je
crois, comme vous l'avez mentionné, que l'école étant le milieu de vie de ces
enfants-là quotidiennement, bon, j'ai un peu... tantôt, en vous disant que, sur
le... bon, le directeur national, je pense que, oui, il devrait avoir... Puis,
quand je parle quelqu'un du réseau scolaire, je parle de quelqu'un du réseau terrain. Et ce que je veux expliquer, c'est qu'il
y a des gens qui sont dans les centres de services, qui font de l'excellent
boulot, mais ils ne sont pas sur le terrain des vaches, à vivre des situations
dans nos écoles.
Vous avez
parlé des professionnels. Je vois effectivement un lien quand même assez
direct, c'est nos référents, on l'a
dit, c'est eux qui ont le plus de connaissances à ce niveau-là, donc ça peut
être eux. Mais, si on va au-delà de ça, moi, je vois vraiment le rôle aussi d'une direction d'établissement qui
a, je vous dirais, une vue d'ensemble, aussi, de ce qu'il se passe dans l'établissement, qui a
peut-être moins la vue compartimentée que l'avis de l'enseignant, de l'éducatrice
du service de garde, donc, cette vue plus
globale là. Puis, je vois aussi une présence, pas seulement au niveau national,
mais aussi au niveau régional, de vraiment rapprocher les deux groupes.
Mme Weil : ...puis c'est sûr
que je ne pose pas trop de questions sur comment ils se sont retrouvés, mais
les travailleuses sociales des CISSS et CIUSSS qui sont aussi, des fois... ils
sont interpelés, parfois, ils connaissent... Bien,
chez nous, en tout cas, N.D.G, Côte-des-Neiges, ils semblent bien connaître
leur milieu, mais ils comptent beaucoup sur les organismes
communautaires pour les allumer. Ils connaissent la DPJ, ils sont... Donc, il y
a des choses qui se passent dans certains... Il faudrait repérer les efforts
qui ont été faits.
Vous, est-ce
que vous faites... Donc, vous, vous allez à la DPJ surtout, hein, c'est ça,
votre... Et je comprends, je
comprends, même s'il y a trop de signalements, mieux vaut être, comment dire,
sûr que de prendre des chances, hein? Alors, moi, je comprends tout à
fait ce réflexe. Et je l'ai appris lors de la COVID, la première vague, l'étude
qui a été faite, parce qu'il y avait eu une baisse de signalements, et, quand
l'école a repris, on a vu que l'école joue un rôle très important.
Donc, essentiellement, je vais laisser... Je
veux juste d'être sûre que... parce que c'est vraiment une occasion en or de
vous avoir, mais je vais... Oui, vas-y avec ta question. Avec la permission du
président...
Le Président (M. Provençal)
: Oui. Mme la députée de Bourassa-Sauvé, à vous la parole.
Mme Robitaille : Merci,
M. le Président. Bien, Mme Joyal, M. Prévost, merci d'être là. C'est
vraiment important. Comme disait ma collègue, l'école est vraiment un
centre de vie, hein, pour nos jeunes. J'aimerais qu'on se parle de la
confidentialité. Le ministre en a parlé tout à l'heure, mais je pense que c'est
une question très importante. Et puis vous en parlez aussi dans votre mémoire,
vous dites : «La loi devrait empêcher qu'un parent choisisse de ne pas divulguer certaines informations en prétextant
leur confidentialité, lorsque la sécurité d'un enfant est en cause.» Bien,
évidemment, c'est un sujet délicat. Il y aura
des amendements, aussi, qui vont chercher à circonscrire autrement la confidentialité. Jusqu'où... Est-ce qu'on devrait
interpréter la définition de «confidentialité» d'une façon plus large qu'elle
l'était avant? Puis jusqu'où on peut aller? Donnez-nous un petit peu des...
Mme Joyal
(Élizabeth) : J'ai envie de
vous répondre qu'on veut être
partie prenante de cette confidentialité-là,
comme direction d'école. Là, je m'exprime comme une directrice. Nous allons
tenir cette confidentialité-là, aussi, au regard
des informations qui pourraient nous être transmises. On comprendrait aussi
qu'on ne va pas nous donner la totalité des infos.
Ceci étant dit, les propos qui sont mentionnés
dans ce mémoire font référence à des situations vécues déjà. C'est-à-dire un
élève nous est confié, il change de milieu, il arrive dans notre école, et,
parce qu'un parent ne souhaite pas divulguer
certaines portions d'informations, on n'y aura pas accès. Et c'est à ce
moment-là que, des fois, les
interventions qui peuvent être mises en place ou les réactions qu'on pourrait
avoir dans le milieu pour bien traiter le dossier ne nous seront pas
acheminées, et ce sera le parent qui en aura décidé.
Je questionne qui devrait être le gardien de ce
qui doit être communiqué ou pas. Dans ce cas-ci, ce que j'en comprends, c'est que, maintenant, c'est le parent
qui en fait le choix. Est-ce que ça ne pourrait pas plutôt être l'intervenant,
l'agent porteur du dossier, je questionne ça, pour, au
final, mieux traiter un dossier d'élève puis se retrouver avec un dossier bien traité pour cet enfant-là, l'enfant
au coeur de la décision? Le parent, on comprend qu'il a des droits au regard
de tout ça, mais qu'en sera-t-il de ce que nous pourrons faire pour cet enfant?
Mme Robitaille : Est-ce que
l'enfant devrait avoir plus de pouvoirs? Je m'explique. Parce que c'est sûr
qu'au primaire peut-être que c'est plus délicat, mais, quand il est adolescent,
est-ce qu'il ne devrait pas avoir plus de pouvoirs
à savoir quoi partager et, si on lui pose des questions à l'école, pouvoir
répondre librement aux questions qu'on lui pose?
Mme Joyal (Élizabeth) : Bien,
tu sais, à l'école, l'enfant qui est questionné choisit de donner des réponses ou de ne pas en donner. Quand nous, on fait
référence à la confidentialité, on parle de celle qui nous sera communiquée
de façon officielle et de façon vérifiée. Donc, les élèves, même au primaire,
choisissent de s'exprimer, des fois pas. Les propos ne sont pas nécessairement
invalides, mais ils valent toujours mieux... qu'ils soient vérifiés par un
intervenant qui est dans ce dossier-là et qui s'implique. Donc, à partir de là,
c'est plutôt quand le parent choisit de dire :
Bien, je ne veux pas qu'on dise ça. Si ça peut être nuisible au développement,
au traitement, pourquoi gardons-nous la chose confidentielle, alors
qu'elle pourrait être utile? Dans certaines autres situations, ce n'est pas
grave qu'on n'ait pas l'info. On ne veut pas nécessairement dire qu'on veut
tout, mais on veut le maximum pour pouvoir bien faire les choses.
Mme Robitaille : Donc, si je
vous entends comme il faut, le parent ne devrait pas avoir le pouvoir absolu de
décider qu'est-ce qui doit être dit et pas dit. L'intervenant pourrait aussi
avoir un certain pouvoir, dans certains cas, à confier, là, à l'école certains
éléments importants.
Mme Joyal (Élizabeth) :
L'enfant au coeur de la décision.
Mme Robitaille : En ce moment,
là, dans les... pratico-pratique, là, est-ce que les intervenants de la DPJ ont
souvent des rapports directs avec l'école?
M. Prévost (Nicolas) : Avec les
intervenants de l'école, à l'heure où on se parle, oui, mais très peu, dans le
sens où les intervenants de la protection de la jeunesse vont se manifester,
là, dans un établissement scolaire. Ils sont surtout
là dans un but de rencontre avec l'enfant, il y a très peu d'échange, très,
très peu d'échange avec les intervenants scolaires lors des visites de la
protection de la jeunesse. Et l'inverse est aussi vrai de notre côté, là, tu
sais? Comme je vous dis, nous, on a des affaires aussi à faire, on a des
changements à faire aussi pour transférer l'information qu'on a à l'école vers
la protection de la jeunesse aussi. Mais il y a très, très peu, très, très peu
de communication.
Mme Robitaille : Donc, vous en voudriez beaucoup plus, là, un
changement de paradigme, là, pour qu'il y ait plus d'échanges, plus de
fluidité entre les différents partenaires?
M. Prévost (Nicolas) : Écoutez,
j'ai été direction d'établissement pendant 21 ans, et très rarement on
sait quand les intervenants de la DPJ vont
venir à l'école, là. Un matin, ils cognent, ils viennent voir notre secrétaire
puis ils disent : Aujourd'hui, je viens rendre visite à tel élève.
Donc, on l'apprend là.
Mme Robitaille : Mais un
enseignant ne pourrait pas appeler un intervenant directement, disons qu'il
sent que quelque chose ne va pas ou... Il n'y a pas d'échange direct,
nécessairement?
M. Prévost
(Nicolas) : Oui. Bien, le
personnel scolaire pourrait aussi, quand même, communiquer directement avec
l'intervenante, s'il y avait des modifications dans le comportement de l'élève,
exemple. Tu sais, souvent, on a le nom, quand même, de l'intervenante
qui s'occupe du dossier. Mais il y a très, très peu d'échange, là, des deux côtés.
Mme Robitaille : Merci. Donc,
ce serait à favoriser?
M. Prévost (Nicolas) :
Définitivement.
Mme Robitaille : O.K. Parfait.
Merci. Vas-y.
Le Président (M. Provençal)
: Merci.
Mme Weil : Je connais moins... Excusez-moi, ça va... Je
connais moins comment ça fonctionne dans le système scolaire, mais donc...
Parce qu'on a beaucoup parlé hier de, justement, cette question de sensibilité
par rapport à certaines informations et, tout de même, protéger l'enfant
à long terme, même, sa réputation, etc. Donc, ça a été recommandé par des ordres professionnels qui sont venus hier,
des psychoéducateurs, qu'il y a moyen de faire en sorte de transférer
l'information d'un professionnel, membre d'un ordre professionnel, à l'autre.
Parce que chacun a cette sensibilité, cette formation pour savoir, O.K., quelle
information devrait être transmise et comment. Est-ce que vous voyez ça dans votre milieu, éventuellement? Parce qu'il y
aura certainement, bon, des discussions au ministère, un règlement, etc.,
sur comment cette
disposition de la loi va s'actualiser. Que pensez-vous de cette approche-là, au
lieu de laisser ça entre les mains de la famille qui va peut-être
vouloir peu dire, on ne sait pas, mais de professionnel en professionnel, d'une
institution à l'autre?
M. Prévost
(Nicolas) : Sans ouvrir les valves, là, complètement, il ne faut pas
non plus être réfractaires à... Tu sais, je comprends nos professionnels, là,
on discute souvent avec eux, puis, oh! tu sais, là, sous le couvert de l'ordre
professionnel, de transmettre les informations, puis qu'ils veulent le faire
avec les bonnes personnes, au bon moment... Mais il ne faut pas freiner ça non
plus, là. Tu sais, il ne faut pas ouvrir, bon, que ça devienne public, mais il
faut encourager ce discours-là que plus les gens seront au courant et mieux on
va pouvoir intervenir avec l'enfant. Donc, oui, bien, il y a encore du travail
à faire à ce niveau-là. C'est, à notre avis, encore assez fermé.
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup. Nous allons poursuivre avec le député de
Jean-Lesage.
M. Zanetti : Merci, M. le Président. Merci beaucoup. Je voudrais continuer sur la
question de la confidentialité. Est-ce
que vous pourriez nous donner des exemples de choses qui peuvent arriver parce
qu'il y a un manque de communication ou parce que, disons, la
confidentialité a été, disons, interprétée avec des critères trop serrés, là,
puis qu'il vous a manqué de l'information, puis que ça a entraîné des préjudices
pour l'enfant?
M. Prévost
(Nicolas) : Oui, je peux vous donner des exemples très concrets.
M. Zanetti :
Sans nommer les noms, évidemment.
M. Prévost (Nicolas) : Non, non, non. Très souvent, dans les milieux
défavorisés, on voit l'arrivée de nouveaux étudiants, dans nos établissements,
parce qu'ils ont été placés dans une famille d'accueil. Le dossier scolaire
va suivre très rapidement, mais le dossier d'aide, donc tout ce qui a trait aux
services, justement, d'encadrement au niveau psychosocial
ou comportemental, lui, il ne suit pas ce dossier-là, tant que les
professionnels ne s'échangent pas l'information, parce que le
professionnel ne veut pas le faire avec la direction d'école ou ne veut pas le
faire avec l'enseignant.
Donc, on a un nouvel
élève qui est là, j'ai ses notes de bulletin, je sais que l'élève vit des
difficultés, mais je suis... je ne peux
pas... le plan d'intervention ne suit pas, il y a des choses qui ne suivent
pas, parce que, sous l'aspect... sous la raison de la confidentialité,
les gens ne veulent pas transférer tout de suite. Et parfois je dois vous dire
que le transfert entre professionnels, ça peut prendre beaucoup de temps avant
que ça se fasse. Pas parce que ce n'est pas un souci qu'ils ont de le faire,
mais, bon, vous connaissez, comme nous tous, là, l'enjeu des professionnels
dans le réseau scolaire...
M. Zanetti :
Ils sont dans le jus.
M. Prévost
(Nicolas) : ...qui font parfois cinq, six, sept, huit établissements
scolaires, là. Donc, on vit avec cet enjeu-là de confidentialité qui part... et
là on n'est pas capable de mettre en place rapidement des choses qui pourraient
aider l'élève dans son cheminement.
M. Zanetti :
Et, dans le scénario, par exemple, ou le plan d'intervention suivrait le
dossier de l'élève, là, le dossier normal, comment est-ce que... qui aurait
accès à ça? C'est-à-dire que j'imagine que ce n'est pas : vous le recevez
puis là vous le mettez sur votre site Internet, là. C'est dans un dossier, puis
là il y a les directeurs qui peuvent le voir. L'enseignant qui... Dans le fond,
comment est-ce que vous pouvez assurer la confidentialité de ces données là
confidentielles que vous recevriez?
M. Prévost
(Nicolas) : Oui. L'accès au dossier d'aide, là, elle est très... je
vous dirais, elle est accessible seulement aux intervenants, donc directions
d'école, enseignants et les intervenants qui sont... qui ont à travailler avec
l'élève. Seulement ces personnes-là ont accès au dossier d'aide. Sinon, ce
n'est pas... il n'y a pas d'autre accès.
M. Zanetti :
O.K. Puis ce que ça permettrait de faire, si je comprends bien, c'est que ça
permettrait de mettre en oeuvre le plan d'action plus rapidement, de soutenir
l'élève plus rapidement, sinon, bien, il peut y avoir un trou de service de
trois mois, six mois, peut-être?
Mme Joyal
(Élizabeth) : ...
M. Zanetti :
Des erreurs d'intervention? Comme par exemple, mettons...
Mme Joyal
(Élizabeth) : Bien, je ne sais pas, tout dépendant ce qu'un enfant
peut vivre puis la raison pour laquelle on l'a déplacé. Il y a des enjeux
importants de diverses natures. Il y a des erreurs qui peuvent être commises
involontairement par des intervenants, en mentionnant des choses, en suggérant
des choses, en ne sachant pas ce que l'élève a vécu. Donc, à partir de là, je
pense que, pour améliorer la qualité de l'intervention, si l'info se transmet
rapidement, nous, on évite ces erreurs-là puis on assure la qualité des
services auxquels on est tenu, là.
M. Zanetti :
Puis, dans les choses dangereuses qui peuvent arriver, là, qu'est-ce qu'on
peut... Qu'est-ce qu'il peut arriver, mettons, qui est... parce que vous ne
savez pas qu'un tel parent, mettons est violent, puis là, bien, vous le
contactez, puis là je ne sais pas... Qu'est-ce qu'il peut arriver de...
M. Prévost
(Nicolas) : Bien, qui a accès, qui peut contacter l'élève en question,
déjà, là.
M. Zanetti :
O.K. Ça, il faut... Ça, vous ne le savez même pas?
M. Prévost
(Nicolas) : Bien non, des fois, on l'apprend très tard, trop tard.
Certaines interventions, comme Mme Joyal le dit, interventions de niveau
pédagogique, des fois, l'élève, sur certains retards d'apprentissage ou qui ne sont pas connus ou soumis, qui amènent des
troubles de comportement, exemple... Mais, si on confronte l'élève à ses
troubles d'apprentissage directement, bien
là, on fait exploser l'élève. Donc, si on était en amont, bien, on éviterait ce
type d'intervention là.
Puis
j'attirerais aussi votre attention sur une
partie du mémoire, sur les enfants
qui sont scolarisés à la maison, parce qu'on en a de plus en plus, de demandes
de scolarisation à la maison. Donc, l'enfant fait une demande de scolarisation à la maison; pour nous, au niveau
scolaire, on n'a plus de suivi, aucun. Donc, je pense qu'il y aurait des choses
importantes à aller voir à ce niveau-là aussi.
Le Président
(M. Provençal)
: Merci.
Le Président (M. Provençal)
: Alors, je remercie Mme Joyal et M. Prévost pour leur
contribution à nos travaux.
Je suspends les
travaux pour pouvoir laisser place à la prochaine intervenante. Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à
11 h 56)
Le Président (M. Provençal)
: Nous reprenons nos travaux. Je souhaite maintenant la bienvenue à
Mme Geneviève Rioux, présidente de la Fédération des familles d'accueil et
ressources intermédiaires du Québec, et Mme Rioux est accompagnée de Me
Mylène Leblanc. Alors, vous disposez de 10 minutes pour votre
présentation, et, par la suite, nous allons
procéder aux échanges. Alors, je vous cède la parole, puis je vous demanderais
de vous renommer, s'il vous plaît. Merci.
Mme Rioux (Geneviève) : Parfait. Mme Geneviève Rioux, présidente de
la Fédération des familles d'accueil et ressources intermédiaires du
Québec. La fédération tient à remercier les membres de la commission de lui
permettre d'exprimer les commentaires et les demandes des familles d'accueil
dans le cadre du projet de loi n° 15. Dans
ce contexte, la fédération fait de nouveau valoir la position de ses membres,
mais, cette fois, particulièrement, elle se fait gardienne de l'intérêt des enfants. Seul regroupement
exclusivement dédié à la défense et au soutien des familles d'accueil à
l'enfance du Québec, la fédération représente 2 600 familles
d'accueil, mais, surtout, elle représente plus de 5 000 enfants
partout au Québec.
C'est portés par nos
familles d'accueil inspirantes et bienveillantes que, d'entrée de jeu, nous
constatons que le projet de loi concrétise,
sans plus, l'état actuel du droit de la jeunesse au Québec. C'est insuffisant.
Nous vous remercions d'avoir mis en avant et rapidement cette priorité
d'un grand changement nécessaire, mais nous déplorons que le projet de loi n° 15 ne soit pas à la hauteur de l'intérêt des enfants. Il
n'est ni créateur de droits ni de mesures de contrôle
des agissements de la direction de la
protection de la jeunesse et il
relègue aux oubliettes une réelle commission des droits des enfants. Les
attentes des familles d'accueil des enfants du Québec sont nombreuses et
légitimes face à un projet de loi qui doit être novateur.
but de ces consultations particulières étant de bonifier le projet de loi, la
FFARIQ propose, dans son mémoire, des modifications que nous jugeons
urgentes et essentielles pour les enfants. Afin d'offrir un filet social
sécurisant et bienveillant à nos enfants, chacun a un rôle déterminant à jouer.
La FFARIQ croit que les règles claires, précises doivent être établies, et tous
les acteurs entourant nos enfants se sentiront concernés et concertés dans une
société bienveillante pour eux. Les enfants d'aujourd'hui sont l'avenir de
notre société, nous devons les entourer et leur garantir un bien-être. Les
personnes investies dans le quotidien des enfants, dans leur environnement
propre doivent être impliquées et reconnues dans leur rôle de protection. Afin
que tous ces acteurs se sentent concernés, nous sommes d'avis qu'un changement
de culture significatif doit être apporté en lien avec les principes de
divulgation des renseignements et de la confidentialité. Tels que décrit dans
le rapport de la commission Laurent, ces principes sont complexes et mal
appliqués, les règles de la confidentialité nuisent à la collaboration. Il est
nécessaire qu'un réel transport d'informations à tous les acteurs puisse être
possible pour orienter des pratiques professionnelles centrées sur l'intérêt de
l'enfant.
Nous vous remercions de
vouloir inclure les familles d'accueil dans votre projet de loi, mais, pour
nous, lorsque l'on fait mention de toute personne, à l'article actuel, déjà,
les familles d'accueil ainsi que les professionnels entourant les enfants en
faisaient partie. Cependant, les directeurs de la protection de la jeunesse ne
doivent plus être les décideurs quant à la divulgation d'informations. C'est
pourquoi vous devez modifier le «peuvent» par un «doivent» clair et sans ambiguïté.
La CDPDJ, dans le cadre de son mandat, possède
de nombreuses responsabilités, incluant celle d'intervenir au débat judiciaire
comme si elle était partie. Toutefois, force est de constater que la CDPDJ est
quasi absente de la scène judiciaire, tel que dénoncé par plusieurs juges,
auteurs et la communauté judiciaire. La FFARIQ est d'avis que l'organisme
chargé de la mission et investi des pouvoirs de la CDPDJ devrait être un
organisme dédié exclusivement aux enfants. En effet, la CDPDJ est loin d'avoir comme
unique mission d'assurer le respect des droits des enfants. Bien qu'à première vue il pourrait y avoir
certains avantages qu'un même organisme traite à la fois des plaintes en lien
avec la charte ainsi que les demandes en vertu de la LPJ, nous n'identifions
aucune valeur ajoutée à cette situation dans la pratique.
Dans un contexte comme le recommande le rapport
de la commission Laurent, dans un souci de cohérence et d'efficacité, la fédération croit que l'ensemble des pouvoirs et mandats
de la CDPDJ devraient être transférés à un nouvel organisme pouvant se
consacrer entièrement et exclusivement à la défense des droits des enfants et
représentatif des nombreuses particularités
de la jeunesse du Québec. Cet organisme doit être autonome, indépendant et
impliqué et voir le jour sans tarder. Cet organisme doit être le réel
gardien de nos enfants.
La FFARIQ recommande que la Direction de la
protection de la jeunesse soit indépendante des CISSS et CIUSSS et qu'elle ait
sa propre administration pour assurer à l'institution son impartialité et son
indépendance. Ainsi, elle aurait ses propres budgets, ses propres règles et ne
serait pas tributaire d'un autre organisme. Dans le but d'incarner davantage la
protection de l'enfant, le directeur devrait être imputable et devrait rendre
des comptes au ministre de la Santé et des Services sociaux.
Il ne faut pas oublier que le directeur de la
protection de la jeunesse intervient dans un contexte d'autorité, que le
pouvoir de l'État doit être adéquatement balisé, ce qui n'est pas le cas
actuellement.
L'article 35 de la LPJ se lit ainsi : «Le directeur et
toute personne qui agit en vertu des articles 32 ou 33 ne peuvent être
poursuivis en justice pour des actes accomplis de bonne foi...» Dans ce
contexte, malgré l'existence de jugements de la Chambre de la jeunesse dans
lequel sont dénoncés de graves manquements du directeur, celui-ci n'est
pratiquement jamais tenu civilement responsable de ses fautes. Les dommages
causés à des enfants, à leurs parents et à toute personne, incluant des
familles d'accueil, demeurent ainsi trop souvent non assumés. Nous sommes
d'avis que l'article 35 doit être modifié afin que le directeur puisse
répondre civilement de ses actes, assurer le respect des droits et nécessairement
une meilleure protection pour nos enfants. Le DPJ a l'obligation de soumettre
un portrait complet et franc de l'ensemble de la situation d'un enfant, peu
importe ses prétentions. Il n'a pas de cause à gagner et l'intérêt de l'enfant doit toujours primer. En dernier
ressort, c'est le tribunal qui doit trancher, tel que mentionné dans un
jugement. L'omission d'informations
ou son partage déficient sont aussi publiquement dénoncés. Trop souvent, ces
principes ont été bafoués au détriment des enfants.
À notre avis, il est nécessaire que le projet de
loi n° 5 introduise un
article faisant de ces
principes un pilier pour les directeurs de la protection de la jeunesse.
L'introduction du nouvel
article 83, en 2016, a permis de bonifier la
preuve présentée au tribunal afin que le tribunal puisse entendre le meilleur
intérêt de l'enfant. Les années passées ont
créé de la jurisprudence importante et déterminante pour les enfants. La FFARIQ
tient à souligner le travail important de
la magistrature dans leur intérêt. Certains flous demeurent, parfois, et,
malheureusement, ça crée des délais au niveau juridique. Alors, encore
une fois, nous proposons des éclaircissements à apporter afin que la durée des
débats à la cour qui ne servent pas à l'intérêt des enfants... mais, présentement,
ce délai sert l'intérêt du directeur. La FFARIQ propose de bonifier l'article 91 : «La DPJ assure l'aide,
conseils et assistance, non seulement à l'enfant et aux parents, mais à toutes
les personnes.» Actuellement, on offre l'aide aux enfants et aux parents. Tous
les gens qui s'occupent des enfants, bien, ont besoin d'aide, conseils
et assistance aussi. Il s'agit... Une fois hébergés, ce n'est pas une réponse
en soi aux besoins des enfants, il s'agit
d'une mesure de protection. Une fois l'hébergement donné, les besoins ne
s'arrêtent pas là pour soutenir l'enfant. La personne qui en prend
charge doit être elle-même soutenue.
L'accompagnement des familles d'accueil doit...
tout comme celui des enfants est défaillant, les conseils inexistants et l'assistance
insuffisante. Si la stabilité de nos enfants est primordiale pour le
législateur, que le projet de loi en est le vecteur, l'aide, les conseils et
l'assistance doivent prendre un grand virage.
Depuis
quelques années, on a vu apparaître plusieurs termes : «confié à», «tiers
significatif», «famille d'accueil», «famille
élargie», «famille d'accueil de proximité»... En connaissance de cause, on
constate que ces différentes appellations et ses dérivés créent différentes
catégories d'enfants selon le statut administratif ou juridique de la personne
qui l'héberge, plus précisément, l'aide financière et le soutien professionnel
pouvant bénéficier à l'enfant varient en fonction de ce statut. La Chambre de la jeunesse, l'une des divisions de la Cour du Québec,
confie un ou des enfants à une personne, mais c'est l'établissement qui
détermine si celle-ci peut devenir ou rester famille d'accueil. La FFARIQ est
témoin quotidiennement de situations où des enfants confiés à des personnes par
les tribunaux ne reçoivent pas de service, pas d'aide, pas d'assistance, car le
directeur refuse d'accréditer ou bien ferme sans raison valable les familles
d'accueil, malgré qu'un juge avec l'ensemble de la preuve ait choisi de confier
l'enfant à cette personne. La FFARIQ milite,
donc, pour que l'obligation soit insérée dans la LSSSS et les lois connexes
afin que l'enfant confié à toute personne par la Chambre de la jeunesse
se voit octroyer le statut de famille d'accueil dès son arrivée chez cette
personne. Nous croyons fermement que, lorsque la Chambre de la jeunesse décide
de confier un enfant à une personne, celle-ci doit bénéficier,
dans l'intérêt supérieur de cet enfant, des moyens pour lui donner une qualité
de vie digne et égale aux autres enfants hébergés en famille d'accueil du
Québec.
On propose aussi
d'élargir la définition du terme «enfant», afin de pouvoir venir aider nos
petits devenus grands, c'est-à-dire nos 18-21 ans. Une personne âgée de
moins de 18 ans ou une personne âgée d'au plus 21 ans qui consent à
maintenir son hébergement, soit à son domicile soit à l'endroit où il est à ses
18 ans, afin de compléter un projet
vers l'autonomie, notamment ses études ou un besoin d'accompagnement vers la
vie adulte... La loi doit être claire. Les
jeunes adultes ont le droit à l'équité et au meilleur en maintenant leur
hébergement jusqu'à l'âge de 21 ans. Je vais laisser la parole à Me
Leblanc.
Le Président (M. Provençal)
: Je suis obligé de vous mentionner que... j'ai laissé couler, étirer le
temps, mais votre 10 minutes est
déjà terminé depuis un petit peu. Alors, je m'excuse, je suis obligé de céder
la parole à M. le ministre. C'est lui qui va diriger l'échange
maintenant.
M. Carmant :
Merci. Puis merci beaucoup, Mme Rioux, puis je suis sûr que Me Leblanc va
pouvoir participer à la discussion. O.K., je prends bien note de ce que vous
nous avez dit. Je pense que, quand même, je suis fier du projet de loi qu'on dépose, mais je comprends votre message
qu'il faut aller plus loin, puis je pense qu'on est tous là pour pouvoir
aller plus loin.
Premièrement, je
pense que je commencerais par l'intérêt de l'enfant. Quels changements au
projet de loi vous dites qui seraient nécessaires pour l'améliorer? Puis, tu
sais, de dire que ça représente... que le projet de loi représente l'État de
droit actuel, je pense qu'on a tous entendu des reportages ou des cas concrets
où on nous dit que l'intérêt de l'enfant n'est pas priorisé, là, ça fait que je
ne pense pas que c'est encore le droit actuel. Je pense que, ce qu'on vient
faire, c'est l'asseoir, mais je suis d'accord avec vous, comment mieux
l'asseoir, ça, je suis prêt à vous entendre là-dessus, là.
Mme Leblanc
(Mylène) : Je vais prendre la question. Merci de votre question. En
fait, je m'exprime comme ça, c'est sur deux pans, O.K.? Au niveau de l'intérêt
de l'enfant, c'est un grand concept. Ce qui est fait, actuellement, dans le
projet de loi n° 15, effectivement, c'est très bien.
Ça, je vais vous le dire, c'est très bien.
Par contre, moi, je
suis une praticienne, hein, je suis sur le terrain. Donc, quand je vais à la
cour, la difficulté avec tout ça, c'est la
portion application. Ce qui est présentement écrit, par exemple le préambule,
l'intérêt de l'enfant, la question de la stabilité, on parle des
articles 3 et 4, le travail que vous avez fait, c'est très bien,
finalement. Par contre, moi, comme juriste, ma difficulté, actuellement, c'est
quand je vais arriver au tribunal. J'avais déjà ça par la Cour suprême, par des enseignements, et tout ça.
Donc, oui, ça envoie un message clair à tous les alliés pour les enfants. Mais, pour moi, comme juriste qui va aller à la
cour avec ça, ça apporte une tout autre connotation, puis c'est
difficilement applicable.
La proposition qu'on
fait avec la FFARIQ, puis c'est là-dessus que je pense qu'on pourrait...
Mme Leblanc
(Mylène) : Excusez-moi, excusez-moi. Qu'on pourrait développer tous
ensemble, c'est de se dire : Bien,
allons plus loin. Et, en pratique, je m'excuse, c'est un anglicisme, mais la
«trick», c'est de dire :
L'article 4, c'est le copain de
l'article 91.1, ça va ensemble. Donc, ça, ça ne peut pas... Le principe,
c'est 4, mais l'application, moi, quand je vais au tribunal, c'est 91.1. C'est
ça, c'est ça... En fait, j'espère que je réponds bien à votre question, mais
c'est ça pour mettre du poids sur le terrain, voilà.
Mme Leblanc
(Mylène) : Je vais faire vite, O.K.
Mme Leblanc
(Mylène) : O.K. J'y vais vite. Je vous explique. Je ne serais pas sans
cacher que, ce que la FFARIQ dit dans son mémoire, un, raccourcir les délais de
placement... Les délais de placement actuels dans 91.1, en fait, la durée que
ça prend avant de donner un placement à majorité est beaucoup trop longue.
Parce que, quand on a 6 mois, tu sais, on entend souvent ça théoriquement,
le temps. Mais, moi, quand je représente un petit bébé qui a 10 jours puis
que ça fait 10 jours qu'il attend, bien, il a attendu toute sa vie. C'est
ça, c'est ça qu'il faut prendre conscience. Donc, quand tu as six mois puis que
ça fait six mois que tu es en famille d'accueil, tu as attendu toute ta vie, ça fait que tu as le droit à un projet de
vie, toi aussi. C'est ça qu'il faut comprendre. Donc, raccourcir ces délais-là.
Puis je crois que la communauté judiciaire et les juges sont ouverts à tout ça,
la population est ouverte à ça. Puis, peut-être aussi, dans 91.1...
M. Carmant : Attendez. Est-ce qu'il y a des dangers d'aller trop court, par exemple?
Parce que j'imagine qu'on l'aurait fait avant.
Mme Leblanc (Mylène) : Oui. Le
danger d'aller trop court, c'est de dire : Bien, ça va enlever la
possibilité à des parents, à des gens de se reprendre en main, O.K.? Donc, ce
qu'il faut dire, c'est qu'il faut laisser un temps, mais qui
est variable selon l'âge d'un enfant. Comme je l'ai dit, comme, exemple,
6 mois, quand tu as 6 mois, c'est toute ta vie. 6 mois, quand tu as cinq ans, ça peut avoir une autre
connotation. 6 mois, quand tu as presque 40 ans, bien, O.K., tu sais, c'est... Bon. Alors, c'est dans ce
sens-là. Donc, c'est pour ça que les délais, les mois sont différents selon
l'âge de l'enfant. Et c'est déjà le principe dans la loi.
Maintenant, quand on
parle, souvent, la crainte... Je vous explique, c'est une crainte, disons, qui
est un peu de la population générale, mais
il ne faut pas oublier, c'est la crainte de se voir enlever nos enfants, de
dire : Ça va aller trop loin, cette loi-là, puis tout ça. Puis tous
les parents ont, un jour, cette réflexion-là. Mais ce qu'il ne faut pas
oublier, c'est que la
Loi sur la protection de la jeunesse, c'est une loi
d'exception, donc elle ne s'applique qu'en cas d'exception. Alors, si ça fait
six mois que, par exemple, un enfant n'est plus dans son milieu familial, donc
on applique cette loi-là par exception, et ça fait six mois qu'il est là, et, à
un moment donné, il va falloir statuer. Son parent,
il a le temps, là, de se reprendre en main pendant ce temps-là. Il peut même se
corriger avant l'application de la loi. Et c'est les cas les plus graves aussi, ce n'est pas des petits cas,
c'est les cas graves, l'exception. Voilà. Je ne sais pas si...
M. Carmant :
Ah! c'est très clair.
Mme Leblanc
(Mylène) : Oui? O.K.
M. Carmant :
Est-ce qu'il y a d'autres choses dans 91 ou on peut passer...
Mme Leblanc
(Mylène) : Oui, O.K. Non, dans 91, ce que je propose, et la FFARIQ
aussi, c'est de dire, en fait, c'est de
dire : Quand on parle du projet de vie d'un enfant, 91 dans les derniers
paragraphes, ce n'est pas vraiment important pour l'explication, mais
c'est de dire : 91 doit... on doit statuer sur un projet de vie. Alors, il
faudrait éclaircir c'est quoi, un projet de vie. Est-ce que c'est une adoption?
Est-ce que c'est une tutelle? Est-ce que c'est un placement à majorité? Est-ce
que c'est de poursuivre des contacts avec des parents, même si l'enfant est en
famille d'accueil? C'est de permettre au
tribunal qu'on lui présente l'ensemble de la situation et que le tribunal
puisse dire O.K. Cet enfant-là, son intérêt, c'est l'adoption. Cet
enfant-là, son intérêt, oh! c'est des contacts avec sa famille bio, puis d'être en famille d'accueil en même temps. Oh! cet
enfant-là, c'est de retourner dans sa famille bio puis qu'il n'y a plus
de compromis. Tu sais, c'est...
M. Carmant :
Mais qu'est-ce qu'on présente au juge actuellement?
Mme Leblanc (Mylène) : En fait, quand on est sur 91.1, on ne présente,
je veux dire, bien, finalement, le projet de vie. Ça peut prendre... Je vais
vous donner un exemple de... que j'ai en tête parce que c'est un de mes
dossiers que j'ai faits, ça peut
prendre, entre le placement d'un jour puis une adoption, quatre ans. Puis il
n'y a pas de raison quant à moi. Tu sais, c'est son projet de vie, à
l'enfant, bref.
M. Carmant :
Mais donc le clarifier dès le début, ce serait le changement. Non?
Mme Leblanc
(Mylène) : En fait, c'est de clarifier... Quand les délais de
placement sont expirés, quand on va statuer
sur le projet de vie, donc, on a laissé les chances et le temps s'écouler,
selon le début de 91.1, et là on se dit : Et la stabilité de
l'enfant, il faut statuer là-dessus. C'est quoi, son projet de vie? Quand le
délai est expiré, c'est malheureux, mais il faut aller de l'avant pour
l'enfant, pour l'intérêt de l'enfant.
M. Carmant :
Compris. 91.1, c'est fait?
Mme Leblanc
(Mylène) : Oui, c'est fait.
M. Carmant :
Modifier le «peuvent» par «doivent». Ça aussi, on veut quand même laisser un
peu d'autonomie ou de l'autonomie professionnelle, je veux dire. On essaie
d'avoir un bon équilibre. Qu'est-ce qui vous ferait
dire que doivent... Parce que, si on comprend tous la loi, parce que le
préambule est de... c'est clarifié, pourquoi on doit changer «peuvent»
par «doivent» selon vous?
Mme Rioux
(Geneviève) : Ça fait longtemps que la loi existe, ça fait longtemps
que c'est un «peuvent». Et c'est encore problématique dans l'application. On a
donné la chance. 91.1, là, le délai de placement, il est écoulé. Les délais
sont expirés. C'est des enfants actuellement qui, par un manque de
transparence, par un manque d'échange d'informations, qu'on se retrouve avec
des difficultés énormes sur le terrain à partager, à remettre les... à donner
les services aux enfants.
Alors, c'est vrai
qu'on voudrait laisser de l'autonomie aux directeurs de la protection de la
jeunesse. Ils l'ont eue. Maintenant, ce
qu'on vient dire, c'est : Il faut encadrer. Il faut. Vous disiez tantôt,
91.1, vous avez nommé. Est-ce que ce n'est pas un peu inquiétant? Tu
sais, les gens... Mais, si ça vient avec tout ça, c'est ça vient à... Quand on arrive en cour, puis qu'on a les bonnes preuves,
qu'on a bien aidé, bien conseillé les parents, bien soutenu l'entourage de l'enfant, qu'on a tout mis en place, se
pourrait-il qu'on n'ait plus besoin du 91.1? Parce que, rendu là, c'est
utopique, vous allez me dire, mais,
si on met en place des mesures, qu'on arrive dans un tribunal où que tout est
clair, les débats sur l'application, la transparence, puis tout ça, ne
sont plus utiles, bien, on va centrer directement sur l'enfant devant le
tribunal, et ça va éviter aussi des dépassements de délais.
Mme Leblanc
(Mylène) : Oui. Puis sur le «doivent» ou le «peuvent», là où le bât
blesse, ça s'imbrique un petit peu avec... Je vous ai écoutés, tous, hier,
évidemment, mais ça s'imbrique un petit peu avec toute la question d'un
directeur national de la protection de la jeunesse et toutes ces questions-là
parce que, tu sais, dans la question de l'indépendance du directeur ou de la
directrice, ce qu'il faut se dire, c'est que la personne, en fait, qui détient
l'information, en fait, c'est le DPJ. Et, quand il y a un tiers ou une personne
comme une famille d'accueil qui la veut, il
devient, dans ce processus-là, juge et jury... juge et partie, excusez. Donc,
ça fait en sorte que c'est aussi le directeur ou la directrice qui décide de dévoiler ou non ce qu'elle a elle-même
collecté ou non. Donc, c'est un peu un... c'est toute cette
transparence-là qu'il faut ouvrir. Bien entendu, ce n'est pas du voyeurisme, ce
n'est pas ça, c'est dans l'intérêt de
l'enfant. Si, par exemple, je sécurise une maman d'accueil ou un papa
d'accueil, bien, le petit bonhomme va mieux aller. Donc, quel est l'intérêt de ne pas en parler? Il n'y a pas
d'intérêt à... cacher n'est pas le bon mot, mais à retenir cette
information-là.
M. Carmant :
Je l'entends. Peut-être, avant de passer la parole... mais une dernière
question. Vous dites qu'on ne supporte pas suffisamment les familles d'accueil,
une question très terrain, là, mais on a ajouté comme de l'aide pour les
familles d'accueil, avez-vous vu une différence dans la dernière année?
Mme Rioux
(Geneviève) : Merci. En fait, quand ça a été annoncé cet été, la
fédération était bien contente. La semaine passée, on nous a indiqué le
titre
que ces intervenants dédiés au soutien aux familles d'accueil allaient porter : il va se nommer intervenant au
soutien professionnel de l'usager. Comprenez-vous qu'on est rendu sur le
terrain, moi, je ne le comprends pas,
malheureusement, c'est... La volonté était claire, du ministre, merci encore.
Sur le terrain, actuellement, aucune application à ce jour, on est dans
la théorie, nommer le titre, ces choses-là. Et, quand on parle de clarté, de transparence et qu'on doit avoir un
chef qui va aller donner les directives très, très claires, c'est ce qu'on en a
besoin présentement.
M. Carmant : Merci. M. le Président, je passerais, avec votre permission, la parole à
la députée de Lotbinière-Frontenac.
Le Président
(M. Provençal)
: Oui. Mme la députée.
Mme Lecours
(Lotbinière-Frontenac) : Merci.
Bonjour, moi, je voulais revenir sur ce que vous avez mis dans votre mémoire, là, qu'«une personne ou une famille
d'accueil soit admise à l'audience entière de toute demande relative à
l'enfant qui lui est confié». En ce moment, comment ça se passe?
Mme Rioux
(Geneviève) : C'est particulier.
Mme Leblanc (Mylène) :
Quel chemin entre lorsqu'il n'y avait pas cet
article et maintenant? O.K. Et la
raison en est fort simple, c'est que la personne qui voit quotidiennement cet
enfant-là, dans ce contexte-là, c'est la famille d'accueil ou la personne qui
en prend soin. Donc, elle est les yeux de tout ça, c'est d'une pertinence
incroyable, et il y a une bonne jurisprudence qui s'est établie en ce sens-là.
Par contre, là où le bât blesse, puis c'est un peu ce qu'on dit dans le
mémoire, il y a trois trucs qui sont un peu, pour nous, difficiles à
comprendre, parce que, si on est là dans l'intérêt de l'enfant... Je vais vous
donner des exemples. Par exemple, on va avoir encore des directions de la
protection de la jeunesse qui vont faire le débat, à savoir : Moi, je veux
que la famille d'accueil témoigne, par
exemple en premier, et qu'elle quitte après, alors que l'article ne dit même
pas ça. On sent, et on le vit, là, pour
être franche, sur le terrain, une envie de les sortir, et là tout, tout, tout
est bon, la confidentialité, étirer le débat, etc. Donc, il faut venir, disons, clarifier cet
article-là, pourquoi? Parce que, quand on parle de ça, pour moi, qui est
avocate, parfois à l'enfant et parfois à d'autres parties, je me
dis : Mais, mon Dieu, on prend du temps de cour pour, disons, faire du millage. Tu sais, il n'y a pas de
partisanerie là-dedans, il n'y a pas... tu sais, on n'a pas de temps ce... à
perdre, à savoir, bon, la famille
d'accueil qui est là depuis cinq ans, avec l'enfant, doit-elle rester, etc.? Ça
n'a pas lieu d'être. Moi, je pense que ces précisions-là, c'est dans ce
sens-là.
Mme Lecours
(Lotbinière-Frontenac) : Qu'est-ce que vous pensez de la
représentation systématique des enfants par un avocat?
Mme Leblanc
(Mylène) : Excellente question, je suis contente que vous me la
posiez. Je me suis vraiment questionnée, bon, de un, que ce soit dans le projet
de loi, merci, c'est correct. Par contre, avec les années, sur le terrain, bon,
je n'ai pas la science infuse, mais, moi, ça fait 10 ans que je fais ça
puis je n'ai jamais vu de débat où est-ce qu'il n'y avait pas d'avocat à
l'enfant, je n'en ai jamais vu. D'office, c'est souvent la Commission des
services juridiques et l'aide juridique qui va représenter les enfants ou d'autres
avocats. Donc, que de venir cristalliser ce principe-là
avec le p.l. n° 15, merci, et c'est nécessaire, et ça prend aussi
une formation pour ces avocats-là, pour moi, vraiment, c'est une
spécialisation, et ça prend ça, oui.
Mme Lecours
(Lotbinière-Frontenac) : Présentement, est-ce qu'il y en a une,
formation, pour les avocats?
Mme Leblanc
(Mylène) : Comme a dit le
Barreau, il est passé hier, puis, oui, tous les avocats, bon, on ne doit
pas prendre des mandats qui ne sont pas, bon... auxquels on n'est pas, disons,
en harmonie, là, puis qu'on n'a pas la connaissance, et
tout ça. On doit... mais est-ce qu'il y a spécifiquement beaucoup de formation
en droit de la jeunesse? Malheureusement, non. Je dois dire que non. Et, dans
des débats très, très pointus, ça pourrait arriver que l'intérêt de l'enfant,
on l'échappe un petit peu.
Le Président
(M. Provençal)
: Merci beaucoup de
votre réponse. Alors nous allons poursuivre cet échange avec la députée de
Notre-Dame-de-Grâce.
Mme Weil :
Merci, M. le Président. Merci beaucoup pour votre présentation, surtout qu'on a
une idée claire, je pense que le ministre aussi, de comment ça se passe devant
les tribunaux et l'application de la loi, de la jurisprudence, qu'est-ce que ça
crée puis où sont les failles, qu'est-ce qu'il faut renforcer. Donc, je pense
que ce ne sera pas la dernière fois qu'on va avoir appel à votre expertise.
J'ai peu de temps, alors j'aimerais aller directement, page 14, 3.3, où vous
évoquez, donc, la Commission des droits de la personne et des droits de la
jeunesse. Il y a eu un
article la semaine dernière qui a créé beaucoup,
beaucoup d'inquiétudes. Et vous dites... bon, ce que vous dites, c'est que les
juges, les avocats disent que, depuis quelque temps, plus de 25 ans, bon,
après cette fusion, là, on voit une absence de plus en plus prononcée depuis un
certain temps. La CDPDJ, ils répondent que, bon, bien, c'est... quand le
tribunal est saisi, il doit se retirer, etc., et qu'ils sont limités par la
loi. Et donc je vais en vouloir venir à : Qu'est-ce qu'on fait pour créer
une institution indépendante pour bien représenter, surtout dans des cas de
lésion de droits, l'enfant, protéger l'enfant?
Mme Leblanc
(Mylène) : D'une part, j'entendais hier... tu sais, il y avait des
commentaires, puis le mot chien de garde est intervenu. Pour moi, comme
juriste, puis, bon, les gens que je côtoie en jeunesse, bon, souvent la CDPDJ,
c'est vraiment pour nous le dernier rempart. Le nombre de cas avec les familles
d'accueil où est-ce... une famille d'accueil, ce n'est pas une partie, mais
elle a tellement d'informations pertinentes que, nous, souvent, moi, dans mes
dossiers au privé, j'ai appelé la CDPDJ pour des enfants et son rôle est d'une
importance capitale. Et, bon, vous allez dire : C'est moi qui dis ça, qui
suis-je pour dire ça, mais moi, je pense que l'idéal serait de scinder la CDPDJ
actuelle et de dire, bien, qu'il y aurait une commission des droits de
l'enfant, de la jeunesse et, bon, une CDP... en tout cas, pour les chartes,
bref, d'un côté charte et d'un côté jeunesse, que ce soit scindé. Et n'oublions
pas aussi qu'avec le volet jeunesse, bien, il y a risque que madame... la
commission Laurent, bref, Mme Laurent avait dans son rapport la question
d'un sous-commissaire aux Affaires autochtones à l'enfance, qui est aussi
important. Donc, moi, la solution, c'est de le scinder.
Quant à la présence
sur le terrain de la commission, bien, écoutez, c'est ma vision juridique de
mes connaissances à moi. Quand j'ai lu, en fait, l'article de Mme Moisan, pour
ne pas la nommer, je n'ai pas été surprise. Ça existe, c'est vrai, c'est des
choses qui sont constatées sur le terrain et c'est réellement... ça arrive.
Maintenant, moi, ma
connaissance judiciaire, c'est que le volet jeunesse de la CDPDJ se divise en
deux. Donc, il y a les enquêtes et il y a
aussi le côté judiciaire. Puis je dis en deux, mais ce n'est pas vrai. En fait,
c'est beaucoup plus que ça. Si on regarde l'article 23, 23 de la
loi actuelle, c'est, en fait, tout ce que doit faire... Les responsabilités de
la CDPDJ sont toutes énumérées à 23 pour le volet jeunesse. Là où le bât
blesse, c'est qu'actuellement, ce que j'entends de l'article qu'on a tous lu,
c'est qu'il semblerait que la CDPDJ, elle, voudrait se concentrer sur des
volets plus systémiques, plus larges, mais c'est l'un de ces... je pense qu'il
y a cinq sous-paragraphes, c'est très, très long, cet article-là. C'est une
chose qu'elle porte dans sa mission, dans sa responsabilité en vertu de la LPJ.
Et la difficulté, c'est que... mais qu'est-ce qu'on fait des autres? Et
qu'est-ce qu'on fait de nos dossiers, nous, les juristes, où est-ce qu'on se
dit : Oups, mais ils ne sont plus là, ils sont rendus où? Qu'est-ce qu'il
se passe? Le citoyen, l'enfant qui voudrait les appeler, qu'est-ce qu'il se
passe avec ça? C'est ça, la...
Mme Rioux
(Geneviève) : Sur le terrain, présentement, c'est vraiment... ça a
énormément sauvé. Tu sais, dans les dernières années, la fédération, avec
les... on accompagnait les familles d'accueil. On a empêché des lésions de droits importantes. Et, dans les derniers mois,
la fin de non-recevoir, c'est dramatique, là. Actuellement, on n'a plus
personne où aller se tourner, là.
Mme Weil :
On va en venir, donc, à cette fameuse phrase, donc l'article 23b. Lorsqu'on dit
que, bon, elle peut intervenir en vertu de la présente loi, à moins que le
tribunal n'en soit saisi déjà, et on dit qu'il n'y a pas de jurisprudence sur ce que ça veut dire. Est-ce que
vous... Est-ce que c'est dans ces cas-là que vous voyez le désistement,
parce que le tribunal en a été saisi? Ou est-ce que c'est plus large?
Mme Leblanc (Mylène) : O.K. Dans ses responsabilités, si on regarde
juste les enquêtes, O.K., et c'est vraiment... c'est toute la mécanique. Ma
compréhension, c'est que, dans son volet enquête, et c'est normal, lorsque la
CDPDJ fait une enquête et que le
tribunal en est saisi, est saisi de quoi, bien, la situation de l'enfant, il
fait lui aussi sa propre enquête, le tribunal.
Donc, ce serait un peu... bien, encore là, c'est mon opinion, mais une
aberration de dire : Bien, on a une CDPDJ qui enquête sur le même
sujet qu'un tribunal hyperspécialisé. Donc, on ne dédouble pas les ressources,
et elle met fin à cette enquête-là. C'est mon interprétation.
Maintenant, si on va
plus loin dans d'autres paragraphes de cet article-là, ce que ça dit, c'est
qu'elle prend les moyens légaux qu'elle juge
nécessaires pour que soit corrigée la situation où les droits des enfants sont
lésés. Donc, elle a une fonction légale.
Et ce n'est pas acceptable, individuellement, pour un seul enfant, ou pour
10 enfants, ou pour une communauté
d'enfants, qu'elle ne soit pas là. C'est là qu'est la difficulté. Les enquêtes,
ça peut prendre deux semaines, quatre
mois, six mois et on n'oublie pas que le temps a une autre signification pour
un enfant. C'est ça un peu, la mécanique.
Mme Weil : Donc,
il y a certains cas où ils peuvent intervenir et doivent intervenir en vertu de
leurs obligations et puis... parce qu'il n'y a pas de jurisprudence, à
moins que le tribunal n'en soit déjà saisi, mais c'est interprété. Mais vous, les avocats... parce que j'ai eu
beaucoup d'avocats depuis un certain temps qui confirment ce qu'on a vu dans
cet article, mais la CDPDJ en vient à ça, et
d'autres limites qu'ils peuvent avoir. Est-ce que... Bien, la question,
c'est : Que pensez-vous de la
création, justement... Bon, vous, vous parlez de scinder et de créer une entité
qui ressemblerait à ce commissaire qui est recommandé par la commission
spéciale?
Mme Leblanc (Mylène) : Oui,
tout à fait.
Mme Weil : Avec aussi un rôle
en amont aussi, parce que...
Mme Weil :
...Mme Laurent est venue le dire, c'est plus que juste judiciaire, c'est
aussi engager les jeunes, les enfants, des dialogues pour cette bienveillance,
développer sa bienveillance, mais, au besoin, les familles, l'enfant même pourrait contacter. Et il y a une expérience
en Ontario aussi où ils ont fait des études là-dessus, où ça fonctionne
bien, ce représentant de l'enfant.
Mme Leblanc (Mylène) : Tout à
fait.
Mme Rioux (Geneviève) : En
fait, la commission, nous, dans notre pratique, en tant que famille d'accueil, ou maman, ou tante... parce qu'il faut comprendre
la commission, ce n'est pas juste pour les enfants hébergés, là, c'est
pour tout petit Québécois qui a des besoins, et tout le monde pouvait appeler
parce qu'il y avait une lésion de droit. Nous, au niveau des familles
d'accueil, c'est lorsque les enfants ne pouvaient pas avoir de traitement
d'orthodontie, ne pouvaient pas avoir de services particuliers, on transférait
à la CDPDJ, puis eux, qui ont le droit, le pouvoir d'aller au niveau de
l'établissement, d'avoir des informations confidentielles, tout ça... On
recevait de notre côté un appel de l'établissement qui disait : Ah! bien,
en fin de compte, on va le payer, l'orthodontie, tout ça. C'était ça, la
mécanique. Et, même cette mécanique-là, là, on parle d'aller devant les
tribunaux ou ces choses-là... non, non. L'orthodontie, je vous le rassure, on
n'a jamais été devant les tribunaux. Mais aujourd'hui cette implication-là, elle
n'est même pas là parce que ce n'est pas un sujet systémique. En effet, tout
petit Québécois n'a pas besoin de broches, mais tout enfant qui en aurait
besoin, placé en hébergement, ne devrait pas se faire dire : Bien, tes
parents n'ont pas les moyens de payer, pourquoi nous, on le paierait?
Mme Weil : Vous faites une
recommandation aussi qui est très intéressante pour ceux qui sont à la fin de leur enfance, de 18, 19, 20 ans. Pourquoi les
familles d'accueil ne pourraient pas jouer le rôle, comme nous, les parents qui
ont eu des enfants à cet âge-là et on sait très bien qu'ils ont besoin d'aide,
d'accompagnement, d'orientation. Alors, ces enfants de la DPJ encore plus,
parce qu'ils n'ont pas grandi dans cet environnement. Et là aussi je pense
qu'il y a un projet, je pense qu'il y a eu un projet pilote en Ontario qui a
montré de... pouvez-vous en parler dans les minutes qui restent?
Mme Rioux (Geneviève) : En
fait, pour nous, c'est important. Il faut comprendre que les cocos, qu'ils
soient placés en début, très jeunes, à 16, 17 ans, quand ils arrivent à
leurs 18 ans, ils ont un train de retard. Puis ce n'est pas de leur faute.
Ce n'est pas une question d'intelligence, hein? Plus ton sac à dos est lourd
d'expériences, d'obstacles, plus ça... C'est plus long à avancer. Nous-mêmes...
Moi, je me rappelle, à 18 ans, là, ah, j'avais besoin de ma mère, et sur un
temps, disons-le. Et là on leur dit : Non, non, prends ton petit sac à
dos, là, envoye, tu as 18 ans et un jour. Pas et deux jours, et un jour.
Envoye, on te pousse l'autre bord du nid. On va essayer de te trouver un
appartement que tu n'as pas les moyens de payer. Si on se rend compte qu'il est
aux études, bien on va... Puis il a-tu des prêts et bourses? Non. Bien, on va
faire une demande de solidarité.
Tu sais, on les équipe comme on peut, puis on
les garroche parce qu'ils veulent pouvoir en rentrer d'autres. Nous, on ne peut
pas dire : Non, non, je vais le garder plus longtemps, parce qu'on a un
contrat qui dit que ce lit-là appartient à l'établissement. Mais ces jeunes-là,
ils ont réellement besoin de nous. Puis, encore aujourd'hui... Ça fait 17 ans que je suis famille d'accueil. Mon
frère, ça fait 16 ans qu'il est famille d'accueil. Et ces jeunes de
30 ans viennent nous voir puis ils ont encore besoin de nos
conseils.
On ne vous demande pas de nous permettre de les
garder jusqu'à 30, 40 ans, là. Tu sais, je veux dire, on comprend, là.
Mais, tout de moins, de respecter le rythme comme tout... On l'a nommé, hein?
Tout Québécois, petit Québécois, à 18 ans,
est-ce qu'il y a une loi qui oblige le parent à le mettre dehors, à dire :
Bien, débrouille-toi? Tu sais, comme
les animaux, là, tu sais, on les pousse en bas de l'arbre, puis : Apprends
à voler. Non, ils ont besoin d'un accompagnement. Puis on a le pouvoir,
et c'est simple, hein? Changez la définition de l'enfant, amenez-le jusqu'à
21 ans. Oui, c'est simple. Si on veut vraiment, oui, ça va apporter des
coûts, ces choses-là, je comprends, mais il faut les aider. C'est nos futurs
adultes.
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup, Madame.
Mme Weil : Merci beaucoup.
C'est un investissement...
Président (M. Provençal)
: Alors,
M. le député de Jean-Lesage, vous prenez le relais?
M. Zanetti : Oui, merci. Merci
beaucoup pour votre présence puis aussi pour votre générosité, là, comme
famille d'accueil. C'est vraiment touchant cet engagement-là. J'ai peu
de temps. Je vais aller droit au but.
question de la confidentialité est soulevée souvent, je sais. Puis je pense que
tout le monde comprend ici, là, la pertinence puis l'importance que les
familles d'accueil aient plus d'informations pour intervenir de façon plus judicieuse pour l'intérêt de l'enfant, pour que ça
se passe mieux en général. La question que ça pose, c'est : Comment
la baliser? Tu sais, qu'est-ce qui... C'est jusqu'où la confidentialité doit
aller ou jusqu'où elle ne doit pas aller? Puis quel genre d'informations,
disons, vous voulez qui soient transmises aux familles d'accueil?
Puis, hier, il y
avait l'ordre des travailleurs sociaux et thérapeutes conjugaux qui
disait : On peut donner une information d'une façon qui aide à mieux
intervenir, sans nécessairement donner tous les détails crus de ce qu'il s'est
passé dans l'expérience de l'enfant. Je ne sais pas si vous avez entendu ce
bout-là. Est-ce que vous trouvez que c'est une
position qui est balancée? Ou vous trouvez que c'est risqué que ça ne soit pas
assez? Ou comment vous avez reçu ça?
Mme Leblanc
(Mylène) : Bon, comment on a reçu ça? En fait, on est ici pour une
discussion, là. En fait, moi et la FFARIQ, on n'est pas nécessairement en
accord avec cette image-là, au sens que je crois que la dame a donné une expérience, bon... elle disait un
exemple qui disait, bon, il y avait une histoire de garde-robe dans l'exemple,
ou je ne sais trop, et là... Mais, en fait, ce qu'il faut plutôt se demander,
c'est : Moi, actuellement, comme juriste sur le terrain, je me satisfais
de ces articles-là qui sont déjà là. Bon, j'aimerais ça qu'il y ait des petits
plus, mais la difficulté, en fait, c'est de se dire : Dans quel intérêt de
l'enfant on ne partagerait pas ça si c'est nécessaire? Tu sais, c'est de venir,
encore excusez... flipper la question. Mais pourquoi je ne dirais pas à la mère
d'accueil : C'est un enfant qui a été abusé puis c'est un enfant qui a
peur des garde-robes parce que c'est arrivé là? Dans quel intérêt de l'enfant
on ne dirait pas ça? Je crois que c'est ça, la clé de cette... de ça.
M. Zanetti :
Bien, si, mettons, je fais l'avocat du diable, je me mets dans la position
de l'enfant... C'est sûr que ça dépend l'âge qu'il a, là, mais je me dis :
l'enfant il arrive puis la famille d'accueil est super, elle est généreuse,
puis tout ça, mais il ne l'a pas choisi, il ne leur fait pas encore confiance.
Il pourrait... Peut-être qu'à un moment donné il va leur faire confiance, puis
il va leur parler, puis leur dire tout ce qu'il veut. Mais peut-être qu'il
veut... peut-être qu'il préfère qu'ils ne sachent pas tout d'avance. Peut-être
que, quand tu as deux ans, tu ne penses pas
à ces affaires-là, mais, quand tu as neuf ans, huit ans, 10 ans, tu sais,
peut-être que tu te dis : Coudon, je vais leur dire à mon rythme, mais, en
même temps, bon... Ça fait que je me mets dans... C'est là que moi, je vois
l'intérêt de l'enfant.
Mme Rioux
(Geneviève) : Ma mère disait souvent : Si jeunesse savait et si
vieillesse pouvait. Je ne sais pas si vous connaissez ce dicton, mais, quand
j'étais jeune à dire : On sait bien, les parents, on sait rien. Pourquoi
je vous nomme ça? Parce qu'il y a bien des affaires qu'on ne veut pas que nos
parents sachent. C'est normal. Puis il y a bien des affaires qu'on aimerait leur annoncer beaucoup plus tard. Moi, ça a
pris 30 ans avant de lui dire la première fois que j'ai fait du
pouce que... Puis c'était pour son bien. Je vous dirais... Mais l'important...
Tu sais, je vous comprends, il faut respecter le désir de l'enfant, mais est-ce
que, pour créer le lien avec cet enfant là, est-ce que, si je l'immerge dans l'eau, moi, l'expérience que j'aie, c'est un
garde-robe ou c'est un bain, puis l'enfant est en panique, puis, à chaque
fois, je lui fais vivre un traumatisme, puis je ne le sais pas... comment vous
voulez qu'il développe un lien de confiance avec moi? Je le traumatise à chaque
fois que je le touche. C'est là un peu, c'est que, oui, l'enfant, il va venir... puis qui nous nomme des choses plus tard,
à son rythme, je n'irai pas lui dire : Ah! bien, je le savais déjà. Tu
sais, c'est le rôle de parent de
savoir des choses puis de ne pas le nommer, mais, par contre, de diriger
là-dedans puis d'amener l'enfant à nous amener des informations. C'est
ça, le parent, c'est ça, les intervenants, services de garde puis... Parce que,
ça, on le nomme pour tous les gens essentiels autour des enfants...
Le Président
(M. Provençal)
: Merci. Alors, on va
terminer cet échange avec le député de René-Lévesque. À vous.
M. Ouellet :
Merci. Bonjour, mesdames. Bienheureux d'avoir eu l'opportunité de jaser avec
vous avant parce qu'il y a de la matière dans ce mémoire qui, malheureusement,
avec le peu de temps que j'ai, ne mérite pas que je n'aie pas assez de temps
pour approfondir. Puis le collègue de Jean-Lesage a parlé de confidentialité.
On a eu l'occasion d'en parler. Je suis
convaincu du bien-fondé de votre demande. On a eu une excellente discussion sur
91.1. On aura d'autres téléphones à
avoir ensemble parce que j'ai besoin d'autres précisions et j'aime le postulat
que vous amenez sur l'importance de fixer des délais finaux pour statuer sur le
projet de vie. Je pense que vous donnez une obligation, au législateur, d'agir dans ce sens là, mais
j'aimerais peut-être avoir une précision sur un point que j'ai vu dans votre
mémoire.
L'importance de bien
communiquer l'information, donc, la preuve. Ça, j'aimerais vous entendre
là-dessus. C'est... Je suis un peu tombé sur
le derrière, disons-le, comme ça, là, c'est comme si je pensais que c'était
acquis, mais ça ne semble pas le cas. Ça fait que j'aimerais peut-être
vous entendre là-dessus brièvement. Qu'est-ce qu'on doit faire avec ça, là?
Mme Leblanc
(Mylène) : O.K. Disons que je vais circonscrire très rapidement, là,
cette difficulté-là, je vais l'appeler comme ça, cette chose-là qu'il faut
amener de l'avant. En fait, la difficulté, c'est rapporté, là, par plusieurs jurisprudences, c'est un constat, parfois, on n'est pas dans
les cas généraux, on est dans les cas d'exception de l'exception de
l'application de la
Loi sur la protection de la jeunesse, mais, parfois, il y a
des situations où est-ce que c'est la protection de la jeunesse, c'est la DPJ
qui va accumuler l'information, la recueillir, puis tout ça, parfois, selon
l'idée qu'elle se fait de l'intérêt de l'enfant, avec bienveillance, et tout
ça... on a tous des idées, c'est une table ronde, puis c'est bien correct comme
ça, sauf qu'avec sa perception de la chose ils vont communiquer la preuve dans
leur dossier de façon à respecter leur idée. Bon, et c'est normal, c'est très
humain, et tout ça. Par contre, en toute bienveillance, parce que le directeur
de la protection de la jeunesse est un expert en la matière, bien, il faut que
les intervenants qui se présentent au tribunal le soient à livre ouvert,
ouvrent leur jeu. Ce n'est pas parce que, pour eux, telle information qui n'était pas importante doit rester enfouie. Il
faut la révéler de façon complète, parce que peut-être que cette petite
information-là qui, pour eux, n'avait pas nécessairement beaucoup d'importance,
juxtaposée avec le témoignage de la famille
d'accueil, va allumer toute une lumière et va dire : Attendez, là, M. le
juge, ça ne fonctionne pas, on a omis
de faire ça, on n'est pas dans l'intérêt de l'enfant. Quand on pratique en
protection de la jeunesse, c'est confidentiel,
mais, dans cette confidentialité-là, c'est à livre ouvert. Et c'est là-dessus
que... pour la majorité du temps, je
le répète, ça fonctionne bien, la protection de la jeunesse, et tout ça. Mais,
dans les cas d'exception, c'est catastrophique.
On est allé jusqu'à dire dans la jurisprudence qu'on aurait caché des faits.
Pour la majorité du temps, je le
répète, ça fonctionne bien, la protection de la jeunesse, et tout ça. Mais,
dans les cas d'exception, c'est catastrophique. On est allé jusqu'à dire
dans la jurisprudence qu'on aurait caché des faits.
M. Ouellet :
Donc, si je comprends bien, ce que vous nous dites, c'est : Il ne faut
pas... puis je ne veux pas dire cacher, mais il ne faut pas omettre de
transmettre l'information si on pense qu'avec le jugement qu'on a porté, ça va
venir contredire...
Mme Leblanc (Mylène) :
Notre théorie?
M. Ouellet :
...notre théorie, c'est ça. O.K., O.K.
Mme Leblanc
(Mylène) : Exact. C'est exactement ça, là, mon idée, oui.
M. Ouellet :
D'où l'importance d'une libre circulation d'information dans un contexte confidentiel?
Mme Leblanc
(Mylène) : Oui, oui.
M. Ouellet :
Ça, c'est correct.
Mme Rioux
(Geneviève) : ...de l'article 83.
M. Ouellet :
L'article 83. Parfait. Il y a-tu d'autres choses qu'on peut faire pour
favoriser la circulation de l'information, justement, pour le bien-être de
l'enfant? Parce qu'on parlait de confidentialité tout à l'heure, là, de la
transmission de la preuve. Est-ce qu'il y a une autre chose qu'on devrait
mettre de l'avant?
Mme Leblanc
(Mylène) : Oui. En fait, on a dans notre mémoire une portion... Parce
que le corollaire, pour nous, des grands
pouvoirs qu'on accorderait, par exemple, tu sais, quand on parle de clarifier
les pouvoirs du directeur national ou
de la directrice nationale, etc., puis d'expliquer bien ce qu'il en est...
Maintenant, dans la LPJ actuelle, il y a une immunité, une immunité que je vais
qualifier, tu sais, dans mon langage, de blindée, de mur-à-mur, ceinture,
bretelles, parachute. Bref, quoi qu'il en soit ou presque, le DPJ ne
pourra jamais, ou presque, répondre de ses actes civilement, O.K., ce qui fait en sorte que, bien, parfois, ça
peut... puis, la majorité du temps, ça marche bien, les choses se passent
bien, mais ça peut, des fois, faire boule de
neige et faire des montagnes parce que, justement, on a retenu, pas malicieusement, mais de l'information et on est
imputable en plus... on n'est pas imputable de ce résultat-là. Donc, au final,
bien, quoi qu'on ait fait, bien, il n'y a pas de réparation pour cet enfant-là,
on n'a pas circulé l'information. C'est des lourds pouvoirs, puis il
faut que... Le pendant de ces lourds pouvoirs là, bien, c'est de pouvoir les
contrôler de...
M. Ouellet :
...ou l'amoindrir?
Mme Leblanc
(Mylène) : L'amoindrir. Pour moi, comme juriste, l'amoindrir, parce
que... Je vais prendre un exemple : par
exemple, les policiers n'ont même pas ça, n'ont même pas cette protection-là,
les policiers au Québec n'ont pas ça.
Donc... Mais il y a des choses... Évidemment, c'est un métier à risque, être
intervenant. J'ai du respect, tu sais, c'est... Ça prend une protection,
mais pas mur à mur.
M. Ouellet :
Merci beaucoup, mesdames.
Le Président (M. Provençal)
: Alors, je vais remercier Me Leblanc et Mme Rioux pour,
premièrement, votre présence et, deuxièmement, votre contribution à nos
travaux.
Je suspends les
travaux jusqu'à 15 heures. Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à 12 h 56)
Le Président (M. Provençal)
: Bienvenue à la Commission de la santé et des services
sociaux.
La commission est réunie afin de poursuivre les
consultations particulières et auditions publiques sur le projet de loi
n° 15, Loi modifiant la
Loi sur la protection de la jeunesse et d'autres
dispositions législatives.
Cet après-midi, nous entendrons les personnes et
groupes suivants : la Commission de la santé et des services sociaux des
Premières Nations du Québec et du Labrador, la Commission des droits de la
personne et des droits de la jeunesse, l'Ordre des psychologues du Québec et
M. Camil Bouchard.
Je souhaite maintenant la bienvenue aux
représentants de la Commission de la santé et des services sociaux des
Premières Nations du Québec et du Labrador. Vous avez 10 minutes pour
votre exposé. Par la suite, nous procéderons
à la période d'échange avec les membres de la commission. Je vous invite à vous
présenter et à débuter votre exposé. À vous la parole.
M. Gray
(Richard) : Kwei... (S'exprime dans une langue autochtone) Richard
Gray... I'm here with Leila Ben Messaoud Ouellet, and she's our special advisor here on
projects at the commission. All my relations, my brothers and sisters... and
thank you for giving us this time to share our voices today. Good afternoon,
Mr. President, and welcome... Mr. Minister Carmant, ladies and gentlemen.
First, we want to recognize
that we are on unceded First Nations territory, and we take this opportunity to
salute all our brothers and sisters who are listening today on this important
subject that affects the well-being and future of our children and families. As
stated yesterday by AFNQL chief Ghislain Picard and chief Mequish of the
community of Obedjiwan, First Nations have never ceded their rights, let alone
the right to decide the future, education and well-being of their children
throughout the territory.
Let me be clear about our
position here today concerning our participation in this hearing. In no way
does this signify that we are promoting the Youth Protection Act over the federal
law C-92,
An Act respecting First Nations, Inuit and
Métis children, youth and families. On the contrary, we have been working hard
on trying to minimise the negative effects
of the Youth Protection Act in our communities, while promoting the principles
of C-92 and encouraging communities to fully exercise their whole
jurisdiction in child and family services under the federal law or continue using the limited economy provincial model. This
is their choice to make, hence the title of our brief : For a Law Worthy
of our Children. Unfortunately, Bill 15 does not recognize the economy and
jurisdiction of First Nations nor that it addresses the choice of which legal
regime they may want to use, as recommended by the Laurent Commission.
It was in a spirit of
collaboration that we actively participated in the work of the standing
committee on the application of the Youth Protection Act and working group on
the provisions specific to First Nations' children and families. At the... our participation in this committee, we were pulled
to forget about bringing the Youth Protection Act into harmonisation with C-92. I want to underline
here, we were very disappointed in receiving this kind of messaging from
the bureaucrats managing this committee. With regards to the bill, we applaud
the efforts made by Québec with the introduction of its bill, but it's clear
there are limits to the current bill for First Nations.
Yesterday, I heard many
questions about the community of Obedjiwan and their law now in force, and the
concerns of their law applying to their children off reserve. I'm sorry to say
this, but I must remind you that I never heard anyone on your commission
yesterday raise a red flag or concern that the community was never informed
about their 60 children living off reserve, located in the Saguenay—Lac-Saint-Jean administrative region, that they were put into care, some permanently. They were
only recently made aware of this because they were exercising their
jurisdiction and making efforts to collaborate for those off reserve cases.
Youth Protection Act is pretty clear, and it says this is not supposed to
happen, according to
section 72.6.0.1 and 81.1. How can you now raise concerns about
their laws applying off reserve when you see your Youth Protection Act
failing them? I think this is a perfect example of why communities are starting
to look seriously at creating their own
laws. You place 60 of their children without ever letting them know, and most
of these cases concern children placed in non native foster care, and
some have prohibitions of parent contact. How many other children have escaped
the communities in this broken system? This is a question that has long been
asked by all communities since the coming into
force of the Youth Protection Law, and more particularly since the introduction
of maximum placement periods. One must wonder if these amendments to the bill will bear fruit. Will the situation really change? Allow
us to doubt this very much. We raise this doubt because, despite our repeated
requests since 2006 and several calls to action from various reports, the
complete elimination for all indigenous children from maximum placement periods
is not found in Bill 15. We were disappointed and we expected more.
Currently, the bill mentions that we are not limited by these placement
periods, but only when a family council has been formed while the continuity of
care and stability of bonding for a child
are essential and already objectives that underpin maximum placement periods.
The need to avoid cultural breakdown of First Nations' children is clear
and is also a fundamental element to consider in the analysis of their
interest. Despite the importance of cultural continuity in the length of the
healing process for parents or guardians who have experienced multiple traumas
which may be longer, all of these elements should be considered to explain the
exemptions of First Nations from the maximum duration set out in the new
protection act, as recommended in the call to action 108 of the Viens
Commission report.
Just a brief reminder for those not aware, here in
Québec the majority of communities through their First Nations' child and
family services agencies take on certain responsibilities in youth protection
and they all offer preventative service developed and governed by the
communities themselves. I also want to highlight that these prevention services
have only been financed since 2009 from the federal Government, and that the
current Youth Protection Act does not recognize nor promote these services as
the preferred approach to dealing with negligence cases, which are the majority
of cases that are being retained in youth protection.
are encouraged to finally see Bill 15... that these provisions are now finally
being recognized. The question remains
though, will the youth protection services truly embrace the cooperation
aspects in Bill 15 or choose to continue questioning the ability of
these services? These cooperation aspects must be made stronger like the
principles outlined in C-92. I now pass the messaging off to Leila.
Mme Ben
Messaoud Ouellet (Leila) :
Merci Richard. Hier, plusieurs questions ont été posées
concernant l'article 37.5 de la
Loi sur la protection de la jeunesse, qui
prévoit la conclusion d'une entente établissant un régime particulier de
protection de la jeunesse entre le gouvernement du Québec et une communauté,
regroupement de communautés, nation ou regroupement autochtone. Nous tenons à
vous réitérer que, comme le chef de l'APNQL l'a mentionné hier, la loi C-92 va beaucoup plus loin que
l'article 37.5 en ce qu'elle affirme la compétence des Premières
Nations en matière de services à l'enfance et à la famille.
Les ententes du 37.5
ne sont qu'une autre forme de délégation. Ces ententes, contrairement à la loi
fédérale, peuvent s'échelonner sur plusieurs années avant de se voir concrétiser.
Pensons au Conseil de la nation atikamekw, le
sénat ou les communautés attikameks de Manawan et Wemotaci ont signé une
entente 37.5. Ces derniers avaient débuté leurs travaux sur le régime
particulier en protection de la jeunesse en 2002, mais ils n'ont signé une
entente qu'en 2018. Également, nous avons entendu, hier, le ministre
Carmant s'inquiéter que, sous C-92, il pourrait y avoir plusieurs lois provenant d'une même nation. Nous tenons à
mentionner qu'il s'agit également d'une possibilité sous l'article 37.5.
D'ailleurs, en quoi avoir une loi qui répond
aux besoins de la communauté même, aux traditions, aux coutumes et aux...
et aux pratiques, pardon, est problématique? Au contraire, selon nous, cela
fait toute la différence.
De plus,
l'article 21 du projet de loi n° 15 permet à un directeur ou toutes
autres personnes qui agissent en vertu des
articles 32 ou 33, si elle l'estime nécessaire, pour assurer la protection
d'un enfant dont elle a retenu le signalement, pénétrer à toute heure
raisonnable, ou en tout temps dans un cas d'urgence, dans une installation
maintenue par un établissement dans un lieu tenu par un organisme ou dans
lequel un professionnel pratique sa profession afin de prendre connaissance sur place du dossier de cet enfant et d'en tirer
copie. Les centres de santé sont considérés comme des organismes aux
yeux de la loi.
Nous craignons que
cette modification du projet de loi entraîne des effets pervers pour les
Premières Nations. En effet, les Premières Nations peuvent ressentir de la...
méfiance, pardon, envers le système de la santé. L'impact d'une telle
modification sur les Premières Nations envers les professionnels est, à notre
avis, trop important pour ne pas être considéré. Il existe tout un contexte
particulier pour les Premières Nations. Pensons aux pensionnats indiens, la
rafle des années 60, a discrimination systémique auxquelles font face les
Premières Nations, et j'en passe. Encore une fois, comme avec le projet de loi
n° 125, qui prévoyait la durée maximale d'hébergement, le projet de loi
n° 15 ne prévoit pas d'extension pour les Premières Nations. On applique
ainsi un
article sans se soucier et se questionner sur les répercussions négatives que cela peut engendrer sur les enfants
et familles autochtones. Les familles doivent sentir qu'elles peuvent
aller chercher de l'aide sans qu'elles se sentent menacées. Nous recommandons
d'exempter les organismes des Premières Nations de l'application de
l'article 21.
Depuis le dépôt du
rapport de la commission Laurent, nous demeurons dans l'attente de la mise en
oeuvre de la recommandation sur l'instauration d'un poste de commissaire
adjoint et de son équipe, consacré exclusivement aux enjeux entourant les enfants autochtones, avec le commissaire au
bien-être et aux droits des enfants. Sachant qu'il existe une surreprésentation des enfants
autochtones en protection de la jeunesse et que le besoin est criant, est
urgent, le travail sur la mise en oeuvre de cette recommandation aurait
dû déjà être entamé. Malheureusement, elle a été reportée dans l'attente de l'adoption du projet de loi.
Et il me reste un
paragraphe, M. le Président. Finalement, la
Loi sur la protection de la
jeunesse ne comporte aucune exigence précise quant à l'accès à des services
dans une langue autre que le français, à un interprète ou à des documents
traduits, d'autant plus que le projet de loi n° 96 ne vient pas modifier
le Règlement autorisant les ordres professionnels à déroger à l'application de
l'article 35 de la Charte de la langue française. Et je cite : «pour
étendre l'exemption à tous les professionnels exerçant leur activité dans une
réserve, dans un établissement où vit une communauté autochtone ou sur les
terres de catégorie 1 ou 1-N au sens de la
Loi sur le régime des terres
dans les territoires de la Baie-James et du Nouveau Québec, nonobstant leur
lieu de résidence, comme le recommandait la commission Viens à l'appel à
l'action numéro 11... numéro 12», pardon. C'est pourquoi nous vous
présentons aujourd'hui un mémoire contenant nos principales recommandations.
Nous vous remercions de nous avoir écoutés. «Meegwetch».
Le Président
(M. Provençal)
: Merci beaucoup pour
la présentation de votre exposé. D'ailleurs, votre mémoire, je pense qu'il est conjoint avec l'APNQL, alors je tenais à le
signaler. Maintenant, nous allons initier la période d'échange avec M.
le ministre. Alors, M. le ministre, je vous cède la parole.
M. Carmant : Merci beaucoup, M. le Président. «Kwei»,
M. Gray, Mme Messaoud. Beaucoup d'informations en 10 minutes. Premièrement, juste pour dire,
hier, je n'ai pas mentionné ou parlé, là, en fond, de 37.5. Et j'ai très bien
compris le message, là, de chef Picard, là, sur le C-92
puis la différence, là. On n'a pas besoin de revenir là-dessus, je pense.
Hier, on a
fait une discussion très ouverte, là, avec M. Picard, le chef Mequish sur
les différences et l'implication. Aujourd'hui,
on vous a pour avoir la chance de parler un petit peu du p.l. n° 15, qui m'a dit que ce serait le sujet de la conversation aujourd'hui.
Premièrement, je pense que le projet de loi est
clair, les services de prévention et de première ligne vont être reconnus. Pouvez-vous me dire quelles sont vos
réserves par rapport à l'application de cette partie-là du projet de loi?
M. Gray (Richard) : Certainly. I think we mentioned, earlier in our commentary, that we
were happy to see that prevention services are finally being recognized in
Bill 15.
Just to let you know as well,
and I want to repeat this again, we're concerned about the cooperation aspects
that are cited in the articles of law. Because the articles of law say yes,
that there should be some collaboration, cooperation with the services, but
there is also an analysis of their ability to give services and we raise this
red flag again because what happens if youth protection workers aren't familiar
with these services, don't make the effort to understand theses services in the
community? Will they just continue using their youth protection practices and
avoid these kinds of collaboration mechanisms that are now in the law?
You heard me earlier talk to
you about 60 children and... from the community of Obedjiwan that are residing in Lac-Saint-Jean—Roberval area, and the community wasn't
notified. And there are specific articles of the law, 72.6.0.1, that speak to the fact that the communities are supposed to be
notified. So, here's an example of youth protection workers or services not respecting the actual articles of law. We
already know there are some disputes or some trouble around collaboration
between protection services and prevention services that were described in the
Laurent Commission and the Commission Viens report as well. So, one
hopes that the collaboration that's highlighted in the Bill 15 will be really embraced by the workers within the Youth
protection services and collaborate with those First Nations prevention
services. That's our wish. We hope that happens.
Carmant : O.K.,
je comprends très bien. Puis,
d'ailleurs, soyez rassuré, là, j'ai déjà demandé de voir comment
c'est... comment ça se fait que ce n'était pas connu, là. On va aller au bout
de la chose.
Deuxième chose que j'aimerais clarifier avec
vous... Moi, je suis un... j'ai été impressionné par le concept de cercle de
famille, à un point tel que j'ai demandé à toutes les DPJ du Québec de
réactiver un programme qui est inspiré de
ça, qui s'appelle Ma famille, ma communauté et qu'il faut mettre partout dans
le Québec. Maintenant, je veux comprendre, quand vous dites que la
durée... qu'on élimine la durée maximale de placement, mais seulement dans le cas où il y a le cercle familial, quelles seraient
les situations où il n'y aurait pas ce cercle familial? Parce que je pensais
que c'était la façon dont ça se faisait dans les communautés.
M. Gray (Richard) :
I can explain to that it's a... I think, a practice that comes from the model, present model, from the... 37.5, where there's
family councils put in place. I appreciate the information you're sharing about
Ma famille, ma communauté. It's unfortunate though, when we're looking
at maximum placement periods, that the only time we can talk about getting rid
of maximum placement periods, it's a condition that these kinds of family
councils have to be put in place.
In terms of customs and
practices, I don't want to generalize based on First Nations' customs and
traditions that everybody utilizes family councils as a generalization, I don't
want to make that a generalization, but I believe it's a concept, I think, that
First Nations could easily adopt if it's something that is not part of their
current customs practice or traditions, or something similar, like a family
council. I believe there is some openness around that as well and I'm happy to
see that the Ministry is trying to utilize, I guess, more community resources
in these instances, but again, I repeat, making that link to having to put this
as a condition in order to avoid the limitations on maximum placement periods,
I think it's a little bit of a shortfall of Bill 15. Leila, I don't know
if you want to add anything.
Mme Ben Messaoud Ouellet (Leila) : Oui.
Si je pouvais me permettre, là, M. le ministre, aussi concernant, là,
cette formation de conseil de la famille, ça sera plus ou moins possible ou
difficile dans des mesures provisoires où c'est urgent d'agir. On croit qu'il y
a des difficultés, là, de former un conseil de famille assez rapidement, de
mettre en place, comme Richard le mentionnait, des conseils de famille ou...
présentement, je sais qu'il y en a en Outaouais, dans certaines régions, auprès
de certaines communautés, mais ce n'est pas uniforme à l'échelle régionale. On
va, donc, un peu échapper des enfants, là,
de ces durées maximales d'hébergement là parce qu'il n'y aura pas de conseil de
famille qui va avoir encore été mis sur place. Tu sais, il faut penser
aussi à la logistique, la composition de ce conseil de famille là sur communauté,
là, comment ça va se concrétiser en réalité, les durées, l'animation de ces
conseils de famille là. Donc, il y a
plusieurs choses aussi à voir autour des conseils de famille, c'est pourquoi
nous, on recommande d'exempter l'ensemble des enfants autochtones, comme le
recommandait la commission Viens, parce qu'il y a un filet de sécurité
pour un enfant autochtone, pas juste par le conseil de famille. Il peut y avoir
des révisions, des réévaluations plus serrées
auprès d'un enfant autochtone pour, justement, là, permettre que... l'exemption
des durées maximales d'hébergement.
M. Carmant : ...vraiment compris que c'est un processus plus
généralisé, puis que c'était un filet de sécurité, comme vous dites. Moi, je
suis très ouvert à l'adapter. Quand il n'y a pas ce conseil de famille,
c'est... comment ça se passe,
pouvez-vous me l'expliquer? Parce qu'on a quand même un certain temps pour
l'implanter, ce n'est pas comme...
M. Gray (Richard) :
Well, I think... I think, earlier, as I
mentioned to you, it's going to be important that communities have some
openness to develop a process that meets their needs, that meets their
traditions. I think that has the mandate of, you know, giving the
decision-making to the community, rather than in informing the director or
Youth Protection. I think those are important elements that should be
maintained. But at the design and process, those
are aspects that communities should have input in and the Youth Protection
system should respect those processes and adaptations that they want to
put in place in this regard.
M. Carmant : O.K. Puis le point est
bien fait. Autre point que j'aimerais vous poser comme question, puis ça, c'est un enjeu, au niveau de la
confidentialité, puis de l'échange d'informations, quelle est votre crainte par
rapport à cette augmentation, là, de la capacité d'aller chercher de
l'information? Pouvez-vous le plus partager avec moi? Là, vous m'avez parlé des
agences. Pourquoi les exempter? Plus on a de l'information, mieux c'est, non?
M. Gray
(Richard) :
Well,
I think I'll respond this way. We've noticed that you now included «body» into the language of those entities, where Youth
Protection workers can go and get information. So, you've enlargened, I guess,
the definition of who is targeted here. And this raises a concern for us, from
a First Nations' point of view, because we have health centers, in our
community. And I don't know if you're aware or if you understand how First
Nations services are organized. Normally, a
lot of our members go to health centers to get information, to receive care, to
do consultations, and a lot of these Health centers are places where these
prevention services are offered at the same time.
And if you now open up this
definition, broad definition to include health and social services centers in
First Nations communities, my fear is that there will be a lot of fears on the
part of First Nations members who are experiencing problems and wanting to go
to these health centers that they view as sanctuaries, as places they can go
and get healing, and not worried about anybody coming in to intrude into their
private matters. So, this is something that
is very sacred in First Nations communities, even, you know, leadership, right
now, in first Nations communities, this is something taboo. We treat
confidentiality very highly in our First Nations communities.
So, now, if we're talking about
opening doors for somebody's preventative services and allowing protection
workers to come in to these kinds of settings, I think it will break the trust
and confidence that we're trying to achieve as part of the goal around
Bill 15, in terms of building better prevention services and more links
between prevention and youth protection services. I think there has to be a focus
on that. But if you're going to say, at the same time : We're trying to
build better collaborations, but we want to come inside and inspect your files,
it's really, I think, a little too much, in my opinion. I don't know, Leila, if
you want to add to that.
M. Carmant : Parce que, tu sais,
nous, le modèle...
Mme Ben Messaoud Ouellet (Leila) :
Bien...
M. Carmant : Go ahead, sorry.
Mme Ben
Messaoud Ouellet (Leila) : ...
Mme Ben Messaoud Ouellet (Leila) :
Je voulais simplement rajouter que, justement, au niveau des centres de santé,
ils collaborent déjà avec les établissements, les CISSS et les CIUSSS, pour
transmettre l'information aux intervenants. Donc, ce n'est pas de transmettre
l'ensemble du dossier, mais transmettre le suivi des parents et des enfants.
Donc, ça, ça se fait déjà.
Comme Richard l'a mentionné, on s'inquiète un
peu au niveau du lien de confiance de l'intervenant avec les parents. Que
l'intervenant allochtone débarque avec ses gros sabots sur la communauté pour
aller consulter un dossier du centre de santé, j'ai peur qu'avec le contexte
particulier des Premières Nations, en sachant que certaines femmes autochtones
qui sont enceintes ne veulent pas obtenir, aller chercher des services parce
qu'elles ont peur de se faire signaler, qu'avec tout ce contexte là, bien,
malheureusement, on fait que les parents, les enfants ne vont pas chercher des
services en prévention parce qu'ils ont peur que ces informations-là soient
retenues contre eux. Ça fait que c'est pour ça que, pour le contexte
particulier, malheureusement, qui entoure les Premières Nations, on demande, en
fait, une exemption au niveau des organismes Premières Nations.
M. Carmant : O.K.,
je comprends votre point. Juste pour donner l'image que, moi, je... L'idée du
législateur, comme on dit, c'est, par exemple, à l'urgence, si le
médecin fait le signalement, bien, l'infirmière, elle, elle n'a rien à dire, tu sais, pour compléter l'information.
C'était plus dans ce sens-là. Mais je vois où est votre position. M. le
Président, si vous permettez, je passerais la parole à la députée de Lotbinière-Frontenac,
s'il vous plaît.
Le Président (M. Provençal)
: Vous avez deux minutes, Mme la
députée.
Mme Lecours (Lotbinière-Frontenac) :
Pardon? Combien de temps?
Le Président (M. Provençal)
: Deux minutes.
Mme Lecours
(Lotbinière-Frontenac) : Merci. Bonjour. J'aimerais savoir pourquoi
vous ne voulez pas qu'on modifie la définition de «parents», qui se trouve à
l'article 1.
M. Gray (Richard) : Leila,
I'll let you take this one.
Mme Ben
Messaoud Ouellet (Leila) : Parfait. Bien, merci, Richard. En fait, ce
qu'on trouve particulier avec cette modification-là, de «parents», c'est que le
projet de loi n° 15 crée vraiment une
section au niveau des dispositions particulières aux autochtones. Donc,
on vient rajouter de prendre en considération la continuité culturelle,
la collaboration au niveau des services préventifs de première ligne, mais dans
un même temps, on vient restreindre la définition de «parents». Actuellement,
quand on regarde la
Loi sur la protection de la jeunesse, la façon dont c'est écrit, c'est que ça comprend aussi le fournisseur
de soins. Le fournisseur de soins, c'est qui? Bien, c'est «Kukum», c'est
grand-maman, grand-papa qui s'occupe de l'enfant actuellement, mais qui n'est
pas tuteur, là, au sens de la loi, mais qui s'occupe de l'enfant depuis sa
naissance. Quand on regarde la définition de la loi actuelle, ça inclut autant
le père et la mère que la grand-mère qui s'occupe vraiment, au jour le jour, de
l'enfant, parce que les parents lui ont confié.
Par contre, avec le
projet de loi, là, si je ne me trompe, là, c'est à l'article 2, on vient
restreindre cette définition-là pour inclure père et mère, ou tuteur au sens
vraiment de la loi, donc un tuteur datif, un tuteur qui a été nommé par les juges. Puis on sait que les
Premières Nations ne vont pas aux tribunaux, là, pour faire nommer un tuteur.
Mais cette modification, ce qu'elle fait, c'est que les grands-parents devront
se présenter en cour pour demander d'être
partie au dossier, d'être entendus, pour être entendus au dossier de l'enfant,
tandis que, quand tu es un fournisseur de
soins, quand tu es inclus comme parent de facto, tu n'as pas besoin de faire
une demande pour être entendu au dossier, tu es déjà inclus de facto à l'audience, parce que c'est toi qui
s'occupe de l'enfant au jour le jour, c'est toi qui connais vraiment les
besoins de l'enfant. Il s'en occupe au jour le jour. Donc, c'est vraiment au
niveau administratif, c'est pour éviter aux grands-parents de devoir demander
aux juges de se faire entendre, d'être
partie à l'audience. Donc, nous, on dit : Bien, on devrait inclure, pour
les Premières Nations, les fournisseurs de soins, ces personnes-là qui
s'occupent au jour le jour de l'enfant parce que les parents auront
confié la garde.
Mme Lecours
(Lotbinière-Frontenac) : Merci.
Le Président
(M. Provençal)
: Merci beaucoup. Nous
allons poursuivre cet échange avec la députée de Notre-Dame-de-Grâce. Je vous
cède la parole, madame.
Mme Weil :
Merci, M. le Président. Alors, «kwei», donc, M. Gray et Mme Ouellet.
can go in English, you know, for part of it, in French for the other part. I'm
going to start in English. Yesterday, we had a kind of very interesting
conversation because we went broad, we went broad and talked about Bill C‑92
and the impatience of the community. And I mentioned that there were a few
numbers of groups that came, you know, sort of the regular groups have come, they represent civil
society, and I was struck by the... sort of a sense of understanding, where
people have reached that point now because there's been a lot of efforts and
there's been a lot of tragedies, and that it sensitizes people.
so, I want to get to Bill C-92 in the approach that is taken, and understand
you're getting into the technicalities, but I think it's useful to people to
hear the bigger discussion, and then, then, it's easier for most of us. We
haven't really... you know, we
don't have as much of an understanding. So, I have lived a little experience
with them when we went to visit a nation, Lac-Simon, and it was a visit
organised by the government,
and it was a wonderful experience. And I've got to chat with a social worker
for the whole evening, and she really explained to me everything. She... well,
everything, she explained the approach, she explained why they're in the best
position, they help children who've had
trauma. She said : We can handle this, you know. But it was a really wonderful discussion. And
it's so concrete, kind of examples that helped people, and sort of move on.
I want to understand if you could just, and for those who are listening to us,
«en français, en anglais», whatever. C-92 and what... because most of us are
not, you know, our studies have
been in other areas, there have been efforts though to sensitize all of us at
the National Assembly. We had a
great course that we all had to take. It was wonderful. Just explain it for the
people. And then, then we can get in the things that really need to change fast
as you wait for a bigger discussion on C-92. What is it about, you know, the insufficiencies obviously in
Bill 16 that you are mentioning? But big pictu