Labour and the Economy — 18 May 2016 (41st Legislature, 1st Session)
CET 2016-05-18
Quebec — Committees
Président (M. Cousineau) : Ah! c'est une minute, la déclaration
de député. Donc, il y a 35 secondes qui...
Turcotte : Bien là,
prenez-moi pas tout mon 30 secondes, là, de plus, là, M. le Président.
Donc, juste
pour qu'on se remette un peu, là, dans le bain... Au fond, mon sous-amendement
vise à ajouter «d'une personne...»
Parce que l'amendement de notre collègue la députée de Gouin est très bon.
C'est suite à notre débat sur le fait
que, pour un couple à l'aide sociale, 965 $, s'il y a une sanction pour un
des deux membres du couple, ça ferait en sorte que le revenu du couple,
donc de la famille, serait amputé de la sanction. Donc, inévitablement, il y
aurait une conséquence pour l'autre membre du couple qui, lui, participe
peut-être au programme ou peut-être ne participe pas parce qu'il n'a pas à
participer au programme parce qu'il est peut-être déjà prestataire actuellement
de l'aide sociale.
Donc, pour
éviter qu'un individu, donc une personne d'un couple soit pénalisée par une
sanction due à l'autre membre du couple, la députée de Gouin dépose un
amendement qui règle cette question-là. Nous, on ajoute «d'une personne...» parce qu'on considère que, de toute
façon, obligation ou non, on ne devrait pas toucher à la prestation de base d'aide sociale, qui est de 623 $ pour
une personne, et on considère... Puis j'ai fait la nomenclature, là, de
témoignages, là, des gens, là, de la
Mauricie et du Centre-du-Québec et d'ailleurs aussi, je considère qu'à
623 $ par mois c'est déjà difficile de se trouver un logement, de pouvoir
s'habiller, se vêtir, se nourrir décemment, etc., donc on ne devrait pas
toucher au 623 $ par mois qui est la prestation de base.
Président (M. Cousineau) : Merci, M. le député de Saint-Jean.
Vous êtes en plein dans le temps. M. le ministre, voulez-vous réagir? Ça
va? Très bien. Est-ce qu'il y a d'autres intervenants sur le sous-amendement?
M. le député de Rimouski, vous avez 20 minutes.
LeBel : O.K.
Oui, effectivement, l'amendement qui est amené par la députée de
Gouin, je pense qu'il va sous le sens, là, de dire qu'il ne faut pas diminuer le revenu d'une famille,
puis le sous-amendement amène «d'une personne...» — ce
qui est correct aussi — sous
le niveau de la prestation de base reconnue à l'article 56. Je pense,
ça va dans le sens surtout de
la loi qu'on... comme j'ai déjà expliqué, avait fait l'unanimité, là, le consensus
à l'Assemblée nationale, la loi qui vise à lutter contre la pauvreté et
l'exclusion sociale.
Moi,
bien, je vais en profiter, parce que moi, je trouve que le projet de loi qu'on travaille actuellement, à mon
avis, il ne va pas dans le sens du
grand consensus qu'on avait développé autour de la loi pour
lutter contre la pauvreté. Ce consensus, c'était
qu'on devait lutter contre les causes, quand
même, de la pauvreté. On devait
travailler sur ces causes-là. On devait essayer d'enlever la pauvreté,
de faire en sorte qu'il y a moins de gens qui tombent dans la trappe de la
pauvreté. Puis on luttait contre la
pauvreté, on ne luttait pas contre les pauvres, on s'attaquait à la pauvreté.
C'était ça qui était le sens de la
loi qui, je répète, avait fait consensus avec tous les partis qui étaient à l'Assemblée nationale à cette époque-là.
Puis,
depuis, la loi, même si ce n'était pas parfait... Parce que moi, je pense qu'il y
a bien des éléments de la loi, je
trouve que le gouvernement n'a pas
respectés, là. Il y avait des clauses d'impact pour certains projets de loi que je serais curieux de voir
si la clause d'impact avait été... ou on avait pris en compte la clause
d'impact sur la pauvreté dans beaucoup
d'actions que le gouvernement a faites dans tout le climat d'austérité, dans
les coupures qu'on a eues depuis un an. Je
pense, ça a eu des impacts sur la
pauvreté, puis je suis certain que, s'il
y avait eu vraiment
une analyse à partir de la lunette de
la loi pour lutter contre la pauvreté, on aurait pu voir que ces lois ou ces
interventions du gouvernement n'allaient pas dans le sens de l'objectif
de lutter contre la pauvreté.
ce qu'on voit maintenant, avec ce projet
de loi qui nous est déposé, c'est que
ça vient briser ce contrat social qu'on
avait entre les groupes puis le gouvernement, où on voulait lutter contre la pauvreté. Puis la
grande mobilisation qui avait été mise en place dans tous les comtés du Québec,
on le voit... puis les députés, on le voit, dans nos bureaux de comté : le milieu de la santé, les groupes
communautaires, autour de tables de
concertation souvent qui avaient été comme encouragées par les CRE, les grandes tables de concertation, les gens se
sont réunis pour se poser la question : Qu'est-ce qu'on fait, dans notre communauté, pour lutter
contre la pauvreté? Il y a eu plein d'initiatives, plein de mobilisation
partout. C'était positif, c'était une mobilisation pour travailler sur
le transport en commun, sur le logement, sur les soupes populaires, l'alimentation. Plein d'initiatives du genre qui ont été
faites partout, une grande mobilisation depuis plusieurs années, des fondations, comme la Fondation Chagnon
aussi qui s'en est mêlée, qui est venue... ils participaient. Une grande
mobilisation positive pour lutter contre la pauvreté.
Puis
on essayait de sortir aussi du piège du préjugé, de dire : Si toi, tu vis
dans la pauvreté, c'est parce que c'est ton problème. Il y a eu quelque chose que tu n'as pas fait comme il
faut, là. Soit tu as lâché l'école trop de bonne heure, tu n'étais pas assez vaillant, tu t'es isolé...
l'alcool, la dope, n'importe quoi, mais c'était... on a essayé de se sortir des
préjugés puis de l'accusation,
toujours, de la personne, qui devait se sentir coupable un peu d'être à l'aide
sociale. Et ça, c'était souvent porté
par... Quand je parle de préjugés, c'est facile à dire, là. Quand j'entends, de
temps en temps, du gouvernement, de dire : Bien là, la personne, on va
l'aider à se prendre en main, là, il faut qu'elle se prenne en main, il faut sortir
de la pauvreté, il faut qu'elle se
prenne en main, il faut que la personne travaille, apprenne à se lever le matin
ou... comme si ces personnes-là ne le faisaient pas ou ils étaient
paresseux par définition parce qu'ils étaient tombés dans la trappe de la
pauvreté. Ça fait que, depuis quelques années, on travaille à se sortir des
préjugés.
D'ailleurs,
là, je l'ai oublié, là, mais, lundi, j'étais à Rimouski puis on m'a déposé un
guide... un groupe de citoyens de la région, soutenus par les alliances, là, de
comités contre la pauvreté, ont bâti un guide depuis trois ans, une pièce
de théâtre qui circule partout dans la
région, et un guide pour essayer de lutter contre différents préjugés qu'on
peut avoir par rapport aux gens qui
vivent de la pauvreté. Je voulais vous l'amener, vous le déposer, M. le
ministre, ça sera pour les prochains jours. Mais c'est intéressant de
voir cette action-là, que je dis encore positive. On dit : Comment on
peut, comme communauté, mieux intervenir?
Puis il y a des actions, là. Quand je parlais de transport en commun, là, si on
aide un peu... puis on permet, par différentes mesures, que des gens
moins en moyens puissent avoir accès au transport en commun pour se chercher un emploi, pour aller s'alimenter ou les
comptoirs alimentaires... tu sais, Moisson, chez nous, c'est hyper
important, bien, comment on peut les soutenir. Toute cette mobilisation,
c'était positif.
on arrive dans un projet de loi qui met un peu ça de côté, puis il dit :
Bien là, on va travailler sur la personne qui doit s'en sortir. Et là on le rend plein d'obligations où on pousse
l'individu à répondre à ces obligations-là. On le rend un peu comme responsable, là, de ce qu'il vit puis
on dit : Si tu marches dans le cadre qu'on te donne, bien, on va te prendre,
toi, puis ça... On ne parle pas de la
communauté autour, là, mais on parle de toi, on va te soutenir, mais il faut
absolument que tu participes parce
que sinon... laisser entrevoir qu'il pourrait comme ne pas participer ou qu'il
pourrait... Puis il y a des mots des
fois, comme le ministre disait... je ne me souviens plus c'était quel dossier,
mais il disait : À la CLE, on a fait des ouvertures pour des
informations, mais il y en a un sur 10 ou un qui venait se présenter pour venir
chercher de l'information, comme si, par définition, ça voulait dire qu'on ne
peut pas les laisser tout seuls vouloir s'impliquer ou s'investir, il faut
aller les chercher puis il faut les obliger, sinon ils ne viennent pas nous
voir.
D'un autre
côté, les groupes communautaires en arrachent, n'ont pas de soutien, ils ne
sont pas capables de soutenir leurs activités. On remet en question les
fonds comme le Fonds québécois d'initiatives sociales. Tout ce qui pourrait comme mobiliser du monde,
on met ça de côté, mais on dit : Là, vous allez embarquer dans la machine
bureaucratique, puis vous allez avoir
des obligations à livrer, puis... Puis les obligations, des fois, moi... je ne
sais pas, le ministre a donné des
ouvertures, là, mais toute l'idée du déplacement, d'obliger les gens à se
déplacer, là, plusieurs kilomètres pour aller chercher un emploi, ou embarquer dans le programme ou dans le stage qui
est proposé, ou... Dans des régions comme la mienne, là, c'est... quand
on dit : Se déplacer, là, c'est partir d'un village puis aller dans la
ville ou aller à Rimouski, à Matane, à
Rivière-du-Loup, ou partir à Lévis, ou Québec, ou je ne sais pas trop, mais c'est déraciner du
monde, des fois, des familles. Tu
sais, ce n'est pas magique comme entre quartiers de Montréal,
là, il y a une situation qui est différente. Mais c'est un genre de projet de loi encore, comme bien d'autres projets
de loi, qui est fait mur à mur, où on
intervient directement avec les mêmes obligations pour chacun, pour tout
le monde, qu'ils viennent de la ville ou de régions.
Puis, en bout
de ligne, c'est ça que l'amendement amène, c'est-à-dire que ces personnes-là, tout ça pour 623 $ pour
une personne seule, 965 $ pour une famille. Un couple, il faut voir ce que
ça donne, là. Tu sais, on a de la misère à arriver. Quand tu as payé un logement avec tout ça, comment tu veux...
Tu sais, je pense qu'avant de commencer à parler de tout ça il faut essayer de conceptualiser ou de réfléchir c'est quoi,
le revenu minimum qui est décent pour vivre, pour avoir accès à certains services puis accès juste à
de la bouffe. Je pense qu'il y a des discussions à avoir là-dessus, mais là
on ne parle pas de ça, on dit : On va
s'attaquer aux personnes puis on va dire : Vous êtes obligés ou pas
d'embarquer dans le programme ou pas.
Moi, depuis
le début, je me dis : On est à l'envers dans l'étude de ce projet de loi
là. On a un projet de loi de lutter contre
la pauvreté qui est là depuis 12 ans, je pense, on est rendus à la 12e année.
On devait, après 10 ans, se rasseoir puis l'étudier, on ne l'a pas fait. Il me semble qu'on aurait pu, comme
parlementaires, faire un bon bilan de cette loi-là puis de voir jusqu'où ça nous a amenés. C'est quoi, les
côtés positifs? Puis il y a plein de comités, là, qui ont déposé certains rapports
puis ça aurait été intéressant de voir.
Entre autres, il y en a un, moi, un comité qu'une de ses propositions que je
trouvais intéressantes, c'est qu'il
disait : Si la
loi sur la pauvreté a réussi... on a eu des gains pour
lutter contre la pauvreté, c'est qu'on
l'a vraiment décentralisée puis on l'a démocratisée, tu sais, on a donné des
moyens à des groupes partout dans les régions
puis on a collé les interventions aux réalités des régions. C'est un constat
que, je pense, un des comités, là, qui conseille
le ministre, qu'il avait émis, que c'était un bon constat, mais on n'a jamais
eu l'occasion d'en discuter concrètement, du bilan de la
loi sur la pauvreté. Puis, dans la
loi sur la pauvreté,
on se donnait des cibles sur 10 ans. Des cibles, bien là, il faudrait
s'en donner d'autres. Ça n'aurait été pas mauvais non plus de s'asseoir puis de
dire : Tiens, c'est quoi, nos prochaines
cibles? On ne l'a pas fait. On a embarqué aussi dans un nouveau plan d'action
pour lutter contre la pauvreté, mais c'est fait sans véritable débat.
Et là, malgré
ce qu'on n'a pas fait vraiment, c'est qu'on ne s'est pas donné vraiment une
vision globale de ce que ça pourrait
être, lutter contre la pauvreté, puis à partir d'expériences qu'on a faites,
puis faire un bilan, puis se donner des nouvelles cibles, malgré qu'on n'a pas fait ça, on a tassé ça de côté
puis on embarque dans un projet de loi qui vient changer les règles au niveau du Programme d'aide sociale,
qui vient changer les règles au niveau de la solidarité sociale. Il me semble qu'avant de toucher à ça on aurait pu se
donner une vision. Mais là on a décidé de ne pas faire ce travail-là, ce
qui fait qu'aujourd'hui, bien, il faut agir
à la pièce puis on découvre, dans le projet de loi, différents articles, puis
il faut essayer d'améliorer.
Puis il me
semble que le ministre devrait en convenir, que l'amendement de la collègue de
Gouin, sous-amendé par mon collègue
ici, vient au moins donner une règle de base, là, de respect des gens qui
vivent la pauvreté, c'est-à-dire que,
pour nous autres, il ne faut pas que ça vienne diminuer le revenu de ces
personnes-là sous le niveau de la prestation de base; au moins, qu'il y ait un minimum qui est reconnu actuellement.
Si on n'est pas capables de reconnaître ça, bien, là, vraiment, on n'est pas dans le sens de tout ce
qu'on a pu faire comme avancées pour lutter contre la pauvreté depuis 10 ans.
Il me semble qu'on est partis du reculons.
Il me semble que ça va de soi que l'amendement de la collègue, sous-amendé
par mon collègue, vient au moins répondre à
certains enjeux ou certaines craintes que les gens ont un peu partout, que les
gens nous ont posés puis qu'ils ont envoyés dans les mémoires.
Ça fait que je ne sais pas comment le ministre
voit ça. Je ne vois pas le problème d'intégrer cet amendement sous-amendé, là, qui nous permet au moins de
reconnaître qu'il y a un revenu, là, qu'on ne peut pas... on ne peut pas aller
plus bas que ce revenu-là, là.
Le Président (M. Cousineau) :
Merci, M. le député de Rimouski. M. le ministre, voulez-vous réagir?
Blais : Je regrette qu'on ne se soit pas vus à Rimouski, j'étais là
lundi. Donc, c'est assez intéressant parce que, bon... souligner tout
d'abord...
M. Blais : ...un petit café que vous
connaissez bien...
M. LeBel : Le Café des Halles.
Blais : ...je pense, qui est bien charmant, le Café des Halles, avec
des propriétaires qui sont, hein, tout à fait méritoires parce que, depuis plus de 20 ans, ils embauchent des
personnes, là, dans leur cuisine, qui sont différentes, qui ont des handicaps. Ils bénéficient aussi d'un contrat
d'insertion au travail — tout à fait normal — pour financer une
partie de la rémunération. C'est quand même des personnes
qui sont un peu moins rapides que d'autres, hein? Il faut que les collègues
employés tolèrent aussi la situation, hein?
Un petit peu moins rapides pour laver la vaisselle peut-être que son voisin,
mais, bien, ces
gens-là, ils sont, hein, dans la dignité du travail. Puis, ensuite, on est là
pour les aider, hein? On est allés faire un tour aussi au centre local d'emploi, on a parlé notamment avec les
agents... les agentes, parce que c'étaient pas mal des agentes qui
étaient là sur Objectif emploi, sur la façon dont ils voyaient les choses.
Je pense que
ce qu'ils appréciaient bien dans le programme. D'abord, ça s'adresse à des
nombres restreints de personnes.
Hein, il faut toujours rappeler que c'est des premiers demandeurs. Au centre
local d'emploi de Rimouski, c'est à
peu près 80 par année, qui sont des personnes qui seraient à l'intérieur de ce
programme-là. Le centre local d'emploi de
Rimouski, c'est un assez gros centre local d'emploi, c'est normal, ils sont
tout à fait capables de gérer ça. D'autant plus que ce qu'ils me disaient, c'est qu'ils ont déjà un bon taux de
participation. Ils sont contents de la participation des jeunes, au centre local d'emploi, dans les
activités, dans la réinsertion. Ils voyaient bien que ça permettait de les
mobiliser un petit peu plus parce que
là on a des montants supplémentaires qui sont intéressants, notamment pour
qu'ils puissent poursuivre leurs études.
Elles ont, puis je vais vous dire franchement,
elles ont un mauvais souvenir de la période du programme du Parti québécois à la fin des années 90 parce que
là c'étaient des pénalités qui s'adressaient à toutes les personnes aptes.
C'est des centaines de milliers de personnes
au Québec, et là ça pouvait devenir compliqué à gérer. Donc, là ils voyaient
bien, je pense, que, hein, une gestion, là,
d'un programme avec des petits nombres de personnes dont ils savent qu'il y a
des chances de retourner sur le marché du
travail, compte tenu quand même que le marché du travail peut être intéressant,
là, dans votre coin de pays... Je le
dis, je le répète, là, je pense que c'est nécessaire : Le projet de loi va
favoriser la sortie de l'aide
sociale. Ce que l'on veut, hein... Puis je ne pense pas que le collègue veut
que les gens restent à l'aide sociale, veut absolument les empêcher de sortir de l'aide sociale, je ne pense pas que
c'est ça qu'il souhaite. Il veut qu'ils sortent dans les meilleures
conditions possibles. Ça, on s'entend là-dessus.
Donc, cette
pratique-là d'avoir des éléments de réciprocité, ça existe aujourd'hui, partout
dans le monde, partout au Canada.
Est-ce que c'est toujours bien fait? Est-ce que c'est de la bonne façon? Hein,
ça, c'est une autre question. Mais, même
dans les pays sociaux-démocrates, on en a parlé hier, c'est une pratique
courante d'avoir des éléments de réciprocité, donc des possibilités... Il faut bien insister, c'est des possibilités,
là, de réduction pour une période de temps. Mais je vous rappelle que le programme que l'on a ici, c'est un
programme qui fait en sorte que, dès qu'une personne, bon, a eu un manquement ou deux manquements, a une diminution,
il est possible, ensuite, de se rattraper, de revenir à l'intérieur de sa
démarche sur laquelle on s'est entendus, et elle retrouve tous ses droits.
Je vous
rappelle que la formule, là, qui avait été mise en place par le Parti
québécois, la personne ne retrouvait pas
ses droits. Une fois que c'était perdu, c'était perdu pour une période de temps
qui pouvait aller jusqu'à un an. Donc, on
est vraiment dans la recherche de la lutte contre la pauvreté, de la sortie de
l'aide sociale. On ne s'entend peut-être pas sur les moyens, mais je peux vous dire que les moyens dont on dispose, c'est
des moyens qui sont réputés comme ayant un effet, disons, positif parce qu'on a bien sélectionné les personnes.
Encore une fois, les personnes qui sont aptes à apporter une contribution, on leur fournit des ressources,
on leur fournit un parcours aussi, là, pour qu'elles puissent s'en sortir. Donc, on est très, très loin, là,
du modèle, là, qui avait été mis en place, par le Parti québécois, à la fin des
années 90.
Le Président (M. Cousineau) :
Merci, M. le ministre. M. le député de Rimouski.
M. LeBel : Vous savez, je sais qu'en
politique ça ne se fait pas bien, bien, paraîtrait-il, mais il faut toujours défendre bec et ongles ce qu'on a fait depuis...
Moi, je ne suis pas gêné de dire qu'il
y a peut-être des choses qui ont
été faites, dans les anciens gouvernements du Parti québécois, qui auraient pu être faites autrement. Je ne suis
pas gêné de dire ça, puis c'est la façon que moi, je fais de la politique.
Ça fait que : Est-ce qu'il y a des choses qui auraient pu être faites autrement?
Je vous le laisse, peut-être, mais...
Mais, ceci
étant dit, maintenant, on est en train d'étudier un projet de loi qui va avoir
des impacts, là, puis... Ça fait qu'on
peut bien se dire : Bon, vous autres, vous avez fait ci, vous avez fait
ça... Moi, je vois les impacts comme député, parce que j'ai des gens qui viennent me voir. Puis, lundi, c'est vrai,
vous étiez à Rimouski, je l'ai su par la bande, on aurait pu se croiser, j'étais à l'autre bout de la rue.
Mais, si vous étiez resté un peu plus longtemps — je pense que vous êtes parti pour
Rivière-du-Loup en après-midi, là — je vous aurais fait
rencontrer le groupe qui lutte contre les préjugés. Dans un petit café, sur Saint-Germain... sur la Cathédrale, à Rimouski,
on s'est réunis, puis ils nous ont... Eux autres, depuis deux ans, ils font une pièce de théâtre pour
lutter contre la pauvreté. Et, dans les acteurs, là, il y a des gens qui vivent
la pauvreté, il y a des intervenants,
il y a toute sorte de monde. Puis là il y a les gens de Cogeco qui sont mêlés à
ça pour produire un genre de vidéo
avec un... C'est une belle démarche, là, collective, et, comme vous étiez là,
c'est dommage, vous auriez pu rencontrer ces gens-là puis ils auraient
pu vous témoigner de leur démarche.
Parce que
c'est un peu ça, quand vous dites... vous dites un peu : J'espère, ou je
n'en doute pas, que le député de Rimouski ne veut pas que les gens restent
à l'aide sociale. Bien, ça ne se pose comme pas, la question, là. Je ne veux pas que les gens restent à l'aide sociale, puis je
pense qu'il n'y a personne qui veut rester à l'aide sociale. Mais poser la
question, c'est comme laisser entrevoir
qu'il y a des gens qui voudraient peut-être rester à l'aide sociale. Puis,
quand on part de là... c'est cette prémisse-là, moi, qui me fatigue un
peu. C'est de dire : Peut-être qu'il y a des gens qui veulent rester
là-dessus, là, puis là on va aller les sortir de ça, là, un peu de force, là,
en leur disant : Bien, si tu ne participes pas, bien, tu vas avoir des problèmes. Parce que, si tu ne participes
pas, on va peut-être te couper puis tu vas être en bas de ce que tu
reçois déjà. Ça fait que, si tu veux en avoir un peu plus, participe, sinon, tu
es dans le trouble.
Mais être
dans le trouble... ils sont déjà dans le trouble : bien, les repousser
dans le trouble encore sur cette base-là que peut-être qu'ils ne veulent pas s'en sortir, moi, c'est ça qui me...
j'ai l'impression qu'il y avait comme un contrat social, depuis la loi pour lutter contre la pauvreté, où
on travaillait sur les causes, on ne travaillait pas sur accuser des individus,
tu sais. Puis, tu sais, là, il y avait une
série d'articles, là, en Gaspésie, là : Des compressions lourdes de
conséquences dans l'Est . L'austérité et l'éloignement, un cercle vicieux
pour les femmes de la Gaspésie .
Dans ces régions-là, quand tu vas voir un jeune, là, qui...
CLE, là, c'est des gens qui travaillent fort, en passant. Le CLE de Rimouski,
c'est des gens qui accueillent le monde,
puis qui travaillent très fort, puis qui étaient aussi, il n'y a pas longtemps,
deux, trois ans, étaient comme
partie prenante
dans la mobilisation communautaire. Quand il y avait des rencontres de
concertation pour savoir comment on peut faire pour soutenir un projet
ou mieux intervenir auprès de la clientèle, ils participaient aux rencontres,
avec les groupes communautaires, avec les
autres... Et on sait ce que c'est, dans ces communautés-là, là, on est tous des
chums, là, on essayait de voir comment on pouvait faire pour mieux aider
le monde.
un moment donné, l'année passée, j'étais un peu surpris, j'ai dit : Ils
sont où, les gens du CLE? Bien là, ils avaient eu la directive du Conseil
du trésor qu'ils ne pouvaient plus sortir de leurs bureaux, ça fait qu'ils ne
pouvaient plus participer aux activités.
J'ai dit : Bon, ça commence bien, tu sais. Mais c'est ça qui est comme un
peu brisé, ce genre de solidarité ou de mobilisation de la collectivité
pour lutter contre la pauvreté, travailler sur les causes.
Puis
on oublie souvent l'histoire de l'exclusion sociale, mais ça aussi, c'est un
élément important, là. Quand tu vis la pauvreté, tu t'exclus, puis, quand tu
vis des problèmes de santé puis des problèmes de... c'est un cercle vicieux
qui... Puis, quand tu es en région,
quand tu es dans un village... Moi, à Rimouski, les gens du Halles, c'est vrai
qu'ils travaillent très bien, là,
puis... C'est une ville assez importante puis là les gens... Mais, quand tu es
dans les villages, je ne sais pas, moi,
quand tu es à Trinité-des-Monts ou à Saint-Marcellin, tu es assez éloigné, là,
puis là il y a eu les coupures dans la forêt,
il y a les coupures en agriculture, il y a des difficultés, il a des gens qui
allaient chercher des petits revenus autour de ça, ils n'ont plus ces revenus-là, ils font face à l'aide sociale... Des
villages qui sont en difficulté, un peu dévitalisés, là, il faut que tu
embarques dans un programme comme ça, là, qui dit : Bien là, si tu restes dans
ton village, tu ne peux pas avoir accès.
Nous autres, on va te sortir de là, on va t'emmener ailleurs, on va t'emmener
en ville ou ailleurs. Tu sais, sur papier,
c'est beau, là, tu dis : Regarde, on va l'aider, on va l'encadrer parce que
là il ne veut pas vraiment s'en sortir, puis nous autres, on va
l'aider à s'en sortir.
Quand
tu vis dans ce village-là puis qu'à chaque année tu as travaillé à l'érablière,
tu as réussi à te sortir un salaire qui avait de l'allure pour continuer
à bien vivre dans ta communauté, mais là toutes les coupures qu'il y a eu dans
ces milieux-là, les difficultés... puis
la forêt privée, chez nous, c'est un problème majeur... mais là tu te retrouves avec plus rien... Et tout ça, ce qui est proposé là, bien,
la personne, dans sa famille, tu sais, là, elle se sent... c'est comme si tout
est focussé sur la personne,
dire : Tu sors de là, tu viens embarquer dans les programmes,
sinon on va te couper en bas de... Tu
es déjà dans le trouble, on va te mettre encore plus dans le trouble, tu vas
avoir moins d'argent au bout du mois. Moi, je suis un peu désolé, là, de travailler là-dedans. Je vous le
répète : J'aurais aimé mieux qu'on travaille sur la vision qu'on a
du Québec sans pauvreté.
rencontrais Mgr Grondin, là, l'archevêché chez nous, puis c'était un peu ça, il
avait encore l'épinglette du groupe qui
avait proposé la
loi sur la pauvreté, puis c'était une bonne discussion, on
avait une discussion plus large. Puis j'aurais aimé ça, parce que je sais que le ministre, on aurait eu une bonne
discussion avec lui aussi, puis il pourrait s'ouvrir plus puis donner un
peu plus sur la vision plus large qu'il voit d'un Québec sans pauvreté. Puis là
on est en train... dans la tuyauterie...
puis on frôle souvent les préjugés quand on part, en se disant que peut-être
qu'il y a des gens qui veulent rester sur l'aide sociale. Ça fait que
j'aurais aimé mieux qu'on ait un grand débat, mais je pense qu'on ne l'aura
pas. Merci.
Le Président (M.
Cousineau) : Merci, M. le député de Rimouski. M. le ministre.
M. Blais :
Peut-être une précision qui est importante, là, je pense que, jusqu'ici, il me
semble qu'on a eu des discussions... On a
été prudents, là. Je n'ai pas entendu beaucoup de personnes ici, hein, qui ont
énoncé des préjugés... que des gens
ne veulent pas s'en sortir ou que des gens ne savent pas comment s'en sortir,
hein? Parce que c'est souvent ça
aussi, les gens ne savent pas comment procéder, quelles sont les possibilités,
parce qu'ils ont vécu des échecs. Quelle que soit leur situation, disons, de départ, hein, ils ont besoin d'être
appuyés dans leurs démarches, encadrés, en même temps en leur rappelant que tous les efforts que l'on fait pour eux, en
contrepartie — oui, en
contrepartie — on a le
droit d'avoir des attentes. C'est
vraiment ça, les prémisses, je ne pense pas que ça parle... ou ça nourrit
quelques préjugés que ce soit.
Président (M. Cousineau) : Merci, M. le ministre. Alors, est-ce
qu'il y a d'autres parlementaires qui veulent intervenir sur le
sous-amendement déposé par le député de Saint-Jean? Sinon, je vais mettre au
vote...
Turcotte :
M. le Président?
Le Président (M.
Cousineau) : Oui, M. le député de Saint-Jean.
Turcotte :
J'aimerais qu'on procède au vote par appel nominal.
Président (M. Cousineau) : Alors, vote par appel nominal. Mme
la secrétaire, sur le sous-amendement de M. le député de Saint-Jean, qui
propose d'ajouter, après le mot «revenu», les mots «d'une personne...»
Turcotte :
«...ou».
Le Président (M.
Cousineau) : «...ou». Allez-y.
La Secrétaire : M. Turcotte
(Saint-Jean)?
Turcotte : Pour.
La Secrétaire :
M. LeBel (Rimouski)?
La Secrétaire :
M. Schneeberger (Drummond—Bois-Francs)?
Schneeberger :
Contre.
La Secrétaire :
M. Blais (Charlesbourg)?
La Secrétaire :
M. Hardy (Saint-François)?
La Secrétaire :
Mme Sauvé (Fabre)?
La Secrétaire :
Mme Simard (Charlevoix—Côte-de-Beaupré)?
La Secrétaire :
M. Polo (Laval-des-Rapides)?
La Secrétaire :
M. Poëti (Marguerite-Bourgeoys)?
La Secrétaire :
M. Cousineau (Bertrand)?
Le Président (M.
Cousineau) : Je m'abstiens.
La Secrétaire :
C'est rejeté.
Président (M. Cousineau) : Alors donc, le sous-amendement est rejeté. Nous revenons à l'amendement de Mme la députée de Gouin. Le temps restant pour l'amendement,
je vous donne...
Président (M. Cousineau) : Oui. Pour M. le député de Saint-Jean, il vous reste 1 min 30 s; M. le député de Drummond—Bois-Francs, vous avez 10 min 5 s; Mme la députée de Gouin,
c'est terminé pour vous; et puis, évidemment, il y a 20 minutes pour le député de Rimouski.
Alors, à qui la
parole? Oui. M. le député de Saint-Jean.
Turcotte : Bien, je vous remercie, M. le Président. Je veux juste en profiter pour reprendre un peu
les derniers propos du ministre
lorsque, bon, il fait référence à la contrepartie. On a déposé... J'ai déposé
un amendement qui aurait pu justement montrer la volonté
du ministre d'aller dans ce sens-là : de faire en sorte que le ministre et
le gouvernement prennent l'obligation d'offrir les services à la population.
Quand
on voit, là, dans les reportages de Radio-Canada, actuellement, là : Lorsqu'un
organisme d'aide est au bord
du précipice , un organisme qui
aide des gens, là, qui ont des dépendances, des troubles de santé mentale, qui
sont sur le bord d'être obligés de
fermer leurs portes parce qu'ils n'ont plus les ressources financières pour
respecter leur mission... Mais ça,
c'est des gens, là, qui reçoivent de l'aide. Dans la case, là, habiletés
sociales du programme, là, que le ministre nous a déposé, Développement
des habiletés sociales, c'est un peu de ça qu'on parle.
Donc,
moi, j'entends le ministre qui nous dit : Oui, pour les nouveaux
demandeurs, ils vont être obligés d'embarquer dans le programme. Mais, quand c'est le gouvernement qui doit offrir des
services, de l'accompagnement personnalisé, là, pour les gens, là il n'y en a pas, d'obligation de les offrir, les
services, et c'est à géométrie variable. Donc, la contrepartie, moi, je crois que, si le ministre veut qu'on le
croie, je crois qu'il aurait dû accepter notre amendement. Ou il est encore
temps pour lui de déposer un amendement qui
dit que le gouvernement prend l'engagement et l'obligation d'offrir les
services à la population.
Président (M. Cousineau) : Merci, M. le député de Saint-Jean.
Alors, est-ce qu'il y a d'autres interventions sur l'amendement de
madame... Oui. Monsieur... Excusez-moi. M. le ministre.
Blais : Juste pour un élément, là, parce que le collègue m'interpelle,
là. Donc, j'étais en désaccord avec son amendement, disons, pas sur le fond, mais sur la forme, parce que la
proposition était redondante. La formulation que nous utilisons très clairement crée des engagements au gouvernement. Ça
a été encore réaffirmé hier. C'est pour ça qu'on ne jugeait pas à propos
de la changer inutilement.
Président (M. Cousineau) : Merci, M. le ministre. Alors, M. le
député de Rimouski, vous avez 20 minutes.
LeBel : Oui. Merci, M. le Président. Mon collègue a parlé des
organismes en Gaspésie, et le ministre parlait de sa visite à Rimouski lundi, ça fait que j'ai juste le goût de lui
conter un peu ma journée de lundi. Bon, je parlais que j'ai rencontré Mgr Grondin. On a fait un peu le tour de...
on a parlé beaucoup de la pauvreté, de la lutte à la pauvreté. Puis, dans la région, vous savez comment l'archevêché,
ils sont souvent impliqués au niveau des comptoirs alimentaires, puis
tout ça. On a fait un bon tour d'horizon. Et j'ai rencontré aussi des gens de
l'UQAR, les retraités de l'UQAR.
Tu sais, le
ministre travaille sur un projet de loi où on vise les personnes, mais il y a
quand même un contexte autour, puis
le contexte est difficile de ce temps-ci. Quand les retraités de l'UQAR... il y
a beaucoup de pauvreté aussi chez les aînés.
Toujours, on essaie de travailler pour les soutenir puis pour soutenir les...
Tu sais, souvent, on fait ça, soutenir les aînés, là, briser un peu l'isolement, bien, c'est souvent
par des actions, des activités. Des activités, tu sais, on parle de villes et
villages amis des aînés, il y a plein
d'activités comme ça pour permettre aux aînés de sortir de leur isolement,
souvent parce qu'ils sont tout seuls, pas beaucoup de revenus.
Bien là,
actuellement, avec la fin des CRE, il y avait des ententes, il y avait des
enveloppes qui étaient données, dans
les régions, pour soutenir des activités avec les tables régionales d'aînés.
Bien, ces fonds-là n'existent plus avec la fin des CRE, et les programmes sont tous centralisés à Québec. Ça fait que
là on fait des appels d'offres, et les fonctionnaires, à Québec, étudient les projets qui rentrent, sans
vraiment savoir où ça s'intègre dans la région et est-ce que ça répond à la
région. Bref, beaucoup d'activités qui étaient dirigées auprès des aînés, entre
autres certains qui vivent la pauvreté, bien, ces activités-là ne sont plus soutenues. Et ça, ça faisait partie,
là, de la vision d'améliorer ou de soutenir notre monde dans nos communautés.
Maintenant,
si je parle des aînés, là, ce que les gens me disaient, là, c'est que toutes
les décisions sont centralisées sur
le bureau de la ministre, et on se demande par quel... si c'est tiré au hasard
ou je ne sais pas trop quoi, comment ça fonctionne pour avoir du soutien. La centralisation à outrance, comme
disait le ministre des Transports : C'est icitte que ça se passe, c'est à Québec que ça se passe, c'est
icitte que ça se passe. Pourtant, quand on prenait des décisions en région,
entre autres la... Je parle juste de la
table des aînés. Il y avait des initiatives le fun, des initiatives qui
permettaient aux aînés de briser l'isolement. Puis ça, quand on parle de
ça, c'est la pauvreté.
Après ça,
j'ai rencontré des gens de COSMOSS... je ne sais pas si le ministre a déjà
entendu... dans le Bas-Saint-Laurent. Il
y a les gens de COSMOSS qui interviennent pour les enfants... bien, les 0-30
ans, pour avoir une meilleure qualité de vie, des meilleures attitudes de vie. Et c'est sur la santé, ils travaillent
sur plein d'aspects. Bien, eux autres, ce qu'ils me disaient, c'est qu'ils perdent des gens parce qu'avant les CPE avaient un peu de temps pour s'impliquer pour
essayer de détecter des enfants de familles qui vivaient la pauvreté.
Ils avaient le temps de détecter puis ils avaient le temps d'intégrer des problématiques dans les tables de
concertation autour du projet COSMOSS Bas-Saint-Laurent. Bien là, les CPE, vous savez ce qu'ils vivent, bien, ils n'ont
plus le temps de faire ça, ils sont débordés pour essayer de trouver des façons
de financer leurs centres. Et ils s'étaient donné un genre de groupe régional,
que le ministère soutenait, mais que le ministère a décidé d'arrêter de
soutenir.
Ça fait qu'il
y avait une table régionale qui représentait les CPE, qui pouvait leur
permettre de travailler, dans des concertations avec des groupes comme
COSMOSS, pour des activités pour aider les jeunes à se sortir de la pauvreté ou détecter les familles qui sont en difficulté.
Bien là, les gens de COSMOSS venaient me dire : Bien, on aimerait bien
travailler là-dedans, mais les directrices
dans les CPE sont débordées, elles ne peuvent plus venir à nos rencontres. On
peut comprendre ça. Puis le groupe régional,
bien, il n'a plus de financement, ils sont tout seuls. Puis c'est la dernière
année, il n'y aura plus un cent, ça fait
qu'ils ne pourront plus participer à nos affaires. Ça fait que là on est en
train de perdre encore une expertise
qui pouvait peut-être permettre à... qui ne pouvait pas peut-être, mais qui
permettait de lutter contre la pauvreté puis l'exclusion.
Après ça, je
rencontre des gens de la ressource. Ça, c'est un groupe qui intervient auprès
des personnes handicapées, Bas-Saint-Laurent—Gaspésie. Bien, eux autres, la même chose, ils
viennent demander... Parce que c'est grand, la région, là,
Bas-Saint-Laurent—Gaspésie,
là. De La Pocatière jusqu'aux Îles-de-la-Madeleine, là, c'est... Bon, eux
autres, ils interviennent auprès des
personnes handicapées, ils se financent par des téléthons, par toutes sortes
d'activités. Et là ils demandaient un
genre d'ajustement de leur financement parce qu'ils n'arrivent plus, il y a
beaucoup de demandes des personnes
handicapées. Encore là, souvent, les personnes handicapées, on le sait, c'est
l'isolement et, si on ne veut pas échapper personne, bien, ce groupe-là,
même chose, complètement désorganisé, si... Il y avait des bureaux à Matane, il y avait des bureaux à Rivière-du-Loup, il y
avait des bureaux à Gaspé, là ils vont tout fermer ça, ils vont essayer de tout
centraliser ça à Rimouski, essayer de sauver
des sous, mais, en bout de ligne, là, c'est des personnes qui n'auront pas les
services.
Ensuite, je
suis allé à l'activité pour lutter contre les préjugés. Ça fait que ça, c'est
des exemples, mais il y en a plein, d'exemples
comme ça, où on voit que, dans la communauté, ils sont déstabilisés, depuis un
an, avec l'abolition de certaines structures de concertation qui
permettaient de soutenir des projets. Avec la fin de ces structures-là, bien,
les gens sont démobilisés,
ils sont inquiets, ils sont à bout de souffle. Les aînés, les groupes de
femmes, c'est la même chose. Les centres de la petite enfance, différentes organisations comme ça qui venaient
comme lutter contre la pauvreté, qui venaient améliorer notre communauté, rendre une communauté plus
consciente de la pauvreté puis des actions qui pouvaient être faites...
Là, je pense aussi à d'autres groupes comme
Je raccroche, qui luttaient contre le décrochage scolaire, qui, à chaque année,
sont toujours en train de recommencer à sauver les meubles.
Moi,
quand on ne prend pas le temps de parler de cette situation-là, quand on ne
prend pas le temps de regarder ce... pour
faire une vraie photographie de ce qui se passe, ce que nos groupes
communautaires vivent... Dans le logement, c'est la même affaire : le logement social, là, avec AccèsLogis, c'est la
même chose, on est en train d'échapper plein de monde. Il me semble qu'on devrait prendre le temps de
regarder ça avant de se dire : Bien là, on va aller voir, là, pour aider
la personne qui veut s'en sortir, là,
ou qui ne veut pas s'en sortir, mais qu'on va l'aider à s'en sortir, puis... Je
trouve, comme je disais tantôt, on y va pointu, sans prendre le temps de
regarder le contexte plus large.
Puis
on ne peut pas faire comme si ça n'existait pas, s'il n'y avait pas un genre
de... On l'a vu, dans les articles, là, en Gaspésie, mais on le voit,
tous les députés le savent, là, vous autres comme nous autres, là, dans nos
bureaux de comté, on reçoit plein de monde,
là, de groupes communautaires qui sont débordés. Moi, c'est un peu un cri du
coeur, là, je ne sais pas trop, mais je suis un peu fatigué de voir ces
groupes-là venir dans mon bureau puis ne pas être capable de leur répondre, tu sais, leur dire : Non,
il n'y en a plus, il n'y a plus rien, il n'y a plus de programme, il n'y a
plus... Puis ça, je ne sais pas par
où prendre ça, je vais écrire une lettre au ministre... J'écris une lettre au
ministre, il n'y a pas de...
y a une situation difficile qu'on vit, que les groupes vivent, puis ça, ça a
des répercussions sur les gens qui vivent la pauvreté, entre autres. Puis il me semble qu'on devrait se préoccuper
de ça avant de commencer à se virer de bord puis aller voir... Il faut faire
les deux, il faut travailler avec la personne. Mais il me semble qu'on devrait être capables de se préoccuper de ce qui se passe
autour de nous autres. On est en train d'échapper beaucoup de monde. Puis vous
ne réussirez pas à aller les chercher par ce programme-là, vous ne réussirez
pas à aller chercher tout le monde. On va en échapper, parce que les groupes
communautaires, les interventions faites dans nos communautés par différentes
organisations, comme je dis, aînés, femmes, tout le monde, bien, ça permettait
à des gens d'échapper à la trappe de la pauvreté.
Mais là on fait comme si ça n'existait pas, on fait comme si c'était comme il y
a deux, trois ans, là, qu'il n'y a pas
eu de changement, mais il y en a. La fin des CRE a donné un gros coup, puis la
fin de beaucoup de programmes, en habitation, entre autres,
ça a donné des coups.
fin de l'aide qu'on donnait dans nos communautés rurales, toute la Politique
nationale de la ruralité, ça faisait travailler du monde dans nos communautés
rurales. On a arrêté tout ça. Bien, ça engendre des conséquences. Puis ça a des
conséquences sur des individus que vous
allez essayer de rattraper en leur disant : Bien, si tu embarques, là, on
va t'aider, mais, si tu n'embarques
pas, bien, tu es dans le trouble. Il
me semble qu'on aurait dû, en tout cas, avoir un vrai portrait de la situation de ce qui se passe dans
nos régions.
Dans
tous les cas, si on revient... on m'en montre, là, il y a plein... des coupures
qu'il y a dans les régions un peu partout,
là, en Gaspésie, on le voit, là, l'impact, dans... Les CLD ont
travaillé avec du monde... tout le changement avec l'agence régionale de la santé, ça a eu des
impacts aussi. Je ne sais pas, mais comme si on est en train de travailler pour
essayer de dire : On va faire une loi pour aider des gens à se sortir de
la pauvreté sans se préoccuper ou faire comme s'il
n'y avait pas eu de changement dans nos communautés. Il y en a eu plein, M. le ministre, et il y a eu plein de monde, plein de groupes qui ont été
abandonnés puis qu'en bout de ligne c'est des individus qui sont abandonnés.
Ce n'est pas normal,
là, qu'on est obligés de, deux ou trois fois par année, faire des levées de
fonds pour les comptoirs alimentaires. Ce n'est pas normal qu'on... Là, tout le
monde aide, tout le monde fait quelque chose; bien, ce n'est pas un projet de société, ça, de soutenir des comptoirs alimentaires. Il
me semble qu'on devrait avoir une vision plus large. Mais là on est
pointus, pointus, pointus, en mettant toute la responsabilité sur l'individu.
Vous
avez raison quand vous dites que c'est partagé, chacun... des responsabilités, mais l'État a une responsabilité
aussi, une grande responsabilité. Puis je ne suis pas sûr que l'État prend ses responsabilités actuellement. Je suis loin d'être certain. Puis, comme parlementaire,
moi, pour avoir vécu... je n'étais pas parlementaire, là, j'étais chef de
cabinet à l'époque... mais, pour avoir vécu
tout ce qui avait été fait sur la
loi sur la pauvreté, je regrette ce temps-là.
Tu sais, il me semble qu'on serait
capables, ensemble, de tout faire ça, prendre le temps de s'arrêter
puis de regarder ce qui se passe. Pourquoi on échappe autant de monde? Pourquoi
qu'il y a des jeunes qui décrochent quand on coupe dans les commissions scolaires puis il n'y a plus de
ressource dans les écoles? Les enseignants sont débordés. On perd du monde.
Bien, ce monde-là, il se ramasse où, vous pensez? C'est ce monde-là, là, que
vous allez essayer de rattraper, là?
fait qu'il me semble que ç'aurait été le temps d'avoir une vision plus
large, plus claire, plus honnête de ce qui se passe, qu'on aurait pu faire ça d'une façon transpartisane, sans se dire : Bien, vous
n'avez pas fait ci, vous n'avez pas fait ça. Il me semble qu'on aurait été capables de s'arrêter puis de penser à ça,
là. C'était ça, mon voeu, mais là on est embarqués dans un projet de loi
qui ne se donne pas cette vision-là puis je trouve ça malheureux.
Le Président (M.
Cousineau) : Merci, M. le député de Rimouski. Voulez-vous
réagir, M. le ministre?
Blais : On est très, très loin de l'amendement, là. On est à quelques
années-lumière. Peut-être rappeler, là, au collègue, là, qu'il y aura un plan de lutte qui va être déposé le
printemps prochain. Il faut agir sur plusieurs fronts. Il a tout à fait raison, je ne dirai jamais le contraire. Il
faut aussi avoir une efficacité : même dans la lutte contre la pauvreté,
il y a des mesures qui sont plus
efficaces puis il y a des mesures qui sont moins efficaces. D'abord, il va
comprendre ça avec moi, puis il ne faut pas simplement faire plein de
choses, mais il faut faire des choses qui sont efficaces.
Le Président (M. Cousineau) :
Merci, M. le ministre. Est-ce qu'il y a d'autres réactions? Alors donc, est-ce
que l'amendement est adopté? M. le député de Saint-Jean?
Turcotte :
M. le Président, j'aimerais qu'on procède au vote par appel nominal, s'il vous
plaît.
Président (M. Cousineau) : Oui. Donc, je relis
l'amendement : Ajouter, à la fin de l'article 83.1, tel qu'amendé,
proposé par l'article 28, l'alinéa suivant :
«Aucune
disposition du présent
chapitre ne peut avoir pour effet de diminuer le revenu
d'une famille sous le niveau de la prestation de base reconnue à
l'article 56 du Règlement sur l'aide aux personnes et aux familles.»
La Secrétaire :
M. Turcotte (Saint-Jean)?
Turcotte :
Pour.
La Secrétaire :
M. LeBel (Rimouski)?
La Secrétaire :
M. Schneeberger (Drummond—Bois-Francs)?
Schneeberger :
Contre.
La Secrétaire :
M. Blais (Charlesbourg)?
La Secrétaire :
M. Hardy (Saint-François)?
La Secrétaire :
Mme Sauvé (Fabre)?
La Secrétaire :
Mme Simard (Charlevoix—Côte-de-Beaupré)?
La Secrétaire :
M. Polo (Laval-des-Rapides)?
La Secrétaire :
M. Poëti (Marguerite-Bourgeoys)?
Le Président (M.
Cousineau) : Je m'abstiens.
La Secrétaire :
C'est rejeté.
Le Président (M.
Cousineau) : Avant de revenir à l'article 83.1, je reviens un
peu sur les derniers propos du ministre.
Lorsqu'on dépose un sous-amendement ou un amendement, il faut essayer de se
centrer sur ce qu'on dépose dans la
discussion. Parce que, là, ma grande générosité... puis je crois que c'est le
cas aussi de beaucoup de présidents et de présidentes, lorsque les discussions
se font bien, on permet une discussion assez large, mais n'oubliez pas qu'on
discute sur un amendement ou un
sous-amendement. Donc, il faut se ramener, de temps en temps, à ce qui est sur
la table. Alors, voilà.
Nous
revenons donc à l'article 83.1, et puis je vous donne le temps restant — parce qu'il y avait des gens qui avaient
commencé à discuter sur l'ensemble du 83.1 : M. le député de Saint-Jean,
il vous restait 3 min 60 s; M. le député de Drummond—Bois-Francs, 14 min 45 s; Mme la
députée de Gouin, vous avez 19 min 30 s; et puis évidemment, M.
le député de Rimouski, vous avez 20 minutes sur le 83.1.
Alors, qui ouvre la
discussion? M. le député de Saint-Jean.
Turcotte :
Merci, M. le Président. J'aimerais déposer un amendement. Ajouter, après le
premier alinéa :
«Aucune
disposition du présent
chapitre ne peut aller à l'encontre de l'objectif de
renforcement du filet de sécurité sociale et économique tel qu'énoncé à
l'article 9 de la Loi visant à lutter contre la pauvreté et l'exclusion
sociale.»
Le Président (M.
Cousineau) : Merci, M. le député de Saint-Jean.
Alors, je suspends quelques instants, le temps
de faire des copies de l'amendement.
(Suspension de la séance à 11 h 57)
Le Président
(M. Cousineau) : Alors, nous reprenons nos travaux. Donc, nous
avons un amendement qui est déposé, à l'article 83.1, par M. le député
Saint-Jean. Alors, à vous la parole, M. le député de Saint-Jean.
Turcotte :
Merci, M. le Président. Donc, l'amendement que je dépose actuellement, qui se
lit comme suit :
«Aucune
disposition du présent
chapitre ne peut aller à l'encontre de l'objectif de
renforcement du filet de sécurité sociale et économique tel qu'énoncé à
l'article 9 de la Loi visant à lutter contre la pauvreté et l'exclusion
sociale.»
Si on se réfère à l'article 9 de la Loi visant à
lutter contre la pauvreté et l'exclusion sociale, l'article 9 se lit comme
suit :
«9. Les actions liées au renforcement du filet
de sécurité sociale et économique doivent notamment viser à :
«1° rehausser
le revenu accordé aux personnes et aux familles en situation de pauvreté, en
tenant compte notamment de leur situation particulière et des ressources
dont elles disposent pour couvrir leurs besoins essentiels;
«2° favoriser
le maintien ou l'intégration en emploi des travailleurs à faibles revenus,
notamment par des suppléments à leurs revenus de travail;
«3° rendre
accessibles des services en matière de santé, de services sociaux et
d'éducation qui soient adaptés aux besoins spécifiques des personnes en
situation de pauvreté ou d'exclusion sociale;
«4° favoriser,
pour les personnes et les familles en situation de pauvreté, l'accès, en toute
dignité, à un approvisionnement alimentaire
suffisant et nutritif, à un coût raisonnable, de même qu'à une information
simple et fiable qui leur permette de faire des choix alimentaires
éclairés;
«5° favoriser l'accès à un logement
décent à un prix abordable par des mesures d'aide au logement ou par le développement du logement social, de même que par
le renforcement du soutien communautaire aux personnes plus démunies
socialement, dont les sans-abri.»
M. le
Président, l'article 9 fait
partie de la
loi sur la pauvreté et l'exclusion
sociale, loi qui a été adoptée à l'Assemblée nationale, pas par cette
législature-ci, bien entendu, mais par une législature précédente. Tous les
partis politiques à l'époque ont voté pour.
Je comprends que, bon, dans certains cas, c'est des nouveaux partis politiques,
mais, quand même, l'esprit était là.
Comme mon collègue l'a dit précédemment, il vient de le mentionner, notre
collègue de Rimouski... notre
collègue députée de Gouin qui, elle, était aux premières loges, là, à la
Fédération des femmes du Québec à ce
moment-là, mon collègue de Rimouski, je crois aussi qu'il n'était pas très
loin, là, dans les cabinets de ministres, etc., donc on a, ici, des
acteurs privilégiés, le ministre ne devait pas être très loin aussi, là,
dans...
Turcotte :
Pardonnez-moi?
Turcotte : Ah! bon.
Il était quand même là, dans l'actualité, si on peut dire.
Moi, je crois que — on l'a dit hier — l'article
83.1 est, à nos yeux, l'article fondateur — on le mentionne souvent, là — du programme Objectif emploi, qui donne
l'orientation, qu'est-ce que c'est, le programme Objectif emploi. Parce que le programme Objectif emploi, ça fait
deux budgets qu'on en parle, mais, à un moment donné, il faut le concrétiser,
et la concrétisation de ce programme-là, c'est dans un projet de loi, et là
c'est ce qu'on étudie.
Donc, nous,
ce qu'on dit, au même
titre qu'on l'a mentionné hier, là, pour un autre
article
faisant référence à la loi... je pense, l'article 15, si je me souviens
bien... on considère important, dans l'article fondateur, de donner quelques orientations au programme parce que beaucoup
d'éléments du programme Objectif emploi sont décidés ou décrétés par règlement... déterminés par règlement. Et le
règlement, on en a fait un long débat sur ça, sur le règlement précédemment,
et on en est venus à la conclusion,
réciproquement, que, même si nous connaissons les intentions réglementaires,
même si le ministre connaît ces
intentions puis, bon, a la voix au
chapitre au Conseil des ministres, il n'est
pas exclu que le Conseil des
ministres peut décider d'aller dans une autre direction ou d'être plus
drastique, moins drastique, mais aussi un autre ministre, un autre gouvernement, peut passer par la suite
et changer le règlement.
Donc, on se
dit : Si c'est dans la loi, les principes de base... autant, hier,
l'article que nous avons déposé, l'amendement
concernant l'article, et là, aujourd'hui, ce que nous faisons, c'est qu'on donne des
balises, en disant au gouvernement, quel qu'il soit, peu importe le parti politique...
de dire : On ne veut pas aller en bas de ça ou on veut aller vers ça. Et là, dans le cas qui nous occupe, bien,
on dit qu'aucune disposition du programme Objectif emploi ne peut aller à l'encontre de l'objectif
du renforcement du filet de sécurité sociale et économique.
Dans
l'article 9, comme on fait référence dans l'amendement, on mentionne — le premier picot : «1° rehausser le
revenu accordé aux personnes et aux familles en situation de pauvreté, en
tenant compte notamment de leur situation particulière et des ressources dont elles
disposent pour couvrir leurs besoins essentiels.» Moi, quand je lis ça, je vois
le mot «rehausser», «revenu», «situation de pauvreté», etc. Donc, l'objectif,
le but, l'orientation, la vision de la
loi sur la pauvreté et l'exclusion
sociale, dans l'article 9, c'est de rehausser le revenu des personnes, ce n'est
pas de le diminuer.
Donc, nous, on
considère que les propositions du ministre, notamment les sanctions, ne vont
pas dans cette orientation-là. Et je sais ce
que le ministre va me répondre — je suppose, là — il va me dire : Je comprends que
l'opposition officielle s'oppose aux
sanctions, je considère que ça tourne en rond. Il a même dit qu'on tournait à
vide, hier, puis tout ça, j'ai tout compris ça. Et, après quelques fois,
on vient qu'à comprendre assez vite, hein?
Mais,
je me dis, justement, quand on répète, ça a une vertu pédagogique. Ancien
professeur d'université, le ministre...
Turcotte :
Pardonnez-moi?
M. Blais :
Je l'ai dit souvent, honnêtement.
Turcotte : Effectivement, le ministre l'a mentionné souvent.
Donc, notre façon, comme membres de l'opposition, qu'elle soit officielle, deuxième opposition ou
notre amie la collègue députée de Gouin, nous avons une responsabilité ici, à l'Assemblée nationale, de tenter, tenter,
hein... Nous voulons améliorer le projet de loi et, pour nous, le projet de
loi, à sa lumière, tant et aussi
longtemps qu'il y a le spectre des sanctions, nous pose problème. Donc, par cet
amendement-ci, nous disons : Il
peut y avoir des sanctions, à la rigueur, mais dans l'optique où ça ne va pas à
l'encontre du rehaussement du revenu accordé aux personnes et aux
familles en situation de pauvreté.
Parce
que des sanctions... il peut y avoir des sanctions autres que monétaires, à la
rigueur, là, hein? Le ministre peut
essayer de trouver une solution pour... Parce que c'était ça, sa grande
angoisse, là, que j'ai entendue, là, lors de la consultation particulière, même si elle n'était pas générale, là, quand
les groupes, là, étaient ici, là, hein, au micro à cette table-là, là, dans le milieu, là, bien, il
disait : Je vous entends. Certains groupes disaient : Nous sommes
contre l'obligation. Ça, ça réglait
la question. Certains groupes disaient : On est pour l'obligation, mais
contre les sanctions. Et le ministre disait :
Oui, mais comment on peut obliger quelqu'un s'il n'y a pas une sanction? Donc,
ça ne devient plus une obligation. Mais
là, ça, le ministre peut tenter de trouver une solution. Des fois — puis on l'a vu par le passé — par d'autres programmes, on considère que l'approche plus positive, parce
que, là, c'est un peu une approche... le bâton puis la carotte, là, donc c'est
pas mal le bâton... donc, des fois, une
approche plus positive peut permettre d'améliorer les choses, surtout que le
ministre l'a mentionné, en quelque
sorte, lui-même... J'avais retrouvé ça dans mes notes, là. Je n'ai pas cette
feuille-là, mais il a dit, hier... et
ça, ça m'a frappé. Ça m'a frappé, quand, hier soir, en terminant la commission,
ça m'est revenu que le ministre a
mentionné ça — et on
pourrait le lire dans les galées s'il
le faut, mais le ministre a mentionné : C'est sûr que, quand les gens font le choix eux-mêmes, c'est plus
facile. Il a dit ça. Il a dit ça : Quand les gens font le choix eux-mêmes,
c'est plus facile.
Donc,
moi, je comprends qu'au fond de lui, le ministre, il comprend notre
argumentaire, puis il l'entend, mais là
il y a une obligation pour lui d'essayer de trouver, là, une façon de
sanctionner les gens pour maintenir son obligation. Parce qu'il
l'a promis : il a dit, dans les médias, qu'il allait y avoir l'obligation. Donc là, il faut qu'il trouve une
solution pour maintenir l'obligation,
puis, pour ça, bien, c'est les sanctions, c'est ce qui paraît le plus facile. Mais moi, je crois qu'il y a d'autres
solutions, il y a d'autres solutions.
Puis,
si on va au fond de la question, M. le
Président, parce que c'est de ça
qu'il est question : Comment on peut faire pour aider les gens
à se sortir de la pauvreté? Le ministre nous a dit : Oui, par la
recherche intensive en emploi. Mais lui, il
a voulu ajouter la question de la formation et acquisition de compétences et le développement des habiletés sociales. Mais moi, quand je vois les trois blocs
qui sont présentés, qui... très intéressants, là, on l'a mentionné que le programme
Objectif emploi n'est pas que mauvais, là, c'est, bon, le bout de l'obligation
puis les sanctions qui posent problème, mais
le programme en soi est très bien... quand je lis ces trois blocs-là, que je vois ces
trois blocs-là, je reconnais beaucoup l'article 9.
Premièrement, bon, la question du revenu. Quand on voit le deuxième, bon,
«favoriser le maintien ou l'intégration en emploi des travailleurs à faibles revenus, notamment
par des suppléments à leurs revenus de travail», moi, je reconnais beaucoup
d'éléments là-dedans, parce que c'est le but, hein, de l'intégration en emploi; et
il y a des suppléments, effectivement.
Après ça, on parle de... ici, là, on
parle de «rendre accessibles des services en matière de santé, [et] services sociaux
et d'éducation qui soient adaptés aux besoins spécifiques des
personnes en situation de pauvreté ou d'exclusion sociale». Ça, c'est
l'article 9.
Je revois le bout sur
le bloc 7 : Formation et acquisition de compétences; puis il y a des
éléments du bloc 8 : Développement des habiletés sociales... Quand on voit des gens, là, qui ont des
dépendances ou des problèmes, dépression, peu importe, qui auraient besoin d'aide particulière... La collègue, hier — députée
de Gouin — mentionnait
que, bon, c'était difficile d'avoir
accès à un psychologue, là, si, bon, on n'a pas les moyens de se payer un
psychologue, d'attendre au CLSC. Moi,
j'ai quelques citoyens effectivement qui m'ont sensibilisé à cette question-là :
ils appellent au CLSC, ils vont au
CLSC, ils sont sur la liste d'attente, ça prend des semaines, des mois... c'est
plus des mois que des semaines avant d'avoir un rendez-vous avec le
psychologue. Moi, je vois des éléments du point 9, là, qui vont dans le sens du
programme... l'article 9, plutôt.
Quand
je vois «favoriser, pour les personnes et les familles en situation
de pauvreté, l'accès, en toute dignité, à un approvisionnement alimentaire
suffisant et nutritif à un coût raisonnable, de même qu'à une information simple et fiable qui leur permette de faire des choix
alimentaires éclairés», bien moi, ça me rappelle la discussion que j'ai eue
hier.
La discussion que j'ai eue hier, bien,
qui n'était pas vraiment une discussion, là, dans ce cas-là, c'était plus
un monologue, là, parce que
c'était pas mal moi qui parlais, mais où je reprenais des témoignages des gens de
Mauricie et du Centre-du-Québec qui nous ont rappelé certains cas où les gens
avaient, bon, le diabète, cholestérol, problèmes de santé, qui fait en sorte qu'ils doivent avoir une diète
particulière... Et on le sait, là, le prix des aliments augmente de plus en
plus. On le voit, là, dans... de tous
ordres. Et là, quand des gens ont une maladie, ont une situation
de santé particulière, bien entendu,
leur épicerie coûte plus cher, il faut en tenir compte. Puis souvent, malheureusement, c'est souvent les cochonneries, hein, qui coûtent moins cher, mais les bons aliments coûtent toujours
plus cher, et souvent les bons aliments, bien, c'est souvent ce qu'on
retrouve moins dans les comptoirs alimentaires parce que, bon, les banques
alimentaires sont aussi beaucoup dépendantes des dons, des dons que les épiciers,
que les supermarchés, que les citoyens donnent. Donc, souvent, c'est des aliments qui sont sur le point, là,
d'être périmés, ou autre. Donc, souvent, là, les denrées périssables, bon,
c'est plus difficile à conserver. Donc, moi, je vois qu'il y a
beaucoup d'éléments de l'article 9 de la
loi sur la
pauvreté et l'exclusion sociale qui
se retrouvent dans les principes du programme Objectif emploi, à l'exception d'un point qui nous apparaît, nous, non négociable, la question
de l'obligation et les sanctions, qu'on voit que ça pourrait être
remis en question.
Donc,
sur ça, M. le Président, j'aimerais peut-être entendre, de la part
du ministre, ses intentions sur l'amendement
que j'ai déposé, voir s'il est d'accord
pour intégrer cet élément-là dans le projet
de loi, et sinon, bien, les raisons
qui le poussent à ne pas être favorable à notre amendement.
Le Président (M.
Cousineau) : M. le ministre.
Blais : Il y a
deux difficultés avec la proposition qui est faite par le collègue député de
Saint-Jean. Tout
d'abord, le premier
article de la
Loi sur l'aide aux
personnes et aux familles est très clair, hein? Cette loi-là, elle se fait
«dans le cadre des principes et
orientations énoncés à la Loi visant à lutter contre la pauvreté et l'exclusion
sociale». Objectif emploi est une
portion de cette
Loi sur l'aide aux personnes et aux familles, donc respecte l'article
1, là. Ça, c'est première chose.
Deuxième
chose, c'est possible que le collègue peut donner une autre signification à son
amendement. Je pense que c'est le cas, de donner une forme de statut,
là, hiérarchique à la loi-cadre... un
statut juridique, pardon, et une hiérarchie par rapport aux autres lois sociales, parce que la loi-cadre touche
l'ensemble des lois sociales et qui peut avoir une influence sur les conditions de vie des personnes, notamment
les personnes plus démunies. Et ce statut-là n'existe pas : la loi-cadre
demeure une loi-cadre qui vient, disons,
encadrer, aligner le gouvernement, là, sur ses orientations, mais la loi-cadre
n'est pas une référence juridique,
j'insiste, là, n'est pas une référence juridique à laquelle on peut faire appel
pour battre en brèche une disposition
ou une décision, là, du gouvernement. On peut toujours l'utiliser pour en
discuter, c'est ce qui est fait, là, en
ce moment, mais on ne mettra pas, dans la loi, un élément qui ferait en sorte
de donner à cette loi un statut qu'elle n'a pas.
Le Président (M.
Cousineau) : Merci, M. le ministre. M. le député de Saint-Jean.
Turcotte :
Bien, je ne sais pas s'il y a d'autres collègues qui aimeraient intervenir.
Président (M. Cousineau) : Oui? On peut passer la parole à
d'autres collègues, évidemment. Par alternance, je passe à la deuxième
opposition. M. le député de Drummond—Bois-Francs, est-ce que...
Schneeberger :
Ça va.
Le Président (M.
Cousineau) : Ça va pour vous? Merci. Alors, M. le... Excusez!
Mme la députée de Gouin.
David (Gouin) : Merci, M. le Président. Moi, je vais, bien sûr,
appuyer l'amendement du collègue le député de Saint-Jean. Je comprends très bien ce que le ministre vient de dire,
que la loi-cadre visant à lutter contre la pauvreté et l'exclusion n'a
pas un statut juridique, et moi, j'ajouterais, disons, comparable à celui de la
Charte des droits et libertés de la
personne, par exemple, je pense que tout le monde aura compris ça. Cependant,
il me semble que, lorsqu'on adopte
une loi-cadre... bien, en fait, le ministre le dit lui-même, hein, c'est qu'on
adopte une vision, une orientation, et je pense que c'est comme ça que ça a été compris en 2002, et cette vision
et cette orientation doivent guider l'ensemble de l'action gouvernementale
en matière de lutte à la pauvreté.
Donc,
de réaffirmer qu'aucune disposition du présent
chapitre ne puisse aller à
l'encontre de l'objectif du renforcement du filet de sécurité sociale et
économique, bon, tel que prévu à l'article 9 de la loi, me paraît tout à fait raisonnable et me paraît conforme à l'esprit sinon
la lettre de cette loi adoptée en 2002. À moins qu'on décide que non seulement cette loi-cadre n'a pas de statut
juridique particulier, mais qu'au fond elle n'a plus beaucoup d'importance,
14 ans plus tard. Oui, on l'a adoptée, mais,
dans le fond, on ne s'en inspire plus. Bien, si c'est ça, il va falloir le
dire, mais ce n'est pas ça que j'ai
entendu jusqu'à présent. Jusqu'à présent, personne n'a prétendu que cette loi
de 2002 n'était pas importante dans, je dirais, la conception de tous
les paramètres, là, qui doivent nous guider dans la lutte à la pauvreté.
J'irais
plus loin. Bien sûr, on discute du projet de loi n° 70, on discute
particulièrement du programme Objectif emploi,
mais, à un moment donné, il faut faire des liens aussi, là. Le collègue député
de Rimouski parlait de sa journée de lundi à Rimouski. Moi, je n'étais
pas à Rimouski lundi, donc je ne parlerai pas de ça, mais moi, je vais vous
parler de quelque chose qui est lié directement à l'atteinte de résultat dans
le programme Objectif emploi. C'est comment on compte sur bon nombre d'organismes pour aider les gens, les accompagner,
les soutenir dans une recherche d'emploi et non seulement dans une
recherche d'emploi, mais dans le renforcement de leurs habiletés.
Et là il y a
vraiment un paradoxe, M. le Président, puis c'est pour ça que l'amendement du
collègue est important. Le paradoxe,
c'est le suivant. Pendant qu'on est en train de dire, ici, que, par exemple, on
veut permettre à des gens de renforcer leurs habiletés sociales dans un but
éventuel d'insertion à l'emploi, on ne donne pas aux organismes qui ont mission d'aider les personnes... et moi, je parle des
contextes, là, de préemployabilité... on ne leur donne pas les moyens
d'agir.
Alors,
en revenant de cette commission hier soir, j'ai, encore une fois, écouté les
nouvelles et j'ai, encore une fois, vu
un reportage tout à fait remarquable, mais déprimant, qui nous expliquait qu'en
Gaspésie — on n'est
pas loin de la circonscription de mon
collègue de Rimouski — bien là, il y a des organismes, là, qui ne veulent que ça, aider
des gens, et ils sont coupés. Des
gens avec des problèmes de dépendance à l'alcool, par exemple, mais là ils vont
être obligés de fermer quatre mois, à
partir de septembre, parce qu'ils n'ont pas assez d'argent pour accueillir les
gens, les mêmes gens que nous voulons
aider avec le projet de loi n° 70. Minimalement paradoxal, là, il y a un
problème. Puis c'est pour ça, à mon avis, l'importance de l'article 9 de
la loi contre la pauvreté et l'exclusion, puis c'est pour ça l'importance du
renforcement du filet de sécurité sociale et économique.
on manque d'emploi pour les gens peu qualifiés, par exemple, qui est le cas de
beaucoup de gens à l'aide sociale, si les organismes communautaires ne
sont même plus capables de les aider alors qu'on leur confie de plus en plus de
mandats, mais de quoi on est en train de
parler, là? Le paradoxe est trop grand. Dans le même
article 9, on parle, dans
un des alinéas, de s'assurer de la sécurité
alimentaire des personnes. Dans le reportage d'hier, on voit qu'il y a une
sorte de comptoir alimentaire, là,
dans la baie des Chaleurs, je crois, qui a de la difficulté à opérer, là,
pleinement puis à organiser ses cuisines collectives, encore une fois,
faute d'argent. Vraiment, on est dans la contradiction totale.
Dans
un autre alinéa de l'article 9, on parle de fournir à toutes les personnes qui
sont dans le dénuement, là, un logement,
hein, que les gens puissent se loger, là, décemment. Alors, avant-hier, les
femmes dont ces mêmes reportages parlaient,
franchement ne vivaient pas dans des logements décents; pour certaines
d'entre elles, en tout cas, c'était lamentable.
Mais, deuxièmement, je rappelle que le gouvernement actuel a décidé de diminuer
de moitié la construction de logements sociaux chaque année, là, pour
les prochaines années. Donc, paradoxe total.
Puis, pendant ce
temps-là, comme le disait le collègue tout à l'heure, on fait reposer sur les
individus la responsabilité de s'en sortir.
Et on est d'accord que les individus ont leur part de responsabilité, ça, c'est
certain, mais assumons-nous les nôtres, comme collectivité, comme État,
comme gouvernement? Moi, je pense qu'on les assume peu et moins bien qu'avant. Moins bien qu'avant : moins de
logements sociaux qu'avant, des organismes communautaires à qui on confie de plus en plus de mandats et
qu'on indexe à peine, à peine, des services publics — ça fait
partie de l'article 9 aussi,
hein — qu'on
doit fournir aux gens vivant dans la pauvreté, des services sociaux, de santé,
d'éducation, même problème, difficulté
à rencontrer psychologues, médecins, travailleuses sociales, difficulté à avoir des
ressources pour aider les enseignants en milieu scolaire pour travailler
avec les jeunes.
Alors,
je pense qu'on ne peut pas décider à
la fois d'adopter un projet de loi qui, oui, va offrir des... enfin, qui dit qu'il va offrir des services aux personnes, mais, si j'ai bien compris, avec un grand total de 6 millions ou 5 millions — le
chiffre m'échappe, là — de
dollars de plus par année.
David (Gouin) : Cinq. Merci,
collègue. Cinq. C'est mince. C'est mince, M. le Président, là, pour remplir
l'ensemble de nos obligations
face aux gens en situation de pauvreté. En fait, ce n'est pas mince, c'est
famélique, soyons clairs. Et ce n'est
pas parce qu'il y aura 90 personnes équivalents temps complet de plus que ça, ça va
nous aider à offrir les services de santé et les services sociaux dans
l'éducation, dans le logement, soutien aux organismes communautaires. Ça, ça ne
fait pas partie, là, du 5 millions. Alors, moi, je ne sais pas ce qu'on va
faire avec tout le reste.
Donc,
je crois que nous devons soutenir vigoureusement l'amendement du collègue de
Saint-Jean. Il faut que ça soit
clair, là, que la loi qu'on veut adopter pour aider les personnes en situation
de pauvreté soit une loi qui tient compte de ce que nous dit la loi contre la pauvreté et l'exclusion et de ce
qu'elle est censée garantir aux
citoyennes et aux citoyens les plus démunis.
Le Président (M.
Cousineau) : Merci, Mme la députée de Gouin. M. le ministre,
voulez-vous réagir?
M. Blais :
Écoutez, donc, bien sûr, on a annoncé que le programme Objectif emploi allait
coûter des sommes supplémentaires, là, au gouvernement, puis on est prêts à les
investir parce qu'on y croit. Je rappelle : l'équivalent de 5 millions
par année pour ajouter 90 ETC.
C'est
difficile d'évaluer le coût des bonifications. Mais prenons un exemple simple,
là, faisons des mathématiques simples.
Si l'essentiel des primodemandeurs allait vers des mesures en éducation — en
formation, c'est bien ça — le coût du Programme d'aide sociale augmenterait de 56 millions de dollars dès
la mise en place pour la première année du programme.
cela, il faut ajouter qu'hier on a annoncé un rehaussement du financement de
l'ensemble des organismes externes avec
qui on fait affaire. On en a parlé, ici, souvent, hein? Les collègues avaient
des préoccupations — en
face — sur leur
situation. Donc, un rehaussement de 3,5 % sur un budget, Mme la
sous-ministre, de 200 millions, hein? Donc, ça doit nous faire quelque chose comme 7 millions — je fais un chiffre rapide; si j'induis en
erreur, là, vous me corrigerez tout à
l'heure — 7 millions
de plus. Ça, c'est les coûts des dépenses bien réelles, bien concrètes. C'est dire comment on y
croit. Et, encore une fois, je le répète : Aucune évaluation des économies ou des possibles économies qu'on pourrait faire
par des sanctions... parce que ça risque d'être mineur, ça ne vaut même
pas la peine d'être calculé.
Le Président (M.
Cousineau) : Merci, M. le ministre. Mme la députée de Gouin.
Mme David
(Gouin) : Oui. Merci, M. le Président. Je remercie le ministre pour ses indications,
mais j'aimerais ça qu'il précise les informations qu'il nous donne. Quand le ministre nous dit : Si la majorité des
primodemandeurs — finalement, si
j'ai bien compris, là — se
retrouve dans le système d'éducation, ça coûtera 56 millions de plus.
Est-ce que ce 56 millions de plus, c'est le montant qu'il calcule en tenant compte
des allocations qui seront données aux primodemandeurs? Est-ce que c'est de ça que nous parlons lorsque
nous parlons du 56 millions?
Le Président (M. Cousineau) :
M. le ministre.
M. Blais : Oui. Donc, le 56 millions,
encore une fois...
Blais : 54, pardon. Alors
54,5, c'est une évaluation
sommaire,
c'est une multiplication du nombre de primodemandeurs moyens, là, par la
bonification, effectivement, de 260 $ par mois. C'est beaucoup d'argent.
Le Président (M. Cousineau) :
Mme la députée de Gouin.
Mme David
(Gouin) : Oui. Merci, M. le Président. Donc, je pense, j'avais bien
compris. 54,5 millions, c'est la somme totale qu'il faudrait pour qu'une
majorité, si j'ai bien compris, de primodemandeurs puissent bénéficier, là, de
services éducatifs, alors, j'imagine, formation aux adultes, formation professionnelle,
etc. Donc, c'est l'argent qui est calculé et
qui va directement aux primodemandeurs, mais je ne vois pas, dans tout ça,
d'argent supplémentaire donné au réseau de l'éducation.
Est-ce que,
par exemple, tout ce réseau, là, de formation professionnelle, d'éducation aux
adultes et d'organismes, comme celui
dont je parlais hier, qui essaient d'aller attraper des jeunes qui ont de la
difficulté à performer dans le système actuel
d'éducation aux adultes, est-ce qu'on pense soutenir ces organismes-là? Est-ce
qu'on va soutenir les organismes qui s'attaquent au décrochage scolaire? Il n'y
a pas que l'argent donné aux primodemandeurs au niveau de leurs
allocations. Ça, c'est bien, c'est intéressant, mais il faut aussi investir des
ressources financières pour que la manière d'éduquer,
pour que les jeunes, disons, là, qui vont se retrouver dans le système
d'éducation ne décrochent pas, justement, ou ne redécrochent pas, parce
qu'il s'agit souvent d'anciens décrocheurs. Est-ce que le ministre a pu parler
avec son collègue du ministère de
l'Éducation, le ministre de l'Éducation, pour s'assurer qu'au bout du fil, au
bout de la ligne, là, dans le système d'éducation, les services seront
au rendez-vous pour des jeunes qui ont des besoins particuliers?
Le Président (M. Cousineau) :
M. le ministre.
Blais : On a regardé ça un petit peu, hier, mais une bonne
partie de
ces jeunes, c'est la formation des adultes. Parfois, ça peut être aussi vers la formation professionnelle,
certains... mais bon. Il faut rappeler que le système, quand même, le réseau de l'éducation a obtenu, au
dernier budget, la plus haute augmentation... je ne veux pas me tromper,
là, des fois, je me suis trompé, mais la plus haute augmentation de
tous les budgets des ministères du gouvernement du Québec, là, donc, hein, en meilleure situation que jamais pour
accueillir ça. D'autant plus que le financement, de toute façon, a
toujours un lien direct ou indirect avec la clientèle.
Donc, il y a
un intérêt. Moi, je sais bien qu'à Charlesbourg, là, c'est très clair, là, en
ce moment, les centres de formation aux adultes et professionnelle feraient
tout pour avoir plus d'élèves dans leurs murs, notamment, là, si le programme Objectif emploi pouvait leur en
apporter. Donc, moi, j'ai eu un soutien d'effectif d'une des directrices d'une
école de formation des adultes, à
Charlesbourg, sur Objectif emploi, parce qu'ils croient beaucoup qu'ils peuvent
vraiment aider ces jeunes-là.
Le Président (M. Cousineau) :
Mme la députée de Gouin.
Mme David
(Gouin) : Oui, je comprends, M. le Président, mais le réinvestissement
en éducation, il existe, mais il est
modeste. Il va couvrir à peine les coûts de système. On n'est pas dans un
réinvestissement réel en nouvelles capacités, par exemple, d'accueillir des jeunes en difficulté. Je ne doute pas un
instant de l'intérêt et de la motivation des centres de formation pour
adultes, des commissions scolaires qui l'organisent, tout ça. Je pense, la
question n'est pas dans la volonté des gens.
Je suis certaine que la volonté existe, mais je soumets que, pour un certain
nombre de jeunes, il va falloir des
ressources particulières, il va falloir soutenir les organismes communautaires
pour leur permettre de collaborer avec des
centres d'éducation aux adultes ou des centres de formation professionnelle
pour vraiment, là, aller chercher les jeunes qui ont de la difficulté à fonctionner dans un système qui est quand
même un peu rigide, là. Et ça ne tient pas à la bonne volonté ou à la mauvaise
volonté des gens, là. N'importe quel système, quand on met plein de jeunes dans
une classe, il y a des normes, il y a
des manières de faire, puis c'est difficile, à ce moment-là, de s'occuper de
chaque jeune qui a des difficultés
particulières. Donc, moi, je pense qu'on se trompe si on croit que le
réinvestissement en éducation va pouvoir garantir une aide réelle à ces
jeunes-là.
J'ai une
question aussi en ce qui a trait aux organismes, où le ministre dit,
hier : Nous avons annoncé un réinvestissement
de 7 millions. Je suis désolée, je ne l'ai pas vu passer, mais ce
7 millions concerne quels organismes? Je ne demande pas la liste, mais, je veux dire, quels types
d'organismes? Est-ce qu'on parle seulement des carrefours jeunesse-emploi, est-ce
qu'on parle de d'autres organismes? Je voudrais juste une précision.
Le Président (M. Cousineau) :
M. le ministre.
M. Blais : Donc, j'ai dit 7 millions, je n'ai pas le
chiffre exact, là, mais le chiffre exact, c'est une augmentation de 3,5 % des budgets des 399 organismes externes avec qui on a des
ententes. Comme le budget est autour de 200 millions, hein, cette année, j'ai fait un calcul mental qui
me permet de dire que c'est 7 millions;
on pourrait vérifier pour donner
le montant exact.
Ah! on me dit que
c'est 7,1 millions. Je suis encore assez bon en mathématiques.
David (Gouin) : O.K.
Donc, M. le Président, est-ce qu'on parle, ici, des organismes qui sont
sur la liste que le ministre nous a distribuée l'autre jour?
David (Gouin) : Bon, bien,
merci de le dire dans le micro, parce que ça représente un intérêt
certain, entre autres
pour des organismes de ma circonscription. Comme il y en a un qui vient nous rendre visite
cet après-midi, ils vont être contents.
Donc, on se parle vraiment de tous les
organismes qui sont là, on parle d'une augmentation, si j'ai bien compris, là, de 3,5 %, mais
est-ce que ce 3,5 % s'applique également pour chacun des organismes à partir, bien sûr,
de son budget actuel, là? On parle de... n'importe quel
organisme présent sur la liste, là, est assuré d'avoir une augmentation de 3,5 %. Est-ce que c'est une bonne compréhension?
Le Président (M.
Cousineau) : M. le ministre.
M. Blais :
On va vérifier. On est loin de l'amendement, encore une fois, M. le Président,
mais on va vérifier l'information.
Le Président (M.
Cousineau) : C'est vous qui avez ouvert sur ce dossier-là.
M. Blais :
Ah bon! C'est moi?
Le Président (M.
Cousineau) : Oui, Mme la députée.
Mme David
(Gouin) : Il me reste combien de temps, M. le ministre? Ah! M. le
ministre... M. le Président?
Le Président (M.
Cousineau) : On va vous calculer ça.
M. Blais :
Alors, c'est 3,5 %, réparti également entre chaque organisme. Voilà.
Le Président (M.
Cousineau) : Merci.
Mme David
(Gouin) : Merci.
M. Blais :
...bien raison, M. le Président.
Le Président (M.
Cousineau) : Il vous reste six minutes, Mme la députée de
Gouin.
Mme David
(Gouin) : O.K.
Le Président (M.
Cousineau) : Vous voyez que vous avez un président qui suit,
hein?
David (Gouin) : Mais
j'apprécie, M. le Président, que j'aie pu poser ces questions
et avoir ces précisions. Puisque le ministre
avait donné les chiffres, je pense que ça valait la peine de les faire
préciser, même si, en apparence, on s'éloignait de l'amendement.
En fait, je pense qu'on y est à plein parce que ce que l'amendement
nous propose, c'est de dire que rien,
dans le
chapitre qu'on est en train d'analyser, ne doit aller à l'encontre de
l'objectif de renforcement du filet de sécurité économique et sociale, etc. Bon. Alors, le
ministre nous dit : Non seulement on n'en est pas loin, mais on s'en
rapproche parce qu'on met des sous. Je continue de plaider, quant à moi, que...
Bon,
je reconnais qu'il y a certains sous qui sont mis, effectivement, mais qu'on
est tellement loin du compte. Et je
voudrais, toujours dans le cadre de la discussion sur cet amendement, apporter
un point de vue sur un tout autre aspect. Dans tout ce qu'on est en train de discuter, il y a des chiffres qui
sont... on parle de principes, on parle de pratico-pratique aussi, et il
y a des chiffres un peu étonnants qui ont été amenés à ma connaissance et...
Parce que là on est en train de se parler de
renforcer le filet de sécurité sociale et économique. En ce moment, à l'aide sociale — et ça, c'est dans le petit fascicule ici,
là, du Régime québécois de soutien au revenu, bon, ça a été déposé au moment du budget. Lorsqu'on lit, à la page 49,
pour un couple qui a deux enfants, alors, actuellement, personne ne travaille, ce couple-là a deux enfants, avec
toutes les mesures dont on peut discuter, sauf les allocations familiales, les
allocations pour les enfants, ce couple a près de 30 000 $ par année,
c'est-à-dire 29 594 $ très exactement.
Donc là, on parle de ce dont disposent
deux adultes. Mais, quand on parle d'une personne seule à l'aide sociale,
puis on est évidemment dans la catégorie des
personnes qui n'ont pas de contrainte à l'emploi, on ne diminue pas ce montant
par deux. En fait, on le diminue énormément,
parce que cette personne-là a 9 192 $ par mois... Déjà, on est très,
très loin du compte pour ce qui est d'un filet de sécurité économique. Avec les
pénalités du projet de loi n° 70, on tombe à 6 024 $. Donc, on passe de la moitié de la couverture des
besoins de base, selon la mesure du panier
de consommation, au tiers de la
couverture de ses besoins de base. Moi, j'aimerais comprendre comment, dans ces
conditions, le ministre peut-il penser qu'on est en train de
renforcer le filet de sécurité économique des gens.
Le Président (M.
Cousineau) : Merci, Mme la députée. M. le ministre.
M. Blais :
Je ne veux pas discuter du fond, j'ai déjà indiqué qu'il y avait deux
éléments... deux objections peut-être,
plutôt, de nature juridique : le fait qu'Objectif emploi s'inscrit dans
une loi, la loi plus générale de l'aide sociale, donc il est soumis au premier
article, et le fait que la formulation qui est proposée donnerait un statut
juridique à une loi... et un statut
juridique et une forme de hiérarchie... créerait une forme de hiérarchie des
lois entre une loi-cadre et la loi actuelle. Ce qui n'est pas le cas,
là, du point de vue juridique.
Président (M. Cousineau) : Merci, M. le ministre. Mme la
députée de Gouin? Mme la députée de Gouin.
Mme David
(Gouin) : C'est terminé, M. le Président.
Le Président (M.
Cousineau) : C'est terminé.
Mme David
(Gouin) : Oui.
Président (M. Cousineau) : D'accord. On vous dira le temps
restant, là, dans quelques minutes. M. le député de Rimouski, je crois?
LeBel : Oui. Dans le fond, là, ce qu'on essaie de faire, c'est de...
ce que la députée de Gouin amène aussi, c'est qu'on voudrait au moins s'assurer que ce projet de loi là, cette loi-là
respecte... ou s'intègre dans la vision consensuelle qu'on s'était faite de la lutte à la pauvreté, qui
est représentée par la loi-cadre, là, la loi de lutte à la pauvreté. C'est ce
qu'on essaie de faire, puis là
l'amendement, bien, ça vient comme rappeler que cette loi-là doit respecter
certaines balises ou certains principes qui avaient été adoptés sur la
loi qui luttait contre la pauvreté.
Pourquoi
on le fait? Parce qu'il y a un élément qui nous questionne, là, c'est l'élément
non seulement l'histoire de... comme
je disais tantôt, là, il y a un contexte plus large, mais, dans la loi, c'est
l'élément de coercition, là, d'obligation, qui est un peu fatigant, et là on se dit : Bon, peut-être, si on
intègre l'amendement, bien, on pourrait encadrer un peu cet élément de coercition là. Parce que l'article, là,
comme il a été proposé, on veut que les dispositions du présent
chapitre
s'appliquent à tout adulte qui est tenu,
«dans les cas et aux conditions prévus par règlement», tenu de participer au
programme. Moi, ce bout-là, ça me
fatigue un peu, puis j'essayais de voir comment on pourrait faire pour
l'encadrer parce que je trouve que c'est un élément important, là, qui
est dans le projet de loi.
y a un comité consultatif qui est là pour donner des avis au ministre, qui
s'appelle le Comité consultatif de lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale, différentes personnes de
plusieurs régions du Québec qui y participent, des gens du ministère aussi,
sans droit de vote, mais qui y participent. Et c'est intéressant d'aller voir
sur le site, là, il y a beaucoup d'avis sur la pauvreté, l'emploi au
Québec.
Dans
un des avis qui ont été faits, je vais vous en lire quelques bouts, là, puis on
pourra... «Le comité souhaite faire
part de sa grande préoccupation concernant certaines modifications proposées
[par la loi] Objectif emploi. Selon ses
analyses, la réinstauration de mesures obligatoires et de pénalités pour refus
de participer à ces mesures peut avoir un
effet négatif très important sur des personnes déjà en situation de grande
vulnérabilité, sans procurer par ailleurs [des] résultats escomptés.»
Bien, le comité — rapidement — plaide
contre les mesures de coercition. Le comité dit qu'il peut appuyer
l'intensification de soutien et l'accompagnement des nouveaux prestataires
d'aide sociale. Puis, «on le sait, plus une personne
demeure longtemps à l'aide, plus il lui devient difficile de s'en sortir. Par
contre, le comité s'oppose à toute mesure coercitive assortie de pénalités qui viendraient réduire une aide
financière déjà trop faible — c'est un peu ce qu'on proposait tantôt puis ce qu'on essaie de ramener — pour assurer la couverture des besoins de
base des personnes, compromettant ainsi
leur santé et leurs chances de s'en sortir. Cette façon de faire contrevient à
la législation en vigueur, notamment [à] la Loi [qui vise] à lutter contre la pauvreté et l'exclusion sociale, la
Charte des droits et libertés de la personne et le Pacte international
sur les droits économiques, sociaux et culturels.» Vous comprenez un peu
pourquoi on arrive avec un amendement, là. C'est pour essayer de
rattacher — c'est
ce que l'avis nous dit — la
loi à la loi-cadre.
«Paradoxalement,
malgré le caractère éminemment social des difficultés en intégration au marché
du travail de nombreux groupes de la population, on accorde souvent plus
d'importance aux causes attribuables aux caractéristiques ou aux soi-disant lacunes des personnes qu'à
celles qui découlent du marché du travail» ou de la communauté.
C'est un peu ce que je disais et ce
que la députée de Gouin a amené, là : on travaille sur la personne,
là, sur les lacunes de la personne, mais on ne regarde pas ce qu'il y a
autour.
Je rappelle,
là, ce que je suis en train de lire, là. C'est l'avis qui a été proposé, là,
qui a été déposé par le comité qui
est chargé d'informer le ministre. «Les mesures punitives sont selon le comité
injustes, inutiles, souvent peu concluantes [des
termes] de résultats et elles
risquent de détériorer la situation des personnes déjà très vulnérables.» Il me semble, c'est assez clair.
«Elles
sont injustes parce qu'elles sont en contradiction totale avec le respect de la
dignité des personnes et de leur libre
choix. Cette façon de faire s'appuie sur le préjugé selon lequel les personnes
choisissent librement l'aide sociale.» C'est ce que je disais un peu tantôt. «On reporte ainsi sur les personnes l'entière
responsabilité de leurs difficultés d'intégration à l'emploi alors que
dans les faits, le principal facteur est le marché du travail lui-même.»
dit : «De telles mesures sont aussi inutiles. Les statistiques le
prouvent : les prestataires veulent s'en sortir et font de nombreux efforts malgré les obstacles qui
leur barrent trop souvent la route. Année après année, des dizaines de milliers de prestataires participent
volontairement à des mesures d'intégration à l'emploi, soit quelque 88 000
nouveaux participants en 2014‑2015 dont [...] 21 000 jeunes [en]
moins de 25 ans.
«Les
mesures punitives — ce qu'on nous dit — sont
par ailleurs le plus souvent inefficaces. Elles ont déjà été appliquées sans résultats concluants. Selon des
spécialistes, de telles mesures n'ont pas tenu leurs promesses, notamment
celles d'intégrer les personnes dans des
emplois, certainement pas dans des emplois de qualité, ni de réduire la
pauvreté. Elles ne permettent
[certes] pas d'établir une relation de confiance entre la personne et l'agent
d'aide à l'emploi. Il faut par ailleurs
être prudent en s'appuyant sur les comparaisons internationales.
L'environnement [est] très différent, notamment en ce qui concerne les
règles du marché du travail, le niveau des salaires», etc.
«Des
mesures obligatoires assorties de pénalités ont déjà été [appliquées] au Québec
sans résultats concluants. L'une des
clés de la réussite des interventions, c'est d'offrir aux personnes la bonne
mesure, tant et aussi longtemps qu'elles ont besoin de soutien. Une autre clé,
c'est de s'assurer que le marché du travail est prêt — la communauté — à
accueillir ces personnes, dans des conditions décentes.»
là le comité nous parle d'une étude. Il dit : Il y a
une étude réalisée par votre ministère,
«une étude réalisée par le ministère
de l'Emploi et de la Solidarité sociale, la réussite de la participation à une
mesure active semble être fortement influencée
par le choix éclairé et réfléchi de la participation, par la motivation et par
le niveau de présentation aux différentes activités. Selon cette même étude, les deux principales causes de
l'interruption ou [...] l'abandon de la participation à une mesure active sont le retour sur le marché du
travail et le manque de motivation. Quant à ce dernier motif, ce serait le cas
notamment pour les personnes qui s'inscrivent pour éviter une pénalité.»
que j'aimerais savoir, M. le ministre : Est-ce que vous avez pris
connaissance de cet avis-là qui va complètement à l'inverse de votre projet de loi puis qui dit que le projet de loi...
ils sont assez clairs que le projet de loi va à l'encontre des principes de la
loi pour lutter contre la pauvreté et l'exclusion sociale? On nous parle d'une
étude réalisée par votre ministère.
Est-ce que vous avez pris compte de cette étude-là? Et, si oui, est-ce qu'on
pourrait avoir cette étude, qui dit... C'est
une étude réalisée par le ministère, où on parle de la réussite de la
participation à des mesures actives, qu'est-ce qui pourrait influencer
la participation ou non. C'est inscrit dans l'avis du comité. Est-ce que cette
étude-là existe? Puis est-ce que vous avez aussi pris compte de l'avis du
comité?
Le Président (M.
Cousineau) : M. le ministre.
Blais : On va croire sur parole le comité, là, qu'il y a une étude qui
existe, là. On va vérifier, et tout. Parce qu'il y en a plusieurs, là, on va vérifier, là. Mais j'ai pris
connaissance du rapport, là. Je n'ai pas été impressionné par la rigueur, hein, scientifique et le contenu de ce
rapport-là, je peux vous le dire, là; il y a des amalgames et des confusions.
Ils ont tout à fait le droit d'écrire, hein?
Ils sont tout à fait autonomes et libres, ils ont le droit d'écrire ce qu'ils
désirent. Mais, disons, en termes de rigueur, là, c'est des
affirmations, là, assez fortes.
M. LeBel :
Et vous savez qu'il y a des gens de votre ministère sur ce comité-là.
M. Blais :
Mais ils n'ont pas droit de...
M. LeBel :
Sans droit de vote.
M. Blais :
Sans droit de vote, ils sont simplement observateurs.
M. LeBel :
Je n'ai pas nommé de nom.
Blais : C'est tout à fait correct, d'ailleurs, hein? Un comité
consultatif doit être totalement libre d'écrire ce qu'il veut, ce qu'il désire. Et on peut être libre,
bien sûr, d'en faire un commentaire critique aussi, dans le but de
l'amélioration future, peut-être.
M. LeBel :
Je n'ai pas compris, excusez-moi.
Blais : C'est important qu'un comité consultatif soit libre d'écrire.
Donc, les fonctionnaires n'interviennent pas de quelque façon, mais, des fois, les fonctionnaires peuvent aider,
je suppose, ils sont là un petit peu pour
soutien, hein, information, si c'est nécessaire. Ensuite, le comité, c'est des gens qui sont
libres d'écrire ce qu'ils veulent sur les sujets, ce qui est une bonne chose, là. Donc, on prend acte de ce qu'ils
ont écrit, mais, vraiment... surtout les extraits que vous me
lisiez, là, c'était presque déroutant, au niveau des études qui sont
disponibles sur ces questions-là. Voilà.
M. LeBel : Ce que vous dites, c'est
que...
Président (M. Cousineau) : M. le député de Rimouski.
LeBel : Excusez-moi, M. le Président. Ce que vous dites, c'est que le comité... ce que je viens de vous lire
du rapport du comité, vous dites : C'est un peu déroutant, ce n'est pas
réalité, là.
M. Blais :
Oui, parce que les études... ont déjà mentionné ici... Les études sur les
effets, là, des formes de réciprocité, là,
elles sont nombreuses. L'OCDE a fait des métaétudes même sur le sujet, là, pour
faire des comparaisons internationales. Ce que le Parti québécois a fait aussi,
à la fin des années 90, ça a été étudié, sur les effets, en termes de sortie, par des experts en économétrie, donc, pour montrer qu'effectivement il y a eu un impact sur les effets de sortie. Donc, voilà. Alors, c'est étonnant, ce qu'on a pu
lire. Mais, encore une fois, là, un comité consultatif, les gens ont la liberté
d'écrire à partir de leurs connaissances, de leur sensibilité et, bien
sûr, on a le droit aussi d'en faire un examen un peu critique, là, quand c'est nécessaire.
Il y a probablement eu des meilleurs rapports que celui-là, j'en suis certain.
Le Président (M.
Cousineau) : M. le député de Rimouski.
LeBel : Oui. C'est certain
que le comité est libre d'écrire ce qu'il veut, il a un mandat assez serré.
J'ai l'impression que ce comité-là
existe depuis longtemps. Je n'avais pas l'impression qu'ils écrivent
n'importe quoi. Puis, quand je regarde les membres du comité, c'est des
gens qui viennent d'un peu partout au Québec, puis il y a des gens là-dedans
qui connaissent leur métier, je...
Blais : Mais, à la défense peut-être
du comité, hein, pour reprendre la balle au bond, là, si vous permettez,
là, à la défense du comité, je l'ai déjà dit
ici, c'est vrai que le projet Objectif emploi est parti, disons, d'orientations, au départ, qui étaient
assez, disons, travaillées, disons-le comme ça, et aussi où on pouvait craindre
des pénalités assez lourdes, assez
fortes, là, hein? Bon. Le Parti
québécois nous avait habitués à des
pénalités qui étaient le double des pénalités dont on parle ici. Donc, on peut comprendre un peu, là,
les gens qui sont dans le milieu, qui ont connu cette époque-là, d'avoir
ces craintes-là et d'être montés aux barricades, là, dans le rapport, en
disant : Écoutez, il ne faut pas revenir à ça.
M. LeBel :
Encore la faute au PQ! Non, mais la ligne est...
Le Président (M.
Cousineau) : S'il vous plaît, attention! Attention! Attention!
LeBel : Excusez, M. le Président. Non, non, mais je trouve ça comique, mais... tu sais, c'est une bonne
ligne. Mais il faut être, comme dit le ministre, plus rigoureux un peu.
M. LeBel :
Je dis ça d'une façon sympathique. Mais ce que le comité dit, il dit : La
«façon de faire [qui est proposée par le ministre]
contrevient à la législation en
vigueur, notamment
[à] la Loi visant à lutter contre la pauvreté et l'exclusion, la Charte
des droits et libertés...» C'est gros, là. C'est...
LeBel : Mais il me semble qu'il faut regarder ça. Et, comme vous dites, là, le comité a la
liberté d'écrire ce qu'il veut, le ministre
a la liberté de ne pas écouter ce que le comité fait. Mais, bon, chacun est
libre de faire ce qu'il veut, sauf qu'on ne peut pas faire semblant, là,
ça existe, c'est là.
J'aimerais quand même...
le comité parlait d'une étude qui avait été faite sur... si c'était possible de
retrouver cette étude-là, là, je pense, ça pourrait nous éclairer.
Mais,
nous, quand on lit ce qu'il y a là... Puis moi, je suis porté à croire ce qui a
été écrit par ce comité-là. Puis je vous
dis, là, on pourrait déposer les membres du comité, là... la liste des membres,
c'est des gens, là, tu sais, qui n'écrivent pas n'importe quoi, à mon avis. Je me dis, ça fait juste plaider pourquoi on
veut amener cet amendement, pourquoi on veut rattacher un peu votre projet
de
loi sur les grands principes de la
loi pour lutter contre la pauvreté. Ça fait juste nous convaincre qu'il
fallait faire quelque chose.
Le Président (M.
Cousineau) : Alors, compte tenu de l'heure, la commission
suspend ses travaux jusqu'à 15 heures.
(Suspension de la séance à
12 h 59)
Le Président (M.
Cousineau) : Alors, à l'ordre, s'il vous plaît! À l'ordre, s'il
vous plaît!
le député de St-Denis, allez téléphoner dans... M. le député d'Argenteuil, vous
téléphonez dans le corridor.
La Commission de l'économie et du travail
reprend ses travaux. Je demande à toutes les personnes dans la salle de bien
vouloir éteindre la sonnerie de leurs appareils électroniques.
vous rappelle que la commission est réunie afin de poursuivre l'étude détaillée
du projet de loi n° 70, Loi visant à permettre une meilleure
adéquation entre la formation et l'emploi ainsi qu'à favoriser l'intégration en
emploi.
Lors de la
suspension de nos travaux avant dîner, nous avions débuté l'étude de
l'amendement de M. le député de
Saint-Jean à l'article 83.1 proposé par l'article 28. Est-ce qu'il y a d'autres
interventions sur cet amendement? Alors, oui, bien, on peut débuter avec Mme la députée de Gouin. Alors, à vous
la parole, madame, en vous précisant qu'il vous reste
2 min 35 s.
Mme David
(Gouin) : Oui. Merci, M. le Président. Alors, juste assez de temps
pour apporter un sous-amendement à l'amendement de mon collègue le
député de Saint-Jean...
Le Président (M. Cousineau) :
Un sous-amendement.
Mme David
(Gouin) : Oui. Le sous-amendement serait le suivant : Ajouter, à
la fin de l'amendement, les mots suivants : «Ni risquer d'amener
les adultes seuls et les familles au dénuement total».
Président (M. Cousineau) : Alors, on va suspendre pour faire
quelques photocopies de votre sous-amendement, Mme la députée.
(Suspension de la séance à 15 h 9)
Président (M. Cousineau) : Alors, votre attention, s'il
vous plaît! Nous reprenons nos travaux.
Attention, s'il vous plaît! Nous reprenons nos travaux.
Alors, Mme la députée de Gouin nous propose un sous-amendement à l'amendement de M. le député de Saint-Jean.
Mme la députée de Gouin, on vous laisse plaider.
Mme David
(Gouin) : Oui. Merci, M. le Président. Écoutez, en fait, la question
est la suivante. L'amendement du
collègue propose de faire en sorte, là, que ce qu'on appelle le présent
chapitre... en fait, de quoi on discute depuis quelques heures, ne puisse «pas aller à l'encontre de
l'objectif de renforcement du filet de sécurité sociale tel qu'énoncé à
l'article 9 de la Loi visant à lutter contre la pauvreté et
l'exclusion».
Pourquoi
est-ce que j'y ajoute le libellé suivant : «Ni risquer d'amener les
adultes seuls et les familles au dénuement total»? C'est parce qu'à l'article 49 de la
loi sur le soutien aux
personnes et aux familles il y a ce qu'on appelle souvent dans le jargon, là,
la clause de dénuement total, qui est le fait que «le ministre peut accorder
une prestation à un adulte seul ou à une famille qui n'est pas
admissible à un programme pour un motif autre que [...] prévu» — bon,
dans un paragraphe — ou qui, bien qu'étant admissible, n'aurait
pas droit à cette prestation [si le ministre] estime que, sans cette prestation, cet adulte ou les membres de cette
famille seraient dans une situation qui risquerait de compromettre leur santé
ou leur sécurité [et] de les amener au dénuement total».
Autrement dit, dans certaines situations, le
ministre a la possibilité, vu cette espèce de clause de dénuement total, là, de clairement venir en aide à une
personne ou une famille qui est à l'aide sociale et qui, si le ministre ne lui
accordait pas une prestation
raisonnable, là, serait vraiment dans le dénuement total, et je pense qu'au
Québec on ne veut pas que personne
soit dans le dénuement total. Donc, l'idée de l'amendement que je dépose, c'est
de dire : Non seulement aucun article,
aucune disposition du présent
chapitre ne doit aller à l'encontre de l'objectif
de renforcement du filet de sécurité sociale
et économique, non seulement ça, mais il ne faut pas risquer d'amener les
adultes seuls ou les familles dans une situation de dénuement total.
Et qu'est-ce que j'appelle le dénuement total?
Bien, le dénuement total, en fait, à mon avis, il est déjà présent à 623 $ par mois, ce qui fait qu'à
400 $, là, je trouve qu'on est même en... en fait, je n'ai plus de mot
pour le dire, M. le Président. Je
trouve qu'on est tellement en bas de ce dont une personne a minimalement
besoin, là, juste pour se loger, s'éclairer, se chauffer, manger... Même
pas : à 400 $ par mois, on n'a même pas ça, on est dans le dénuement
total.
Alors, le but
de mon sous-amendement, c'est peut-être — je le dis humblement — d'éclairer le ministre sur le fait
qu'on ne peut pas vouloir sortir les gens de la pauvreté, mettre en place un
programme, qui peut être un programme très
intéressant, mais, d'un autre côté, dire que, bien, s'il y a des gens qui, pour
des raisons qui vont nous apparaître ou apparaître aux agents d'aide sociale comme futiles ou, enfin, non
pertinentes ou, bon, etc., bien, qu'est-ce que vous voulez, il y aura des sanctions, puis, à la limite, ça fera
que les gens, ils auront 400 $ par mois. En faisant ça, on enfonce les
gens dans la misère et dans le dénuement total.
Je comprends
que le ministre nous disait : Mais, au lieu de parler seulement de ça,
pourquoi on ne parle pas de toutes ces personnes qui auront des
allocations majorées, intéressantes, plus substantielles et qu'on va aider à
sortir de la pauvreté? Je ne demande pas
mieux que d'en parler, M. le Président, ça me ferait tellement plaisir. Mais
mon plaisir est hautement gâché par
le fait que, oui, il y aura ces personnes-là, mais, à côté, il y en aura
d'autres qu'on aura plongées dans le dénuement total, sachant que, par
ailleurs, la loi permet au ministre d'agir quand il y a dénuement total.
Donc, on ne
veut pas d'un dénuement total, on ne veut pas ça au Québec. Personne ne veut
ça, tous partis confondus. Je suis
certaine que le ministre ne veut pas ça, nous ne voulons pas ça, mais n'empêche
que les dispositions du présent
chapitre
peuvent... je ne dis pas que c'est certain, mais peuvent conduire au dénuement
total. Alors, est-ce qu'il faut donc qu'à chaque
fois le ministre intervienne pour dire : Ah! c'est vrai, hein, il y a le
dénuement total, donc j'invoque l'article 49
et puis là j'agis? Ça n'a aucun bon sens, hein, le ministre ne pourra pas faire
ça. Alors, je pense que le plus simple,
bien, c'est de ne pas mettre les gens à risque de tomber dans le dénuement
total, et c'est la raison pour laquelle je dépose ce sous-amendement.
Le Président (M.
Cousineau) : Merci, Mme la députée de Gouin. Alors, réaction,
M. le ministre?
Blais : Bien, écoutez, la difficulté, là, encore une fois, elle est
législative, là, elle est sur la forme. Sur le contenu, on en reparlera aussi, là, sur la portée
exactement, mais, sur la forme... Donc, je rappelle aux collègues, là :
l'article 64 de la présente loi — donc la loi-cadre — ne peut être interprété de manière à
étendre, à restreindre ou à modifier la portée d'une disposition d'une autre loi, quelle que soit la loi. L'aide
sociale a beaucoup d'autres lois qui ont une portée sociale. Donc, c'est vraiment une loi-cadre. Donc, on
aimerait faire ce que les collègues nous demandent qu'on ne pourrait pas le
faire parce qu'on est en train de modifier,
là, la structure et la hiérarchie, là, des droits au Québec. Donc, c'est pour
cette raison, là, de forme... d'abord,
que la proposition ne fait que démontrer que... Disons, là, l'objection que
nous avons n'a pas été encore comprise, visiblement, parce qu'on ne fait
qu'empirer les choses.
la question de dénuement total, quand on avancera, on verra que j'apporterai un
amendement sur cet enjeu-là en
particulier, là où il doit se poser dans le projet de loi, mais pas ici, là où,
vraiment, il aura une plus grande efficacité que ce qui est proposé ici,
qui n'a aucune efficacité, aucune portée juridique.
Le Président (M.
Cousineau) : Merci, M. le ministre. Mme la députée de Gouin.
David (Gouin) : Mais, M. le Président, comme le ministre nous met
quand même l'eau à la bouche, est-ce qu'il pourrait nous donner ne
serait-ce qu'une indication... sans peut-être pouvoir nous révéler le libellé
exact, mais est-ce qu'il peut nous donner
une indication de ce qui pourrait constituer l'amendement dont il nous parle et
dont il nous dit qu'il viendra plus tard?
Le Président (M.
Cousineau) : M. le ministre.
Blais : Essentiellement, dans la première version, là, du projet de
loi, là, on avait retiré des outils, au ministre, d'intervention discrétionnaire en situation de
dénuement total. On va réintroduire ces outils-là, on va vous indiquer comment
on va le faire.
Mme David
(Gouin) : D'accord. Merci, M. le Président. Est-ce que c'est à mon
tour, M. le Président?
Le Président (M.
Cousineau) : Oui, oui, allez-y, c'est vous qui êtes là.
David (Gouin) : Oui? D'accord. Donc, on verra ce que le ministre fera
à ce moment-là. Mais je soumets que...
En fait, pour être franche, je n'ai pas très bien compris l'argument juridique
par rapport au sous-amendement que j'apporte. Je ne fais pas exactement
le lien. Je suis sincère, là. Est-ce que le ministre pourrait me le
réexpliquer?
M. Blais :
Non, non, je comprends, là.
Le Président (M.
Cousineau) : M. le ministre.
Blais : Donc, encore une fois... mais c'est ma propre compréhension du sous-amendement, là, bien entendu, là. Je me
suis déjà objecté à la proposition d'amendement parce que c'est une proposition qui n'avait pas de
force de loi, qui n'avait aucun
impact juridique, sauf, à la limite, de porter une confusion juridique sur ce
que c'est qu'une loi-cadre. Encore
une fois, le texte de la loi-cadre est très clair, là : «La présente loi ne
doit pas être interprétée de manière à étendre, restreindre ou modifier
la portée d'une disposition d'une autre loi.»
Article 64.
Donc,
si vous voulez, disons, ajouter à l'amendement qui, en ce moment, est problématique du point de vue juridique, on n'a pas avancé
du tout, là, parce que, contrairement
à ce que vous recherchez, là, j'en
suis sûr, ça n'aura aucune portée, aucune influence juridique, ça va
mener à une confusion.
Le Président (M.
Cousineau) : Mme la députée de Gouin.
David (Gouin) : Alors, M. le Président, si le problème du sous-amendement, mais, évidemment, qui est en
rapport avec l'amendement, est un
problème d'ordre juridique, le ministre... et, si ce n'est que ça, est-ce que
le ministre peut suggérer, à ce
moment-ci, une avenue permettant de rencontrer exactement le même objectif,
c'est-à-dire de nous assurer
qu'aucune disposition du présent
chapitre pourrait ou bien non pas renforcer,
mais alléger, si j'ose dire ainsi, ou démanteler,
ou enfin porter atteinte au filet de sécurité économique, puis encore bien
pire, amener des familles ou des personnes
seules dans une situation de dénuement total? Si le problème n'est que
juridique, on peut sûrement le régler.
Le Président (M.
Cousineau) : M. le ministre.
Blais : Bon, je m'excuse, on me parlait, là, en même temps, là. Je
pense que, sur la question du dénuement total, là, puis les pouvoirs d'intervention, on va clarifier ça en temps
et lieu. Je vous ai donné l'indication, là, orientations générales, donc
la portée exacte, l'écriture juridique, là, sera déposée en temps et lieu.
Si ce qui est
demandé, encore une fois, c'est : Oubliez les sanctions, il ne faut pas
qu'il y ait aucune sanction, c'est difficile
pour nous, tout simplement parce que je vous rappelle le problème fondamental
que nous avons. Je vous rappelle, dans
le cas d'une personne seule qui va dans un parcours de formation... pourra
aller chercher jusqu'à 1 193 $ par mois. C'est, je pense, du jamais-vu, là, de l'aide
sociale. Et, en plus, on ajoute à
titre expérimental, mais il faudra voir
ensuite, là, si on peut l'ajouter pour les autres prestataires, la
possibilité d'aller chercher plus d'argent sans être coupés à 100 %
immédiatement, après le montant d'argent habituel de 200 $.
Donc, pour
parler un peu plus techniquement, le taux marginal de taxation de ces
personnes-là serait réduit à autour de
50 %, alors qu'il est aujourd'hui, là, très élevé. On veut le faire pour
eux, on va voir comment on peut fonctionner. Parce que c'est un peu difficile, ça demande une intégration de la fiscalité
plus forte que ce qu'on a aujourd'hui. Donc, c'est beaucoup d'argent sur la table. J'ai mentionné que le coût
simplement des bonifications pourrait être autour de 56 millions.
Le paradoxe
dans ce que vous recherchez, puis là c'est là qu'il y a finalement un
désaccord, là, le paradoxe dans ce
que vous recherchez, c'est que, lorsqu'on ne met pas les pénalités, hein, le
taux de participation tombe très faible. Je vous rappelle qu'en ce moment les taux de participation pour les mesures
chez les jeunes 25 ans et moins — on pourra regarder d'autres groupes
si ça vous intéresse — au
bout du compte, c'est 14 %. Bon, plusieurs vont à une rencontre ou deux,
mais, lorsqu'ils s'engagent vers un parcours, le taux de participation est
extrêmement faible.
Le paradoxe,
c'est qu'il y a un effet d'avoir la présence d'une pénalité, sans la prendre
nécessairement, c'est-à-dire ce qu'on
appelle l'effet ex ante d'une pénalité, c'est là, c'est présent. Et, en majeure
partie, les gens n'iront pas dans cette direction-là, il s'agit de personnes qui sont des premiers demandeurs,
qui sont aptes. S'ils ne sont pas aptes, on les trouve simplement parce
qu'il y a des rencontres, donc on peut progresser avec eux.
Donc, le
paradoxe de ce que vous recherchez, c'est que les pénalités, même si elles ne
sont pas effectives parce que les
gens finalement participent, elles ont un effet de participation, puis elles
élèvent la participation à un seuil plus important, donc ils vont aller
chercher plus d'argent dans leurs poches et, éventuellement, qui sait, avoir un
parcours dans lequel ils vont pouvoir
sortir définitivement, là, de l'aide sociale, ce que l'on recherche tous ici,
autour de la table, bien entendu.
Le Président (M. Cousineau) :
Mme la députée de Gouin.
Mme David
(Gouin) : Je comprends ce que le ministre dit, M. le Président, mais
je ne peux quand même pas m'empêcher
de dire que — je
parlais de paradoxe, ce matin — on est quand même encore dans des paradoxes.
Non seulement personne ne souhaite
qu'une personne reste à l'aide sociale, à moins évidemment qu'elle vive
suffisamment de problèmes pour
n'avoir aucun autre choix que d'être à l'aide sociale... Et ça, je pense que
tout le monde va en convenir aussi, c'est sûr que c'est un projet de vie
qui, en tout cas, pour le moment, là, condamne à la pauvreté.
Puis je
rappelle au ministre qu'au bout de deux ans du programme Objectif emploi on va
s'entendre, hein, si la personne n'a pas réussi à trouver un emploi,
s'il n'y a pas d'emploi disponible dans sa région, si les choses n'ont pas beaucoup avancé, bien, tout ce qu'elle recevra,
c'est sa prestation de base. Alors, on est dans des situations difficiles, là,
à moins de s'imaginer que tous les
nouveaux demandeurs qui arrivent chaque année trouvent, dès l'année suivante,
un emploi vraiment convenable, là. En
tout cas, je ne pense pas que personne ne s'imagine ça, ici. Donc, on est
vraiment dans des situations de pauvreté.
Le ministre
nous dit : Moi, je veux faire tout ce qui est possible pour que les gens
puissent s'en sortir. C'est ce que nous
voulons tous et toutes, je sais, mais le problème, c'est qu'entre-temps on
accepte en ce moment — en ce moment, là — qu'une personne seule touche à peu près, à
l'aide sociale, une personne seule dite apte à l'emploi, la moitié de ce
qu'il en faudrait pour couvrir ce qu'on
appelle la mesure du panier de consommation. En ce moment, là, au moment où on
se parle, la moitié, 9 000 quelques dollars; avec les pénalités,
6 000 $. On est au tiers du panier de consommation.
Or, je
comprends que le ministre voit quelques vertus dans l'hypothèse de sanctions;
moi, il ne me convainc pas. Je n'ai
jamais été convaincue par les arguments du style la carotte et le bâton, là.
Là, je comprends que les carottes sont devenues
peut-être plus intéressantes, mais le bâton est quand même assez sévère. Oui,
il y a eu d'autres gouvernements qui
en ont fait autant par le passé, là, mais moi, j'étais dans l'opposition, je
m'opposais à ces mesures. J'ai quand même une certaine cohérence dans la vie. Mais c'est du passé. Là, en ce
moment, on peut faire mieux, disons. Disons ça comme ça.
Mme David
(Gouin) : Puis il semble que mes collègues de l'opposition officielle
sont d'accord avec moi. Donc, j'aimerais
juste demander au ministre... Dans un contexte où, par ailleurs, il s'est vu
confier, par le premier ministre...
Le Président (M. Cousineau) :
Allez-y, Mme la députée.
Mme David (Gouin) : Oui, les petits
copains, ils sont agités un peu, là.
Le Président (M. Cousineau) :
Oui. D'ailleurs, c'est pour ça que je les ai rappelés à l'ordre.
Mme David
(Gouin) : Merci, M. le Président.
Le Président (M. Cousineau) :
Poursuivez, Mme la députée.
David (Gouin) : Dans un contexte où le ministre s'est fait donner, par
le premier ministre, un mandat important, qui est celui de mettre en place un grand chantier de réflexion sur le
revenu minimum garanti, est-ce qu'au fond ce que le ministre est en train de nous dire, c'est :
400 $ par mois, ça pourrait être ça, le niveau du revenu minimum garanti
au Québec? Est-ce que c'est ça, là, qu'on est en train de se dire?
Le Président (M. Cousineau) :
M. le ministre.
Blais : J'ai déjà mentionné que l'aide sociale est une forme
particulière de revenu minimum garanti, ou que toutes les limites que j'ai déjà expliquées dans un ouvrage quand
j'étais plus jeune, je suppose, que toutes ces limites-là, notamment que ça a été fait pour répondre aux
personnes inaptes — on
appelait ça comme ça à l'époque — et ça a été fait avec peu de considérations pour l'incitation au travail, hein?
Quand on relit, là, les textes des fonctionnaires qui ont travaillé là-dessus à l'époque, ils ne pensaient
pas qu'il y aurait des personnes très nombreuses qui soient aptes au travail
là-dessus.
Donc, il nous
faut d'autres formes de mécanismes de transferts. On en voit certains à
l'oeuvre, on en a déjà parlé; par exemple, les allocations familiales
pour les familles ont un effet bénéfique parce qu'elles sont accordées à la
fois aux actifs et aux inactifs; donc, il
nous faut d'autres formes de transferts. Quelle que soit la hauteur de ces transferts-là,
même un transfert modifié, différent,
300 $, pourrait avoir un impact, bien sûr, sur son maintien à l'aide
sociale, hein, ou pourrait avoir un
impact sur la pauvreté plus important, là, qu'une augmentation, là, de l'aide
sociale de 300 $, qui aurait très, très, très peu d'impact sur la
pauvreté. Donc, c'est assez facile à démontrer, là, par un petit schéma.
Le Président (M. Cousineau) :
Mme la députée de Gouin.
Mme David
(Gouin) : M. le ministre... Excusez-moi.
M. le Président, je veux juste être sûre de bien comprendre,
parce que je pense que ça ne se peut pas,
là, le ministre... je veux être sûre d'avoir bien compris le ministre,
là. 300 $ par mois ne peut pas être le montant de base d'un revenu
minimum garanti, là.
Mme David (Gouin) : En 2016, au Québec.
Blais : ...proposition
sérieuse... comme en Europe, qui tourne autour de ces montants-là. Bien sûr,
il faut que vous mainteniez, pendant
la période de transition, des mécanismes sélectifs, aide sociale ou d'autres,
hein, de maintenir ces mécanismes-là.
Mais l'impact sur la pauvreté, à une autre époque, je l'ai mesuré, l'impact sur
la pauvreté, la diminution de la pauvreté était réelle. Parce que les
premiers, statistiquement, à sortir de la pauvreté, c'est ceux qui sont les
plus près des seuils. Ceux qui sont
les plus près des seuils, ce sont les actifs qui ont des faibles revenus. Et,
bien sûr, vous élevez aussi, en plaçant un socle sous leurs pieds, les
personnes qui sont... qu'on appelle les inactifs... en tout cas, les personnes
qui sont à l'aide sociale, notamment... peut
avoir un impact positif, mais tout dépend, bien sûr, des effets de substitution
des programmes que vous abolissez notamment pour financer cette mesure-là.
Le Président (M. Cousineau) :
Mme la députée.
Mme David
(Gouin) : Oui, je comprends, M. le Président, mais, pour faire une
histoire simple et courte, là, ma question au ministre est la suivante :
Estime-t-il qu'au Québec, en mai 2016, un montant de 400 $ par mois pour
une personne qui n'a rien d'autre...
Mme David
(Gouin) : ... — rien d'autre — une personne seule, à l'aide sociale, apte au travail et qui n'a
rien d'autre... elle est seule, il
n'y a pas d'allocation familiale, tu sais, elle a 400 $ par mois. Est-ce
qu'il estime que ça représente une
forme de revenu minimal garanti... en fait, pas une forme de revenu minimal
garanti, mais la hauteur raisonnable d'un revenu minimum garanti? C'est
ça, le sens de ma question.
Le Président (M. Cousineau) :
M. le ministre.
Blais : Oui... complexe, parce qu'encore une fois il y a différents
types de revenu minimum garanti. Si vous maintenez votre aide sociale comme elle est là aujourd'hui, c'est un
revenu minimum garanti. Si vous maintenez d'autres transferts, ça peut constituer des revenus
minimums garantis. La question, c'est : Comment vous agencez vos
transferts entre eux pour augmenter
la valeur — c'est ce
qui vous intéresse — la
valeur de ce revenu minimum garanti? Comment vous le garantissez à des personnes qui n'y ont pas accès aujourd'hui,
qui devraient y avoir accès? Et l'effet que ça peut avoir, notamment sur les taux marginaux du revenu
minimum garanti actuel? Donc, ça dépend des effets de substitution, là.
Mme David (Gouin) : Bon.
Alors, je vais poser ma question de façon plus simple, dans le fond, parce que
je pense aussi aux gens qui nous
écoutent, là, c'est un peu