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32e législature, 4e session (23 mars 1983 - 20 juin 1984)

32e législature, 3e session (9 novembre 1981 - 10 mars 1983)

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31e législature, 4e session (6 mars 1979 - 18 juin 1980)

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27e législature, 6e session (25 janvier 1966 - 18 avril 1966)

27e législature, 5e session (22 octobre 1965 - 23 octobre 1965)

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(23 février 2011 au 1 août 2012)

Le jeudi 26 avril 2012 - Vol. 42 N° 86

Étude des crédits budgétaires 2012-2013 du ministère du Conseil exécutif

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Table des matières

Conseil exécutif

Remarques préliminaires

M. Jean Charest

Mme Pauline Marois

Discussion générale

Documents déposés

Adoption des crédits des programmes 1 et 2

Adoption de l'ensemble des crédits

Documents déposés

Autres intervenants

M. Bernard Drainville, président

M. Daniel Bernard

Mme Stéphanie Vallée

M. Stéphane Bédard

M. Vincent Auclair

M. Gérard Deltell

M. Michel Matte

M. Germain Chevarie

Note de l'éditeur:

Les crédits du volet Jeunesse du ministère du Conseil exécutif ont été étudiés à la Commission des relations avec les citoyens le 17 avril 2012.

Journal des débats

(Quatorze heures trois minutes)

Le Président (M. Drainville): À l'ordre, s'il vous plaît! Alors, je constate qu'il y a quorum, je déclare donc la séance de la Commission des institutions ouverte. Je demande à toutes les personnes dans la salle de bien vouloir éteindre la sonnerie de leurs téléphones cellulaires.

Conseil exécutif

La commission est réunie afin d'étudier le portefeuille Conseil exécutif pour l'exercice financier 2012-2013.

Mme la secrétaire, est-ce qu'il y a des remplacements?

La Secrétaire: Oui, M. le Président. Mme Beaudoin (Mirabel) est remplacée par Mme Maltais (Taschereau); M. Cloutier (Lac-Saint-Jean), par M. Bédard (Chicoutimi); et Mme Hivon (Joliette), par Mme Marois (Charlevoix).

Le Président (M. Drainville): Très bien. Alors, nous allons débuter par les remarques préliminaires, puis nous allons procéder à une discussion d'ordre général par blocs d'environ 20 minutes, incluant les questions et les réponses, en alternance entre le groupe parlementaire formant le gouvernement et les députés de l'opposition. La mise aux voix des crédits sera effectuée cet après-midi.

Alors, je vous informe qu'un député indépendant, le député de Chauveau, a signifié son intention de participer à l'étude de ce portefeuille. Il disposera d'un temps de parole de 10 minutes.

Alors, puisque nous avons débuté nos travaux à 14 h 3 et qu'une période de quatre heures doit être consacrée à l'étude du portefeuille, est-ce qu'il y a consentement pour poursuivre nos travaux au-delà de l'heure prévue, soit 18 h 3? Consentement. Merci.

En terminant, je vous invite, aux fins de l'exercice de l'étude des crédits, à poser de courtes questions et incidemment à fournir des réponses tout aussi brèves de façon à favoriser le plus grand nombre d'échanges possible.

Remarques préliminaires

Alors, nous allons débuter sans plus tarder avec les remarques préliminaires. M. le premier ministre, vous disposez de 20 minutes pour vos remarques d'ouverture.

M. Jean Charest

M. Charest: Merci, M. le Président. Je veux saluer Mme la chef de l'opposition officielle et les collègues de l'opposition officielle qui l'accompagnent aujourd'hui. J'aimerais vous signaler que je suis accompagné par le secrétaire général du gouvernement du Québec, à ma gauche, M. Gilles Paquin, qui est ici pour nous accompagner aujourd'hui; également des membres, évidemment, du gouvernement et du caucus gouvernemental qui sont avec nous aujourd'hui. Et je suis accompagné également de M. Lagacé, qui travaille avec moi, Frédéric Lagacé.

Mesdames, messieurs, M. le Président, aujourd'hui, dans les 20 minutes que vous m'accordez, j'aimerais aborder les sujets qui vont faire l'objet d'échanges aujourd'hui. D'abord, j'aimerais vous dire que je souhaite que nous puissions avoir un échange très ouvert sur un ensemble d'enjeux et qui touchent l'économie, l'emploi, enfin, tout ce qui peut intéresser l'opposition officielle. Il y a un enjeu qui est dans l'actualité, qui est incontournable, et je voulais d'emblée vous en parler aujourd'hui, puisque c'est un sujet qui intéresse tous les Québécois.

C'est toute la question, M. le Président, de l'avenir de nos universités, de nos collèges, qui a fait l'objet de beaucoup de débats depuis les dernières semaines en particulier.

Et j'aimerais vous situer cet enjeu-là pour le gouvernement et vous parler de notre vision de l'avenir, d'abord en réitérant à quel point, pour l'avenir du Québec, il est important pour nous d'avoir des universités, des collèges qui sont de calibre mondial. Au-delà de toutes les bonnes raisons qui existent partout sur la planète, au Québec, il y a une réalité, celle d'une population francophone qui ne représente que 2 % de la population nord-américaine.

Et, dans un contexte comme celui-là, il y a vraiment une très lourde responsabilité sur nos épaules de prendre une décision, de prendre les bonnes décisions pour assurer l'avenir de nos universités et surtout de tout mettre en oeuvre pour qu'elles soient de calibre mondial.

C'est dans cet esprit que le gouvernement a travaillé avec tous ses partenaires. Depuis plusieurs dizaines années, au Québec, nous avons ce débat qui revient périodiquement. Et, depuis plusieurs dizaines années au Québec, il y a ce débat sur la question des droits de scolarité. Depuis plusieurs dizaines d'années, les gouvernements ont posé des gestes, les gouvernements ont consulté, il y a eu des commissions parlementaires. Notre gouvernement, qui est élu depuis 2003, en a fait également, des commissions parlementaires, a fait des propositions de politique, et nous avons constamment cherché les meilleures solutions possible.

Il y a quelques années, nous avons annoncé notre décision de revoir à nouveau la question du financement des universités, et ce, suite aux représentations qui étaient faites, entre autres, par les universités elles-mêmes. Elles ont fait la démonstration que l'écart de financement par étudiant entre le Québec et le reste du Canada, surtout au niveau du revenu de fonctionnement, était de 2 234 $ par étudiant, de plus, ailleurs au Canada. Les universités, les collèges ont demandé au gouvernement de poser des gestes pour que nous puissions donner un meilleur soutien financier, pas uniquement pour l'enseignement, mais également pour la recherche.

En conséquence, le gouvernement a lancé une consultation, et cette consultation a été très large et, dans le temps, nous a permis de travailler avec nos partenaires. Nous avons, suite à cette consultation, annoncé également notre décision de poser un geste au budget que nous avons livré en 2011, il y a donc plus d'un an. Et, avant le budget, il y a eu une rencontre très spécifique sur la question du financement des universités, au mois de décembre 2010. Les partenaires étaient conviés, chacun pour présenter son point de vue. Ça a été fait. Certains partenaires, au premier chef les représentants des associations étudiantes, ont choisi de quitter cette réunion, de ne pas faire

partie de la consultation. C'est un choix qu'ils ont fait et que nous avons respecté.

** (14 h 10) **

Au budget qui a été livré en 2011, le gouvernement a donc annoncé un plan de financement sur une longue période de temps pour augmenter le niveau de financement de 850 millions de dollars. De ce 850 millions de dollars, il y a 320 millions de dollars pour maintenir le financement réel par étudiant et un autre 530 millions de dollars pour améliorer la qualité de la formation et de la recherche universitaires. C'est donc un investissement très important, oui, et qui a fait appel à un effort de chacun d'entre nous.

Le plan de financement prévoit une contribution répartie de manière équitable entre les étudiants, le gouvernement -- le gouvernement, ce n'est pas abstrait, c'est les contribuables, ce sont les Québécois qui paient des impôts -- et également un troisième partenaire, un partenaire privé, les partenaires du secteur privé, devrais-je dire. L'effort est fait surtout par les contribuables Québécois, qui, à plus de 51 %, vont mettre la main dans leurs poches pour financer l'augmentation du financement.

Et donc la classe... Puis, chez nous, bien les contribuables, c'est en grande

partie la classe moyenne, ce qui n'est pas, en passant, une mauvaise chose, parce que ça témoigne d'un certain équilibre au niveau du revenu puis de la répartition de la richesse. Mais, cela étant dit, donc, c'est la classe moyenne qui fait l'effort le plus important.

Nous avons également demandé au secteur privé d'en faire davantage et nous avons donné des moyens aux universités pour y arriver avec une formule de parité de dons, de telle sorte qu'un don fait par le secteur privé sera financé à parité par l'État québécois, les contribuables Québécois. Donc, un incitatif assez important.

Finalement, nous avons également proposé que les étudiants fassent un effort additionnel. Comment situer cet effort additionnel? On est retournés dans le temps pour voir la contribution qui était faite par les étudiants, tout en se rappelant qu'au Québec le coût moyen pour un contribuable pour soutenir un étudiant dans notre réseau universitaire est d'environ 12 500 $ par année. Dans les années soixante, il en coûtait... en 1965, 1964... 1965, un étudiant payait environ 25 % du coût de sa propre formation. Ce coût a baissé à 13 %, là où il se situe actuellement, autour de 13 %.

En augmentant les droits de scolarité de 1 625 $, donc, sur une période de cinq ans, le gouvernement ramène la contribution des étudiants à la hauteur de 17 %, en deçà de ce qu'on paie... évidemment, on payait en 1964, 1965, et bien en deçà, il faut dire, au total, du montant des droits de scolarité qui sont payés ailleurs au Canada.

De ce montant additionnel d'argent, M. le Président, je voulais souligner que 35 % des fonds serviront à bonifier les programmes de soutien pour les étudiants, les étudiants à plus bas revenus. Par exemple, au Québec, nous dépensons 500 millions de dollars par année, environ un demi-milliard de dollars par année, en bourses pour aider les étudiants à plus faibles revenus.

D'ailleurs, la formule prévoit que tous les étudiants qui sont actuellement des étudiants qui reçoivent des bourses n'auront pas d'augmentation de droits de scolarité, puisque les bourses seront augmentées pour des montants équivalents de l'augmentation des droits de scolarité. Alors, c'est donc un plan de financement -- j'avais dit cinq ans, peut-être, je devrais ajouter six ans -- que nous avons mis de l'avant, que nous croyons être très important pour l'avenir du Québec, et c'est un élément clé de notre développement.

Les étudiants ont manifesté leur désaccord dans certains cas, pas dans tous. Il faut dire que le mouvement étudiant n'est pas monolithique au Québec. D'ailleurs, j'en prends à témoin le fait, M. le Président, que, de tous les événements dont on a été témoins dans les dernières semaines, la majorité des étudiants sont restés dans leurs cours. Certains ont choisi de boycotter. Ils ont le droit de boycotter. Maintenant, le gouvernement est toujours resté à l'écoute, et le gouvernement fait preuve d'ouverture.

Les étudiants ont plaidé, dans beaucoup de cas, qu'il fallait faire un effort additionnel au niveau de l'accessibilité, parce que c'est l'enjeu, hein, avoir accès. Le gouvernement, le 5 avril dernier, par la voix du ministre des Finances, Raymond Bachand, la voix de la ministre de l'Éducation, a rendu publique une proposition pour assouplir le programme de prêts, pour le rendre davantage disponible aux étudiants. Ils ont également annoncé notre volonté à nous de s'asseoir avec ceux qui veulent mettre en place un régime de remboursement qui est proportionnel aux revenus, ce qu'on appelle un RPR.

Et donc nous avons tendu cette main et invité les étudiants à s'asseoir pour en discuter avec nous. Depuis ce temps, M. le Président, les étudiants ont choisi de ne pas s'asseoir avec nous. Nous avons, le 15 avril dernier, je pense que c'est bien ça, le dimanche 15 avril, la ministre de l'Éducation, en réaction à une résolution de la FEUQ, la Fédération des étudiants universitaires du Québec, qui demandait que soit créé un conseil des universités, elle a répondu favorablement en annonçant notre volonté à nous de s'asseoir avec eux pour en discuter.

Et nous avons donc attendu que les associations viennent à la table pour que nous puissions avoir cette discussion. Il y a eu une période d'attente parce qu'il y eu une association étudiante, qui s'appelle la CLASSE, qui, malheureusement, il faut le dire, suite à des manifestations violentes, manifestations d'intimidation, refusait de condamner les gestes de violence.

Je tiens à redire aujourd'hui, au nom de tous les Québécois, qu'il ne peut pas y avoir de discussion au prix de la violence et de l'intimidation, que cela n'est pas le reflet de nos valeurs. Aucun gouvernement québécois ne peut accepter de plier, de discuter sous la menace et l'intimidation. Là-dessus, notre société, nos citoyens sont d'une même volonté.

C'est ce qui explique que les raisons d'hier qui ont amené la ministre à dire aux gens de la CLASSE que, s'ils persistaient dans leur volonté de poser des gestes qui allaient en ce sens-là, qu'ils ne pouvaient pas en même temps dire: On reste à la table puis on discute.

Là-dessus, M. le Président, je fais le constat que nous sommes, au Québec, je pense, du même avis sur ces valeurs et que nous comptons sur ceux et celles qui occupent des positions de leadership pour les maintenir et parler clairement lorsque des situations comme celle-là se présentent et, comme les événements d'hier, des événements de violence, de bris, des actes criminels sont commis. Je pense que les Québécois sont en droit de s'attendre à ce que leurs leaders, sur ces questions-là, condamnent ces gestes-là sans réserve, sans a priori, sans chercher non plus à les justifier.

Alors voilà, M. le Président, nous en sommes maintenant au point où nous voulons toujours maintenir ce lien de discussion avec les représentants des associations qui partagent ces valeurs, qui sont prêts à travailler avec nous. Le gouvernement garde cette porte ouverte, la main tendue. Nous espérons qu'ils s'assoiront avec nous pour avoir cette discussion, qu'elle se fera dans un esprit de respect et d'une volonté commune d'avoir un système d'enseignement postsecondaire qui est vraiment à la hauteur de ce que le Québec a besoin pour l'avenir de ses enfants.

Le gouvernement, mon gouvernement, s'engage à faire cette discussion dans le respect et dans l'écoute et avec cette volonté très ferme de défendre nos valeurs les plus fondamentales, les valeurs démocratiques. Et nous espérons que les étudiants en feront de même. On a eu des contacts ce matin avec des représentants de la FECQ et de la FEUQ, et nous sommes toujours à l'écoute.

Mais je pense que tout le monde en arrive aussi à la conclusion que le temps est venu maintenant de réintégrer les cours, finir les sessions et de respecter le choix de ceux et celles qui sont des citoyens québécois qui veulent circuler librement sur les campus, qui ont le droit d'avoir accès à leurs salles de cours puis à leurs profs, et d'obtenir leurs diplômes, et de pouvoir poursuivre leurs études. Ça nous semble fondamental. Ce n'est pas une question banale, ce n'est pas une question de détail, ça.

Nous sommes à l'heure où nous croyons que chacun, maintenant, doit tirer les conclusions, faire preuve de bonne foi de part et d'autre, de cette volonté commune d'en arriver à une bonne solution tout en faisant tous les efforts puis en restant à l'écoute.

Et nous espérons que dans les jours à venir les étudiants, sur la base des gestes posés par le gouvernement: RPR, assouplissement du programme de prêts, on a parlé... on a eu des discussions sur les bourses, on a eu des discussions, M. le Président, sur ce conseil des universités, sur comment on peut s'assurer qu'il y a une vigie sur l'augmentation des droits de scolarité et l'impact que cela peut avoir... Il y a beaucoup d'espace pour que nous puissions travailler ensemble.

Mais, une fois que nous en arrivons à cette conclusion, on en arrive également à la conclusion que nous devons maintenant assumer chacun nos responsabilités et permettre à chaque citoyen, chaque étudiant de reprendre ses cours et de terminer sa session. Merci, M. le Président.

** (14 h 20) **

Le Président (M. Drainville): Merci, M. le premier ministre. J'invite maintenant la chef de l'opposition officielle à faire ses remarques préliminaires pour un maximum de 20 minutes.

Mme Pauline Marois

Mme Marois: Alors, merci, M. le Président. Je vais saluer à mon tour le premier ministre, les membres de cette commission de même que les gens qui accompagnent le premier ministre et nos collaborateurs.

M. le Président, le premier ministre n'a fait porter son intervention que sur la seule question étudiante. J'y reviendrai très longuement au moment de notre premier débat, un peu plus tard dans notre séance de travail. Cependant, j'aimerais, moi, de mon côté, pouvoir parler de l'ensemble du bilan du gouvernement, y compris bien sûr de la crise que l'on vit actuellement et dont la responsabilité incombe à l'actuel gouvernement.

En fait, le bilan des neuf années d'exercice du pouvoir du présent gouvernement est le pire des 50 dernières années. On constate que l'économie est à bout de souffle, que l'attente en santé a empiré, que les intérêts du Québec sont bafoués par Ottawa. Les scandales de corruption ont tellement miné la confiance que nos institutions sont ébranlées. Et le premier ministre trouve le moyen, encore vendredi dernier, de rigoler pendant que la paix sociale est menacée. Le premier ministre peut bien rigoler, mais l'héritage qu'il laisse aux Québécois, lui, il est triste.

Je vais donc commencer par ce fameux conflit avec les étudiants. Ça fait maintenant 73 jours que la crise dure. Les images de désordre, de chaos font le tour du monde. Hier soir, il y a eu de la casse, plus de 80 arrestations. Encore aujourd'hui, j'ai demandé, et je le répète, que cessent les actes de violence que mon parti et que moi-même condamnons sans réserve depuis le début.

Mais le gouvernement est en train littéralement de perdre le contrôle de la situation. Nous sommes dans un contexte où il y a de fortes tensions, et il est essentiel que les esprits puissent se refroidir, M. le Président. Or, pour l'instant, malgré ce qu'en dit le premier ministre, le dialogue est impossible. C'est la décision de hausser de 75 % les droits de scolarité, il y a un an, qui est à l'origine de ce conflit.

Le refus obstiné du premier ministre de dialoguer avec les étudiants, ça nous a amenés tout droit vers la crise sociale que nous traversons, et il est de la responsabilité du premier ministre de maintenir cette paix sociale. Je vous dirais, M. le Président, que c'est même sa première responsabilité. Moi, je crois qu'il faut qu'il pose un geste.

Et on va refaire un peu l'histoire de tout ce conflit dans les minutes qui viennent, mais, dans le contexte actuel, la seule chose à faire pour mettre fin au conflit, c'est de suspendre la hausse pour l'année 2012. C'est ce que j'ai demandé au premier ministre aujourd'hui, mais c'est aussi ce que lui ont demandé d'anciens membres du gouvernement libéral et qui sont reconnus, je crois, dans notre société comme étant des sages. Je pense à Claude Castonguay, à Jean Cournoyer, Jean Cournoyer, d'ailleurs, qui n'a pas ménagé ses propos il y a quelques minutes à peine. Il faut rétablir la paix sociale.

Il faut que nos jeunes, oui, retournent à l'école. Il faut régler cette crise qui a assez duré, qui a trop duré.

Et aujourd'hui moi, je voudrais entendre du premier ministre qu'il m'explique qu'est-ce qu'il va faire pour sortir de l'impasse. S'il s'y refuse, s'il demeure campé sur ses positions, et jusqu'à maintenant je n'ai pas entendu beaucoup de nouvelles solutions, on devra conclure qu'il a souhaité cette crise, qu'il l'a préméditée, qu'il la nourrie à des fins partisanes, M. le Président. S'il ne met pas fin à cette crise, tous vont comprendre qu'il a abdiqué ses responsabilités de premier ministre.

Je reviens sur les dernières semaines. Le premier ministre a prétendu qu'une hausse de 75 % des frais de scolarité constituait une juste part. Il a montré une intransigeance envers nos jeunes, une intransigeance qu'on aimerait lui voir adopter par ailleurs quand il se retrouve face à Ottawa, face aux minières, face à la corruption. Depuis 1994, les transferts fédéraux pour l'éducation postsecondaire sont gelés. Le premier ministre, lui, ne semble pas se formaliser du fait qu'Ottawa ne fasse pas sa juste part.

En 2011, en 2011, M. le Président, 10 des 19 compagnies minières oeuvrant au Québec n'ont payé aucune, aucune redevance, zéro, mais le premier ministre ne se formalise pas du fait que les minières ne fassent pas leur juste part. Les Québécois perdent des millions dans la collusion. Le premier ministre a refusé pendant trois ans de créer une commission d'enquête. Il ne s'est pas formalisé du fait que la mafia se remplissait les poches avec notre argent.

Le premier ministre s'est montré très dur, très dur face à la jeunesse québécoise, mais il a été mou face à Ottawa, mou face aux minières, mou face à la corruption. Ça ne devrait pourtant pas se passer comme ça.

En 2003, le premier ministre a d'ailleurs choisi lui-même de prendre la responsabilité du dossier de la jeunesse. Il était d'ailleurs très fier à ce moment-là, il l'avait souligné et il affirmait ceci: Nous avons besoin des idéaux de la jeunesse. Le 22 mars dernier, ils étaient des milliers, des dizaines de milliers de jeunes dans les rues, ils manifestaient pacifiquement pour leurs idéaux, ils étaient magnifiques. Le premier ministre les a ignorés et il a commencé à jeter de l'huile sur le feu. Il y avait un momentum, M. le Président, pour rencontrer les étudiants, pour ouvrir le dialogue.

Vendredi dernier, vous le savez, le premier ministre a dépassé les bornes de la décence, il a fait preuve de mépris envers nos enfants. Il ne pourra pas effacer cet héritage empoisonné qu'il laisse aux jeunes générations. Mais le premier ministre pourrait au moins avoir la décence de régler ce conflit et de s'excuser auprès de la jeunesse.

Certains se demandent pourquoi le gouvernement jette de l'huile sur le feu. Moi, je crois que le premier ministre se sert de ce conflit pour faire oublier son bilan. Je vais vous en parler. En économie, le premier ministre tente depuis toujours d'accoler l'étiquette de champion de l'économie au Parti libéral. Ça a pu faire illusion pendant un certain temps, mais aujourd'hui les résultats, ils nous disent et nous racontent une autre histoire. Aucune politique économique structurante, aucune, n'a été mise en place depuis neuf ans.

Au contraire, ce gouvernement s'est acharné à démanteler les politiques des gouvernements du Parti québécois. Je vais vous donner deux exemples. Comme ministre des Finances, j'avais annoncé la réduction graduelle de la taxe sur le capital pour stimuler l'investissement. Le gouvernement, qu'est-ce qu'il a fait en arrivant? Il a annulé cette mesure, pour y revenir quelques années plus tard, quand il a réalisé son erreur. Nous avions également mis en place une politique de crédits d'impôt pour la recherche et le développement.

Cette politique, elle a permis de soutenir, de développer des secteurs stratégiques pour l'économie québécoise: les sciences de la vie, les technologies de l'information. Le gouvernement libéral, encore une fois, arrive au pouvoir, démantèle cette politique. C'était de la folie. Mais, après s'être aperçu de son erreur, il les a remis en place, bien tard, de sorte qu'aujourd'hui les résultats, ils sont désastreux, M. le Président. Et les chiffres à cet égard, ils sont implacables. En 2011, le Québec a perdu 51 000 emplois. En 2010, le déficit commercial international du Québec a atteint 25 milliards de dollars.

On parle d'une somme de 69 millions de dollars qui quitte le Québec tous les jours pour créer de la richesse et des emplois à l'étranger. Vous savez, suspendre la hausse des frais de scolarité pour 2012 priverait le gouvernement de 40 millions de dollars. Quand on aura terminé cette séance ensemble, dans quatre heures, il y aura 11 millions de dollars qui seront sortis du Québec à cause de notre déficit commercial. Ça met en perspective le prétexte pour lequel le premier ministre a provoqué une crise sociale.

Je reviens à l'économie. Ce gouvernement n'a aucune stratégie pour contrer cet état catastrophique de notre balance commerciale. Sa seule politique depuis neuf ans consiste à endetter le Québec. Le premier ministre est actuellement responsable de 33 % de toute la dette du Québec, le tiers de la dette. Ça signifie qu'un Québécois qui naît aujourd'hui a 7 800 $ de dette de plus à payer qu'en 2003. C'est l'héritage que le premier ministre laisse aux nouvelles générations.

** (14 h 30) **

Il ne peut même pas se vanter de mieux contrôler les dépenses que les gouvernements précédents. Sous les gouvernements du Parti québécois, de 1993 à 2003, neuf ans, les dépenses de programme augmentent de 21 %; neuf ans sous les libéraux, les dépenses augmentent du double: 43 %. C'est les chiffres de son propre ministère des Finances. C'est un bilan économique et financier accablant: pertes d'emplois, déficit commercial, endettement, dépenses. Le Québec va être affecté longtemps par l'héritage empoisonné que laisse ce gouvernement. Il n'y a aucune matière à rigoler.

En santé, le bilan du premier ministre est tout aussi accablant. Tous se souviennent de ses promesses lors des élections de 2003, lorsqu'il s'engageait à régler une fois pour toute l'attente en santé. Confronté à ses ratés, il n'a cessé, pendant neuf ans, de jeter le blâme sur le gouvernement précédent, sur moi-même, sur les autres. Ça a pu fonctionner pendant un temps, mais, après plus de neuf ans du pouvoir, la cassette du premier ministre est enrayée, son bilan l'a rattrapé. Neuf ans, 13 milliards plus tard, on attend une heure de plus dans les urgences qu'en 2003.

Le bilan est sans appel, les Québécois attendent toujours plus. Le premier ministre a échoué complètement. Les Québécois attendent aux urgences et ils ne trouvent pas ça très drôle, M. le premier ministre.

En ce qui a trait à la défense des intérêts du Québec, le chef libéral se trouve aujourd'hui dans une position unique dans l'histoire du Québec. Il est le seul premier ministre à avoir renoncé à toute demande pour modifier le statut du Québec. Il a baissé les bras, répétant inlassablement que le fruit n'est pas mûr. Pourquoi le premier ministre ne demande-t-il rien? Pourquoi les Québécois ne peuvent-ils compter sur lui? De quoi a-t-il peur?

Le premier ministre se gargarise du passé libéral. Il se pose comme le successeur des Lesage, Ryan, Bourassa. Mais, loin d'être un bâtisseur, il aura été le fossoyeur des intérêts du Québec. 50 ans plus tard, que reste-t-il des deux peuples fondateurs, du Maîtres chez nous de Jean Lesage, de l' Égalité ou l'indépendance de Daniel Johnson?

M. le Président, le Parti libéral est passé de la Révolution tranquille à l'abdication tranquille de nos aspirations nationales. J'aimerais que le premier ministre nous dise, par exemple, ce que le Québec a obtenu à la suite de la reconnaissance symbolique de la nation québécoise par la Chambre des communes. La réalité, c'est que nous n'avons rien obtenu du tout, sauf des rebuffades en série. Juste avant les élections de 2008, le premier ministre a joué au grand défenseur des intérêts du Québec pour mousser sa campagne électorale à venir.

Il a envoyé une lettre aux chefs des partis fédéraux où il énonçait 15 demandes de son gouvernement au nom du Québec. Son résultat: 0 en 15, M. le Président.

Le chef du Parti libéral a coutume d'esquiver ses responsabilités en affirmant qu'il fait des gains concrets, mais, sur ce terrain-là aussi, ses échecs sont navrants. Le secteur de la forêt au Québec vit une crise sans précédent. Jamais n'a-t-il été en mesure d'obtenir plus que des miettes d'Ottawa pour la forêt. L'industrie automobile ontarienne a connu la crise en 2008: Ottawa lui a versé 10 milliards de dollars. Contrats fédéraux pour la construction des navires, qui vont coûter au moins 33 milliards de dollars: le Québec va payer sa part.

Le premier ministre a été incapable, dans ce cas-là, d'aller chercher notre juste part des retombées économiques. Coupures dans les transferts en santé, coupures fédérales dans les pensions, abolition du registre des armes à feu, rejet de Kyoto, la

loi sur la justice, qui va nous coûter 1 milliard sur cinq ans, je pourrais continuer longtemps: à tout coup, le Québec est perdant.

Le bilan, c'est que jamais le Québec n'aura été dans une telle position de faiblesse face à Ottawa. Même son ministre des Affaires intergouvernementales en a convenu, je le cite: « On dirait qu'Ottawa nous a oubliés. » Les seuls qui rigolent aujourd'hui en voyant le gouvernement dans un tel état de faiblesse, ce sont les adversaires du Québec.

J'en viens à une question grave, celle de l'intégrité de nos institutions publiques. Sous la conduite du premier ministre, la perte de confiance de la population est en train de se généraliser. Il en est le premier responsable. En abaissant les standards d'éthique, en exigeant des quotas de financement, en acceptant de recevoir un salaire secret, le premier ministre a lancé un signal de laxisme. Les écarts se sont multipliés: contrats d'asphalte à l'entreprise d'un ministre, carte de crédit d'une entreprise privée utilisée par un ministre, scandale des garderies libérales, cadeau à une vice-première ministre.

À chaque révélation, il a essayé de balayer les faits sous le tapis et, quand la population a exigé une commission d'enquête, après des centaines de questions, des dizaines de reportages, des motions, des pétitions, des manifestations, il s'est obstiné jusqu'à ce qu'il soit complètement isolé. Le premier ministre a tellement attendu avant d'agir qu'il a causé des dommages irréparables. C'est ça, le bilan noir du premier ministre en matière d'intégrité.

D'ailleurs, pour retrouver la confiance de la population, il faudra poser des gestes d'éclat. Et c'est ce que nous ferons si nous sommes élus. Le financement des partis politiques deviendrait essentiellement public avec des dons limités à 100 $ par année. Nous limiterons les mandats des maires des grandes villes et celui du premier ministre. Nous ferons le ménage dans tous les nids de patronage, de copinage qui se sont installés sous son gouvernement. Le Parti québécois a fait le ménage en 1976, nous l'avons refait en 1994. Il faudra encore une fois refaire le ménage, nettoyer les dégâts laissés par ce gouvernement qui a laissé s'installer la corruption.

Les exemples d'incompétence de son gouvernement sont presque infinis. L'exemple des gaz de schiste, les droits de nos ressources pétrolières cédées en secret, le contrat d'Hydro-Québec qui l'oblige à payer pour ne pas produire d'électricité à Bécancour. Je pourrais aussi vous parler du Suroît, d'Orford, de l'îlot Voyageur, du CHUM, de la langue française qui recule, du refus du gouvernement de prendre ses responsabilités dans le dossier des accommodements raisonnables.

Depuis 2008, le premier ministre s'agite beaucoup pour essayer de faire diversion, pour faire oublier son bilan. Il s'est lancé dans une vaste opération de marketing politique, son fameux Plan Nord. D'abord, le premier ministre se vante d'attirer les investissements avec son plan, mais il sait très bien que ce qu'il a annoncé était déjà prévu. Ensuite, les Québécois se méfient des plans d'un gouvernement qui a laissé s'installer la corruption. Beaucoup de québécois refusent aussi de voir nos ressources naturelles être vendues à rabais, certaines compagnies minières ne payant aucune redevance, aucune.

Et puis le gouvernement refuse d'exiger que les compagnies fassent de la transformation chez nous.

Et finalement il y a cette précipitation qui suscite la méfiance. Les Québécois veulent que nos ressources naturelles et que le développement nordique servent à notre enrichissement collectif, pas seulement à des intérêts privés. Ils veulent un gouvernement qui va prendre le temps de développer le Nord de façon durable, avec intégrité. Ils veulent que la richesse créée par l'exploitation de nos ressources profite d'abord et avant tout aux Québécois, et c'est ce que nous leur proposons de faire.

Le bilan du premier ministre est lourd, très lourd, il continue à s'alourdir chaque jour. Dans cette fin de régime qui n'en finit plus de finir, la seule décision responsable que pourrait prendre le premier ministre, c'est de déclencher des élections. Malheureusement, il préfère jouer au chat et à la souris avec la population. J'ai proposé au premier ministre d'instaurer des élections à date fixe. Cela nous coûte des millions de dollars parce que le DGE doit se... le Directeur général des élections doit se tenir prêt en tout temps, mais il refuse de placer l'intérêt commun au-dessus de ses intérêts partisans.

Le premier ministre se moque de l'intérêt général. On ne peut plus continuer comme ça. L'économie est à bout de souffle, l'attente en santé, les intérêts du Québec bafoués par Ottawa, les scandales de corruption qui n'en finissent plus, le premier ministre est en train de couler et d'entraîner le Québec avec lui. Le gouvernement libéral et le premier ministre ont fait leur temps, vous avez fait votre temps. Il faut en finir et aller en élections, M. le Président. Je vous remercie.

Discussion générale

Le Président (M. Drainville): Merci beaucoup, Mme la chef de l'opposition officielle. Nous allons maintenant procéder avec la première intervention, celle de Mme la chef de l'opposition officielle, pour un bloc de 20 minutes. La parole est à vous, madame.

Mme Marois: Alors, je vous remercie, M. le Président. Je vais revenir sur le conflit étudiant. Ça fait maintenant 73 jours que les étudiants sont en grève. La tension, vous le savez, vous le sentez vous-même, elle s'accroît de jour en jour et elle entraîne des gestes incontrôlés. Ce qu'on constate, M. le Président, c'est que l'exaspération est à son comble et que la population en a ras-le-bol. Il faut, il faut que nos jeunes retournent à l'école. Ça veut dire qu'il faut régler cette situation qui a assez duré, régler d'ailleurs avant que l'irréparable ne se produise.

Maintenant, comment régler la crise? Et moi aussi, je vais remonter aux origines de cette crise. Remontons à ce fameux sommet auquel le premier ministre faisait référence dans son intervention de départ, en novembre 2010. La hausse, elle a été décidée sans débat avec les étudiants. La décision était déjà prise, les dés étaient déjà pipés, et le dialogue était déjà rompu. En fait, qu'est-ce qui se passe actuellement? Pourquoi cette opposition des étudiants?

Et pourquoi sommes-nous aussi opposés à cette hausse drastique de 75 %, je vous le fais remarquer, après une hausse de 100 $ par année pendant les cinq dernières années? Sur 10 ans, là, ça va faire une hausse de 127 %. Pourquoi? Pourquoi on s'oppose à cela? Pourquoi les étudiants s'y opposent-ils?

** (14 h 40) **

D'abord, les étudiants, ils craignent que cette hausse nuise à l'accessibilité aux études supérieures et que ça crée -- et ça créera -- un endettement accru des étudiants. Ces étudiants-là, ils luttent pour les générations futures, ils luttent pour l'équité intergénérationnelle. Vous savez, le premier ministre disait tout à l'heure: Voici à quelle hauteur étaient les frais, on les ramène donc à telle proportion, etc. Vous savez, le premier ministre oublie de dire qu'à l'époque où ces demandes de contribution étaient moins élevées il y avait peu ou pas de frais afférents, ces fameux frais que personne ne contrôle.

Il oublie de dire que toute une génération, dont je suis, dont il est, dont sa ministre... ont profité des taux très bas pour s'instruire. Mais qu'est-ce qu'on dit aux jeunes maintenant? Après nous, le déluge. Nous, on n'a pas payé, alors vous autres, vous allez prendre la note. Puis, en même temps que vous allez prendre la note, vous allez prendre la dette qu'on a accumulée sur votre dos, M. le Président.

Alors donc, les jeunes qui sont actuellement opposés aux frais de scolarité luttent pour les générations futures, luttent pour l'équité intergénérationnelle. Les étudiants ne peuvent accepter une telle hausse lorsqu'ils constatent, entre autres, à quel point leurs universités connaissent des ratés assez importants dans leur gestion. Il y a des rémunérations mirobolantes de recteurs, des parachutes dorés, des délocalisations immobilières injustifiées, fiasco de l'îlot Voyageur, M. le Président.

Donc, depuis plus d'un an, les étudiants ont effectué d'innombrables sorties sur la place publique. Ils exprimaient leur opposition à cette hausse drastique et inéquitable. Le premier ministre n'a rien voulu entendre, il a fait la sourde oreille à leur questionnement. Depuis tout ce temps, le gouvernement a toujours, toujours refusé de discuter de la question centrale qui est la hausse de 75 % des frais de scolarité. À chaque fois que les étudiants ont voulu ouvrir le dialogue, le premier ministre, la ministre trouvent un prétexte pour le rompre, ce dialogue. Hier, c'était une annonce sur un site Internet, aujourd'hui, le gouvernement refuse encore une fois de rouvrir les discussions.

Je le répète, M. le Président, le maintien de la paix sociale, c'est le premier devoir du premier ministre. Pourtant, on a l'impression qu'il agit comme s'il voulait au contraire ébranler la paix sociale. Maintenant, il y a les excuses, les prétextes. À mon point de vue, cela suffit, M. le Président. Pour régler le conflit, j'ai proposé de suspendre cette hausse des frais de scolarité. La semaine dernière, je l'ai dit dans mon intervention tout à l'heure, l'ancien ministre libéral Claude Castonguay a suggéré exactement la même chose au premier ministre.

Et je vais me permettre de le citer, M. le Président: « Le premier ministre devrait considérer la possibilité de reporter la hausse des droits de scolarité pendant le prochain semestre, ce qui ne mettra pas les finances du Québec en cause. Le premier ministre lui-même devrait intervenir parce que la ministre de l'Éducation n'a pas été en mesure de résoudre ce conflit-là ou d'apporter les éléments nécessaires qui mènent à une solution. »

D'ailleurs, pendant toutes les négociations qui ont eu lieu, pendant 40 heures, elle s'est assise une heure à la table de négociation. Je peux vous dire que j'en ai fait, des négociations, dans ma vie et que j'y ai été de nombreuses heures, aux tables de négociation, avec mon premier ministre, en plus.

Alors, aujourd'hui je vais le demander au premier ministre: Est-ce qu'il est prêt à suspendre la hausse? Est-ce qu'il est prêt à régler cette crise, à rétablir la paix sociale? Moi, je vous dis une chose, M. le Président: S'il s'y refuse, s'il demeure campé sur ses positions, nous devrons conclure qu'il a souhaité cette crise, qu'il l'a préméditée, qu'il l'a nourrie. Pourquoi? Pour masquer son bilan. S'il ne met pas fin à cette crise, tous comprendront qu'il a abdiqué ses responsabilités de premier ministre.

Je veux savoir si le premier ministre est prêt à répondre à cet appel que nous lui faisons, que je lui fais, que Claude Castonguay lui fait, que Jean Cournoyer lui fait, que des dizaines de personnes lui posent... pardon, que des dizaines de personnes lui font.

Le Président (M. Drainville): Merci, Mme la chef de l'opposition officielle. M. le premier ministre.

M. Charest: Et ça nous donne combien de minutes environ, M. le Président?

Le Président (M. Drainville): La question avec le préambule, et tout ça, six minutes.

M. Charest: Six minutes. Bon. D'abord, M. le Président, je veux faire une première remarque pour dire que je constate que la chef de l'opposition officielle se présente ici avec ses textes préparés à l'avance, qu'elle a lus à la commission parlementaire, préparés sans doute par son personnel et qu'elle s'est surpassée dans les adjectifs puis la description. À écouter la chef de l'opposition officielle parler, évidemment tout, tout, tout mais absolument tout est noir, sans nuance. Je regrette le ton, M. le Président, surtout à l'heure où nous cherchons des solutions.

Cette espèce d'approche de terre brûlée où on détruit tout sur son passage pour arriver à... essayer d'arriver à ses fins, à mon avis à moi, c'est condamnable. Et je regrette que la chef de l'opposition officielle ait choisi de faire ça. Puis évidemment je comprends qu'elle lit les textes qui lui ont été donnés par son personnel, mais il me semble que ça aurait été une journée pour passer à côté de cette stratégie-là et d'adopter une autre attitude que celle-là.

Juste sur l'économie, faire une remarque parce qu'elle nous décrit une situation qui est contraire à la réalité. Est-ce que je peux juste lui faire remarquer qu'un ancien premier ministre péquiste du nom de Bernard Landry a dit que le Québec s'était mieux sorti de la crise que partout ailleurs en Occident? Ce n'est pas rien. Alors, juxtaposer cette déclaration-là avec la description que vient de faire la chef de l'opposition officielle, puis vous ne pouvez pas faire autrement que de dire: Ils doivent vivre sur deux planètes différentes. Puis ce n'est pas moi qui parle, c'est un ancien premier ministre du Parti québécois.

J'aimerais revenir sur ce sujet, sur cette question. D'abord, la chef de l'opposition officielle a soulevé la question de la dette. Pour lui souligner que la dette au Québec a grossi moins rapidement que partout ailleurs, aussi, que la chef de l'opposition officielle nous demandait, dans le dernier mandat, de faire un plus gros déficit puis une plus grosse dette, puis là elle reproche au gouvernement actuel d'avoir une dette, que nous avons mieux contrôlé nos dépenses qu'à bien des endroits, M. le Président.

Sur la question de ces droits de scolarité, le financement de nos universités, elle a appuyé le boycott étudiant. D'ailleurs, les gens le voient aujourd'hui, elle porte le carré rouge, elle a le choix de porter le carré rouge. Elle et son équipe de députés ont appuyé les étudiants qui ont choisi de boycotter leurs cours. Ça, c'est la position qu'elle défend. La chef de l'opposition officielle, je le sais, ne croit pas ce qu'elle dit. Vous, vous le savez, et ses collègues le savent aussi, qu'elle est favorable à l'augmentation des frais de scolarité, elle est favorable.

D'ailleurs, lorsqu'on lui demande la position du Parti québécois là-dessus, contrairement aux représentants de la CAQ, à qui je le reconnais, qui ont une position claire, le Parti québécois dit ne pas voir de position. La chef de l'opposition officielle, celle qui vient de parler, a déjà plaidé pour un rattrapage sur les frais de scolarité, auquel elle ajouterait l'inflation. Elle a déjà dit, je la cite: « Les étudiants doivent payer plus, [puis] en contrepartie le gouvernement doit investir davantage. » C'est ce qu'elle disait, puis après ça, bien, elle change d'idée.

Il y a un de ses députés, le député de Richelieu, qui a dit ceci: « Le maintien du gel, c'est le sous-financement à perpétuité. Je ne crois pas que ce soit dans l'intérêt des étudiants du Québec, de la recherche [ou] du monde de l'éducation. »

Ça, c'est la position du député de Richelieu, qui, lui, ne porte pas le carré rouge à l'Assemblée nationale du Québec. Je veux que les Québécois sachent que la chef de l'opposition officielle ne croit pas ce qu'elle dit sur les droits de scolarité, elle ne le croit pas. Puis elle le sait, puis ses collègues le savent, puis nous, on le sait, puis vous, vous le savez aussi, tout le monde sait ça.

Maintenant, je veux lui réitérer que le gouvernement a posé un geste qui est fondateur pour l'avenir du Québec, pour nos universités, nos centres de recherche, que le financement et la contribution des étudiants québécois, qui sera bien en deçà de la moyenne canadienne... et qu'on a le régime de prêts et bourses le plus généreux en Amérique du Nord. Et elle nous demande de s'asseoir; on l'a fait.

Mais j'aimerais que la chef de l'opposition officielle nous dise aujourd'hui: Est-ce qu'elle nous demande de s'asseoir avec les représentants de la CLASSE? Est-ce que c'est ça qu'elle nous demande aujourd'hui? Deuxièmement, quelle position défend-elle sur les droits de scolarité? Je comprends que le moratoire, là, ça achète du temps, là, pour elle, pas pour les étudiants. Quelle est sa position à elle et de son parti sur le financement des universités et les droits de scolarité? Les Québécois, il me semble, ont bien droit de le savoir. Elle qui réclame que le gouvernement pose des gestes, le minimum auquel elle doit s'astreindre, c'est de dire où elle se campe sur ces positions-là.

Une remarque au sujet des élections. J'ai eu l'occasion de le dire aujourd'hui, les seuls qui parlent d'élections, c'est elle, les représentants de la CAQ et les médias. Cette décision sur les droits de scolarité a été prise il y a plus d'un an, un an.

Alors, je veux bien que la chef de l'opposition officielle prépare sa campagne électorale, qu'elle vienne nous lire des textes en commission parlementaire, préparés par ses stratèges, mais il faudrait aussi que, sur des questions de fond, qu'elle fasse plus que juste du positionnement puis de la gestuelle et qu'elle nous dise si, oui ou non, elle demande au gouvernement de s'asseoir avec la CLASSE, et dire aujourd'hui aux Québécois quelle est la position du Parti québécois sur les droits de scolarité. La CAQ a une position, nous avons une position, quelle est votre position?

** (14 h 50) **

Le Président (M. Drainville): Mme la chef de l'opposition officielle.

Mme Marois: Bien sûr, merci, M. le Président. La position du gouvernement du Parti libéral a mené au chaos et au conflit social. Ça, c'est sa position à lui et celle de son gouvernement. Puis par ailleurs, vous savez, je n'ai pas besoin de la condescendance du premier ministre, qui a des propos déplacés à l'égard de l'intervention que j'ai faite. Peut-être qu'il aurait dû se faire écrire son discours la semaine dernière plutôt que de faire une mauvaise blague qui a choqué tous les Québécois et toutes les Québécoises.

Je me prépare quand je viens ici, M. le Président, parce que les mots portent, et je veux utiliser les mots justes pour être capable de faire valoir mon point de vue. C'est ce que je dis actuellement au premier ministre.

Vous allez me permettre, sur un autre ton, de saluer les représentants des étudiants... de la FEQ et de la FEUQ qui sont avec nous aujourd'hui. Leurs vice-présidents respectifs participent à cette commission parlementaire et entendent nos propos.

Moi, j'aimerais ça que le premier ministre garde ses discours, là, pour la campagne électorale. Mais ce que j'aimerais qu'il me dise aujourd'hui, qu'il me dise aujourd'hui, parce qu'il n'a pas répondu à ma question: Qu'est-ce qu'il va faire pour solutionner le problème auquel nous sommes confrontés comme société? C'est nos enfants qui sont dans la rue, c'est nos enfants qui se font tabasser. Oui, il y a des casseurs, tout le monde les a dénoncés, ces casseurs qui infiltrent le mouvement. Mais pourquoi, pourquoi c'est rendu comme ça maintenant? Parce que ça a dégénéré, parce qu'il n'y a pas eu d'ouverture.

Ce n'est pas vrai, le dialogue. Voyons donc! Quand, le 5 avril, on annonce des mesures pour améliorer le régime de prêts et bourses, on constate donc que ça va avoir un impact sur les étudiants, cette hausse de frais de scolarité. On annonce qu'on va appliquer une nouvelle mesure. On n'a pas consulté les étudiants, là, on va annoncer une nouvelle mesure, on va procéder au remboursement proportionnel au revenu une fois que les étudiants vont avoir terminée leurs études.

J'ai un peu de mémoire, j'étais critique en matière d'éducation quand son ministre de l'Éducation a annoncé ça, en 2005, et, trois mois plus tard, il a décidé qu'il ne le faisait pas. Alors, on a annoncé... on a recyclé une mesure pour essayer de sortir du coin, de sortir de l'auberge. Or, ce que les étudiants demandent, c'est qu'on aborde de front cette question de la hausse trop élevée des frais de scolarité. Elle est drastique, cette hausse, M. le Président.

Or, on est devant, actuellement, un conflit qui dégénère. Je rappelle ce que je disais au premier ministre: Il y avait entre 150 000, 200 000 personnes dans la rue. C'étaient des étudiants, c'étaient des familles, c'étaient des professeurs, c'étaient des administrateurs. J'y étais, puis c'était un mouvement profondément pacifique. C'était un message qu'on envoyait au gouvernement, au premier ministre, pour leur dire: Écoutez-nous, écoutez-nous. On veut, nous, débattre, on veut discuter. Il n'y a pas eu de casse, il n'y a pas eu de violence. C'était plutôt même agréable, quasi festif, à la limite.

Mais le premier ministre est resté sourd, complètement sourd à ces appels. Et là évidemment ça a dégénéré. Et nous ne cautionnerons jamais, jamais la violence, M. le Président. Et, quand on porte le carré rouge, on porte le carré de l'équité. Ce qu'on dit, c'est que ça n'a pas de bon sens d'augmenter les frais de scolarité de 75 %. Il doit sûrement y avoir d'autres avenues, d'autres possibilités.

Et, encore une fois, je veux savoir du premier ministre... parce qu'il ne me répond pas, il ne me répond absolument pas. Et, notre position, il l'a connaît très bien, très, très bien. Alors, je ne reviens pas sur ça, parce que nous, on va dialoguer avec les étudiants. Oui, on a été capables de le faire dans le passé, on a résolu des problèmes pas mal plus complexes que celui auquel on est confrontés aujourd'hui. Quand on s'est retrouvés avec un déficit de quelques milliards de dollars, on a réuni autour de la table des partenaires de tous les milieux.

Il y avait des étudiants, il y avait des groupes communautaires, il y avait des gens d'affaires, il y avait des directions d'université. C'était pas mal plus compliqué de décider de réduire un déficit à zéro alors qu'il était à 6 milliards de dollars, M. le Président. Mais on a dialogué, nous nous sommes concertés et nous avons obtenu une solution durable auquel tout le monde a participé, M. le Président. Alors, il me semble... Et, moi, c'est ce que je propose, que l'on puisse s'asseoir. Je ne décide pas avant d'avoir dialogué, d'avoir débattu.

Alors, je veux savoir du premier ministre... Parce que, là, on est au bord du précipice. Il y en a, des tensions, actuellement dans la société québécoise, et il a une responsabilité fondamentale. Si on est là aujourd'hui, c'est à cause du fait qu'il a été buté, que sa ministre n'ait pas... ne se soit pas assise plus qu'une heure avec les étudiants. Alors là, je lui demande qu'est-ce qu'il fait demain matin, demain matin, pour solutionner ce problème-là, pour sortir de l'impasse. Encore une fois, il s'agit de nos enfants. C'est de notre avenir, M. le Président.

Le Président (M. Drainville): Merci beaucoup, monsieur... Mme chef de l'opposition officielle, je m'excuse. M. le premier ministre, ça donne à peu près cinq minutes, là.

M. Charest: Bien, merci. Je n'ai pas le sentiment que le ton, et le sens, et le contenu des propos de Mme la chef de l'opposition officielle va beaucoup aider à solutionner cette affaire-là, M. le Président, pas du tout. Le ton, le... Et je constate comme vous qu'elle souffle le chaud et le froid. D'une part, elle dit condamner la violence et ensuite elle indirectement cherche à blâmer le gouvernement, alors que, sur une question comme celle-là, il faut être très, très clair, très clair. Il ne s'agira jamais de déresponsabiliser ceux qui posent des gestes de violence, d'intimidation, des actes criminels.

Et pourtant la chef de l'opposition officielle, là, par le sens de ses propos, semble dire que c'est la responsabilité d'autres personnes, de vouloir faire porter ça sur les épaules du gouvernement.

La chef de l'opposition officielle parle de... c'est elle qui choisit de soulever le sujet du moment où elle était au gouvernement. Est-ce que j'ai besoin de lui rappeler que, lorsqu'elle était au gouvernement, justement, que l'augmentation annuelle des budgets de l'éducation puis de nos universités a été d'à peu près, quoi, 0,7 % par année, alors que sous notre gouvernement c'est 4,7 % d'augmentation en moyenne par année?

Les Québécois, vous avez raison, se souviennent très, très, très bien de vos décisions sur les programmes sociaux: les mises à la retraite d'orthopédagogues, d'orthophonistes, de gens qui aidaient les enfants en difficulté, les coupures sauvages dans le domaine de la santé et de l'éducation. Ça nous a pris des années à nous en remettre, M. le Président. On se souvient très bien que vous avez choisi de couper dans les services, alors que là on vient de passer la crise financière économique de l'histoire moderne de la planète, et notre gouvernement a fait le choix de maintenir les services.

Oui, on s'en souvient très bien, d'autant plus que la chef de l'opposition officielle a eu l'occasion de dire que, si jamais elle avait l'occasion de recommencer, elle recommencerait, elle le referait. Alors, nous allons évidemment en tenir compte.

Bon. Je constate que, si elle avait l'occasion, elle s'assoirait à la table avec la CLASSE. C'est ce que je constate. Deuxièmement, le Parti québécois n'a pas de position sur les droits de scolarité. Troisièmement, elle a déjà dit qu'elle était favorable à l'augmentation des droits de scolarité. Alors, ça, c'est l'autre constat que je fais. L'autre constant est le suivant: elle affirme que le gouvernement n'a rien fait, en même temps qu'elle nous reproche d'avoir posé des gestes. Il faudrait à un moment donné qu'elle se fasse une idée.

Le gouvernement a posé des gestes après de longues consultations, après des dizaines d'années de débat. Nous avons consulté. Et, lorsque des étudiants ont questionné ces choix-là, le 5 avril dernier, nous avons annoncé un assouplissement du régime de prêts... que le régime de... le remboursement proportionnel au revenu était une chose que nous étions prêts à considérer.

** (15 heures) **

D'ailleurs, là-dessus, juste pour lui rappeler, en 2005, elle dit qu'on l'avait, oui, évoqué. Oui, on l'a évoqué. Ce sont les étudiants, en 2005, qui n'en voulaient pas. Et notre propre commission jeunesse, la Commission-Jeunesse du Parti libéral du Québec, il y a quelques semaines... dernier... au mois de mars, a demandé à nouveau au gouvernement de proposer cette mesure-là. Je n'ai pas de problème avec ça, mais je lui ferais remarquer qu'en 2005 ce sont les étudiants et les représentants des associations étudiantes, à ce moment-là, qui nous ont dit qu'ils n'en voulaient pas, de cette solution-là.

Alors là, le gouvernement... le gouvernement a écouté, en 2005. Notre propre commission jeunesse l'a proposé. On a une commission jeunesse formidable, qui est très active dans la proposition de politiques publiques, souvent adoptées par notre gouvernement, et nous croyons que, sur l'ensemble des mesures, c'est une chose que nous devrions regarder. Si elle est contre, qu'elle le dise. Allons sur le fond des choses, là, au lieu d'avoir de longs discours accusatoires puis des diatribes, là, est-ce qu'elle est pour ou contre? Est-ce qu'elle est pour ou contre l'assouplissement des prêts?

Est-ce qu'elle est pour ou contre le régime de remboursement proportionnel au revenu? Est-ce qu'elle est pour et contre qu'il y ait un conseil des universités? Toutes ces mesures-là, elles sont dans le domaine public, là. Est-ce qu'elle veut qu'on s'assoie avec la CLASSE? Et c'est quoi, sa position sur les droits de scolarité?

Le Président (M. Drainville): Mme la chef de l'opposition.

Mme Marois: Alors, merci, M. le Président. On m'avait dit qu'on reprenait un nouveau bloc, est-ce que c'est le cas?

Le Président (M. Drainville): Ah, vous avez raison. Il restait encore un petit peu de temps, parce que vous aviez... vous aviez épargné trois minutes tout à l'heure. Mais, en fait, on arrive exactement à 23 minutes...

Mme Marois: Je vais reprendre.

Le Président (M. Drainville): ...pour la fin de ce bloc.

Mme Marois: Je vais reprendre le début de ce bloc. C'est à moi?

Le Président (M. Drainville): Non, là, c'est au gouvernement, là.

Mme Marois: Oh! excusez-moi.

Le Président (M. Drainville): C'est au gouvernement, pour un bloc de 20 minutes, et ce sera M. le député de Rouyn-Noranda.

M. Bernard: Merci, M. le Président. Permettez-moi de vous saluer et de saluer le premier ministre, la chef de l'opposition et tous nos collègues qui sont ici aujourd'hui.

Vous savez, M. le Président, la chef de l'opposition, dans ses remarques préliminaires, voulait faire le procès des neuf années du gouvernement libéral. Et je suis très content qu'elle en parle, parce que moi, je vais en profiter pour le faire aussi, puis dans une perspective des régions. Parce qu'on va parler, M. le Président, d'économie puis d'emploi au Québec.

Je vais vous faire sourire, M. le Président. J'ai tout récemment annoncé que je ne serais pas candidat à la prochaine élection, alors j'ai amené avec moi mon communiqué, et, si jamais il y a des collègues qui veulent le partager, j'en ai des copies que je pourrai leur faire distribuer. Dans mon communiqué, je disais: « [Quand] j'ai fait le saut en politique, en 2003, j'avais la conviction que le comté avait été longtemps oublié par le gouvernement précédent. Je m'étais alors donné comme objectif de remédier à cette situation. »

Je vais vous faire un peu un bref historique qui va vous faire sourire. Je suis allé chercher, ce matin, les statistiques démographiques du comté de Rouyn... de l'Abitibi-Témiscamingue de 1971 à 2011, et, si jamais vous en voulez une copie, j'ai les données brutes avec moi. Mais c'est très intéressant de remarquer, quand on fait ça par blocs, lorsque le Parti québécois était au pouvoir et le Parti libéral était au pouvoir, ces chiffres sont très significatifs.

De 1986 à 1993, la population de Rouyn-Noranda et celle de l'Abitibi-Témiscamingue ensemble, celle de Rouyn-Noranda a crû de 4 500 personnes, celle de l'Abitibi-Témiscamingue, au global, 9 837 personnes. Et, lorsqu'on arrive, par la suite, dans la période de 1994 à 2003, la population de Rouyn-Noranda a baissé de 2 900 personnes, et celle de l'Abitibi-Témiscamingue, de 8 000 personnes. Alors, quand on regarde, c'est très significatif, on voit vraiment que la tendance, par la suite, s'est renversée lorsque le Parti libéral actuel est revenu au pouvoir, M. le Président.

Et, dans la dernière période, 2003-2011, Rouyn-Noranda, la population a crû de 1 000 personnes, et l'Abitibi, moins 453, mais la tendance s'est renversée à partir de 2005, dans la période 2005-2006.

Alors, on voit donc que l'impact gouvernemental est très omniprésent en région, et ça confirmait la raison pour laquelle j'étais venu, en disant que l'Abitibi-Témiscamingue avait été délaissée. Et je suis certain que, si on fait des statistiques similaires pour d'autres régions du Québec, on va arriver à la même chose.

Je suis allé chercher d'autres statistiques très récentes. Le 9 septembre 2011: Taux de chômage historique en Abitibi-Témiscamingue , Mme Catherine Marcil, de RNC Média : « Le taux de chômage en Abitibi-Témiscamingue a atteint un taux historique. Il est passé sous la barre des 6 %, du jamais vu depuis [...] les données de Statistique Canada [...] depuis 1987. » Au Québec, au mois d'août, à ce moment-là le taux de chômage était à 7,4 %, l'Abitibi-Témiscamingue, à 6 %. En un an, à ce moment-là, le taux de chômage avait baissé de 3,2 %. C'était la création de 6 500 emplois.

Un autre taux récent, 6 avril 2012, c'est très récent: « Avec un taux de chômage de 7,0 % en mars, l'Abitibi-Témiscamingue a présenté la cinquième meilleure performance parmi toutes les régions du Québec.

« L'Abitibi-Témiscamingue n'a été devancée que par quatre régions, soit les Laurentides, l'Outaouais [...] Capitale-Nationale et Chaudière-Appalaches. »

Alors, on voit que c'est... notre gouvernement, en termes d'investissement dans les régions, a fait son travail.

Et je reviens à mon communiqué de presse. Je mentionnais dans mon communiqué de presse que, depuis la période qu'on était là, j'étais là, mais le gouvernement, le premier ministre actuel et l'ensemble des ministre, il y a eu plus de 500 millions d'investissements dans le comté de Rouyn-Noranda -- Témiscamingue, et ce, en éducation, en santé, transport, culture, économie puis infrastructures. Je vais rappeler aux gens, quand on est arrivés, en 2003, ça faisait sous la... de 1981 à 2003, on n'avait eu qu'un député libéral durant ces années-là, et ça avait tous été le Parti québécois qui était présent en région. Alors, comme par hasard, tout se tient.

Parmi les projets qu'on a réalisés, il faut se rappeler que nos infrastructures en région étaient complètement désuètes, complètement. Quand je suis arrivé en campagne électorale, en 2003, il y avait un projet, qui s'appelait la Maison Pie-XII, l'agrandissement de notre CHSLD, et ça faisait plus qu'un an qu'on avait une structure en béton et qu'il n'y avait plus d'argent pour terminer le projet. Un bâtiment... c'était beau, à l'entrée de Rouyn-Noranda, un édifice très visible, quatre étages, structure de béton, CHSLD pour nos aînés, il n'y avait pas de places, pas d'argent pour le terminer.

L'agrandissement de Dave-Keon, qui est un projet de 10,5 millions... Mais la plus belle annonce à Rouyn-Noranda, M. le Président -- puis, encore une fois, ce n'est pas... c'est rare que les gouvernements ont fait ça, c'est seulement un gouvernement du Parti libéral -- l'annonce du bureau de gestion du Régime d'assurance parentale à Rouyn-Noranda, O.K., 143 TC, un bureau gouvernemental qui a été implanté en région.

Puis là-dessus je pourrais rajouter également SOQUEM, je pourrais... qu'on a amenée en région; je pourrais rajouter Géologie Québec qui a été amené à Val-d'Or, des emplois que notre gouvernement a amenés en régions pour développer l'économie des régions. Puis tout récemment on a... le premier ministre... le ministre des Finances, pardon, dans son discours, a annoncé la grappe minière, qui sera à Rouyn-Noranda, et antérieurement on a amené l'Institut des mines à Val-d'Or, et, encore une fois, pour l'ensemble du Québec.

Je peux en rajouter encore, mais la plus importante, la plus importante, tout récemment... la chef de l'opposition parlait de l'industrie forestière, le premier ministre était en région, il était à Témiscaming tout récemment pour appuyer... pour une super annonce de 200 millions de dollars pour la relance de Tembec, un dossier que la ministre Nathalie Normandeau, à l'époque, avait contribué à réaliser, le dossier qui avait été continué par le ministre actuel aux Ressources naturelles et le ministre du Développement économique, alors un dossier de 200 millions, une contribution du gouvernement du Québec et d'Investissement Québec dans ce dossier-là.

Et tout ça pourquoi? Parce que notre gouvernement a mis en place un programme de cogénération pour aider l'industrie minière... pardon, forestière à traverser la crise.

Alors, notre gouvernement a été présent, a été présent. Puis, quand je vous parle de la population, il y a un lien direct, parce que notre gouvernement, en contribuant dans les infrastructures de santé, d'éducation, sportives, les jeunes sont revenus en région. On était une des régions où que les jeunes sont le plus revenus après être allés étudier à l'extérieur et revenir. Alors, le gouvernement a un rôle majeur, un rôle majeur, et les statistiques le démontrent clairement.

Alors, moi, je suis fier d'avoir fait

partie de ce gouvernement-là. J'en fais encore partie, mais, sans le travail et le support du premier ministre et des ministres actuels, jamais que l'Abitibi-Témiscamingue n'aurait fait un virage aussi important au cours des huit dernières années.

Alors, ça, ce sont des exemples, M. le Président, chez moi, mais maintenant je voudrais revenir à qu'est-ce que... il y en a qui ont critiqué, et la chef de l'opposition l'a critiqué dès... mais j'ai démontré le contraire, alors je demande au premier ministre: Quels sont les gestes que notre gouvernement a faits pour supporter l'emploi et le développement économique du Québec et des régions du Québec?

M. Charest: Merci.

Le Président (M. Drainville): M. le premier ministre.

M. Charest: Pouvez-vous me dire, là, environ combien de temps...

Le Président (M. Drainville): Bien, il a pris... M. le député de Rouyn a pris un petit peu moins de huit minutes.

M. Charest: Bon, une douzaine de minutes...

Le Président (M. Drainville): Voilà.

** (15 h 10) **

M. Charest: ...dans le bloc.

M. le Président, la question que me pose le député de Rouyn, que je veux féliciter parce qu'il a fait un travail formidable dans son comté... D'ailleurs, économiquement, son comté ne s'est jamais si bien porté.

J'étais avec lui il y a quelques semaines pour l'annonce à Témiscaming d'un magnifique projet, effectivement, pour l'usine de Tembec, appuyé par les travailleurs, en passant, qui ont fait des sacrifices énormes pour qu'on puisse arriver à cet investissement-là, et je voulais lui dire qu'on a beaucoup partagé la joie de la communauté de Témiscaming, qui voit son avenir assuré avec cet investissement-là qui est dans la deuxième puis la troisième transformation aussi, il faut le souligner, et qui, sur le plan environnemental, est très intéressant parce qu'ils vont pouvoir générer de l'énergie avec de la biomasse.

Sa question touche à l'économie, puis la chef de l'opposition en a parlé. D'ailleurs, j'en profite pour corriger une information qu'elle a donnée qui est fausse. Au sujet de l'année 2011, elle a prétendu qu'il y avait eu des pertes d'emplois. Ça tombe bien, parce que l'Institut de la statistique du Québec a émis un communiqué de presse aujourd'hui relatant les chiffres pour 2011 en rappelant qu'il s'était créé, en 2011, 38 000 emplois au Québec et que le taux de chômage avait baissé de 2010... par rapport à 2010.

Alors, là-dessus, je pense que je fais davantage confiance à l'Institut de la statistique du Québec qu'à la chef de l'opposition officielle. Mais il y a des raisons derrière ça, puis je vais vous en faire l'illustration.

Si on allait voir la croissance économique au Québec puis qu'on comparerait depuis le début de la crise à aujourd'hui, là. Prenons 2008, 2009, 2010, 2011, quatre ans. Ça a été quoi, la croissance économique dans cette période-là? On va comparer. C'est comme ça qu'on réussit à déterminer les performances puis les scores.

Dans la zone euro, la croissance a été de moins 1,6 %. Dans l'Union européenne, là, l'Union européenne, c'est 27 pays, moins 1,5 % sur quatre ans. Aux États-Unis, notre principal marché, parce qu'on est branchés directement sur le marché américain, là, on dépend du marché américain pour exporter puis créer de l'emploi, 0,8 %. La chef de l'opposition officielle parle du déficit commercial, encore faudrait-il qu'elle ne prenne pas les gens non plus, là, bon, passons l'expression, là, mais...

Le dollar canadien est à parité, le prix du baril de pétrole est à plus de 100 $, on vient de vivre une crise économique, la pire de l'histoire moderne et, partout au Canada, le déficit commercial a été affecté.

Enfin! Continuons sur cette question-là de la croissance économique. Au Canada, l'Ontario, sur les quatre ans que je viens de vous citer, a connu une croissance économique de 0,5 %. Au Canada, ça a été de 3,5 %. Le Québec a connu une croissance économique de 4,7 %. C'est pour cette raison-là que Bernard Landry, ancien premier ministre du Québec, a dit ceci le 8 août, il y a moins d'un an: Le Québec est l'endroit en Amérique du Nord, et peut-être en Occident, qui a le mieux résisté à la crise. Une des raisons est qu'au Québec on répartit nos richesses.

Ce qui fait que, vous ne le croirez pas, mais 90 % des Québécois ont un niveau de vie supérieur à 90 % des Américains. C'est une des vertus du modèle québécois. Nos entreprises n'ont pas été affectées, parce que, pour un pays de 8 millions d'habitants, on a plus de multinationales éblouissantes que la plupart des autres pays du monde.

Ça, contrastez ça, là, les chiffres que je viens de vous donner, avec le discours que nous a livré la chef de l'opposition officielle sur l'économie. Vous allez dire: Bien, coudon, on parle de deux planètes différentes. Mais je veux vous en faire la description de mon côté aussi, je vais vous en lire un bout. Au cours des 10 dernières années, comparé aux pays du G7, le Québec brille, c'est le cas de le dire, parmi les meilleurs. Seule l'Allemagne a connu une croissance plus forte.

Et là pensez à ce qu'a dit la chef de l'opposition officielle, là, puis je vais vous en donner, moi, un bout qui contraste un peu avec ça: Les Québécois de la classe moyenne ont un niveau de vie supérieur -- pas comparable -- supérieur à celui des Ontariens et des Américains. C'est net. Les familles québécoises ont un niveau de vie supérieur aux familles ontariennes, alors, c'est net. À temps de travail égal, 90 % des Québécois ont un niveau de vie moyen supérieur de 13 % à celui de 90 % des Américains.

Notre société réussit à assurer une qualité de vie supérieure à une plus grande proportion de ses habitants que la première puissance mondiale. Elle le fait à partir d'une production brute de richesse moins élevée. Il y a là, il me semble, un exploit.

Puisque l'économie québécoise a « superformé » par rapport à l'ontarienne, et à l'américaine, et à l'européenne pendant toute l'année 2010, tout indique que la position québécoise va encore s'améliorer. Les chiffres divulgués à l'automne 2010 par Statistique Canada sont formels. Pour l'année 2009, le Québec a été, au Canada, le champion de l'augmentation de la productivité. Et, puisque la situation économique du Québec a été meilleure que celle de ses voisins nord-américains et que celle de ses cousins européens, depuis la crise de 2008 et avant, en croissance per capita, les derniers tableaux disponibles minimisent la performance québécoise.

Bref, la fiscalité des entreprises, à son point le plus important, la compétition pour susciter de nouveaux investissements, place le Québec parmi les moins gourmands. Comme le tableau qui suit le démontre, selon le PIB, donc selon notre richesse nationale, le déficit québécois -- la chef de l'opposition officielle a parlé de ça -- auquel s'ajoute ici sa part du déficit fédéral, est, en 2012, nettement inférieur à la moyenne des pays industrialisés.

Ce que je viens de vous lire là, M. le Président, ça a été écrit par un nommé Jean-François Lisée au sujet de l'économie. Je vous invite à le mettre en parallèle au discours de la chef de l'opposition officielle. Mettez-le à côté, là, et demandez-vous dans quelle stratosphère vit un puis vit l'autre, là, parce qu'ils ne sont pas à la même place, certain, là. Ils ne sont pas... ils ne sont pas... Pour moi, la chef de l'opposition officielle n'a pas eu l'occasion de visiter Rouyn-Noranda dernièrement, le comté de Rouyn. Non. Je ne pense pas.

M. le Président, au niveau de l'emploi, on a connu une meilleure croissance aussi. Ça, c'est des faits. Ce n'est pas un discours, ce sont des faits. Et pourquoi? Bien, parce que le gouvernement, sur le plan économique, surtout dans le contexte de la crise financière que nous avons connue, a choisi d'appuyer l'emploi avec des programmes d'emploi novateurs de formation en entreprise.

Nous avons appuyé les entreprises elles-mêmes et nous avons appuyé également l'investissement dans nos infrastructures et l'énergie, qui est porteur parce que ça augmente la productivité, puis ça nous a permis de combler un déficit de financement de nos infrastructures que nous ont légué les gouvernements précédents -- en passant -- toutes tendances confondues. Parce qu'il faut être capable de le dire aussi, hein?

Autant les gouvernements libéral que péquiste qui nous ont précédés n'ont pas fait suffisamment dans l'investissement et le maintien de nos infrastructures, de telle sorte que le Québec se trouve aujourd'hui dans une situation de rattrapage qui nous amène à investir des milliards de dollars justement pour qu'on puisse les remettre à niveau, puis c'est ce que nous faisons.

D'ailleurs, la ville de Montréal, c'est devenu un chantier qui est assez important pour ces raisons-là. C'est comme la rénovation d'une maison, hein, ce n'est pas agréable, puis on est dans le milieu des rénovations, on en est très conscients. Ce n'est pas agréable pour les gens, mais c'est nécessaire, puis ça aurait été moins nécessaire si pendant les 40 dernières années les gouvernements, toutes tendances confondues, avaient fait davantage dans le maintien puis l'entretien des infrastructures, ce qu'on a commencé à faire dès notre élection, nous.

Alors, voilà, M. le Président, un portrait sur l'économie qui est pas mal mieux, mais, pour les régions du Québec en particulier, la situation est pas mal meilleure. Je voyais encore, au niveau de Statistique Canada, que le revenu disponible a augmenté plus rapidement dans les régions, puis ça a augmenté pour tous les Québécois. Ça, c'est l'autre aspect. Le revenu disponible, l'argent que nous avons dans nos poches, après avoir payé la TVQ puis les impôts puis les taxes, il en reste plus dans nos poches en 2012 qu'on en avait en 2003. La pauvreté au Québec a été réduite.

Et, là-dessus, celui qui en parle avec beaucoup d'éloquence, c'est Camil Bouchard, un ancien député du Parti québécois qui était avec nous à l'Assemblée nationale jusqu'à tout récemment. Des mesures qui ont été mises de l'avant, en particulier par notre gouvernement, avec le rétablissement des allocations familiales pour combattre la pauvreté.

L'écart entre les riches et les pauvres a diminué au Québec depuis les dernières années, alors qu'il a pu s'agrandir ailleurs. Alors, contrastons ça avec, franchement, des discours purement partisans, et vous avez là un constat puis une conclusion, c'est que l'emploi et économie, c'est notre priorité à nous. Là, on arrive à la conclusion. Nous, c'est quoi, notre priorité? C'est l'emploi, l'économie, et l'emploi puis l'économie dans une région comme la vôtre, l'Abitibi, la grande région de l'Abitibi-Témiscamingue.

Quand on pose la question à la chef de l'opposition officielle, elle a donné une entrevue dernièrement, elle s'est fait demander: À quel chantier vous attaquez-vous en priorité? Elle répond: D'abord celui de l'identité. C'est sa priorité. Elle a le droit. Elle a le droit. Ce n'est pas... c'est la démocratie.

Bon. Nous, notre priorité, c'est l'emploi puis c'est l'économie. Elle, c'est l'identité, puis en même temps, la chef de l'opposition officielle, c'est un référendum. Bon. Elle a le droit. Tout ce qu'on lui demande, c'est d'assumer. Nous, on assume. On l'assume, c'est l'emploi puis l'économie. Et donc la chef de l'opposition officielle devrait elle aussi assumer.

** (15 h 20) **

Le Président (M. Drainville): Il reste deux minutes, en fait. M. le député de Rouyn-Noranda, si vous souhaitez conclure ou poser une courte question.

M. Bernard: Oui. Je vais prendre l'opportunité du deux minutes pour rajouter quelques statistiques. En 2003, quand on est arrivés, le taux d'inoccupation des logements à Rouyn-Noranda était de 15 %; maintenant, il est de 0,1 %; même chose à Amos, même chose à Val-d'Or. Donc, on voit que l'activité économique, elle a vraiment augmenté.

Et je tiens à souligner que, et je le répète plusieurs fois, M. le Président, en commission parlementaire, malheureusement, le Parti québécois prenait les régions pour acquises, pour acquises, et il n'investissait pas dans les régions.

Puis je vais terminer, juste une note. Quand on est arrivés, au niveau économique, quand nous sommes arrivés, en 2003, j'ai eu le plaisir de participer à la commission parlementaire, M. le premier ministre, sur la stratégie énergétique du Québec. Parce que les gens ont tendance à l'oublier, mais, en 2003, quand on est arrivés, le Québec était en déficit, il fallait importer notre énergie. Pour une province de ressources naturelles et une province d'hydroélectricité et d'énergie propre, on était en déficit, M. le Président. Et tout ça a contribué à la relance des régions et à l'économie, et pour l'ensemble, maintenant, des gens du Québec.

Alors, moi, je suis fier du travail de notre gouvernement, et les électeurs et les gens de l'Abitibi-Témiscamingue et des régions reconnaissent pleinement le travail de notre gouvernement. Merci.

Le Président (M. Drainville): Très bien. Merci beaucoup. Mme la chef de l'opposition officielle...

Mme Marois: Oui. Alors...

Le Président (M. Drainville): ...à vous la parole.

Mme Marois: Merci, M. le Président. J'aurai l'occasion de revenir sur beaucoup des propos qui ont été prononcés par le premier ministre, mais... Disons que le 51 000 emplois, là, c'est vraiment des emplois perdus. Le premier ministre, lui, fait la moyenne des moyennes de la moyenne, mois après mois, mais, 31 décembre, là, 1er janvier au 31 décembre, il y en a 51 000 de moins. Puis ça, les statistiques le disent, statistique Québec y compris.

Bon, je reviendrai plus tard, parce que c'est complètement surréaliste, M. le Président, d'entendre le premier ministre s'encenser sur les extraordinaires réussites de son gouvernement. Vous savez, l'accélération des investissements dans les infrastructures a été faite à un rythme trop grand, ce qui a emporté son lot de corruption, et donc qui coûte plus cher et qui nous endette encore davantage. Je ferme ma parenthèse, M. le Président.

Je voudrais donner une chance supplémentaire au premier ministre. Il n'a pas du tout répondu à ma question tout à l'heure: Comment va-t-il sortir le Québec de la crise dans laquelle on se trouve? Là, j'ai le maire de Montréal qui vient dire: Il ne faut plus exacerber les tensions, il faut trouver des solutions. Et il demande au premier ministre de s'asseoir avec les étudiants. Deux anciens ministres libéraux, qui ne sont pas des moindres, qui sont des gens qui en ont vu d'autres, hein? Jean Cournoyer, il en a vécu, des crises, son lot de crises.

Je pense que Claude Castonguay, qui est considéré par, je crois, beaucoup de Québécois comme un homme sage, il fait exactement la même demande que nous faisons au premier ministre du Québec: Comment va-t-il sortir le Québec de cette crise? Comment va-t-il cesser d'exacerber les tensions? Va-t-il cesser de jeter de l'huile sur le feu? Et c'est quoi, sa solution?

Je peux poser plein de questions, là, c'est lui qui a la responsabilité, c'est lui qui doit exercer son leadership. Et, jusqu'à maintenant, ça n'a pas donné de très bons résultats. D'ailleurs, quand je l'entends s'encenser, je me dis: Ça doit être pour ça que le taux d'insatisfaction à l'endroit de son gouvernement est à hauteur de 73 %. Ça a tellement bien été!

Mais là on a un vrai drame, là, M. le Président, et il me semble que c'est à ce moment-là qu'on mesure les vrais leaders: quand ils sont capables de passer au travers d'une tempête et de trouver des solutions. Et moi, je voudrais savoir de la part de premier ministre qu'est-ce qu'il dit à la population québécoise pour qu'on sorte de cette situation absolument aberrante.

Le Président (M. Drainville): M. le premier ministre, à peu près trois minutes.

M. Charest: Est-ce que la chef de l'opposition officielle nous demande de s'asseoir avec la CLASSE?

Mme Marois: Je demande au premier ministre de trouver une solution. C'est le problème que lui-même a créé. Il exacerbe la situation en faisant de mauvaises blagues, M. le Président. Il dit aux étudiants qu'ils vont discuter, alors que sa ministre s'assoit une heure à la table de négociation, puis ils envoient un négociateur professionnel, payé quelques centaines de dollars, probablement, l'heure, pour rencontrer des étudiants qui sont venus de bonne foi à la table. Et ce négociateur n'a pas de mandat, M. le Président. Et puis la ministre décide de mettre dehors un groupe parce qu'il y a une possible manifestation appréhendée que n'avait pas commandée cette organisation.

Alors là, on va arrêter de jouer sur les mots, M. le Président. Je veux savoir du premier ministre comment il va nous sortir de la crise. C'est sa responsabilité comme chef d'État.

Le Président (M. Drainville): M. le premier ministre.

M. Charest: Est-ce que la chef de l'opposition officielle nous demande de s'asseoir avec la CLASSE?

Mme Marois: Bon. Alors, je comprends que le premier ministre n'a pas de solution, hein, qu'il continue de nier les faits, qu'il continue de se fermer les yeux, de mettre des oeillères. C'est nos enfants qui sont dans la rue, c'est nos enfants qu'on matraque, hein, qui se font tabasser. Puis parce qu'il y a aussi de la tension du côté des forces policières, puis on peut comprendre qu'il y en ait de leur côté aussi. Mais là, là, c'est le premier ministre, je le regarde dans les yeux, c'est le premier ministre qui est responsable. C'est lui qui a ouvert le bal, c'est lui qui a annoncé une hausse de 75 % après une hausse de 100 $ par année, pour avoir une hausse de 127 %.

M. le Président, le premier ministre...

Une voix: ...

Mme Marois: Oui, 127 % sur 10 ans, si le premier ministre sait compter. Alors, le premier ministre a une responsabilité. Des voix s'élèvent de partout, de la société civile, qui lui demandent de les assumer. Alors, ce n'est pas à moi qu'il doit poser la question, là. Il doit répondre à la population du Québec, il a cette responsabilité et ce mandat.

Le Président (M. Drainville): M. le premier ministre.

M. Charest: Est-ce que la chef de l'opposition officielle nous demande de s'asseoir avec la CLASSE?

Le Président (M. Drainville): Mme la chef de l'opposition officielle.

Mme Marois: Alors, M. le Président, je comprends que le premier ministre n'a aucune réponse à offrir à la population québécoise. Il n'a aucune solution, il va laisser cette situation continuer de s'envenimer. Pourquoi, M. le Président? Est-ce que ce serait pour des fins électorales? Il y a quelqu'un ce matin, qui est une femme de grande qualité, dans Le Devoir , dans un éditorial, qui titrait son éditorial de Machiavel . On sait, on sait ce que faisait Machiavel: manipuler, manipuler.

Je m'excuse, M. le Président, je termine...

Le Président (M. Drainville): ...de l'opposition, c'est...

Mme Marois: Je n'ai toujours pas de réponse de la part du premier ministre, alors je vais aborder une autre question.

Le Président (M. Drainville): On ne doit pas prêter de motif indigne.

Mme Marois: Je ne prête pas d'intention, je rappelais un éditorial de ce matin et je rappelle l'histoire, mais je ne prête pas d'intention, M. le Président. Je veux revenir...

Le Président (M. Drainville): Est-ce que...

M. Charest: J'aimerais faire un commentaire.

Le Président (M. Drainville): Vous aimeriez faire un commentaire?

M. Charest: Oui, mais je ne veux pas vous chicaner, là, je ne veux pas vous interrompre. M. le Président, d'abord un commentaire. Dans les remarques faites par la chef de l'opposition officielle sur l'emploi, alors revenir là-dessus.

Je veux juste lui dire qu'aujourd'hui même l'Institut de la statistique du Québec a rendu public le portrait des principaux indicateurs du marché des conditions du travail 2001-2011, et le premier... je vous lis les premières phrases du communiqué de presse: « L'Institut de la statistique du Québec rend publique aujourd'hui l'édition 2012 de l' Annuaire québécois des statistiques du travail . Ce rapport indique que l'économie québécoise a généré 38 500 emplois en 2011. Il s'agit d'une deuxième hausse consécutive... » Bon. Alors, voilà.

Maintenant, M. le Président, sur cette question-là, j'ai posé la question trois fois, il n'y a pas de réponse. D'accord. Le gouvernement, après des dizaines d'années de débat, a fait une consultation élargie, sérieuse, approfondie. Nous avons annoncé longtemps à l'avance notre intention de bouger sur le financement de nos universités, on a livré ça dans notre budget l'an dernier, et nous avons également prévu des mesures de soutien aux étudiants à plus bas revenus. Depuis que les étudiants remettent en question cette décision-là, nous avons bougé plus d'une fois, parce que nous avons fait preuve d'ouverture et nous avons tendu la main.

Je ferais remarquer à la chef de l'opposition officielle que, depuis plus d'une semaine, la ministre de l'Éducation, sur la question, par exemple, du conseil des universités, a tendu la main aux étudiants, et que ça a pris une semaine avant qu'ils acceptent de venir à la table. Ça, vous en avez été témoins comme nous. Nous avons posé ces gestes-là de bonne foi, nous allons continuer à le faire, M. le Président. Et nous allons continuer de condamner la violence, et on ne jouera pas sur les mots, là, de condamner la violence et l'intimidation.

Mais je veux rappeler à la chef de l'opposition officielle que mon gouvernement, pas plus que les Québécois, veulent que les dossiers puis les débats de ce type-là se fassent au prix de la violence, pas plus que les autres débats; que c'est une valeur fondamentale dans notre démocratie, et que ça, ça représente une conviction très importante de la part de tous les députés du côté ministériel et du Parti libéral du Québec, et de notre parti à nous.

Maintenant, la chef de l'opposition officielle a l'occasion de dire aujourd'hui où elle se campe sur ses positions-là. C'est beau, là, pointer du doigt, là, faire des discours avec un langage inflammatoire, là, mais aujourd'hui elle pourrait bien nous dire où elle se campe. J'ai posé trois fois une question qui est fort simple, elle n'est pas capable de nous répondre. Pourtant, c'est assez fondamental comme question.

Et, deuxièmement, de nous dire où elle est sur les frais de scolarité, alors que tout le monde dans cette salle sait très bien qu'elle est favorable à l'augmentation des droits de scolarité. On le sait, alors pourquoi faire semblant? Dites-le donc et dites-nous donc votre position, pour qu'on le sache, pour que les Québécois le sachent.

** (15 h 30) **

Le Président (M. Drainville): Merci, M. le premier ministre. Mme la chef de l'opposition.

Mme Marois: Alors, je comprends que le gouvernement n'a... le premier ministre n'a pas de réponse; il laisse la rue décider. Nous, on ne serait pas allés dans la rue pendant deux mois de temps, ça fait qu'on n'aura pas à se poser la question qu'on pose au premier ministre aujourd'hui, hein? Ça fait longtemps qu'on leur aurait parlé, qu'on se serait assis avec eux. Bien avant que ça ne dégénère et bien avant qu'il y ait de la violence. C'est ça, la différence. C'est ça, la différence entre le premier ministre qui est devant nous et notre formation politique, M. le Président.

Puisqu'on en est sur des questions qui concernent nos institutions, qui concernent la démocratie, j'aimerais amener le premier ministre sur un autre thème qui me préoccupe beaucoup et qui, j'en suis persuadée, le préoccupe tout autant que moi.

On a vu dans les derniers jours un sondage qui a fait état d'un niveau de cynisme jamais atteint de la population à l'égard de nos institutions, à l'égard de la classe politique. C'est absolument effarant de voir ça. Les gens n'ont plus confiance. Les gens s'inquiètent.

Et moi, je crois que nous avons, ensemble comme parlementaires, tous ensemble, nous avons une responsabilité de proposer des changements, des changements majeurs qui vont envoyer un signal clair qu'encore une fois nous avons été à l'écoute de la population et que nous proposons des changements qui vont permettre à cette même population de retrouver confiance dans ses institutions. Et, M. le Président, sans vous prendre à partie, je sais que vous avez été un de ceux qui avez réfléchi à ces questions-là aussi.

Moi, je voudrais mettre sur la table quatre propositions qui, à mon point de vue, mériteraient d'être débattues pour qu'on puisse éventuellement modifier nos lois et faire en sorte que minimalement la population québécoise soit fière de sa classe politique et retrouve, encore une fois je le répète, confiance dans ses institutions. Alors, quatre propositions intéressantes, à mon point de vue, à mettre sur la table, à débattre.

D'abord une première chose. On a vu tout ce qui a tourné autour du financement des partis politiques.

Malgré des lois qui ont été changées, il y a encore des doutes qui existent dans la population québécoise. Et moi, je crois qu'on pourrait passer à une autre façon de financer les partis politiques sans que ça ne coûte un sou de plus à la population québécoise, à même les fonds déjà disponibles. On plafonnerait les dons à 100 $ par personne. Déjà, je crois que c'est un pas dans la très bonne direction pour éviter toute espèce de stratagème pour passer à côté des lois qui concernent le financement des partis politiques. Financement plafonné à 100 $.

Financement public. Tous les crédits d'impôt actuellement disponibles seraient transformés -- parce qu'ils coûtent déjà au gouvernement, évidemment -- seraient transformés, et on virerait ces sommes vers les formations politiques en fonction des appuis qu'elles reçoivent. Première proposition.

Deuxième proposition, on éviterait cette espèce de suspense qu'on connaît à l'heure actuelle, qui est malsain, à mon point de vue, pour la démocratie: des élections à date fixe. Déjà, beaucoup d'autres provinces ont choisi cette façon de faire. Le Canada, le gouvernement fédéral, a choisi cette avenue. Il me semble que ce serait rassurant pour la population de savoir que ça ne dépend pas de la décision d'une seule personne que de fixer le moment où on se retrouvera en élection. Élections à date fixe.

Troisième proposition: Nous pourrions limiter les mandats d'un premier ministre: deux mandats consécutifs. L'une des plus grandes démocraties du monde, et ce sont nos voisins américains, pratique exactement cette chose, hein? Un président ne peut faire que deux mandats. Il me semble qu'en termes de renouvellement de la classe politique ce serait intéressant. Financement public, maximum de don à 100 $, élections à date fixe, mandat de deux ans pour le premier ministre. On pourrait aussi limiter les mandats des maires pour les plus grandes villes.

Élections partielles: obligation pour le gouvernement de convoquer une élection dans les trois mois qui suivent la démission d'un député. Là, c'est très long, c'est six mois. Puis, la dernière fois, disons que ça n'a pas été très heureux, là, parce qu'on a eu une élection en plein mois de juillet. Ce n'est pas très favorable à la sortie du vote et à la participation des citoyens. Alors, il me semble que ce serait fort intéressant qu'on puisse procéder de cette façon-là.

Et un quatrième élément. Et puis moi, je crois que cela augmenterait la capacité... ou la possibilité, pardon, pour les jeunes de participer à l'élection. Vous savez que, malheureusement, il y a, depuis quelques années une désaffection des jeunes quand arrive le moment du vote. Or, moi, je crois qu'on est perdants comme démocratie, parce qu'en plus on sait que, si un jeune n'exerce pas une première fois son droit de vote après 18 ans, généralement s'installe un comportement, et il ne va pas aller voter dans les élections subséquentes. Ce n'est pas pour tous, mais il y a une frange importante.

Alors, nous avons fait une proposition, qui a même été débattue dans un comité consultatif où tous les parti politiques sont représentés, c'est que les jeunes puissent voter, si l'élection se tient pendant l'année scolaire -- mais même en dehors des années scolaire, parce qu'on a maintenant des étudiants qui étudient l'été -- qu'on puisse faire voter les jeunes sur les campus universitaires et dans les cégeps, mais qu'ils puissent exprimer leur vote à l'égard de leur comté, de leur adresse de résidence permanente.

Le Directeur général des élections a confirmé à tous les partis qu'il pouvait assurer cette mise en oeuvre. On a fait des pas de géant à cet égard. Maintenant, les personnes âgées peuvent voter dans leurs institutions, les prisonniers peuvent voter. Même qu'une personne qui a un lourd handicap, qui ne peut se déplacer, on va aller chercher son vote à domicile, ce qui est très sain pour la démocratie. Alors, pourquoi ne pas accepter aussi que ce soit le cas pour nos jeunes sur nos campus et dans nos cégeps? Et c'est, encore une fois, tout à fait réalisable.

Alors, cinq propositions. La dernière me préoccupe particulièrement. Pourquoi? Parce que, dans les dernières discussions qu'il y a eu au sein du comité consultatif, il y a eu des réserves de la part du représentant du Parti libéral. Alors, j'aimerais savoir de la part du premier ministre s'il est prêt à ouvrir un débat sur le changement de nos institutions, qui, à mon point de vue, permettrait, encore une fois, d'envoyer un signal à la population québécoise en termes d'amélioration de nos institutions démocratiques.

Et, sur cette question des jeunes et de leur participation à l'élection, est-ce que le premier ministre est prêt à ce que l'on procède, au moment du prochain scrutin, à la façon dont le DGE le suggère et que les étudiants puissent voter sur les campus et dans les cégeps, M. le Président?

Le Président (M. Drainville): Il reste 2 min 30 s au bloc, M. le premier ministre.

** (15 h 40) **

M. Charest: Mon Dieu! En 2 min 30 s, je ne peux pas... Bien, rapidement, M. le Président, je vais dire: D'abord, il n'y a pas un gouvernement qui aura été plus actif que le nôtre depuis... un Parlement, depuis les dernières années, sur toutes les questions d'intégrité et les lois.

Je vais vous en citer, là: la loi n° 76, qui... et la loi n° 102, sur l'ouverture des soumissions, M. le Président, adoptées au mois de mars 2010; la loi n° 109, en décembre 2010, sur les municipalités qui possèdent leur propre code d'éthique; la loi n° 73, M. le Président, sur les mesures pour lutter contre la criminalité dans l'industrie de la construction; la loi n° 35 visant à prévenir et à combattre certaines pratiques frauduleuses dans l'industrie de la construction, également.

Et il y a également, je pense, au niveau des institutions, il y a la loi n° 114 qui augmente les pouvoirs du Directeur général des élections. Il y a la loi n° 113, que nous avons adoptée aussi, contre... la Loi anti prête-noms, M. le Président; la loi n° 118 sur le financement des partis politiques, la loi n° 120 sur les campagnes et les directions des partis politiques. C'est un sujet intéressant, j'y reviendrai peut-être.

Et ajoutez à ça ce qu'on a fait avec Revenu Québec, maintenant devenu l'Agence du revenu, au niveau du combat contre l'argent au noir, l'économie souterraine, avec des résultats assez éclatants, avec un retour sur les investissements que nous avons faits en ressources humaines pour les contribuables québécois également. Et ajoutez à ça les unités autonomes de vérification de la Commission de la construction du Québec et la loi n° 33 sur le placement syndical, qui visait à améliorer le fonctionnement de l'industrie de la construction.

Alors, vous avez là toute une série de lois, de mesures qui ont été adoptées sur une assez courte période de temps et qui ont fait preuve... je pense qu'on a fait preuve de beaucoup de diligence sur ces enjeux-là, M. le Président. Je m'en réjouis, parce que je pense que les Québécois s'attendent à ça.

La chef de l'opposition officielle note au passage qu'il y a dans la population un certain cynisme. Est-ce qu'elle pense avoir, elle, contribué à combattre ce cynisme-là? Je vais dire franchement, là, si j'écoute le sens des propos qu'elle a tenus aujourd'hui, qui ne sont pas très nuancés, vous allez admettre avec moi que c'est... on ne lui reprochera pas de faire dans la nuance, en termes des accusations, là, générales et le type de langage qu'elle tient. Je comprends, mais est-ce qu'elle croit, elle, depuis qu'elle est chef de l'opposition officielle -- parce qu'elle a une responsabilité -- qu'elle a contribué à réduire le cynisme en politique? Je pense...

Le Président (M. Drainville): Et...

M. Charest: ...c'est plutôt le contraire.

Mme Vallée: M. le Président...

M. Charest: Oui?

Le Président (M. Drainville): Et c'est terminé. Mais, si je comprends bien...

Mme Vallée: ...nous proposons, à des fins pédagogiques...

Le Président (M. Drainville): ...vous allez proposer qu'il puisse...

Mme Vallée: ...que le premier ministre puisse continuer sur le bloc ministériel.

Le Président (M. Drainville): M. le premier ministre.

M. Charest: Bien, merci, puis ça va me permettre de compléter, effectivement; parce qu'elle a soumis quand même, la chef de l'opposition officielle, un certain nombre d'idées.

Je veux commenter la question des élections à date fixe, parce que j'ai eu l'occasion d'observer ce qui s'est fait ailleurs au Canada. C'est devenu une... il faut dire, une mode, là, tout le monde veut des élections à date fixe, puis on en tient ailleurs. Ça nous a offert l'occasion de voir comment ça se passe ailleurs au Canada. Le résultat net de ce que j'ai vu, là, prenons l'Ontario par exemple, c'est que les élections durent à peu près un an.

Une voix: ...

M. Charest: Alors, la période d'élection dure très longtemps. Et je ne peux pas vous dire que les collègues avec qui j'ai eu l'occasion d'échanger là-dessus m'ont manifesté beaucoup d'enthousiasme pour cette formule-là d'élections à date fixe. Pensons, M. le Président, à un moment très important dans l'histoire du Québec, quand Jean Lesage, en 1962, décide de tenir une élection générale sur un enjeu et convoque donc les Québécois à venir voter sur un enjeu, en 1962. Il a été élu en 1960. Il a quand même eu... il avait quand même la possibilité de le faire.

Avouons aujourd'hui que ça a été une bonne décision, dans l'intérêt des Québécois, avec le recul, avec le temps. Même ceux qui s'opposaient à ce que proposait Jean Lesage à ce moment-là sont d'accord pour dire que c'était une bonne décision d'aller en élection puis d'aller chercher l'appui de la population. Aujourd'hui, ça nous a donné Hydro-Québec.

L'autre chose sur laquelle je veux revenir, là-dessus, c'est très simple: faisons donc confiance au jugement des Québécois. Moi, j'en ai fait plusieurs, élections, dans ma vie, là. J'en ai vu, des sondages, en passant. Je m'étonne toujours quand quelqu'un de la politique cite des sondages abondamment. D'abord, vous connaissez un peu mon histoire, M. le Président, je ne veux pas être trop personnel: moi, les sondages, je ne suis pas très bon là-dedans, ce n'est pas ma spécialité. J'en ai vu, des sondages, dans ma vie, on en a revu d'autres, puis on en a vu un cette semaine, là.

Puis on en fait, des sondages, dans notre parti à nous. Je ne veux pas donner l'impression que ça ne sert pas, là. Tout le monde, les gens en font parce que c'est un instrument avec lequel on travaille. Mais faisons très attention, prenons ça avec un grain de sel.

D'ailleurs, la dernière fois que j'ai vu un sondage sur les taux de satisfaction, il y avait une question sur la chef de l'opposition officielle: il y a plus de gens qui étaient insatisfaits que satisfaits de la chef de l'opposition officielle. Non, non, mais, tu sais... Puis, est-ce qu'elle va se fier à ça puis est-ce qu'elle va démissionner parce qu'il y a un sondage qui dit ça? Non, parce qu'on prend ça avec un certain recul.

Il y a un contexte, ça, je le reconnais bien, de cynisme. Ça a toujours été le cas. Ça fait 27 ans que je suis en politique, ce n'est pas nouveau, là. Ce n'est pas nouveau, depuis 27 ans qu'on nous dit la même chose. Mais les premiers coupables de ça, souvent ce sont les politiciens eux-mêmes. À côté de ça, il y a les vraies choses, il y a la réalité, et, là-dessus, c'est dans esprit-là que nous travaillons. Pour nos institutions, auxquelles je crois beaucoup, j'aime beaucoup notre système parlementaire, je pense que ça sert bien les intérêts du Québec. Moi, je fais confiance au jugement des Québécois.

Sur le financement des partis politiques, je serais curieux de savoir de la part de la chef de l'opposition officielle si elle applique actuellement ce qu'elle recommande aux autres. Est-ce que le Parti québécois aujourd'hui fait un financement en fonction de ne pas ramasser plus de 100 $ par personne? Parce que, voyez, dans la vie, si on pense que c'est bon, bien on ne pense pas à moitié, on le fait puis on donne l'exemple.

Il y a peut-être une raison pour ça aussi, parce que la chef de l'opposition officielle nous fait la morale sur les questions d'éthique, elle en a parlé abondamment. Je n'avais pas l'intention de soulever ça, mais, puisqu'elle en parle, c'est elle qui le soulève, hein? Lorsqu'elle a fait la course au leadership au Parti québécois, elle a eu 62 donateurs qui avaient contribué pour le financement de la campagne de Mme Marois. Le trésor de guerre était impressionnant: 123 000 $, une moyenne de 2 000 $ par donateur.

Une forte majorité -- 84 % -- des donateurs ont signé des chèques de plus de 1 000 $, et 44 % ont donné le maximum, 3 000 $. L'opération était, oui, légale, hein? Parce que c'était permis, nos lois. Puis, nous autres aussi, on faisait du financement. Sauf que, quand on se drape de drapeaux blancs puis de foulards blancs, encore faut-il être...

Une voix: ...

M. Charest: Alors, ça prend une couleur différente. D'ailleurs, ce qui faisait dire au député de Chicoutimi, son leader qui est assis juste à côté d'elle, il disait ceci, je cite: « "Qui peut donner 3 000 $, à part quelqu'un qui s'attend à quelque chose en retour?", avait déclaré publiquement le leader parlementaire du PQ... » Vous savez, M. le Président, quand on fait la morale aux autres, encore faudrait-il s'assurer que dans sa propre cour on fait les choses correctement.

D'ailleurs, le 19 avril dernier, il y avait un papier dans le journal Le Soleil , il y a quelques jours seulement, au sujet d'une affaire pour cette même course au leadership, où le tribunal a rendu une décision sur une personne de 17 ans qui a donné 2 500 $ à la course au leadership de la chef de l'opposition officielle. Et: « Dans la décision, il est noté que, dans le compte bancaire[...], "aucun chèque de contribution au montant de 2 500 $ n'a pu être retracé". Pas plus qu'un "débit ou un virement dans le compte".

« Et elle n'a pas été en mesure de fournir un reçu de contribution du Parti québécois. »

Le gouvernement a posé des gestes importants, nous avons été à l'écoute sur ces questions-là qui sont souvent des questions qui sont difficiles. Ça interpelle tous les hommes et les femmes qui siègent à l'Assemblée nationale du Québec. Mais, si j'étais à la place de la chef de l'opposition officielle, je me priverais de faire la morale aux autres.

Le Président (M. Drainville): Mme la députée de Gatineau.

Mme Vallée: Merci. Alors, merci, M. le Président. Alors, tout simplement, dans un premier temps saluer les collègues parlementaires qui se joignent à cet exercice et l'équipe du Conseil exécutif qui nous accompagne.

Je ne peux pas m'empêcher de ne pas débuter ce bloc par une petite réflexion qui m'est venue lorsque j'écoutais les échanges et lorsque j'écoutais la chef de l'opposition faire ses commentaires, tout à l'heure. Je suis toujours étonnée lorsqu'on généralise et lorsqu'on dénigre... lorsqu'un parlementaire lui-même dénigre la classe politique.

La façon dont on aborde la situation aujourd'hui, bien humblement, c'est la classe politique qui elle-même dénigre la classe politique, puis c'est comme dire: Ce serait comme d'utiliser les éléments factuels soulevés par le premier ministre tout à l'heure et les étendre à l'ensemble des membres de l'opposition. Je n'oserais pas faire ça, et je pense qu'il faut quand même, à

titre de parlementaires, avoir un certain détachement, une certaine retenue dans les propos que l'on tient. La chef de l'opposition disait tout à l'heure qu'elle préparait ses interventions, eh bien, permettez-moi parfois d'en douter.

Lorsqu'on dit...

Une voix: ...

Mme Vallée: Lorsqu'on dit que le bilan de ce gouvernement...

** (15 h 50) **

Le Président (M. Drainville): Madame...

Mme Vallée: Je vous demanderais peut-être un peu d'ordre. J'ai écouté la chef de l'opposition de façon tout à fait sereine, là.

M. Bédard: Question de règlement... M. le Président...

Le Président (M. Drainville): M. le député de Chicoutimi.

M. Bédard: Oui. Question de règlement, là. Je comprends que la députée, là, veut amuser tout le monde, là, mais là on est les crédits du premier ministre. Alors, je comprends qu'elle n'a pas beaucoup de questions à lui poser, là; mais, au lieu de faire la leçon à tout le monde, je l'invite à poser des questions au premier ministre.

Le Président (M. Drainville): Alors, écoutez, M. le député de Vimont...

M. Auclair: ...au niveau du règlement -- je le sais qu'il maîtrise très bien son règlement -- que, dans l'introduction d'une question de mise en contexte, c'est ce que ma collègue fait; donc, elle respecte le règlement. Et, en vertu de l'article 81, je pense qu'elle met la table, tout simplement, pour amener une question au premier ministre.

Le Président (M. Drainville): Et moi, je vous rappelle que, jusqu'à maintenant, ça se passe bien, alors essayons de faire un effort de part et d'autre pour que ça continue à bien se passer.

Mme la députée de Gatineau, je vous rappelle, vous connaissez bien le règlement, il ne faut pas imputer des motifs à personne, surtout pas à un collègue parlementaire. Je vous laisse la parole.

Mme Vallée: Je n'en impute aucun, M. le Président, soyez-en assuré. Je voulais simplement remettre la table un petit peu, parce que, lorsque la chef de l'opposition a dépeint, tout à l'heure, le bilan de notre gouvernement comme étant le pire bilan qui existait, qui existe, qui n'ait jamais existé, je pense qu'elle fait vraiment abstraction de ce qui s'est fait puis du contexte, aussi, que le Québec a traversé au cours des dernières années.

Le Québec a traversé une récession sans précédent, et, malgré cette récession, M. le Président, il y a eu un maintien des acquis, du filet social des Québécois. Je nous compte chanceux d'habiter au Québec. Je me compte chanceuse, M. le Président, comme jeune mère de famille... bon, peut-être plus si jeune que ça, mais, quand même, comme mère de famille, de pouvoir avoir accès aux différents programmes disponibles pour mes enfants, disponibles pour aussi les gens les plus démunis.

Et le premier ministre, tout à l'heure, a fait référence au revenu disponible des Québécois, et je pense que c'est important de revenir un petit peu sur cette question. C'est important de remettre les choses en perspective, de sortir un petit peu de notre dogme et de réaliser ce qui a été maintenu, ce qui est en place et ce dont les Québécois disposent pour pouvoir vivre et pour pouvoir soutenir leurs familles. Le Québec... Les Québécois, les familles québécoises ont plus d'argent dans leurs poches aujourd'hui qu'en 2003.

Mais j'aimerais permettre au premier ministre d'élaborer davantage sur cette question-là qui, à mon avis, est fort importante et encore plus importante dans le contexte actuel.

Le Président (M. Drainville): M. le premier ministre.

M. Charest: Merci. Vous savez, une des choses que tous les gouvernements souhaitent, c'est de pouvoir permettre à sa population de mieux vivre, dans tous les sens, et ça n'inclut pas uniquement le revenu, ça inclut l'état de santé, le fait que nous voulons que les gens puissent vivre en meilleure santé, plus longtemps, recevoir des services, que les familles puissent faire le choix d'avoir des enfants, etc. Il y a différentes façons de mesurer ça; je suis le premier à reconnaître que ce n'est pas uniquement le produit intérieur brut qui le mesure.

Et, de plus en plus dans le monde, en passant, il y a beaucoup de travail qui se fait pour aller mesurer ce concept de mieux vivre, pas uniquement ici, au Québec, mais je pense à la France puis à la Grande-Bretagne où les gouvernements respectifs ont mandaté des groupes de travail pour aller mesurer ces choses-là.

Il y a une étude qui a été produite récemment par deux chercheurs: il y en a un de l'Université de Sherbrooke, Luc Godbout -- les deux le sont et sont associés à CIRANO, un centre de recherche -- et Marcelin Joanis. Ils ont publié très récemment une excellente étude sur le mieux... Vivre mieux... au Québec? , en reprenant à leur compte et pour le Québec des critères de l'OCDE sur comment mesurer la qualité de vie des gens. Et la conclusion, elle est très bonne pour nous, parce qu'ils en arrivent à la conclusion que nous avons au Québec un des meilleurs niveaux de vie au monde, dans tous les sens. Quand on le mesure...

Par exemple, au niveau du travail, il y a une chose qui est très encourageante, que j'ai trouvée, moi, marquante parce que ça fait référence à un autre enjeu, c'est celui des femmes qui sont en âge d'avoir des enfants et leur participation au marché du travail. Et le taux d'emploi des femmes avec enfants -- ça, c'est l'indicateur -- montre le taux d'emploi des femmes ayant des enfants âgés de six à 14 ans. Le plus fort taux d'emploi des mères s'élève à 86,5 %, en Islande, alors que le plus faible est de 24,2 %, en Turquie. Avec 80,3 % au Québec et 78,6 % au Canada, nous devançons fortement la moyenne des pays de l'OCDE, qui est 65,4 %.

Pourquoi c'est important, cette réalisation-là? Bien, pour plusieurs raisons. D'abord, parce qu'on veut offrir le choix aux femmes qui ont des enfants de pouvoir travailler. Et il y a toute une panoplie de mesures, au Québec, qui ont été mises de l'avant pour encourager les femmes à pouvoir faire ce choix. Remarquez que je choisis mes mots, parce qu'il ne s'agit pas de diriger le choix, on veut juste créer un environnement où ces personnes-là peuvent faire le choix.

Il y a plusieurs raisons qui nous amènent là: une simple question de justice sociale; deuxièmement, parce qu'il y a un phénomène de vieillissement de population au Québec, on a besoin de gens pour pouvoir faire le choix d'entrer dans le marché du travail. Et donc c'est intelligent de faire ce choix-là.

Il y a quelques années seulement, le Québec était en queue de peloton au Canada pour la participation des femmes dans le marché du travail. Et là cette étude-là nous apprend qu'on est les deuxièmes au monde, en avant de la moyenne canadienne. Pourquoi? Bien, parce qu'il y a toute une série de mesures. Ça inclut une mesure auquel est associée la chef de l'opposition officielle, la question des services de garde, qui a été développée au cours des dernières années aussi. Ça inclut également les allocations

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CollectionQuebec — Committees
CitationCI 2012-04-26
Typecommittee
Volume / chapterfr travaux-parlementaires commissions ci-39-2 journal-debats CI-120426
Languageen
Formathtml
SourcePROVINCIAL
Identifier32b970c2f9f8db2a6755a9d6ad03cc823fa92341

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