Labour and the Economy — 2 October 2019 (42nd Legislature, 1st Session)
CET 2019-10-02
Quebec — Committees
(Onze heures cinquante minutes)
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Alors, ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la Commission de
l'économie et du travail ouverte. Je demande à toutes les personnes dans la
salle de bien vouloir éteindre la sonnerie de leurs appareils électroniques.
La commission
est réunie afin de procéder aux consultations
particulières et aux auditions
publiques sur le projet de loi
n° 27, Loi concernant principalement l'organisation gouvernementale en
matière d'économie et d'innovation.
Mme la secrétaire, y a-t-il des remplacements?
La Secrétaire : Oui, Mme la
Présidente. M. Martel (Nicolet-Bécancour) remplace M. Lévesque
(Chauveau); M. Leitão (Robert-Baldwin) remplace Mme Sauvé (Fabre); M. Marissal
(Rosemont) remplace M. Leduc (Hochelaga-Maisonneuve); et M. Ouellet
(René-Lévesque) remplace Mme Richard (Duplessis).
Présidente (Mme IsaBelle) :
Merci. Alors, nous avons le plaisir d'accueillir le Fonds de solidarité FTQ,
avec MM. Morin et Tremblay. Je vous
souhaite la bienvenue. Vous disposez de 10 minutes pour votre exposé. Je
vous invite d'abord à bien vous présenter. Merci.
M. Morin (Gaétan) : Bonjour, Mme la
Présidente. À mes côtés, Mario Tremplay, vice-président aux affaires publiques
et corporatives. Mon nom est Gaétan Morin, donc, président, chef de la
direction Fonds de solidarité FTQ.
Donc, Mme la
Présidente, M. le ministre de l'Économie et de l'Innovation, mesdames,
messieurs, distingués invités de la commission, d'abord merci de nous
accueillir, d'accueillir nos commentaires dans le cadre de vos consultations
sur le projet de loi n° 27.
Le fonds... d'abord, je dois vous dire que le
fonds salue le travail d'Investissement Québec et du ministère de l'Économie et de l'Innovation dans le
développement d'une économie prospère. Le fonds souhaite profiter de l'occasion
qui nous est offerte par cette commission pour émettre ses commentaires sur le
projet de loi n° 27. Nos commentaires concernant
le projet de loi se limiteront à Investissement Québec. Nous n'aborderons donc
pas tous les aspects du projet de loi.
D'entrée de
jeu, nous sommes favorables au projet d'élargissement du mandat
d'Investissement Québec. Le coeur de
notre intervention d'aujourd'hui vise à nous assurer que, dans le cadre de la
réforme projetée, Investissement Québec devienne un véritable investisseur complémentaire dans l'écosystème
financier et maximise son impact. C'est vraiment en recherchant cette complémentarité et en comblant
les lacunes du marché de la finance qu'Investissement Québec se révèlera
davantage comme un réel atout stratégique et remplira pleinement sa mission
d'investisseur public.
Nous saluons
d'ailleurs la proposition de modification de la mission aux articles 4 et
14 de la loi. Cette proposition fait en sorte que la mission y est
définie en termes plus larges, qui comprennent non seulement des aspects
financiers, mais aussi de retombées économiques globales. Cette vision devra
être claire, claire pour le conseil d'administration d'Investissement Québec et de
l'ensemble de l'organisation. Nous croyons même que les incitatifs de
performance des employés d'Investissement Québec devaient être liés à
ces indicateurs qui ne se limitent pas seulement au rendement financier et au
volume d'interventions.
Le fonds est
le plus important réseau d'investissement en capital de développement au
Québec. Samedi dernier, lors de notre
assemblée annuelle, nous avons annoncé que nous comptions dorénavant
700 000 actionnaires, 15 milliards d'actifs et des participations
dans plus de 3 100 entreprises de toutes tailles. Au cours des cinq
dernières années, nous avons investi en moyenne 900 millions de
dollars par année dans l'économie québécoise. Nous avons généré des profits
moyens de 935 millions par année au
cours des cinq dernières années, et ça, ça représente un rendement annuel à nos
actionnaires de 7,7 %. Nous
faisons la preuve qu'il est payant d'investir dans la PME au Québec et nous le
faisons, dans tout le Québec, avec nos 16 bureaux régionaux.
Considérant notre mission et notre modèle
d'affaires, vous comprendrez l'importance que nous accordons à la notion de complémentarité d'Investissement Québec.
En 2010, lors de la fusion entre la Société générale de financement et Investissement Québec, nous avions présenté un
mémoire insistant sur cette notion.
Malgré une volonté inscrite dans la loi, force est de constater que ce
ne fut pas toujours le cas.
Par exemple, ce qu'on voit sur le terrain, je donne un exemple,
des propositions d'investissement
des entreprises qui sont issues à la fois du Fonds de développement
économique... Par exemple, disons, un financement de 10 millions de dollars, bien souvent, le capital est puisé à l'intérieur de l'enveloppe du Fonds du développement
économique et des capitaux propres,
mettons moitié-moitié, et ce qui fait qu'en bout de ligne on peut offrir, avec
le fonds de développement, un prêt à
0 % d'intérêt et un prêt de 5 millions, pour compléter le
10 millions, à partir des fonds propres, à des taux plus normaux, disons, je lance
un 7 %, ce qui fait que le combiné de l'ensemble donne 3,5 %, ce qui
est vraiment à l'extérieur des
barèmes de juste valeur des prêts ou des participations. Et souvent ça se fait,
malheureusement, et là j'ai toujours la notion de complémentarité en tête, souvent, ça se fait dans des
entreprises qui pourraient se financer autrement sur les marchés
financiers, à des taux normaux.
Dans le
passé, il y a eu des tentatives, je dirais, informelles de s'assurer de cette
complémentarité-là dans le marché. Il
y a eu même des tentatives qui ont été initiées par le ministre de l'Économie
de l'époque. Nous avons été attentifs aux déclarations du ministre concernant la complémentarité d'Investissement
Québec et celle qu'elle doit avoir dans l'écosystème et nous partageons
évidemment cette vision.
Rappelons que la proposition de
l'article 14 de la
Loi sur Investissement Québec est très claire à ce
sujet. Cependant, pour y arriver, nous
croyons qu'il faut des mécanismes formels pour concrétiser cette rétention.
Ainsi, pour assurer une
complémentarité entre Investissement Québec et les autres acteurs économiques
de la finance, le fonds propose deux mécanismes reconnus dans la loi.
C'est d'ailleurs notre première et notre deuxième propositions.
Donc, la première, qu'un comité-conseil composé
de représentants des institutions financières québécoises, de l'industrie du
capital de risque et du capital de développement fassent rapport chaque année
au ministre de l'état de l'écosystème de la
finance et fasse des recommandations pour améliorer cette complémentarité.
Deuxièmement, deuxième proposition, qui devrait être, selon nous, reconnue dans
la loi, qu'un administrateur soit nommé au conseil d'administration d'Investissement Québec selon une liste de
candidats recommandés par le comité-conseil. Cet administrateur devra être
évidemment indépendant du comité et des institutions représentées.
Comme notre
mission l'exige, nos investissements sont faits sous forme de prêts non
garantis ou de participations au
capital-actions. Cette
partie fait de nous, dans une certaine mesure, des
dérisqueurs. Notre présence dans des projets plus risqués permet à d'autres joueurs qui ont une
moins grande tolérance au risque de se joindre à nous dans certains projets.
Cela nous a permis de développer une bonne collaboration avec les milieux de la
finance. En fait, d'autres institutions financières sont présentes dans
80 % de nos transactions.
En 2010, je
reviens à notre rapport précédent, nous avions estimé que, pour être
complémentaire et combler des lacunes
de marché, Investissement Québec devait accroître sa présence dans les
transactions à risque, particulièrement en région. Nous croyons toujours que c'est le rôle de l'investisseur public
de combler partiellement cette carence afin de créer un effet de levier
pour attirer du capital privé dans les transactions.
Et là on
avait un diagramme à l'époque, qu'on a reproduit quelques années plus tard dans
le mémoire. Je pense qu'il est à la page 8. Ce qu'il présente, en fait,
c'est l'écosystème financier, l'écosystème d'investissement, et chacun doit
avoir sa place. Il y a des moments
dans la vie d'une entreprise où c'est nécessaire de prendre plus de risque,
d'amener l'entreprise ou le projet à une certaine maturité où le
financement plus conventionnel, les banquiers et éventuellement même une mise en bourse, tout ça doit être fait dans un
continuum et en très grande complémentarité. Donc, nous réitérons cette
position et recommandons
qu'Investissement Québec augmente sa prise de risque de participation dans des
investissements risqués.
Évidemment, on a plusieurs autres
recommandations, notamment sur les régions, pour la lutte aux changements climatiques. Nous vous invitons à consulter notre
mémoire. On voulait se concentrer vraiment sur ces trois propositions-là.
Alors, je vous remercie de votre attention, et nous sommes prêts pour
accueillir vos questions.
La Présidente
(Mme IsaBelle) : Je
vous remercie pour votre exposé. Nous allons débuter la période d'échange. M.
le ministre, la parole est à vous. Vous disposez de 7 min 30 s.
M. Fitzgibbon :
O.K. Bien, premièrement, j'aimerais remercier mes collègues pour votre
présentation. C'est très clair puis c'est succinct. Il y a deux enjeux.
Je vais en prendre un puis je vais passer l'autre à mon collègue
M. Bélanger.
Au niveau des régions, je
pense qu'il faut parler de ça,
comment est-ce qu'on peut complémenter votre positionnement. Je vais parler plus à haut niveau. Je suis d'accord,
le comité, voir sur une base manuelle, où sont les carences dans la chaîne
des capitaux, puis Investissement Québec doit être là pour combler où il y a
une carence. Ça, j'achète ça à 100 %.
J'aimerais vous entendre sur un sujet qui est un
peu problématique. C'est qu'on a vu ce matin, dans le journal, on a 32 % de provisions pour prêts pour le FDE. Bon, d'un bord de ma bouche, je
vais dire : On va prendre plus de risques. Je veux prendre plus de
risques. Il ne faut pas que le 32 % devienne 50 % non plus, ou, s'il
vient 50 %, il faut que les retombées aux finances soient au moins égales
à l'excédent. Ce n'est pas facile.
Alors, est-ce
que, quand j'entends les gens comme vous puis les banques dire : Prenez
plus de risques, ça va nous alléger pour nous à aller dans la chaîne des
capitaux, est-ce que c'est concevable qu'on puisse partager? Puis ça, c'est ma
notion depuis le début. Est-ce qu'on peut partager dans l'«upside», quand ça va
arriver? Parce que moi, je suis prêt à
prendre des risques, mais, à un moment donné, on va en perdre plus qu'on en a
perdu dans le passé, mais on va en gagner plus. Quand on va gagner, il
faut au moins être capable de pouvoir récupérer un peu d'argent pour compenser
les pertes additionnelles.
Alors, est-ce
que c'est une notion... puis je sais que vous autres, c'est différent, parce
que je prends les banques, je prends le Fonds de solidarité, je prends le
Fondaction, puis on a Investissement Québec, on n'est pas tous aussi
mercenaires, là. Alors, est-ce que
c'est concevable que, dans la chaîne des capitaux, qu'il puisse y avoir un
partage du «upside» pour que nous
puissions... puis moi, je suis prêt à prendre des risques, mais, en même temps,
on est redevables devant la population. Puis, si on perd 50 % de ce
qu'on fait, on ne sera pas avantagés, là. Alors, j'aimerais ça vous entendre
sur ce point-là.
M. Morin
(Gaétan) : Juste sur la
notion de perte, il faut voir que le gouvernement doit prendre certains risques
parce que les retombées des succès...
puis ce n'est pas tous des succès, hein, les projets dans lesquels nous-mêmes,
on investit. Mais le gouvernement a des retombées que nous, on n'a pas,
dont retombées fiscales, etc., les retombées induites auss